‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 284 sur 1042 · ORIGINE · texte numérisé non relu

ORIGINE

Carbone.

Hydrogène.

Oxygène.

Cendres.

calorifique.

Tourteau Vulcaire, prés

Tourbe de Long , près

Tourbe du Champ-du- Keu, près de Fra-

D'après ce tableau, la puissance calorifique moyenne de la tourbe, étant 5349, excède de beaucoup celle du bois, parce qu'elle renferme plus de carbone et pius d'hydrogène en excès; elle excède même la moitié de celle de la houille, qui est moyennement 8000. Mais il faut remarquer que les essais ont été faits sur des tourbes desséchées complètement, tandis que les tourbes livrées à la consommation, étant seulement desséchées à l'air, renferment beaucoup d'eau. Il faut donc, pour déterminer la puissance calorifique véritable d'une tourbe, savoir la quantité d'eau qu'elle contient. En admettant que les tourbes, longtemps exposées à l'air, contiennent 30 pour 100 d'eau, et en prenant pour fmissance calorifique la moyenne des anayses ci-dessus, on trouverait pour la puissance calorifique de ces tourbes 3750.

— Charbon de tourbe. La tourbe donne un charbon très-poreux, qui brûle lentement à cause des cendres qui s'accuniulentà sa surface. Le charbon de tourbe peut s'obtenir, comme celui de bois, par plusieurs procédés différents. La carbonisation de la tourbe par le procédé ordinaire présente beaucoup de difficultés; la masse de tourbe s'atfaisse, et il se forme des crevasses par lesquelles l'air pénètre dans l'intérieur de la meule ; en outre, le charbon de tourbe s'enflammant très- •facilement, il faut attendre le refroidissement presque complet de lu meule avant de l'ouvrir; enfin, par ce procédé, on obtient beaucoup de menu. Malgré ces inconvénients, la carbonisation en meule paraît être la seule usitée dans le Nord. En conservant ce mode de carbonisation, on peut, au moyen d'enveloppes de maçonnerie, obvier à tous ces inconvénients. La tourbe est placée dans un cylindre en maçonnerie, dont la surface est percée de nombreux ouvreaux distribués par rangées horizontales et que l'on ouvre successivement en partant du haut; le cylindre est fermé par un couvercle de tôle.

On a proposé l'emploi d'un fourneau portatif pour la carbonisation de la tourbe. Cet appareil se compose d'un cylindre de tôle de lm,30 de hauteur et 1 mètre de diamètre, ouvert par les deux bouts et qui repose sur le sol. A su partie supérieure, il est muni d'une rigole extérieure destinée à recevoir un second cylindre de même diamètre et de même hauteur ; ce dernier est fermé à sa partie supérieure. Au centre se trouve un tuyau de 0m,l2, servant de cheminée, qui descend jusqu'au niveau du sol et s'élève au-dessus du second cylindre de 2 mètres environ. A sa partie inférieure, il porte quatre tuyaux horizontaux de 0m,u5 de diamètre, qui se prolongent jusqu'à 0Tn,lO de la surface du cylindre et qui sont percés, au milieu de leur longueur en dessus, d'un orifice de 0m,03 de diamètre. Enfin, sur le couvercle du cylindre supérieur se trouvent deux grandes ouvertures à fermeture hydraulique et des orifices qu'on peut fermer plus ou inoins. Pour se servir de cet appareil, on. commence par poser sur le sol le grand tuyau qui repose sur les quatre petits tuyaux horizontaux. On met de la tourbe autour des orifices, de manière à faire écouler la fumée par le grand tuyau; alors on place successivement les deux grands cylindres, en remplissant la rigole de sable ou de terre, et l'on charge la tourbe par les deux grands orifices qui donnent en même temps accès à l'air extérieur. La combustion se règle par le registre de la cheminée. A mesure que le volume de la tourbe diminue, on en ajoute de nouvelle, et l'on arrèie l'opération quand il ne se décharge plus de vapeur par lu cheminée. L'opération dure dix-huit heures environ. Pour refroidir le charbon formé, on enlève la cheminée qui dépasse le second cylindre ; l'orifice est fermé par une plaque à fermeture hydraulique ; le refroidissement dure cinq ii six heures. Comme les cylindres ne

rougissent jamais, ces appareils durent plusieurs années.

— Distillation de la tourbe. Soumise à la distillation, la tourbe donne un gaz qui brûle avec une très -faible lumière et, un liquide oléagineux, dont on extrait un gaz sept à huit fois plus éclairant que le gaz de houille. Le mélange de ces deux gaz, brûlé dans les mêmes conditions que celui de la houille, produit une lumière dont le pouvoir éclairant est compris entre 1,5 et 3, celui du gaz de lu houille étant 1. MM. Reece et Peigné-Delacour ont cherché à utiliser les autres produits de la tourbe, tels que les goudrons, dont on peut extraire des carbures d'hydrogène liquides propres à l'éclairage, de la paraffine, de l'esprit de bois et du sulfate d'ammoniaque. La tourbe distille déjà à 109° ; elle produit alors peu d'hydrogène sulfuré. Les eaux da la distillation contiennent des acides acétique, butyrique et de la créosote. Le rendement en goudron varie de 6 k 9 pour 100. Les résidus de cornues, contenant moins de 68 pour 100 de cendres eL assez compactes pour ne pas se diviser au feu, servent de combustible ; ceux de lu tourbe, qui renferment jusqu'à 95 pour 100 de carbone, sont employés au même usage. Quant à ceux qui se présentent sous la forme de charbon pulvérulent, jouissant au plus haut degré de la propriété d'absorber l'ammoniaque, on s'en sert pour préparer des engrais. A cet etfec, on sature le charbon avec de l'ammoniaque et on le mélange avec des cendres de schiste, riches en sulfateseten phosphates. Toutefois, ou emploie également les cendres de tourbe, et sans les mélanger avec un autre produit, pour amender les terres. Cette application est peut-être la principale k noter, après celle du chauffage; V. tourbière.

— Législ. De l'exploitation des tourbes. Les tourbes ne peuvent être exploitées que pur lu propriétaire du terrain ou de son consentement.

Tout propriétaire qui voudra exploiter des tourbes dans son terrain ne pourra le faire, k. [ eine de 100 francs d'amende, sans en avoir fait préalablement déclaration à la sous-préfecture et obtenu l'autorisation.

Un règlement d'administration publique détermine la direction générale des tiavaux d'extraction dans le terrain où sont situées les tourbes, celle des rigoles de dessèchement, enfin toutes les mesures propres à faciliter l'écoulement des eaux dans les vallées et l'atterrissement des entailles tombées.

Les propriétaires exploitants, soit particuliers, soit communautés d'habitants, soit établissements publics, sont teuus de s'y confor- * mer, à peine d'être contraints à cesser leurs travaux (loi du 21 avril 1810J.

TOURBE, rivière du département de Seineet-Marne. Elle prend sa source près du village de Somme-Tourbe, arrond. de Sainte- Menehould , coule vers le N.-E., passe à Ville- sur -Tourbe et se jette dans l'Aisne, près de Melzicourt, après un cours d'environ 40 kilom.

TOURBER v. h. ou intr. (tour-bé — rad. tourbe). Exploiter, recueillir de la tourbe.

— v. a. ou tr. Recueillir la tourbe de : Tourber un marais.

TOURBET ou TOURBON, ville de Perse (Khoraçan), à 150 kilom. S.-É. de Nichapour ; 18,000 hab.

TOURBEUX, EU SE adj, (tour-beu,eu-ze — rad. tourbe). Miner. Qui est de la nature de la tourbe : Les terrains tourbeux ne sont pus faciles à rendre propres aux cultures. (Bosc.j Il Qui contient de la tourbe : Marais tourbeux. A la fange noire dont il était couuert, on voyait qu'il venait de traverser des marais

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et des terrains tourbeux. (E. Sue.) Il Qui constitue la tourbe, quj appartient à la tourbe : Substance tourbeuse.

— Bot. Qui croit dans les tourbières.

TOUBBIER s. m. (tour-bié — rad. tourbe,

.foule). Valet de chiens : Le vieux touhbibr tomba soudain à genoux. (H. Castille.)

TOUBBIER s. m. (tour-bié — rad. tourbe, combustible). Ouvrier qui travaille dans les tourbières.

— Propriétaire d'une tourbière.

TOURBtER, 1ÈRE adj. (tour-bié, iè-re —

rad. tourbe). Miner. Qui contient des tourbes.

TOURBIÈRE s. f. (tour-biè-re — rad. tourbe). Gisement de tourbe ; Les tourbières renferment habituellement des corps étrangers. (A. .Rivière.) Les ouvriers qui travaillent à l'exploitation des tourbières sont ordinairement partagés en trois bandes. (V. de Bomare.) Je ne connais aucun endroit en France où on cultive les tourbières de cette manière. (Bosc.) Les plus grandes tourbières de France se rencontrent dans la vallée de la Somme, entre Amiens et Abbeville. (A. Maury.)

— Endroit où l'on tient les tourbes extraites des marais.

— Encycl. La plupart des tourbières se trouvent dans des plaines basses, où les eaux n'ont qu'un écoulement difficile et forment une nappe d'une faible épaisseur; telles sont, dans les grandes vallées de la Seine, de la Loire, de la Somme, les tourbières qui se sont formées h la surface des plaines latérales. Dans certaines contrées, les plaines tourbeuses ont un niveau inférieur a celui des fleuves, dont elles sont alors isolées par des digues naturelles produites par les atterrissements. Dans les pays de montagnes , on remarque de petits fonds marécageux, trèsunis, ou la végétation reste vi vace et toujours verte, même pendant les temps de sécheresse ; ce sont de petites tourbières; on en rencontre fréquemment dans les Ardennes et dans les Vosges. Sur .les côtes très- plates, telles que celles de la Hollande, l'action de la mer forme des levées de sable et de galets derrière lesquelles se trouvent des lagunes et des marécages d'eau douce, où se forment d'immenses tourbières. Ces plaines tourbeuses sont ce que l'on appelle en Allemagne et en Angleterre morr ou tnoos. Ce phénomène du tourbage se produit encore, dans un grand nombre de ca3, sur des pentes sensibles, couvertes de plantes basses et serrées. Ces plantes forment un tissu spongieux, et, lorsqu'elles sont dominées par des sources, elles retiennent constamment une lame d'eau qui favorise leur transformation en tourbe ; c'est ce qu'on observe sur les pentes de certaines montagnes de la France centrale , des Vosges, etc. Toutefois, la génération de la tourbe est loin d'être aussi active dans ces déclivités que dans les tourbières proprement dites, et la tourbe y est mélangée de parties terreuses.

D'après les observations de M. Elie de Beaumont, il se produit dans les eaux stagnantes et peu profondes des tourbières deux espèces de végétation : l'une, occupant le fond, est engendrée par les plantes aquatiques; l'autre, qui vient à la surface, est déterminée par des végétaux terrestres, qui ne tardent pas à se fixer sur la pellicule solide que forment les feuilles, le bois mort, etc. Les végétaux terrestres, une fois développés, forment un gazon dont lu solidité va toujours en croissant; il s'y implante des arbres, et, dans un grand nombre de cas, la surface est assez solide pour qu'on puisse la parcourir. Le sol tourbeux, ainsi superposé à une lame d'eau, se reconnaît à son élasticité et au son qu'il rend lorsqu'on le traverse.

Pour apprécier le phénomène d'accroissement des tourbières, il suffit de bien se rendre compte de leur structure intérieure. Le guzon superficiel forme une surface solide, élastique, au-dessous de laquelle se trouve l'eau, remplie par les plantes ascendantes du fond et par les racines descendantes du gazon.; ces plantes et ces racines déterminent un feutrage spongieux. Du fond de l'eau se développent et montent les plantes aquatiques qui augmentent l'épaisseur du feutrage et dont la décomposition successive accroît incessamment l'épaisseur delà couche. Cette tourbe se stratifié à mesure qu'elle se produit et exhausse le haut de la tourbière. .-r:

L'eau, qui parait être le principe du tourbage, semble devoir sa propriétè'conservatriee à quelques faits analogues à ceux du tannage des peaux. Il faut, pour que ce phénomène se produise, que i eau soit presque complètement stagnante. Lorsqu'il existe une source au fond d'une tourbière, le développement et le tourbage des plantes sont d'autant plus troublés que le mouvement produit est plus considérable. Ces sources de fond ont, en outre, l'inconvénient d'établir dans la partie solide des tourbières des solutions de continuité qui en rendent le parcours dangereux.

Lorsque les tourbières sont accidentellement inondées, ces inondations peuvent interrompre la formation de la tourbe et produire des alternances de tourbe avec du sable ou des limons argileux ; c'est ce qui arrive dans la plupart des grandes tourbières. La tourbe est d'apparence variable, suivant la nature des végétaux qui la composent. La plus ordinaire est celle que l'on nomme tourbe mousseuse, parce quelle est formée

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de végétaux rampants et entrelacés. La tourbe feuilletée est eu grande partie composée de feuilles superposées et contient les troncs et les branches des arbres qui ont produit ces feuilles. Les arbres qu'on y retrouve sont généralement couchés et aplatis ; mais, dans beaucoup de cas, les parties inférieures, brisées à une certaine hauteur, sont restées en place. Ces espèces de gisements ont reçu le nom de forêts sous-marines, parce que les premiers exemples en ont été constatés sur les côtes de la mer, à un niveau inférieur à celui des eaux. En 1811, près de Morlaix, de forts ouragans ayant balayé la côte sur une surface considérable , on vit que le sol était composé de matières végétales noires, dans lesquelles étaientenfouis un grand nombre d'arbres, tels que des chênes, des bouleaux. 11 existe de ces forêts sur les côtes de Normandie et d'Angleterre, et on a pu y reconnaître des arbres dont les racines et les troncs étaient restés dans leur position normale, tandis que les tiges étaient toujours renversées. On a été conduit à attribuer ce renversement à l'action des ouragans, et leur situation, actuellement inférieure au niveau de la mer, soit à l'affaissement progressif du sol limoneux par les surcharges de sable que la mer y apporte, soit à la rupture subite des digues qui isolaient autrefois ces forêts de la mer. Les forêts sous-marines sont des tourbières analogues à celles qui se produisent aujourd'hui derrière les levées du littoral de lu Hollande. La formation des tourbières est, du reste, un phénomène général qui se produit partout ou les circonstances sont favorables. Il en existe dans les contrées intertropicules qui sont absolument identiques à celles des régions tempérées, et c'est principalement sur leurs gazons superficiels que se développent les fougères arborescentes.

A part la différence minéralogique des produits, ne peut-ou pas assimiler les conditions de la formation des couches de houille et de lignite à celles des couches de tourbe? Cette hypothèse se présente naturellement à la pensée; caries tourbes peuvent, comme les houilles et les ligaites, se stratifier sur des surfaces considérables, en alternant avec des couches de sable et de limon qui, de leur côté, représentent les grès et les schistes de l'époque houillère.

Les contrées favorables à la production da vastes tourbières sont celles qui présentent les lignes horizontales les plus étendues et dont le niveau, peu élevé, favorise l'intervention de l'eau sous forme de couches minces et stagnantes. Si le régime des eaux dans les tourbières était constant, il y aurait partout production d'une seule et même couche plus ou moins épaisse , suivant l'ancienneté et l'intensité du phénomène; mais les inondations y ont intercalé des lits de sable et de limon qui ont singulièrement limité la production de la tourbe ; car le gazon supérieur est indispensable à cette production, et chaque fois qu'il a été détruit par les sables, il a du être lent à se reproduire. Ces inondations ont aussi détruit une couche épaisse de tourbe; c'est ce que plusieurs phénomènes naturels tendent- à prouver; par exemple, lorsqu'une tourbière vient à se surcharger d'eau, par suite de la trop grande activité des sources du fond ou par infiltration latérale, le gazon qui constitue la couverture se gonfla et prend une forme convexe; si la pression du fond augmente , ce bombement atteint bientôt sa dernière limite ; il y a rupture, et les eaux entraînent, en s'écoulant, une grande quantité de tourbe. Ces petites révolutions locales peuvent expliquer une partie des détails de structure que présentent aujourd'hui certaines tourbières.

Les conditions précédemment signalées comme nécessaires au développement de la tourbe suffisent pour diriger les recherches de tourbières. C'est dans les plaines latérales des grandes vallées, isolées des eaux courantes par tes digues alluviales, dans les bassins de réception et dans les embouchures des cours d'eau, qu'on les trouve habituellement. Il en existe également sur tes côtes maritimes, là où des plaines alluviules, faiblement inclinées, sont isolées de la mer par des levées littorales. La tourbe est d'ailleurs de tous les combustibles celui qui exige le moins de recherches; partout où elle existe, elle est connue de tous les cultivateurs, et il ne reste plus au géologue qu'à en étudier la puissance, l'alternance, la structure et la composition.

On trouve, au milieu des tourbières, des substances assez variées; d'abord quelques matières minérales, notamment du phosphate de fer, puis des coquilles d'eau douce dont les animaux ont été décomposés en même temps que les matières végétales, ce qui est sans doute cause de l'odeur désagréable que la tourbe exhale en brûlant. On y trouve aussi des débri9 de mammifères et des troncs d'arbres portantî'empreinte de la hache qui les a abattus. Les tourbières, par leur élasticité, repoussent les corps légers qui tendraient a s'y enfoncer, tandis qu'elles absorbent peu à peu tes objets lourds, qui s'y conservent très-bien et indéfiniment; c'est ainsi qu'elles recèlent parfois des arbres entiers, qui sont même encore susceptibles de servir, nonseulement au chauffage , mais encore aux constructions. Les graines les plus délicates y conservent mieux que partout ailleurs leur

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faculté germînative, et l'on a pu en faire lever qui y étaieftt ensevelies depuis plusieurs siècles.

Quand les tourbières sont à nu et ne présentent à leur surface aucune trace de terre végétale, il n'y croit que des herbes aquatiques, appartenant surtout à la famille des cypéracées, telles que les laichns, les scirpes ou les choins, et qui sont trop dures pour servir de fourrage. En général , les. tourbières ne sont pas faciles à mettre en culture ; on y parvient néanmoins avec du temps et du travail. 11 y a deux manières de procéder; la première consiste à donner de 1 écoulement aux eaux, puis à charger la tourbe d'une épaisseur' de terre suffisante pour que les arbres puissent y croître; mais ce moyen est très-coûteux ; bon pour les plantations d'agrément, il ne saurait convenir aux spéculations agricoles. Le second procédé est préférable; après avoir assaini le sol au moyen de fossés, on brûle la surface de la tourbière quand elle est desséchée. Tous les ans. ou même tous les deux ou trois ans, on approfondit les fossés d'écoulement, et on diminue ^épaisseur de la tourbe par un nouveau brûlis de la surface. On obtient ainsi des terrains d'une fertilité extraordinaire ; on y récolte de très-beaux légumes, d'excellents fourrages, et on y élève de superbes bestiaux. C'est ce procédé qu'on a mis en pratique dans les Pays-Bas et dans la vallée de la Somme. Les arbres n'y végètent pas aussi bien , à moins qu'on n'ait creusé, pour leur plantation, de grands trous de 2 mètres en carré, où l'on apporte des terres franches ou sèches.

L'agriculture tire encore indirectement parti des tourbières, en employant la tourbe comme engrais; mais pour cela il faut d'abord lui faire subir certaines préparations. La plus simple consiste à l'étendre en couches très-ininces, ou à la mettre en tas qu'on remue fréquemment; puis on y mélange du sable, de l'argile, de la marne, de la chaux ou de la craie en poudre, et surtout des substances alcalines, qui ont l'avantage de rendre la tourbe soluble comme le terreau et propre à absorber l'acide carbonique. On peut également arroser les tas de tourbe, pendant les sécheresses, avec de l'eau, ou mieux des urines ou du purin. On peut encore répandre la tourbe dans les écuries et les étables, ou la mélanger avec des fumiers, ou la mettre dans des fosses avec des matières animales ou végétales, pour faire des composts. Enfin, on brûie la tourbe, et les cendres forment un excellent amendement, qui peut être employé avec avantage sur tous les terrains dépourvus de calcaire, ainsi que sur les terres tourbeuses elles-mêmes.

Voici les principaux gisements de tourbe dans différents pays :

— Gisements en Europe. France. Ils occupent une superficie d'environ 1,200,000 hectares, répartis dans 48 départements, que nous classerons par régions.

Première région. Nord-Ouest. 1 départements : le Finistère, l'Ille-et-Vilaine, la Manche, la Mayenne, le Morbihan, la Sarthe et l'Orne. Dans ce dernier département, on extrait annuellement 3,000 mètres cubes de combustible; malheureusement, on se contente d'exploiter la partie superficielle, c'està-dire la tourbe de mauvaise qualité.

^ Deuxième région. Nord. 8 départements : l'Aisne, dans lequel les marais tourbeux occupent les vallées de 'la Somme, de l'Omignon, de la Souche et de la Lette ; l'Oise. C'est dans ce département que sont les marais de Pont-Sainte-Maxence , dont les produits sont en partie vendus à Paris; Seine-et- Marne; la Somme; le Nord; le Pas-de-Calais; Seine-et-Oise; la Seine-Inférieure.

Troisième région. Nord -Est. & départements: les Àrdennes, où il se trouve 60 hectares de marais dans les environs de Rocroi; l'Aube, où l'on n'exploite guère que. les marais situés dans la vallée de l'Auzon, de la Barbuise, de l'Arvin, et sur quelques points de la vallée de la Seine et de l'Aube, et ceux de Saiul-Pouange, de Saint-Germain-de-Viliecbétif, de Saint- Parre-aux-Tertres, de Payus et de Romilly-sur-Seine. Ces divers marais sont entretenus par les ruisseaux de Saint- Léon, de Mesgrigny, du Triffaire, de la Hurande, de la May ne et de laVamie; la Marne, où se trouvent les marais des Ormes, de la Veste, qui s'étendent de Reims jusqu'à Kismes; les Vosges, dont les tourbières les plus connues sont celles de Champfeu, près deFramont, et de Kothan; la Meurthe-et-Moselle.

Quatrième région. Ouest. 5 départements : la Charente -Inférieure; les Deux- Sèvres; l'Indre-et-Loir; la Loire-Inferieure, dont les marais renommés de Montoir, près de Nantes, ont une surface de plus de 16,000 à 17,000 hectares; tout presse trouve le marais duLerdre, qui s'étend sur Saint-Mars (le grand et te petit). 11 y a encore les plaines tourbeuses depuis Saint -Etienne- de - Montluc jusqu'à Saint-Nuzaire. La tourbe sur place vaut 3 francs le mille de petites briquettes, et elle est revendue à Nantes près du double. Les marais de Saint-Joachim et de Montoir sont en tourbe marine; la Vendée, dont les marais les plus connus sont ceux de Fomenayle- Comte; la Charente-, l'arrondissement d'Angoulème renferme 18 à 20 hectares de marais tourbeux qui fournissent chaque année 21,300 tonnes de tourbe et suppléent ainsi dans ce département au manque de houille.

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Cinquième région. Centre. Dans cette région, 7 départements possèdent des marais tourbeux; ce sont : l'Allier, par bancs de peu d'importance; le Cher, dont la tourbe est de très-médiocre qualité; l'Indre; le Loiret; le Loir-et-Cher; le Puy-de-Dôme; l'Yonne.

Sixième région. Est. 6 départements : le Jura, le Rhône, la Haute-Saône, l'Ain, le Doubs et la Loire.

Septième région. Sud -Ouest. 6 départements : l'Ariége; la Dordogne; la Gironde; les Hautes-Pyrénées ; les Basses-Pyrénées.

