‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 168 sur 1042 · EN TITRE · texte numérisé non relu

EN TITRE

— A juste titre. Avec raison, avec justice : Locke jouissait À juste titrk de l'estime universelle. (J. de Maistre.) Il On a dit aussi À bon titre :

Croyez-moi, mes enfants, je vous parle à bon titre. La Fontaine.

— A titre de, Comme, cd qualité de : S'introduire dans une maison k titre de parent. Donner de l'argent À titrb dk prêt. Décevoir quelqu'un À titris o'ami. Celui gui reçoit des louanges non méritées doil les prendre k titrk D'instruction. (Charles-Quint.) Le mot propriétaire a été inventé par notre orgueil ; nous n'uuons rien ici-bas qu'k titrb de loyer. (H. Lemonnier.)

— A titre d'office, En vertu de sa charge, de sa qualité : Présider k titre d'office.

— Antiq. rom. Etiquette que l'on pendait au cou des esclaves, pour indiquer leurs qualités bonnes ou mauvaises.

— Jurispr. Titre authentique, Titre émané d'un officier public. Il Titre primordial, Celui qui constate une obligation et qui en fuit preuve. Il Titre nouvel, Titre substitué k uu titre primordial, soit pour empêcher la prescription, soit pour faire passer à un héritier les obligations contractées par son auteur, il Titre universel, Qualité qui donne droit à l'universalité des biens du testateur ou du cessionnaire. Il Titre particulier, Qualité qui ne donne droit qu'à une partie des biens du testateur ou du cessionnaire. a Titre Coloré, Celui qui parait légitime, de bonne foi, bien qu'il soit insuffisant pour transmettre seul la propriété, sans le secours de la possession et de la prescription. Il Titre vicieux. Titre défectueux, ou car le fond, ou par la forme. Il Titre exécutoire, Celui qui emporte l'exécution parée contre l'obligé. Il Titre gratuit. Celui par lequel on acquiert une chose saris qu'il on coûte rien. 0 Titre lucratif, Celui en vertu duemel in ectre en possession d'un bien, comme uao donation ou un legs. Il Titre onéreux, Celui en vertu duquel on acquiert une chose, non gratuitement, mais a prix d'urgent ou moyennant quelque charge. H Titre nu, Charge achetée sans clientèle, il Titre clérical, Contrat par lequel on assignait uu reveau annuel inaliénable et insaisissable, pour la subsistance de quelqu'un qui voulait se vouer à l'état ecclésiastique.

— Ane. coût. Titres et capacités, Provisions d'un office ou d'un bénéfice.

— Théâtre. Faire du titre, Attirer la curiosité du public par la bizarrerie et l'originalité des titres que l'on met sur l'affiche.

— Chasse. Endroit, relais où t'on poste les chiens, pour courir la bête quand elle viendra à passer, il Mettre les chiens à bon titre, Les bien poster.

— Monnaie. Degré da fin des matières monnayées : Monnaie au titre légal. Monnaie dont le titre est douteux, est bas. Vaisselle d'argent uu titre de 850 millièmes, il Degré de fin exigé par la loi pour les matières d'or et d'argent : Vaisselle au titrk. Il Fig. Qualité intrinsèque, valeur : Des vers ne s'esliment ni au nombre ni au poids, mais au tithb. (J. Joubert.) A liatisbonne, jadis fabrique de souverains, on monnayait des empereurs souvent à bas titre. (Chateaub.) La louange est rarement de la monnaie au titrk. (Beaùchêne.) Cléopâtre est peut-être le type féminin du plus haut titrb qui se soit produit dans l'histoire. (Th. Gaut.)

— Comm. Epaisseur ou longueur comparative des fils, exprimée par un chiffre : Titre de la soie, du coton. Lin au premier, au second titrk. Pour te coton, le titre anglais n'est pas le même que le titre français, a Ou dit aussi numéro.

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— Techa. Marque que, dans plusieurs professions, l'ouvrier met à chaque pièce qu il a fabriquée.

— Min. Benne, espèce de tonne qui sert à contenir les eaux ou le minerai qu'on, élève au puits de mine.

