‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 421 sur 1042 · TROX · texte numérisé non relu

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timent ni de ceux qui le montaient. Un fils de Trowbridge a servi avec distinction dans la marine anglaise.

TROWER (Walter-John), prélat anglais, né à Londres en 1804. Il entra dans les ordres en 1829, remplit diverses fonctions pastorales, notamment celles de doyen rural à l'église de Chichester, et devint, en 1848, évoque anglican de Glascow. Indépendamment de plusieurs livres d'éducation pour la Société des connaissances utiles, on doit à ce prélat des Sermons sur /'Exode, une Exposition raisonnée des Epltres et Evangiles, etc.

TROX s. m. (trokss — gr. trox, qui ronge). Entom. Genre. d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des lamellicornes, tribu des scarabées arénicoles, comprenant une cinquantaine d'espèces, réparties sur tous les points du globe : Quand on saisit un trox, tï produit une stridulation. (H. Lucas.)

— Encycl. Le genre trox, classé par Latreille dans la section des arénicoles, seconde de la tribu des scarabéides, est formé par des individus ayant les mandibules épaisses et saillantes; le corps rugueux ou tuberculeux en dessus, généralement de couleur cendrée ou terreuse; la tête inclinée et terminée en

Îiointe ; les antennes de longueur médiocre; es palpes très-courtes; le menton très-velu, cachant entièrement la languette ; le corselet court, transverse, sinueux en arrière; l'ab- .domen grand, bombé, recouvert par des élytres très-dures; les pieds antérieurs avancés. Ces insectes sont généralement de taille moyenne ; quand on les saisit, ils font entendre une sorte de stridulation. Ils vivent généralement dans les sables et se nourrissent des racines des végétaux. Les larves vivent dans les matières animales et végétales putréfiées. Les trox, d'une dimension très-médiocre, ont une physionomie caractéristique, due à la couleur grise et aux aspérités que présentent leurs élytres. Ces insectes aiment la poussière et ils en ont la teinte. Sur nos chemins poudreux, on rencontre le trox des sables , petit coléoptère long de om,008 à 0m,010, ayant les élytres cannelés et garnis de petites touffes de poils. L'adulte et la larve se repaissent de cadavres d'animaux. Ce petit insecte noir est commun aux environs de Paris; on le trouve souvent, ainsi que sa larve, sous les haillons ou les peaux d'animaux. V. scarabéides.

TROXIMON s. m. (tro-ksi-mon). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des chicoracées, comprenant des espèces qui croissent dans l'Amérique du Nord.

— Syn. d'agoséride et de ceépide, autres genres de chicoracées.

TROXLER (Ignace-Paul-Vital), philosophe suisse, né à Munster (canton de Lucerne) en 1780, mort en 1866. Il fut élevé en partie chez les jésuites de Lucerne, qui essayèrent vainement de refréner la hardiesse de ses idées. Après l'entrée des Français en Suisse, il devint secrétaire du lieutenant de la régence; mais il se démit bientôt de ses fonctions pour étudier la philosophie et la médecine. 11 se rendit, en 1800, à Iéna, où il fut l'un des partisans les plus ardents de lu philosophie naturelle de Schelling, suivit plus tard les cours des universités d'Iéna et de Vienne, et revint, en 1806, exercer la médecine à Lucerne. Sa brochure intitulée Quelques mots sur la maladie régnante et sur la médecine dans le canton de Lucerne lui attira de vives et nombreuses persécutions, qui le forcèrent à se réfugier à Vienne. Après avoir visité les Pays-Bas, la Franco et l'Italie, il put rentrer en 1808 à Munster, où il s'occupa d'études philosophiques , et publia Coup d'ail sur l'existence des nommes (Aarau, 1811). Lors de la transformation politique de 1814, il fut soupçonné d'avoir écrit un pamphlet adressé aux paysans, et dans lequel il réclamait la restitution des droits qui leur avaient été enlevés, et demeura quelque temps en prison ; il n'en fut pas moins chargé peu après de missions politiques à Vienne, puis à Berlin. Nommé, en 1820, professeur de philosophie et d'histoire à l'université de Lucerne, il perdit sa chaire à cause des idées qu'il avait émises dans son livre intitulé : le Prince et le peuple d'après la doctrine de Buchanan et de Milion (Aarau, 1821). Il ouvrit alors à Aarau une maison d'éducation, qu'il dirigea jusqu'en 1830. époque où il fut appelé à la chaire de philosophie de Bâle ; mais , dès l'année suivante, quoiqu'il eût été élu recteur de l'université , il se vit soupçonné d'avoir pris part au soulèvement de Bâle-Campagne et fut destitué, bien qu'on l'eût acquitté sur le fait principal de 1 accusation. En 1832, il devint membre du grand conseil du canton d'Aarau et bourgeois honoraire de Berne, où, deux ans plus tard, il obtint une chaire à l'université qui venait d'y être fondée. Depuis quelques années, une transformation radicale s'était opérée dans ses opinions philosophiques et il avait complètement renoncé aux doctrines de Schelling pour embrasser celles de Jacobi. Ce fut dans l'esprit de ces dernières qu'il écrivit ses ouvrages intitulés: la Doctrine naturelle de la connaissance humaine ou métaphysique (Aarau, 1828), la Logique, science de ta pensée et critique de toute connaissance (Stuttgard, 1829-1830, 3 vol.) et Leçons sur la philosophie (Berne, 1835; 1842, îe'édit.). Dans tous ces écrits, il regarde l'anthroposophie comme la science fonda-

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mentale philosophique et fait dériver toute science de la nature intime de l'esprit humain. Au point de vue politique, il se fit toujours l'avocat du progrès modéré et exposa ses opinions dans sa Théorie du droit philosophique de la nature et de la loi (Zurich, 1820). Plus tard, il chercha à travailler en faveur de l'union des Etats de la confédération helvétique, dans son ouvrage qui a pour titre : la Constitution des Etats-Unis de l'Amérique du Nord, considérée comme le type de la réforme de la Confédération helvétique (Schalïhouse, 1848). Enfin, il écrivit contre les radicaux Y Athéisme dans la politique du siècle et la voie vers la guérison (Berne, 1850). Il avait, en outre, édité en 1816, à Aarau, le .Nouveau Musée suisse, et à Munster, de 1817 à 1820, les Archives de médecine et de chirurgie.

TROY s. m. (troï). Nom donné, en Angleterre, à la série des poids qui servent pour les matières d'or et d argent, pour les distinguer des poids avoir-du-poids, en usage dans le commerce ordinaire.

TROY, ville des Etats-Unis (New- York), à 11 kilom. N. d'Albany, sur ta rive gauch'e de l'Hudson, en face du débouché du canal de l'Erié; 40,000 hab., et avec West-Troy sur l'autre rive; 50,000 hab. Arsenal; banques; caisses d'épargne ; compagnies d'assurances. Cette ville se rattache aux principales litrnes ferrées et aux plus importantes cités de l'Etat par les chemins de fer de l'Hudson, qui la relient à New- York, de Troy et Seheneetady, qui s'embranche sur la ligne centrale d'Albany à Buffalo, de Troy à Boston et de Troy à Saratoga. Elle est devenue ainsi le lieu de passage des touristes, des voyageurs d'affaires et du commerce pour le N.-E. et l'O. de l'Etat. Les relations commerciales, très-multipliées entre Troy et New-York, sont principalement desservies par l'Hudson, dont la navigation commence à Troy pour les paquebots à vapeur et les grands bateaux de transport. De nombreux bâtiments à voiles et un service quotidien de steamers de première classe font incessamment le trajet entre les deux villes. Troy tient le premier rang parmi les villes manufacturières de l'Etat. Les manufactures comprennent la plupart des branches d'industrie; mais les plus importantes sont celles qui se rapportent à la préparation du fer et de la fonte et aux divers articles de cette fabrication, tels que la quincaillerie, la coutellerie, la taillanderie, le charronnage et les organes accessoires de machines ; des fonderies, des ateliers de laminage, des forges pour la fabrication des foyers d'appartement, des ustensiles d'agriculture, des clous et des rivets sont établis dans les meilleures conditions à Troy et dans les environs. A côté de ces manufactures de premier ordre, on compte plusieurs moulins a farine, des filatures de coton et de laine, des brasseries ; des fabriques de papier, de poteries de grès, de brosses et quelques tanneries. Des capitaux considérables tont aussi engagés dans le commerce des bois.

TROY (Eugène), chanteur français, né à Toulouse en 1835, mort à Bruxelles en 1871. Elève de Ponchard et de Faure. il fit ses études au Conservatoire et remporta au concours de 1857 les premiers prix de chant et d'opéra-comique. Il débuta, au mois de septembre de la même année, à la salle Favart, par le rôle de Malipieri à'Haydée. Sa voix de baryton avait beaucoup de puissance et de souplesse et sa vocalisation était parfaite. Parmi les pièces dans lesquelles il joua avec le plus de succès, nous citerons ; les Monténégrins (1858) ; la Pagode (1859) ; le Pardon de Ploërmel (1860), où il remplit le rôle d'HoSl; la Circassieune (1861); le Toréador et Galatée (1863). Engagé au Théâtre-Lyrique, il interpréta avec un grand succès les rôles du docteur, de Don Pasquale (1S64); de Papageno, de la Flûte enchantée; de Plumkett, de Martha (1865); de Caspar, du Freischûlz (1866); de Capulet, de Bornéo et Juliette; de Méphistophélès, de Faust (1867). Après la fermeture, en 1868, du Théâtre- Lyrique et de la Renaissance (salle Ventadour) , sous la direction Carvalho , Troy quitta Paris et alla tenir à Toulouse le double emploi de baryton de grand opéra et de première basse d'opéra-comique. En 1869, il contracta un engagement avec le théâtre de la Monnaie, à Bruxelles. Il était fort aimé du public, quand il mourut subitement, après un courte maladie. — Son frère , Etienne Troy, lauréat du Conservatoire , entra en 1865 au Théâtre-Lyrique. Il parcourut ensuite la province et, engagé à la Renaissance, il interpréta Germain, de la Jolie Parfumeuse. Il est devenu, en 1876, le pensionnaire du nouveau Théâtre-Lyrique (ancienne Gaîté).

