RÉGNIER
Il Sens vieilli.
— Adverbial. D'une manière tortue : Aller, marcher tortu. Voir tortu.
Veut-on que j'aille droit quand on y va tortu t Là Fontaine!
— Syn. Topiu, tordu, ton, etc. V. tordu. TORTUE s. f. (tor-tù — du bas latin tor-
tuca, tartuca, dérivé du latin tortus, tordu, de torguere, tordre. En anglais, le mot est tortoise. L'italien a la singulière forme tartaruga. La tortue aurait, dit-on, tiré son nom de ses pieds tortus. L'allemand nomme cette amphibie schildfcrdte, littéralement crapaud à bouclier; l'italien dit de même botta scudaja). Erpét. Genre de reptiles, type de l'ordre des chéloniens, comprenant un grand nombre d'espèces, répandues surtout dans les pays chauds, et dont trois habitent le midi de l'Europe; nom donné vulgairement k tous les chéloniens : Une foule de monuments, produits de l'art antique, représentent des tortues. (P. Gervais.) On a découvert des débris fos siles de tortues terrestres sur divers points du globe. (E. Desmarest.) Au premier coup d'osil, la tortue parait un être négligé ou disgracié de ta nature. (V. de Bomare.) La tortue terrestre, aussi bien que la tortue aquatique, inspire'une grande répugnance au peuple grec. (E. About.) Les tortues et les crapauds auxquels on coupe la tête vivent encore plusieurs jours. (Maquel.) Les tortues mâchonnent leurs aliments, comme les oiseaux, au moyen d'un véritable bec. (J. Macô.)- La lyre d'Apollon était une écaille de tortue sur laquelle étaient tendues trois ficelles. (A. Karr.)
— Tortues fluviatiles, Syn. de potamites.
TORT
U Tortues marines, Syn. de THALASSITES. Il Tortues paludéennes, Syn. d'ÉLomsTES. Il Tortues terrestres, Syn. de chersites.
— Fig. Aller, marcher à pas de tortue, comme une tortue, Aller, inarcher très-lentement : Mes lettres vont comme des tortues, par la tranquille voie du messager. (Mra« de Sév.) Le mal a des ailes, et le bien marche a
PAS DE TORTOB. (Volt.)
— Numism. Nom d'une monnaie d'Egine, qui avait pour type une tortue : Par allusion aux tortues d'Egine, un vieil adage grec dirait que les tortues triomphaient du courage
et de la sagesse.
— Art milit. anc. Sorte de toit que les soldats formaient en élevant et unissant leurs boucliers au-dessus de leurs têtes,' pour se garantir des projectiles luncés par les assiégés. Il Toit mobile placé sur des roues, qui servait au même usage , mais laissait aux soldats qu'il protégeait la liberté de travailler au pied des remparts ennemis. Il Sorte de pétard, autrefois employé pour faire sauter certains ouvrages en maçonnerie.
— Mur. Embarcation dont le pont est bombé comme la carapace d'une tortue, et dont on se sert pour traverser un bras de mer.
— Art culin. Sorte de plat dans lequel on fait .cuire certains mets : Tête de veau en
TORTUE
— Tvpogr. Sorte de forme plate et courbée : Les caractères sont contenus dans une forme plate, appelée tortue à cause de sa courbure. (L. Figuier.)
— Astron. Autre nom de la Lyre, le même mot signifiant lyre et tortue en latin.
— Entom. Nom vulgaire de deux papillons du genre vanesse : Ces papillons ont été nommés tortues à cause de leur couleur, qui imite assez celle de l'écaillé. (V. de Bomare.) Il Tortue verte, Nom vulgaire de la casside
verte.
— EncyCl. Zool. V. CHËL0N1ENS, CHÉLONÉK,
chersite, émyde, pélodyte, etc.
