V. Bock (Jérôme
TRAHIR v. n. ou tr. (tra'-ir — latin tradere, livrer, proprement donner au delà; de trans, au delà, et de dare, donner). Tromper perfidement ; violer, par un acte criminel, les droits ou les intérêts de : Trahir un ami. Judas trahit son maître. Quiconque (latte ses maîtres les Trahit. (Muss.) Insouciante enfant, belle Eve aux blonds cheveux, Tout trahir et tout perdre était ta destinée,
A. dc MusSBT.
— Manquer de fidélité à : Trahir un mari, un amant.
Penses-tu qu'en effet Zaïre me trahissse ?
VOLTAIRB.
— Violer perfidement, manquer honteusement à : Trahir l'amitié, la confiance de quelqu'un. Trahir sa promesse, son serment,
son devoir.
Quand on doit le trahir, que m'importe un serment? C. Dblaviohe.
— Agir, parler contre :
Un enfant est peu propre à trahir sa pensée.
" Racine.
— Dévoiler le secret de : "
Ah! malheureux Arcas, tu m'as trahi! — Mon père, Cessez de vous troubler, vous n'é«s point trahi.
Racine.
— Livrer, révéler contre l'honneur : Je soupçonne qu'elle A trahi plus d'une fois les secrets de sa maitresse. (J.-J. Rouss.)
— Déceler, faire connaître : Ses cris le trahirent. Cette action trahit ses mauvais instincts. Son habileté trahit l'habitude qu'il avait de ce métier. Les gants d'une femme trahissent tout son caractère. (Mme E. de Gir.)
Un seul mot, un soupir, un coup d'œil nous trahit.
Voltaire.
Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux.
Racine.
— Décevoir, rendre inutile : Le temps trahit souvent notre espoir. Les années ont trahi mon courage.
— Mal rendre, mal traduire : Mon expression a traui ma pensée; voilà ce que je voulais dire.
— Absol. : On fait plus de trahisons par faiblesse que par dessein formé de trahir. (La Rochef.)
Quelquefois, sans mot dire, on trahit encor mieux.
Fa. DE NEUFC BATEAU.
Se trahir v. pr. Parler, agir contre ses propres intérêts :
Vous-même en ma faveur vous voulez vous trahir.
Racine.
— Se faire découvrir : Il se trahît par le bruit qu'il fit involontairement.
— Se dévoiler, se manifester : La conscience criminelle SB trahit toujours ellemême. (Mass.) Les parfums cachés et lesamours secrets se trahissent. (J. Joubert.)
L'amour heureux te trahit aisément.
Parut.
" — Se tromper réciproquement ; manquer de foi vis-à-vis l'un de l'autre : Les femmes ne doivent pas se trahir entre elles. (G. Sand.)
TRAHISON s. f. (tra-i-zon— lat. traditio , de tradere, trahir). Action de trahir; acte de traîtrise, de perridie : Commettre une trahison. La trahison d'une amie entraine presque toujours la trahison d'un ami. (A. d'Houdetot.)
— Intelligence coupable avec les ennemis de l'Etat : Ce général est accusé de trahison.
— Funi. Petite tromperie, intrigue qui l'ait tomber dans une sorte de piège: J'étais venu à un repas sans façon, et voilà que je tombe dans un banquet où il faut porter des toasts ; c'est une trahison.
— Crime de haute trahison ou simplement Haute trahison, Crime contre la sûreté de l'Etat : Etre accusé de haute trahison. Les crimes de haute trahison doivent être définis par lu loi, (Acad.)
— En trahison, Traîtreusement, perfidement : Le caractère du diable le pousse à porter des plaies en trahison. (Boss.)
— Encycl. Crimes de haute trahison. Chez les Romains et sous la monarchie française, ou donnait le nom de crimes de lèse-majesté (v. ce mot) aux crimes de haute trahison, appelés d'une façon plus rigoureuse aujourd'hui crimes contre la sûreté de l'Etat. C'est à l'Angleterre que nous avons emprunté l'expression de haute trahison. Dans les lois anglaises qui régissent la matière, les crimes de cette catégorie sont très-variés. Nonseulement on y a compris les attentats contre la sûreté de 1 Etat et de son chef, mais encore on y déclare coupables du crime de haute trahison l'amant de la reine, de la fille non mariée du roi, de la femme de l'héritier présomptif de la couronne, etc.
