TRUE
que chez toutes les nations les arts soient au plus haut degré de perfection possible, et l'idée de flatter la vanité nationale par une indépendance prétendue de toute production étrangère ne lui paraissait qu'une charlatanerie politique.
Le père de Trudaine avait déjà beaucoup fait pour la multiplication et l'amélioration des grandes routes ; le département des ponts et chaussées prit encore plus d'activité et d'importance entre les mains du fils, qui lui succéda comme intendant général des finances en 1769. Cette charge ayant été supprimée en 1777, il refusa les fonctions de contrôleur général et rentra dans la vie privée, voulant faire lui-même l'éducation de.ses fils et s'adonner à ses études de prédilection; mais il mourut presque aussitôt. Il était membre de l'Académie des sciences, C'était un homme juste et bon, ami du bien et désintéressé. On le vit, à la mort de son père, refuser les appointements attachés aux fonctions de membre du conseil des finances et du commerce. Trudaine avait composé une comédie en trois actes, le Jaloux puni, et un Eloge de son père, Ses deux fils, dont le plus jeune fut conseiller au parlement de Paris, furent incarcérés en 1794 et montèrent sur i'échufaud le 8 thermidor.
TRUEBA Y COSIO (Telesforo de), littérateur espagnol, né à Santander en 1805, mort en 1835, 11 perdit son père de bonne heure, et sa mère, qui fixa alors sa résidence à Paris, le fit élever dans un collège catholique en Angleterre. Il étudia ensuite la diplomatie à Londres et à Paris, fut attaché dans cette dernière ville, jusqu'en 1822, à la légation esgagnole, et à son retour en Espagne y fonda une Académie, où se réunirent bientôt, sous la présidence d'Alberto Lista, tous les jeunes poètes espagnols. Il se signala aussi, comme homme politique et comme patriote, parmi les défenseurs du système constitutionnel et, après l'entrée de l'armée française en Espagne, dut se réfugier à Cadix. Dès cette époque, il s'y fit connaître Comme auteur dramatique ; mais ce fut à Londres, où il s'était retiré après le rétablissement de l'absolutisme, qu'il écrivit, en anglais, des poésies et des œuvres en prose, qui rendirent son nom populaire en Europe. En 1834, il obtint la permission de rentrer en Espagne et fut élu par sa province député à la seconde Chambre , qui le chou-it d'abord pour procurador puis pour secrétaire. Mais il mourut dés' l'année suivante à Paris, où il était venu chercher un soulagement à la maladie lente qui le minait. On a de lui : Gomes Arias (1828), récit dont le sujet est emprunté à l'histoire des guerres entre les Maures et les Espagnols; le Castillan (1820), roman de l'époque de Pierre le Cruel; Roman historique : l'Espagne (1830); Vie de Femand Cortes (1829) ; Histoire de la conquête du Pérou (1830); \ Incognito ou Pèches et peccadilles (1831); Paris et Londres (1831), roman de mœurs, la plus charmante de ses œuvres en prose. Parmi les pièces qu'il écrivit pour le théâtre anglais, il faut citer : les Recherches, M. et Mistress Pringle, l'Homme de plaisir et le Rouai coupable. Enfin il donna à la scène espagnole deux comédies : la Girouette et Se marier avec 60,000 douros, qui obtinrent beaucoup de succès. Les œuvres de Trueba ont été traduites dans la plupart des langues modernes.
