‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 173 sur 1042 · TOCA · texte numérisé non relu

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trionale, mais encore pour permettre d'en exporter. On y recueille aussi des fruits, du lin, du chanvre, du houblon sauvage, etc. L'éducation du gros bétail et la pèche forment une des principales occupations des habitants. Il y existe des mines d'or, d'argent, de cuivre, de fer, de plomb et des carrières de différentes espèces. L'industrie manufacturière n'y est représentée que par un petit nombre de fabriques de savon, de suif et de potasse, quelques distilleries, des forges, des verreries. Mais le commerce y est plus important; il a principalement pour objet des grains, des fourrures, de la laine, des peaux, du bétail, des esturgeons, de l'huile de baleine, etc. Les femmes russes et tartares fabriquent des lainages, de la toile et des tapis ; les hommes exercent les métiers de tailleur, cordonnier, forgeron , boulanger, charpentier, etc. Les peuplades nomades s'adonnent particulièrement a la chasse des animaux à fourrures. La plupart des tribus acquittent leurs impôts avec un certain nombre de peaux de zibelines, de martres et de renards. Dans le N. se trouvent de grandes forêts marécageuses. Le renne est le seul animal qui serve aux Samoyèdes et aux Ostiaks pour leurs transports k travers les' déserts. La principale montagne est la crête septentrionale de l'Oural, qui, àpartirde la source de la Soswa, forme la limite du gouvernement de Tobolsk, du côté de la Russie d'Europe. Après Tobolsk, la ville la plus importante du gouvernement de ce nom est Omsk, autrefois ch.-l. de la province du même nom. Les principaux lieux de bannissement après Tobolsk sont les villes de Pelyrask,sur la Tavda, etBereasoff, sur l'Obi, dans une âpre contrée, par 65<> de latit. N. On y envoie la plus grande partie des condamnés politiques.

TOJ10SO (el), ville d'Espagne, province et k 100 kilom. S.-E. de Tolède, au milieu de marécages qui en rendent le séjour malsain; 3,000 hab. Fabriques de vases ue terre. Cervantes l'a rendu célèbre en en faisant la patrie de Dulcinée. Au nom de cette bonne ville se rattache un souvenir des plus comiques. Pendant la guerre d'Espagne, un corps de l'armée française se disposait a pénétrer de vive force dans la ville de Toboso, qui avait opposé une assez longue résistance. Ou sait quelles sont les terribles loisde la guerre, et nos soldats se préparaient k mettre tout k feu et k Sang. Le chef s'informa alors du nom de la ville, et, k ce nom de Toboso, un immense éclat de rire parcourut les rangs français. Le souvenir de Uulcinée avait peut-être sauvé Tobuso du piilaye.

TOBOUA1-MANOU, île du grand océan Equinoxial, dans l'archipel de la Société, par 17»28' de latit. S.; environ 10 kilom. de longueur. Découverte en 1797 par le capitaine Wallis.

TOBY'S-CREEK, rivière des Etats-Unis (PensylvanieJ. Elle prend sa source dans le comté de Jefferson, a Coopersport, coule au S.-O. et se jette dans l'Alleghany, par la gauche, k Foxburg, après un cours de 165 kilom.

TOC irîterj. (tok — onomatop.). S'emploie pour exprimer un choc, un bruit sec et sourd : Il y a quelqu'un à la porte; j'ai entendu toc,

TOCl

~ s. m. Sorte de sonnerie sourde d'une montre k répétition sans timbre : Une montre

à TOC.

— Jeux. Sorte de trictrac, que l'on joue avec quinze dames de chaque couleur.

— Mur. Courir à toc de voiles, Faire force de voiles autant que possible.

— adj. Argot. Sot, mauvais en son genre, mal tourné, sans grâce : Celte femme est bien toc. Il a prononcé un discours três-TOG.

TOCADE s. f. V. TOQUADE.

TOCAGE s. m. (lo-ka-ge). Techn. Action de jeter le combustible par la toquerie.

TOCA1GU, baie sur la côte O. de l'Ile d'Hawaï, l'une des îles Sandwich, par 20° de latit. N. Elle est exposée aux vents du Nord, ot ses bords sont environnés do rochers et de récifs.