En France, lescrimes de haute trahison sont rangés dans deux catégories, ceux qui sont commis contre la sûreté extérieure de l'Etat et ceux que l'on commet contre la sûreté intérieure de l'Etat. Les crimes et délits appartenant à la première catégorie sont specitiéa dans les articles 75-85 du code pénal. Sont punis de mort : tout Français qui a porté les armes contre la France (art. 75); quiconque a pratiqué des machinations ou' entretenu ces
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intelligences avec les puissances étrangères ou leurs agents pour les engager à commettre des hostilités ou à entreprendre la guerre contre la France ou pour leur en procurer les moyens, que. ces machinations aient été ou non suivies d'hostilités (art. 76) ; quiconque a pratiqué des manœuvres ou entretenu des intelligences avec les ennemis de l'Etat, à l'effet de faciliter leur entrée sur le territoire ou de leur livrer des villes, forteresses, places, postes, ports, magasins, arsenaux, vaisseaux ou bâtiments appartenant à la France, ou de fournir aux ennemis des secours en soldats, hommes, argent, vivres, armes ou munitions, ou de seconder le progrès de leurs armes sur les possessions ou contre les forces françaises de terre ou de mer, soit en ébranlant la fidélité des officiers, soldats, matelots ou autres envers l'Etat ou son chef, soit de toute autre manière (art. 77). La peine est la même, soit que les machinations dont nous venons de parler aient été commises contre la France, soit qu'elles l'aient été envers les alliés de la France, agissant dans un but commun (art. 79). Est également puni de mort : quiconque a recelé ou fait receler les espions ou les soldats ennemis envoyés à la découverte (art. 83); tout fonctionnaire public, tout agent du gouvernement ou toute autre personne qui, chargée ou instruite officiellement ou à raison de son état du secret d'une négociation ou d'une expédition , l'aura livré aux agents d'une puissance étrangère ou ennemie ; tout fonctionnaire ou agent qui aura livré à l'ennemi les plans de fortifications, arsenaux, ports ou rades (art. 80-81). La peine sera celle de la détention si ces plans ont été livrés à une puissance étrangère, neutre ou alliée. Est puni de la peine du bannissement : quiconque a, par des actes non approuvés par le gouvernement, exposé des Français à éprouver des représailles; quiconque a, par des actes hostiles non approuvés par le gouvernement, exposé l'Etat à une déclaration de guerre. Si la guerre s'en est suivie, la peine sera celle de la déportation (ait. 84-85). Les crimes de haute trahison contre la sûreté intérieure de l'Etat consistent dans les attentats et com-' plots dirigés contre la personne du chef de i'Elat, dans les attentats ayant pour objet de changer la forme du gouvernement, de troubler l'Etat par la guerre civile, l'emploi illégal de la force année, la dévastation et le pillage public. L'attentat contre la personne du chef de l'Etat est puni de mort ; l'attentat ayant pour objet de changer la forme du gouvernement est puni de la peine de la déportation; celui qui a pour objet d'exciter à la guerre civile entraîne la peine de mort. Sont punis de la même peine ceux qui ont levé ou fait lever des. troupes armées; ceux qui, sans droit, ont pris le commandement d un corps d'armée, d une troupe, etc. ; ceux qui ont incendié, détruit, pillé des édifices publics , magasins, arsenaux , bâtiments de l'Etat, etc. V. attentat, complot, LÈSE- MAJESTÉ.
D'après l'article 6 de la constitution du !5 février 1875, le président de la république française n'est responsable que dans le cas de haute trahison.
Le crime de trahison militaire a été de tout temps regardé comme la plus insigne lâcheté. Tous les codes militaires l'ont châtié du dernier supplice, aussi bien chez les Egyptiens que chez les Perses, les Grecs et les Romains.
Dans notre législation, les lois du 21 brumaire an V et du 21 prairial an VI, ainsi que le décret du 16 mai 1793, prononceut la peine de mort contre tout militaire ou individu attaché à l'armée convaincu de ce crime, quel que soit son grade.
TRAH1SSEUR, EUSE s. (tra-i-seur, eu-ze — rad. trahir). Personne qui trahit, il Peu usité.
TRAHIT SUA QUËMQUB VOLUPTAS [Chacun eut entraîné pur son penchant) (Virgile, églogue II, v. 65]. « La lionne cruelle cherche ie loup, le loup la chèvre, la chèvre le cytise fleuri, moi je te cherche : chacun est entraîné par son penchant. ■
Le poBie veut peindre cet instinct mystérieux qui entraîne les êtres les uns vers les autres, soit par l'intérêt du besoin, soit par l'attrait du plaisir. Didot traduit ainsi : Le lion sur le loup s'élance furieux ; Le loup cherche l'agneau; l'agneau la marjolaine; Moi, jeté suis; chacun cèdo au goût qui l'entraîne.
Gresset a paraphrasé les vers de Virgile , Tout suit de son penchant l'impérieux attrait; Le loup cherche sa proie autour des bergeries; Le jeune agneau se plaît sur les herbes fleuries ; Pour moi, charmante Iris, par un charme plus doux, Je sens que mon destin m'a fait naître pour vous.
i Qu'on arrive aux spécialités exclusives par la spécialité même, soit en débarbouillant une médaille, soit en démontrant la manière d'emmancher les haches celtiques, rien de mieux -.^trahit sua quemque voluptas/ • {Jlevue de Paris.)
