Le Terré du renard
TONABÉE s. f. (to-na-bé). Bot. Syn. do terustr(EMib, genre d'arbrisseaux.
TONADlLLA s. f. (to-na-di-lla; Il mil. — dimin. de l'espag. tonada, chanson). Petite comédie espagnole mêlée d'airs et de chants connus.
— Encycl. • Les tonadillas, a dit Castil- ■Blaze, ressembleraient assez à nos vaudevilles, si l'on n'y introduisait pas de temps en temps de grands morceaux empruntes aux meilleurs opéras. Le beau duo, Se fiato in carpo atiete, du Mariage secret, figure souvent dans ces pastiches. > L'observation de Castil-Blaze tombe à faux, car l'un des plus grands éléments de succès de nos vaudevilles d'il y a quarante ou cinquante ans consistait précisément dans les nombreux emprunts que leurs auteurs, pour leur donner un plus grand charme aux yeux du public, faisaient au répertoire de nos grands théâtres lyriques. Scribe, Bayard, Dumanoir , Mélesville et beaucoup d'autres n'ont jamais agi autrement, et, en cela, on doit le dire, ils ne faisaient que se conformer au goût des spectateurs.
Ce qui distingue la tonadilla de la zarsuela, autre pièce du théâtre espagnol, c'est que, dans la première, on n'emploie que des airs connus, tandis que la seconde, au contraire, ne contient que de la musique nouvelle et se rapproche ainsi de l'opérette.
TONA1LLE s. f. (to-na-lle ; Il mil.). Pèche. Nom donné à certaines pièces de l'échafaud que les pêcheurs construisent au bord de la mer. U Ou dit aussi tenaille.
TONAL, ALE adj. (to-nal, a-le — rad. ion). Mus. Qui a rapport à la tonalité, à una tonalité : Le système tonal des anciens, u Se dit
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de la propriété que possèdent les degrés, dans la musique moderne, d'avoir chacun un caractère particulier, il Fugue tonale, Fugue qui fait entendre, dans le sujet et la réponse, les notes principales du ton, c'est-à-dire la tonique et la dominante.
TONALEMENT adv. (to-na-Ie-man — rad.
tonal). Mus. Conformément au ton, selon le ton, dans le ton : Un morceau tonalkmknt faux.
TONALITÉ s. f. (to-na-li-tê — rad. tonal). Mus. Propriété caractéristique d'un ton ; qualité d'un morceau écrit dans un ton bien déterminé : Les mélodies sacrées sont presque toutes écrites en mode mineur et dans une tonalité indécise et flottante. (Guéroult.)
— Encycl. C'est une des questions les plus ardues de l'histoire et de la pratique musicale que de déterminer en quoi consistent les qualités tonales de chacun des systèmes musicaux. L'existence de ces qualités est évidemment reconnue, puisque chaque système satisfait complètement l'oreille du peuple qui y est habitué. Mais, quant à expliquer tes. causes de ces qualités si différentes, on est réduit aux hypothèses. Il y a, dans l'ordre de succession des sous qui composent tout système musical, certaines affinités et certaines répulsions qui ne sont pas les mêmes chez tous les peuples et sous toutes les latitudes. La différence de ces affinités et de ces répulsions amène les différences dans la formation de la gamme, le nombre plus ou moins grand des intervalles qui la composent, et la nature particulière de chaque gamine crée ou plutôt détermine le phénomène de la tonalité. Si notre éducation, notre mémoire, nos habitudes nous empêchent de concevoir certaines tonalités qui existent sur d'autres parties du globe que celle où nous habitons, nous pouvons néanmoins comprendre qu'il en peut exister de diverses sortes, puisque le caractère tonal du plain-chant, que nous sommes k même d'apprécier chaque jour dans les églises catholiques, diffère essentiellement du caractère tonal de la musique proprement , dite, celle que nous entendons partout, au théâtre, au concert, au bal, dans les salons, dans la rue, etc.
