‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 162 sur 1042 · V. Huaô · texte numérisé non relu

V. Huaô

Dans la maison du dieu, "Impassible Titan, chercheur de la lumière, J'irai voler te feu.

Ta. de Banville-

— De Titan, Démesuré, gigantesque : Travail de Titan. Entreprise de Titan.

— Adjeetiv. Gigantesque : Un grand siècle , un siècle titan, le xixe siècle, a froidement observé ces objets. ( Michelet.)

TITAN (lie de) ou du LEVANT, la plus considérable des lies d'Hyères, à 3 kilom. N.-E. de celle de Porteros; 10 kilom. de longueur sur 2 de largeur ; 3,000 hab.

TITAN. Ce personnage mythique, dont il n'est pas question dans Hésiode, qui donne douze Titans pour fils à Ouranos et qui n'en nomme aucun du nom générique de Titan, fut considéré plus tard comme le représentant de toute cette race. Les Titans sont alors donnés comme ses enfants, et Cronos ou Saturne cesse de faire partie de cette antique génération. Ce père des Titans était lui -même, comme les douze Titans d'Hésiode, fils du Ciel et de la Terre; mais, dans cette légende, la Terre est représentée par Vesta. Il était le frère aîné de Cronos; cependant, cédant a la prière de sa mère, il se démit de ses droits en faveur de Cronos, à la condition que celui-ci ferait périr tous ses enfants mâles et que, par conséquent, l'empire reviendrait aux propres enfants de Titan : fable bizarre, en ce qu elle suppose la mortalité des dieux, mais qui par cela même accuse son caractère naturaliste et scientifique; en effet, la succession de ces premiers dieux est l'image des diverses phases successives de la création du inonde. La mythologie ajoute que Titan, ayant appris que, par l'adresse de Rhéa, trois des fils de Cronos, savoir Zeus, Poséidon et Hadès , avaient été conservés et élevés en secret, se mit à la tête de ses enfants pour guerroyer contre son frère. Il le vainquit, le prit avec Rhéa et ses trois (ils et les tint ensemble prisonniers jusqu'au temps où Zeus, ayant atteint l'âge viril, délit les Titans et délivra son père, sa mère et ses frères. Titan et ses fils durent s'enfuir jusqu'aux extrémités de l'Espagne, c'est-à-dire de l'Occident.

Cette légende est très-différente de celles que nous rapporterons plus loin en parlant des Titans, au pluriel, ou que nous avons données aux articles Saturne et Hécatonchires. Mais le sens en est le même au fond. Les hébraïsantsdérive'hlle nom de Titan du mot hébreu lit, qui signiiie boue ; mais il vient naturellement d'un nom grec de la Terre. Cronos opposé à Titan, comme Zeus opposé aux Titans, comme Prométhée opposé à Zeus, représente la force créatrice des êtres déterminés, la lumière, la vie, l'ordre, opposés à la force aveugle de l'indéterminé, à l'absolu , au chaos, cette seconde ' force perpétuée elle-même aux yeux des anciens par les nuages. Le chaos a précédé l'ordre, la lumière ; cependant il lui cède l'empire, mais tend sans cesse à reconquérir ce qu'il a perdu ; de là des luttes, des triomphes momentanés de la confusion primitive, enfin la victoire définitive du principe de la détermination représenté par des créations de plus en plus précises et lumineuses.

Le nom de Titans s'applique , dans la mythologie hellénique, soit aux fils du dieu Titan, soit aux douze tils premiers-nés de Gœa et d'Ouranos : l'Océan, Céus, Créus, Hypérion, Japet, Cronos, Théa, Thémis, Rhéa, Mnémosyne, Phébé etTéthys, soit aux descendants de ces premiers Titans. Ces personnifications représentèrent d'abord les forces premières de la nature; plus tard, mais en dehors des douze Titans spécifiés par Hésiode, elles représentèrent les nuages. Peut-être faut-il voir dons la grande famille des Titans nommés dans la théogonie un ancien groupe de dieux détrônés par les dieux de l'Olympe hellénique.