Huitième région. Sud. Dans cette région, nous ne connaissons guère que le Cantal qui renferme des marais tourbeux.

Neuvième région. Sud-Est. i départements : les Hautes-Alpes ; le Var ; les Basses-Alpes ; les Bouches-du-Rhône, où l'on trouve un marais de 3,000 hectares à Foz, près d'Istres; l'épaisseur moyenne de la couche varie de 2m,50 à 3 mètres. Une partie de ce marais a été exploitée par la Société des gisements tourbeux et métallifères de France; nous croyons même pouvoir affirmer que la ville de Marseille a été éclairée pendant quelques années par le gaz provenant de la distillation des tourbes de ce marais; mais, par suite de la cherté de la main-d'œuvre, la Société a dû liquider cette affaire, qui devenait onéreuse pour elle; les fièvres paludéennes tendaient encore à faire augmenter le salaire des ouvriers ; ensuite; l'outillage de l'usine laissait beaucoup à désirer. Aujourd'hui, la tourbe de Foz ne sert guère qu'à fabriquer des. engrais, dits engrais animatisés, parce qu'où la fait séjourner plus ou moins de temps dans des matières fécales.

Belgique. Les principaux marais se trouvent dans les environs d'Ath et d'Anvers, sur les bords de l'Escaut et de ses affluents.

Hollande. Les dépôts de tourbe forment presque entièrement le sol du pays. L'ancien lac de Harlem, qui n'existe aujourd'hui qu'à l'état de souvenir, mais sur lequel, en 1573, les Espagnols et les Néerlandais se livrèrent un combat naval, était un murais tourbeux, et cette véri table mer, qui avait plus de 18,000 hectares, est transformée aujourd'hui en fermes magnifiques.

Etats sardes. Ils possèdent des gisements tourbeux dans plusieurs provinces. Le plus remarquable est celui de Saint-Martin-Pejosa, qui a une étendue de 4,000 à 5,000 hectares et une épaisseur de 4 k 8 mètres.

■Piémont. Il en renferme aussi dans quelquesunes de ses provinces. La nature de cette tourbe est essentiellement ligneuse, ce qui a permis à quelques fabricants de papier et de carton des environs de Turin d'en tirer un parti avantageux pour leur genre de fabrication. On dit même que ces usiniers font entrer dans leur carton jusqu'à £0 pour 100 de cette tourbe.

Lombardie. Les tourbières sont aussi trèsnombreuses dans ce pays et offrent, dans les divers districts d'Augera, Crémone, Isée et Varèse, une superficie de 10,000 à 12,000 hectares. La Lombardie possède encore des tourbières dans la province de Mantoue, à Abbra-. tigraso, près du Pô, ainsi qu'à Calico et à Comabbio.

Danemark. On peut estimer à 180,000 hec- ' tares la superficie des tourbières. Lesîlessont généralement plus riches en tourbières que les presqu'îles ; les plus vastes gisements sont ceux du Jutland, ceux du lac de Garbo, situé dans le bailliage de Hiorring, C'est dans ces parages que se trouve la grande Sorig et la grande Wildmosen, mot qui signifie tourbière sauvage.

Iles Britanniques, Les gisements tourbeux, surtout en Irlande, ont une puissance considérable, 15 et 18 mètres. Dans cette dernière contrée, leur superficie occupe 8 millions d'acres (2,428,026 hectares).

Ecosse. Les dépôts les plus connus sont ceux des lies Hybrides et Feroe.

Allemagne. Les dépôts les plus importants sont sur les bords de la Baltique et de la mer du Nord; la Brêine, le Mecklembourg, le Hanovre et le nord de la Prusse ont la plus grande partie de leur territoire couvert de marais tourbeux, généralement situés sur les bords des fleuves et à leur embouchure.

Bavière. .Une des meilleures tourbes est celle qui provient du Donaumoos.

Autriche et Bohême. Ces deux pays n'en sont pas dépourvus non plus.

Russie. Les gisements tourbeux sont considérables sur les bords de la Neva, dans les lacs Onega et Ladoga. Les dépôts ont une épaisseur de 10 à il mètres. Le chemin de fer de Saint-Pétersbourg à Moscou traverse, pendant les deux tiers de son parcours, des marais tourbeux. Tout près meme-de cette dernière ville se trouvent de riches gisements. La Russie est le pays d'Europe qui possède le plus de marais tourbeux. Aussi les classes pauvres, de même que les grandes usines et administrations, consomment uniquement de la tourbe.

— Gisements en Amérique. Ce pays, •pourvu de toutes choses, possède aussi de grandes tourbières. Dans l'Amérique du Nord, les immenses prairies mouvantes des Osages sont des marais tourbeux, de même

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que celles qui se trouvent sur les bords da lHudson et du Missouri. La tourbe se trouve aussi en très-grande quantité dans le Colorado (Etats-Unis d'Amérique), principalement au sud de Denvercity et dans la vaste plaine arrosée par l'Arkansas. Il s'en trouve aussi au Kansas.

On peut juger, par ce rapide aperçu, quelle immense place occupe sur notre globe le combustible qui fait l'objet de cet article, et quel bel avenir lui est réservé le jour où les autres combustibles deviendront de plus en plus rares, le jour surtout où la houille ferait complètement défaut. V. tourbe,

TOURBILLON s. m. (tour-bi-llon ; Il mil. — dimin. du latin turbo, turbinis, qui appartient à la même famille que turbure, troubler, agiter, turbiâus, tumultueux, troublé, turba, foule bruyante, agitée. V. tourbe). Masse d'air qui se déplace impétueusement, avec un double mouvement de translation et de rotation rapide : Des arbres arrachés par un tourbillon.

Tous les vents déchaînés arrachent des sillons Les blés, enveloppés dans leurs noirs tourbillons.

Rosset.

— Matières quelconques emportées vivement avec un mouvement analogue à celui des tourbillons : Un tourbillon d'eau. Un tourbillon de fumée. Un tourbillon de poussière. Il y a des tourbillons dangereux dans cette rivière. De cette caverne sortaient de temps en temps de noirs tourbillons de fumée. (Fén.) De longs tourbillons de poussière s'élevaient sur les chemins. (B. de St-P.)

Les feuilles que l'hiver entasse, Sans savoir où le vent les chasse, Volent en pales tourbillons.

Lamartine.

— D'après Descartes , Matière primitive animée d'un mouvement de rotation autour de plusieurs centres, et ayant formé les astres par sa condensation : Descartes imagina, pour ex-

I pliquer tes mouvements des planètes, l'inyé- I nieuse et célèbre hypothèse des tourbillons. | (D'Alemb.)

| Nous l'avons en dormant, madame, échappé belle; Un monde près de nous a passé tout du long, Est chu tout au travers de notre tourbillon.

SI oui RE.

Ces cieux divers, ces globes lumineux Que fait tourner René, le songe-creux, Dans un amas de subtile poussière, Beaux tourbillons que l'on n'explique guère.

Voltaire.

— Fig. Objet propre à entraîner les hommes par une sorte d'attraction morale : Le tourbillon des affaires, des plaisirs. Le tourbillon des joies du monde. Au milieu de ce tourbillon de joies, de craintes, d'inquiétudes, on voit un petit nombre d'heureux. (Mass.) Les héros, dans tes tourbillons des affaires, ne raisonnent pas comme les historiens dans leurs cabinets. (Grimm.) Il n'y a gu'un moyen d'échapper au tourbillon de l'intrigue, c'est de s'élever au-dessus d'elle. (E. de Gir.) Tout roule dans un tourbillon perpétuel de projets, d'affaires et de plaisirs. (Frayssinous.) Il y a des hommes dont l'atmosphère est le tourbillon des événements ; ils ne respirent à „ l'aise que dans l'air agité. (Lamart.)

Des affaires souvent le fourmilion m'entraîne.

Etienne.

Ce tourbillon qu'on appelle le monde Est si frivole, en tant d'erreurs abonde. Qu'il n'est permis d'en aimer le fracas Qu'a l'étourdi qui ne le connaît pas.

Voltaire.

Il Amas confus de souvenirs et d'idées : Quel livre lisais-je donc? Oh ! tout cela est un tourbillon dans ma tête. (V. Hugo.)

— Tourbillon de fer, Soldats armés, impétueusement lancés pour l'attaque.

— Pyrotechn. Artifice qui s'élève en tournoyan t.

— Min. Pierres qui se trouvent mêlées à une mine de charbon.

— Encycl. Météorol. Les tourbillons sont de véritables ouragans, de terribles tempêtes tournantes qui désolent les régions tropicales. Ces tourbillons sont surtout fréquents dans la zone de l'équateur, car l'état d'équilibre dans lequel se trouve cette région n'est rien inoins que stable ; la moindre perturbation dans le régime des vents périodiques le rompt, et l'on voit alors se succéder des tempêtes justement redoutées des marins qui fréquentent ces parages et des hommes qui ont fixé leur demeure sur les côtes. Les premiers navigateurs portugais qui furent à même de les observer les avaient désignées sous les noms de travados et tornados ; dans les Indes et l'Indo-Chine on les appelle typhons; le savant ingénieur anglais Piddington, qui a particulièrement étudié ces tourbillons et qui a le premier i ndiqué la loi de leur mouvement, leur a donnéle nom de cyclones. Ce nom est justifié par le double mouvement de rotation sur eux-mêmes et de translation en ligne courbe qui est Je caractère propre des ouragans dont nous parlons. Les cyclones, ces grandes convulsions de l'atmosphère, qu'on a comparées aux maladies de l'organisme, ne sont, non plus que celles-ci, soumises au hasard. Dans ces désordres, il y a eucore un certain ordre. Roinme, Redrield, Maury, Keller, Dore et Piddington ont déterminé les lois qui président à leur foudroyante évolution. La prin-

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cipale se rapporte à leur tourbillonnement qui, dans l'hémisphère nord, se fait de droite à gauche, et dans l'hémisphère sud de gauche à droite. Ce tourbillonnement, dont la vitesse, quelquefois assez faible, peut aller jusqu'à 100 et 200 milles à l'heure, s'opère autour d'un centre qui lui-même a un mouvement de translation à peu près connu. Vers l'équateur, ce mouvement va de l'est à l'ouest, puis s'infléchit vers le nord ou le sud, dans l'hémisphère nord ou sud. Par 20» ou 25", la ligne de translation se courbe de plus en plus, finit par devenir nord ou sud par 25» ou 30°. La vitesse de translation des cyclones, qui varie de 1 à 5 milles à l'heure, est en moyenne de 5 à 10 milles; leur diamètre varie entre 50 et 100 milles (dans les mers de la Chine, la marche des typhons varie quant à la direction de translation; la loi des cyclones ne peut donc pas s'y appliquer entièrement). On peufse faire une idée très-e*ucte de ces formidables ouragans, en considérant les petits tourbillons de vent rendus visibles parla poussière qu'ils soulèvent sur nos routes, sur nos promenades et qui sont, pour ainsi dire, des miniatures de cyclones. Au centre du météore,"il règne ordinairement un calme relatif, quelquefois même un calme absolu, qu'on attribue à la raréfaction de la colonne d'air autour de laquelle la cyclone tourne comme un immense anneau : c est l'axe ou l'oeil do la tempête. Il n'est pas rare de voir en ce point les nuages se dissiper, l'azur ou les étoiles du ciel apparaître un instant. C'est pourtant près de ce centre que la force du tourbillon est le plus à craindre ; en sorte que les marins surpris par l'ouragan doivent , avant tout, chercher à s'éloigner de son centre et de sa ligne de translation présumée. Lorsque les vents sont bien établis, le vent régnant étant tangent à la cyclone, le centre se trouve toujours sur la perpendiculaire intérieure à la direction du vent, c'est-à-dire à la droite de la marche du vent dans l'hémisphère sud et à gaucho dans l'hémisphère nord. Quant a la marche du tourbillon, voici comment on peut la déterminer approximativement. On trace à un moment donné sur une carte marine : 1° la position du navire; 2° la direction du vent régnant; 3° la perpendiculaire à cette direction. C'est, on vient de le voir, sur cette perpendiculaire que se trouve le centre du tourbillon. En répétant quelques heures plus tard le même tracé, on a pour ce centre deux positions approximatives qui donnent la ligne de translation de la cyclone, c'est-à-dire la ligne à éviter. La même opération fait connaître aussi la vitesse du météore ; quant à la distance, elle se déduit des observations barométriques, en tenant compte de la longueur du rayon de la cyclone et des brises folles qui régnent à son pourtour. Ces brises correspondent ordinairement à une hauteur barométrique de ûm,750 à 0m,755, tandis qu'au centre le barometie descend à 0m,730 et souvent au - dessous. D'une manière générale, la dépression du ■ mercure est d'autant plus grande que l'on est plus près du centre de la cyclone. Toutefois, le baromètre éprouve souvent, après une première baisse, des oscillations qui sont le plus sûr indice de l'approche de la cyclone et qui s'expliquent par le passage d'ondes aériennes, alternativement dilatées et condensées. Ces oscillations se font sentir souvent lorsque la cyclone est à une distance de plus de 20 et 40 lieues. Les tourbillons s'annoncent d'ailleurs, assure-t-on, plusieurs jours à l'avance, par des signes auxquels ne se méprennent guère les habitants des contrées tropicales et les marins accoutumés à naviguer dans ces parages. Sous l'effort de l'ouragan, une immense partie de l'atmosphère estentrée en vibration. Bientôt aussi une longue houle, se lève ; la nier se brise Sur les rochers et les couvre d'écume. Durant cinq à six jours, de nombreux cirrus se forment dans le ciel encore clair. Ces nuages légers et très-élevés et qui sont composés de fines aiguilles de glace se dissolvent bientôt en une couche ■ blanchâtre laiteuse, dans laquelle on voit fréquemment des halos. De lourdes nuées lui succèdent en même temps qu'une bande -sombre se montre à l'horizon. Tous les observateurs purlent de l'étrange couleur que revêtent les nuuges au lever et au coucher du soleil. L'aspect du ciel est menaçant. Un brouillard rouge qui teint à la fois la mer et le ciel s'étend sur tous les objets et donne au soleil cette couleur sanglante que Virgile, dans les Géorgiques, indique comme un signe précurseur de l'orage, et lu mer se couvre en même temps de lueurs phosphoresoentes.Quelquefois le vent alizé qui soufflait eu brise régulière tombe pendant vingt-quatre heures; le câline règne, interrompu seulement par quelques bouffées d'un air chaud et étouffant. Chacun se réfugie dans les endroits les moins élevés et les plus couverts, quelquefois dans une maison d'ouragan solidement construite en pierre de taille. L'impression produite sur les animaux est très-remarquable. Ils semblent agités par une vive anxiété. Les oiseaux de mer regagnent la terre, où ils cherchent un abri contre la fureur de la tempête qu'ils pressentent. Le banc de nuages noirs aperçu à l'horizon se couronne souvent d'une immense flamme électrique. Dans la mer de - Java, suivant Piddington, des éclairs multi-

filies s'en échappent, semblables à une cascade umineuse. Quelquefois des rayons s'élèvent simultanément au-dessus d'une frange pour-

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prée, comme dans les aurores boréales. A partir da l'instant ou tombent les premières rafales, la violence de la tempôte s'accroît jusqu'au voisinage du centre. Une épaisse voûte de nuages a couvert le ciel.. La pluie , la grêle se précipitent comme des torrents. Au commencement des cyclones, un bruit sourd, étrange s'élève quelquefois et tombe avec un gémissement semblable à celui du vent dans les vieilles maisons, dans les nuits d'hiver. Un bruit analogue et qui vient du large est connu en Angleterre sous le. nom d'a,ppel de la mer. Les rafales qui déchirent l'air pendant les cyclones font entendre, disent les relations, des rugissements semblables à ceux des bêtes fauves, un effroyable tumulte de voix sans nombre et de cris de terreur. Sur le passage du Centre, un bruit formidable ressemblant à des décharges d'artillerie; un con-' tinuel grondement de tonnerre éclate et domine tout. Près de ce centre, où le-plus grand videse produit, le vent parait décrire, en s'élevant, une spirale immense. La furie redouble. Dans l'axe de la cyclone, une puissante aspiration élève lu mer en montagne conique et forme la lame de tempête qui, en s'avançant sur la surface de l'Océan, inonde les côtes et y produit le terrible phénomène des ras de marée. En résumé, les lois qui régissent les cyclones, les signes qui les précèdent et les symptômes qui les caractérisent sont aujourd'hui assez tien connus pour qu'on ait pu tracer aux marins, avec certitude, la conduite à tenir et les manœuvres a exécuter, soit pour éviter le météore, soit pour diminuer notablement le péril dont il menace ceux qui n'ont pu s'écarter à temps de son chemin. On distingue en effet dans la cycloue un côié dangereux et un côté maniable; le côté dangereux est celui où la vitesse du vent est égale au mouvement de rotation , plus le mouvement de translation ; le côté maniable est celui où la vitesse est égale au premier mouvement diminué du second. D'où il suit que, si l'on n'a pu éviter la cyclone, on doit, s'il est possible, se rejeter dans le côté maniable. Mais quelle est la cause qui produit au sein de l'air ces effroyables convulsions î Nul encore n'a pu trouver à cette question une réponse satisfaisante. Il est probable que la cause des tourbillons est fort complexe ; qu'il faut la chercher dans un concours de circonstances dérivant à la fois de la constitution météorologique des zones tropicales et du régime des vents pendant la saison chaude dans ces régions. Mais ce sont là des données vagues dont il est impossible de tirer une explication précise. On a beaucoup avancé la solution de ce problème en disant que les cyclones sont engendrées par les coûtants d'air qui, de points opposés, Se précipitent vers les endroits où l'air est fortement échauffé par les rayons du soleil, etqui, dans leur parcours, rencontrent la surface de l'Océan, où l'évaporation et par suite la tension électrique sont très-intenses. Cette théorie générale s'applique également à«toutes les tempêtes et à tous les vents; elle ne rend point compte des propriétés spéciales des cyclones ni du mouvement qui leur est propre.

Les cyclones se produisent toujours dans la saison la plus chaude. Aux lies Maseareignes, où elles sont si fréquentes et si funestes, elles surviennent ordinairement en décembre, janvier et février; jamais plus tard qu'en mars. Elles sont, souvent doubles ou triples, c'est-à-dire qu'elles se composent de deux ou trois cyclones qui se meuvent parallèlement. Dans les hautes latitudes, elles perdent de leur intensité et se transforment en tempêtes ou coups de vent reeiilignes. La commandant Maury a , le premier, fait remarquer que les perturbations atmosphériques, et notamment les cyclones, sont surtout fréquentes aux abords des grands courants océaniques, et que le Gulf-Stream, par exemple, joue un grund rôle dans les mauvais temps de l'Atlantique.

Les cyclones sont généralement accompagnées de pluies torrentielles et de(phénomènes électriques qui se manifestent surtout pendant le passage de la seconde moitié du tourbillon. Quelquefois aussi on voit apparaître dés trombes dans leur axe'.

Les prodromes et les symptômes des tempêtes tournantes ne se reproduisent pas partout et toujours d'une façon identique. Ces phénomènes varient, dans une certaine mesure , d'une contrée à l'autre. D'après M. Boyle, les tornados de la côte occidentale de l'Afrique s'annoncent par une petite tache claire, de couleur argentée, qui apparaît d'abord à une grande hauteur dans le ciel, puis descend avec lenteur vers l'horizon eu grandissant. A. mesure qu'elle s'approche, cette tache s'entoure d'un anneau noir qui s'étend dans toutes les directions et finit par envelopper tout l'horizon d'une obscurité impénétrable; alors éclatent de larges éclairs, et la tonnerre gronde avec un fracas épouvantable en s'approchant toujours; un tourbillon terrible se précipite avec une incroyable violence de la partie la lus sombre de l'horizon, enlevant les toits, lisant les arbres et désemparant les navires qu'il surprend. A ce tourbillon succède un déluge de pluie qui termine cette affreuse convulsion. Le caractère essentiel, commun à toutes les cyclones, c'est la vitesse extraordinaire du vent, vitesse qu'on n'a point encore pu mesurer et qu'on n'évalue à peu prés que par ses effets. On l'a comparée a

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celle d'une locomotive lancée à toute vapeur. Cette comparaison ne semble point hyperbolique lorsque l'on songe à la force effrayante que l'air acquiert par la seule rapidité de son mouvement. Dans le tourbillon qui dévasta la Guadeloupe en 1825, des maisons solidement construites furent rasées, un bâtiment neuf en pierre eut une aile totalement renversée. Les tuiles volaient, poussées par le vent avec une telle force qu'elles traversèrent des portes de bois. L'exemple le plus tristement mémorable de ces horribles bouleversements est peut-être celui des deux cyclones qui , coup sur coup , dans la même année 1780, dévastèrent les Antilles. La première de ces cyclones anéantit Savaua-la-Mary, sur la côte ouest de la Jamaïque; quatre vaisseaux anglais mouillés sur la rade furent engloutis; trois autres furent désemparés et à peu près défoncés. Le second ouragan étendit ses ravages sur presque toutes les Antilles. Il surprit au sud de la Martinique un convoi de cinquante bâtiments de commerce, escorté par deux frégates et portant 5,000 hommes de troupes. Sept navires seulement purent échapper au désastre. Le reste fut englouti. A Saint-Eustache, vingt-sept navires vinrent se briser contre les rochers. A la cyclone se joignit un ras de marée d'une violence inouïe; on suppose même que le cataclysme se compliqua d'un tremblement de terre qui se confondit dans l'effroyable conflit des éléments; au moins estil difficile d'expliquer autrement tant de prodiges de destruction qui s'accomplirent en quelques heures. A la Martinique, il périt 9,000 personnes, dont 1,000 à Saint-Pierre, où pas une maison ne resta debout. La mer, s'étunt élevée à plus de 8 mètres par l'effet du ras de marée, balaya d'un seul coup plus de cent cinquante habitations. A Fort-Royal, la cathédrale , sept autres églises et cent quarante maisons furent détruites de fond en comble; près de 1,000 malades furent ensevelis sous les décombres de l'hôpital. A la Dominique, la manutention royale, les magasins de la marine et presque toutes les maisons situées dans le port furent englouties. A Sainte-Lucie, -il périt 6,000 personnes; les plus solides édifices furent renversés ; la mer roula des canons à plus de 35 mètres de leurs embrasures et s'éleva à une hauteur telle que le fort fut démoli et qu'un vaisseau, enlevé par les lames, fut violemment laneé.sur la terre. De six cents maisons qui formaient le bourg de Kingsurwn, dans l'Ile Saint-Vincent, il n'en resta que quatorze debout. Enfin, des bancs de corail furent arrachés du fond de la mer et lancés sur le rivage. Aux Iles Maurice et de la Réunion, les cyclones sont redoutées comme les plus funestes de tous les fléaux, et elles y sont malheureusement très-fréquentes. 11 s'écoule, à la vérité , quelquefois plusieurs années sans qu'on en voie; mais il n'est pas rare non plus qu'on en ait deux ou trois à essuyer dans la même saison. On n'en compte pas moins de soixante-dix-huit de l'année 1640 à 1801 inclusivement. On cite, parmi les ouragans les plus meurtriers qu'ait eu à subir l'Ile de la Réunion, celui de 1829, qui anéantit vingt-deux navires avec leurs équipages; celui du 17 janvier 1858, qui fit périr cinquante personnes dans la colonie; celui du 26 février 1860, où trois navires se perdirent corps et biens, trois furent jetés sur la côte de Madagascar et trente éprouvèrent des avaries plus ou moins considérables.

