‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 172 sur 1042 · L. Allouhy · texte numérisé non relu

L. Allouhy

» Le- don de la vie, ce don précieux et inestimable qui est le to be or not to be de toutes les littératures, M. Cousin le possède à un si haut degré que tout ce qu'il touche, même à travers cet abtme de deux siècles, s'anime aussitôt, se colore, se rapproche de nous et participe de sa vie et de la nôtre. »

De Pontmartin,

> Gaston écrivit quelques lettres. Tantôt il se levait et marchait à grands pas, tantôt il regardait ses armes d'un air fixe et sombre et se tenait duns une immobilité de statue, absorbe, sans doute, dans la méditation du grand problème d'Hamlet : Etre ou n'être pas.'... »

Cl. Caraguel.

< Le dieu des Hébreux est le dieu jaloux; sa loi ne peut se concilier avec aucune autre loi; pour elle, la question est celle d'Hamlet : Etre ou ne pas être! La patrie est ainsi loirjours identifiée avec la religion; celle-ci est la véritable frontière des juifs. •

Emile Souvestrb.

Souvent les écrivains ne rappellent que la fin de ce vers célèbre : That is the question, Cela est la question, telle est la question.

i II y a en France 180,000 grands propriétaires. Le capital, source du revenu, est entre leurs mains. Mais de ce que ce revenu est entre leurs mains, doit-on en conclure qu'ils ont seul intérêt k en disposer et droit d'en disposer ? That is the question. •

P, Leroux.

• Etait-ce chez lui le fils qui dominait le mari, ou était-ce le gentilhomme? That is the question, se disait Sylvie, qui avait eu une gouvernante anglaise et connaissait son Shakspeare. ■

De Pontmartin.

« Les circonstances ajoutent un intérêt d'actualité au plan proposé ; elles exigent une prompte solution. Les passages interocéaniques appartiennent à John Bull (l'Angleterre) et à frère Jonathan (l'Amérique); Jacques Bonhomme (la France) sera-t-il du partage? That is the question. •

Casacbon.

« L'avènement toujours plus manifeste du naturalisme dans l'âme aboutira-t-il k la déchéance de l'âme, ou bien l'âme forcera-t-elle la nature à lui servir d'échelon pour remonter à son auteur céleste et à son immortelle origine? L'homme endorraira-t-il pour jamais dans l'ivresse des champs ses facultés actives, ou bien s'y retrempera-t-il comme en une source vive, et y puisera-t-il le courage de rentrer dans la lice? A laquelle de ces deux victoires ou de ces deux défaites l'art nous fera-t-il assister? That is the question, comme dirait Ilumlet. •

De Pontmartin.

TODERHORY, village d'Ecosse, comté d'Argyle, sur la côte N. de l'Ile de Mull et sur une belle baie; 1,800 hab. 11 a été fondé au commencement de ce siècle, sous les auspices de la Société pour l'encouragement des pêcheries britanniques. On y voit une fontaine célèbre dédiée à la Vierge. Un des bâtiments de l'invincible Armada, la. Florida, fut coulé dans la baie de Tobermory par un émissaire de la reine Elisabeth.

TOBI ou SCOMB1, rivière de la Turquie d'Europe (Roumélie). Elle prend sa source au mont Djourad, dans le plateau d'Okrida, a l'O. du lac de ce nom, coule de l'E. à l'O. dans le livah d'Okrida et se jette dans l'Adriatique, à 6 kitoin. O. de Fek'mi, après un cours de 200 kilom.

TOB1B, Juif de la tribu de Nephtali. IL vivait au vnu siècle av. J.-C. Emmené captif à Ninive par Salmanasar, il gagna la confiance de ce prince et devint sou pourvoyeur. Mais il n'usa de son crédit que pour soulager l'infortune de ses frères captifs. Sennaehérib ne lui pardonna point sa fidélité à la foi de ses pères et l'amour qu'il portait à ses compatriotes. Il le dépouilla de ses biens et donna l'ordre de le mettre à mort. Réduit à se cacher, Tobie n'eu continua pas inoins à soulager la misère des Israélites et fut réintégré dans ses biens à la mort de Sennachérib. Sa résignation fut alors mise à l'épreuve par de nouvelles infortunes ; âgé de cinquante-six ans, il devint aveugle. Se croyant près de mourir, il envoya son lilï a Rages en

