‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 320 sur 1042 · FEMMES · texte numérisé non relu

FEMMES

— Travaux exécutés en Nouvelle-Calédonie en septembre 1875. D'après les renseignements pui-és h des sources officielles; voici quels ont été les travaux exécutés en septembre 1875 par les transportés, dans la Nouvelle-Calédonie et à la Guyane.

A l'Ile Nou, pénitencier-dépôt : route du camp du pénitencier-dépôt an camp de la pointe Sud, en passant parla Vacherie; construction de l'église de l'Ile Nou; extraction des pierres pour le four k chaux et pour les constructions de la pointe Sud ; entretien et réparation des divers bâtiments du pénitencier.

Travaux de culture exécutés à la ferme Nord de t'He Nou. A Nouméa : corvées de transportés fournies par les camps du Montravel, de l'Orphelinat et de la Vallés-des- Colons, aux ateliers et chantiers du génie, de l'artillerie et des ponts et chaussées; déchargement des navires chargés de vivres, de cnarbon.de bois,' etc.; arasement de la butte Conneau, bordant le port de Nouméa.

Dans les divers camps, sur la Grande- Terre : percement et entretien des routes de la colonie ; exploitation des bois dans laforét des Kaoris, de la baie de Prony, située au sud de la Nouvelle-Calédonie ; construction de nouveaux camps et entretien des anciens dans l'intérieur ; travaux de culture exécutés à la ferme modèle d'Yahoué, à Ouarail, Moindoux, Bourail et Kanala; travaux de la conduite d'eau partant de la rivière la Bouaî, près de la ferme modèle d'.Yahoué, à Nouméa; les travaux de la conduite d'eau sont projetés depuis huit années, et, quand ils seront terminés, la ville de Nouméa aura enfin de l'eau, dont elle manque surtout pendant les grandes chaleurs.

— Irai/aux exécutes à la Guyane en septembre 1875 par les transportés A Saînt-Lanrent-du-j\laroni, sur la Grande-Terre : entretien des routes de la colonie ; essais de culture ; réparations et constructions dans les camps ; travaux exécutés dans les deux mines d'or.

A Cayenne : travaux divers ; batelage; chargement et déchargement des navires; corvées à terre, à bord des bâtiments et dans les différents services de la colonie.

Au Kourou: entretien des embarcations et des bâtiments ; exploitation des bois sur les bords de la rivière; chargement et, déchargement des chalands.

Aux Iles du Salut et a l'îlet la Mère : culture, jardinage, coupe et transport des bois pour les cuisines ; fabrication d'huile de ricin médicinale et il brûler, ainsi que d'huile de coco pour l'éclairage.

— Colonisation par les transportés libérés à la Guyane. Le premier établissement fundé dans cette région, celui de Siiint-Laurent, fut. dés l'origine, affecté à un essai de colonisation agricole au moyen des condamnés en cours de peine; ces condamnés devaient être employés, comme ouvriers d'abord, k préparer ies installations générales d'un pénitencier, c'est-à-dire logement, magasin, hôpital, église, caserne, routes, défrichements; puis, comme concessionnaires, k la mise en culture des terres. Les concessionnaires étaient choisis parmi les plus méritants et les plus laborieux.

Dès 1860, Saint-Laurent semblait dans une situation relativement prospère, et, l'état sanitaire justifiant le choix de l'emplacement,' un décret du 30 mai de cette année affecta définitivement a la transportation tout le territoire du Maroni.

Dans l'intervalle, la nécessité d'abandonner la région du vent et l'arrivée successive des convois venant de France avaient exigé la création, à 2 kilom. de Saint-Laurent, d'un second établissement, appelé Saint-Louis.

Ce dernier n'était pas, comme le précédent, destiné aux concessionnaires; o'étaitun pénitencier proprement dit, où le condamné devait subir sa peine et faire son temps d'épreuve.

