C1W20 + PC
Dioxybemolne, Protochlorure
de phosphore.
= C«rHlCl 4- POC13 + HC1 Toluylène mo- Oxychlorure Acide chlornochloré. de phosphore. hydrique.
20 Cl*HilCl 4- KHO
Potasse.
Toluylène monochloré.
H20 Eau.
CUHio Tolane.
= KC1 Chlorure potassique.
Le tolane se dissout très-facilement dans l'éther et dans l'alcool chauds; il cristalline de sa solution éthérée en larges cristaux transparents, et de sa solution alcoolique en longs prismes ou en lamelles; il fond h 60° et distille sans décomposition au-dessus de cette température.
Le bromure de tolane Cl*H10Br* se précicipite lorsqu'on ajoute du brome à la solution éthérée de l'hydrocarbure. Il se forme également dans la distillation sèche du bromure de toluylène ou dans l'action de l'eau à 140° sur ce dernier oorps. Il cristallise de sa solution alcoolique bouillante en petites aiguilles aplaties ou en écailles nacrées; il se dissout avec difficulté dans l'alcool et dans l'éther; il fond entre 200° et 205", et il se résout en partie, quand on le distille, en brome, en acide bromhydrique, en aiguilles qui fondent à 85° et en une huile incristallisable. Chauffé à 120° avec de la potasse alcoolique, il donne du tolane et de l'aldéhyde acétique, et non, comme nn aurait pu 1 espérer, l'hydrocarbure Ci*H8- Cette régénération du tolane peut être exprimée par l'équation suivante : . CURlOBr* -f 2KHO 4- CÎH5.0H Bromure de Potasae. Alcool.
tolane.
= C«Hio + C«H*0 + ïKBr + 2H20 Tolane, Aldéhyde Bromure Eau. acétique, potassique.
TOLARB, cap de l'Ile de Corse, à son extrémité septentrionale et à 35 kilom. N. de Bastia. Une tour s'élève à son sommet.
TOLARENTA s. f. (to-!a-rain-ta). Erpét.
Genre de reptiles sauriens, formé aux dépens des geckos.
TOLATOI.A, ville sur la côte N.de l'Ile Célèbes, près du cap Donda, par 0° 50' de latit. N. et 118° 7' de longit. E. Elle est grande et a un bon port; le pays aux environs est des plus fertiles, et les montagnes du voisinage renferment des mines d'or.
TOLBECQUE (Jean-Baptiste- Joseph), violoniste, né à Hanzinne (Belgique) en 1797. Il entra en 1816 au Conservatoire de Paris, où il eut Kreutzer pour maître de violon etReicha pour maître de contre-point et de fugue. A vingt-trois ans, Tolbecque fut admis, comme violoniste, à l'orchestre du Théâtre-Italien. Il se mit alors a composer de la musique de danse, devint en 1825 chef d'orchestre à Tivoli et compta bientôt parmi les chefs d'orchestre les plus en vogue des bals et jardins publics de Paris. De 1835 à 1846, Tolbecque eut, en outre, la direction des bals de la cour et fit partie de l'orchestre de la Société des concerts du Conservatoire. Ou lui doit un grand nombre de Quadrilles, Valses à grand orchestre, Rondos, Variations, etc. — Son frère, Auguste-Joseph Tolbecquh, né à Hanzinne en 1801, entra au Conservatoire de Paris en 1816 et obtint en 1821 le premier prix de violon. Habile violoniste, il fit partie de l'orchestre de l'Opéra et de la Société des concerts du Conservatoire. — Un autre frère des précédents, Charles-Joseph Tolbecque, né à Paris en 1806, fut également élève du Conservatoire, où il remporta le premier prix de violon en 1824. En 1830, il devint chef d'orchestre du théâtre des Variétés, pour lequel il composa de fort jolis airs, et mourut eu 1835.
TOLBIAC, ancienne ville de la Germanie, aujourd'hui Zulpich, entra Bonn et Juliers. Ce fut sous ses murs que Clovis remporta sur les Germains une grande victoire (495), à la suite de laquelle il embrassa le christianisme, et que, en 6!2f Thierry 11, roi de Bourgogne, vainquit son Irère Théodebert II, roi d'Austrasie.
TOLCANA s. m. (tol-ka-na). Ornith. Espèce d'étourneau, qui habite les régions chaudes et tempérées de l'Amérique du Nord.
TOLCH1LI s. m. (tol-chi-li — nom mexic). Ornith. Oiseau de proie nocturne, du genre hibou, qui vit au Mexique.
TOLE
TOLDY (François), historien hongrois, né k Bude en 1805. Il étudia la philosophie, puis la médecine à l'université de Pesth et s'y occupa aussi de travaux littéraires. Il débuta lui-même, dès 1821, dans la littérature et publia, entre autres ouvrages, une traduction hongroise des Brigands de Schiller (1823), qui n'est pas sans mérite. Plus tard, il se consacra plus exclusivement à des recherches sur l'histoire littéraire et fit paraître successivement : Manuel de poésie hongroise (Pesth, 1828, 2 vol.); Anthologie extraite des poètes hongrois (Pesth, 1828) et Fragments posthumes de poètes hongrois (Pesth, 1823). Reçu docteur en 1828, il se rendit l'année suivante à Berlin, où il suivit les cours de Hegel et où il" fit lui-même des conférences sur la poésie hongroise. Il visita ensuite la Belgique, Londres et Paris, passa k Kerney l'été de 1830 et revint, la même urinée, dans sa patrie. Il y fonda, avec Bugat, lOroosi Tar, le premier journal médical qui ait été publié en hongrois et qu'il rédigea jusqu'en 1833, devint peu après son retour membre de l'Académie hongroise, de laquelle il a été secrétaire de 1835 à 1861, et fut nommé en 1835 professeur extraordinaire d'hygiène à l'université de Pesth. La Société littéraire de ICisfaludy, dont il avait provoqué la création en 1836, l'élut pour directeur en 1841, et, deux ans plus tard , le gouvernement le nomma directeur de la bibliothèque de l'université, ce qui le força à résigner sa chaire à la Faculté de médecine. Il est, en outre, depuis 1860, professeur de littérature hongroise à Pesth et membre de l'Académie de Vienne. Toidy a édité les œuvres d'un grand nombre d'écrivains hongrois anciens et modernes; tels sont, entre autres : le Chronicon Mttngarorum (Bude, 1852); la Légende en vers de sainte Catherine d'Alexandrie (Pesth, 1854); le Corpus granmiaiicorum lingute Hungarica} veterum (Pesth, 1866) ; les Œuvres de Daykii (1833), de Czuezor (1836), de Kazinczy (1836- 1845;, de Kist'uludy (plusieurs éditions), etc. Miiis son principal mérite est d'avoir publié plusieurs ouvrages excellents sur l'histoire de la littérature hongroise. Nous citerons les suivants : la Poésie historique hongroise avant Zrinyi (Vienne, 1848) ; Etat de la civilisation de la Hongrie avant l'introduction du christianisme (Vienne, 1850) ; Histoire de la littérature nationale hongroise (Pesth, 1851-1853,3 vol., souv. réédité) ; Histoire de la littérature nationale hongroise depuis les temps les plus anciens jusqu'à notre époque (Pesth, 1854-1855, 2 vol.); Hisioirede ta poésie hongroine (Pesth, 1855.2 vol.) ; Livre de lecture sur l histoire de la littérature (Pesth, 1863, tome 1er),
TÔLE s. f. (tô-le. — Ce mot est probablement une variété de la forme ancienne et dialectale taule, qui représente le latin tabula, planche, tablette). Feuille de fer plus ou moins mince : Tuyaux de TÔLB. Vase en tôle vernie. Bans la construction des outils de labourage, on emploie le bois, la tôlk et la fonte. (Uiispail.)
— Techn. Plaque de fer battu, à bords relevés, percée de plusieurs trous, dont se servent les émailleurs pour faire chauffer les pièces à émailler. Il l'aie de fer, Canal en, tôle qui conduit le plomb fondu de la chaudière dans l'auge.
— Encycl. La lâle a des usages nombreux. Quelques-uns exigent, comme la fabrication des chaudières à vapeur, que la tôle ait une épaisseur assez grande. On la désigne alors sous le nom de tôle forte, et même, anciennement, sous celui de fer noir.
La lâle destinée à la fabrication du ferblanc doit être, au contraire, fort mince. La confection de la tôle forte et celle de la lâle mince différent peu. La tôle forte exige des foyers plus grands, etles machines employées présentent également quelques légères différences, qui tiennent principalement à la puissance de pression qu'il faut exercer pour l'obtenir.
La fabrication de la tôle a eu lieu longtemps au moyen de marteaux et principalement de martinets; mais ce procédé est généralement abandonné et remplacé par celui des laminoirs.
On choisit, pour la fabrication de la tôle, du fer méplat d'une faible épaisseur, dont les dimensions doivent être calculées d'après celles de la tôle que l'on veut obtenir.
On chauffe les barres en les plaçant soit sur la sole d'un four à réverbère, soit sur le matelas d'un fourneau dormant.
On les dispose de façon que la flamme puisse circuler librement autour des barres et qu'elle les échauffe toutes également. Lorsqu'elles ont acquis la température convenable pour être étirées, température qui est celle du rouge cerise, on les porte au laminoir. Le laminage des tôles se compose de deux opérations distinctes, le dégrossissage et le finissage. On emploie presque toujours des cylindres de 1 ormes différentes pour chacune de ces opérations.
Les cylindres qui servent à dégrossir sont cannelés. Le nombre des cannelures varie avec l'épaisseur de la tôle que l'on fabrique. Quand elle doit être très -forte, on se sert de cylindres à deux couronnes, dont la longueur varie ris 0>",16 à O^ÎO.
L'ouvrier a soin de placer les barres de fer en travers des cylindres, de sorte que leur largeur forme la longueur des feuilles. On
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passe ainsi chaque barre deux, trois ou quatre fois entre les cylindres, en ayant soin de serrer les vis convenablement.
Le fer, après ceite opération, est chauffé de nouveau, pour être placé sous les cylindres finisseurs. On réunit plusieurs plaques en une trousse, après les avoir trempées dans l'eau. On «ioit toujours les secouer avec force avant de les passer entre les cylindres, afin d'en détacher la couche d'oxyde qui les recouvre et dont une partie est Souvent difficile à enlever. On ne parvient jamais k donner à la tôle l'épaisseur convenable en une seule fois. Les trousses sont passées h plusieurs reprises dans les laminoirs, et, a chaque opération, elles sont réchauffées.
Les cylindres sont parfaitement unis; leur diamètre varie entre 0^,35 et 0m,40. On a songé à établir dans ces cylindres, suivant l'axe, une circulation d'eau froide, afin de les empêcher de trop s'échauffer pendant l'opération du laminage. Mais celte pratique, qui augmente la main-d'œuvre pour la fabrication des cylindres et affaiblit leur résistance aux tourillons de suspension,- n'a pas été généralement adoptée. La plus grande vitesse que l'on donne aux cylindres est de 25 à 30 tours par minute. Il est avantageux de les faiie marcher lentement.
