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l'armée romaine à sa gauche, il prit sur la droite du côté de Fésules, mit tout à feu et à sang dans le plus beau pays de l'Etrurie et étala aux yeux du consul le plus de ravages et de désolation qu'il lui fut possible. Flaminius, frémissant à la vue des flammes qui brillaient de tous côtés au loin, donna l'ordre de décamper, malgré les représentations de ses lieutenants, et se lança sur les traces d'Annibal. Celui-ci attira son ennemi dans une plaine triangulaire, resserrée d'un côté par les montagnes de Cortone, d'un autre par le lac de Trasimène, au fond par des collines. On entrait dans ce triangle par une étroite chaussée, non loin de laquelle Annibal avait placé en embuscade un corps de Numides; le reste de son armée était rangé en cercle sur les hauteurs qui bornaient la plaine.
Flaminius, croyant enfin tenir Annibal, campa le premier jour sur les bords du lac. Il ne fallait pas une grande expérience de la guerre pour voir que c'était se perdre que de s'engager sur la chaussée, ouverte devant lui comme un appât mortel; mais Flaminius était tellement aveuglé par sa folie confiance en lui-même, que, sans même prendre la peine de reconnaître les lieux , il fit entrer ses troupes dans le triangle où elles allaient se trouver prises et broyées comme dans un piège formidable. Il avait même pris la précaution de se faire suivre par une troupe de valets d'armée portant des chaînes dont il prétendait charger les Africains, déjà vaincus dans son imagination. Annibal ne lui laissa pas longtemps cette illusion. Lorsqu'il vit que les Romains avaient franchi plus de la moitié du vallon et que leur avant-garde touchait à ses propres postes, il donna le signal du combat. Alors les Numides, sortant de leur embuscade , s'emparèrent de la chaussée et fermèrent toute issue aux Romains, qui se virent assaillis en même temps par derrière, de front et sur leurs flancs, avant même qu'ils se fussent rangés en bataille et qu'ils eussent préparé leurs armes. Ce ne fut pas un combat, mais une boucherie. Flaminius, qui , à défaut des qualités d'un général, avait du moins un grand courage personnel, conserva seul son sang-froid dans cet épouvantable désordre. Mais vainement il anima ses soldats du geste et de la voix, vainement il les exhorta à se frayer un passage l'épée à la main, à travers les ennemis; le tumulte qui régnait partout, les cris affreux des combattants et un épais brouillard qui s'était élevé empêchèrent de le voir ainsi que de l'entendre. Cependant , lorsque les légions s'aperçurent qu'elles étaient cernées de tous les côtés, par les ennemis, par le lac, par les montagnes, elles retrouvèrent leur courage dans l'impossibilité même de prendre la fuite, et résolurent de faire payer cher la victoire aux Carthaginois, La lutte devint alors terrible; l'acharnement fut si violent de part et d'autre , qu'on ne sentit pas un tremblement de terre qui, en ce moment même, renversait plusieurs villes en Italie. C'est surtout autour du consul qu'on se battit avec une incroyable fureur. Mais les Romains ne pouvaient que vendre chèrement leur vie , leur perte était trop bien assurée. Le combat durait depuis trois heures, lorsqu'un cavalier insubrien , nommé Ducar, remarqua le consul qu'il connaissait de vue : « Voilà, cria-t-il"à ses compatriotes, voilà l'homme qui a égorgé nos armées, ravagé nos champs et nos villes; c'est une victime que j'immole à nos frères assassinés. « Eu disant ces mots, Ducar s'élance à bride abattue, renverse tout sur son passage et perce le consul de part en part. Il saute alors de cheval pour lui couper la tête et le dépouiller ; les Romains aocqurent et veulent du moins soustraire le corps de leur général aux insultes des ennemis; mais ils sont aussitôt accablés par les Gaulois , qui complètent ainsi la déroute. 6,000 Romains seulement parvinrent à s'ouvrir un passage à travers les' vainqueurs; encore le lendemain furent-ils faits prisonniers par Maharbal , lieutenant d'Annibal; 10,000 autres s'enfuirent à travers les montagnes, épouvantés et disper- j ses ; 15,000 étaient restés sur le champ de i bataille; Aufiibal n'avait perdu que 1,500 nom- ' mes, presque tous Gaulois.
La douleur et l'effroi se peignirent sur tous les visages à Rome, lorsque le préteur M. Pomponius parut en public et prononça ces tristes paroles : « Nous avons perdu une grande bataille. • C'était la troisième fois que ce cri lugubre retentissait dans Rome depuis qu'Aniubal était entré en Italie.
TRASIMÈNE (département du). Sous l'Empire, en 1809, on donna le nom de Trasimène à un département situé entre celui de l'Arno au N., le royaume d'Italie à l'Ë., les départements du Tibre au S, et de l'Ombrone à l'O. Il avait pour chef-lieu Spolète,
TRASLE s. m. (tra-sle). Ornith. Nom vulgaire du mauvis.
TRAS-OS-MOiNTES * province du Portugal, au N.-E., entre celles du Minho à 10., de Beira au S., l'Espagne à l'E. et au N. ; 10,548 kilom. carrés; 140 kilom. sur 100; 320,000 hab. Ch.-l., Bragance. Sa surface, en général montagneuse, est arrosée par la Tamaga, le Corgo, le Sabor et la Tua, affluent du Dourou. Le sol des montagnes est rocailleux et aride ; mais celui des plaines est fertile, et on y recueille en abondance les différentes espèces de céréales, de légu-
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mus et de fruits; du chanvre, du lin, du sumac. Cette province produit les meilleurs vins de Portugal, ceux que les Anglais appellent vin de Porto; c'est là, du reste, la principale source de commerce du pays, qui contient plus de cinquante vignobles renommés. On y fait aussi quelques vins blancs; les meilleurs se récoltent à Celleiros, et dans les autres paroisses situées sur les rives du Pinlviio, vins qui ont quelque analogie avec ceux de Xérès, en Espagne.
Dans les expositions favorables, on cultive une grande quantité d'oliviers et de mûriers. On y élève beaucoup de gros bétail, des chevaux d'une bonne race, des moutons, des porcs, des vers à soie et des abeilles. Il y existe des mines de fer. L'industrie manufacturière y a principalement pour objet dos fabriques de soieries et le filage du Un. Le commerce y est assez important. On en exporte de l'eau-de-vie, des grains, de la laine, des chevaux, des mulets, des ânes, de la soie; mais surtout une grande quantité de vins.
TRASS 8. m. (tràss — du holl. liras, ciment). Miner. Sorte de tuf volcanique : Le trass est principalement employé pour les constructions hydrauliques.
TRASSOÏTE s. f. (tra-so-i-te — rad. frais). Miner. Sorte de roche volcanique.
TRASYBULE, général athénien. V. Thrasybole.
TRATTE s. t. (tra-te — du lat. trabs, poutre). Techn. Pièce du support de la cage d'un moulin à vent.
TRATTINICKIE s. f.(tra-ti-ni-kï— âeTrattinic/c, botan. allem.). Bot. Syn. de marschallib, genre de composées.
TRATTNER (Jean -Thomas, baron de), célèbre imprimeur, né à Johrmannsdorf (Hongrie) en 1710, mort à Vienne en 1798. D'abord simple ouvrier typographe, il parvint, grâce à son intelligence et à sa probité, à acheter à Vienne, en 174S, une petite imprimerie qui prit rapidement, sous sa direction, une importance considérable. En effet, Trattner fonda cinq succursales, à Agram, à Pesth, à Lintz, a Inspruck et à Trieste, créa huit librairies, dix-huit dépôts de livres et donna k l'imprimerie et à la librairie une impulsion qui fut des plus favorables au développement intellectuel de l'Autriche. En récompense de ses travaux, Marie -Thérèse lui donna la direction de l'imprimerie de la cour et l'empereur Léopold II le créa baron.
TRAU, en slave Traghir, anciennement Tra gurium, ville des Etats autrichiens (Dalmatie), dans une petite île du canal du -même nom, qui communique au continent par un pont de bois, et à l'île de Bua, située vis-à-vis, par un autre, avec un petit port, k 51 kilom. N.-O. de Spalatro; par 43° 30' 57" de latit. N., et 13» 54' 55" de longit. E. ; 3,000 hah. Evêché, collège. Le port est mauvais et peu fréquenté, le commerce nul et l'air malsain. Les environs produisent beaucoup de vin, d'huile et de figues ; on y trouve du marbre calcaire susceptible d'être poli. Cette ville a été fondée par les Syraeusains ; mais elle ne renferma aucun vestige de son antiquité. Après avoir plusieurs fois changé de domination, elle tomba au pouvoir des Vénitiens, qui l'ont conservée jusqu'en 1798.
TRAU (canal de), détroit de la Dalmatie (Etats autrichiens), formé par la mer Adriatique entre l'Ile de Bua et le continent. U a 29 kilom. de longueur, du canal de Solta au golfe de Salona, et une largeur qui varie de 5 kilom. k 1/2 kiloin. A sa partie septentrionale se trouve la ville de Trau.
