TRI AND
TRIANTHB s. m. (tri-an-te — du préf. tri, et du gr. anthos, fleur). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des nassauviées, dont l'espèce type croît dans la Patagonie. Il Syn. de tofieldie, genre de mélanthacées.
TRIANTHÈMB s. m. (tri-an-tè-me — du préf. tri, et du gr. anthêmon , fleur). Bot. Genre de plantes, de la famille des portulacées, tribu des sésuviées, comprenant une dizaine d'espèces, qui croissent dans les régious les plus chaudes du globe.
TRIARDS s. m. pi. (tri-ar — rad. trier). Techn. Nom que donnent les cartiers aux cartes du troisième triage.
TRIARGENTIQUE adj. (tri-ar-jan-ti-ke — du préf. tri, et de argeniique). Chim. Se dit d'un sel argentique qui contient trois fois autant de base que le sel neutre'correspondant.
TRIARTHRE s. m. (tri-ar-tre — du préf.
irt, et du gr. arthron, article). Crust. Genre de crustacés, de l'ordre des trilobites.
TR1ARTHRIE s. f. (tri-ar-trî — du préf. tri, et du gr. arthron, article), Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des jnuscides, qui habite l'Angleterre.
TR1ARTHRON s. m. (tri-ar-tron — du préf.
TRIE
tri, et du gr. arthron, article). Entora. Genre d'insectes coléoptères hétéromères.dela tribu des anisotomides, dont l'espèce type habite l'Allemagne.
TRIARTICULÉ, ÉE adj. (tri-ar-ti-ku-lè — du préf. tri, et de articulé). Entom. Qm a trois articles.
TRIAS s. m. (tri-ass — du gr. trias, nombre de trois). Géol. Nom d'un des étages des terrains géologiques : Le trias forme le soussol du territoire de Toulon. (Ad. Meyer.)
— Encycl. Le trias est l'étage le plus an-, cien des terrains secondaires. Ce terrain est caractérisé par là prédominance des reptiles sauriens et par les proportions gigantesques souslesquellesce type se manifeste. Plusieurs étaient exclusivement marins.d'autres étaient amphibies ; quelques-uns, enfin, se tenaient à terre et rampaient au milieu d'une végétation tropicale. L'air lui-même était parcouru par des lézards volants, appelés ptérodactyles. Il n'y avait que peu de quadrupèdes d'un ordre un peu plus élevé que les reptiles, car la terre était peut-être encore trop inondée et, de plus, était soumise à des secousses violentes, à des inondations et à des variations atmosphériques trop fréquentes.
La série triasiquaest caractérisée par une grande abondance de gypse et de sel. Le nom de trias lui a été donné parce qu'elle renferme trois parties principales, quoique cela lui soit commun avec plusieurs autres formations. On rencontre à la partie inférieure le grès bigarré, puis, à la partie moyenne, un étage dit muschelkalk (v. ce mot), et enfin les marnes irisées à la partie supérieure.
Les marnes irisées ont une composition très-variable; elles sont formées de couches calcaires plus où moins marneuses et de couches d'argile, qui alternent en se mélangeant de toutes les manières. Quelquefois la partie supérieure se termine par des grès. Cet étage peut se diviser en 3'iverses assises, qui sont, en s'élevant au-dessus du muschelkalk, les marnes avec gypse, puis une assise de sel ; puis les marnes avec gypse et onhydrite, des grès très-argileux et très-tendres, contenant un petit lit de lignite- des dolomies compactes; d'une couleur jaunâtre et ayant une épaisseur de 7 à 8 mètres, enfin des marnes, puis les dolomies supérieures, quelquefois très-caverneuses, des marnes versicolores et enfin les couches de jonction. Les grès organiques Sont très-rares dans cet étage.
Enfin le troisième étage est celui du §rès bigarré; il est quarizeux, a grain fin, solide, le plus souvent de couleur rouge, mais quelquefois aussi mélangé de blanc, de bleuâtre, de verdâtre, ce qui produit une bigarrure à laquelle il doit son nom. On y trouve des dépôts stratiforraes de matière très-argileuse, variée de couleur, et des couches minces de dolomie. Le grès bigarré, lorsqu'il est rouge, l'est moins que le grès des Vosges ; il est grenu et très - notablement micacé. Trèssouvent il succède a-u grès des Vosges, mais une grande différence les caractérise ; c'est que les poudingues ne sont pas fréquents dans le grès bigarré, tandis qu on les rencontre fréquemment dans le grès des Vosges. 11 présente souvent une stratification trèsfine.
Le trias a reçu aussi les noms de terrain ketiprique et de nouveau grès rouge.
TRIASIQUE adj. (tri-a-zi-ke— rad. trias). Géol. Qui appartient au trias : Terrains tria-
SIQUES. Age TRIASIQUE.
TRIASPIDE s. m. (tri-a-spi-de — du préf. tri, et du gr. aspis, bouclier). Bot. Genre d'arbres ou d'arbrisseaux, de la famille des malpighiacées, tribu des pleuroptérygièes ou hirées, comprenant quatre espèces, qui croissent dans l'Asie tropicale et au Cap de Bonne- Espérunce.
TRIATHÈRE s. m. (tri-a-tè-re — du préf. tri, et du gr. athêr, barbe de blé). Bot. Genre de plantes, de la famille des graminées, tribu des chloridées, dont l'espèce tvpe croit à Saint-Domingue.
TRIATOMICITÉ s. f. (tri-a-to-mi-si-té — rad. triatomique). Chim. Caractère des molécules triatomiques.
TRIATOMIQUE adj. (tri-a-to- mi - ke — du préf. tri, et de atomique)- Chim. Se dit des corps dont les atomes ont trois points d'attraction et peuvent se combiner avec uu, deux, trois équivalents.
TRIAUCOURT, bourg et comm. de France (Meuse), ca.-l. de canton, arrond. et à 26 kilom. de Bar-le-Duc; pop. aggl., 901 hab. — pop. tôt., 990 hab.
TRIAULACIE s. f. (tri-ô-la-sl — du préf. tri, et du gr. au lax, sillon). Infus. Genre d'infusoires polygastriques.
TRIAURIQUE adj. (tri-ô-ri-ke — du préf.
tri, et iio-aurique). Chim. Se dit d'un sel aurique qui contient trois fois autant de base que le sel neutre correspondant.
TRIAVERDIN s. m. (tri-a-vèr-dain). Hist.
Nom donné à des brigands du xiio siècle, qui furent excommuniés par le troisième concile de Latran.
TRIBADE s. f. (tri-ba-de —■ gr. tribas; de tribô, je frotte). Femme dont le clitoris a pris un développement exagéré et qui abusa 5e son sexe.
TRIB
TRIBADISME a. m. (tri-ba-di-sme — rad.
tribade). Habitudes vicieuses des tribades.
TRIBALE s. ml {tri-ba-le — du gr. tribolos, usé, déchiré). Entom. Genre d'insectes coléoptères pent» mères, de la tribu des histéroïdes, dont l'espèce type vit au Cap de Bonne-Espérance.
TRIBALLE s. f. (tri-ba-le). Morceau de porc frais, cuit dans de la graisse, que l'on vendait autrefois au peuple dans les foires.
— Techo. Instrument dont se servent les fourreurs pour assouplir les peaux.
TRIBALLER v. a. ou tr. (tri-ba-lé — rad. triballe). Techn. Passer par la triballe, assouplir sur la triballe : Triballer les peaux.
TRIBART s. m. (tri-bar). Bâton que l'on suspend au cou d'un chien, pour l'empêcher de chasser ou de courir dans les vignes.
— Instrument composa de trois bâtons que l'on met au cou des cochons, pour les empêcher de passer à travers les haies.
TRIBARYTIQUB adj. (tri-ba-ri-ti-ke — du préf, tri, et de barytique). Chim. Se dit d'un sel barytique qui contient trois fois autant de base que le sel neutre correspondant.
TRIBASICITÉ s. f. (tri-ba-zi-si-té — rad. tribasique). Chim. Caractère des acides tribasiques.
TRIBASIQUE adj. (tri-ba-zi-ke "— du préf. tri, et de basique). Se dît d'un sel qui comiuiit trois fois autant de base que le sel neutre correspondant. Il Se dit d'un acide qui ne peut être neutralisé que par trois équivalents de base.
TRIBENZOYI.-SAUCINE S. f . (tri-bain-zoil-sa-li-si-ne). Chim. Composé qui dérive de la salicine par la substitution de trois benzoïles à trois atomes d'hydrogène.
— Encycl. V. SALICINE.
TRIBENZYLAMINE s.f. (tri-bain-zi-la-mi-
ne — du préf. tri, et de beiizilamine). Chim. Base qui dérive de l'ammoniaque par la substitution de trois radicaux benzyle à trois atomes d'hydrogène.
TR1BENZYLÈNE-TRIAMÏNE S. f. (tribain-zi-le-ne-tri-u-mi-ne). Chim. Base qui résulte de la substitution de trois radicaux divalents benzylène à trois atomes d'hydrogène dans une triple molécule d'ammoniaque.
TRIBLEMMA s. m. (tri-bl'èmm-ma — du préf. tri, et du gr. btemma, face). Bot. Syn. de bortoionie, genre de mélastomacées.
TRIBL1DIE s. f. (tri-bli-dî). Bot. Syn. de CÉNANGION, genre de champignons.
TRIBOLIE s. f. (tri-bo-lî — du gr. tribolos, trident). Entom. Genre d'insectes coléoptères hétéromères, de la tribu des diapériales, dont l'espèce type vit à Java.
TR1BOLO (Nicolo Pericoli, dit le), sculpteur italien, né à Florence en 1500, mort en 1565 d'après Vasaiî, en 1550 selon d'autres. D'abord apprenti chez un menuisier, il eut ensuite pour maître le Sansovino, sous la direction duquel il apprit la sculpture et l'architecture. Grâce à son ardeur au travail, à la flexibilité de son génie, il fut bientôt capable d'exécuter par lui-même des travaux importants. Appelé à Bologne, il exécuta pour les portes de Saint-Petrone deux statues • en marbre de Sy billes, où il révéla son talent
fracieux, simple, plein d'expression, et une elle Assomption pour la même église. De retour à Florence, l'habile artiste lit pour François 1er une belle statue de la Nature, destinée au château de Fontainebleau. En 1529, Clément VII étant venu assiéger Florence, le Ti ibolo ne rougit point de trahir sa patrie en vendant au pape le plan de Sa ville natale^ dont le pontife s'empara. Il ejtétuta ensuite, sous la direction de Michel-Ange, des travaux remarquables à la bibliothèque Laurenziana et deux statues destinées à orner le tnausol ée de Julien de Médicis, travailla pour les grands-ducs Alexandre et Cosme 1er, seulpta la statue équestre de Jean de Médidicis, dit dei bande nere, et exécuta presque toutes les sculptures d'un arc de triomphe dont ii avait donné le plan et qui fut élevé à Florence à l'occasion des fêtes célébrées pour le mariage d'Eleonore de Médicis avec le vice-roi de Naples. Les nombreux travaux, de cet artiste lui valurent d'être nommé surintendant des ponts, fleuves et chaussées de Florence. A ce titre, il voulut diriger le cours des eaux du territoire; mais des inondations qui eurent lieu pendant ces travaux soulevèrent contre lui des plaintes presque unanimes. Il en éprouva un tel chagrin, qu'il tomba gravement malade et mourut peu après.
Le Tribolo fut nn des premiers sculpteurs de son temps. Au lieu d'imiter Michel-Ange, dont il avait fait une étude approfondie et copié plusieurs œuvres, il s'attacha surtout à chercher l'élégance et la délicatesse des formes. Outre les travaux déjà mentionnés, nous citerons de lui : le Paysan arrêtant en si/fiant son cheval chargé d'un bas-relief qui représente un des voyages de la Sant«-Casat à Lurette; une statue n'Ange et les tombeaux de Medici et de Malteo Carte, à Pise ; le tombeau d'Adrien VI, en collaboration avec Michel-Ange de Sienne, à Koine; deux figures de Victoires, qui soutiennent les armes des Médicis sur une façade de la citadelle de Florence; la fontaine du château de Castello,
TRIB
où l'on admire une Nymphe qui fait sortir de l'eau en pressant ses cheveux.
TRIBOLONOTE s. m.{tri-bo-lo-no-te — du gr. tribolos, trident; nàtos, dos). Erpét. . Genre de reptiles, de la famille des chalcidiens, dont 1 espèce type habite la Nouvelle- Guinée.
TRIBOMÈTRE s. m. (tri-bo-mè-tre — du gr. Iribà, je frotte; metron, mesure). Physiq. Instrument qui sert à mesurer la force du frottement.
TRIBOMÉTRIQUE adj. (tri-bo-mé-tri-ke — rad. tribomètre). Physiq. Qui appartient au. tribomètre : Appareil tribométrique.
TRIBON s. m. (tri-bon — gr. tribân; de tribô, je frotte, j'use). Antiq. gr. Manteau grossier à l'usage des pauvres gens et des philosophes. Il Casaque courte des Spartiates.
— Arachn. Genre d'arachnides, de l'ordre des acariens.
TR1BONANTHE s. m. (tri-bo-nan-te — ô\i gr. tribân, haillon ; anthos, fleur). Bot. Genre de plantes, de la famille des hémodoracées, dont l'espèce type croit dans le S.-O. de l'Australie.
TRIBONIEN, jurisconsulte grec, né à Side { Pamphylie) au commencement du vie siècle, mort en 547. Il se. livra exclusivement à la jurisprudence, plaida quelque temps avec succès à Constantinople, parvint sous Justinien, dont il gagna la faveur, aux plus hautes dignités de l'Etat, devint questeur, maître du palais, consul et fut chargé par lui (528) démettre en ordre le chaos.de la législation romaine , de recueillir et de classer méthodiquement en un corps tous les éléments épars du droit romain, décisions des empereurs, commentaires et traités des jurisconsultes, etc. Il s'adjoignit pour cet immense travail toutes les notabilités de )a magistrature et du barreau : Théophile, Cratinus, Etienne, Mennas, Thalalie, Timothée, etc., et mit au jour, quatre ans après (534), lés trois recueils devenus célèbres : le Code, le Digeste (ou Pandectes) et les Instituies, auxquels on joignit plus tard les Novelles. On a reproché à Tribonien sa vénalité et le trafic odieux qu'il fit de la justice et des lois. Toutefois, malgré les murmures du peuple, il conserva son crédit auprès de l'empereur. « Patricien vicieux , courtisan flatteur; ministre cupide, dit M. de Ségur, cet habile jurisconsulte sacrifia souvent sa conscience au pouvoir et la justice à sa fortune. Il tronqua plusieurs lois, en altéra d'autres, en corrompit en quelques points l'esprit et presque partout le style. En 528, il avait déjà réuni en un volume les trois codes de Grégoire, d'Hermogénien et de Théodose, dont il avait supprimé les préambules, les répétitions'et fait disparaître les contradictions. Un autre ouvrage plus important et plus étendu, que son activité infatigable fit bientôt paraître, fut le recueil complet des monuments de l'ancienne législation; on le nomma Digeste, parce qu'il était composé par ordre de matières, et Pandectes, comme renfermant toute l'ancienne jurisprudence... Chargé d'un autre travail, Tribonien et deux commissaires qui lui étaient adjoints avaient précédemment extrait de toutes les anciennes lois les premiers éléments de la jurisprudence, dont Us composèrent quatre livres appelés les Instituts de Justinien ; ils servirent, dans la suite, d'introduction aux études, et cette partie du travail immense de Tribonien fut toujours considérée comme la plus parfaite de tout le corps du droit... Quelques défauts que l'on ait reprochés au travail de Tribonien, le monument qu'il a élevé est cependant plus durable et plus glorieux que les trophées des plus illustres conquérants. Ses codes sont encore regardés comme le corps de droit le plus complet que la science et la sagesse humaine aient jamais produit, et c'est là que, jusqu'à ce jour, tous les législateurs des peuples modernes sont venus chercher les principes et les lumières qui pouvaient éclairer leur marche et dissiper les ténèbres de la barbarie. >
TRIBONYX s. m. (tri-bo-nikss — du gr.
tribô, je broie; onux, ongle). Ornith. Syn. de
BRACHYPTRALLE.