TROYA (Charles), historien italien, né à Naples en 1784, mort dans la même ville en 1858. Fils d'un chirurgien de la cour, il eut pour marraine la reine Caroline et fut élevé au palais royal. Bien qu'ayant peu de goût pour les sciences exactes, il termina ses études de mathématiques, sous l'astronome Piazzi, à Palerme. où il avait suivi la dynastie chassée par les Français. En 1806, il revint à Naples revendiquer ses biens confisqués, obtint une place au ministère de la maison du roi et se familiarisa avec notre littérature. Au retour des Bourbons, eu 1815,

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bien qu'il restât attaché au palais, il obtint de reprendre sa profession d'avocat. Il fut plus tard intendant de la province de Basilicate. Le mouvement de 1820 le jeta dans la presse militante, et le meilleur journal libéral du temps, la Minerva, donna de lui des articles remarqués. La réaction de 1821 supprima le journal ; Ch. Troya dut se faire oublier, et il se livra dans la retraite à l'étude de Dante. En 1823, la police l'ayant invité à voyager a l'étranger, il parcourut une partie de la péninsule, fouillant les archives des monastères et lesbibliothèques de Rome, de Florence, de Bologne. Le résultat de ces travaux fut la publication d'un livre où il essaye d'expliquer le fameux Lévrier de Dante, il Veltro allegorico di Dante (Pise, 1826). Ce lévrier symbolique est désigné, dans la Divine Comédie, comme le sauveur futur de l'Italie. Dans ce livre savant, plein de faits, de recherches et de détails curieux, il cherche à établir que le lévrier de VEnfer et le Dux du Purgatoire était le chef gibelin Uguccione delta Faggiuola. Rentré à Naples, Troya entreprit d'écrire l'histoire d'Italie depuis l'ère de Charlemagne jusqu'à celle de Dante. Travailleur infatigable, il reprit ses recherches au Mont-Cassin et à Rome et amoncela les matériaux d'une œuvre immense. En même temps, il convertissait Balbo à la cause politique du saiut-siége et soutenait, contre l'école de Niebuhr et contre les continuateurs de l'école florentine, une longue polémique épistolaire. Enfin, il fit paraître à Naples, en 1839, son ApparatO prelimiuale alla storia det medio evo (3 vol, in-8°), l'une des études ethnographiques les plus importantes dont le monde barbare ait été l'objet. Ces trois premiers volumes sont consacrés à l'histoire des barbares avant leur invasion. C'est bien là, en effet, l'introduction nécessaire à une histoire du moyen âge. Dans une Table chronologique trèsvolumineuse, l'auteur cite ses aucorités et ses documents. La seconde partie de l'ouvrage parut de 1844 à 1850 (l vol. in-go): le second volume (1851, in-8°) s'arrête à 1 invasion d'Alboin. Pendant cette période de sa vie, Troya avait, en outre, publié des discours et des dissertations dans les journaux et les revues, et mis au jour une édition du Code diplomatique lombard, revue et corrigée sur un manuscrit du monastère de la Cava, enrichie d'annotations savantes (1848, 5 vol. in-8°). Cet ouvrage va d'Alboin à Charlemagne. Il reprit également ses travaux sur Dante, enrichit la Divine Comédie d'un commentaire chronologique et composa un traité sur les Florentines au temps d'Alighieri. Il donna, de plus, une dissertation sur l'architecture gothique, et il allait s'occuper des Arabes, mais la mort ne lui en laissa pas le temps. Les services que le studieux annaliste a rendus à la science historique ont certainement leur importance, mais on demande à l'historien d'èire un philosophe, un critique et, plus encore, un artiste, de faire revivre les grands hommes et les grands siècles morts; Ch. Troya, il faut le reconnaître, n'est qu'un érudit.

En 1848, il avait été appelé à la présidence du premier ministère constitutionnel à Naples; il eut le courage de se montrer Italien. « C'est en Lombardie, disait-il au roi, que Votre Majesté reconquerra la couronne de Sicile. • Mais, par la suite, il fut hésitant et crédule et tomba honnêtement le 15 mai, trompé par le roi. Après sa chute, il rentra dans la vie privée.

TROYA D'ASSIGNY (Louis), controversiste français, mort en 1772. C'était un prêtre du diocèse de Grenoble, qui vint à Paris, où il fut attaché à l'hospice de la Saluétrière. Partisan des idées jansénistes, il fit partie des ecclésiastiques qui luttèrent contre la bulle Uitigenitus, fut emprisonné pendant quelque temps à la Bastille et passa le reste de sa vie caché dans une obscure retraite. On lui doit beaucoup d'écrits publiés sous le voile de l'anonyme. Nous nous bornerons à citer : Dénonciation faite à tous les évéques de France par le corps des pasteurs ou aulres ecclésiastiques du second ordre, des jésuites et de leurs doctrines (n 27, in-4°); Catéchisme historique et dogmatique sur les contestations gui divisent l'Eglise (1729, in-12); la Vraie doctrine de l'Eglise au sujet des abus qui se sont introduits dans son sein (1751, 2 vol. in-12) ; Traité dogmatique et moral de l'espérance chrétienne (1753, 2 vol. in-12); Dissertation sur le caractère essentiel à toute foi de l'Eglise en matière de doctrine (1755, in-12).

TROYEN s. m. (troi-iain).-'Entom. Division du grand genre papillon.

TROYEN, ENNE s. et adj. (troi-iain, è-ne). Habitant de Troie, capitale de la Troade, ou de Troyes en Champagne; qui appartient à l'une de ces villes ou k ses habitants.

Troycnae» (l.ES), tragédie d'Euripide, représentée l'an 415 av. J.-C. • Cette pièce, dit Ottfried Millier, est la plus irrégulière de celles d'Euripide. Ce n'est qu'un long tableau des horreurs qui frappent une ville conquise et des atrocités qu'exercent des vainqueurs outrecuidants. > La conduite de cette tragédie pèche, en effet, contre la loi de l'unité d'action, qui défend de disperser l'intérêt sur plusieurs personnages. Elle n'offre pas une action dramatique avec un noeud et un dé-

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noûment; c'est plutôt une suite de scènes pathétiques relevées par un spectacle noble et touchant. Le poète rappelle, avec une inépuisable fécondité d'imagination, la grande et terrible catastrophe de Troie, le contraste de tant de prospérité et de tant de misère. Après lu prise de Troie, les vainqueurs se partagent les captives. Trois seulement ne sont pas soumises aux chances du sort; Aga- . memnon s'est réservé Cassandre, la prêtresse d'Apollon, pour laquelle il a conçu un violent amour; Polyxène est destinée à un sacrifice offert aux mânes d'Achille, et Andromaque est donnée à Néoptolème avec son fils Astyanax; mais bientôt les Grecs réclament le fils d'Hector et exigent, pour satisfaire leur vengeance, qu'il soit précipité du haut des murs de Troie. Hécube est échue par le sort à Ulysse. Hélène elle-même, que Ménélas a retrouvée, est confondue parmi les captives, et son époux veut la punir par le dernier supplice de son infidélité et des maux qu'elle a causés aux Grecs.

La destinée de chacun de ces personnages forme la sujet de la pièce, lerminée par l'embrasement d'ilion , que les Grecs livrent aux flammes avant de monter sur leurs vaisseaux pour retourner dans leur patrie.

La répartition des captives troyennes entre les Achéens; Cassandre, la vierge prophétique , choisie pour concubine d'Agamemnon,dont elle prévoit la perte ; Polyxène vouée à la mort, sacrifiée sur le tombeau d'Achille ; Astyanax arraché à sa mère pour être précipité des créneaux des murs; puis la singulière querelle d'Hécube et d'Hélène devant Ménélas, qui feint de voulojr demander un compte sévère à l'auteur de tous ces malheurs, mais qui, évidemment, a au fond de tout autres dispositions à l'égard de cette femme séduisante, qu'il veut ramener dans sa patrie; enfin, pour conclusion, le spectacle de la ville en flammes, tout cela n'est qu'une suite de tableaux détachés, déroulés les uns après les autres et offerts à la contemplation et à la réflexion. > On ne saurait dire, toutefois, qu'il manque absolument aux Troyennes cette unité indispensable à tout ouvrage de l'art. Hécube est le point central sur lequel tout se réunit; toutes les misères de Troie sont eu quelque sorte personnifiées en elle. Cet empire glorieux et florissant qui vient de s anéantir, elle en était la reine ; tous ces princes, ces héros massacrés, c'étaient son époux et ses fils ; ces vierges et ces veuves qu'on immole, qu'on souille, ce sont ses filles, et les dernières et chères espérances de son amour, les tendres rejetons de Priam et d'Hector, en qui pouvait refleurir un jour la fortune de Troie, on les tue impitoyablement sous ses yeux; c'est elle qui ensevelira Astyanax , le fils d'Hector, sur le bouclier de son père, image ingénieuse et sensible de la puissance de Troie et de son anéantissement. Les douleurs s'accumulent sur sa tête à mesure qu'un nouveau désastre vient affliger sa patrie, et, comme elle le dit elle-inêine, l'incendie de Troie semble allumé pour lui servir de bûcher. Parvenue au terme de la vieillesse, ployant sous le faix des uns et des douleurs, on l'entraîne en esclavage, elle sera la servante d'Ulysse! Sa plainte se lasserait plutôt que le sort dont les coups redoublés l'accablent. Les plus malheureux s'oublient pour la pleurer, et ses oppresseurs, avec étonnemenlet pitié, quelquefois même, selon la remarque de M. Patin, avec ce doute pénible de la Providence divine, qui troublait les derniers moments d'Antigone , contemplent en elle le modèle accompli du malheur. « Ahl lui dit quelque part Agamemnon, fut-il jamais femme plus infortunée? — Jamais, reprend-elle, sinon l'infortune elle-même 1 »

Le grand mérite de cette pièce, sans revenir sur la beauté du style d'Euripide, c'est la chaleur du pathétique et la rareté des sentences philosophiques, dont il abuse dans ses autres tragédies. Le titre des Troyennes est tiré de la composition du choeur formé de jeunes Troyennes qui chantent l'hymne funèbre de la patrie et retracent le souvenir de la nuit suprême.