• Le mot tonalité, dit d'Ortigue, s'applique à la prédominance d'un ton pendant la durée d'un morceau de musique. C'est ainsi que l'on dit le ton à'ut, de fa mineur, de la, de mi bémol, etc. Tout morceau de musique, depuis la romance jusqu'à la symphonie, est généralement soumis à cette loi de prépondérance d'un ton fondamental en vertu de laquelle l'œuvre, quelle qu'elle soit, doit commencer et finir dans le même ton. Le compositeur dispose son sujet dans un ton donné, et le sujet se nuance selon le caractère du ton, car chaque ton a sa physionomie particulière, non-seulement en rapport avec son degré d'élévation dans l'échelle générale, mais encore eu rapport avec les divers timbres des voix et des instruments qui varient pour chaque ton. Une (ois la tonalité du morceau bien établie, le' compositeur développe son discours musical en passunt successivement dans d'autres tons, c'est-à-dire en modulant. Mais le sentiment de la tonalité principale reste, et, quelle que soit la longueur du morceau, des divertissements et des épisodes qu'il comporte, l'oreille n'est satisfaite que lorsqu'elle sent reparaître le ton ou plutôt la tonalité primitive, à laquelle le compositeur doit revenir souvent comme à son point de départ et sur laquelle il doit surtout insister en finissant. • -
Tel est, eu effet, le rôle de la tonalité dans la musique moderne et d'après notre système musical. Si l'on se place à un point de vue plus général, on s'apercevra tout de suite que ce que nous considérons, nous autres Européens, comme le caractère essentiel .absolu, immuable de la musique, paraîtrait monstrueux à d'autres peuples, dont le système musical, et par conséquent la tonalité, repose sur des bases absolument différentes. Par contre, la musique de ces peuples produirait sur nos oreilles l'effet d'une horrible cacophonie. D'où il faut bien conclure que, si le son est dans la nature, l'ordre de succession des différents sons pour arriver h. la constitution d'une gamme, d'un système, est un fait arbitraire, qui dépend uniquement de la volonté humaine ou même de son caprice et qui ne devient une loi que par l'habitude. | Beaucoup de savants ont voulu pénétrer le mystère qui enveloppe la naissance de systèmes si divers et ni nombreux, rechercher les causes qui ont fait choisir à un peuple une gamme conçue dans tel ordre d'idées, à un autre une gamme d'un genre tout à fait opposé. Parmi ces savants, il faut citer surtout MM. Kétis, Adrien de La'Fage, F. Danjou, d'Ortigue, etc. Mais, à ce sujet, on n'a pu guère sortir des généralités, l'histoire des différents systèmes musicaux se reliant à l'histoire des peuples, et celle-ci étant ellemême souvent enveloppée de mystère et' d'obscurité. Nous allons cependant, en ce qui concerne l'origine de la différence même des systèmes, faire quelques citations qui nous semblent utiles et qui rentrent d'ailleurs dans le sens des idées que nous venons d'exposer. « Supposons, dit d'Ortigue, dans un immense clavier une corde attachée d'un côté à un chevalet fixe, de l'autre à une clef mobile. Mettons cette corde en vibration et, par le moyen d'une tension à la fois insensible et
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progressive de la corde, faisons pour ainsi dire glisser le son sur cette multitude de petits intervalles compris entre le premier son donné, le son primitif, et la reproduction du même son à l'aigu, que nous ne nommerons pas octave ici, parce que ce mot n'aurait aucun sens, puisque nous considérons la série des sons abstraction faite de toute idée de division préconçue. Or, entre ce son primitif et le son qui est sa reproduction à l'aigu, qui consonne ou, pour mieux dire, qui équisonne avec le premier, il n'est aucun point intermédiaire qui ne puisse être considéré comme la place d'un intervalle; car, à l'exception des aliquotes qui sont le- produit du phénomène simple de la résonnance, lesquels se rencontrent dans presque tous les systèmes riîusicaux, il n'est aucun des autres intervalles qui soit essentiel en soi. On peut donc concevoir des systèmes de sons composés d'intervalles indéfinis et placés à des degrés indéterminés... ■
Tous les intervalles étant dans la nature, On peut procéder par ton, par demi-ton, tiers,-
?uart, cinquième ou dixième de ton, et cette açon de procéder n'a de borne que la'faeulté appréciatrice de l'oreille, sa possibilité de