TRIBORD s. m. (tri-bor, — Ce mot, qui signifie étyinologiqueinent bord du gouvernail, Uoit son origine à l'usage où l'on était autrefois d'attacher le gouvernail à tribord. Il vient du germanique : anglo-saxon steorbord, Scandinave stiorbord, bas allemand stilrbord, anglais starboard, formes dérivées de l'anglosaxon bord, bord d'un navire, Scandinave stiom, bas allemand stur, même sens ; anglais to sieer, gouverner une embarcation. La forme stribord, qui est abandonnée, est plus voisine du primitif germanique que la forme tribord). Mar. Côté droit du navire, dans la direction de l'arrière à l'avant : Porter la barre à tribord. Signaler une île à tribord. Gouverner à tribord. Faire feu de bâbord et de tribord. Il L'une des deux moitiés de l'équipage qui font alternativement le service du navire : Le quart de tribord venait de succéder à celui de bâbord.
— Fam. Faire feu de tribord et de bâbord, Faire usage de tous ses moyens, de toutes ses ressources.
TRIBORDAIS s. m. (tri-bor-dê — rad. tribord). Mar. Marin appartenant à la portion de l'équipage qui fait le quart de tribord.
TRIB
TRIBOUIL s. m. (tri-boull ; II mil.— V. tribodiLLKR). Trouble, agitation : Comités, clubs, sections , faisaient un tribouil effroyable. (Chateaub.) Il Vieux mot.
TRIBOUILLER v. n. ou intr. (tri-bou-llé; Il mil. — Ce mot vient du latin tribulare, presser, tourmenter, affliger, venu lui-même de tribulum, sorte de herse que les anciens Romains traînaient sur les épis pour séparer le grain de la paille). Etre airité, troublé : Le sang me tribouiLlk partout. (Campistron.)
— v. a. ou tr. Agiter, troubler : Ce n'est pas la peine de parler de cela à notre chérubin, ca le tribouillera.it, ça te ferait jaunir, (Balz.)
TRIBOULET s. m. (tri-bou-lè — nom d'un fou célèbre). Fou, bouffon.
— Techn. Cylindre de bois dont se sert l'orfèvre pour arrondir différents ouvrages, lorsqu'ils sont forgés et ciselés. Il Outil de forme conique et offrant des rainures circulaires de distance en distance, dont se servent les fleuristes artificiels pour produire la nervure principale de certains pétales qui doivent se contourner en dehors.
TRIBOULET (FiSURULdit), célèbre bouffon français, né a Foiz-lez-Blois en 1479, mort vers 1536. Un jour, s'il faut en croire le mé- i decin Jean Bernier (Histoire de Blois), il parcourait, maigre et chétif, les faubourgs de Blois, quand des pages ou des laquais de la cour s'amusèrent de son infirmité et le maltraitèrent. Or, il advint que Louis XII, étant en son château de sa ville natale, apprit la conduite de ses gens et voulut la réparer. Il fit remettre une bourse au pauvre hère, l'admit en sa présence et prit tant de plaisir à ses reparties qu'il le garda auprès de lui. De ce iour, Feurial ne s'appela plus que Triboulet,' le fou du roi. Il suivit le monarque dans son expédition contre les Vénitiens (1509). Un de ses contemporains, Jean Marot, nous le montre au siège de Peschiera, fort effrayé du bombardement et se cachant sous un lit. Et croy qu'enoor y fût ai ne l'en eût tiré. Ce même poète a tracé son portrait dans ces vers :
Triboulet fut ung fol, de la teste écorne, Aussi saige à trente ans que le jour qui fut né. Petit front et gros veux, nez grant et taille à voste. Estomac plat et long, haut dos ù porter hoste, Chacun contrefaisoit, chanta, dansa, prêcha, Et de tout si plaisant, qu'onc homme ne fâcha.
Il ne faut pas prendre à la lettre ce dernier hémistiche ; car" il ne rencontra pas toujours sur son chemin des gens disposés à le ménager, comme on le verra plus loin.
Aprèâ la mort de Louis XII, la faveur de Triboulet, au lieu de diminuer, s'accrut encore. François Ier reconnaissait qu'il y avait dans cette tête éventée plus d'un avis dont il aurait bien fait de profiter. Cependant la verve spirituelle et caustique de ce maître fou n'épargnait personne, sans en excepter son royal protecteur. En 1539, les Gantois s'élant révoltés contre Marie, gouvernante des Pays- Bas, Charles-Quint, qui était alors en Espagne, fit demander à François 1er la permission detra verser la France, en lui promettant de donner l'investiture du Milanais à celui de ses enfants qu'il désignerait. Le roi envoya ses fils au-devant de l'empereur jusqu'à Bayonne et alla lui-même le recevoir jusqu'à Châtellerault. C'est à cette occasion que Triboulet, tirant ses tablettes, s'écria tout en écrivant : t Certes, voilà un prince qui a droit de figurer sur ma liste ; il faut assurément avoir la cervelle dérangée pour se livrer ainsi à la discrétion de son rival. — Mais, répliqua le roi chevalier, si je le laisse passer, que diras-tu ? — En ce cas, Sire, j'effacerai son nom, et je mettrai le vôtre. » Du moment que François IBr se laissait volontiers traduire devant le tribunal de la. folie, les courtisans auraient eu mauvaise grâce de se soustraire à cette juridiction, On rapporte que Triboulet se trouva présenta un entretien où l'on cherchait le moyen de se faire un passage en Italie. On en proposa plusieurs; il ne s'agissait plus que de se déterminer sur le choix. Le bouffon prit aussitôt la parole en agitant sa marotte. « Vous croyez, messeigneurs, avoir la sagesse en partage ; vous vous trompez étrangement, car vous n'avez oublié qu'un point, le principal. — Et quel est; pauvre insensé, ce point essentiel, reprit un grave conseiller? — C'est bien simple; vous avez longtemps délibéré sur les endroits par lesquels il faut entrer en Italie, sans chercher par où vous en pourrez sortir. » Si au Louvre Triboulet était à peu près sûr de l'impunité, en dehors du palais il ne jouissait pas tout à fait du même privilège. Menacé par un gentilhomme qu'il avait offensé grièvement de périr sous le bâton, il alla se plaindre au roi. Si quelqu'un, lui dit François, était assez hardi pour te tuer, je le ferais pendre un quart d heure après. — Ah 1 Sire, répliqua Triboulet, s'il plaisait à Votre Majesté de le faire pendre un quart d'heure avant? » Rabelais, dans son Pantagruel (livre III, chap. xxxvil), applique à Triboulet l'épithète de Moroito|>l>e, ce qui veut dire un fou sage, et Bonaventure Desperriers , dans un de ses contes, le second, le traite de bouffon à 25 carats. On comprend qu'un tel personnage ne pouvait manquer, quoique tardivement, d'attirer l'attention de nos auteurs dramatiques. Un grand poète a commencé
TRIB
par le rendre populaire en faisant de Triboulet, dans le Roi s'amuse (Théâtre-Français, 22 novembre 1832), le héros de l'amour paternel, la laideur physique disparaissant par un heureux contraste sous la beauté morale. En 1835, on a représenté au Palais-Hoyal le Fils de Triboulet, vaudeville de Cogniard frères, et la même année, au Vaudeville, Biyoleiti ou le Dernier des fous, un acte de Jaime et d'Alboize. L'Opéra-Italien, qui s'est emparé du sujet du Roi s'amuse, n'a eu que la peine de changer une lettre à ee titre pour lui substituer Riyoletto (1857). Ce personnage légendaire a été interprété aux Italiens par Délie Sedie et au Théâtre-Lyrique (décembre, 1863) par Ismael avec une égale puissance de talent. Depuis, on a joué au théâtre des Nouveautés Une heure de royauté, opéra-comique de M, Saint-Alme, musique d'Armand Roux. On a surtout vivement applaudil'airdeNicetteàTriboulet, qu'on prend pour Louis XII, et la chanson de Sa Majesté bouffonne sur la dive bouteille (■* oct. 1871).
TR1BOUT (Auguste-Joseph), général français, né à Eswart (Nord) en 1766, mort vers 1828. Vers la fin de 1791, il quitta la charrue pour s'engager dans un régiment, fut d'abord tambour-major et dut à sa bravoure un avancement si rapide, qu'il était en 1793 général de division dans l'armée républicaine qui combattait les Vendéens. Battu- à Pontorson le 16 novembre 1793, il prit sa revanche un mois plus tard en repoussant les chouans qui voulaient traverser la Vilaine. Tri bout quitta le service lorsque la guerre de la Vendée fut terminée, se maria et obtint une pension, avec un bureau de tabac. Pendant les Cent-Jours, il reprit du service dans un grade inférieur, puis rentra dans la vie privée.
TRIBRACHlEs. f. (tri-bra-kî — dupréf. tri, et du lat. brachium, bras). Bot. Syn. de bolbophylle, genre d'orchidées.
TRIBRACTÉOLÉ, ÉE adj. (tri-bra-kté-o-lé — du préf. tri, et de bractéolé). Bot. Qui porte trois braetéoles.
TR1BRACTÉTÉ, ÉE adj, (tri-bra-kté-té — du préf. tri, et de braclété). Bot. Qui est muni de trois bractées.
TRIBRAQUE s. m. (tri-bra-ke — du grec tribrachus, qui est lui-même formé de treis, trois, et brachus, bref, proprement qui a trois syllabes brèves. Le grec brachus, bref, appartient à la même famille que le latin brevis, \tourbregvis, bref, court, et l'ancien slave brusu, même sens). Métriq. anc. Pied d'un vers grec ou latin, composé de trois syllabes brèves.
TRIBROMHYDROQU1NONE s. f. (tri-bromi-dro-ki-no-ne). Chim. Composé qui résulte du remplacement, dans l'hydroquinone, de trois atomes d'hydrogène par trois atomes de brome.
— Encycl. V. quinone.
TR1BROMOPYRUVIQUE adj. (tri-bro-mopi-ru-vi-ke). Chim. Se dit d'un acide qui dérive de l'acide pyruvique par la substitution de trois atomes de brome à trois atomes d'hydrogène.
— Encycl. V. pïRoviQOB.
TRIBROMORCINE s. f. ( tri-bro-mor-si-
ne — du préf. tri, et de bromorcine). Chim. Corps obtenu en ajoutant un excès de brome à de l'orcine.
— Encycl. V. orcine.
TR1BROMORÉSORCINE S. f. (tri-bro-mo-
ré-zor-si-ne — du préf. tri, de brome, et. de résorcine). Chim. Corps qui se précipite lorsqu'on ajoute de l'eau de brome k une solution aqueuse de résorcine.
— Encyol.V. RÉSORCINE.
TRIBROMOSUCCINIQOE adj. (tri-bro-rao-
su-ksi-ni-ke). Chim. Se dit d'un acide qui dérive de l'acide succinique par la substitution, dans cet acide, de trois atomes de brome à trois atomes d'hydrogène.
— Encyol.V. SUCCINJQUB.
TRIBROMOTHIONESSALB s. m. (tri-bromo-ti o-nè-sa-le). Chiin. Composé qui dérive du thiouessiile pur la substitution de trois atomes de brome à trois atomes d'hydrogène.
— Encyol.V. thionessalb.
TRIBU s. f. (tri-bu — du latin tribus,ombrien trifu, trefu pour treifu, qu'Eue! compare au germanique thaurp, village, anglosaxon dltorpe, Scandinave thorp, ancien allemand dorf, irlandais treabh, famille, clan, treabhur, race, lignage, treabhiha, village, ancien irlandais atrab, possession, domicile. Pictet croit que le sanscrit trapâ, famille, probablement de la racine tarp, réjouir, charmer, qui est devenue en grec terpô, larpô, est le corrélatif exact de ces mois européens, dont il concilie les acceptions diverses. D'après Saumaise, le latin tribus viendrait du grec trittus, éolien trippus, troisième partie île la phulé ou gens). Agglomération plus ou moins nombreuse de familles ou de peuplades, sous l'autorité d'un même chef, vivant dans la mémo contrée et tirant primitivement leur origine d'une même souche : L'origine de la société, c'est ta tribu; la tribu, c'est la famille. (Janet.) La famille est le point de départ de la tribu. (Maury.) Il Peuplade, relativement à une grande nation, dont
TRIB
elle fait partie : Tribu de Tarlares, Tribu de
Germains. Tribu de sauvages.
Et du riche Yémen les erranies tribus A ses pieds, tous les ans, déposent leurs tributs. Baouk-Lormian.
— Par ext. Grand nombre de personnes de la même famille : Vous avez une tribu de Grignans, mais ils sont tous si aimables qu'on doit se réjouir avec vous de cette bonne compagnie. (Mme de Sév.)
— La tribu sacrée, La tribu sainte. Le clergé, dans le style de la chaire, par allusion a la tribu de Lévi, qui était vouée au culte.
— Fam. De toutes nations et de toutes tribus, De toute espèce, de toute provenance : Ce n'était qu'un amas de gens de toutes nations ET DU TOUTES TRIBUS.
— Hist. Division du peuple, chez les Juifs, comprenant tous ceux qui étaient sortis de chacun des douze patriarches : La tribu de Joseph était représentée par celle d'Ephraïm et de Manassé, ses deux fils, ce qui faisait réellement treize tribus ; mais elles ne comptaient que pour douze, celle de Lévi n'ayant aucun territoire particulier. II Nom donné, chez quelques nations anciennes, à des divisions qui formaient ensemble la totalité du peuple : Les Romains, les Athéniens, les Spartiates, les Perses étaient divisés en tribus, dont le nombre varia plusieurs fois, il A Rome, Tribus urbaines, Tribus qui habitaientla ville. Il Tribus rustiques, Celles qui habitaient la
campagne. Il Dans l'ancienne Université de Paris, Subdivision des quatre nations qui la composaient : Les nations de France et de Picardie avaient chacune cinq tribus, celle d'Allemagne deux, et celle de Normandie un nombre inconnu aujourd'hui.
— Hist. relig. Réunion de moines ayant un supérieur particulier, soumis à l'abbé :* Les monastères de Saint-Pacôme avaient plusieurs tribus, subdivisées elles-mêmes en trois ou quatre familles.
— Hist. nat. Division d'une famille d'animaux, de plantes : Il existe une grande tribu d'oiseaux gui font une prodigieuse déprédation sur les eaux (Buff.). il Par ext. Grande subdivision d'animaux : Les tribus écailteuses (les poissons) dormaient immobiles au fond des eaux.
— Encycl. Hist. La tribu se retrouve chez toutes les nations primitives et n'est pas, à. l'origine, autre chose que la famille, successivement augmentée et formant dans la nation une sorte de caste. La linguistique est ici d'un certain secours pour montrer la formation et la persistance de la tribu dans les temps anciens et pour ainsi dire antéhistoriques.
Le nom le plus ancien de la tribu est le terme zend santu, dont la racine a été longtemps conservée dans zantupaïli, chef de clan. De zantu, les Latins ont évidemment dérivé gens, gentis, et l'on sait quel rôle la gens a joué dans l'histoire romaine en dehors de la tribu, qui fut une organisation municipale, sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure. Burnouf attribuait à zantu le sens de ville ou de création ; mais Spiegel, qui le rend d'abord par forteresse, burg, le traduit ensuite par tamm , genossenschaft , c'est-à-dire tribu. C'est lu sûrement sa signification véritable, puisqu'il dérive de zan, sanscrit gan, naître, et qu'il ne peut guère s'appliquer qu'à ceux qui sont de la même race.
Les Israélites étaient partagés en douze tribus disséminées sur le territoire de la Judée. Les tribus de l'Attique étaient au nombre de quatre dans l'origine, puis de dix après la réforme de Clisthène, enfin de treize sous la domination romaine. Les Spartiates, les Perses, presque toutes les nations anciennes ont connu cette organisation, qui est encore en vigueur parmi les Arabes, les peuplades de l'Afrique et de l'Amérique, etc. Dans la marche de la civilisation, c'est en général le système d'agrégation qui précède la cité et qui persiste longtemps eneore au milieu de cette famille politique agrandie.