« Stephen William cherchait un héritier; c'était lui-même qui le disait : voilà le fait acquis, la chose certaine. Trahit sua quemque voluptas, a dit Virgile ; pourquoi n'y au-
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rait-il pas des Américains qui courent le monde en cherchant un légataire? »
Paul Féval.
« J'étais dans ia route de la fortune; les premiers pas que j'y avais faiis suffisaient pour m'en assurer... Sans aucun mérite, j'aurais pu, comme bien d'autres, obtenir encore quelques bénéfices; qui sait si quelques ruses de plus ne m'auraient point mis à la tête du clergé? Mais j'ai mieux aimé être aide de camp dans l'armée de Soubise : trahit sua quemque voluptas.
L'abbé de Boufflers.
TRA1CAO, baie du Brésil, Amérique du Sud, sur la côte E. de la province de Parahyba, sur l'Atlantique, par 6° 50' de latit. S. et 370 45' de longit. O. Elle offre aux navires un excellent mouillage.
TRAIEs. f. (trè). Ornith. Nom vulgaire de la draine: il On dit aussi trayb.
TRAILLE s. f. (tra-lle; Il mil. — de tra: gère, pour trahere, tirer, traîner, et qui est employé par Vairon pour traîneau , claie, herbe). Sorte de bac dans lequel le véhicule est porté d'un bord a l'autre par l'impulsion seule du courant. Il Corde qui sert à guider un pont volant d'une rive à l'autre d'un cours d'eau.
— Eacyci. V. bac.
TRAILLER v. a. ou tr. (tra-llé ; Il mil. — forme altérée du mot tirailler). Pêche. 2'railler une ligne, Lui donner des secousses, en rapprochant brusquement l'amorce de la surface de l'eau.
TRA1LLET s. m. (tra-llé; ii mil. — rad. traille). Pêche. Sorte de dêvidoir'sur lequel on enroule les lignes de pêche et la corde du libouret.
TRAILLIE s. f. (tra-lli ; Il mil.). Bot. Genre de plantes, de la famille des crucifères, tribu des isatidéès, dont l'espèce type croît dans la Mésopotamie.
TRAILLON s. m. (tra-llon ; Il mil. — dimin. de traille). Navig.fluv. Petite traille.
TRAIMOIS s. m. (trè-inoi). Agric, Mélange de seigle, de froment, d'avoine et d'autres céréales, qu'on sème pour être récolté en vert au printemps et donné en aliment aux bestiaux. Il On dit aussi trémois,
TRAIN s. m. (train. — Scheler croit que ce mot, qui s'écrivait anciennement train, trahin, et qui, selon lui, signifie proprement marche, allure, trace, suite, attirail, a pour type immédiat un substantif lutin, Irakimen, dérivé de trahere, tirer, traîner. Chevallet fait venir train du germanique : hollandais trein, marche, danois triiie, suédois tren, qu'il rapproche de l'ancien haut allemand tratin, Iraten, marcher, gothique irudan, anglo-saxon tredan, Scandinave troda, allemand trcten, hollandais treeden , anglais lo tread, toutes formes qui doivent correspondre à la racine sanscrite (rad, agir, presser. D'un autre côté, Pictet rapproche train du kymrique trinuio, faire du bruit; irlandais treanuim, gémir, se lamenter, polonais Irunic, murmurer, tren, chant plaintif; lithuanien iraniti, babiller, traitas, bourdon, qu'il faut sans doute rapprocher du grec f/d'e^ieo', gémir. Ces formes diverses indiquent trois racines imîiatives : Iran, dhran et dran ou drttn, variations trèsordinaires quand il s'agit d'onomatopées). Allure d'une bête de somme ou de trait : Ce cheval a un train fatigant. Le mulet a, généralement, le train plus rude que le cheval. \\ Allure en général, vitesse de la marche : Nous allâmes grand train pendantune heure. Il allait si ban train qu'il me rejoignit en peu de temps. (Le Sage.) il Vitesse du mouvement : Ma montre va bon thain; elle abat son heure en cinquante minutes.
— Cours, marche des choses; allure qu'elles prennent ; Notre affaire va bon train. Au train dont vaut les choses, nous pouvons nous attendre à de grands changements.
— Mode d'existence; genre da vie : Mener un train de vie réglé. Le vulgaire ne comprend à peu près rien du train du monde et de sa propre vie. (Proudh.)
Dubreuil mené grand train, Dubreull fait grand Le inonde l'en estime encore davantage, (tapage.