TRAUCAT (François), horticulteur français, né à Nîmes. Il vivait au xvia siècle et était jardinier dans sa ville natale lorsque, en 1564, le premier en France, il établit des pépinières de mûriers, destinées à propager la culture de ce précieux végétul dans notre pays. Traucat avait déjà enrichi le Languedoc et la Provence de plus quatre millions de plants, quand Henri IV. ordonna à Du Pradel de planter vingt mille mûriers aux Tuileries et d'en envoyer un grand nombre dans les généralités de Tours, de Lyon, d'Orléans et de Paris. On doit à Traucat un Discours abrégé sur les vertus et propriétés des mûriers (Paiis, 1606), écrit dans lequel on trouve de bonnes indications sur la matière.
TRAULET s. m. (trô-lè). B.-arts. Pointe d'acier montée sur une hampe, dont on se sert pour marquer des points sur un 'plan, pour piquer un dessin d'architecture.
TRAUMATE s. m. (trô-nm-te). Miner. Syn.
de GRAUVACKE. *
TRAOMATEUX, EUSE adj. (trô-ma-teu, eu-ze — rad. traumaie). Miner. Qui renferme du traumate ougrauwacke.
TRAUMATICINE s. f. (trô-ma-ti-si-ne — rad. traumatique). Méd. Solution de guttapercha dans le chloroforme, qu'on emploie pour soustraire les plaies et blessures U l'action de l'air.
traumatique adj. (trô-ma-ti-ke. — Ce mot est formé du grec trauma, blessure, qui appartient k la même famille que titré-, ko, percer, blesser, teirà, truo, broyer, percer, tribâ, broyer, toreuô, ciseler, trupao, percer, etc.). Chirur. Qui a rapport, qui appartient aux plaies, aux blessures : Lésions
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thaUmatiquks. Dans un grand nombre de circonstances, les hémorragies traumatiqoes tont suivies de la mort. (Dupuytren.)
— Pathol. Fièvre traumatique, Fièvre qui accompagne la suppuration des grandes plaies.
TRAOMATIQUEMENT adv. (trô-ma-ti-keman — rad. traumatique). D'une manière traumatique.
TRAUMATISME s. m. (trô-ma-ti-sme — du gr. trauma, blessure). Chirur. Etat pathologique résultant d'une blessure grave. t TRAUMATOLOGIE s. f. (trô-ma-to-lo-ji — du gr. trauma, blessure ; logos, discours). Méd. Science qui traite des blessures , des plaies , des désorganisations violentes des tissus.
TRAUN, anciennement Traunus, rivière des Etats autrichiens. Elle prend sa source dans les Alpes, à l'extrémité N.-O. de la Styrie, coule au S.-O., entre dans l'archiduché d'Autriche, où elle traverse le lac de Hallstaedt, se dirige au N., puis au N.-E. forme le lac de Traun, coule de nouveau au N., puis au N.-E., reçoit l'Agger, le Wimsbach, le Krems, et finit par se jeter dans le Danube, vis-k-vis de Steyerreck, après un cours d'environ ICO kilom. Aussee, Hullstasdt, Ischl, Gemiinden, Wells et Ebersberg sont les principaux endroits que baigne cette rivière, qui, dans sa Eartie inférieure, se divise en un grand nomre de petits bras. A partir de Hallstœdt, elle porte bateau j mais la navigation e,st dangereuse, à cause de la quantité de rochers et de bas- fonds dont son lit est parsemé. De Hallstœdt à Gemiinden, les bateaux ne peuvent charger que 75 quintaux métriques ; de Lambach au Danube, ils chargent 125 à 150 quintaux. Le Traun est très-rapide; audessous de son confluent avec l'Agger, il a de 60 à 70 mètres de largeur moyenne, et quelquefois jusqu'à 3 mètres de profondeur. Le Traun fuit un peu au-dessus du village de Fiath, une chute de 15 à 16 mètres ; un canal de 418 mètres est construit latéralement à ce passage périlleux.
TRAUN (cercle de) , cercle d'Autriche, borné au N. par celui de la Muhl; à l'E. e,t au N.-E par celui du bas1 Wienerwald, au S. par la Styrie, au S.-O. par le cercle de Salzbourg etauN.-O. parle Hausruch ; superficie, 269,0 10 hectares, 1 15 kilom. sur 00; 125.000 hab. Ch.-l., Steyer. La surface de ce cercle est trèsvariée. Dans la partie S. s'élèvent les ramifications des Alpes Noriques, où existent do vastes glaciers et de belles masses de forêts, tandis qu'au N. le sol est seulement montagneux. Il est arrosé par le Traun, qui lui a donné son nom ; l'Eus, le Krems et la Steyer et renferme les lacs de Traun, de Hallstœdt. On y recueille toutes les espèces de céréales, de légumes et de fruits ; du lin et du vin, mais en petite quantité. Il existe dans les montagnes des mines de sel inépuisables. L'industrie manufacturière y a pour objet des forges, des fabriques d'instruments tranchants, de toiles et de tissus de coton ; des filatures, des papeteries, des tanneries.
TRAUN (Othon-Ferdinand , comte de), feld-maréchal au service de l'Autriche, né en 1677, d'une ancienne famille bavaroise, mort en 1748. Il se distingua dans la guerre de la succession d'Espagne, s'éleva rapidement aux grades supérieurs, fut nommé général-major en 1723, gouverneur de Messine en 1727, puis commandant général des troupes de l'Autriche en Sicile. Forcé d'abandonner ce pays, il passa le détroit et se jeta dans Capoue, où il se défendit de la ma- ' nière la plus intrépide. Général d'artillerie en 1735, gouverneur de Milan en 1736, il défendit ce gouvernement de contfert avec le roi de Sardaigne (1740), gagna la bataille de Campo-Santo (1743) et eut la plus grande part aux succès du prince de Lorraine pendant la guerre de la succession d'Autriche. Le grand Frédéric avoue que cette campagne fut son école et le comte de Traun son précepteur. Ce dernier mourut gouverneur la Transylvanie.
TRAUNATO, montagne de France (Corse), dans ie N.-O. de l'arrond. de Corte, par 420 25' 17" de latit. N. et 6<> 44' il" de longit. Ë. Cette montagne a une altitude de 2,254 mètres.
TRAUNSTE1N, ville de la haute Bavière, à 100 kilom. E.-S.-E. de Munich, sur le Traun ; 3,000 hab. Château royal. Salines (160,000 quintaux par an) et sources minérales. Fabriques d'horloges en bois. Commerce d'oignons et autres légumes.
TRADTENAU ou TRUTNOW , ville des Etats autrichiens (Bohême), à 45 kilom.
N.-N.-E. de Kœuiggrsetz, sur l'Aupa ; 2,800 habitants. Grande fabrication de toiles, dont il se fait un commerce très-actif; papeteries. Verreries aux environs.
TRACTMANN (François), poète et littérateur allemand, né à Munich en 1813. Il étudia le droit a l'université de sa ville natale et y exerça ensuite quelque temps la profession d'avocat ; mais il y renonça bientôt après pour se consacrer exclusivement à la littérature, dans laquelle il avait déjà débuté avec succès. Il s'appliqua, dès lors, k une étude sérieuse de l'histoire de l'art et de la civilisation du moyen âge, et posa les bases de sa réputation en écrivant dans les Feuilles vo-
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lanies de Braun et Schneider des nouvelles et des récits qui étaient empruntés k l'histoire ancienne de la Bavière et qui rendirent son nom populaire dans toute l'Allemagne. Parmi ses œuvres les plus goûtées qui ont paru depuis cette époque, il faut citer : Eppelein de Geilingen, récit en vers (Francfort, 1852); les Aventures du duc Christophe de Bavière (Francfort, 1853) ; le Bon vieux temps (Francfort, 1855); Pierre Nœckerlein (Francfort, 1856); le Cabinet des babillards [Munich, 1855) ; les Génies de Munich (Munich, 1856) ; le Petit livre de la ville de Munich (Munich, 1857); Histoires de villes allemandes (Francfort, 1862); Rêve et fable (Munich, 1864); Aventures du docteur Thaddée Donner dans l'autre câté de la vie (Munich, 1864); Types munichois (Munich, 1864), etc. Outre ces romans, qui empruntent surtout leur charme a leur allure moyen âge et au talent avec lequel l'auteur a su imiter le ton naïf des chroniqueurs de cette époque, on doit encore k M. Trautmann différents opuscules sur l'histoire de l'art et sur l'archéologie, plusieurs esquisses biographiques, entre autres celle intitulée : Reliques de Louis Schwantaler (Munich, 1857), etc. Il s'est occupé depuis lors d'écrire un grand ouvrage sur l'art et la civilisation du moyen âge. Il a, en outre, édité à Nuremberg pendant deux ans (1849-1850) une feuille humoristique, l'Entonnoir de Nuremberg.
TRAUTMANNSDOKF, bourg de la basse Autriche, près de la rive gauche de la Leitha, à 30 kilom. S.-E. de "Vienne; 350 hab. Château princier.
