A. DB PONTMARTIN
— Hist. et art herald. L'ordre de la Toison d'or, un des plus célèbres de la chrétienté, fut créé à Bruges, le 10 février 1429, par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, sous l'invocation de la Vierge Marie et de saint André; mais la galanterie beaucoup plus que la religion semble avoir inspiré ce prince. Diverses versions ont été mises en avant relativement à l'origine de l'institution; quelques auteurs, prenant au sérieux la devise du prince le plus inconstant «aultre n'avray », devise qu'il prit à l'occasion de son muriage avec Isabelle de Portugal, ont cru qu'il avait voulu symboliser sa propre ténacité en amour, comparable à celle des Argonautes dans leur expédition. Comme il ne fut jamais fidèle, ni à ses femmes ni à ses maîtresses, cette supposition est chimérique. D'autres ont cru qu il rappelait par cette toison d'or ses gains énormes sur les laines ; cette explication n'est pas mieux fondée. L'anecdote concernant ses vingt-quatre maîtresses le paraît davantage et mérite d'être rapportée. Philippe, dit-on, avait fait des cheveux de ces vingt-quatre belles filles un lacs d'amour au milieu duquel les mèches dorées de l'une d'elles attiraient les regards. Les courtisans se moquèrent de cette nuance trop blonde, et le prince, un peu vexé, assura que. tel qui riait de cette toison la tiendrait bientôt en grand honneur. Cette belle maîtresse aux cheveux d'or se nommait Marie de Rumbrugge. Philippe, par un singulier raffinement, choisit l'époque des fêtes de son mariage avec la princesse de Portugal pour instituer son ordre de cheva-
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lerie. Ajoutons que, sous ce3 apparences de simple galanterie, le duc de Bourgogne sut faire de la Toison d'or un instrument politique; il s'attribua, pour lui et ses successeurs, lu grande maîtrise de l'ordre, composé seulement à l'origine de trente et un chevaliers, qui juraient, entre autres choses, de servir loyalement le chef de la confrérie et de lui révéler tous les projets ou complots qui seraient formés contre lui. La défense de la religion et du prince, tel était le butsuprême de 1 institution. L'ordre ne pouvait être conféré qu'à des ■ gentilshommes de nom et d'armes sans reproches. » — « L'ordonnance que le duc publia, dit M. de Barante, pour régler les devoirs des chevaliers et les cérémonies de leur réception est assurément le plus beau code d'honneur et de vertu chevaleresque; c'était aussi le moyen d'attacher et de rendre de plus en plus docile au duc de Bourgogne toute cette grande- noblesse qui l'environnait et le servait. <
L'article 67 des statuts stipulait que si la ligne mâle de la maison de Bourgogne venait à s'éteindre, ce serait l'époux de la fille et héritière du dernier souverain qui deviendrait chef de l'ordre. Aussi, en 1477, à la mort de Charles le Téméraire, cette grande maîtrise passa-t-elle à la maison de Habsbourg par le mariage de Marie de Bourgogne, fille unique de ce prince, qui avait épousé l'archiduc Maximilien d'Autriche, depuis empereur d'Allemagne. Charles-Quint honora l'ordre d'une protection toute particulière. Il lui accorda de nombreux privilèges, en fit approuver les statuts par le pape Léon X et porta le nombre des chevaliers à cinquante. A l'époque de l'abdication de ce souverain, les deux lignes de la maison de Habsbourg, qui régnaient, l'une en Allemagne et l'autre en Espagne, conservèrent toutes les deux la grande maîtrise et en exercèrent les droits. Cependant, la ligne espagnole s'étant éteinte en 1700 , la maison d'Autriche éleva la prétention de garder seule la grande maîtrise; mais Philippe V refusa de s'en dessaisir. Enfin, à la suite d'un échange de notes diplomatiques qui durèrent plusieurs. années, il fut convenu que les souverains espagnols continueraieat à faire des chevaliers de la Toison d'or, mais qu'ils ne prendraient point les devises de l'institution. Depuis cette époque, l'ordre de la Toison d'or appartient à ta fois à la couronne d'Autriche et à la couronne d'Espagne. C'est un ordre" de cour, qui ne se confère qu'aux souverains, aux princes des familles régnantes, aux fonctionnaires les plus éminents et aux membres les plus illustres de la noblesse. En 1875, l'ordre de la Toison d'or autrichienne comptait G5 chevaliers, dont 30 appartenant à la famille impériale et à des souverains et princes de familles régnantes, et 35 à la haute aristocratie austro-hongroise. Fidèles aux statuts primitifs de l'ordre, les empereurs d'Autriche ne confèrent celui-ci qu'à des catholiques et à des personnages de haute et illustre naissance. Le mérite personnel, s'il ne se trouve pas réuni à ces deux qualités, ne suffit pas pour obtenir la Toison d'or autrichienne, qui est restée, on le voit, un ordre exclusivement catholique et aristocratique.