Pour la tôle mince, qui est le plus souvent destinée k fournir le fer-blanc, on la fabrique presque universellement au laminoir, sauf peut-être dans quelques usines de Silésie, où on la fabrique encore au maitinet. Si du moins cet élut de choses est changé, et si là, comme partout ailleurs, les laminoirs sont aussi employés, il n'y a que peu de temps. Il est évident que la méthode au marteau, déjà longue et dispendieuse pour les tôles fortes, l'est encore bien davantage pour les tôles minces. Les barres destinées à la fabrication de la tôle mince doivent être faites de fer de bonne qualité et avoir des dimensions convenables aux dimensions de la tôle que l'on veut obtenir. Cette dernière devra avoir le plus de largeur possible. Ou les chaude au rouge cerise, puis on procède au dégrossissage et, en trois passes successives, ou les réduit à une épaisseur d'environ 0m,008, de façon à obtenir de grandes plaques nommées binons, lesquelles sont découpées k la cisaille, suivant les dimensions Je la tôle même que l'on veut obtenir. Chacune de ces plaques pèse environ 1 kilogramme. On les rechauffe en piles, dans un fuur dormant, et on les passe au laminoir, de manière à réduire leur épaisseur des deux tiers environ. On eu forme alors des paquets composés de truis feuilles, qu6 l'on réchauffe comme la première fois au rouge cerise, et ou les repasse dans les mêmes laminoirs. Apres cela, les feuilles sont coupées en deux, puis décapées dans un bain contenant environ un septième d'acide sullurique. Après quoi, on les réunit en paquets de douze feuilles, ou les recuit ue nouveau et on leur fait subir trois passes successives, apr.ès lesquelles leur épaisseur est convenable pour être livrées aux etaineuis. Après chaque passe , il est nécessaire de réchauffer les feuilles, afin qu'elles puissent subir sans se déchirer cet étirage considérable.
La fabrication ue ia tôle mince exige environ 1,000 kilogrammes de houille et de 1,400 & 1.150 kilogrammes de fer pour obtenir 1,000 kilogrammes de feuilles à etamer.
En Angleterre, ou emploie exclusivement, pour la fabrication de la tôle, les fours k réverbère, lin France, et principalement dans les usines de l'Est, on emploie encore les fours dormants, qui étaient d'un usage presque général au commencement de ce siècle.
Les fours à réverbère sont préférables et tendeut à les remplacer.
Les laminoirs que l'on emploie dans la fabrication de la tôle sont de deux sortes, les dégrossisaeurs et les finisseurs. Les premiers sont munis de cannelures. Les autres sont toujours unis.
Pour. resserrer ces cylindres, lorsque l'on veut diminuer l'épaisseur de la tâte, on fait usage de deux systèmes : on les descend soit au moyen d'une vis et d'un écrou, soit au moyen de coins. Le premier procédé donne de meilleurs résultats , plus parfaits ; il donne une iàle plus égaie et plus régulière , mais aussi plus sujette aux détériorations. Le deuxième est plus simple et d'une manœuvre plus facile, mais on n'est pas aussi certain que le cylindre descend bien horizontalement, et il faut, chez l'ouvrier chargé de cette manœuvre, une grande habitude et une grande habileté de main.
Les usages de la tôle sont très-nombreux.
Les tôles fortes servent à faire les chaudières à vapeur, les réservoirs, les ponts à poutres droites et k poutres courbes, etc.
Les fd/es minces sont employées après avoir été étamées, zinguées, pluinbées. Les tôles zinguèes et plombées paraissent être d'un bon emploi pour les toitures, surtout lorsqu'elles sont ondulées. Les tôles ondulées se fabriquent au moyen de laminoirs particuliers qui leur donnent d.tfereuts profits.
Les tôles ont l'avantage d'avoir une grande rigidité dans le sens de la longueur, de la cannelure, quoique étant d'une faible épaisseur. Cette qualité les rend très-propres à la construction de combles légers. Elles se soutiennent fort bien sans chevrons et même sans aucune espèce de ferme , pour de faibles parties.
On construit aussi des combles en tôle on-
TOLE
dulée, arquée, reposant simplement sur deux fers k T soutenus par des colonnes en fonte, pour hangars, ateliers, marquises, etc. Il faut que la portée n'excède pas, 5 à 6 mètres.
Quand la portée augmente, on soutient la tôle de diverses façons.
Les tôles ondulées peuvent être employées sans être zinguèes ni plombées, en les couvrant d'une bonne peinture.
Du reste, les tôles zinguées doivent être très-soignées, afin que l'adhérence entre le zinc et Te fer soit bien complète , parce que, si la rouille se met en un point quelconque, ses ravug.es s'étendent avec une effrayante rapidité; ces deux métaux agissent comme les deux pôles d'une pile, le zinc aidant à l'oxydation du fer.
C est pour cette raison qu'il ne faut pas zinguer la tôle avant de la travailler; il faut d'abord l'onduler, la rogner, la couper, etc., et la galvaniser ensuite, afin que toutes les parties soient exactement recouvertes par le zinc. Lorsqu'on a usé de ces précautions, la tôle zinguée on galvanisée constitue une couverture meilleure que la<o7e peinte, mais il ne faut pas qu'elle soit soumise a des vapeurs acides.
Dans tous les cas , ces sortes de couvertures sont chères, surtout celle à la tôle plombée, qui est, du reste, d'un usage peu répandu.
TOLÉDAN, ANE s. et adj. (to-lé-dan, ane). Habitant de Tolède; qui appartient k cette ville ou à ses habitants : Les Toi.édans. La population tolédane. Notable félicité! Blason illustre des TolédansI (Th. Gaut.)
TOl-ÈDE, en espagnol Toledo, anciennement Tuletum, ville d'Espagne (Nouvelle- Casti'li;). Capitale de la province de son nom, sur la rive gauche du Tage, h peu près au centre de la pénin>ule, à 61 kilom. S.-O de Madrid; par 390 52' 24" de latit. N. et 6» 19' 30" de longit. O.; 18,000 hab. Siège d'un archevêché dont le titulaire prend le titre de primat des Espagnes, et qui a pour suffragants les évêchés de Cordoue, Cuença, Siguenza, Jaen, Ségovie, Cai thagène, Osma et Valladolid. L'industrie manufacturière, qui rendait cette ville si importante autrefois, y est totalement déchue ; ou n'y compte plus que quelques fabriques, qui produisent encore des armes blanches renommées et de beaux ornements d'église. La commerce y est aussi presque nul ; la navigation sur le Tage, qui rendait Tolède florissante en faisant communiquer cette ville avec Lisbonne, a cessé sous le règne de Philippe III.
-— Histoire. L'histoire de Tolède, toute dans le- passé, est celle de ses monuments, dont nous parlerons plus loin en détail. C'est, en effet, une de ces villes qui ne vivent plus guère que par le souvenir de leur ancienne grandeur et par la magnificence de leurs ruines. Fondée par les Phéniciens, Tolède était déjà importante lors de la conquête romaine; devenue alors colonie, elle fut choisie comme quartier général et reçut le trésor dans ses murs. Les rois gothsen firent leur capitale en 554 et elle conserva ce rang jusqu'en 714, époque où les Maures, grâce a la trahison du comte Julien, s'en emparèrent. Tolède essaya k plusieurs reprises, mais sans succès, de secouer le joug mauresque. A la suite de divisions entre les nouveaux maîtres du territoire espagnol, on retrouve cette ville devenue la capitale d'un royaume indépendant deM031k 1085, c'est-k-dire jusqu'au jour où Alphonse VI, après s'en être emparé sur les Maures, en fit la capitale de lu Castille. Charles-Quint l'érigea plus tard en capitale du royaume, et elle ne fut dépossédée de ce titre au profit de Madrid qu'en 1560. C'est k cette époque que se place l'apogée de la prospérité tolédane : la ville compta un instant jusqu'à 200,000 habitants. Ce chiffre décrut rapidement quand le siège du gouvernement eutélé transféré à Madrid. Les événements politiques et, en dernier lieu, l'occupation française firent le reste. «Les révolutions, dit un historien espagnol, M. Madoz, ont réduit k néant les riches revenus de cette ville, où le clergé qui l'occupait possédait l'énorme quantité de 40 millions de réaux en rentes. Toutes les classes sont devenues pauvres, et sans une industrie qui leur promette. des ressources pour l'avenir. « Nous ajouterons qu'aujourd'hui Tofeue, ville morte, est, quoique pauvre, la ville aristocratique par excellence. Un écrivain contemporain la qualifie quelque part de «Faubourg Saint-Germain» de l'Espagne.
Elle sert, en effet, de retraite k l'opposition carliste. Tolède est la patrie de saint Ildefonse, patron de la ville ; du rabbin Ben- Essa, du jésuite Louis de LaCerda, deGarcilaso de La Vega, du peintre Blas de Pedro, etc.
— Topogmp/rie. Tolède est bâtie sur les cimes et sur les flancs d'une suite de collines abruptes dont les pieds sont baignés par le Tage. Les quartiers de la ville, dont les uns sont perchés sur les hauteurs, les autres étendus au bas, dans les vallées, forment le fouillis le plus pittoresque. « C'est, ditM. Germond de Lavigne, un dédale inouï de ruelles escarpées et montueuses, un peu semblables k ces sillons que tracent les vers dans le vieux bois. Elles montent k donner l'envie de s'aider des deux mains; elles descendent à faire croire que le centre du monde est au bout. Elles tournent, se torturent et serpentent de telle sorte qu'il faut le fil d'Ariane
TOLE
pour s'y guider. C'est la plus étrange confusion de maisons entassées, accumulées ; tour de force de construction, sur sept collines, comme celles de Rome, groupées dans un espace réduit. L'idée ne viendrait assurément k personne aujourd'hui, avec notre goût pour lé nivellement, d'y construire même une cabane de chèvres. Dans ce curieux tohu-bohu de granit et de briques, de charpentes et de fer, il y a dos secrets merveilleux, qu'il faut découvrir à l'insu même de ceux qui les possèdent. Il faudrait avoir le temps de pénétrer dans toutes les bâtisses des Goths, des Juifs et des Maures, dont les possesseurs ne se doutent pas pour la plupart qu'ils ont des arcs, des voûtes, des ogives, des fenêtres et des colonnettes qui sont des trésors, barbouillés, hélas 1 d'une quintuple couche de chaux. Pour peu que l'on gratte, partout on trouve des Sculptures, des arabesques, des méandres, des feuillages, des animaux fantastiques. Sur toutes les portes, des écussons armoriés et des devises; aux croisées, des balcons en vieux fer tourmenté et des grilles à barreaux serrés; à toutes les maisons, de vieilles portes massives, bardées de bandes de métal, garnies de marteaux hjstoiiés, à faire envie aux antiquaires.»