TRABTMANNSDORFF (Maximilien, comte de), homme d'Etat et diplomate allemand, né \ au château de Gleichenberg (Styrie) en 1584, mort en 1650. Il acquit des connaissances étendues tant par les études sérieuses auxquelles il se livra que par les voyages et les j campagnes qu'il fit, s'opposa avec la plus vive , énergie aux prétentions arrogantes du cardinal-archevêque, Melchior Khlesl, ministre ' de l'empereur Mathias, et, après la mort de ce prince, déploya la plus grande activité pour assurer l'héritage de l'Autriche, de la Hongrie et de la Bohême k l'archiduc Ferdi- ; nand, qui fut élu peu après empereur sous le nom de Ferdinand II. En 1619, il conclut k Munich une alliance entre ce dernier et Maximilien de Bavière et fut ensuite envoyé à Rome pour y concerter avec le pape et l'ambassadeur d'Espagne les préparatifs de la guerre de Trente ans. Il fut dans la suite chargé de plusieurs missions importantes auprès de Wallenstein, qui l'avait en haute estime; mais il ne tarda pas à s'apercevoir des vacillations de cet orgueilleux général et fut le premier k les faire connaître à l'empereur, qui le chargea d'exercer, avec le conseiller de Questenberg, une surveillance exacte sur tout ce qui se passait au camp de Wallenstein, Après la bataille de Nordlingen (1634), il décida l'électeur de Saxe à se séparer de la Suède et conclut, l'année suivante, la paix de Prague, qui donnait la Lusace à la Saxe. Mais son œuvre principale fut la conclusion de la paix de Westphalie, où il fut l'âme de toutes les négociations (V. Westphalie [paix de]). Ferdinand III n'eut pas en lui moins de confiance que son père, Ferdinand II, et, jusqu'à sa mort, eut recours à ses conseils dans toutes les circonstances importantes.
TRAUTMANNSDORFF (Ferdinand), prince de), homme d'Etat allemand, de la famille du précédent, né à Vienne en 1749, mort en 1827. L'empereur Joseph II, dont il partageait les opinions sur ,1'introduction d'innovations politiques et religieuses, lui donna toute sa confiance, le nomma chambellan, conseiller d'Etat, le chargea de diverses missions et l'envoya, en 1787, dans le Brabant, en qualité de ministre plénipotentiaire. De Trautmannsdorff remplit avec beaucoup de tact et d'adresse ces fonctions que les circonstancejs rendaient particulièrement difficiles. Pour mettre un terme à l'insurrection qui éclata dans les Pays-Bas, il fit de grandes concessions, puis se fit forcé de revenir en Autriche à la suite de l'invasion des Français en Belgique. Il reçut alors une pension de 6,000 florins,sfut chargé, en 1792 et en 1793, conjointement avec Mercy d'Argenteau de deux missions importantes et devint successivement grand maître de la cour, grand chambellan, ministre d'Etat et prince de l'empire. On a de ce diplomate ; Fragments pour servir à l'histoire des événements qui se sont passés dans les Pays-Bas depuis la fin de 1787 jusqu'en 1789 (Amsterdam, 1792, in-8°).
TRAUTSON (Jean-Joseph, comte de), prélat allemand, né en 1704, mort à Vienne en 1757. Il appartenait .à une famille princière. Destiné k l'état ecclésiastique, il alla faire ses études en Italie et devint, à son retour, successivement chanoine de Passau,de Breslau, puis, en 1750, coadjuteur de l'archevêque de Vienne, auquel il succéda l'année suivante. En même temps, il devint conseiller intime de l'impératrice et fut bientôt tout-puissant àlacour. Trautson usa de son influence delà façon la plus libérale, ce qui lui fit beaucoup d'ennemis dans le clergé. Une lettre pastorale, qu'il adressa en 1752 aux prêtres de son diocèse et dans laquelle il se plaignait de ce que le clergé entretenait les fidèles dans une ignorance superstitieuse, au lieu de leur expliquer, avec la plus grande simplicité pos-
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sible. les vérités fondamentales de la religion, eut un grand retentissement et accrut encore l'influence de Trautson, qui, la même année, fut nommé protecteur de l'université et surintendantdes écoles publiques de son diocèse. En cette qualité, il s'efforça de mettre un terme k l'action envahissante des jésuites qui, jusqu'alors, avaient occupé toutes les chaires de l'université, et il voulut que les membres des autres ordres religieux fussent également admis à professer. De concert avec l'évêque de Bamberg, il obtint, en 1754-, du pape Benoit XIV une diminution notable du nombre des jours fériés, qui étaient autant de jours enlevés au travail. Chargé de la direction du Collegium Theresianum, il introduisit dans cette institution de nouveaux règlements plus appropriés au but que s'était proposé Marie-Thérèse, sa fondatrice. Trautson avait reçu depuis quelques mois le chapeau de cardinal lorsqu'il mourut subitement, laissant la réputation d'un prélat éclairé et vraiment libéral.
TRAUTVETTÉRIE S. f. (trô-tvè-té-rî — de Trautvetter, botan. allem.). Bot. Genre de plantes, de la famille des renonculacées, tribu despéoniées.dont l'espèce type croit dans la Caroline.
TRAVADÉ s. f. (tra-va-de — portug. travados; de travar, empêtrer). Mar. Bourrasque dans laquelle le vent souffle avec violence et successivement de tous les points de l'horizon.
TRAVAIL s. m. (tra-vall; Il mil. — L'origine de ce mot a été fort controversée. Ferrari le fait venir du latin tribulum, herse, d'où est venu fribulation; Sylvius, de transvigilia, veille, insomnie; Muratori et autres, de l'italien naglio, tamis. L'italien travagliare signifierait ainsi proprement secouer. Wachter a recours au kymrique trafod, travail; d'autres , moins aventureux , au gaélique treabh, labourer. Diez et Chevallet ne croient pas devoir sortir du domaine latin et voient tout simplement dans travail un rejeton du verbe travar, arrêter, empêcher, d'où le français entraver. Travar procède d'un substantif latin trabs , poutre; travar , c'est proprement mettre des bâtons dans les roues, en -travers ; de là se dégage l'acception contrarier, tourmenter). Application des forces qui produit la fatigue ; labeur, peine qu'on se donne pour faire quelque chose : Le travail du corps. Les travaux de l'esprit. Travail facile. Travail long et pénible. Etre endurci au travail. Aimer le travail. Le travail seul constitue une nation. (Mirab.) Le travail, quand il écrase le corps, àte à la pensée son action purifiante. (Balz.) Par le travail, l'homme s'est racheté cfe l'esclavage ; par la science, Use rachètera du travail. (E. de Gir.)
... Le travail, aux hommes nécessaire,
Fait leur félicité plutôt que leur misère.
Bon eau.
— Occupation lucrative : Réclamer le droit au travail. Chercher du travail. Manquer de travail. Vivre de son travail. Donner du travail, êest plus, c'est mieux que de donner de l'argent. (Cormen.)
— Ouvrage, objet que l'on produit ou que l'on transforme par le labeur : Un beau travail. Un travail de longue haleine. Entreprendre de grands travaux-
— Manière dont un objet est exécuté : Ce bijou est d'un beau travail.
— Manière dont on travaille : Avoir le travail facile. Il a le travail très-lent.
— Phénomène? qui se produisent dans une substance et qui en changent la nature : Le travail de la fermentation. Le travail de la digestion.
— Etude écrite sur une question : Publier un travail sur le paupérisme.
— Discussion, examen , délibération tondant k préparer des résolutions : Les travaux d'une commission parlementaire. Les trois ordres se retirèrent dans leurs chambres séparées et commencèrent leurs travaux. (Vitet.)
— Entreprise à laquelle on consacre un temps notable : Il est au terme de ses travaux. La mort l'a interrompu au milieu de ses travaux. (Acad.)
— Mouvement qui se produit dans les matériaux employés par 1 industrie, et qui en altère plus ou moins la forme ou la disposition intérieure : Le travail des bois employés trop verts produit souvent des fentes dans les meubles. Le travail de la maçonnerie peut aller jusqu'à compromettre la solidité des murs.
— Travaux de la campagne ou des champs, Ensemble des opérations agricoles.
— Travail de cheval, Labeur très-pénible.
— Travail d'enfant ou simplement Travail, et poétiq. Travaux de Lucine, Douleurs et phénomènes divers qui accompagnent l'accouchement : Une femme en travail.
. La montagne en travail enfante une souris.
BOILEAD.
Qui sera près de toi pour adoucir tés maux, Si tu dois de Lucine éprouver (es travaux ?
Laharpb.
[1 Fig. Phénomènes qui accompagnent une transformation, la production d'un fait, d'un événement : Chet un peuple lettré, une révo-
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lation n'est autre chose aue la société en travail pour enfanter la vérité. (De Bonald.)
— Somme de travail, Celui qui gagne sa vie par un métier pénible en travaillant de ses mains.
— Maison de travail, Maison de détention où Ton fait travailler les détenus.
— Philos, soc. Travail attrayant, Dans le système de Fourier, Travail librement choisi, qui devait être substitué au travail forcé, dàhs le phalanstère.
— Econ. soc. Travail libre, Travail exécuté par des hommes libres, il Travail servile, Travail exécuté par des esclaves.
— Hist. relig. Travaux, Convulsions, dans le langage des convulsionnaires de Saint- Médard.
— Mythol. gr. Travaux à" Hercule, Série de douze entreprises qui furent accomplies par Hercule.
— Jurispr. Travaux forcés, Peine afflictive et infamante consistant en une détention dans des arsenaux ou autres ateliersde l'Etat, avec travail forcé : Travaux forcés à temps. Travaux forcés à perpétuité. H Travaux publics. Peine militaire consistant en un travail forcé dans des chantiers civils ou militaires.