Le jour de la Saint-André, patron de la Toison d'or, on célèbre tous les ans à Vienne la fête de l'ordre. Après une messe solennelle dite dans la chapeile du château et à laquelle assiste l'empereur comme grand maître, ainsi que tous les chevaliers en costume de cérémonie, un dîner réunit lés membres de l'ordre dans la salle du chapitre. Les réceptions dus nouveaux chevaliers se font lé jour des Rois, dans l'église, en présence de l'empereur.
Les chevaliers jouissent des plus grands privilèges. Us ont leur entrée constante à la cour et prennent le pas sur toutes les personnes, excepté sur les princes des maisons souveraines. Leur nomination dépend entier rement de la volonté du grand maître, et leur nombre est maintenant illimité. Ils doivent être catholiques' et ne porter aucune autre décoration que celle de la l'oison d'or. Les sujets autrichiens ont pourtant la permission de porter les insignes des autres ordres de l'empire d'Autriche. Les chevaliers étaient autrefois obligés de porter les insignes et le collier au cou; maintenant, ils attachent la décoration à un ruban rouge, soit autour du cou, soit à la boutonnière gauche. La famille d'un chevalier défunt doit renvoyer le collier et les insignes au chapitre de l'ordre.
Les chevaliers créés en Espagne doivent être princes ou grands d'Espagne et s'être illustrés par des actions d'éclat.
Les insignes consistent en un mouton doré ou une toison d'or, suspendue au cou par un large ruban rouge foncé ou par un collier d'or garni de cailloux brillants d'où sortent des étincelles, avec cette devise : Anlc ferit quam flamma micat (le coup frappe avant que la flamme brille). Une autre devise , placée sur un ornement, porte : Pretium laborum non vite (prix du travail non à dédaigner). Le costume de l'ordre se compose d'une robe en velours rouge foncé, doublée de taffetas blanc, et d'un long manteau en velours pourpre, doublé de satin blanc et bordé d'une riche broderie en or sur laquelle sont représentés les insignes de l'ordre. La tête est couverte d'an bonnet de velours pourpre
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broda en or, d'où ressort un morceau d'étoffe rouge qui tombe en arrière et s'attache à l'épaule. A la gauche du bonnet est suspendue une banderole. Les souliers et les bas sont rouges. La décoration se porte en Espagne suspendue soit à un collier, soit à un ruban rouge passé en sautoir, et ne diffère de celle adoptée eu Autriche que par quelques détails d'ornements et par l'absence de devises.
Tolion d'or (la), tragi-comédie de Corneille, en cinq actes et'en vers; représentée en 1661. C'est encore, une pièce à machines, comme Andromède, un nouvel essai pour réunir la musique à la poésie. Elle a un mérite de plus, c'est que. l'art du poète y a rendu les machines inséparables du poème. Cette tragi-comédie fut composée à l'occasion du mariage de Louis XIV avec l'infante d'Espagne. Le titre même de la pièce explique suffisamment son sujet. Ce qui surprit surtout dans la représentation de la Toison d'or, ce furent les machines. Un marquis de Sourdéac, grand mécanicien et passionné pour les spectacles , fit représenter la pièce avec beaucoup de magnificence dans le château de Neubourg, en Normandie. Il y a, dans le prologue, de grandes beautés; ces vers, que dit la France personnifiée, plurent à tout le monde :
A vaincre tant de fois mes forces «'affaiblissent; L'Etat est florissant, mais les peuples gémissent; Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts Et la gloire du trône accable les sujets. [faits.
Mais, dans toute la pièce, il y a trop "3e poin- . les et de jeux de mots ; le style de la Toison d'or est inférieur à celui des pièces de Corneille en général. Ii n'existe , dit Voltaire , aucun trait brillant qu'on y puisse remarquer.