Le Tage décrit à la base des collines occupées par la ville, et au fond d'une déchirure hérissée de rochers noirs, une grande courbe qui affecte la forme d'un fer a cheval ; deux vieux ponts hardis, élancés, lu pont d'Alcantara et le pont de San-Martiu, coupent le Tage aux deux extrémités de la courbe, l'un conduisant vers les campagnes qui s'étendent au pied des monts de Tolède et de la sierra de Guudalupe, l'autre donnant accès aux voyageurs qui viennent d'Aranjuez et .'lu chemin de fer. La route de Madrid passe par l'espèce d'isthme qui relie le rocher de Tolède aux campagnes de la Castille. De quelque côté que l'on arrive, l'aspect de la ville e^t majestueux ; l'œil s'arrête avec curiosité sur les immenses remparts crénelés appuyés sur les rochers, et dont quelquesuns appartiennent à l'époque du roi Wamba, puis sur ces belles portes flanquées de tours mauresques délicatement ornées. On nomme, parmi celles-ci, la porte ou Cambron, construite par Wamba, réédillée par les Arabes et réparée par les Espagnols en 1576 ; la porte de Almaguera, dont il n'existe que des vestiges; la porte de Visagra, la principale de la ville, ouvrant sur la route de Madrid. La Vieille porte, aujourd'hui murée, date de la première époque de la domination des Arabes ; elle est formée de trois arcs ayant la courbe pittoresque de l'arc en fer k cheval; celui du milieu, dans lequel se trouve circonscrite la poterne par laquelle les armées chrétiennes pénétrèrent dans la ville lors de l'expulsion des Arabes, est grand et élancé. Au-dessus de la porte s'élève un étage carré, percé de meurtrières et couronné de créneaux. La porte neuve de Visagra, située un peu plus haut, est défendue par deux grosses tours rondes, crénelées et surmontées d'un écusson aux armes impériales, audessous d'un fronton triangulaire. Elle date de Charles-Quint. Ou a fait dériver son nom du latin via sacra ; de plus sérieux étymologistes ont retrouvé l'origine de ce nom dans le Bub-Shara des Arabes, qui signifie porte des champs.
Dans l'enceinte intérieure de la ville est la célèbre puerta del Sol, chef-d'œuvre de l'architecture arabe, véritable joyau archéologique, conservé intact comme au premier siècle de son existence. "Elle est défendue it droite par une forte muraille percée de deux ouvertures et couronnée de créneaux, k gauche par une belle tour demi-ronde, dont la partie supérieure présente une galerie k jour et de jolies guérites en encorbellement. L'entrée est formée de deux arcs circonscrits, de courbes différentes. Le premier, soutenu par deux colonnettes, est de style ogival ; le second est en fer à cheval k plein cintre, et les extrémités de l'arc sont irès-rapproohées. Audessus du plus grand, on voit un écusson aux armes de la cathédrale de Tolède, et, entre les deux, une vieille sculpture représentant l'exécution de Fernatid Gonzales, alguazil mayor de Tolède, décapité, par ordre du rui, pour avoir insulté deux dûmes. L'arc qui ouvre du côté de la ville est ogival. Une montée fort roide conduit jusqu'à la place principale, l'ancien Zocodover, aujourd'hui nommé place de la Constitution, espace assez vaste, irrégulier, entouré eu partie d'arceuux, formant le centre animé de la ville, et au milieu duquel se trouve une petite plantation d'arbres, une apparence de promenade qui est, dans les beaux jours, le rendez-vous du monde élégant.
Tolède possède un grand nombre de monuments intéressants, dont la description demanderait un volume; nous allons les passer rapidement en revue, en commençant par les édifices religieux.
La cathédrale, fondée par saint Eugène, premier é vêque de Tolède, fut transformée en musquée sous la domination des Maures. Saint Ferdinand, voulant effacer jusqu'au dernier vestige de la conquête musulmane, fit démolir la vie.lle église et poser les fondements de l'édifice actuel, dont le plan est dû k l'architecte Pedro Perez. La reconstruction demanda deux siècles consécutifs, et encore les travaux sont-ils toujours inachevés. Le style général est le gothique, sous ses trans-
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formations multiples. La façade principale se présente k l'ouest : trois grandes portes s'ouvrent sur cette façade; la plus haute, dite porte du Pardon, surmontée d'un large arc ogival divisé en deux plus petits , es» surchargée de sculptures. La Cène est représentée sur la corniche. Les deux autres portes forment chacune un arc du même style et non divisé. Entre les trois portes s'élèvent deux piliers massifs en forme de tours, partagés en étages et ornés de vingt statues. A droite, s'élève la tour proprement dite ; k gauche, la chapelle Mozarabe, surmontée d'une coupole octogone. La tour, haute de 90 mètres, a des murs d'une épaisseur de 5>a,5û.- Sa circonférence intérieure estlamème. Le premier corps, massif et carré ksa base.se divise en cinq étages ornés d'arcs et de sculptures gothiques, ainsi que de faïences vernies, suivant la mode des anciennes construciionsespagnoles.'Le cinquième étage, entièrement a jour, contient les cloches : la plus grosse, lourde de 17,800 kilogrammes, ej dont le bruit s'étend, dit-on, jusqu'k Madrid, pourrait contenir k l'aise, si l'on en croit un proverbe local, six cordonniers et un tailleur. Le second corps est en reliait sur le premier et de forme octogone : une fenêtre double gothique, terminée en tteurons, s'ouvre sur chacune des faces, et chacun des huit angles est surmonté de pyramides isolées, réunies par des aros-boutanis. Enfin, le troisième corps, octogone à sa base, s'arrondit à son sommât, couronné d'une série de globes et terminé pur une croix .de fer. A gauche de l'editice, indépendamment des trois portes dont nous avons parlé, il en existe une troisième dite porte dé l'Enfant volé ; cette porte est.surtout remarquable par le bas-relief qui la surmoute, et la légende que son nom rappelle est fixée par deux fresques deBayno: l'une représentant le rapt de l'enfant devant cette même porte, l'autre l'assassinat de ce même enfant par ses ravisseurs.
La façade sud, moins considérable, est percée de deux portes: l'une est moderne et mesquine ; l'autre, dite porte des Lions, est formée de plusieurs courbes concentriques, ornées de stutuettes ; chacune de ces statuettes est surmontée d'un dais délicatement sculpté k jour. La porte des Lions est précédée d'un parvis que ferme une grille de fer encastrée dans six colonnes surmontées d'écussons armoriés. L'autre porte, d'ordre ionique, ne remonte pas au delà de 1S00.
Enfin, pour en finir avec l'extérieur de cette magnifique basilique, la façade nord, à demi cachée sous les murs du cloître et sous les maisons particulières voisines, présente un grand arc composé de trois larges moulures représentant plusieurs figures de prophèteset d'anges. C'est également de ce côté que se trouve l'horloge.
L'intérieur de la cathédrale de Tolède est un des plus magnifiques de tout l'univers. Le vaisseau se compose de cinq grandes nefs, séparées par quatre-vingt-huit piliers, chaque pilier formé d'un faisceau de seize colonnettes. Les dimensions générales sont : longueur du nord au sud, 113 mètres; largeur, 57 mètres ; hauteur à la nef centrale, 45 mètres. Sept centeinquante fenêtres éclairent la basilique. On comprend qu'il nous serait difficile du décrire ici toutes les magnificences des chapelles : nous nous bornerons donc à parler avec détail de la capilla mayor (ou chapelle du inajire-autel), du chœur, lui faisant face, et de la chapelle Mozarabe, dont nous avons dèjit dit un mot.
La capilla mayor, agrandie par le cardinal Cisneros, possède un retable en bois de mélèze, partage en cinq étages, et chacun de ces étages en quatre compartiments remplis desiatues et de détails de sculptures. L'effet général est somptueux quoiqu'un peu théâtral, et bien que, pour nous servir de l'expression de M. Germond de Lavigne, « ces compartiments, renfermant chacun un groupe ou une scène, aient un peu l'air de loges ou d'avant-scenes, avec leurs draperies et leurs baldaquins sculptés, a Des deux côtés de l'autel, se trouvent, étagées au-dessus les unes des autres, plusieurs tombes. Nous citerons celles de Sancbo 11, de l'infant don Pedro, d'Alphonse VU, de don Saueao le Désiré et de l'infant don Sancho, fils de Jaime . el Conquistador. Nous ne parlons pas des nombreuses statues qui décorent la chapelle. Elle est fermée pur une grille immense, chefd'œuvre de la serrurerie ancienne, et dont l'auteur, Fraueiseo de Villaipondo, s légué son nom k la postérité. Elle a coûte 250,000 réuux.
En arrière du retable, se dresse ca qu'on appelle le transparent, entassement inout de marbres, de bronzes, de volutes, de nuages, de rayons solaires, ainsi nomme parce qu'il devait être, k l'origine, travaillé k jour et permettre d'embrasser au travers et d'un seul coup d'œil l'ensemble de la cathédrale.
Le chœur possède une silteria (on désigne ainsi, en Espagne, l'ensemble des stalles) qui peut passer pour un des chefs-d'œuvre du genre. Dans son Voyage en Espagne, Théophile Gautier la décrit en ces termes : « Elle est composée de trois rangs de stalles eu bois sculpté, fouillé, découpe d'une manière merveilleuse, avec des bus-reliefs historiques, allégoriques et sacrés. L'art gothique, sur les confins de la Renaissance, n'a rien produit de plus parfait ni de mieux ddssiné.
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On attribue cette œuvre effrayante de détails aux patients ciseaux de Philippe de Bourgogne et de Berruguete, La stalle de l'archevêque, plus élevée que les autres, est disposée en forme de trône et marque le milieu du chœur. Des colonnes de inarbre, d'un ton brun et luisant, couronnent cette prodigieuse menuiserie, et, sur l'entablement, s'élèvent des figures d'albâtre, d'une élégance et d'un effet admirables. D'énormes pupitres de bronze, couverts de missels gigantesques, de grands tapis de sparterie et deux orgues de dimensions colossales, posées en regard, l'un à droite, l'autre a gauche, complètent la décoration. ■
Quant à la chapelle Mozarabe, fondée par le cardinal Cisneros pour y perpétuer l'ancien rite chrétien primitif, toléré par les Arabes dans six ég lises de Tolède, après leuroccupation, son nom. rappelle celui de ces anciens fidèles (mozarabe signifie en effet mêlé aux Arabes), On sait que le rit grégorien fut de bonne heure exclusivement en vigueur, surtout en Espagne, où Alphonse VI en ordonna la pratique sous les peines les plus sévères. Mais la volonté royale vint se briser contre les résistances du clergé tolédan, et le rit mozarabe continua de garder ses fidèles. Le cardinal Cisneros vint juste à propos pour en recueillir les dernières traditions ainsi que les derniers ministres au profit de la chapelle Mozarabe, qu'il fitconsstruire contre la caihédrale, et, de cette manière, on put entendre à la fois les prières romaines et les anciennes prières espagnoles. La chapelle Mozarabe est carrée et mesure 14 mètres de côté. Elle possède une mosaïque achetée à Rome moyennant 20,000 ducats ; une Conception, dans le style italien, et plusieurs fresques représentant des batailles avec les Maures. On y conserve en outre le chapeau du cardinal Cisneros. La chapelle est fermée, comme la capilla mayor, par une grille de fer d'un admirable travail. Nous citerons, en outre: la chapelle Sanla- Lucia, la chapelle San-Eugenio, où se trouve le tombeau de Ferdinand Gudice ; les chapelles Santiago, San-Ildefonso, de laTrinidad,San- Nicolas. Dans la chapelle Santiago se trouvent plusieurs monuments funéraires remarquables: nous citerons celui du connétable don Alvaro de Luna et de sa femme; il est entouré de quatre statues, en maibre, de moines en prière; celui de don Ksteban de lllo, placé dans la voûte même, le guerrier ayant demandé cette place élevée < afin, dit Théophile Gautier, que les manants ne pussent lui passer sur le ventre; » celui du cardinal GitCarrileode Albornoz, mort à Assise. La chapelle de los Reyes-Nuevos, fondée par Henri 11, contient les sépultures de Juan II et de Henri 11 J. Citons artriii la chapelle Santa- Leocadiu, où se trouvent les sépultures de nombreux évêques et du cardinal Porto-Carrero.