TOBI

Médie, pour réclamer à son parent Gabélus 10 talents d'urgent qu'il lui avait prêtés. Guidé par un inconnu, Azarias, qui n'était autre, suivant la légende biblique, que l'ange Raphaël, le jeune Tobie se met en route, est attaqué sur les bords du Tigre par un pois- Son énorme qu'il tue et dont il met à part le cœur, le fiel et le foie, suivant les conseils de l'ange. Arrivé â Ecbatane, il épouse la fille de son parent Raguel, Sara, bien qu'elle eût eu déjà sept maris étranglés par le démon Asmodée la première nuit de leurs noces, et évite ce sort malheureux en passant avec sa femme les trois premières nuits dans la continence et la prière et en mettant dans le feu, d'après les prescriptions de l'ange, une partie du cœur et du foie du poisson. Pendant les fêtes du mariage, l'ange Raphaël se rendit à Rugès et en ramena Gabélus, qui s'empressa de donner au fils de son ami la somme qui lui avait été prêtée. Le jeune Tobie retourna alors k Ninive avec sa femme, et à peine fut-il auprès de son père que, sur l'indication d'Azarias, il guérit la cécité du vieillard en lui frottant les yeux avec le fiel du poisson. Pleins de reconnaissance pour tant de services rendus, les deux Tobie pressèrent vivement Azarias d'accepter une récompense. Ce fut alors que celui-ci leur révéla, dit la Bible, qu'il était un ange et disparut. Tobie le père vécut encore quarantedeux ans et mourut à Ninive à cent deux ans. Son fils continua à demeurer dans cette ville jusqu'à la mort de sa mère, puis se retira à Ecbatane prés de son beau- père, dont il recueillit l'héritage, et termina sa vie ù l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans.

Le Livre de Tobie. qui fuit partie de l'Ancien Testament, sans être admis cependant au nombre des livres canoniques, a été traduit en latin par saint Jérôme d'après une version cbaldalque. On n'en connaît point l'auteur.

Tobie, œuvre lyrique, paroles de M. Léon Halévy, musique de M. Eugène Ortolan ; exécutée pour la première fuis k Versailles, dans la salle de la Chancellerie, le 17 avril 1867. Cette composition importante tient de l'oratorio ; cependant plusieurs morceaux sont traités dans le genre dramatique. On a remarqué particulièrement le trio sans accompagnement : O bonheur! transports ineffables et le Cuntique d'actions de grâces. Les soit ont été chantés par Mlle Rives, MM. Solou et Lopez.

Tobie. Iconogr. L'histoire de Tobie a été retracée par une foule d'artistes. Les monuments de l'art chrétien primitif en offrent de nombreuses représentations. Avant de signaler les compositions isolées qui se rapportent à tel ou tel épisode •de l'histoire de Tobie, nous mentionnerons, parmi les représentations plus ou moins complètes de cette histoire : une série de six tableaux dans l'église de la Miséricorde, à Florence; une série «le quatorze tableaux de Pierre Parrocel, qui décoraient, au siècle dernier, une galerie de l'hôtel de Noailles, à Saint-Germain-en-Luye ; cinq vitraux d'origine hollandaise, datés de 1*619, au musée de Cluny (n°s 902 à 906); diverses suites d'estampes par G. Penckz (7 pièces), H. Maupeiché (6 pièces), Aug. Btoeu (6 pièces), J. van de Velde (4 pièces), Johann Barra (3 pièces), R. de Baudous (d'après* Cari van Mander), Simon Frisius (d'après P. Lastman), etc. Nous consacrons ciaprès des articles spéciaux aux peintures de Rembrandt et de M. Lehmann relatives à Tobie.