— Art culin. Potage à la tortue. C'est le mets national des Anglais. ■ Comme tous les peuples, dit Grimod de La Reynière, les Anglais possèdent quelques ragoûts nationaux, qu'ils vantent plus par esprit de patriotisme que par conviction, et que les Français, amoureux de nouveautés et toujours prêts à priser leurs voisins beaucoup plus qu'ils ne valent, ont la bonté de leur envier. Telle est la soupe à la tortue. Voici la recette de ce potage : Vous prenez une belle tête de veau, que vous faites bouillir assez longtemps pour pouvoir la désosser. Dans un roux bien fait, vous faites cuire un jarret de veau avec un bouquet garni, oignons, écorce de citron râpée, poivre et sel; vous en exprimez ensuite soigneusement tout le jus, ce qui vous procure un bon coulis que vous passez au tamis , de soie.. Vous mettez dans ce coulis la cervelle de veau, que vous avez gardée à part, des huîtres en garenne, un peu d'essence d'anchois, un bon verre de vin de Madère, le jus de deux citrons de Gênes; mettez-y ensuite votre tête de veau coupée en émincé, avec des blancs de volaille. Vous laisserez votre tête achever de cuire dans cet assaisonnement jusqu'à ce qu'elle soit bien tendre, vous y ajouterez une douzaine de boulettes d'oeufs et des boulettes de viande et de blancs de volaille bien faites, des truffes et des morilles. Les boulettes d'œufs, qui, dans ce ragoût, figurent les œufs de tortue, se préparent de cette manière : prenez des jaunes d'œufs durs en quantité suffisante; vous les écrasez bien, en y ajoutant un peu de muscade, du jus de citron, du poivre et du sel; vous les maniez ensuite et les pétrissez soigneusement avec la quantité de beurre frais
. nécessaire pour en faire une pâte un peu solide, dont vous formerez des boulettes de la grosseur d'un œuf de pigeon et bien rondes. Vous ne les ajoutez au ragoût que peu dé temps avant de le servir. Ce prétendu potage se sert, en Angleterre, dans une soupière ou dans l'écaillé d'une tortue que l'on borde avec de la pâte ; on met le tout au four, pour faire prendre couleur au ragoût. >
Le procédé que nous venons d'emprunter au célèbre gourmand du premier Empire a été admis par tous les cuisiniers français ; les écrivains ont propagé l'erreur, et Belèze lui-même l'a admise. Carême et Gouffé ont relevé l'erreur de leur devancier et nous ont appris comment s'obtient le véritable potage anglais à la tortue. Nous donnons la préférence k la recette de Gouffé :
• Suspendez, dit-il, la tortue par les deux nageoires de derrière, tranchez-lui la tête et laissez-la saigner pendant quinze heures, reprenez-la au bout de ce temps et mettezla sur le dos; ouvrez-la par le milieu pour en retirer les intestins, en ayant soin de ne pas les crever; coupez les quatre nageoires, sciez la tortue en quatre parties, relirez les chairs et la graisse, puis mettez à grande eau et faites bouillir les quatre morceaux de tortue, nageoires et tête. Lorsque les écailles se lèvent, retirez la tortue de l'eau, lavez toutes les parties mucilagineuses et mettezles dans une casserole avec un bouquet garni, carottes, oignons, sel et poivre. Mouillez à grande eau et faites cuire quatre heures, en ayant soin de bien écumer; relirez les écailles et les os qui pourraient tenir aux parties gélatineuses, et, après avoir bien nettoyé ces parties, mettez-les en presse sur un plafond.
TORT
Placez 5 kilogrammes de chair de tortue dans une marmite avec 8 litres d'eau; faites bouillir, écuniez, puis ajoutez sel, mignonnette, oignons, clous de girofle et bouquet garni ; 1 faites mijoter quatre heures sur le coin du fourneau ; mettez dans une casserole 4 kilogrammes de bœuf coupé en gros dés, 4 kilogrammes de rouelle de veau, ajoutez 15 grammes de basilic, S grammes de citronnelle, 8 grammes de marjolaine, 5 grammes de romarin, 5 grammes .de thym, 5 grammes de laurier, 25 grammes de persil, 150 grammes d'oignons, 100 grammes de racines de persil, 200 grammes de champignons, 1 prise de poivre de Cayenne, 50 grammes de céleri en branches. Ajoutez 250 grammes de beurre et faites revenir blond ; saupoudrez de 250 grammes de farine; faites prendre couleur pendant cinq minutes et mouillez avec 6 litres de bouillon de tortue. Ajoutez une poule, à laquelle vous aurez fait prendre, à la broche, une couleur foncée ; laissez cuire pendant quatre heures, passez à l'étamine et faites mijoter pendant une heure sur le coin du fourneau pour clarifier ; parez la tortue en filets de 0m,03 sur 0m,01 de largeur, pour retirer les parties charnues; mettez les chairs dans une casserole, avec deux bouteilles de vin de Madère, et faites bouillir pendant vingt minutes; divisez le potage et la tortue de manière à pouvoir servir douze personnes ; mettez dans la soupière, avec une cuillerée à bouche de jus de citron. >
— Art milit. Les fantassins romains formaient la tortue principalement quand ils voulaient escalader les murs d'une ville assiégée. Les soldais élevaient les boucliers au-dessus de la tête et des épaules, de manière qu'ils se recouvrissent par les bords et que leur réunion constituât un plancher semblable à l'écaillé d'une tortue ou à la pente d'un toit, sur lequel les projectiles glissaient. Pour augmenter la pente de ce toit, les hommes des derniers rangs se mettaient ordinairement à genoux, tandis que ceux des premiers rangs se tenaient droits. Enfin, pour faciliter 1 escalade, on faisait monter sur la tortue d'autres soldats,qui,aprèsavoir écarté à coups d'épée ou de javelot les défenseurs de la place, montaient sur la muraille en se soulevant les uns les autres.