TRUEBA Y LA QUINTANA (Antonio de), poëte et littérateur espagnol, né à Sopuerta (Biscaye) en 1821. Fils d un simple paysan, il resta quinze ans dans son lieu natal et montra, dès cette époque, de remarquables dispositions pour la poésie. En 183G, il se rendit à Madrid, où il obtint un emploi chez 'un de ses parents qui était commerçant, consacra lous ses moments de loisir à l'étude et prit ses grades a l'université. Pourvu , dès lors, d'une instruction solide , Trueba abandonna définitivement le commerce pour suivre la carrière des lettres (1847); il publia de nombreux articles dans divers journaux et composa des chansons, des romans et des poésies qui lui acquirent une répuiatiou rapide. Trueba y La Quintaiia est le Béranger de l'Espagne, où ses chansons, d'une grande simplicité de forme, soin devenues extrêmement populaires. Il a réuni ses poésies dans un recueil intitulé Libro de les cantares, lequel a été souvent réédité en Espagne et traduit à différentes reprises k l'étranger, notamment en Allemagne et en Italie. C'est en même temps un littérateur fécond, un conteur de beaucoup de mérite, le seul de son pays qui puisse aujourd'hui lutter avec Fernan Cabailero. Ses Contes couleur de rose (Madrid, 1859), ses Contes champêtres (Madrid, 1802), ses Contes des vivants et des morts (Madrid, 1866) sont empruntés de préférence aux légendes et aux traditions espagnoles, et la scène en est presque toujours placée en Biscaye. Trueba s'est également essayé avec succès dans le roman historique. Il a publié, entre autres ouvrages de ce geDre, le Cid Campeador et les Filles du Cid, qui sont rapidement devenus populaires.
TRUELLAGE s. m. (tru-è-la-je — rad.
truelle). Travail fait à la truelle, il Peu usité.
— Peint. Peinture empâtée par couches épaisses et posées comme à la truelle : Nous ne demandons pas une pâte épaisse, un truki.-
TRUF
lage de bleu, de jaune et de rouge. (Th. Gaut.)
Il Peu usité.
TRUELLE s. f. (tru-è-le — lat. trulla, dimin. de trua, cuiller, qui signifie proprement une chose creuse et appartient k la même famille que le grec truô, truchd, trouer, creuser). Techn. Instrument en métal, ayant ordinairement la forme d'un triangle ou d'un trapèze, armé d'un manche recourbé et d'une poignée, et qui sert aux maçons pour saisir' et porter sur leur ouvrage le mortier, le plâtre on le ciment.
— Fam. Action de bâtir ou de faire bâtir : Il aime la truelle. H a le mal de lo truelle. La truelle est, à Paris, plus civilisatrice qu'on ne le pense. (Balz.)
— Econ. domest. Instrument, ordinairement d'argent, dont on se sert pour ouvrir et servir le poisson k table.
— Bot. Truelle vernie, Truelle à ramoneur, Espèce de champignon du genre polypore.
— Encycl. Techn. La truelle est un outil employé par les maçons. On distingue la truelle à mortier, la truelle à plâtre et la truelle brettée. La première, qui est ordinairement en fer, varie de forme suivant les localités ; celle dont les maçons limousins se servent le plus habituellement est composée d'une plaque de tôle ayant la forme d un triangle isocèle, arrondi à son extrémité la plus aigus ; sur le milieu du côté opposé à cet angle est soudée une poignée recourbée d'équerre. Cette truelle, désignée sous le nom de guerluchone, a la pointe arrondie pour faciliter l'entrée du mortier dans les joints. On emploie depuis quelques années une truelle en fer dont la forme se rapproche de celle à plâtre; sa lame a 0în,18 de longueur, orn.OS de largeur à son extrémité, et 0m,98ou 0m,09 près du manche; elle est très-commode pour le mortier et, en outre, plus avantageuse pour les enduits, que l'on dresse beaucoup plus facilement. Pour faire les rejointoiernents, on