La scène de Tobie ensevelissant les morts (ch. i", v. 2o) a été peinte par Joseph Werner (musée du Belvédère, k Vienne) et par Serrur (musée de Rennes). Elle a été représentée par Benedetto Castiglione dans une eau- forte exécutée k la manière de Rembrandt et dont il y a une copie par Bartolozzi. Deux eaux- fortes sur le même sujet ont été gravées par Paul van Somer et par J.-Fr. Cleinens ( 1777), d'aprèsSébastieu Bourdon. Une eau-forte de Wiegmann, d'après Overbeck, représente le vieux Tobie et sa femme Anna.

Guillet de Saint-Georges, dans ses Mémoires inédits sur ta vie et les ouvrages des membres de l'ancienne Académie, nous apprend qu'Eustuche Lesueur fut employé par M. de Fieubet, trésorier de l'épargne, k peindre l'Histoire de Tobie dans le plafond et sur les murs d'uue salle de sa maison, rue des Lions, près de l'Arsenal. On pense que c'est de là que provient un petit tableau de Lesueur qui appartient au Louvre et qui représente Tobie donnant des instructions à son fils : le vieillard aveugle se penebe vers sou fils qui, le bâton de voyage à la main, descend les marches de la maison paternelle. Une fresque des Catacombes, présumée du ne siècle et qui a été publiée par d'Aginoourt (Peinture, pi. vu), nous montre le jeune Tobie au début de son voyage et conduit par l'ange. Une gravure de Fr. del Pedro a pour sujet le Départ de Tobie.

Le Voyage du jeune Tobie est l'épisode qui a été le plus fréquemment retracé. Une peinture des catacombes, qui a été publiée par Bottari, représente le jeune Tobie dans un état de nuuité k peu près complète, portant de la main droite un poisson suspendu à un hameçon et de l'autre le bâton du voyageur. Dans une fresque découverte en 1849 duns le

Tora

cimetière des Saints-Thruson-et-Saturnin et qui a été publiée par M. Perret (les Catacombes de Home, III, pi. xxvi), il est vu présentant le poisson à l'auge vêtu d'une longue tunique. Ici encore, Tobie est nu, avec une ceinture sur les hanches; mais, en général, dit M. Marti^ny, les monuments de l'ait chrétien primitif le montrent vêtu d'une tunique courte; il est ainsi figuré notamment sur des verres dorés, publiés par Buonarroti , le Père Garrucci et M. Perret, et qui le représentent au moment où il plonge la main dans la gueule du poisson. L'épisode de la pêche est retracé d'une manière complète dans une fresque du cimetière de Saint-Saturnin, qui a été récemment découverte. Parmi les compositions modernes qui nous montrent ce même épisode, nous citerons celles de Claude Lorrain (musée de l'Ermitage), de Domenico Feti (galerie de Dresde), d'Alexandre Decamps. Un. tableau d'Adam Elsheiraer, qui a fait partie de la galerie Pourtalès et qui a été gravé par W. Hollar et par H. von Goudt (lu 13) , représente Y Ange accompagnant le jeune Tobie, qui porte sous son bras le poisson miraculeux. Le Titien a peint le Jeune Tobie conduit par l'ange (église Saint-Martial, k Venise). Le même sujet nous est offert par des tableaux de Paul Bril (galerie de Dresde), B. Luini (bibliothèque Ambrosienne, â Milan), A Lucatelli (musée de Toulouse), Rubens (volet d'un triptyque appartenant à l'église Notre-Dame, de Malines), Benedetto Luti (musée d'Orléans), Annibal Carrache (gravé par Jean Langlois), Ch. Le Brun (autrefois dans la chapelle du collège des Grassins, à Paris), P. Tibaldi (gravé par CJh. Alberti), C. Maratte, gravé par Bartolozzi), Matteo Rosselli (galerie de l'Académie des beaux-arts, k Florence), Louis Cabat (tableau peint pour le duc d'.Orléans et exposé au Salon de 1840), Constant Troyon (Salon de 1841), Duval le Camus (Salon de 1842), Dobson (Expos, univ. de 1855), etc. Citons encore des eaux-fortes d'Augustin Carrache (d'après R. Motta), G. Neyts, J. Goupy (d'après Salvator Rosa), Mat. Greuter, F. Blin, Bernard Lens le vieux (d'après J. Pinas), H. Mauperché, etc.

