‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 224 sur 1042 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

— Parler d'une voix retentissante et furieuse ; résonner avec véhémence : L'orateur tonnait à la tribune.

Ainsi contre Juda, du haut de Samarie, Des prophètes menteurs tonnait la bouche impie.

Voltaire.

. . . Avec quel feu, quel courroux véhément Ne vousa-t-on pas vu tonner au parlement! •C. Delavigne.

— S'énoncer avec éclat : La raison généreuse doit tonner, quand elle a droit, et elle tonnera ; mais elle ne doit point mentir. (Lameiin.)

Pleure, tonne, gémis, je suis indifférente.

Voltaire.

La Discorde, qui voit leur honteuse disgrâce, Dans les airs cependant Mime, éclate, menace.

Eoilbau.

— Prov. On n'entendrait pas Dieu tonner, Se dit, en parlant d'un grand bruit, d'un bruit qui assourdit.

— Prov. Tant tonne qu'il pleut, Après les menaces viennent les coups. Il Après les querelles viennent les pleurs.

— v. a. ou tr. Célébrer, annoncer en tonnant :

Et vous, nobles canons qui tonnes la victoire, Et qui semblez la voix formidable d'un dieu. Ma tdche est terminée ! à tout jamais, adieu !

De Vigny.

TONNERRE s. m. (to-nè-re — rad. tonner). Bruit éclatant qui accompagne la foudre : Un coup de tonnerre. Bientôt les roulements d'un tonnerre lointain, se prolongeant dans ces bois aussi vieux que le monde, en firent sortir des bruits sublimes- (Chnteaiib.)

— Foudre, explosion d'électricité atmosphérique : Le tonnerre m'en f de tomber. Le TONNERRB a fait des siennes en attendant le canon ; il est tombé sur le chevalier de La Luzerne, qui était à la tête de sa 'rouve. (Volt.)

— Grand bruit comparable h celui du tonnerre : Le tonnerre du canon de Beyrouth trouve son écho dans tous les cœurs français. (H. Heine.)

— Carreau, figure de convention représentant le tonnerre :

Il sera dieu ; même je veux Qu'il ait en sa main un tonnerre,

La Fontaine.

— Pierre de tonnerre, Pierre qui, au moyen âga, passait pour tomber avec la foudre, et qu'on appelait aussi carreau.

— Voix de tonnerre, Voix très-forte, trèséclatante : Une voix de tonnerre se fit entendre dans la cour. (Le Sage.) Rendez-vous! leur cria-t-il d'une voix de tonnerre. (B. Gastineau.)

. . ; N'allez pas d'abord Crier à vos lecteurs, d'une voix de tonnerre : Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre!

Boileau.

— Un coup de tonnerre, Evénement imprévu et fatal, qui frappe tout à coup : Le moyen de souffrir des COUPS de tonnerre de bonheur? (M"1C de Sév.)

— Séjour, Région du tonnerre, Ciel.

Iris dit, et remonte au séjour du tonnerre.

AlONAN.

— Maitre du tonnerre, Titre donné a Jupiter par les anciens et que les écrivains mo-

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dernes donnent quelquefois au dieu des chrétiens.

— Oiseau qui porte le tonnerre, Aigle, oiseau consacré k Jupiter.

— Tonnerres de bronze, d'airain. Pièces d'artillerie :

Cent tonnerres de bronze ont donné le signal.

Voltaire.

— Fam. Etre (ait comme un coup de tonnerre, Ktre mal fait, mal bâti, par allusion aux zigzags de la foudre.

— Prov. Le tonnerre ne tombe pas toutes les fois qu'il tonne, Les menaces ne sont pas toujours suivies d'effet.

— Art dramat. Machine qui, au théâtre, sert à imiter le tonnerre : Attention au cintre! Allez, le tonnerre I

— Techn. Endroit du canon d'une arme k feu où se met la charge, il Partie de certains obusiers qui est autour de la chambre.

— Ichthyol. Un des noms vulgaires du malaptérure électrique,

— Interj. Tonnerre de Dieu! Mille tonnerre!'! ou simplement Tonnerre! Sorte de juron : Tonnerre de DtEU 1 n'allons pas fumer sur le tonneau de poudre, citoyens! (Balz.) A>i ça! mille tonnerres, ça finira-t-il? (E. Sue.) As-tu deJguoi dîner demain? — Il ne s'agit pas de ceta. — Tonnerre I de quoi s'agit-il?... (L.-J. Larcher.)

— Syn. Tonnerre, foudre. V. FOUDRE.

— Encycl. Physiq. « La foudre, en tombant, a dit Sénèque, apporte du péril à un très-petit nombre, mais k tous de la crainte. »

La réflexion de Sénèque n'a pas cessé d'être vraie, encore maintenant que l'on connaît les causes physiques du tonnerre, et que l'on est en mesure de donner une explication rationnelle de ses effets. A mesure qu'on a pénétré plus avant dans sa nature, que ses analogies avec l'électricité ont été mieux constatées, on a reconnu qu'il était l'auteur d'un assez petit nombre d'accidents, que les anciens mettaient sans façon sur le compte des dieux ; et, de plus, on a perdu toute confiance dans les moyens que les peuples employaient pour s'en préserver.

— Hist. Le Tonnerre, la Foudre ont été les attributs essentiels de la divinité. On n'imagine pas Jupiter sans sa foudre. C'est au milieu des" éclairs et des tonnerres que Jéhovah apporta à Moïse, sur le Sinaï, les préceptes de sa loi. • Et du haut des cieux le Seigneur a tonné, s'écriait David ; le Très- Haut a donné de la voix. • (Ps. xvii, h.) Les orages formaient l'escorte habituelle de Jéhovah. » Le feu marche devant lui et embrase" ses ennemis de tous côtés ; ses éclairs bi illent par toute la terre; la Terre les voit et en est ébranlée, • (Ps. xcvi, S, 3, 4.)

Les Chaldéens de la Babylonie croyaient que les tonnerres étaient les voix des puissances aériennes, et que les foudres étaient les traces de leur passage. Thorr, chez les Scandinaves; Donar, chez les Germains; Tarumis, chez les Gaulois ; Perun, chez les Slaves, tiraient leurs noms de ceux du tonnerre, dans les langues de ces peuples.

(V. Pictet, Orig. indo-europ.)

Qn frappa" des médailles au Tonnerre, on l'adora. A Séleucie, de Syrie, certains prêtres étaient appelés xtpauvoydf 01 , porte- foudres, parce que, dans les cérémonies du culte, iis portaient des images de la foudre, comme chez les catholiques on porte des reliques ou même ce que tes fidèles nomment le saint sacrement.Suivunt la théologie des Romains, les foudres de jour étaient lancées par Jupiter, et celles de nuit par Summanus. On sait d'ailleurs que Jupiter, lorsqu'il était en bonne humeur, permettait aux autres dieux de manier la foudre, ce dont Junon se plaignait amèrement. Cette arme céleste était forgée par les Cyclopes, sous le mont Etna ou dans les antres de Leuinos. Suivant Virgile, elle était composée de trois rayons de pluie , autant de grêle, de vents et de flammes rouges, et d'une forte dose de fracas, colère de Jupiter et terreur des humains. Chez les Romains, la foudre était une source de présages. Quand elle grondait adroite, elle était de bon augure; à gauche, elle était fatale. Il y avait de ces présages que l'on pouvait détourner par une expiation, d'autres qu'il fallait irrévocablement subir. C'était, dans tous les cas, un signe de colère ou de la volonté des dieux, et l'on avait coutume, quand il tonnait, de suspendre les assemblées,

— Observations des anciens. Les anciens ont connu et décrit toutes les particularités qui accompagnent le phénomène de l'électricité atmosphérique. Ils ont cité des éclairs sans tonnerre, et des tonnerres sans éclairs; des éclairs, tonnerres et foudres sans nuages; des éclairs dans des nuages de sable ou de cendre (Sénèque, Q. nat., H, 30; Pline, Epist. vi, Ï0),

Etre touché de la foudre, sans en être tué, était considéré comme une preuve de la faveur des dieux. Arago, dans sa Notice sur le tonnerre, a éDuméré tous les ravages et toutes les destructions que les historiens anciens ont mis au compte de ce météore. La liste en est tellement chargée qu'on serait tenté de croire que la foudre a perdu de sa fréquence et de son intensité, si l'on ne savait à quel degré était portée la frayeur des anciens, exaltée par la superstition. Dus

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bruits inconnus, des torches flamboyantes, agitées pendant la nuit par des hommes qui poussaient des hurlements rauques, c'était plus qu'il n'en fallait pour faire crier au tonnerre et mettre en fuite toute une armée. * Les principales victimes que le tonnerre a faites dans les temps anciens sont : Cn. P. Strabo, père du grand Pompée; l'empereur Carus et l'empereur d'Orient Anastase 1er.

Les anciens ont parfaitement constaté la fréquence et l'intensité variables de la foudre suivant les saisons, les circonstances atmosphériques, les climats. Ils ont remarqué l'agitation de l'air qui précède et suit la chute de la foudre, et ils ont désigné ce phénomène par l'expression fu hn ine afflari. Fulminis afflari ventis, a dit Virgile {En., Il, 049).

Ils ont souvent confondu avec le tonnerre la détonation des bolides suivie d'une traînée de lumière. Les pierres provenant de ces bolides, lorsqu'on venait k les découvrir, étaient, on s'en doute bien, tout ce qu'il y a de plus sacré, parmi les choses sacrées. Ils attribuaient à Saturne et appelaient fulmina infernu les fusées et globes de feu qui paraissaient sortir des profondeurs de la terre • et en effleuraient la surface.

La superstition antique distinguait une multitude d'espèces de foudres, suivant le

fioint du ciel d où elles partaient et celui vers equel elles se dirigeaient; suivant qu'on les croyait venues de telle planète ou sorties de la main de tel dieu; enfin suivant les significations qu'on leur attribuait d'après ces diverses circonstances. A côté de ces distinctions superstitieuses, on avait établi une classification, d'après tous les genres de bruit du tonnerre et tous les aspects et mouvements possibles des éclairs. Cette classification, assez inutile d'ailleurs, se retrouve dans les traités modernes.

Certains objets passaient pourêtre, en quelque sorte, assurés contre le tonnerre. C'est ainsi qu'on croyait que la foudre ne pénètre point dans les cavernes ni à plus de 5 pieds sous terre. Elle respecte le laurier, le figuier, la vigne blanche, l'ail, les oignons et les truffes; le corail, les aigles, les phoques, les hippopotames, les crocodiles, les hyènes, et les hommes endormis. Mais elle ne peut pas souffrir les dragons... Inutile d'insister sur les mille puérilités que débitaient les anciens à ce propos.

Plutarque rapporte {Ouest, de table) que l'on considérait les truffes comme un produit de la foudre, parce qu'on en trouvait souvent dans la terre aux endroits où le ionnerre était tombé; mais que quelques esprits forts n'attribuaient au feu du ciel que le mérite d'indiquer les truffes, en fendant, sans les atteindre, là sol où elles se trouvaient.

M. Th. -Henri Martin a fait la remarque qu'on nommait attonili, ijt6t6fovn)|iivot, i;i,Sjovttjtoi, les hommes que la chute ou simplement le bruit du tonnerre avait rendus stupides; et que, par extension, la même appellation a été appliquée à ceux dont la stupidité provenait de toute autre cause.