gercevoir l'intervalle qui sépare deux sons, [ans cet ordre d'idées, tout dépend de l'habitude et de l'éducation. Chez les Grecs, l'intervalle que nous nommons ton était divisé en quatre parties, par conséquent en quarts de ton. L'échelle musicale des Indous est partagée en vingt-deux parties et chaque fractionnement équivaut à peu près aussi au quart d'un des tons de notre gamme. La gamme des Ethiopiens se divise en vingt et quelques intervalles très-inégaux entre eux. Quant à celle des Chinois, elle est divisée, comme la nôtre, en sept tons, séparés par des demi-tons, mais elle en diffère essentiellement en ce qui concerne la place occupée par ces derniers; en effet, le premier demi-ton, dans cette gamme, au lieu d'être placé entre le troisième et le quatrième degré, se trouve entre le quatrième et le cinquième, ce qui en dénature complètement le caractère pour des oreilles accoutumées à notre système. Pour ce qui est de la musique arabe, il faut lire ce qu'en dit le savant Villoteau dans son chapitre de la Description de l'Egypte intitulé : De l'état actuel de l'art musical en Egypte. « Il paraît, dit-il, que le système de musique des Arabes n'a pas conservé une forme constante et que les auteurs n'ont pas toujours été d'accord sur la manière de la composer ; les uns divisent l'octave partons, demi-tons et quarts de ton et comptent, par conséquent, vingt-quatre tons différents dans l'échelle musicale; d'autres la divisent par tons et tiers de ton et font l'échelle musicale de dix-huit sons; d'autres y admettent des demi-quarts de ton, ce qui produit quarantehuit sons ; quelques-uns enfin prétendent que le diagramme général des sons comprend quarante sons; mais, la division la plus généralement reçue étarit celle des tiers de ton, il s'ensuivrait que ces quarante sons comprendraient deux octaves et un tiers pour toute l'étendue de ce système ; ce qui est, en ■ effet, d'accord avec le diagramme général des sons que nous avons trouvés notés en arabe. >
Les recherches des lois qui régissent les différentes tonalités ont conduit ceux qui s'en sont occupés à des inductions intéressantes.
« D'où vient, dit d'Ortigue, cette différence entre les systèmes? Des diversités d'organisation, de sensibilité, d'éducation, d'habitude chez les individus et chez les peuples. Voilà ce que répondent tous les auteurs qui se sont occupés de la question des divers systèmes de musique ; mais cette explication est insuffisante et vague. Il en est une beaucoup plus vraie, plus profonde, plus logique, plus en rapport avec la philosophie de l'art, avec la connaissance de sou origine, de sa nature, de son but, qu'on ne doit point séparer de la philosophie de l'homme, La musique est un langage comme la parole. Ce langage, comme la parole, est commun à tous les hommes. Mais, si les hommes ont un langage, ils ne parlent pas la même langue. Les peuples ont une langue, un idiome, un dialecte plus ou moins dérivé d'un dialecte de première formation et en harmonie avec leur civilisation, les conditions du climat, leurs mœurs agricoles, pastorales, commerçâmes, conquérantes, etc. Les divers systèmes de musique sont comme les idiomes et les dialectes du langage musical, et les diverses gamines et échelles de ces systèmes de musique, avec la division d'intervalles qui leur est propre, avec les fonctions, les propriétés, les affinités at ripulsions de ces mêmes intervalles entra isux, sont comme les alphabets de ces divers dialectes, idiomes ou langues...
» Supposons tel peuple, telle tribu dont nous lisons l'histoire. Cette agglomération d'hommes, celte peuplade a uu système de musique basé sur une gamme ou une échelle, • laquelle est constituée d'une certaine manière. C'est là sa musique, son chant maternel. Le même peuple parle une langue, un idiome, un dialecte. Cette langue a un certain accent triste, guttural, fier, âpre, doux, selon que ce peuple est commerçant, trafiquant, guerrier, agricole, pasteur, religieux; suivant qu'il habite la plaine, la montagne, le bord d'un fleuve, le rivage de la mer; suivant qu'il est issu de telle race, qu'il est mêlé à telle autre, qu'il a été conquis ou conquérant, ou bien
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qu'il se perpétue dans son unité originaire ; suivant que la zone sous laquelle il habite est chaude, froide, tempérée ;.suivant que le climat est sec, pluvieux, etc.