Le musée de Montpellier possède un tableau de Lesueur qui pourrait bien avoir la même provenance que celui du Louvre dont nous avons parlé plus haut; ce tableau a pour sujet la Première nuit dus noces de Tobie : le jeune époux brûle le foie du poisson pour mettre en fuite le démon qui s'était emparé du corps de Sara et avait fait périr les sept premiers maris qu'elle avait eus. Un tableau sur le même sujet se voit au paluis Brignole-Sale, k Gènes; il est peint dans la manière du Poussin. Au palais Corsini, à Florence, il y a une peinture de Santi di Tiio, représentant Tobie et Sara en prière. Une estampe de Chedel retrace la même scène.

Nous décrivons ci-après un tableau de M. Bouguereau, qui est au musée de Dijon et qui représente le Retour de l'uàie. La galerie de Dresde a un tableau du Bassan sur le même sujet.

Tobie rendant la vue à son père a été peint par Rembrandt (v. ci-après), Gio-rAndré de Ferrari (palais Doria-Tursi, à Gênes), E. Maich (ancienne collection Standish), D. Feti (gravé par P. Monaco), Pallière (musée de Bordeaux), Ant. Coypel (gravé par Gaspard Duchange), le Caravage (musée du Belvédère), Jan Steen (musée de Rotterdam, Ch. Ginoux (musée de Toulon), J. van Hemessen (musée du Louvre), etc. Le tableau de ce dernier est daté de 1558 et a été gravé dans le recueil de Landou (II, pi. n) ; on y voit lo vieux Tobie assis, les bras croisés sur sa poitrine et la tète soutenue par Anna, sa femme, et Sara, sa bru; le jeune Tobie, tenant de la main gauche le plat qui contient le fiel du poisson, touche de la droite l'œil de son père; enfrii, lange Raphaël, appuyé sur un long bâton de voyage, contemple cette scène qui n'a absolument rien de biblique. Le tableau de Jan Steen, comme celui de Van Hemessen, manque absolument de couleur locale; mais on y trouve plusieurs détails piquants; le miracle est éclairé au moyen de lumières différentes, une chandelle, des lampes, du feu dans la cheminée : le vieux Tobie, en rouvrant les yeux, en verra ainsi de toutes les couleurs! Un tableau de Jan Victoor qui appartient k la pinacothèque de Munich représente Tobie remerciant l'ange de lui avoir rendu la vue; Raphaël remonte dans le ciel en bénissant le vieillard et sa famille ; Sara, jeune et jolie, n'ayant plus le diable au corps cependant, met la main au-dessus de ses yeux pour ne pas être éblouie par la, lumière étincelante que projette l'ange. Ce tableau est peint dans la même manière que Rembrandt. Le même sujet a été peint par Gustave Doré (Salon de 1865). Un tableau de Biliverti, qui est au palais Pitti, à Florence, représente l'Ange refusant les présents de Tobie et de son fils.

Table conduit par l'anse, tableau de Rembrandt, k la National Gallery. Dans un paysage très-accidenté, qu'éclaire le soleil couchant, l'ange RaphaBl, vêtu d'une robe blanche, s'entretient avec le jeune Tobie ; celui-ci porte le poisson miraculeux. Sur la gauche coule l'Euphrate, au delà duquel s'élèvent des montagnes. Ce tableau, d'uue belle couleur, d'un effet grave et presque solennel, a été gravé par J. Appletou.

TOBI

Rembrandt a traité plusieurs scènes de l'histoire de Tobie. Un tableau représentant Tobie et l'ange, dans un paysage, a été payé 121 florins à la vente de Roore en 1747; un autre a été payé 90 guinées k la vente G. Hilbert en 1829; un autre, 4,550 francs k la vente de lord Northwick, en 1859. Mac-Ardell a gravé une composition où l'on voit Tobie et l'ange occupés k prendre le poisson. Dans la galerie du duc de Brunswick figure un tableau sur lequel Rembrandt a représenté le jeune Tobie quittant ses parents. Au musée de Berlin, une peinture du grand maître hollandais nous montre le vieux Tobie et sa femme attendant le retour de leur fils. Une composition différente sur le même sujet a été gravée par Schmidt et une autre par W. van der Leeuw. On connait aussi deux compositions différentes représentant Tobie recouvrant la vue .' l'une a été gravée par Marcenay de Ghuy, en 1755, et l'autre par J. Greenwood. Nous avons décrit, au mot Raphaël, le tableau du Louvre peint par Rembrandt en 1637 et intitulé : l'Ange Raphaël quittant Tobie; un autre petit tableau sur le même sujet a été payé 4,600 francs à la vente James Odier en 1S6I.