se sert d'une petite truelle, appelée spatule, dont la lame, qui a environ 0m,18 de longueur et 0™,03ou0m,04 de largeur, se termine en pointe arrondie comme la guerluchone. La truelle à plâtre est ordinairement en cuivre jaune; le fer s'oxydant trèsvite par son contact avec le plâtre, qui s'y attache fortement en lui faisant perdre son poli, ne permettrait pas au maçon de lisser ses enduits avec facilité, ni de nettoyer continuellement sa truelle en la passant simplement entre ses doigts. Cette truelle a la forme d'un trapèze emmanché carrément dans une poignéo en bois. On évite d ebrécher les côtes de cet outil, car les petites aspérités qui en résulteraient pourraient rayer les enduits au lieu de les lisser, inconvénient toujours sensible quand ces derniers ne sont pas passés à la truelle brettée. Pour nettoyer et polir la truelle en cuivre, on la frotte avec un morceau de charbon mouillé, choisi bien brûlé, ou avec un morceau de bois de sapin sous lequel on écrase de petits morceaux de charbon tendre. Les truelles dont le manche est un peu ouvert sont les plus commodes ; leur grandeur est indiquée par les numéros 5, 6, 7 et 8 qui se trouvent sur la lame, suivant que celle-ci a respectivement 0m,17, 0m,178, 0m,I85, 0m,19 de longueur, et à peu près autant de largeur près du manche ; la truelle 7 est celle qui est employée le plus fréquemment. La truelle des plafonneurs est généralement en acier trèsmince, et elle est plus allongée que la truelle en cuivre. La longueur de la lame est environ de 0»a,2S à 0<n,25, et la largeur de 0™,12 à om,15 près du manche et de 0">,07 à 001,09 à son extrémité, qui est parfois arrondie comme pour la guerluchone. La truelle brettée est une plaque d'acier de forme rectangulaire, au centre de laquelle est fixé un inanche perpendiculaire à son plan; les deux grands côtés de cette plaque sont taillés en biseau, et l'un d'eux est denté. Cet instrument est le plus important de tous ceux dont se sert le maçon à plâtre, tant sous le rapport de son usage fréquent que sous celui du tact et de l'habileté que réclame son emploi. Il sert à nettoyer et à dresser les enduits en plâtre; à cet effet, on passe le côté denté sur ceux-ci sitôt que le plâtre a fait prise, pour les dégrossir, puis ou donne le fini désirable avec le côré uni. La truelle brettée est aussi employée pour dresier les revêtements en ciment romain ; mais alors la lame doit être épaisse et très-dure, afin qu'elle s'use le moins possible par le frottement sur les grains de sable que contient le mortier.
TRUELLES s. f. {tru-è-lé — rad. truelle). Quantité de matière qu'on prend en une fois avec la truelle : Une truellée de plâtre.
TRUELLETTE s. f. {tru-è-lè-te — dimin.
de truelle). Techn. Petite truelle dont le plafonneur se sert pour les ornements en relief.
TRUEYREouTRUYÈllE, rivière de France.
Elle prend sa source sur le versant O. de la Margeride (Lozère), k 9 kilom. N.-O. de Saint-Amans. Elle coule au S.-O., puis au N.-O., arrose Scrverotle, Malzieu, puis traverse le département du Cantal, entre dans le nord de celui de l'Aveyron et, après un cours de 135 kilom. environ, se jette dans le Lot, k Entraygues.
TRUFELLE s. m. (tru-fè-le — rad. truffe). Bot. Nom vulgaire de la pomme de terre.
TRUF
TBUFFALDIN ou TRUFFALDINO, type de valet dans la comédie italienne. La création de ce personnage remonte à la première moitié du x vie siècle ; elle est due à un acteur de la troupe de Ruzzante. Truffaldin, comme son nom l indique (truffa, mensonge, fourberie), est le plus impudent coquin qui ait jamais dupé le pauvre Pantalon. Son emploi ordinaire est de servir d'entremetteur aux riches vieillards.
