‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 355 sur 1042 · C. Delavione · texte numérisé non relu

C. Delavione

Il Chambre du Trésor, Ancienne juridiction, établie à Paris, sous la direction des trésoriers de France, pour le jugement des affaires du domaine du roi.

— Jurispr. Objet précieux caché ou enfoui, sur lequel personne ne peut justifier sa propriété, et qui eut découvert pa- busard.

TRES

— Féod. Droit de trésor, Droit du seigneur sur les trésors découverts dans l'étendue de sa seigneurie.

— Hist. ecclés. Trésors de l'Eglise, Indulgences que l'Eglise dispense aux fidèles.

— Bibliogr. Nom donné à divers ouvrages d'érudition' : Trésor de la langue grecque. Trésor des origines de la langue française.

— Alchim. l'résor incomparable des philosophes, Pierre parfaite.

— Hortic. Variété de poire.

— Encycl. Jurispr. Par le mot trésor, le législateur entend une ou plusieurs choses précieuses, telles que monnaies d'or et d'argent, médailles, statues, vases et autres objets d'art, qui, après avoir été cachées ou enfermées, sont ensuite découvertes, sans que personne puisse prouver qu'il en est le propriétaire. Quand la chose ainsi trouvée est une somme en monnaies d'un type moderne et ayant cours, on ne la considère pas comme un trésor, si des témoignages ou d autres circonstances font penser que l'argent a été enfermé, enfoui ou autrement caché par le propriétaire de la maison ou du fonds où on le trouve. Alors la somme appartient exclusivement soit au propriétaire de la maison ou du terrain, soit à ses héritiers. Quand il s'ngit d'un véritable trésor trouvé dans le fonds d'autrui, il appartient pour une moitié à celui qui l'a découvert et, pour l'autre moitié, au propriétaire. Si la découverte n'a pas été fortuite, si le trésor a été cherché avec intention, il appartient tout entier au propriétaire, à moins qu'il ne soit intervenu des arrangements particuliers entre les chercheurs et lui.

Souvent les trésors consistant en anciennes médailles ou monnaies, en bronzes sculptés, en vases ou tombeaux, sont découverts par des ouvriers qui réparent ou démolissent une maison, qui remuent un champ, fouillent un terrain, ouvrent des puits ou pratiquent des déblais. La moitié de ce qu'ils trouvent leur revient, si toutefois le propriétaire ne les a pas fait travailler à dessein, avec l'espérance de découvrir le trésor; car, dans ce cas, it garderait pour lui la totalité. Quand la découverte est due au hasard, les ouvriers ou domestiques ont droit à la moitié, alors même qu'ils ont travaillé pour le compte, par l'ordre et même sous les yeux du propriétaire. La moitié est acquise à celui qui découvre, c'està-dire qui rend visible le trésor. Si plusieurs ouvriers travaillent ensemble , même par suite d'une association formée entre eux, celui qui trouve un trésor a exclusivement droit à la moitié. Peu importe alors que le propriétaire soit un particulier, une compagnie, une commune, un établissement public uu même l'Etat; la moitié est toujours acquise à l'inventeur.

Il est bien entendu que, si quelqu'un trouve un trésor dans son propre fonds, la chose trouvée lui appartient tout entière.

— Politiq. Trésor public. Les deniers versés dans les caisses de l'Etat, provenant soit de la perception des impôts de toute nature, soit des revenus des biens productifs du domaine national, soit de la ressource temporaire et extraordinaire des emprunts, sont destinés tant à l'acquittement de la dette publique qu'à supporter les charges et à couvrir les frais des différents services administratifs. Le Trésor est principalement alimenté par l'impôt. La législation de l'impôt a subi, sous les différents régimes, des variations importantes, en ce qui concerne surtout l'assiette des contributions publiques et le mode de leur établissement; on peut dire néanmoins que le droit fiscal a peu varié depuis les époques les plus reculées en ce qui touche la matière imposable, ainsi que la division et les principales branches de l'impôt. La législation fiscale à laquelle était soumise la Gaule, de même d'ailleurs que les autres provinces de l'empire, sous la domination romaine, présentait déjà, très-nettementaccentuée, la division fondamentale de l'impôt en impôt direct, indirect et de mutation. Ces dénominations seules sont modernes, le système ne l'est pas. L'impôt direct était représenté par la contribution foncière, appelés tributum, par la raison qu'elle était rêpariie entre les contribuables au moyen de tables da recensement et d'un cadastre des terres. La capitaiion, véritable contribution personnelle, rentrait aussi dans l'impôt direct, de même que les redevances perçues sur les salines qui étaient restées dans le domaine privé et non exploitées directement pur l'Etat. L'impôt indirect ou de consommation se percevait sur les marchandises, particulièrement à leur arrivage dans les ports, et prenait alors le nom de portorium. Quant aux droits de mutation, ils n'avaient pas reçu à beaucoup près les effrayants perfectionnements auxquels ils sont arrivés de nos jours. L'impôt de mutation, dans le régime romain, n'atteignait que les acquisitions par succession testamentaire ou ab intestat, et il était fixé à la quotité uniforme d'un vingtième, sans distinction de la proximité du degré de parenté de l'héritier avec la personne à laquelle il succédait. Il convient d'ailleurs d'ajouter que les successions en ligne directe n'étaient frappées d'aucune taxe fiscale.

La conquête franque modifia peu , elle maintint presque intégralement le système romain de l'impôt. La contribution foncière

TRES

ou tributum fut levée par les comtes des rois mérovingiens au lieu de l'être par les proconsuls ; voilà à peu près toute la différence. Mais l'absence de recensements réguliers, le manque d'un cadastre suivant le mouvement des mutations de la propriété foncière amenèrent une désorganisation et un désordre croissants dans les perceptions fiscales. Cette cause eut sa part d'influence et doit être comptée parmi les causes multiples quiamenèrenteet étatde décentralisation politique et administrative de l'époque dite féodale. Le pouvoir royal abandonna aux seigneurs justiciers, aux abbés des monastères et aux évêques , l'exaction de l'impôt foncier, exaction devenue à peu près impraticable pour l'autorité centrale. Les anciens tributs furent perçus par les seigneurs laïques ou ecclésiastiques comme un revenu patrimonial. Les contributions indirectes, dont la plus ancienne parait être une taxe exigée à la sortie des marchandises et appelée traite foraine, alimentaient seules le fisc royal. Les princes carlovingiens soutenaient ie'lustre de leur rang au moyen des revenus de leurs domaines particuliers et des redevances qu'ils retiraient de leurs vassaux, tenant d'eux des terres en fiefs ou en censives. L'impôt sur les mutations de la propriété disparut absolument, au- moins en tant qu'élément du revenu public. Il reparut, mais transformé, et comme une branche importante de la fiscalité seigneuriale. Les seigneurs, en effet, perçurent des droits dits de lods et ventes sur les aliénations par actes entre vifs des terres dépendant de leur mouvance, et ils perçurent des droits de rachat ou de relief sur les mutations par décès des mêmes immeubles. La royauté, en se reconstituant, ressaisit par degrés les éléments disséminés du revenu public et créa une multitude de nouvelles exactions fiscales. Le pouvoir royal avança à grande vitesse dans les voies de l'absolutisme. Il était de règle au moyen âge que les tailles et les subsides de toute nature ne pouvaient être établis d'autorité et ne devaient être levés qu'après avoir été librement consentis par des assemblées de seigneurs ecclésiastiques et temporels, assemblées où les grands feiidataires représentaient les tenanciers qui relevaient de leurs fiefs. François 1er établit la désastreuse innovation des édita bursaux, par lesquels le pouvoir royal créait arbitrairement des taxes sans le concours des états du pays et qui n'étaient soumis qu'à la vaine formalité de la vérification et de l'enregistrement au parlement ou a la cour des aides. Le xvtie siècle vit surgir un nombre considérable de nouvelles taxes royales, notamment l'impôt du vingtième sur les revenus, impôt qui atteignit toutes sortes de propriétés foncières, à la différence de la taille, qui n'était levée que sur les terres en roture. Le droit de contrôle sur les actes publics, le droit de centième denier sur lés mutations, droits régaliens l'un et l'autre, furent établis à la même époque. Toutefois, et malgré ces progrès dans la reconstitution da la fiscalité royale, la matière des impôts publics ne fut jamais complètement systématisée- et surtout centralisée dans notre ancienne monarchie. Les droits de lods et ventes, ainsi que les droits de rachat sur les mutations par décès, continuèrent, jusqu'en 1789, à appartenir exclusivement au seigneur féodal duquel relevait la terre, objet de la mutation. Le fisc royal percevait concurremment son droit de centième denier ; ces deux exactions étaient parallèles et ne se confondaient point. Le fisc seigneurial existait à côté et indépendamment du fisc royal. Il y avait, en outre, une fiscalité purement ecclésiastique dont l'objet était la dlmo. Les déoimateurs ou exacteurs des dîmes n'étaient point des agents du Trésor royal; leur office n'intéressait que le clergé.

L'Assemblée constituante remania profondément l'ancien système de l'impôt; elle le ramena à l'unité et en centralisa la perception entre les mains des agents de l'Etat exclusivement; elle l'assit sur la propriété mobilière et immobilière, sans distinction de terres roturières ou nobles et posa le principe de l'égalité proportionnelle dans sa répartition. Au reste, la Constituante ne fixa et ne put fixer en cette matière que les grandes lignes et les principes fondamentaux. Notre législation fiscale, dans son état actuel, a été formée pièce à pièce et se trouve régie par un grand nombre de lois spéciales. Mais nous n'avons pointa entrer ici dans les détails de cette législation. Nous ne devons parler que de 1 administration du trésor public, de son organisation et de son mécanisme. Cette administration a deux objets principaux, on pourrait même dire uniques : la perception matérielle des revenus publics et leur emploi à l'acquit des dettes et des charges de toute nature de l'Etat.

Le recouvrement des deniers publics se subdivise, et, selon la diversité des branches de l'impôt, il est confié à des administrations diverses et multiples. Ce recouvrement est opéré par les percepteurs communaux en ce qui concerne les contributions directes, c'e.Hà-dire l'impôt foncier, l'impôt mobilier, l'impôt personnel, celui des portes et fenêtres et celui des patentes. L'impôt direct dans ces différentes subdivisions est exigible par douzièmes, qui échoient à l'expiration de chaque mois pour l'exercico de l'année. Des

TRES

avertissements et des sommations préalables sans frais sont adressés aux contribuables, en cas de retard de ceux-ci; une loi du 17 brumaire an V détermine la fi^ère et la progression des actes de poursuite et de contrainte. Un moyen coercitif particulier à la perception des impôts directs était la contrainte pur garnisaire. Le garnisairi' était un hôte forcé que l'agent du fisc installait chez le coniribuable en retard et auquel celui-ci devait fournir le logement et la table et payer en outre une rétribution quotidienne de 1 franc, dont l'avance était faite par le percepteur. Si ce moyen de coaction n'aboutissait pas, le fisc recourait aux voies ordinaires d'exécution, c'est-à-dire à la saisie des meubles et, subsidiairement, à la saisie immobilière, en suivant pour ces derniers modes de contrainte les formes et les règles de la procédure ordinaire.

Les contributions indirectes sont directement recouvrées par les agents et préposés de cette administration spéciale et par l'administration des douanes pour ce qui concerne les droits exigibles sur l'importation des marchandises de provenance étrangère. Quant aux droits de mutation et aux droits multiples dont sont frappés les actes publics ou privés, c'est à l'administration de l'enregistrement que le recouvrement en est confié. Pour les actes du ministère des notaires ou des huissiers, ces officiers ministériels sont directement débiteurs des droits; ils sont personnellement en quelque sorte les vrais contribuables vis-à-vis de la régie de l'enregistrement. Ils doivent eux-mêmes acquitter les droits en présentant l'acte à l'enregistrement et dès avant que la formalité de Pacte soit accomplie (loi du S2 frimaire an VII). Au reste, si les officiers ministériels sont ici les contribuables directs, quoique leurs actes ne les intéressent pas individuellement, il faut se rappeler qu'ils sont aus«i les premiers percepteurs des droits, dont ils ont, sans conteste, la faculté de se faire consigner le montant par leurs clients.

Quant aux actes privés, les droits doivent en être acquittés par les parties intéressées elles-mêmes, au moment où elles présentent l'acte à l'enregistrement. Il en est de même en ce qui concerne les mutations par décès. Le droit ne peut être établi à cet égard que sur la déclaration des parties intéressées touchant l'état et la consistance de la succession. C'est au moment de cette déclaration que les contribuables doivent acquitter les droits ou qu'ils peuvent y être contraints par les voies légales d'exécution.

Les deniers publics recouvrés par les différents agents de la perception fiscale sont périodiquement versés par eux à la caisse du receveur général de chaque département et finalement centralisés par leur versement à la caisse générale du Trésor, L'opération inverse de la recette, c'est-à-dire l'emploi des deniers publics à l'acquittement des charges de toute nature de l'Etat, payement des traitements des fonctionnaires, îles pensions, des intérêts des cautionnements des officiers ministériels, payement du prix des marchés de fournitures ou de travaux, etc., cette opération a été, pendant une longue période d'années, l'objet de la fonction particulière des payeurs. Les payeurs étaient, dans le mécanisme administratif, une superfetation coûteuse ; ils ont été supprimés depuis le second Empire, et les différents payements à l'acquit de l'Etat sont désormais effectués, en général, à la recette particulière où se centralise la perception de chaque arrondissement.

L'agent qui effectue le payement l'opère sous sa responsabilité : il doit s'assurer qu'il paye valablement entre les mains d'un véritable créancier et d'un créancier ayant capacité de recevoir et de quittancer, soit entre les mains d'un fondé de pouvoir porteur d'une procuration régulière. Dans l'apurement de sa comptabilité à la Cour des comptes, l'article de-dépense ne peut lui être passé en décharge qu'à cette condition. Quant à ce qui concerne la dette publique proprement dite, c'est-à-dire les arrérages semestriels des rentes inscrites au grand-livre, le payement en est effectué directement par l'agent comptable du Trésor. Nous n'entrerons oans aucun détail sur ce point spécial, non plus que sur Je mode de transfert des inscriptions au grand-livre de la dette publique. Cette matière est sans doute une dépendance et une annexe de l'administration da l'résor, mais elle a été traitée avec les développements qu'elle comporte a notre article : rbnte sur l'Etat.

La Cour des comptes, instituée en 1807, vérifie annuellement l'état des recettes etdes dépenses des différents agents de la comptabilité publique. Les décisions de cette cour, dont le caractère est mixte, partie judiciaire et partie administratif, fixent pour chaque exercice la situation de chaque comptable de l'Etat, des communes et des établissements publics, et déterminent si les comptes se balancent avec exactitude, ou si le comptable se trouve constitue s>oit en avance, soit au contraire en oébet. Une ordonnance du 31 mai 1838 présente la nomenclature des nombreux agents de perception soumis à lu vérification et au contrôle annuels de la Cour des comptes. Il importe de remarquer en terminant que les agents du fisc comptables des deniers publics ne participent point en général à 1 immunité dont

TRÈS

l'article 75 de la constitution de l'an VIII couvrait les autres fonctionnaires administratifs. Des arrêtés de pluviôse an X permettent au directeur général des domaines, ainsi qu'aux administrateurs supérieurs des contributions indirectes et des douanes, de poursuivre et de livrer aux tribunaux, sans recourir k l'autorisation préalable du conseil d'Etat, les employés et préposés de ces différentes administrations prévenus de malversations ou d'infidélité. Un arrêté analogue (floréal an X) a été rendu en ce qui concerne les percepteurs. V. finances.

Trésor (le), ouvrage de Brunetto Latini, le maître de Dante, composé en 1240. La première édition, traduction italienne du livre écrit en roman, est de 1474 (Trévise, in-fol.). Le Trésor est un répertoire universel do la science à l'époque de son auteur, c'est l'encyclopédie du xme siècle. Le Trésor est divisé en trois parties ou trois livres. Le premier, intitulé De la naissance de toutes choses, renferme l'histoire générale du monde depuis la création jusqu'aux démêlés de la république florentine avec Frédéric II et Mainfroi, époque à laquelle le récit s'arrête. À cela se joignent des généralités cosmographiques, astronomiques et géographiques, accompagnées de toutes sortes de vieilles fables sur l'Inde, l'Afrique et l'Egypte. Au milieu de tout cela, l'agriculture, l'économie rurale, la politique sont mêlées de la façon la plus curieuse et la plus bizarre. Le second livre est consacré k la morale et se divise en deux parties : la première est un extrait, en trentesix chapitres, de la Morale d'Aristote; la seconde est un recueil de passages nombreux de moralistes latins sacrés ou profanes, que Brunetto a traduits et qu'il a groupés sous différents titres en y ajoutant ses propres observations. Le troisième livre est spécialement destiné à la politique; l'auteur le commence par un traité de Bonne parlure, ayant appris de Cicéron que, dans las républiques anciennes, la rhétorique était la partie fondamentale de la politique. Tous les écrivains de l'antiquité qui avaient écrit sur cette matière sont mis à contribution par lui. Quand il arrive à parler de la politique proprement dite, il s'occupe surtout du gouvernement des villes italiennes à cette époque et nous donne des détails très- intéressants pour l'histoire; il éclaire d'un jour tout nouveau la magistrature du podestariat, dont il faut connaître l'origine pour se rendre compte des événements. Les villes étant toutes divisées en factions ennemies, l'administration de la justice devenait d'une grande difficulté, chaque faction regardant l'offense faite à un de ses membres comme lui étant personnelle; de la, pour le juge, la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité de rester impartial. C'est en voyant cela que les républiques eurent l'idée d'appeler pour magistrat un homme étranger» k la ville et k ses dissensions, qui pourrait rendre à tous égale justice. Telle est l'origine des podestats, qui ont joué un si grand rôle dans l'histoire des républiques italiennes.

Quoique Italien et ayant déjà composé des ouvrages en italien, Brunetto Latini se servit pour celui-ci de la langue française; voici la raison qu'il en donne : « Et s'uuseuns demande por quoi chis livres est escris en romans selonc le patois de France, puis que nos somes Ytaliens, je diroe que c'est por ;II" raisons : l'une est por ce que nous somes en France, l'autre si est por ce que françois est plus délitables langages et plus communs que moult d'autres. »

Tré.or (le petit) [Il Tesoretln], poème italien de Brunetto Latini, composé vers 1260; imprimé pour la première fois à Rome (1682, in-4o). Le Tesoretto, suite do visions merveilleuses où l'auteur est à la recherche do la sagesse et de la vertu, a une grande importance historique. Quelques savants prétendent que c'est de ce poème que Dante s'est inspiré pour la composition de sa Divine comédie; aussi allons-nous en donner une analyse rapide d'après M. Faurtel. « Brunetto, dit ce'savant, a rattaché l'idée de ce poème h l'histoire de son ambassade en Espagne. Revenant de cette mission et déjà engagé dans les gorges de Roncevaux, il rencontre un jeune Espagnol qui , ayant terminé ses études à Bologne, s'en retourne gaiement dans son pays. Brunetto l'accoste avec empressement pour lui demander des nouvelles d'Italie. L'étudiant n'en a que trop à lui donner; il raconte les troubles du pays, la funeste bataille de Monte-Apeiti, les désastres des guelfes et leur fuite de Florence. Navré de ces nouvelles et absorbé dans les plus noires rêveries, Brunetto poursuit sa route sans la choisir ; il ne tarde pus k s'égarer et se trouve à la fin dans une immense forêt des plus sauvages. Là,il rencontre la Nature personnifiée, qui l'accueille avec bienveillance; elle lui révèle ses opérations, ses mystères, lui donne on spectacle le mouvement prodigieux auquel elle préside et dans lequel l'ensemble des êtres créés naît, s'agite, périt et renaît pour mourir, renaître et s'agiter sans fin; elle se transforme mille et mille fois à ses yeux et revêt successivement devant lui toutes les tonnes, toutes les apparences de la création.