D'après la Fable, les Titans, fils du Ciel et de la Terre, avaient cédé l'empire du monde à leur oncle Saturne, à la condition qu'il ferait périr tous ses enfants mâles dès leur naissance. Cette promesse n'ayant pas été réalisée à la naissance.de Jupiter, les Titans se révoltèrent et furent foudroyés pur le nouveau maître de l'Olympe aidé de l'intelligence divine, Athéné, et des divinités de la forme et de la lumière.

Les Titans (■cttâvt;, contraction de tvtalavi;) sont les tils de Titain, la Terre. Tandis que les Cabires personnifient les feux souterrains, les Titans représentent les feux qui s'échappent de la terre, comme pour combattre les cieux, et en général les puissances, les météores qui, dans le firmament, luttent avec le soleil. C'est pourquoi les Titans, comme les Adityas, présentant à la fois le caractère de divinités terrestres et de divinités célestes, sont représentés' comme fils du Ciel et de la TBrre.

Ce mythe est proprement la contre-partie des mythes de la génération : tandis que l'Olympe s'élève avec toutes ses personnifications de la nature, de l'ordre, de l'intelligence, de la beauté, les Titans représentent

TITA

les forces insoumises, où la lumière, où la forme n'ont pas encore pénétré, la matière inorganique et cependant active, un reste de l'antique chaos.

Le Véda est rempli de ces images. Les ténèbres y sont personnifiées comme des génies malfaisants, fallacieux et impies, toujours vaincus, mais toujours révoltés. L'astre du jour, tantôt invoqué sous son propre nom, tantôt sous ceux de Savitri, de Mitra, de Varouha, les perce de ses flèches, dissipe leur troupe perverse qui amoncelait les nuages comme des montagnes et tentait d'éclipser son éternel éclat. De même que, dans le combat de Zeus contre les Titans, le dieu suprême est assisté par toutes les 'forces de la création cosmique, les Adityas assistent Indra et le Soleil contre ces mauvais génies confondus sous les noms de Détyas ou d'Asouras. Ces Détyas personnifient à la fois la sécheresse et l'eau qui s'échappe de la nue (Souchna et le serpent Ahi), le nuage obscur (Vrilra) et les ténèbres (les Iîakchasas).

« Le mythe védique, dit M. Maury, obéit au mouvement qui précipita le naturalisme primitif dans le brahmanisme, assemblage motistrueux et incohérent de légendes et de théogonies. Cette lutte allégorique prit un caractère de plus en plus réel et anthropoinorphique. Déjà, dans les Oupanichsads, l'imagination, s emparant du récit, varie les détails du combat des Asouras contre les Dévas et attribue parfois des succès aux premiers. Dans le Mahâbhârata, cette grande lutte est racontée avec tous les ornements de la poésie sanscrite. Les Asouras escaladent le ciel par milliers, amoncelant les montagnes et les forêts ; enfin plus tard, surtout dans les Pourânas , on attribue tantôt à Vichnou, tantôt à Siva, l'honneur de la victoire. »

Tous ces traits reparaissent dans la légende grecque. Les Titans, les Géants, c'està-dire les enfants de la Terre; les Hécatonchires, c'est-à-dire les géants aux cent bras (les vents), reproduisent trait pour trait la légende indienne. Les Aloades, dont la légende rappelle encore, avec quelques variantes, celle des Titans, associent dans une même conception les agents producteurs du sein de la terre et les agents destructeurs en lutte avec les cieux. Ils' sont, comme le dit souvent le chantre védique en parlant des Asouras, frappés avant qu'ils aient pu suffisamment grandir.

Les Titans, fils de l'Océan et de Téthys, jouent un rôle important dans la théogonie d'Hésiode. Us sont associés particulièrement aux Cyclopes et aux Hécatonchires. Les Cyelopes représentent la foudre et les éclairs, ainsi que le prouvent les noms qui leur sont donnés, Broutés, Slêropès et Aryès, c'est-àdire le fracas du tonnerre, l'éclair et l'éclat des feux électriques. Ces Cyclopes font présent, en effet, à Zeus du tonnerre et de la foudre. La divinisation des éclairs et du tonnerre remontait aux premiers âges de la Grèce. Les Arcadiens, qui avaient conservé chez eux tant de traces du naturalisme primitif, offraient, au lieu appelé Baphos, des sacrifices aux éclairs, aux tempêtes et aux tonnerres, et plaçaient sur cette terre volcanique le combat des géants et des dieux.