— Théories des anciens. Tous les philosophes, dit Sénèque, s'accordent à reconnaître que la foudre est un feu. Lucrèce remarque que ce feu doit être plus subtil que le feu ordinaire. Mais quelle en est l'origine? A cette question trois réponses ont été faites par les philosophes grecs.

10 La foudre est un souffle, evcâu.», spiritus, qui s'enflamme dans les nuages, au moment de l'éclair. Ce souffle, substance de la foudre, est, k son tour, un air particulier, constitué par les • exhalaisons sèches » de la terre, lesquelles, par l'effet d'un mouvement suffisamment rapide, peuvent devenir brûlantes et bruyantes.

2" Le feu de la foudre préexiste dans les nuages, comme d'ailleurs le feu ordinaire préexiste partout, à l'état de diffusion, dans la nature. En se rencontrant, les nuages se choquent ou se frottent; il y a, de ce seul cher, production de bruit et d'étincelles, c'est-à-dire tonnerre et éclairs. Cette explication est assurément la plus physique et, par suite, la moins déraisonnable.

30 Mais il y a des éclairs et des tonnerres sans nuages... (?) Donc, le feu de la foudre ne peut pas venir du choc des nuages. Alors, il vient des régions supérieures, a'ui haut! D'après les Babyloniens, que Pline appelle les maîtres de lajcience, les foudres arrivent en droite ligne des trois planètes supérieures Jupiter, Saturne et Mars. Au reste, les foudres fortuites et celles qui annoncent l'avenir n'ont pas la même provenance.

Ajoutons qu'un certain nombre de philosophes, éclectiques ou sceptiques, admettaient au même titre les trois théories que nous venons de résumer, ou même les mariaient ensemble dans d'ingénieuses combinaisons.

Chez les Hébreux, chez les chrétiens du moyen âge, peuple et philosophes s'abstenaient de spéculer sur les causes du tonnerre; ils se contentaient de croire que la foudre était l'arme ordinaire de la vengeance de leur Dieu et se bornaient k en avoir aussi peur que possible.

Suivant 1 ancienne croyance, tout feu tend à monter. Comment donc se fait-il que la foudre puisse descendre? 1 La superstition, dit M. Th.-Henri Martin, avait bien une réponse toute prête : c'est que la chute de la foudre, de ce feu éthéré dont la source est dans les

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régions supérieures, est un phénomène violent et contre nature, un miracle qui présage de grands changements dans les affaires humaines. » Mais cette réponse, qui satisfaisait Denys d'Halicarnasse, Pline et les astrologues, ne suffisait pas à ceux qui cherchaient des explications physiques. La question était embarrassante; beaucoup l'abordèrent; per- ' sonne ne put s'en tirer, et les nombreuses solutions qui furent proposées n'offrent aucun intérêt. Nous les passerons donc sous silence, ainsi que les explications nombreuses et embrouillées par lesquelles on s'est efforcé, au moyen âge et dans l'antiquité , de rendre compte de l'obliquité du mouvement de la foudre.

On s'est aussi demandé ce que devient la foudre après sa chute. On admettait généralement qu'elle retournait au ciel, et Manilius a poétisé cette opinion en disant que la fonction de l'aigle de Jupiter est de rapporter k son maître Tes foudres qu'il a lancées.

Nous devons, au reste, nous abstenir de la vanité et du mauvais goût de railler les anciens. Nous ne sommes pas encore bien éloignés du temps où Descartes écrivait : « La foudre se peut quelquefois convertir en une pierre fort dure, qui rompt et fracasse tout ce qu'elle rencontre si, parmi ces exhalaisons fort pénétrantes, il y en a quantité de ces autres qui sont grasses et ensoufrées, principalement s'il y en a aussi de plus grossières, semblables à cette terre qu'on trouve au fond de l'eau de pluie lorsqu on la laisse rasseoir en quelque vase; ainsi qu'on peut voir par expérience que, ayant mêlé certaines portions de cette terre de salpêtre et de soufre, si on met le feu en cette composition, il s'en forme subitement une pierre, t {Des météores, discours Vile.)

— Superstitions. Les femmes de Thessalie, qui, suivant les anciens, jouissaient d'un pouvoir considérable sur toute la nature, disposaient à volonté du tonnerre. Le moyen âge croyait encore k ce pouvoir ; car saint Agobard, évêque de Lyon (ix« siècle), écrivit un petit traité contre l'opinion qui attribuait aux sorcières le pouvoir de faire tonner.

Quand la statue de Jupiter Olympien eut été installée dans le temple qui lui était destiné, le sculpteur Phidias demanda au dieu un témoignage sensible de sa satisfaction ; aussitôt la foudre tomba sur le toit de l'édifice.

Le philosophe Démocrite, au dire de Pline, enseignait que, pour obtenir le tonnerre et la pluie," il sutfisait d'allumer un feu de bois d'yeuse et d"y faire brûler la tête et le gésier d'un caméléon.

Suivant Virgile, Salmonée, voulant se faire passer pour dieu, imitait le tonnerre et la foudre en faisant rouler son char sur un pont d'airain, d'où il lançait des torches enflammées; mais Jupiter, jaloux, lui administra un coup du vrai tonnerre, qui l'expédia dans le Tartare. Eustatbe et, de nos jours, Salverte ont vu dans la fable de Salmonée l'histoire déguisée d'un savant cherchant k deviner les mystères de le nature.

Quand on parcourt l'énumération des moyens que les anciens connaissaient pour conjurer le tonnerre, on s'étonne qu'il ait pu tomber si fréquemment. Le centaure Chiron recommandait le crucifiement des oiseaux de nuit ou des chauves-souris, pour écarter la foudre des champs et des maisons. On n'avait rien k craindre du tonnerre si l'on était habillé de vêtements faits en peaux de phoque, d'hippopotame ou d'hyène, et coiffé d'une couronne de laurier et de figuier. Les Grecs, et encore aujourd'hui beaucoup de Bretons, mettent des têtes de clous, des lames de fer ou des branches de laurier dans les nids des poules, pour empêcher les œufs -de tourner pendant les orages. Quand il tonnait, les Perses plantaient leurs épées en terre, les Thraceà lançaient des flèches en l'air, les Romains dressaient des haches sanglantes, les chrétiens sonnaient et sonnent encore les cloches, etc.

Un certain nombre de savants, entre autres Salverte, J.-J. Ampère, Schweigger, Fischer, etc., ont cru découvrir au fond de ces pratiques bizarres les germes de la théorie rationnelle de l'électricité atmosphérique. Ces savants nous paraissent aller beaucoup trop loin, et nous nous tenons à distance res- 1 pectueuse de leurs opinions. Sur ce sujet, on i lira avec intérêt le mémoire de M. Th.-Henri t Martin, la Foudre et le feu Sainl-Elme dans l'antiquité (Paris, 1866).

Le moyen âge rivalisa avec l'antiquité pour l'invention des moyens propres à conjurer le tonnerre ■ ■ Mettre de ia joubarbe sur une maison, c'est en éloigner le tonnerre. Il ne faut pas épouser sa commère, car il tonnerait chaque fois qu'on aurait commerce avec elle, « etc. Mais les meilleurs préservatifs consistent dans la récitation de l'Evangile de saint Jean, In principio erat Verbum..., l'aspersion par l'eau bénite et le son des cloches. « Les cloches, disait l'évèque Camus, dissipent les tempestes et écartent les démons qui' se meslent dans ces météores pour nuire aux humains. L'expérience faist voir que le diable est ennemi des bonnes odeurs, tout vilain qu'il est, ne se plaisant que dans les puanteurs et voiries. Il hait aussi l'harmonie, la musique et tout son qui est bon et agréable. Le son des cloches parfumées est donc naturellement utile contre les démons et les orages.» .

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Un certain nombre de contrées de l'Europe sont encore en plein moyen âge, et il n'est probablement pas un de nos lecteurs qui n'ait eu l'occasion de vérifier que, à l'égard du tonnerre, les croyances de beaucoup de Français du xix« siècle ne sont guère mieux raisonnées que celles des Etrusques.

— Théorie moderne. « La première étincelle électrique, tirée de l'ambre par Wall, fut immédiatement comparée aux éclats de la fondre. Cette lumière et ce craquement, dit Wall, paraissent en quelque façon représenter l'éclair et le tonnerre. >

La même analogie se trouve exprimée dans les Leçons de physique de Nollet (1771). « Si quelqu'un, dit Nollet, après avoir comparé les phénomènes, entreprenait de prouver que le tonnerre est, entre les mains de la nature, ce que l'électricité est entre les nôtres ; que ces merveilles, dont nous disposons maintenant à notre gré, sont de petites imitations de ces grands effets qui r\f us effrayent; que le tout dépend du même mécanisme ; si 1 on faisait voir qu'une nuée, préparée par l'action des vents, par la chaleur, par le mélange des exhalaisons, est, vis-à-vis d'un objet terrestre, ce qu'est un corps électrisé en présence et à une certaine proximité de celui qui ne l'est pas, j'avoue que cette idée, si elle était bien soutenue, me plairait beaucoup, et, pour la soutenir, combien de raisons supérieures ne se présentent pas à un homme qui est au fait de l'électricité ! »

Cette idée préoccupait, en effet, tous les physiciens du siècle dernier, et, le 7 novembre 1749, Franklin résumait sur son livre do laboratoire toutes les analogies qu'on avait remarquées entre la foudre et le fluide électrique; mais le physicien américain, allant plus directement au but, ajoute : » Le fluide électrique est attiré par les pointes. Nous ne savons pas si la foudre a cette propriété ; il serait à propos d'en faire l'expérience. » Quelques mois après, Franklin développait complètement ses opinions sur l'origine de la foudre dans deux lettres adressées à P. Collinson (Œuvres de Franklin, traduction de Barbeu-Dubourg, Paris, 1773). 11 était tellement convaincu de l'exactitude de ses. opinions, qu'il indiquait un moyen de préserver de la foudre les églises, les maisons, les vaisseaux, etc. Cette partie de sa lettre est une description succincte du paratonnerre, tel qu'on le construit de nos jours; mais, avant tout, Franklin voulait qu'on s'assurât directement si les nuées orageuses sont électrisées ou non; il exposait d'une manière complète le procédé expérimental qui devait servir à vider cette grande question, et, tout en invitant les physiciens à tenter l'expérience, il attendait, pour l'exécuter lui-même, la construction projetée d'un clocher à Philadelphie.

Les idées de Franklin furent assez mal accueillies en Angleterre. Dalihard les réalisa, le 10 mai 1752, à Marly-la-"Ville. Dans Un jardin situé au milieu d'une plaine élevée, il fixa solidement sur un support isolé une barre de fer ronde de 0m,027 de diamètre à la base, de 13 mètres de hauteur et terminée par. une pointe d'acier trempé et poli. Au moment où des nuages orageux passèrent au zénith) la barre s'électrisa assez fortement pour donner de longues et brillantes étincelles. L'état électrique des nuages se trouvait ainsi démontré. Cette expérience fut répétée de toutes parts, et partout avec le même succès.