La sacristie, belle pièce rectangulaire, est ornée d'une voûte peinte à fresque parLuca Giordano. Le sujet représenté est la Descente de laVierge, apportant à saint Ildefonse une chasuble en toile du ciel. Dans une petite salle voisine, on conserve le trésor de la cathédrale. Ce trésor, un des plus riches de l'Espagne, demanderait une description de plusieurs pages: nous ne mentionnerons, resserrés par 1 espace, que' la grande cusiodia d'argent doré, haute de 4 mètres, lourde de 795 marcs, et qu'on promène lors delà Fête- Dieu; le manteuude la Viergedu Sanctuaire, brodé en 1672 et surchargé de 256 onces de perles, sans parler des diamants, rubis et autres pierres précieuses; l'épeed Alphonse VI, de nombreux reliquaires, etc., etc. La sacristie correspond avec le Sayrario, chapelle construite, suivant la légende, sur l'emplacement même où les Sarrasins avaient enfoui la sainte image de Notre-Dame, au muinent de leur conquête. Elle se divise en plusieurs parties, élinceiantes de bronzes, de marbres, d'ivoire, de châsses d'un prix inestimable. On y conserve notamment, sous le titre ou plutôt sous le surnom de Juan de Las Vinas, une petite statue de lEnfunt Jésus, en or massif, fort vénérée par iesTolédanes.
Les chapelles qui font suite au Sugrario et se relient à celles dontnoua avons déjà parlé sont celle de la Vierge-aux-Douleurs ( Veryen de las Jjutores), celle du Baptistère et cellede la Desoeiision. Le nom de cette dernière rappelle l'apparition de la Vierge à saint Iluefonse, apparition qui fait, comme nous l'avons dittout k l'heure, l'objet delà peinture de la voûte de la sacristie. On y conserve, au fond d'une sorte de petite armoire en marbre rouge, une pierre blunclie sur laquelle la Vierge, en descendant dans l'église, posa, dit-on, le pied. Au-dessus de l'armoire est gravé ce verset: Adorabimus in ioco ubi iteterunt pedes ejus. Quant au sujet même de la légende, il fait encore ici l'objet d'un médaillon sculpté en relief sur le retable. Enfin, avant d'abandonner la basilique, mentionnons : les drapenux conquis sur les Turcs àla bataille de Lépante; une corne, vieille de plus de mille ans, et avec laquelle on appelait les fidèles à 1 office avant l'invention des cloches ; un lit sur lequel ou dépose les enfants trouvés, etc., etc. Mais, nous le répétons, nous n'avons pu, dans cette esquisse rapide, qu'effleurer la description de la cathédrale de Tolède, qui est peut-être la basi« lique la plus abondante en détails du monde eiitieu-
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Au nord et le long de la cathédrale s'étend le cloître, avec lequel elle communique par deux portes. On y remarque quelques tombeaux, une galerie de peintures à fresque représentant Ta vie de saint Eugène, premier apôtre de Tolède, et au-dessus, dans une galerie supérieure, la bibliothèque du chapitre, très-riche en manuscrits qui datent du vins aux vie siècle.
L'église du couvent de San-Juan-de-los- Reyes, érigée en 1477 par Ferdinand et Isabelle, qui 1 avaient destinée à recevoir leurs sépultures, est l'œuvre de l'architecte Juan Guas, Les travaux furent poussés avec une grande activité par la reine Isabelle, qui y employa jusqu'à douze cent vingt-six maîtres tailleurs de pierre. La partie la plus remarquable du monument est le chevet, construit avec une véritable splendeur architecturale. Le plan en est dessiné par six piliers, entre lesquels régnent des arcs ogivaux dont l'intérieur est couvert de riches arabesques. Des statues de hérauts occupent d'élégantes niches, pratiquées sur les faces de ces piliers. Le chevet est terminé en terrasse et couronné par une élégante galerie à jour. Du milieu de la terrasse s'élance une coupole hexagone. La façade principale, construite ■ après là mort d'Isabelle, ne répond ni par le style, ni par la richesse, à la magnificence du chevet. « L'église , dit M. Geruiond de Lavigne, forme une nef unique de 56 mètres de longueur, partagée eu quatre voûtes dont les arcs, supportés par des piliers recouverts d'arabesques , se. croisent sous de riches fleurons. Une large frise, qui court autour du vaisseau, la hauteur des chapiteaux , porte en grandes lettres gothiques une longue inscription commémorative de la fondation du monument. L'architecte a mis tout son génie, toutes les ressources de son art dans l'ornement du transsept; les piliers sont couverts de guirlandes et d'arabesques ; leurs chapiteaux, d'une forme originale, sont couronnés d'une foule de têtes d anges, et les quatre arcs qui supportent la coupole sont semés d'étoiles. Deux tribunes, k balcons de pierre fouillée k jour, sont comme suspendues, à droite et à gauche, aux deux derniers piliers de la nef et soutenues par de riches encorbellements, qui portent tes chiffres entrelacés de Ferdinand et d'Isabelle. Les deux murs des extrémités du transsept, autrefois éclairés par des fenêtres qui ont été murées, sont ornés d'une profusion inouïe de sculptures en relief. Au premier corps, de riches arcs gothiques; au second,' une galerie divisée en six compartiments par des colonnettes que cachent à demi des statues de saints, et, au milieu de ces compartiments, d'énormes écussons aux armes de Castille et d'Aragon, surmontés de tètes d'aigle et accompagnés des emblèmes royaux, le nœud gordien et le faisceau de flèches. Le maître-autel est d'une égale élégance ; mais il a beaucoup souffert , non - seulement des atteintes du temps, mais de celles de l'occupation armée. Les peintures qui le décoraient ont disparu, et la plupart des sculptures ont été mutilées. » Auprès du maître-autel est une statue en bois sculpté représentant le prophète Elie endormi. Un amateur offrit uu jour 80,000 réaux de la tête seule. La chaire , sans escalier, et dans laquelle on pénètre par un couloir pratiqué dans la muraille, est portée par une colonne qui est une lige de palmier pétrifiée. Le cloître , qui était un véritable chefd'œuvre d'architecture, porte les traces des plus regrettables dévastations. L'une des galeries est en ruine; les trois autres côtés , avec leurs arcs ornes de Heurs, d'oiseaux, d'animaux et de grotesques, leurs fragiles coloniiettes, leurs piliers caches chacun par une statue de saint, présentent l'un des plus riches spécimens de 1 art gothique dans toute sa pureté. Dans les galeries supérieures du cloître a été installé le musée provincial, collection formée de trois cents tableaux environ , parmi lesquels on remarque des toiles de José Ribera, dit l'Espagnolet.
Nuestra-Seilora - del -Trausito , ancienne synagogue, bâtie en 1366 par Samuel Lévi, le fameux trésurier du roi don f euro, est une seule nef, longue de 21 mètres, sur une largeur de 10 mètres. Bes murs sont revêtus de stuc et ornés, k la partie supérieure, d'une large frise au-dessous de laquelle se développe i/n corps d'architecture formé de cinquante - quatre arcs , remarquable par la beauté, l'abondance et la perfection de ses ornements. Le maître-autel, fort ancien et tout ornementé, est dans le style gothique. Le plafond du temple est eu mélèze ; les charpentes de la couverture sont, dit-on, en cèdre du Liban.
Santa-Maria-la-BIanca est un autre curieux souvenir de l'époque judaïque. Synagogue d'abord, cet édifice fut transformé en église vers 1405. C'est une succession d'arcs supportés par de gros piliers octogones formant cinq nefs. Les chapiteaux, en stuc, sont de '■ forme différente, composes de branches, de feuilles, ue guirlandes entremêlées de poin- ' nies de pin, réminiscence du vieux style ! byzantin. Des ornements varies, des arabesques , de jolies rosaces accompagnent les arcs.
Un des plus beaux édifices civils de Tolède est le collège militaire installé dans l'ancien hôpital de Sauta-Çruz, qui fut ouvert, en 14B4, aux enfants abandonnés. Isabelle la Catholique le fit agrandir et en confia la
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décoration à l'architecte Henri de Egas.Une vaste cour* précède la façade principale, qui frappe par sa richesse. Les entre-colonnements et l'archivolte sont garnis d'une série de statuettes avec leurs dais. Des bas-reliefs représentent le cardinal Mendoza, fondateur de l'hospice, la Visitation, etc. On remarque dans l'intérieur de l'hôpital une jolie chapelle possédant un retable orné de bonnes peintures sur panneaux. On remarque aussi, dans un des angles du cloître, un curieux escalier, dont la balustrade est d'une rare élégance ; le plafond est lambrissé avec toute la bizarrerie des denx genres arabe et plateresque. Indépendamment de la bibliothèque du chapitre, dont nous avons parlé plus haut, Tolède possède une bibliothèque provinciale, formée de trente mille volumes environ de l'ancienne bibliothèque archiépiscopale et de près de quarante mille volumes recueillis dans les couvents supprimés de la province. On y remarque une curieuse collection de portraits d'écrivains tolédans et une série originale de peintures représentant les résultats des croisements de races européennes. Tolède possédait autrefois de nombreux alcazarsoti palais, aujourd'hui détruits ou en ruine pour la plupart. Le palais d'Alphonse VIII existe encore en partie ; ou en admire le portail, du style de la Renaissance, œuvre de l'architecte Francisco Parilo. Mais le plus remarquable de tous les alcazars de Tolède est le superbe édifice qui domine la ville tout entière de ses masses imposantes. Ce palais fut incendié en 1710, restauré en 1744, puis livré de nouveau aux flammes. Il n'en reste aujourd'hui que les murailles. « Ce palais, dit M. de Lavigne, auquel nous faisons de nombreux emprunts, présente un vaste quadrilatère. La façade du nord, formée de trois cerps d'architecture plateresque, est l'œuvre d'Alphonse Covarrubias; celle du sud, plus majestueuse et plus régulière , comprend quatre corps d'ordre durique. Elle fut cou-, struite par Juan Herrera. Aux quatre angles s'élèvent des tours carrées qui dominent toute la ville, Au fond de la cour, formée de trentedeux belles arcades en galerie, se développe l'esealier,qui est une des plus belles œuvres qui aient été faites en ce genre. On remarque les écuries, qui pourraient renfermer plusieurs centaines de chevaux. Le célèbre architecte Ventura Rodriguez avait dirigé la restauration faite au siècle dernier. •
Le palais de don Diego, qui fut habité par don Henri de Transtamare et qui fut ensuite donné à Du Guesolin, n'est plus qu une habitation particulière. Le tatler del Moro, atelier ou se travaillent les pierres et les marbres destinés à l'entretien de la cathédrale, fut autrefois le palais de quelque grand seigneur. Trois salles magnifiques sont encore ornées d'une profusion de sculptures de style arabe, de nielles, d'étoiles, de fleurons et de plafonds lambrissés d'une rare richesse. Les Casas de Ayuntamiento (hôtel de ville) présentent une belle façade grécoromaine. Aux deux côtés de cette façade s'élèvent deux tours terminées en pyramides. Les plus belles promenades de Tolède sont le paseo de las Hosas, planté d'oliviers, de peupliers et de rosiers, et le paseo de Madrid.