Les Hécatonchires, monstres à cent bras et cinquante tètes, s'appellent Cottos, Briarée et Gygès, c'est-à-dire le Furieux, le Vigoureux et le Membru. Ces êtres gigantesques sont les ennemis déclarés des Titans, et dans leur haine se peint le combat que livrent les vents aux nuages formés des vapeurs terrestres.

Au nombre des couples titanesques, Hésiode place Hypérioq et Théia, desquels sont nés le Soleil et la Lune, l'Aurore, qui luit pour les hommes et les dieux.

Céos, uni à Eurybie, enfante le ténébreux Astrseos, Pallas et Perses, lesquels, par euxmêmes ou par leurs enfants, s'annoncent comme des emblèmes du ciel étoile et de la marche du soleil dans les airs. L'Aurore eut d'Astrajos les vents propices, Argestès, Zéphire, Borée et Noms ; puis les étoiles radieuses dont le ciel forme sa couronne, et entre lesquelles l'étoile du matin est seule désignée par un nom particulier. De Pallas et du Styx prennent naissance V Emulation, la Victoire, le Commandement et la Force.

Le couple de Céos et de Phœbô mit au jour Latone , la déesse de l'obscurité', et Astérie, ds qui Perses eut Hécate.

Cronos, qui sera détrôné par Jupiter, doit aussi être rangé dans la famille des Titans. Dans la~ cosmogonie, il engendre successivement trois fils et trois filles, Hestia, Déméter, Héra, Hadès, Poséidon et Zeus.

Japet et Clymène ont leur légende comme Cronos et Rhéa : quatre fils sont issus de ce couple, Atlas, Ménaetios, Prométhée et Epiméthée.

Bien que, chez tous les écrivains grecs, chacun des Titans dont on vient de lire les noms, et auxquels il faut joindre Créio3, conserve toujours le titre de Titan, ils ne doivent pas être confondus avec les monstres qui demeurèrent éternellement ensevelis dans les abimes où les précipita Jupiter, ni avec les éléments qui forment la première triade titanesque d'Hésiode.

En littérature, le nom de Titan revient souvent sous la plume des écrivains ; c'est une métaphore énergique qui sert à expri-

TITA

mer la force, l'audace orgueilleuse, et quelquefois aussi la chute retentissante d'une haute individualité, par allusion au châtiment des Titans.

« Pichte, le Titan idéaliste qui, avec l'échelle des pensées, avait escaladé le ciel et d'une main téméraire avait plongé dans le vide céleste, devient maintenant quelque chose de courbé, d'humblement chrétien qui soupire beaucoup d'amour. »

H. Heine.

■ Au milieu de ce grand bouleversement des institutions, des lois et des empires, la Folie, sous le même costume, agitant les mêmes grelots et tirant de son tambourin les mêmes sons, paraissait être la seule divinité de l'Olympe moderne que les nouveaux Titans n'eussent pas détrônée. *

Cte DE SÉGUR.

■ La science de son temps ne satisfait pas l'esprit de Descartes ; il la refait tout entière. La philosophie lui parait défectueuse, il la reconstruit aussi. Et pour cette œuvre ■ de Titan il n'accepte aucun secours étranger, aucune idée reçue : lui seul, et c'est assez. •

Lanfrby.

< Cet homme-là (Proudhon) vous empoigne la société par le collet, vous la secoue et la pulvérise d'un coup de poing; c'est le Titan du socialisme. Il entasse les systèmes sur les théories, les doctrines sur les symboles, Pélion sur Ossa, Pierre Leroux sur M, Cabet, et quand sa montagne d'hommes, de choses, d'idées, de principes, de systèmes et de formules sera assez haute, il grimpera dessus et escaladera le ciel pour mettre le bon Dieu à la porte et fonder une- nouvelle dynastie céleste. »

Edm. Texier.