Dans le courant de la même année, Franklin, impatient des lenteurs apportées à la construction du clocher qu'il attendait, imagina qu'un cerf-volant pourrait lui servir au même usage, et, profilant du premier orage, il s'en fut dans les champs, seul avec son fils, < craignant le ridicule dont on ne manque pus de couvrir les essais infructueux. ■ Le cerf-volant fut lancé, la corde qui le retenait étant fixée au bout d'un support en verre. Un nuage qui promettait beaucoup ne produisit aucun effet. D'autres nuages s'avançaient et tout paraissait tranquille; on ne voyait ni étincelle ni aucun signe électrique. A la lin, cependant, une pluie fine étant survenue, quelques rilaments se soulevèrent sur la corde comme s'ils en eussent été repoussés. Un petit bruissement se fit entendre; Franklin présente son doigt; une vive étincelle, bientôt suivie de plusieurs autres, s'échappe de l'extrémité inférieure de l'appareil , rendu conducteur de l'électricité par l'eau qu'il avait reçue. Cette expôrienco eut lieu en juin 1752.

En juin 1753, un magistrat français, de Romas, assesseur au présidial de Nérae, connaissant l'expérience de Dalibard, mais ignorant encore l'expérience de Franklin, eut, comme ce dernier, l'idée de se servir d'un cerf-volant. Il eut soin de garnir d'un fil métallique la corde de son instrument et obtint immédiatement des étincelles électriques trèsénergiques. Il répéta cette expérience en 1757, pendant un orage; les effets furent formidables. «Imaginez-vous voir, dit de Romas, des lames de feu, de neuf ou dix pieds de longueur et d'un pouce de grosseur, qui faisaient autant et plus de bruit que des coups de pistolet. En moins d'une heure, j'en eus certainement trente de cette dimension, sans compter mille autres de sept pieds et audessous. » Malgré ses précautions, il fut une fois renversé par la violence du choc. Richtnaun, de l'Académie de Saint-Pétersbourg,

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fut foudroyé en répétant l'expérience de Dalibard. » (Météorologie, par Marié-Davy, Paris, 1866.)

L'atmosphère est toujours électrisée positivement (v. électricité). Les nuages doivent donc être aussi, pour la plupart, chargés d'électricité positive ; mais il y a aussi des nuages électrisés négativement. « Sous l'influence de l'électricité positive de l'air, le sol s'électrise négativement sur tous ses points en saillie, et particulièrement sur les sommets des montagnes. Souvent, on voit des nuages s'approcher vivement d'un pic élevé, s'y arrêter quelque temps, puis s'en détacher, pour suivre le mouvementgénéral de l'atmosphère. Le nuage positif a d abord été attiré par le pic électrisé d'une manière opposée; il en est repoussé, lorsque, par son contact, il s'est électrisé négativement comme lui. Les nuages qui, formés parles brouillards des vallées, suivent les rampes des montagnes, en s'élevant dans l'atmospère sous l'influence des courants ascendants, et qui semblent accrochés, pendant plusieurs heures, à leurs sommets, peuventaussis'électriser négativement. D'un autre côté, on remarque fréquemment dans l'atmosphère plusieurs couches de nuages superposées. Les nuages inférieurs étant placés entre des nuages positifs et la surface négative du sol, leur électricité positive, repoussée par le haut, attirée par le bas, se posera sur la face inférieure du nuage et disparaîtra emportée par la première pluie. Ces nuages se déchargeront donc progressivement d'un côté, tandis que, de l'autre, ils se chargeront,par influence, d'une manière opposée, c'est-à-dire négativement. Quelle que soit leur origine, ces nuages négatifs sont entraînés par les vents, pêle-mêle avec les nuages positifs; les uns et les autres portent leur influence partout où ils passent. C'est à la proximité des nuages inversement électrisés que sont dus la plupart des orages. • (Marié-Davy.)

Il y a donc, dans les régions supérieures do l'atmosphère, des nuages chargés d'électricité positive et d'autres nuages chargés d'électricité négative. Lorsque des nuages, ainsi électrisés différemment, se rencontrent, il s'opère entre eux des décharges de fluide, d'où résultent les phénomènes du tonnerre, des éclairs et de la foudre.

Le tonnerre est produit par. l'ébranlement de l'air; l'éclair, par l'étincelle électrique, et la foudre est le nom donné à l'éclair lorsqu'il descend jusqu'à terre.

Si un physicien pouvait avoir à sa disposition des électrophores de plusieurs lieues d'étendue et d'épaisseur, il pourrait reproduire tous les phénomènes électriques de la nature.

— La foudre. Quelque bizarre que paraisse le chemin parcouru par la foudre, on peut être assuré qu'elle a suivi la voie offrant le minimum de résistance à sa marche. Les métaux étant, de tous les corps, les meilleurs conducteurs, c'est à eux qu'elle s'attache de préférence; mais elle les quitte chaque fois qu'elle trouve à leur extrémité une résistance supérieure à celle que présentent les corps voisins. Après les métaux viennent les corps humides...

Pour que la foudre tombe, il faut que le nuage orageux ait été abaissé près du sol. Tous les points de la surface terrestre sont alors fortement électrisés par influence. L'électricité qu'ils contiennent, opposée à celle du nuage, est attirée par cette dernière et se porte sur les points en relief. Elle y attire à son tour l'électricité du nuage et favorise sa décharge. Aussi les arbres sont-ils le plus exposés aux atteintes de la foudre, et parmi eux ceux qui sont le plus fournis de sève, dont le feuillage est le plus aboudaut, dont les racines plongent le plus profondément dans le sol, et qui garnissent les terrains les plus humides.

Mais qu'un remous du vent abaisse un lambeau de nuage, et la foudre éclatera, en apparence contre toutes les règles, en un point où les circonstances les plus désavantageuses sembleront réunies ; l'influence de la distance devient accidentellement prépondérante.

Lorsque la foudre rencontre sur son chemin un corps lui faisant obstacle par son défaut de conductibilité, elle le contourne, si l'accroissement de résistance provenant de ce détour est moindre que la résistance du corps; dans le cas contraire, elle perce l'obstacle, le brise et quelquefois le disperse au loin. Son passage est toujours marqué par une production de chaleur en rapport avec la somme de résistance vaincue. Les métaux, corps bons conducteurs, sont à peine échauffés si leur section est suffisante ; mais, s'ils offrent à l'électricité une route trop étroite, ils peuvent être volatilisés. C'est l'effet ordinairement produit sur les arbres frappés par le tonnerre; la sève, réduite en vapeur au milieu des tissus de l'arbre, dans sa partie la plus étranglée, ordinairement le tronc, le fait éclater et le réduit en espèces de filaments comme des allumettes...

Des effets d'une aussi grande énergie expliquent aisément l'action exercée par la foudre sur l'homme. Si le fluide parcourt les parties externes du corps, il y creuse un sillon, et la brûlure ainsi produite est profonde, très-douloureuse et très-difficile, a guérir; mais s'il pénètre dans l'intérieur, il produit sur le système nerveux une telle commotion,

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qu'il le désorganise. De là des paralysies, quand la partie atteinte n'est pas essentielle, ou bien la mort, sans que l'autopsie révèle aucun désordre, parce que nous ignorons la structure intime des centres nerveux et que nous sommes inhabiles à distinguer ses lésions.

— Accidents. M. Boudin, médecin en chef de l'hôpital de Saint-Martin, a présenté en 1865, à l'Académie des sciences, une statistique des accidents causés par le tonnerre. Dans la période comprise entre les années 1835 et 1863, c'est-à-dire en vingt-neuf ans, on a compté en France 2,238 personnes tuées par la foudre, ce qui donne une moyenne de 77 victimes par an.

Le maximum annuel a été de 111, le minimum de 48. Si l'on joint le nombre des blessés à celui des morts, le nombre total des victimes de la foudre, pour la période qui nous occupe, dépasse 6,700, et la moyenne est par an de 230.

Les personnes du sexe féminin paraissent beaucoup plus à l'abri des atteintes du fluide que celles du sexe masculin; ce résultat a été attribué à l'influence des vêtements de soie, plus communs chez les femmes que chez les hommes.

M. Boudin a cité deux personnes qui ont été frappées plusieurs fois par la foudre ; l'une d'elle a été visitée trois fois par la foudre, dans trois logements différents.

Le quart dçs personnes foudroyées a été atteint sous des arbres; de Sorte que près do 1,700 personnes auraient pu éviter la mort ou de graves blessures en évitant le voisinage des arbres pendant l'orage.

Si l'on répartit les accidents du tonnerre suivant les localités où ils se sont produits, on constate que les départements montagneux, tels que la Lozère, -la Haute-Loire, les Hautes- Alpes, la Haute-Savoie, sont ceux qui fournissent lss plus forts contingents, tandis que les plus épargnés sont les pays de plaines : la Manche, l'Orne, l'Eure, la Seine, le Calvados.

Le même statisticien a relevé un certain nombre d'observations qui tendraient à démontrer que les objets frappés par la foudre peuvent rester chargés d'électricité pendant quelque temps, comme une bouteille de Leydo, et, par suite, conserver pendant ce temps la faculté de foudroyer les objets environnants. Pour les préservatifs des accidents, v. paratonnerre.

— Méd. La foudre peut tuer un individu subitement. Son corps reste alors dans un état de convulsion tétanique et acquiert trèsvite la rigidiié cadavérique. Il conserve, en outre, de l'électricité comme une bouteille de Leyde, et Boudin a vu des hommes relevant un individu foudroyé recevoir une décharge électrique très-forte. Lorsque la foudre, en frappant un individu, ne le tue pas instantanément, celui-ci présente, avec des brûlures de forme irrégulière au premier et au second degré, sur les points où la décharge électrique a lieu, les signes d'une commotion cérébrale, et, lorsqu'il se réveille, il est paralysé complètement des membres inférieurs. 11 éprouve des sensations de froid, un tiraillement très- douloureux dans les pieds et les mains et une angoisse que l'on peut rapporter à la frayeur aussi bien qu'à i'eifet de la foudre. Lorsque là foudre frappe une femme enceinte, la femme avorte généralement, comme à la suite de violentes secousses. Lorsqu'on est appelé auprès d'un individu atteint par la foudre, on cherche d'abord à le ranimer par des frictions, des affusions froides et des lavements excitants; s'il présente des signes d'asphyxie, on le fera respirer artificiellement; enfin, lorsqu'il sera revenu à lui, on traitera ses brûlures comme les brûlures ordinaires.

TONNERRE, ville de France (Yonne), ch.-l. d'arrond., à 197 kilom. de Paris, par le chemin de fer de Paris à Lyon, à 28 kilom. N.-E. d'Auxerre, sur le penchant d'une colline dont l'Armançon baigne la base : pop. aggl., 4,620 hab. — pop. tôt., 5,332 hab. L'arrondissement comprend 5 cantons, 82 communes et 4 1,388 hab. Commerce de grains et de vins; clouteries, tanneries, fabriques de faïence. Collégo communal, tribunal de l'o instance.