La tribu romaine mérite une étude spéciale. Les historiens qui se sont occupés de cette question, en l'absence de tout document positif, ne sont même pas d'accord sur l'origine de cette institution municipale. L'opinion la plus accréditée est celle qui donne a Rome trois tribus primitives : les Ramnenses , les l'atienses et les Luceres. Niebulir conjecture que c'étaient trois petites peuplades. Elles étaient divisées en curies, décuries et gentes. C'est de ces trois groupes primitifs que sortit en partie l'aristocratie romaine. Autour de cette cité était successivement venue ae ranger une population nombrsuse, admise seulement au droit d'asile et qui composa la plèbe proprement dite. Servius Tuflius ia divisa eu tribus géographiques qui s'élevèrent progressivement sous tes consuls jusqu'au nombre de trente-cinq, y compris les trois tribus primitives ; elles se partageaient en quatre tribus urbaines et trente et une tribus rustiques. Ces dernières étaient les plus estimées, parce que les anciens Romains, qui s'occupaient spécialement d'agriculture, faisaient leur résidence habituelle dans les champs et ne venaient à la ville que lorsque les affaires publiques'les y appelaient. La ville n'était ordinairement habitée que par les artisans, les commerçants, les affranchis, tous gens dont ou faisait fort peu de cas à Rome.
TRIB
Servius Tullius avait dépouillé les tribus de toute autorité, et elles n'eurent plus aucune part nu gouvernement jusqu'à l'établissement des comices; alors les tribus eurent voix délibérative, et les écrivains nous apprennent qu'on appelait tribu prérogative celle qui donnait Sa voix la première. Le suffrage de la prérogative ne demeurait point secret; au contraire, on le publiait avant que de prendre celui des autres tribus, et il était d un si grand poids qu'il ne manquait presque jamais d'être suivi, et un candidat élu, soit au tribunat, soit au consulat, par la tribu prérogative considérait son élection comme assurée dans les autres tribus.
Les levées pour la milice s'étaient faites d'abord par centuries, selon la volonté de Servius Tullius; mais ensuite elles se firent par tribu, chacune tirant au sort pour savoir laquelle fournirait son contingent la première.
Quand de nouveaux citoyens étaient reçus dans les tribus, les censeurs ne les distribuaient pas indifféremment dans toutes, mais seulement dans celles de la ville et dans quelques rustiques les moins honorables. Les affranchis furent presque toujours répartis entre les tribus de la ville. Dans les actes pu- ' blics, il était d'usage de mettre le nom de sa tribu immédiatement après son nom de famille et avant son surnom, et lorsqu'on passait d'une famille dans une autre qui n'était pas de la même tribu, on ajoutait au nom de su première tribu le nom de celle où l'on entrait par adoption.
TRIBULATION s. f. (tri-bu-la-si-on — du latin tribulalio, provenu lui-même du verbe tribulare, presser, tourmenter, affliger, d'où l'italien tribolare et le vieux français tribler, ainsi que tribouler, tribouiller, remuer, troubler, inquiéter; tribulare dérive de tribulum, sorto de herse que les anciens Romains tralnaient sur les épis pour séparer le grain de la paille, et qui consistait eu une grille de bois garnie en dessous de cailloux pointus ou de dents de fer. Tribulum lui-même vient du verbe terere, frotter, broyer, fouler, qui répond à la racine sanscrite tar, traverser, à laquelle se rattache également le grec teirâ). Affliction, adversité : J'ai passé par toutes les tribulations possibles. || Vive contrariété, désagrément ; Ce fut alors que commencèrent les tribulations d'auteur* (Marmontel.)
Serait-il point, compère, & votre passion Arrivé quelque peu de tribulation ?
Molière.
— Affliction, considérée an point de vue religieux : Dieu exerce, éprouve ses élus par des tribulations. (Aoad.) Soif que saint Louis entreprit de grandes guerres, soit qu'il souffrit de grandes TRIBULATIONS , Dieu le sanctifia dans sa gloire et le soutint dans ses travaux. (Fléch.) Toute la terre est un lieu de tribulation et d'angoisse pour une mauvaise conscience. (Fén.) Le temps des épreuves et des tribulations est fini; voici enfin le juge qui vient briser les liens de votre mortalité. (Mass.)
— Syn. Tribulation, affliction, croix, etc. V. AFFLICTION.
TRIBULCON s. m. (tri-bul-kon). Chir. Espèce de tsre-balle.
TRIBULE s. m. (tri-bu-le — du gr. tribolos, chardon, trident; lat. tribulus, herse; allus. à la forme du fruit). Bot. Genre de plantes, de la famille des zygophyllées, type de la tribu des tribulées, compreuant plusieurs espèces, qui croissent dans les régions chaudes et tempérées du globe : Le tribulk terrestre est commun dans le midi de la France. (P. Duchartre.) Le fruit du tribulk terrestre est détersif, apéritif et astringent. (V. de Bomare.) il Tribule aquatique, Nom vulgaire de la macre : Le fruit du tribule aquatique est astringent. (V, de Bomare.)
— Conchyl. Genre de coquilles.
— Antiq. rom. Sorte de chausse-trape, en usage dans les opérations militaires.
— Encycl. Bot. Les tribules sont des plantes a feuilles opposées, paripennées, munies de stipules; à fleurs jaunes ou blanches, solitaires sur des pédoncules axillaires; le fruit se compose de cinq coques, chargées de tubercules ou d'épines. Ces plantes sont répandues dans les régions tropicales et tempérées, et l'une d'elles s'avance jusque dans le midi de la France. Le tribule terrestre, vulgairement nommé herse ou croia: de Malte, a cause de la forme de son fruit, est une petite plante, à tige rampante, à fleurs jaunes et à coques fortement épineuses. Il croit abondamment dans les régions tempérées de l'Europe et de l'Asie; on le trouve dans les lieux secs et sablonneux, le long des champs. Son fruit passe pour apéritif, astringent, détersif et diurétique. Les ânes seuls broutent cette plante, qui souvent se multiplie démesurément dans le3 terres cultivées.
TRIBULE, ÉE adj. (tri-bu-lé — rad. tribule). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au tribule. il On a dit aussi tribuloïds.
— s. f. pi. Tribu de la famille des zygophyllées, ayant pour type le genre tribule.
TRIBULOÏDE adj. (tri-bu-lo-i-de — du lat. tribulus, tribule, et du gr. eidos, forme). Bot. Syn. de tribule.
TRIBUN s. m. (tri-bun — du lat. tribunus, proprement magistrat de la tribu ; de tribus,
TRIB
tribu). Hist. Magistrat romain chargé de défendre les droits et les intérêts du peuple : D'abord au nombre de deux, les tribuns furent plus tard portés à dix; leur personne était sacrée. A Rome, l'abolition des dettes fut mise en question toutes les fois qu'un tribun voulut se rendre populaire. (Montesq.) Il Fonctionnaire préposé à un certain office : Sous l'empiré romain, plusieurs fonctionnaires publics portèrent le titre de tribuns ; on eut les tribuns des fabriques d'armes, les tribuns de la marine, Us tribuns des notaires et les tribuns des plaisirs.
. — Nom que l'on donna, en France, aux membres du Tribunat, corps politique créé par la constitution de l'an VIII.
— Fig. Celui qui met au service d'une cause politique et surtout populaire ses talents, son activité et une éloquence imagée, capable d'impressionner la foule: On ne trouve guère qu'un tribun dans tout le moyen âge, Rienzio II Défenseur : Il a été le tribun de la vertu, le prophète de l'amélioration sociale. (Lamart.) Il En mauv. part, Démagogue,, factieux : Il se prend pour un tribun du peuple.
— Tribuns consulaires, Nom donné, à Rome, à des magistrats plébéiens qui avaient le même pouvoir que les consuls. Il Tribuns militaires, Magistrats romains qui jouirent pendant quelque temps de l'autorité des consuls.
Il l'ribuns de légion ou de soldats, Officiers supérieurs, dans l'armée romaine. Il Trifeuiis du trésor public, Magistrats romains institués parRomulus, et remplacés plus tard par les questeurs, lors de l'expulsion des rois. II l'ribun des célères, Chef du corps de cavalerie de ce nom, institué par Romulus.
— Encycl. V. tribunat.
TRIBUNAL s. m. (tri-bu-nal — mot latin qui désigne proprement le siège élevé où siègent les tribuns ou les magistrats ; de tribunus, trihun. Le sens de siège élevé s'est conservé dans le bas latin iribuna, français tribune). Siège du juge, du magistrat : Juge qui est assis sur son tribunal, qui est sur son tribunal.
— Juridiction d'un magistrat ou de plusieurs qui jugent ensemble ; Avant la Révolution, la loi n'était guère citée que dans les tribunaux j partout ailleurs, on n'arguait que d'une seule ou plutôt de mille volontés. (Boiste.) il Magistrats eux-mêmes : Le plus terrible des fléaux politiques, c'est la corruption des tribunaux. (Condorcet.) La justice passe du prince dans les magistrats, et du trône elle se répand dans les tribunaux. (Volt.)
— Fig. Ce que l'on peut considérer comme de nature à rendre une décision quelconque : Le tribunal de l'opinion publique. H y a trois tribunaux qui ne sont presque jamais d'accord : celui des lois, celui de l'honneur et celui de ta religion, (Montesq.) La raison n'accepte à son tribunal que des raisons. (E. Pelletan.) Dans le tribunal de l'histoire, les conquérants descendent de leurs chars de triomphe, les tyrans n'effrayent plus parleurs satellites. (De Ségur.) La conscience est un tribunal où les passions de l'homme sont juge et partie, (Michon.) La conscience est un tribunal sans appel. (La Rochef-Doud.)
— Tribunal civil, Tribunal établi pour juger les contestations entre particuliers.
— Tribunal de première instance, Tribunal établi dans chaque arrondissement pour juger les affaires civiles.
— Tribunal d'appel, Tribunal comprenant dans son ressort plusieurs départements et jugeant en deuxième instance.
s— Tribunal de commerce, Tribunal établi dans chacun des principaux lieux de commerce pour juger les contestations commerciales.
Tribunal correctionnel, Tribunal établi
pour juger les délits.
- — Tribunal criminel, Tribunal établi pour juger, avec l'assistance du jury, les faits criminels emportant peine afflictive ou infamante.
— Tribunal de paix. Tribunal composé d'un juge de paix et de deux assesseurs, pris dans la commune où se tenaient les séanc«s : Les tribunaux de paix ont été remplacés par les justices de paix.
— Tribunal de police municipale, Tribunal chargé de prononcer sur les infractions aux lois et règlements de police.
— Tribunaux militaires, Tribunaux établis pour juger les délits commis par des militaires. ,
— Tribunaux maritimes, Tribunaux établis pour punir tous les crimes, délits ou contraventions commis soit par des marins, soit par des passagers, relativement au service maritime.
— Tribunal de révision maritime, Tribunal qui revise les jugements des autres tribunaux maritimes.
— Tribunal ecclésiastique, Tribunal qui connaît des matières ecclésiastiques.
— Tribunal séculier, Tribunal qui connaît des matières temporelles.
— Grands tribunaux, Nom que l'on donnait à deux tribunaux suprêmes de l'ancien
' royaume de Pologne, l'un pour la Pologne, l'autre pour la Lithuanie, et qui jugeaieut en dernière instance toutes les causes civiles et criminelles.
TRIB
— Tribunal spirituel, Nom que Charles- Quint donna à l'Inquisition, lorsqu'il l'introduisit dans ies Pays-Bas.
— Hist. ecclés. Puissance et juridiction spirituelle que s'attribuent les prêtreset qu'ils prétendent tenir de Dieu, il Tribunal de lapénitence, Lieu où l'on administre le sacrement de pénitence, chez les catholiques.
— Tribunal de Dieu, Dieu considéré comme juge : // le cita en mourant au tribunal du Dieu. (Acad.)
Au tribunal de Dieu je t'attends dans l'année. Ratnouard.
— Tribunal du point d'honneur ou Tribunal des maréchaux de France, ou Tribunal de la table de marbre, Tribunal qui avait été créé a Paris pour juger les affaires d'honneur entre gentilshommes. Il Tribunal du 17 août, Tribunal temporaire établi à Paris, le 17 août 1792, pour juger ceux qu'on accusait d'avoir tiré les premiers dans l'affaire du 10 août de la même année. Il Tribunal révolutionnaire , Tribunal établi pendant la Révolution et qu'on a aussi nommé Tribunal criminel extraordinaire révolutionnaire. Il Tribunal extraordinaire, Nom donné au tribunal'révolutionnaire le 27 juillet 1794, après sa réorganisation, et qu'il garda jusqu'à sa suppression, le 31 mai 1795.
— Archit. Partie postérieure des basiliques, qui a souvent la forme d'un hémicycle.
— Encycl. Jurispr. Tribunal de première instance. Dans chaque chef-lieu d'arrondissement, il est établi un tribunal de ire instance, chargé de juger en matière civile et correctionnelle. D'après la loi du 13 avril 1838, le tribunal de lr« instance, en matière civile, connaît en dernier ressort des actions personnelles et mobilières jusqu'à la valeur (le 1,500 francs de principal, et des actions immobilières jusqu'à 60 francs de revenu déterminé soit en rentes, soit par prix de bail. Ces affaires sont instruites et jugées comme matières sommaires. Lorsqu'une demande reconventionnelle ou en compensation a été formée dans la limite de la compétence des tribunaux civils de ire instance en dernier ressort, il est statué sur le tout sans qu'il y ait lieu à appel. Si l'une des demandes s'élève au-dessus des limites ci-dessus indiquées, le tribunal ne prononce sur toutes ces demandes qu'en premier ressort, et la partie condamnée peut poursuivre l'affaire devant la cour d'appel du ressort. Aucune demande principale introductive d'instance entre parties capables de transiger ou sur des objets qui peuvent être la matière d'une transaction n'est reçue dans un tribunal de 1" instance si le défendeur n'a été préalablement appelé en conciliation devant le juge de paix. Toutefois, le législateur a admis quelques exceptions, dont nous avons parlé au mot conciliation.
-En matière correctionnelle ou de police correctionnelle, les tribunaux de lre instance connaissent de tous les délits forestiers poursuivis à la requête de l'administration et de tous les délits dout la peine excède cinq jours d'emprisonnement et 15 francs d'amende. S'il se commet un délit correctionnel dans l'enceinte du tribunal et pendant la durée de l'audience, le président dresse procès-verbal du fait, entend le prévenu et les témoins, et le tribunal applique sans désemparer les peines prononcées par la loi. Dans les affaires relatives k des délits qui n'entraînent pas la peine de l'emprisonnement, le prévenu peut se faire représenter par un avoué ; néanmoins, le tribunal peut ordonner sa comparution en personne. Les jugements rendus en matière correctionnelle peuvent être attaqués par la voie de l'appel.
Le tribunal de 1" instance comprend, outre le ministère publie et un greffier, au moins trois juges titulaires, dont 1 jn est président, et un certain nombre de juges suppléants. Grâce à l'annexion de ces juges suppléants, il se constitue toujours en deux chambres, l'une civile, l'autre correctionnelle. Le nombre des juges et des chambres varie selon l'importance des tribunaux. C'est ainsi que, d'après la loi du £1 juillet 1875, le tribunal de ire instance de la Seine comprend onze chambres et se composa d'un président, onze vice-présidents, soixante-deux juges, quinze suppléants, un procureur de la Republique, vingt-six substituts, un greffier et trente-huit commis greffiers. D'après la loi du 20 avril 1 8 1 0, les j uges des tribunaux de 1" instance ne peuvent rendre aucun jugement s'ils ne sont pas au nombre de trois au moins; sur l'appel en matière correctionnelle, ils doivent être au nombre de cinq.
— Tribunal de police municipale ou desimpie police. Les juges de paix sont chargés de connaître de toutes les contraventions de simple police pouvant donner lieu à 15 francs d'amende et au-dessous et à cinq jours de prison et au-dessous, avec ou sans confiscation. Ils statuent sur les demandes en restitution et en dommages et intérêts. Les maires des communes non chefs-lieux de canton peuvent juger, concurremment avec les juges de paix, les contraventions commises dans l'étendue de leur commune par des personnes prises en flagrant délit, lorsque la partie réclamante conclura, pour leâ domn.ages et intérêts, à une somme qui n'excédera pas 15 frar.es. Le maire doit donner son audience dans la maison commune et enteudre. j.ubl>-
TRIB
âuement les parties et Isa témoins. L'appel es jugements rendus en matière de police par les juges de paix et les maires doit être porté devant le tribunal correctionnel.
— Tribunal de commerce, V. commerce,"
— Hist. Tribunal des maréchaux de France ou de la table de marbre. V. connétablie.
— Tribunal criminel du 17 août. V., cidessous, TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE,
Tribunal révolutionnaire. Il n'est pas nécessaire de manifester une fois de plus la juste réprobation de l'opinion contre les tribunaux, d'exception. Sur ce point, le sentiment public est unanime, et nous n'entreprendrons pus de justifier la Révolution dans tous ses expédients de défense, dans ses mesures de répression, dans sa terrible justice improvisée au milieu des tempêtes, sous l'em- . pire d'une crise qu'aucune nation n'a jamais traversée. Il est cependant équitable de rap-
Ïieler que l'un des principes élémentaires de a critique historique, c'est de ne point juger les faits isolement, sans tenir compte des circonstances qui les ont produits.