— Tvpogr. Petit trait que l'on met au-dessus d'une ou plusieurs lettres pour marquer une abréviation, il Faux titre, Titre abrégé, imprimé sur le feuillet qui précède le grand titre. Il Titre courant, Ligne en capitales, qui se place au haut des puces d'un livre, pour indiquer les matières qui sont traitées ou dans ce livre ou dans un de ses chapitres.

— Encycl. Jurispr. Titre nouvel. Les droits originairement créés par un contrat peuvent être de telle nature qu'ils ne comportent aucune manifestation et ne se traduisent par aucun signe extérieur. Ces droits pourraient en conséquence, après une période de trente ans, être réputés éteints par la prescription ; de là, pour la partie intéressée, la faculté que la loi lui accorde de se faire consentir, avant l'évolution de la période trentenaire, une reconnaissance qui rajeunisse son droit en quelque sorte et la préserve de l'atteinte de la prescription. L'acte originairement constitutif ou créateur du droit se nomme titre primordial. On appelle titre nouvel, ou simplement acte récognitif, l'acte qui intervient ultérieurement en vue de reconnaître la préexistence et le caractère persévéraminent obligatoire du contrat primitif ou titre primordial.

Quelques exemples feront sentir la nécessité du titre nouvel dans certaines circonstances. Paul possède une maison ayant vue sur le terrain de Pierre, situé à une petite distance du bâtiment qui appartient à Paul. Ce dernier, pour assurer à sa maison l'avantage d'une perspective d'une certaine étendue, A passé un contrat avec Pierre, qui, moyennant une somme d'argent, s'est interdit d'élever sur son propre fonds aucune construction pouvant masquer la perspective que Paul a voulu se .ménager. C'est la une servitude dont Pierre a grevé sa propriété ; c'est la servitude connue en droit sous le nom de servitude non aitius tollendi. Paul jouit depuis bientôt trente ans de l'avantage attaché a cette disposition des lieux. En réalité, il exerce son droit; mais nul signe extérieur, nul ouvrage d'art apparent ne révèle au dehors l'existence de' ce droit. La servitude dont est grevé le fonds de Pierre est une servitude purement négative que rien ne révèle extérieurement. Paul a son contrat, il est vrai; mais, au bout de trente ans, ne pourra-t-on pas lui objecter que son droit est prescrit? On comprend parfaitement ici la nécessité et, par conséquent, le droit pour Paul d'obtenir, avant l'expiration du délai trentenaire, une reconnaissance écrite, c'està-dire un titre nouvel du droit de servitude qu'il a acquis sur le terrain de Pierre {article 695 du C. civil).

Autre exemple. Je suis, en vertu d'un acte en bonne forme, créancier d'une rente perpétuelle dont mon débiteur me paye exactement les annuités. La prescription Je mon titre n'a été ostensiblement interrompue par aucun acte de poursuite de ma part, vu la ponctualité de mon débiteur à solder les arrérages de la rente. Les quittances, il est vrai, les quittances consécutives des annuités prouveraient bien que j'ai exercé mon droit et qu'aucune prescription n'a été acquise à mon préjudicf . Mais ces quittances ne sont point à ma disposition, elles sont en la possession de mon débiteur. Si ce dernier est de mauvaise- foi, il aura soin de ne pas produire les quittance»;, et, au bout de trente ans, il pourra prétendre que mon contrat de rente est prescrit et que je n'ai plus rien à exiger de lui. C'est pour prévenir cette trop facile éventualité de fraude que l'article 2263 du code permet au créancier d'une rente d'en exiger de son débiteur un titre nouvel du moment que vingt-huit ans se sont écoulés depuis la date du titre primordial ou du dernier acte récognitif ou de renouvellement.

L'article 1337 du code civil s'occupe spécialement du titre nouvel et en détermine les conditions et la valeur probante. D'après cet L article, le titre nouvel ou récognitif ne remplace pas absolument le titre primordial, dont la représentation peut toujours, ou du moins en règle générale, être exigée. Cette disposition s'explique par cette raison, qu'en passant titre nouvel les parties n'ont pas eu précisément en vue de s'obliger, mais simplement « de reconnaître l'existence d'obligations antérieurement contractées. • Toutefois, cette disposition de la loi est critiquée par de graves auteurs. Le titre nouvel, en effet, n'est-il pas un aveu écrit du droit et des obligations préexistantes, et l'aveu de la partie intéressée, de la partie obligée, n'est-il pas la plus péreroptoire des preuves juridiques? Le fait est que les rédacteurs du code ont ici copié servilement et avec assez peu d'intelligence le traité des obligations de Pothier. Pothier réfléchissait sur ce point les défiances de l'ancieune jurisprudence à l'endroit de certaines pratiques seigneuriales. Los anciens seigneurs se faisaient périodiquement passer par leurs vassaux des reconnaissances ou titres nouvels des redevances ou droits de toute nature dont étaient grevés ces deraiers. Trop souvent, le titre nouvel enché-