TRUFFE s. f. (trn-fe. — Plusieurs étymologistes font venir ce mot du latin tuber, qui est le primitif de tuberculum, tubercule. Le latin tuber serait devenu trufe par la transposition du r et le changement de b en f; le pluriel neutre tubera aurait déterminé le genre féminin du mot français. Quant à l'italien tarluffo, milanais tartuffol, piémontais tartifle, français tartufle, ces formes, qui désignent, sinon précisément la truffe, du moins quelque végétal bulbenx, représentent probablement , comme le pensait déjà Ménage, la combinaison terra tuber, employée par Pline pour désigner une sorte de plante tuberculeuse. Tartuffo et ses correspondants seraient, d'après cette manière de voir, une forme euphonique pour tartruffo. Le diminutif italien tartufota a donné, par assimilation, l'allemand Ykarloffel, pomme de terre, dans les dialectes tartoffel, Scandinave tartuflur. Le provençal truffa a pris la même signification. Dans l'ancien français, le mot truffe ou trufjle s'employait aussi dans l'acception de conte en l'air plaisanterie, fourberie. Les Italiens employaient de même tartufo dans la signification de homme de petit esprit. Génin rapproche fort ingénieusement, pour expliquer la métaphore, la valeur du latin fungus , champignon, figurément sot, imbécile, et du français cornichon, citrouille, etc.). Bot. Végétal souterrain, dont on a fait le type de la tribu des tubéracés, et qui comprend un grand nombre d'espèces, répandues dans presque ■ toutes les régions du globe : La thuffb noireest souvent mélangée avec d'autres espèces. (Léveillé.) Les truffes sont regardées comme aphrodisiaques. (F. Foy.) Il Nom vulgaire de la pomme de terre, il Truffe rouge, Nom vulgaire d'une variété de pomme de terre. Il Truffe d'eau, Nom vulgaire de la macre.
— Fam. Gros nez bourgeonné.
— Pop. Truffe de savetier, Châtaigne, marron.
— Encycl. Bot. Comme tous les problèmes insolubles, ou plutôt non résolus, celui de la production des truffes a donné lieu à une multitude d'hypothèses. Les anciens voyaient tout simplement dans le développement de ce tubercule (si tubercule il y a) un des nombreux effets de la foudre. D'isous tout de suite que les hommes instruits riaient d'une idée aussi ridicule. Athénée hasardait déjà l'opinion, admise plus tard par les modernes, que la truffe était une production spontanée de la terre, naissant surtout et se développant dans les terrains sablonneux (liv. II.).
Pour les botanistes modernes, la truffe a formé jusqu'ici un genre de champignons, qui a pris le nom scientifique de tuber. Ce genre comprend trois espèces : la truffe noire, qui est la plus connue et la plus estimée ; la truffe à l'ail, commune en Piémont; la truffe blanc de neige, dite aussi terfez et fécule de terre, qu'on trouve dans le Levant et dans le nord de l'Afrique. Quanta la truffe blanche ou truffe d'été, elle n'est, parait-il, que la truffe noire récoltée avant sa maturité.
Tel serait le genre tuber ou truffe; mais une opinion émise depuis peu rejette complètement l'existence de ce genre et ne voit plus dans la truffe qu'une extravasion morbide de sucs végétaux, analogue, sous quelques rapports, à la noix de galle et due à une cause tout à fait semblable, la piqûre d'un insecte. « Au mois de juillet et d'août, dit M. J. Vaiserres, une petite mouche, aux ailes azurées et au corps très-effilé, pénètre dans le sol pour y chercher les radicelles du chêne et de diverses autres essences qu'elle paraît affectionner. Avec son dard, elle pique la radicelle, y fait une blessure et y dépose ses œufs; de cette blessure, il s'échappe une matière visqueuse, qui forme un petit tubercule. Pourque son développement puisse s'accomplir, il faut qu'il reste attache à la racine, car c'est dans la sève qu'il puise les principaux éléments dont il se compose. Les œufs déposés par la mouche restent k l'état d'incubation jusqu'à ce que la truffe commence à mûrir; alors ils éelosent et dévorent leur prison. La larve, lorsqu'elle est complètement développée, s'enferme dans une coque et reste à l'étatde chrysalide jusqu'aux premiers beaux jours. Elle se transforme alors en mouche. • A la boune heure I nous voulons croire qu'on a souvent surpris la mouche en question au-dessus des truffières; nous savons même que les chasseurs de truffes prétendent se guider sur la présence de cet insecte pour la découverte ou précieux tubercule ; mais ces insectes sontils attirés par le besoin de pondre leurs œufs, ou plutôt ne le seraient-ils point par l'odeur des truffes, qui attire si bien le chien, le cochon... et les gourmets? A-t-on surpris des larves de ces mouches daus les truffes blanches, comme des larves de cynips dans les noix de gaile vertes? L'existence du-
TRUF
genre tuber est rendue douteuse par l'absence de sporules reproductrices connues ; celle du tubercule extravasé, par l'absence du produit direct de la piqûre; la question reste donc irrésolue. Toutefois, soyons justo: nous avons affirmé que les sporules de la truffe n'avaient pu être reconnues; un naturaliste prétend lesavoirvues. Les truffes blanches sont pnrseméesde quelques petits points roux ; les truffes noires en contiennent une quantité innombrable, et ils y sont plus gros, selon M. Lebœuf, plus renflés, plus colorés. Ces points, examinés séparément, offriraient l'aspect de corps organisés ; ce seraient des graines qui, en se gonflant, en se développant sans le secours de racines, vivant par absorption, produiraient de nouveaux tubercules. On voit quelle part énorme est faite à l'hypothèse dans un pareil système.