• Apres avoir ainsi découvert à' Brunetto tout le tableau et tout le jeu du monde physique, tout le matériel de la création, la Nature lui donne congé, en lui indiquant la voie qu'il doit suivre pour aller visiter des puis-

TRES

sances d'un autre, ordre, celles qui président au monde moral, la Philosophie, la Vertu, la Fortune et l'Amour. Muni de ces instructions, Brunetto part et s'engage dans un affreux désert où il ne trouve ni habitation, ni créature vivante, ni chose qu'il connaisse, pas une rivière, pas un ruissenu, pas une mouche, pas une fourmi. Il suit le cours d'une sombre vallée, et, au troisième jour de marche, il arrive dans une plaine riante où il rencontre la Vertu au milieu d'une brillante cour d'empereurs, de rois, de philosophes, et avec ses quatre tilles, la Prudence, la Tempérance, la Force et la Justice. Chacune de ces dernières a sa descendance, e'est-k-dire d'autres Vertus engendrées par elle et qui composent son cortège ; ainsi, la Justice a pour fille la Libéralité, la Courtoisie et la Loyauté, qui sont, avec la Prouesse, les- vertus chevaleresques. Brunetto assiste à l'audience qu'elles donnent successivement à ceux de leurs adorateurs qui viennent les consulter et recueille dévotement p.our'son propre compte les leçons qu'ils en reçoivent. Ces leçons ne sont pas si vagues ni si générales qu'elles ne renferment ça et là quelques traits particuliers plus curieux, comme caractérisant les mœurs italiennes au xme siècle.

» Ayant ainsi parcouru l'empire des vertus ou le monde moral, Brunetto se met de nouveau en voyage ; il traverse rapidement de nouvelles vallées, de nouvelles montagnes, de nouvelles forêts et se trouve à la fin dans une prairie tout émaillée de fleurs : c'est l'empire de l'Amour. Arrivé devant le dieu, Brunetto le trouve entouré de son cortège, où figurent principalement quatre hautes daines : la Crainte, la Désirance, la Tendresse et l'Espérance, dont chacune a son rôle et ses fonctions propres dans les affaires d'amour. Brunetto, qui voit le dieu lançant incessamment de tous côtés des flèches qui" blessent grièvement ceux qu'elles atteignent, espère y échapper, mais il l'espère en vain : il est frappé à son tour et mis hors de lui. Ce n'est qu'après bien des efforts et par les conseils d Ovide, qui se trouve là fort heureusement pour lui, qu'il réussit à s'échapper de cet empire extravagant. Il en sort donc, mais tout ébahi, tout honteux de ce qu'il y a fait, tourmenté d'un grand besoin de revenir à Dieu et aux saints, qu'il a fort négligés, pour cela résolu à se confesser au premier moine qu'il rencontrera. Ici la vision finit, et les graves réflexions que Brunetto fait sur luimême sont celles d'un homme éveillé et rendu à lui-même. •

Cette vision poétique présente quelque analogie avec la Divine comédie de Dante ; mais ces rapports sont beaucoup trop vagues pour qu'on s y arrête; ils prouvent seulement que cette époque était celle des songes et des visions, et que Dante, en composant son œuvre, n'avait fait que suivre le goût de son époque.

TW«or (le) [El Tesoro], poëme alchimique du roi d'Espagne Alphonse le Sage (xms siècle). Moratin a attribué cette curieuse composition au marquis de Villena, dans les manuscrits duquel elle fut trouvée; maisMayuns, Sarmiento et Sanchez ne doutent pas de son authenticité. Alphonse le Sage était trèsversé dans l'alchimie et l'astrologie, les deux grandes sciences du temps, les deux clefs qui devaient ouvrir k l'homme l'entrée des mondes surnaturels. Il est difficile de croire qu'eu écrivant ce poëme il ait voulq faire autre chose qu'une plaisanterie; cependant c'était un homme grave, instruit, et le préambule est très-sérieux. « Fait par moi, dit-il en quelques lignes de prose, D. Alonso, roi d'Espagne, naguère empereur. Outre les grandes miséricordes que Dieu m'a faites (la plus grande est de m'avoir donné la connaissance de sa sainte foi, la science des choses naturelles et ensuite le trône de mas pères, afin que je pusse mieux le défendre), outre tout cela, il lui a plu me donner uno faveur plus grande, la pierre philosophale, que je ne cherchais pas.» Il ajoute qu'avec cette recette, il a beaucoup augmenté sa fortune et que l'homme qui possède un tel trésor ne doit pas le dissimuler. Puis, il s'écrie : i Au nom de Dieu, je commence l'œuvre! » Là s'ouvre

10 poème, composé do deux livres. Le premier contient d'abord onze strophes en octaves de vers de huit pieds, dans lesquelles le roi raconte comment, ayant appris qu'il y avait en Egypte un sage qui lisait dans les astres et prévoyait l'avenir, il l'envoya chercher sur un vaisseau, le reçut très-courtoisement, en apprit beaucoup de secrets et entre autres celui de la pierre philosophale, qu'il lui enseigna en manière de passe-temps. • Je ne veux pas que si bonne recette se perde, dit Alphonse ; mais, d'un autre côté, je ne veux pas donner un si grand pouvoir k un homme qui ne connaîtrait pas les lettres. » C'est pourquoi il donne la recette en chiffres arabes, trente-cinq strophes de chiffres 1 en ayant bien soin d ajouter : • N'en parlez à personne si vous devinez :

Si aveis entendido esta grande arcana, No lapongais en conversation! •

11 n'avait que faire de si bien recommander le secret; les alchimistes se sont mis l'esprit k la torture et personne encore n'a rien pu déchiffrer. Bien des gens, au moyen âge, ont été persuadés que tout le mystère était écrit là. C'est comme le fameux marteau et le fa-

TRES

meux clou dont il est question dans Notre- Dame de Paris; toutes les fois que le devin qui les avait faits frappait du marteau la tête du clou en prononçant certaine parole, un de ses ennemis s'abîmait en terre. On avait le marteau, on avait le clou, il ne s'agissait que de trouver le mot sacramentel ; petite affaire! Dans le second livre, le roi poëte déclare qu'il va donner à qui saura le comprendre les quatre éléments d'une œuvre bien plus difficile encore que la pierre philosophale, mais il les donne en vingt-sept octaves de chiffres! Suit une clef de ce grimoire; car le plus joli, c'est qu'il y a une clef établissant lu concordance des chiffres avec les lettres de l'alphabet; seulement, il n'y a qu'un seul chiffre pour cinq ou six lettres, ce qui fait que la clef n'ouvre rien.

Ce petit travail, chef-d'œuvre de mystification alchiiniqne.a été composé en 1272. La Bibliothèque de Madrid en possède un curieux manuscrit du xv« siècle, et il a été imprimé plusieurs fois, comme curiosité littéraire sans doute. 11 a été honoré de quelques commentaires par des adeptes fervente.

Trésor de la langue latine (TheSailTUS Un-

gux latinx), par Robert Estienne. La première édition île cet ouvrage a paru à Paris en 1531-1532 (in-fol.) ; la deuxième, augmentée, date rie 1536 ; la troisième, beaucoup plus considérable, est de 1543; la quatrième, parue à Lyon en 1573, comprend 4 volumes in-folio. Brunet fait remarquer que cette dernière renferme de nombreuses augmentations, sans doute, mais qu'elle a été fuite sans critique. Une édition postérieure (Bâle, 1740-1743, 4 vol. in-fol.) est moins belle que la précédente; mais on la préfère pour l'usage, à cause des augmentations qu'elle contient, et parce qu'elle a été corrigée avec plus d'exactitude.

Trésor de la langue grecque (le) [Thésaurus grtecx linguse], par Henri Estienne (1572, 5 vol. in-fol; 3« édit., 1831-1865, 8 vol. infol.). Robert Estienne avait publié en 1532 le Thésaurus linguœ latins, mais il n'avait pu que rassembler les premiers matériaux du Thésaurus grxcs liugus. Les persécutions dont il fut l'objet dans les dernières années de sa vie, son exil à Genève l'empêchèrent de publier une œuvre qu'il légua k son fils. Henri Estienne accomplit glorieusement les dernières volontés de son père, et ce fut pour se contbrmer à son désir qu'il préféra l'ordre étymologique à l'ordre alphabétique. L'ouvrage parut en 1572, l'année de la Saint- - Barthélémy. Le malheur des temps et les dépenses exigées par une telle entreprise absorbèrent lu fortune de Henri Estienne, Il acquit ainsi le droit d'imprimer les deux vers suivants en tête de son livre :

Al Thésaurus me hic de dwiteredditegenum. Et facit utjuvenem ruga senilis aret.

Malgré la protection de l'empereur Maximtlien II, du roi de France, de la reine Elisabeth d'Angleterre, auxquels l'ouvrage était dédié, la vente ne compensa point les dépenses de l'éditeur. D'après les catalogues, le prix des 5 volumes in-folio était de io livres; en outre, Scapula , prote et correcteur de Henri Estienne, avait fait paraître frau-r duîeusement son abrégé, qui satisfaisait k bas prix les hellénistes et les savants.

Henri Estienne, publia vers 1580 une seconde édition du Thésaurus, mais cette seconde édition diffère si peu de la première qu'elle est considérée généralement comme une simple réimpression. « Il est inutile, a dit M. Beulé, de louer un monument que trois siècles ont consacré et qui suffit pour immortaliser la mémoire de Henri Esttetine, car il surpasse toutes ses autres publications. L'auteur s'est montré grand architecte, et, dans son bel édifice, la justesse des proportions égale l'unité de l'ensemble; mais lui-même sentait le côté faible de son œuvre, c'est-àdire les inconvénients du système étymologique, puisque son quatrième volume tout entier n'était autre chose qu'une table alphabétique, avec renvoi, des mots contenus dans les trois premiers volumes. Certes, rien n'est plus logique que de disposer les mots selon leurs racines, mais rien n'est plus embarrassant pour l'usage, rien ne fait perdre plus do temps. Aussi ne saurait-on comprendre pourquoi l'édition anglaise, qui parut de 1816 à ■1823, s'est conformée rigoureusement à une ■ méthode excellente pour les philologues consommés, presque inaccessible k ceux qui commencent ou veulent s'éclairer. Il en est résulté un cortège de dissertations, de glossaires, d'index, qui remplissent trois volumes et sont loin de rendre les recherches pluspromptes ou moins pénibles. Ce défaut capital nuira toujours à un immense travail qui, il faut s'empresser de le reconnaître, a doublé les richesses du Trésor primitif. Si les savants du moyen âge et de la Renaissance, guidés par les lexicographes de l'antiquité, se sont attachés surtout à la formation des mots et aux liens qui les unissent, l'expérience a montré aux modernes que le but d'un dictionnaire était avant tout d'être pratique. L'Académie française s'était conformée à l'esprit du temps dans la première édition de son dictionnaire; e!le est revenue à l'ordre alphabétique dès la seconde. •

Cette édition anglaisa dont parle M. Beulé a été dirigée par MM. Barker et Dibdin, avec la collaboration de Boissonado, Gail, Sea-

TRES

fer, Kall , Wakefielrt, Schweighsenser et chaefer. Cette réédition n'est pas sans mérite, mais un bon contrôle a manqué , de sorte que des milliers de mots ou d'acceptions de mots ont été enregistrés sans que les citations envoyées de pays divers et tirées d'éditions différentes aient été ramenées û un type unique et à une clarté propre à rassurer la critique. « On peut dire, fait observer à ce propos M. Beulé, que beaucoup d'articles sont de petits casiers fermés pour le lecteur; la foi seule le sauve, car les noms des savants qui servent d'étiquette sont toute leur garantie. Or, le premier caractère d'un travail Vraiment scientifique, c'est de renvoyer aux sources et de provoquer par la. facilité même des recherches le libre examen. «

La réédition française enti éprise en 1831 par A. -F. Didot a atteint un degré de perfection beaucoup plus élevé; elle a mis à la fois le Thésaurus grxcx linguse k la hauteur de la science moderne et à la portée de toutes les intelligences qui veulent s'initier aux lettres grecques. La direction de cette entreprise tut confiée à M. Hase, qui s'associa MM. Louis de Sinncr et Théobald Fix; ces trois savants firent d'abord approuver le plan de leur entreprise par l'Académie des inscriptions et belles-lettres et.s'assurorenC'bieiLtôl la coopération directe et assidue de MM. Louis et Guillaume Dindorf, de Leipzig, qui revisèrent avec eux tous les matériaux. La plupart des hellénistes de l'Europe prêtèrent leur concours k ce grand travail. Ainsi MM. Dilbner, Boissonade, Asf, Jacobs, Cramer, Dahler, Dietz, Peyron, Walz, Ossan, Gaisford, Demetriades, Manos, s'y associèrent; les uns fournissaient des additions et des articles, d'autres revisaient les citations et assuraient ainsi l'unité et la concordance des textes. 11 était juste, ainsi que le fait observer M. Beulé, que l'Europe savante concourût k l'agrandissement d'un monument littéraire que son ancienneté rendait vénérable et que l'abondance des sources nouvelles allait rendre original. Si l'on compare, en effet, le Trésor de Didot à celui d'Eatieune et k l'édition anglaise , on est d'abord frappé de l'excellence de l'ordre alphabétique et du soin avec lequel les matériaux ont été recueillis, k mesure que l'on effaçait les traces de l'ancien classement. Ensuite on admire la prodigieuse richesse de la langue grecque qui se révèle et s'étend chaque jour. Au temps d'Estietme, on ignorait encore des milliers de mots que nous connaissons aujourd'hui, grâce aux manuscrits publiés ou étudiés depuis trois siècles, grâce à cette magnifique série d'inscriptions grecques que les voyageurs ne cessent de copier et que le sol de la Grèce ne cesse de rendre. M. Passow a fait un relevé numérique des mots contenus dans la première livraison de Didot. Le nombre des mots jusqu'à agios s'élève k 1,302 dans l'édition de Paris; il était de 763 dans l'édition d'Estienne, c'est-à-dire qu'il est presque doublé. 1, 'édition anglaise elle-même n'en compte que 1,105, c'est-àdire 197 de moins que l'édition de Paris, D'après les proportions du début, on peut estime-r les différences de l'ensemble. Maïgré un tel accroissement, la liste des mots est loin d'être complète.

Le nouveau recueil contient, entre autres additions : 1° les noms propres appartenant à l'histoire, k la mythologie, à la géographie ; 2° les mots étrangers passés dans les écrits des auteurs grecs; 3° les signes prosodiques de quantité; 4° 1 indication des lettres,, syllabes ou mots confondus par les copistes; 5U les étymologies de chaque mot, ce qui jadis n'étaitpas nécessaire avec l'ordre étymologique; 6° la rectification des fausses leçons; 7° les formes grammaticales et leurs distinctions, appuyées par des exemples suffisants; 8U l'indication des rapports grammaticaux des mots avec leurs régimes, leur relation synonyiuique et littéraire ; 9<> des citations et des renvois innombrables, etc. Toutes les connaissances acquises depuis trois cents ans ont été condensées dans cet immense répertoire; et la plupart des hellénistes de notre siècle y ont épuisé leur science.

M. Beulé cependant fait k cette réédition quelques critiques d'ensemble qui ne sont pas sans importance. C'est ainsi qu il lui reproche une certaine confusion dans le plan et la distribution de chaque article. Les citations, euîffet,n'y sont pointclassées avec méthode; les commentaires s'y suivent, mais no s'y lient point ; l'ordre iminque, en un mot, et le texte primitif de Henri Estienne a été suivi souvent avec trop de fidélité. Un autre défaut , c'est l'insuffiîance des explications scientifiques et l'absence trop sensible de ce qu'on peut appeler l'érudition technique.* La philologie, dit-il, devait régner en souveraine dans une œuvre de ca genre; elle y règne, et cependant on voudrait parfois quelle eût appelé d'autres auxiliaires, car la philologie ne suffit pas pour tout expliquer. Dans cette langue grecque, dont la richesse était sans limites, chaque science, chaque art, chaque industrie s'était' créé une langue spéciale. L'architecture et la musique employaient une foule de mots dont nous comprenons mal le sens, les acceptions; il en était de même pour l'histoire naturelle et la médecine, pour la marine et pour la guerre, pour l'agriculture et pour la céramique, etc. Tous ces termes, il ne suffisait pas de les

TRES

traduire par un root latin qui lui-même peut être également obscur; il fallait une définition qui déterminât nettement l'objet auquel le mot s'applique ; il fallait une synonymie simple, exacte, mais ayant la valeur d'une démonstration... Aux éminents philologues qui ont préparé le nouveau Thésaurus il était indispensable d'adjoindre des érudits de spécialité diverse et des savants capables de leur venir en aide. ■

L'étendue immense de la littérature grecque et l'activité croissante des hellénistes, des paléographes, des épigraphistes, des explorateurs reculent d'année en année ce but idéal et nécessairement chimérique que doivent poursuivre les éditeurs du Trésor, c'està-dire une nomenclature complète. Comme l'entreprise a coïncidé avec la renaissance des études grecques , les travaux d'érudition paraissaient par milliers tandis que les diverses lettres du Thésaurus achevaient de s'imprimer; les anecdola se multipliaient; les textes difficiles étaient élucidés et rectifiés, les manuscrits découverts, relus et mieux lus ; les inscriptions grecques se produisaient au jour avec une affluence merveilleuse et l'on trouvait partout des mots nouveaux, des composés noil prévus, des acceptions non rencontrées, (les noms propres surtout, intéressant l'histoire, la géographie ou curieux par leur formation. Pour remédier à ces lacunes déjà nombreuses, Mil. Didot ont publié un Supplément qui forme le IXe volume du Trésor de la langue grecque. Ce supplément est aussi utile que \& .Trésor luimême, car il ne contient que des choses rares, nouvelles, imprévues, curieuses. Les plus savants sont sûrs d'y apprendre beaucoup , et ce répertoire progressif peut servir également de complément à tous les autres lexiques.

Trésor de la langue française, par Jean Nicot, ambassadeur de François II et de Charles IX en Portugal et introducteur du tabac en France (1606, in-fol.). Cet ouvrage plein d'érudition et estimé encore aujourjourd'hui est, par ordre de date, le second dictionnaire de la langue française. Il n'avait été précédé que par les diverses éditions de celui de Robert Estienne, auquel du reste avait collaboré Jean Nicot, comme en témoigne le titre même de l'édition de 1564. Jean Nicot fut sans doute un de ces doctes hommes que Robert Estienne adjurait, lors de l'apparition de son ouvrage, de lui communiquer les expressions qu'il n'avait pu trouver « es rommans ou es bons autheurs » ou qu'il avait omises. Le caractère particulier de ces premiers dictionnaires, qui sont comme les bégayements de la lexicographie française, c'est qu'ils expliquent -le français par le latin.

Nicot taisait beaucoup de cas d'un dictionnaire français composé et laissé manuscrit par Aimar de Rançonnet, président du parlement de Paris; il l'appelait le • baume de la langue françoise. «Prié par un libraire de le disposer pour l'impression , il l'enrichit de ses propres études, si bien que le livre primitif ne servit plus que de canevas au nouveau, qui parut six ans après sa mort sous ce titre : Thrèsor de la langue française, tant ancienne que moderne, auquel entre autres choses sont les noms propres de marine, vénerie et faulconnerie,cy devant ramassez par Aimar Rançonnât, vivant conseiller et président des enquêtes au parlement revu et augmenté en ceste dernière impression de plus de la moitié par Jehan Nicot, vivant conseiller du roy et maistre des requêtes extraordinaires de son hôtel, avec une grammaire française et latine, et le recueil des vieux proverbes de la France ; ensemble le Nomenclator de J uni us mis par ordre alphabétique et creu (augmenté) d'une table particulière de toutes les dictions (Paris, David Douceur, 1606, in-fol.).

Les divers traités joints à l'ouvrage et notés dans ce titre sont : 1» YExact et trèsfacile acheminement à la langue françoise, par Jean Masset, mis en latin par le même auteur pour le soulagement des étrangers (33 p.); 2» Joannis Egidii Nucerensis adayiorum Gallis vulgarium in lepîdos et emunctos latins lingus versiculos traductis (24 p.); 3° Nomenclator octilinguis omnium rerum propiia nomina continent ab Adriano Junio (Adrien dit Jon) antehac collectus (190 p.); 4° Index rerum et verburum (33 p.). Brunet raconte qu'aussitôt l'apparition de ce dictionnaire, bien plus complet que tout ce qui avait paru jusqu'alors , les libraires s'emparèrent des parties neuves et les ajoutèrent à de nouvelles éditions qu'ils rirent de l'ouvrage de Robert Estienne. (Jette contrefaçon nuisit si bien au Trésor de Nicot que la première édition ne put se vendre entièrement.