— Philos. L'hypothèse des tourbillons est celle par laquelle Descartes a essayé d'expliquer la formation du monde. Selon lui , Dieu a créé la matière avec le repos et le mouvement, c'est-à-dire qu'il l'a d'abord divisée et mue de diverses manières. Les diverses parties de la matière ont exécuté dès lors, en raison de leurs masses et de leurs mouvements, des révolutions irrégulières, de sorte que c'est de l'inertie de la matière qu'est sortie toute variété.

Cette matière, ces révolutions irrégulières de la matière, voilà le chaos primitif d'où est sorti le monde dans lequel nous vivons, et cela, en vertu de certaines lois immuables. Ainsi , Descartes pose Dieu comme auteur du chaos ; dans les Principes, il se ravisa et voulut voir en lui l'auteur de l'ordre. • Car, bien que ces lois de la. nature soient telles, dit-il, que, quand bien même nous supposerions le chaos des poètes, on pourroit toujours démontrer que, par leur moyen, cette confusion doit peu à peu revenir à l'ordre qui est à présent dans le inonde, et que j'aie autrefois entrepris d'expliquer comment cela auroit pu être, toutefois, à cause qu'il ne convient pas si bien à la souveraine perfection qui est en Dieu de le faire auteur de la confusion que de l'ordre, j'ai cru devoir ici préférer la proportion et 1 ordre à la confusion du .chaos. » (Principes, 111,47.)

Quoi qu'il en soit de ce retour, Descartes, dans son Traité du monde, expression complote de la physique cartésienne, suppose un chaos primitif, dont il fuit sortir le monde actuel de la façon suivante : certaines parties de la matière, plus grosses que les autres, se sont, grâce au mouvement dont elles étaient animées, agglomérées en masses plus considérables ; de là les terres. Les parties moyennes, toujours en mouvement, se sont arrondies par un frottement perpétuel; elles

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ont formé do petites boules homogènes, et la réunion de ces boules a composé la matière des cieux. Quant aux plus petites parties de la matière, elles ont rempli les intervalles que laissaient entre eux les deux éléments dont nous venons de parler : les (erres et la matière des cieux. Ainsi, il y a trois éléments : une matière subtile mue avec une vitesse infinie, une matière céleste et les masses terrestres.

Voilà l'hypothèse fondamentale de la physique cartésienne; elle va nous expliquer le monde; supposons seulement qu'aucun miracle ne vient troubler le cours naturel des choses.

Dès que la matière reçoit la première impulsion , cette impulsion se répand au même instant et se distribue dans toutes les parties de la matière, car tout est solidaire dans un espace sans vide. Mais cette impulsion ne se répand pas d'une manière égale ; elle se distribue proportionnellement aux masses; de là vient que les premiers mouvements sont inégaux et que toute la masse matérielle n'a pas pu tourner autour d'un même centre , mais s'est dispersée autour de plusieurs centres irrégulièrement disposés. Les parties les plus grossières, ayant une masse plus considérable, ont décrit de plus grands cercles; les parties moyennes, ayant moins de force , sont restées plus près des autres, et les parties les plus petites, celles qui composent le premier élément, se sont précipitées dans les intervalles laissés entre eux par les deux autres éléments, et, se trouvant en excès, se sont portées vers les centres. De là ces masses fluides qui constituent le soleil et les étoiles. • Or, d'autant que les parties du second élément se sont frottées dès le commencement les unes contre les autres, la matière du premier, qui a dû se faire de lu raclure de leurs angles, s'est augmentée peu à peu ; et lorsqu'il s'en est trouvé en l'univers plus qu'il n'en falloit pour remplir les recoins que les parties du second, qui sont rondes, laissent nécessairement entre elles, le reste s'est écoulé vers le centre et y a composé des corps très-subtils et très-liquides, à savoir : dans le centre principal, le soleil , et les étoiles aux autres centres. » (Principes, III, 54.)

Les planètes, suivant Descartes, tournent donc autour de leur soleil, portées par leur tourbillon. Mais il esteertaines causes qui peuvent quelque peu détourner çà et là le mouvement d'une planète. La première est que l'espace dans lequel elle tourne avec la matière du premier ciel n'est pas exactement rond ; car il est nécessaire qu'aux lieux où cet espace est plus ample la matière du ciel se mesure plus lentement et donne moyen à cette planète de s'éloigner un peu plus du soleil qu'aux lieux où il est plus étroit. En second lieu, ta matière du premier élément, coulant -sans cesse de quelques-uns des tourbillons voisins vers le centre de celui que nous nommons notre ciel et retournant de là vers quelques autres, pousse diversement cette planète selon les divers endroits où elle se trouve. Enfin, la force de continuer à se mouvoir est plus durable et plus constante dans les planètes que dans la mutière du ciel qui les environne, et même elle est plus durable dans une grande planète que dans une moins grande.

Rien n'empêche d'admettre, toujours suivant Descaite3, que ce grand espace que nous nommons le premier ciel a été autrefois divisé en quatorze tourbillons ou en davantage, et que ces tourbillons ont été tel» leinent disposés, que les astres qu'ils avaient en leurs centres se sont peu à peu couverts de plusieurs taches, ensuite de quoi les plus petits ont été détruits par les plus grands. On peut penser que les deux tourbillons qui avaient en leurs centres les astres que nous nommons maintenant Jupiter et Saturne étaient les plus grands, et qu'il y en avait quatre raoiudresuutour de celui de Jupiter, dont les astres sont descendus vers lui, et ce sont les quatre petites planètes que nous nommons satellites de Jupiter ; puis qu'il y en avait aussi deux autres autour de celui de Saturne, qui ont formé les deux satellites de Saturne, et que la lune est aussi descendue vers la terre , lorsque le tourbillon qui la contenait a été détruit, et enfin que les six tourbillons qui avaient Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter et Saturne en leurs centres étant détruits par un autre plus grand, au milieu duquel était le soleil, tous ces astres sont descendus vers lui et s'y sont disposés de la façon qu'ils y paraissent à présent. Et, s'il y a eu encore quelques autres tourbillons dans l'espace qui comprend maintenant le premier ciel, les astres qu'ils avaient en. leurs centres étant plus solides que Saturne se sont convertis en comètes.

« Nous voyons aussi, dit Descartes, que les principales planètes, Mercure,Vénus,laTerre, Mars, Jupiter et Saturne , font leur cours à diverses distances du soleil; nous devonsjuger que cela vient de ce qu'elles ne sont pas également solides et que cejbjis qui le sont te moins s'approchent davantage du centre autour duquel elles gravitent. Voyant, en outre, que les planètes qui sont plus proches du soleil se meuvent plus vite que celles qui en sont plus éloignées, nous penserons que cela arrive à cause que la matière du premier élément qui compose le soleil, tournant extrêmement vite sur son axe, augmente plus le

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mouvement des parties du ciet qui sont proches de lui que de celles qui en sont plus loin. Puis, remarquant que la lune a son cours non-seulement autour du soleil, mais aussi autour de la terre, nous jugerons que cela peut être arrivé de ce qu'elle est descendue dans le tourbillon qui avoit la terre en son centre avant que la terre fût descendue vers le soleil.

• Enfin, les diverses erreurs des planètes, lesquelles s'écartent toujours plus ou moins en tous sens du mouvement circulaire auquel elles sont principalement déterminéeSj ne donneront aucun sujet d'admiration si on considère que tous les corps qui sont au monde s'entre-touchent sans qu'il puisse y avoir rien de vide; en sorte que même lea plus éloignés agissent toujours quelque peu les uns contre les autres par l'entremise de ceux qui sont entre deux, bien que leur effet soit moins grand et moins sensible, à raison de ce qu'ils sont plus éloignés, et ainsi que le mouvement particulier de chaque corps peut être continuellement détourné tant soit peu en autant de diverses façons qu'il y a d'autres divers corps qui se meuvent en l'univers. • (Principes, III.)

On a dit que Desoartes avait imaginé ce système pour déguiser le mouvement de la terre dans un temps où il était ■ oopernicien à outrance. • On sait qu'en apprenant la condamnation de Galilée, il refusa de produire au jour son Traité du monde, qui ne fut publié qu'après sa mort. C'est là une de ces faiblesses dont ne sont pas exempts les plus grands caractères.

TOURB1LLONNAIRE adj. (tour-bi-llo-nère — rad. tourbilton). Qui appartient aux tourbillons.

— Mouvements, oscillations tourbillonnaires, Mouvements, oscillations produits simultanément en plusieurs directions, par un tremblement de terre.

TOUBILLONNANT, ANTB adj. (tour-billo-nan, an-te; Il mil.— rad. tourbillonner). Qui tourbillonne, qui tourne impétueusement : Dans la physique de Descartes, tout s'expliquait par des mouvements circulaires et des impulsions tourbillonnantes. ( Buff. ) Les trombes tourbillonnantes et les ouragans impétueux agitent l'immense lit des mers. (Virey.) Les roues tourbillonnantes retentissaient sur le sol. (Th. Gaut.)

— Fig. Qui entraîne impétueusement :

Peut-être est-elle comme moi plongée dans cette tourbillonnante agitation des sens. (Balz.) La tempête tourbillonnante des Etats-Unis en 1815 et celle de 1821 éveillèrent l'atiention de l'Amérique et de l'Europe. (Michelet.)

TOURBILLONNEMENT s. m. (tour-bi-llone-man ; // mil. — rad. tourbillonner). Action, mouvement d'un corps qui tourbillonne.

— Fig. Action vive, impétueuse, entraînante : Le tourbillonnement des affaires humaines.

TOURBILLONNER v. n. ou intr. (tour-bi- ISo-né; Il mil. — rad. tourbillon). Tournoyer comme un tourbillon : L eau frémira, bouillon' nera, tourbillonnera, à l'endroit vers lequel le bout de la trombe sera dirigé. (Butf.) Jean Reynaud croit à la vie future duns les mondes qiti tourbillonnent au-dessus de nos têtes; Piene Leroux, au contraire, croit à la renaissance dans l'humanité à laquelle nous appartenons. (L. Jourdan.)

L'aquilon siffle, et la feuille des bol» A flotB bruyants dans les airs tourbillonne. MlLLSVOTE.

— Fig. Se livrer, sur place, à une action rapide et continue : Les chercheurs d'avenir tourbillonnent autour du présent splendide. (V. Hugo.) H n'est pas de patience d'oreille que les avocats ne lassent, à force de tourbillonner dans le flux de leur oraison. (Cormen.)

— v. a. ou tr. Agiter, secouer : Je crains que l'air de Grignan ne vous gourmande et ne vous tourbillonne. (Mme de Sév.) Il lnus.

TOURBILLONNEUX, EUSE adj. (tour-bi- Uo-neu, eu-ze; Il mil. — rad. tourbillon). Plein de tourbillons, où il y a de nombreux tourbillons : Ilivièré tourbillonneusk. y Peu usité.

TOURBILLONNISTE s. m. (tour-bi-llo-niste;^ mil. — rad. tourbillon). Nom donné par dénigrement aux partisans du système des tourbillons imaginé par Descartes.

TOURCOING, ville de France (Nord), ch.-l. de cuti t., arroud.età 11 kiloin. de Lille ; pop. aggl., 30,004 hab. — pop. toi., 48,322 hab. C est une ville de fabriques et de manufactures. « Les principaux établissements industriels de Tourcoing, dit M. E. Pénel, sont : plus de 05 filatures (400,000 broches au moins) de laines peignées, cardées et mixtes, de coton, de lin et de soie ; plus de 25 peigneries mécaniques et à la main ; 50 à 55 fabriques de tapis moquettes, d'étoffes pour ameublement et de tissus en tout genre et en toute matière; des teintureries; des savonneries: une raffinerie de sucre; une usine pour 1 extraction' des corps gras des eaux savonneuses; des ateliers de constructiou de machines, etc. Le mouvement d'affaires auquel donnent lieu les productions de ces divers établissements peut être évalué à 170 raillions par an.

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Le nom de Tourcoing dérive, suivent quelques étymologiites, des deux mots celtiques tour, ker, qui signifient fort sur une hauteur. En dépit de cette origine, qui semblerait faire remonter la fondation de Tourcoing aux premiers temps de. la Gaule, on ne trouve pour ta première fois mention de cette ville que duns un diplôme de 1148. Les commencements en furent obscurs et difficiles; mais, dès la fin du xne siècle, Tourcoing paraît avoir possédé des fabriques d'étoffes de laine et des filatures très-renommées (1172). Trois incendies terribles, les ravages do la guerre et les dissensions religieuses ralentirent dans les siècles suivants l'essor de son industrie, mais sans l'arrêter, grâce à la persévérance des habitants. Lorsque Louis XI disputa a Marie de Bourgogne l'héritage de Cbarles le Téméraire, Tourcoing se fortilia à la hâte afin de résister aux Français ; il n'en tomba pas moins en leur possession en M77 et fut pillé et ruiné de fond en comble. Les guerres de religion du xvie siècle amenèrent rie nouveaux désastres : en 1556, les calvinistes révoltés eu firent le sac et le livrèrent aux flammes. Deux nouveaux incendies le détruisirent presque complètement en 1607 et en 1711; la fréquence de ce genre de sinistres à Tourcoing s'explique par la construction de la plupurt de ses maisons, recouvertes alors en chaume. En 1794, lors de la tentative d'invasion étrangère, si habilement déjouée du côté de la Flandre par les généraux Jourdan et Moreau, l'avant-garde du général Otto, chassée de Tourcoing qu'elle avait occupé le 17 avril, ne put même se rallier à sa division, qui avait été contrainte de se replier derrière le village de Léers , et le duc d'York, attaqué à Ronbaix, mis en fuite et poursuivi jusqu'à Watrelos, ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Tourcoing possède un collège communal, une chambre des manufactures, un hôpital des malades et un hospice pour les vieillards. Nous devons en terminant rappeler un préjugé aussi injuste que ridicule, qui se plaît à représenter les habitants de Tourcoing comme les Béotiens du Nord. Un poète de eaburet, connu sous le sobriquet de lirùle- Maison, l'a pris pour thème de ses chansons mordantes au xvme siècle. Nous n'avons pas besoin de dire que ces plaisanteries ne prouvent rien.

Nous avons à signaler à Tourcoing : l'église Saint-Christophe, reconstruite en grande partie en 1862, dans le style ogival du xve siècle et qui a conservé des débris du xn<-- et du xvie siècle, une belle flèche du xvie siècle et des pierres sépulcrale^ de la même époque ; l'église Notre-Dame, bâtie de 1845 à 1848 dans le style grec ionique et renfermant une chaire très-remarquable, un beau maître-autel et de jolis vitraux; l'église Saint-Jacques (xvne siècle); l'hôtel de ville, récemment reconstruit dans le style de la Renaissance; 1 hôpital, agrandi en 1885; la pyramide commémorative de la bataille de 1794, etc.

TOURD s. m. (tour— du lat.turdus, grive). Ornith. Nom vulgaire de la litorne. u On dit aussi TÛURDE.

— Ichtbyol. Nom vulgaire d'une espèce de labre.

TOURDE s. f. (tour-de). Art vétér. Tournis du mouton.'

— Ornilh. y. tooro.

TOORDELLE s. f. (tour-dè-le — dimin. de turdus, grive). Orniih. Nom vulgaire de la grive dans quelques pays.

TOUBDILLE adj. (tour-di-lle ; Il mil, — du lat. lurdiUus, dimin. de turdus, grive). Se dit d'une couleur grise particulière ; Un cheval gris TOURLILLB.

TOURDION s. m. (tour-di-on — rad. tour). Contorsion. U feu usité,

' TOURDON s. m. (tour-don — du lat. turdus, même sens). Ornith. Nom vulgaire de la grive.

TOUBDRE s. m. (tour-dre — du lat. turdus, même sens). Ornith. Nom vulgaire de la grive.

TOURELÉ, ÉE adj. (tou-re-lé — rad. tourelle). Ulas. Se dit d'une couronne crénelée, qui porte une figure de femme ou de génie.

TOURELLE s. f. (tou-rè-le — dimin. de tour), r'elite tour : Tour.is.lus en encorbellement. Monter dans la toukklle. Les untiques TOURiiLLiiS du c/iâteuu, ses murailles noircies et deyructèes pur te temps respiraient une tristesse gui convenait à la mienne. (Scribe.) Dès que l'uube a blanchi les nombreuses TOUHiiLles du château, il monte son cheval favori (E. Sue.) '

Une tourelle aux pigeons destinée.

Près d'une source ou d'un ruisseau qui fuit,

S'offre soudain, d'ardoises couronnée.

Campekok.

— Archit. Tourelle de dôme, Sorte de lanterne ronue établie sur Je massif du plan d'un dôme, et couvrant un escalier à vis.

— Mus. Chacune des parties cylindriques et saillantes dont est flanqué un buffet d'orgue, et qui imite d'ordinaire une tourelle en encorbellement.

— Art miiit. Carabine à tourelle, Ancienne carabine rayée.

— Mar. Petite tour en fer établie sur le

TOUR

pont de certains navires cuirassés, pour abriter des hommes ou une pièce d'artillerie.

— Navig. fluv. Chacune des pièces rondes jointes ensemble, entre lesquelles file l'amarre d'un bac.

— Bot. Syn. de tourette.

— Encycl. Les tourelles étaient généralement portées en encorbellement sur des culsde-lampe, des contre-forts, des niches ou des trompes. Au moyen âge, elles servaient de défense aux manoirs, qui ne pouvaient être munis de tours. Les tourelles ne commencèrent guère à être employées' que dans le xne siècle; aux siècles suivants, jusqu'au milieu du xvne, on en fit un très-grand usage ; mais alors la tourelle fut fermée et ne communiqua avec les logis que par des portes ; à chaque étage, elle enfermait une petite pièce circulaire, un cabinet; le plus souvent, elle contenait un escalier h vis pour communiquer du premier étage aux parties supérieures de l'édifice.

Les tourelles construites aux angles des édifices du moyen âge avaient une autre destination ; elles servaient d'ordinaire de guérites ou d'échauguettes ; on y plaçait te veilleur chargé du guet.

Le3 clôtures d'abbayes étaient souvent renforcées de tourelles aux angles , ou placées de distance en distance pour poster des guetteurs; la porte de l'abbaye du Mont- Snint-Michel-en-Mer offre un exemple de ce qu'étaient ces longs cylindres soutenus par des contre-forts. Ces constructions étaient couvertes avec des combles coniques en pierre, ou en charpente, ou simplement surmontées d'une plate-forme laissant plus deliberté aux défenseurs. Dans les villes, beaucoup d'hôtels et de simples maisons même possédaient des tourelles d'angle permettant de prendre des jours d'enfilade sur les rues, ou des tourelles engagées contenant des escaliers. Parfois aussi ces tourelles étaient simplement disposées pour gagner en dehors de la construction une petite surface servant de cabinet; c'est le cas des nombreuses (ourelies qui appartenaient à des édifices du vieux Paris et que les architectes du moyen âge et de la Renaissance se plurent à décorer de délicates sculptures. Chaque jour, ces derniers vestiges d'un art défuut disparaissent. ' L'édiliiè, en élargissant les voies, a remplacé officiellement, pour ainsi dire, la tourelle moyen âge par le pan coupé, qui est loin d'avoir le même pittoresque. En effet, ces constructions légères et comme suspendues aux flancs des vieilles demeures avaient, ainsi qu'on peut en juger encore aisément par celles qui restent, un côté artistique très-déterminé et qui flattait l'œil. Parmi les tourelles les plus connues à Paris, nous citerons : celles qu'on voyait rue Jean-Tison, rue de la Tixeranderie (celleci tenait à une maison que Scairon habita longtemps avec celle qui fut plus tard Mme de Maiutenon) ; il y en avait une autre place de Grève, et la légende voulait que la reine Marguerite (dite reine Margot), p'remière femme de Henri IV, y eût assisté, en amante héroïque, au supplice de son amant, le comte de Lu Mole, exécuté pour crime de haute trahison avec son complice Coconas. Une élégante tourelle, située à l'angle de la rue Percée, tenait à l'ancien hôtel de Fécamp et était revêtue intérieurement d'une boiserie sculptée de moulures et d'arabesques du xvie siècle- Citons encore la tourelle qui se dressait à l'angle de la rue de J'Ecolede-Méiiecine et de la rue Larrey, pour relever l'erreur dans laquelle tombaient journellement lespassants en prenant cette tourelle pour une dépendance de la maison où Marat fut assassiné par Charlotte Corday. Le célèbre Ami du peuple fut frappe, non pas dans cette maison, mais duns celle qui lui faisait suite. Toutes deux ont été démolies pour le prolongement du boulevard Saint-Germain (1870). La tourelle de la rue Larrey, où, d'après une autre légende, l'abbé Prévost aurait écrit son roman de Manon Lescaut, a été enlevée avec soin pour être réédifiée daus la cour de l'hôtel Carnavalet. La rue Hautefeuille possède encore une de ces tourelles à poivrière du xvo ou du xvie siècle ; elle dépend de l'hôtel où est né le poète Charles Baudelaire et qui appartenait en 1820 à son père. Une autre tourelle remarquable forme l'angle de la rue des Francs-Bourgeois et de la rue Vieilla-du- Temple. Malgré le maladroit badigeon qui la déshonore, elle reste à coup sûr un 'des plus charmants modèles du genre, par la finesse, la légèreté, la grâce des moulures extérieures; elle fermait de ce côté le grand enclos de l'hôtel Barbette, occupé en 1407 par lu reine Isabeau, en 1550 par Diane de Poitiers. Enfin d'autres tourelles, véritables bijoux d'architecture, font partie intégrante de monuments historiques, tels que l'hôtel de Sens, l'hôtel de Soubise, etc.

TO DU ELLE (Marie Simonnet, femme Hervb de La), l'heroine-d'une aventure scandaleuse à laquelle la veuve de Molière fut mêlée, en 1675. Cette aventure a été racontée, dans Ses détails les plus intimes, par l'auteur (in- ' connu, quoiqu'on l'attribue à une daine Boudin) du pamphlet intitulé : la Fumeuse cornéanime ou Histoire de ta Guérin , auparavant femme et veuve de Molière; elle a servi de sujet à un draine, la Fausse Clélie; le grand Corneille lui-même y a fait allusion dans sa

TOUR

comédie de Y Inconnu: le bibliophile Jacob en a fait un chapitre de ses Procès célèbres; enfin M. Taschereau en parle assez longuement dans son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière. C'est surtout d'après ces deux derniers auteurs que nous allons refaire, en l'abrégeant, ce récit romanesque.

Un président du parlement de Grenoble, François Lescot, ayant vu sur la scène de la Comédie-Française Arinande Béjart ou plutôt Mlle Molière (c'est ainsi qu'on appelait la veuve du grand comique), séduit par son talent et ses charmes, en devint follement amoureux. Or, MUa Molière, sans être tout à fait une femme galante, était assez décriée et passait pour ne point laisser languir ses adorateurs. Le président, à la recherche des moyens de parvenir jusqu'à elle, s'adressa à une dame Ledoux,» qui faisait métier, dit l' Histoire de la Guérin, d'arranger les personnes, d'aplanir les obstacles, de procurer des occasions. » La Ledoux, soit qu'elle ne jugeât pas l'affaire aussi facile, soit pour toute autre raison, ne voulut cependant pas perdre ses bénéfices probables; elle songea à une créature qu'elle avait sous la main, la Simonnet, dite La Tourelle, et resolutd'exploiter, de concert avec elle, la fantaisie amoureuse du président. La Tourelle était une jolie fille, fort aimable et qui, dévisage, ressemblait à MH* Molière si parfaitement, qu'on pouvait les prendre l'une pour l'autre.