Les premiers efforts, après la période d'installation, furent dirigés vers la production du sol. Aux plantes potagères, comprenant les plantes d'Europe et celles qui sont propres au climat tropical, s'ajouta la culture du tabac, du maïs, du riz, de la canne, du manioc, du caféier, du cacaoyer. Commec'était sur ces deux dernières cultures que reposait surtout l'espoir d'un rendement sérieux, on leur accorda une place plus considérable dans le travail de plantation. Ces deux arbustes n'entrent en rapport qu'au bout de quatre à cinq ans, mais alors ils donnent un revenu très-élevé. Leur culture, pendant la période improductive, exige des soins constants j de plus, ils ont besoin, pour se développer, d'être protégés soit contre les vents violents, soit contre les ardeurs d'un soleil trop vif, et aussi contre les insectes qui sont, a la Guyane, les ennemis les plus redoutables de toute culture. L'élevage des animaux de basse-cour se fait avec succès ; celui du gros bétail, essayé d'abord dans les savanes d'Organabo et de Fassoura, le long de la côte, entre le Kourou et le Maroni, a dû être, pour cause d'insalubrité, porté ailleurs; il est aiourd'hui entrepris sur une assez grande échelle k la Pointe-Française, a l'embouchure même du fleuve Maroni. C'est à cette spécialité qu'on affecte les repris de justice transports pour rupture de ban, catégorie plus indisciplinée que celle des forçats, et dont on peut, à grand'peine, obtenir le facile travail de la garde du bétail.

A côté des cultures, l'administration a dû chercher une autre branche de travail et de revenu dans l'exploitation de3 richesses forestières de la Guyane.

Quoique la colonie appartienne à la France depuis bien des années, cette ressource était presque ignorée du commerce métropolitain, et l'industrie locale n'en avait jamais tiré un parti sêiieux.

Les besoins des services publics fournirent, il y a quelques années, l'occasion de faire de nouveaux essais qui réussirent. Nos colonies des Antilles demandèrent du bois k la transportation pour des travaux de pilotis. En même temps, l'exploitation privée fondée à la rivière de Tonuégrande avec des transportés, et une autre entreprise particulière, tentée au Maroni par des industriels métropolitains, cherchaient k introduire l'usage de cesbois dans l'industrie française. De son côté, l'administration de la marine les soumettait k des expériences nouvelles, et un essai intelligemment fait révélait bientôt tout le parti que les constructions navales pouvaient en tirer.

D'un autre côté, l'on pensa que les bois de la Guyane pouvaient être avantageusement substitués aux bois indigènes comme traver ses pour les chemins de fer. Le renouvellement fréquent de ces traverses commençait à devenir un embarras inquiétant pour les compagnie». Des échantillons furent demandés à la Guyane, et la compagnie des chemins de fer de l'Ouest conclut un marché de 30.000 traverses. Durant la même période, en 1865, l'attention du commerce s'est portée vers ces bois, et un mouvement d'opinion favorable s'opéra en faveur de leur emploi. Les exploitations privées deTonnègrande «t du Maroni sont parvenues k introduire dans le commerce de l'èbénistene certaines essences, notamment le bois violet, qui ont réussi et dont le bon goût de nos ouvriers a su tirer des eiïets heureux.. D'autre part, les administrations des chemins de fer ne semblent pas devoir borner aux traverses l'emploi des bois fie la Guyane, et la compagnie chargée de la construction des wagons du chemin de fer de Lyon les a utilisés pour Ses travaux.

En 1867, lors de l'Exposition universelle k Paris, une collection aussi complète que possible de toutes les essences qui peuvent être utilisées soit par l'ébéuisterie, soit par l'industrie du bâtiment, soit par les constructions navales, fut envoyée de la Guyane.

Les besoins de In flotte s'é.tant rapidement accrus, les demandes de bois de la Guyane furent portées à 3,000 mètres cubes par an.

Ainsi, en combinant les cultures avec l'exploitation des forêts, on s'efforce de trouver a la Guyane un emploi utile des bras de la transportation, un travail rémunérateur, une base de colonisation.

Dès 1860, le pénitencier de Saint-Louis, composé de forçats en cours de peine, ouvrait de nouvelles percées dans les grands bois voisins de In crique Ba'.èié. Les hommes qui subissaient leur temps d'épreuve préparaient le terrain pour de nouveaux centres agricoles. C'est ainsi que furent successivement créés Saint-Maurice, Sainte- Anne, Saint-Pierre et Saint-Jean, dans un rayon très-proche de Saint-Laurent et de Saint-Louia. A Saint-Maurice, on plaça des condamnés en cours de peine, qui avaient paru digues de devenir concessionnaires; à Sainte-Anne, d'autres groupes de la même catégorie, ouvriers plutôt que cultivateurs, et qui se livraient k l'exploitation forestière; k Saint-Pierre, c'était avec les libérés astreints ii la résidence perpétuelle que l'on essayait la colonisation. A Suint-Jean furent installés les libérés k résidence temporaire, en attendant le jour de leur rapatriement. Aux flattes de la Pointe-Française furent placés les repris de justice en rupture de ban, qui attendaient aussi leur retour en France. Pour compléter l'énumération des points occupés par la transportation au Maroni, il reste k citer les chantiers de Sainte- Marguerite, sur la crique Mnïpouri, et ceux du Haut-Maroni, affectés à l'exploitation forestière : établissements destinés k se déplacer k mesure que le travail d'abatage pénétrera dans l'intérieur des forêts.