Le Trésor de la langue françoise est un dictionnaire alphabétique, mais non pas rigoureusement alphabétique. D'ordinaire Nicot donne le mot capital et à la suite il indique les mots dérivés , qu'il répète parfois, mais alors sans autre détail, à leur place. Tous les mots sont accompagnés de leurs divers sens propres ou figurés, et un certain nombre d'articles importants sont assez riches en nuances. Généralement les exemples son t courts et --aus noms d'auteurs ; cependant il y a quelques exceptions en faveur de Marot, Ronsard, Du Bellay et autres grands écrivains du xvus siècle. Après avoir cité une phrase ou une locution, Nicot ajoute souvent

TRES

ses propres réflexions et il en fait parfois d'une naïveté amusante, comme, dans cet article : « Fossei.u ; ce qui a des fossettes; fossulatus, m les Latins disoient ainsi. Ronsard a dit menton fosselu (v. fossette). Aucuns disent mnmmelles fosselues, mamm& fossulats, mais Sans rime ni raison, parce que la mammelle de la femme est naturellement pleine et ronde, ou besaceant et ridée et point fosselue. •

La nomenclature du Trésor contient des roots très-anciens, quelques-uns même déjà tombés en désuétude au moment où l'auteur les recueillait : tels sont coétirer pour échauffer et entretenir la chaleur, focillare, fovere ; séri, pour serein, serenus, et Nicot donne ces exemples : temps doux et séri, la mer tranquille et série; il se tient coi et sert. C'est par là que ce livre a surtout de la valeur aujourd'hui ; il n'est pas seulement précieux pour l'intelligence de nos vieux auteurs : on y trouve encore les renseignements les plus utiles sur l'âge et l'histoire des mots. Quand il parut, Malherbe avait déjà écrit quelquesunes de ses plus belles odes, le xvue siècle commençait, et cependant c'était la langue du xvte qui dominait. Nicot donne les termes en usage, les mots vieillis et même les locutions pàtoises passées un moment dans ta langue, le tout expliqué par un latin trèspur, emprunté soit aux auteurs classiques, soit aux meilleurs écrivains latins de la Renaissance, Budé, Erasme, etc. Il est curieux de voir combien de termes, de formes, de significations ont changé , au cours du xvue siècle. Ainsi ce dictionnaire nous apprend que, dans les premières années de ce siècle, on disait soïer ou sejer, par j consonne, pour scier qui n'était pas encore français; oroére, pour oratoire ; flébe, pour faible, de flebilis; surpelis, pour surplis; syringue et syringuer, pour seringue et seringuer; tect, pour toit, le tect d'une maison ; linseul et linseuil, pour draps de lit ; pouldroyer. pour réduire en poudre, quoique déjà pulvériser fût connu; raser avait le sens de couper tout ras et à net, mais ne signifiait pas encore faire la barbe; pour désigner cette opération on employait le vieux mot raire. Le grand nombre des mots de cette sorte montre quels progrès lit la langue, de 1606, date du Trésor, à 1636, date du Cid. Quelques-unes de ces locutions ont à peine trouvé place dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie, en 1694, et dans les ouvrages de Richelet et de Furetière.

Trésor des antiquités romaines (TheSOUrUS

antiquitatum romanarum), de J .-G. Grœvius, un des plus vastes monuments d'érudition (1694-1699, 12 vol. in-fol.). Ce recueil renié nue les plus savantes dissertations composées soit au xvue siècle, soit antérieurement, sur tout ce qui touche à la république romaine, à ses monuments, à ses mœurs, à ses lois et à ses institutions. Dans ce vaste ensemble, Rome revit tout entière, non-seulement dans la grandeur de son empire qui embrassait presque tout le monde connu, mais jusque dans les détails les plus particuliers de la vie privée ou publique du citoyen. On y rencontre donc non-seulement les plus curieuses études sur l'archéologie de la ville éternelle, mais des traités complets sur les matières en apparence les plus futiles et qui empruntent leur intérêt à la grandeur même de la civilisation romaine. Des études sur les jeux du cirque, les repas, les vêtements, les parures trouvent leur place h côté des recherches sur les institutions fondamentales de la république, les magistratures, les co-' ini ces, les armes, les camps.

En grande partie, le Trésor des antiquités romaines est un recueil de livres ou de dissertations précédemment édités ; mais cas travaux, qui perdraient à être lus isolément, se complètent l'un par l'autre. Grœvius a souvent réuni trois ou quatre traités différents sur la même matière, et ce rapprochement les éclaire d'un jour nouveau ; il leur a d'ailleurs donné à tous l'uniformité de langue : ce qui n'était pas primitivement écrit en latin, i 1 l'a fait traduire. Mais, en dehors des travaux antérieurs qui ont servi d'assises à ce grand ouvrage, bon nombre de dissertations ont été composées spécialement par des savants allemands, français, suédois; le latin, gui est maintenant une difficulté pour nous, fut précisément alors le lien commun de ces collaborations si diverses.

L'étendue de ce recueil nous empêche de l'étudier dans le détail des nombreux traités qui le composent; car ces douze gros volumes in-fol., quoique n'ayant en vue qu'un objet unique, Romej offrent à l'érudition le champ le plus vaste. Nous nous bornerons à signaler les points principaux. Le premier volume est consacré a des sujets d'ordre général; historiens, orateurs, poètes et grammairiens latins ont été mis à contribution par les érudits du xvue siècle pour reconstituer la vieille cité romaine ; le traité de Paul Manuce, De cioitate romana, et son travail sur les comices à Rome y sont accompagnés des dissertations de Carolus Sigonius sur le vieux droit romain et sur la loi Curiate. Pour ce qui regarde l'étude et la description archéologique de Rome, le livre du jésuite Alex. Donat, Roma vêtus ac recens, imprimé dans le tome Ille, offre le travail le plus étendu ; on trouve cependant encore à le compléter par celui du Danois Olails Bor-

TRES

rtohius, De antiqua urbis fade, et par ceux du Père A. Bargas, Des édifices privés et publics, de Frontin et de Fabretti sur les aqueducs, qui lui font une suite naturelle (IVe vol.). Le volume Va renferme les travaux de Boulanger sur les augures, les auspices et les aruspices, les prodiges ; le Vie est presque tout entier consacré aux usages domestiques des Romains et en particulier aux vêtements. Ce sont les traités de Lazare Bayse, de Ferrari et d'Albert Ruben, sous ce même titre uniforme : De re vesliaria, complétant les travaux d'Aide Manuce, De toga, de tunica Romanorum dissertalio. En le rapprochant du XIIe volume, consacré aux repas, aux bains, aux parures et bijoux, aux vases, on reconstitue toute la vie privée des citoyens de la grande république. Les thermes et la table, c'est là, en effet, que se montre surtout, dans son côté familier, domestique, la civilisation romaine ; aussi ces deux institutions sontelles l'objet de dissertations soignées, d'une érudition prodigieuse. Le cérémonial des repas, l'ordre des services, rénumération des mets ordinaires et de» mets recherchés, des viandes, des poissons, des fruits, des vins, avec la manière de les boire, des danses qui intervenaient au milieu des festins, tiennent une grande place dans ce volume. Il en est de même des thermes, étudiés jusque dans leurs particularités les plus intimes, tant au point de vue de leurs dispositions intérieures qu'à celui des coutumes et des mœurs. Mais un des plus curieux volumes, si dans ce prodigieux amas de recherches et d'érudition on peut faire porter sa préférence sur tel ou tel sujet, est assurément le IXe, qui s'occupe des jeux du cirque. 11 renferme les grands travaux de Juste Lipse sur les Saturnales, les Gladiateurs; son livre, De amphitheatro; les travaux de J.-C. Boulanger sur les /eux, les Chasses, les Théâtres; son traité Des chevaux ex de Véquitation. De nombreuses ligures permettent de se rendre admirablement compte des dispositions de l'arène et des diverses phases de ces sanglants exercices, qui avaient le don de passionner Rome à un si haut point.

Pour rentrer dans l'ordre dont nous rîous sommes écarté, le Vile volume a trait à la constitution de la famille à Rome. Le principal travail sur ce sujet est la dissertation du baron allemand Richard de Strein ; il est complété par celui de François Robertel sur les Noms et les surnoms, et une notice sur les Dignités de l'empire d'Orient et d'Occident. Le VIIIe volume est important par une série d'études sur le calendrier romain et la façon de compter l'année. Parmi les calendriers, il y en a un de Lambecius, bibliothécaire impérial à Vienne; un autre du jésuite Petau, un autre de Gassendi; il y a encore une dissertation de Jean Lalaman sur la chronologie romaine et une étude sur les Nundines, ou marchés. Il faut encore noter dans ce volume le traité De rilu nuptiarttm et jure connubiorum de Brisson, celui De sponsalibus de François Hottmann , ceux de Kobieziski et de Meursius, Du luxe à Rome. Le X» volume renferme les études de Bœckler sur la Légion romaine, lie Pierre Ramus sur la Milice, une dissertation sur la paye militaire ; le Traité des voies romaines, de Nicolas Bergier. On y a traduit aussi la Castramétation du Grec Hygin. Il fautyjoiudre, pour avoir une idée complète de la force militaire des Romains et de leur scienue dans l'art de la guerre, les études sur l'art naval et la construction des trirèmes, qui se trouvent dans le XIIe volume. Le Xie volume traite plus particulièrement des monnaies, des poids et des mesures; on a joint à de nombreuses dissertations sur ce sujet les Fastes consulaires de Juste Lipse.

Par ce court aperçu, on peut juger de l'importance de ce recueil, où pas un point important n'a été négligé, où les principales questions se trouvent traitées plusieurs fois, à des points de vue différents et par les hommes les plus compétents. C'est une des sources les plus précieuses pour l'érudition.

Trésor des antiquités grecques, publié par Jacques Gronovius. Le titre de cette importante publication est ainsi conçu dans le beau frontispice de l'édition princeps (Leyde, Vander Aa, 1697-1702, 12 vol. in-tol.), frontispice dû au crayon de Van Mieris : Thésaurus Grises antiguitatis reparatx etdigestx ab Jacobo Gronovio ; mais on lit partout ailleurs : Thésaurus Grxcarum antiquitatum, contextus et designatus, etc. La préface du XIIe volume n'est pas signée par Jacques Gronovius, qui cependant ne mourut que beaucoup plus tard; c'est peut-être pour cette raison qu'en tète des Index contenus dans ce volume il n'est fait mention que des onze volumes du Thésaurus; d'autre part, certains bibliographes comptent treize volumes, faisant sans doute de ces Index un volume séparé. Le Thésaurus Grscarum antiquitatum, réuni au Thésaurus antiquitatum Romanarum de Grœvius et à celui de Sallengre, a formé la collection du Thésaurus antiquitatum Grzecarum et Romanarum, donné sous le nom de Grœvius. Une édition du Thésaurus de Gronovius, joint à ceux de Grœvius et de Sallengre, édition moins belle que l'édition de Hollande, qui est un véritable chef-d'œuvre de gravure et de typographie, a paru à Venise, de 1732 à 1737,

Dans la préface de son XI8 volume, Jac-

TRES

qnes Gronovius rappelle ce mot de Pline : « Faisons des Thésaurus et non des livres.» Si les Romains des premiers temps de l'Empiré éprouvaient te besoin de faire déjà l'inventaire des travaux relatifs & cette antiquité, dont ils font eux-mêmes partie a nos yeux, à combien plus forte raison les savants de la Renaissance ont-ils dû s'efforcer de recueillir, d'abord dans des monographies isolées, ensuite dans ces recueils appelés des Thésaurus, tous les vestiges de la civilisation grecque et romaine I Œuvre immense, commencée dès le moyen âge dans tout l'Occident de l'Europe, surtout en France et en Hollande, et qui ne semblait pas encore terminée aux premiers jours du xvme siècle ! Œuvre que l'esprit philosophique et révolutionnaire qui souffla bientôt après a rendue presque inutile, mais dont il est sorti luimême.

Les trois premiers volumes du Trésor de Gronovius contiennent les portraits des personnages célèbres de l'antiquité (I. La Fable ; II. Les âges héroïques; III. L'histoire). Ces monographies paraissent avoir été rédigées par Gronovius; elles sont accompagnées d'estampes. Les volumes suivants contiennent des traités dus à un grand nombre d'auteurs. Les titres seuls de ces traités, dont quelques-uns sont très-anciens, occupent plusieurs pages in-folio ; nous ne pouvons donc songer à les reproduire ici. Leur liste forme le second des trois Index dont nous avons parlé; le premier n'est autre chose que la table générale des trois premiers volumes; le troisième Index, qui ne forme pas moins de cinq à six cents pages in-folio à deux colonnes est la combinaison par ordre alphabétique des divers Index rerum et verborunt qui terminent chaque volume ou qui suivent les diverses parties de la collection.

Trésor des antiquités de l'Italie et de la Sicile (Thésaurus antiquitatum i ta lis et Siciliss) [1723, 45 vol. in-fol.]. Cet immense recueil a été entrepris par Grœvius et porte son nom, quoiqu'il n'ait veillé qu'à la confection des premiers volumes. La mort le surprit au milieu de sa tâche. Il a été continué et mené à bonne fin par l'Allemand Burhmann. Tous les articles n'ont pas été spécialement faits pour ce reçue. 1, et, ainsi que dans le Trésor des antiquités romaines, on y rencontre un grand nombre de réimpressions et de traductions d'ouvrages antérieurs. Il est surtout précieux par sa collection inestimable de vieilles chroniques italien nés, fort rares, éclairant de son vrai jour l'ère si confuse des républiques du moyen âge. Le plan de ce vaste ouvrage embrasse, en effet, nonseulement la description de toute l'Italie, contrée par contrée, ville par ville, mais son histoire tout entière, depuis l'époque de la domination romaine jusqu'au xv« siècle. Ou y a réuni toutes les descriptions de lieux, les biographies, les tables chronologiques, les dissertations sur les points obscurs, les travaux de tout genre, intéressant l'Italie pendant cette longue période. Grâce à une heureuse division, la plus grande clarté règne dans cet ouvrage, composé d'éléments si divers ; chaque région est étudiée à son tour et, pour ainsi dire, épuisée, après avoir été fouillée en tous sens, après que l'on a fait l'histoire de ses villes, de ses églises, de ses monastères, de Ses grands hommes. Ainsi, les douze premiers volumes comprennent l'histoire des pays les plus voisins des Alpes, ceux que les Romains iippelaient Gaule Cisalpine, c'est-à-dire la Lombardie et la Vénétie. On y trouve les travaux de Jean de Cermenate, l'historien le, plus complet des révolutions du nord de l'Italie, ceux de Paul Jove et de Muratori, de l'historiographe Calchi, qui donne les détails les plus précis sur les Sforza et les princes de la maison d'Esté ; VHistoire de Milan, d'Arnolphe, dont le style embarrassé de métaphores, imagé au delà de toute expression, parviendrait à fatiguer si son auteur ne faisait preuve de la plus grande érudition ; l'Histoire des Lombards, de Benoît Jove, le frère aîné de Paul ; la description de la basilique de Milan, de Puricelli; les monographies de Vérone et de Venise, par Cigalino et Paruta. Venise, à elle seule, occupe quatre volumes de cette nouvelle série ; ils sont remplis par les douze livres de Y Histoire de la république de Venise, de Pierre Bembo ; l'Eloge des marins illustres de Venise, de Stella ; des monographies, des dissertations, entre autres une, fort curieuse, sur les épousailles du doge et de l'Adriatique; des biographies comme celle du condottiere Coleoni, etc. Les quatre volumes suivants (de XIII à XVI) sont consacrés à l'Istrie ; les principales monographies regardent Padoue et Forli. Les volumes XVIIe et XVIII« s'occupent de Bologne et des' Etats de l'Eglise; l'histoire et les chroniques de la Toscane sont renfermées dans les cinq volumes suivants; c'est une partie du recueil très-curieuse et très-complète, elle renferme les ouvrages de tous les vieux historiens florentins, François Dyno, le Pogge, Varchi et un nombre considérable de dissertations et de monographies. Lu Cainpanie et Naples terminent, en quatre volumes, cette grande série qui embrasse l'Italie tout entière ; les monographies les plus remarquables de ces quatre volumes sont consacrées au monastère du Mont-Cassin, d'où sortit le grand ordre religieux des béuédictins ; à la Sicile, la Corse et la Sur-

TRÈS

daigne. Des études rétrospectives sur quelques-unes des colonies romaines forment à la partie exclusivement italienne de ce recueil un appendice fort considérable, mais sur lequel nous ne pouvons nous étendre de peur de dépasser les bornes de ce sommaire. En résumé, il n'est pas une région de l'Italie, pas une ville, pas une petite place forte du moyen âge qui n'ait son étude, sa monographie, sa chronique. Les plus curieux ouvrages, devenus rares, ^ sont réimprimés et conservés pour toujours ; malheureusement, surtout en ce qui regarde les vieilles chroniques italiennes, l'obligation pour les collaborateurs de Grsevius et de Buhrmann de les traduire en latin leur a fait perdre leur plus

frande originalité. Ce défaut, inévitable ans le plan de l'ouvrage, est compensé par la facilité de recherches que donne dans un même recueil la réunion d'ouvrages distincts, se complétant l'un l'autre et presque impossibles a trouver.

Trésor poétique do la langue lutine (Thésaurus poeticus lingux latinx), par L. Quicherat (Paris, 1836, 1 vol. in-8»). Cet ouvrage, fruit d'un travail de dix ans, est un dictionnaire de la langue poétique latine ; il a eu un grand succès, non-seulement dans les établissements classiques, mais aussi près des littérateurs qui veulent connaître d'une manière' approfondie le génie poétique de la langue latine et en apprendre l'histoire dans les sources mêmes. Au lieu de prendre pour base de son travail un travail déjà fait, un dictionnaire poétique publié soit en France, soit à l'étranger, M. Quicherat a procédé comme si rien n'existait et il est remonté à la vruie source, c'est-à-dire aux originaux : il ne s'est servi des anciens lexiques que comme d'auxiliaires qu'il a pu contrôler au moyen de ses lectures. Les dictionnaires poétiques qui avaient paru jusque-là étaient extrêmement insuffisants. Reproductions plus ou moins fidèles de celui du Père Vanière, ils fourmillaient de citations fausses ou inexactes, d'interprétations vicieuses et d'erreurs de tout genre, La nomenclature du Thésaurus est beaucoup plus riche que la leur. M. Quicherat a mis à contribution tous les poètes latins, mais en donnant un privilège, comme il ledit lui-même, aux écrivains qui doivent servir de modèle à la jeunesse, aux poètes du siècle d'Auguste. Lucain, Sénèque.Juvenal, Martial, SiliusItalicus,Stace, Vaierius Flaceus, etc., ne viennent qu'au second rang, et, au troisième, les poètes antérieurs à Catulle. Ici l'auteur avait de grandes lacunes à combler: Ennius, Lucile,~Varron, PucuviuSjAuius, Lucrèceméme avaient été presque omis dans les dictionnaires poétiques. M. Quicherat leur a donné dans son ouvrage la place qui leur appartenait. Il a restitué la langue de Plaute et de Térence, si négligée par ses devanciers. Plaute, surtout, fournit à la nomenclature un contingent riche et piquant. 11 est encore une autre espèce de poètes que l'auteur a consultés aussi avec profit, ce sont les postes chrétiens qui ont prêté à la foi nouvelle le langage de la muse antique : saint Prosper, Sidoine Apollinaire, Prudence, etc.

Tous les noms d'hommes, de lieux, de choses, employés dans l'Ecriture, ont été empruntes aux poètes anciens. M. Quicherat en a introduit un grand nombre qui manquaient dans tous les lexiques; il a rendu aux autres leur véritable quantité, car, comme il le remarque fort bien, les premiers poètes chrétiens sont, à cet égard, des poôtes classiques. On voit dans quel cercle il a renfermé ses citations. 11 commence à Livius Androuicus vers l'an 500 de Rome et s'arrête à Veuaûus Fortunatus, qui appartient à la fin du vie siècle de l'ère chrétienne. Avant Livius, le latin n'est point formé ; après Fortunatus, il se décompose et cède la place aux langues modernes. M. Quicherat a compris qu'il fallait bannir de son dictionnaire toute la poésie latine moderne, qui ne peut en rien faire autorité. Pour réparer les omissions de ses devanciers, pour rectifier leurs inexactitudes, pour corriger leurs fautes, pour élaguer tout ce qu'à tort ils avaient introduit dans leurs Gradus, il a dû entreprendre une tâche extrêmement laborieuse, celle de relire tous les poètes latins, tous les fragments que noua possédons et jusqu'aux inscriptions qui ont été recueillies.il lui a fallu dix ans pour mener à terme un si rude labeur, mais aussi il a donné au public le relevé complet de tous les mots que les poètes latins ont employés, matériaux réunis avec autant de patience que disposés avec jugement et goût.