ToUon d'or (la), tragédie lyrique en trois actes, paroles de Desriaux, musique de Vogel ; représentée à l'Académie royale de musique le 29 août 1786. Cet ouvrage fut un des premiers où se fit semir l'influence du génie de Gluck. Les chœurs surtout offrent de grandes beautés dramatiques. Nous signalerons aussi l'air d'Hypsipylè, femme de Juson et victime de Médée : Bêlas! à peine un rayon d'espérance; l'air de Jason : Est- ce à vous de voir un crime dans mon infidélité ; la scène en sol mineur : Ah! bannissez un funeste désir! l'amiante et l'allégro en ré chantés par Médée : Soleil, auteur de la lumière; mais ces derniers morceaux sont bien inférieurs à l'air d'Hypsipylè, auquel le compositeur a donné un sens très-dramatique en employant des syncopes et des dessins d'orchestration qui rappellent les belles pages d'Orphée. Vogel avait attendu sept ans la représentation de son opéra. Mlle Maillard dit avec succès le rôle de Médee, Mlle Dozon chanta celui d'Hypsipylè et Jason fut représenté par Lays.
TOIT s. m, (toi — lat. teclum. Une même racine, généralement conservée, donne naissance au principal nom du- toit 'duns tout l'Occident; c'est le sanscrit sthag, couvrir, cacher, qui perd quelquefois son s initial : grec slegos, stegê, toit, maison, chambre, slegnos, couverture, lieu couvert, tente, àsslcgô, je couvre, je cache ; latin teclum, tugurium de tego, je couvre ; ancien irlandais leg, maison , irlandais moderne teagh, tigh, toigh, liaghais, tioghus, même sens, kymrique ty, maison, pluriel collectif tai, et to, toit, de toi, couvrir, armoricain lô, de toi, tei, avec perte du g final, anglo-saxon tkac, lltecem, toit, Scandinave lhak, theki, ancien allemand dach, de theccan, thekia, dechian, couvrir, formes secondaires d'un verbe thikan, tlmk, qui ne s'est pas retrouvé en gothique; liinunnien stégas, toit, pastogis, avant-toit, de slegti, couvrir une maison, stegius, couvreur). Constr. Partie supérieure d'un bâtiment, d'une maison, qui sert à les couvrir, à les abriter : Monter sur les toits. Tomber du toit. One tuile gui tombe d'un toit peut nous blesser daountuge, mais ne nous navre pas tant qu'une pierre lancée à dessein par une main malveillante. (J.-J. Rouss.) En Grèce, le toit incliné fut inventé par la nécessité et donna naissance au fronton, qui fut un champ nouveau pour le génie. (E. Desuhunel.) Qu'il est doux, a l'abri du toit qui me protège, De voir à gros flocons s'amonceler la neige !
Deluxe.
— Par ext. Maison, habitation, tuile : Un toit hospitalier. Un humble toit. iYoas n'avons eu qu'un toit, qu'un berceau, nous n'aurons qu'un tombeau. (B. de St-P.) iVous avons vu à Jérusalem le toit d'un clteorier parmi tes ruines du temple de Salomon. (Chateaub.)
Je vais aux plus prochains rivages Vivre en un coin, sous d'humbles toits.
DilUNOER.
Demandons •
Pour seuls dons Simple toit, portes closes.
EÉRANOER.
— Poétiq. Abri; objet servant do toit ou ayant la forme d'un toit, d'une voûte : Un toit de feuillage. Mon âme s'agrandit dans ces solitudes qui n'ont que le ciel pour toit et que Dieu pour mailre. (B. de St-P.)
— Sous un toit, Sous le toit, Dans une maison, dans la maison : Habiter sous Lu même toit. Convier quelqu'un, c'est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu'il est
TOIT
SOUS notre toit. (Brill.-Sav.) Depuis quinze siècles, l'idée du mariage n'a pas changé dans la race saxonne; l'épouse sait qu'en entrant sous lb toit du mari, elle se doit tout entière à lui. (H. Taine.)
[chante, Un brave homme est pour moi chose belle et tou- Qu'il vive sous le marbre ou jous un toit de bois, Qu'il sorte du bas peuple ou descende des rois.
A. Barbier.
— Toit paternel, Maison où l'on est né, où l'on a, où l'on avait Sa famille :
Il va vivre et mourir loin du toit paternel.