Les deux femmes étaient bien faites pour s'entendre. La supercherie est arrêtée, préparée ; La Tourelle se fera passer auprès de l'amoureux président pour M"e Molière. A quelques jours de là, La Tourelle arrive dans une maison désignée M'avance par le soupirant. ■ Elle était vêtue simplement, dit l'Histoire de la Guérin, comme une personne qui craignait d'être reconnue ; elle imita la tournure de la veuve de Molière et prit ses airs nonchalants; elle parla de ses vapeurs, des ennuis du théâtre; elle fit valoir au président la complaisance qu'elle avait eue de venir dans un lieu dont le nom seul lui faisait horreur. Il répondit qu'elle n'avait qu'à prescrire la mesure de sa reconnaissance et que tout ce qu'il possédait au monde était d'avance en son pouvoir. La Tourelle fit l'opulente ; elle ne demanda qu'un collier pour sa fille. On alla sur-le-champ en choisir un chez un joaillier du quai des Orfèvres; La Tourelle se contenta d'un bijou de peu de valeur, et le président resta stupéfait de rencontrer tant de désintéressement dans une comédienne. »

Le président allait chaque jour rendre ses grâces à son idole; chaque soir il allait l'applaudir au théâtre ; mais il se gardait de lui adresser la moindre parole, de faire le moindre geste de reconnaissance. 11 ne fallait pas, avait dit La Tourelle, éveiller la médisance et la jalousie des autres comédiennes.

Un soir, cependant, le trop heureux amant voit tout à coup s'ébranler et puis s'écrouler son bonheur; il entend dire par de jeunes seigneurs habitués du théâtre que M"o Molière est en galanterie avec un de ses camarades, Guérin d'Etriehé. Aveuglé de jalousie; furieux, le président Lescot va sur le théâtre, où la mode était de placer les jeunes seigneurs," et cherche, dit Al. Taschereau, à parler secrètement à sa belle. Mllu Molière ne comprend rien à ses signes et ne fait aucune attention à ses discours, croyant avoir affaire à un fou. Enfin, la pièce terminée, il la suit dans sa luge et lui adresse les plus vifs reproches. M"e Molière lui ayant ordonné de se retirer, sa colère éclate, et il s'emporte contre elle au point de lui prodiguer les plus injurieuses invectives devant plusieurs comédiennes qu'elle avait fait appeler; il pousse même la fureur jusqu'à lui arracher le collier qu'elle portait et qu'il croyait être celui dont il avait l'ait emplette, On envoie chercher la garde, un commissaire, et le président est conduit en prison. Il en sortit le lendemain sous caution. ■

Si La Tourelle avait près d'elle et pour l'aider dans ses intrigues la femme Ledoux, Ml'e Molière était de sou côté guidée par une dame Châteauneuf, femme de bon conseil aussi, très-habile aux choses délicates qui s'élèvent entre seigneurs amoureux et comédiennes, très-apte surtout à régler certains marchés mystérieux. Elle conseilla doue à la veuve du grand comique de faire beaucoup de bruit, à propos de 1 affaire qui occupait et la cour et la ville, puis d'intenter un procès, de poursuivra à outrance le pauvre président. « Elle vit dans un procès intente au président Lescot, dit le bibliophile Jacob, une occasion toute trouvée de réhabiliter la vertu de sa cliente et peut-être le moyen d'en faire hausser le prix; elle pressa donc Mlle Molière de se porter partie civile. » -

L'affaire fut instruite. Mais les principales accusées, la femme Ledoux et La Tourelle, avaient disparu ; l'orfèvre auquel avait été acheté le collier prétendait reconnaître la veuve de Molière; le président Lescot persistait daus ses premières déclarations et criait bien hauta l'impudence de la comédienne; tout tournait contre la victime, qui malheureusement ne pouvait mettre eu avant sa vie passée comme garantie de son innocence. Cependant l'arrestation de la Ledoux, qui avoua la supercherie, puis celle de La Tourelle, en qui on reconnut une extrême ressemblance avec M'i» Molière, éclaircirent tout le mystère.

Une sentence du Châieiet, du 17 septem-

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bre 1075, condamna le président Lescot a déclarer, au greffe, en présence de la Molière et de quatre personnes telles que cette dame les voudrait choisir, • que, par inadvertance et méprise, il avait usé de voie de fait contre elle et tenu des discours injurieux mentionnés au procès, l'ayant prise pour une autre personne, de laquelle déclaration serait délivré acte a ladite Molière, » et à payer la somme de 200 livres, pour tous dommages et intérêts, frais et dépens.

Quant aux deux accusées, Jeanne Ledoux, veuve de Pierre Ledoux, et Marie Simonnet, se disant femme de Hervé de La Tourelle, la première « dûment atteinte et convaincue d'avoir produit,sous le nom de ladite Molière, ladite Simonnet ; • la seconde ■ d'avoir pris le nom de ladite Molière pour raison de cette •prostitution, • elles furent condamnées a être fustigées nues, devant la principale porte du Châtelet et devant la maison de Mlle Molière, puis bannies de Paris pendant trois ans, sous peine de la hart en cas de rupture de ban; elles devaient payer en outre, solidairement, 20 livres d'amende au roi et 100 livres de réparation civile, dommages et intérêts à M"o Molière.

Mais La Tourelle, plus heureuse en vérité qu'elle ne méritait, réussit à esquiver la rigoureuse sentence du Châtelet. Le président Lescot, confronté avec la comédienne et la courtisane, avait pu les comparer et les reconnaître; il était toujours amoureux, mais ce n'était plus de Mlle Molière, c'était l'aventurière qu'il aimait ; il lui avait pardonné et il ne se consolait pas de la voir sous les verrous! Après d'inutiles démarches pour la faire mettre en liberté avant son jugement, n'ayant pu rien obtenir du pôié des jugi-s, il s'adressa au geôlier : on simula une évasion, et la porte de la prison fut ouverte à l'effrontée créature, que le président emmena hors Paris et cacha comme un trésor dans le fond du Dauphiné...

• On se figure aisément, dit M. Taschereau, combien l'issue de ce procès dut rendre M"» Molière triomphante. Elle en ressentit d'autant plus de joie qu'elle espéra faire croire que tous les bruits qui avaient précédemment couru sur elle n'étaient pas plus fondés. »

Toure-iaura, chanson du xvie siècle. Voilà l'antique refrain tant répété par les chansonniers d'avant 1830, et la vieille chanson qui lui a donné droit de circulation en France. Quel est le sens de ces mots? on l'ignore, et on ne le saura probablement pas plus qu'on ne connaîtra la signification des lanturlurette et des farila dondé qui terminaient les intarissables inspirations des membres du défunt Caveau. Du reste, au point de vue musical, cette recherche n'offre pas plus d'intérêt que la découverte de l'origine du larifla moderne.

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la. Eh! Ion -lan la, tou- re lou - re!

DEUXIEME COUPLET

J'oublie en vous cherchant Mon troupeau, ma houlette.

Plaisir, amusement.

Sans vous, tout m'inquiète.

Oh gué!

Eh ! Ion lan la, etc.

bis.

inquiète! J

TROISIÈME COUPLET

Plaisir, amusement.

Sans vous, tout m Et, pour vous seulement, Résonne ma musette.

O gué!

Eh ! Ion lan la, etc.

bis.

TOUR

QUATRIÈME COUPLET

Et, pour vous seulement Résonne ma musette.

Ces refrains si touchants, C'est l'amour qui les prête, O gué!

Eh! Ion lan la, etc.

CINQUIÈME COUPLET

Ces refrains si touchants C'est l'amour qui les prête.

Vénus est, sûrement, Moins belle que vous n'êtes I O gué!

Eh! Ion lan la, etc.

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Si».

bis.

TOURER v. a. ou tr. (tou-ré — rad. tour), Techn. Tourer la pâte à feuilleter, La plier, la replier, l'abaisser sur un tour avec le rouleau.

— Argot. Renverser à la lutte : Sa figure merevienl et sa corporence aussi, car je gage que j'aurais peine à te tourer. (G. Sand.)

Se tourer v. pr. Etre touré : Cette pâle se toure mal.

— Argot. Lutter : Entre jeunes gens, répondis-je, il n'y a malice ni traîtrise ; on se touee à bras le corps, on tape où l'on peut. (G. Sand.)

TOURET s. m, (tou-ré — dimin. de tour). Techn. Petite roue à gorge, fixée sur Taxe d'un tour, et recevant la courroie qui pas^e sur le volant. Il Tour de graveur en pierres fines ; La marquise de Pompadaur aimait Carie Vanloo ; elle a été la bienfaitrice de Cochin; le graveur Gai avait son TOURET chez elle. (Dider.) II Outil de tour servant à tourner l'ivoire. Il Dévidoir ou rouet à l'usage des cordiers. Il Rouet à filer : Toureti entraient en jeu, fuseaux étaient tirés.

La Fontaihe.

Il Grosse bobine à dévider la soie. Il Pièce métallique de forme rectangulaire, portant des vis mobiles dans les petits côtés, et servant a divers usages, comme tendre une corde, etc. Il Petite tringle dont un bout porte une tête et dont l'autre est courbé en S.

— Manège. Gros clou à tête ronde, qu'on fixe dans les branches du mors.

— Mar. Cheville dans laquelle on passe l'anneau ou la courroie d'une rame de bateau.

— Ornith. Nom vulgaire du mauvis.

— Fauconn. Anneau double qui empêche les jets d'un faucon de s'embrouiller.

— Modes. Touret de nez, Sorte de petit masque noir.

TOURETTE s. f. (tou-rê-te — dimin. de tour, par allus. à la forme du fruit). Bot. Genre de plantes, de la famille des crucifères, tribu des arabidées, dont l'espèce type habite l'Europe et l'Asie moyenne : La tou- REttk prinlanière se couvre en avril de fleurs blanches, gui forment des touffes élégantes. (C. Dumâril.)

— Encycl. Les tourettes sont très-voisines des arabettes, dont elles se distinguent surtout en ce que les graines y sont rangées, dans la silique, sur deux séries parallèles, tandis qu'elles n'en forment qu'une seule dans les arabettes. La tourelle glabre, unique espèce du genre, appelée aussi arabetle perfotiée, est une plante bisannuelle, à feuilles radicales dentées ou roncinées, rétrécies à la base, velues, disposées en rosette, landis que les caulinaires sont alternes, entières, amplexieaules, sigillées, glabres et un peu glauques; les fleurs sont d un blanc jaunâtre, et les siliques-serrées contre la tige. Cette plante croît dans toute l'Europe et dans l'Asie centrale; on la trouve dans les lieux arides, sablonneux ou pierreux, où elle fleurit depuis mai jusqu'en juillet. Elle passe pour apéritive, carminutive, incisive et sudoriflque.

TOURETTES, village de France (Alpes- Maritimes), arrond. de Nice, sur un rocher aride et dominé par les ruines d'un château du xive siècle; 1,470 hab. Au N.-E. du village, sur une montagjie aride, se voient les restes d'un ancien bourg des Védiantiens, dont les Romains tirent une station militaire. Une tour et quelques pans de murs isolés sont tout ce qui subsiste do cet ancien bourg.

TOCRETTES-LEZVEN CE, village de France

(Alpes- Maritimes), cant. de Veuce, sur des rochers calcaires entourés de précipices; 1,027 hab. « Il a conservé, dit M. Ad. Joanne, les trois vieilles tours auxquelles il doit son nom, et ses anciennes murailles percées de 3eux portes qui lui donnent une physionomie tout à fait moyen âge. En dehors des murs se trouvent la place (maisons du xvie siècle), l'hôtel de ville, une fontaine publique et l'église (xive siècle), renfermant plusieurs tombes seigneuriales et deux tableaux assez curieux. A 3 kilora. au N. du village est situé le Caire, ancienne propriété de Masséna et du maréchal Reille. Dans les environs s'ouvre une gorge affreuse, précipice bordé de rochers à pic.

TOURFAPi, volcan de la chaîne des monts Tian-clian, sur la limite du Tut'kestan chinois eide la province chinoise de Kan-sou; par 43<> 30' de latit. N. et 87° 11' de longit. E. Cette montagne jette continuellement des flammes et de la fumée.

TOURFAN ou TOCRPAN, ville duTurkestan

TOUR

ctiinois, près des monts Tian-chan, à environ 300 kilora. O. de Khumii, entre deux rivières, par 420 59' de latit. N. et 88° 17' de longit. E.

TOURGÉVILLB, village de France (Calvados), cant. et arrond. de Pont-1'Evêque; 378 hab. L'église, qui date en partie du , xme ou du xjvb siècle, renferme de belles stalles sculptées et un curieux retable. Auprès de l'église se voient quelques restes du château du Hamel. Aux environs deTourgéville se trouve le château de Glatigny. » Construit, selon M. Joanne, à deux époques différentes, il présente deux styles bien distincts. La façade en bois qui regarde le S. est couverte de sculptures et remonte au commencement du xvie siècle. Les deux ailes, en brique et pierre, surmontées de jolies lucarnes et couronnées de gracieux épis en plomb, ont été élevées sous Louis X11I, ainsi que le mur N. et la jolie tourelle quadrangulaire qui surmonte la porte d'entrée. M. Pannier, le célèbre archéologue, a retrouvé récemment, sur l'une des ailes, la date de 1612. ■

TOURGUENEFF (Alexandre), historien russe, né à Simbirsk en 1783, mort à Moscou en 1845. Attaché d'abord au comité du conseil d'Etat chargé de l'élaboration d'un code administratif et judiciaire, il devint, jeune encore, secrétaire d'Etat au département des cultes étrangers. Dans cette haute position, deux grandes idées s'emparèrent de cet esprit profondément libéral et chrétien, qui devaient être jusqu'à la fin de sa vie le double objet de ses plus vives préoccupations : l'affranchissement des serfs et la diffusion des saintes Ecritures, qui venaient d'être traduites, par ordre de l'empereur, en langue vulgaire, et qu'on travaillait alors à répandre dans toutes les parties du vaste empire des czars. Sorti des affaires à la suite des troubles qui inarquèrent l'avènement de l'empereur Nicolas et qui l'atteignirent dans ses plus chères affections, il consacra. ses loisirs à rechercher dans les archives étrangères, k Paris, à Londres, à Rome, les documents intéressant l'histoire de son pays, et il en composa trois volumes, qui furent publiés à Saint-Pétersbourg dans les années 1843 et suivantes, sous le titre de Monumenta historùe pairie. En relation avec une foule de notabilités de tous les pays, Atex-andre Tourgueneff a laissé, en outre, une correspondance aussi vaste que variée, dont une partie a. été récemment publiée par son frère puîné. V. l'article suivant.

TOURGUENEFF (Nicolas), frère du précédent, publiciste russe et l'un des premiers et des plus ardents apôtres de l'émancipation des serfs, né à Simbirsk en 1789, mort au Vert-Bois ( Seine-et-Oise ) le 10 novembre 1871. Après de fortes études à Gœttingue, il entra dans le service administratif de son pays. Il s'y fit bientôt remarquer et fut délégué, en 1814, auprès du baron Stein, en qualité de commissaire russe en France.

Nommé conseiller d'Etat à sa rentrée en Russie, il se dévoua tout entier à la cause de l'émancipation des paysans, et, pour la mieux servir, il entra, en 1819, dans l'Union du bien public, ce qui lui valut d'être impliqué, pendant un séjour à l'étranger, dans la conjuration de 1825 et condamné à mort par contumace. Sa patrie lui' éttmt ainsi fermée, il s'établit d'abord en Angleterre et s'y lia avec Bentham et d'autres hommes illustres. En 1832, il vint se fixer à Paris, où il ne tarda pas à rencontrer également de nombreuses amitiés. L'aménité constante de son caractère, sa franche et généreuse hospitalité, son ardente sympathie pour toutes les souffrances avaient fait proiuptetnent de sa maison le rendez-vous d'un grand nombre d'hommes distingués, qu'il charmait eu outre par l'étendue et la variété de ses connaissances. C'était, eu effet, ainsi que l'a fort justement dit M. Hippolyte Passy, l'un des hommes les plus éclaires de son temps, comme il en fut l'un des meilleurs. Une grande joie était réservée à la tin de cet homme 3e bien : les portes de la Russie lui furent rouvertes par l'empereur Alexandre, et il put voir accomplir cette émancipation des serfs à laquelle il avait si ardemment travaillé.

Nicolas Tourgueneff avait publié dès 1818, presque au début de sa carrière, une Théorie des impàts, qui est encore considérée comme l'ouvrage le plus remarquable qui ait paru en Russie sur cette matière. Depuis son séjour en France il a successivement donné, en français : la Russie et les Russes (1847, 3 vol. in-8°), traduit en allemand; la Rus-r sie en présence de la crise européenne (1848, in-8°); Un dernier mot sur t émancipation des serfs en Russie (1860, in-8<>); et dans sa langue natale, de 1858 à 1869, plusieurs brochures sur les diverses réformes en Russie. Il préparait, quand il fut subitement arrêté par la mort , la publication des Lettres de son frère Alexandre. Un premier volume de cette correspondance, d'un puissant intérêt pourl'époque qu'elle embrasse, 1825-1845, à paru à Leipzig (1872, in-8°), en russe; deux autres restent a, publier.

TOURGUENEFF (Ivan), célèbre romancier russe, né a Orel le 9 novembre 1818. Après avoir fait ses études à Moscou et à Saint- Pétersbourg, il alla les compléter à l'université de Berlin (1838), où il se familiarisa avec la langue et la littérature allemandes.

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De retour dans son pays, il obtint un emploi au ministère de l'intérieur et consacra ses loisirs à la littérature. M. Tourgueneff commença à se faire connaître en publiant Panascha (1843), la Conversation (1844), recueil de vers, des poésies nationales et des articles dans diverses revues; une étude qu'il lit paraitre sur les œuvres de Gogol lui attira la sévérité de l'administration. Il perdit son emploi et fut exilé. M. Tourgueneff se rnndit en Allemagne (1847), puis à Paris. Grâce à l'intervention du grand-duc héritier Alexandre, aujourd'hui empereur de Russie, il put revenir en Russie. Toutefois, 'depuis cette époque, il a passé en France la plus grande partie de son temps. Ecrivant notre Tangue avec une rare élégance, il a publié quelquesuns de ses ouvrages en français et a pris part k la traduction de la plupart des œuvres qui l'ont rendu presque aussi . célèbre en France qu'en Russie. « M. Tourgueneff, dit Prosper Mérimée, n'appartient à aucune école ; il suit ses propres inspirations. Comme tous les bons romanciers, il s'est attaché à l'étude du cœur humain, mine inépuisable, bien que depuis si longtemps exploitée. Observateur fin, exact, parfois jusqu'à la minutie, il compose ses personnages en peintre et en poSte tout à la fois. Leurs passions et les traits de leur visage lui sont également familiers. II sait leurs habitudes, leurs gestes; il les écoute parler et sténographie leur conversation. Tel est l'art avec lequel il fabrique de toutes pièces un ensemble physique et moral, que le lecteur voit un portrait à la place d'un tableau de fantaisie. Grâce à la faculté de condenser, en quelque sorte, ses observations et de leur donner une forme précise, M. Ivau Tourgueneff ne nous choque pas plus que la nature, lorsqu'il nous présente quelque cas extraordinaire et anomal. Cette impartialité, cet amour do vrai, qui est le trait éminent du talent da M. Tourgueneff, ne l'abandonne jamais. 11 bannit de ses ouvrages les grands crimes, et il ne faut pas y chercher des scènes de tragédie. 11 y a peu d'événements dans ses romans, Rien de plus simple que leur fable, rien qui ressemble plus à la vie ordinaire, et c'est là encore une des conséquences de son amour du vrai. Parfois il se complaît trop dans des descriptions, très-vraies sans doute, mais qui pourraient être abrégées; il aime et il excelle à noter des nuances délicates, et dans ce travail, dont je ne méconnais ni le mérite ni les difficultés, il s'expose à laisser s'alanguir une action intéressante. M. Tourgueneff, profond scrutateur du cœur humain, a le talent d'observer et de décrire les sites et les effets de la nature. Toujours exact et simple, il s'élève souvent à la poésie, sans paraître la chercher, par la vivacité de ses impressions et l'art avec lequel il met en relief les traits caractéristiques de ses descriptions. Ses principaux défauts sont un peu trop de lenteur dans le développementde l'intrigue et l'exubérance des détails. Quoique personne ne saisisse et ne représente avec plus de vivacité les travers, les vices , les ridicules de son époque, on ne peut dire que M. Tourgueneff fasse des satires. Il ne sent pas ce plaisir malicieux qu'ont certains critiques à surprendre les faiblesses et les platitudes humaines. Sans parti pris, sans affecter une philanthropie banale, il est le défenseur des faibles et des déshérités; il aime à découvrir quelque trait qui les relève. Il me rappelle souvent Shakspeare. Il a son amour de la vérité; comme le poète anglais, il sait créer des figures d'une étonnante réalité ; mais, malgré l'urt avec lequel Tumeur se dissimule sous les personnages de son invention, on devine pourtant son caractère, et ce n'est peut-être pas son moindre titre à notre sympathie. »

Outre des poëmes, des drames, des comédies, des articles et des études publiés dans divers recueils, et dont un certain nombre ont paru dans la Revue des Deux-Mondes et la Reoue contemporaine, on doit a cet émiilent écrivain, qui a beaucoup contribué à nous initier aux idées et aux mœurs de la Russie, les ouvrages suivants : Souvenirs d'un chasseur (1852, 2 vol.), roman traduit en français sous le titre de Mémoires d'un seigneur russe (1854,in-16j, par M. Em. Charrière, et sous celui de Récits d'un chasseur (1858, in-12). C'est une suite de nouvelles ou plutôt d'esquisses pleines d'originalité, qui nous ont révélé les mœurs russes et ont eu une part considérable dans la grande mesure de l'affranchissement des serfs; Scènes de la vie russe, deux séries (1858, 2, vol. in- 12) , traduit par MM. Marinier etViardot; Une nichée de gentilshommes, mœurs de la vie de province (1859), traduit en français (1861, in-12); Jpmitri Roudine, suivi du Journal d'un homme ■de trop et de Trois rencontres (1862, in-12) ; Nouvelles scènes de la vie russe, Elena, Un

Ë rentier amour (1863, in-12), traduit par claveau; Pères et enfants, avec une préface de Prosper Mérimée (1833, in-12); Fumée (1868, m-18); l'Abandonnée (1872); Etranges histoires (1874, in-18); Nouvelles moscovites (1874, in-18), traduit par Mérimée ; Pounine et Bubowrine , roman d'un grand intérêt, publié dans le journal la Temps en 1875, etc. M- Ivan Tourgueneff a traduit du russe avec L. Viardot Jes Poëmes dramatiques d'Alex. Pouchkine,

TOURI s. m. (tou-ri). Espèce de trompette

en usage dans 1 Inde.

ÏOTJR

— Encycl. Le touri est une espèce de trompette en cuivre. Il forme l'accompagnement obligé de la nûteh, ou danse indigène, avec les kausias (ou cymbales), les sain (ou hautbois) et les scharigi (ou violons). Ce quatuor s'accorde assez bien avec deux autres instruments à cordes, un scitara et un dotara, dont les bayadères se servent habilement tout en dansant. Les bayadères étant un des ornements obligés des processions religieuses deslndous, il s'ensuit que le joueur de touri accompagne toujours aussi ces cérémonies. Le son du touri est plus bruyant que mélodieux; cependant, fondu avec les autres instruments qui l'accompagnent ordinairement, il ne laisse pas de produire une certaine harmonie qui a bien son charme.