— Monuments. Le monument le plus ancien de Tonnerre, le seul qui ait échappé à trois incendies, est l'ancien hôpital de marguerite de Bourgogne. La portion encore debout se compose de l'ancienne salle des malades, monument historique de style ogival, et qui sert aujourd'hui de chapelle. L'abside renferme le tombeau de la fondatrice en marbre blanc, par Bridan fils, inauguré en 1825 ; le mausolée du ministre Louvois, dû au ciseau de Girardon. Louvois est représenté couché à demi ; près du ministre, une autre statue en marbre représente l*Histoire,et deux «titres, en bronze, représentent la Vigilance et la Sagesse. On voit encore, dans une salle voûtée du xrvo siècle, appelée la Revestière, un calvaire ou sépulcre composé de huit grandes statues en pierre tendre de Tonnerre et d'un excellent travail; enfin, la nef contient le gnomon établi, de 1786 à 1788, par le Père Férouillat, religieux bénédictin. L'édifice total (nous parlons ici de la chapelle, car le surplus des bâtiments a été restauré et agrandi récemment), construit dans des dimensions gigantesques et avec uno sévère

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simplicité, avait dans le principe 100 mètres de longueur, y compris le portique, sur 19 mètres de largeur; il a été diminué sur sa longueur pour l'établissement de nouvelles salles. Son dôme immense est à plein cintre, formé de petites planches en chêne fixées a la charpente, qui est d'une grande hardiesse. Les pièces de bois qui forment les poinçons et les tirants sont d une grandeur extraordinaire. En 1618, Charles-Henri de Clermont- Tonnerre fit élever le sol de l'éditice,et détruisit le mattre-autel primitif; il fut remplacé par le mattre-autel actuel, d'ordre corinthien.

L'église Notre-Dame fut, à son origine, la chapelle ou oratoire de l'HÔtel-Dieu ; agrandie k plusieurs époques, elle dénote dans son architecture le style de différents siècles. Une partie du cheeur doit être du XI« siècle; la nef a précédé le portail, qui date de 1533 et porte le cachet de la Renaissance à son épanouissement complet. Il a malheureusement souffert de l'incendie de 1556 ; mais on en distingue encore la plupart des détails. La simplicité et en même temps la richesse du dessin en sont les qualités dominantes; les bas-reliefs, qui représentent des sujets tirés de l'Ecriture sainte, sont admirables,, les lignes bien entendues; enfin, les sculptures sont délicates et d'un précieux fini. Une tour, commencée en 1610 et terminée en 1626, surmonte l'édifice ; elle remplace la belle flèche détruite par l'incendie dont nous venons de parler. Un escalier de 198 marehe*,. remarquable par la belle exécution de la spirale centrale, conduit à la plate-forme. L'in lérieur de l'église ne présente guère d'intéressant que le sanctuaire (xt« ou xiio siècle), lu chapelle de la Vierge, un. buffet d'orgues bien sculpté (xvne sièele) et la chaire à prêcher (xviiie siècle).

L'église Saint-Pierre, classée au nombre des monuments historiques, se fait d'abord remarquer par sa situation bizarre et isolée; elle s'élève sur la pointe d'un rocher qui domine d'un côté la ville et de l'autre la Fosse- Yonne, et est entourée en partie par une muraille formant terrasse et d'où l'on découvre toute la vallée de l'Armançon. Ainsi que celle de Notre-Dame, la construction de cette église porte les caractères de styles divers. L'incendie de 1556 l'a, comme Notre-Dame, détruite en partie; sa reconstruction eut lieu de 1562 à 1601. Le sanctuaire, de 1351, a été conservé, ainsi que le chœur, de style ogival .(xnie ou xive siècle) ; mais la nef date de la lin du xvi« siècle et n'a jamais été finie. Elle est bornée au S.-O. par les anciennes fortifications de la ville, sur lesquelles était un chemin de ronde qui traversait l'église et le clocher; aussi les entrées de l'édifice sont-elles placées sur son flanc. La façade principale, tournée au S. - E., a été bien conçue. La première porte et les fenêtres obliques qui l'accompagnent sont originales' etgracieuses; les sculptures du grand portail sont délicates et bien fouillées. A l'intérieur, les voûtes ont de la hardiesse et de la légèreté et produiraient un très-bon ensemble si les nervures des principaux piliers ne se trouvaient perdues ou masquées pur des chapelles nouvellement construites dans un style qui n'est pas en rapport avec celui du monument. Le percement du mur du fond de la nef pour y placer le buffet d'orgues a amené, en 1846, la découverte d'une porte romane dont les cintres sont doublés en retrait et supportés de chaque côté par trois colonnes avec chapiteaux ornés de sculptures assez grossières. L'ouverture de la baie principale porte environ 5 mètres; elle est divisée en deux autres baies, séparées par un pilier sur lequel est sculptée une statue. Ce portail, qui parait dater du xis siècle, servait probablement d'entrée à la chapelle primitive, dont l'emplacement est occupé par l'église actuelle. Quelques chapelles de l'église Saint-Pierre possèdent encore des vitraux du xvie siècle bien conservés.

Citons encore : l'hôtel' d'Uzès , élégante construction du xvie siècle, d'une architecture achevée et ornée de sculptures exécutées avec finesse; elle a été malheureusement mutilée ; mais la principale façade, flanquée d'une tourelle contenant un large escalier en spirale, est encore bien conservée ; le collège, fort ancien, établi depuis 1800 dans le couvent des Ursulines, dont la chapelle sert aujourd'hui de théâtre, et l'hôtel de ville, bâti en 1830. Sous les bâtiments de la halle, il existe encore une ancienne église ou chapelle souterraine, construite dans le. style roman; mais il n'en est fait mention dans aucune charte et on ignore sous quel patronage elle a été édifiée. Elle est maintenant divisée en plusieurs caves ou magasins.

En descendant de l'église Saint-Pierre pour gagner la Fosse-Yonne, on rencontre un petit sentier auquel se rattache un souvenir historique; c'est par là que la duchesse d'Angoulême réussit à s'échapper incognito de Tonnerre, après avoir appris la nouvelle de la révolution de Juillet (1830).

— Histoire. L'étymologie du nom de celte ville, Tornodurum, qui signifie en langue celtique près du torrent, s'explique par la proximité de la belle fontaine de Fosse-Yonne, bassin de 13 mètres de diamètre, terminé eu forme d'entonnoir et d'où jaillit une eau lita- ] pide, d'un volume assez fort pour faire tour- I ner des usines placées à peu de distance do

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sa source. Tornodurum, comprise autrefois dans la Gaule Celtique et chef-lieu d'un pagut, était traversée, à l'époque de la conquête romaine, par une grande voie publique qui en faisait un point centra! de cnmmuni-

, tion entre Sens, Alise et Langres. Bien qu'elle ne possède aujourd'hui aucun vestige de monuments romains, son antiquité n'en est pas moins constante; la voie dont nous venons de parler se divisait en deux branches, et plusieurs tronçons assez bien conservés permettent encore de suivre son parcours. 11 est également établi aujourd'hui que les Romains avaient construit, à une distance de 3 lieues, un camp sur la rivière d'Armançon, près de la route militaire. 1,'époque de l'introduction du christianisme dans cette ville est incertaine. Hilanus, gouverneur de la province, reçut, dit-on, au ve siècle, la visite de saint Germain d'Auxerre et de saint Loup de Troyes. Tonnerre," après avoir été comprise dans le royaume de Bourgogne, fut ensuite soumise à Clotaire II. Dès le vme siècle, le Payus Tornotrensis (nom sous lequel les chroniqueurs de l'époque désignent la ville) formait un des six archidiaconés du diocèse de Langres, et nous voyons en 814 Louis le Débonnaire faire don à l'évêque de cette ville, Betton, du château et des domaines en dépendant, à titre de comté. Le comté de Tonnerre est donc le plus ancien de France. Après saint Guery et saint Ebbon, tous deux archevêques de Sens, qui furent investis de

• la même dignité, une longue lacune règne dans la succession des comtes de Tonnerre. Cette lacune ne finit qu'au Xe siècle, époque où Hugues, duc de France, donna ce fief à un seigneur nommé Milon; le comlé resta dans la famille de ce dernier jusqu'à Hugues Renaud, qui, s'étant voué à l'Eglise, en transmit, en 1065, la possession à son parent Guillaume I", comte de Nevers. La première charte d'affranchissement accordée à Tonnerre date de 1174 et du règne de Gui II. Cette charte fut confirmée partons les comtes qui suivirent. Pierre de Courtenay limita la charte de Tonnerre quant aux franchises commerciales, mais il 1 étendit considérablement sur les autres points. Tonnerre posséda, sous les comtes de la maison de Nevers, un prévôt institué la première année du xii" siècle,, un sénéchal (1170), une école publique (1220) et un lieutenant général de bailliage (1361). En outre, la fondation de l'hôpital encore debout aujourd'hui remonte à 1293 et est due k Marguerite de Bourgogne. En 1359, Edouard III d'Angleterre se présenta sous les murs de Tonnerre; il s'empara de la cité basse ; puis, ayant vainement tenté de pénétrer dans le château, ou commandait Baudouin d'Hennequin, maître des arbalétriers, il mit, avant de battre en retraite, le feu k la ville. L'incendie fit des ravages considérables, mais le desastre fut promptement réparé. La ville commençait k peine à respirer, quand, en 1414, les troupes de Jean sans Peur pénétrèrent duns Tonnerre, et la ville fut de nouveau brûlée et saccagée. Ni le château, ni la cité qui l'entourai t, niïe bourg Saint- Michel ne furent rebâtis depuis cette époque. En 1542, François 1er, de passage k Tonnerre, accorda, dans la grande salle de l'hôpital, une audience à l'ambassadeur de Charies-Quint, venu pour lui déclarer Ja guerre. En 1556, un troisième incendie, attribué, diton, à la malveillance et dont quelques-uns accusèrent la duchesse de Crusso], dévasta de nouveau la ville. A l'incendie succéda la peste (1570), et vers le même temps, pour comble d'infortune, Tonnerre fut obligée de payer 5,000 livres au prince de Coudé pour se racheter du pillage. La Ligue essaya, mais vainement, d'établir k Tonnerre un de ses centres d'action. A cette époque, le comté de Tonnerre était depuis loiigtiiips passé dans la famille de Clermont. Charles-Henri de Clermont, comte de Tonnerre, qui, malgré l'insuccès de la Ligue dans sa capitale, avait jusqu'alors servi tes intérêts des Guises, s'empressa de reconnaître le roi de Navarre pour roi de France après la mort de Henri III (1589). Louis XIII s'arrêta, le 30 avril 1631, dans le nouveau château de Tonnerre et y fut reçu par le même Henri de Clermont qui en avait ouvert les portes à Henri IV; le 22 juin 1671, Louis XIV, revenant victorieux de Franche-Comté, y fut également reçu par le comte Françuis. François de Clermont vendit, en 1684, le comté de Tonnerre à Michel-François Le Tellier, marquis de Louvois, dont la famille le posséda jusqu'à la Révolution. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, un seul fait intéressant signale l'histoire politique de la ville ; c'est le bombardement, puis Je pillage de Tonnerre par les troupes autrichiennes, lors de l'invasion de 1814.

— Célébrités. Tonnerre est la patrie du célèbre personnage énismatique connu sous le nom de Chevalier ou de Chevalière d'Eon. La maison où il naquit en 1728, monument du xvii» siècle, assez remarquable, est encore debout. On peut encore placer, parmi les célébrités de Tonnerre, l'illustre Nicolas Pithou, qui, s'il ne naquit pas dans la ville, y remplit du moins très-longtemps les fonctions de bailli. .