TOCAN s. tu. (to-kan). Pêche. Jeune saumon.

TOCANE s. f. (to-ka-ne). Vin de Champagne nouveau, fait de la mère goutie. Il Vin d'Aï, qui ne peut se conserver que six mois.

TOCANHOHA s. m. (to-ka-no-a). Espèce de noix vomique, de Madagascar.

TOCANTE s. f. (to-kan-te — rad. toc, onomatopée du bruit que fait entendre le mouvement d'une montre). Argot. Montre : Quelle heure est-il à ta tocante ï Malvina regrettait sa tocante. (L. Reybaud.)

TOCANT1NS, fleuve du Brésil. Il prend sa source dans les montagnes de. la serra do Epinhaco, entre les chaînes nommées serra das Aimas et Cordilheira- Grande, vers les montagnes appelées serra Dourada. Il coule du S. uu N., sur une étendue de 1,800 kilom. Jusqu'à. sa rencontre avec le rio das Velhas, il porte le nom de rio das Aimas, et au delà celui de Tocautins. Il traverse les provinces de Goyas, de Matto-Grosso et de Para, et se jeLte dans l'océan Atlantique par une enibou- ' chure de plus de 30 kilom. de largeur. Ce fleuve, navigable dans presque toute son étendue, offre une voie précieuse pour péné-

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trer jusqu'au centre du Brésil. Ses principaux affluents sont l'Uruguay, le Tacanhuuas, le Manoel-Alves-Grande , l'Agua-da-Sol , le Main, la Thérésa, etc.

TOCCATA s. f. (tok-ka-ta — mot ital. qui signif. touchée). Mus. Ancienne pièce de musique, écrite pour le clavecin, le piano ou l'orgue, et ne différant de la sonate qu'en ce qu'elle n'était composée le plus ordinairement que d'un seul morceau. 11 PI. toccatk.

TOCCO, bourg d'Italie, province de la Principauté-Ultérieure, à 30 kilom. d'Aveliino, sur un rocher, à la base du mont Taburno; 1,500 hab.

TOCCO, bourg d'Italie, province de l'Abruzze - Citérieure, à 30 kilom. S.-O. de Chieti, près de la rive droite de la Pescaru ; 3,500 hab.

TOCE, TOCCIA ou TOSA, rivière d'Italie.

Elle prend sa source au mont Gries, Sur la limite du canton suisse du Tessin, coule au S., arrose les vallées Formazzo, Antigorio et Ossolo, se dirige ensuite au S.-E. et se perd dnns le lac Majeur, au fond d'une buie qui n pris le nom de golfe de la Toce, après uu cours d'environ 80 kilom. Elle forme plusieurs belles cascades.

TOC-FEU s, m. Min. Grille k feu, sorte de grand réchaud que l'on descend dans les mines, pour en faciliter l'aérage.

TOCHE (puy de la), montagne de France, dans la chaîne de l'Auvergne, par 4j°35' de latit. N. et par 00 30' de longit. E. Sou ultitude est de 1,642 mètres.

TOCIIIRA (ruines de) [Teuchira ou Arsinoe], ancienne ville de Barbarie, près de la mer, sur une colline qu'une plaine très-fertile sépare des montagnes de la Cyrénaïquo. On remarque des restes bien conservés de la muraille flanquée de tours qui l'entourait ; l'intérieur offre un amas confus de ruines.

TOCIION (Joseph-François), savant numismate, né près d'Annecy (Savoie) on 1772, mort en 1820. Il était docteur en droit, lorsque, la Savoie ayant été annexée à la France pur la Convention, il dut entrer dans l'armée des Alpes (1792). Attaché k l'état-major, il se distingua dans diverses occasions et quitta le service eu 1797 avec le grade de capitaine. 11 parcourut alors l'Italie, d'où il rapporta chez lui des objets antiques fort précieux, surtout des médailles; il se fixa à Paris en 1800 et y forma une belle collection, qu'il vendit à l'Etat en 1807. En 1815, il représenta le département du Mont-Blanc à la Chumbre des députés, devint membre de l'Institut en 1816, et se consacra ensuite tout entier k la publication de ses travaux sur la numismatique. On lui doit les ouvrages suivants, où plusieurs difficultés historiques sont éeluircies pur les médailles : Dissertation sur l'époque de la mort d'Antiochus VU, roi de Syrie (1816, in-8°); Mémoire sur les médailles de Marinas frappées à Philippopolis (1817, iu-8°); Recherches historiques et géographiques sur tes médailles des nomes on préfectures de l'Egypte (1&22, in-4», avec lig.), etc.