Troycunc» (les) OU la Troode (Troas),

tragédie de Sénèque, imitée de celle d'Euripide. Les Grecs, qui, après la ruine de Troie, se disposaient à retourner dans leur patrie, sont arrêtés par un vent contraire, L ombre d'Achille leur apparaît la nuit et leur unnonce qu'ils ne pourront partir qu'après lui avoir immolé, comme victime expiatoire, Polyxène, dont on lui avait promis la main pour le surprendre et le tuer. Agamemnon, épris de Polyxène, s'oppose à ce qu'on l'immole. Il s'ensuit une querelle entre Pyrrhus et lui. Calehas est consulté; il déclare que le sacrifice est indispensable et qu'il faut faire mourir également Astyanax , que sa mère avait caché; Ulysse emmène l'enfant et le précipite du haut de la porte Scée. Polyxène, conduite par Hélène , parée comme pour son mariage, est menée en pompe devant le tombeau d'Achille et immolée par Pyrrhus.

Comme chez Euripide, un chœur de jeunes Troyennes chante l'hymne funèbre de la patrie et le souvenir de la nuit suprême où périt llion. L'action, double, consiste dans la mort d'Astyanax et dans celle de Polyxène, ce qui divise l'intérêt. A côté de tirades phi-

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losophiquos excellentes en elles-mêmes, mais mal placées, on remarque de beaux sentiments et de beaux vers, des pensées fortes énergiqueineut exprimées. On trouvé dans les Troyennes plus d'un trait dont Racine s'est heureusement inspiré pour son AndVomaque.

Cette tragédie est une des meilleures de Sénèque, et l'un de ses éditeurs du xvi° siècle, Th. Karnaby, l'appelait divine. 11 y manque cependant, dans les rôles de iemme, celte délicatesse dont Euripide a su les embellir.

Troyena (lks), opéra en cinq actes, paroles et musique de M. Hector Berlioz {Théâtre- Lyrique, 4 novembre 1863). Après la longue lutte qu'a eue à soutenir M. Berlioz, la lourde chute de ses remiers ouvrages, de Benvenuto Cellini, de sa symphonie monstre de Homéo et Juliette, l'apparition des Troyens sur l'affiche du Théâtre-Lyrique fut saluée par ses omis comme l'avènement définitif et assuré du maître et regardée par les autres comme l'arrêt en dernier ressort d'une première condamnation.

En raison même de la simplicité et de la grandeur des situations épisodiques dontl'i?néide a fourni le sujet, c'était une entreprise délicate et hardie de les présenter sur la scène lyrique, et il fallait beaucoup de goût pour atteindre, sans le dépasser en l'altérant , le caractère des personnages gravé dans l'imagination des spectateurs avec les souvenirs de collège. Berlioz a triomphé de ces obstacles , et ce n'est pas un mince mérite.

L'ouvrage est précédé d'un prologue k la fois symphonique et lyrique. L'orchestre exécute un lamenlo qui exprime les malheurs et la catastropho de Troie; un rapsode en déclame ensuite les incidents principaux en s'accompagnant de la lyre. Au premier acte, Didon distribue des récompenses aux laborieux colons qui ont fondé la jeune Carthage. On a remarqué l'air : Chers Tyriens! Un uuo fort original succède-, Didon confie à sa sœur Anna les vagues agitations de son âme : Vous aimerez, ma sœur, répond celle-ci. On annonce à la reine que d'illustres naufragés viennent lui demander'un asile. Enée parait, et a peine a-t-il été introduit qu'un second messager apporte- la nouvelle de l'approche d'iarbas, le chef d'une tribu barbare et ennemie. Enée offre le secours de son bras, et l'acte se termine par le beau chœur guerrier : C'est le dieu Mars qui vous rassemble. Le second acte était rempli aux premières représentations par une symphonie imitative. Une chasse royale interrompue par l'orage ; Enée et Didon se réfugiant dans une caverne, tels étaient les sujets de cet intermède instrumental qui a été supprime. Le second acte commence donc parle ballet de3 esclaves nubiennes. Ici l'oreille est blessée de parti pris pur le compositeur. Ces intonations baroques et ce rhythme sauvage ne devraient jamais trouver place dans une œuvre d'art où le désordre même doit être harmonieux. 11 y a cependant une autre partie du ballet qu'il serait injuste de ne pas signaler comme pleine de grâce et tout à fait réussie. Les danses cessent et le chœur fait entendre l'hymne à la Nuit :

Tout n'est que paix et charme autour de nous; La nuit étend son voile et la mer endormie Murmure en sommeillant ses accords les plus doux* Ce morceau d'ensemble, dont les modulations sont suaves et distinguées, dont le rhythme est bien senti, a été constamment redemandé par le public. Vient ensuite le duo : O nuit d'ivresse et d'extase infinie. Ce duo est d'un goût exquis et a été conduit avec une habileté extrême. Le cri : Italie! Italie! retentit aux oreilles d'Enée et le rappelle à ses destins. Au troisième acte, le héros troyen exprime les hésitations de son âme entre le devoir et sa passion pour la reine : Ahl quand viendra l'instant des suprêmes adieux. Celte scène a un caractère do grandeur et une déclamation étudiée et soutenue qui rappellent les récitatifs de VArmide de Lulli et de \'Alceste de Gluck. L'orchestration, toute remarquable qu'elle est, nuit peut-être par ses développements mêmes à l'expression dramatique de cette scène. Didon apprend au quatrième acte le départ d'Enée. Le compositeur a compris qu'il devait ici laisser parler la nature. Ses accents, tour à tour douloureux, tendres, furieux, déchirants, ne sont interrompus par aucune cavatine parasite. La phrase de duo ; Nuit d'iuresse et d'extase infinie, passe au milieu de cet ouragan comme un souvenir doux et amer à la fois. La scène du bûcher forme le dernier acte, d'ailleurs très-court. Le chœur des prêtres de Pluton aurait pu être mieux traité.

Le jour de la première représentation, trois morceaux ont été compris tout de suite, admirés, bissés aux applaudissements de la salle entière. Le premier est le duo entre Didon et Anna, plein de grâce, d'originalité et de distinction ; le troisième est un septuor ou plutôt un quatuor avec chœurs d'une harmonie profonde et pénétrante; enfin un duo entre Didon et Enée, qui restera comme un des plus beaux duos d'amour. Le reste a paru obscur et tourmenté. Telle a été la première impression du public. La presse s'est hâtée de la constater; cependant les vrais amateurs, sérieux et desintéressés, ont voulu entendre plusieurs fois cette œuvre importante, et,

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comprenant mieux le dialecte de l'auteur, pénétrant plus avant dans sa pensée, ils ont découvert à chaque audition des beautés inaperçues d'abord, et ont fini par considérer l'opéra des Troyens comme un des plus remarquables ouvrages qui aient paru à la scène depuis quinze ans. Si l'on excepte quelques excentricités, qui d'ailleurs trouvent encore quelques partisans, toute la partition est maintenant appréciée comme le mérite une œuvre consciencieuse, originale.

TROTES, ville de France, ch.-l, du départ tementde l'Aube, a 167 kilom.de Paris, située sur plusieurs bras de la Seine; 35,901 hab. Fabrication de tissus de laine et de coton et de bonneterie-, charcuterie renommée ; huileries; tanneries, carrosseries, etc. Troyes possède quelques monuments historiques. Citons : la cathédrale, monument dont la construction, souvent interrompue, n'a pas duré moins de quatre cents ans ; elle offre dans ses diverses parties des spécimens de toutes les phases de l'art ogival, depuis le xme siècle jusqu'à la Renaissance. Fondée en 1206 sur l'emplacement d'une ancienne chapelle du me siècle, réédifiée au ix«, et placée sous l'invocation de saint Pierre et de. saint Paul ; elle fut terminée seulement au xvt= siècle. Elle affecte la forme d'une croix latine ; sa longueur totale est de 117 mètres; sa largeur de 51B,33 au transsept; de 45«1,30 à la nef, et de 39 mètres au chœur; sa hauteur sous voûte est de 3011,25. Deux tours construites sur la dernière travée des deux collatéraux ornent le portail occidental, conçu dans le style du xvi« siècle, La tour du nord est seule achevée; celle du sud, q'ui attend encore son couronnement, n'atteint pas même le sommet du grand comble. Le portail septentrional est de la fin du xme siècle; la nef (xm« et xvie siècle) comprend sept travées ; les cinq premières accompagnées de quatre collatéraux et de deux rangs de chapelles,' les deux dernières, accompagnées de deux collatéraux seulement. Le transsept est orné d'arcatures et muni d'un triforium. Le chœur et l'abside appartiennent à la même époque ; au sud du chœur, on remarque un petit édifice rectangulaire, divisé en deux étages et deux travées et contenant le trésor de l'église. On y trouve de beaux vitraux, des pierres tumulaires curieuses, quelques morceaux de sculpture d'une grande valeur, entre autres un groupe en marbre polychrome du XVIe siècle représentant le Baptême de saint Augustin par saint Ambroise. Le trésor contient de remarquables morceaux d'orfèvrerie et de précieuses curiosités; plusieurs émaux en taille d'épargne, des émaux cloisonnés translucides, deux coffrets d'ivoire provenant du pillage de Constantinople en 1204, une crosse émaillèe, etc.