Tobie obtenant ta maia do Sara, tableau de Henri Lehmann. Le sujet de cette peinture est tiré du passage suivant de la Bible :

• Raguel prit la main de sa fille et la mit dans la main de Tobie, en disant : < Prends-Ut » selon la loi de Moïse;' que le Dieu mrséri-

• cordieux d'Abraham, d'Isaac et de Jacob » soit avec vous et vous fasse prospérer eu

• tous biens. > Debout au milieu de la composition et enveloppée d'un ample burnous oriental, Raguel rapproche les mains des deux futurs époux : le jeune Tobie s'avance d'un air k la fois empressé et craintif, la main gauche sur sa poitrine et les regards dirigés vers Sara; il a les hanches entourées d'une pièce d'étoffe, les jambes et le torse nus ; l'ange Raphaël, placé derrière lui, tout k fait k gauche, joint les mains; à droite, Sara, la tête encadrée par un voile qui retombe sur les épaules, la poitrine entièrement découverte, appuie sa tête et son bras gauche sur l'épaule de sa mère; celle-ci, enveloppée dans un grand manteau rouge, se cache le visage pour ne pas laisser voir ses larmes. Ce tableau, signé : Heinrich Lehmann, 1836, a. figuré au Salon de 1S37. Gustave Planche en a fait une critique fort sévère : « Nous aimons la simplicité autant que personne, a-t-il-dit, et nous jetterions les hauts cris si M, Lehmann s'avisait de traiter les sujets bibliques sans tenir compte des mœurs de ses personnages; mais il nous semble qu'il pouvait se dispenser de nous présenter, sous le nom de Sara, le torse d'un sphinx égyptien. Pour être biblique, il n'est pas nécessaire do sculpter dans le granit la gorge d'une jeune fille. L'attitude de Tobie est d'une niaiserie qui dépasse la mesure. Un Colin de l'Opéra- Coinique, marié par le bailli du village, ne recevrait pas autrement la main de sa maîtresse. » L'œuvre de M. Lehmann u reparu k l'Exposition universelle de 1855 et y a été jugée beaucoup plus favorablement. Voici ce qu'en a dit notamment le critique de ['Illustration : « Tobie est un joli garçon qui a. envie d'épouser une jolie fille, ni plus ni moins. Mais si l'idéal n'est pas là, s'il n'est pas dans l'ange, conseiller officiel de Tobie; s'il n'est pas dans Raguel, assez ordinaire figure d'Arabe, il est tout entier dans le groupe de Sara et d'Anne. Le visage presque caché au sein de sa mère; la jeune fille laisse prendre sa main plutôt qu'elle ne la donne. Cette attitude, ce corps qui s'éloigne, ce bras qui s'allonge avec une inexprimable pudeur, ce mélange d'amour, de crainte, de regret forment avec la couleur, avec le dessin, un tableau du premier ordre. » Ajoutons que l'exécution, d'une extrême fermeté, rappelle celle de certaines œuvres de Papety; les draperies Sont très-savantes et très-belles. Ce tableau a été gravé k l'eau- forte par Courtry dans le catalogue de cette galerie.

Un autre tableau de M. Lehmann, le Départ d-j jeune Tobie, a été exposé au Salon de 1835 et y a obtenu une médaille; il a reparu, comme

10 précédent, k l'Exposition universelle de 1855. Enfin, au Salon de 1866 a figuré une troisième composition de M. Lehmann -• l'Arrivée de Sara ches les parents du jeune Tobie.