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rissait sur les termes du titre primitif et grevait les vassaux de nouvelles charges étrangères au contrat originaire. De là. la précaution, alors fort sage, d'exiger la production du titre primordial. Les rédacteurs du code ont été les copistes trop serviles de Pothier en transportant dans nos lois une règle qui n'avait sa raison d'être que dans les mœurs féodales.

En tout cas, la disposition de l'article 1337, qui exige la représentation du titre primordial, souffre quelques exceptions. Cette représentation n'est point exigée et le titre nouvel se suffit à lui-même lorsqu'il reproduit la teneur du titre primordial. Alors, il n'y a pas de doute possible. Du reste, dans la pratique on n'exige pas une copie littérale et intégrale de l'acte primitif ; il suffit que la substance en soit rappelée avec exactitude dans le titre nouvel. La représentation du titre primordial n'est pas non plus exigée lorsqu'il existe plusieurs reconnaissances conformes, en harmonie d'ailleurs avec la possession de fait, et que l'une de ces reconnaissances au moins a trente ans de date.

Il importe de noter encore une règle formulée dans l'article 1337 du code civil. Cet article dispose que « ce que le titre nouvel contient de plus que le titre primordial ou ce qui s'y trouve de différent n'a aucun effet. » On pénètre aisément le motif de cette disposition. En passant un acte récognitif, les parties ont eu en vue de reconnaître des obligations antérieures, etnon d'en : contracter de nouvelles. Les innovations où les différences quelconques doivent être présumées le résultat d'une erreur o*u d'une infidélité de mémoire. Il en serait autrement s'il était certain que les parties ont agi anima novandi et qu'elles ont voulu réellement modifier la situation. En pareil cas, des obligations nouvelles ou différentes auraient été véritablement contractées, les parties se seraient liées par les modifications apportées au contrat primitif, et le titre nouvel vaudrait titre primordial relativement à ces mêmes modifications.

— Hist. Titres nobiliaires. V. noblesse,

— Hist relig. Les titres paroissiaux furent créés à Rome par le pape Evariste. Les prêtres appelés à desservir ces églises au nombre de vingt-cinq, auxquelles devaient se rattacher par région les fidèles de la grande cité, furent prêtres cardinaux. Evariste institua aussi sept diaconies dont les titulaires furent diacres cardinaux. L'institution des cardinaux évoques ne remonte qu'au ixe siècle, à l'époque du pontificat d'Etienne IV.. Une tradition veut que, dès son arrivée à Rome, l'apôtre Pierre ait reçu l'hospitalité chez le sénateur Pudens, dont la maison devint la première église et la cathédrale des pontifes; actuellement, l'église de Sainte- Pudentissime s'élève sur l'emplacement, ou a peu près, de la demeure du sénateur romain. Cette cathédrale reçut en 142 du pape Pie I«r l'adjonction d'un oratoire, qui en devint le titre paroissial. Il y eut des titres dans les maisons de quelques chrétiens influents, ainsi chez Priscus et Aquila, chez Lucine, chez saint Clément, Equitius, Fasciola, etc. Le nom du titre fut tiré tantôt de ces souvenirs, tantôt des saints auxquels il était dédié, tantôt du pape qui l'instituait. Au ye siècle, le nombre des titres à Rome fut porté à vingt-huit; il est aujourd'hui de cinquante.