Dans la composition de son livre, M. Quicherat a eu constamment deux objets eu vue : «J'ai voulu d'abord, dit-il dans sa préface, conserver, en l'améliorant, un instrument pour les exercices de versification latine. Sous ce rapport, la liste des synonymes a été considérablement augmentée ; jamais, cependant, à l'aide des archaïsmes; de nombreuses périphrases ont été extraites des poètes ; les épithètes ont été mises dans un ordre plus méthodique, et réduites quand elles présentaient des répétitions oiseuses ; une foule innombrable de vers a été puisée dans les textes et présentée comme développement, afin d'éviter la sécheresse et d'étuler aux yeux des jeunes gens les trésors de la langue poétique. Mats chaque exemple est tou-

TRES

jours de peu d'étendue ; pour les descriptions, je renvoie aux originaux ; les maîtres ne me reprocheront point de m'ètre abstenu de longues citations, si favorables au plagiat. Mon autre but, et ici encore je n'ai pas perdu de vue l'intérêt des études, a été de dresser un inventaire exact de la poésie latine, de manière à présenter à la fois une interprétation perpétuelle des différents auteurs et,en quelque sorte, une histoire-de la langue. Je crois pouvoir répondre que l'on ne trouvera dans aucun dictionnaire latin autant de secours pourl'intelligence des poètes. Non content de citer et d'expliquer tes passages, je discute tous les points controversés, je pèse les • différentes leçons et je donne la solution qui me paraît la plus plausible. Afin de contrôler la nomenclature que mes propres investigations m'avaient fournie, j'ai employé, pour la révision de mon travail, le Lexicon de Forcellini, qui vient d'être réimprimé en Allemagne, et qui a été enrichi successivement d'udditions précieuses. S'il m'a fourni le moyen de réparer souvent des omissions, je puis lui offrir, en retour, environ un millier de mots employés dans des vers qui lui ont échappé, ainsi qu'a tous les autres lexicographes. •

M. Quicherat n'a manqué à aucune des conditions qu'il s'était imposées, de telle sorte que l'on peut adopter comme jugement sur son livre ce passage même de sa préface, où il expose ce qu'il a cru devoir faire pour rendre ton œuvre complète. Comme il a eu soin de noter les archaïsmes et les néologismes, on trouve dans son livre une foule de remarques intéressantes sur la marche et les transformations de la langue latine. M. Quicherat, dans les leçons douteuses ou mauvaises, a intercalé quelques notes philologiques trèscourtes, mais substantielles. Ces notes, destinées à éclaircir de véritables difficultés, ont du prix, même pour les érudits, et elles familiarisent les élèves avec les notions de la critique et la discussion des textes. M, Quicherat discute et explique ainsi les difficultés relatives aux mots de 18 langue poétique, et il donne avec discernement à chacun la place qu'il doit tenir. Il a adopté un ordre régulier pour ce classement, comme nous l'avons dit plus haut. Les mots qui appartiennent au siècle d'Auguste ont le premier rang; puis viennent ceux de Lucain, de Martial, de Sénèque ; au troisième sont placés ceux que fournissent les poètes antérieurs à Catulle; au quatrième, les poëtes chrétiens et ceux qu'on désigne sous le nom de poets minores ; au cinquième, les autours des poèmes techniques ; au dernier, les épigrammes et4es inscriptions dont diver3 savants ont fait recueil. De cette façon, on a un aperçu non -seulement de l'ensemble de la langue poétique, mais encore des diverses transformations qu'elle a subies par la marche du temps.

Un goût excellent et une connaissance intime de la poésie latina ont présidé à la composition de ce grand ouvrage; aussi lacritique n'a que des éloges à donner à l'ensemble et à l'exécution, et à peine pourrait-elle trouver l'occasion de placer quelques observations bien peu importantes.

Trésor de la curiocité, ouvrage de M. Charles Blanc. V. Curiosité (trésor de la).

Trraor (lb), comédie de Plaute. V. Tri-

NUMUS.

Tréaor auppoaé (l-E) OU lô Danger d'écouler aux porte», opéra-comique, paroles de Hoffmann, musique de Méhul, représenté sur le théâtre de l'Opéra-Comique le 29 juillet 1802. La partition, d'après l'opinion de M. Fétis, assez sévère d'ailleurs à l'égard de Méhul, n'est pas digne du talent et de la réputation de ce compositeur. Le poBme eut du succès. C'est dans cet ouvrage qu'on remarque ces mots : H ne faut jamais dire jamais; qui est-ce qui peut répondre de l'avenir? Le parterre malicieux rit l'application de cette phrase à un jamais proféré dans la chambre élective par Al. de Serre, alors garde -des sceaux, et par suite de cette allusion politique la phrase se répandit dans le public et devint proverbiale.

Trésor de Priam. V. TROIS.

TRÉSORAIRE ndj. (tré-zo-rè-re — rad.

trésor). Qui appartient au trésor ou à la trésorerie : Comptes trésoraires. h Peu usité.

TRÉSORERIE a. f. (tré-zo-re-rl — rad.

trésorier). Lieu où l'on garde et où l'on administre le trésor public : Aller à ta trésorerie. H Bureaux du trésor public.

— Finances de l'Etat.

— Mode de conservation et mouvement des fonds qui appartiennent a l'Etat.

— Ministère des finances, en Angleterre : Lords de la trésorerie. -

— Trésorerie nationale, Nom que, sous la République française, on donnait au trésor public.

— Banc de la trésorerie, Banc des ministres, dans la Chambre des communes d'Angleterre.

— Hist. ecclés. Bénéfice du trésorier d'un chapitre, n Maison où était logé le trésorier d'une église.

TRÉSORERIE (île de la), groupe d'îles de l'Australie, dans l'archipel de Salonion, au S. de l'île de Bougainville, par 7" 23' de lutit. S. et 153° 9' de longit. E. Leur cir-

TRES

conférence réunie est d'environ 60 kilom.,et elles ne sont séparées les unes des autres que par de petits canaux.

TRÉSORIER, 1ÈRE s. (tré-zo-rié, iè-re — rad. trésor). Personne chargea de recevoir et de distribuer les deniers d'un prince, d'une communauté : Trésorier d'un cercle, d'une académie, d'une société.

— Par ext. Personne qui a un maniement d'argent, qui distribue de l'argent : Les détenteurs du capital sont les vrais trésoriers d'un pays. (L. Faucher.)

— Ane. loc. Trésorier sans rendre compte, Domestique qui a toute la confiance de sou maître et qui la gouverne.

— Ane. prov. Un trésorier sans argent est un apothicaire sans casse ou sain sucre, Un trésorier sans argent no saurait remplir ses fonctions.

— Hist. Trésoriers de France, Anciens officiers chargés de la répartition des tailles et de diverses affaires relatives aux finances, aux domaines, aux ponts et chaussées et aux chemins publics, il Bureau des trésoriers de France, Office établi dans chaque généralité et composé d'un certain nombre de présidents et conseillers, à qui la juridiction contentieux fut accordée en 1627. il Trésorier de ^épargne, Chef des seize receveurs des finances établis par François 1er. n Trésorier général, Chacun des officiers de finances, établis en 1388 au nombre de trots, et portés à dix-sept en 1553. II Grand trésorier de l'empire, Un des titres de l'électeur palatin.

— Hist. ecclés. Celui qui était pourvu d'une trésorerie dans un chapitre. Il Officier d'une église collégiale chargé de la garde des vases sacrés.

— Hort. Variété d'oeillets.

— Encycl. Hist. Trésoriers de France. Les trésoriers de France ont administré le domaine royal depuis nos premiers rois jusqu'à la Révolution française. Leur nom leur vient de ce qu'au commencement de la monarchie toute la fortune royale était appelée Trésor, que les revenus du domaine, étaient déposés en un lieu appelé trésor du roi et que ces magistrats en avaient la garda et la direction. On a fait remonter 1 origine des trésoriers jusqu'à Clovis, en donnant ce nom à un officier qui couchait et demeurait auprès du Trésor. Sous Philippe-Auguste, le Trésor était au Temple ; ce prince, avant de partir pour la terre sainte en 1196, ordonna qu'à la réception de ses revenus le clerc Adam serait présent et inscrirait la recette, que plusieurs trésoriers auraient les clefs des coffres et qu'un chevalier du Temple serait le gardien particulier du Trésor. Sous le règne de Louis IX, les trésoriers de France devinrent membres de la chambre des comptes et durent quitter le Temple, où ils revinrent en 1302, pour être ensuite transférés au Louvre, puis au palais. Du temps de Miraumont, le trésor du roi était gardé à la bastille Saint-Antoine et, au siècle dernier, le trésor royal restait chez les gardes du trésor royal ; mais il n'a jamais cessé d'être placé sous l'administration des trésoriers de France.

Sous les premières races, un seul trésorier suffisait à la direction du domaine; il en était de même sous le règne de Philippe le Bel. Le trésorier était établi dans sa charge par forme de commission, pour un an ou deux ans, selon la volonté souveraine. Guillaume de Hangest était seul trésorier de France en 1300; mais, après cette époque, il y en eut quelquefois deux, trois et quatre, et leur nombre a beaucoup varié suivant les règnes.

Parmi ces trésoriers, les uns avaient la direction du domaine et des finances; les autres, créés vers 1390, étaient chargés de rendre la justice sur toutes les questions concernant le domaine; c'est pour cela qu'on les appelait conseillers du Trésor. Ils furent supprimés par ordonnance du 7 janvier 1400, époque ou les litiges au sujet du domaine entrèrent dans les attributions du parlement et de la chambre des comptes. Cependant, une dizaine d'années plus tard, les trésoriers sur le fait de la justice on conseillers du Trésor furent rétablis et subsistèrent au nombre "de dix jusqu'en 1683, époque à laquelle la chambre du Trésor fut unie au bureau des finances. Le président des trésoriers de France prenait le titre pompeux de souverain des trésoriers. Sous Henri III, il y eut en même temps plusieurs souverains des trésoriers parce que, ce roi ayant créé plusieurs bureaux de trésoriers, chaque bureau dut avoir son président.

L'édit de mars 1827, en enlevant aux baillis et aux sénéchaux la connaissance des causes du domaine en province, l'attribua aux trésoriers de France, chacun dans l'étendue de sa généralité, avec faculté de juger en dernier ressort jusqu'à 250 livres de capital et 10 livres de rente.

Au siècle dernier, les trésoriers de France réunissaient dans leur charge trois fonctions bien distinctes, savoir : la direction des finances, la juridiction du domaine, la juridiction contentieuse de la voirie. Leur direction des finances comprenait le domaine, les aides, les tailles et les autres impositions, lis recevaient les foi et hommage, aveu et dénombrement des terres non titrées relevant du roi. Dans leurs chevauchées, ils dressaient des procès-verbaux des réparations à faire aux maisons et hôtels du roi,

TRÈS

aux prisons et autres édifices dépendant du domaine; ils dressaient* état par estimation des dépenses à faire et des recettes probables; ils avaient juridiction sur les comptables. Lorsque ces derniers venaient à mourir sans avoir rendu leurs comptas, le trésorier faisait d'office dresser ce compte. Si un comptable devenait insolvable, le trésorier le dépossédait. Les trésoriers prêtaient serment à la chambre des comptes et recevaient celui de tous les comptables de leur généralité. Parmi leurs privilèges se trouvaient le droit de committimus, le droit de deuil à la mort des rois, les exemptions de guet, de garde, de subventions, etc. ils parlaient debout au roi .jouissaient du privilège d'induit, avaient droit de séance au parlement entre les conseillers, ainsi qu'à la cour des aides; enfin, ils ne pouvaient être jugés que par leurs confrères, et le chancelier de France avait seul le droit de les accuser.

Le grand trésorier de France était an officier de la couronne chef des finances et qui fut remplacé par le surintendant des finances. Les trésoriers de province recevaient souvent ie titre de trésoriers généraux de Frarice,etl c'est de leur nom que vint celui de généralité appliqué aux provinces.

— Administr. Trésorier militaire. Les trésoriers ont reçu tour à tour les noms d'argentiers, de clercs du Trésor, de commis, de payeurs, de soldtiriers. A Rome, les logistes avaient des fonctions analogues aux leurs. En 1293, sous Philippe le Bel, il existait des trésoriers des guerres; plusieurs ordonnances en font mention. Ils résidaierft à la cour et percevaient les fonds de la guerre pour en faire la répartition. En 1526, François 1er créa deux charges de trésoriers des fortifications, pour exercer des fonctions spéciales, jusque-là du ressort des trésoriers de France. Ces trésoriers étaient subordonnés aux commissaires des guerres. Un édit da juin 1627 institua des trésoriers des camps et armées, des vivres, de régiments et de compagnies. Il y avait les trésoriers ordinaires, les trésoriers extraordinaires, un trésorier des in' valides et des trésoriers du roi. De nos jours, on ne connaît plus dans l'armée que les trésoriers de corps. Leurs fonctions étaient remplies autrefois parles sergents dans l'infanterie et par de3 enseignes dans les gardesfrançaises. Le major avait la responsabilité de ce service; mais il en confiait souvent l'exécution à de simples commis, pour ne pas détourner les bas officiers de leurs occupations militaires. A partir de 1762, chaque corps eut un trésorier breveté, chargé d'aider le major dans sa besogne; il ne s'occupait que de détails et était ie chef des fourriers. Cet état de choses dura jusqu'en 1776, époque à laquelle une ordonnance du 25 mars,

-rendue sur le rapport du comte de Saint- Germain, augmenta de beaucoup les attributions du trésorier. La loi du 21 février 1793 institua l'emploi de quartier-matlre trésorier, le divisa en trois classes, choisies parmi les adjudants-majors, les adjudants et les sousofficiers, et les mit tous à la nomination du conseil d'administration ; ils ne pou-vaient, aux termes de la circulaire du 24 janvier 1807, ni commander le dépôt ni présider le conseil d'administration. L'ordonnance du 40 janvier 1815 leur rendit leur ancien tiêre de trésorier et leur- attribua, en outre, de nouvelles fonctions. On les choisissait parmi les plus anciens sergents-majors et on leur reconnut le grade de lieutenant ou de capitaine, suivant leur ancienneté. Leurs appointements et les allocations auxquelles ils avaient droit se trouvèrent réglés par l'ordonnance du 19 mars 1823, qui détermina aussi leurs fonctions. En temps de guerre, le trésorier reste au dépôt. Un officier payeur le remplace aux bataillons de guerre. Les trésoriers payent mensuellement les ofliciers, aux heures et jours ordonnés. Il compte avec l'armurier du corps, solde ses dépenses, paye toutes les dépenses du corps. En route, il s'occupe de tous les détails du logement. 11 règle, contradictoirementavecles capitaines des compagnies, la situation de la masse de linge et chaussure. Il perçoit sur bordereau, d'avance et sur le vu au livret de solde, tout ce qui doitiêtre payé au corps par le Trésor. Il dresse les états, bordereaux et bons de distribution. Tous ces détails sont exécutés sous le contrôle de l'intendance militaire et de l'inspecteur général. Depuis une vingtaine d'années, tous les trésoriers de corps sont capitaines et portent le titre de capitaines trésoriers. Leurs fonctions se sont pas changées.

— Trésoriers payeurs généraux. Ces fonctionnaires publics, qu'on désigne fréquemment sous le nom de receveurs généraux, sont chargés, dans chaque chef-lieu de département, de recevoir les sommes versées parles divers agents de l'administration des finances qui perçoivent les impôts. Leur organisation date du Consulat, époque où Gudin réorganisa l'administration financière. Ces fonctionnaires sont nommés par le chef de l'Etat, sur la proposition du ministre des finances. Ils versent un cautionnement, prêtent serment soit (levant la cour des comptes, soit entre les mains du préfet du département, et ont un traitement fixe de 6,000 fr. Outre ce traitement, ils jouissent de bonifications d'intérêts sur te recouvrement de l'impôt direct, de taxations pour la centrali-

TRES

sation du produit des impôts directs et indirects et de remises sur les produits de coupes de bois et les produits divers. Pour leur retraite, on fuit des retenues sur les trois quarts des émoluments que nous venons de désigner. « Tous les dix jours, dit M. Thiers, le receveur général est constitué débiteur de ce qui est entré dans la dizaine écoulée. Dès qu'il est débité, n'importe pour quelle espèce de contributions, il paye l'intérêt pour les sommes dont il est débité jusqu'au jour où il les verse pour l'acquittement des services publics. Le jour, au contraire, où il paye une somme quelconque pour le compte de l'Etat avant de la devoir, l'Etat, à son tour, lui tient compte de l'intérêt. On compense en- • suite les intérêts dus par le receveur général et par le Trésor. Le receveur général devient un vrai banquier en compte courant avec le Trésor, obligé de tenir toujours à la disposition du gouvernement les fonds que les besoins du service peuvent exiger, n'importe dans quelle proportion. » En outre, il y a dans le trésorier-payeur général un fonctionnaire public et un homme d'affaires. Le fonctionnaire public dirige le recouvrement des contributions directes, centralise leS revenus de l'Etat et assure le service de la dépense dans les départements; l'homme d'affaires peut effectuer des recettes et des dépenses pour le compte des compagnies financières, recevoir des dépôts de fonds et se livrer à des opérations de banque, ce qui est très-dangereux et ce qui a été vivement critiqué. Les trésoriers-payeurs généraux sont comptables des actions de leur gestion personnelle et de celles de leurs subordonnés et sont justiciables de la cour des comptes, k laquelle sont présentés chaque année leurs comptes de gestion, préalablement vérifiés au ministère des finances. Ils ne peuvent s'absenter de leur résidence, située au cheflieu du département, qu'en vertu d'un congé accordé par le ministre et après avoir fait agréer les fondés de pouvoir qu'ils constituent en cas d'absence. Il existe en France quatre-vingt-cinq trésoriers - payeurs généraux. Dans le département de la Seine, au lieu d'un trésorier-payeur général se trouve un receveur central. Le maximum de leur cautionnement est de 926,000 francs, le minimum de 166,000 francs. C'est en 1867 que le service des payeurs a été réuni à celui des trésoriers généraux.

TRÉSORION s. m. (tré-zo-ri-on — dimin.

de trésor). Petit trésor. H .Vieux mot.

TRES-PIES ou LOS PAT1LIOS, groupe "de trois petites îles de l'océan Pacifique, sur la côte du Pérou (Areqtiipa), par 20° 42' de iatit. S. Elles sont stériles et désertes , mais les côtes abondent en phoques.

TRESQUALE s. f. (trè-skoua-le). Techn.

Terre qui se trouve dans les criblures de la cochenille.

TRESQUE s. f. (trè-ske). Métrol. Monnaie de Flandre, valant S deniers.

— Blas. Espèce de bourrelet.

TRESQUILLES F. f. pi. (trè-ski-lle ; Il mil.).

Comm. Nom donné autrefois à des laines en suint du Levant.

TRESSAGE s. m. (trè-sa-je — rad. tresser). Action de tresser : Tressage de la paille des chapeaux d'Italie.

TRESSAILLANT, ANTE adj. {trè-sa-llan, an-te; Il mil. — rad. tressaillir). Qui tressaille, qui éprouve des tressaillements : Elle m'appela avec une voix toute tressaillante de crainte. (Lamart.)

TRESSAILLE, ÉE adj. (trè-sa-llé ; Il mil.). Peint. Se dit d'un tableau dont la surface est couverte d'une multitude de petites fentes ou gerçures.

— Techn. Se dit d'une poterie dont la couverte est fendillée par l'action du feu.

TRESSAILLEMENT s. m. (trè-sa-lle-man ; Il mil. — rad. tressaillir). Agitation, émotion subite d'une personne qui tressaille : litre sujet à des tressaillements. La peur, la joie donnent des tressaillements.

— Fig. Vive émotion : La fortune de la France voulut que les premiers tressai llk-. ments de la liberté fissent dilater le génie d'un grand orateur. (Géiuzez.)