Or, on oublie trop souvent quelle était la situation de la France à cette époque, 3a guerre implacable et sans merci qui lui était faite par les ennemis de l'intérieur comme
Îiar l'étranger, et les trahisons, les complots, es périls, et ce délire d'un peuple qui se voit condamné à mort par l'Europe entière, et qui lutte, qui se défend avec une énergie désespérée.
Nous ne pouvons que rappeler ici, en deux mots, ce que nous avons dit et développé à l'article Terreur, c'est que la Révolution, dans ce combat terrible, n'a fait que reprendre, et même en les adoucissant, les procédés de l'ancien régime, et spécialement en ce qui concerne la justice criminelle. On sait bien qu'il n'est pas dans toute l'histoire de la monarchie un déni de justice, une violence qui n'aient trouvé des magistrats pour les sanctionner, et que la robe de la classique Thémis était criblée de taches de sang.
Est-il nécessaire aussi de rappeler que, à une époque plus rapprochée de nous, nous avons revu de semblables excès, ce qui montre que les partis n'ont rien à se reprocher dans l'abus qu'ils ont fait tour à tour de la victoire et des mesures de répression?
Les cours prévôtales de la Restauration avaient déjà égalé, sinon dépassé, les tribunaux révolutionnaires, et sans que la raison de salut national pût être invoquée; mais les commissions mixtes instituées pur la dictature du 2 décembre devaient les faire oublier; car, du moins, les cours prévôtales jugeaient, admettaient le débat contradictoire en audience publique, tandis que les commissions mixtes décidaient sans procédure, sans audition de témoins, sans interrogatoire, sans débats, sans défense, sans jugement V public du sort de milliers de citoyens, et, dans la presque totalité des cas, suns qu'il y eût à la charge des victimes aucun fait, aucun délit constaté, sur de simples dénonciations, sur des notes de police, sur de vagues soupçons et presque uniquement pour crime d'opinion.
Les tribunaux extraordinaires de la Révolution ne datent pas de 1793, comme on le croit trop communément, mais du mois d'août 1792, et les lois qu'ils ont appliquées ont été votées par la Convention, le plus souvent sous l'inspiration des hommes de la Plaine, c'est-à-dire des modérés , des Merlin (de Douai), dos Cambacérès et autres. Ceci est a noter, si l'on veut se faire une idée exacte des nécessités fatales du moment et de l'état des esprits.
Les institutions libérales de 1791, l'organisation judiciaire de ce temps, qui donnait tant de garanties aux accusés, restèrent en vigueur jusqu'en avril 1702. A cette époque, l'Assemblée législative décréta que les tribunaux criminels des départements jugeraient définitivement et en dernier ressort, sans recours au tribunal de cassation, tous ceux qui exciteraient des troubles tendant au renversement de la liberté. Ce décret fut comme un premier jalon. Mats on n'entra réellement dans l'ère des juridictions exceptionnelles qu'après la révolution du 10 août 1792.
On sait la formidable agitation qui se prolongea après cet événement, la colère soulevée par les violences et les trahisons de la cour et de l'aristocratie. Le peuple, la Commune, les journaux, les clubs demandaient à grands cris la punition des conspirateurs, des prisonniers suisses et des royalistes incarcérés. Quelques-uns pensaient que l'établissement d'une cour murtiale pourrait empêcher un massacre que l'exaltation populaire faisait craindre. Les jugements par commissaires étaient une des pratiques traditionnelles de la monarchie, et la Révolution, après ses belles réformes judiciaires , rentra malheureusement dans cette voie.
Il est vrai qu'à ce moment les périls étaient bien de nature à égarer les âmes, La frontière était entamée ; les Prussiens, partis de Cublentz, renforcés par 90 escadrons d'émigrés, opéraient leur jonction avec le général autrichien Claîrfayt, et l'armée combinée, foi tu de 100,000 hommes, allait sous quelques jours investir Longwy, fortement appuyée par les royalistes da l'intérieur.
D'un autre côté, La Fayette, affolé par l'esprit de secte et l'ambition déçue, se faisait en quelque sorte l'auxiliaire de 1 ennemi
TRIE
en se jetant dans la révolte et en essayant, mais vainement, de faire marcher son armée contre Paris pour y rétablir le roi, c'est-àdire le complice de l'étranger.
L'Assemblée législative, qui d'aillçurs, depuis le io août, était sans force et ne faisait guère que convertir en décrets les demandes impératives de la Commune et des sections, avait résisté cependant aux premières injonctions, annonçant sa volonté rie renvoyer les coupables devant les tribunaux ordinaires. Puis elle promit une cour martiale pour juger les Suisses ; mais elle traînait les choses en longueur, pour échapper à cette terrible nécessité.
Le 15 août, une nouvelle députation de la Commune se présenta à la barre, conduite par un de ses membres, Robespierre, qui exposa dans son discours que les circonstances exigeaient une justice rapide et de nouveaux juges, les anciens étant suspects de partialité. Il conclut à ce que'les coupables fussent jugés, souverainement et en dernier ressort, par des commissaires pris dans chaque section. ,
L'Assemblée résistait encore; cependant elle vota en principe l'établissement d'une cour populaire, espérant en éluder l'application. Et, en effet, sur le rapport de Brissot, dans une adresse aux citoyens de Paris, elle exposa tous les dangers des juridictions extraordinaires, en conseillant de laisser ces formes arbitraires au despotisme : i Un peuple libre, disait-elle, veut et doit être juste jusque dans sa vengeance. •
Mais la fermentation populaire ne permettait plus d'entendre ce langage, et la Commune elle-même était débordée. Sous l'empire des circonstances et pour éviter des malheurs imminents, l'Assemblée, après avoir reçu plusieurs autres députations, rendit, sur le rapport de Hérault de Séchelles, un décret qui ordonnait la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les crimes commis dans la journée du 10 août et autres crimes y relatifs, etc. Les membres de ce tribunal étaient nommés par l'élection à deux degrés; le peuple nommait un électeur par section et ces électeurs élisaient les juges. Le tribunal se composait de huit juges, huit suppléants, huit jurés, deux accusateurs publics, deux greffiers, huit commis greffiers et deux commissaires nationaux.
Robespierre fut nommé juge et président ; mais, comme il tenait peu sans doute à se charger d'une telle responsabilité, il se récusa en disant qu'il ne pouvait être juge de ceux dont il avait été l'ennemi.
Les juges prononçaient en dernier ressort, sans recours au tribunal de cassation.
C'est cette juridiction qu'on a nommée le tribunal du 17 août, et qui fut le précurseur du tribunal révolutionnaire. Le titre officiel était tribunal criminel extraordinaire. Mais il faut noter cependant que, dés son installation, il avait déjà pris l'appellation de révolutionnaire, comme on le voit par le discours du préaident Montané, lorsqu'il vint, à la tête de son corps, annoncer à la Convention qu'il entrait en exercice. Dès le commencement, les imprimés qui servaient aux actes du tribunal portaient en tête Tribunal extraordinaire et révolutionnaire, ou encore Tribunal Criminel révolutionnaire. Quelquefois, on l'appelle aussi le tribunal du 10 août. On comptait parmi ses membres, outre Robespierre qui se récusa, Osselin , Pépin-Degrouette, Cofflnhal, Béai, Caillère de L'Etang, Lullier, etc.
La première condamnation qui fut prononcée fut celle qui frappa Collot d'Angremont, convaincu d'embauchage et de conspiration ; puis vinrent celles de Laporte, intendant de la liste civile, principal agent des manœuvres et des corruptions de la cour; de Durosoy, pamphlétaire royaliste, coupable de correspondance avec les émigrés; de Viinal, de Saurade et de Guiilot, tabricateurs de faux assignats, et de quelques autres personnages subalternes.
Ce tribunal ne prononça pas que des condamnations; il acquittu d'Atfry, colonel de la garde suisse, si odieuse au peuple, et quelques autres personnages dont le peuple demandait la punition. Plusieurs conspirateurs parvinrent aussi à s'évader.
Au reste, le tribunal du 17 août n'eut pas un caractère exclusivement politique. M. Ch. Beniac-Saint-Prix nous apprend dans son ouvrage, lu Justice révolutionnaire, que, sur 61 accusés qu'il eut à juger, 20 seulement furent condamnés à mort, et encore n'y en avait-il que 7 pour crimes politiques-, les autres le furent pour assassinat, incendie, etc.; 20 subirent des peines temporaires ; 15 furent acquittés, c'est-à-dire le quart à peu .près. • C'est la proportion des acquittements devant les cours d'assises de notre temps, » nous dit M. Berriat-Saint-Prix.
Le 4 septembre, au milieu des massacres, Backmann, major général des Suisses, était appelé à la barre comme compromis dans l'affaire du 10 août. Vers la fin de l'audience, la salle est envahie par une troupe d'hommes armés qui réclament la téta du malheureux officier. Le président du tribunal, Lavaux, harangue courageusement le peuple : ■ Respectez la loi, dit-il, respectez l'accusé qui est sou3 son glaive. • Et la foule, impressionnée par cette parole énergique, s'écoule, laissant les accusés à leurs juges. Est-ce un tribunal de sang, celui qui protège contre
TRIB
des forcenés l'accusé qu'un verdict devait condamner quelques instants après?
Le tribunal du 17 août fut supprimé par décret de la Convention le 29 novembre 1792, sur le rapport de Garau de Coulon.
Cependant les événements marchaient; nos frontières étaient de nouveau menacées; la Vendée était en feu; les périls grandissaient chaque jour; Dumouriez essuyait des revers en Hollande et en Belgique; la Convention appelait aux armes tous les citoyens valides et le drapeau noir flottait encore une fois sur Paris pour annoncer le danger de la patrie ; les citoyens répondaient à ces appels; les villes et les sections de Paris fournissaient par milliers des volontaires pour marcher à la frontière ou en Vendée. Mais les complots contre la Révolution se renouvelaient incessamment; les royalistes, soutenus par les années étrangères, menaçaient la République, et ce n'était qu'en jetant un regard de regret sur ceux qu'ils laissaient derrière eux que les ciioyens rejoignaient nos armées. Les femmes, les enfants, les vieillards, privés de leurs défenseurs naturels, ne deviendraient-ils pas victimes d'une réaction royaliste? Au commencement de mars 1793, ces préoccupations agitaient tous les esprits. Le 9, des milliers de volontaires prêts à partir demandèrent à la barre l'institution d'un tribunal révolutionnaire pour assurer la punition des traîtres. Cette demande est appuyée par la Commune; Carrier la convertit en motion, et le principe est admis, malgré la courageuse opposition de Lanjuinais. Le lendemain, Cambacérès demande qu'avant la levée de la sénnce on termine l'organisation du tribunal; Robert Lindet présente un projet, et, après de longs débats auxquels prennent part Vergniaud, Cambon, Biltaut-Varenne, Danton, etc., la Convention, dans la soirée même, organise la terrible juridiction. Danton avait entraîné l'opinion par une harangue véhémente.! Il est important, dit-il, de prendre des mesures judiciaires qui punissent les contre-révolutionnaires, car c est pour eux que ce tribunal est nécessaire et doit suppléer au tribunal suprême de la vengeance du peuple... Arrachez-les vous-mêmes à la vengeance populaire, l'humanité vous l'ordonne. Rien n est plus difficile que de définir un crime politique. N'est- il donc pas nécessaire que des lois extraordinaires épouvantent les rebelles? Je ne vois pas de milieu entre les formes ordinaires et un tribunal révolutionnaire. L'histoire atteste cette vérité, et puisqu'on a osé dans cette assemblée rappeler ces journées sanglantes sur lesquelles tout bon citoyen a gémi (les journées de septembre), je dirai, moi, que si un tribunal eût alors existé, le pouple, auquel on a si cruellement reproché ces journées, ne les aurait pas ensanglantées. Je dirai, et j'aurai l'assentiment de tous ceux qui ont été les témoins de ces événements, que nulle puissance humaine n'était dans le cas d'arrêter le débordement delà vengeance nationale. Profitons des fautes de nos prédécesseurs; faisons ce que n'a pas fait l'Assemblée législative; soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être. ■
Quelle que soit la valeur de cet argument, il est certain qu'il pesa d'un grand poids et que beaucoup se résignèrent à la création du tribunal dans la crainte de voir se renouveler des scènes terribles que l'exaltation publique faisait redouter.
Le tribunal révolutionnaire fut chargé de connaître de tous les attentats contre la Révolution, la liberté, l'unité de la République et la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat. Le jury fut composé de douze membres choisis par la Convention dans le département de Paris et les quatre voisins jusqu'au ier mai, et depuis cette époque dans tous les départements. Les jurés devaient émettre leur opinion à haute voix et publiquement. Cinq juges appliquaient, sans recours en cassation, les peines portées par le code pénal, puis par les lois postérieures. Les biens des condamnés à mort étaient acquis à la République, à charge par elle de pourvoir à la subsistance des femmes et des enfants qui n'avaient pas d'autre fortune.
Voici quels furent les premiers membres, nommés dans la séance du 13 mars : Juges, Lieuboue (du Doubs), Pesson (da Verdun), Montalais, Desfougères, Remy Foucault, Deliége (d'Alençou). Accusateur public, Faure. Substituts, Fouquier-Tinville , Verteuil et Fleuriot. Jurés, Dumont, Brisson, Coppens, Lagrange, Langlier, Feuquières (ex-constituant), Cabanis, Jourdeuil, Fallot, Moulins, Gaunet, Laroche et Fournier,
Divers décrets ultérieurs modifièrent l'organisation ou la compétence du tribunal révolutionnaire.
Celui du 5 avril 1793 portait qu'un ministre ou un général ne pouvait être poursuivi sansune autorisation Se la Convention ; un député sans un décret spécial; les autres prévenus pouvaient l'être sur les dénonciations des autorités ; celui du 24 mai porta le nombre des jurés à 16 ; un autre du 2 juillet leur accorde une indemnité de 18 livres par séance ; celui du 6 juin- précédent portait que les juges ne pouvaient être parents des membres de la Convention qu'au quatrième degré, etc.
Dans la séance du 28 mars, un décret autorisa le tribunal à entrer en activité et à juger au nombre de dix jurés. La première
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audience eut lieu le lendemain. Les premières condamnations à mort datent du 15 avril ; elles frappèrent un émigré rentré, Guyot- Dumollans, ex-noble poUevin, et le soldat Luthier, qui avait prêché dans Paris le rétablissement de la royauté. La loi était formelle ; la sentence était cruelle sans doute, mais régulière et obligée.
Pendant les six premiers mois, les affaires se succédèrent rapidement, mais avec une cer taine régularité. Sur 200 accusés, 89 furent acquittés, 25 condamnés à diverses peines, 86 a mort.
Le 6 avril, Blanchelande, gouverneur des Antilles, fut condamné à mort après soixantequinze heures de séance. On ne peut dire que ce fût là de la justice expéditive.
Les girondins avaient obtenu que Marat fût décrété d'accusation et renvoyé devant le tribunal révolutionnaire (pour des articles dans son journal). Marat comparut (21 avril), fut acquitté et ramené en triomphe à la Convention.
D'autre part, il faut mentionner l'acquittement du général Miranda, > qui n'avait, dit Michelet.de patrons, de défenseurs que les girondins, en ce moment perdus eux-mêmes.
Les juges et les jurés accueillirent, innocentèrent, honorèrent l'homme de leurs ennemis, le client de Brissot et de Pétion. Ils dédommagèrent l'infortuné patrtotequi s'étaitdonné à la Franee des calomnies de Dumouriez. »
Le 7 niai, décret pour le renouvellement des jurés du tribunal, nommés le 11 juin avec des suppléants. Le 24 juillet, autre décret qui augmente le nombre et le traitement des juges. Le 30 août, il fut décrété que le tribunal serait divisé en deux sections, pour accélérer sa marche et la plus prompte exécution des jugements. Fouquier-Tinville était alors accusateur, public. Ancien procureur au Chàtelet, homme énergique et capable d'ailleurs, mais, comme tous les magistrats de l'ancien régime, accoutume aux répressions implacables de ce temps, à l'obéissance aveugle et servile aux dépositaires de l'autorité publique, il avait tout ce qu'il fallait pour accomplir froidement son rôle meurtrier et requérir successivement avec la même indifférence l'immolation de tous les accusés, quels qu'ils fussent. Il se regardait lui-même comme un simple instrument de répression , comme un serviteur impassible des textes juridiques. Il était l'agent de la terreur, la hache de la Révolution, implacable par état , par servilité professionnelle, comme l'avaient souvent été les magistrats de la royauté ; mais sans passion , comme sans conscience et sans pitié.