L'église Saint-Urbain, autrefois collégiale, remonte à 1262. Elle offre un plan rectangulaire, sauf la saillie de l'abside, et passe, aveu la Sainte-Chapelle de Paris, pour un des plus brillants spécimens de l'art gothique. Le portail occidental est orné de sculptures bizarres, d'une grande finesse, où se révèle la verve satirique des artistes du moyen âge. On y voit notamment des moines, des rois, et jusqu'à des papes, entraînés par des démons. Des porches d'une grande légèreté abritent les portails latéraux. L'édifice mesure 45 mètres de longueur sur 25 mètres de largeur. La nef compte trois travées accompagnées de collatéraux en pierre. La voûte en bois est demeurée inachevée. Les fenêtres sont ornées de remarquables verrières en grisaille (xive siècle). Dans le chœur, d'une grâce et d'une harmonie achevées, on admire lu piscine du pape Urbain. M. Violletle-Duc considère l'église Saint-Urbain comme

I le chef-d'œuvre d un homme de génie. » Il est fâcheux que la clocher ne réponde pas à l'élégance du reste de l'édifice, et que la disproportion de la nef et du chœur (la première d'une longueur insuffisante par rapport aux dimensions du second) nuise un peu à l'effet général.

L'église Saint-Kemi date de la fin duxive siècle. L'abside à cinq pans est garnie de cinq chapelles. L'édifice est surmonté d'un clocher que termine une aiguille très-délicate et entourée d'une corniche à modillons dans le style de celle de l'église de Vézelay. Il affecte la forme d'une croix latine. A l'intérieur, on remarque plusieurs bons tableaux , une peinture de l'école italienne, la Madeleine repentante, et un Christ en bronze, œuvre de Girardon.

L'église Saint-Jean, dominée au bas-côté par un minaret, auquel le vieux clocher élevé à l'entrée sert de pendant, possède une jolie porte gothique s'ouvrant sur la nef, laquelle compte neuf travées, dont les six premières, du xive siècle, ont été remaniées au xvie, et dont les trois dernières appartiennent exclusivement à cette dernière époque. Le chœur a trois travées ; il est entouré d'une galerie dans laquelle s'ouvrent plusieurs chapelles.

II faut encore mentionner les cinq fenêtres du bas-côté méridional, échantillon brillant des fantaisies de l'art ogival; les vitraux Renaissance, pour la plupart admirablement conservés; la chapelle des fonts baptismaux ornée d'un beau retable en pierre , enfin l'autel de la communion, orné de remarquables bas-reliefs Renaissance, habilement agencés à d'autres plus modernes dus à Girardon ; enfin un groupe du xv» siècle représentant la /{encontre de sainte Jilisulictli, et un dus

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chefs-d'œuvre de Mignard, le Baptême de Jésus-Christ.

L'église de Saint-Nizier, la seule k Troyes qui ait conservé jusqu'à nous sa curieuse toiture en tuiles émaillées, affecte une forme rectangulaire, sauf la saillie de l'abside. Le portail du sud est un élégant monument du style gothique. Le portail principal, qui appartient a la Renaissance, se compose d un ordre ionique et d'un ordre corinthien superposés. La nef a quatre travées, deux collatéraux et deux rangées de chapelles; le chœur n'a qu'une travée. L'abside à cinq pans, avec trois chapelles et une galerie autour du chœur, possède de magnifiques verrières du xvio siècle. Une tour carrée, sans grand caractère, couronne la dernière travée du collatéral nord et forme un contraste assez singulier nvec une élégante porte latérale ouverte du même côté, au milieu de la nef, et ornée de fines sculptures, où se voit le croissant de Diane de Poitiers. On remarque dans la sacristie de jolis panneaux représentant des portraits, entre autres celui de Henri IV et des scènes d'un style fort léger rappelant celui de Callot.

L'église Saint-Martin-des-Vignes présente, comme la précédente , la forme rectangulaire, sauf la saillie de l'abside. L'intérieur de l'église, divisé en trois nefs de grandes dimensions, présente un aspect très-harmonieux. Saint-Martin-des-Vignes date de la fin du xvio siècle. On y remarque de beaux vitraux, les uns coloriés, les autres en grisaille, et deux tableaux peints sur bois (Renaissance) représentant la Vie de saint Martin, les Noces de Cana et Saint Jean prêchant dans le désert.

L'église Saint-Nicolas date du xvt" siècle, sauf le porche, qui appartient au xviie siècle; ses deux portes latérales appartiennent, l'une au style ogival, l'autre au style corinthien. La nef n'a pas de transsept; les fenêtres ogivées, du style flamboyant, sont garnies de meneaux plein cintre et ornées de vitraux malheureusement très-dé tériorés. Celles des bas-côtés, à meneaux prismatiques, encadrent au contraire des vitraux du xvie siècle d'une grande valeur, représentant entre autres sujets, la Légende de l'Hostie (grisailles) et les Béatitudes (six panneaux). A l'entrée des basses nefs, a droite, un escalier très-haut et très-large conduit au calvaire et à une chapelle imitée de celle du Saint-Sépulcre à Jénualem. Cette chapelle est ornée d'une remarquable peinture murale du xvro siècle, œuvre de Nicolas Cordouanier, peintre troyen.

L'église Saint - Pantaléon appartient au xvto et au xva" siècle. La porte du nord, dans le style de la Renaissance, est surmontée d'un élégant portique; celle du sud, daus le style ogival, est décorée de sculptures trèsfines.

Le grand portail offre la réunion de l'ordre dorique et de l'ordre ionique superposés. Saint-Pantaléon possède dix-sept grisailles remarquables, attribuées à Macadré, un groupe de Saintes femmes, admirable de style et d'expression, une chaire décorée de bas-reliefs en bronze, par Simart, etc. Une des chapelles les plus ornées est celle de la famille Mole, déjà puissante à Troyes au xvi" siècle, et qui s'est éteinte en la personne du comte Mole, il y a quelques années. Citons encore la chapelle Saitit-Gilles, curieux édifice du xv« siècle, tout en bois, classé, comme les précédents, au nombre des monuments historiques, et le temple protestant, inauguré en 1859.

Le plus remarquable des édifices civils est l'hôtel de ville, commencé en 1624 et terminé en I6"0; il mesure en façade 23™, 38 de longueur sur ll^JO de hauteur jusqu'à la toiture, et il a pour décoration principale un double rang de colonnes ioniques et corinthiennes superposées. L'entrée principale, à laquelle on accède par quelques degrés, s'encadre entre deux colonnes à tambour supportant un fronton. La partie centrale de l'édifice est surmontée d'un dôme. La grande salle, dont les proportions sont fort lielles, occupe au rez-de-chaussée presque toute la longueur de la façade. L'extrémité orientale de cette salle est ornée d'un médaillon en marbre de Louis XIV, remarquable ouvrage de Girardon. L'hôpital, l'hôtel de la préfecture, le théâtre, le inusée et la bibliothèque (riches, le premier, de 193 toiles, la seconde, de 110,000 volumeSj'plus 2,427 manuscrits, et installés duns l'ancienne abbaye de Saint- Loup), ne méritent qu'une mention au point de vue archéologique. Enfin, parmi les habitations particulières de Troyes, auxquelles se rattachent des souvenirs, ou remarquables par leur architecture, nous devons citer : l'hôtel des Ursins (xivo siècle), qui possède une jolie tourelle; l'hôtel de Vuuluisant même époque, et l'hôtel de Mauroy. Les promenades de Troyes consistent en mails plantés d'arbres qui longeaient jadis les contours de l'enceinte fortifiée, détruite il y a quarante ans.

— Histoire. L'origine de Troyes {Civitas Tricassium, Trecassina, Trecasis, Tricasas, Tricasses, Trecs, Treca, Trecensis) est fort reculée. César ne parle pas des Tricasses, mais cette peuplade gauloise est mentionnée par Pline et par Ptoléinée. Suivant ce dernier, Auguste donna à Troyes le nom d'Auçusto-

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bona Tricassium, qui se modifia à l'époque où les villes prirent le nom des peuples dont chacune d'elles formait le chef-lieu. Sous la domination romaine, la ville paraît avoir eu une importance égale à celle de Sens, de Paris et d'Autun. L'empereur Adrien y passa l'an 120 de J.-C; Antoine et Marc-Aurèle y bâtirent une tour en 177; en 356, Julien, chassant les Allemands qui menaçaient la place, s'en fit ouvrir les portes et y pénétra avec une armée. Le christianisme commença, à faire son apparition à Troyes dès le ne siècle de notre ère. Les apôtres de la ville furent saint Potentien et saint Sérotin. L'invasion des Vandales, puis celle plus redoutable encore des Huns, conduits par Attila, menacèrent bientôt la Champagne; elles épargnèrent néanmoins la ville, et la chronique de l'époque assure que Troyes dut son salut & l'éveque Lupus.

A la mort de Clovis, Troyes, avec la plus grande partie de la Champagne, fit partie du royaume de Metz ou d'Austrasie, qui échut à Théodoric ou Thierry. Plus tard, elle passa entre les mains de Clotaire 1er, puis de Gontran, roi d'Orléans et de Bourgogne. En 841, la Champagne était devenue le théâtre de la guerre entre l'empereur Lothaire et ses frères, Louis le Germanique et Charles je Chauve, ces deux derniers se réunirent à Troyes pour y concerter la résistance.

Au ixg siècle, les invasions normandes pénétrèrent jusqu'à Troyes. La cathédrale et l'antique abbaye de Saint-Loup devinrent la proie des flammes, et les habitants, qui avaient fui à l'approche des redoutables ennemis , ne retrouvèrent plus à leur retour qu'un amas de décombres au lieu des maisons qu'ils avaient quittées. A partir de cette époque, l'histoire de Troyes se confond, sauf quelques événements particuliers, avec celle des comtes de Champagne, qui y avaient, dès le vio siècle, établi leur résidence. C'est au comte de Champagne, Thibaut le Chansonnier, que Troyes doit ses premières franchises communales (1230). A cette époque, la ville était devenue l'entrepôt véritable du commerce de la province, dont les marchandises s'échangeaient contre les denrées et l'or de la Flandre, de l'Allemagne, de l'Italie, du nord et du midi de la France. Les foires de Troyes étaient célèbres. En 1288, Philippe le Bel, maître de Troyes, y convoqua une assemblée judiciaire qui devait remplacer les anciennes assises des comtes et jouer le rôle de parlement. Cette assemblée reçut le nom de grands jours de Troyes. Une ordonnance postérieure, datée de 1312, porte que cette assemblée devait être tenue deux fois l'an, et qu'on y envoyait quatre membres du parlement nommés par le roi, ou, en son absence, par les présidents. Louis X ratifia, en 1315, l'ordonnance de son prédécesseur relative aux grands jours de Troyes, et Philippe le Long perfectionna encore cette institution judiciaire.