TOBIN (John), auteur dramatique anglais, né k Salisbury en 1770, mort eu 1S04. Il montra dès l'enfance uu goût prononce pour les travaux littéraires, fut placé k dix-sept ans chez un avoué de Lincoln's Inn et sut, tout en s'acquittant avec zèle du travail qui lui était imposé, trouver des loisirs à consacrer k ses études favorites, qu'il dirigea bientôt exclusivement vers le théâtre. D'abord il s'essaya dans le genre tragique; mais aucune des pièces qu'il présenta aux directeurs de théâtre n'ayant été acceptée, il se tourna vers la comédie et ne fut pas plus heureux.

11 écrivit successivement les pièces intitulées la Table de Pharaon, iiïntrepreneur, le Normand, drame en cinq actes intitulé depuis le Couvre-feu; les Indiens, autre drame; le Pêcheur, drame lyrique; l' Ecole des auteurs (Ï800J. Aucune de ces productions ne trouva grâce devant le jugement des directeurs. Tobin venait enfin de voir sa dernière comédie, la Lune de miel, acceptée a Drury Lana après avoir été refusée k Covent Gardon,

TOBO

lorsque, brisé par un travail incessant, 11 expira avant que sa comédie eût été représentée. Elle le fut le 31 janvier 1805, avec un succès extraordinaire, et depuis elle est restée au répertoire anglais et américain. Par le plan, elle rappelle les pièces de Slutkapeuré et de Flechter; mais, tout en cherchant à imiter la manière des premiers créateurs du théâtre anglais, Tobin a su rester original. Le succès de la Lune de miel, écrite en vers blancs mêlés de prose, eut pour effet de mettre en pleine lumière le mérite littéraire de l'auteur, dont les productions sont surtout remarquables pur le style et l'art du dialogue, et 1 on représenta successivement le Normand (1806) ; Y Ecole des auteurs (1808); la Table de Pharaon ouïe Tuteur (1816). Elles furent toutes fort bien accueillies du public. Miss Beager a fait paraître des Mémoires sur John Tobin (Londres, 1820, in-8°), suivis d'un choix de ses écrits inédits. — Son frère, James Tobin, mort en 1815, s'adonna avec succès à la poésie dans sa jeunesse, puis se livras. des études politiques et montra un zèle ardent pour l'émancipation des noirs. On a de lui : Observations sur l'essai de Iiamsay, relatif au traitement et à la conversion des esclaves africains dans les colonies à sucre (Londres, 1785-1788, in-8°).

tobinie s. f. (to-bi-til). Bot. Syn. de clavalier, genre de zanthoxylés.

TOBLER (Titus), savant suisse, né à Stein (canton d'Appenzell) en 1806. Il étudia la médecine à Zurich et a Vienne, se rit recevoir docteur à Wnrtzbourg et alla ensuite se perfectionner à Paris. De retour dans sa patrie en 1327, il y exerça la pratique de son art et consacra une partie de ses loisirs à recueillir les matériaux de son Trésor de l'idiome d'Appenzell (Zurich, 1837), qui est l'un des meilleurs travaux que l'on ait sur les dialectes de l'Europe; il déployait en même temps beaucoup d'activité comme publiciste et comme fonctionnaire public. Une de -ses brochures eut pour effet de provoquer la révision du code en usage dans le canton d'Appenzell-extérieur. Dans le but d'étudier à fond le choléra et la peste orientale, il lit, de 1835 k 1836, un voyage en Orient, dont il a publié la relation sous ce titre : Voyage d'agrément en Orient (Zurich, 1839, 2 parties). Eu 1845, il repartit pour la même contrée, explora principalement Jérusalem et ses alentours, et revint, en 1846, dans sa patrie, rapportant une riche collection de matériaux topographiques qui servirent de base à une série d'ouvrages remarquables surtout par l'exactitude des recherches. Tels sont, entre autres : Bethléem (Saint-Gall, 1819) ; Plan de Jérusalem (Suint-Gall, 1849) ; le Golgotha (Saint-Gall, 1851): la Fontaine de Siloé et le mont des Oliviers (Saint-Oall, 1852); Agenda de Jérusalem (Saint-Gall, 1852); Topographie de Jérusateni et de ses environs (Berlin, 1S53- 1854, 2 vol.), son principal ouvrage, auquel ko rattachent une Planoyruphie de Jérusalem (Gotha, 1858) et des Documents pour la topographie médicale de Jérusalem (Berlin, 1875). Il fit encore deux autres voyages en Palestine ; il a publié la relation du premier suus ce titre : Troisième excursion en Palestine (Gotha, 1859); mais le second fut interrompu en 1865 par i'mvasion du choléra. M. Tobler recueillit cependant en Palestine les matériaux d'une Monographie de Nazareth (1868). On lui doit encore : Sur le mouvement de la population dans le canton d' Appen tell (Saint- Gall, 1835); la Mèrede famille (Saint-Gall, 1844, 2"! éilil. ); Bibliographia geographica Palestine (Leipzig, 1867), ainsi que plusieurs éditions d'anciennes relations de voyages en Palestine. Dans l'intervalle de ses voyages, M. Tobler a résidé, depuis 1840, k Tlioru (Thurgovie), où il a pris part à la révision delà constitution du canton de Thurgovie; en 1853,1a communauté d'Appenzell-extérieur l'a élu membre du Conseil national fédéral.