Parmi les antiquités de quelque intérêt, nous signalerons : la cueoa de Hercules, souterrain qui s'étend au-dessous de la vieille église de San-Giues; la Naumaquia; l'amphithéâtre; les bains de la Cava, près d'une vieille tour ea ruine, accompagnée de quelques débris d'arcades; les ruines du château de San-Cervantes; les ruines du palacio de Gaiiana, etc. Ces ruines sont situées en dehors de la ville. C'est aussi hors des murs de Tolède, sur la rive droite du Tage, que se •trouve la fabrique d'armes blanches construite par Charles III. ■ On ne sait pas, dit M. Germond de Lavigne, à quelle époque se fonda cette célèbre industrie, ni dans quelles circonstances elle s'établit à Tolède, qui n'a jamais offert de ressources spéciales pour les matières premières. Elle s'était organisée en corps d'état; les ouvriers habitaient tous une même rue, qui a conservé le nom de culte de las Armas, et chaque maître s'enfermait chez lui comme dans une forteresse, se croyant ie seul possesseur du secret, de la trempe qui faisait la célébrité des laines de Tolède. Au ; xvi" siècle , la municipalité prit l'industrie sous sa protection ; les rois lui accordèrent de nombreux privilèges ; les matières premières, le fer, l'acier, le bois pour les hampes des piques, des lances et des hallebardes, les cuirs pour les fourreaux, lui arrivaient francs de tout droit. Lorsque les armes à feu devinrent d'un usage à peu près général, après la mort de Philippe II, l'industrie tolédane commença à déchoir, et elle reçut un coup mortel au commencement du xvme siècle, lorsque la mode française introduisit dans le costume J'epée courte à la place de la dague et de la longue épée à large garde. C'est alors que Charles III se préoccupa de relever la fabrique d'armes blanches et d'en réorganiser les ateliers. Il appela de Valence pour la uiiiger le célèbre armurier Luis Calixto et fit construire l'édifice dans lequel elle se trouve installée aujourdhui, sous la direction d'un colonel d'artillerie. L'acier qu'on y emploie est apporté de l'étranger, les aciers espagnols ayant été jusqu'à présent essayés sans succès. Toutes les armes blanches employées dans l'armée espagnole viennent de
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la fabrique de Tolède ; il s'y fait peu d'armes pour le commerce particulier ou pour l'étranger, si ce n'est celles que les étrangers achètent lorsqu'ils viennent visiter les ateliers. Certaines lames de luxe sont d'une trempe et d'une souplesse vraiment extraordinaires. »
— Conciles de Tolède. Ils sont au nombre de vingt-cinq.
Premier concile (400). Il fut tenu contre l'hérétique Priscillien.
Deuxième concile (447). Il fut convoqué également contre les prisciilianistes qui, malgré les mesures prises contre eux, ri avaient pas disparu. Turibius , évoque d'Astorga , le présida. Il s'y trouva vingt-neuf évéques qui rendirent par écrit une sentence contre l'hérésie. L'acte de foi rédigé par ce concile et Tes vingt canons de discipline qui furent décrétés ne sont qu'une reproduction de ce qui fut fuit en 400.
Troisième concile (531). Dans les actes de ce concile, Tolède pour lu première fois porte le nom de métropole. Son évèque, Montai], assembla côcoucile, composé de cinq évêques, pour conférer sur les instituts des Pères et les décrets des anciens conciles et pour décréter quelques canons.
Quatrième concile (5S9). Il fut convoqué par le roi goth Récarède, qui, converti à la foi catholique, fit catéchiser les Wisigoths et les Suèves ; tous abjurèrent l'hérésie arienne. Pour affermir cette conversion générale, il assembla dans la ville de Tolède un concile où se trouvèrent soixante-quatre évêques et huit députés de la Gaule Narbonnaise.
Cinquième concile (597). Ce concile, com pose de seize évêques, se réunit la douzième année du règne de Recai ède dans l'église de Saint-Pierre-et-Saint-Paul. On ne rit que deux canons concernant tes évêques.
Sixième concile (610). Quinze évêques assistèrent à ce concile et reconnurent 1 évèque de Tolède pour leur métropolitain. Ils citèrent pour preuve le deuxième concile de Tolède, auquel Montan avait présidé comme évèque. Septième concile (633). Ce concile national fut composé de soixante-deux évêques et de sept députés d'évêques absenta, tous présidés par Isidore de Séville. Parmi les évêques on remarquait saint Juste de Tolède, Braulion de Saragosse, Conantius de Paience et Nonnit de Girone. Il s'assembla dans l'église de Sainte-Léocadie,en présence du roiSisenand, Huitième concile (636). Vingt-deux évêques assistèrent k ce concile tenu dans la basilique de Sainte-Léocadie et présidé par l'archevêque de Tolède, Eugène. Le roi Cinthila, frère et successeur de Sisenand, s'y rendit, et en sa présence furent décrétés huit canons, qui presque tous concernent l'affermissement de la puissance royale. Les quatrième et cinquième défendirent, sous peine d'excommunication, de rechercher par des voies superstitieuses quel serait le successeur du roi, ou de le charger de malédictions. Le sixième ordonne au roi de ne point révoquer ies donations faites 'par son prédécesseur. Le huitième laisse au roi le pouvoir de faire grâce k ceux qui se rendront coupables d'infraction k ces canons, pourvu qu'ils se soient corrigés.
Neuvième concile (638). Le roi Cinthila convoqua ce neuvième concile de Tolède, auquel assistèrent quarante-sept évêques et qui fut présida par .Sylva, évèque de Narbonne. On y rédigea dix-neuf canons.
Dixième concile (646). Ce concile fut compose de vingt-huit évêques, de onze députés, et préside par Oronce, métropolitain de Mèrida.
Onzième concile (653). Ce concile fut assemblé par les ordres du roi Réceswinthe,qui y adressa des remontrances aux evéques et les exhorta à suifre les règles des quatre conciles généraux et k délibérer sur les formes requises pour l'électiou des rois. On rédigea douze canons, dont le style obscur et la langue barbare ne permettent pas toujours de comprendre le sens. On y compta cinquante-deux évêques, douze abbés et seize députes.
Douzième concile (655). Seize évêques, présides par Eugène de Tolède, firent dans ce concile dix-sept canons, la plupart pour réprimer les abus que les evéques commettaient dans l'administration des biens ecclésiastiques. Le dernier canon ordutine aux juifs baptisés de Se trouver aux fêtes principales daus la cité pour assister a l'office avec i'évèque.
Treizième concile (656j. Eugène de Tolède, fugitif de Séville, et saint Fructueux deBragués assistèrent avec dix-neuf autres évêques à ce concile, qui ne présente aucun intérêt.
Quatorzième concile (675). Le successeur du roi Réceswiuthe, Wainba, permit aux evéques de la province carthaginoise de tenir un concile. Us s'assemblèrent a Tolède, dans t'eglise ue la Sain ta- Vierge, au nombre de seize, et Quiricms, archevêque de la ville, les présida. Les actes du concile se composent do se.ze canons de discipline touchauc la conduite des evéques et ues clercs.
Quinzième concile (68l).Waiubaétant tombé gravement malade et ayant perdu toute connaissance, Julien, évèque de Tolède, lui imposa la pénitence, selon la discipline établie en Espagne, et le revêtit de l'habit monastique. Lorsqu'il fut revenu k la santé, il voulut demeurer dans son état de pénitent et désigna pour son successeur Ervige, parent du roj
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Chindesa'mte. Ervige , pour mieux établir son pouvoir, Ht assembler un concile k Tolède fîour faire confirmer solennellement son élection par les évêques et par les seigneurs du royaume. Il s'y trouva trente-cinq évêques, quatre abbés, trois députés et quinze seigneurs.
Seizième concile (683). Ce concile, composé de quarante-huit évêques, six abbés, vingtsept députés et vingt-six des principaux officiers du palais, lit plusieurs règlements concernant les affaires temporelles.
Dix-septième concile (684). Les évêques d'Es|i;igne n'ayant pu se trouver au sixième concile général de Constantinople , le pape Léon I [ leur envoya la définition de foi contre les mouothélites avec une lettre en leur annonçant la conclusion du concile. Les évêques de la province se réunirent au nombre de dix-sept k Tolède, pour recevoir les communications papules.
Dix-huitième concile (688). Ce concile eut pour objet, de répondre au pape Benoît II sur différentes controverses. Soixante et un évêques, cinq députés, deux ubbés et dix-sept comtes assistèrent à cette réunion , où le roi Egica se trouva en personne et qui fut présidée par saint Julien de Tolède.
Dix-neuvième concile (693). Cinquante-neuf évêques, cinq abbés et le roi Egica se trouvèrent a ce concile, où le roi fit présenter aux évêques un mémoire concernant les juifs et les fauteurs d'attentats politiques.
Vingtième concile (694). Ce concile, qui est le dernier (les conciles do Tolède dont nous ayons les actes, fut tenu également par le roi Egica, en présence d'un grand nombre d'évèques. Une conspiration venait d'être découverte parmi les juifs; le huitième canon condamna tous les juifs d'Espagne à être dépouillés de leurs biens et réduits en servitude perpétuelle. Ceux dont ils deviendraient les esclaves ne devaient point leur permettre de pratiquer leurs cérémonies; il leur était enjoint de leur ôter leurs enfants, à l'âge de sept ans, pour Ie3 élever chrétiennement et les marier ensuite à des chrétiens. Ces canons fuient confirmés par un édit royal.
Vingt et unième concile (701). 11 ne nous reste de ce concile ni actes ni canons. Le roi Vitiza le fît réunir dans l'église de Saint- Pierre pour régler diverses affaires politi-
Vingt-deuxième concile (1323). Six siècles s'écoulèrent entre le vingt et unième et le vingt-deuxième concile. Ce dernier fut provoqué par Jean, archevêque de Tolède et chancelier du royaume ; on n'y régla que des points de discipline ecclésiastique.
Vingt-troisième concile (1339). Ce concile, tenu sous Gilles d'Aibornoz, archevêque de Tolède, publia cinq canons, dont un est relatif k l'aliénation des biens de l'Eglise.
Vingt-quatrième concile (1473). Ce concile fut tenu par l'archevêque Alphonse de Caville ou de Cavillo, dans le bourg d'Aranda. Ou y fit vingt-neuf règlements sur la discipline ecclésiastique.
Vingt-cinquième concile (1565-1566). Christophe de Sandoval, évêque de Cordoue, tint ce concile avec les évêques de Siguença, de Ségovie, de Paleueia, de Cuença et d'Osina, dans la dixième' année du règne de Philippe IL Le concile eut trois sessions. Dans la première, ou lut le décret du concile de Trente, touchant la célébration des synodes provinciaux et une profession de foi y fut signée ues assistants. La seconde session ne fut tenue qu'en 1566. On y lit trente et un canons de discipline. La troisième session se tint le 25 mars de la même année et produisit encore vingt huit canons sans intérêt.