Il est facile de comprendre qu'on soit divisé sur la nature des truffes; mais pourquoi , l'est-on aussi sur les lieux où on les rencontre? Les uns prétendent qu'on les trouve exclusivement sous les charmes; les autres les placent au pied de certains chênes, qu'ils ont décorés du nom de chênes truffiers, variété du quercus esculéntus oubliée par les botanistes; d'autres les font naître dans les touffes de chêne kermès. La vérité est que la truffe végète un peu partout. Elle parait préférer les bois, mais on la trouve assez communément au milieu de la plaine urida de la Cran, et on en rencontre quelques-unes dans des prés découverts et bien exposés au soleil. Elle uime surtout les terrains maigres, argilo-calcaires, un peu humides. Celles que l'on récolte dans ces conditions sont les plus estimées.
Il paraît d'ailleurs que les conditions de température lui sont assez indifférentes ; car on en récolte depuis les tropiques jusqu'aux côtes de la mer Glaciale. L Amérique en possède certaines espèces d'une grosseur démesurée ; quelques-uns de ces tubercules gigantesques atteignent le poids de 20kilogr., mais ils sont peu savoureux et ne valent pas notre truffe périgourdiue. D'un autre côté, on rencontre dans les sables des déserts arabes une truffe, le terfez, à surface lisse, d'une forme arrondie et d'un blanc de neige, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur; c'est une excellente variété, qui était connue dans 1 antiquité, selon Pline, Avicenne et Léon l'Africain. On la fait cuire sous la braise, dans l'eau, dans le lait ou dans le bouillon.
En France, les environs d'Angoulême et de Périgueux ont la réputation de fournir les meilleures truffes. On en rencontre d'excellentes dans l'Est et le Midi. Celles du Quercy sont anguleuses, d'une forme irrégulière et à veines roussâtres. La variété . grise croit sur la chaîne calcaire qui, partant du département de l"Aub>-, traverse celui de la Haute-Marne et pénètre jusque dans la Côte-d'Or. Cette variété se rapproche beaucoup de la truffe à l'ail, qu'on rencontre dans le Piémont. Lu truffe noire charentaise et périgourdiue se trouve également dans le "Gard, la Drôme, l'Isère, le Vaucluse, l'Hérault, le Tarn et dans quelques cantons de l'Ardèelie, du Jura et de la Lozère. Il y a peu de bois, en somme, en France, qui ne possèdent des truffes. On distingue les truffes de Romans, de Ci est, de Tain, a leur forme régulière, à leurs veinules déliées et blanchâtres, à leur tissu ferme, u leur goût agréable. Dans plusieurs Cantons de l'Isère et du Gard, il y en a qui exhalent une fuite odeur de musc et qui sont reconnais-' sables à un tissu moins ferme cl à des veines plus pr^honcees. On les trie soigneusement, parce que leur parfum n'est pas du goût de tout le monde. Les truffes de Bourgogne sentent quelque peu la résine ; celles de Naples ont un goût de soufre désagréable.