Le territoire de la ville de Tonnerre produit de* vins de diverses qualités. Les uns méritent d'être classés en première ligne parmi ceux de la basse Bourgogne. Le vin des côtes de Pitoy et des Perrières, et ce-

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lui des Grandes-Poches, sont comparables au célèbre vin des Olivottes, qui sa récolte non loin de là. Les environs de Tonnerre fournissent aussi des vins blancs corsés, spiritueux et fins, qui viennent immédiatement après ceux de Chablis. Ces vins sont généralement pétillants et conservent longtemps une douceur appelée moustilte, qui en fait l'agrément pendant la première année; en vieillissant, ils deviennent spiritueux et finissent toujours bien. Les meilleurs vignobles de la côte do Tonnerre sont peuplés des mêmes cépages que ceux des grands crus de la Côte-d'Or; les pineaux en forment la base. Le noirien y porte le plus souvent le nom de franc-pineau ; à mi-côte, on le trouve généralement mêlé au- beaunois. Dans las crus de seconde qualité, on observe un troisième cépage ; le lombard ou gros plant, qui réussit particulièrement sur les coteaux élevés, est peu difficile sur la nature du sol et produit abondamment des vins appelés vins gris ou clairets, si renommés autrefois. Quelques tressauts ou verrots et quelques pineaux gris appelés buriaux se rencontrent aussi çà et là, mais en petite quantité. Les vignes blanches sont toutes en beaunois.

TONNERRE (mont) [Tonnersberg ou Donnèrsberg], montagne de Bavière, dans la partie septentrionale du cercle du Rhin. C'est le Mous Joois des Romains. Sous l'Empire, il a donné son nom à un département français. C'est la plus haute montagne de la chaîne du Haardt et du Palatinat bavaroi? (780 met.). « Composé, dit M. Joanne, de porphyre et de grès, le mont Tonnerre a la forme d'un ovale. De magnifiques forêts d'essences variées tapissent ses croupes tantôt arrondies, tantôt abruptes, d'où descendent des gorges plus ou moins profondes appelées thxlten dans les environs. Son sommet est tin plateau long de 15 kilom. et large de 7 à 8 kilom., dépouillé d'arbres, en partie cultivé, en partie inculte. On y remarque les débris d'une enceinte qui avait 4,100 mètres de circonférence et de 1 mètre à 110,60 de hauteur. Selon certains antiquaires, ces constructions seraient des restes de fortifications romaines; d'après d'autres savants, elles auraient eu la même origine que celles de Diirkheim. Du reste, on a découvert sur celte montagne un grand nombre d'antiquités romaines. Un couvent fondé au xive siècle a existé deux cents ans sur le Donnersberg. On n'y trouve aujourd'hui que deux fermes. Une grosse pierre carrée marque le point culminant de la montagne, mais la vue est plus étendue et plus belle du Kœnigsstulil, rocher de porphyre, haut de 6 à 7 mètres, sur lequel les rois francs et les comtes du Wormsgau ont siégé pour rendre la justice à leurs sujets. »

TONNERROIS, OISE s. et adj. (to-nè-roi, oi-zu). Géogr. Habitant de Tonnerre; qui appartient à cette ville ou k ses habitants : Let Tonnerrois. La population tonnerroise,

TONN1NGEN, ville du Danemark, dans le duché et à 50 kilom. O.-S.-O. de Slesvig, sur la droite de l'Eider, à la naissance de l'estuaire qu'il forme avant de se jeter dans la mer; par 45» 19' 25" de latit. N. et 6° 28' 30'' delongit. E.; 4,000 hab. Elle communique par un canal avec Rendsbourg. Ecole de navigation. Distilleries, corderies, teintureries, briqueteries, blanchisseries de cire, chantiers de construction. Le port est un des meilleurs de la mer du Nord, et il s'y fait un grand commerce.

TONNITE s. f. (to-ni-te — rad. tonne).

Moll. Nom donné par les auteurs anciens aux tonnes fossiles.

TON-NYHION s. m. (ton-ni-ion). Bot. Nom siamois de l'apocyn ou herbe à la ouate.

TONOGRAPHIE s, f. (to-no-gra-fi •— du gr. lonos, corde ; grapfiô, j'écris). Système de signes employés pour représenter les sentimemset les passions que l'orateur et l'artiste dramatique expriment par le son de la voix, la physionomie et le geste. H Peu usité.

TONON s. m. (to-non). Erpét. Nom vulgaire d'un lézard gris d'Amérique.

TONOTECHNIE s. f. (to-no-tè-knl — du gr. tonos, ton; lechné, art). Mus. A't de noter les airs en général. [| Art de noter des airs sur les cylindres des orgues de Barbarie et autres instruments mécaniques.

TONOTECHNIQUE adj. ( to-no-tè-kni-ke — rad. tonotechnie). Mus. Qui appartient, qui a rapport k la tonotechnie : Procédé tono-

TliCHKIQUB.

TONQUÉDEC, village et comm. de France (Côles-du-Nord), cant. de Plouaret, arrond. de Lanniou; ( op. aÉjgl,, 250 hab. — pop. tôt., 2,020 hab. Aux environs, dans la jolie vallée du Guer, s'élèvent les ruines du château de Tonquédec, surnommé avec raison le Pierrefonds de la Bretagne. Un des seigneurs de Tonquédec accompagna saint Louis dans sa dernière croisade. Plus tard, en 1395, le duc de Bretagne Jean IV fit démanteler le chapeau à la suite d'une rébellion. Mais il fut rétabli plus fort que jamais et abrita une garnison redoutable jusqu'au jour où le grand démolisseur de la féodalité, Richelieu, jugeant le poste dangereux pour ta royauté, prit le parti de lui faire subir un nouveau démantèlement, cette fois définitif. Les seigneurs de Tonquédec avaient le titre de vi-

comte ; ils figuraient au premier rang de la noblesse de Bretagne et prétendaient au parlement général tenir la première place comme les premiers bannerets de la province. Ils avaient des cours dans soixante et une paroisses et trois juridictions à CoBtmen, à Tonquédec et à Chef-du-Pont-de-La-Roche-Derrien, rapportant chacune 1,000 livres de rente. Ils possédaient, en outre, une sécherie de poisson en Plemeur-Bodou et Treberden , du 1er mai k la Sainte-Croix de septembre de chaque année, et leurs vassaux étaient tenus dans cet intervalle, k peine d'une forte amende, d'y apporter tous les congres et toutes les anguilles qu'ils péchaient. Enfin les vicomtes de Tonquédec avaient encore le droit d'apprécier en dernier les ventes de grains et de les' évaluer k 12 deniers au-dessus du prix fixé par les trois marchés précédents de Lannion. Ces curieuses prérogatives montrent assez quelle était au moyen âge l'immense puissance arbitraire des seigneurs féodaux. Malgré l'exécution de Richelieu, les tours du château de Tonquédec sont encore debout aujourd'hui, bravant les efforts du temps après ceux des hommes.

Les ruines du château de Tonquédec méritent une description particulière. « Ces ruines imposantes s'élèvent, dit M. Paul de Courcy, sur la croupe d'un coteau, au milieu d'un paysage sauvage et romantique. Les épaisses murailles crénelées de cette noble demeure féodale, ses grosses tours dont les sommets sont chargés de lierre et d'autres plantes grimpantes, semblent encore commander la contrée et y témoignent du moins de la puissance de ses anciens seigneurs. Le Léguer coule à gauche dans, une vallée profonde, encadrée de rochers boisés, et poursuit son cours vers le nord ; à droite se creuse une autre vallée latérale, arrosée par un petit ruisseau sortant d'un étang. Un cap étroit forme donc l'assiette du château, qui présente la configuration d'un polygone irrégulier divisé en trois parties. On entre dans la première cour par une porte en ogive, que fermaient anciennement une herse et un pontlevis dont on voit encore les coulisses. (Jette première enceinte, flanquée extérieurement de quatre tours, communique avec une seconde cour par une porte et une poterne que défendent deux tours d'un plus petit diamètre. Les logements du seigneur et de sa suite, la grande salle d'honneur regardant la rivière et Ja chapelle occupaient trois côtés de la seconde cour. Les angles sud et nord des courtines de la seconde enceinte sont flanqués d'une autre tour, ainsi que le centre de la' courtine nord. A l'extrémité opposée au portail, on voit le réduit ou donjon, séparé du corps de la place et occupant le sommet d'un triangle à la pointe du promontoire qui domine la vallée. On y accédait uniquement par un pont-levis qui venait reposer sur une culée en maçonnerie haute encore de plus de 5 mètres, lequel pont s'abattait d'une poterne cintrée, percée dans la paroi du donjon, au niveau de la galerie de la courtine. L'étage inférieur du donjon n'avait pas d'ouvertures ; l'épaisseur de ses murailles est de 3m,60 à la base et de 3">,50 à l'étage supérieur, c'est-àdire à la hauteur des consoles des mâchicoulis. Ainsi, en cas de siège, si le château était pris, sa garnison, réfugiée dans le donjon, pouvait prolonger la résistance jusqu'à ce que ta famine ou le défaut de munitions la réduisît à se rendre. Les remparts de Tonquédec, bâtis en grandes pierres de taille, ont partout 3 à 4 mètres d'épaisseur, ainsi que la maçonnerie des tours, rondes k l'extérieur et hexagones à l'intérieur, leurs couronnements ont été rasés, mais on monte encore dans deux d'entre elles jusqu'aux mâchicoulis, par des escaliers pratiqués dans l'épaisseur des murs. Des souterrains et des cachots voûtés en arêtes, avec culs-de-lampe k la îietombée des voûtes, régnent au-dessous de ces diverses constructions. »

L'église paroissiale de Tonquédec, érigée en collégiale en 1447, offre une belle veiriere du xve siècle, renfermant plusieurs scènes de la vie de Jésus-Christ

TONQUIN s. m. (ton-kain). Corom. Etoffe de soie, ordinairement blanche, qui vient de la Chine, et qui doit son nom à la province OÙ elle a été fabriquée pour la première fois.

TONQUIN, TONG KING, TONBIN ou AN- NAM SEPTENTRIONAL, ancien royaume de l'Indo-Chine, dans le N.-E. de l'empire d'Annam, entre 18° 25' 30" de latit. N. et 100» de longit. E. Il est borné au N., au N.-O. et au N.-E par la Chine, k l'E. par le golfe de son nom, au S. par la Cochinchine et k l'O. par de hautes montagnes qui le séparent du lac Tcheou. Longueur, 500 kilom., sur une largeur à peu près égale. Les côtes sont bordéesde plusieurs îles, dont les principales sont Pitoten et Ouké-Sima. Le pays est traversé par le fleuve Sang -Haï, qui se jette dans le golfe de Tonqiiin. Parmi les affluents de ce fleuve on remarque le La Sieu-kioug. D'autres rivières débouchent dans le même golfe. Le climat est sain et tempéré. On n'éprouve pas au Tonquin ces chaleurs brûlantes qui stérilisent et désolent les autres contrées situées sous la même latitude. Il y pleut fréquemment. Une chaleur tempérée, constante, produit une végétation abondante; l'air est embaumé par l'odeur des végétaux. Le sol est d'une fertilité incomparable. Il produit des grains, des légumes, des fruits, beaucoup

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de Hz de plusieurs espèces. On cultive aussi le cotonnier, le poivrier et l'arbre kvernis, le thé, l'indigo et le safran. Une racine appelée nao sert k teindre en rougi*. I,e Tonquin produit plusieurs espèces de bois propres à la teinture et de la gomme laque, La canne à sucre y abonde; la vigne y croit spontanément; les mûriers nourrissent un grand nombre de vers à soie. Le buffle sert k l'agriculture; on y élève aussi des bœufs, des chevaux, des porcs, des chèvres, des volailles, etc. Le pays est riche en éléphants. On y trouve aussi beaucoup do rhinocéros, de tigres, de cerfs, de singes ; ces derniers y sont remarquables par leur nombre et leur hardiesse ; réunis en bandes, ils portent la dévastation dans les champs. Le Tonquin est infesté de serpents. Les montagnes recèlent de l'or, de I argent, du plomb, du fer et de l'étain. Le principal article du commerce est la soie k l'extérieur; le riz, te poisson salé et autres comestibles forment les articles du commerce intérieur. La population peut être évaluée à 18,000,000 d'âmes. Les habitants ont le nez épaté et le visage moins plat que les Chinois. Leur teint est olivâtre ; ils laissent croître leurs cheveux et leurs ongles comme les Annamites.