Pendant la guerre de Cent ans, Troyes se mit, par de solides fortifications, à l'abri des incursions anglaises, soutint vaillamment un siège, en 1373, contre le duc de Lancastre, et, sous Charles VI, prit part à la longue lutte des maisons de Bourgogne et d'Orléans; l'histoire nous a conservé le nom du médecin Jean de Troyes, l'un des chefs de la faction populaire. C'est à Troyes que fut signé le traité honteux par lequel Henri V était reconnu roi de France, et que fut consommé le mariage du monarque anglais avec Catherine de France, fille de Charles VI (1420). Le jer juillet 1429, Charles VII, accompagné de Jeanne Darc, se présentait sous les murs de Troyes, qui tenait toujours pour les Anglais. La place, sommée de se rendre, ouvrit ses portes à condition que la garnison anglaise sortirait avec armes et bagages.

Les autres souvenirs qui se rattachent à la ville de Troyes appartiennent à l'histoire moderne. Au commencement de la Révolution, quelques jours après la prise de la Bastille, les conseillers au bailliage et les agents de la maréchaussée, appuyés par la garnison royaliste, résolurent de s'opposer au mouvement révolutionnaire et firent pendre un citoyen qui avait essayé de constituer une municipalité bourgeoise. Le maire ayant été massacré en représailles, les gens du roi prirent prétexte de ce meurtre pour livrer une foule de citoyens au supplice ; deux hommes furent roués vifs, trois autres furent pendus, une femme fut également pendue, un homme fut marqué au fer rouge, d'autres subirent le carcan et furent condamnés aux galères. Cependant, lorsque la municipalité populaire, issue des élections, fut définitivement installée enl790, il ne fut exercé aucune vengeance contre les auteurs de ces exécutions sauvages. On se contenta d'indemniser les veuves et les enfants des victimes. La réaction de thermidor y fit au contraire sentir cruellement ses effets, et la délation y frappa de nombreuses victimes, parmi lesquelles il faut donner un souvenir au représentant Rousselin et à l'avocat Thirion. Sauf l'exécution des travaux qui, en rendant la haute Seine navigable jusqu'à Châtillon, devaient être pour Troyes une sorte de regain de sa prospérité ancienne, aucun fait n'est digne, sous le gouvernement du premier Empire, d'être enregistré. En 1814, Napoléon entra dans Troyes après la bataille de Brienne et le combat moins heureux de La Rothière ; il y donna trois jours de repos à

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ses troupes et en partit le 6 février. Les alliés profitèrent de ce départ pour occuper la capitale de la Champagne; mais Napoléon, dégagé au nord par les victoires de Champaubert, de Montmirail et de Montereau, les obligea encore une fois à une retraite précipitée, pendant laquelle l'empereur Alexandre de Russie faillit être fait prisonnier. Pendant le séjour des alliés à Troyes, une manifestation royaliste avait eu lieu dans cette ville en faveur de Louis XVIII. Le premier soin de Napoléon, redevenu maître de la place, l'ut de faire juger et passer par les armes le principal auteur de cette manifestation, le chevalier de Gonault. Cette fois encore, l'empereur ne demeura que trois jours à Troyes; il en' sortit pour se remettre à la poursuite de Blùcher, et la ville retomba de nouveau au pouvoir des armées coalisées.

Troyes a été également occupée par les armées allemandes lors de l'invasion de 1870-

Parmi ses célébrités, cette ville compte le pape Urbain IV; Pierre de Villiers, confesseur de Charles V, puis successivement évoque de Nevers et de Troyes; le trouvère Chrestien de Troyes, le poète Passerat, le graveur Thomassin, dont Callot fut l'élève ; le sculpteur Girardon, le peintre Mignard, les jurisconsultes Pierre et François Pithou, Juvénal des Ursins, le savant Pierre Grosley et enfin le sculpteur contemporain Simart.

— Conciles de Troyes. Premier concile (429). 11 fut convoqué sur l'avis du pape Célestin ; la plupart des évêques des Gaules y assistèrent dans le but d'envoyer en Grande-Bretagne quelques-uns d'entre eux pour combattre l'hérésiarque Pelage. Les missionnaires qu'ils choisirent furent Germain d'Auxerre et Loup de Troyes.

Deuxième concile (867). Le pape Nicolas y convoqua les évêques des Gaules pour ratifier la déposition d'Ebbon, précédemment opérée par le concile de Soissons.

Troisième concile (878). Le pape Jean VIII, contraint de sortir d'Italie par les violences de Lambert, duc de Spolète, s'était retiré en France. 11 tint ce concile, qui fut réuni dans l'église Saint-Pierre, pour protester contre ces violences.

Quatrième concile (1104). Le pape Pascal avait envoyé en France le légat Richard, pour absoudre le roi Philippe de l'excommunication prononcée contre lui. Ce prélat convoqua un concile qui fut très-nombreux. On y vit l'archevêque de Reims, Manassès IL , Hugues de Châlons, Daimbertde Sens, Yves de Chartres, Manassès de Soissons, Jean d'Orléans, Humbaud d'Auxerre, Hervé de Nevers, Philippe de Troyes, Raoul de Tours, Marbode de Rennes, Robert de Langres, Nortgaud d'Autun, etc.

Cinquième concile (1107). Le pape Pascal tint lui-même ce concile, dont les actes sont perdus. D'après le Chronicon Malleacense, on y fit des règlements pour maintenir la liberté des élections et pour punir les laïques qui donnaient les dignités ecclésiastiques ou qui violaient la trêve de Dieu pendant la croisade. Le pape excommunia aussi plusieurs évêques allemands, pour ne s'être pas rendus au concile.

Sixième concile (1128). Ce concile, qui se tint le 13 janvier, fut composé de treize archevêques ou évêques. Le cardinal Matthieu, légat du saint-siége, présida cette assemblée, dans laquelle on remarqua Rainald, archevêque de Reims; Henri, archevêque de Sens, et les évêques de Chartres, de Soissons, de Paris, de Troyes, d'Orléans, d'Auxerre, de Meaux, de Châlons, de Laon et de Beauvais ; les abbés de Clteaux, de Pontigny, de Clairvaux, de Molesme, de Saint-Denis de Reims, de Saint-Etienne de Dijon. On donna dans ce concile une règle par écrit à l'ordre des templiers, institué à Jérusalem en lus.

TROYON (Constant), célèbre paysagiste français, né à Sèvres en 1813, mort à Paris en 1865. D'une famille pauvre, il apprit d'abord le métier de décorateur en porcelaine et, après un apprentissage qui fut assez court, grâce à sa précoce intelligence , il entra comme ouvrier décorateur à la manufacture de Sèvres. Ayant complété ses études dans le dessin sous la direction de Riocreux et se sentant du goût pour le paysage, il se mit a faire son tour de France, à pied, le bâton à la main, gagnant sa vie chez les fabricants de porcelaine et dessinant tout le long des routes les terrains, les arbres, les horizons qui le frappaient. Sa première exposition, la Maison Colas, à Sèvres, la Fêle de Sèvres, un Coin du parc de Saint-Cloud (Salon de 1833), fut médiocre ; ces peintures tourmentées et pénibles étaient loin de faire présager ce que l'artiste serait un jour; mais Troyon, sans se décourager, se remit au travail, et chaque nouveau Salon révéla peu à peu chez lui les qualités les plus originales. Un progrès déjà sensible se manifesta dans les paysages suivants, inspirés cependant par les mêmes sites : Vue prise à Sèvres, Vue du château de Saint-Cloud, Vue des coteaux de Saint-Cloud (Salon de 1835). Il exposa ensuite : Vues prises aux environs d'Àrgenton (Salon de 1836) ; Vues prises à La Ftrté-Saint- Aubin (1837) ; Vue du château de Saint-Cloud, YEnirée de l'Allée noire. Paysage près de Saint-Cloud, Foire champêtre dans le Limou-

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sin (1838); Etudes de paysage en Bretagne, Vue prise aux environs d Orléans (1840); Tooie et l'ange (1841); les Baigneuses (1842); Site des environs de Vannes (1843); Paysage dans la forêt de Fontainebleau, Dessous de forêt (1844); Vue prise à Fontainebleau, Vue prise à Caudebec (1845); la Vallée de Chevreuse, Coupe de bois, le Braconnier, Dessous de bois à Fontainebleau (1846); Paysage, forêt de Fontainebleau, Chemin creux en Normandie, Environs d'Amsterdam , Environs de La Baye (1848). Tous ces tableaux, qui forment une des meilleures parts de son œuvre, sont classés aujourd'hui parmi les meilleurs paysages de l'école française ; ils font l'orgueil des galeries particulières et, lorsqu'ils paraissent dans les ventes, atteignent des prix élevés. Malheureusement, l'artiste vendait quelques louis à peine ces toiles que l'on couvre maintenant de billets de banque et restait plongé dans la misère. Le souvenir de cette époque pénible hanta toujours l'esprit de Troyon et fut pour beaucoup dans sa fin prématurée. Dès cette époque, il s'était révélé non-seulement comme paysagiste, mais comme un animalier de premier ordre. Dans le voyage qu'il avait fait en Hollande, voyage dont il avait rapporté deux des tableaux de son exposition de 1848, il avait étudié les maîtres du genre et surtout Paul Potter ; presque tous ses paysages qui suivirent furent meublés d'animaux touchés d'une main supérieure et rendus avec une réalité saisissante. Nous citerons : les Environs de Sézanne, le Village de Corfelia, en Brie; le Moulin, Etudes de moutons, Paysage des environs de Paris (1849) ; Troupeau de moutons, l'Abreuvoir, Marché d'animaux, Effet d'orage à Monton-Gluine (1850); Vallée de la Touques, V Abreuvoir , un Chemin creux (1853); Bœufs allant au labour, véritable chef-d'œuvre, qui fut acheté par l'Etat; Vaches à l'abreuvoir, Chiens courants au repos, Chiens courants lancés, les Chiens d'arrêt, Vache blanche, étude ; Vache rouge, autre étude (1855) ; le Retour à la ferme, le Départ pour le marché, la. Vache gui se gratte, Vaches allant aux champs, Etude de chien (1859). Tous ces tableaux marquent l'apogée du talent de Troyon. Une mise en scène pittorès- ?ue et souvent d'une rare magnificence d'efet, une couleur sobre, fine, distinguée, se déroulant en de suaves harmonies ; une forme hardie, originale; un puissant instinct de la lumière, la magie des horizons embrumés ou radieux, tels sont les charmes attrayants, les qualités exceptionnelles qui assurent à cet artiste une place éternelle parmi les maîtres du genre.