La truffe a la réputation d'exciter les organes des plaisirs sexuels, et Brillât-Savarin a examiné celte question avec une compétence que personne ne lui contestera. 11 est arrivé à ce résuhut :
i La truffe n'est point un aphrodisiaque positif; mais elle peut, en certaines occasions, rendra les femmes plus tendres et les hommes plus aimables. >
La récolte des truffes se. fait presque au hasard : ou fouille la terre dans les lieux où l'on sait qu'il s'en' trouve ordinairement, ou mieux on amène dans le champ qu'on suppose en contenir soit un porc, sou un chien dressés à cet effet; quelques paysans se flattent de découvrir les truffières eu examinant en automne les masses mouvantes que forment au-dessus d'elles les mouches ou tipuies auxquelles quelques-uis attribuent la formation des tubercules. D'autres ont soin de conduire leurs porcs ou leurs chiens dans les endroits où nulle plante n'a poussé, car ils assurent avoir remarqué que rien ne pousse immédiatement au-dessus de la truffière, La passion des porcs pour les truffes est irrésistible et ne le cède pas même à celle des gourmets. Il Suffit d'avoir fait manger à un cochon une ou deux truffes pour que, s'il s'en trouve sous terre à quelques pas de lui, il les sente aussitôt avec une délicatesse d'odorat dont l'iupmme ne se fait pas d'idce. Il se hâte de fouiller la terre avec son groin et il dévorera, séance tenante, sa précieuse découverte, si l'on n'a eu la précaution de lui lier les mâchoires, ou si l'on ne se hâte de le détourner à coups de bâton. On a soin de le
TRUF
dédommager en lui jetant une poignée de glands. Mais les porcs sont difficiles à conduire, et c'est toujours une opération pénible que de s'en servir pour la recherche des truffes. Il serait plus commode d'y employer des chiens, si ces derniers n'étaient pas trèsdifficiles à dresser. Il faut d'abord leur donner de la pâtée de truffes , puis leur faire chercher, a jeun, cette pâtée dans la terre ; enfin, les conduire dans une truffière et leur donner un morceau de cette pâtée chaque fois qu'ils trouvent une truffe. Au bout d un mois, on ne leur donne plus qu'une ou deux fois de la pâtée pendant la recherche, et après deux ou trois mois on peut se dispenser de leur en donner; ils sont dressés. Le chien est un aide moins habile peut-être que le porc, mais plus docile et plus sociable. Quelques chiens s'adonnent d'eux-mêmes à cette recherche, sans avoir reçu aucune instruction préalable ; les barbets y réussissent mieux que tes autres quand ils ont bon nez et qu'ils sonUmauvais chasseurs; car un chien qui s'acharne après le gibier ne consent jamais à déterrer la truffe.
Dans beaucoup de cantons, la recherche des truffes est devenue un véritable braconnage; les propriétaires aisés de la Charente, et surtout de la Charente saintongeaise, ne s'y livrent que rarement, car ils .apportent toute leur attention à la culture de la vigne et à la préparation de ses produits; mais clans chaque localité se trouve un paysan rusé qui, par des signes plus ou moins certains, sait reconnaître la présence d'une truffière. La nuit, sans bruit, clandestinement, il s'approche du lieu qu'il a remarqué et met son porc à' l'œuvre. Le ravage commence : rien n'est épargné ; on arrachera, s'il le faut, dix ceps de vigne, et souvent en pure perte, car la truffière n'existait pas. Disons toutefois que les cas où le tubercule recherché se trouve dans un champ cultivé sont tout a fait exceptionnels. Dans les bois, la dévastation a des résultats moins funestes. Rien de plus aléatoire, d'ailleurs, que la recherche des truffes. Une truffière peut disparaître au bout d'une année ; elle peut se perpétuer longtemps, puis disparaître pour reparaître plus tard, sans. qu'il soit possible de déterminer les lois qui régissent l'apparition et la disparition du tubercule.