— Administr. Compte que chaque ministre rendait au souverain des affaires de son département; en ce sens, le pluriel est travails: C'est aujourd'hui jour de travail de tel ministre avec le roi. Ce ministre a eu plusieurs travails cette semaine avec le roi. (Acad.) Il Rapport que les commis font au ministre des affaires qui leur ont été renvoyées; le pluriel est de même travails : Avant d'aller chez le roi, le ministre réunit tous les travails que lui avaient remis ses secrétaires. Il Place dont les titulaires rendaient compte immédiatement au roi : Ces places ont le travail, donnent le travail.
— Travaux publics, Travaux entrepris par ordre et pour le compte de l'Etat ou d'une administration publique : Le ministre des travaux publics. Il Travaux mixtes, Travaux exécutés dans la zone des servitudes militaires ou dans la zone frontière.
— Manège. Exercice de cheval. Il Travail de plate-lohge, Exercice fait à l'aide d'une corde placée à l'anneau du caveçon, et qui" sert k retenir le cheval que l'on manœuvre sur des cercles.
— Faucon». Oiseau de grand travail, Oiseau fort dans son vol et toujours prêt à chasser.
— Véner. Endroit où le sanglier a remué la terre.
— Art milit. Opération par laquelle les soldats remuent les terres, soit pour attaquer, soit pour se défendre: Cet officier était à In tête du travail, /.«travail a été poussé cette nuit jusqu'à tel endroit. (Acad.) Il Ouvrage que l'on fait pour l'attaque ou pour la défense : Combler les travaux des assiégeants. Ruiner les travaux des assiégés. (Acad.)
— Mécan. Produit de l'intensité d'une force par la projection du chemin parcouru par son point d'application. Il Travail moteur, Celui q,ui est produit par une force motrice. Il Travail résistant, Celui qui est produit par la force de résistance.
— Techn. Espèce de machine dans laquelle les maréchaux attachent les chevaux vicieux pour les ferrer ou pour les panser. En ce sens, le pluriel est travails. Il Mise en œuvra du verre fondu en une seule fois : Dans les cristalleries de la Bohême, le travail se fait en douze heures, et une fabrique fait ordinairement cinq travaux, par semaine. (Leligot.)
Il Sy n. de tympe. Il Travail à mouiller, Façon que les mégissiers donnent aux peaux en les mouillant sur la terre pour en faire du parchemin, u Travail de rivière, Préparation qu'on donne aux peaux avant de les tanner.
— Syu. Travail, labeur. V. LABEUR.
— Encycl. Econ. soc. On définit généralei ment le travail l'action des facultés humaines appliquées k la production. La nature ne donne à 1 homme rien pour rien. Pour satisfaire k ses besoins les plus urgents, tels que ceux de se nourrir, de se vêtir, de s'abriter, etc., il est nécessaire que l'homme travaille. Il faut qu'il achète sa vie de chaque jour par l'effort et la fatigue.
A part quelques cas exceptionnels, et' qui n'ont qu'une importance très-secondaire, les objets naturels ne peuvent servir k la satisfaction des besoins de l'iïqmine qu'après avoir subi quelque transformation due au travail. La bête de la forêt, le poisson de la mer ne servent à la nourriture du sauvuge qu'après avoir été tués, dépouillés, puis coupés en pièces et soumis à quelque opération culinaire gui, bien que grossière, n'atteste pas moins un effort de l'esprit et du corps, un travail. La transformation des objets par le travail varie à l'infini. Si quelquefois il laisse à l'élément sa forme ou sa nature première presque tout entière, il peut arriver aussi que le travail dénature complètement les objets naturels. Ainsi, qui reconnaîtrait dans la porcelaine de Sèvres le granit décomposé dont elle est faite? Quelle ressemblance y a-t-il entre le sable et la soude, éléments naturels, et le verre que le travail humain a formé de leur combinaison?
La nature ne fournit pas seulement la matière; elle fournit aussi des forces actives
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qui peuvent aider le travail de i'homrae et quelquefois même le remplacer. C'est ainsi qu'autrefois l'homme tournait lui-même la meule qui écrasait le blé pour le réduire en farine; plus tard,- en étudiant la force du vent, celle de l'eau qui coule , il parvint à se les approprier et leur confia le soin de tourner la meule qui moud le grain. « Si nous examinons avec une attention égale, dit M. Stuart Mill, tous les cas où l'on affirme l'action de l'homme sur la nature, nous trouverons que la puissance de la nature ou, en d'autres termes, les propriétés des corps font toute la besogne, quand une fois ces corps sont mis dans une position convenable. Cette opération unique, celle qui consiste k placer les corps en position telle qu'ils agissent par les forces mêmes dont ils sont doués, soit sur eux-mêmes, soit sur d'autres corps, est la seule que l'homme accomplisse ou puisse accomplir, le seul empire qu'il ait sur la matière. Il ne fait rien que de mouvoir un corps vers un autre ou de les éloigner. Il meut une graine vers le sol, et les forces naturelles de la végétation produisent, en succession, une racine, un tronc, des feuilles, de3 fleurs, des fruits. Il meut u»e hache vers un arbre, et l'arbre tombe par la force de la gravitation. Il prend une scie et la meut dans un certain sens à travers l'arbre tombé, et les propriétés physiques de l'un et de l'autre corps font que l'arbre se débite en planches que l'homme peut arranger en diverses positions, qu'il peut clouer ensemble ou coller, et dont il fait un coffre, une table, une maison. 11 meut une étincelle vers le combustible, et celui-ci s'allume et, par la force de la combustion, fond et amollit le fer, cuit les aliments, convertit en bière ou en sucre la drèche ou le jus de la canne qu'il a d'abord amenés sur (es lieux. L'homme n'a pas d'autre moyen d'agir sur la matière que de la mouvoir. La mouvement, la résistance au mouvement sont la seule propriété de ses muscles. Par la contraction musculaire, il peut opérer une pression sur un objet extérieur et le déplacer si l'effort est plus grand que l'inertie de ce corps ; ii peut l'arrêter, par la même raison, si le corps est en mouvement. Mais là se borne l'action de l'homme ; il ne peut rien au delà. Et c'est assez, puisque" cela a suffi * à donner à l'homme le pouvoir de commander à des forces incommensurabiement plus grandes que les siennes, pouvoir qui est destiné a s'accroître d'une manière indéfinie. Cette puissance, l'homme l'exerce soit en se servant de forces naturelles manifestes à ses yeux, soit en combinant les corps entre eux de manière à produire des forces nouvelles; comme lorsqu il porte une allumette vers le combustible et qu'il met l'eau en ébullitiou, il crée la force expansive de la vapeur, force dont il s'est si largement servi depuis un siècle dans l'intérêt de son progrès et de son bien-être. ■
Ainsi le travail , fans le monde physique, n'est utilisé que pour mettre les objets en mouvement. Les propriétés delà matière, les forces naturelles font le reste. Tout le génie de l'homme consiste à découvrir des mouvements de forces qui puissent concourir aux effets qu'il veut obtenir.
• M. Stuart Mill a analysé avec soin chacune des espèces de travaux qui concourent k la production d'un objet. Il y a d'abord le travail appliqué directement à la choso produite et aux opérations essentielles qui préparent la production. Ainsi, pour la production du pain, le travail du boulanger, puis celui du meunier, du moissonneur, du batteur en grange, du semeur et du laboureur; tous ces travaux trouvent leur rémunération dans la vente de l'objet qu'ils ont concouru k fabriquer: le pain. Une seconde espèce est le travail appliqué à produire les substances nécessaires pour un travail ultérieur. Toutes les fois «ju'il s'agit de produire, il est nécessaire qu un travail préliminaire ait assuré la subsistance du travailleur pendant la production. Une uccumulation de provisions faite antérieurement est indispensable, et celui qui la possédera et qui, au lieu de la dépenser lui-même, l'abandonnera à des travailleurs pour les nourrir pendant leur travail, cdlui-ci aura droit, disent les économistes, non-seulement à la restitution intégrale de son avance, mais encore à une rémunération représentant sa privation, son abstinence volontaire; c'est l'intérêt.
Les autres sortes de travaux, indirectement nécessairesàla production, peuvent être classés ainsi qu'il suit : 1» le travail employé k la production des matières premières, c'està-dire des éléments sur lesquels l'industrie doit ensuite s'exercer; 2° le travail appliqué à la production des outils; 3° le travail destiné a la protection du travail lui-même, tel que les constructions des bâtiments industriels, fabriques, magasins, docks, greniers, granges, etc. ; tel encore que le travail du soldat, de l'agent de police, du juge, etc.; la vente du produit comprend la rémunération de tous ces frais; 4" le travail appliqué au transport et à la distribution des produits. Il existe encore une autre espèce de travail dont il faut tenir compte daus la production de l'objet, quoiqu'il y concoure d'une manière très-indirecte; c'est le travail quia pour objet l'homme lui-même. Tout homme a coûté des soins et des peines depuis sa naissance. Si ces soins et ces peines n'eussent été pris par personne , l'enfant n'aurait ja-
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mais atteint l'âge et la force qui le rendent capable de devenir travailleur k son tour. Pour la communauté tout entière, le travail et la dépense nécessités par l'éducation physique de l'enfant constituent une partie de la' dépense nécessaire à la production et qui doit être couverte avec excédant par le travail futur de l'enfant devenu grand. Il en est de même du travail consacré à conserver la puissance productive de l'homme, à empêcher son amoindrissement ou sa destruction par la maladie ou par des accidents. Ainsi le travail du médecin, du chirurgien doit aussi être considéré comme partie des avances faites par la société au travailleur, avance dont elle doit être indemnisée.