Se croyait-il responsable? Cela est douteux. 11 instrumentait mécaniquement parce que cela était son métier. Les accusés comme les accusateurs lui étaient également indifférents, aussi bien que les idées et les principes qui étaient en lutte. On le verra requérir, suivant le triomphe du jour, contre ceux qui veulent restaurer les superstitions religieuses, puis peu de temps après contre ceux qui veulent enlever au peuple toute idée de l'Etre suprême. Il avait des réquisitoires pour tous les partis victorieux.
Plus de 2,000 accusés comparurent devant le tribunal pendant les dix-sept mois qu'il exerça son terrible ministère, et presque constamment il conclut à la culpabilité.
Toutefois, il convient de se tenir en gardé contre bien des détails dont on a surchargé sa légende et qui n'ont pas un caractère suffisant d'authenticité. Il reste encore bien assez dans les faits historiques pour flétrir sa mémoire et justifier la réprobation publique. Qu'il ait souvent fait rédiger à l'avance des jugements, préparer les charrettes et prononcé d-affreuses paroles, comme d'appeler les condamnations collectives des t teux de file, des fournées ; • qu'il y ait eu dans l'accélération des jugements d'effrayantes méprises, des substitutions de personnes, cela peut être vrai pour certains faits, et encore sur lesquels on n'a que des données incertaines, puisées dans des pamphlets sans valeur et sans autorité.
Il en est, dans tous les cas, un certain nombre que Fouquier a réfutés d'une manière assez péreui'itoire dans son procès. Voyez notamment notre article Loizisrollks.'
Parmi les procès célèbres des premiers temps, il faut rappeler ceux de Miaczinski, condamné comme complice de Dumouriez ; de Philippe Devaux, adjudant général de ce dernier; des conspirateurs bretons, de Charlotte Corday, assassin de Marat ; du général L'Escuyer , puis successivement de Custine, de Brissot, Vergniaud et autres girondins ; de Marie- Antoinette, de Gorsas, du contrôleur général Laverdy, de Béthune- Charost, du déuuté Perrin (douze ans de fers pour concussion), d'Olympe de Gouge, d'Adam Lux, l'enthousiaste de Charlotte Corday, de M»° Roland, de Lamaruhe, ex-directeur des assignats; de Manuel, du général Brunet, du général Houcharrt, de Girey- Dupré, de Barnave, de Duport-Dutertre, de Rarsaint, de Rabaut-Saint- Etienne, du représentant Osselin (déportation), de l'excomtesseDu Barry, de Dietrich, ex-maire de Strasbourg ; de Biron, de Luckner, de Lamuurette, évêque de Lyon ; de Malesherbes, de Madame Elisabeth, etc.
Dans ce nombre, il y avait beaucoup de condamnations-à mort, d'autres U la déportation
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ou am 1ers. On compte aussi un certain nombre d'acquittements.
Parmi ces condamnations et d'autres, toutes réserves faites des formes d'une légalité exceptionnelle, il y en avait un bon nombre de justifiées ou par la trahison ou par la rébellion, p"âr des concussions publiques ou autres crimes. Malheureusement, d'autres n'avaient pour motifs que des dissensions politiques, ou des soupçons, ou de vaines déclamations royalistes.
Le 5 septembre, Merlin (de Douai) fait adopter un décret qui divise le tribunal en quatre sections, pour l'accélération des jugements. On remarquera que ces aggravations étaient souvent proposées par des modérés, des hommes de la Plaine, Cambacérès et autres.
Le 28 du même mois, Voulland, au nom des comités de Salut public et de Sûreté générale, fait adopter une liste de citoyens pour compléter les quatre sections. Le 24 octobre, Billaud-Varenne fait rapporter le décret portant que les généraux ne seraient mis en accusation que d'après un décret de la Convention. Désormais, ils pouvaient être traduits directement sur le réquisitoire de l'accusateur pubiic. Un autre décret du 8 brumaire an II (29 octobre 1793) donna aux jurés ia faculté de déclarer à un certain moment qu'ils étaient suffisamment instruits. Le tribunal réclama le même jour la suppression des formalités qui entravaient sa marche. C'est aussi à cette date que, sur ht proposition de Billaud-Varenne, il reçut officiellement le nom de tribunal révolutionnaire, que d'ailleurs il portait déjà communément; mais dans les actes d'Etat il était encore appelé tribunal criminel extraordinaire.
Cependant, les condamnations se succédaient, et les circonstances ne leur donnaient que trop d'activité. Nous n'avons pas à donner ici cetie funèbre liste en détail. Il suffira de rappeler que le terrible tribunal ne frappa pas que des royalistes ; car la Révolution, dans ses déchirements funestes, en arrivait à réaliser la prédiction de Vergniaud : comme Saturne, elle dévorait ses enfants. .
Ainsi furent immolés successivement, outre ceux que nous avons nommés, constituants, girondins, etc., Fabre d'Eglantine, Busire, puis Konsin, Hébert, Vincent, Moînoro, Anacharsis Cloots, Chaumelle, enfin les chefs de la Commune et du parti populaire et anticatholique, puis Danton, Camille Desmoulins, Hérault de Séchelles et leurs amis, enft.i toute la iieur et toute la sève de la Révolution,
A cette époque (fin de 1793 et commencement de 1794), le parti de Robespierre était tout-puissant, et lui-même, quoi qu'en aient dit ses aveugles panégyristes , a la plus grande part de responsabilité dans ces proscriptions ( v. Robespierre). 11 ne faisait rien, disent- ils, n'influait sur rien, ne s'occupait que des grands principes, etc. La vérité est qu'il déclinait pour lui même la responsabilité en l'imposant aux autres. Ceux qui lui adressaient ces nombreuses lettres suppliantes qu'on a retrouvées chez lui savaient bien qu'il faisait la vie ou la mort. Ses hommes étaient partout, et notamment au tribunal révolutionnaire. Le président, Heruian, était son compatriote et son ami; le viceprésident, Dumas, également, et Payant, et Coffinhal, et le peintre Topino-Lebran, et Son imprimeur Nicolas, et son hôte le menuisier Dup.ay, et tant d'autres, soit parmi les juges, soit parmi les jurés, n'agissaient, ne pensaient que par lui.
Bes milliers d'anecdotes ont défrayé pendant longtemps les pamphlets royalistes, à propos du personnel plusieurs fois renouvelé du tribunal révolutionnaire, et ont été reproduites à satiété dans une muhitude de récits et d'ouvrages. Lu plupart n'ont aucun caractère d'authenticité et ne sont confirmées par aucun témoignage sérieux. Nous en rapporterons cependant quelques-unes; mais en avertissant nos lecteurs qu'elles ne sont appuyées d'aucunes preuves et ne sauraient être acceptées par la critique et par l'histoire.
Ainsi, dans le procès de la maréchale de Noailies, femme âgée et sourde, et qui répondait au hasard a> des questions qu'elle n'entendait pas, le président Dumas aurait conclu : « Eh bien! elle a conspiré sourdement. >
Dans l'affaire de Saint-Pern et de sa femme, le fils ayant été amené à la place du père, par une erreur d'huissier , ce jeune homme allègue qu'il n'a que dix-sept ans et que sa mère, qui est là, ne peut être prise pour sa femme. Le même Dumas se serait écrié: • Citoyens jurés, vous voyez bien que dans ce moment même il conspire, car il a évidemment plus de dix-sept ans. •
Un autre jour, Dumas reçoit à l'audience une lettre du ci-devant comte de Fleury, détenu au Luxembourg, et qui prodiguait les insultes aux membres du tribunal, en homme qui n'attend d'autre fin que l'éehafaud. Dumas tend la lettre à Fouquier, en lui disant: « Tiens, lis ce billet doux, je crois que ce gaillard-là est pressé, i Et Fouquier: i Oui, il me paraît pressé, et je vais l'envoyer chercher. ■ Ce qui fut fait. Le comte de Fleury aurait été sur l'heure même mis en jugement avec les complices de l'attentat contre Robespierre.
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Le vice-président Coffinhal présidait le tribunal le jour où comparut Lavoisier. L'illustre chimiste demandait, dit-on, un délai de quinze jours pour terminer une expérience utile à la République. Coffinhal lui aurait répondu : « La République n'a pas besoin de savants. »
Cette historiette a traîné partout; mais elle n'en a pas plus de vraisemblance. D'abord Coffinhal lui-même avait été médecin, c'est-à-dire homme de science. En outre, la Convention et toutes les administrations étaient pleines de savants du premier ordre, les Fourcroy, les Berthollet, les Monge et tant d'autres hommes qui sont l'honneur de la France. Comment imaginer qu'un homme officiel, qu'un fonctionnaire public ait prononcé en plein tribunal des paroles aussi stupides, que d'ailleurs on a attribuées également à Dumas?
Répétons-le, ces anecdotes et tant d'autres suffisamment connues n'ont généralement pour sanction que des mémoires sur les prisons, des recueils d'ana compilés pendant la réaction thermidorienne, des pamphlets royalistes et autres témoignages plus que suspects.
Il en est de même d'une foule de mots qu'on attribue soit à Fouquier, soit à d'autres membres, tels que : t La guillotinebat monnaie sur la place de la Révolution (à cause de la confiscation des biens des condamnés); Un bon tribunal révolutionnaire est le meilleur comité des finances. •
Sans doute, dans l'exaltation des passions, des paroles affreuses et brutales ont pu être prononcées ; mais la plupart de celles qu'on prête à beaucoup des acteurs du grand drame nous viennent de sources trop peu sûres pour qu'on puisse les accepteraveuglément.
Lors du (procès de Danton et de ses amis, Fouquier et le président Hennan, hors d'état de lutter contre le grand tribun, obtinrent sur l'heure même, par le moyen de Saint- Just, un décret portant que « tout prévenu de conspiration qui résistera ou insultera à la justice nationale sera mis hors -des débats sur-le-champ. •
Les malheureux se défendaient avec véhémence; ils n'insultaient nullement le tribunal; mais leur sacrifice était décidé. En vertu de l'affreux décret, ils furent entraînés hors de l'audience et condamnés.
La loi du 22 prairial an II (10 juin 1794), présentée par Couthon, mais rédigée par Robespierre, enleva aux accusés les dernières garanties qui leur restaient. Plus d'interrogatoire préalable, plus de défenseurs pour les conspirateurs ; plus de témoins, à moins que cela ne parût absolument nécessaire, la preuve morale pouvant suffire au besoin; une seule peine, la mort. Le tribunal était réorganisé ainsi : un président, trois viceprésidents, quatre substituts, douze juges, cinquante jurés. 11 se divisait en quatre sections , pour l'accélération des jugements; Il y eut quelque opposition ; mais la Convention, dominée dès lors par Robespierre, vota cette loi effrayante et sinistre. Cette époque fut l'apogée de la Terreur. Les jugements n'étaient plus, pour ainsi dire, que des formalités. Une commission, dite populaire, installée au Muséum (Louvre), choisissait dans les prisons, dressait les listes et les envoyait au comité de Sûreté générale, qui les signait et les donnait à Fouquier. La responsabilité était donc divisée, triple, conséquemment à peu près nulle. Le tribunal de 1793 était bien dépassé; car ce tribunal motivait ses jugements, acquittait souvent, et beaucoup de ses condamnations n'éiaiertt que l'application dure, mais littérale des lois. Il conservait enfin les formes d'une justice terrible, mais à peu près régulière.
Le tribunal de prairial procéda par grandes fournées, avec une hâte furieuse, ot ses quatre sections multiplièrent les condamnations dans une proportion effrayante. Cette situation dura sept semaines, jusqu'au 9 thermidor. Le mouvement de réaction en fut accéléré. Et il n'en pouvait être autrement, car la Terreur s'étendait jusqu'à la Convention et jusqu'à ia Montagne. Un? foule de représentants, qui se sentaient menacés, n'osaient plus coucher dans leur lit et n'eurent plus de domicile fixe jusqu'à la chute de Robespierre.
A cette époque, les vaincus, maîtres de la veille, furent immolés à leur tour. Les hommes du tribunal révolutionnaire, les membres de la Commune, mis en masse hors la loi, Robespierre et ses amis montèrent sur les fatales charrettes. Le 10 thermidor, il y eut vingt-deux exécutions ; le 11, soixantedix ; le 12, un reliquat de douze jurés ou membres de la Commune.
• Voici le relevé des condamnations du tribunal révolutionnaire, du 3 avril 1793 au
12 thermidor an II (29 juillet 1794), d'après un document officiel ; c'est l'attestation du greffier. Il donne en même temps une idée de ses progrès depuis le procès des dantonistes.
« Le greffier du tribunal certifie que, d'après le relevé fait sur le registre du greffe, le nombre des personnes condamnées à mort " par le tribunal depuis ie3 avril 1793 jusqu'au
13 germinal 1794 se monte à 505, et, depuis ledit jour 13 germinal jusqu'au 12 thermidor
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suivant, le nombre en est de 2,158, ce qui fait un total de 2,663.
• Ce 25 pluviôse de l'an III de la République une et indivisible.
» Paris. »
Après le 9 thermidor, Se tribunal révolutionnaire fut réorganisé (23 thermidor). Les débats prirent une allure plus judiciaire; des témoins furent entendus; le résumé du président, le réquisitoire de l'accusateur public furent rétablis ; la liberté fut rendue à la défense. Dès lors, c'étaient surtout les révolutionnaires qui comparaissaient devant lui, sous l'appellation de terroristes.
Enfin, le 12 prairial an III (30 juin 1795), la Convention décrétait la suppression du tribunal révolutionnaire, que devaient dès lors remplacer les tribunaux criminels.
Outre le tribunal révolutionnaire de Paris, il y eut à la même époque les tribunaux révolutionnaires des départements, à Arras, à Brest, à Cambrai, à Roehefort et à Toulouse; puis des commissions révolutionnaires, a Bordeaux, à Lyon, à Marseille, à Nîmes, à Orange, à Toulon; enfin des commissions .militaires, à Angers, à Laval, au Mans, à Marseille, à Noirmoutier.
Un certain nombre de tribunaux criminels des départements, revêtus des pouvoirs nécessaires, jugaient aussi révolutionnairemeiit, sans l'assistance d'un jury. Ils furent institués surtout par les représentants en mission. La Convention et le comité de Salut public n'en établirent qu'un petit nombre.
Quant au chiffre et à l'appréciation des condamnations, ils ont varié suivant la couleur politique des historiens. Les royalistes en ont exagéré le nombre dans des proportions légendaires; ils ont oublié volontairement et les nombreux acquittements, et les larges indemnités accordées aux accusés acquittés, et les justes condamnations contre des traîtres ou contre des Vendéens et des émigrés couverts de crimes et de sang. Si nous nous en rapportons aux 'évaluations de M. Berriat-Saint-Prix, dans son ouvrage la Justice révolutionnaire, il faudrait porter à 17,000 environ le nombre des personnes envoyées à la mort par les 178 tribunaux ou' commissions révolutionnaires dans toute la
Nous résumons ici les indications sur la justice révolutionnaire.
Les tribunaux extraordinaires peuvent se diviser en quatre classes distinctes : les tribunaux révolutionnaires proprement dits ; les commissions révolutionnaires; les commissions militaires; les tribunaux criminels des départements.
Les tribunaux révolutionnaires proprement dits avaient une compétence générale en matière de contre-révolution et jugeaient les crimes de révolte, émigration, conspiration, faux assignats, etc. Ils étaient peu nombreux; nous avons indiqué plus haut les villes où ils étaient institués.
Les commissions révolutionnaires étaient semblables de compétence et de personnel, mais n'avaient pas de jury, quelques-unes pas d'accusateur public. On en compte une douzaine.
Les commissions militaires, attachées aux armées et généralement composées d'officiers, étaient montées comme essentiellement ambulantes. Dans le principe, elles n'étaient affectées qu'aux révoltés et aux émigrés pris les armes à la main; en fait, elles jugaient souvent tous les crimes de contre- révolution. On en compte une soixantaine.
