‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 392 sur 1042 · V. COMMUN · texte numérisé non relu

V. COMMUN

— Encycl. Littér. Quand on parle du trivial on littérature, on n'entend pas seulement ce qui est usé, commun, rebattu, mais aussi ce qui a un caractère de grossièreté et convient à la langue des carrefours; en cela se trouve entièrement justifiée l'étymologio latine du mot (trivium. carrefour). C'est en ce sens que Boileau a dit :

On ne vit plus en vers que pointes triviales; Le Parnasse parla le langage des halles.

Le trivial est donc l'opposé de l'atticisme. On comprend par là que, dans la plupart des genres littéraires, H ne doit jamais se montrer. Dans tous les ea?, il a besoin pour être admis ou d'exciter une grande gaieté, ou d'être relevé par l'originalité de 1 œuvre, ou encore d'être autorisé par la singularité du genre que l'on traite. Ainsi , le burlesque s'allie inévitablement au trivial. Scarron, le maître du genre, ne l'a pas épargné dans son Virgile traoesti ; mais il en a le plus souvent justifié l'emploi par des effets de gaieté, par des contrastes amusants et par des traits heureux qui l'excusent en le faisant ressortir. Pour tourner en ridicule le larmoiement continuel d'Enée, il dira :

jEnéas pleurant comme un veau...

De même, il dira de Didon :

C'était une grosse dondon...

Le trivial a encore sa place chez les poëtes rouges -trognes et francs -buveurs, dont le modèle fut Saint-Amant, qu'on a surnommé l'Homère du melon, du petit-salé et de la crevaille; mais c'est à la condition d'obéir comme lui au sentiment du pittoresque et de ne pas rechercher sans motif les pasquinades, les équivoques et les plaisanteries grossières. La Creoaille est un morceau d une fougue , d'une ébriété et d'un lyrisme extraordinaires, « Comme d'une gigantesque corne d'abondance vidée par le dieu Gaster, dit M. Théophile Gautier, ruissellent les mets et les vins avec un scintillement de couleur à éblouir les yeux. Les rimes résonnent comme des verres qui s'entre-choquent et semblent se porter des santés. » Le morceau intitulé la Débauche offre des qualités analogues :

Bacchus! qui vois notre débauche, Par ton saint portrait que j'ébauche En m 'enluminant le museau; Par tes cloches qui sont des pots, Par tes soupirs qui sont des rots; Par ce jambon couvert d'épice, Par ce long pendant de saucisse.

Par la majesté de ce broc, * Par masse, toppe, cric et croc...

Là où le triuial se trouve encore plus complètement dans son domaine, c'est dans le genre poissard, qui n'est que l'imitation du langage des halles, et l'on doit s'attendre k voir chez Vadé les mots les plus salés, les expressions les plus grossières :

Ma pipe est en bringue, mil' guieuxl...

Cinquante sols! je vous en fous...

Gueuse à crapeaux, coffre à graillon !...

et autres aménités de la même sorte.

Au théâtre, on admet le trivial dan3 la farce et dans certaines comédies qui se rapprochent de la farce ; mais les spectateurs dont l'esprit a quelque culture ne peuvent le supporter s'il ne produit des effets de gaieté ; plus il est bas, plus H faut que ces effets' soient grands. Une grande partie du répertoire de la foire est pleine de trivialités qui ne font plus rire et, par conséquent, nous semblent insipides; mais rien n'est plus variable que ce qui tient au rire dans les œuvres de l'esprit. Les mœurs, les usages, les préoccupations changent, et les mots devant lesquels nos pères étaient pris d'une folle gaieté n'amènent pas même le sourire k nos lèvres. Bien des pièces du Palais-Royal qui continuent la tradition des burlesques trivialités de la foire font rire k Paris et n'obtiennent en province que des sifliets.