TOLEDE (province de), province d'Espagne, entre celles de'Cuença k l'E., de Ciutlad-Real au S., de Madrid au N., celles d'Avila et de Cacérès k l'O.; 330,000 hab. et 14,383 kiloin. carr. de superficie. Sa surface, traversée par les sierras de Tolède, de Guadalupe, de Rtibial, de Yévenes, de Uiliuerca, est irès-montagneuse dans la partie méridionale. Le reste est entrecoupé de collines et de vastes plaines. Elle est arrosée par le Tage, qui la traverse de l'E. à l'O., par le Pasa, le Scdana, le Sangrera, l'Algodor, le Gebilo, le Guaoaviuina, ('Alberche, la Tajuna, tous aifluents du Tage, et par le Guadiana, lij Guuualupejo, l'Estena, le Ballaqiie, la Gi^nela, qui courent dans sa partie orientale. Cependant ony manque d'eau de source; il n'y existe que quelques lagunes. L'hiver y est pluvieux ; en été , lorsque le solano y soufde, il fait très-chaud. Le sol est trèsfertile, et on y recueille du froment, du seigle, de l'orge, de l'avoine, des légumes, des fruits, beaucoup de vin, des olives, du safran, du lin, du chanvre, du cumin, etc. On y élève du gros et du menu bétail, des vers à soie et des abeilles. Il y existe des mines d'argent, de cuivre, de fer, de sel et de salpêtre^ L'industrie manufacturière y a pour objet la fabrication lie lainages, de toiles, d'étoffes de soie, telles que veluurs, peluche, damas, satin; de rubans, de franges, de draps et de chapeaux tins et communs; de sparterie , de soude, de savon, de poterie, de quincaillerie de fer et de cuivre ; des corderies, des moulins à papier, des verreries , des distilleries d'eau-de-vie, des tanneries. Son commerce a pour base les vins, la laine, les fromages de chèvre , le froment, les draps, les étoffes de *oie, le savon, la faïence, la poudre, le seljetc.
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TOLÈDE (Frédéric de), duc d'Albb, général espagnol, né dans la seconde moitié du Xvs siècle. Sa famille prétendait descendre des empereurs Paléologue. Il se signala par sa valeur en combattant les Maures de Grenade, prit part, en 1512, à la guerre qui venait d éclater entre l'Espagne et la France, reçut le commandement d'une armée, en qualité de capitaine général, s'empara de Parapelune, contraigntt les généraux français à repasser les Pyrénées, les poursuivit et se rendit maître de tout le royaume de Navarre. En récompense des services qu'il venait de rendre, le roi Ferdinand lui donna la ville de Hue.-ca.
TOLÈDE (don Pèdre db), surnommé le Grand, général espagnol, liis du précèdent, né à Alba-de-Tormès en 1484, mort en 1553. 11 gagna la confiance de Charles-Quint pendant la guerre de Flandre et fut nommé par lui vice-roi de Naples en 1532. Son gouvernement se signala par. quelques réformes dans l'administration de la justice, mais aussi par une excessive sévérité. 11 détruisit les principaux repaires de voleurs et d'assassins, interdit le port des armes, excepté aux nobles, et frappa les coupables sans distinction de rang. En même temps, il s'attacha à embellir et à assainir Naples, où il fit construire des rues, des édifices publics, notamment le palais royal connu sous le nom de Pulusso- Vecchio. En 1537, les Turcs ayant débarqué à Castro, il les repoussa et fortifia les villes maritimes de la Pouille. Profilant de la haine stupide dont les juifs étaient l'objet, Tolède chassa ces malheureux du royaume en 1540. Eu même temps, persuadé que le progrès des lumières devait nuire à la foi, il s'efforça d'étouffer toute culture littéraire et supprima toutes les académies instituées à Naples. En 1547, il entreprit d'instituer à Naples des tribunaux d'inquisition sur le modèle de ceux de l'Espagne; mais un soulèvement gétiéral du peuple et de la noblesse le força de renoncer à ce projet. Il mourut à Florence en 1553, pendant une expédition dirigée contre Sienne. Il fut le père du trop fameux duc d'Albe.
TOLÈDE (Alvarez de), duo d'Albb, célèbre général espagnol, fils du précédent. V. Albe.
TOLÈDE (DON Pèdre db), connétable de Castille, de la même famille que les précédents, né dans la seconde moitié du xvia siècle. Nommé général des galères de Naples, il se battit contre les Turcs, lit avec succès une descente sur les côtes de iaMorée (1595) et devint un des favoris de Philippe III, qui le nomma connétable de Castille. Comme il était parent de Marie de Médicis, le roi d'Espagne le nomma ambassadeur de France dans le double but de détacher Henri IV de l'alliance des Provinces-Unies et de lui proposer le mariage du dauphin avec une infante. ■ Don Pedro de Tolède, dit Pèrétixe, avait une morgue fière et grave et était haut et magnifique en paroles lorsqu'il s'agissait de l'honneur et de la gloire de sa nation et de la puissance de son roi; mais, hors de la, fort civil et courtois, soumis et respectueux où il le fallait être, galant, adroit et spirituel. > Pendant ses entrevues avec le roi, il lui tint le plus fier langage. Ayant exalté la puissance de l'Espagne en des termes menaçants, Henri IV lui dit : « Si le roi d'Espagne continue ses attentats, je porterai le feu jusque dans l'Escunal, et si je monte une fois a cheval, on me verra bientôt à Madrid. — Le roi François I«ry fut bien,» lui répondit l'ambassadeur d'un ton calme et fier. Il échoua dans sa mission et retourna en Espagne, selon les uns en juillet 1608, selon d'autres au commencement de 1609.
TOLÈDE (don François de), vice-roi du Pérou 11 vivait au xvie siècle et appartenait à la maison d'Oropesa. Nommé vice-roi en 1566, il arriva à Lima cette même année, se mit aussitôt à persécuter les incas, attira à Lima, eu 1571, par de perfides promesses, le jeune inea Tupac Amaru, fils de Manco II, et le fit périr sur l'éohafaud, malgré les prières et les larmes des Espagnols eux-mêmes. De retour en Espagne en 1581, il fut accueilli par Philippe II d'une façon foudroyante. Arrêté sous l'inculpation de malversations et dépouillé de ses immenses richesses, il fut jeté en prison, et y mourut.
TOLEDO , ville des Etats-Unis (Ohio), sur la gauche de la Maumée, k 4 milles environ de sou embouchure dans le lac Erié. Elle a pris et parait devoir conserver la prééminence comme marché central des grains de l'Ohio et d'une partie du N.-O. et des pro- I duits manufacturés de New-York.C'est au- ! jourd'hui, après Chicago, l'entrepôt le plus florissant du commerce des céréales et l'dn des principaux points de passage des éinigrants qui , de l'Etat de New-York , vont s'établir dans les cultures de l'Ouest. Les principaux articles du commerce de Toledo ' sont : les farines, les blés, les alcools, les bestiaux, les viandes sèches, les peaux, la potasse, les bois de construction, 1 épicerie, la nouveauté, la faïencerie, la cristallerie, la quincaillerie, etc. Ces articles figurent alternativement, pour la plupart, a l'importation ' et à l'exportation. Les produits amenés par 1 la voie des lacs se dirigent sur TObio et ■ l'Ouest en échange des denrées apportées 1 par les chemins de fer et le canal. La navigation des lacs trouve ,k Toledo le double
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avantage d'un por.t commode et de nombreux et profitables éléments d'échange.
TOLÈNE s. m. (to-lè-ne). Chim. Produit de la distillation du baume deTolu avec l'eau. TOLENTINO, ville du royaume d'Italie, sur une colline au' pied de Inquelle coule le Chienti, dans la province et k 19 kilom. S.-O. de Macerata; 11,000 hab, Tannerie.-i, fabri- , ques de faïence. Elle avait, dès le ve siècle, un évêché qui fut réuni k celui de Macerata en 15S6. La cathédrale, dédiée à san Nicolo di Tolentino, est décorée de quelques bonnes peintures. Tolentino est remarquable par le souvenir de la paix qui y fut conclue avec la France en 1797 et de la bataille qu'y perdit Murât en 1815, bataille qui eut pour conséquence la perte de sa couronne.
Tolentino (TRArTÉ de), conclu et signé entre le pape Pie VI et la République française le l" ventôse (19 février 1797). Dès que Mantoue eut capitulé, Bonaparte, sans même attendre que le vieux Wurmser vint lui rendre son épée, partit pour Bologne afin de faire la loi au pape, qui n'avait que trop manifesté son antipathie contre la République. Les ordres que lui avait transmis le Directoire lui enjoignaient, pour ainsi dire, de détruire la puissance temporelle du saintsiége; mais Bonaparte, sans tenir compte des ordres reçus par lui, avait arrêté dans son esprit des prétentions plus modestes; il ne voulait arracher au pape qu'une ou deux provinces et une forte contribution de guerre. A la tête de la division Victor, qu'il réunit à Bologne, et de quelques recrues italiennes levées en Lombardie et dan3 la Cispadane , il marcha sur les Etats romains. Le pape se trouva alors dans la plus cruelle anxiété, car il n'ignorait pas que la perfidie de ses intentions et de ses actes mêmes était parfaitement connue du général français , dont le nom seul -jetait la terreur en Italie. Aux bords du Senio, Bonaparte rencontra l'armée papale, qu'il mit en déroule en un instant; puis il s'avança jusqu'à Ancôue, où il enveloppa 3,000 hommes commandés par le général autrichien Colli et les fit presque tous prisonniers. Il se dirigea ensuite sur Lorette, s'avançant directement sur Rome, et arriva à TolentW le 25 pluviôse (13 février). Le pape allait quitter Rome, lorsque le général des camaldules, que Bonaparte avait vu k Tolentino, arriva au Vatican et rassura Pie VI sur les intentions peu révolutionnaires du général français. Le pape envoya alors k Tolentino le cardinal Mattei, le prélat Galeppi,. le marquis Massimi et son neveu le duc de Braschi , avec des pleins pouvoirs pour traiter, pourvu que le général n exigeât aucun sacrifice contraire a la foi catholique, chose, au fond, très-indifférente k Bonaparte quand cela ne contrariait pas ses projets. Les articles du traité furent, en conséquence, prompiement arrêtés et signés; en voici la substance :
Le pape renonçait k tout traité d'alliance contre la France; il reconnaissait la Republique et se déclarait avec elle en paix et bonne intelligence. « Il lui cédait tous «es droits sur te Comtat^Venaissin; il abandonnait définitivement à la république Cispadane les légations de Bologne et de Ferrare et,, en outre, la belle province de la Romagne. La ville et l'importante citadelle d'Ancône restaient au pouvoir de la France jusqu'à la paix générale. Les deux provinces du duché d'Urbin et de Macerata, que l'année française avait envahies, étaient restituées au pape moyennant la somme de 15 millions. Pareille somme devait être payée conformément k l'armistice de Bologue, non encore exécuté. Ces 30 millions étaient payables deux tiers eu argent et un tiers en diamants ou pierres précieuses. Le pape devait fournir, en outre, 800 chevaux de cavalerie, 800 chevaux de trait, des buffles et autres produits du territoire de l'Eglise. 11 devait désavouer l'assassinat de Basseville et faire payer 300,000 francs tant k ses héritiers qu'a ceux qui avaient souffert du même évéuemept. Tous les objets d'art et manuscrits cédés à la France par l'armistice de Bologne devaient être sur-le-champ dirigés sur Paris. » (Thiers.)
TOLÉRABLE adj. (to-lé-ra-ble — lat. to-
terabilis; de tulerare, supporter). Qu'on peut tolérer, supporter : C'est une souffrance tolérable. Je vous souhaite une vie tolérable ; car, pour une vie heureuse, cela est trop fort. (Volt.) La conquête, odieuse à tout peuple, ne devient tolérable aux yeux de ceux gui la subissent qu'au prix d'un bon gouvernement. (Thiers.)