— Typogr. Les premiers livres imprimés, dit M. Paul Dupont, ne portent pas de fifre sur un feuillet séparé. On lit seulement en tête de la première page : Jncipit liber..., si le livre est en latin, ou, s'il est en français : Cy commence le livre. Quelquefois cette espèce d'intitulé est au verso du premier feuillet, apparemment quand on voulait.réserver le recto pour dessiner un {tire. Ce ne fut que veus H70 que l'on imprima séparément sur un feuillet le titre de l'ouvrage. Un grand nombre de ces éditions primitives n'indiquent ni la date, ni te lieu d'impression, ni le nom d'imprimeur. Quand on les mettait, c'était ordinairement à la fin du volume, en forme d'épilogue, comme dans ces exemples : Explieil Spéculum historiale..., impressum per Jokannem Mentelin, anno Domini, etc.; Cy fi~ 7iist la légende dorée..., imprimée en ladicte ville de Lyon par Barthélémy Buyer le dix et huitième tour d'apuril mil quatre cens septanle et six. Depuis longtemps déjà la typographie donne aux litres un aspect agréable en variant lés caractères et en les disposant suivant l'importance des mots principaux.

On distingue plusieurs espèces de titres; le titre proprement dit, grand titre ou frontispice. C'est une page que l'on place au commencement d'un volume, pour indiquer la matière qui y est traitée et le nom de son auteur. On y indique aussi le nom de l'éditeur ou du libraire, celui de la ville et l'année de la publication. Enfin, on y place la marque de l'éditeur, quand il en a une. Le faux titre est la' première page d'un livre; il précède le frontispice, auquel il sert en quelque sorte de garde et d'annonce, et contient simplement la désignation principale de l'ouvrage. Cette désignation se place vers le milieu de la page, et l'on met ordinairement au verso ou le nom de l'imprimeur, ou des avis sur lesquels il est nécessaire d'appeler .d'abord l'attention du lecteur. Le titre courant est la ligne de tête qui se répète à chaque page d'un volume et dans laquelle on fait entrer,

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avec le folio, le titre de l'ouvrage ou seule- j ment celui de la partie traitée dans la page. Par tïfre de départ, on entend le titre qui est placé en tête de la première page de texte d'un volume, pour rappeler le titre général de celui-ci; on. le rejette au commencement de l'ouvrage proprement dit quand le volume est précédé de parties liminaires. Enfin, on applique la dénomination générale de titre à toute indication qui, dans le cours d'un volume, est mise en ligne perdue, soit pour indiquer des divisions, soit pour en faire connaître le sujet. Lorsqu'un titre de ce genre a une certaine étendue, on l'appelle sommaire ou argument.

On trouvera dans les ouvrages spéciaux, tels que le Guide du compositeur de M. Théottste Lefèvre, le Jlfaniiei Roret et le Traité de typographie de M. Henri Kournier, les règles suivant lesquelles les divers «tires dont nous venons de parler doivent être disposés. En dépit de ces règles, le goût de l'ouvrier entre pour beaucoup dans l'élégante confection d'un titre. Quoi qu il en soit, la. physionomie d'un titre, la coupure des mots, le papier de la couverture, l'intelligente disposition des blancs, ont fini par s'imposer à la typographie et ont pu être formulés en règles généralement adoptées.

— Bibliogr. Rien ne paraît plus facile au premier abord, pour un auteur, que de trouver le titre approprié à son ouvrage. Et en effet, pour les livres de science et d'histoire, le titre s'offre de lui-même quand l'auteur a simplement le but d'indiquer aux lecteurs les matières dont il traite, sans se mettre en peine de piquer la curiosité et de ee singulariser. Pour les œuvres d'imagination, les recueils de poésie, les romans, les pièces de théâtre, et pour les livres de mélanges, d'essais, de critiques, la recherche d'un Don titre est plus longue, plus difficile qu'il ne semble. Les plus simples sont souvent les meilleurs; mais la vanité de l'écrivain s'en contente rarement, et le public ne s'arrête guère à ce genre de. titre. Le seul nom de Bocambole attirera une foule de lecteurs qui passeront indifférents devant André ou Valentine.