Chez Molière même, dans certaines comédies qui tiennent de la farce, il y a des détails d'une trivialité grotesque qui ont vieilli, comme les coups de bâton de Scapin sur le dos de Géronte et les seringues de matassins poursuivant Ponrceaugnac ; mais il est bien d'autres passages où la trivialité de la pensée et de l'expression fait naître un rire aussi franc et aussi bruyant que s'ils dataient d'hier.

La chanson triviale a toujours eu des adeptes; on l'a vue k la mode jusque dans les salons; la Femme « barbe ou la Déesse du bœuf gras sont les modèles du genre.

TRIVIALEMENT adv. (tri-vi-a-le-man — rad. trivial). D'une manière triviale : Parler, écrire trivialement.

TRIVIALISER v. a. ou tr. (tri-vi-a-li-zé — rad. trivial). Rendre trivial : Trivialiskr t>olontairement son style.

TRIVIALITÉ s. f. (tri-vi-a-li-lé — rad. /rimai). Caractère, qualité de ce qui est trivial : Ecrit d'une trivialité choquante.

TRIVIE s. f. (tri-vî — du lat. trivium, carrefour). Moll. Genre de mollusques gastéropodes pectinibranches, formé aux dépens des porcelaines.

TRIVIEN, IENNE adj. (tri-vi-ain, è-ne — lat. trivianus ; de trivium, carrefour). Mythol.

ÏRlV

Surnom donné k Diane, k Hécate et à Mercure.

TRIVIRR-DE-COURTES (SAINT), bourg de France (Ain), ch.-l, de cant., arrond. et k ■ 31 kilom. de Bourg-en-Bresse; pop. aggl., BU hab. — pop. tôt., 1,393 hab. Commerce de grains.

TRlVlEH-SUR-MOrGNANS (SAINT-), bourg de Fiance (Ain), ch.-l. de cant., arrond. et à 19 kilom. de Trévoux; pop. aggl., 703 hab. — pop. tôt., 1,757 hab. Auprès se trouve un grand étang formé par la rivière de Moignans,

TRIV1SANO (Marc), littérateur italien, né à Venise au commencement du xvu° siècle, mort dans la même ville vers 1674. Il suivit avec distinction la carrière des armes, se signala particulièrement pendant la guerre du Frioul (1616) et dut à un trait de générosité extraordinaire envers son «mi Nicolas Barbarigo d'être surnommé i« lieras. On lui doit, entre autres écrits: Vita di Francesco Erizzo, principe di Venezia (Venise, 1051); Le Azioni, eroiclie di Lazaro Mocenigo (Venise, 1639, in -40). La plupart de ses écrits n'ont pas été imprimés.

T1UV1SANO (Bernard), philosophe italien, neveu du précédent, né a Venise en 1652, mort près de Conegliano en 1720. Sous l'habile-direction de son oncle, il acquit une instruction aussi solide que variée. Les langues anciennes et plusieurs langues modernes, la philosophie, les mathématiques, l'histoire, les antiquités, les belles-lettres, la poésie, les arts du dessin devinrent l'objet de ses études, que vinrent compléter encore des voyages en France, en Allemagne et en Angleterre, Partout le jeune Trivisano fut accueilli avec distinction, notamment k la cour de Louis XIV. De retour dans sa patrie, H employa une partie de sa grande fortune k se créer une belle bibliothèque ot de riches collections de statues et de médailles, et devint successivement gouverneur de Bellune, magistrat de la quarantia, enfin professeur de philosophie. Trivisano a laissé de nombreux écrits, notamment sur la philosophie, la morale, la politique, le droit, les langues, etc. Nous citerons de lui : L' Immortalité de II' anima (Venise, 1G99, in-4°) ; Meditazioni filosofiche (Venise, 1704, in-40); Prmlectiones fundameulales (Venise, 1719, in-8°) ; Délia laguna di Venezia (Venise, 1715, in-40).

TRIVISANO (Bernardo), alchimiste italien.

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