Nés au bruit des sanglots et des cris d'une femme, île nous étonnons pas de tout ce que notre âme A de tressaillements pour enfanter l'amour.

Th. db Banviilb.

' — Tressaillement de nerfs. Nom donné abusivement & un mouvement soudain et convulsif dans les muscles, il Tressaillement d'un nerf, Déplacement d'un tendon.

TRESSAILLI, IE (trè-sa-lli; Il mil;), part, passé du v. Tressaillir. Nerf tressailli, Tendon qu'un effort violent a fait sortir de sa place, dans le langage vulgaire.

TRESSAILLIR v. n. on intr. (trè-sa-llir ;

II mil. — du lat. transilire, qui signifie proprement sauter par delà, franchir ; de trans, au delà, et de satire, sauter. Je tressaille, tu tressailles, il tressaille, nous tressaillons, vous tressaillez, ils tressaillent; je tressaillais, nous tressaillions; je tressaillis, nous tressaitlimes; je tressaillirai, nous tressaillirons; je tressaillirais, nons tressaillirions; que je tressaille, que nous tressaillions ; que je tr-essailtisse, que nous tressaillissions ; tressaillant ; tressailli)- Eprouver un frémissement, une

TRES

agitation vive et passagère : Tressaillir de joie, de peur, de crainte.

— Eprouver un ébranlement, une vibration : Le pont tressaillait sous un immense concert de voix et d'instruments. (Méry.)

TRESSAILLORË s. f. (trè-sa-llu-re ; «mil. — rad. tressaille). Techn. Fentes du vernis d'une poterie tressaillée,

— Encycl. Des fentes ou gerçures se forment Sur les glaçures, pendant la cuisson, lorsque les pâtes et les glaçures ne présentent pas un rapport convenable dans leur coefficient de dilatation. Ces fentes sont un des plus graves défauts que puissent présenter les poteries composées. Si la pâte est perméable, elles permetteilt aux corps gras liquides de pénétrer dans l'intérieurdes pièces, où ils finissent par se corrompre en produisant des odeurs plus ou moins désagréables. Si, au contraire, la pâte est naturellement imperméable, l'éclat et le brillant des poteries disparaissent sous les gerçures, qui se convertissent en lignes noires par suite de l'iibsorption capillaire dés liquides colorés au contact desquels l'usage les place journellement. Enfin, il arrive souvent, surtout dans la porcelaine, que les iressaillures sont assez profondes pour que le moindre choc ou le moindre changement de température puisse amener la destruction des objets. Nous venons de dire que les Iressaillures sont un défaut. Cependant, quand elles sont nombreuses et régulièrement disposées, on les regarde comme un genre de beauté, et les amateurs donnent l'épithète de fruitées aux pièces qui les présentent ainsi.

TRESSALIER s. m. (trè-sa-lié). Vitic. Variété de raisin.

TRESSAN (Pierre de La Vérone de), missionnaire français, né au château de Tressan (Languedoc) en 1618, mort en 1684. Appelé à Paris par un de ses parents, il abandonna, sur les conseils de ce dernier, le protestantisme, qu'il avait professé jusque-là, pour se faire catholique, se fit admettre à la cour et mena pendant quelque temps une vie assez dissipée. Par la "suite, fatigué de cette existence, de Tressan se rendit auprès del'évêque d'Aleth, se mit sous sa direction, entra dans les ordres, fit un voyage en Palestine et se voua, à son retour, à Ta conversion des protestants dans le midi de la France. Sa grande réputation de talent lui valut d'être choisi pour directeur par Mm<! de Grignan, la princesse de Conti et autres personnes de distinction. 11 se rendait à Paris, lorsque, en traversant le Gardon, dans les Cévennes, il se noya. On a de lui : Examen général de tous les états et conditions, et des péchés qu'on peut y commettre (Paris, 1670, 3 vol. in-12), ouvrage publié sous le pseudonyme de Suint- Germain.

TRESSAN (Louis-Elisabeth de La Vergne, comte de), un des restaurateurs de la littérature romane, né au Mans en 1705, mort à Paris en 1783. Il fut donné à treize ans comme compagnon d'études et d'amusements k Louis XV et se fit remarquer par la précocité de son esprit. Destiné aux armes, il interrompait ses études mathématiques pour jouir des leçons de Fontenelle, de Montcrif, de Gentil-Bernard, qui l'avaient pris en affection et l'engageaient à cultiver ses goûts littéraires. A peine avait-il le brevet de mestre de camp que sa famille, effrayée de ses effervescences déjeune homme, l'envoya pour se distraire voyager en Italie. La découverte qu'il fit, dans la bibliothèque du Vatican, de manuscrits curieux concernant les vieux conteurs de la Provence et de collections entières des romans de chevalerie lui inspira l'idée, à laquelle il doit sa renommée littéraire, de faire des extraits de ces copieux recueils et d'en remettre au jour les principaux épisodes. Quoiqu'il ait un peu habillé ces romans à la mode du xvine siècle, il a cependant le mérite d'en avoir, l'un des premiers, distingué la saveur et contribué à leur redonner une petite place au soleil. La guerre le rappela en France, sur le Rhin (1733) ; le maréchal de Noailles le prit pour aide de camp. Dans cette campagne, entreprise contre l'Autriche et la Russie pour soutenir la validité de l'élection de Stanislas comme roi de Pologne, le comte de Tressan se distingua au siège de Kehl, à l'attaque des lignes d'Esslingeu et aux tranchées de Philisbourg. Il fut fait brigadier et enseigne de la compagnie écossaise. En 1741, il servit dans les 'Flandres comme maréchal de camp, après les sièges de Menin, d'YpreS et de Furnes (1744). L'année suivante, il assistait à la bataille de Fontenoy, comme aide de camp de Louis XV, et. attaqua la fumeuse colonne anglaise à la tête de sa brigade. En 1750, il lut nommé gouverneur de la Lorraine et appelé à Nancy auprès de Stanislas, comme conseiller intime; mais bientôt il se brouilla avec ce monarque dévot, à propos de questions religieuses et de couplets satiriques dirigés contre quelques dames de sa cour. Louis XV luimême se refroidit à son égard, ce qui fut cause que Frédéric offrit au comte de le recevoir en Prusse avec ses grades, offre que de Tressan refusa noblement. Louis XV le nomma gouverneur du fort de Bitche;lk, comme à Nancy, ses idées philosophiques lui attirèrent des démêlés avec les moines et les universitaires ; il résolut de vivre en paix, dans la retraite, et de se livrer à la littérature,

TRES

qu'il aimait sans pouvoir satisfaire sa vocation. Retiré modestement dans une petite terre de Champagne, puis à Franconville, dans la vallée de Montmorency, il traduisit, pour la Bibliothèque des romans, un grand nombre de contes et de fabliaux, parmi lesquels nous citerons : le Petit Jehan de Saintré, Don Ursino de Navarrin, Gérard de Nevers, la Fleur des batailles, ffuon de Bardeaux, Guérin de Afontglave , Flore et Blanchefieur, Tristan de Léonois, Arlus de Bretagne, Cléomades et Claretnonde. Il fit un extrait, en trois volumes, de la longue série des Amadis de Gaule et un autre, si court qu'il en est insuf- .fisant, du Roman de la Rose. Toutes ces traductions ont été réunies dans les Œuvres choisies de Tressan (Paris, Garnier, 1788-1791, 12 vol. in-8°); mais le mot de traduction n'est pas exact; ce sont plutôt des appropriations, des imitiitions. Tressan interprète le texte, plus qu'il ne traduit, et compose, avec les matériaux du fabliau ou du roman qu'il a sous les yeux et dont il extrait ce qui lui plaît, une œuvre nouvelle qu'il a faite sienne, pour ainsi dire, tant il se substitue souvent à son auteur. Nulle part ce procédé, qui ne serait plus de mise aujourd'hui, mais qui était tout à fait dans le goût de son époque, n'est plus sensible que dans le Petit Jehan de Saintré, sa meilleure imitation des romans du v« siècle.

Le comte de Tressan avait été reçu k l'Académie des sciences k la suite de son Traité sur l'électricité (1749), ouvrage où il a, l'un des premiers, étudié ce nouvel agent des forces naturelles jusque-là si inconnu; il entra à l'Académie française en 1781 et occupa le fauteuil de Condillac. Sa traduction de l'Arioste , quoique rapidement et trop légèrement faite, fut considérée alors comme un de ses principaux titres d'admission , tant on avait d'illusions à cette époque sur les vrais mérites d'un traducteur. Transporter en effet à l'interprétation d'un chef-d'œuvre, dont toutes les parties se tiennent, dont chaque strophe, chaque vers exige un calque rigoureux, les procédés d'imitation, bons tout au plus pour les longs et fastidieux romans de chevalerie, était une tentative qui n'aurait aujourd'hui aucun succès. Cependant le comte de Tressan mérite de n'être pas perdu dans la foule des traducteurs obscurs; s'il n'a pas Complètement rendu l'esprit de ses modèles, du moins les a-t-il devinés et vulgarisés à une époque où leur mérite était complètement ignoré ou dénié. Il mourut des suites d'une etiute de voiture sur la route de Saint-Leu.

TRESSAN (l'abbé de), littérateur français, fils du précédent, né eu 1747, suivant les uns en Amérique, suivant les autres dans le Boulonais, mort en 1809. Il était, avant la Révolution, grand vicaire de l'archevêque de Rouen. L'abbé de Tressan émigra, rentra en France après le 18 brumaire et se livra entièrement aux lettres. On a de lui : le Chevalier Jiobert (1801), roman de chevalerie qu il donna comme un ouvrage posthume de son père ; la Mythologie comparée avec l'histoire (1796, 2 vol. in-8°), livre souvent réimprimé.

TRESSAUT s. m. (trè-so — d'un type latin trans-saltus ; du préfixe trans, et de saltus, saut). Sursaut, dans le langage de quelques provinces.

— Féod. Privilège en vertu duquel on passait avant des parents plus proches.

— Ane, monn. Différence entre deux essais d'une même monnaie.

TRESSAUTER v. n. ou intr. (trè-sô-té — rad. tressaut). Sursauter, tressaillir, dans le langage de quelques provinces.

TRESSE s. f. {trè-se. — Plusieurs étymo-

logUtes tirent ce mot du latin triese, choses embrouillées; d'autres font venir tresse du grec (Arias, génitif trichas, cheveu. 11 vaut sans doute mieux faire venir ce mot du grec tricha, en trois parties, d'où a pu se produire un substantif trichea, puis treccia. Celte manière de voir, qui appartient à Diez est appuyée par le rapprochement de l'italien trina, provençal trena, qui signifient aussi tresse et viennent du latin trmus, triple. Ce qui la recommande d'ailleurs, c'est que le latin trichea n'est pas trop hypothétique, puisqu'il fournit en même temps le primitif de iricltila, d'où le français treille). Tissu plat, fait avec des matières entrelacées en forme de cordons : Tresse de cheveux. Tresse de soie. Tresse d'argent. Tresse de paille.

— Cheveux assujettis sur trois brins de soie, pour faire les perruques.

— Cheveux tresstés :

L'Aurore déployait l'or de sa tresse blonde.

Mallevillb.

— Mar. Petite corde que l'on fait à la main, avec du lil de caret.

— Ane. artill. Tresse de mèches, Trois mèches allumées ensemble pour mettre le feu au canon avec plus de tùreté.

— Techn. Gros papier gris.

TRESSÉ, ÉE (tré-sé) part, passé du v.Tresser. Disposé en tresse, entrelacé en forme de tresse.

— Miner. Se dit d'un corps dont les filaments sont entrelacés les uns dans les autres.

TRESSEAU s. m. (trè-so — du ïat. très,

TRET

trois). Econ. rur. Réunion de trois batteurs en grange.

— Ancien jeu qui imitait l'action de trois batteurs en grange.

— Vitic.Variété de raisin noir, appelé aussi

VÉRO

TRESSELETTE s. f. (tré-se-lè-te — dimin. de tresse). Petite tresse.

TRESSÉOL (Pierre-Ignace Roubaud de), écrivain français. V. Roubadd.

TRESSER v. a. outr. (trè-sé — rad, tresse). Disposer en tresses : Tresser des cheveux, du fil, de la soie, de la paille, du jonc. Toutes les femmes maures tressent leurs cheveux avec un ruban. (Buff.)

— Poétiq. Tresser des couronnes à quelqu'un, Publier sa gloire.

TRESSERIE s. f. (trè-se-rî — rad-. tresser). Atelier où l'on fait des tresses.

TRESSEUR, EUSE s. (trè-seur, eu-ze — rad. tresse). Personne qui tressse, qui sait tresser : Une habile trksseuse de paille.

TRESSION s. m. (trè-si-on). Techn. Son complètement dépourvu de farine.

TRESSIS s. m. (trè-siss — mot lat. formé de très, trois, et de as). Antiq. rom. Monnaie qui valait trois as.

TRESSOIR s. m. (trè-soir — rad: tresser). Techn. Instrument sur lequel on tresse les cheveux. Il Outil servant à marquer la place où il faut mettre les clous d'ornement.

TRESSON s. m. (trè-son — rad. tresse).

Modes. Ancien ornement de tête pour les femmes.

— Pêche. Sorte de filet.

TRESSOT s. m. (trè-so). Vitic. Autre orthographe du mot TRESSEAU.

TRESSUER v. n. ou intr. (trè-su-é — de très, et de suer). Suer abondamment : A h ! nion* sieur, dit le commis qui sentait sa chemise mouillée, tant il tressuait. (Balz.) il Vieux mot, usité encore dans quelques provinces.

— S'est dit pour tressaillir : Nous tres- SDONS, nous tremblons, nous pâlissons et rougissons aux secousses de nos imaginations. (Montaigne.)

TRESSURE s. f. (trè-su-re). Pêche. Espèce de filet.

TREST s. m. (trèst). Mar. Toile à voiles pour les* bateaux pêcheurs.

TRESTAILLON, personnage historique, l'un deschefs de bandes qui, en 1815, organisèrent dans nos départements du Midi ce qu'on a justement appelé la terreur blanche, et qui doit surtout sa triste célébrité à la complainte que Béranger a faite sur lui après sa mort :

Portefaix cité dans Nîmes

Pour sa douce piété,

D'assassin il fut traité

Par ses brutales victimes,

Quand son bras sur tel ou tel

Vengea le trône et l'autel.

TRÈS-VERTE s. f. Erpét. Espèce de couleuvre.

TRÉTEAU s. m. (tré-to — du bas latin trestellus, dont l'origine est controversée. Chevallet le fait venir dfl celtique: kymrique trestyl, tréteau; de trawst, poutre, ehevion. Comparez l'armoricain treustel , treusteul, tréteau, linteau, treust, trest, poutre; écossais drolhta, irlandais drothla, même sens). Pièce de bois longue et étroite portée sur quatre pieds, et servant à soutenir des tables, des échafauds, un théâtre.

— PI. Théâtre d'opérateur ambulant, de saltimbanque, de farceur :

Qu'il s'en aille, s'il veut, sur des tréteaux monté, Amuser le pont Neuf de ses sornettes fades.

Boileau.

Il Théâtre où l'on représente des pièces bouffonnes : C'est un comédien qui n'est bon qu'à monter sur des tréteaux. Il Fig. Charlatanisme : La plupart des Grecs jouèrent des gobelets avec ta philosophie et transmirent leurs tréteaux à nos scolastiques. (Volt.)

— Ancien instrument de torture, composé de tréteaux qui allongeaient le corps du patient soutenu en l'air par des cordes.

— Techn. Pièce de bois garnie de clous à crochet, auxquels les nattiers attachent les cordons de paille qu'ils ont à tresser. Il Pieds de bois servant à soutenir des échafauds ou des pièces qu'on veut scier en long.

TRÉTER (Thomas), érudit polonais, qui vivait au xvie siècle. Après être entré dans les ordres, il suivit à Rome le cardinal Hosius et devint, à la mort de ce prélat, chargé d'affaires de la Pologne près du saint -siège. Tréter remplit ces fonctions sous la reine Anne Jageilon, sous les rois Bathori et Sigismond III, de manière à gagner la bienveillance de Grégoire XIII et de Clément VII, puis il revint dans sa patrie, où l'évêque de Warmie le nomma chanoine de sa cathédrale. On a de lui : Quinti Horatii poematacum annotationibus et indice (Anvers, 1576, in-S°); Romanorum imperatorum effigies cum elogiis (Rome, 1583, in-8») ; Stanistai Hosii cardinalis vita (Rome, 15S7, in-8°); Nicolai liadziwily peregrinatio in Palaestinam annis 15S3 et 1584 (Braunsberg, 1604, in-4o); Vitx episeoporum Posnanitensium (Braunsberg, 1604, in-4°); Vitse episcoporum Warmiensium (Cracovie, 1685, in-i'ol.), etc..

TREU

TRÉTOIREs. f. (tré-toi-re).Techn. Tenaille de bois à l'usage du vannier.

TRETON (Jean-Louis), dit Jambe d'argent,

soldat vendéen, né à. la Closerie-des-Aulnais en 1770, mort en 1795. Fils d'un pauvre paysan, il fut d'abord berger. S'étant blessé grièvement à la jambe et avant été mal soigné, il devint boiteux et dut longtemps mendier pour vivre. Après avoir été colporteur, il alla à Angers, où il se fit batelier. Lorsque, en 1793; les Vendéens se soulevèrent contre la République', Treton se joignit à eux et ne tarda pas à se signaler par son intrépidité à Grandville, k Pontorson , k Savenay. Au commencement de 1794, il organisa une petite troupe, dont il prit le commandement, et se mit à faire aux républicains une guerre d'embuscades dans le Maine et l'Anjou. La plaque de métal qu'il portait sur la plaie mal fermée de sa jambe malade lui valut le surnom de Jambe d'argent, sous lequel il devint populaire parmi les chouans. Son sang-froid, son courage à toute épreuve avaient fait de lui un chef redoutable. II commandait une troupe de 2,000 hommes lorsqu'il fut mortellement blessé dans un engagement.

TRÉTOSTERNON s. m. (tré-to-stèr-non — du gr. trétos, perforé; slernon, plastron). Erpét. Genre de tortues paludines, dont l'espèce type est un fossile du calcaire de Purbeck.

TRETS, anciennement Triais, Trittia, v:ile de France (Bouches-du-Rhôhe), ch.-i. de cant., arrond. et k 18 kilom. d'Aix; pop. aggl., 2,335 hab. — pop. tôt., 2794. Fabriques d'eaude-vie et de tuiles ; exploitation de houille. Cette ville, assez mal bâtie, possède un ancien château seigneurial, un bel hospice et un bel hôtel de ville. Très-florissante dans l'antiquité, elle fut ravagée par les Sarrasins.

TRÈTUS s. m. (tré-tuss — du gr. trêtos, perforé). Entom. Syn. de mécocob'ïne, genre d'insectes.

TREU s. m. (treu). Féod. Droit seigneurial sur les marchandises et sur le gibier.

TREUEISBR1EZEN, ville des Etats prussien s (Brandebourg), sur la Nieplitz,.k 65 kilom. de Berlin; 5,000 hab. Fabriques de draps et do toiles, tanneries et papeterie.

TREUER (Théophile-Samuel), archéologue allemand, né près de Francfort-sur-1'Oder en 1653, mort en 1743. Il fut professeur d'éloquence et d'histoire successivement à l'Académie de Wolfenbuttel et aux universités d'HelinsUedt et de Gœttingue. Nous citerons, parmi ses nombreux écrits : Observations suite droit absolu que les princes s' arrogent (Leipzig, 1719); De licentia peregrinandi legibus circumscripta (Wolfenbuttel, 1720); Origined.es cercles germaniques et circonstances dans lesquelles ils ont été établis (Helmstaedt, 1722, in-4"); Annales Academix Julix (1720- 1728, 15 vol.); Bistoria globi crucigeri , symboli majeslalis et disquisitio' globi duplicati in iiummis bracteatis seculo XII et XI II (Brunswick, 1728); Àiiastasis veteris Germani germanique fœminx (Heliiisuedt, 1728); Pxdiajwis feudalis universalis (Francfort, 1753), etc.

TREUIL s. m. (treuil; Il mil. — Ce mot, qui s'écrivait autrefois Ireid et signifiait pressoir, répond au provençal trolh, lequel est pour tortk et vient, comme l'italien torchio, torcolo, pressoir, du latin torculum, de torquere, tordre). Mécan. Cylindre horizontal, qu'on fait tourner avec des leviers et autour duquel s'enroule une corde au moyen de laquelle on élève ou l'on tire des fardeaux. Il Treuil différentiel, Treuil qui a, sur un même axe, deux^ cylindres de rayons différents, sur lesquels s'enroule une corde passant sur une poulie mobile qui porte le poids à soulever.

