V. Troïl
Troïlu* ci Croiiiia, tragédie en cinq actes, de W. Shakspeare (1602). Cette pièce est la seule que Shakspeare ait publiée sans l'avoir fait représenter. C'est une ironie continue sur la plus fameuse des traditions héroïques, la guerre de Troie. De pompeuses descriptions, des maximes sages et ingénieuses, la haute opinion que les héros ont d'eux-mêmes et de leurs compagnons d'armes, tout sert k faire ressortir plus fortement la cause méprisable de cette guerre,, la mollesse et la désunion qui la prolongent, Agamemnon avec son autorité suprême, Ménélas avec le souvenir "des affronts qu'il a reçus, Nestor avecson expérience, Ulysse avec sa finesse, ne peuvent en rien faire avancer les choses. Enfin, lorsqu'on a réussi à arranger un duel entre le fanfaron Ajax et Hector, celui-ci refuse sérieusement de se battre , parce qu'Ajax est son cousin. Achille est le plus maltraité de tous. Après s'être longtemps fait presser et avoir paru décidé à persister dans une dédaigneuse inaction, dont Thersite, en vrai bouffon, amuse les loisirs, il finit par tomber sur Hector, au moment ou celuici est désarmé , et le fait battre par sea Myrmidons. ■ 11 ne faut cependant pas s'imaginer, dit Sehlegel, que Shakspeare ait commis un blasphème envers le grand Homère. Ce n'est pas l'Iliade qu'il a eue en vue, mais
TROI
il se moque des romans' de chevalerie sur la guerre de Troie, qu'on tirait de Darès le Phrygien. Il a placé là tout naturellement les amours de Troïlus et de Cressida, histoire dès lois si connue en Angleterre, que le nom de Troïlus y était passé en proverbe, pour . indiquer un amant trompé et Adèle, comme celui de Cressida pour désigner une femme perfide.
Voici le jugement porté par M. Guizot sur Troïlus et Cressida : « Si cette pièce n'est pas une des plus morales et des plus fortement conçues de Shakspeare, elle n'est pas une des moins amusantes et des moins instructives. Naturellement, Shakspeare ne se passionne pour aucun de ses personnages; nulle part, peut-être, il n'est entièrement sérieux ou entièrement comique ; mais c'est ici surtout qu'il s'est fait un jeu du caprice de ses idées et qu'il semble avoir voulu donner un double sens à la composition. » Johnson remarque que le style de Shakspeare, dans Troïlus et Cressida, est plui correct que dans la plupart de ses pièces; on y trouve une foule d'observations politiques et morales, qui sont la marque d'un esprit supérieur. Drydcn a refait cette tragédie avec des changements. Il a donné au fond une nouvelle forme; il a omis quelques personnages et ajouté Andromaque; en général, il y a plus d'ordre et de liaison dans ses scènes, et quelques-unes sont neuves et du plus bel effet.
TROIS adj. (troi — du latin très, grec treis, qui se rattache au sanscrit tri, même sens, et que Bopp rapporte à la racine tar, dépasser, franchir, trois étant le nombre qui dépasse deux. Il y avait peut-être là, suivaut Pictet, quelque allusion plus matérielle au doigt du milieu, auquel on arrive en comptant jusqu'à trois, et qui dépasse les autres). Deux plus un : Trois hommes. Trois heures. Les trois Parques. Les trois personnes de la 'Trinité. Trois quarts d'heure. Il y a mille secrets que trois amis doivent savoir et qu'ils ne peuvent se dire que deux à deux. (J.-J. Rouss.)
Et trois!
Quand nous serons à dix, nous ferons une croii.