Enfin, 87 tribunaux criminels de département, comme il est dit plus haut, furent momentanément investis des mêmes pouvoirs.
Au besoin ils devenaient ambulants. Des décrets autorisaient leur transport dans l'étendue du département. Il en était de même des commissions.
On ne pouvait se pourvoir en cassation contre aucun jugement. L'exécution était immédiate.
Telle fut, en résumé, cette terrible justice de combat dont on ne saurait trop réprouver l'institution. Nos lecteurs nous rendront le témoignage que nous n'avons rien dissimulé. Nous avons simplement plaidé en quelque sorte les circonstances atténuantes, en raison des dangers du pays et de l'état violent des esprits.
TRIBUNAT s. m. (tri-bu-na — rad. tribun). Hist. Charge de trilmn romain. Il Exercice de cette charge. Il Assemblée qui, en vertu de ia constitution de l'an VIII, avait pour fonction de faire discuter les projets de loi par ses orateurs, contradictoirement avec ceux du gouvernement, en présence du Corps législatif, qui ne pouvait que voter en silence.
— Encycl. Hist. Le tribunat à Rome. Le tribunal était une des magistratures les plus importantes de la république romaine. Elle fut instituée l'an 493 av. J.-C., après la retraite des plébéiens sur le mont Sacré ; car, comme le remarque spirituellement M. Ampère, ce fut la création de deux tribuns tirés de leur sein et investis du pouvoir de les défendre contre les patriciens qui décida les plébéiens à rentrer dans Rome, et non l'apologue de Menenius Agrippa sur la querelle des membres et de l'estomac. Les commencements de cette magistrature plébéienne furent modestes, mais elle devait grandir avec l'ordre plébéien qu'elle représentait j
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elle devait tout envahir comme lui et se perdre comme lui par l'excès de ses envahissements. Le traité qui ramenait le peuple à Rome fut conclu pur les féciaux entre les patriciens et les plébéiens comme entre deux peuples. Les tribuns furent dès lors les organes de la plèbe , ses représentants et pour ainsi dire son incarnation - il fallait être plébéien ou se faire plébéien par l'adoption pour être tribun. La porte du tribun devait toujours être ouverte, et il ne pouvait passer un jour entier hors de Rome. Laisser le peuple sans tribun était un crime capital; là, point d'interrègne comme dans les magistratures patriciennes.
On nomma d'abord deux tribuns pour les opposer aux consuls : Contra consulare imperium tribuni plebis constitua, dit Cicéron. Aussi le tribunal, dans l'origine, n'était pas une véritable magistrature; en effet, les tribuns n'exerçaient aucune autorité : ils ne commandaient point, ils nejugeaient point, ils ne pouvaient qu'empêcher; ils n'étaient pas le gouvernement, ils étaient l'opposition. Cette opposition s'exerçait par l'intercession et s'exprimait par le mot veto. Aussi les tribuns n'avaient-ils aucun insigne, aucun costume particulier : un seul appariteur (cursor) les accompagnait; on les reconnaissait à une simple baguette d'ivoire qu'ils tenaient à ia main. A 1 origine, ils n'entraient même pas dans la curie, où ils ne tardèrent pas du reste à être admis ; ils s'asseyaient à la porte, Sur un tabouret (subsellium), mais la porte devait rester ouverte ; car ils observaient avec grand soin les résultats de la délibération pour s'opposer dans le Forum , s'il y avait lieu, aux résolutions du sénat. Une des principales prérogatives du tribunat fut l'inviolabilité.
A peine le tribunat avait-il commencé d'exister que déjà il remporta une victoire signalée sur le patriciat dans l'affaire de Coriolan. La culture des terres ayant été interrompue par la retraite des plébéiens Sur le mont Sacré, les édiles avaient envoyé acheter du blé en Etrurie, à Cuines et jusqu'en Sicile. L'orgueilleux patricien Coriolan proposa de n'en faire la distribution aux plébéiens que s'ils abandonnaient leur conquête du mont Sacré , le tribunat. Les tribuns, qui, assis sur leurs tabourets à la porte de la curie, entendaient les délibérations, quittèrent leurs sièges et montèrent à leur tribune du Forum pour faire connaître aux plébéiens qui y étaient assemblés l'odieuse proposition de Coriolan; quand il sortit, il faillit être mis en pièces. On se précipiia sur lui avec fureur; les tribuns, dépassant leur pouvoir, le citèrent en jugement ; le tribun ùicinius, un des chefs de la retraite sur le mont Sacré, proposa de précipiter Coriolan de la roche Tarpèienne. Celui-ci, debout au milieu des jeunes patriciens, semblait défier la multitude ; les tribuns ordonnèrent de le saisir ; les patriciens accoururent à sa défense, repoussèrent les tribuns et frappèrent les édiles ; cependant l'autorité des consuls intervenant calma la foule pour ce jour-là. Le lendemain, les tribuns convoquèrent les citoyens et sommèrent Coriolan de paraître devant leur tribune érigée pour la première fois en tribunal, Coriolan se présenta en effet devant eux, mais ce fut pour récuser le jugement illégal des tribuns. Les tribuns persistèrent dans leur prétention de faire juger Coriolan par la plèbe et le sommèrent une seconde fois de comparaître comme accusé d'avoir aspiré à la tyrannie. Sur vingt et une tribus, douze condamnèrent Coriolan à l'exil; désormais les tribuns avaient acquis le pouvoir judiciaire. Peu à peu ils rirent obtenir aux plébéiens tous les droits qui primitivement étaient réservés aux seuls patriciens ; c'est ainsi qu'ils leur arrachèrent successivement les mariages mixtes et l'accession des plébéiens à toutes les magistratures. Plus tard, ils convoquèrent le sénat et les assemblées par tribus et y firent rendre des lois appelées plébiscites, qu ils opposèrent aux sénatus-consultes, et, dès l'année 448 av. J.-C. ces lois devinrent obligatoires pour les patriciens. Peu à peu, la puissance du tribunal devint encore plus grande. Tout sénatus-consulte, pour avoir force de loi., dut obtenir la sanction des tribuns du peuple; lorsqu'ils croyaient de leur devoir d'apposer leur veto, droit qui leur fut reconnu, le sénatus-consulte n'était plus exécutoire ; il n'avait plus que la valeur dune simple opinion émise. Le nombre des tribuns avait été originairement de deux , il fut ensuite porté à dix. Les plus célèbres d'entre eux furent Caïus et Tiberius Gracchus. V. Gracchus.
Depuis eux , le tribunat parcourut une phase d'avilissement et de nullité dont il ne sortit qu'avec Marius, • Quand Caïus Gracchus, a dit Mirabeau, tomba sous le fer des ■ patriciens, il ramassa une poignée de poussière teinte de son sang et la lança vers le ciel; de cette poussière naquit Marius.» La phrase un peu emphatique de Mirabeau est historiquement vraie ; en effet, avec Mariiu recommencèrent les luttes des plébé.ens conduits par leurs tribuns contre les patriciens ; mais la lutte changea de nature. Les patriciens, en faisant tuer les deux Gracques, avaient donné le triste exemple de la violation des lois, et dès lors on combattit avec des proscriptions. A la mort de Marius, le praticien Sylla mina le pouvoir des tribuns en leur interdisant la faculté législative et le
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droit de haranguer le peuple; les rostres ne virent plus, dès lors, que les têtes des citoyens que l'orgueilleux et- cruel dictateur immolait à aes vengeances. Pompée rendit auxlribuns une partie de leur autorité , vers l'an 10 av. J.-C; mais Octave et ses successeurs prirent pour eux. le tribunat, afin de faire respecter dans leur personne l'inviolabilité légale des tribuns dont ils avaient usurpé le titre, dérision insomnie que quelques écrivains ont prise au sérieux. C'est ainsi que finit misérablement cette charge qui, on peut le dire , avait inspiré au peuple romain cette soif d'égalité et de liberté civiles qui firent sa gloire et sa grandeur.
— Tribunat consulaire. Cette magistrature fut créée à Rome l'an 444 av. J.-C, lorsque le tribun Canuieius demanda l'admission des plébéiens au consulat. Les patriciens s'avisèrent de cet expédient, préférant créer un titre nouveau plutôt que de profaner celui de consul en le donnant à un homme de la plèbe. On convint, après de longs débats, de nommer des tribuns militaires uyant le pouvoir des consuls et pris indifféremment dans les deux ordres, sans rien changer pour l'avenir aux élections consulaires. On pouvait en nommer six. En 366, le consulat étant devenu accessible aux plébéiens, on renonça' pour toujours au tribunal consulaire. Il y eut encore à Rome les tribuns du trésor, qui administraient les finances et versaient entre les mains des questeurs la paye des troupes. Le Bas-Empire eut les tribuns des plaisirs, chargés de veiller aux jeux et aux fêtes donnés au peuple.
— Tribunat mi7ifaire.Originairement,les tribuns militaires étaient les chefs des trois tribus dont se composait le peuple romain, d'où leur nom. Plus tard, il y en eut quatre par légion, puis six. Ils recevaient directement les ordres du préfet de la légion, le remplaçaient quelquefois dans le commandement, veillaient à tous les détails de la discipline et de l'approvisionnement et rendaient la justice aux soldats. Ils étaient nommés pour une campagne, par les rois d'abord, puis par les consuls, par les comices, et enfui par les empereurs.
— Tribunat militaire a populo. De nombreux monuments épigraphiques, récemment mis au jour et découverts spécialement k Pompéi, mentionnent cette magistrature, sur laquelle on ne possède que de vngues renseignements. Aucun des historiens de Rome n'a parlé des tribuns militaires a populo. Ce qu il y a de remarquable, c'est que les inscriptions sont toutes postérieures à l'époque où le tribunat militaire était conféré par les comices et qu'elles appartiennent à des cités provinciales de l'italie; aucune n'a été trouvée à Rome ni dans le reste des provinces romaines. Quelques érudits pensent que cette magistrature était purement provinciale et qu'elle revêtait celui qui en était chargé "par l'élection populaire du commandement des gardes urbaines ; d'autres croient que, lu transformation de l'armée n'ayant pas eu lieu brusquement, il put y avoir encore sous Auguste, date de la plupart des inscriptions, des tribuns militaires élus par le peuple ;mais ils n'expliquent pas pourquoi dans ces inscriptions la mention a populo suit la désignation de la magistrature, tandis qu'elle n'existe pas dans une foule d'autres concernant les tribuns militaires en charge, alors que cette magistrature était élective. Cette question a été l'objet de grandes discussions à l'Académie des inscriptions et belles-lettres (mars, 1875), sans recevoir de solution certaine.
— Le Tribunat en France. La constitution du 22 frimaire an V1U établit le Tribunat comme corps politique. Sieyès, le principal auteur de cette constitution, avait en vue d'établir une pondération des pouvoirs. On a beaucoup ridiculisé ce retour vers les coutumes de l'ancienne Home ; il nous semble que la question mérite d'être plus sérieusement étudiée; Sieyès avait voulu d abord dofmeraux tribuns un pouvoir à peu près égal à celui qu'avaient les tribuns romains; des modifications capitales furent apportées au projet primitif, de telle sorte que le Tribunal, établi pour s'opposer aux empiétements du pouvoir, ne pouvait, en réalité, avoir qu'une médiocre influence et qu'une action presque nulle. Les tribuns discutaient les projets de loi devant le Corps législatif et le Sénat; ils prenaient l'initiative d'abus a détruire ou d'amélioratious à signaler; mais leur rôle se bornait là: ils n'avaient pas ce terrible droit de veto qui, k Rome, leur donnait une si grande importance; enfin, ils n'étaient pas nommés dans les comices du peuple, ils étaient simplement choisis dans les rangs du Sénat. Leurs fonctions n'étaient pas sans analogie avec celles des ministres sans portefeuille. Pourtant, à cette époque, la cause démocratique aurait eu besoin de censeurs vigilants, décidés à sauvegarder les droits qui leur étaient conriés. Réduit d'abord, le Tribunat fut supprimé par lo sènatus-consulte de 1807. Nous pouvons aujourd'hui revenir sur l'idée de Sieyès, débarrassée do'toutes les modifications qu'apportèrent la lassitude des représentants et l'ambition prévoyante du premier consul. Tel qu'il fut institué, le Tribunal ne pouvait pas sans doute avoir une grande influence, et il n'en eut eu effet aucune; il na s'opposa pas aux progrès de la tyrannie; mais l'institution,
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telle qu'elle avait été d'abord conçue, avait une utilité qui n'échappera à aucun esprit sérieux. Depuis 1789, il est admis que les gouvernants, quel que soit leur titre, ne sont que les serviteurs, les mandataires du peuple. Dès lors n'est-il pas évident que le peuple ne saurait trop multiplier les précautions pour éviier d'être trompé par ces mandataires qui, le fuit n'a pas besoin d'être prouvé historiquement, sont souvent portés koutre-passer les droits qui leur sont confiés, à dépasser leurmandat? De là pour le peuple le devoir absolu ds surveiller la conduite de ceux à qui il a remis ses destinées et ses libertés ; de 1k ta nécessité indiscutable de multiplier les moyens de contrôlent, k ce point de vue, l'utilité du Tribunal ne saurait être contestée. Enfin, et c'est là un argument capital, tandis que les divers mandataires ont tout intérêt à flatter le pouvoir suprême, roi ou empereur, le tribun du peuple est forcément en hostilité avec ce même pouvoir. Ce n'est pas seulement son droit et son devoir de veiller & ce que les libertés soient respectées, c'est encore son intérêt direct, absolu; lui, du moins, ne dépend que du peuple ; k tout instant il peut être révoqué, car ses fonctions ne peuvent être que temporaires. Pour nous servir d'une expression empruntée à une brochure ignorée qui parut en 1793, c'est le véritable tribunal, « c'est la conscience du peuple» qui parle par la bouche des tribuns. Eu un mot, le Tribunal, non plus celui de l'an VIII, mais \etribwwt de l'ancienne Rome, est l'ennemi du pouvoir, dont il surveille. les menées et les intrigues; armé de son veto redoutable, il s'oppose à toute loi mauvaise ; au moindre danger, il avertit le peuple des périls que court son indépendance, et derrière ce censeur vigilant se groupe la nation tout entière.
TRIBUNE s. f. (tri-bu-ne — bas lat. tribuna, fait de tribunal). Lieu élevé, d'où les orateurs grecs et romains haranguaient le peuple : bémosthène est l'athlète de la.raison; il ta défend de toutes tes forces de son âme et de son génie; et la tribune otl il parle est une arène. (C, Maury.)
■ — Lieu élevé d'où parlent les orateurs, dans les assemblées délibérantes : Chacun, à la tribune, a le droit de dire son opinion. (Dupin.)
— Lieu élevé d'où .un orateur quelconque adresse la parole k des auditeurs r Auprès de la tribune nationale étaient élevées deux tribunes concurrentes : celle des Jacobins et celle des Cordeliers. (Chateaub.)
— Fig. Eloquence parlementaire : La plus noble imistration est celle que donne la tribune. (Boiste.)
— Eloquence delà tribune, Eloquence propre aux débats des assemblées politiques.
— Tribune sacrée, Nom que l'on donne quelquefois à la chaire où montent les prêtres pour parler aux fidèles.
— Lieu plus ou moins élevé, où se mettent certaines personnes qui doivent occuper une place séparée, soit dans les églises, soit dans les grandes salles d'assemblée publique r Tribune des musiciens. Tribune des autorités. Entendre la messe dans une tribune. Tribunes publiques. Tribunes réservées de la Chambre. Tribunb du corps diplomatique.
Tribune des journalistes.
— Tribune d'orgues, Lieu où est placé le buffet d'orgues, dans une église.
— Nom que donnent les Italiens à la partie demi-circulaire opposée à la porte d'entrée, dans une boutique.
— Balcon autour de la lanterne d'un dôhie.
— Turf. Estrade d'où l'on peut voir courir : Tribune du président. Tribunes du public. La tribune des jockeys qui ne courent pas s'appelle box. LaTRincmidu juge de l' arrivée est une petite guérite placée en ligne
. droite du poteau gagnant et sur le côté.