Les Tonqninois sont d'une grande adresse, robustes et francs ; cependant, ils trompent assez volontiers les Européens. Ils sont communieatifs, serfiables, enclins à la gaieté, prodigues; iis aiment beaucoup le faste, le luxe, les jeux, les plaisirs, la bonne chère, sont vains, orgueilleux et susceptibles; ils prostituent leurs femmes aux étrangers pour de l'argent, lis sont, sous ce rapport, moins civilisés que les Chinois propres, chez lesquels la tamille a des racines profondes et sacrées.

Tous les ouvriers doivent trois mois de travail au gouvernement et aux mandarins. Le théâtre est le principal amusement au Tonquin. Comme en Chine, la science consiste dans la connaissance de la langue écrite et des principes de morale puisés dans Confucius. La religion des Tonquinois est un mélange des cultes chinois et inddu. La métempsycose y est admise. Le nom de Confucius y jouit d'une grande autorité morale et religieuse. C'est à la fois un législateur et un être supérieur, que la tradition vulgaire a élevé jusqu'au rang des dieux. Certaines classes éclairées pratiquent la morale de Lao-tseu, autre législateur chinois passé, dans le Tonquin comme en Chine, à l'état de divinité; mais il n'a pas de temples ni de prêtres aussi nombreux que Confucius et te Bouddha. On compte dans le Tonquin près de 200,000 chrétiens ; c'est beaucoup dans un pays où l'intolérance des mandarins se montre plus vive et plus cruelle que dans les autres parties de l'extrême Orient. Les Annales de la Propagation de la foi constatent 2 séminaires catholiques, 3 collèges, plusieurs évêques et envi* ron 150 prêtres.

Situé au N.-E. de l'empire d'Annam, le Tonquin fait partie intégrante de cet empire, avec lequel il a de nombreux traits de ressemblance, au point de vue physique et moral. Il a pour capitale Kécho ou Bae-Kmk; il est divise en dix provinces et est gouverné par un vice-roi. On appelait autrefois ce pays Giao-chu; il resta dans l'état de barbarie la plus complète jusqu'en 214 av. J.-C, d'après les historiens et les orientalistes. Sa première annexion k l'empire d'Annam date de 1406. Le Tonquin, gouverné d'abord par des princes particuliers, eut à soutenir des guerres successives contre les souverains annamites et contre les mandarins chinois, qui cherchèrent longtemps à dominer dans ce pays. Plusieurs fois le Tonquin passa sous la domination de maîtres étrangers; mais la résistance fut toujours aussi énergique que l'attaque. Après avoir subi le joug des Chinois de 1414 à 1428, il fut gouverné par la dynastie indigène des Lé jusqu'en 1788 et fut réuni k l'empire d'Annam eu 1802. Après la prise de possession définitive de Saigon par l'amiral Chaîner, au nom de la France, en février 1861, et l'occupation des trois provinces de la basse Cochinchine, le ministre de la marine de Chasseloup-Laubat, dans le but d'ouvrir des débouchés commerciaux k notre colonie, ordonna une grande exploration scientifique qui devait prendre le ileuve du Cambodge comme fil conducteur pour pénétrer jusqu en Chine. L'expédition chargée d'explorer le fleuve May kong ayant constaté que ce grand cours d'eau ne punirait jamais servir de route à un commerce un peu important, par suite des difficultés et des longueurs de la navigation, on fut amené à chercher une route commerciale par la vallée du Tonquin, qui absorbe des quantités considérables de riz et envoie en échange de la soie et des produits végétaux. Un voyage fait par un négociant français, M. Dupuis, ayant démontre la navigabilité du fleuve Song-Col, qui relie k la mer la capitale du Tonquiti, Kécho, et celle-ci k la province chinoise de Yiin-nan , on résolut, en 1872, de relever hyurograi hiquenient le cours de ce ileuve, puis de uégocier avec la cour de Hué un traité de navigation et de commerce. Sur la proposition du lieutenant de marine Francis Garuier, qui avait fait partie de. l'expédition du May-kung, la Société de géographie de Paris prit, avec l'assentiment du ministère 0e la marine, l'initiative d'une exploration scientifique. Le gouverneur de la Cochinchine française, l'amiral Dupré, envoya k Hué M. Legrand de La Liraye et

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M. Gauthier pour négocier un traité de commerce ouvrant l'empire d'Annam aux Européens et régler les conditions mises à l'exploration du Song-coî par la commission scientifique. Pendant ce temps, le capitaine de frégate Senez mouillait a. l'embouchure du Song-cof, puis effectuait une reconnaissance hydrographique jusqu'au-dessus de Kécho.

De son côté, le gouvernement anglais, trèshostile h une expédition qui devait être profitable à la France, s'attachait par ses agents à indisposer contre nous les autorités annamites, en particulier le vieil et intraitable vice-roi de Tonquin,.et poussait en même temps la Chine a faire la conquête du Tonquin. Voyant les négociations avec Hué trulner en longueur, (amiral Dupré appela à Saigon le lieutenant Francis Garnier, dont les connaissances spéciales et l'intelligence supérieure lui étaient connues, i Francis Garnier, dit un écrivain , traça immédiatement un plan et le proposa à l'amiral. Il ne s'agissait pas d'agir par la force et de tenter une conquête inoins difficile à faire qu'a conserver. Il fallait, au contraire, empêcher la disparition du pouvoir annamite au Tonquin pour y maintenir sur un terrain diplomatique inattaquable la légitimité de l'influence française. On négocia donc à la fois avec Pékin, afin d'empêcher l'entrée des troupes chinoises ; avec le vice-roi du Yun-nan , pour garantir l'ouverture de la nouvelle route et discuter des tarifs douaniers équitables ; avec Hué, pour montrer à l'empereur d'Annain les dangers qu'il courait en s'obstinant à fermer le Song-coï, les avantages qu'il recueillerait nu contraire en laissant faire le commerce sous lasurveillanced'une administration douanière française analogue k celle qui fonctionne en Chine sous la direction des Anglais. On insinua aussi à la cour d'Hué de requérir officiellement la médiation de la France. Un ambassadeur annamite vint à Saigon et, le 18 octobre 1873, Francis Garnier partit pour le Tonquin à la tête d'une petite division composée de deux canonnières et de deux détachements de fusiliers marins et de soldats d'infanterie de marine. » Il avait pour principale mission de négocier un traité de commerce avec le vice-roi du Tonquin. Arrivé à Touram, Francis Garnier fit parvenir k Hué une lettre de l'amiral Dupré demandant l'envoi d'un plénipotentiaire à Ha-noî pour régler de concert toutes les questions en litige. Un diplomate annamite rejoignit bientôt l'expédition qui arriva peu après à Ha-noï. Mais le vice-roi du Tonquin, Nguyen-tri-foung, non-seulement refusa de traiter sous prétexte qu'il n'avait pas de pouvoirs, mais encore somma Garnier de quitter le pays dans un délai déterminé. Bien que n'ayant que 120 hommes sous ses ordres, Garnier répondit au vice-roi par un ultimatum, et, ne pouvantobtenir de réponse, il attaqua le 21 novembre lu citadelle défendue par 7,000 hommes. La citadelle et la ville d'Ha-noï tombèrent en son pouvoir avant que les Annamites eussent songé à organiser la résistance. Le vice-roi reçut une blessure dont il mourut peu après ; les Annamites furent désarmés et les principaux dignitaires furent envoyés prisonniers à Saîgon, où le - chef de l'expédition demanda des renforts. Garnier s'empara alors de l'administration et notifia aux consuls étrangers l'ouverture du Soiig-cnï au libre commerce de toutesles nations. Grâce à son indomptable énergie et à l'héroïsme de sa petite troupe, Garnier prit, le 10 décembre, la citadelle de Phu-haï, tombée au pouvoir des Annamites fidèles à la mémoire du vice-roi.

Le 81 décembre, une bande de pirates étant venue attaquer Ha-noï, Garnier les repoussa; mais, s'étant engagé avec quelques matelots dans un sentier, il tomba dans un trou, fut criblé de coups de lance par les pirates, et ses compagnons rapportèrent à Ha-noï son cadavre affreusementmutilé. Au même moment, l'enseigne Baluy tombait dans une embuscade et avait le même sort. Le 24 décembre, deux • cents hommes de renfort arrivèrent; mais le hardi chef de l'expédition n'étant plus, le petit corps de troupes françaises reçut l'ordre de se replier sur Haï-phang. Malgré le résultat final de l'expédition, l'amiral Dupré obtenait de la cour de Hué la conclusion d'un traité signé à Saîgon et signifié officiellement le 14 mars 1874. Aux termes de ce traité, le royaume d'Annam est pratiquement ouvert au commerce européen par l'entremise des Français, et la France a payé un prix comparativement bien faible, vu l'importance de fa clause obtenue en échange.

Voici les principales dispositions du traité :

1° Trois ports sont ouverts au commerce :

Ha-noï dans la province de Tonquin, Thi-naï

dans la province de Bindinh et Niuh-haï dans

.la province de Haï-duong.

2° Liberté pour les Kuropéens de résider et de posséder des immeubles dans les susdits ports, sous la protection d'un consul 4 français et d'une garnison de 100 hommes ; 3° Libre circulation dans l'intérieur du royaume au moyen de passe-ports visés par le consul,

4° Autorisation pour le transit des produits chinois à travers le Tonquin.

5» Libre exercice du culte catholique dans tout le royaume.

ûo Versement à, l'Espagne, par le gouvernement annamite, d'une indemnité de 1 million de dollars.

7" Cession par la France au gouvernement

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annamite de cinq steamers, chacun de la force de 500 chevaux, I0O canons et 1,000 fusils se chargeant par la culasse.

8° Interdiction au roi d'Annam, au cas de révoltes ou de troubles k l'intérieur, de recourir à d'autre puissance que la France.

La signature du traité fut annoncée par un salut royal de vingt et un coups de canon, et l'ouverture officielle du Tonquin eut lieu le 15 septembre 1875. Dans les ports ouverts, le trafic est libre après l'acquittement de 5 pour 100 de la valeur des marchandises à, leur entrée ou à leur sortie. Cependant les armes et les munitions de guerre ne peuvent être ni importées ni exportées par le commerce. Les douanes sont dirigées par des fonctionnaires français jusqu'à ce que les Annamites soient bien mis au courant de ce service. Enfin, un consul français réside a Ha-noï avec une escorte armée.