TOC1NA, bourg d'Espagne, province et & 25 kilom. de Séville, station du chemin de fer de Madrid à Séville, sur la rive gauche du Guadalquivir, au fond d'une sinuosité assez profonde; 1,000 hab. Fabriques d'étoffes de laine.

TOCKs. m. (tok). Ornith. Oiseau du geuro calao, qui vit au Sénégal.

TOC-KAYE s. m, (tok-kè — onomatop. du cri de l'animal). Erpét. Reptile saurien, qui habite le royaume de Siam : Le toc-kaye parait être une variété du gecko. (V. de Bomare.) Il On dit aussi TOCQUBT,

TOC&ENBOCRG.en allemand Toggemburg, partie du canton de Saint-Gall {Puisse), dans la région occidentale. C'était judis un comté souverain, qui appartint aux barons de Rason , puis k l'abbaye de Saint-Gall (1469), elqui forme quatre districts, le Haut, le Bas, Ip Nouveau et le Vieux-Tockenbourg. La principale localité de cette contrée, habitée presque entièrement par des protestants, est Leicluensteig.

TOCKOWONGE s. m. (to-ko-ouon-je). Raeine alimentaire de Virginie, qui ressemble à la patate.

TOCO S. m. (to-ko). Ornith. Oiseau du genre toucan, qui habite la Guyane: ieTOco est à peu près de la grosseur de la corneille mantelée. (V, de Boiuare.)

TOCOCA s. m. (to-ko-ka). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des mèlastoiuauées, tribu des miconiées, comprenant seize espèces, qui croissent au Brésil et k la Guyane, Il On l'appelle aussj bois macaque.

TOCOCO s. m. (to-ko-ko). Ornith. Nom vulgaire du flamant, k la Guyane.

— Bot. Syn. de tococa.

TOCOGRAPHE s. m. (to-ko-gra-fe — du gr. tokos, enfantement; graphe, j'écris). Auteur d'un traité sur l'art des accouchements.

TOCOGRAPHIE s. f. (to-ko-gra-t'l — rad.

tocographe). Traité sur l'art des accouchements.

TOCOGRAPHIQUE adj. (to-ko-gra-fi-ke — rad. tocographie). Qui appartient k la loco» graphie : Estait tocûgraphiQUISS.

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TOCOL1N s. m. (to-ko-lain). Ornith. Oiseau du genre loriot, qui habite le Mexique.

TOCOLOGIE s. f. (to-ko-lo-jt — du gr. tokos, enfantement; logos, discours). Science des accouchements.

TOGOLOGIQUE adj. (to-ko-lo-ji-ke — rad.

tocologie). Qui a rapport à la tocoiogie.

TOCONOMIË s. f. (to-ko-no-ml — du gr.

tokos, enfantement; nomos, règle). Ensemble des règles de l'art des accouchements.

TOCOTECHNIE s, f. (to-ko-tè-knî — du gr. tokos, enfantement; technê, art). Manœuvre des accouchements.

TOCOTECHNIQUE adj. (to-ko-tè-kni-ke — r;id. tocotechnie). Qui appartient à la tocotechnie : Méthode tocotechniqub,

TOCOYÈNE s. m. (to-ko-iè-ne). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des rubiacées, tribu des gardéniées, comprenant trois espèces, qui croissent dans l'Amérique tropicale.