— Encycl. Archit. Dans les édifices sacrés, on donne le nom de tribune à toute partie élevée au-dessus du sol, soit sur des colonnes ou des arcs, soit sur des encorbellements; de là les tribunes du jubé, des orgues, de l'horloge, du trésor, etc. Primitivement la tribune était l'hémicycle qui forme l'abside, où se tenait l'évêque ou l'abbé entouré de son clergé, en souvenir de la place qu'occupait, dans la basilique romaine antique, le préteur. Les tribunes servaient encore à quelques fidèles privilégiés, k de grands personnages, aux familles des fondateurs, etc.; on augmentait aussi, par leur construction, la surface donnée aux fidèles dans les églises trop petites ; enfin, elles avaient, comme elles ont encore aujourd'hui, des usages très-variés, suivant le lieu où elles étaient établies et l'importance du monument qui les contenait.
L'établissement des tribunes semble remonter à une haute antiquité. D'abord formées de simples dalles ou planchers, supportées par des encorbellements soutenus par des piliers monolithes, les tribunes prirent une très-grande importance dans la décoration, et la place qu'on leur assignait força très-souvent les architectes d'avoir recours k des modes de soutien qui sont des chefsd'œuvre de mécanique. Les tribunes se trouvant généralement au-dessus des portes principales, ils évitaient l'établissement de piliers
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et de colonnettes en établissant des poutres avec des poinçons et des tirants, qui leur permettaient de traverser de très-grands espaces dans des conditions excellentes de solidité. Ces poutres, parfaitement décorées, avec des frises, des pendentifs et des culsde-lampe, et masquées aux veux de la foule, excitaient tout k la fois 1 admiration et la crainte par leur hardiesse d'exécution. L'église de Saint- Andoche de Saulieu (Côted'Or) possède encore une jolie tribune en ce genre au-dessus de la porte centrale^ cette construction, tout en bois, date de la tin du xve siècle. Vers la même époque, des architectes encore plus hardis élevèrent les tribunes sur des arcs en porte-à-faux et se butant les uns contre les autres k leur sommet; la cathédrale d'Autun en offre un exemple. Indépendamment de ces tribunes, faites pour recevoir des chanteurs, des jeux d'orgue ou un public privilégié, on pratiquait parfois , dans les églises abbatiales ou paroissiales, et surtout dans les chapelles des châteaux , de petites tribunes fermées. Cet usage devint fréquent pendant le xvo siècle ; les abbés ne descendaient plus au chœur, ils avaient leur tribune; de même les seigneurs avaient leur tribune spéciale, soit dans l'église paroissiale, soit dans leur propre chapelle. En général, ces tribunes particulières étaient très-décorées, peu saillantes sur la nef et garnies intérieurement de courtines, afin que les assistants pussent voir dans l'église sans être vus.
— Rhétor. Eloquence de la tribune ou êlo-
?uence parlementaire. Les Grecs avaient Agora; les Romains, le Forum; les peuples modernes ont la tribune, dont Berryer a dit si justement : « La tribune est le champ de bataille des intelligences. • C'est là, en effet, que les voix puissantes retentissent pour la défense des intérêts, des opinions, des principes qui doivent présider k la direction des affaires publiques.
« L'éloquence politique, dit M. Villemain, n'appartient qu'aux Etats libres. Son théâtre est une assemblée populaire; sa plus grande puissance, la parole soudaine excitée parla chaleur du débat. Où pourrait-on chercher ailleurs que dans la Grèce la première forme, le plus heureux développement de cette éloquence? Elle y était le gouvernement et le spectacle du peuple tout k la fois. Bien que l'esprit des Grecs fût singulièrement dialecticien et subtil, la condition de l'éloquence, pour eux, c'était la pureté, i'élégajice, l'harmonie du langage. Rien n'était plus sévère, plus délicat sur le goût que cet auditoire démocratique d'Athènes. Le plus grand et le plus austère des orateurs athéniens, duns une cause qui intéresse le salut commun, est obligé de s'excuser d'avoir manqué à l'élégance attique et de rappeler aux Athéniens que le sort de la Grèce ne dépend pas d'un geste oratoire.
• Cependant, cette perfection de langage qui semblait être imposée aux orateurs de l'antiquité grecque, comment l'accorder avec cette condition de soudaineté si puissante dans le débat politique? Périelès, selon Pltitarque, n'allait jamais à la place publique sans avoir demandé aux dieux la grâce de ne rien dire d'imprudent, rien qui ne. fût nécessaire, rien qui ne fût convenable. Cette prière était toute une préparation oratoire. Phooion, silencieux au pied de la tribune, cherchait, avant d'y monter, comment il exprimerait en moins de mots ce qu'il avait à dire. La préméditation seule, en effet, peut donner la concision du langage. Qui' doute cependant, malgré ces exemples, que, dans le mouvement d une assemblée populaire, la parole des orateurs d'Athènes ne fût souvent subite, improvisée 1 Pour persuader les autres, il faut penser avec eux, en même temps qu'eux...
» Si de la Grèce, entrevue rapidement, nous passons à Rome, nous y retrouvons les mêmes caractères de l'éloquence politique, l'audace et la soudaineté, avec des intérêts plus grands. L'éloquence grecque était presque renfermée dans Athènes; elle agissait sur des hommes libres, en qui la liberté avait développé tous les dons de l'intelligence ; mais elle n'avait pas ce vaste théâtre, celte puissance d'action que la parole trouva dans Rome. C'est à Rome peut-être que nous devons chercher le plus haut degré de l'éloquence politique, considérée tout k la fois comme puissance et comme art. Là parait tout entier cet empire que, dans la société antique, la parole exerçait sur les hommes assemblés. Nul doute que l'art moderne ne soit resté loin de ces exemples. ■
Nou3 ne nous étendrons pas plus longtemps sur l'histoire et les caractères de l'éloquence politique chez les anciens. Les principaux discours des grands orateurs de Rome et d'Athènes sont l'objet de comptes rendus dans cet ouvrage, et c'est là qu'on trouvera des considérations appropriées k chacun d'eux. Comme l'éloquence de la tribune ne peut se produire qn au sein des assemblées délibérantes, qui n'existaient pas au moyen âge, nous aborderons sans transition l'histoire de l'éloquence parlementaire dans nos temps modernes. L'éloquence de la tribune, en France, ne commence qu'avec la Révolution, et, tout d'abord, se dresse devant nous la grande figure de Mirabeau, qui en fut l'image vivante, l'incarnation même. 11 porta
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l'éloquence politique a une hauteur qu'on n'a jamais dépassée depuis , et c'est encore aujourd'hui le seul orateur qu'on puisse opposer avec avantage k ceux d'Athènes et de Rome. Déinosthène n'a jamais été plus foudroyant, plus terrible , Cicéron plus entraînant que Mirabeau dans quelques-uns de ses discours. Cependant, dit Lemereier, « ses dehors frappaient à son désavantage; sa taille ne présentait qu'un ensemble de contours massifs; la vue ne supportait qu'avec répugnance son teint gravé, olivâtre, ses joues sillonnées de coutures, ses yeux s'enfonçant sous un haut sourcil et dans un enchâssement plombé, sa bouche irrégulièrement fendue, enfin sa tête énorme, hérissée d'une forêt de cheveux et posée sur une largo poitrine. > — « Il semblait quelquefois, dit à son tour Laeretelle, tirer avantage de sa laideur et de l'effroi qu'il inspirait. Quand on Venait de le provoquer fortement dans l'assemblée : « Je vais, dii sait-il, leur présenter la hure. » Il réussissait, par une déclamation artificielle et habilement calculée, à entraîner son auditoire,et sa fougue naturelle, dont il comprimait les élans dans ses harangues méditées, débordait dans ses improvisations. Une sorte d'irrttabilitônerveuse donnait alors à toute sa personne l'animation et la vie. Sa poitrine se gouttait d'un souffle tempétueux. Sa face de lion se plissait et se crispait. Ses yeux dardaient des flammes. Il rugissait, il bondissait, il secouait son épaisse crinière toute blanchie 'd'écume, et il prenait possession de la tribune avec la suprême autorité d'un maître et d'un roi.
Mirabeau n'eut pas de rivaux à l'Assemblée ; il n'en pouvuit pas avoir ; mais il eut des adversaires habiles, éloquents et infatigables, dont les deux plus célèbres furent Barnave et l'abbé Maury.
Nous entrons maintenant en pleine période révolutionnaire, l'ère des grandes tempêtes parlementaires. Parmi les orateurs célèbres de cette époque, mentionnons tout d'abord Vergniaud, esprit flexible et étendu, patriote sincère, orateur élégant, onctueux, métuphorique surtout. Les métaphores abondent dans les discours de Vergniaud^ et souvent elles jaillissent sous une forme singulièrement piquante et originale. On a retenu ce mot, qui dé|ieint si bien les excès de la Montagne : • La Révolution est comme Saturne, elle dévore ses eufants. » On connaît aussi cette comparaison tant applaudie : • Si nos principes "se propagent avec tant de lenteur chez les nations étrangères, c'est que leur éclut est obscurci par des sophismes anarchiques, des mouvements tumultueux et surtout par un crêpe ensanglanté. Lorsque les peuples se prosternèrent pour la première fois devant le soleil, pour 1 appeler le père de la nature, pensez-vous qu'il fût voilé par les nuages destructeurs qui portent la tempête? Non, sans doute; brillant de gloire, il s'avançait alors dans l'immensité de l'espace et répandait sur l'univers la fécondité et la lumière. »
Parmi les orateurs de la Montagne, nous devons mentionner Barère, rapporteur élégant, improvisateur de motions, de décrets et d'adresses; plus châtié, plus littéraire que Danton, dmit il était loin déposséder la puissance oratoire, le os magna sonolurum.
Robespierre, orateur disert, rompu aux harangues des clubs et aux luttes de la tribune; patient, tat-iturne, dissimulé, maître de la discussion comme de lui-même, ne laissant presque pas d'issue k ses passions, plus homme! d'Etat qu'orateur. Sa phraséologie emphatique se ressentait trop des souvenirs de l'antiquité et de la lecture de Rousseau. Cependant, il s'est élevé plus d'une fois jusqu'à la hauteur de la véritable éloquence, comme dans cette séauce où, interpellé par Vergniaud qui lui cria : • Concluez! » il repondit par cette apostrophe : « Oui, je vais conclure, et contre vous 1 contre vous qui, etc.; • et, s'anitmtut de plus en plus, il uccabla Vergniaud sous le poids de ses accusations.
Mais l'orateur révolutionnaire le plus puissant de cette grande époque, après Mirabeau, fut sans contredit Danton. Avec sa voix retentissante, ses gestes impétueux et les colossales ligures de ses discours, il eût, dans l'antiquité, gouverné du haut de la tribune aux harangues les orages de la multitude. Il comprenait admirablement le génie du peuple, dont il savait parler la langue et dont ses yeux ardents révélaient toutes les passions. Sa stature athlétique et les éclats de sa voix tonnante joiuts à une éloquence forte, hardie, presque sauvage, tirent de lui le véritable tribun du peuple, et s'il avait eu autant de talent que de génie, nul doute qu'il n'eût renversé Robespierre. Sun éloquence monstrueuse, mais originale, emportée, saisissante, semblait s'élancer par bonds de sa poitrine et arrachait à l'Assemblée des applaudissements unanimes.
Sous le Directoire, l'éloquence politique ne brilla pas d'un vif éclut; elle s'éclipsu complètement sous le Consulat et l'Empire; la tribune devint muette. Dès que Nupoléon fut tombé, la tribune reprit ses droits, l'éloquence parlementaire sortit de son long silence. Au seuil de cette nouvelle époque, nous trouvons Manuel, un des tribuns de l'opposition pendant la Restauration et le plus remarquable improvisateur du côté gauche. Il fut l'objet de toutes les passions haineuses de la droite, devant laquelle il osa faire une apologie voilée de la Convention. On sait iyia c'est le.
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motif qui le fit empoigner et expulser de la Chambre pour cause d'indignité, et ses électeurs eurent la lâcheté de ne point le réélire. Dans !es débats orageux qui s'élevèrent à cette occasion, Manuel se défendit avec beaucoup de noblesse et en même temps avec une éloquente simplicité :
• Je déclare, dii-ii, que je ne reconnais ici à personne le droit de ni'accuser ni de me juger. Je cherche d'ailleur; ici des juges et je n'y trouve -que des accusateurs. 3e n'attends point un acte de justice, c'est à un acte de vengeance que je me résigne. Je professe du respect pour les autorités, mais je respecte lien plus encore ta loi qui les a fondées, et je ne leur reconnais plus de puissance dès l'instunt qu'au mépris de cette loi ils usurpent des droits qu elle ne leur a pas donnés. Dans un tel état de choses, je ne sais si la soumission est un acte de prudence; mais je sais que, dès que la résistance est un droit, elle devient un devoir.
• Arrivé dans cette Chambre par la. volonté de ceux qui avaient le droit de m'y envoyer, je ne dois en sortir que par la violence de ceux qui veulent s'arroger le droit de m'en exclure, et, si cette résolution de ina part doit appeler sur ma tête de plus grands périls, ie me dis que le champ de la liberté a été quelquefois fécondé par un sang généreux. •
M. de Serre fut, avant de devenir ministre, un des plus grands" orateurs des premiers temps de la Restauration. • Soldat et chef à la fois, tantôt sur la défensive, tantôt sur l'otfensive, il se multipliait et tenait à lui seul presque lieu d'une année. » Nous pouvons citer ensuite : Royer-Collard, chef d une des fractions de la Chambre ; Camille Jordan, Sainte-Aulaire, Courvoisier, Siiuéon, Kératry, Decaze, Luiné, Beugnot, de Sémonville, Talleyrand. Dans les rangs de l'opposition libérale, nous trouvons : le général Foy, Benjamin Constant, Laffute, Bignon, d'Argenson, Casimir Périer, Coreelles, Stanislas Girardin et Chauvelin. Enfin, les royalistes eux-mêmes ont fourni à la tribune un contingent dont ils avaient le droit d'être fiers : LaBourdonnaye, contre-révolutionnaire exalté, celui qui fit expulser Manuel: Lelalot, Dudon, de Castelbujac, de Salaberry, de Bonald, de Marcellus, de Villèle, Corbière, de Bernis, de Peyronnet,Martignac, Pardessus, Ravez,etc.
Nous voici arrivés au gouvernement de Juillet; jamais peut-être, depuis le retentissement de la gAnde voix de Mirabeau, la tribune française n'a eu des échos plus éloquents. L'homme qui la remplit presque tout entière à cette époque, c est Casimir Périer. • Sa dialectique passionnée le rendait merveilleusement propre à lutter contre l'opposition, d'homme à homme, de colère a colère. C'était un personnage d'action et de riposte vive, doué de plus de résolution parlementaire que de courage personnel, toujours prêt à monter à l'assaut de la tribune et y montant. Il avait, sur ses derniers jours, une énergie orageuse qui le minait et qui l'emportait rapidement vers le tombeau. <
Un des plus grands orateurs de cette époque fut Garnier-Pagès, homme honnête et convaincu, démocrate sévère, ne luttant jamais qu'avec sa conscience, à laquelle il eût tout sacrifié, tout, jusqu'à sa popularité.
« M. Pages, dit Timon, est 1 élève et le brillant héritier de Benjamin Constant, moins souple peut-être, moins rompu à la langue des affaires, ne sachant pas aussi bien que son maître se tordre comme un, serpent autour d'une thèse et l'enlacer dans les raille replis de son argumentation; moins dialecticien, moins fécond, moins naturel et moins ingénieux ; mais peut-être plus habile ut plus exerce dans l'art de réduire avec précision des pensées en axiomes, plus étincelant dans la variété de ses antithèses, plus religieux dans ses moralités pot'tiques, plus châtie, plus pur dans les formes de sou langage, et le seul député dont les discours écrits puissent captiver, par l'éclat soutenu du style et des pensées, (attention d'une Chambre distraite, nonchalante et fort peu sensible à toutes les peines qu'on se donne de lui faire de l'éloquence. ■
L'espace nous manque pour apprécier le talent de beaucoup d'orateurs de ce temps. Parmi eux, nous citerons: le duc de Fitz- James, M. Sauzet, le général La Fayette, Mauguin, Laffitte, Odilon Barrot, Dufaure, Ducos, Yillemain, SalvaDdy, de Tocqueville, de Beaumont, Lanjuiuais, Dupin, Arago et bien d'autres encore. 11 nous tarde d'arriver à celte puissante personnalité oratoire qui s'appelait Berryer, le plus grand de tous, celui-là, le plus grand après Mirabeau.
• Sa vaste et fidèle mémoire contient sans effort les dates les plus compliquées, et son doigt se pose sans hésitation sur les passages dispersés des nombreux documents qu'il analyse et qui fortifient la trame de ses uiscours.