Il faut aussi compter comme contribuant à la production le travail de l'inventeur et aussi le travail du savant dont les découvertes scientifiques ont été !S base des inventions industrielles; cependant, en ce qui concerne ce dernier, comme les résultats matériels produits par la découverte scientifique n'ont pas été le mobile direct du savant, on ne fait pas entrer son travail en ligne de compte dans le coût de production ; les savants ne sont ordinairement classés parmi les producteurs qu'en raison des livres ou autres objets vendables ou non vendables qu'ils ont créés directement.
Nous venons d'énuraérer les différentes espèces de travaux qui interviennent dans la création d'un produit matériel. Le travail de l'homme peut aussi s'appliquer à créer des produits non matériels, ce qu'on appelle des services. On a contesté dans ce cas que le travail dût être dit productif. Adam Smith . est l'auteur de cette distinction. « Il y a, ditil, une sorte de travail qui ajoute à la valeur de l'objet sur lequel il s exerce; il y en a un autre qui n'a pas le même effet. Le premier, produisant une valeur, peut être appelé travail productif; le dernier, travail non productif. Ainsi le travail d'un ouvrier de manufacture ajoute, en général, à la valeur de la matière sur laquelle travaille cet ouvrier, la valeur de sa subsistance et du profit de son maître. Le travail d'un domestique, au contraire, n'ajoute rien à quelque valeur que ce soit. Quoique l'ouvrier reçoive des salaires que son maître lui avance, il ne lut coûte dans le fait aucune dépense, la valeur de ces salaires se retrouvant, en général, avec un profit de plus, dans l'augmentation de valeur de l'objet auquel le travail a été appliqué. Mais la subsistance consommée par le domestique ne se retrouve nulle part. Un particulier s'enrichit à employer une multitude d'ouvriers fabriquant; il s'appauvrit à entretenir ine multitude de domestiques. > Smith étend son observation à tous les travailleurs dont le travail ne se fixe pas sur un objet matériel, aux magistrats, prêtres, soldats, artistes, littérateurs, etc. « Leur service, dit-il, tout honorable, tout utile, tout nécessaire qu'il est, ue produit rien avec quoi on puisse se procurer une pareille quantité de services; leur travail s'évanouit en même temps qu'il se produit. » Cette distinction des produits matériels et des produits immatériels a été déclarée oiseuse et sans importance pratique par la plupart des économistes, par MM. Rossi, Desnoyers, etc. • Peu importe la nature du besoin satisfait, dit Rossi. Pour déterminer .ce qui est richesse et ce qui ne l'est pas, devons-nous nous attacher, k la distinction des besoins en besoins physiques et intellectuels, en besoins matériels et moraux, avoués ou non avoués pur la saine raison ? Ce sont là des besoins d'une nature différente. Qu'importe à l'économiste? Vous appelez richesse le diadème que vous posez sur le front de votre femme, la broderie dont est chargé votre habit, le pain qui sert à votre nourriture, le livre dont la lecture vous instruit ou vous amuse. Ces objets satisfontils des besoins de même nature. Cependant personne ne s'avise de dire que le diadème, que la broderie, que le livre de prière ne sont pas des richesses. • Ainsi, d'après cette école, tout travail qui produit une utilité, c'est-à-dire qui satisfait un besoin quelconque, est productif. Il n'y a d'autre travail improductif que celui qui ne produit absolument rien.
D'ailleurs, il serait facile de montrer que les services rendus à la société par les magistrats, les soldats, les artistes, les littérateurs, les domestiques eux-mêmes dans certains cas sont loin d'être improductifs au point de vue matériel; seulement, ils ne sont productifs que d'une manière indirecte, et leur utilité matérielle consiste à rendre les producteurs directs plus capables de se livrer à un travail fructueux. Sans magistrats et sans soldats, les industriels, les fabricants, les commerçants ne jouiraient pas de la sécurité nécessaire pour rendre fructueux leurs travaux de.toute nature; sans artistes, sans littérateurs, le travailleur serait privé du plus noble de ses délassements, et le délassement lui est nécessaire pour que ses forces ne s'épuisent pas et pour qu'il puisse indéfiniment continuer son travail; sans domestiques, l'homme qui est appelé à diriger de vastes entreprises serait obligé de consacrer une grande partie de sou temps k des soins d'une'inatérialité toute personnelle qui ne lui laisseraient ni le temps ni la liberté d'esprit nécessaires pour que ces grandes entreprises soient conduites de itianière à produire les meilleurs résultats; ainsi le travail du domestique contribue indirectement à
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augmenter les produits d'une affaire à laquelle il ne prend aucune part directe.
L'homme riche qui, par vanité, entretient plus de domestiques qu'il n'en a besoin, et cela quand il pourrait se servir lui-même, puisque sa vie est oisive, leur impose cependant un travail dont le produit, il est vrai, est plutôt nuisible qu'utile au point de vue de I intérêt général; mais on ne peut pas dire que ce produit soit nul, puisqu'il a pour résultat la satisfaction des goûts plus ou moins dépravés du maître. Travail directement ou indirectement productif, travail produisant des résultats utiles ou nuisibles, telle est la seule division générale qu'une raison droite puisse reconnaître dans la grande diversité des occupations que les hommes se distribuent entre eux au milieu d'une société régulièrement constituée.
— Droit au travail. V. droit (t. VI, p. 1 ,856 etsuiv).
— Division du travail. V. division (t. VI, p. 977).
— Administr. Travaux publics. Les travaux publics, de l'ordre civil, ont pour objet les voies de communication, les constructions et réparations qui intéressent l'Etat, les départements et les communes.
Ils se rattachent en même temps aux principes de conservation et de développement Social, sous le triple aspect des intérêts matériels de l'agriculture, du commerce et de l'industrie ; ils se lient au domaine public par les voies de communication qu'ils ont pour objet de créer ou d'entretenir ; ils ont par conséquent une haute importance dans l'économie de la société.
Cette importance a été depuis longtemps appréciée en France. Henri IV avait nommé Sully grand voyer ; Louis XIV avait créé une direction générale des ponts et chaussées, qui eut à sa tête Colbert et Vauban. De nos jours, le développement des grandes entreprises a demandé la création d'un ministère spécial des travaux publics.
Sous la monarchie constitutionnelle de Juillet, le pouvoir législatif intervenait dans une large mesure dans la matière des travaux publics, toutes les fois que ces travaux présentaient une importance considérable et s'élevaient aux proportions d'un intérêt national. Suivant la loi du 3 mai 1841 (art. 3), une loi était nécessaire pour déclarer l'utilité publique des travaux et en ordonner l'exécution, quand il s'agissait : • de routes royales, canaux, chemins de fer, canalisation de rivières, bassins et docks entrepris par l'Etat, les départements, les communes, ou par des compagnies particulières, avec ou sans péage, avec ou sans subside du Trésor. > Le pouvoir exécutif intervenait seul, et il suffisait d'une ordonnance du roi pour autoriser les travaux publics d'une importance plus secondaire, à savoir ceux qui concernaient : les routes départementales, les canaux, les chemins de fer d'embranchement de moins de 20,000 mètres de longueur, les ponts et en général tous les travaux de moindre importance.
Un sénatus-consulte des 25-30 décembre 1852 a profondément modifié cette législation. Ce sénatus-consulte dispose (art. 4) que tous les travaux d'utilité publique, quelle qu'en soit l'importance, seront autorisés par simple décret du chef de l'Etat. Néanmoins, si les travaux réclament des subsides ou des engagements du trésor public, les crédits devront être votés, comme de raison, par le Corps législatif, et la mise à exécution des travaux décrétés ne pourra commencer qu'après le vote de la législature. En somme, l'initiative restait au pouvoir exécutif, sauf un contrôle rétrospectif de la part de la Chambre des députés, contrôle dont elle n'usait pas, comme on sait. Lo même article 4 du sénatusconsulte dispose que, s'il s'agit de travaux non concédés et exécutés directement par l'Etat, il peut y être pourvu par des crédits extraordinaires, sauf toujours l'approbation rétrospec- ~ tive du Corps législatif, c est-k-dire une sanction à peu près illusoire devant des faits ac- ■ complis et une dépense faite. Le sénatus-consulte du 25 décembre 1852 fut le parachèvement de la constitution du second Empire; il mit le dernier sceau au système du gouvernement personnel et à l'omnipotence du pouvoir exécutif; il donna au chef de l'Etat une prise toute-puissante sur les intérêts matériels, sur toutes les convoitises et sur toutes les cupidités, en lui permettant de décréter sans discussion et Sans contrôle les travaux publics de la plus gigantesque importance. Nos budgets annuels excédant 2 milliards, et qu'on ne parvint à équilibrer que par un système d'emprunts passés k l'état chronique, présentent le revers de cette omnipotence, que la poltronnerie bourgeoise laissa prendre avec un si magnifique empressement au fondateur du second Empire.