Troyon avait eu une 3e médaille en 1838, une 2e en 1840, une 1» en 1846, 1848 et 1855. Il était chevalier de la Légion d'honneur depuis 1849.

TRUAND, ANDE s. (tru-an, an-de. — Le bas latin trutanus, vagabond, vieux flamand trowant, fait penser à un type latin trutare, trotter. Comparez aussi le bas latin trotingi, bouffons, baladins. Cependant Diez croit que truand est d'origine celtique et compare le kymrique tru, truan, trwch, misérable; irlandais-erse truaighe, misère, pitié, compassion ; irlandais truaghain, misérable, infortuné, pitoyable; écossais truaghanta, misérable, qui est digne de pitié, qui excite la pitié; quant à l'armoricain truant, Chevallet pense qu'il a été emprunté nu français). Vagabond, personne qui mendie par fainéantise : Bëatrix , aiguillonnée par le récit du poète, manifesta le désir de voir ce jeune roi des truands de bon ton. (Balz.) Mes amis, écoutez-moi : je suis truand au fond du cœur, je suis argotier dans l'âme, je suis né cagou. (V. Hugo.)

— S'emploie comme terme de mépris, de colère :

• . . Ah ! truande, as-tu bien le courage De m'avoir fait cocu dans la fleur de mon âge!

Molière.

— Adjectiv. Qui appartient, qui convient aux truands : Je ne sais quel air hautain, farouche et formidable corrigeait dans son sauvage profil le type bestial de ta race truande. (V. Hugo.) Nous devons dire, à l'honneur de la discipline truande, que les ordres de Ctopin furent exécutés avec une admirable précision. (V. Hugo.)

— s. m. Techn. Marchepied d'un métier de tisserand.

— Encycl. On appelait truands, au moyen âge, les mendiants, les vagabonds et les voleurs. Les truands étaient organisés en une sorte de confrérie qui avait sa langue particulière, ses lois, ses institutions et ses dignitaires; c'était le royaume d'argot, dont le chef suprême était le grand Coesre. Cette population de malfaiteurs avait son quartier spécial dans chaque ville; ces repaires étaient appelés cours des miracles, parce que ceux des mendiants qui en sortaient le matin estropiés, boiteux, hydropiques, couverts de plaies, . se trouvaient tout frais et dispos lorsque le soir ils y rentraient après avoir fait moissond'aumônes. Le nombre des truands s'accrut surtout considérablement sous Louis XI, qui, pour augmenter la population de la ville diminuée de moitié à la suite des pestes et des guerres récentes, accorda des amnisties aux malfaiteurs du royaume qui viendraient habiter Paris.

Ce n'était pas à la légère que le grand Coesre accordait les dignités de son empire;

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n'arrivait pas qui voulait au grade de cagou ou â'archisuppôt de l'argot, et même le titra de truand ou simple sujet du royaume d'argot exigeait un noviciat et des épreuves assez difficiles. C'étaient les cagoux qui étaient chargés de l'instruction des novices; ils leur apprenaient le langage argotique et les ruses du métier et les rouaient de coups, après quoi le novice était admis à fournir aux argotiers réunis sous la présidence du monarque le premier des deux chefs-d'œuvre qui devaient lui valoir l'accolade fraternelle. Victor Hugo, dans Notre-Dame de Paris, a peint avec des couleurs saisissantes le monde des truands et donné le détail de toutes ces coutumes.

Les truands tenaient des états généraux qui se réunissaient à la fin de chaque année pour examiner les affaires de la monarchie argotique et nommer un grand CoSsre. Ces états se tinrent d'abord près de la ville de Fontenay-le-Comte, plus tard dans le Languedoc, il est resté une pièce curieuse, écrite en argot, relatant la façon dont les choses se passaient dans ces assemblées ; nous en citerons quelques passages : < Auxdits états généraux, on procède premièrement à l'élection du grand Coesre, ou bien on continue celui d'auparavant, qui doit être un homme ayant la majesté d'un grand monarque; un manteau sur les épaules, composé de dix mille pièces de diverses couleurs et bien cousues, un bras, jambe ou cuisse demi-pourris en apparence, mais que, cependant, il pourrait guérir en un seul jour. Après 1 élection, le grand Coesre commandera à tous les truands nouveaux venus de se mettre à quatre pieds sur la terre, puis il s'assied sur l'un d eux, et alors les cagoux, la tête nue, le chapeau à la main, viennent lui rendre hommage ; [ après quoi on met une écuelle auprès de lui pour recevoir les tributs de ceux qui en doivent; puis chacun vient rendre compte de sa mission. Les cagoux sont interrogés les premiers. On leur demande s'ils ont été soigneux de faire observer l'honneur qui est dû au grand Cofisre; s'ils ont montré charitablement à leurs sujets les tours du métier; s'ils ont dévalisé les argotiers qu'ils ont rencontrés qui ne voulaient point reconnaître le grand Ooësre et combien ils leur ont volé. On voit ensuite défiler les archisuppôts de l'argot. Ce sont ceux que les Grecs appellent philosophes, les Hébreux scribes, les Latins sages, les Egyptiens prophètes, les Indiens gymnosophistes , les Assyriens chaldéens, les Gaulois druides, les Perses mages, les Français docteurs et les Mirabolins bonzes ; en un mot, ce sont les plus savants, les plus habiles hommes de tout le royaume. Ils ont surtout pour mission d'enseigner l'argot et de faire le vocabulaire; puis viennent les orphelins, mendiants allant trois ou quatre de compagnie; ils donnent par au chacun deux douzaines de sols au grand Coesre ; les marcandiers, qui marchent avec une grande bourse au côté, un assez bon habit et un manteau sur les épaules, feignant d'avoir rencontré des voleurs qui leur ont pris tout leur argent; ils donnent au jjrand Coesre un écu par an; les ruffés ou nfodés; les millards, autre espèce de mendiants; les malingreux, qui ont des maux et des plaies supposés; les piètres, qui feignent d'avoir les jambes et les bras rompus et mendient appuyés sur un bâton; les sabouleux, qui, à l'aide de savon et de sang, simulent des attaques d'épilepsie; les callots, qui feignent d'être atteints de la teigne; les coquillards ou prétendus pèlerins de Saint-Jacques; les hubins, qui disent avoir été mordus des loups ou des chiens enragés ; les polissons, qui vont presque nus, surtout en hiver, de sorte que chacun, apitoyé, leur jette quelque vieux vêtement qu'ils se hâtent de vendre; les francsmitoux, feignant d'avoir la fièvre ; les capons ou coupeurs de bourse ; les courtauds de boutanche, cheminant avec des outils et escroquant de l'argent en se faisant passer pour des ouvriers sans travail; les convertis, industrie qui date de la Réforme; les convertis passent d'une religion à l'autre, intéressent les personnes pieuses et obtiennent de très-bonnes aumônes ; les drilles ou narquois, soldats qui mendient l'épée sous le bras ; bien entendu, tous ces mendiants de diverses sortes sont en même temps voleurs et au besoin assassins. Tous rendent compte de l'emploi de leur temps et déposent leur tribut dans l'écuelle du grand Coesre ; puis les nouveaux venus jurent obéissance en levant la main gauche. Après quoi, on festoie joyeusement. Après la clôture des états, chacun part, et les cagoux vont dans la province qui leur a été assignée, emmenant avec eux leurs apprentis, afin de leur enseigner le métier et toutes ses ruses.

Lorsque les truands voyageaient, ils savaient toujours, avant d arriver dans une ville, quels étaient ceux de leurs camarades qui y habitaient; des entailles d'une certaine forme pratiquées dans un arbre ou d'autres signes secrets que chaque nouvel arrivant laissait à un endroit convenu et qu'il effaçait en quittant la ville instruisaient le voyageur sur ie nombre de fanandels qui pourraient le recevoir, ainsi que sur le danger qu'il y avait à résider dans ce lieu et sur d'autres particularités intéressantes. Ces moyens sont encore employés, paraît-il, par les associations de malfaiteurs qui existent de nos jours. Beaucoup d'écoliers perdus, de moines dé

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froqués se faisaient truand», comme le Jehan Frollo de Notre-Dame de Paris, et c'est à eux qu'on attribue l'origine du langage argotique, ainsi que de cette organisation de la truanderie. Le poëte Villon, qui fit un peu partie de ce monde, a laissé quelques ballades écrites en argot, malheureusement incompréhensibles aujourd'hui ; elles aideraient à connaître les mœurs et les hauts faits des truands.

TRUANDAILLE s. f. (tru-an-da-lle j II mil. — rad. truand). Pop. Tas de truands, de vagabonds : C/iasses-moi cette truandaille.

TRUANDER v. n. ou intr. (tru-an-dé — rad. truand). Faire le truand, vagabonder.

TRUANDERIE s, f. (tru-an-de-rî — rad.

truander). Profession de truand, de mendiant vagabond.

— Association ou réunion de truands, de vagabonds : Cela devint une sorte de cour des miracles, une truandkrte de larrons privilégiés. (G. de Nerv.) L'écolier loucha enfin au balcon de la galerie et l'enjamba assez lestement, aux applaudissements de toute la

TRUANDERIE. (V. lillgO.)