Le nombre des transportés libérés vivant du produit de leur travail, au l" octobre 1875, s'élevait à 613, et celui des transportés en cours de peine engagés chez les habitants k 790.

— Colonisation par les transportés libérés à ta Nouvelle-Calédonie. Bourail, situé sur la côte ouest de la Grande-Terre, k 40 lieues environ de Nouméa, est devenu le centre de la population des transportés libérés en Nouvelle-Calédonie; jusqu en 1870, elle était peu nombreuse et ne comptait que 69 transportés, dont 37 en cours de peine et 32 libérés; cependant il y avait déjà 19 femmes et 33 enfants, dont 4 nés dans la colonie. Depuis cette époque, par suite des libérations et des envois de femmes de la métropole, la population a considérablement augmenté et s'élevait, au 1er octobre 1875, à 641 transportés, dont 438 en cours du peine et 203 libérés, comprenant, en outre, 89 femmes, dont 68 en cours de peine et 31 libérées.

On a installé k Bourail une ferme pénitentiaire dirigée par un agent de culture qui donne, en outre, des conseils aux concessionnaires groupés autour de la ferme. Cette ferme est alimentée, comme main-d'œuvre, par des transportés, des aspirants concessionnaires destinés à aider les concessionnaires établis dans la culture de leurs terres. Les premiers exploitants, déjà en possession provisoire ou définitive, ont été pourvus do j titres do possession délivrés officiellement. Les nouveaux concessionnaires sont pourvus des mêmes litres, mais k certaines conditions. Us sont tenus de cultiver une étendue déterminée en cannes, d'abord fixée k 2 hectares, puis réduite k 1 hect. 50 seulement. Cette condition trouve sa raison d'être dans un marché passé par l'administration avec une usine suCrière qu'elle s'est engagée a alimenter avec les produits des concessions et de la ferme de Bourail. On a pu ainsi assurer un débouché aux produits des cultures des concessionnaires. Le nombre des concessionnaires s'élève à 145; leurs familles ont demandé k les rejoindre, et beaucoup d'entre elles sont arrivées. Des demandes se sont étendues souvent aux parents collatéraux ; mais il a paru que les mêmes sacrifices ne devaient pas être fait3 pour les collaté-

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raux que pour les femmes et les enfants. II a été décidé, de concert avec le gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, que l'on exigerait des collatéraux de transportés les conditions imposées aux colons libres, tant pour les aptitudes professionnelles que pour la justification du pécule dont ils doivent être en possession avant leur départ.

Une école a été créée a Bourail par arrêté du gouverneur le 22 décembre 1869; 25 élèves l'ont fréquentée en 1870. Aux termes de l'arrêté, l'instruction des enfants est obligatoire, pour les garçons, de 5 à 13 ans, et pour les filles de 5 à 12 ans. En cas d'inexactitude à suivre les classes, la ration que l'on délivre aux enfants est supprimée. Un instituteur venu de France est chargé de la direction de cette école. Il fait en outre, le soir, des cours d'adultes pour les transportés. Il est facultatif à ceux-ci de se rendre aux cours, mais le plus ou moins d'assiduité à les suivre est pris en considération pour les mises en concession. Les filles sont initiées aux travaux d'aiguille et aux soins du ménage par la femme de l'instituteur.

Le service des bibliothèques, institué en 1867, mais qui n'a commencé à fonctionner que dans le courant de 18S3, est en voie de progrès. En 1870, il a été mis en lecture, tant à l'Ile Nou qu'à Bourail, 5,329 volumes. L'effet de ces lectures choisies est d'une influence favorable sur beaucoup de transportés. La distribution des livres, faite primitivement par des agents civils des pénitenciers, a été confiée depuis aux aumôniers.

En résumé, la situation de la colonisation en Nouvelle-Calédonie donne lieu d'espérer qu'elle entrera dans une voie prospère, car, sur 1,056 libérés, 807 vivent déjà du produit de leur travail et 234 transportés sont engagés chez les colons libres pour les aider dans leurs travaux.

Le nombre des animaux appartenant au service pénal et au service agricole, nombre oui tend à s'accroître de jour en jour, est aujourd'hui de 69 chevaux, 15 ânes, 114 bœufs, taureaux et vaches, et 111 veaux et géaisses.