La loi du 27 juillet 1870, qui régit aujourd'hui la matière, a voulu remédier à cet état de choses. Elle a décidé que tous les travaux publics devront, après enquête, être autorisés par une loi, sauf toutefois les entreprises de inoindre importance, qui peuvent, également après enquête, être autorisées par décret. Dans cette dernière catégorie se trouvent compris les travaux d'utilité publique d'intérêt local, à la charge des départements et des communes. Il en résulte qu'un simple décret pourra déclarer l'utilité publique d'un
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■ chemin de fer d'intérêt local de plus de ! 100 kilomètres, tandis qu'il faut une loi pour un chemin d'intérêt général qui dépasse 20 kiloin. Un décret pourra autoriser la dé- : ri vation jusqu'à Paris des eaux de la Vanne ou de la Dhuys, pendant qu'il faut une loi pour construire un canal de navigation, dont l'importance et l'utilité sont infiniment moindres. Ces anomalies ne pouvaient manquer de frapper la commission de l'Assemblée nationale, chargée d'examiner la proposition faite par M. de Janzé, le 4 juin 1875, laquelle demandait que la déclaration d'utilité publique pour les chemins de fer d'embranchement de moins de 20kilomètres fût sanctionnée par une loi. Cette commission a pensé que le principe absolu de la nécessité d'une loi pour toute déclaration d'utilité publique était trop absolu ; mais elle a proposé de modifier dans les termes suivants la loi du 27 juillet 1870 : i Tous grands travaux publics, routes nationales, canaux de navigation, d'irrigation, de dessèchement, d'approvisionnement des villes, canalisation de rivières, chemins de fer, bassins et docks, entrepris par l'Etat, les départements, les communes ou par compagnies particulières, avec ou sans péage, avec ou sans subside du Trésor, avec ou sans aliénation du domaine public, ne pourront être exécutés qu'en vertu d'une loi rendue à la suite d'une enquête administrative. Un décret, également précédé d'une enquête, suffira pour autoriser l'exécution des routes départementales, canaux et chemins de fer d'embranchement de moins de 20 kilomètres, de ponts et de tous autres travaux de moindre importance. » L'Assemblée nationale n'eut pas le temps de se prononcer sur le projet de loi qui lui fut présenté peu de temps avant sa dissolution.
La loi ou le décret qui déclare certains travaux déterminés d'utilité publique et en ordonne l'exécution doit être précédé d'une enquête administrative dont 1 objet est de provoquer les réclamations des intérêts qui pourraient être lésés par les travaux projetés, et de faire droit, s il y a lieu, à ces réclamations. Les formes et les phases successives de cette enquête sont réglées par les dispopositions de la loi du 3 mai 1841, en cette matière. Voici l'analyse des prescriptions de cette loi : les ingénieurs ou gens de l'art préposés à l'exécution des travaux projetés lèvent d'abord, dans chaque commune, un plan figurant les différentes parcelles de propriétés bâties ou non bâties qui devront servir d'ajsiette aux travaux k réaliser, et dont la ce..s;'or amiuble ou l'expropriation doit en cr>n,\éqi.ence devenir nécessaire pour leur exécution définitive. Ce plan indique, sur chaque parcelle, le nom du propriétaire tel qu'il a été relevé sur la matrice cadastrale. Le plan demeure déposé pendant un délai de huit jours k la mairie de chacune des communes sur lesquelles doit s'étendre le périmètre ou le parcours des travaux en projet, et c'est dans cet intervalle de huitaine, intervalle où le plan est communiqué aux intéressés k toute réquisition, que doivent se produiro les observations et réclamations de ces derniers. Le délai de huitaine, toutefois, ne prend cours qu'à partir du moment de la publicité donnée au dépôt du plan à la mairie, tant par voie d'avertissement à son de trompe ou de tambour que par voie d'affiche et d'insertion dans les journaux de ht localité. Ces conditions de publicité remplies, l'enquête administrative est censée commencée; le maire de chaque commune en ouvre le procès-verbal, sur lequel il couche les observations qui lui sont verbalement faites par les parties intéressées, et auquel il annexe les observations qui lui sont remises toutes rédigées par écrit. Le délai de huitaino révolu, le plan, le procès- verbal du maire et les réclamations qui s'y trouvent annexées sont adressés a la sous-préfecture de l'arrondissement, où siège une commission dont la fonction consiste k apprécier les plans et projets et à exprimer son avis sur les réclamations qui se sont produites et les redressements qui pourraient lui paraître con- . venables. Cette commission procède distinctement pour chaque coijimune ; elle est présidée par le sous-préfet et composée en outre de quatre membres du conseil général ou du conseil d'arrondissement, ainsi que du maire de chaque, commune pour les opérationsqui concernent spécialement cette commune. Les propriétaires intéressés, c'est-àdire ceux dont quelque propriété figure au plan parcellaire des travaux en projet, ne peuvent jamais faire partie de la commission. Cette commission, dont le rôle est d'ailleurs purement consultatif, doit terminer ses opérations dans une période de dix jours. Après ce dernier délai révolu, les pièces et l'avis de la commission sont transmis au préfet du département, qui en prend connaissance, tranche les difficultés, arrête l'assiette définitive des travaux et détermine en conséquence irrévocablement les parcelles de terrain qui devront êtreamiablement cédées ou expropriées. Toutefois, c'est à la commission consultative k exprimer l'avis qu'il convient d'apporter des modifications au tracé primitif; le préfet cesse de pouvoir statuer seul et d'autorité, et l'assiette définitive des travaux est réglée par l'administration supérieure.
Pour compléter le simple aperçu de cette matière, il reste à faire connaître les diflèrents modes d'exécution qui peuvent êt«
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concurremment pratiqués en ce qui concerna les travaux publics.
Un premier mode d'exécution usité pour les travaux d'une importance secondaire est celui que l'on désigne sous le nom de régie. ' Lorsque les travaux autorisés conformément aux règles que nous avons exposées doivent, en raison des conditions spéciales de solidité ou de précision auxquelles ils ont à satisfaire, être exécutés par les soins immédiats de l'administration, ou bien lorsque aucun entrepreneur ne se présente, il est nommé un agent spécial pour faire les commandes et solder les dépenses sous la direction des chefs de service, et les officiers du génie ; les ingénieurs ou les architectes présidentàla maind'œuvre. C'est ce qu'on nomme la régie simple ou la régie par économie ou par attachement. Remarquons en passant qu'il importe de ne point confondre la régie simple avec la mise en régie, qui peut avoir lieu au cours de travaux exécutés par 'voie d'adjudication, et en cas d'insolvabilité, de négligence ou de retard de la part des entrepreneurs ou adjudicataires. Cette mise en régie est une mesure subsidiaire prise afin de pourvoir à la réalisation de travaux laissés en souffrance, tandis que la régie par économie ou par attachement est un mode direct d'exécution des travaux par l'administration.
Les travaux d'utilité publique peuvent encore être exécutés au moyen de marchés de gré à gré, intervenant entre l'Etat et les entrepreneurs. Ce mode de procéder est essentiellement exceptionnel; en règle générale, les travaux publics doivent être exécutés par adjudication et livrés à la concurrence au moyen de soumissions au rabais; mais il peut arriver qu'il ne se présente pas de soumissionnaire pour certains travaux, ou qu'une urgence manifeste ne permette pas d'attendre les délais que nécessite toujours une adjudication publique. En pareil cas, et alors surtout qu'il s'agit de travaux d'une importance médiocre, les marchés de gré à gré sont praticables et fréquemment pratiqués. Une ordonnance royale du 4 décembre 1836, qui a tracé en cette matière plusieurs règles que l'on continue d'observer, a autorisé spécialement la voie directe du marché de gré à gré, sans recours à l'adjudication, pour les travaux qui ne doivent pas excéder une dépense de 10,000 francs, ainsi que pour les travaux sujets à se renouveler périodiquement et ne dépassant pas une dépense annuelle de 3,000 francs.
Passons au mode le plus usité d'exécution des travaux publics, à leur exécution par voie d'adjudication. La première formalité il remplir pour les marchés par adjudication est destinée à assurer la concurrence et la publicité, qui en font la meilleure garantie. Pour les travaux du génie, le sous-intendant militaire fait poser dans la place et dans les lieux circo nvoisins des affiches signées de lui. Dans le service des ponts et chaussées, les afiiches sont apposées, à la diligence du préfet, dans les prircipales villes du département et des départements limitrophes. A quelque service qu appartiennent les travaux, les affiches doivent faire connaître l'objet et les principales conditions du marché, le heu où l'on pourra prendre connaissance du cahier des charges, les autorités chargées de procéder à l'adjudication, et le lieu, le jour et l'heurS fixés pour cette opération.
Les cuhiers des charges déterminent la nature et l'importance des garanties que les entrepreneurs ont à produire, soit pour être admis aux adjudications, soit pour répondre de l'exécution de leurs engagements ; ils déterminent aussi l'action que l'administration exercera sur ces garantiosen cas d'inexécution de ces engagements.
Les garanties exigées des concurrents a l'adjudication concernent deux points distincts, leur capacité et leur solvabilité. Relativement aux travaux des ponts et chaussées, l'attestation d'aptiiudepeutétre délivrée soit par un inspecteur divisionnaire, soit par un ingénieur; mais la législation spéciale ne présente pas en cette matière de disposition absolument limitative. La capacité d'un soumissionnaire peut être suffisamment constatée par les travaux qu'il a déjà exécutés antérieurement, et tout mode de preuve et de témoignage peut être accueilli sur ce point, la question de capacité étant en définitive appréciée souverainement par l'autorité qui procède à l'adjudication, n Quant aux garanties matérielles, chaque concurrent doit, en général, fournir une caution solvable et dont la solvabilité soit suffisamment justifiée.