Les Romains donnaient encore le nom de tortue {testudo) ou de vigne (viuea) à une machine dont ils se servaient, dans l'attaque des places, pour s'approcher des murailles. C'était une espèce de hangar en charpente et. en claies, fermé sur les côtés, couvert d'un toit à double pente et recouvert extérieurement de cuirs bruts pour le protéger contre les projectiles incendiaires. Il était souvent assez léger pour que les hommes placés dans l'intérieur pussent le transporter eux-mêmes. Quand il était trop lourd, on le montait sur des roulettes. Les assiégeants employaient surtout la vigne pour pénétrer au pied des murailles et y attacher les mineurs, qui pouvaient ainsi les saper sans danger. D'autres fois, ils y avaient recours pour abriter les hommes chargés de la manœuvre du bélier. La tortue qui avait cette dernière destination se nommait tortue bélière (testudo arietaria). Des machines des deux systèmes furent en usage pendant presque tout le moyen âge.
TORTUE (la), en espagnol Tortuga, Ile de l'Amérique centrale , archipel des Antilles, sur la côte N.-O. de l'Ile d'Haïti, dont elle dépend et dont elle est séparée par le canal de la Tortue, large de 10 kilom. ; à 10 kilom. N. de Port-de-Paix; par 28° 3' de latit. N. et 750 12' de "longit. O.; 32 kilom. sur 9; 5,000 hab. Ch.-l., Tayona. Sa surface est montagneuse, mais. le sol est fertile. On y recueillait autrefois beaucoup de sucre et de tabac, de l'indigo, du colon, tous les fruits des tropiques, de l'aloès, du bois de santal, des résines; mais, depuis l'indépendance d'Haïti, on n'y récolte guère qu'un peu de café. L'accès de cette lie est très-difficile, à cause des rochers et des récifs dont elle est environnée. Elle fut longtemps un repaire de flibustiers, et ensuite le premier établissement français à Saint-Domingue.
TORTUES (lies des), groupe d'Iles de l'Atlantique, sur la côte africaine de Sierra- Leone, à l'O. de l'Ile Cherbro. Elles sont environnées de bas- fonds.
TORTUES (lies des), groupe d'Iles de la mer des Moluques (Mélanésie), par 6° 35' de latit. S. et 126" de longit. E.
TORTUER v. a. ou tr. (tor-tu-é — rad.
tortu). Rendre tortu : Tortukr une aiguille, un fil de fer.
TORTUEUSEMENT adv. (tor-tu-eu-ze-man
— rad. tortueux). D'une manière tortueuse : Marcher tortueusement. Le ruisseau serpente TORTUEUSEMENT.
— Fig. Avec des détours, par des moyens ' détournés et secrets : Il agit tortueusement.
TORTUEUX, EUSE adj. (tor-tu-eu, eu-ze
— lat. tortuosus; de tortus, tordu). Qui fait ' des tours, des sinuosités en divers sens : Un chemin TORTUEUX, Une allée tortueuse. Le serpent a une marche tortueuse.
Sa croupe se recourbe en replis tortueux.
Racine.
TORT
Plante aux reins tortueux, à la feuille angulaire.
Que le soleil caresse avec amour, Ne laisse point tarir ta sève salutaire, O vigne. . .
A. Barbier.
— Qui va par des détours, dont la marche est tortueuse : Combien de fois M. de Montausier arrêta-t-il une flatterie qui, comme un serpent tortueux, allait se glisser dans son âme! (Fléoh.)
— Fig. Détourné , astucieux : Conduite tortueuse. Moyens tortueux. Voie tortueuse. • Comme l'esprit agit incessamment sur le cœur, il est difficile que les voies du cœur soient droites quand celles de l'esprit sont tortueuses. (Chateaub.) Il Qui emploie des moyens détournés, astucieux : La femme est perfide, tortueuse. (V. Hugo.) Les petits esprits sont tortueux dans les affaires. (De Bonald.)
Son esprit tortueux fuit, glisse, échappe a tout. Desmarets.
— Les replis tortueux de la conscience, Les moyens dont une personne peu délicate se sert pour se mettre. en paix avec elle-même.
— Syn. Tortueux, tordu, lors, etc.V. TORDU.
— Tortueux, sinueux. V. SINUEUX.
TORTUGA , Ile de l'Amérique centrale.