TOCQCÉ (Louis), peintre français, né à Paris en 1696, mort dans la même ville en 1772. Il eut pour maître Nattier, qui lui fit copier les portraits exécutés par les plus grands maîtres du genre,' acquit un très-remarquable talent, s'adonna a peu près exclusivement au genre du portrait, épousa la fille de son maître et devint, en 1734, membre de l'Académie de peinture. En 1760, il se rendit en Russie, puis visita les principaux Etats du Nord, où sa réputation et son mérite lui firent gagner beaucoup d'argent. De retour à Paris, il abandonna les pinceaux et vécut tranquillement de sa fortune. Parmi ses portraits, dont le dessin est correct, la touche légère, la couleur agréable et où les étoffes et les accessoires sont rendus avec beaucoup d'art et de charme, on cite ceux de Lemoine, de Gailoche, de Louis de France, fils de Louis XV, de Marie Lesczinska, de Mme de Graffiy»y, etc.

TOCQUET s. m. (to kè). Erpét. Syn. de

TOC-KAYK.

TOCQUEVILLE (Hervé-Louis-François-Joseph-Bonaventure Clerel, comte de), administrateur français, né en 1772,mort;iCiairoix, près de Compiegne, en 185G. Sous l'Empire, il ne prit point paît aux affaires politiques et se borna a être maire d'une commune près de Versailles. Après l'abdication de Napoléon en 1814, Tocqueville fut préfet de Maineet-Loire. Destitué après le 20 mars 1815, il rentra pendant les Cent-Jours dans lu vie privée; mais, après notre défaite à Waterloo et le rétablissement des Bourbons, il fut nommé préfet de l'Oise et montra alors beaucoup de fermeté en résistant aux prétentions des Prussiens. Il tomba néanmoins dans une demi-disgrâce, fut envoyé, au commencement de 1816, comme préfet dans la Côted'Or et remplit successivement les mêmes fonctions dans les départements de la Moselle (1817), de la Somme (1823) et de Seine-et- Oise (1826). Louis XVIII nomma, l'année suivante, le comte de Tocqueville gentilhomme de sa chambre et pair de France (1827). Après la révolution de Juillet, de Tocqueville refusa de prêter serment au gouvernement nouveau et rentra dans la vie privée. Ii avait épousé une petite-fille de Malesherbes. On lui doit les écrits suivants : De la charte ■provinciale (Paris, 1829) ; Pétition aux deux Chambres, relative à il/me la duchesse de Berry (Paris , 1832) ; Du crédit agricole (Compiègue, 1838) ; Histoire philosophique du règne de Louis XV (Paris, 1846, 2 vol. in-8<>); Coup d'œil sur le règne de Louis XVI (Paris, in-S").

TOCQUEVILLE (le comte Hippotyte de), homme politique français, fils du précédent, né à Paris en 1812. Membre du conseil général de la Manche, président de la Société d'agriculture, propriétaire de grands domaines dans ce département, notamment du château de Nacqueville, il s'est fait estimer de tous dans la contrée par son honorabilité, ses idées larges et élevées et le noble emploi qu'il sait faire de sa fortune. Pendant que son frère puîné, Alexis de Tocqueville, se rendait célèbre par son livre De la démocratie en Amérique, le comte llippolyte se borna ix écrire quelques lettres politiques remarquables et des brochures , notamment : Mémoire sur l'amélioration des chevaux normands (Cherbourg, 1842, in -8<>) et Quelques idées sur les moyens de remédier d la mendicité et au vagabondage (1849, in-8<>). Malgré sa grande situation, il resta longtemps à l'écart de la politique et ne voulut point sortir de la retraite tant que dura l'Empire. Après la guerre de 1870-1871, dans une lettre qu'il adressa a M. Kerré des Perris (juin 1871), il entra dans la lutte pour combattre la réaction. • Convaincu, dit-il, que l'établissement définitif de la République peut seul nous sauver de l'anarchie, je voudrais, s'il était possible, voir la France entière Je demander avec moi... Je ne puis oublier qu'Alexis de Tocqueville était mon frère..., et que cette ombre chère me désavouerait si, dans l'occasion présente, alors que la République existe, je ne concourais de tous mes efforts à affermir une institution qu'il nous apprit à regarder comme éminemment tutélaire et à laquelle se trouve, j'oserais le dire, indissolublement attaché le nom que je porte. » Dans une élection complémentaire qui eut lieu dans la Manche le 9 juillet 1871 pour donner un remplaçant au prince de Joinville, le comte