— Evasions, corrections et exécutions capitales à la Nouvelle-Calédonie et à la Guyane. Le transporté a toujours l'espoir de pouvoir s'évader un jour; si cette idée devient fixe, il ne tardé pas à la mettre à exécution ; mais avant de partir il communique son projet k un camarade qu'il finit par persuader de partir avec lui en lui désignant un lieu de ralliement. Alors, tous deux, ensemble ou séparément, ils font semblant d'éprouver un besoin naturel, quittent le chantier l'un après l'autre sans prendre la même direction, pour ne pas éveiller les soupçons du contre-maître, transporté comme eux, qui rendrait compte immédiatement au surveillant militaire chargé du chantier, puis ils se retrouvent soit dans les bois, soit dans une anfractuosité de rochers et restent là jusqu'à la nuit. Quand le contre-maître transporté s'aperçoit au bout de dix minutes ou d'un quart d'heure que les transportés qui se sont absentés ne rentrent pas, il en rend compte au surveillant militaire, qui constate l'heure à laquelle ces transportés ont quitté le chantier, et, pour être bien persuadé de leur dé-, part, les hommes étant quelquefois échelonnés le long d'une route, il les réunit, en fait un appel minutieux, constate alors réellement leur absence et fait opérer quelques recherches par le contre-maître pour tâcher de savoir quelle direction ils ont pu prendre et enfin dresse le procès-verbal d'évasion, qu'il remet au commandant à son arrivée au pénitencier. Cet officier prend aussitôt, de concert avec le surveillant militaire chef de semaine, toutes les dispositions usitées en pareil cas; des surveillants militaires armés du chassepot et du revolver partent en reconnaissance et explorent l'île dans toutes les directions. Des embarcations sont mises à la mer et suivent le littoral qui fait face à la Grande-Terre pour empêcher les évadés de traverser la rade à la nage ; malgré toutes ces précautions, les surveillants militaires, après avoir beaucoup marché dans les rochers le long de la mer et dans les bois remplis de lianes, rentrent air pénitencier fatigués d'une nuit de veille pendant laquelle ils ont été piqués des moustiques, sans avoir rien pu découvrir; les embarcations reviennent à leur tour sans avoir rien aperçu d'insolite sur la rade. Qu'ont fait les transportés? Ils restent rarement dans l'île; ils ont traversé la rade pendant une nuit sombre , soit sur une planche, soit sur un radeau construit longtemps k l'avance, sans la moindre crainte des requins qui sillonnent la rade en tous sens; et le lendemain ou le surlendemain on apprend.que des vols ont été commis dans les habitations et dans les plantations; quelquefois aussi on constate la disparition d'une chaloupe du port et un vol de vivres chez les marchands ou dans les magasins de l'Etat. Les transportés ont gagné la pleine mer ou se sont retirés dans les forêts de l'intérieur. En Nouvelle-Calédonie, l'Ile étant entourée de récifs entre lesquels il y a des passes qu'il faut connaître, les évasions par mer sont très-difficiles, à moins d'avoir des connaissances nautiques ou une Bomme d'argent suffisante à offrir à certains capitaines australiens dont les navires sont

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en déchargement dans la rade ou sur le point d'appareiller, et qui, à leurs risques et périls, font évader les fugitifs. Parfois des transportés en corvée à Nouméa, venant à apprendre qu'un navire est en partance , s'introduisent furtivement dans le bâtiment, où ils restent cachés jusqu'à la première relâche. C'est ce qui est arrivé à deux transportés lorsque la frégate mixte le Calvados a quitté Nouméa le 24 octobre 1873; ces deux évadés se sont cachés à fond de cale pendant toute la traversée; ils ont vécu de vols, et, avant l'arrivée à Taïti , ils ont volé les effets d'un enseigne de vaisseau pour opérer leur débarquement, espérant trouver un moyen quelconque de quitter l'île; mais ils furent repris par la police taïtienne et livrés à l'autorité française. Quand des transportés évadés de l'île Nou se trouvent sur la Grande-Terre, ils restent en évasion quelquefois très-longtemps; certains sont restés plus de six mois cachés dans la forêt de Tonghoué et dans les environs du pic de la Bouaï , d'où ils venaient voler et piller à la ferme modèle d'Yahoué, en 1869, par exemple, anuée pendant laquelle les évasions ont été très-nombreuses, mais dont aucune n'a abouti. Dans les camps de l'intérieur, le3 transportés songent peu à s'évader ; ils ont peur des naturels du pays, les Canaques, qui, sachant que pour l'arrestation d'un condamné en évasion il leur est payé une prime de 50 francs, leur font une chasse de tous les instants ; aussi est-il rare que les évadés échappent aux Canaques; quand ils sont découverts, s'ils veulent leur résister, ils sont bien vite k moitié assommés et ramenés au chef-lieu d'arrondissement, pieds et poings liés au moyen de fortes lianes. Le nombre des transportés inscrits en évasion en Nouvelle-Calédonie s'élevait, au 1" octobre 1 875, à 84, dont 17 étaient libérés, sur un effectif de 7,644 arrivés dans la colonie depuis le 2 janvier 1864 ; il est probable que presque tous ces évadés sont morts.