TOURIE s. f. (tou-rï). Techn. Grosse bouteille de grès, entourée le plus souvent d'une garniture pour la garantir des chocs, et dans laquelle on transporte ordinairement des acides.

TOURIER s. m. (tou-rié — rad. tour). Portier d'une maison religieuse.

— Teehn. Ouvrier qui prépare et façonne la pâte des gâteaux.

TOURIÈRE s. f. (tou-rlè-re — rad. tour), Religieuse non cloîtrée, chargée des relations avec l'extérieur, et particulièrement du soin do faire passer par le tour ce que l'on y apporte : J'ai lié connaissance avec une tourière de ce couvent, et je pourrai bien faire tenir secrètement ce billet à doiia Francisco, (Le Sage.)

— Adjectiv. Sœur tourière, Sœur préposés au tour.

— Mère tourière, Religieuse chargée, à l'intérieur, de la surveillance du tour.

TOURIIA, rivière de la Russie d'Europe, gouvernement de Volhynie. Elle prend sa source dans le district età40kilom. E.-S.-E. de Vladimir, coule au N.-O., puis à TE., tourne un peu plus loin au N.-N.-E., traverse de vastes marais et se perd dans le Pripet après un cours de 190 kilom. environ.

TOURILLON s. m. (tou-ri-llon; Il mil. — rad. tour). Partie cylindrique autour de laquelle une pièce reçoit un mouvement de rotation : Les tourillons d'un treuil, d'une bascule, d'un canon. Dans tes machines oscillantes, le cylindre est porté par deux tourillons.

— Gros pivot sur lequel tourne une grosse porte ou un objet de forte dimension : Les tourillons d'une grille, d'un pont- levis.

— Parue mobile d'un touret qui sert à tendre et détendre une corde, et k quelques autres usages.

— Chacun des petits goujons sur lesquels se meuvent les lames d'une persienne.

" — Encycl. Les tourillons reposent sur des coussinets cylindriques concaves et servent à supporter l'arbre dont ils font partie. Dès que le mouvement de l'arbre commence, le contact entre le tourillon et son coussinet ne peut plus avoir lieu sur l'arête Inférieure ;le tourillon monte un peu sur le coussinet dans le sens du mouvement. Ce dérangement de la position naturelle d'équilibre est produit par le frottement qui s'exerce au contact des deux

surfaces. Soient OA la section transversale du tourillon, CC celle du coussinet, P la puissance appliquée tangentiellement à la circonférence du tourillon ou réduite au bras de levier OA, 0 la charge de ce tourillon, appliquée à son axe; les forces P et Q se rencon-

tion normale N'èt 'de la force de frottement /N.

Les deux conditions d'équilibre seront

/N = P et

R' = P> + Q» -L. 2pQ cos (P)QJ,

D'ailleurs, en désignant par ft le sinus de l'angle de frottement, on aura fH = /,R = p,

d'où R « j.

L'équation propre à déterminer P sera don 7

P1 l-~* — 2PQ cos (P,Q) - Q'=o.

Elle fera connaître P sans ambiguïté, puisque ses racines sont l'une positive et l'autre

négative. Connaissant P, on aura N = —

TOUR

et R = — . Si l'on veut connaître le point de

/i contact A, on pourra calculer l'angle de R avec la verticale par la formule

sin(P,Q) ~sin(Q,R); l'angle de OA avec la verticale sera

=■ + (Q,R). " Si l'on voulait avoir la valeur du travail du frottement pour un tour, on l'exprimerait par la formule

Sx/Nj,

t désignant le rayon du tourillon. Cette théorie s'applique, par exemple, au cas d'une voiture roulant sur un terrain horizontal et dont ' la charge porte sur l'essieu. Dans le cas d'un arbre retenu par une résistance tangentielle à sa circonférence, il faudrait tenir compte de cette résistance.

TOURILLON (col du), dit aussi col de PE- LO UZELLE, situé dans la partie française des Alpes, entre le Verdon et Ubaye, par 44° 21' de latit. N. et 40 31' de longit. E., à 2,705 mètres d'altitude.

TOCR1N, montagne de la Turquie d'Europe (Rouinétie), à 90 kilom. S.-S.-O. de Philippopoli. Elle se rattache, vers le N., au Despoto-Dagh.

TOURINSK, ville de la Russie d'Asie (Sibérie), gouvernement et à 125 kilom. 0. de Tobolsk, sur ta Toura; 4,000 hab. Commerce actif; foires importantes. Mines de fer aux environs. On la nomme encore quelquefois Epantchin, parce qu'elle remplace une ville tarture qui était soumise, à l'époque de la conquête par les Russes, à un prince du nom d'Epantcha.

TOURINSK (NUN1I-), bourg de la Russie d'Asie, gouvernement de Perm, district et à 72 kilom. de Verkhotourié, sur la rive droite de la Toura, qui y sort d'un étang. Hauts fourneaux très-considérables.

TOURION s. m. (tou-ri-on — rad. tour).

Grosse tour, il Vieux mot.

TOURISME s. m. (tou-ri-sme — rad. tour). Passion, habitudes de touriste : Ces heureux de la terre se sentent tout à coup piqués de la mouche du tourisme, contagion iuévitabte du monde élégant, (Ouichardei.) il Peu usité.

— Par exi. Touristes : Le tourisme, qui t'apprêtait à promener ses loisirs sur les bords du ithiii, eu est réduit à chercher ailleurs ses distractions. (Ph. Busoni.)

TOURISTE s. (tou-ri-ste — rad. tour).

Personne qui voyage par curiosité et désœuvrement: Un touriste. Une touriste. Ce petit puys est pauvre, mais pittoresque ; ce qui me pluit surtout, c'est qu'il est ignoré, et que nul touriste indiscret n'en, a jamais trahi-te mystère. (J. Samle.iu.) Les touristes anglais semblent n'avoir jamais rien vu ni rien imaginé. (G. de Nerv.) Dernièrement, un touriste anglais a cueilli et mangé dans un champ une prune qu'il a payée 50 florins. (V. Hugo.) Lus touristes ne croient qu'aux choses lointaines et célèbres. (G. Sand.) La plupart des touristes français prennent pour but de leurs excursions ta Suisse ou l'Italie. (H. Berihoud.) 11 Le féminin est peu usité.

— Adjectiv. : En notre qualité de voyageurs touristes et curieux, 7ious demanderons et nous saurons, sans doute, la destination de ce maynifique établissement. (E. Sut:.) C'était un de ces Anglais touristes, qui mangent toute leur fortune envoyage. (Alex. Dum.) Les rimeurs ennuyés et les milords touristes,

Lei petits lords Byrons fondent de toutes parts Sur ton cadavre a terre, 6 mère des Césars 1

Ta. Gautier.

— Encycl. Du temps des diligences et des coches d'eau, le touriste existait à peine ; il n'y avait que des voyageurs. On se croyait oblige de laire son testament avant de prendre la diligence de Bordeaux à Paris, et un déplacement entrepris dans ces conditions ne pouvait guère passer pour un voyage d'agiémeut. Cependant, le goût des excursions pittoresques est naturel; l'attrait des beaux sites, des riants paysages a toujours été aussi fort, et si l'on y résistait, c'était qu'on ne pouvait faire autrement. Malgré le manque de moyens faciles de communication, le xviue siècle a vu J.-J. Rousseau donner le premier exemple aux touristes par ses longs voyages pédestres en Suisse et en Italie, qu'il accomplissait le sac sur le dos et le bâton à la main, se nourrissant de pain bis, de laitage et de cerises, en véritable enfant de lu nature. Il y a encore nombre de touristes de ce genre qui parcourent ainsi la ijretagne, la Suisse, l'Auvergne ou tout simplement la forêt de Fontainebleau ; ce sont les peintres en quête de paysages et a'elfets de soleil ; mais ils ne consument pas ta véritable espèce des touristes dont l'essence même est d'être désœuvrés et qui ne se mettent en route que pour le plaisir du voyage, ou même pour pouvoir dire qu'ils ont voyagé.

Quiabu boira, dit le proverbe; qui a voyagé voyagera. Le- touriste pur sang se sent agité, à la belle saison, des mêmes inquiétudes que l'oi&eau de passage à l'epuque des migrations. 11 faut qu'il parte, qu'il aille n'importe où, droit devant lui. En même temps que les hirondelles nous reviennent, on voit les touristes

s'acheminer en longues liles vers les Alpes ou les Pyrénées ; chaque année, leur nombre va croissant, si bien même qu'ils ont tini par transformer l'aspect de leurs rendez-vous habituels. Partout où va le touriste, il lui faut, en effet, des auberges dont l'hospitalité plus ou moins écossaise le guette au passage ; en Suisse, par exemple, la marée montante des auberges, escaladant chaque année un étage de plus, envahit jusqu'aux cimes les plus abruptes; elles dressent leurs tables et font tourner leurs broches là où le chamois, il y a dix ans, se croyait en sécurité. On casse le roc, on ouvre des tranchées, on suspend des maisons au-dessus de tous les torrents, on en colle aux flancs de toutes les montagnes. Des populations entières n'ont qu'une occupation : donner à boire et à manger aux touristes.

Le touriste est de tous les sexes, de tous les âges et de tous les pays. « Cette espèce, dit H. Taine, comprend plusieurs variétés qu'on distingue au ramage, au plumage et à la démarche. La première a les jambes longues, le corps maigre, la tête penchée en avant, les pieds larges, les mains vigoureuses, excellentes pour serrer et pour accrocher. Elle est munie de cannes, de bâtons ferrés, de parapluies, de manteaux, de pardessus en caoutchouc. Elle méprise la parure, se montre peu dans le monde, connaît parfaitement les guides et les hôtels. Elle arpente le terrain d'un façon admirable, inonie avec selle, sans selle, de toutes les manières possibles, toutes les bêtes possibles. Elle marche pour marcher et pour avoir le droit de répéter quelques belles phrases toutes faites. Ses impressions de voyage se traduisent ainsi : 391 lieues en un mois, tant à pied qu'à' cheval et en voiture, onze ascensions, dix-huit excursions; usé deux bâtons ferrés, un pardessus, trois pantalons, cinq paires de souliers. Pays sublime; mon esprit plie sous ces grandes émotions. La seconde variété comprend des êtres réfléchis, méthodiques, ordinairement portant lunettes, doués d'une confiance passionnée en la lettre imprimée. On les reconnaît au Manuel-guide qu'ils ont toujours à la main. Ce livre est pour eux la loi et les prophètes. Ils mangent des truites aux lieux qu'indique le livre, font scrupuleusement toutes les stations que conseille le livre, se disputent avec l'aubergiste lorsqu'il leur demande plus que ne marque le livre. On les voit, aux sites remarquables, les yeux fixés sur le livre, se pénétrant de la description et s'informant au juste du genre d'émotion qu'ils doivent éprouver; d'abord la surprise, un peu plus loin une impression douce, au bout d'une lieue l'horreur et le saisissement, à la fin l'attendrissement calme. Ce sont les touristes dociles. La troisième variété marche en troupe et fait les excursions en famille. Vous apercevez de loin une grande cavalcade tranquille : le père, la inère, deux filles, deux grands cousins, un ou deux amis et quelquefois des ânes pour les bambins. Onfouette les ânes qui sont rétifs; on conseille la prudence aux jeunes gens fougueux ; un coup d'œil retient les jeunes demoiselles autour du voile vert de la mère. Les caractères distinctifs de cette variété sont le voile vert, l'esprit bourgeois, l'amour des siestes et des repas sur l'herbe. Elle est remarquable par sa prudence, ses instincts culinaires et ses habitudes économiques. On s'arrêie dans un endroit choisi dès la veille; on débarque des pâtés et des bouteilles ; si l'on n'a rien apporté, on va frapper à la cabane voisine pour avoir du lait et 1 on s'étonne de le payer trois sous le verre. On trouve qu'il ressemble fort au lait de chèvre, et l'on se dit, après avoir bu, que l'écuelle de bois n'était pas très- propre. Un regarde curieusement l'étable noire, à demi souterraine, où les vaches ruminent sur un lit de lougère ; après quoi, les gens gros et gras s'asseyent ou se couchent. L'artiste de la famille tire son album et copie un pont, un moulin et autres paysages d album. Les jeunes tilles courent en riant et se laissent tomber essoufflées sur l'herbe; les jeunes gens courent après elles. Cette variété, originaire des grandes villes, principalement de Paris, veut retrouver aux Pyrénées les parties de plaisir de Meudon et de Montmorency. Quatrième variété : touristes dîneurs. Ceux-là voyagent aussi en famille et ne visitent guère que les hôtels. Le père est un de ces bourgeois fleuris, ventrus, importants, dogmatiques, bien vêtus de drap fin, conservateurs d'eux-mêmes, qui forment leurs cuisinières, arrangent leur maison en bonbonnière et s'installent dans leur bien-être comme l'huître dans sa coquille. Us entrent avec stupeur dans la salle obscure où des bouteilles demi-vides errent parmi des plats refroidis. La nappe est tachée, les serviettes d'un blanc douteux. Le ~\ père est saisi d'indignation, les autres se regardent douloureusement; les plats arrivent à la débandade, tous manques. Ils se servent, tournent leur viande dans leur assiette, la contemplent et ne mangent pas. L'hôtelier réclame 18 francs. Sans dire un mot, avec un geste d'horreur concentré, le chef de famille paye, puis, s'approchant de sa femme, il lui dit : « Vous l'avez voulu, madame! » Au départ, il épanche ses plaintes dans le sein du conducteur de la diligence; il lui déclare que la compagnie périra si elle continue de relayer chez de pareils empoisonneurs. Il espère que des maladies emporteront bientôt des gens si malpropres. On lui dit que dans

TOUR

le pays tout le monde est comme cela et-qu'on y vit gaiement jusqu'à quatre-vingts ans. Il lève les yeux an ciel et renfonce son chagrin. Cinquième variété, rare : touristes savants. Un jour, au pied- d une roche humide, je vis venir à moi un petit homme maigre, avec un nez en bec d'aigle, un visage tout en pointe, des yeux verts, des cheveux grisonnants. Il avait de grosses guêtres, une vieille casquette noire ternie par ta pluie, un pantalon boueux aux genoux, sur le dos une boîte de botanique bosselée, une petite bêche à la main. Par malheur, je regardais une jolie plante, à la longue tige droite bien verte, à corolle blanche, délicate, qui croît autour des sources perdues; il me prit pour un confrère novice: « Plante ordinaire, monsieur, me » dit-il; commune aux environs de Paris; » pamassia palustris; tige simple, dressée, » haute d'un pied, glabre, feuilles radicales » pétiolées, les caulinaires engainantes, sessi- » les, cordiformes ; fleur solitaire, blanche, ter- > miuale, ayant le calice à feuilles lancéo-

• lées, les pétales arrondis, marqués de lignes » creuses, les nectaires ciliés et munis de glo-

• bules jaunes; elléboracée; ces nectaires

■ sont curieux. Bonne étude; plante bien » choisie. Courage, vous avancerez. — Mais » je ne suis pas botaniste. — Très-bien; vous » êtes modeste. Pourtant, puisque vous êtes

■ aux Pyrénées, il faut étudier la flore du » pays ; vous n'en retrouverez plus l'occasion. » Il y a ici des plantes rares qu'il faut abso- » lument emporter. J'ai cueilli auprès d'Oleth » la menxiesra Daboeci; trouvaille inestima-

• blel Je vous montrerai chez moi la ramon-

• dia pyrenaïca, une solanée qui a le port des » primevères 1 J'ai gravi le mont Perdu pour » retrouver le ranunculus aeonitifohus, qui » croît à 2,700 mètres I... » Sixième variété, très-nombreuse : touristes sédentaires. Ceuxlà regardent les montagnes de la fenêtre de leur hôtel ; leurs excursions consistent à passer de leur chambre dans le jardin anglais, du jardin anglais à la promenade. Ils font la sieste et lisent leur journal étendus sur une chaise ; après quoi ils ont vu les Pyrénées. »

"M. H. Taine néglige une septième variété de touristes, celle à laquelle il appartenait lui-même lorsqu'il écrivait cette page humoristique, les touristes intelligents, qui voient autre chose que les hôtels et les tables d'hôte, qui ne calculent pas leurs émotions d'après ht nombre des bouteilles vidées, des truites dévorées et des paires de bottes usées, qui s'amusent des petits désagréments du voyage, des ridicules de leurs compagnons et qui trouvent amener, durant quelques mois cette vie errante, pleine d'imprévu, une salutaire diversion à leurs études et à leurs travaux.

TouriMe» (les), comédie en trois actes et en vers, de M. Ernest Serres; théâtre de l'Odéon. C'est une comédie agréable, bien construite, assez bien écrite et qui, malgré l'inexpérience de l'auteur, a été justement applaudie. Un certain duc de Planètes, fort riche, mais désabusé de la vie depuis qu'il a été trompé dans ses illusions, sa plaît à parcourir le monde comme un nouveau Juif errant, sans jamais prolonger son séjour dans les villes, de peur de lier aucun commerce avec les hommes. Il arrive ainsi à Bade, où tout le monde, sans le connaître, est prévenu de son arrivée. Chacun désire voirie fameux duc de Planètes; mais comment le distinguer au milieu de la foule ? Lui-même est interrogé comme tous les autres ; on lui demande s'il connaît le célèbre misanthrope, et il se plaît à dérouter toutes ces curiosités empressées. « Mais àce.jeu, dit Th. Gautier, notre misanthrope perd sa rudesse et son indépendance; il devient amoureux d'une charmante jeune fille qui, seule précisément, déteste le duc de Planètes à cause de son humeur vagabonde. Pour comble de malheur, une de ces dames trouve par hasard le portrait lithographie de l'illustre voyageur et l'apporte triomphante au milieu du salon! Le duc va s'éloigner tout confus.... Mais quoil peut-il partir sans exprimer un regret à la jeune fille dont les grâces l'ont séduit? peut-il ne pas lui dire que, pour rester auprès d'elle,- il renoncerait volontiers à son existence cosmopolite? Non, certes; pas plus qu'elle-même ne peut -hésiter à lui donner sa main; car. quelle femme refuserait de devenir duchesse, et duchesse dp Planètes encore, un si beau nom! » Ce qui donne de l'animation à cette petite comédie, si légère d'intrigue, c'est la foule de personnages que l'auteur a su maintenir presque constamment en scène. Enfin, les vers eux-mêmes, quoique souvent trop faciles, ne manquent pas d'une certaine grâce.

Tourbmoalehat (TRAITS DB) , nom donné au traité conclu, en 1828, entre la Russie et la Perse, après les victoires de Taskewitch.

TOURLA, col des Pyrénées, entre le département français des Hautes-Pyrénées et la province espagnole d'Aragon, au S.-S.-O. de Uauterets, vers la source du Gaube.

TOURLAVILLE, bourg de France (Mcinche), cant. d'Octeville, arrond. et à 4 kilom. de Cherbourg; pop. aggl., 1,467 hab. — pop. tôt., 5,543 hab. Ce bourg était autrefois le patrimoine des seigneurs de la famille des Ravalée, à laquelle sa rattachent des souvenirs sinistres. Le château de Tourlaville, bâti à 1 kilom. au S. du bourg, vers la un du xvie siècle, est entouré de massifs d'arbres

TOUR

qui lui donnent un aspect somore et isolé. Avant de dire un mot de la principale légende qui s'y rattache, nous devons en donner une description sommaire et résumer son histo re. Ce château conserve encore aujourd'hui un grand cachet d'élégance et de majesté. Voie1 la description qu'en fait M. Th. du Moncel : • Le château de Tourlaville otfre encore les douves et les tourelles des anciens châteaux forts ; mais, au lieu de parapets crénelés, de mâchicoulis et de meurtrières, on y voit des toits élégants, des corniches habilement moulées et des fenêtres spacieuses; au lieu des oubliettes et de ces salles voûtées organisées pour la défense, ce Sont de charmants salons dorés et décorés de peintures dans lesquelles l'Amour, Vénus et les Grâces ont remplacé les souvenirs de l'ancienne chevalerie. » La façade, du côté du préau, se montre avec une certaine coquetterie, précédée des ruines d'une vieille tour, seul débris du château primitif. De ce côté, les lucarnes sont plus ornées ; les fenêtres de la façade, soutenues latéralement par des colonnes corinthiennes, ont un entablement complet; les portes sont d'ordre ionique, et les soupiraux des caves sont du goût le plus exquis.

» Le château, bien- qu'assez grand, est presque entièrement occupé par quatre grandes salles, deux au rez-de-chaussée, deux au premier étage, dans lesquelles on retrouve les cheminées à large manteau du moyen âge.