TONQUINOls, OISE s. et adj. (ton-ki-noi, oi-ze). Uéogr. Habitant du Tonquin; qui appartient à ce pays ou à. ses habitants : Les Tonqdinois. Les mœurs tonquinoisks.

— s. m. Linguist. Idiome parlé au Tonquin, et qui est un dialecte de la langue annamite.

TONSA, rivière de l'Indoustan , dans la présidence de Calcutta. Elle sort des monts Kimours, se dirige vers le N.-E. et, après un cours d'environ 300 kilom., elle se jette dans le Gange, à £6 kilom. S.-E. du confluent de la Djemnah.

TONSART s. m. (ton-sar — du lat. tonsus, tondu). Techn. Peau nouvellement tondue, en termes de mégissier : Vers la fin de décembre, il vient ordinairement au marche' de Poissy des tonsarts grands et forts, que l'on emploie pour faire de la grande basane ou des tabliers d'ouvriers. (Malepeyre.)

TONSBERG, ville de Norvège (Jarlsberget-Laurvig), au fond du golfe de son nom, sur la côte septentrionale, vis-à-vis de l'Ile de Notteroe, à 21 kilom. N.-N.-E. de Laurvig , par 490 15' de latit. N. et 8» 8'de longit. E. ; 2,000 hab. Petit port de commerce sur le Tonsberg-fjord. Exportation d'ouvrages en bois. Tuileries aux environs.

TONSE, rivière de l'Indoustan, territoire de Sirmour. Elle descend du versant méridional des monts Himalaya, coule au S. et se jette dans la Djemnah, après un cours très-rapide d environ 125 kilom.

TONSELLE s. f. (ton-sè-le). Bot. Syn. de

TONTELÉSE.

TONSI (Jean), biographe italien, né en 1528, mort à Milan en 1601. Il entra dans 1 ordre des HumiliSs, devint abbé de Brera (1559), puis du monastère de Saint-Abondius, à Crémone. Pour n'avoir pas voulu dévoiler le complot tramé par quelques-uns de ses religieux contre l'archevêque de Milan, il fut .enveloppé dans leur proscription et relégué dans la chartreuse de Garignan. Toutefois, quelque temps après, il put se rendre en Toscane, où il devint grand prieur de Saint- Eiienne, recteur de l'université de Pise, et il retourna à Milan en 1586. On a de lui : Disceptationes calvinicm , trad. de Panigarola (Milan, 1594) ; De vita Emmanuelis Philiberti, Allobrogum ducis (Turin, 1596, in-fol.) ; Vira d'Alfonso d'Avalos.

TONSILLAïRE adj. (ton-sil-lè-re — rad.

lonsille). Anat. Qui appartient, qui a rapport aux tonsilles ou amygdales : Artère tonsixlmre. Nerfs tonsillairks.

— Pathol. Angine lonsillaire, Inflammation des tonsilies ou amygdales.

— Encvcl. Angine lonsillaire. Certains individus ont une disposition toute particulière et inexplicable à contracter cette maladie pour la moindre cause. Les jeunes gens et les hommes d'un tempérament sanguin y sont les plus exposés. Ordinairement, c'est au printemps qu'elle est le plus fréquente, à l'époque où la chaleur augmente rapidement. Elle se développe^ le plus communément sous l'impression d'un air froid, lorsque le corps est échauffé, et sous celle de l'humidité des pieds ; elle est aussi produite assez souvent par le contact d'un liquide trop chaud ou trop froid, acre ou caustique, ou par celui d'un air chargé de vapeurs irritantes. Les stimulations répétées de l'estomac et les indigestions fréquentes en favorisent le développement, et quelquefois même suffisent pour la produire. L'usage des aliments acres en est aussi une des causes fréquentes. Nous l'avons vue trèssouvent se développer chez les femmes à l'approche des règles, et même au moment de leur apparition , sous l'influence de la cause la plus légère. Il suffit, par exemple, dans ces circonstances, d'une immersion passagère des mains dans l'eau froide, ou d'un léger refroidissement des pieds, des bras, des épaules ou du cou, pour la faire naître.

L'angine lonsillaire débute rarement par un frisson initiai ; le plus souvent, elle s'annonce par un sentiment de gêne, de chaleur, de sécheresse, de picotement au fond de la gorge; la déglutition est douloureuse, gênée; les malades éprouvent une sensation de corps étranger dans la gorge ; de là ces mouvements comme instinctifs, surtout chez les enfants, qui portent leurs mains à chaque instant à la gorêe comme pour se débarrasser de ce prétendu corps étranger. La déglutition et la respiration deviennent de plus en plus diffi-

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ciles et douloureuses, surtout quand les deux amygdales sont prises; les aliments les plus liquides et les boissons seulement peuvent passer, et non sans peine; mais il n est pas rare de les voir sortir presque aussitôt par les fosses nasales. Dans des eas extrêmes, ces deux fonctions sont entièrement suspendues;'la face se congestionne, les lèvres deviennent livides, les yeux sont rouges, saillants ; tout l'extérieur du malade exprime une anxiété et une angoisse extrêmes, qui peuvent aller jusqu'à l'asphyxie. Une douleur plus ou moins vive et souvent excessive siège au niveau des angles de la mâchoire ; eue augmente par la pression et les mouvements de déglutition et de respiration ou autres; elle se propage souvent dans l'oreille, où elle détermine des tintements, des bourdonnements et des élancements insupportables, et, dans quelques cas même, elle s'accompagne de surdité. La voix , notablement altérée, est nasillarde; quelquefois, il y a aphonie. Dans certains cas, surtout au début, il y a une toux gutturale douloureuse et qutnteuse, suivie d'une expectoration muqueuse, épaisse et blanchâtre. Les ganglions sous-maxillaires sont engorgés, endoloris j une salive abondante, épaisse, des mucosités gluantes et visqueuses remplissent la bouche et sont rejetées avec peine. Quand on fait ouvrir la bouche au malade, ce qui est quelquefois fort difficile et douloureux, tantôt on aperçoit au fond une seule amygdale gonflée, et alors la luette est déviée du côté opposé et portée en avant ; tantôt les deux sont prises et l'isthme du gosier est en partie ou complètement obstrué. Les amygdales ont un aspect criblé comme une framboise ; les orifices de leurs utricule; sont marqués de points blanchâtres, grisât très, constitués par un mucus épais, caséeux et fétide qui remplit leur cavité. L'haleine est nauséabonde, très-fétide. Cette variété de l'angine tonsillaire a été appelée angine couenneuse commune, ou inflammatoire simple. Les symptômes généraux manquent quand la muladie est peu prononcée. Dans les cas graves, le pouls devient fréquent, petit, dépressible; la face exprime une anxiété, une angoisse très-marquées, de l'abattement et une prostration générale; l'appétit est nul, la peau chaude, sèche; constipation, quelquefois diarrhée avec matières trè^-fétides.

La marche est, en général, aiguô ou subaiguB; sa terminaison la plu3 commune est la résolution, qui s'aunonc# par la diminution progressive, puis la disparition complète de tous les symptômes tant locaux que généraux. Un autre genre de terminaison est la suppuration, qui est annoncée par un frisson et par un exacerbation , puis une diminution des symptômes locaux. On sent quelquefois la fluctuation avec le doigt. Le pus peut se réunir en foyer dans le tissu cellulaire et former soit un abcès unique, soit des abcès multiples, qui s'ouvrent dans la bouehe ou dans le pharynx. On a encore vu le pus se réunir en foyer en dehors de l'amygdale, se propager le long des muscles profonds du cou ou de lu carotide et venir faire saillie au cou ou même s'étendre jusque dans la poitrine. Dans quelques cas, il érode les parois de la carotide et détermine une hémorragie foudroyante. La carotide a été blessée plusieurs fois pendant l'ouverture de ces abcès ; la mort a été immédiate. Notons enfin la terminaison par induration de la glande, terminaison qui se rencontre particulièrement chez les sujets cachectiques, lymphatiques, scrofuleux, syphilitiques. Quand cette induration est trèsprononcée, les enfants ont toujours la bouche ouverte, ce qui leur donne un air de stupidité particulier. Cet état détermine une déformation du thorax, ainsi qu'un arrêt de développement et un rétrécissement très-marqué des fosses nasales.

Quant k l'anatomie pathologique, on observe d'abord le tissu de la glande gonflé, épaissi et ramolli; plus. tard, il devient, au contraire, induré et friable. Les utricules et les brifices dilatés renferment un mucus épaissi, blanchâtre, caséeux, ayant l'odeur de fromage pourri ; les parois des vésicules sont épaissies ; le tissu interarticutaire est infiltré d une matière plastique , produit de l'inflammation.

Les moyens thérapeutiques généralement employés sont d'abord : les antiphlogistiques, leséméto-cathartiques, les gargarismes émol- Hents; plus tard, les gargarismes astringents, les bains de pieds, les sirmpismes. Si des abcès se forment, il faudra les ouvrir, mais en prenant toutes les précautions qu'exige le voisinage d'un vaisseau aussi important que la carotide interne.

TONSILLE a. f. (ton-si-le — lat. tonsilta, mot qui passe pour être un diminutif de tola, amygdale. L'origine de tola n'est pas connue ; quelques-uns en font un mot d'origine gauloise. Mais si l'on remarque que la parenté de tola et de lonsilla n'est pas bien établie, que tonsilla signifie, en même temps qu'amygdale, pieu, pilolis, on sera peut-être porté k croire que ce mot vient de tundere, frapper, ce qui convient parfaitement au sens de pieu. Resterait à découvrir un rapport de sens entre pieu et amygdale, ce qui est difficile ; mais l'identité de la dénomination doit faire admettre ce rapport en principe, bien qu'il soit jusqu'ici impossible de le trouver directement). Anat. Syn. d'AMYODALK.

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— Encycl. La tonsille (vulgairement amygdale) est une glande vasculaire sanguine placée dans le pharynx en arrière de l'isthme du gosier. Elle est située dans la fosse amygdalienne, entre le pilier antérieur et le pilier postérieur du voile du palais. Elle a la forme et le volume d'une grosse amande. Mais ce volume est susceptible d'augmentation, et il est très- fréquent de voir des tonsilles assez volumineuses pour déborder les piliers du voile du palais. Cette glande a une direction oblique de haut en bas et d'avant en arrière, comme le pilier postérieur du voile du palais dont elle suit la direction. On en voit qui se dirigent verticalement ; on eu voit aussi qui sont aplaties. Cette glande présente une face interne libre, une face externe adhérente, un bord antérieur, un bord postérieur, une extrémité supérieure et une extrémité inférieure. La face interne libre proémine dans la cavité du pharynx. Elle est convexe et présente de petits orifices, visibles à l'œil nu, qui conduisent dans des cavités ou lacunes omygdaliennes. La face externe adhérente n'est point recouverte par la muqueuse comme la face interne ; elle est en rapport aveu le muscle amygdalo-glosse et l'aponévrose pharyngienne, qui la séparent de 1 artère carotide interna. Elle en est séparée par un intervalle de om,o 1 0 environ. Le bord antérieur, appliqué contre le pilier antérieur du voile du palais à sa partie supérieure, en est séparé a sa partie inférieure par un angle dont l'ouverture regarde en bas. Le bord postérieur est parallèle au pilier postérieur, dont il est séparé par une dépression que forme la muqueuse en se portant du pilier sur l'amygdale. L'extrémité supérieure est placée en dessous du point de réunion des deux piliers, dans une ex cavation appelée fosse amygdalien ne, qu'un repli muqueux cache en partie. Pour voir cette fosse, il faut soulever ce pli. L'extrémité inférieure correspond aux parties latérales de la base de là langue, dont la sépare une intervalle de 0m,01 environ.