Il est procédé à l'adjudication par le préfet du département assisté des membres du con- . seil de préfecture et de l'ingénieur en chef. Chaque soumissionnaire a du déposer au secrétariat de la préfecture deux plis cachetés ; dans l'un se trouvent les pièces justificatives de sa capacité et de sa solvabilité ou de celle de sa caution ; dans le second pli, séparé du premier, se trouve sa soumission d'exécuter les travaux à adjuger à tel rabais déterminé sur la mise à prix portée au cahier des charges. Le préfet procède d'abord à l'ouverture dès différents plis contenant les pièces relatives à la justification de l'aptitude et de la solvabilité des concurrents. Ces derniers se retirent; il est procédé a la vérification des pièces par le préfet en conseil de préfecture, avec le concours de l'ingé-
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nieur, et la liste des concurrents admissibles à soumissionner est arrêtée. Après cette première opération, la séance publique est reprise, le cachet des plis contenant les soumissions est rompu, et les travaux sont adjugés à l'entrepreneur qui a offert de les exécuter aux conditions les plus avantageuses pour l'Etat. Le marché d adjudication ne devient toutefois définitif qu'après qu'il a reçu l'approbation du ministre du département duquel dépendent les travaux dont il s'agit.
Les marchés de travaux publics par adjudication engagent directement les finances de l'Etat; en outre, ils ne présentent pas, en général, les conditions de célérité et d'économie que l'on ne peut guère attendre que de l'initiative de l'industrie privée. L'exécution par voie de concession offre, au contraire, le double avantage de ne pas engager ou de n'engager qu'à un moindre degré les finances publiques et d'assurer l'exécution la plus intelligente et la plus productive des travaux projetés. L'intérêt des concessionnaires en est un sûr garant, et ce mode de procéder est à peu près le seul usité et le seul réellement praticable pour le3 travaux de grande portée, tels que les voies ferrées d'un parcours considérable et pour la construction desquelles il faut nécessairement faire appel aux capitaux dont dispose l'industrie privée.
— Fortif. Travaux mixtes. On appelle travaux mixtes ceux que l'on exécute autour des places fortes , dans la zone des servitudes et dans la zone frontière. Après avoir subi diverses modifications successives, la délimitation de la zone frontière et les attributions de la commission mixte des travaux publics ont été fixées par la loi du 7 avril 1851. D'après cette Soi, la commission mixte des travaux publics est composée de quatre conseillers d'Etat, dont l'un préside l'assemblée; de deux inspecteurs généraux du génie militaire ; d'un inspecteur général de 1 artillerie; de deux inspecteurs généraux des autres armes ; de deux inspecteurs généraux des ponts et chaussées; d'un officier général de la marine ; d'un inspecteur général membre du conseil des travaux maritimes ; d'un secrétaire archiviste. Ces membres sont nommés par le chef de l'Etat. Us sont chargés de l'examen et de la discussion des projets dont l'exécution, dans l'étendue de la zone frontière et dans le rayon des servitudes des enceintes fortifiées intéresse à la fois la défense du territoire et un ou plusieurs dos services civils ou maritimes. C'est à eux qu'il appartient, aux termes de l'article 3 du décret réglementaire du 16 août 1853, d'apprécier les intérêts des divers services, do les concilier et, s'ils ne parviennent point à établir l'accord entre eux, d'indiquer dans quelle limite il leur paraît possible de donner satisfaction à' leurs besoins respectifs, sans compromettre la défense du pays. La compétence de la commission mixte embrasse : 10 les travaux concernant les routes nationales et départementales, les chemins de fer, les chemins vicinaux de toute classe ainsi que les chemins forestiers, tant dans les bois et forêts de l'Etat que dans ceux des communes ou des établissements publics, mais seulement lorsqu'ils sont situés dans l'étendue des territoires réservés; les ponts à établir sur les cours d'eau navigables ou flottables pour le service des chemins vicinaux ou forestiers, même en dehors de ces territoires ; les cours d'eau navigables ou flottables; les canaux et rigoles d'alimentation, d'irrigation ou de dessèchement avec leurs francs-bords, levées et chemins de halage ; les ports militaires et de commerce, les havres, les rades et les mouillages; les phares, les fanaux et les amers; les écluses de navigation, de dessèchement, d'irrigation et de chasse, et les autres ouvrages analogues d'intérêt public, tels que digues, batardeaux, épis, enrochements, ponts, quais, bassins, jetées, brise-lames, etc.; les passages des portes d'eau et des portes de terre, dans lu traversée des fortifications des places de guerre et des postes militaires; les modifications à apporter, dans un intérêt civil, aux arsenaux,'aux caseines,aux magasins et établissements militaires; les dessèchements des lacs, étangs et marais; 2» les défrichements des forêts et des bois; 3° les concessions des lais et des relais de la mer, celles des dunes et lagunes, celles des accrues, atterrissements et alluvions dépendant du domaine de l'Etat, mais seulement au point de vuo des conditions a imposer ou des réserves à faire dans l'intérêt de la défense du territoire ; 4° les concessions et les règlements d'eau de moulins et autres usines, i toutes les fois que les modifications qui peuj vent en être la suite, à l'égard du régime des eaux, sont susceptibles d'avoir de l'influence , sur les inondations défensives; 5° les con- ; cessions d'enrochements ou d'endiguements , à la mer ou sur le rivage; (jo les alignements i ou le tracé des rues qui servent, dans les enceintes fortifiées, de communications directes entre les places publiques, les établisse- ; ments militaires et les remparts, ainsi que les alignements et le tracé des rues, des carrefours et des places des villes fortifiées et;iu- I très qui bordent les établissements de la guerre ou de la marine, ou qui sont consacrés par le temps et l'usage, aux exercices des troupes; 7° tous les objets d'intérêt public, civil ou maritime qui seraient déclarés
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de nature à influer sur la défense du territoire; 8° les travaux de fortifications ou de bâtiments militaires dont l'exécution apporterait des changements aux routes, aux chemins, aux canaux et autres ouvrages d'intérêt civil ou maritime; 9° les questions relatives à la jouissance, a la police ou à la conservation des ouvrages ayant à la fois une destination civile et une destination militaire; loo enfin les affaires d'un caractère purement administratif, accessoires d'affaires principales du ressort de la commission, telles que les remises mutuelles de jouissance de terrains et la répartition, entre les services intéressés, de 1 exécution des travaux mixtes et des dépenses de ces travaux (art. 7 du décret de 1863).
Autour de Paris, la compétence Je la commission mixte ne s'étend que sur le terrain compris entre la limite intérieure de la rue du rempart et' la limite de la zone unique de servitude de 250 mètres, tant pour l'enceinte qu'à l'égard des ouvrages détachés.
Le projet de décret réglementaire du 16 août 1853, préparé d'abord par le comité des fortifications , soumis ensuite à l'examen des divers départements ministériels intéressés, fut l'objet d'une discussion approfondie au conseil d'Etat, dans sa séance du 7 juillet précédent.
A ce décret se trouvent annexés les états qui fixent les départements et portions de départements qui font partie de la zone'frontière, et dans cette zone les polygones réservés. Ce décret indique, en outre, le mode d'instruction des affaires du ressort de la commission mixte, le mode d'exécution et de réception des travaux mixtes, d'imputation et de payement des dépenses, er. un mut tout ce qui concerne la matière. Depuis ce décret, la délimitation des zones frontières a reçu de profondes modifications, d'abord en 1860, lors de l'annexion à la France de la Savoie et du comté de Nice, puis à la suite du traité de Francfort (10 mai 1871), par lequel la France a cédé à la Prusse l'Alsace et une partie de la Lorraine.
— Travail des enfants, V. enfant (t. VII, page 543).
— Mécan. On nomme travail élémentaire d'une force le produit de l'intensité de cette force, exprimée en kilogrammes, par la projection sur sa direction de l'élément de chemin parcouru par son point d'application. Si F désigne l'intensité de la force, que S soit le chemin parcouru par son point d'application exprimé en mètres et a l'angle de la direction de la force avec la tangente à la trajectoire du point d'application, FdS cos a est le travail élémentaire de la force correspondant au temps employé au parcours de l'élément ds. Il est positif ou négatif, selon que cos a est lui-même positif ou négatif, c'est-à-diro selon que la projection du chemin sur la force se fait dans le sens où agit la force ou dans le sens contraire.
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agit une force F, A et B deux points de cette droite où l'on suppose la force successivement appliquée, A' et B' les nouvelles posi-
Fds cos a
est le travail total de celte force, de l'époque t, à l'époque i. C'est un nombre de kilograinmètres.
Le travail d'une force, d'une époque'à une autre, dépend ainsi beaucoup de la vitesse déjà acquise ù cette époque par son point d'application. Si le point d'application de la force est lié à une masse considérable, i! prend naturellement une vitesse peu grande, et le travail de la force est petit. Si la force considérée n'agit pas seule, son travail dépend de l'action des autres forces. Ainsi, le travail d'une force resterait nul sur un corps en équilibre. Il faut avoir tous ces faits présents à l'esprit pour ne pas donner un sens métaphysique au mot travail en mécanique.