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de Tocqueville fut élu député à l'Assemblée nationale par 35,000 voix. Il y fit partie des groupes du centre gauche et de la gauche républicaine et vota presque constamment avec ce dernier groupe. Le 8 octobre suivant, il fut élu membre du conseil général pour le canton de Beaumont. Le comte de Tocqueville appuya la politique de M. Thiers lorsqu'il demanda la constitution définitive de la république, et, s'il ne prit que très-rarement la parole à la Chambre, il saisit l'occasion qui s'offrit à lui, dans les concours de la Société d'agriculture de Cherbourg, pour prononcer des discours dans lesquels il affirma constamment la nécessité do chercher le repos et la prospérité de la France dans l'affermissement des institutions républicaines (3 octobre 1872, 2 octobre 1873, etc.). Le 19 novembre, il vota contre le septennat, fit une vive opposition au gouvernement de combat, fut révoqué comme maire de Nacque- ' ville (23 février 1874), contribua à la chute du cabinet de Broglie (16 mai 1874), se prononça pour la proposition Périer et Muleville (juillet 1874) et vota la constitution du 25 février 1875. Dans un discours qu'il prononça ce jour même, le comte de Tocqueville dit ces paroles : « Ce pays, fatigué de trou de dynasties, veut la république et vous 1 impose. Cette pauvre France, mutilée et saignante encore, vous demande àgrandscris de ne plus désormais penser qu'à elle, d'oublier vos divisions, vos préférences et de lui donner enfin le plus tôt possible le repos et ta sécurité qu'elle ne peut trouver désormais que dans la république. » Le 15 décembre 1875, il a été nommé par l'Assemblée nationale sénateur à vie.

TOCQDEVILLE (Alexis-Charles-Henri Clbrkl de), homme d Etat et publiciste, frère du précédent (Hippolyte), né à Paris le 29 juillet 1805, mort à Cannes le 16 avril 1859. Il passa son enfance au château ds Verneuil, près de Mantes, puis il fit ses études à Metz, où son père remplit les fonctions de prcfet de 1817 à 1823. Cette dernière année, Alexis de Tocqueville alla étudier le droit à Paris. Reçu licencié en 1826, il se mit à voyager et visita l'Italie et la Sicile. Dans la relation qu'il écrivit alors de son voyage et dont quelques parties ont été publiées après sa mort, on trouve la marque d un esprit très-indépendant, joignant à une imagination vive le goût de l'observation, des études politiques et philosophi ques, un sens droit, n'acceptant point les jugements tout faits. Pendant qu'il explorait la Sicile, il apprit qu'il venait d'être nommé juge auditeur au tribunal de Versailles (5 avril 1827). 11 alla prendre possession de ces fonctions, qui avaient pour lui peu d'attrait. Au parquet de ce tribunal se trouvait alors attaché un jeune substitut, M. Gustave de Beaumont, avec qui il se lia d'une amitié que la mort seule devait briser. A partir de ce moment, Alexis de Tocqueville s'attacha, avec son nouvel ami, à l'étude des grandes questions politiques et du mouvement d'opinion qui se produisait alors. Il ne tarda pas à comprendre que le gouvernement des Bourbons marchait à sa perte. Les ordonnances du ministère Polignac provoquèrent en lui l'indignation qui s'empara de tous les libéraux. Comme Chateaubriand, qu'il avait vu plusieurs fois et à qui sa famille se trouvait alliée, il comprenait que « la démocratie coulait à pleins bords ■ et que toute tentative de retour vers l'ancien régime était la plus chimérique des entreprises. Il prêta donc serment k la monarchie de Juillet. Peu après, il demanda au ministre de l'intérieur, M. de Montalivet, de l'envoyer avec M. de Beaumont aux Etats-Unis pour y étudier la question pénitentiaire, qui occupait vivement les esprits. En obtenant cette mission, jl avait surtout en vue d'étudier les institutions et lès mœurs de la société américaine, de se rendre compte du fonctionnement d'un Etat véritablement démocratique. Le 2 avril 1831, il partit avec M. de Beaumont pour les Etats-Unis. Les deux amis examinèrent les principaux établissements pénitentiaires de ce pays, où l'on avait appliqué le système de 1 emprisonnement cellulaire, et, tout en étudiant avec le plus grand soin un des plus difficiles problèmes de notre temps, de Tocqueville se rendit compte du mécanisme et des institutions de la grande république. De retour en France (mars 1832), les deux voyageurs publièrent en commun le remarquable ouvrage intitulé : Du système pénitentiaire aux Etats' Unis et de son application en France (Paris, 1832, in-8°). Nous avons examiné dans un article spécial (v. système pénitentiaire) cet important travail, qui fut couronné par l'Académie française. Peu après, M. de Beaumont ayant été destitué pour avoir refusé de prendre la parole dans l'affaire de la baronne de Feuchère, M. de Tocqueville saisit cette occasion pour donner sa démission et renoncer à une carrière qui était peu dans ses goûts (21 mai 1832). Il se fit inscrire sur le tableau de l'ordre des avocats, plaida quelques causes, notamment celle de M. Louis de liergorlay, compromis dans l'affaire dite du Carlo- Alberto, voyagea en Angleterre et employa tous ses loisirsà composer dans la retraite le grand ouvrage qui devait fonder sa réputation et dont les deux premiers volumes parurent en 1835 sous le titre de : la Démocratie en Amérique. Nous n'analyserons point ici cet ouvrage auquel nous avons consacré un article