TOLÉRABLEMENT adv. (to-lé-ra-b!e-man — de tolêruble, et du suffixe ment). D'une manière tolérable, passable, supportable : Un bon pays se rétablit toujours par lui-même, pour peu qu'il soit tolérablbment régi.
(Vult.)
TOLÉRAMMENT adv. (to-lé-ra-man — rad.
tolérant). Avec tolérance, d'une manière tolérante : Le tjouoerueur île Lutinay s'était d'ailleurs prêté le plus toléram.misnt du monde à l'exécution de toutes ses fantaisies, (De Suntetiy.) Il Peu usité.
TOLÉRANCES, f. (to-lé-ran-se — rad. tolérer). Action de tolérer; condescendance, indulgence qui empêche de réprimer ou de condamner : iVous demandons la tolérance; ac-
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cordons-la, exercons-la pour en donner l'exem • pie. (Buff.) Dans la vie sociale, la vertu laplus utile est la tolé'rais-ciî. (M"« Monmarson.) La tolérance n'est pus exclusive de la lutte. (L. Jourdan.) Quand la politesse va jusqu'à une tolérance aveugle, elle équivaut à une irahison envers soi-même. (De Custine.) La tolérance n'est pas la liberté. (E. de Gir.)
— Tolérance religieuse ou simplement Tolérance, Condescendance par laquelle on laisse k chacun la liberté de pratiquer la religion qu'il professe : Il est a/freux d'enseigner que la tolérance est dangereuse. (Volt.) La tolérance est le résultat d'une foi éclairée. (B. Alletz.) L'absolue liberté delà controverse religieuse résulte du principe de la tolérance. (Villemain.) De l'inutilité des persécutions et des tortures est née la tolérance religieuse. (E. de Gir.)
— Tolérance théologique ou ecclésiastique, ou simplement Tolérance, Condescendance par laquelle on souffre toutesles opinions qui ne sont pas manifestement contraires à la doctrine de l'Eglise -. L'Eglise latine a toujours usé de tolérance pouf l'Eglise grecque (Acad.)
. —Tolérance civile ou simplement Tolérance, Permission accordée par un gouvernement de pratiquer dans l'Etat certaines religions qui n'y sont pas légalement reconnues.
— Maison de tolérance, Maison de prostitution : Il est interdit à une maîtresse ae maison de tolérance de garder ses enfants chez cite. (Frégier.)
— Monn. Quantité en plus ou en moins que l'Etat tolère dans le poids dés monnaies ou dans les proportions de l'alliage.
— Administr. milit. Ecart toléré dans les dimensions des armes et des projectiles.
— Méd. Faculté qu'a un sujet de résister aux effets naturels de certaines substances : L'innocuité des poisons sur Mithridate est ur fait de tolérance fort célèbre.
— Encycl. Philos. « Qu'est-ce que la ItW rance?dit Voltaire. C'est l'apanage de l'hu manité; nous sommes tous pétris de faibles ses et d'erreurs : pardonnons-nous récipro quement nos sottises, c'est la première loi dt la nature. > Chez les Juifs, la secte des su.ducéens fut respectée malgré ses croyances . les Grecs pratiquèrent la tolérance en respectant Epicure et ses disciples. Quant à Socrate, sa mort doit être moins attribuée k l'intolérance religieuse et au fanatisme qu'k des inimitiés personnelles. Les Romains se montrèrent les plus tolérants de tous les peuples ; ces grands conquérants comprirent qu'ils ne pouvaient conserver toutes les provinces que leurs armes avaient réduites k la soumission qu'a l'unique condition de respecter les croyances des vaincus; non-seulement les dieux étrangers étaient supportés, mais encore ils avaient leur place a Rome; les Juifs purent élever des synagogues. Les chrétiens, il est vrai, finirent par ne pas rencontrer la même bienveillance; mais ils avaient d'abord été tolérés, comme toutes les sectes religieuses, et ils ne furent persécutés que lorsqu'ils déclarèrent la guerre aux autres cultes, au nom d'un principe que Rome ne pouvait pua admettre, k savoir|qu'eux seuls avaient raison. Ils renversèrent les idoles^ on les contraignit au respect des lois. Il ne s'agissait donc pas, comme les historiens ecclésiastiques veulent le faire entendre, de les contraindre k adorer un Dieu qui n'était pas le leur, mais bien de les empêcher de briser les statues des dieux romains et de continuer une propagande dangereuse pour la sécurité de l'Etat. De fait le christianisme , devenu puissant, renversa non-seulement le paganisme, mais l'empire , ce qui montre que les empereurs, en le combattant , pressentaient très-bien sa puissance d'action. Thomas d'Aquin reconnaît d'ailleurs que, si les disciples de Jésus ne détrônèrent pas les empereurs, c'est que celte tâche fut trop lourde pour leurs forces. L'intolérance fit sou apparition dans le monde avec le christianisme. Dès le premier siècle, lesèbionites, qui niaient que Jésus-Christ fût un Dieu, se virent persécutés par les chrétiens; les nicolaïtes , qui demandaient ta communauté des biens , c'est-à-dire exactement ce que prétendaient opérer les apôtres, furent considérés comme les pires ennemis de l'Eglise naissante ; les gnostiqties soulevèrent l'indignation des lidèleset furent traités d'idolâtres. Tertullien , Praxéas , Origèue , Novatieu, Novat, Donat, Sabellius eurent, avant même le règne de Constantin , k se repentir de leur indépendance, et bientôt après les disputes des athanasiens et des eusébiens firent couler le sang. Dès l'origine, on vit les apôtres se diviser entre eux et se déclarer la guerre; la lutte de saint Paul et de saint Pierre a propos de la circoncision des gentils a laissé des traces ineffaçables dans les Actes des apôtres, quel que soit le soin que l'on ait pris plus tard pour atténuer le caractère trèsvif de ces luttes et en effacer le suuvenir. Dès le i°r siècle, la Judée compta une vingtaine de sectes et un nombre iiioulculable de prophètes et de messies. Il y avait alors une trentaine d'Evangiles, tous différents et dont les doctrines opposées étaient souteuuesavec acharnement par les sectaires qui appelaient de toutes leurs forces les rigueurs du pouvoir contre les sectes rivales. ■ Lorsque enfin, dit Voltaire, quelques chrétiens eurent embrassé les dogmes de Platon et mêlé un peu de phi-
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losophie à leur religion, qu'ils séparèrent de la juive, ils devinrent insensiblement plus considérables, mais toujours divisés en plusieurs sectes sans que jamais il y ait eu un seul temps où l'Eglise chrétienne ait été réunie. Elle a pris naissance au milieu des divisions des juifs, des samaritains, des pharisiens, des saducéens, des esséniens, des ju? daïtes, des disciples de Jean, des thérapeutes. Elle a été divisée dans son berceau, elle l'a été dans les persécutions mêmes qu'elle essuya quelquefois sous les premiers empereurs. Souvent le martyr était regardé comme un apostat par ses frères, et le chrétien carpocratien expirait sous le glaive des bourreaux, romains, excommunié par le chrétien ébionite, lequel ébionite était anathématisé par le sabellien. » Malheureusement, l'intolérance
fiersista. 11 serait trop long d'énnmérer toutes es cruautés ordonnées au nom d'une religion qui se prétendait religion de paix et d'amour, depuis les massacres des albigeois, auxquels Simon de Montfurt et le légat du pape excitaient les soldats en leur disant : < Tuez toujours, Dieu reconnaîtra ses élus, » jusqu'à la Saint-Barthélémy.
La tolérance n'a donc jamais été une vertu chrétienne; lu foi exclut toute idée de tolérance. Les musulmans ont agi comme les chrétiens; les huguenots ne se sont pas montrés moins cruels. Toute religion qui a la prétention d'être seule en possession de la vérité est fatalement intolérante. La philosophie seule peut admettre la tolérance comme un principe et la faire prévaloir; mais alors ce sera fait des religions, puisqu elle les placera toutes ex squo.
'En matière politique, l'intolérance a des conséquences plus désastreuses encore. Tout gouvernement qui proscrit un parti, persécute une classe de citoyens, amène forcément des discordes et des troubles. L'intérêt de l'humanité exige la liberté d'opinion la plus absolue, la liberté des cultes, la liberté de conscience. Le seul moyen d'arriver à distinguer la vérité de l'erreur, et par cela même de travailler à améliorer le sort de ses semblables, n'est-il pas de comparer entre elles les diverses lois, les mœurs, les coutumes, les cultes ? La force et la crainte ne sauraient réussir là OÙ la raison commande, et à notre époque on n'arrive plus à convaincre parla violence. On pourrait même croire que le clergé catholique a toujours été de cet avis et que l'inquisition ternit un vain rêve si l'on s'en rapportait aux citations suivantes, empruntées aux Pères de l'Eglise, aux conciles et aux. prédicateurs. Le clergé a pris à tâche, par ses actes, de démentir ces maximes, mais elles n'en prouvent pas moins que la tolérance religieuse était admise par les esprits les plus élevés.
« C'est une impiété doter, en matière de religion, la liberté aux hommes, d'empêcher qu'ils ne fassent choix d'une divinité; aucun homme, aucun dieu ne voudrait d'un service forcé. » (Tertullien, Apologétique.)
« Si ou usait de violence pour la défense de la foi, les évêques s'y opposeraient. » (Saint Hilaire,)
« La religion forcée n'est plus religion; il faut persuader et non contraindre. La religion ne se commande point. > (Lactance.)
« C'est une exécrable hérésie de vouloir attirer par la force, par les coups, par les emprisonnements, ceux qu'on n'a pu convaincre par la raison. » (Saint Athanase.)
« Rien n'est plus contraire à la religion que la contrainte. » (Saint Justin martyr.) -
« Per>éeuterons-iious ceux que Dieu tolère? • (Suint Augustin.)
■ Qu on ne lasse aucune violence aux juifs. » (Quatrième concile de Tolède.)
« Nous ne prétendons point détruire les erreurs par la violence. ■ (Discours du clergé de France à Louis XUT.)
<l Nous savons que la foi se persuade et ne se commande point. » (Fléchier.)
Les philosophes sont naturellement plus explicites encore :
• L'expérience nous apprend que la violence est plus capable d'irriter que de guérir un mal qui a sa racine dans l'esprit. • (De Thou.)
• Si le ciel vous a assez aimés pour vous faire voir la vérité, il vous a fait une grande grâce ; mais est-ce aux enfants qui ont l'héritage de leurs pères de haïr ceux qui ne l'ont pas eu ? ■ (Montesquieu.)
On pourrait multiplier ces citations a l'infini ; nous nous bornerons à dminer ici cette prière de Voltaire, l'une des plus belles pages qui soient sorties dé sa plume : • Ce n'est plus aux hommes que je m'adresse, c'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps; s'il est permis à de faibles créatures, perdues dans l'immensité et imperceptibles au reste de l'univers, d'oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fussent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr et des mains pour nous égorger; fuis que nous nous aidions mutuellement a supporter le fardeau d'une vie pénible et passagère; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insu frisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre tontes nos conditions si disproportionnées à.
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nos yeux et si égales devant toi; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leurs robes d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aîmer ne détestent pas ceux qui disent la même chose, sous un manteau de laine noire; qu'il soit égal de t'adorerdans un jargon formé d'une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau; que ceux dont l'habit ejt teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d'un petit tas delà boue de ce monde et qui possèdent quelques fragments arrondis d'un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu'ils appellent grandeur et richesse, et que les antres les voient sans envie ; car tu sais qu'il n'y a dans ces vanités ni de quoi envier ni de quoi s'enorgueillir. Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils sont frères 1 qu'ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l'industrie paisible I Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous dé- I chirons pas les uns les autres dans le sein de ■ la paix, et employons l'instant ne notre existence k bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu'à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. Amen. » — Législ. Maisons de tolérance. V. prostitution.