TOBLER (Adolphe), philologue suisse, né en 1835, à Hirzel (canton de Zurich) où était alors pasteur son père, Salomon Tobler, qui est lui-même connu comme l'auteur de deux poèmes épiques : le Petit- fils de Winkelried (Zurich, 1837) et Colomb (Zurich, 1846). Il lit ses études k l'Ecole supérieure de Zurich, puis à l'université de Gœttingue, où il fut reçu docteur, en 1857, avec une thèse intitulée Tableau de la conjugaison latine et de sa forme romane, et vécut ensuite k Rouie, en Toscane et k Paris, jusqu'en 1861, époque où il fut nommé professeur de français et d'italien k l'école du canton de Soleure. En 1806 , il allu se fixer à Berne, se lit recevoir, eu 1807, agrégé- à l'université de cette ville et fut appelé, la même année, à occuper une chaire de langues romanes k l'université de Berlin. M. Tobler est l'un des hommes les plus versés k notre époque dans la connaissance des langues romanes. On a de lui : une édition des anciennes poésies françaises de Jehan de Condet(Stuttgard, 1860) ; Fragments du. Chevalier au lion (Soleure, 1862) ; Livre de lecture italien (Soleure, l866),ainsi qu'un grand nombre d'études et de mémoires dans le Nouveau musée suisse, dans Y Annuaire de littérature romane et anglaise, dans le Journal de psychologie populaire et de linguistique, etc. — Un de ses frères, Louis Tobleb, est professeur k l'université de Berne.

TOIIOL, rivière de la Russie d'Asie. Elle

TOBO

prend sa source dans le groupe des petits lacs de Karrak-Bachi, situé dans les monts Kitehik - Karatcha, qui séparent le Turkestan de la Sibérie, coule au N.-"N.-E., entre (tans le gouvernement de Tobolsk et se jette dans l'Irtisch, après un cours d'environ 900kilûm. Le Tobol reçoit à droite l'Abouga etàgauchel'Ouis, l'Iset,laToura et laTavda.

TODOLSK, ville de la Russie d'Asie, sur la rive droite de l'Irtisch, près de son confluent avec le Tobol, "à 3,681 kilom. E. de Saint- Pétersbourg, par 58°12'39" da latit. N. et 65° 54' do longit. E. ; ch.-l. du gouvernement de son nom et de la Sibérie occidentale; environ 25,000 hab. Archevêché russe, deux couvents, séminaire-, chancellerie et cour d'appel ; gymnase, école militaire et autres établissements d'instruction publique, théâtre ; principal dépôt du corps d'artillerie réparti sur les frontières de la Sibérie occidentale. Fabriques de savon, de cuirs, d'instruments de chirurgie pour l'armée.