» Rien n'égale la variété de ses intonations, tantôt simples et pénétrantes, tantôt hardies, pompeuses, ornées, pénétrantes.
• Sa véhémence n'a rien d'amer, et ses personnalités rien d'injurieux.
• 11 tire d'une cause tout ce qu'elle contient à la fois de spécieux et de solide, et il la hérisse d'arguments si captieux et si serres qu'on ne sait plus par où l'aborder ni la prendre.
■ Lorsqu'il a parcouru la série de ses.preuves, il s'arrête un court moment; alors, il les
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entasse les unes sur les autres et il en fait un monceau sous lequel il accable ses adversaires..,.
« Il faut le voir couvrir son adversaire, le saisir et s'en emparer; il le captive, il l'é- ■treint entreses redoutables serres, etlorsque, après l'avoir meurtri et déchiré, il le rejette du haut de la tribune, vous vo3'ez le ministre confus, humilié, courbé sur son banc de douleur, cacher entre ses deux mains la rougeur de son front et le cynisme de ses apostasies. > (Timon.)
Ce qui fera l'éternelle gloire de Berryer, ce oui faisait sa force, c est que, tout eu combattant pour une cause1 que le peuple avait condamnée, il avait au plus haut point le sentiment national, le cœur vraiment français,jusqu'à s'écrier un jour, dans son patriotique enthousiasme, lui, le légitimiste : « Je remercie la Convention d'avoir sauvé l'indépendance de la France. •
Lamartine ne fut pas seulement un grand poète, il eut aussi ses jours de gloire comme orateur politique. Toutefois, on pourrait lui reprocher plus de couleur dans le tissu que de fermeté dans la chair, plus d'éclat que de profondeur, plus de relief que de nerf, plus de sonorité que de substance, plus d'abondance que de précision, plus de développement que de suite.
A coté de cette éloquence politique qui est le plus souvent offensive, nous en trouvons une autre qu'on pourrait appeler l'éloquence ministérielle, et qui, par sa nature même, est ordinairement obligée à se tenir sur la défensive. Elle a bien assez, en effet, de parer les coupsqu'on lui porte, sans songer à prendre un rôle agresseur. De notre temps, deux hommes d'une supériorité incontestable, Chacun dans son genre, ont surtout personnifié cette sorte d'éloquence; nous avons nommé M. Thiers et Guizot. Nous voudrions pouvoir citer ici les deux chapitres que Timon leur consacre; ce sont deux tableaux peints de main de maître. Nous nous contenterons, à regret, de quelques fragments qui se rapportent mieux à notre sujet :
« Comme tous les prédicants de l'école genevoise, de cette école âpre et rude, M. Guizot procède dogmatiquement. Il néglige les fleurs du langage. Il manque de variété, d'imagination et de verve, mais non pas d'énergie. Sa passion se révèle dans l'éclat de ses yeux et transpire sur la pâleur de son visage, qu'elle colore et teint subitement, mais elle s'absorbe vite, et elle est plus concentrée qu'extérieure. Il regarde l'opposition en face et le front levé. 11 la désigne avec un geste superbe, et il lui lance des sarcasmes collectifs, qui laissent dans la plaie leur trait envenimé.
» M. Guizot traite les questions politiques d'un certain point de vue élevé. C'était le procédé de sou maître, M. Royer-Collard. Il choisit une idée et la formule en axiome, et il établit autour de cet axiome l'échafaudage de ses raisonnements. Il y revient sans cesse ; il la présente seule à la vue du spectateur, il y^ attire, il y fixe son attention. Son oraison n'est que le développement d'un thème. Si l'idée est vraie, tout le discours est vrai; si l'idée est fausse, tout le discours est faux ; mais les députés de la majorité prévenue k laquelle il s'adresse ne conviennent jamais que la thèse soit fausse, et M. Guizot conserve auprès d'eux tous les avantages de sa méthode...»
A M. Thiers à poser maintenant devant l'inexorable peintre :
« Quoiqu'il commence presque tous les alinéas de ses discours par cette formule : « Permettez-moi, messieurs... » ou : «Je vous » demande pardon...», il se passe très-bien de la permission, et il se met fort au-dessus du pardon de personne. Mais il y a tant de vaniteux dans une Chambre française I II faut se faire si humble avec eux 1 Moyennant cette petite précaution, on vous permet de tout oser, de tout dire. C'est le passe-port de beaucoup d'impertinences.
» On ne peut pas dire que M. Thiers procède par saillies a vives urètes comme M. Dupin, ni qu'il ait la parole grave de M. Odilon Barrot, ou le sarcasme moqueur de Mauguin, ou l'ondoyante éloquence de Sauzet, ou la raison supérieure de Guizot; c'est une espèce de talent à part, qui ne ressemble, de près ou de loin, à celui de personne.
• Ce n'est pus, si vous voulez, de l'oraison, c'est de la causerie, mais de la causerie vive, brillante, légère, volubile, animée, semée, de traits historiques, d'anecdotes et de réflexions fines ; et tout cela est dit, coupé, brisé, lié, délié, recousu avec une dextérité de langage incomparable. La pensée naît si vite dans cette lete-ià, si vite, qu'on dirait qu'elle est enfantéu avant d'avoir été conçue. Les vastes poumons d'un géant ne suffiraient pas kl'expectoration des paroles de ce nain spirituel. La nature, toujours attentive et compatissante dans sa compensation, semble avoir voulu concentrer chez lui toute la puissance de la virilité dans les frêles organes du larynx.
» Si une théorie a plusieurs faces, les unes fausses, les autres vraies, il les groupe, il les inéle, il les fait jouet- et rayonner uevant vous d'une main si vive, que vous n'avez pas le temps d'attraper le sophisme au passage. Je ne sais si le désordre de ses improvisations, si l'incohérent entassement de tant de propositions hétérogènes, si le bizarre mélange de
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toutes ces idées et de tous ces tons est un effet de son art ; mais il est de tous les orateurs celui dont la réfutation est la plus facile quand on le lit, la plus difficile quand on l'écoute. Il est le roué le plus amusant de nos roués politiques, le plus aigu de nos sophistes, le plus subtil et le plus insaisissable de nos prestidigitateurs. C'est le Bosco de la tribune. »
De ces brillantes illustrations, dont quelques-unes ne sont pas encore éteintes, nous passons aux orateurs politiques de nos jours. M. Jules Favre, dans plusieurs circonstances, a montré les qualités d'un véritable orateur; à côté de lui se sont fait remarquer MM. Picard, Jules Simon et le dernier de tous par ordre des temps, mais le premier peut-être par le talent, M. Gambetta.
Quant a l'éloquence ministérielle des Billaut, des Rouher, des Pinard et des Forcade, menteuse comme le triste régime qu'elle servait, sans dignité, sans grandeur; quant à cette éloquence gourmée, pédantesque, filandreuse de M. Emile Ollivier, nouvellement converti aux saines doctrines avec la bénédiction de son père pour passe-port, une telle éloquence ne vaut pas la peine d'être nommée.
Nous pourrions étendre cette étude à l'éloquence de la tribune chez les autres poules; mais elle aurait beaucoup moins d'intélêt pour nous. La différence des mœurs, de la langue, du génie oratoire, arrête ou ralentit du moins la transmission des sentiments exprimés par l'orateur. Au reste, en dehors de la France, il n'ya guère que l'Angleterre qui ait vu fleurir l'éloquence politique. Là aussi elle a compté de brillantes personnifications : lord Chatham, Fox, l'admirateur de la Révolution française ; Burke, son infatigable adversaire ; William Pitt, le grand ministre; Sheridan, Byron, l'immortel poëte; George Canning, lord Brougham et, plus particulièrement de nos jours, Bright, Cobden, Disraeli, lord- Palinerston, Gladstone, et le plus grand, le plus puissant, le plus redouté de tous, l'infatigable et éloquent agitateur de l'Irlande, O'Connell ; jamais homme, sans en excepter Démosthène, n'a exercé une influence plus souveraine sur tout un peuple ; jamais orateur n'a bravé avec une audace plus éloquente et un parlement, et des ministres plus hostiles à sa cause.
Les lecteurs qui aimeraient de plus longs développements sur les orateurs, leurs discours, leurs luttes parlementaires, les trouveront dans le Livre des orateurs, de Timon (Cormenin), et dans les Chefs-d'œuvre de l'éloquence, de M. l'abbé Marcel, deux excellents ouvrages, qui nous ont beaucoup servi pour ce travail.
Tribune de» département» (LA), journal politique, qui parut, avecquelques interruptions, du 8 juin 1829 au 11 mai,l835 et porta successivement le titre de Tribune des départements, Tribune du mouvement, puis Tribune politique et littéraire. Fondée par Auguste et Victorin Eabre, rédigée avec autant d'habileté que d'énergie successivement par Germain Sarrut, Bascàns et le brillant polémiste Armand Marrast, la Tribune devint une arme redoutable contre le gouvernement et acquit par ses attaques violentes et ses nombreux procès une célébrité quelque peu coûteuse. Les poursuites, au nombre de plus de cent, dont elle fut l'objet aboutirent, en effet, à une vingtaine de condamnations, formant un total de cinquante ans de prison et 160,000 francs d'amende, sans compter le sac de ses bureaux par la garde nationale. Dans cette campagne, Marrast se montra beaucoup plus avance que le journal dont, plus tard, il devint le rédacteur en chef, le National. Armand Carrel y soutenait alors le principe de la monarchie constitutionnelle, sous la condition que <le roi règne et ne gouverne pas ». Mais bientôt Carrel déclara publiquement «que la nation n'arriverait pas k son but par eu procédé si simple en apparence.» C'était se déclarer républicain ; et, en effet, dès lors, Carrel et le National firent profession d'appartenir à l'opinion républicaine. En 1833, la l'ribune avait qualifié de prostituée la Ciiambre des députés. L'Assemblée cita à sa barre le gérant et deux rédacteurs, MM. Armand Marrast et Godefroy Cavaignao. Les écrivains refusèrent de se rétracter, et le gérant fut condamné a trois ans de prison et 10,000 francs d'amende. Une citation donnera une idée de la polémique de la Tribune. Voici comment, après tant de condamnations, ce journal ne craignait pas de s'exprimer, le 8 février. 1834, sur le compte du roi et de ses ministres. L'article est intitulé : Le plus honnête homme du royaume.
« Ce n'est pas Talleyrand, tout chargé
des ignominies des neuf gouvernements qui ont passé sur la France depuis un demisiècle, traître à Dieu et aux nommes, qui a consumé sa vie à trafiquer de morale, à vendre les consciences a autrui quand on ne pouvait plus acheter la sienne. Ce n'est pas Soult, l'illustre conquérant de 1 Espagne, le prétendant à la couronne d'Oporto, dont les troupes mouraient de faim, dont les soldats, demi-nus, reclamaient vainement leur paye, tandis que le général en chef augmentait sa fortune par toutes les actions licites et illicites. Ce n'est pas celui qui entasse dans son budget millions sur millions, qui fait et défait les ordonnances, qui conclut des mar- |
TRIB
chés secrets. Ce n'est pas Barthe, le renégat, osant invoquer à la Chambre-la foi des serments, lui qui a outragé toute morale, manqué à toutes ses promesses, abandonné toutes ses traditions. Ce n'est pas Persil, qui ïite à faux les pièces authentiques, qui suppose des faits,' qui altère des textes, qui reçoit unanimement de l'opinion publique et des avocats les plus honorables 1 épithète de faussaire. Le plus honnête homme du royaume, ce n'est pas Humann, s'engraissant à taire de la contrebande d'argent, calomniateur public ; de Rîgny, dont l'histoire appartiendrait à la cour d'assises. Ce ne sont pas tous ces vieux débris de l'Empire, qui colportent tous les usages du despotisme et professent et pratiquent toutes les bassesses de la servilité la plus honteuse. Ce ne sont pas non plus les rédacteurs des Débats; ce ne sont pas tous les prostitués que l'or des caisses publiques tient enchaînés. Le plus honnête homme du royaume, c'est mieux que cela, c'est lui,
c'est , enfin, c'est le plus honnête homme
du royaume. «
Tribune (la), journal politique hebdomadaire, fondé à Paris le 14 juin 1868 par MM. Pelletan et Glais-Bizoin. Cette feuille, créée principalement en vue des élections de 1869, eut pour rédacteur en chef Eugène Pelletan et pour collaborateurs MM. Lavertujon, Hçrold, Jourriault, L. I.egault, Gellion- Danglars , Moequeris, Jules Joffroy, Trebois, etc. Organe des idées républicaines et ■ démocratiques, ce journal fit une guerre des plus vives au despotisme impérial, s'aita<'ha à mettre en lumière les abus de tout genre qui pullulaient sous ce détestable régime et contribua au puissant mouvement d'opinion qui précéda la chute de l'Empire. Impliqué avec Y Avenir national, le Réoeil, etc., dans le second procès relatif à la souscription Baudin, la Tribune fut condamnée, le 28 novembre 1868, à 1,000 francs d'amende. Elle cessa de paraître au commencement de 1870.
TRIBUNITTEN, IENNE adj. {tri-bu-ni-siain, i-è-ne — lat. tribunitius ; de tribunus, tribun). Hist, rom. Qui appartient au tribu — nat : Les empereurs romains s'attribuèrent expressément lapuissance tribunitibnne. (Acad.)
— Numism. Puissance tribunitienne, Médaille impériale indiquant depuis combien d'années un empereur romain exerçait la puissance tribunitienne.
— Eloquence tribunitienne, Eloquence de tribun, discours fougueux destiné à soulever jes passions populaires.
TRIBUNO (Pierre), doge de Venise, mort en 9lï. Arrivé au pouvoir en S88, il se signala aussitôt par sa sagesse et par sa bonté, reçut de l'empereur d'Orient la dign.té de protospathaire, obtint de l'empereur d'Occident des privilèges pour les Vénitiens et repoussa avec perte, en 906, les Hongrois qui venaient d'envahir l'Italie. Orso II Participatio lui succéda.
TRIBUNO MEMMO, doge de Venise, mort en 991. Il succéda à Vital Candiano en 979, se déclara pour le parti des Coloprini contre celui des Morosini et commença ainsi une guerre civile qu'il se vit impuissant à arrêter. Les Coloprini s'étant détachés de lui en 9S3, pour se mettre sous la protection d'Othon II, Tribuno Memmo les persécuta avec fureur. Toutefois, sur la demande de l'impératrice Adélaïde, il leur permit de revenir à Venise (988), mais il les laissa massacrer par les Morosini.
TltlDUNOS, médecin grec, né en Palestine. Il vivait au vie siècle et acquit une telle réputation de savoir que Chosroès, roi de Perse, exigea dans un traité de paix pas-é avec Justinien (546) que Tribunus se rendît auprès dç lui et résidât une année en Perse. Le roi, qui était alors malade, fut soigné et guéri par le médecin grec. Pour tout salaire, Tr.bunus lui demanda de mettre en liberté quelques prisonniers chrétiens. Non-seulement Chosroès accéda à cette demande, mais encore il délivra plusieurs milliers de captifs et combla Tribunus de présents. Ce médecin avait composé plusieurs ouvrages, dont aucun n'est parvenu jusqu'à nous.
TRIBUT s. m. (tribu — lat. tributum ; de tribuere, attribuer, formé de tnbus, tribu, parce que les impôts, à Rome, étaient répartis par tribus). Impôt qu'un Etat lève sur un autre Etat placé sous sa dépendance ; La notion de tribut est incompatible avec celle de liberté et de souveraineté. (Proudh.)
— Impôt en général, dans le langage élevé : Les préires égyptiens ne payent aucun tribut. (B. Const.) Huint Louis se contenta du revenu, de son domaine royal et de quelques tributs presque volontaires. (Fléch.)
— Revenu, rétribution, salaire :
... Un noble esprit peut, sans honte et sans crime Tirer de son travail un tribut légitime.
Boileau.
Il Chose qu'on donne , qu'on fournit : Les fleuves apportent leur tribut à la mer. Aux bosquets jaunissants pour dernière parure, Le rouge cornouiller apporte ses tribut*.
Luce DE LAMCIVii.
— Fig. Ce qu'on accorde comme dû, mérité : Tribut d'estime, de reconnaissance. Offrir en tribut ses premiers ouvrages. L'estime, le respect est un tribut qu'on doit à la vertu, au mérite. (Acad.) L'estime est le tri«
TRIO
que l'envie est forcée de payer tét ou tard nérite. (Christine de Suède.) Etre trompé,