Cependant, en règle générale, un bois, un champ ^}ui a contenu des truffes continuera a en produire si le genre de culture auquel il est soumis ne change pas. En somme, la recherche des truffes est un travail hasardeux, qui ne réussit pas toujours, même aux hommes spéciaux. Ceux qui ont acquis quelque habileté dans cet art sont de véritables braconniers, auxquels on est forcé d'avoir recours en partageant le butin avec eux ; et encore faut-il les 'surveiller de près, car une truffière, dans un champ, est souvent accompagnée de plusieurs antres; te truffier vient plus d'une fois, au milieu de la nuit, commencer ou terminer le travail ostensible, le seul dont il partage avec le propriétaire le maigre produit. Enfin, beaucoup de propriétaires cachent soigneusement la possession d'une truffière, ou cherchent même à la détruire, pour échapper à de graves dégâts.
Chercher les truffes au hasard, les rencontrer par accident, est un rôle précaire auquel l'homme ne pouvait guère se résigner. Aussi ses efforts ont-ils tendu depuis longtemps à soumettre la truffe à une culture régulière. Citons quelques essais.
Un naturaliste allemand, Alexandre Bornholz, transplante les truffes ; il les transporte d'un lieu à un autre, eu les laissant environnées de leur terre natale, et il les replante dans un terrain de composition identique et situé de la même manière ; il affirme avoir réussi à créer ainsi des truffières.
Le comte de Noè, ancien pair de France, a semé dans son parc des pelures et des débris de truffes, au pied de charmes et de chênes, sous du terreau et des feuilles mortes ; deux ans après, il récoltait un certain nombre de ces tubercules, bien que le pays n'en produise pas naturellement. Heureux comte de Noé I son expérience, mille fois répétée par d'autres, n'a jamais réussi. Une fois même, M. Rousseau, dont nous allons parler, n'a réussi, par la même méthode, qu'à détruire des truffières déjà existantes.
M. Rousseau a découvert le chêne truffier, ou plutôt deux chênes truffiers, un chêne blanc et un chêne vert ; il en sème les glands et récolle..' des truffes. Longtemps avant lui, on avait dit : Voulez-vous faire un civet..., prenez un matou. Nous avons énuméré plus haut les raisons qui nous font douter de l'existence du fameux chêne truffier et, par conséquent, de l'efficacité de la méthode Rousseau. Cet inventeur prétend cependant avoir obtenu, par sa méthode, de magnifiques produits exposés et même récompensés en 1855 et en 1867. Il a positivement récolté des truffes là où il avait semé des glands ; mais il est bien difficile de prouverque ce sont les glands qui ont produit les truffes. Toutefois, le système de M. Rousseau a eu de nombreux partisans, et même des imitateurs dans le département de Vaucluse, qui est le sien. Des collines arides, où l'on a essayé de produire des truffes, commencent à se couvrir de bois de ehênes. 3,567 hectares de forêts sont le résultat de cette fausse opération. Quelque amateurs que nous soyons des truffes,
v TRUF
nous sommes d'avis qu'un beau pied de chêne vaut un bon nombre de kilogrammes de ce tubercule, et nous félicitons les agriculteurs avignonnais d'être tombés dans une erreur si utile.
D'après un rapport de M. Châtain à la Société d'acclimatation, la production de la truffe, en France, pouvait être évaluée, en 1868, à 15 ou 16 millions de francs, en calculant sur le prix de vente qui était, en moyenne, de 10 à H francs le kilogramme, sur les lieux de culture. Depuis cette année, la récolte de la truffe s'est augmentée .de 50 pour 100 ; le prix n'a point encore 'baissé, mais on peut prévoir un temps où son abondance la rendra moins chère. Le prix d'achat premier de la truffe se trouve plus que doublé quand le tubercule arrive à la consommation, et triplé quand il sort de France, parce qu'on n'exporte que des truffes de choix.
La truffe donne lieu à un mouvement d'affaires extérieures qui n'est pas sans importance, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par le tableau suivant, extrait du tarif des douanes pour 1874 :
TRUQ