• La partie supérieure de la tour des Quatre-Venls renferme deux salons décorés de plafonds à compartiments et de panneaux peints et sculptés dans le style et le goût du temps. Mais, des différentes pièces du château, c'est la chambre bleue, située au premier étage de la tour ronde, qui a conservé le plus de physionomie; on y retrouve le lit, la cheminée et même une glace, la seule qui existe dans tout le château; le plafond est décoré de médaillons et d'arabesques, parmi lesquels on voit le chiffre des Ravalet; diins les panneaux du lit, on reconnaît une vue de Cherbourg. >

Sur les murs et les plafonds de chaque appartement se lisent des maximes amoureuses ou des inscriptions bizarres dans le genre de celles-ci : i Ce qui me donne la mort me donne la vie.'... Sa froideur me glace les veines et son ardeur brûle mon cœur.... Même en fuyant l'on est pris, etc. »

Le château de Tourlaville appartint longtemps à une famille dont tes aventures tragiques justifient et expliquent suffisamment, comme on va en juger, la mauvaise et fantastique réputation de ce manoir. Nous voyous d'abord un Ravalet,seigneur de Tourlaville, assassiner son frère. Puis c'est un autre Ravalet qui fait pendra ses vassaux aux gibets du château, pour punir ces malheureux de n'avoir pas fait moudre leur blé au moulin seigneurial. Suivant l'historien Delalande (les Guerres de religion dans la Manche), c'est sur un Ravalet de Tourlaville que plana l'horrible soupçon d'avoir enlevé la femme d'un de ses écuyers et de l'avoir, après une orgie de nuit, tuée^à coups d^ boule au milieu d'un jeu de quilles, dans un des fossés du château, où on la trouva au jour sanglante et inanimée. Plus tard, un Ravalet, afin de se venger du sire de Houtteville, dont les ânes sont venus accidentellement paître dans un des prés de son château, incendie deux de ses meilleures fermes. C'est un Ravatet, ligueur enragé, qui, pour se débarrasser d'un curé de Tourlaville qui censure ses vices, l'assassine de sa propre main, le jour de Pâques, au pied même de l'autel. Enfin, cette série de crimes se clôt par celui qui conduit la belle Marguerite de Ravalet et Julien, son frère, à porter leur tête, en place de Grève, sous la hache du bourreau (2 décembre 1603; V. le Supplément au registre du journal de Henri V de L'Estoile). Enfin, quelques années après, nous trouvons un arrêt du parlement de Rouen qui condamne à la peine de mort cinq domestiques d'un Ravalet de Tourlaville pour avoir assassiné leur maître dans la grande salle du château. C'est à l'époque de sa possession par cette famille que se place la plus importante légende du château de Tourlaville, que nous trouvons racontée avec un grand charme par M. de Pontauinout et que nous résumerons d'après lui. Le nouveau propriétaire de Tourlaville, baron de Gyé, Kranquetot et autres lieux, était un jeune et élégant seigneur de la cour de Louis XIV ; très-épris d'une jeune héritière nommée Sidonia de Lenoneourt, dont trois grands seigneurs se disputaient la main, le comte de Maulevrier, le marquis de Villeroyet le marquis de Courcelles, M. de Franquetot s'était mis en tête ds l'emporter sur ses rivaux à force de luxe et de fê-es données à la jeune divinité dont il briguait la possession. A^rès avoir épuisé les plaisirs de la ville, il acheta le château de Tourlaville uniquement pour y donner un bal champêtre sans précédent; la belle Sidonia y vint, dansa à ravir, mais n'en prit pas moins à part, au plus beau moment de la fête, sur une des terrasses du château, le baron de Gyé, pour le prier de renoncer à sa main. Or, au moment où M. de Fi anquetot désolé se confondait en doléances pour vaincre la cruauté de la jeune femme, celle-ci poussa un cri; une de ses mules, auxquelles elle tenait par-dessus tout, car elles étaient un présent royal, venait de glisser et de disparaître à travers une lézarde existant

TOïfjR

au pavé de la terrasse' du vieux manoir. Cette lézarde communiquait à des souterrains où de mémoire d'homme fn ne pénétrait plus ; car nul ne se sentait lé courage d'entreprendre une descente aussjf périlleuse..., nul, excepté te courageux baijbn de Gyé, qui vit là un moyen infaillible de gagner la partie et d'emporter d'assaut lelcœur de Sidonia. Il se fit attacher solidemejit une eorde autour du corps; on se dirigea vers une tourelle dont la porte basse étabt hérissée de buissons; il se fraya un passage à travers ces épines en y laissant en otage des lambeaux de ses vêlements et arriva au bord d'un soupirail dans lequel il descendit' en donnant ordre de filer la corde jusqu'au bout; Sidonia pleurait d'attendrissement 1 Pendant ce temps le baron descendait toujours, quand, la corde étant presque à sa fin (bien que mesurant 100 brasses), ■ il sentit sous ses pieds un cimetière hérissé de squelettes ensevelis sous un voile de plantes étranges. Là, une multitude de reptiles s'agitaient -dans une nuit profonde. Le baron allongea cependant courageusement la main sur ce terrain immonde pour y rechercher la mule de Sidonia. • Enfin, après une série d'effets surnaturels qui f lacèrent le courageux sauveteur, vibrations 'une cloche souterraine, glas sinistre, sons mélodieux d'une harpe, apparition d'un fantôme blanc (Miirguerite de Ravalet, Sans doute), cris étranges, longs éclats de rire, etc., ie baron parvint à trouver la mule et remonta radieux au grand jour. Mais Sidonia avait disparu ; ayant fait définitivement choix de Courcelles pour mari, la belle venait de partir avec lui pour Paris, sans attendre sa mule. Telle est la moralité de la légende. Le château de Tourlaville, qui conserve toujours pour les paysans des environs sa renommée tragique et sinistre, appartenait récemment à M, de Toequeville, dans la famille duquel il se trouve encore aujourd'hui. Son histoire a été écrite par M. du Moncel : le Manoir de Tourlaville (Paria, 1850).

TOWRLET (René), écrivain et helléniste français, né à Amboise (Indre-et-Loire) en 1758, mort àCharonne, prèsde Paris, en 1836. Après avoir complété ses études à Paris et à Montpellier, où il étudia les sciences et la médecine, il voyagea à l'étranger, puis vint se fixer à Paris vers 1798. Là il exerça d'abord la médecine, devint membre du comité de vaccine et s'attacha à propager la découverte de Jenuer. A cette même époque (1799), TourleL fut attaché à la rédaction littéraire du-JI/oRiteur, auquel il fournit jusqu'en 1814 un graud nombre d'articles sur des matières très-diverses, notamment sur l'histoire, les voyages, les sciences, la littérature proprement dite. En outre, il collabora aux Annales littéraires et au Magasin encyclopédique, où ses articles pleins de sens et de goût furent également remarqués. Ces' travaux multiples ne l'empêchèrent pas de se livrer avec ardeur k son goût pour les études helléniques, et il publia plusieurs traductions estimées our leur exactitude. Nommé professeur à Ecole des chartes en lâ29, il fut en outre attaché aux archives, où il resta jusqu'à sa mort. Tourlet a collaboré au Tableau historique et pittoresque de Paris, publié sous le nom de B. de Saint-Victor (1808-1812, 3 vol. in-4<>). Il a donné des traductions de la Guerre de Troie, poème en douze chants de Quintus de Smyrne (1800, 2 vol. in-8°); des Odes de Pindure, avec texte (1818, 2 vol. in-8°) ^ des Œuvres complètes de l'empereur Julien (1821, 3 vol. in-8°), traduites pour la première fois en français.

TOURLOUROU s. m. (tour-lou-rou. — V.

l'étyni. à la partie encycl.). Pop. Soldat de la ligne : Laisse donc les mœurs aux épiciers, aux simples tourlourous. (Balz.) A chaque lazsi, lu partie la plus impressionnable des assistants, par exemple le gamin, le tourlourou, la bonne d'enfant, ripostait par un gros rire. (Cl. Robert.) Le vrai flâneur, c'est le bon, le pur tourlourou. (L. Huart.)

— Crtist. Nom vulgaire des crabes de terre ou gécarcins : Les Caraïbes et les nègres des îles Antilles se nourrissent de tourloubous. (V. de Bomare.)

— Encycl. Ce sobriquet ne se donne qu'aux soldats d'infanterie du centre, car toujours et quand même le grenadier est grenadier, et le voltigeur, voltigeur. Ces quelques lignes font connaître le sens qu'on attribue ordinairement à l'expression tourlourou.

Nous empruntons à M. Francisque Michel (Etudes de philologie comparée sur l'argot) l'origine du mot tourlourou. ■ Ce mot, dit-il, qui a très-peu changé depuis le xvue siècle, où l'on disait turelureau, signifiait alors bon garçon, gaillard, badin, comme l'italien turluru, et viendrait de l'habitude de chanter qui caractérise les gens de cet heureux tempérament. Loure, en effet, désignait autrefois une cornemuse, et toure loure est un refrain fréquemment employé dans les refraius populaires. C'est celui de la chanson d'un gueux, imprimée dans la Suite du théâtre italien 'étlit. de 1697, tome HI, p. 453) :

Grand Dieu, qui faites pour le mieux, yui m'avez <lomié la grlco *~w De riche devenir gueux,

Dont j'en porte la besace,

TOUR

Moi qui n'ai souci de rien.

Ni du mal ni du bien ; Toure loure, lourirette, Lironfla. toure lourira.

De là turelure, dans le sens de chanson : Faut toujours ly payer sa dlme, Ses messes, Bes entarremens.

Ses services, les sacrements ; C'est toujours la même turhere.

(Deuxième harangue à M<jr. Varchevftjtie de Paris, etc. Pièces intéressantes, etc., !'• partie, p. 43.)

Le mot tourlourou a conservé dans le langage militaire le sens qu'avait autrefois le mot turelureau.

Le jeune indigène que la loi du recrutement arrache à la charrue ou à l'atelier, le conscrit, en un mot, à peine arrivé au régiment, est connu sous le nom de jean-jean. Son éducation militaire est complètement à faire : il ne sait ni marcher au pas, ni partir du bon pied au commandement; il est embarrassé de l'uniforme, qu'il porte avec une gaucherie dont les caricaturistes ont tiré si grand parti. Mais il se dégrossit peu à peu, il passe de l'école du soldat, qu'il connaît, à l'école de peloton, qu'il va étudier. A ce moment, le jean-jean est devenu pioupiou (v. ce mot). Le tourlourou est aussi un pioupiou, muis un pioupiou plus parfait que le pioupiou ordinaire, un pioupiou élégant.

• Au résume, le tourlourou est un bon enfant, coquet, farceur, généreux, courtois, déluré, intrépide et voluptueux; c est un lion à la mamelle, un viveur en herbe, un gantsjaunes encore inédit. Bemadotte, Bêssières, Brune, Junot, Lannes, Lefebvre, Murai, Rapp et une foule d'autres que je pourrais nommer ont commencé par être tourlourous, ce qui ne les a pas empêchés de devenir roi, prince, duc, comte, baron, et autre chose par-dessus !e marché, i (Emile Marco de Saint-Hilaire, Physiologie du troupier.) Le tourlourou est le soldat d'avenir. C'est toujours le tourlourou que vous apercevez dans les promenades publiques, le regard vif, ia moustache bien, cirée, propre et net des pieds à la tête, la taille pincée, lançant des œillades de ci de là?s'asseyant surun banc, comme par hasard, jouant avec des bébés roses, qu'on ne lui a pas confiés, les amusant, les caressant, s'approcbant insensiblement de leur gardienne, de leur bonne, manœuvrant doucement, mais avec sûreté, jusqu'à ce qu'il ait entamé une conversation, toujours sentimentale, avec la jeune fille fraîche et coquette, qu'il a guettée depuis longtemps. 11 est rare que quelque pioupiou passant à ce moment ne jette un regard d'envie sur le tourlourou, dont il ne comprend ni l'audace ni la témérité.

— CruSt. V. GÉCARCIN.

Tourlourou (un) , par M. Paul de Kock (1837). Une grande dame, la duchesse de Vaiouski, après être restée dix-huit ans à l'étranger, écrit à une de ses amies, Mme de Stainvilie, pour lui annoncer son retour et lui apprend en même temps qu'en quittant la France elle a laissé dans une auberge « l'objet de ses plus chères affections et qu'elle est fort en peine sur la destinée de ce dépôt confié à la femme de l'aubergiste. ■ Dans la même auberge, depuis la même époque, a été élevée une jeune fille dont on ne connaît pas ■ les parents. De ce rapprochement, M""* de Stainvilie conclut que t l'objet des plus chères affections de la duchesse « ne peut être qu'un enfant et que cet enfant ne peut être que Marie, la tille d'auberge, et, sur cette conjecture, elle bâtit un roman qu'elle met en action. Elle emmène Marie, la fait habiller comme une duchesse et prend toutes les mesures nécessaires pour la transformer en jeune fille du monde, métamorphose qui ne sera pas difficile, car Marie accuse dès le plus jeune âge des instincts de coquetterie. Ces instincts Lui ont fait repousser un beau, bon et brave garçon du village, Pierre, qui s'est engagé de désespoir, parce qu'elle ne voulait pas l'épouser.

Deux intimes de Mme de Stainvilie, Danlay, un viveur ruiné, et Bellepêche, un célibataire sur le retour, complotent d'enlever Marie et de s'assurer ainsi la fortune de la duchesse par un mariage devenu nécessaire. Grâce à des circonstances singulières, comme sait les faire naître Paul de Kock, tous deux réussissent l'un après l'autre à enlever Marie ; mais, au moment où ils vont lui ravir l'honneur, Pierre se trouve toujours à point pour la sauver. Un troisième, le comte d'Aubigny, à la tête duquel la jeune tille se jette, se laisse entraîner, et la vertu'de Marie fait naufrage : Pierre n'était pas là. Marie retourms chez Mm«' de Stainvilie et lui explique tant bien que mal son absence; plus son roman est invraisemblable, plus il paraît pluusible à l'imagination romanesque de Mm6 de Stainvilie. Mais voici bien une autre histoire : la duchesse de Valouski arrive, et < l'objet de ses plus chères affections » se trouve être un manuscrit. Changement à vue : M""1 de Stainvilie , Danlay et Bellepêche jettent ,à qui mieux mieux la pierre à cette • dévergondée fille d'auberge. » Un dernier coup l'achève : elle reçoit une lettre de d'Aubigny qui la prie poliment de l'oublier et lui donne, comme fiche de consolation, 40,000 francs. Éperdue, elle sort comme une folle et va se précipiter dans la Seine. Une patrouille parait, un soldat se jette à l'eau et la sauve. C'est Pierre ;

TOUR

elle lui raconte ses malheurs et lui avoue qu'elle porte dans son sein le fruit de sa faute. Pierre est un cœur d'or ; en présence du malheur et du repentir de Marie, il n'a qu'une pensée, donner un nom à cet enfant. Il retourne au village et l'épouse. Marie perd son ejifant en couche, et désormais nul fiuage n'obscurcira leur félicité. » Lorsque la mémoire de Marie lui rappelait le passé, elle était tout étonnée d'avoir pu en aimer un autre que Pierre ; car c'est toujours ainsi eu amour, le passé a tort, le présent seul a raison. •

Ce roman est moral et convenablement écrit; le caractère de Pierre, le tourlourou} est plein de noblesse et d'élévation.

TOURLOURY s. m. (tour-lou-rl). Bot.

Plante à grandes feuilles, qui croît à la Guyane.

TOURMÂLET (col du), col des Hautes-Pyrénées, que traverse la route de Baréges à Bagnères - de - Bigorre. Ce col s'ouvre à 2,177 mètres au-dessus du niveau de la mer.

TOURMALINE s. f. (tour-ma-li-ne). Miner- Nom donné à divers silicates qui contiennent de l'acide borique et du fluor.

— Encycl. La tourmaline est un silicate contenant de l'acide borique et une petite proportion de fluor ; les bases sont très-diverses : chaux, magnésie, etc., quelquefois lithine. La tourmaline cristallise dans le système rhomboédrique, sans clivages et avec une cassure conchoîdale. Il y a des variétés claires et foncées ; ces dernières sont fusibles au chalumeau, avec bouillonnement; les autres sont infusibles; toutes donnent à la flamme la teinte verte caractéristique de l'acide borique et sont inattaquables aux acides. La tourmaline est parfois incolore, le plus souvent noire par l'exagération de la couleur verte, violette ou rouge brun ; dans certains cas, bicolore et même tricolore. La tourmaline peut être trarîsparente, translucide ou opaque, et présente un dichroïsme remarquable ; dans lus faces de l'axe, les variétés vertes sont d'une couleur feuille morte et les noires d'un bleu céleste foncé; perpendiculairement à l'axe, les variétés vertes conservent leur couleur et les noires sont d'un violet rougeâtre. Les formes de la tourmaline sont toujours hémiédriques; ainsi le prisme hexagonal, en perdant trois de ses faces, uasse au prisme triangulaire. Souvent aussi les cristaux de tourmaline portent un nombre presque illimité de modifications qui se révèlent dans la longueur par des stries et dans la coupe par un triangle curviligne généralement équilatéral.

Il existe, en outre, des tourmalines formées de faisceaux de baguettes plus ou moins fines, accolées dans une position sensiblement parallèle ; on les distingue des andalousites radiées pur leur fusibilité, de l'amphibole et du pyroxène par l'absence complète de clivage. Quelquefois la tourmaline existe en cristaux circulaires, dont la disposition ne peut être reconnue qu'à la loupe. La tourmaline rouge a été employée en joaillerie pour imiter le rubis , dont elle se distingue par la simple réfraction. Cette substance est remarquable par certaines propriétés physiques, et on s'en sert beaucoup pour observer les phénomènes de la polarisation de la lumière.

— Physiq. Lorsqu'on reçoit sur une lame de cristal à un axe un faisceau de lumière paturelle dont la direction d'incidence est parallèle à une section principale du cristal, ce faisceau est doublement réfracté et se décompose en deux faisceaux polarisés, l'un ordinaire, l'autre extraordinaire (v. polarisation). Ces deux faisceaux sont tous deux d'intensité égale à la moitié de J'intensité du faisceau naturel qui a servi à lès former; le faisceau ordinaire est polarisé dans le plan de la section principale, le faisceau extraordinaire est polarisé dans le plan perpendiculaire h cette section.

Ces phénomènes se produisent dans tous les crirtaux à un axe, tels que le spath d'Islande ou le quartz; mais ils subissent une modification intéressante et qu'on a utilisée pour certaines expériences, lorsque les cristaux étudiés sont colorés et absorbent en partie la lumière qui les rencontre. La tourmaline offre cette modification de la manière la plus complète.

Lorsqu'on la taille parallèlement k l'axe sous une certaine épaisseur e et qu'on fuit tomber sur la lame ainsi obtenue un faisceau naturel conduit par une ouverture étroite dans le plan de la section principale, ce faisceau se décompose. D'après la loi générale, il se dédoubla en deux faisceaux, 1 un ordinaire polarisé dans le plan d'incidence, l'autre extraordinaire polarisé à 90« de ce plan;

mais, au lieu d'avoir chacun l'intensité -,

moitié de l'intensité 1 du faisceau primitif,

ils ont des intensités - m? et - ne plus faibles. 2 2- '

m et n étant des fractions de l'unité, e l'épaisseur de la lame. Cet affaiblissement, dû a l'absorption de la lumière, est tel que le coefficient m correspondant au faisceau extraordinaire soit assez voisin de l'unité; l'intensité de ce faisceau est peu diminuée.

Le coefficient n correspondant au faisceau ordinaire est, au contraire, très-petit, et, dès

TOUR

que l'épaisseur e dépasse 010,001, m* est trèsprès de 0; le faisceau est sensiblement annulé.

On peut donc dire que, sous une épaisseur suffisante, la tourmaline transforme un faisceau de lumière naturelle en un faisceau polarisé perpendiculairement à la section principale. Ce faisceau offre habituellement une coloration de nuance verdâtre. Cette propriété a été utilisée pour l'étude des interférences des rayons polarisés et pour diverses expériences dans lesquelles on veut avoir à l'origine de la lumière polarisée ; on fait tomber une lumière naturelle sur une tourmaline encastrée dans une pince mobile et qu'on peut tenir à la main.

Lorsqu on fait tomber le faisceau extraordinaire obtenu par un cristal à un axe sur une autre lame de ce cristal taillée comme la première et de manière que les sections principales fassent entre elles un angle a. il y a un nouveau dédoublement, et on obtient deux faisceaux, l'un ordinaire, d'intensité

- sin* a,

l'autre extraordinaire, d'inteqsitê

- Cos' a.

Une tourmaline transmettant un faisceau ordinaire - me, on peut faire tomber ce faisceau sur une seconde tourmaline faisant un angle a avec la première. Il y aura dédoublement, mais le tuisceau ordinaire sera annulé par l'absorption de la lame ; le faisceau extraordinaire affaibli aura pour intensité

- nt,e cos* a.

Il suit de là que ce faisceau sera d'autant plus intense que a aura été pris plus petit. Si, au contraire, a = 90», la lumière sera complètement éteinte.

La teinte verdâtre des rayons s accentue à mesure que l'épaisseur e augmente et que le nombre de tourmalines accouplées est luimême plus grand.

On donne le nom de cristaux répulsifs aux cristaux doublement réfringents pour lesquels la déviation du rayon extraordinaire est plus grande que celle du rayon ordinaire correspondant; les cristaux pour lesquels le contraire a lieu sont appelés cristaux attractifs. La tourmaline fait partie des cristaux répulsifs, ainsi que le spath d'Islande; le quartz est, au contraire, attractif.

TOURMENT s. m. (tour-man — lat. tormentum ; de torquere, tordre). Torture : Mourir dans les TOURMENTS.

Le jeune enfant sourit aux tourments des victimes.

Deluxe.

Les lourmeni» feront plus que n'ont fait mes paroles.

Soumet.

— Violente douleur physique : Dans tes tourments inouïs de sa dernière maladie, la princesse Anne n'a eu à se repentir que d avoir souhaité une seule fois une mort plus douce. (Boss.)

— Violente peine d'esprit : Les tourments de l'attente. Les tourments de la jalousie. Les tourments de l'amour. Un heureux ch-

■mat fait servir à la félicité des hommes les passions qui font ailleurs leurs tourments. (J.-J. Rouss.) Il faut se garantir des tourments des petites choses; c'est la maladie des heureux. (M»"* Necker.) L'incertitude est, de tous tes tourments, te plus difficile à supporter. (A. de Musset.)

Quel tourment de sa taire, en voyant ce qu'on aime!

Racine.

Le vin est un secours contre plus d'un tourment. M»e Desrouuekes.

Les gens sont enclins a s'amuser sous cape Des tourmmtl d'un époux à qui sa femme échappe.

E. Auaiea.

— Prov. Au mort et à l'absent, injure ni tourment, Il ne faut médire ni des morts ni des absents.

— Syn. Toarmenl, affliction, amertume, etc. V. AFFLICTION.

— Tourment, agitation.. V. AGITATION.

TOURMENTANT, ANTE adj. (tour-mantan, an-te — rad; tourmenter). Qui tourmente, qui se plaît à tourmenter : Alors il devenait extrêmement tourmentant. (Balz.)

Qui cause du tourment : Cet état, très-

tourmkntant pour moi , faisait cependant mes délices. (J.-J. Rouss.)

TOURMENTE s. f. (tour-raan-te. — Scheler regarde ce mot comme le substantif verbal féminin du verbe tourmenter dans l'acception d'agiter violemment ; quelques autres le tirent d un type barbare turbimentum, de turbo, tourbillon). Tempête violente : Ce n'est point quand la tourments s'annonce que le pilote se met en mer. (Sullentin.) Est-ce que la tourmente, amêre Jette la perle au lapidaire Pour qu'il l'écrase sans façon?

A. db Musset.

— Maladie qui ébranle violemment lasantéj Le mal change parfois dans cette tourmiîntk du corps. (Duclos.)

— Fig. Troubles violents : La tourmente

TOUR

révolutionnaire. La tourmente a passé; la paix est faite dans le ménage.

Que cet homme, au bruit sourd d'une crise alarmante, Des révolution» maudisse la tourmente.

De Pus.

— Syn. Tourmente, bourrasque, orage, etc. V. BOURRASQUE.

TOURMENTE, cap élevé et escarpé du bas Canada, district de Québec, comté de Northumberland, sur la côte N.-Û. de l'estuaire du Saint-Laurent. Il s'élève à près de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer.

TOURMENTÉ, ÉE ( tonr-man-té ) part, passé du v. Tourmenter. Soumis à un tourment : Etre tourmenté par les bourreaux. J'ai été todrmkntb par la goutte.

— Inquiété : Je suis tourmenté de son absente. Notre amour-propre est sans cesse tourmente des succès de notre voisin. (Chateaub.)

— Secoué par la tourmente : Le vaisseau fut rudemeni-rouRMENTÉ.

— Quia des irrégularités brusques et nombreuses : Un sol TOURMENTÉ. Un tronc d'arbre tourmenté. C'est une région confuse , tourmentée, dont les pentes sont indécises. (Thiers.) La Grèce est petite, tourmentée, dépouillée. (Lamart.)

— Violent, excessif dans le mouvement, la pantomime : Dés attitudes tourmentées. Un geste tourmenté. Pourquoi ces tours de force, ces attitudes tourmentées? (Vitet.) Le Milon de Puget est un peu tourmenté, mais on ne peut nier que l'effet n'en soit saisissant. (V. Cousin.)

— Littér. Se dit d'un style violenté par une recherche exagérée de certains effets : Cette jolie tangue provençale, si remplie de délicatesse et si tourmentée par la rime, ne fut pas probablement celle du peuple. ( H. Beyle.)

— B.-arts. Qui a des inflexions trop nombreuses et trop diverses, qui manque de simplicité dans les lignes : Un dessin tourmenté.

Il Couleur tourmentée, Couleur qui manque de simplicité soit dans le nombre des élé- . ments mélangés , soit dans la quantité de couches superposées : Une couleur tourmentée manque toujours de transparence.

TOURMENTER v. a. ou tr. (tour-man-té — rad. tourment). Soumettre à des tourments, torturer : Les bourreaux le tourmentèrent jusqu'à la mort. Ce qui flatte le plus les juges, c'est d'avoir des victimes à tourmenter. (J.-J. Rouss.)