Quel que soit le mouvement d'un point matériel, la somme des travaux des 'forces qui y sont appliquées est égale au travail de la résultante de ces forces. En effet, on sait que la projection sur un axo quelconque de la résultante de plusieurs forces concourantes est égale à la somme des projections sur le même axe de ses composantes; or, si l'on prend pour axe de projection la tangente à la trajectoire des pointsd'application et qu'on introduise dans tous les termes de l'équation le facteur commun ds, on tombe sur le théorème énoncé. La proposition peut d'ailleurs s'étendre du travail élémentaire au' travail correspondant à uu intervalle fini de temps.
Le travail de la composante normale d'une force est toujours nul ; le travail de la force se réduit donc au travail dç sa composante tangentielle. C'est, au reste, ce qui ressort immédiatement de la formule du travail élémentaire, puisque F cos o est l'expression de la composante tangentielle.
Lorsqu'on veut considérer la mouvement relatif d'un système comme un mouvement absolu, on doit en chaque point du système introduire deux nouvelles forces, la force d'inertie d'entraînement et la force centrifuge composée; le travail de cette dernière est toujours nul, puisqu'elle a une direction perpendiculaire à celle de la vitesse.
Lorsqu'une force est appliquée à un corps invariable de figure, on peut en transporter le point d'application en un point quelconque de sa direction sans que son travail change. En effet, soient AB la droite suivant laquelle
tions de ces points entraînés dans .e mouvement du solide, enfin a et 6 les projections de A' et de B' sur'AB; les expressions du travail élémentaire de la force, selon qu'on la suppose appliquée en A ou en B, aeront F.Aa et F.B4 ; or, il est facile de voir que la limite du rapport de ces quantités est 1 ; en effet, si par le point B on mène BB, égal et parallèle à AA' et qu'on réunisse B, et B' par un arc de cercle décrit de A' comme centre, BA sera identiquement la projection du chemin mixte BB,B'; mais la projection de BB, sera égale à Aa et cielle de B,Br est un infiniment petit d'ordre supérieur.
Il résulte des deux théorèmes établis dans ce qui précède que la réduction à deux des forces appliquées à un solide n'altère pas la somme des travaux des forces en jeu, quel que soit d'ailleurs le mouvement du solide; car dans. cette réduction on ne fait que composer des forces actuellement concourautes ou changer les points d'application de forces sur leurs directions. D'ailleurs, pour que les deux forces, auxquelles on pourra toujours réduire tant de forces que l'on voudra appliquées à un solide, se fussent équilibre, cest-à-dire pour que les forces proposées elles-mêmes se fassent équilibre, il faut et il suffit que les deux réduites soient égales et directement opposées; mais cette condition se réduit identiquement à ce que la somme des travaux des deux réduites soit nulle pour tout déplacement quelconque du solide. Il en résulte oue, ■ pour qu'un solide soit en équilibre, il faut et il suffit que la somme des Iravaux des forces qui agissent sur lui soit nulle pour tout déplacement élémentaire de ce solide.
Ce théorème s'étend k un système quelconque, mais en subissant une modification considérable ; les forces qu'il est nécessaire de considérer ne se réduisent pus alors, en effet, aux forces extérieures données; elles comprennent aussi les forces intérieures, généralement inconnues, qui naissent des actions mutuelles des parties du système les unes sur les autres.
Soit M un point matériel quelconque du système; il doit être en équilibre puisque le système total y est; la résultante des forces tant extérieures qu'intérieures qui agissent sur ce point doit donc être nulle, et son travail nul aussi; la somme des travaux des forces qu^agissent sur le même point doit donc être aussi nulle pour tout déplacement g g de ce point. Mais il en doit être de même en chaque point du système; l'équilibre d'un système quelconque exige donc la nullité de la somme des travaux de toutes les forces, tant intérieures qu'extérieures, qui agissent en tous ses points, pour tous les déplacements quelconques et indépendants de tous les points du système. Réciproquement, si la somme des" travaux de toutes les forces, tant intérieures qu'extérieures, qui agissent sur un système est nulle pour tous les déplacements imaginables de tous les points de ce système, l'équilibre existe nécessairement dans le.systèjne entier, car il existe alors en chaque point*.
Les conditions d'équilibre résumées dans cet énoncé n'ont pas une utilité pratique immédiate, parce que les forces intérieures restent inconnues. Les travaux de quelquesunes de ces forces, telles que les forces de frottement par exemple, sont toujours a considérer; pour uii certain groupe d'autres forces intérieures, la somme des travaux, toujours très-petite, redevient périodiquement nulle dans les machines industrielles ; ce sont les forces qu'on nomme élastiques, qui naissent des pressions ou tractions exercées à la surface des corps prétendus solides et qui tendent à leur conserver leur forme. Lorsque la limite d'élasticité n'a pas été dépassée, les molécules des corps reprennent leurs distances mutuelles initiales, et la somme des travaux de leurs actions redevient nulle. En effet, l'action et la réaction égales de deux molécules placées en A et B (v. la figure cidessus), si ces molécules sont amenées en A' et B', ont des travaux dont les valeurs absolues sont représentées par F.Aa et F.B6, F ••désignant l'intensité commune des deux forces. Tant que A'B' reste égal à AB, ces deux travaux sont égaux, comme on l'a vu plus haut, et leur différence, qui en est la somme algébrique, puisque les deux forces agissent en sens contraire, est nulle; mais si la distance AB s'est allongée de dr, 1 are BtB' n'appartient plus à une circonférence décrite de A' comme centre; laprojection de cet arc sur AB n'est plus nulle, mais égale à dr; la somme algébrique des travaux des deux forces est donc dz Fdr, suivant que ces forces étaient répulsives ou attractives. Ainsi, quand un solide naturel se déforme, quoique excessivement peu, sous l'action de forces extérieures, la somme des travaux des" forces
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intérieures qui naissent de ia tendance à la déformation, cette somme n'est pas nulle. Toutefois, si la cause extérieure de déformation venant à être supprimée, le corps revient k son état primitif, un allongement est suivi d'un raccourcissement, les sommes des travaux produits dans les deux périodes sont égales et de signes contraires, et leur somme définitive est nulle.
Enfin, pour un troisième groupe de forces intérieures, la somme des travaux est toujours identiquement nulle; tes forces de ce groupe sont celles qui naissent des appuis des parties solides les unes sur les autres. Ces forces, normales aux surfaces en contact,fournissent deux à deux une somme de travaux nulle, parce que, dans un déplacement infiniment petit du système, le plan tangent en l'un des points de contact ne s'incline sur lui-même que d'un angle infiniment petit, et que, les nouvelles positions de l'ancien point de contact
fiouvant -être considérées comme étant dans e plan nouveau tangent, les'projections des deux déplacements, sur la normale commune, se réduisent k la projection sur cette normale de la droite qui joint l'ancien point -de contact au nouveau.
Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'équilfbre d'un système de corps solides supposés indéformables et liés les uns aux autres par de simples conditions de contact, sans frottement, est assuré lorsque la somme des travaux des forces extérieures seulement est nulle pour tous les déplacements compatibles avec les liaisons de ce système. En effet, supposons que, cette condition étant remplie, le mouvement cependant puisse se produire, et, pour empêcher ce mouvement de naître, appliquons a chaque point matériel du système une force égale et contraire à la force d'inertie correspondante au mouvement supposé ; l'équilibre existant, la somme des travaux de toutes les forces extérieures, tant anciennes que nouvelles, sera nulle pour tout déplacement compatible avec les liaisons du système, et en particulier pour le déplacement virtuel qui coïnciderait avec celui qui constituera le mouvement supposé pendant le premier instant infiniment petit; mais la somme des travaux des forces anciennes, étant supposée nulle pour un quelconque des déplacements compatibles avec les liaisons du système, le sera pour celui que l'on suppose : il en résulte que la somme des travaux des forces nouvellement introduites devrait être aussi nulle; mais c'est ce qui ne saurait être, les composantes tangentielles de ces forces étant toutes dirigées en sens contraire du mouvement.
Ainsi dans un système à liaisons de solides invariables, pouvant glisser les uns sur les autres sans frottement, la condition d'équilibre est identique à celle de la nullité de la somme des travaux des forces extérieures seulement pout tous les déplacements compatibles avec les liaisons de ce système.
— Théorème du travail. Ce théorème consiste en ce que l'accroissement de force vive d'un système matériel dans un intervalle
auelconque de temps est toujours égal au ouble du travail total développé pendant ce temps par toutes les forces, tant intérieures qu'extérieures, qui ont agi; m désignant la masse de l'un des points matériels du système, F, la composante tangentielle de la résultante des forces appliquées. à ce point matériel, u sa vitesse et t le temps,
par conséquent, si s désigne le chemin parcouru par le point en question,
F.ds = m — do = mvdv ; ai
j F,ds = -1 mv' — ntv,' I;
/ F,di
est le travail total de la force appliquée au point matériel considéré. Ainsi, le théorème énoncé est vrai pour un point quelconque du système; il l'est donc pour le système considéré dans son entier.
Ce théorème joue un grand rôle dans la théorie des machines. V. force vive et machine.
— Travail de la force élastique d'un gax.