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(V. DÉMOCRATIE EN AMERIQUE). Son SUCCeS

fut énorme, car, selon l'expression de Royer- Collard, « rien de pareil n'avait paru depuis Montesquieu. ■ L'Académie française lui décerna en 1836 un prix extraordinaire de 8,000 francs. L'année même où il publia la première partie de sa Démocratie, Alexis de Tocqueville fit un second voyage en Angleterre, où il reçut l'accueil le plus flatteur et où il épousa miss Molley, qui devait lui donner le bonheur domestique le plus complet. Devenu tout à coup célèbre, il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur le 6 juin 1837, membre de l'Académie des sciences morales et politiques (6 janvier 1838) et envoyé par les électeurs de Valognes à la Chambre des députés (1839). Au commencement de l'année suivante parut la seconde partie de sa Démocratie en Amérique, dont la première édition complète est celle de 1839-1840 (4 vol. in-8°); enfin, le 23 décembre 1841, il succéda à Lacuée de Cessac comme membre de l'Académie française. •

A la Chambre des députés, de Tocqueville prit une attitude tout à fait indépendante. Sans être systématiquement hostile au gouvernement de Louis-Philippe, il siégea dans les rangs de l'opposition jusqu'en 1848. Il ne parut qu'assez rarement à la tribune, non qu'il manquât de facilité de parole, mais parce que, d'une constitution frêle, sa voix manquait de force et aussi parce que, ainsi que l a fait remarquer M. de Beaumont, « l'esprit s'accoutume dans le travail littéraire k une certaine méthode régulière et poursuit un certain idéal de formes peu compatible avec les accidents et l'imprévu de latrioune.» Toutefois, de Tocqueville prit une part aussi active qu utile aux travaux de la Chambre. Trois rapports qu'il fit sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies (1839), sur l'organisation et la réforme des prisons (1840 et 1843) furent très-remarques. Chargé de rédiger le rapport sur la commission extraordinaire nommée par la Chambre pour examiner la situation de l'Algérie, il visùa à deux reprises la colonie (1S41 et 1846), voulant se rendre un compte exact de la situation des choses, et il posa dans son rapport les vrais principes en matière de colonisation. Lors de la discussion de la loi de régence, il combattit, le 18 août 1842, le système présenté par le gouvernement. En 1843, il demanda dans plusieurs articles insérés dans le Siècle l'abolition de l'esclavage. L'année suivante, il se prononça pour la liberté de l'enseignement, puis fit une campagne en faveur du libre échange. Trèsfrappé de l'état des esprits, il n'hésita point h annoncer une révolution prochaine. Dnns un discours qu'il prononça k la Chambra le 27 janvier 1848, il dit ces paroles : « On prétend qu'il n'y a point de péril parce qu'il n'y a point d'émeute. Permettez-moi de vous dire que vous vous trompez. Sans doute, le désordre n'est point dans les faits ; mais il est entré profondément dans les esprits. Regardez ce qui se passe au sein des classes ouvrières... Il est vrai qu'elles ne sont point tourmentées par les passions politiques proprement