La recherche des titres alléchants .n'est point particulière à notre époque; on la signale en tout temps; on la trouve déjà chez les Grecs et les Romains. Aulu-Gelle a dit à ce sujet : « Comme c'est dans la campagne de l'Attique, pendant les longues nuits d hiver, que je me suis amusé à écrire ce recueil, je l'ai intitulé : Nuits attigues. Je n'ai pas imité, comme on voit, le raffinement que les auteurs de productions analogues en latin ou en grec mettent ordinairement dans le choix de leurs titres. Après avoir rassemblé mille connaissances oui forment un mélange varié et confus, ils s étudient à trouver des titres ingénieux, dont le seris réponde à la nature du livre. Ainsi, l'un publie des Muses, l'autre des Silves; celui-ci met au jour le Voile, l'autre la Corne d'abondatice; d'autres appellent leurs recueils la Bûche, la Prairie, Mes lectures, Lettres antiques, le Parterre, ' Découvertes ; d'autres prennent pour titre les Flambeaux, Bigarrures, Pandectes, Problèmes, le Poignard, le Petit poignard. Ailleurs on voit : Souvenirs, le Maître de conduite, Passe-Temps, l'Ecole, Histoire de la nature, Histoires de toute espèce, le Pré, le Verger, Lieux communs. Plusieurs ont fait paraître des livres de Conjectures. On a vu enfin des Epitres morales, des Becherches épistolaires, des Becherches mêlées, et bien d'autres titres piquants d'une élégance recherchée et coquette. »

Les titres des Juifs, des Arabes et en général des Orientaux participent du langage imagé et redondant de ces peuples, et en csnséquence nous paraissent d'une extrême bizarrerie. On trouve chez eux des ouvrages théologiques intitulés : le Grenadier en fleur, le Jardin des noix, les Pommes d'or, les Pierres précieuses, l'Odeur des roses de Damas, etc.

Nous citerons, d'après M. Peignot, dans son Livre des singularités, et M. Lalanne dans ses Curiosités bibliographiques, quelques-uns des titres étranges qu'imaginèrent quelques écrivains en Occident, presque dès la découverte de l'imprimerie : la Doulce moelle et saulce friande des saints savoureux os de l'Avent (Paris, 1578, in-8°), recueil de méditations- sur les antiennes qui se chantent au temps de l'Avent et qui commencent par O; le Décrottoir de vanité (Douai, 1581, in-16), livre ascétique ; les Lunettes spirituelles (Douai, 1587, in-8«) ; le Petit rasoir des ornements mondains, tragédie (Mons, 1588, in- 12); l'Oreiller spirituel, nécessaire pour extirper les vices et planter la vertu (1399, in-12) ; la Tabatière spirituelle, pour faire éternuer les âmes dévotes vers le Sauveur; les Allumettes du feu divin ; la Seringue spirituelle, pour les âmes constipées en dévotion. Il semble qu'on doive s'arrêter là, et que ce titre, n'a pu jamais être égalé, au moins dans les ouvrages de dévotion. Cependant le xviie siècle, sous ce rapport, ne reste pas inférieur au siècle précédent. Voici lu Poste royale du Paradis, très-utile à chacun pour heureusement s'y rendre (Lyon, 1635, in-12); les Eaux de Siloë pour éteindre le feu du Purgatoire, par le ministre protestant Dumoulin (1603, in-8°); la Fournaise ardente et le Four de réverbère pour évaporer les prétendues eaux de Siloê, et pour corroborer

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le Purgatoire contre les hérésies, calomnies, faussetés et cavillations ineptes du prétendu ministre Dumoulin, par Paima-Cayet (1603, in-8°) ; le Pique- Bœuf des hérétiques, échauffé par une remontrance charitable (1621, in-8°) ; le Petit chien de l'Evangile aboyant contre les erreurs de Luther (1675, in-12); le Fusil de la pénitence, avec l'allumette de l'amour de Dieu; la Boutique de l'apothicaire spirituel; Mèches allumées au feu divin; Souliers à hauts talons pour ceux qui ne sont que des nains dans la sainteté, etc. A côté de ces titres religieux, on peut placer comme contrasta celui de l'ouvrage de Béroalde, intitulé le Coupe-cu de la mélancolie.

On trouve assez souvent les livres d'érudition et de philosophie sous des titres prétentieux. En voici deux q.ui peuvent servir de types : Mémoire en faveur de Dieu, par Dehsle de Sales (1802); Histoire ancienne et moderne, générale et particulière, ecclésiastique, civile, militaire, morale, politique, naturelle, littéraire et critique du bourg, paroisse et baronnie de Saint-Loup, par Des- . charrières (1808). Ajoutons que ce dernier ouvrage fut seulement annoncé, et que ce titre si complet fut probablement une moquerie, contre l'importance que certains érudits donnent aux plus petites choses.