La tonsille est recouverte par la muqueuse pharyngienne, qui se prolonge sur elle pour s'étendre ensuite et la langue en bas et au voile du palais en haut. Elje s'enfonce dans la tonsille en divers points de la face interne et forme en se déprimant des culs-de-sac connus sous le nom de lacunes de la tonsille. Il en existe quelques-uns plus volumineux à l'extrémité supérieure de la tonsille, dans la fosse sus-amygdalienne. Ces culs-de-sac ont une profondeur plus ou moins considérable ; quelques-uns sont si profonds qu'ils atteignent presque la surface externe da l'amygdale ; ils sont plus larges vers le fond qu'à la surface de la glande ; c'est pour cela que leurs orifices paraissent sous forme de points ou de lignes très-courtes. Les vésicules closes qu'on trouve dans la tonsille sont situées k la face profonde de la muqueuse, d'autres sont situées plus profondément encore. On en trouve de même espèce sur la base de la langue, dans l'espace qui sépare les deux tonsilles. Ces vésicules closes présentent omnijj à Qmm,5 de diamètre; elles sont sphériques , ovales ou pi ri formas; en certains points, elles se réunissent par groupes de 15 à 20; chaque vésicule a une paroi granuleuse, grisâtre, sans stries ; elle a une épaisseur de 0mm,006 à, 0mm,007 ; le contenu est grisâtre, demi- liquide; il est formé en grande partie par un épithélium nucléaire sphérique, dont les noyaux ont 0""n,008 de diamètre ; on y trouve aussi quelques cellules sphôroïdales et un ou deux noyaux. Entre les groupes de vésicules closes et tes vésicules ellesmêmes se trouvent des cloisons minces de tissu lamineux dans lesquelles rampent les vaisseaux. Les artères des tonsilles sont fournies par la pharyngienne inférieure, par la palatine supérieure, par la palatine inférieure et par la linguale. Elles se terminent à la surface des vésicules closes, où elles forment de petites mailles arrondies; de chaque vésicule naissent ordinairement deux veinules qui se dirigent vers la face externe de la tonsille pour former un petit plexus veineux qui constitue une dépendance du plexus pharyngien. On ne connaît pas les lymphatiques de ta tonsille. Les nerfs émanent du nerf glossopharyngien ; on ne sait pas comment ils se terminent. Quelques filaments viennent aussi du nerf pneumo-gastrique.

On ne connaît pas l'usage des tonsilles. Il est probable qu'elles ont une médiocre importance. On peut affirmer cependant qu'il sort des lacunes tonsillaires un liquide visqueux qui se répand à la surface de la muqueuse de cette région et qui facilite le glissement du bol alimentaire.

On appelle encore tonsille, en anatomie, le lobule du bulbe rachidien qui se trouve tressaillant sur les côtés du bulbe, k la face inférieure du cervelet,

TONSILLITE s. f. (ton-sil-li-ta — rad.

tonsille). Pathol. Inflammation des amygdales.

TONSILLOTOME s. m. (ton-sil-lo-to-me

— de tonsille, et du gr. tome, section). Chir. Instrument dont on se sert pour exciser les amygdales ou tonsilles. Il Ou l'appelle aussi

AMYGDALOTOMK et SBOATKUR DE3 AMÏGDM.ES.

. TûfasiLLOTOMls s. f. (ton-sil-Io-to-rat

— rad. tonsitlotome). Chir. Excision des amygdales tuméfiées.

— Encycl. L'ablation des amygdales est

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une petite opération chirurgicale, devenue bien facile aujourd'hui, grâce à l'heureuse invention du tonsillotonie de Fahnestock. Elle est indiquée principalement dans ces hypertrophies à forme chronique qui ont pour résultat de gêner le passage de l'air et d'entretenir un état inflammatoire permanent dans l'arrière-bonehe. Les enfan ts affectés decette infirmité respirent la bouche ouverte, ce'qui leur donne une physionomie peu intéressante ; ils sont très-sujets aux angines tonsillaires et souvent atteints de surdité. Le meilleur moyen de guérir leur infirmité est l'ablation des amygdales hypertrophiées, ce qui a pour résultat de rendre un libre passage à l'air et de préserver des angines. Là tonsillotomie est indiquée aussi par quelques chirurgiens comme le meilleur moyen de guérir l'inflammation des amygdales, l'angine couenneuse au début, les abcès des amygdales, les ulcérations cachées derrière ces organes, etc.

Avant qu'on se servit du tonsillotorne , on enlevait péniblement les amygdales au moyen du bistouri boutonné, en ayant soin de saisir avec une pince k griffes les glandes hypertrophiées; aujourd'hui, l'opération est beaucoup plus simple. Le tonsillotome est une sorte de petite guillotine qui s'introduit facilement jusqu'au fond de la bouche. On engage d'abord l'amygdale qu'on veut extraire dans la lunette de l'appareil, composé d'un anneau coupant, glissant dans un double anneau mousse. Un second temps de l'opération consiste à enfourcher l'amygdale dans une petite fourchette k deux dents qui passe au devant de l'anneau et qui, après avoir saisi la glande, la tire au dehors; enfin, par un dernier mouvement, on fait jouer le couteau, et il ne reste plus qu'à retirer l'instrument : l'amygdale coupée reste accrochée aux dents de la fourchette. L'amygdalotome a été perfectionné k plusieurs reprises par M. Velpeau et par quelques autres chirurgiens. Le perfectionnement le plus remarquable est celui de M. Mathieu, qui rend le même instrument propre à manœuvrer avec promptitude, soit k gauche, soit k droite, avec les trois doigts de la main droite seu- ' leinent, la gauche restant libre pour abaisser la langue.

La tonsillotomie est rarement suivie d'accidents. Cependant, chez les adultes, elle peut Être l'occasion d'une hémorragie plus ou moins considérable. Si les gargarismes d'eau froide ne suffisent pas à arrêter cet écoulement de sang, il faut pratiquer une compression k l'aide d'une longue pince, dont un des mors se place sur la section de l'amygdale et l'autre sur la peau qui recouvre la mâchoire inférieure. Il arrive aussi que l'amygdale se détache et est avalée par le malade ; cet accident n'a rien d'alarmant, car cette glande se digère dans l'estomac et le malade en est quitte pour s'être un peu mangé lui-même.

TONSTALL (Cuthbert), prélat anglais. V.

TuNSTALL.

TONSTRINE s. f. (ton-stri-ne — lat. tonstrinu ; de tonsor, barbier). Antiq.rom. Boutique dé barbier.

TONSURE s. f. (ton-su-re — bas lat. tonsura; do tondere, tondre). Cérémonie de l'Eglise catholique, par laquelle l'évêque introduit un laïque dans l'état ecclésiastique et lui donne le premier degré de la cléricature, en lui coupant les cheveux sur le sommet de la tête : Donner la tonsure. Recevoir la ton- SUSK. Le prélat romain est souvent un gros garçon qui sort du séminaire auec une tonsure pour tout sacrement. (E. About.)

— Espace circulaire que l'on rase sur la tête des clercs.

— Bénéfice à simple tonsure, Bénéfice que l'on pouvait posséder en n'ayant que la tonsure, et sans être obligé de prendre les ordres sacrés ni de s'astreindre à la résidence.

— Fam. A simple tonsure, De peu de valeur ou d'importance: Docteur k simple tonsure. Avocat, médecin, gentilhomme A simple tonsure, il Vieille loc.

— Encycl. Dans l'antiquité, on rasait les cheveux aux esclaves et aux criminels ; les moines et les ecclésiastiques se les rasèrent de même, soit par un sentiment d'humilité, soit pour réagir, dans la société, en faveur des opprimés qui étaient l'objet du mépris public. Tel fut, paralt-il, l'origine de la tonsure, qui est devenue le premier degré d'enrôlement dans le clergé. L'évêque le confère en coupant au futur ecclésiastique quelques mèches de cheveux en forme de croix, à quatre reprises différentes, pendant que celui-ci récite quelques paroles du psaume xv, p*uis en le revêtant du surplis et lui disant que ce vêtement est « le symbole de l'homme nouveau créé pur et saint. • La tonsure, d'après le rituel romain, doit devenir de plus en plus grande, k mesure que l'on avance dans les ordres ; le simple tonsuré doit la porter de 0m,032 de diamètre, le minoré de 0n),û4, le sous-diacre de 0D1,045) le diacre de 0i",06 et le prêtre de 0U,,0S. La tonsure du pape occupe tout le dessus de la tête. Pour pouvoir être tonsuré, il faut, depuis le concile de Trente, avoir été baptisé et confirmé, savoir lire et écrire, et connaître les principales vérités de la religion. Dans la primitive Eglise, on donnait la tonsure dès l'âge de sept ans; aujourd'hui, on ne la donne pas, en général, avant l'âge de quatorze ans, et même on ne la confère plus, dans la plupart des diocèses,

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qu'aux élèves en théologie. On distingua longtemps plusieurs sortes de tonsures : la tonsure romaine, partielle et circulaire; la tonsure? grecque, qui s'étendait sur toute la tête, et l'a tonsure de saint Paul ou tonsure écossaise, qui allait d'une oreille à l'autre, sur le devant de la tête seulement. La grande tonsure, appelée couronne ou couronne 'cléricale , consiste k ne laisser qu'une étroite couronne de cheveux courts tout autour de la tête; elle est encore portée par les moines de l'ordre de Saint-François et par les dominicains, en mémoire, disent les uns, de la couronne d'épines; en souvenir, disent les autres, de saint Pierre, qui se serait fait raser ainsi les cheveux, chose peu croyable. Cette grande tonsure est moins ancienne que la tonsure ordinaire; elle ne date que du vie siècle. L'historien Socrate rapporte que Julien l'Apostat, avant son apostasie, pour se faire donner, dans l'Eglise de Nicomédie, l'ordre de lecteur, fut obligé de se laisser tonsurer la tête jusqu'à la peau (detonsis ad cutem crinibus).

On peut consulter, pour les détails, après l'abbé Martigny , [Histoire ecclésiastique d'Evagre ( liv. III, chap. xxvi) et surtout Chamillard (De corona, tonsura et habitu cleric.) et du Saussay (Panopl. cleric).

TONSURÉ, ÉE (ton-su-ré) part, passé du v. Tonsurer. Qui a reçu la tonsure ; qui a une tonsure sur la tête : Clerc TONSURÉ. Devant leurs chefs tonsurés, ces pauvres paysans tombaient humblement à genoux. (H. Heine.)

— s. m. Clerc, homme qui a reçu la tonsure : Un simple tonsuré.

TONSURER v. a. ou tr. (ton-su-ré — rad. tonsure), Donner la tonsure k; 0«tonsurait autrefois des enfants.

— Faire la tonsure de : Ce barbier a l'honneur de tonsurer l'évêque.

TONTAINE interj. (ton-tè-ne). Sorte de refrain employé dans les chansons, avec le mot ton ton :

Joyeux chasseurs d'Ille-et- Vilaine, De votre cor je prends !e ton :

Ton ton, tonlaine, ton ton.

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