» Maintenant, concevez-vous que la musique maternelle de ce peuple, son chant naturel, n'ait aucun rapport, aucune affinité avec la langue ou le dialecte qu'il parle ? Concevez-vous que l'accent, ce cri de l'âme, ce principe vital de la parole comme de la musique, ne se manifeste pas dans l'une et dans l'autre? que les mêmes habitudes, des mœurs constantes, des occupations semblables, les circonstances de climat et mille autres choses qu'il est impossible de spécifier, n'engendrent pas des caractères analogues et dans le langage de ce peuple et dans son chant? Allons plus loin. Concevez-vous que la musique de ce peuple se soit formée d'une autre manière que sa langue? Entendons-nous. Si ce peuple à reçu une partie de sa langue ou de son idiome d'une colonie conquérante qui est venue s'établir chez lui et se mêler à lui, concevez-vous qu'il n'en ait pas reçu également une partie de sa musique, ou que son système musical n'ait pas été modifié par suite de cette invasion?
> Cela posé, il est bien certain que si vous allez chez ce peuple, si vous assistez à ses cérémonies, si vous entendez ses chants, ses concerts, cette musique vous déchirera les oreilles et vous paraîtra barbare. Quant à sa langue, vous n'y comprendrez rien et vous n'en pourrez juger que par les accents, les inflexions, les articulations qui probablement vous paraîtront fort désagréables. Il est trèsvraisemblable que, sous le rapport de l'art, en tant qu'expression du vrai et du beau, la musique de ce peuple est fort inférieure à celle que nous cultivons. Mais prenez garde ; ne vous hâtez pas de la déclarer absolument fausse, insupportable, car les naturels du pays, n'ayant pas davantage les oreilles façonnées à la nôtre, se serviront des mêmes épithètes pour qualifier le système que vous leur opposez. »
On voit donc que l'étude de la tonalité est celle du système musical lui-même. Dom Jumilhac, le savant musicographe, l'a bien l'ait entendre en s'exprimant ainsi dans sa Science et pratique dïi ptain-chant : « Le mot de gamme ou de système, dit-il, ne signifie autre ehose qu'un amas ou assemblage et une suite ou composition de plusieurs dictions, ou syllabes, ou lettres, qui signifient et donnent à connoistre tes sons graves et .les aigus, leur différence et leurs intervalles, leur harmonie et leur mélodie, leur bonne suite et leurs consonnances; de sorte que les systèmes ou les gammes sont à l'égard du chant ce que les alphabets sont au regard de la grammaire, c'est-à-dire les premiers éléments des sons, de leurs intervalles et de tout le reste qui concerne le chant, comme les alphabets le sont des syllabes, des dictions, des livres, de leur lecture ou prononciation et de tout le reste qui appartient à la grammaire... Mais comme il y a eu divers alphabets, selon la différence ou des langues, ou des temps, ou des lieux (quoiqu'ils n'ayent tous esté dressez que pour signifier les mesmes voyelles et les mesmes consonnes), de mesme les philosophes et les musiciens, par succession de temps, ont pareillement inventé diverses façons de systèmes, composez de différentes dictions, ou charactères, ou lettres, ou syllabes, selon qu'il leur a semblé le plus commode pour mieux exprimer ou représenter les mesmes sons et leurs intervalles. »
Nous allons maintenant, après avoir essayé d'expliquer le rôle de la tonalité au point de vue général, caractériser celle du système musical moderne et européen et faire comprendre les lois qui la régissent.
Le point déterminant de la tonalité, au point de vue de la succession des sons, c'està-dire de la mélodie, est la place occupée dans la gamme par les demi-tons. Mais il est une distinction a faire, parce que notre tonalité comprend deux modes et que ces deux modes produisent sur l'oreille un effet diffè-, rent, précisément par le déplacement d'un de ces deux demi-tons.
L'un de ces modes est dit majeur, et le premier demi-ton de sa gamine est placé entre le troisième et le quatrième degré; l'autre est qualifié de mineur, et le premier demi-ton s'y trouve entre le second et le troisième degré ; tous deux présentent le deuxième .demi-ton entre le septième et le huitième degré. C'est là leur point de contact et ce qui caractérise le système général. On va se rendre compte de la différence par ces deux exemples , qui présentent le premier une gamme majeure, le second une gamme mineure :
Gamme majeure.
Demi-ton. Demi-ton.
Zë=UZ
Gamme mineure.
Demi-ton.