‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 422 sur 1042 · TRUD · texte numérisé non relu

TRUD

péripéties, il l'amène à épouser celle qu'il a rendue mère et à réclamer son enfant. La courtisane se console de tout cela avec les deux amants qui lui restent et qui luttent entre eux de prodigalité pour obtenir des marques de sa tendresse; mais elle a pitié d'eux et met fin au combat, en consentant à les rendre heureux l'un et l'autre à la fois.

Les Romains applaudirent cette pièce, que Cicéron nous donne comme un des chefsd'œuvre de son auteur. Il y règne , il est vrai, une extrême licence d'expression que rien ne saurait justifier, pas même l'époque où le Brutal fut composé ; on ne conçoit pas non plus qu'un père consente à prêter son enfant nouveau-néâ une courtisane pourl'aider à tromper ses amants, bien que la puissance paternelle , qui considérait l'enfant comme une propriété, autorisât alors une action qui nous révolte aujourd'hui. Mais ces fautes une fois écartées, on trouve dans le Brutal des Scènes d'un comique achevé, des mots charmants et par-dessus tout un caractère éternellement vrai, tracé de main de maître, celui de Phronésie,la courtisane sans cœur, telle qu'elle se montrera toujours dans les sociétés vieillies et rongées par les maladies invétérées du luxe, de l'oisiveté, de la débauche. Cette Phronésie était la fille de marbre, la dame aux camellias d'une époque qui offrait bien des analogies avec la nôtre.

TRUDAINE (Daniel-Charles), administrateur, né à Paris en 1703, mort dans la même ville en 1769. Il était fils de Charles Trudaine, qui mourut en 1721, après avoirété conseiller d'Etat, prévôt des marchands de Paris et destitué de cette place par le Régent comme ■ trop honnête homme. » Daniel-Charles remplit successivement les places de conseiller au parlement, d'intendant d'Auvergne, de conseiller d'Etat (1734), d'intendant des finances et de directeur des ponts et chaussées. C'était un habile et intègre administrateur, qui rendit de grands services k l'Etat en faisant percer avec économie de superbes routes destinées k faciliter les communications entre la province et Paris, en faisantconstruire un grand nombre de ponts, en s'efforçant de favoriser l'industrie, pour laquelle il demanda des libertés plus grandes, etc. Il était membre de l'Académie des sciences.

TRUDAINE DE MONT1GNY (Jean-Charles- Philibert), administrateur français, fils du précédent, né à Clermont (Auvergne) en 1733, mort en 1777. Il reçut sous les yeux de son père l'éducation la mieux entendue et l'instruction la plus élevée. Après une étude approfondie des lois, il apprit de Clairaut, dont il est resté l'ami jusqu'à sa mort, tout ce qu'on savait alors de mathématiques, et étudia l'histoire naturelle, la chimie et la physique sous les meilleurs maîtres. Il suivit ensuite les cours des ponts et chaussées ; il possédait à fond l'anglais, l'italien et l'allemand. Trudaine avait vingt-cinq ans lorsque son père obtint qu'il lui tut adjoint dans sa place d'intendant des finances , avec promesse de la survivance (1757), et il le chargea des quatre départements des fermes générales, du commerce, des manufactures et des ponts et chaussées. Trudaine rêvait déjà l'unité d'impôt, à laquelle nous n'avons pas encore pu parvenir, et cherchait surtout à faire supprimer toutes ces taxes peu importantes par leurs produits, dont la perception exige d'innombrables employés et entraîne des vexations insupportables. Mais, subordonné toujours à des ministres imbus d'autres idées, il ne put obtenir que des améliorations de détail. 11 put cependant faire l'expérience de ses idées dans le petit pays de Gex, auquel il rendit un peu de calme, avec Je concours de Voltaire. Une contribution unique, consentie par les états eux-mêmes, remplaça cette foule d'impôts dont la perception, en raison de la position géographique du pays, séparé de France pur une chaîne des Alpes et contigu à la Suisse, exigeait un déploiement spécial d'agents. Trudaine rendit des services plus importants dans le département du commerce. Il était partisan déclaré de la liberté illimitée du commerce en général et pensait que les lois les plus sagement combinées ne produiraient pas le bien que la liberté seule pouvait donner. Mais c'est surtout dans le commerce des subsistances que toute atteinte à la liberté lui paraissait dangereuse et impuissante à compenser l'effet naturel d'une libre concurrence. Trudaine rencontra des obstacles de toutes sortes dans l'accomplissement de ses projets. Il parvint toutefois, en 1763, à obtenir, pour le commerce des grains, la liberté à 1 intérieur et quelques atténuations dans les difficultés apportées aux échanges avec l'étranger. Malheureusement, quelques mauvaises récoltes survinrent au moment même du changement de système, et les lois sages qu'il avait fait rendre ne valurent k Trudaine que des dégoûts.

II porta les mêmes principes de liberté dans l'administration du département des manufactures. Sous lui, notre industrie s'enrichit d'un grand nombre de découvertes faites en France ou puisées par ses soins à l'étranger. En cherchant à connaître les secrets de fabrication des autres nations, il ne songeait pus au reste à leur cacher nos progrès. Il était convaincu, dit Condorcet, que lus hommes n'ont qu'un même intérêt, celui

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