dites; mais ne voyez-vous pas que leurs passions de politiques sont devenues sociales?... Est-ce que vous ne sentez pas par une sorte d'intuition instinctive que le sol tremble de nouveau en Europe? Est-ce que vous n'apercevez pas, que dirai-je? un vent de révolution qui est dans l'air? Ce vent, on ne sait où il naît, d'où il vient, ni, croyez-le bien, qui il enlève. Et c'est dans de pareils temps que vous restez calmes en présence de la dégradation des mœurs publiques!» La révolution du 24 février suivant vint montrer la justesse de ses prévisions. Elu représentant du peuple à la Constituante par le département de la Manche, le troisième de la liste par 110,714 voix, de Tocqueville votu presque constamment avec la droite, sans se montrer toutefois absolument hostile à la fondation de la République, qu'il voulait trèsconservatrice. Il fit partie du comité de const.tution, se prononça pour les deux chambres, pour la nomination du président de la république par le vote à deux degrés et attaqua avec beaucoup d'ardeur les doctrines socialistes. Le général Cavaignac, devenu chef du pouvoir exécutif, le chargea de représenter la Frauce à la conférence diplomatique de Bruxelles, convoquée pour le règlement des affaires d'Italie. Lorsque le pays fut appelé à nommer un président, de Tocqueville appuya la candidature de Cavaignac et combattit celle de Louis-Napoléon. En 1849, il fut réélu à l'Assemblée législative, dont il devint un des vice-présidents (i»r juin). Deux jours plus tard, il prit le portefeuille des affaires étrangères dans le cabinet Odilon Barrot et Dufaura. Pendant son passage aux affaires eurent lieu le siège et la prise de Rome. Il s'opposa, le 12 juin, à l'ajournement des débats relatifs à la demande de mise en accusation du pouvoir exécutif, puis envoya à la conférence de Gaste MM. de Courcelles etde Rayneval, avec la mission de «rétablir en Italie la juste influence qui était due à lu France, rendre au pape l'indépendance nécessaire au gouvernement des nations catholiques et obtenir pour les Etats romains des réformes et des institutions libérales et sérieuses. • Cette mission devait nécessairement échouer devant le mauvais vouloir absolu du pape. Après la lettre de Louis Bonaparte à Edgar Ney et le message du pré-

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sident de-la République, le ministère donna sa démission (30 octobre 1849) et M. de Tocquevillejfut remplacé au ministère des affaires étrangères par M. de Rayneval. Il alla passer une partie de l'hiver en Italie pour rétablir sa santé altérée et, de retour à la Chambre, il continua à voter avec la droite, mais en s'opposant de plus en plus à la politique de l'Elysée. A cette époque, il rédigea un remarquable rapport sur l'Algérie, pour laquelle il demanda la fin d'un régime militaire absolument contraire au développement de la colonie, puis il se montra favorable à la révision de la constitution. Lors du coup d'Etat du 2 décembre, il fit partie des représentants qui signèrent à la mairie du X» arrondissement 1 acte de mise en accusation de Louis Bonaparte, et fut conduit à Vincennes.