TRUARDIÈRE s. f. (tru-ar-diè-re). Agric.

Nom de la bêche à trois dents, en certains pays.

TRUAU s. m. (tru-o). Pêche. Sorte de filet.

Trubort (le roman de), roman de chevalerie, de Douins 'de Lavesne, trouvère du xhio siècle. Il existe peu do poèmes du moyen âge dont le style soit plus clair, plus animé, plus pittoresque ; niais il n'en existe pas non plus où l'indécence et l'immoralité soient poussées plus loin. ïrubert est un jeune paysan d'une perversité diabolique, qui joue à son seigneur le duc les plus abominables tours, le volant, le martyrisant, couchant avec sa femme, prenant mille déguisements, se travestissant en mire, en chevalier, en jeune fille ; engrossant la fille du duc et persuadant à tout le inonde que le Saint-Esprit est venu la visiter sous la forme d'un pigeon; raillant, injuriait, déversant les plus amers et les plus obscènes outrages sur la noblesse, sur la religion, sur l'honneur chevaleresque, sur les dames, sur tout ce qui était alors vénéré et sacré. Ce poëme licencieux a fourni bon nombre de sujets de fabliaux aux écrivains qui vinrent plus tard, aux conteurs italiens, à Boccace, à La Fontaine.

TUUBià, village d'Espagne (Asturies) , province et à 12 kilom. S. d'Oviedo, dans une vallée, sur la droite de la Trubia. Manufacture royale de munitions de guerre pour la fabrication de canons, bombes, grenades, etc., fondée en 1794 et rétablie en 1844.

TRDBLE s. f. (tru-ble — rad. trouble adj., parce qu'on trouble l'eau en péchant avec le filet). Pêche. Poche de filet montée à un manche, pour prendre le poisson dans les viviers ou dans les parcs. Il On dit aussiTROUBLE.

— Ornith. Nom vulgaire de la spatule blanche.

— Encycl. Ce filet, le plus simple et le plus élémentaire de tous, se compose d'une poche à large ouverture, terminée par une longue queue j l'ouverture est attachée à la circonférence d'un cercle ou d'un châssis ovale, auquel est ajusté un manche plus ou moins long. « La plupart des trubles sont ronds, dit Joigneauxj cependant on en fait de carrés, qui sont préférables pour pêcher dans les boites parce qu'elles s'appliquent mieux sur les planches qui forment le fond de ces sortes de réservoirs. »

Quand on se sert de ce filet pour la pêche en rivière, on procède de la manière suivante : on visite les cavités souterraines de la rive, où se tient habituellement le poisson ; on essaye de fermer le mieux possible au moyen de la truble l'issue de ces excavations, puis on fouille la rive et l'on trouble l'eau avec des perches, afin d'effrayer le poisson et pour lui dérober la vue du filet. Le poisson épouvanté se précipite dans la truble; alors le pêcheur, fermant l'ouverture en repliant le châssis sur le filet, parvient à lever le poisson qui s'est blotti dans l'engin.

Pour la pèche aux écrevisses, on se sert de trubles un peu plus petites, ayant la forme d'un capuchon, et dont l'ouverture, attachée à un cerceau, est suspendue à une perche ; on amorce soit avec des vers de terre, soit avec un morceau de viande faisandée. Les écrevisses entrent dans l'engin, que l'on retire vivement de l'eau.

TRUBLEAU s. m. (tru-blo — dim. de truble). Pêche. Petite truble ou trouble, u On dit

aUSSi TROUBLEAU.

TBUBLET (Nicolas-Charles-Joseph), littérateur français, né à Saint-Malo en 1697, mort dans la même ville en 1770. Destiné à l'état ecclésiastique, il entra fort jeune dans les ordres et, après la mort de Clément XI en 1721, suivit à Rome l'abbé de Tenciu, qui avait été nommé conclaviste du cardinal de Bissy. Pendant son séjour dans la capitale du monde chrétien, il profitade la circonstance pour se livrer à ses goûts d'érudition et de critique. Revenu en France, (il commença sa réputation de littérateur par des études critiques sur le Télémaque, dans le Mercure de France,

TRUC

Ces articles où il attaquait les vers au profit de la prose, lui valurent l'amitié de Fontenelle et de Lamotte, et il entra dans cette espèce de conjuration qu'ils avaient formée contre notre poésie nationale. Malheureusementpourluijil s'attaqua à Voltaire, en appliquant à la Uenriade le vers de Despréaux sur la Pucelle de Chapelain :

Et je ne sais pourquoi je baille en la lisant.

Voltaire répondit par ces vers du Pauvre diable, qui, grâce à leur tour piquant, sont demeurés dans la mémoire de tout le monde :

L'abbé Trublet avait alors la rage

D'être à Paris un petit personnage.

Au peu d'esprit que le bonhomme avait

L'esprit d'autrui par complément servait ;

Il entassait adage sur adage,

U compilait, compilait, compilait!

On le voyait sans cesse écrire, écrire

Ce qu'il avait jadis entendu dire ;

Il nous lassait sans jamais se tasser

Trublet n'était pas de force à échapper au ridicule, et il demeura assommé sous le coup ; tout ce qu'il put faire, ce fut de se réfugier à l'Académie, qui lui donna asile en 1781. On a de lui : Essais de morale et de littérature (Paris, 1735, 2 vol. in- 12; 6« édit., 1768, 4 vol. in-12). C'est un ensemble de pensées détachées assez peu neuves pour la plupart, mais rendues avec clarté et précision. D'Alembert disait de l'œuvre: «Ce livre, de bon qu'il est, pourrait devenir excellent, sans y rien ajouter et en se bornant a faire quelques ratures ; • Pensées choisies sur l'incrédulité (1737, in-8<>); Panégyriques des saints suivis de réflexions sur l'éloquence (Paris, 1755, in-12, et 1764, 2 vol. in-is); ces discours sont purement écrits, mais froids ; ils sont précédés de Réflexions sur l'éloquence ; Mémoires sur la vie et les ouvrages de Fontenelle et de Lamotte (Amsterdam, 1759, in-12). On lui doit, en outre, divers articles insérés dans le Journal des savants, le Journal chrétien, le Mercure; une édition de l'Introduction à la connaissance de Fesprit humain, de Vauvenargues ; une édition de VEssai sur la formation des corps organisés, de Maupertuis (in-12, 1754).

THtlBSHÀW (James), architecte anglais, né en 1777, mort en 1854. Attaché comme ingénieur à la construction du canalduTrent, il dirigea les travaux de ce canal, puis il acquit une grande réputation en construisant plusieurs ponts, notamment celui de Grosvenor sur la Dee (1833) et celui d'Exeter, près de Derby (1850). Cet ingénieur architecte construisit, en outre, un assez grand nombre de belles habitations, parmi lesquelleson cite celles de Ham-Hall et de Weston-House.

TRUC s. m. (truk. — Ce mot vient probablement du celtique : kymrique trwc, tour, allié à torchi, tordre: armoricain treki, troquer, changer, c'est-à-dire tourner. Cesmots appartiennent sans doute à la même famille que le latin torquere, tordre, torques, collier). Sorte de billard, plus long que ceux sur lesquels on joue habituellement.

— Sorte de camion.

— Constr. Chemin de fer établi sur les cintres d'un grand pont en construction, et sur lequel se meut un treuil servant à élever, descendre, transporter les matériaux.

— Fara. Habileté, savoir-faire : Avoir du truc. La mort de ma pauvre femme m'a tué... Elle savait si bien appeler son monde ! Quel truc elle avait t Quel truc 1 quel truc ! (Désaug.) Il Moyen adroit ou subtil : Ce garçon, fort paresseux, usait de tous les trucs imaginables pour soutirer de l'argent à sa famille.

— Avoir te truc, Avoir le genre d'esprit nécessaire, la connaissance des moyens : Est-ce que je ne connais pas toutes les couleurs ? J'M i.b truc de chaque commerce.

— Argot. Mot d'argot : C'est un de leurs trucs. (Balz.) Il Débiner le truc, Faire connaître, révéler le secret d'une opération quelconque ; Pourvu qu'il n'aille pas débiner le truc 1

— Théâtre. Mécanisme employé pour faire mouvoir certains décors et exécuter des changements à vue. U Par anal. Moyen dont on se sert pour faire paraître et disparaître subitement un objet.

— Littér. Habileté qu'ont les faiseurs de drame3 et de romans à ménager dans une pièce ou dans un feuilleton les situations émouvantes, à suspendre ou a prolonger l'intérêt : Les combinaisons font l'art de l'ensemble ; le truc est la science des détails. Alexandre Dumas a du truc ; Méry n'en a pas. (E. Texier.) Il Se dit aussi, mais au pi., des recettes banales, des procédés à l'usage des littérateurs qui font des ouvrages de commande : Un romancier eût animé la scène à t'aide de trucs; il eût, par exemple, commencé ainsi : C'était par une belle soirée d'automne. (E. Texier.)

— Encycl. Constr. Le chemin de fer truc remplace avantageusement, dans certaines circonstances, les ponts de service qui coûtent fort cher d'établissement , grèvent le plus souvent l'entreprise, ne rendent pas toujours les services que l'on espérait en tirer pour le bardage et le transport des matériaux. Lorsque le pont à établir ne présente pas une grande largeur de voie, le chemin de fer truc se place dans l'axe longi-

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tudinal des cintres , aussitôt que ceux-ci sont montés ; le chariot roulant étant construit de façon que ses poutres supérieures dépassent les têtes des cintres de chaque côté du pont, le treuil supérieur peut être amené à leurs extrémités de manière que son tambour se trouve dans le même plan vertical que les matériaux à élever. Quelquefois ce chemin de fer est établi sur le bord des cintres, auxquels on a donné à cet effet plus de longueur qu'il n'était nécessaire; alors chaque rail de la voie est placé sur ce bord, et le chariot roulant occupe toute la largeur du pont en enjambant par-dessus les parties les plus hautes de la construction. Dans la construction des grands édifices, on a fait parfois usage de ce mode de truc; à cet effet, on installe une voie étroite sur un mur déjà, élevé ou sur des échafaudages solides, à partir de la sapine jusqu'aux différentes parties à desservir, et les matériaux étant élevés par la sapine et déchargés sur une espèce de wagonnet porté par des galets à rebord, on les transporte sur le chemin de fer à truc partout où il en est besoin; à Paris, l'hôtel du Louvre et l'hôtel de la Paix ont été élevés à l'aide de ces trucs, qui permettent d'accélérer la pose du gros oeuvre.