Dans la Guyane, les évasions «Tes transportés ont été bien plus fréquentes qu'elles ne le sont aujourd'hui, et beaucoup d'entre elles ont été signalées par des circonstances tragiques, surtout dans le service des embarcations sur les rivières; les surveillants militaires ont été souvent obligés de faire usage du revolver. Les évadés partent généralement, à la Guyane, sur un petit radeau qu'ils laissent aller au fil du courant, qui les porte à la Guyane hollandaise ; mais les évasions ont surtout été nombreuses lors de . l'exploitation des forêts vierges. Le nombre des transportés inscrits en évasion à la Guyane, au 31 décembre 1874, s'élevait à 2,151 sur un effectif de 20,914 transportés arrivés dans la colonie depuis 1852; il est probable que la plupart sont morts de faim et de misère après s'être perdus dans les forêts vierges et les savanes, où il est si facile de s'égarer.

En Nouvelle-Calédonie, les évadés repris sont remis à la gendarmerie, qui les rend au directeur du service pénitentiaire, lequel les fait écrouer au fort Constantine, puis transférer à l'Ile Nou. Le commandant du pénitencier-dépôt fait procéder à leur interrogatoire par un surveillant militaire, qui en dresse procès-verbal, et le transporté passe ensuite devant un conseil de guerre ; s il est condamné à vie, il est remis à la disposition du gouverneur, qui lui fait infliger une peine corporelle et, dans le cas contraire, augmente la peine de 5 ou 10 ans, suivant les actes qu'il a accomplis pendant son évasion. S'il a commis un meurtre, le conseil de guerre le condamne à mort, et il est exécuté ordinairement sans délai ; la dernière condamnation à mort, prononcée à Nouméa le 17 septembre 1875, a reçu son exécution à l'île Nou le 28 du même mois.

Lorsque le transporté, rentré d'évasion, est condamné à vie, le gouverneur donne l'ordre de lui faire infliger 25 ou 50 coups de martinet sur les fesses, en présence des transportés réunis sur le front de bandière.

Quand le commandant du pénitencier a reçu l'ordre de faire infliger la correction, il fuit réunir les transportés à la cessation des travaux, vers 10 heures du matin ; ils sont formés en bataille sur quatre rangs de profondeur pour occuper le moins d'espace possible et sont encadrés k chaque extrémité par les surveillants militaires, d'un côté, et par le peloton des soldats d'infanterie demarine de l'autre; les armes sont chargées en leur présence. Le condamné à la correction ayant été amené par le surveillant militaire chargé des prisons, le surveillant militaire de ir° classe de semaine commande au tambour de faire un roulement et, au milieu du plus grand silence, lit l'ordre du gouverneur par lequel le transporté est condamné à recevoir £5 coups de martinet; puis le transporté est déculotté jusqu'aux genoux, étendu et attaché sur un banc par deux correcteurs. Le commandant du pénitencier, chargé de faire exécuter la sentence, est k côte du banc; sur l'ordre : i Commencez, » le correcteur, choisi en permanence pour cette fonction parmi les transportés les plus solides, frappe lentement et fort avec son martinet de cordes nouées et goudronnées ; quand le nombre fixé de coups a été donné, le commandement : • Cessez > est donné, et, au signal de la berloque, les transportés rentrent dans les cases. Il n'est jamais donné plus de 25 coups dans la même séance ; on a reconnu que

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l'homme ne pouvait en supporter davantage. Après la correction, le transporté est conduit à l'infirmerie, où il est pansé, puis réintégré en prison. S'il a une seconde correction k recevoir, elle ne lui est donnée que lorsque le médecin a décidé qu'il peut la supporter.

