TORG
mort de votre frère. » Paroles simples et sublimes, ou la sensibilité se cache sous l'apparence du stoïcisme.
Frédéric, résolu à vaincre ou à périr, multiplie les attaques avec une indomptable fermeté et, vers cinq heures, envoie à Ziethen l'ordre de se rapprocher de lui en se portant " résolument sur la gauche. Déjà Ziethen avait attaqué à plusieurs reprises la cavalerie de Lascy, mais sans succès; le ruisseau de Rohrgraben, tout à fait impraticable, avait tait échouer tous ses efforts pour s'emparer des hauteurs de Spititz.
Le roi continuait a payer de sa personne. C'est alors qu'une balle amortie vint le frapper à la poitrine. Vainement ses généraux l'engagent a s'éloigner ; • Ma vie ivest rien, leur répond-il; gagnons la bataille. ■ Et la lutte recommence avec un nouvel acharnement.
Bientôt la poudre et les munitions viennent à manquer des deux côtés ; les forces sont également épuisées, et la nuit survient, sans que la position de Daun ait cessé d'être inexpugnable. Mais, sur la droite des Prussiens, le coup d'œil exercé d'un officier supérieur allait faire changer l'aspect de la lutte. "Vers cinq heures, le lieutenant-colonel de Mollendorff s'uperçoit qu'une digue séparant deux étangs n'a point été occupée par l'ennemi, et que les hauteurs en face, qu'il fallait franchir pour arriver à celles de Spititz, étaient dégarnies. Le maréchal Daun, en effet, en avait tiré successivement plusieurs renforts pour soutenir sa droite. En quelques instants, la scène a changé d'aspect : Mollendorff traverse la digue à la tête de plusieurs régiments, suivi par Saldern avec toute l'infanterie. Alors le combat se ranime avec une nouvelle fureur, mais aussi avec des péripéties bien différentes pour les uns et pour les autres, A neuf heures du soir, la hauteur située derrière Spititz est emportée d'assaut, et Ziethen parvient enfin à joindre le roi sur le champ de bataille. La victoire était certaine, sans être aussi complète que Frédéric l'avait espéré.
Cependant, Daun avait déjà abandonné le champ de bataille. Grièvement blessé à la jambe, il avait dû se faire transporter à Tor-
fau ; mais il se croyait vainqueur. Entouré e ses généraux, dont il recevait les compliments, il venait de faire partir pour Vienne un courrier porteur de l'heureuse nouvelle, lorsque le général de cavalerie O'Donnel! vint lui apprendre l'occupation des hauteurs de Spitiu par la droite des Prussiens. Ne voulant pas recommencer la bataille le lendemain dans des conditions si différentes, qui lui présageaient un désastre complet, Daun se résignu à donner l'ordre de la retraite, qui s'exécuta pendant la nuit et avec un ordre parfait.
Frédéric avait perdu 10,000 hommes en tués et blessés, sans compter 4,000 prisonniers; mais 18,000 Autrichiens jonchaient le champ de bataille et 8,000 étaient prisonniers.
Jamais peut-être champ de bataille n'offrit un plus effroyable aspect : partout, des monceaux de malheureux morts ou expirants, les os broyés ; partout des membres épars, des troncs informes, des inares sanglantes, débris lugubres sur lesquels la nuit- avait jeté momentanément son manteau glacé. Les troupes allumèrent des feux, et Frédéric passa à cheval de la gauche a la droite. Arrivé au régiment des gardes, il mit pied à terre et se chauffa un moment, entouré de ses grenadiers,' causant familièrement avec eux, selon sa coutume. « Mais qu'êtes-vous donc devenu? lui demanda l'un de ces braves soldats. C'est toujours vous qui nous me- ■ nez où il y a le plus de coups à gagner; aujourd'hui, personne ne vous a vu s ce n'est pardieu pas bien de nous abandonner ainsi.
— Allons, allons, enfants, répondit le roi avec douceur, ne grondez point; pendant toute l'affaire je suis resté à l'aile gauche, voilà pourquoi vous ne m'avez point vu. • Et tout en parlant ainsi, sentant la flamme du bivae le réchauffer, il déboutonna son habit; une balle en tomba. Alors tous les grenadiers enthousiasmés battent des mains : « Ah I s'écrient-ils, tu es toujours notre vieux. Fritz; tu partages tous nos dangers, nous voulons mourir pour toi. Vive' Fritz I Vive le roil — Père Fritss, lui demanda un autre grenadier, nous donneras-tu de bons quartiers cet hiver?
— De par tous les diables I répliqua le roi, il faut auparavant que nous prenions Dresde..., mais, après, j'aurai soin de vous, et vous serez contents. »
TORGHUD, fameux, corsaire turc. V. Draooï.
TORGNIOLE s. f. (tor-gnio-le; on mil.— Ce mot parait être une altération de lourniole. La toryniale serait ainsi un coup capable de blesser le doigt de celui qui frappe). Pop. Coup sec et follement appliqué avec la main sur la tète ou la figure ; Donner, recevoir des tokgniolbs. Si jumais vous recevez quelque torgniolb, c'est souverain, voyez-vous, l'eau de mer, (Alex. Dura.) H On écrit aussi toron oub.
TORGNIOLER v. a. ou tr. (tor'gnio-lé; gn mit. — rad. (orgniole). Pop. Donner des torgnioles : Torgniolkr un petit garçon, a On écrit aussi torgnolkk.