— Soumettre & de violentes douleurs physiques : L'homme que tourmentent la faim et le froid n'est pas libre. (Mich. Chev.)

— Inquiéter, impatienter, soumettre a un tourment moral : Les vieillards chagrins sont ceux que leur mémoire tourmente. (De Ségur.) L'opinion s'éloigne de tout pouvoir qui la tourmente. (De Rouilly.) La conscience est aujourd'hui une maladie qui ne tourmente personne. (Mme Ancelot.) Ceux que l'avarice tourmente sont ordinairement vieux ou cacochymes. (Alibert.) Les enfants tourmentent et persécutent tout ce qu'ils aiment. (J. Joubert.)

Mais à me tourmenter mon âme est trop subtile.

Racine.

Il Exciter^ animer, enflammer, pousser à l'action : L'ambition le tourmente.

Voyez comme en secret la nature fermente! Quel besoin d'enfanter sans cesse la tourmente!

Deulle. .

Je sens parler en moi l'esprit de vérité; Une fièvre de feu me tourmente et m'inspire.

Delphine Gay.

— Agiter violemment, secouer vivement :

Un vaisseau que la tempête tourmente. Ce cheval tourmente son cavalier. Il y a, dans les têtes bretonnes, quelque chose des vents qui tourmentent les rivages de notre péninsule. (Chateaub.)

— Interpréter d'une façon violente, forcée, peu naturelle : Tourmenter un texte de loi pour défendre sa cause.

— Absol. : La satiété tourmente plus que la pauvreté. (Stobée.) Si la solitude de la nature console, l'isolement, solitude de la société ' tourmente. (Valéry.) '

— Tourmenter la vie de, Rendre la vie pénible à : Je suis las de tourmenter ma vie

— Tourmenter la nature, Dénaturer les choses, les priver de leur physionomie naturelle :

Celui-là n'a jamais tourmenté la nature, Emmiellé son langage ou masqué sa figure.

Ancelot.

— Littér. Rendre affecté, alambiqué, peu naturel, par un travail excessif ou une recherche exagérée : Tourmenter son style, ses pensées, ses expressions. Séduit par l'éclat d'une pensée brillante, Oeide la. retourne en cent manières différentes ; il la tourmente, en quelque sorte. (Geoffroy.)

— B.-arts. Travailler à l'excès, de façon k rendre le travail trop sensible : Ce peintre tourmente ses tableaux, son dessin, sa couleur. 11 Tourmenter sa couleur , La frotter après l'avoir posée sur le tableau.

— Techn. Déjeter, faire dévier de la forme plane : L'humidité tourmente le bois.

Se tourmenter v. pr. S'agiter, se remuer

TOUR

avec une sorte d'impatience : Ce cheval se tourmente beaucoup. C'est un homme qui se tourmente, qui est toujours en mouvement.

— Se donner du mal, travailler beaucoup : Les savants BE sont' fort tourmentés sur la différence des généalogies de Jésus- Christ. (Volt.) L'homme se tourmente jusqu'à ce qu'il ait produit au dehors ce qui le travaille au dedans. (Lamart.)

Que d'orateur» guindés, dans un discours savant. Se tourmentent sans fin pour enfanter du vent !

Gilbert.

Il S'inquiéter, se donner du souci :

A me tant tourmenter quel intérêt m'oblige?

La Fontaine.

— S'inquiéter mutuellement : Les hommes se tourmentent plus les uns les autres que la nature et la fortune ne tes tourmentent. (Boiste.)

— Techn. En parlant d'une planche ou d'un ouvrage en planches, Se voiler, dévier de la forme plane ; Ce bois était vert, il s'est tourmenté.

— Syn. Tourmenter, molester , persécuter, etc. V. molester.

TOURMENTEUR, EUSE s. (tour-man-teur, eu-ze — rad, tourmenter). Personne qui tourmente, qui donne du tourment.

— Fig. Objet qui inquièie, qui cause du tourment : La mémoire est la tourmenteuse des jaloux. (V. Hugo.)

— s. m. Bourreau qui appliquait les condamnés ou les accusés à la torture.

— Agric. Sorte de herse dont on se sert pour remuer la terre et troubler la végétation des mauvaises herbes.

— Adjectiv. Qui tourmente : Songes tourmenteurs, cessez de m' effrayer. (L'abbé Prévost.) jl/">» Swetchine nous apparaît bien telle qu'elle est, une âme tourmenteuse d'ellemême. (Ste-Beuve.)

TOURMENTEUX, EU9E adj. (tour-manteu, eu-ze — rad. tourmente). Sujet à la tourmente : Des parages tourmenteux. Il Peu

TOURMENTIN s. m. (tour-man-tain — rad.

tourmente). Mur. Petit foc, en très-forte toile, qu'on n'emploie que dans les gros temps.

— Ornith. Nom vulgaire du petit pétrel ou oiseau de tempête.

TOORMOUZ, ville du Turkestan indépendant (Boukbarie), près du confluent de Ja rivière du même nom et du Djihoun, à 380 kilom. S. -E. de Boukhara. Vaste mosquée.

Gengis-Kan s'en empara en 1221, après un siège de onze jours, et la détruisit de fond en comble.

TOURNA, ville forte de la Turquie d'Europe, en Bulgarie, à 3 kilom. O.-N.-O. de Nikopol, sur la rive gauche du Danube, un peu au-dessous de l'embouchure de l'Aluta ; 5,000 hab. environ.

TOURNAOE s. ra. (tour-na-je — rad. tourner). Techn. Action de tourner, de travailler au tour : Le tournage des bois. Le tournage des poteries.

— Mar. Cabillot, taquet sur lequel on tourne une manœuvre en sautoir, pour la tenir tendue.

— Encycl. Le tournage est une des nombreuses opérations qui constituent l'ajustage des pièces au sortir de la forge et de la fonderie. Il a pour but d'arrondir la forme extérieure des pièces pour -les préparer à l'alésage, au taraudage ou au filetage. Cette opé-* ration se fait à l'aide des tours à la main et des tours à chariot. Dans' les premiers, appelés aussi tours à crochet, l'ouvrier tient et dirige lui-même l'outil, tandis que dans les seconds, dits encore tours parallèles, l'outil est maintenu 'et dirigé par des organes mécaniques. Pour tourner des roues d'engrenage, des volants, des plates-formes, des ban-" dages, des roues de locomotive et de wagon, on fait usage de tours en l'air ou de tours à plateaux, dans lesquels l'outil travaille comme dans le tour parallèle. Les otftils employés dans l'opération du tournage sont de' deux sortes: l° ceux qui servent à dégrossir, dont le tranchant est plus ou moins arrondi ; 20 ceux qui servent à finir ou à planer, dont le tranchant est droit. Pour la fonte et pour les métaux, le tranchant est plat, et le biseau est d'autant moins aigu que le métal est plus dur. Pour le fer, le tranchant est plus aigu et un peu relevé. .La vitesse des tours varie avec le diamètre des pièces et la nature du métal ; elle est :

Par seconde.

Pour la fonte grise, de. . , 0mjO75 Pour la fonte blanche, de . ou^Oïo

Pour le fer, de 0m,150

Pour l'acier, de 0m,050

Pour le cuivre, de 0m,230

Le mouvement des tours se prend ordinairement sur des arbres qui fout 80 tours par minute.

Quand on tourne le fer, on le rafraîchit avec un filet d'eau ou quelques gouttes d'huile ; mais ce moyen ne s'emploie ni pour la fonte ni pour le cuivre.

TOURNAHAU iuterj. (tour-na-o — de tourne à haut). Véner. Cri que l'on pousse quand les chiens retournent. Il On dit aussi tournau.

TOURNAI, ville de Belgique. V. Tournât.

TOURNAILLER t. n. ou intr. (lour-na-llé ;

Il mil. — fréquent, de tourner). Fam. Aller de ci, de là, dans un espace très-restceint : Vous ne faites que tournailler autour de moi. Que Dieu conserve ces bonnes dames qui s'en viennent , en tournaillant , vous dire d'une voix douce'.- Mon enfant, est-ce que Hoffmann ne t'a pase'cri<?(Champtteury.)

— v. a. ou tr. Tourner et retourner en divers sens et à plusieurs reprises : Tournailler sa moustache. Tournailler une clef dans une serrure.

TOURNAISIEN, IENNE s. et adj. (tournè-zi-ain, i-è-ne). Gèogr. Habitant de Tournay ; qui appartient à cette ville ou à ses habitants : Les Tournaisiens. La population

TOURNAISIENNE.

TOURNA1S1S, ancien petit pays de Belgique, dans la Flandre. Tournay en était le chef-lieu. Il est aujourd'hui enclavé dans les provinces du Hainaut et de la Flandre occidentale.

TOURNAS, ville de France (Seine-et- Marne), ch.-l. de cant., arrond. de Melun, sur le chemin de fer de Paris à Mulhouse, dans une jolie vallée arrosée par un petit ruisseau; pop. aggl., 1,483 hab. — pop. tôt., l',6Sî hab. Le bourg de Tournan est trèsancien; il parait avoir dépendu, à une époque reculée, de l'abbaye de Faremoutiers, duut il ren fermait une annexe. Son monastère, détruit au ix» siècle, fut remplacé par un chapitre de chanoines, puis, au xi« siècle, par un prieuré de bénédictins, supprimé à la Révolution. L'église paroissiale , ancienne église du prieuré, date du xme ou du xive siècle. Aux environs de Tournan se voient les châteaux de Combreux et de Vignoles, agréablement situés.

TOURNANT, ANTE adj. (tour-nan, an-te — rad. tourner). Qui tourne ; qui est disposé pour pouvoir tourner : Un pont tournant. La cage tournante de l'écureuil est un cercle vicieux. (Toussenel.)-

— Qui fait un détour, qui revient sur luimême : Le soteil n'était pas encore levé, lorsqu'il entra dans l'allée tournante et ombragée de la villa. (G. Sand.)

— Fusil tournant, Fusil à deux canons mobiles, qu'on peut amener tour à tour devant la charge. -

— Art milit. Mouvement tournant. Mouvement d'une troupe qui décrit un circuit.

— Superst. Tables tournantes;Ta blés qu'on prétendait faire tourner par certaines influences mystérieuses, et par lesquelles on prétendait même se mettre en rapport avec les esprits : Des populations entières se sont converties aux tables tournantes. (H. Rigault.) Les tables tournantes ont abouti au spiritisme. (L. Jourdan.)

— s. m. Endroit où un objet quelconque prend subitement une autre direction : Le tournant d'an chemin, d'un boulevard, d'une rue, d'un ruisseau. Les vendangeurs et les vendangeuses d'Itri ou de Fondi dansent au tournant des chemins. (Lamart.) 2'out à coup un grand rocher pyramidal, aiguisé et hardi comme une flèche de cathédrale, apparaît à un tournant du chemin. (V. Hugo.)

Tous deux, par un cas surprenant, '

Se rencontrent en un tournant.

La Fontaine.

— Espace ménagé pour faire tourner les voitures : Il n'y apas assez de tournant.

— Endroit où une eau courante tourbillonne : Cette rivière a des tournants dangereux.

— Fig. Moyen détourné : Il a fallu prendre un tournant pour en venir à bout.

— Prendre le tournant, Choisir le lieu et le temps pour faire tourner une voiture : Le cocker prit mal le tournant et nous accrocha.

— Peint. Partie sensible d'un contour,, qu'on rend ordinairement par des plans de couleurs non fondues.

— Turf. Endroit de la piste où les chevaux tournent, changent de direction.

— Navig. fluv. Pieu à pivot sur lequel les bateliers font passer une amarre, pour remorquer leur bateau, en suivant les détours d'une rivière.

— Eaux et for. Arbre occupant le sommet d'un angle, sur les limites d'une coupe.

— Techn. Roue motrice de moulin à eau : Un moulin à deux tournants. Sur le pont s'élèvent les hautes constructions d'un moulin à plusieurs tournants. (Balz.)

— s. f. Pyrotecbn. Fusée qui s'élève en tournant.

TOURNASSAGE s. m. (tour-na-sa-je — • rad. tournasser). Techn. Action de tournasser les poteries, de les travailler sur le tour, après les avoir ébauchées. Il On dit quelquefois TOURNASAGE.

TOURNASSER v. a. ou tr. (tour-na-sé — rad. tourner). Techn. Façonner sur le tour, en parlant des poteries préalablement ébauchées : Les pâtes de porcelaine présentent souvent une épaisàeur telle qu'on a peine à distinguer sur t'ébauche la pièce qu'on veut fabriquer; c'est en les tournassant qu'on fait sortir la pièce de l'ébauche. (Maigne.) Il On dit quelquefois tournasse.

TOURNASSEURs. m. (tour-na-seur — rad.

TOUR

tournasser). Techn. Ou\vrier qui tournasse des poteries. Il On dit quelquefois tourna- SEur. \

TOURNASSIN s. m. (to<ur-na-sain — rad.

tournasser). Techn. Nom gémérique des outils au moyen desquels on tournasse les pièces de poterie. Il On dit quelquefois tournasin.

TOURNASSINE s. f. (touir-na-si-ne — rad. tournasser). Techn. Masse ifle terre placée sur le tour, pour y être façonnée. (l'On dit quelquefois TOURNASINK.

TOURNASSURE s. f. ( tour-na-su-re — rad. tournunser). Techn. Fragments ou copeaux de pâte que l'on détache des pièces ébauchées par l'opération' du tournassage : Le mélange des tournassukes avec des pâtes neuves constitue des pâtes qui présentent toutes les meilleures qualités tomme facilité de travail, régularité de cuisson, etc. (Salvetat.) Il On dit quelquefois TOURSfASURE.

TOURNAU interj. (tour-Cô). V. TOURNAHAU.

TOURNAVOSou TOURNOVO, ville de la Turquie dAsie (Janina), sur la Xeraji, à 19 kilom. N.-O. de Larisse; 6,000 hab. Evêché grec. Fabriques d'étoffes légères de soie et de coton, très-renommées dans la Turquie sous le nom d'aladjeats, et connues dans le commerce européen sous le nom de bourres de Grèce.

TOURNAT ou TOURNAI, en flamand Doornick, anciennement Turnacum ou Turris Nerviorum, ville de Belgique (Hainaut), ch.-l. d'arrondissement, sur l'Escaut, qui la divise en deux parties inégales réunies par plusieurs ponts, à 68 kilom. S.-O. de Bruxelles, à 40 kilom. de Mons, à 24 kilom.. O. de Lille; par 50» 36' de lutit. N. et 1° 3' de longk. E. ; 31,083 hab. Evêché suffragant de Malines, fondé en 484. Séminaire, bibliothèque. Tribunal et chambre de commerce. Tournay est principalement renommé pour sa fabrique de tapis et pour la bonneterie. Ses tapis sont exportés dans le monde entier, sous le nom de tapis de Bruxelles. La manufacture royale, la plus importante de la ville, a introduit dans le pays une fabrication anglaise, celle des tapis imprimés sur chaîne. La filature de laine et l'industrie linière occupent un assez grand nombre d'ouvriers. La fabrication des tissus nouveautés en laine, soie et coton se développe d'une manière remarquable. Il faut aussi tenir compte de la fabrication de la porcelaine et de la faïence. Le canton de Tournay fait une exportation considérable de chaux en France.

Le canal de l'Escaut divise Tournay en deux parties ; la partie occidentale, qui s'élève en amphithéâtre depuis le quai de l'Escaut, est le quartier le plus animé. Les quais, larges et plantés d'arbres, offrent d'agréables promenades. Bien que Tournay n'ait plus autant d'importance qu'au commencement du xvo siècle, il est encore une des plus intéressantes villes de la Belgique, grâce à ses monuments que nous allons décrire, et dont le plus remarquable est la cathédrale Notre- Dame. ■ Cette vaste et splendide église est, dit M. J.-A. Du Pays, le plus beau monument d'architecture romane que possède la Belgique. On pense que c'est au xia siècle, vers 1030, que commença la reconstruction de l'église actuelle, l'ancienne ayant été détruite par les Normands. La nef et les transsepts seraient du xia siècle, les portails latéraux de la seconde moitié du xue, le chœur ogival de la seconde moitié du Xnr2. La nef centrale, d'abord couverte d'un plafond, n'a été voûtée qu'en 1777. L'église est eu croix grecque ; le vaisseau est divisé en trois nefs. La longueur est de 124 mètres. La hauteur du chœur est de 33 mètres; la largeur est de £7 mètres et de 69 mètres aux transsepts. La nef centrale a ses arcades en fer à cheval, qui reposent sur des piliers courts et trapus. Au-dessus de ces arcades du rez-de-chaussée est un second rang d'arcades également en fer à cheval et formant une galerie qui règne au-dessus des collatéraux. Les arcades de cette galerie supportent à leur tour les arcades plein cintre d'une seconde galerie plus basse, ou triforium, surmontée elle-même de fenêtres plein cintre. Le bas-côté de droite, dans le principe destiné aux hommes, est plus large et plus haut que celui de gauche. Les transsepts terminés par des absides sont, avec leur ceinture de colonnes, la partie la plus majestueuse de l'église. A cause de leur caractère byzantin, quelques auteurs considèrent ces transsepts comme la partie la plus ancienne de l'église. Les colonnes, au lieu d'être trapues comme les piliers de la nef, sont très-élancées au rez-de-chaussée, plus courtes à la galerie supérieure, et les arcades, au lieu d'être en fer à cheval, sont ici à cintre surhaussé. Au-dessus de la seconde galerie est un triforium, et au-dessus de celui-ci la claire-voie, où les fenêtres sont séparées par des nervures d'une grande saillie, qui convergent vers un arc ogival. La graude arcade qui encadre l'abside était pritniiiveiiieut semi-circulaire et a été ainsi modifiée lors de la construction du nouveau chœur au XIIIe siècle, afin de la raccorder avec l'arcade d'entrée de ses collatéraux. Chaque transsept est composé : 1» d'une abside; 2° d'une travée à laquelle les faces opposées de deux clochers servent de parois; 3° d'une troisième division qui sert, à l'E-, d'entrée aux collatéraux du chœur, à l'O. de sortie aux collatéraux de la nef. Au centre des transsepts

TOUR

s'élève, à la hauteur de 48'",50, une lanterne carrée, couverte d'une voûte qui supporte le clocher central. Quatre autres tours plus élancées s'élèvent aux anglesdes transsepts. i Le chœur, avec la légèreté aérienne de ses colonnettes élancées et de ses grandes croisées ogivales (aux verrières modernes, par Capronnier), par où ruisselle le jour, forme un heureux contraste avec la sévérité de la nef romane qui lui sert d'introduction et comme de repoussoir. Les deux styles, purs de tout mélange, sont ici en présence et sont d'autant plus curieux à étudier dans leur opposition, qu'ils sont des modèles parfaits de deux formes de l'art du moyen âge, parvenues à leur point culminant. La nef romane, sombre, austère et froide, sent le cloître; l'architecture du chœur, où éclatent toutes les hardiesses du style ogival du xme siècle, atteste que ce ne sont plus, comme jadis, les moines seulement qui dessinent les églises, mais que les gens des communes, les francsmaçons, rivalisent de glorieuses et libres inventions. « L'admirable vaisseau du chœur de Notre-Dame égale en étendue et en hardiesse de construction te chœur de la cathédrale de Cologne... Lorsqu'on la bâtit, on forma le projet (comme S'attestent les pierres d'attente, les commencements de voûtes ogivales dans tes toitures a t'attache du chœur) de reconstruire l'église entière dans le style ogival et de sacrifier ainsi a» goût nouveau les superbes nefs et transsepts de style roman. »

Le jubé, en marbre blanc et noir, placé en avant-corps à l'entrée du chœur, forme un portique percé de trois arcades plein cintre, dont les archivoltes retombent sur des colonnes de marbre de couleur. Il fut élevé en 1566 par Corneille de Vriendt ou Floris (l'architecte de l'hôtel de ville d'Anvers), aidé, pour les fines sculptures qui le décorent, du ciseau de son frère. Au-dessus du jubé est un Saint Michel terrassant le démon, figures en bronze exécutées par Lecreux. , artiste tournaisien.

« A gauche du maître-autel est une châsse de saint Eleuthére (évêque de Tournay au vie siècle), remarquable travail d'orfèvrerie portant la date de 1217. Une autre châsse gothique est, dit-on, celle de sainte Ursule. Outre ses anciennes verrières, le choeur a perdu ses belles stalles du xv^ siècle. Audessus des stalles actuelles, on voit des peintures en grisaille, peu en harmonie avec le style sévère de ce magnifique édifice. Les peintures dignes d'être remarquées sont : à gauche, dans la nef latérale, un Purgatoire, de Rubens, tableau d'une bonne couleur, mais altéré par les restaurations ; dans une chapelle derrière !e chœur, un Christ couronne" d'épines, attribué à Quentin Metsys; à droite, dans une chapelle avant les transsepts, un Crucifiement, de Jorduens;la Vierge fait la moue, la Madeleine grimace la douleur; on remarque aussi un tableau de L. Gallait, Jésus-Christ guérissant les aveugles. On conserve dans la sacristie quelques ornements curieux. • *

La façade, d'un style bâtard, est peu en rapport avec les beautés architecturales de l'intérieur. Deux tourelles romanes nues, à toiture d'ardoise, encadrent un pignon centrât. L'église est dominée par cinq clochers sur l'âge desquels on varie d'opinion. A droite de la cathédrale s'élève le beffroi, tour carrée, flanquée aux angles de contre-forts. La partie inférieure paraît remonter au xme sié- * cle; la flèche est une addition moderne. L'é-

flise Saint-Quentin, dont la façade offre un es types les plus élégants du style de transition, doit son origine à un temple bâti au vu© siècle par saint Eloi et détruit par les Normands en 882. L'église Saint-Brice, défigurée par de nombreux remaniements et surmontée d'un lourd clocher, est ornée d'un tableau de Van Oost (Descente de croix). Le tombeau de Chilciéric a été découvert en face du porche septentrional de cette église. Signalons encore, parmi les édifices religieux, 1 église Saint-Piat, édifice très-ancien où. l'ogive a été, en plusieurs endroits, substituée au plein cintre, et l'église Saint-Jacques, bâtie au xuie siècle et présentant dans son architecture quelques particularités intéressantes. On remarque, en outre, à Tournay, quelques maisons des xm» et xtve siècles; le beffroi, grosse tour carrée flanquée de contre-forts, et dont la construction remonte au xme siècle ; une flèche moderne surmonte l'édifice, qui a subi en 1852 une sérieuse instauration ; 1 hôtel de ville, qui occupe les bâtiments construits au xviuo siècle pour le prieur de l'abbaye de Saint-Martin, et qui sont les seuls • restes de cette célèbre abbaye; le musée, collection de tableaux récemment formée ; la place du Parc, à l'entrée de laquelle se voit une rotonde à colonnes, servant de salle de concert; la citadelle, reconstruite depuis 1794 sur le plan de celle d'Anvers et située sur une hauteur qui domine la ville au S.; le jardin botanique, etc.