— Encycl. Le treuil repose, k ses deux extrémités, par des tourillons, sur deux coussinets et, par suite, est capable de prendre un mouvement de rotation autour de son axe. Sur cet arbre cylindrique s'enroule une corde dont l'extrémité libre porte un fardeau qu'il s'agit d'élever; l'autre extrémité de cette corde est fixée par un arrêt en un point quelconque de la circonférence de l'arbre. La puissance est habituellement appliquée dans une direction tangentielle à la circonférence d'une roue de grand diamètre, concentrique k l'arbre et dont le plan est perpendiculaire & l'axe de cet arbre. Si l'on ne lient pas compte des résistances passives, la condition d'équilibre se trouve dans l'équation des moments de la puissance et de la résistance par rapport k l'axe; elle est exprimée par PR = Qr,

P désignant la puissance, Q la résistance, R le rayon de la roue et r le rayon de l'arbre.

Dans le treuil des carriers, la roue est rem-

TREU

montant d'échelon en échelon, agissent par leur propre poids pour faire tourner l'arbre et extraire les blocs de la carrière. La figure ci-jointe représente un treuil que l'on peut manœuvrer d'un côté h l'aide d'une manivelle, de l'autre k l'aide d'une roue à manettes formant échelons.

On peut avoir quelquefois intérêt k faire varier le rapport de la puissance k la résistance. On peut pour cela donner k la section longitudinale de l'arbre une figure différente de celle du rectangle. La puissance est toujours k la résistance comme le rayon de la section transversale sur laquelle s'enroule actuellement la corde est au rayon constant de la roue ou de la manivelle. Connaissant la largeur d'un rang de la corde, on peut disposer de la figure de la section longitudinale de l'arbre pour obtenir une loi de variation

Fig. 2.

donnée du rapport des deux forces. La figure représente un treuil conique, dans lequel la puissance croit d'une quantité proportionnelle au nombre des rangs déjk formés par la corde, puisque, à chaque tour, le bras de levier de la résistance augmente d'une même quantité.

Lorsque l'on veut réduire considérablement la puissance, on emploie le treuil différentiel ou treuil chinois, dans lequel la corde qui supporte le fardeau suspendu k la chape d'une poulie mobile s'enroule d'un côté et se

Fig. 3.

déroule de l'autre, les portions de l'arbre sur lesquelles s'opèrent ces deux développements de la corde ayant toutefois des rayons différents. Si R est le rayon majeur et r le rayon mineur, le fardeau, pour un tour, monte do la quantité 2n(R — r) et, par conséquent, \'S- <juation d'équilibre fournie par le théorème du travail est

ou

H-kIP = 2it(R — r)Q Pl = Q(R-r),

placée par un tambour à échelons dans l'intérieur duquel se placent les ouvriers qui, en

l désignant le rayon de la manivelle. On voit par cette équation que P tend vers 0 en même temps que (R — r).

La condition d'équilibre du treuil, lorsqu'on veut tenir compte des résistances passives, s'obtient facilement par k peu près, mais il serait impossible d'en donner une théorie rigoureusement exacte. La raison en est que, le plan perpendiculaire k l'axe, dans lequel agit la résistance, variant k chaque instant, l'équilibre ne s'établit généralement pas dans les conditions pour lesquelles l'appareil a été construit; l'arbre ne reste pas horizontal; le contact entre un tourillon et son coussinet n'a plus lieu dans touted'étendue génératrice, mais seulement par un point du collet; l'équilibre ne se fait pas k chaque extrémité entre les réactions des appuis et les composantes des forces mouvantes et résistantes décomposées, conformément k la règle qui gouverne les forces parallèlles, dans les plans des sections transversales, k peu près moyennes, des tourillons; il ne s'établit que par l'inlerinédiaire de la cohésion des parties de l'arbre, qui se ploie plus ou moins, suivant des lois qu'il est impossible de connaître précisément.

Toutefois, comme on cherche toujours autant que possible k disposer le long de l'arbre les plans d'action des différentes forces, de manière que le mouvement n'entraîne que des déviations insensibles de la direction de l'axe de rotation, on peut supposer que cette condition est remplie d'elle-même. Alors on n'a plus qu'à exprimer pour chaque tourillon la condition de son équilibre sous l'influence de la réaction du coussinet et des composantes de la puissance et de la résistance. On rentre ainsi dans un cas facile à discuter et qui n'est autre que celui de la poulie fixe, auquel il suffira ici de renvoyer.

Nous avons dit que dans le treuil des carriers les ouvriers n'agissent que par leur propre poids ; il est remarquable que ce soit dans ces conditions qu'on obtient la plus grande somme de travail mécanique. Quand il ne s'agit que d'actions musculaires, l'homme ' peut produire plus avec ses jambes qu'avec ses bras.

Lorsque la distance verticale à faire parcourir aux fardeaux est très-considérable, il faut tenir compte, dans le calcul de la puissance, du poids de la portion pendante de la corde.

C'est dans ces circonstances qu'on emploie avec avantage les treuils coniques. Les dimensions k donner aux côtés do la section

TREU

longitudinale du treuil, en vue d'obtenir la constance da la force motrice, se déterminent aisément par la condition que la diminution du moment du poids de la corde non encore enroulée soit compensée par l'augmentation du moment du poids du fardeau. Soient a et b les rayons des bases du tronc de cône sur le quel s'enroule la corde, q le poids de cette corde prise dans toute sa longueur, Q le poids du fardeau ; il faut satisfaire à la condition

aq = (b — a)Q.

Quant k la longueur du treuil, elle est déterminée par le nombre des spires que doit former la corde, en raison de sa longueur.

TREUlLLE s. m. (treu-lle; Il mil'.). Pêche. Petit truble servant k pêcher les crevettes,

— s. f. pi. Entrailles de hareng, employées pour la pêehe.

TREUlLLE DE BEAU LIEU (Antoine-Hector- Thésée, baron), général français, né k Lunéville (Meurthe) en 1809. Son père fut colonel de cavalerie sous Napoléon I", qui le créa baron. Le jeune Treuille entra en 1829 k l'Ecole polytechnique , passa ensuite dans l'artillerie et obtint le grade de lieutenant en 1S33. L'étude toute particulière qu'il fit de la mécanique et du perfectionnement des armes lui valut d'être attaché comme capitaine k la manufacture d'armes de Châtellerault vers 1840. M. Treuille de Beaulieu se livra alors k des expériences sur les turbines, inventa une machine k rayer, fit des modèles de carabines de guerre et d'attache du sabre-baïonnette, adoptés depuis, et se signala surtout k l'attention des hommes de guerre par sa théorie des armes k feu au point de vue de la justesse du tir, dans laquelle il se prononçait pour le chargement par !a culasse et émettait les principes d'après lesquels on a exécuté depuis les canons rayés. Loin d'être accueillies favorablement par les membres du comité d'artillerie, k qui M. Treuille adressa un mémoire explicatif en 1842, les idées réformatrices du jeune capitaine' vinrent se briser contre l'esprit de routine des gens du- métier. Traité d'esprit chimérique, mal noté dans les bureaux, il vit son avenir compromis, son avancement arrêté, et dut, pour se faire oublier, quitter au bout de quatre ans Châtellerault et reprendre du service dans un régiment. Son mérite, toutefois, finit par s'imposer. Attaché, en 1851, k l'atelier de précision du dépôt central de l'artillerie, k Paris, M. Treuille de Beaulieu se fit remarque^, k cette époque, en inventant un fusil de petit calibre, d'une grande justesse, qui devint plus tard l'arme des cent-gardes, et fut promu chef d'escadron en 1854. L'insuffisance de notre artillerie pendant le siège de Sébastopol ayant démontré la nécessité d'apporter de grands perfectionnements dans l'exécution de nos bouches k feu, M. Treuille vit ses idées revenir au jour et fut chargé de l'exécution de canons rayés. La paix qui survint en 1855 empêcha de se servir contre les Russes de ces nouvelles bouches k feu, expérimentées-pour la première fois contre les Kabyles, en 1857. Lors de la guerre qui éclata entre la France et l'Autriche, en 1859, nos canons de campagne rayés devinrent la cause déterminante de nos succès et furent dès lors adoptés, avec divers perfectionnements, par les grandes nations de l'Europe, notamment par la Prusse, dont la formidable artillerie rayée, se chargeant par la culasse, contribua si puissamment k assurer son triomphe pendant la guerre de 1870-1871. M. Treuille de Beaulieu a apporté des transformations heureuses k diverses autres armes. Eu récompense de ses services, il a été successivement nommé directeur de l'atelier de précision, k Paris, lieutenant-colonel (1857), colonel (1859), général de brigade (1867) et commandant de l'artillerie de la 3e division militaire. Eu 1862 et 1S67, il a fait partie -des commissions nommées pour examiner et juger les Expositions universelles de Londres et de Paris. C'est k ce titre qu'il a écrit de remarquables rapports sur les armes de guerre envoyées k ces grandes exhibitions.

TREUTLER (Jérôme), jurisconsulte allemand, stë en 1765, mort en 1807. Il était fils d'un tailleur de Schneidnitz, en Silésie. Lorsqu'il eut fait son droit a. Strasbourg, il se livra k l'enseignement k Marbourg, k Herborn, devint syndic du magistrat de Bautzen (1594), procurateur de la chambre de la haute Lusace (1595), et fut anobli par l'empereur Rodolphe II sous le nom de Treniier de Kroicbortx. Ce jurisconsulte jouissait d'une très-grande réputation. Le plus célèbre de ses ouvrages est intitulé : Selectarum disputatio7ium ad jus civile Justinianeum volu.mina. Il (Marburg, 1592, 2 vol. in-4°). Il a été souvent réimprimé et plusieurs fois commenté.

TREUVÉ (Simon-Michel), théologien français, né k Noyon (Bourgogne) en 1651, mort' à Paris en 1730. Il fut successivement aumônier, vicaire à Paris, chanoine et théologal k Meaux. Treuvé travailla au Bréviaire de Meaux sous la direction de Bossuet. C'était un théologien instruit, auquel on doit plusieurs ouvrages, dont quelques-uns eurent de la vogue. Nous citerons notamment: Instructions sur les dispositions qu'on doit apporter aux sacrements de pénitence et d'eucharistie (1676, in-12); Directeur spirituel pour ceux qui n'en ont point (in-12); Discours de piété

TREV

(1696-1697, 2 vol. in-12); Dissertation sur l'excommunication (1726, in-4<>),

TREVANION ou LA GUERTA, lie de l'Océanie, dans l'archipel de Santa-Cruz, au N.-O. de cette dernière lie, k l'entrée de la baie Graciosa, par 10° 40' de latit. S. et 183" 25' da longit. O. Elle a été découverte par Carteret en 1767. " '

TRÊVE s. f. (trè-ve — du vieux français tritee, triuwe, trive. -Anciennement ces mots ne signifiaient pas seulement une suspension d'armes faite par un traité, mais ils se prenaient pour un traité en général, un accord, un pacte. S'atiriwer signifiait de môme s'engager par un traité. L italien, l'espagnol et la langue d'oc ont tregua dans le sens de trêve. L'ancienne acception de tous ces mots est sûreté. De lk se sont déduites celles de traité et de suspension d'hostilités. Ils viennent, en effet, du germanique : ancien haut allemand triuwa, triwa, traité, pacte, accord, proprement bonne foi, loyauté, confiance, sécurité ; gothique triggua, anglosaxon ireova, truva, allemand treue, même sens. Le gothique triggua, a donné tregua, par transposition treuga, d'où tregva, treva, trêve). Dr. des gens. Cessation des hostilités, convenue pour un temps déterminé, entre les belligérants : Faire, demander, accorder une trêve. Rompre la trêve. Il Trêve marchande, Trêve durant laquelle le commerce est permis entre deux Etats qui sont en guerre. Il 2'rêoe de pèche. Convention par laquelle deux nations belligérantes s'engagent k respecter les pêcheurs des deux partis.

— Suspension d'hostilités, d'inimitiés, d'attaques quelconques : II n'y a pas de trêve possible entre ceux qui nient Dieu et ceux qui menacent de l'enfer. (Boiste.)

— Relâche, suspension d'action : Sou mal ne lui donne point de trêve, ne lui donne ni paix ni trêve. Il n'y a point de trêve aux désirs (Boiste.)

— Paix qui n'est pas durable : La paix signée à la pointe des épées n'est jamais qu'une trêve. (Proudh.)

— N'avoir yi paix ni trêve, N'avoir pas un moment de repos :

Soir, matin, jour et nuit, je n'ai repos ni trêve.

Reonard.

— Faire trêve à, Cesser, suspendre : Faisons trêve À nos railleries. Faites trêve A vos plaintes.

Mais faisons trêve à la morale Et reprenons notre discours.

La Fontaine.

— Elliptiq. Trêve de ou à, Faisons trêve k : Trêve de cérémonie. Trêve de compliments. Trêve de raillerie.

Ah! trêve, je vous prie, à votre rhétorique. -!- Mais, vous, trêve plutôt à votre politique.

Mou ère.

— Hist. Diplôme royal qui donnait des assurances de paix pour un temps limité. Il Trêve de Dieu , Suspension d'armes qui fut imposée par l'Eglise aux seigneurs féodaux pour mettre un frein aux fureurs des guerres privées.

— Encycl. Dr. des gens. Autrefois, dans les guerres presque permanentes qui ensanglantaient le monde, il arrivait fréquemment aux belligérants épuisés de conclure des trêves ou conventions par lesquelles ils s'engageaient k s'abstenir de toute hostilité pendant un temps déterminé. Le temps pendant lequel avait lieu cette suspension d'hostilités était parfois très-long. C'est ainsi qu'en 1084 une trêve de vingt ans fut conclue entre plusieurs Etats européens. Pendant longtemps, la guerre entre les chrétiens et les musulmans ne fut interrompue que par des trêvesj et ce n'est qu'au siècle dernier que la Porte Ottomane, par exemple, a commencé k signer des truites de paix dits perpétuels avec les chrétiens. Le mot de trêve n'a plus aujourd'hui qu'une signification historique. Il a été remplacé, selon les cas, par l'armistice et par la suspension d'armes. V. ces mots.

— Hist. Trêve de Dieu. Il ne faut point confondre la paix de Dieu avec la trêve de Dieu. ]*i paix précéda la trêve de plusieurs années et n'eut pas une égale durée ; la trêve qui lui succéda, et qui subsista bien plus longtemps, ne fut qu'un amoindrissement, une modification de la paix de Dieu.

Pour bien comprendre l'opportunité, pour saisir le rôle de la paix de Dieu et de la trêve de Dieu, il est nécessaire de connaître, au moins d'une manière générale, la grande plaie sociale que ces institutions nous révèlent et qu'elles s'efforçaient de guérir. Au moyen âge, l'un des principaux privilèges des hommes libres, c'était le droit de vengeance privée par les armes. Ainsi, au lieu de s'en remettre pour la décision juridique d'une affaire au jugement de tiers, quiconque avait confiance dans sa force ou dans son adresse en appelait à son épée; ce jugement par le glaive était admis pour tous les genres de coutestations, qu'il s'agit d'un champ, d'un crime ou d'argent. D'autre part, les seigneurs féodaux, souverains dans leurs domaines, ne songeaient qu'à agrandir leurs possessions, et la guerre était permanente. Il existait, il est vrai, des assemblées de pairs pour vider les contestations ; mais on ne tenait guère k être jugé, et d'ailleurs, la plus souvent, le condamné, au lieu de se

TREV

soumettre, retournait dans son château et la force pouvait seule le contraindre à l'obéissance. 11 résultait de ce constant recours à la violence des guerres continuelles qui désolaient la France entière, décimaient la po- ?ulatîon serve et forçaient cette dernière à aisser incultes les terres les plus fécondes. Le clergé finit par s'émouvoir d'un état de choses dont il était une des premières victimes. • Dès le règne de Hugues Capet, disent les auteurs du Recueil des historiens des Gaules et de la France, nous voyons des assemblées de seigneurs ecclésiastiques et laïques s'occuper des moyens de faire cesser les brigandages qui résultaient des guerres privées. Tels furent les conciles mixtes de Charroux en 988, de Narbonne en 990 et de Limoges vers 994. Sous Robert, Guillaume, duc d'Aquitaine, convoqua vers l'an 1000 une de ces assemblées qui porta le nom de concile de Poitiers, et il fut résolu que l'on maintiendrait les décrets au sujet de la paix. Le roi Robert convoqua au même sujet une grande assemblée dans le diocèse d'Auxerre, vers l'an 1020. A Amiens, on la confirma en présence des religieux, et il fut statué que personne ne 6e vengerait par le pillage ou par l'incendie, et sous le règne de Henri 1er on redoubla de zèle pour le rétablissement de la paix. > Mais ce qui empêcha la paix de Dieu d'être admise, c'est que le clergé, en la prêchant, voulait une paix perpétuelle et universelle, théorie qui souleva l'opposition de tous les puissants de la terre et de tous ceux qui vivent de la guerre. De 1036 a 1033, une partie de l'Occident fut désolée par une des plus cruelles famines dont l'histoire fasse mention ; la récolte de 1033 fut si abondante qu'elle surpassa celle de cinq années ordinaires. Le clergé profita habilement de la terreur superstitieuse qui s'était emparée des esprits. ■ Les évèques, dit Glaber, commencèrent d'abord en Aquitaine, puis dans la province d'Arles et dans celle de Lyon, ensuite, dans toute la Bourgogne et dans toutes les parties de la France, à célébrer des conciles ayant en vue de'restaurer la paix dans les États. ■ Le peuple confirma par ses acclamations cette paix qu'on appela lu paix de Dieu, parce qu'on répandit le bruit qu'une lettre avait été envoyée du ciel à un évoque pour lui ordonner de l'établir. Voici un des règlements proposés : « Personne désormais ne devra porter les armes ni employer la force pour ressaisir ce qu'on lui aura pris; ni venger son sang ou celui de ses proches; mais il faut pardonner aux ennemis. > Dans l'enthousiasme excité par la promulgation de ces actes synodaux, il fut convenu qu'après cinq ans révolus la paix de Dieu serait confirmée par de nouveaux conciles.

La paix de Dieu était générale, absolue, inviolable, interdisant à tous, en tout temps et en tout lieu, les violences contre les personnes et les choses, les attaques armées, etc. Un tel état de choses était impossible avec l'organisation sociale du moyen âge; il ne pouvait être qu'éphémère. L'anarchie et les guerres privées recommencèrent de plus belle. Ne pouvant obtenir une paix absolue, on fut conduit a. chercher les moyens d'obtenir des périodes de paix. Dans ce but, on introduisit dans les anciennes lois sur la paix dos modifications importantes, et la paix de Dieu devint la trêve de Dieu, qui n'était plus qu'une paix partielle. Raoul Glaber lui donne le nom de trêve du Seigneur, « parce qu'elle ne fut pas seulement soutenue par les puissances humaines, mais encore sanctionnée par des châtiments divins. ■

La première assemblée où la trêve de Dieu fut proclamée est celle de Tulujes (1041); voici uu tableau du nombre des jours compris dans la trêve de Dieu, d'après ce concile :

Du 1er dimanche de l'Avent, jusqu'à l'octave de l'Epiphanie.

Du lundi avantle Carêmejusqu'a 15 jours après la Pentecôte. .

Quatre-Temps, fêtes et vigiles.

Les autres dimanches de l'année.

249 ou 229

Environ 230 jours -étaient donc réserves chaque année & la paix, à la trêve, comme on 1 appelait. Acceptée par acclamation dans le Midi et dans l'Est, la trêve fut d'abord repoussée par les princes de l'Ouest et du Centre. Le roi Henri, le comte d'Anjou et les fils d'Eudes, qui ne demandaient qu'à combattre, piller et ravager, refusèrent absolument de reconnaître la tiêue. En 1043, un concile tenu à Caen dressa un nouveau décret louchant la trêve de Dieu.