Les peines corporelles sont prononcées surtout contre ceux qui ont fait une tentative d'évasion ou qui se sont rendus coupables de pédérastie.

En Nouvelle-Calédonie, quand le jour a été fixé pour une exécution capitale, la guillotine est montée la veille au soir devant le front de bandière des cases des transportés ; aussitôt après le défilé du travail, à six heures du matin, les dispositions suivantes sont prises : les transportés de la 4e classe (non les autres) sont placés en face de l'échafaud, les surveillants militaires en armes et l'infanterie de marine sur chaque aile; deux surveillants vont avec l'aumônier chercher le condamné à mort. Quand il est arrivé au pied de l'échafaud, un roulement de tambour se fait entendre, puis le greffier du conseil de guerre donne lecture de la condamnation. Les transportés de la 4e classe reçoivent l'ordre de se mettre k genoux, la tête découverte ; le condamné est attaché sur la planche qui est promptement glissée par le bourreau et ses aides, et, aussitôt la tête tranchée, la berloque est battue et les transportés de la *e classe sont reconduits k leurs cases.

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Les correcteurs, qui, comme il a été dit, sont pris parmi les transportés ainsi que le bourreau, vivent et logent à part des autres transportés; mais le bourreau loge seul, en dehors du pénitencier, dans une petite maison le long de la mer. Les correcteurs font le service des prisons; le bourreau n'a a s'occuper que des exécutions capitales et du matériel de l'échafaud.

— Demandes en grâce. Des propositions en grâce en faveur des transportés sont faites tous les ans, au momentde-l.'inspection générale dans la colonie, par le directeur du service pénitentiaire au gouverneur; les transportés qui ea sont l'objet ne doivent avoir encouru aucune punition depuis un an. Un état dressé de ces propositions est envoyé au ministre de la marine, soumis au président de la république et renvoyé avec ratification au gouverneur. Certains transportés obtiennent ainsi des remilfes de peine de deux à cinq uns, ce qui leur permet de passer plus tôt dans la catégorie des libérés et d'obtenir des concessions.

— Salaire des transportés. Le salaire des ouvriers de la transportation est à la charge du service employeur.

Les ouvriers, ayant été classés d'après leur aptitude professionnelle, reçoivent mensuellement des gratifications comme suit :

Salaire par jour.

Contre-maître " o fr. 25

ire ™t»™,.io i Ouvriers d'art. . . . i '" Çlllsse ' 0 fr! 20

ire catégorie. . ( .20 classe 0 fr. 15

Manœuvres 0 fr. 10

Ouvriers d'art. . . . f J™ ?Iasse 0 fr. 18

\ 2° classe , 0 fr. 12

Manœuvres. 0 fr. 07

28 catégorie

Chaque transporté ne peut recevoir, comme salaire, plus de 6 francs par mois.

— Correspondance des transportés et caisse de la transportation. Les lettres qu'écrivent les transportés doivent porter en haut de la page, à gauche, leur nom et leur numéro matricule ; elles sont lues par le surveillant militaire chef de peloton avant d'êire remises au surveillant chef, qui les fait parvenir au directeur du service pénitentiaire, lequel les adresse au gouverneur. En envoyant le courrier en France, le gouverneur y joint celui des transportés en même temps; les lettres arrivent ainsi k destination sans payer de port.

Les correspondances que reçoivent les transportés sont adressées au gouverneur, qui les remet au directeur du service pénitentiaire; le surveillant militaire vaguemestre les envoie au péiiitenteneier-dépôt et dans les détachements. Toutes les lettres sont ouvertes et lues par le surveillant militaire vaguemestre, sauf les lettres non affranchies, qui sont présentées aux transportés, et ouvertes en leur présence s'ils acceptent d'en payer le port; si elles contiennent des mandats-poste, la constatation en est faite et ils sont envoyés, avec le montant de l'affranchissement, au vaguemestre, qui les touche au trésor et remet la somme touchée à "l'agent comptable de la caisse de la transportation, dans laquelle chaque transporté a son compte par doit et avoir; les sommes envoyées ainsi par lettres leur sont payées quand ils ne peuvent travailler pour les services employeurs ou bien lorsqu ils sont trop vieux ou malades. Le fonds de caisse de la transportation qui les concerne leur est payé aussi k leur libération ; c'est ce que le transporté appelle toucher sa masse.

— Transportation anglaise en Australie.