On a beaucoup contesté l'opinion des antiquaires qui ont voulu établir que Tournay était l'ancienne capitale des Nerviens (civitas Nerviorum), avant la conquête de Jules César. Toujours est-il que c'est une ville trèsancienne; ce fait est attesté par des médailles gauloises, avec la légende Durnacos, et ies restes d'un cimetière romain. L'Evangile y fut prêché vers le milieu du me siècle par saint Piat, de Ravenne. Deux siècles plus

îouk

tard, les chefs francs y avaient un palais et un atelier monétaire. « Selon la tradition, dit M. Du Pays, ce palais aurait été situé sur la rive droite, près de l'église de Saint-Brice. C'est là que, en démolissant de vieilles maisons, on découvrit en 1653 le tombeau de Childéric, qui mourut ici en 481. On y trouva : une agrafe d'or et un sac de cuir pourri contenant une centaine de médailles d'or; puis deux cents médailles d'argent, deux têtes de mort et quelques os, des dents, la mâchoire d'un cheval et un fer à peu près intact ; ensuite, dans un espace d'environ 5 pieds carrés, une épée dont la lame, quand on la leva, tomba en plusieurs morceaux; diverses parcelles d'or qui servaient d'ornement au baudrier et au fourreau de l'épée, etc.; le fer d'une hache et celui d'un javelot rongés par la rouille; une petite tête de bœuf en or émaillé ; un grand nombre d'abeilles d'or et d'émail; une petite boule en cristal; enfin un anneau d'or portant un grand cachet avec la figure de Childéric et ces mots gravés autour en caractères romains : childkrici régis. Tous ces objets précieux furent donnés à Louis XIV ; ils furent déposés à la Bibliothèque royale de Paris, ou une partit; a été volée il y a quelques années. Tournay servit de refuge à Chilpério et à Frédégonde. 11 fut saccagé de fond en comble en 882 par les Normands. Jusqu'à Philippe-Auguste, la ville occupait seulement la rive gauche. Ce fut lui qui, en lui octroyant une charte de commune, réunitàTournay.en 1187, te bourg Saint-Brice et son église. De 1Ï51 à 1295, Tournay prit un grand développement. >

En 1295, Philippe le Bel accorda aux habitants de Tournay l'autorisation d'entourer leur ville de murailles; cette enceinte existe encore en partie aujourd'hui. Tournay eut beaucoup à souif rir des guerres entre la France et l'Angleterre. Henri VIII et Charles-Quint s'en rendirent maîtres; François Ier la posséda quelque temps; mais le traité de Cuinbrai (1528) l'incorpora au royaume des Pays- Bas. En 1581, le prince de Parme assiégea Tournay, qui ne se rendit qu'après une vigoureuse résistance. En 1566, les réformés en chassèrent le clergé et pillèrent les églises. Maître de la ville en 1667, Louis XIV la reconstruisit en partie et l'entoura de fortifications. Les alliés s'en emparèrent en 1708, mais la bataille de Fontenoy la soumit de nouveau aux Français. Louis XV la fit démanteler; le traité d'Aix-la-Chapelle la rendit aux Autrichiens. L'armée républicaine s'empara de Tournay en 1792. Picbegru y entra en 1794. En 1863, on a démoli l'enceinte de la ville, et en 1868 la citadelle a été mise hors d'état de défense.

Tournay a vu naître les historiens Joseph de La Barre et Jean Cousin elle jurisconsulte Vendelin.

Tournay (siège dr). Peu de villes ont eu le triste honneur de subir autant de sièges que Tournay. Dès l'an 438 , nous la voyons emportée d'assaut et saccagée par .Clodion, qui venait de battre les troupes romaines chargées de protéger la Belgique.

L'an 1340, Edouard III, roi d'Angleterre, se présenta devant Tournay après sa victoire navale de l'Ecluse. Il amenait avec lui une armée formidable de 120,000 hommes, et, fier de ces forces écrasantes, il comptait ne rencontrer aucun obstacle. Mats Qodemar Dufay, gouverneur de la ville, était un homme intrépide qui comptait bien opposer la plus opiniâtre résistance ; il avait pour lui, d'ailleurs, l'esprit des habitants, la confiance de la garnison, et l'élite de la chevalerie française s'était jetée dans la place pour le soutenir. Bientôt Philippe VI, roi de France, parut en personne devant Tournay, afin de relever encore par sa présence le courage de ses soldats, et établit son armée entre Lille' et Douai. Dès les premières attaques, Edouard reconnut la témérité de son entreprise. Il envoya alors au roi de France un cartel pour lui proposer de vider leur querelle dans un combat singulier, ou de cent contre cent, ou dans une bataille générale. Sa lettre de défi portait pour suscription : A Philippe de Valois, sans autre titre. A cette insolente provocation, le roi répondit : « On a apporté à notre camp une lettre adressée à Philippe de Valois, eu laquelle lettre étoient contenues plusieurs requestes que vous faites audit Philippe de Valois. Comme elle n'est pas pour nous, nous n'y répondrons point; mais nous' nous servons de l'occasion de votre hérault pour vous dire que vous êtes notre hommelige ; qu'en nous attaquant et en soulevant les villes de Flandre contre 'leur comte et contre nous, leur souverain et le vôtre, vous faites acte de rébellion, de parjure et de félonie, et qu'avec l'aide de Dieu nous espérons de vous soumettre et de vous punir.

» Donné sous les camps, près de la priorô de Saint-Adrew, sous le scel de notre secret, le 30e jour de joyl, l'un de grâce 1340. Signé Philippe de Valois, roi de France. »

Edouard, voyant que les moyens d'intimidation restaient sans effet, et se trouvant placé entre une ville forte bien défendue et une armée imposante, s'empressa de négocier une trêve qui amena la levée du siège.

Henri VIII se présenta devant Tournay en 1513 pour en former le siège, après avoir pris et presque détruit de fond en comble la malheureuse ville deThérouanne.Le comte d'Angoulême, qui commandait les troupes Iran-

çaises dans le pays au nom de Louis XII, fit offrir des renforts aux habitants de Tournay, qui lui répondirent : « Tournay n'a jamais tourné et encore ne tournera. Si les Anglais viennent, ils trouveront à qui parler. » Leur conduite ne tarda pas à démentir ce mauvais et présomptueux jeu de mots. Quand ils virent 1 armée anglaise devant leurs murs, ils se rappelèrent^ et redoutèrent .le triste sort de Thérouanné, et, après huit jours de siège seulement, ils offrirent de se rendre. Grâce à la promptitude de leur soumission, ils obtinrent du vainqueur des conditions avantageuses. En entrant triomphant dans la ville, Henri aperçut sur une des portes cette orgueilleuse inscription, toute, d'ailleurs, dans les goûts de l'époque : « Tu n'as jamais perdu ta virginité. • Comme ces mots n'offraient plus de sens, ils furent effacés.

Le 1er octobre 1581,1e prince de Parme investit Tournay avec une armée espagnole. La garnison était faible, et les bourgeois, à défaut de soldats, se virent obligés de faire le service. Ils se défendirent vaillamment ; mais la supériorité de l'attaque éclatait visiblement de jour en jour. C'est dans cette circonstance critique que s'immortalisa la princesso d'Epinoy, femme du gouverneur. Sans cesse au milieu des assiégés, prenant part à tous les travaux, a tous les dangers, elle soutenait, ranimait l'ardeur de la garnison et des habitants aussi bien par ses exemples que par ses paroles. Bientôt, malgré tant de dévouement, la brèche fut assez large pour livrer passage aux assaillants, et le général espagnol ordonna 1 assaut. C'est alors que la princesse se rit remarquer entre tous les combattants par son intrépidité. Volant sans pâlir au-devant des périls et de la mort: ■ C'est moi, criait-elle a ses soldats, c'est la femme de votre gouverneur, qui marche à votre tète et brave la mort pour le salut de la patrie. Suivez mon exemple; je quitterai plutôt la vie que la brèche! » Elle se précipite alors au plus épais de la mêlée et reçoit une blessure au bras; mais la vue de son sang qui coule ne fait que l'animer davantage ; comme une lionne furieuse, elle semble bondir sur les ennemis et disperse tout devant elle. Un tel héroïsme électrisa les assiégés, qui, à leur tour, s'élançant contre les Espagnols, les firent reculer sous ce terrible choc. Le prince de Parme se vit donc contraint de faire sonner la retraite, après avoir perdu beaucoup de monde. Mais ces prodiges de valeur, ces exploits à la Jeanne Darc ne pouvaient pas se renouveler et se soutenir plus longtemps; les Tournaisiens, voyant leur petit nombre décroître sans cesse et perdant tout espoir d'être secourus, se résignèrent à caphuler après deux mois de la plus vaillante résistance. Le 29 novembre, la garnison sortit de la ville avec armes et bagages, et l'intrépide princesse quitta elle-même Tournay, ayant encore son bras en écharpe, aux acclamations enthousiastes de la chevaleresque année espagnole, et en quelque sorte dans l'appareil ' du triomphe.

En 1667, Louis XIV, ayant entrepris la conquête de la Flandre à la tête d'une armée de 35,000 hommes que commandait Turenne, parut devant Tournay après avoir soumis en passant un grand nombre d'autres places fortes. La ville fut attaquée si vigoureusement qu'elle dut se rendre dès le lendemain de l'ouverture de la tranchée. La garnison s'était réfugiée dans la citadelle, mais le jour suivant elle déposa également les urines. Louis XV mit à son tour le siège devant Tournay au commencement de la campagne de 1745; la vilie se défendit courageusement jusqu'à la nouvelle de la bataille de Fontenoy. Désespérant d'opposer une plus longue résistance, Tournay ouvrit ses portes au vainqueur. La garnison, forte de onze bataillons et d'un régiment de cavalerie, chercha aussi un refuge dans la citadelle et dut encore capituler quelques jours plus tard. En 1792, après la bataille de Jemmapes, le général français La Bourdonnaye entra dans Tournay (8 novembre), où il fut accueilli aveu de grandes démonstrations de joie par les habitants, heureux d'être affranchis de la domination autrichienne; mais les revers éprouvés pur Dumouriez en Belgique changèrent la face des événements ; 1 avant-garde des Autrichiens, suivant le mouvement rétrograde de- l'armée française , rentra dans Tournay le 30 avril 1793.

Au commencement de la campagne de 1794, Pichegru tenta vainement à plusieurs reprises de s'approcher de Tournay et d'en faire le siège régulier; il se heurta constamment contre des forces supérieures. Cependant, lorsqu'il eut vaincu plusieurs fois les impériaux et que le général Jourdan les eut battus lui-même àFieurus, l'ennemi dut évacuer Tournay, qui tomba ainsi sans coup férir en notre pouvoir. Ce résultat frappa l'esprit de nos généraux ; ils reconnurent que ce n'est point en faisant égorger des masses d'hommes devant des places fortes que l'on arrive à soumettre un pays, mais en battant ses adversaires en rase campagne et par d'habiles combinaisons. Cette campagne Suffit pour ouvrir les yeux des généraux intelligents sur les vices de l'ancienne tactique , qui commençait par former des sièges et faisait massacrer tant de inonde dans les tranchées. Une place bien fortifiée est imprenable, quand elle est de plus protégée par une boune année de campagne ; mais il n'y

TOUR

a pas de citadelle qui puisse tenir quand elle est abandonnée a ses propres forces. Le roi de Prusse comprit seul alors le danger qui allait résulter pour la coalition de cette nouvelle manière de faire la guerre. « Il est impossible, écrivait-il en 1794 à l'empereur d'Autriche, de sauver votre territoire de l'invasion ; les Français ont des armées toujours renaissantes. Et, ne vous y trompez pas, leurs généraux ont une bonne tactique qui déconcerte la nôtre et qui la met toujours en défaut. «On ne dirait plus cela aujourd'hui.

TOURNAT, bourg et commune de France (Hautes- Pyrénées), ch.-l. de cant., arrond. de Tarhes, sur l'Arros; pop. aggt., 1,048 hab. — pop. tôt., 1,357 hab.

TOURNE s. f. (tour-ne — de tourner). Jeux. Position du joueur de mail qui a passé la ligne des ais, vis-à-vis du tambour : Etre en

TOURNE

— Techn. Opération qui succède au pétrissage, et qui consiste à diviser et façonner la pâte, suivant la grosseur et la forme des pains que l'on veut obtenir.

— Echin. Etoile de mer.

TOURNE (la), village de Suisse, cant. et a. 12 kilom. de Neuchàtel, au pied de 'la montagne de son nom, sur laquelle on jouit d'une vue magnifique, et qui offre des grottes et des stalactites.

TOURNÉ, ÉE (tour-né) part, passé du v. Tourner. Mû en rond : La broche était

TOURNÉE par Un chien.

— Dirigé, situé, faisant face : // était tourné vers la mer. Elle laissa échapper quelques larmes de ses bcmtx yeux tournés vers le ciel, (Fr. Soulié.) On m'assit au soleil, le dos appuyé contre un mur, la tête tournée tiers la pleine mer. (Chateaub.)

— Appliqué par un changement d'action : La force gui peut être tournée contre les libertés publiques, c'est l'armée. (Vacherot.)

— Travaillé au tour : Du buis, de l'ivoire TOURNÉ.

— Fait, construit : Un habit mal tourné. Un jeune homme bien tourné. Il a les jambes bien tournées. (La Bruy.)

Je n'en voyais aucun tourné comme les nôtres.

Reqkard.

C'est aux gens mat tournés, c'est aux amants vulgaires A brûler constamment pour des beautés sévères.

Molière.

Il Dit, écrit, rédigé t Un compliment bien tourné. Un discours bien tourné. Des vers bien tournés. Voici une lettre de mon maitre, dans laquelle il y a une déclaration d'amour des mieux TOURNÉES ; aussi y ai-je mis la main. (Le Sage.) Je ne veux que ces seules paroles-là dans le billet, mais tournées ci la mode, bien arrangées comme il faut. (Mol.) Le compliment est un éloge flatteur, tourné avec esprit, mais peu conforme à la vérité. (E. Vergniaud.) Je n'ai jamais oui de vers si bien tournés.

Molière.

— Voyant les choses d'une certaine façon : Voks avez l'esprit bien TOURNÉ. C'est un esprit mal tourné. Les sophistes ont l'esprit tourné de telle manière qu'Us voient tout renversé. (Gratry.)

Un taureau qui rumine, une chèvre qui broute Ont l'esprit mieux tourné que n'a l'homme? — Oui,

- [sans doute.

Boileau.

— Porté, dirigé : Qu'un homme du caractère de Calitina aurait porté loin ta vertu, s'il eût été tourne au bient (Vauven.)

■ — Corrompu, gâté, altéré : Vin TOURNÉ. Lait TOURNÉ.

— Feuillet tourné, Verso d'un feuillet : Ce passage se trouve au feuillet 37 tourné.

Il Vieille loc.

— Sang tourné, Sang dénaturé par l'effet d'une violente émotion.

— Œil tourné. Œil qui montre le blanc et dont la pupille est cachée :

On me porta dans un logis voisin.

Les yeux tournés et plus froid que ma pièce.

Voltaire.

— Tête tournée, Personne devenue folle : C'est une tète tournée. (Alex. Dum.) il Avoir la tête tournée de quelquun, En être épris : Léonce a toujours la tête tournée D'elle. (Mme de Staël.) il Inus.

— Etre tourné à, Avoir le nez tourné à, Avoir des dispositions pour, être enclin a : Il «'est guère tourné à la dévotion. Avoir le nez tourné k la friandise. Je n'Ai pas le nez tourné a. être prophète en mon pays. (Volt.) -

— Tourné en. Changé en : Les désirs tournés en habitudes se nomment passions, (Condill.)

— Avoir le dos tourné, Venir de partir : A peine avait-i7 le dos tourné que sa femme arriva.

— Blas. Se dit d'un croissant et d'un fer & cheval dont la partie concave regarde le flanc dextre de l'écu.

Liturg. Eglise bien tournée, mal tournée,

Ctotilde est mal tournée. Notre-Dame est

Wia ÉGLISE BIEN TOURNÉE.

TOUR

— Agrie. Se dit des fruits qui commencent k prendre la couleur qu'ils doivent avoir à l'état de maturité : Des raisins à peine tournés.

TOURNE-A-GAUCHE s. m. Techn.'Double levier transversal qui sert à faire virer une tige sur elle-même à l'aide des deux mains, la résistance étant placée au milieu et chaque main à l'une des extrémités: .te tournea-gauchu est mal nommé, car il tourne à droite aussi bien qu'à gauche. (Maigne.) fl Outil avec lequel on courbe en sens contraire les dents d'une scie, pour lui donner du pas.

U Levier à œil, qui sert à faire tourner certains outils, il Outil en crochet qui saisit le gouvernail d'un paquet de verges, et permet au forgeron de le faire virer à volonté.

Il Espèce de tenaille de bois avec laquelle le forgeron peut saisir et tenir fortement de grosses pièces de divers diamètres. Il PI.

TOURNB-A-GAUCHB.

— Encycl. Le iourne-à-gauche est un outil dont se servent les forgerons et les ajusteurs. Les premiers l'emploient pour tenir l'extrémité des grosses pièces cylindriques et autres qui ont besoin d'être battues sur l'enclume dans différents sens. Dans ce cas, cet outil se compose de deux leviers en bois superposés à l'une de leurs extrémités et réunis en cet endroit par deux boulons. L'espace compris entre' ces derniers, dans le sens transversal et perpendiculaire à leur direction, est percé d'un trou dont le diamètre est assez grand pour permettre l'usage de l'outil pour un grand nombre de diamé-, très. Ce vide est pris naturellement moitié sur l'un des leviers, moitié sur l'autre. Lorsque le diamètre dépasse la limite adoptée , on éloigne l'une de l'autre les parties en contact en desserrant les boulons; alors ce sont les angles des demi-trous de chaque levier qui appuient contre la pièce et la pincent assez fortement pour permettre de la faire tourner dans tous les sens.

Le tourne-à- gauche des ajusteurs est un outil dont ils se servent pour imprimer un mouvement de rotation au taraud qui doit tracer le pas de vis dons un trou cylindrique ou conique. Il se compose d'une longue tige en fer dont le milieu aplati est percé d'un trou carré dans lequel entre la tête du taraud. Pour le manœuvrer, l'ouvrier prend les extrémités de ce levier de chaque main et lui donne un mouvement de rotation de droite à gauche, ou de gauche à droite, suivant le cas, en faisant passer simultanément chaque poignée d'une main dans l'autre.

TOURNEBRIDE s. m. (tour-ne-bri-de — de tourner, et de bride). Sorte d'hôtellerie établie près d'un château ou d'une maison de campagne, pour recevoir les domestiques et les chevaux des étrangers qui viennent en visite.

TOURNEBROCHE s. m. (tour-ne-bro-che — de tourner, et de broche). Machine destinée à mettre une broche en mouvement :

TOURNKBROCHB à poids. TOURNKBROCHB à

ressort. Je leur fis voir mon pot-au-feu économique, ma coquille à rôtir, mon tournkbroche à pendule et mon vaporisateur. (Brill.- Sav.)

— Petit garçon qui tourne une broche.

— Chien d'une espèce particulière, qu'on met dans une roue, pour lui faire tourner la broche :

Tovrnebrocha, par lui rendus communs en France,

Y font un corp» à part.

La Fontaine.

— Encycl. Avant de donner la description du loûrnebroche, nous devons faire connaître son histoire. "Nous ne savons point comment les anciens imprimaient un mouvement circulaire k leurs broches, si tant est qu'ils eussent des broches ; mais des monuments précieux qui sont restés du moyen âge nous ont fait connaître une énorme machine qui remplissait les fonctions de notre loûrnebroche.

Tout le monde sait que les cheminées seigneuriales étaient immenses ; on y allumait des feux capables de faire rôtir un bœuf, et comme les nobles, dans ce temps-la, ne faisaient! que rarement la chasse au menu gibier, les grosses pièces faisaient les frais de la cuisine. Les arts mécaniques étaient alors fort arriérés; voici de quoi se composait le loûrnebroche : en dehors de la salle, et ordinairement dans une cour intérieure, se trouvait une roue mue par des paysans. A son centre était un arbre qui traversait la muraille et venait communiquer le mouvement circulaire k la broche à l'aide de ricelleô, de cordes ou de courroies. 11 existé plusieurs Spécimens de ces sortes de tournebroches, et, pour notre part, nous en avons rencontré d'assez ingénieusement montés.

Vers le xvi« siècle, ou même peut-être . avant, la mécanique fut employée à faire tourner les broches ; mais nous devons avouer qu'il ne nous est resté aucun spécimen des machines employées k cette époque.

Le loûrnebroche a les plus grands rapports avec une horloge, puisqu'il est my par un poids ou par un ressort. Seulement, dans le loûrnebroche, le modérateur, au lieu d'être un balancier, est un volant.

Voici comment sont construits les tournebroches les plus ordinaires. Le poids, force motrice, suspendu à une corde, correspond à l'instrument par des poulies. La corde qui

TOUR

le supporte s'enroule quinze ou vingt fois autour d un tambour qu'elle fait tourner en se dévidant. Le tambour, en tournant avec une excessive lenteur, communique son mouvement circulaire à des engrenages. A la partie supérieure de l'instrument se trouve une tige perpendiculaire munie d'une vis sans lin, que met eu mouvement la roue de rencontre ; la tige est surmontée d'un volant horizontal qui sert à modérer le mouvement des roues et k le réduire k la vitesse nécessaire pour donner & la broche celle qui convient. On a adopté ce système de volant par la raison

?ue chaque dent de la roue de rencontre fait aire un tour entier au volant; mais comme ce dernier tourne fort vite, on est souvent obligé de remonter le loûrnebroche avant que la pièce soit rôtie. Un autre inconvénient de ce système, c'est d'exiger un poids considérable pour vaincre le frottement qui a lieu entre les dents de la dernière roue et lu vis du volant.

De no3 jours, on fabrique des tournebrockes à ressort gros comme les deux poings et qui peuvent très-facilement faire tourner une poule, mais qui se trouvent bien souvent faibles pour les grosses pièces.

— Tournebroche d air chaud. Le tournebroche à air chaud a été employé assez communément dans nos départements du Midi ; mais il a été délaissé depuis une trentaine d'années. Un essieu tombe perpendiculairement sur le milieu de la cheminée, c'est-àdire sur le lieu où le feu doit être allumé. Tout autour de cet essieu s'enroule une plaque de tôle en hélice et faisant deux ou trois tours complets. Le mouvement ascendant de l'air chaud imprime un mouvement de rotation à l'essieu, qui le communique k l'aide d'engrenages, de poulies et de chaînettes k une broche située en face du feu. De cette manière, la chaleur sert non-seulement k faire cuire ia viande, mais encore k la faire tourner ; toutefois, la force motrice de cet appareil est souvent insuffisante.

TOURNEBU, village de France (Calvados), cant. d'Hurcourt-Thury, arrond. de Falaise ; 446 hab. L'église, en partie du xma siècle, renferme de curieuses pierres tombales. On remarque aussi à Tournebu les ruines d'un château fort, qu'on croit remonter au règne de Philippe-Auguste. Le donjun, belle tour cylindrique, se compose de plusieurs assises de pierres de taille formant des cercles à -différentes hauteurs au milieu de l'appareil. Les pierres des deux cercles inférieurs s'emboîtent les unes dans les autres, suivant M. de Caumont.

TOURNE-CASE s. m. Jeux. Sorte de trictrac très-simplifié.

— Encycl. Le tourne-case se joue avec les mêmes instruments que le trictrac ordinaire, mais avec cette différence qu'on ne prend de part et d'autre que trois dames. Le but que se propose chacun des joueurs est de conduire ses trois daines depuis sa droite jusqu'au coin de repos qui est à sa gauche. Celui qui y parvient le premier gagne la partie, et, s'il le fait avant que son adversaire ait réussi à placer une seule de ses dames, il a droit à un payement double, à moins toutefois de conventions contraires.

TOURNE-DOS s. m. Dos tourné, position assignée, dans certaines halles, à des vendeurs dont la marchandise n'est pas fraîche : Il a été obligé de vendre son poisson à

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