Voici quelle était la législation de la trêve: Les clercs et les étudiants avaient perpétuellement paix avec tout le monde. Pour tous les autres, paix depuis l'A vent jusqu'à l'octave de l'Epiphanie ; depuis la Septuagésime jusqu'à l'octave de Pâques et de l'Ascension jusqu'à l'octave de la Pentecôte. De même aux Quatre-Temps. Puis toutes les semaines, du samedi à l'heure de none jusqu'au lundi suivant, et pour un certain nombre de fêtes désignées à commencer de la veille à l'heure de none. Paix aussi, soit k l'aller, soit au retour, pour tous ceux qui se rendent aux églises pour prier ou pour assister à une fête, etc. Les lieux mis sous la sauvegarde perpétuelle de la trèoe de Dieu furent les églises et les cirnètières, avec un pourtour

48 ou 42

TREV

de trente pas, mais seulement autant que ces églises ne serviraient pas de refuge à des malfaiteurs qui en sortiraienf pour piller les environs. Les outils du labourage, les paillers, le bétail, les plantations précieuses furent mis sous la protection de la trêve de Dieu. Parmi ces objets, plusieurs ne pouvaient être enlevés comme butin, d'autres devaient subir le sort de la guerre ■ mais quoiqu'il fût permis de les prendre pour son usage, il était interdit de les brûler ou de les détruire à plaisir. Des peines étaient portées contre les infractions à la trêve; des officiers de paix et une milice armée, entretenue par une contribution qu'on nomme pezada, purent réprimer les contrevenants dans quelques provinces. La trêve de Dieu ne fut pas acceptée seulement en France, mais encore dans l'Europe entière.

Dès 1032, Canut le Grand, roi d'Angleterre, avait prescrit la paix des églises et du roi, et, quelques années plus tard, Edouard le Confesseur établit de véritables trêves de Dieu. En 1080, Guillaume, roi d'Angleterre, lit promulguer treize canons sur la trêue de Dieu. La Flandre avait eu sa paix vers l'an 1030 ; elle eût sa trêve quelques années plus tard. Baudoin le Pieux, voulant consolider la paix proclamée à Audenarde, fit publier dans ses Etats la trêve du Seigneur : « Que les moines et les clercs, les marchands et les femmes et tous les hommes généralement, à l'exception des gens de guerre, vivent en paix pendant tous les jours de la semaine. » Ce qui distingue l'institution de la trêve de Dieu au pays de Liège, c'est la création bien constatée d'un tribunal de paix, où, sous la présidence de l'évêque, devaient être jugés tous les attentats commis dans le diocèse contre les personnes ou les propriétés.

Bien qu'admises en principe et reconnues partout, les trêves de Dieu n'en étaient pas moins violées journellement par les rois aussi bien que par les nobles. Mais lorsque la royauté se fut élevée au-dessus de la féodalité, les rois de- France comprirent qu'il était de leur intérêt de placer leur autorité au-dessus de celle des grands vassaux en leur enlevant le droit de faire la guerre. Les rois de Krance Philippe-Auguste, Philippe te Hardi, Louis IX, dans le but de faire cesser les guerres, ordonnèrent une trêve qui durait quarante jours et qui, pour cette raison, s'appelait quarantaine le roi. L'ordonnance rendue par saint Louis en 1245 porte que pour les meurtres commis il y aurait une trêve de quarante jours, dans laquelle trêve étaient compris les parents des deux parties, et que si, dans ces quarante jours, quelqu'un se permettait un acte de violence, il serait réputé traître et puni de mort. Ce fut en vertu de ces ordonnances qu'Odoard , seigneur de Montaigu, et Erard de Saint- Verain, gentilhomme nivernais, furent emprisonnés pour avoir livré une bataille le jour de la Saint-Denis (1308). En 1364, Philippe le Bel publia l'ordonnance suivante : « Pour les besoins dé" la guerre de Flandre et pour autres justes causes, défendons, sous peine de « cors et avoir, » que, durant notre dite guerre, nul ne guerroie en notre royaume, et commandons que tout gage de bataille soit tenu en suspens, tant qu'il nous plaira. • La noblesse française se montra très-irritéo de ces défenses, qu'elle considérait comme une atteinte à ses privilèges; s'étant révoltée à cette époque contre les empiétements de la couronne, elle présenta ses plaintes et ses réclamations au rot (l'3l5). Dans une de ces réclamations, articulée parles Bourguignons, 'on lisait : ■ Lesdits nobles peuvent et dotvent user des armes quand bon leur semble. ■ Et le roi dut céder. Cependant Charles V défendit toutes les guerres entre ses sujets; et ses défenses rigoureuses fuient enregistrées par le parlement, qui commençait à se mêler dans cette affaire et qui eut le dernier mot.

En 1386, le parlement rendit un arrêt par lequel la guerre était défendue entre les sujets du roi, non-seulement pendant la guerre, mais encore durant les trêves. Enfin Louis XI, qui mit les rois hors de page, enleva complètement à la noblesse le droit de guerre.

— Trêve pécheresse. On appelait ainsi, au xvie siècle, la faculté qu'une puissance souveraine accordait anx pêcheurs d'une autre nation, même ennemie, de pêcher dans les mers de sa domination. En France, l'amiral était autorisé à conclure ces sortes de trêves; c'était même une des prérogatives de sa charge. Ù avait le droit d'accorder en temps de guerre des trêves pécheresses pour la pêche du hareng, pourvu, bien entendu, qu'il y eût réciprocité et que les ennemis accordassent les mêmes prérogatives aux Français.

Ce système a subsisté jusqu'en 1669, époque à laquelle le roi seul eut le droit d'accorder des trêves pécheresses ; il faut dire qu'il n'en a plus guère été accordé, parce qu'on s'aperçut que, tandis que les Anglais venaient continuellement sur nos côtes se livrer à la pêche, ils enlevaient presque journellement nos nationaux qui se rendaient sur les leurs.

TRÈVB (Auguste-Hubert-Stanislas), marin et savant français, né en 1829. Admis à l'Ecole navale en 1845, il devint aspiranten 1847, enseigne en 1851 et lieutenant de vaisseau en 1859. L'année suivante, il prit part à l'ex-

TRÉV

pédition de Chine, puis fut successivement consul h Tien-tsin et secrétaire d'ambassade à Pékin, où il dirigea les affaires pendant l'absence de M. de Bouiboulon (1862). Comme commandant de l'aviso le Kien-chan, M. Trêve coopéra, de 1864 à 1866, aux opérations militaires du Japon et de la Corée et fut nommé capitaine de frégate en 1869. Lorsque, en septembre 1870, l'es armées allemandes vinrent investir Paris, M. Trêve fut appelé à diriger le service des torpilles dans la partie sud des travaux avancés. Le mois suivant, il fut nommé commandant du fort de Noisy, où il donna de nombreuses preuves de courage et de résolution jusqu'au moment où fut signée la capitulation de Paris. Lors des élections du S février 1871, il se porta candidat k la députation dans la Seine, ou il n'obtint qu'un petit nombre de voix. A la suite de l'insurrection du 18 mars 1871, le capitaine Trêve fut nommé colonel de la légion du Vie arrondissement de Paris au moment où l'amiral Saisset reçut la mission d'organiser la résistance contre le Comité central. Cette mission nyantéchoué, M. Trêve rejoignit l'arméede Versailles, à laquelle il fut attaché d'abord comme électricien, puis il prit part au second siège de Paris comme commandant d'un bataillon de fusiliers marins faisant partie du corps d'armée du général Douay. Le 21 mai 1871, il étudiait les abords de l'enceinte lorsque, grâce aux indications du piqueur Ducatel, il entra dans Paris par la porte de Saint-Cloud et du Pointdu-Jour et fut aussitôt suivi du corps du général Douay. Le mois suivant, M. Trêve reçut le grade de capitaine de vaisseau. Comme savant, il s'est fait connaître par d'intéressants travaux sur les signaux et l'éclairage électriques (1859), sur l'emploi de l'électricité pour l'inflammation des, torpilles, sur la régularisation du compas (1869), sur l'influence du magnétisme sur l'extra-courant (1875), etc. Dans le but de prévenir les abordages en mer, dont la fréquence dans ces dernières années a vivement attiré l'attention publique, le capitaine Trèva a proposé en 1875 un nouveau système de signaux consistant dans l'application de l'électricité a. l'inflammation rapide d'un feu vert ou rouge, suivant que le navire se jette sur tribord ou prend bâbord. Outre de nombreux mémoires envoyés à l'Académie des sciences, on lui doit une Notice sur Francis Garnier (1874, in-8o).

TRÊVE, village et commune de France (Côtes-du-Nord), cant., arrond. et à 10 kiloin. de Loudéac; pop. aggl., 468 hab. — pop. tôt., 2,172 hab.

TRÉVENEUC (Henri-Louis-Marie, comte dk), homme politique français, né à Saint- Brieuc (Côtes-du-Nord) en 1S15. Admis à l'école.de Saint-Cyr en 1834, il en fut expulsé peu après, avec un certain nombre de ses camarades, pour s'être fait affilier à une société républicaine et fut envoyé comme simple soldat au 6a de ligne. Il renonça alors à fa carrière militaire, se rendit à Paris, où il étudia l'architecture à l'Ecole des beaux-arts (1836-1837), puis suivit les cours de l'Ecole de droit et prit le diplôme de licencié. Après la révolution de 1848, le jeune avocat fut élu, comme républicain, député à l'Assemblée constituante par 94,132 voix. Henri deTréveneuc vota d'abord avec les républicains de la nuance du National, appuya la politique du général Cavaignac et fit adopter par l'Assemblée, le 30 novembre 1848, l'ordre du jour ainsi conçu : « L'Assemblée approuve- les mesures de précaution prises par le gouvernement pour assurer la liberté du saint- père et se réserve de prendre une décision sur des faits ultérieurs et encore imprévus. » Après l'élection de Louis-Bonaparte à la présidence de la République, il appuya sa politique de réaction et vota avec la majorité monarchi- . que. Réélu a l'Assemblée législative, il suivit la même ligne politique, mais se sépara de la politique de l'Elysée lorsqu'il vit les menées ambitieuses de Louis Bonaparte, protesta contre le coup d'Etat, fut incarcéré quelques jours à Vincennes, puis rentra dans la vie privée. Après s'être tenu à l'écart pendant toute la durée de l'Empire, le comte de Tréveneuc rentra en scène aux élections du 8 février 1871. Elu, le deuxième sur treize, député à l'Assemblée nationale dans le département des Côtes-du-Nord, il alla siéger à droite, vota les préliminaires de paix et attira particulièrement sur lui l'attention en présentant un projet de loi qui autorisait les conseils généraux, en cas de dispersion de ■ l'Assemblée , à reconstituer provisoirement la représentation nationale au moyen de délégués élus dans leur sein. Cette proposition, connue sous le nom de loi Tréveneuc, fut votée le 19 février 1872. Le député des Côtes-du-Nord ne prit que très-rarement part aux discussions deluChambre. Ilâppuya pendant quelque temps la politique de M. Thiers, avec qui il était lié depuis de longues années, vota 1 abrogation des lois d'exil, la loi départementale, se prononça pour le pouvoir constituant, contre le retour de la Chambre à Paris, pour la pétition des évêques, contre la proposition Rivet et le maintien des traités de commerce, la dissolution, etc. Le 24 m:ii 1S73, il contribua au renversement de M. Thiers et ne cessa d'appuyer depuis lors le gouvernement de réaction à outrance qui troubla si profondément le pays. Légiti-

TRÈV •

mistc et clérical, M. de Tréveneuc ne vit pas sans peine l'avortehient piteux des projets de restauration monarchique. Le 19 novembre 1873, il vota pour le septennat, puis en juillet 1874 contre les propositions Périer et Maleville, et le 25 février 1875 contre la constitution républicaine. Il a été élu sénateur dans les Côtes-du-Nord le 30 janvier 1876. — Son frère, le vicomte Chrétien db Tréveneuc, mort en 1873, servit dans les dragons et devint capitaine. Pendant le siège de Paris, il fut attaché comme aide de camp au général Leflô. Le 8 février 1871, les électeurs du Finistère l'envoyèrent siéger à l'Assemblée nationale, où il vota avec l'extrême droite.

TRÊVES, bourg et commune de France (Gard), ch.-lieu de cant., arrond. et à 4o kilotn. du Vigan; pop. agffl., 269 hab. — pop. tôt., 485 hab. Mines de nouille, d'argent et de cuivre.

TREVES , bourg et commune de France (Maine-et-Loire), canton de Gennes, arrond. et à 16 kilom. de Saumur; 400 hab. On y remarque une tour et un donjon bâtis vers 1431 et attribués à Robert Le Maczon, seigneur de Trêves. Le tombeau de ce personnage se trouve dans la petite église de la commune; sur le tombeau est couchée la statue, de grandeur naturelle de Robert Le Maczon, mort en 1442. L'église est d'ailleurs dans un état complet de vétusté.

THÈV8S, anciennement Treveri, Treviri ou Augusta Trevirorum, en allemand Trier, ville de l'empire d'Allemagne (Prusse rhénane), dans une charmante vallée, entre deux montagnes couvertes de vignobles et sur la rive droite de la Moselle, que l'on y passe sur un vieux pont de pierre, à 670 kilom. S.-O. de Berlin, 104 kilom. S.-O. deCoblentz, 378 kilom. N.-E. de Paris, par 49<>49'll'' de latit. N. et 400,1s' 7" de lougit. E ; 17,500 hab., dont 2,00U environ protestants. Evêché catholique, suffragant de Cologne; gymnase, séminaire catholique, bibliothèque de 100,000 volumes, renfermant de précieux manuscrits, entre autres le Codex aureus; école d'arts et métinrs. Musée d'antiquités, de médailles et d'histoire naturelle. Quartier général d'une division militaire. Hôpital, maison d'aliénés, école d'accouchement. Dépôt provincial de mendicité.

La ville est très -étendue, parce qu'elle renferme un grand nombre de vastes jardins ; les rues en sont étroites et irrégulières. On remarque, parmi ses édifices, la cathédrale de Saint-Pierre ou Dom, la basilique la plus ancienne de l'Allemagne. L'édifice actuel, reconstruit en 1019 par l'archevêque Poppe, qui lui donna une forme nouvelle, incendié en 1717 et réparé en 1723, occupe l'emplacement de l'antique palais de l'impératrice Hélène, mère de Constantin, dédié à saint Pierre par l'évêque Agricius, enrichi par Charlemagne, puis détruit par les Normands et abandonné. Le style de l'édifice est le romano-byzantin; sa forme est celle d'une croix. Elle comprend une triple nef, un double chœur et seize autels. La hauteur totale de la coupole est de 30 mètres. A l'intérieur, on remarque les tombeaux des électeurs de Trêves, un orgue renommé, et dans le trésor, très-riche en reliques de toutes sortes, la fameuse chemise ou tunique sans couture du Christ, qui fut exposée en 1844. La cathédrale de Trêves a été récemment restaurée. Il en est de même des cloîtres, dont la construction est plus récente. Pendant l'occupation française de 1797, celte basilique fut convertie en magasin à fourrages.

L'église Notre-Dame ( Liebfrauenkirche), construite de 1257 à 1243, appartient au style gothique ogival. On remarque principalement son portail semi-circulaire, couvert de magnifiques sculptures. L'intérieur, affectant la forme d'une croix grecque, présente douze piliers massifs qui soutiennent toute la construction. Ce nombre de douze rappelle, hiératiquement, celui des apôtres, et chacun d'eux est, en effet, orné d'.une statue représentant un apôtre. Cette église renferme le tombeau de l'archevêque Jacob de Sierck, magnifiqu ouvrage de sculpture d'un artiste dont le nom s'est perdu.

Trêves possédait autrefois dans ses faubourgs quatre célèbres abbayes de bénédictins : Saint-Mathias, dont l'église est encore debout; Saint-Maximin, dont les bâtiments sont aujourd'hui convertis en caserne; Saint- Martin, devenu une manufacture de porcelaine ; Saiute-Marie-des-Quatre-Martyrs, aujourd'hui dépôt d'artillerie et qui devait son nom à son voisinage de l'emplacement où les soldats de la légion thébaine passaient pour avoir subi le martyre. Dans le faubourg Saint - Paulin s'élève l'antique église du même nom, dont l'origine remonte au îve siècle. ■ Elle étale hors de la ville, dit un écrivain moderne, ses murs marquetés comme une ébénisterie précieuse, ses pilastres coiffés, en guise de chapiteaux, de buissons' de roses, ou viennent folâtrer de petits Amours suspendus à la corniche ; son choeur enfin tout resplendissant de mille filets d'or enroulés sur des fonds bleus et roses et qui laisse voir, au milieu de grandes colonnes torses, un groupe de biscuit représentant V Archange Michel vainqueur de Satan, avec le geste, l'armure et les brodequins ,que les peintres de la même époque (1731) prêtaient à Per&ée délivrant Andromède. •

TREV

Le principal édifice civil de Trêves est son ancien hôtel de ville, aujourd'hui hôtel de la Maison-Rouge. Sur la place même où s'élève cet édifice, on voit une fontaine monumentale et une colonne de granit surmontée d'une croix.

Trêves est une des villes d'Allemagne les

fdus riches en monuments antiques. Parmi es plus curieux, nous citerons : la porte de Mars ou porte Romaine, dite aussi porte de Siméon ou porte Noire, longtemps attribuée , aux Etrusques et aux Belges; ce monument ne parait pas remonter néanmoins au delà du règne de Constantin , entre 314 et 322 environ, et même le savant Kugler croit y voir une construction franque. « La partie principale de ce bâtiment, dit M. Joanne, formait une porte dont les deux faces étaient séparées par "un espace considérable et dont les deux voies, surmontées de deux étages ■de galeries, couraient de part et d'autre entre deux tours saillantes, arrondies au dehors de la ville, carrées au dedans et composées de trois étages. L'évéque Poppo (1016i047), ayant entrepris en 1028 le pèlerinago de la terre sainte, en ramena un anachorète nommé Siméon, qui, a son arrivée a Trêves, s'établit au sommet de ta porte Noire et s'y fit une telle réputation de sainteté qu'après sa mort on le canonisa. De plus, Poppo convertit en une église le bâtiment dans lequel son ami avait mené une vie si sainte et qui désormais lui fut consacré. En conséquence, une abside semi-circulaire dut être ajoutée ii l'une de ses extrémités. Cette église, qui en formait trois l'une au-dessus de l'autre, servit jusqu'à la fin du siècle dernier, » Aujourd'hui, elle est occupée par le musée d'antiquités, après avoir servi d'arsenal et de magasin militaire pendant l'occupation française. Telle qu'elle est aujourd'hui, la porte Noire mesure 38 mètres de longueur, 22 mètres de largeur et 23 mètres de hauteur. Sa maçonnerie se compose de blocs énormes superposés sans ciment et liés autrefois entre eux par des crampons de fer qui ont disparu. L'édifice, auquel deux portails donnent accès, est surmonté do deux tours. Les Bains de Trêves, récemment déblayés par ordre du gouvernement, paraissent avoir servi soit de thermos, soit de théâtre de pantomime, car les opinions ne sont pas d'accord sur ce point. Avant les travaux de déblayement, ce monument était tellement enfoui sous les terres que les fenêtres de son premier étage servaient de portes à la ville. La Basilique ou palais de Constantin , autre monument antique, n'a pas vu les savants plus d'accord relativement à sa destination primitive. Il servit de palais sous la monarchie franque, puis d'archevêché Jusqu'à la fin du dernier siècle; enfin, converti en caserne sous l'Empire, il fut transformé en église évangélique en issô. Il ne reste plus aujourd'hui de l'édifice romain primitif que l'aile occidentale, mais ces restes sont dans un parfait état de conservation; ils ne mesurent pas moins de 75 mètres de longueur, 30 de largeur et 32 de hauteur. L'amphithéâtre de Trêves, situé à peu de distance des anciens bains, est taillé dans le Marsberg, colline aujourd'hui couronnée de vignobles. Il est de forme elliptique, mesure 75 mètres de longueur, 52 mètres de largeur et pouvait coutenir 57,000 spectateurs. Tout autour existent des caveaux circulaires et souterrains, destinés très-probablement jadis à renfermer les bêtes féroces des jeux du cirque. Cet amphithéâtre, construit sous Auguste, fut, vers 306, le lieu de supplice do plusieurs milliers de prisonniers francs, qui y furent livrés aux bêtes; ceux qui survécurent durent s'entr'égorger. On ignore à quelle époque l'amphithéâtre de Trêves fut abandonné, mais dès le xiu« siècle il servait do carrière. Aujourd'hui déblayées, ses ruines sont Soigneusement entretenues.