Relâché peu après, de Tocqueville rentra complètement dans la vie privée et donna sa démission de membre du conseil général de la Manche. 11 retourna en Italie, a Sorrente. Ce fut là qu'il médita le plan d'un nouvel ouvrage qu'il ne devait pas terminer. Mais avant d'écrire l'ancien régime et la Révolution, il fit un voyage en Allemagne, compulsa de nombreux matériaux et mit enfin au jour la première 'partie de l'Ancien régime et la Révolution (Paris, 1856, 1 vol. in-8"), dont nous avons parlé ailleurs (v. Ancien régime). Il travaillait à la seconde partie de cet ouvrage, dont le succès fut très-grand, et il se proposait d'expliquer comment le grand mouvement de 1789 fut détourné de son cours, lorsque, étant de nouveau malade, ii se rendit à Cannes dans l'espoir d'y trouver la guérison. Ce fut là qu'il mourut quelque temps après. De Tocqueville avait un esprit trèsouvert et le sentiment de l'irrésistible avènement de la démocratie; mais il se montra très-défiant en vers elle, l'acceptant comme un fait et avec une sympathie médiocre. Comme philosophe politique, il eût été supérieur d'un degré, dit Sainte-Beuve, s'il eût été plus calme et plus froid. D'après Villemain, • le talent, la raison, la hauteur des vues, la ferme simplicité du style, l'éloquent amour du bien > caractérisent ses œuvres. De Tocqueville était aimé et respecté de tous les partis, et ceux même qui étaient fort loin d être avec lui en communauté d'idées, d'opinions, de sentiments ne parlaient de l'homme qu'avec déférence. Cela tenait beaucoup à un caractère droit et ferme, quoique plein d'aménité, qui ne se démentit jamais.

« De Tocqueville, dit M. Scherer, n'a rien ou de commun ni avec la rue de Poitiers, dans les années qui suivirent 1848, ni avec la coterie catholique sous ljs second Empire. On a souvent invoqué son témoignage en laveur de la nécessité des principes religieux dans une société démocratique; mais il se faisait de la religion, ainsi que de la liberté politique, une notion ab&olumentdiflerente de celle que professent nos modernes conservateurs. « La mort de M. Mole, écrivait-il en 1856 à » J.-J. Ampère, semble assurer l'éjection de » Falloux. Je crois bien que je ne pourrai » m'empécher de voter comme on me le de- » mande, malgré une certaine répugnance. » On a beau me dire que ce dévot-là marche k > part du grand troupeau et montre des sen- » timents plus indépendants que le reste, il ■ n'en a pas moins ce fumet de sacristie qui » m'est si désagréable & sentir par le temps i qui court. >

Outre les trois grands ouvrages que nous avons cités, on doit à Tocqueville : Note sur le système pénitentiaire (Paris, 1831, in-8°); Discours en faveur de Louis de Kergorlay (1833, in-8°); Mémoire sur le paupérisme (1836); Etat social et politique de ta France, traduit en anglais par J. Smart Mill et publié dans la Westminster Review (avril, 1834); Lettre sur le système pénitentiaire (17 août 1836), publiée dans divers journaux; Discours de réception à l'Académie (21 avril 1842); Lettre d lord Brougham sur le droit de visite (1843, in-S°); Histoire philosophique du règne de Louis XV (1846, 2 vol, in-8<>); Discours prononcé sur la tombe de Ballanche (1847); Notice sur Cherbourg, dans l'Histoire des villes de France de Guilbert (1847); le Droit au travail (1848, in-38); Coup d'œil sur le règne de Louis XVI depuis son avènement d la couronne jusqu'à ta séance royale du 23 juin 1789 (1850, in-8°), etc. Ses Œuvres complètes, publiées par les soins de M. G. de Beaumont (Paris, 1860-1865,9 vol. in-8°), comprennent, outre ses grands ouvrages, ses œuvres et sa correspondance inédites , des mélanges, des fragments d'histoire, des impressions de voyage, des études économiques, politiques et littéraires, etc. — Sonxfrere, Edouard de Tocqueville, mort en 1874, a passé la plus grande partie de sa vie dans sa terre de Blagny (Oise). Il a été membre et vice-président du conseil général de ce département, président de plusieurs sociétés industrielles, et il a publié les écrits suivants : Des enfants trouvés et des orphelins pauvres comme moyen de colonisation de l'Algérie (18ào, in-8°); Recherches sur les moyens de prévenir le retour des crises en matière de subsistances et sur la possibilité d'obtenir une bonne statistique amiuelte des ressources alimentaires de ta France (1847, in-s»).

TOCRO s. m. (to-kro). Ornith. Genre d'oiseaux gallinacés, du groupe des perdrix, dont l'espèce type habite la Guyane : La

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