TRUC ou TRUCK s. m. (truk — angl.

truck, même sens). Chem. de fer. Plateforme exhaussée au-dessus d'une voie ferrée, pour charger aisément les voitures sur les wagons. Il Wagon en plate-forme, sur lequel ou effectue le transport des voitures et des autres objets encombrants.

— Encycl. Les trucs sont composés le plus souvent d'un châssis recouvert d'un plancher et porté par quatre roues; sur ce plancher se trouvent des traverses servant d'appui ou d'arrêt aux objets qu'il porte, et chacune des faces de ce châssis est munie d'anneaux permettant d'attacher au moyen de cordes le chargement , ou de fixer la bâche qui le recouvre. Les trucs à équipages sont munis de ressorts de traction et de choc en acier, tandis que les trucs à maringotes et a fers sont généralement garnis de rondelles en caoutchouc vulcanisé comme appareil de choc. Les dimensions de ces wagons sont les suivantes : longueur le dehors en dehors des tampons, 7m, 460 ; largeur de dehors en dehors des tampons, 2™ ,100 ; largeur maxima du wagon, 3m,ioo ; hauteur du rail en tablier, voiture chargée, im,095 ; écartement d'axe en axe des essieux, 3m,200; diamètre de la circonférence décrite par l'extrémité des tampons, 7&1 ,656 ; les trucs à équipages pèsent environ 3,620 kilogrammes, et les trucs à diligences seulement 1,240 kilogrammes ; leur chargement est compris entre 5 et 10 tonnes, et leur prix de revient varie de 2,500 à 3,000 francs ; la moyenne du parcours annuel des trucs a équipages est de 23,615 kilomètres , et celle des trucs à maringotes de 27,027 kilomètres.

TRUCAGE s. m. (tru-ka-je — rad. truc).

Argot. Emploi de trucs, de moyens adroits et peu délicats pour arriver à ses fins, particulièrement pour tromper le public. Il Ensemble de procédés à l'aide desquels on donne à des objets modernes un air de vétusté qui leur donne du prix aux yeux des amateurs.

TRUCHEMENT OU TRUCHEMAN S. m.

(tru-che-mun.— Ce mot, qui correspond à l'espagnol trujamau et à l'italien turcimanno, vient de l'arabe targomûn, torgomûn, interprète, venu lui-même du verbe iaraga, être voilé, caché. L'arabe targomûn , torgoman s'est encore introduit dans nos langues sous les formes suivantes : italien dragomanno, espagnol dragoman, français drogman). In- terprète ; individu qti sert d'intermédiaire, ' dans la conversation, entre des personnes qui parlent des langues différentes : Où est le truchement pour lui dire qui vous êtes, et lui faire entendre ce que vous dites? (Mo\.)

— Fig. Intermédiaire servant à expliquer, a interpréter les pensées de quelqu'un : Je parlerai bien moi-même, je n'ai pas besoin de truchement. Il Chose qui en explique une autre, qui la rend intelligible ou connue : La parole est le truchement du cœur; c'est l'image de l'âme. (Mol.) iVous avions eu nos chroniques et nos romans de chevalerie, mais ces respectables truchements du moyen âge parlaient une langue surannée que personne n'était plus capable d'entendre, (Ch. Nod.)

TRUCHER v. n. ou intr. (tru-ché — rad. truc). Mendier par fainéantise, vagabonder. U Vieux mot.

TRUCHET (Jean), physicien et mécanicien français, né à Lyon en 1657, mort a Paris en 1729. Il entra dans l'ordre des Carmes, sous le (nom de Père Sébastien. Envoyé à Paris pour y suivie les cours de philosophie et de théologie, il ne s'y occupa guère que de mécanique et se fit bientôt connaître assez avantageusement pour que Colbert lui conférât le brevet d'une pension de 600 livres. Truchet prit une grande part aux travaux destinés à amener l'eau dans les jardins de Versailles, et la direction du canal d'Orléans lui fut confiée peu de temps après. Nommé membre honoraire de l'Académie des sciences en 1C99, il fut ordinairement chargé des rapports à faire sur les machines présentées à ce corps savant. Truchet avait imaginé, pour la vérification de la loi de la

TRUC

chute des corps, une machine très-ingénieuse fondée sur des connaissances approfondies en mécanique ; U traçait sur la surface d'un paraboloïde de révolution, dont l'axe était vertical, un canal spiral coupant tous les méridiens sous un angle constant; si la loi de Galilée était exacte, une boule abandonnée à elle-même dans la rainure devait toujours employer le même temps à en parcourir une spire, quel que fût le point d'où elle était d'abord partie. L'industrie lui a dû un grand nombrede modèles de machines utiles, notamment pour la fabrication des monnaies, le blanchissage des toiles, etc. C'est également lui qui inventa la machine que les charpentiers nomment un diabie,à cause de sa force, et qui sert a transporter les plus grands arbres sans les endommager. On a de lui, dans le recueil de l'Académie : Explication d'une machine pour étudier l'accélération des boules qui roulent sur un plan incliné (1699) ; Mémoire sur ta composition des carreaux mi-partis (1704) ; Observations de la hauteur du baromètre à Clermont et sur le mont Dore (1705).

TRUCHEUR,EUSES. (tru-cheur, eu-ze — rad. trucher). Personne qui truche, qui mendie. Il Vieux mot.

TRUCHSESS ( Gebhard ) , baron Waldburg, prélat allemand, mort à Strasbourg en 1601. Il appartenait à une ancienne et noble famille de Souabe, dans laquelle la dignité de maître d'hôtel (truchsess) de l'empire était héréditaire. Etant entré dans les ordres, il devint doyen du chapitre de Strasbourg, puis archevêque de Cologne (1577). Deux ans après, il prit part, comme commissaire de l'empereur, au congrès qui eut lieu dans sa ville épiscopale, dans le but d'apaiser les troubles des Pays-Bas. Truchsess s'était signalé comme un ardent catholique par des actes d'intolérance contre les réformés, lorsque, pendant une procession, il aperçut la belle Agnès de Mansfeld, chanoinesse de Guerichen. Enflammé pour elle d'une passion subite, il l'épousa secrètement (1582}, embrassa la Réforme, qu'il tenta d'imposer a son diocèse, et résolut de conserver son électorat en le sécularisant; mais il trouva une inébranlable opposition dans le sénat et le chapitre de Cologne^ le pape l'excommunia, et Albert de Bavière, élu à sa place, la chassa de l'électorat (1583). Truchsess se retira alors à Bonn, dont il pilla le trésor et où il épousa publiquement sa maîtresse, se vit chassé de cette ville, fut battu a Flockenbourg (1584) et se retira en Hollande. Après avoir fait la campagne de 1586 sous les ordres de Leicester, il erra quelque temps en Allemagne et finit par se fixer avec sa femme à Strasbourg, où il s'éteignit dans la misère.

TRCCHTEKSHEIM , ancien chef-lieu de cant. de France (Bas-Rhin), à 15 kilom. de Strasbourg ; 690 hab. Culture et sécherie de garance ; tabac. On y remarque un tumulus gaulois. Ce bourg a été cédé à la Prusse parle traité de Francfort (10 mai 1871) et fait partie depuis lors de l'Alsace-Lorraine.

TRUCK s. m. V. TRUC

TRUCULENT , ENTE adj. ( tru-ku-lan, an-te — lat. truculentus, même sens). Sauvage, féroce, brutal : Personne, excepté Adrien Guignet, si malheureusement enlevé aux arts par une mort précoce, n'a mieux compris que M. Ruguilly le caractère barbare et truculent du Gaulois primitif. (Th. Gaut.) U Peu usité.

Truculent»! (le Brutal), comédie do Plaute; représentée vers l'année 192 av. J.-C. Phronésie est le type de la courtisane antique, de cette meretrix dont Ennius nous a laissé l'admirable portrait. Ce n'est point une femme, c'est une marchandise vivante et parlante dont le métier est de se vendre à tout venant ; jolie poupée sans cœur, sans vergogne, et qui ne se meut que par un instinct machinal de ruse, de mensonge et de fraude. Cette Phronésie a trois amants ; c'est bien le moins : Dinarque , jeune Athénien, qu'elle a ruiné; un militaire babylonien, fat et ridicule, qu'elle dupe et pille à plaisir ; enfin un naïf campagnard, qui, la nuit, escalade les murs d'un jardin pour porter à sa belle ses hommages et l'argent qu'il vole à son père. La rusée fait croire au Babylonien qu'elle a un enfant de lui, et une servante qui la seconde à merveille dans les tours qu'elle joue à ses amants lui procure un nouveau-né, qui est un enfant qu'a eu Dinarque avec une autre femme. Géta, valet du militaire, essaye de défendre la bourse de son maître, et il oppose d'abord une vive résistance aux intrigues de la coquette; c'est a ce personnage qu'appartient la dénomination de brutal; mais il finit comme les autres par se laisser séduire aux grâces de la sirène. Le militaire, heureux de se voir père, paye pour le berceau, pour les langes, pour la sage-femme, pour la nourrice, pour la remueuse, pour les sacrifices aux dieux, etc. Cette scène est d'un excellent comique. Phronésie emploie avec ses deux autres amants des moyens de coquetterie et des ruses différentes pour en obtenir de l'argent et des cadeaux ; bref, elle les met à sec comme le militaire. Mais le père de la jeune Athénienne séduite par Dinarque s'est mis h. la recherche du séducteur, et, après diverses

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