Le pont qui relie les deux rives de la ville, et qui se compose de huit arches, conserve encore aujourd'hui six piles primitives; elles remontent k l'époque de sa construction première, c'est-à-dire au règne d'Auguste, et Agrippa passe pour leur architecte. Epargné par les invasions barbares, le vieux pont de Trêves, qui vit passer tout un inonde nouveau venant succéder à l'ancien, fut rainé par les lieutenants de Loui3 XIV à l'époque de la guerre du Palatinat, et ses voûtes sautèrent: mais les piles demeurèrent inébranlables et reçurent en 1720 des voûtes nouvelles, restaurées en 1803. Enfin, deux vieilles tours, dites Propugnacula, dont l'une mesure environ 15 mètres de hauteur sur 17' de largeur, et plusieurs vestiges souterrains des aqueducs qui amenaient l'eau à la ville complètent, à peu de chose près, la nomenclature des antiquités de Trêves,

— Histoire. Ce fut l'an 58 av. J.-C. que Jules César 'entra pour la première fois, à la tête des troupes romaines, sur le territoire des Trcviri. D'abord alliés du conquérant, ceux-ci essayèrent par la suite d'en secouer le joug à plusieurs reprises,, mais sans succès. Auguste fitde leur capitale une colonie romaine qui, de son nom, prit celui à'Augusta Trevirorum. Cette colonie devint alors là résidence d'un préfet et le chef-lieu de la Ire Belgique. Plusieurs empereurs y firent séjour, entre autres Muximien, Constance- Chlore, Constantin l'r, Constantin II, Valentinien 1er, Valons, Gratien, Valentinien II, Maxime et Théodose. Un instant, sous ces

TREV

deux derniers empereurs, Trêves atteignit un degré de splendeur tel, que le poète Ausone qui y vécut l'appelle quelque partla seconde métropole de l'empire. La chute de l'empire romain entraîna la sienne. Tour a tour saccagée par les Alamans, les Francs, les Vandales et les Huns, sur la route desquels elle se trouvait malheureusement placée, Trêves fit plus tard partie du royaume des Francs. Charlemagne acheva l'œuvre des invasions, en faisant enlever de la vieille cité ruinée ses derniers débris de quelque valeur, afin d'en orner son palais d'Aix-la-Chapelle.

Réunie en 923 à l'empire germanique, Trêves se rebâtit et s'agrandit avec rapidité. Ses archevêques, investis du titre de princes, d'électeurs et d'archichanceliers do l'empire, devinrent les princes temporels les plus puissants de l'Allemagne, après les archevêques de Mayence. Trêves fut à plu- • sieurs reprjses choisie comme siège de diètes et de conciles. La bourgeoisie de la ville, devenue puissante, ne tarda pas à entamer avec l'autorité religieuse et souveraine une de ces luttes dont le moyen âge nous offre partout des exemples; elle "finit par conquérir sa charte, sans que cette guerre intestine altérât en rien la prospérité de la ville. La Réforme fut pour Trêves le commencement ds nouveaux désastres. La ville qui, en 1522, avait résisté aux attaques de Franz de Sickingen tomba, en 1552, au pouvoir d'Albert de Brandebourg, qui y promena l'incendie. En 1645, ce fut le tour des Espagnols, puis des Fiançais en 1673 et 1688, des impériaux en 1675, des Anglais commandés par Marlborough en 1704. Les Français y reparurent en 179-4, et Trêves devint dès lors, jusqu'à la fin de l'Empire, le chef-iieu du département de la Saar. Les traités de 1815 la rendirent à la Prusse.

TBÈVES (ÉLIiCTORAT ET ARCHEVÊCHÉ Dli),

une dos grandes principautés de l'ancien empire d'Allemagne, comprise dans le cercle du bas Rhin. 11 renfermait toute la vallée inférieure de la Moselle, depuis la frontière de France jusqu'à Coblentz, et au tJelà du Rhin plusieurs bailliages au N. et au S. de la Lahn; il était borné à l'O. par le Luxembourg, au N. parle duché de Juliers et l'électorat de Cologne, à l'E. par les Etats de Nassau et l'électorat de Mayence, au S.-E. et au S. par le cercle du haut Rhin et la France. L'électeur de Trêves, qui s'intitulait chancelier des Gaules, était dans l'ordre hiérarchique le second électeur de l'Allemagne.

TRÉVÉSIE s. f. (tré-vé-zi). Bot. Genre d'arbres et d'arbrisseaux épineux, de la famille des araliacées, formé aux dépens des gastonies, et dont l'espèce type croit dans l'Inde.

TBEVETH (Nicolas), historien et philologue anglais. V. Triveth.

TBEVI, ville du royaume d'Italie, province d'Ombrie, à 9 kilom, S.-E. de Fotigno ;

TRÉVIER s. m. (tré-vié). Ane. mar. Maître voilier, u Ouvrier qui fait des voiles.

TREVIEUES, bourg et commune de France (Calvados), sur l'Aure, ch.-l. de cant., arrond. et à 13 kilom. de Bayeux ; pop. aggl., 681 hab. — pop. tôt., 1,100 hab. Fabrication de sabots ; commerce de beurre et de bestiaux.

TREVIÈS (Bernard ds), en latin Do Trivii. ou Do Tribus vii», poète français qui vivait au xhc siècle. Tout ce qu'on sait de sa vie, c'est qu'il était chanoine de la cathédrale de Maguelonne. Bernard de Treviès composa des poésies latines, dont diverses pièces ont été publiées dans l' Histoire ecclésiastique de Montpellier de d'Aigrefeuille, et il passe généralement aujourd'hui pour l'auteur du poëme intitulé Pierre de Provence, dont les premières éditions, fort recherchées , sont antérieures k H90. Ce poème obtint un trèsgrand succès, surtout au xvie siècle, et fut traduit en espagnol, en catalan, en hollandais, eu allemand, en danois et en polonais. Il a été réédité de nos jours, habillé à la moderne, dans la Bibliothèque bleue, sous le titre : le Vaillant chevalier Pierre, fils du comte de Provence, et la belle Maguelonne, fille du roi de Naples.

TREVIGLIO , ville du royaume d'Italie , dans une plaine , sur un petit affluent de l'Adda, ch.-i. d'arrondissement, dans la province et à 23 kilom. S.-S.-O. de Bergame; 11,050 hab. Sa principale richesse est le commerce de la soie, que l'on recueille dans tous les villages voisins.

TBEVIGLIO (Bernardo Zbnale,. dit Bernardino ou Bernardo), peintre et architecte italien. V. Zknale.

TRÉVIL1.E (dk), officier français, puis solitaire de Port-Royal, né vers 1635, d'une famille noble du Bearn, mort après 1704. Il entra comme cornette dans la première compagnie des mousquetaires du roi, puis fut attaché à la maison de la duchesse d'Orléans, et il s'y trouvait encore en 1670 quand elle mourut. Alors il résolut de quitter le monde. Il était savant, connaissait la langue grecque et avait fréquenté le salon de Mme de Longueville, ou allaient les jansénistes. M. de Sacy était alors en prison, et il s'agissait d'amender sa traduction du Nouveau Testament pour une nouvelle édition. Il y eut des conférences , et Tréville proposa

TREV

des modifications importantes. Cela le mit en rapport avec Arnauld d'Andilly, et ce fut naturellement du côté de Port-Royal qu'il regarda au inornent de quitter le monde. Boileau cite Tréville parmi ceux qui connaissaient le mieux les anciens; Rollin le cite aussi avec éloge. Un anonyme le compare à Nicole. « II y avait, dit-il, plus de choses vives' et rares dans ce que disait M. de Tréville; mais il y avait plus de délicatesse et autant d'esprit et de bon sens dans la manière dont Mo»e de Longueville s'exprimait. » Bossuet le fréquentait. Tréville était devenu un personnage important dans le monde religieux. Ses opinions avaient de l'autorité. Vers l'année J683, il rentra peu à peu dans le monde, à la suite de la dispersion de la Société de Port-Royal. En 1704, il avait même consenti à être nommé à l'Académie française.

Louis XIV, qui ne l'aimait pas, objecta i que cette place ne convenait point à un homme aussi retiré que M. de Tréville, et qu'ainsi il fallait que l'Académie procédât au choix d'un autre sujet. » A cette époque de sa vie, Saint-Simon l'a peint de main de maître. « Troisvilles, dit-il, que, par corruption, on appelait Tréville, était un gentilhomme de Béarn qui avait beaucoup d'esprit et de lecture et un esprit galant et fort agréable. Il débuta fort agréablement dans le inonde et à la cour, où des dames du plus haut paruge et de beaucoup d'esprit le recueillirent fort et peut-être plus que de raison. La guerre où son père commandait les mousquetaires ne lui fut pas si favorable que la cour, et on l'accusa de n'y pas être si propre. Il s'en dégoûta bientôt, mais pour se jeter dans une grande dévotion. Celle du fameux Port- Royal était celle des gens d'esprit; il tourna de ce côté-là et se retira tout à fait. Il persévéra plusieurs années, puis alla revoir son pays. Il s'y dissipa et se livra, à son retour, a des devoirs qui devinrent un soulagement de la solitude. Le pied lui glissa parmi les toilettes qu'il fréquenta ; le dévot devint philosophe, et, dans cette philosophie, on lui reprocha de l'épicurien. U se remit à faire des vers, à donner des repas recherchés, U exceller par un bon goût difficile à atteindre. Ses remords et ses anciens amis de piété l'y rappelaient par intervalle, et sa vie dégénéra en haut et bas, en quartiers de relâchement et de régularité et le tout en une sorte de problème qui, sans l'esprit qui le soutenait et le faisait désirer, 1 eût. tout à fait déshonoré et rendu ridicule. Ses dernières années furent plus réglées et plus pé'nitentos et répondirent moins mal au commencement de sa dévotion. •

TBÉVILLE (Louis - René - Madeleine Le Vassoh dk La Touche-), amiral français. V. La Touchk-Tréville.

TRÉVIR s. m. (tré-vir — mot lut. formé de très, trois, et de vir, homme). Hist. rom. Nom donné à trois magistrats romains préposés à la fabrication des monnaies.

TRBVIRANIE s. f. (tré-vi-ra-nl — de Treviranus, botan. allem.). Bot. Genre de plantes, de la famille des gesnériacées, tribu des gesnériées, formé aux dépens des achimènes, et comprenant plusieurs espèces, qui croissent dans l'Amérique tropicale.

TREV1RANCS (Gottfried-Reinhold), médecin et physiologiste allemand, né à Brème en 1776, mort en 1837. Il avait fait de remarquables progrès dans les sciences lorsqu'il alla à Gœtungue, en 1793, pour se livrer .à l'étude de la médecine, de l'anatomie comparée et de la physiologie. Reçu docteur en 1796, il alla exercer son art k Brème, où il devint professeur de mathématiques et de médecine. En 1810, il fit un voyage à Paris et partagea son temps entre sa nombreuse clientèle et la rédaction d'écrits qui ont fait sa réputation. Prenant la physiologie au point où l'avait laissée Haller, il voulut, à l'imitation de ce grand homme, la présenter au xixo siècle telle qu'elle résultait de l'ensemble de tous les travaux accomplis depuis cette époque, et c'est ce qu'il aurait fait s'il eût continué jusqu'au bout sa savante Biologie. Ce n'était jamais, dit Tiedemaun,que sur des faits bien établis qu'il étayait ses considérations générales et ses théories. Aussi le nom de Treviranus restera honoré dans l'histoire de l'anatomie et de la physiologie pour les nombreuses découvertes que l'on doit à son talent d'observation et à son infatigable activité, aussi bien que pour l'originalité et la sugacité qu'a déployées son esprit en fondant ses théories sur la vie. Voici les titres de ses principaux écrits: De emendanda physiolot/ia (Gœuingue, 1796, in-40); Fragments physiologiques (Hanovre, 1797-1799, ï vol. iu-80) ; Sur l'influence du galvanisme et de quelques agents chimiques sur les végétaux (Copenhague, 1800, in-S<>); Recherches sur l'action de l'opium et de la belladone sur les poumons des reptiles, avec quelques remarques sur l'irritation galvanique (1800) ; Biologie (Gœttingue, 1802-1822, û vol. in-8g); De protei atiguinei encep/ialo (Gœttingue, 1819, in-40) ; Mélanges d'anatûmie physiologique (1816-1821,21 vol. in-40); Addition à l'anatomie et à la physiologie des organes des sens (IS28, in- fol.); Lois et phénomènes de la vie organique (1831-1833, 2 vol. m-8<>); Addition pour l éclaircissement des phénomènes de la vie organique (1835, in-8»), etc. On lui doit,

TREV

en outre, un grand nombre de Mémoires publiés dans un journal de physiologie.

TREVIRANUS (Ludolf-Christian), médecin allemand, frète du précédent, né à Brème en 1779, mort en 1804. Il fut successivement professeur de médecine au Lyceuni de Brème (1807), professeur ordinaire de botanique à l'université de Breslau et directeur du jardin botanique de cette ville (1812), et il obtin1plus tard une chaire à la Faculté de méde cine de Bonn. On a de lui : De la structure intérieure des plantes (Gœttingue, 1806), ouvrage qui obtint beaucoup de succès, bien qu'il eût été publia à la même époque que d'autres travaux analogues de Link et de Rydolphi, et Physiologie des plantes (Bonn, 1835-1839, 2 vol.), traité qui fut également fort goûté, en dépit des vives attaques do l'auteur contre les idées modernes. Treviranus fut, en outre, l'un des collaborateurs les plus actifs des Mélanges d'anatomie et de physiologie publiés par son frère (Gœttingue et Brème, 1816-1821, 4 vol.) et du Journal de physiologie, que les deux frères éditèrent cri commun avec Tiedemanu.

TRÉVIRE s. f. (tré-vi-re — de tri, pour trans, et de virer). Mar. Corde double, amarrée par son milieu au sommet d'un plan incliné, et au moyen do laquelle on peut attirer ou laisser descendre doucement un corps cylindrique retenu par les deux brins de la corde.

TRÉVIRER v. a. ou tr. (tré-vi-ré — du préf, tré, pour trans, et de ui'rer). Mar. Affaler, hisser à l'aide de trévires.

TRÉVISAN, ANE s. et adj. (tré-vi-zan, ane). Géogr. Habitant de la ville ou du pays do Trévise; qui appartient à ce pays ou à ses habitants ; Les TréVISaNS, la population TKBVISANK.

TREVISAN I (François), peintre italien, né à Capo-d'lstria en 1610, mort à Rome en 1746. Cet artiste, fréquemment appelé Troviuni lo Romain, pour le distinguer de son frère Angiolo, eut pour -premier maître un habile peintre français. Ses progrès furent tels quà onze ans il exécuta un petit tableau de son invention, dontles connaisseurs furent émerveillés. Son père l'envoya alors étudier dans l'atelier de Zanchi, à Venise, d'où le jeune homme se rendit à Rome. Dans cette ville, Trevisani se fit avantageusement connaître et fut chargé d'importants travaux parle cardinalChigi, neveu d'Alexandre Vil, par le duc de Modène, par te pape Clément XI, sur l'ordre duquel il exécuta 110 tamment une partie de la coupole du dômu d'Urbin, et par Pierre le Grand, qui lui paya impérialement plusieurs tableaux. Cet artiste, possédait à un degré étonnant le talent d'imiter toutes les manières. Il a peint un grand nombre de tableaux dans divers genres. Ses productions se distinguent par le bon choix de la composition, par une touche fine et spirituelle, par un ton général agréable et chaud. Parmi le3 meilleures, nous citerons : un des Prophètes du palais de Saint-Jean-dè- Latran ; les Quatre parties du monde, décorant les peudentifs du dôme d'Urbin ; Saint Joseph mourant, peinture célèbre qu'on voit dans l'église du collège royal, à Rome; un Crucifiement, à Forli, regardé par Trevisani comme son chef-d'œuvre; la Vierge couvrant dune draperie l'Enfant Jésus qui dort et Jésus montrant une gren'adilte à la Vierge, au inusée du Louvre. Cet artiste était beau , spirituel et très-habile k tous les exercices du corps. — Son frère, Angiolo Trevisani, né à Capo-d'lstria, se rendit à Venise, où il se fixa, eut pour maître le Zanchi et devint un peintre distingué. Angiolo excella surtout dans le portrait. On ignore la date de sa naissance et celle de sa mort.

TREVISANO (Paul), voyageur italien, nô à Venise vers 1452, mort après 1505. Il visita l'Egypte, la Syrie, l'Arabie, ta Palestine, l'Ethiopie, Chypre, fut chargé par le grand maître de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem de négocier un traité de paix avec le Soudan d'Egypte, puis devint provéditeur de la république de Venise à Salo, dans le Bressan. Trevisano avait composé un ouvrage intitulé : De Nili origine et incremento ; item de JEthiopum regione et moribus liber sinyularis, dont le manuscrit s'est égaré.

TREVISANO (Marc-Antoine), doge de Venise, mort en 1554.° Il succéda à François Donato Je 4 juin 1553 et se fit remarquer par sa sagesse. Pendant son court passage au souverain pouvoir, Venise conserva lu neutralité vis-à-vis de Charles -Quint et de Henri II, en guerre en Italie. F. Venieri lut succéda.

TRÉVISE, anciennement Tarvisus , en italien Trevigi, ville forte du royaume d'Italie , ch.-l. de la province de son nom , à 30 kilom. N.-N.-O. de Venise, sur la Sile, la Siletta et le Bottenizo, par 45» 39' 41" de latit. N. et 90 54' 24" de longit, F.; 18,000 hab. Evéché suflragant de Venise. Jadis université , transportée à Padoue. Tribunal de iro instance, chambre de commerce. Gymnase, séminaire, bibliothèque de 30,000 volumes, jardin des plantes. Elle est entourée de remparts soutenus par des murailles , flanqués de treize bastions, et au S. desquels coule la Sile. Les rues sont en général irrégulières, assez bien pavées et garnies de maisons médiocrement, bâties. On y voit de

TREV

beaux palais, des églises qui méritent d'être remarquées, une place et un fort beau théâtre. La cathédrale renferme une Annonciation de Titien, des peintures de Paris Bordone et des fresques de Pordenone. Fabriques de toiles, d'ustensiles de cuisine en faïence, en cuivre et en fer; de coutellerie, de soieries, de lainages, de cotonnades, de papier, et des tanneries, dont les produits donnent lieu à ■ un commerce assez actif. Patrie de Totila et de Benoit XI.

Trévise est, très-ancienne. Sous les Romains, cette ville parait avoir été municipe. Elle passa ensuite aux Goths, qui la rendirent à Bélisaire après la bataille de Ravenne. Les Hongrois s'en emparèrent dans la suite; elle appartint depuis 1388 à Sa république de Venise, dont elle partagea les destinées jus(| n'en 1797, époque où elle fut prise par les Français, commandés par Mortier, que Napoléon créa plus tard duc de Trévise. Klle devint, en 1805, le chef'lieu du département de Tagliamento. A la suite d'une insurrection qui éclata à Trévise le 21 mars 1848, la garnison autrichienne dut évacuer la ville. Le 11 mai, les Piémontais y furent battus, et, après deux bombardements, elle capitula.* Elle a été annexée en 1866 au royaume d'Italie.

TREVISE (province de). Cette province, située entre celles de Bellune au N., de Vicence à l'O., de Padoue et de Venise au S., d'Udine à l'E., a 236,070 hectares, 70 kilom. sur 60 et 303,483 hab. Excepté au N., .où s'élèvent quelques montagnes, le reste de sa surface ne consiste qu'en une vaste plaine arrosée par la Piave; la Sile, le Montciano, le Musone, le Vallio et un grand nombre de canaux d'irrigation. Le sol y est en général très-fertile, et on y recueille toutes les céréales, du riz, des fruits et surtout des noisettes, du vin, du lin, du bois, etc. L'éducation du gros bétail y est d'une certaine importance et on y fait des fromages estimés. Celle des vers à soie, des abeilles et de la volaille y est considérable. Il y existe des mines, entre autres de cuivre. L'industrie manufacturière y a principalement pour objet la fabrication d'étoffes de soie, de lainages et de papier.

TRÉVISE (Jérôme de) ou TREV1GI, peintre italien, V. Jérôme de Trévise.

TRÉVISE (duc de), maréchal de France.

Page 1