C'est en 1787 qu'eut lieu le premier départ des conviets pour l'Australie. Les points d'abord occupés furent Port-Jakson et Sydney, sous le gouvernement du Commodore Philipp. Dès le commencement, les affections scorbutiques ravagèrent le pénitencier. En 1789, c'est- k-dire dans un délai de moins de deux ans, la population transportée avait été décimée (Blosseville, tome Ier? page 90). Le 13 juillet 1790, il y avait encore 48S malades sur un effectif de moins de 3,000 hommes.

Il est intéressant de remarquer que, par suite des graves préoccupations que causaient alors au gouvernement anglais les événements politiques, un certain désordre s'était introduit dans les opérations de la transportation, et qu'il était devenu impossible d'établir une juste proportion entre les envois de vivres et les convois d'hommes. Pendant plus de dix-huit mois (Blosseville, tome 1»^ page 86), la colonie naissante fut laissée sans secours, et c'est grâce à la fertilité dusol, et surtout aux ressources inopinément apportées par des bâtiments hollandais de passage, qu'elle dut de ne pas être anéantie dès le début par la famine.

En 1792 (Blosseville, chap. viu et xiv), c'està-dire après cinq ans d'expérience, les envois de vivres de la métropole ne compensaient pas encore le surcroît des besoins que produisaient les nouveaux arrivages d'hommes, et dans ce même délai de cinq ans on avait accumulé sur cette terre inculte plus de 4,000 conviets. Deux ans après, le manque de vivres occasionna une disette qui força de réduire les rations.

En 1792, la mortalité était encore de

482 hommes, c'est-k-dire de 12,50 pour 100, et cependant on se trouvait là dans des conditions exceptionnellement favorables.

Pendant longtemps aussi, l'esprit d'indiscipline paralysa l'essor de la colonisation ; des révoltes fréquentes, dans lesquelles on trouvait les agents de surveillance mêlés aux conviets, mirent plus d'une fois l'autorité supérieure en péril. Bien que la nature du sol promît des produits immédiats au cultivateur, ce ne fut qu'en 1805, c'est-à-dire dix-sept ans après lu fondation de rétablissement, que les récoltes suffirent à la nourriture de la colonie. Ce qui facilita le progrès économique en Australie, c'est que beaucoup d'ofliciers et de fonctionnaires se firent colons. On leur assigna des conviets, on leur livra (les terres, et quelques-uns firent une fortune considérable. A côté d'eux s'établirent de libérés intelligents qui réussirent aussi. La majeure partie des récoltes de 1805 appartenait k ces deux catégories de colons, qui vendaient le blé k l'administration pénitentiaire; celle-ci, jusqu'à l'époque du gouvernement de Macquarie; en 1818, ne fit guère que marcher d'essais en essais, sans système et sans ligne de conduite arrêtés.

Ce qu'il importe de constater, c'est qu'une grande partie des obstacles que l'administration française a trouvés sur sa route se sont produits en Australie, c'est-à-dire sur un autre terrain, dans des conditions et dans un milieu différents, et à une autre époque. -

Ainsi, le premier obstacle, et l'un des plus funestes, k la progression des établissements agricoles, c'est l'impossibilité de mettre le nombre des femmes en rapport avec celui des hommes. Un autre, c'est'la tendance générale, irrésistible, qui ramenait les libérés vers la mère patrie. La loi anglaise ne fait pas, comme la loi française, une obligation de résider plus ou moins longtemps après l'expiration de la peine ; seulement elle laisse au condamné le soin de pourvoir comme il pourra k son retour ; elle ne se charge pas de le rapatrier. Malgré cet obstacle, la plupart revenaient ; ils s engageaient coin me matelots k bord de bâtiments pour la traversée, et comme les capitaines avaient le choix, ils ne prenaient que les meilleurs, laissant les plus mauvais dans la colonie.

L'esprit d'indiscipline, les instincts paresseux se manifestèrent d'une manière plus générale que parmi les transportés français, et pourtant les éléments dont se composait cette population semblaient donner des gages meilleurs; plus de la moitié de l'effectif était formée d'Irlandais condamnés pour troubles politiques. Ce qui est à remarquer, c'est que ce sont ceux-ci qui réussirent le moins comme colons.

En somme, malgré les facilités et les avantages que lui présentait la nature des lieux, la colonie anglaise, en 1796, c'est-k-dire au bout de neuf ans, ne comptait encore que 321 individus se suffisant à eux-mêmes sur une population totale de 4,850, et encore dans ces 321 comptait-on des colons libres venus d'Angleterre. En dehors de ce groupe, tous les transportés, soit condamnés en cours de peine, soit libérés, recevaient la ration. Ce ne fut qu'en 1816, vingt- huit ans après la fondation de l'œuvre, que l'Angleterre, sur la demande du gouverneur Macquarie, accorda le passage gratuit aux familles des conviets qui désiraient aller les rejoindre en Australie.