Certains auteurs modernes, le nombre en est plus grand qu'on ne pense, croient encore qu'un titre heureux peut suffire pour leur procurer te succès. De nos jours, ce travers s est particulièrement répandu. A l'Exposition de 1867, on pouvait lire dans la vitrine réservée à la librairie Dentu une collection de titres plus excentriques les uns que les autres ; il suffit de citer les suivants : l'Amant de carton, les Amis de madame, les Amours buissonnières, les Amours du Vert-Galant, les Femmes qui s'en vont, une Femme du monde, une Femme libre, les Femmes vues au microscope, la Fille d'un homme d'argent, une Filie du Soleil, les Hommes d'Etat, les Hommes d'épée, les Hommes de lettres, la Lionne amoureuse, lesiions du jour, Mademoiselle Cachemire, Mademoiselle Million, Mémoires d'une femme de chambre, Mémoires d'un billet de banque, d'un gendarme, d'un journaliste, etc. D'autres ont recours à l'excentricité des dispositions, en travers, en long, en large, avec encadrements formés d'arabesques, imprimés en diverses couleurs, blanc sur fond noir, noir sur rouge, rouge sur gris, etc.

Un article sur les titres de livres manquerait d'un élément essentiel d'intérêt et de curiosité, si l'on n'y joignait quelques-uns des titres curieux employés sous la Révolution. Et d'abord, dans les journaux: les Actes des" apàtres, par Peltier, Rivarol, Rulbières, etc.; la Bouche de fer, par Regnault- Warin; le Fouet national; le Journal du Diable, par Labenette ; Jean-Bart on Je m'en fous, journal de la Bâpée; Journal de l'autre monde, ou Conversation vraiment fraternelle du diable avec saint Pierre; la Moutarde après diner, par le vicomte de Mirabeau ; le Messager des dames ou le Portefeuille des amours; Lettres bougrement patriotiques du père Ducliène ;Ja Lanterne magique nationale; la Lanterne de Diogène; le Postillon des armées; le Bogomiste national; le Tailleur patriote, ou les Habits desjean-foutres, etc. On trouve à la même époque un grand nombre de pamphlets sous des titres non moins étranges .• Entrevue de Hyacinthe ta bégueule, poissarde, avec le roi, la reine et tes principaux de l'Etat; la Mirabe tique (contre Mirabeau) ; les Souliers de Vaobé Maury; les Mouches eantkarides nationales (contre le clergé); Ahl ca n'ira pas; Bon Dieu! quils sont bêtes ces Français t la Chemise levée icontre les couvents); îe Trépas de dame Chicane (contre la justice) ; la Papillote (contre les assignats) ; la Passion, la nurt et la résurrection du peuple; Faites beau cul, vous'n'aurez qu'une claque; la Queue de Bobespierre ; Coupons-lui ta queue; Bendez-moi ma queue; la Pelle au cul des Jacobins léguée par Jean- Jacques Bousseau; le Tourne-broche rouilté des rentiers et des commis de bureau; Vos cinq cochons sont assez gras, il faut les changer pour faire le carnaval (coutre le Directoire); etc.

TITRÉ, ÉE (ti-tré) part, passé du v. Titrer. Qui porte un titre de noblesse ou de dignité: Homme titré. Femme titkée. Les gens titres passaient avant les bourgeois. (Balz.) Un grand artiste aujourd'hui, c'est un prince qui n'est pas TITRÉ ; c'est la gloire et la fortune. (Balz.)

Qu'on voit de gens titrés qui pourtant ne sont rien 1

Vois emon.

Damon me plaît assez, mais il n'est point titré.

Desmauis.

— Terre titrée, Terre à laquelle est attaché un titre de noblesse :

Noua convient-il d'avoir une terre titrée i

L* Chaussé*.

— Chiin. Liqueur titrée, Liquide qui con- tient en dissolution un corps dont le poids est connu, aussi bien que le poids du liquide lui-même, de sorte qu'on peut déterminer par un chiffre la proportion dumèlange.

TITREC s, va. (ti-trèfc — onomatop. du cri de l'oiseau). Ornith. Nom vulgaire du motteux.

TITRE-PLANCHE s. m. Titre obtenu au moyen d'une planche gravée ou lithographies: '

TITRER v. a. ou tr. (ti-tré — rad. titre).

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