> La guerre pour le droit, cette lutte da Titans, dans laquelle nos pères ont prodigué tant d'héroïsme et de génie, est terminée. 11 ne s'agit plus pour nous de faire triompher une cause à jamais victorieuse, mais de réaliser les promesses que les philosophes ont fuites en son nom à l'humanité. ■

Daniel Stern. -

• tl en sera de la Révolution, pour nos arrière-neveux, comme de ces lointaines traditions de l'humanité dont les mythologies nous ont conservé le bruit confus dans la légende grandiose des Titans. L'escalade du ciel n'est pas plus téméraire que l'entreprise des libres penseurs; folie physique et folie morale se ressemblent; à' entasser des montagnes ou à entasser des arguments, il y a la même peine perdue. Encelade y périt et reste enseveli sous l'Etna; Marat y meurt et trouve un égout pour dernière tombe. »

Romibu.

» Ces masses énormes de rochers superposés les uns aux autres, comme les rocs entassés par les Titans pour escalader le ciel, et qui, de temps à autre, étreignent le voyageur dans une ceinture de pierres où il a peine a se frayer une issue ; toutes ces formes gigantesques accablent l'homme de leur immensité, et, dans le sentiment de sa faiblesse, son imagination est confondue par ce qui frappe ses sens, et plus encore par la puissance mystérieuse qu'il ne voit que dans, ses effets et dont l'infinité éclate de toutes parts. •

L'abbé Bautain.

Titan, roman de Jean-Paul Richter (1800, in-12). Ce livre est le chef-d'œuvre de l'auteur; on peut dire qu'il y a comme résumé et quintessencié toute sa pensée. C'est tout à la fois un roman et un poëine, une satire et un drame, une étude psychologique et une fantaisie, ayant pour thème et pour texte l'énigme de la civilisation au xvnio siècle. Comment doit finir cette civilisation qui exagère la puissance intellectuelle et la puissance industrielle aux dépens de la vie de l'âme? Quel sera le sort de ces générations saturées de romans, de drames, de journaux, de science, d'ambition, d'aspirations véhémentes vers l'impossible et l'inconnu? En augmentant la somme de leurs désirs, augmenterontelles la somme de leur bonheur? N'imitonsnous pas l 'antique Titan , le géant qui escalada le ciel et mourut écrasé? Voilà ce que Jean- Paul s'est demandé. Ce fut dans l'année 1797, après avoir déjà publié des chefs-d'œuvre, qu'il se crut assez fort pour commencer l'ouvrage qu'il regardait comme la base la plus solide de sa 'gloire, ce Titan, monument colossal pour lequel, au milieu même de ses autres travaux, il recueillait incessamment de3 matériaux. Dès ses premiers débuts dans lu carrière littéraire,- il uvait rêvé une Titanide, une femme au cœur noble, aux sentiments élevés, supérieure à son sexe, création qui, toute poétique, devait cependant ne point sortir du cercle des possibilités ; c'était là l'héroïne qu'il voulait pour sou Titan, D'à-

TITA

bord il crut l'avoir trouvée dans Charlotte de Kalb, femme d'un président, qui s'était éprise pour lui d'un violent amour; mais les idées matérielles de Charlotte offusquaient le poëto ; une M"10 Krudener la remplaça devant son chevalet. Cette liaison fut de courte durée. Une troisième apparition fit évanouir jusqu'au souvenir des deux précédentes, et, cette fois, il décida qu'Emilie de Berlepsch deviendrait sa Titanide. C'est sous son inspiration que le portrait de Liane a été esquissé.