Dans l'intervalle qui sépare les essais de 17S7 de la grande prospérité actuelle, la loi

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anglaise a subi des modifications. La transportation fut souvent attaquée au nom des principes mêmes qui l'avaient fait naître, et surtout en raison "et selon la tendance des intérêts qu'elle touchait. La transporlation, souvent appelée par les colonies comme un bienfait, était ensuite repoussée comme une charge, même comme utie injure.

Les modifications qu'il parait utile de citer dans cet examen rapide sont celles de 1825, de 1853 et de 1857.

A partir de 1825, on renonça à transporter les condamnés à moins de sept ans. Le bill de 1855 allait [dus loin; il recomposait une peine des travaux publics à subir dans la métropole ; la transportaiion ne subsistait plus que comme exception, s'appliquant seulement aux condamnés à plus de quatorze ans. Dès 1857, on se rapprocha de 1 ancien système; seulement, la transporlation devint comme la récompense d'une bonne conduite après une période d'épreuves subies dans les prisons du Royaume -.Uni et put être appliquée à des individus ayant moins de sept ans à faire. V. Australie, tome I« du Grand Dictionnuire.

TRANSPORT-CESSION s. m. Jurispr. Aliénation de créances ou autres droits incorporels.

— Encycl. V.' cession.

TRANSPORTÉ , ÉB (tran-spor-té) part, passé du v. Transporter. Porté d'un lieu à un autre : Les blessés ont été transportés à l'ambulance. (Acad.)

— Passé par transmission : L'empire fut transporté de la nation vaincue à la nation conquérante. (Acad.)

— Animé, enflammé : Transporté d'amour, de fureur, de joie. Il Enthousiasmé, enchiuité, excité : Tous les spectateurs étaient TRANSPORTÉS. (Acad.)

— Emmené hors de France, on vertu d'une condamnation : Etre transporté à la Nouvelle-Calédonie.

— s. m. Celui qui subit la transporlation : Les transportés de la Guyane.

— Encycl. V. TRANSPORTATION.

TRANSPORTER v. a. ou tr. (tran-spor-té — lut. Iransportare; de trans, au delà, et de portare, porter). Porter d'un lieu dans un tmtre : Le change donne le moyen de transporter de l'argent d'un pays à un autre. (Muntesq.) Il faudrait trouver quelque part une île pour y transporter tous tes pianistes. (A. Karr.)

— Déplacer, supprimer dans un lieu et établir dans un autre : Constantin transporta le siège de l'empire romain à Constantinople. (Acau.)

— Emprunter en un lieu et établir ailleurs ; faire passer d'un mode d'emploi à un autre, d'un milieu a un autre : Transporter sur la scène un fait historique. Corneille fut le premier qui transporta sur la scène française les beautés des auteurs grecs et latins, fVolt.) Z/oil est-il arrivé qu'on a transporté le nom de la porte de Jaffa à celle de Damas ou des Pèlerins? (Château b.)

— Conduire, porter en imagination : Jean V Evantjéliste transporte son lecteur dans le ciel. J'aime surtout les poètes qui me transportent dans la plus haute untiguité. (De Maistre.)

— Animer, mettre hors de soi : La colère, la joie transporte cet homme. La colère est un élément nécessaire de l'indignation qui nous transporte à la vue de l'injustice. (M»au Guizot.)

— Jurispr. Céder, transmettre par un acte : Jl m'A transporté tous les droits qu'il avait sur cette terre, sur cet héritage. (Acad.) Il Porter hors du pays, en vertu d'une condamnation : Transporter des condamnés en Australie.

Se transporter v. pr. Etre, pouvoir être transporté : Ces marchandas SB transportant aisément.

— Se rendre, se porter en se déplaçant : Le magistrat se transporta sur les lieux.

— Se porter par l'imagination ou par la pensée : Transportez-vous dans le passé. Pour bien iutjer certains faits éloignés, il faut se transporter chez le peuple, à l'époque, au milieu des circonstances où ils sont arrivés. (Acad.)

— Se livrer à des transports : Plus l'homme est prompt à se transporter d'admiration, plus aisément il passe au dégoût, à l'aversion. (Boiste.)

— Syn. Transparler, IrauiCérer. V. TRANS- FÉRER.

— Tranaporter, apporter, emporter, etc.

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