On divise Tobolsk en ville haute et ville basse; la première est bâtie sur un coteau élevé; la ville basse, plus étendue que la ville haute, estsujette aux fréquentes inondations de l'Irtisch. Fabriques de toiles, de cotonnade, de cuirs, d'instruments de chirurgie, etc. Les Russes forment le quart de la population ; un autFe quart se compose de Tartares. Il y a peu d'activité manufacturière à Tobolsk ; en revanche, le commerce, surtout celui d'expédition, y a beaucoup d'importance. Cette ville est, en outre, le grand entrepôt de toutes les fourrures reçues pour le compte de la couronne. Les marchands entretiennent des relations avec toutes les principales maisons commerciales de la Russie. Les marchandises venant d'Europe sont amenées pardes négociants russes, au printemps, par le Tobal et l'Irtisch, quand ces rivières sout dégelées ; des parties les plus éloignées de la Sibérie viennent, vers la tin de 1 été, des bateaux chargés de poissons, de diverses denrées, dont la majeure partie est transportée en Russie. Tobolsk reçoit aussi une grande quantité de marchandises chinoises ; enlin c'est l'entrepôt des pelleteries destinées à la couronne. Il arrive dans cette ville, au commencement de l'hiver, des caravanes de Kalmouks et de Boukhares, qui y séjournent pendant toute cette saison, pour faire leur commerce. Parmi les Russes de Tobolsk, beaucoup descendent d'exilés, et comme ceux-ci sortent souvent des hautes classes, il en est résulté des progrès remarquables dans la civilisation de cette ville. « Le climat de Tobolsk est extrêmement rigoureux; le thermomètre descend à 40°.

L/Irtisch. et le Tobol gèlent ordinairement dans la dernière quinzaine d'octobre et ne dégèlent guère qu'au commencement de mai. Les courtes chaleurs de l'été sout souvent très-fortes. Malgré les inondations fréquentes le climat est sain. On ne peut cultiver k Tobolsk qu'un petit nombre de légumes et de grains; les fruits se réduisent à quelques espèces de baies, parmi lesquelles est le rubus arelicus, dont l'odeurressemble k celle de l'ananas. On tire les fruits et le bétail des contrées méridionales. Les rennes, les cygnes septentrionaux, les renards de plusieurs couleurs, etc., y fournissent des fourrures plus ou moins précieuses; le peuple Se contente de pelisses de peau de mouton. Les environs offrent de fort beaux paysages, et la ville elle-même présente, du dehors, un coup d'œil très-pittoresque. Ce n'était originairement qu'un bourg, qui fut bâti en 1587; incendié en 1643, il fut remplacé par la ville actuelle. <

On remarque a Tobolsk de nombreuses églises, parmi lesquelles la cathédrale grecque se distingue par son aspect monumental ; deux couvents, un collège, une école militaire, les tribunaux, le palais archiépiscopal, de nombreux établissements d'instruction publique, etc.

TOBOLSK (gouvernement de), situé entre 54« et 750 de latit. N. et entre 56» et 84» de longit, E. Il est borné au N. par la nier Glaciale, qui y forme le golfe de l'Obi; k l'Ë. par le gouvernement de Tomsk et le district île Touroukhansh du gouvernement d'Iénisséisk; au S. par le pays des Kirghizos de Sibérie; k l'O. par la Russie d'Europe. Sa longueur du N. au S. est de 2,160 kilom. ; sa plus grande largeur de l'E. k l'O. de 1,800 kilom.; superficie, 1,149,230 kilom. Sa surface est en général plate, excepté dans la partie occidentale et N.-O., où s'élèvent les monts Ourals et leurs ramifications. Il est arrosé par l'Obi, l'Irtisch, le Tobol et leurs affluents, la Tavda, la Soswa, la Toura, IIset, l'ichim, la lionda, la Pime, la Train- Jougan, la Démiankou, l'Uuis, etc. Le sol de ce gouvernement varie nécessairement beaucoup, vu sa grande étendue. La partie septentrionale, située sous le cercle polaire arctique, consiste presque entièrement en marais et ne produit guère que quelques arbres nains, des arbustes rabougris et une grande quantité de mousse. La région qui s'étend depuis celle-ci jusqu'au 58e aegré de latitude est, au contraire, couverte d'immenses forêts qui servent de refuge à une grande quantité de bêles fauves dont les fourrures sont très-recherchées dans le commerce. Le reste de sa surface, surtout dans sa partie S.-O., produit non-seulement assez de grains pour la consommation de la partie septen-

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