Tolérance (traité de la), par Voltaire (1763, in-8°). Ce traité fut composé à l'occasion de la mort de Jean Calas ; il en existe un grand nombre d'éditions de la même année, tontes de format in-8° et la plupart sans lieu ni date. Il débute par une histoire abrégée de la mort de J. Calas et l'examen des conséquences de son supplice. A ce propos, Voltaire jette un coup d'oeil sur la Réforme et examine si la tolérance est dangereuse et parmi quels peuples elle est permise : • Quelques-uns ont dit que si l'on usait d'une indulgence paternelle envers nos frères errants qui prient Dieu en mauvais fiançais, ce serait leur mettre les armes à la main, qu'on verrait de nouvelles batailles de Jarnao, de Montcontour, de Coutras, de Dreux, de Saint- Denis, etc. C'est ce. que j'ignore, parce que je ne suis pas prophète ; mais il me semble que ce n'est pas raisonner conséquemment que de dire : ■ Ces hommes se sont soulevés > quand je leur ai fait du mal, donc ils se< » soulèveront quand je leur ferai du bien. • J'oserai prendre la liberté d'inviter ceux qui sont à la tète du gouvernement, et ceux qui sont destinés aux grandes places, à vouloir bien examiner mûrement si l'on doit craindre, en effet que la douceur produise les mêmes révoltesquela cruauté a tait naître; si.ee qui est arrivé dans certaines circonstances doit arriver dans d'autres; si les temps, l'opinion, les mœurs sont toujours les mêmes. • Il est constant qu'uu moment des guerres du xvie siècie, si l'on excepte un petit nombre de lettrés et de gentilshommes, le gros de ta nation était hostile à la Réforme. Elle fut proscrite par l'opinion publique, imprégnée des idées catholiques du moyen âge. Ce fut l'opinion publique qui organisa la Ligue et détrôna les Valois, qui n'étaient point des réformés, mais qu'on accusait de tiédeur contçe les réformés. Au xvno siècle, lors de la révocation de l'édit de Nantes, il n'eu était déjà plus de même. L'acte de Louis XIV fut purement politique : il voulait supprimer un parti qui faisait eehec à son omnipotence. Au xvnie siècle, il n'y avait plus de guerres religieuses possibles, et on aurait pu rendre aux protestants leurs droits civils sans froisser en aucune manière l'opinion publique. Voltaire a donc raison de dire que les temps et les mœurs ont changé.
La tolérance est d'ailleurs de droit naturel. L'auteur examine à ce sujet si les Grecs et les Romains ont pratiqué la tolérance. Les légendes des martyrs semblent dire que non. « 11 est bien difficile de savoir précisément, dit Voltaire, pour quelles raisons ces martyrs furent condamnés; mais j'ose croire qu'aucun ne le fut sous les premiers Césars pour sa seule religion : on les tolérait toutes; comment aurait-on pu rechercher et poursuivre des hommes obscurs qui avaient un culte particulier, dans le temps qu'on permettait tous les autres? Les Titus, les Trajaus, les Antonins n'étaient pas des barbares ; peut-on imaginer qu'ils auraient privé les seuls chrétiens d'une liberté dont jouissait toute la terre ? >
Voltaire est dans le vrai. Jamais on n'aurait songé à poursuivre les chrétiens s'ils ne se fussent eux-mêmes faits persécuteurs.
C'est lorsqu'ils prétendirent à la suprématie de leur culte sur tous les autres, lorsqu'ils prêchèrent ouvertement le renversement de ce qu'ils appelaient les idoles, c'est-à-dire l'abolition du culte officiel, que l'Etat se crut obligé de sévir. Les empereurs manquèrent au principe de la tolérance, mais seulement contre ceux-là mêmes qui proclamaient comme un dogme fondamentul le principe de l'intolérance. Ajoutons qu'il a bien raison de révoquer en uoute la plupart des légendes de martyrs et de combattre les écrivains qui les ont transmises à la postérité. Quelques-unes des persécutions furent réelles; elles étaient méritées. On agit contre les chrétiens préci-
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sèment comme ils devaient agir plus tard lorsqu'ils furent les maîtres. En établissant l'inquisition, ils ont prétendu que l'intolérance était de droit divin ; alors pourquoi se plaignent-ils que les empereurs romains aient été intolérants envers eux?
Voltaire termine par des vœux en faveur de la tolérance universelle et par une prière que nous avons transcrite dans l'encyclopédie qui précède.
Tolérance «ai pieds du trône (LA), par Turgot (Londres, 1778, in-8<>). C'est un mémoire en faveur des protestants. A dix ans de la Révolution française, l'opinion publique était encore obligée de se faire bien petite devant le pouvoir royal. Après avoir exposé la rigueur et l'inflexibilité des lois qui frappaient alors les protestants, Turgot s'attache à dégager de ces tristes mesures la responsabilité de Louis XIV et de Louis XV. Ce sont les jésuites qui ont tout fait. D'ailleurs, il n'a garde de demander pour les reiigionnaires l'égalité avec les autres citoyens. « Nous ne proposons pas, dit-il, de tolérer les dogmes de la religion réformée, mais de cesser d'opprimer ceux qui la professent. Nous ne demanderons pas que les protestants aient un culte et des ministres, nous demandons qu'ils puissent avoir des enfants. Nous ne parlons point d'introduire dans l'Etat deux religions, quoique la liberté des cultes publics n'ait excité aucun trouble dans les Etats qui l'ont établie; mais nous dirons qu'il faut que tous les hommes qui vivent dans un Etat, qui payent les impôts, qui obéissent aux lois, y jouissent des droits de l'homme et du citoyen.»
Mais à quoi se réduisent ces droits? En définitive, à peu de chose. Ne pas exclure les réformés de certaines carrières, la médecine, le barreau, par exemple, puis régulariser leurs mariages, leurs baptêmes, leurs sépultures. • La naissance et la mort d'un homme sont des faits purement physiques, qui peuvent être constatés avec des formes prescrites par la loi civile... Quant aux mariages, le prince pourrait statuer que la liaison qu'un protestant contracte aveu une femme par déclaration leur donnera à tous deux les mêmes droits, les assujettira aux mêmes devoirs que s'ils avaient contracté un mariage. Une telle loi n'aurait pas plus de rapport aux lois ecclésiastiques^ qu'une loi qui renouvellerait parmi nous 1 adoption des anciens Romains, Cette espèce de contrat aurait tous les effets civils du mariage, sans être un sacrement; de même que les mariages de tous les peuples, ou infidèles ou idolâtres, qui ne sont pas non plus des sacrements, > Tous les vœux, toutes les réclamations de l'auteur se boruetit donc à demander l'étal civil. Pour eu montrer l'opportunité, la nécessité, Turgot répond d'avance aux objections, montre la possibilité d'une émigration nouvelle en Ameriquequi serait une ruine pour la France : • Pour l'éviter, il ne nous reste que deux partis, ou de conserver des lois sanglantes dont l'inutilité est prouvée, ou d'ôter aux protestants le désir de chercher une nouvelle patrie, en tes rétablissant dans les droits que la loi ne peut ravir avec justice qu'aux hommes qui ont mérité de les perdre par un crime, >
TOLÉRANT, ANTE adj. (to-lé-ran, an -te
— rad. tolérer). Qui tolère, qui pratique la tolérance, et particulièrement la tolérance religieuse : Je suis tolérant, même entiers les intolérants , afin de l'être avec tout te monde. Je ne hais que les persécuteurs. (Du Belloy.) La province est singulièrement tolérante pour toutes les difformités morales et physiques. (Ed. About.)
— Subsiantiv. Personne tolérante.
— s. m.'Hist. relig. Protestant qui professe la tolérance pour toutes les sectes chrétiennes : // s'agit de répondre si les tolérants sont' aujourd'hui plus de mille contre un, comme ils s'en vantent. (Boss.)
TOLÉRANTISME s. m. (to-lé-ran-ti-sme
— rad. taiéraut). Upiniou de ceux qui préconisent la tolérance en matière religieuse . Et dans l'Europe enfin l'heureux toléraniisme
De tout esprit bien fait devient le catéchisme.
Voltaire.
— Nom donné par les intolérants au système de ceux qui demandent la tolérance de l'Etat pour tuutes les religions : Vous flétrissez l'indulgence, la tolérance du nom de T0-
LÉRANT1SME. (Volt.)
TÔLE-RÂPE s. f, (tô-le-râ-pe). Long cylindre tournant, en tôle, percé d'une grande quantité de trous, faisant râpe à l'intérieur, que l'on joint à l'équipage d'un moulin à farine.
TOLERER v. a. ou tr. ( to-lé-ré — latin folerare, supporter, soutenir, mot allié à tolto, anciennement tulo, tuli, lever, soulever, et qui vient comme lui de la racine sanscrite tut, lever, soulever, soutenir, peser, d'où aussi : le grec talaô, tlêmi, lever; le gothique thulan, tolérer, souffrir; ancien haut allemand dolem, allemand dutden, anglais lo toil; l'ancien slave tula, lever, soutenir, et l'irlandais talaim, tulagaim, balancer, bercer. A la même racine appartient le sanscrit tuld, tauld, balance, poids, qui offre une affinité évidente avec le grec talauton et le kyinrique tolo, pesant et poids de 1 livre. Change è en è devant une syllabe muette : Je tolère; qu'ils tolèrent; excepté au fut. de l'ind. et au cond. prés. : Je tolérerai; nous
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tolérerions). Supporter avec indulgence '. ihe relit/ion qui peut tolérer les autres ne songe guère à sa propagation. (Montesq.) *
— Supporter avec indulgence la présence de : Presque partout c'est beaucoup maintenant que le prêtre qui ne coûte rien réussisse à se faire tolérer. (Lamenn.)
— Permettre tacitement, laisser subsister, ne pas empêcher : Tolérer tes abus. Une des premières vertus est de TOLÉRER dans les autres ce qu'on doit s'interdire à soi-même. (Duclos.) Rien n'est plus propre à corrompre la société que d'y tolérer ta médisance. (Boitard.) Turenne était adoré de ses soldats parce qu'il tolérait le pillage. (V. Hugo.) Un homme poli accueille avec grâce les désirs légitimes, ménage les prétentions et tolère les défauts des autres. (Latena.) Le moraliste qui veut donner une leçon ne doit point tolerkr de transaction entre le vice et la vertu. (M»'e de Réniusat.) Ou il ne faut tolérer aucun abus, ou il faut tolérer tous les abus, afin qu'ils s'équilibrent et se corrigent entre eux. (K. de Gir.)
— Méd. Retenir un médicament jusqu'à ce qu'il ait produit son effet : Il est des malades qui ne peuvent tolérer le tartre stibié.
Se tolérer v, pr. Etre toléré : La paresse peut se tolérer citez un enfant, elle est insupportable chez tin homme.
— Se supporter mutuellement : JVous devons nous tolérer mutuellement, parce que nous sommes tous faibles, inconséquents, sujets à la mutabilité et à l'erreur. (Volt.)
— Syn. Tolérer, permettre, souffrir, V,