Les divers commencements du Titan sont bien loin de ressembler à celui que Jean-Paul leur substitua. Les premiers chapitres étaient écrits, en dépit de l'auteur lui-même, dnns le genre de Fixlein et de Siebenkaes ; les efforts qu'il faisait pour sortir de cette mauvaise voie donnaient à son style un air maniéré et prétentieux qui aurait fini par rendre l'ouvrage insupportable. Heureusement, il sortit de cette manière pour n'y jamais retomber. La Loge invisible fut le berceau du Titan. On est tenté, à la lecture de ce roman, de supposer que le nom de Titan s'applique au héros de 1 ouvrage, à Albano, et 1 on s évertue à chercher quel rapprochement il peut y avoir entre ce jeune homme si pur, si naïf, si romantique, et le farouche adversaire de l'Olympe. Mais ce n'est point Albano qui est Titan, c'est son antipode, le capitaine Roquairol, cet être romanesque, avide de jouissances et insatiable de plaisirs, ce Byron anticipé, cet escaladeur de ciel qui, après avoir élevé montagne sur montagne pour atteindre son but, finit par se trouver enseveli sous leurs décombres. L'histoire d'Albano, opposé à Roquairol, est celle d'un être qui, par suite d'une position exceptionnelle, d'une éducation toute spéciale, traverse la vie en se heurtant à toutes les douleurs, quoiqu'il ne se permette que les plaisirs licites, souffre avec noblesse, ne goûte le bonheur que dans ce qu'il a da plus pur, se trouve exposé, à chaque instant, à se voir entraîner par de fallacieux principes et marche cependant d'un pas ferme vers le but que sa raison lui a montré, sacrifiant à l'accomplissement de ses devoirs tout ce qu'une cour débauchée peut offrir de délices à un jeune homme qui entre dans le monde. Tous les personnages qui gravitent autour de lui, et qui représentent chacun une aberration différente, tombent successivement à ses côtés, victimes des conséquences naturelles do leurs passions ; lui, se raffermissant à chaque chute dont il est témoin, finit par atteindre la position la plus élevée que puisse désirer l'ambition d'un homme, position à laquelle il ne pouvait s'attendre et pour laquelle, par conséquent, il n'avait pu faire les sacrifices qu'il ne cesse d'accomplir dans le cours de l'ouvrage. Dans cet exposé d'un système qui fut toujours l'idée fixe de Jean-Paul, il avait eu d'abord l'intention de ne prouver que par des moyens négatifs la justesse de son principe type, en faisant de ses personnages, qui tous s'en écartent, autant de victimes de leurs déviations; plus tard, il pensa avec raison que la démonstration de son idée gagnerait à l'emploi d'un moyen positif, et il jeta parmi les acteurs de son roman dramatique la personnification de son idéal, Albano.

Richter a de plus le rare mérite d'avoir placé dans le même ouvrage six personnages de femmes qui n'ont entre eux aucune ressemblance. Cinq d'entre ces femmes sont des modifications différentes du type premier, Liane. Celle-ci est une créature semi-terrestre, semi-céleste, dont les pieds seuls touchent la terre. En suivant l'échelle descendante dont elle est l'échelon supérieur, on trouve Idoine, Julienne, Linda, Rabette et Isabelle. Idoine, semblable à Liane au physique et souvent même au moral, a de moins qu'elle cette exaltation d'idées, cette tendance constante vers une autre vie. Julienne et Linda sont deux créations délicieuses ; l'une développe cette tendresse de -cœur , cette sensibilité mystique qui appartient spécialement à l'école allemande ; l'autre, au sang espagnol, a l'âme forte et fière, mais elle est aussi tendre et même plus fortement impressionnable que Julienne. Rabette, simple et naïve villageoise, " apporte à la ville ses mœurs de la campagne, et, dans tout le cours de l'ouvrage, elle s'offre comme un éternel contraste entre la cour et le hameau, Isabelle enfin est la femme aux, passions violentes; plus profondément instruite que les autres, elle ne se sert de son organisation supérieure que dans des vues d'ègoïsme ; il ne lui a manqué peut-être, pour être la gloire de son sexe, que de rencontrer dans un homme une âme jumelle. De semblables portraits suffiraient à eux seuls pour rendre immortel leur auteur, et quand on songe aux autres personnages qu'il a groupés avec tant d'art autour de ces femmes, à la manière si simple dont se dénoue une intrigue si compliquée, on conçoit facilement que les Allemands aient surnommé Jean-Paul l'Unique, M. Philarète Chasles, qui a donné une excellente traduction du Titan, résume l'œuvre par ces quelques mots caractéristiques : ■ Critique de ce sensualisme ardent, enthousiaste, sentimental et féroce qui est représenté par Roquairol , qui veut toutes les jouissances et qui croit se grandir en grandissant son égoïsme ; critique du faux sentimentalisme et de l'affectation romanesque; critique de l'éducation étroite, mesquine, factice, pédante, en honneur dans la vieille Europe ; critique des petits cercles allemands

Page 1