TUTO
terons, parmi ses ouvrages : Istoria délia famiglia Blanc (Naples, 1641); Supp'imento ail' Apologia de tre Seggi illustri di Napoli {Mafias, 1643, in-40); Dell' origine e fondazioiie de Segt/i di Napoli, del tempo in cui furono intiluiti (Naples, 1644, in-S°).
TUTOIEMENT ou TUTOÎMENT S. m. (tutoi-mun — rad. tutoyer). Action (!e tutoyer : Le tutoiement entre égaux est un signe de familiarité. (Aoad.) Le tutoiement doit être banni de la comédie, qui est la peinture de nos mœurs. (Volt.) Le tutoiement engendre la familiarité ; la familiarité amène les querelles; les querelles enfantent la haine. (Boitard.)
— Ëncycl. Dans l'hébreu, comme dans tous les idiomes anciens et dans l'arabe actuel, le tutoiement est toujours usité quand le discours s'adresse à une seule personne; l'emploi de vous, dans ce cas, est une invention de notre Europe, dont l'origine mérite d'être recherchée. Le tutoiement porte un caractère d'égalité entre les personnes, qui semble appartenir spécialement à un état de société sauvage, dans lequel chaque individu se sent isolé et considère comme tel son semblable. Le vous, au contraire, indique un état de société civilisé et compliqué, dans lequel chaque individu se sent soutenu d'une famille ou d'une portion de la communauté dont il est membre. Le sauvage dit moi tout seul et toi de même ; l'homme civilisé dit mot et les miens, nous; toi et les tiens, vous. La formule monarchique nous vient de là. L'homme n'est puissant qu'autant que sa force s'appuie sur la force d'autres hommes, qui, par une raison ou une autre, lui prêtent leur concours. Un chef barbare, conquérant un territoire et en subjuguant les habitants, a dû commencer ce régime : « Moi et mes gens, nous vovtlons, nous ordonnons.» En agissant contre l'homme faible, il lui' a dit toi, comme s'il lui eût dit toi qui es seul. Le vous est devenu un signe de puissance, de supériorité, un terme de respect; il implique sinon la soumission, au moins la déférence de celui qui parle envers celui à qui il s'adresse ; le toi est resté un terme d'égalité non révérencieuse ou d'amitié, employé entre ies égaux ou les membres d'une même famille. En France, ce n'est guère que depuis un demi-siècle que le tutoiement est devenu commun. Au temps de Louis XIII et de Louis XiV, il était presque inconnu ; on ne tutoyait alors que les valets et les gens trèsinférieurs. Entre amis, généralement, le vous était conservé; le tutoiement eût été considéré comme une grossière impertinence. Le passage suivant de Saint-Simon (édit. in-8°, t. XI, p. 350) eu fournit la preuve : > Une personne de quelque distinction, même fort éloignée des maisons souveraines d'Allemagne, en parlant de ses parents en allemand, ne dit jamais autrement que monsieur mon père, madame ma mère, mademoiselle ma sœur, monsieur mon frère, monsieur mon oncle, madame ma tante, monsieur mon cousin, et supprimer le monsieur et le madame serait une grossièreté pareille à tutoyer parmi nous. » Dans la famille, en général, !e tutoiement n'était pas admis, ni entre les époux, ni des parents aux. enfants, ni de sœurs k frères. Mme de Sévigné gaide toujours le vous avec sa fille. C'est seulement depuis la Révolution que l'usage du tutoiement est devenu très-commun dans les familles. Au xvie siècle, beaucoup de savants employèrent le tutoiement dans leurs lettres d'érudition ou d'apparat; mais cette mode ne persista pas, et, au temps de Balzac, elle avait complètement disparu. On ne tutoya plus alors dans la littérature, si nous en exceptons le théâtre, que les êtres allégoriques, Dieu et les hommes que la flatterie rapprochait de Dieu, c'est-à-dire le roi et les princes. C'est surtout en vers que s'établit l'usage de ce tutoiement, resté depuis lors dans les habitudes littéraires.
Le tutoiement est la forme de langage préférée des amants; le vous est plus cérémonieux, plus respectueux et, partant, beaucoup moins tendre. C'est ce contraste que Voltaire a fait si finement et si gracieusement ressortir dans sa charmante épltre intitulée les Vous et les tu, que nous avons donnée au mot poésie.
La charade suivante, charade vertueuse s'il en fut, et dont le mot est précisément vertu, exprime une idée analogue :
Mon premier est cruel quand il est solitaire ; Mon second, moins honnête, est plus tendre que vous ', Mon tout à votre cœur dès l'enfance a su plaire, Et parmi vos attraits est le plus beau de tous.
Le tutoiement est aujourd'hui la marque de l'intimité, de la familiarité; aussi la grande ambition du petit-maître, du fat, du. sot, ce qui est tout un, est-elle de tutoyer les célébrités.
Alexandre Dumas est un jour rencontré en plein boulevard, à côté du café ïortoni, par un jeune homme à la moustache relevée, qu'il n'avait jamais ni Vu ni connu. Celui-ci s'avance hardiment, et lui saisissant la main : « Bonjour, mou vieil ami, lui dit-il (nous ne savons même s'il ne lui a pas tapé sur le ventre), comment te portes-tu î » Et Dumas de lui répondre de son air le plus goguenard : « Bonjour, mon jeune ami, comment te nommes-tu? •
TUTOYER v. a. ou tr. (tu-toi-iô ou tu-to-ié
TUTR
— de tu et de toi. Change y en t devant un « mnet : Je tutoie; tu tutoieras, et prend uni après l'y aux deux pers. plur. de l'imp. de l'ind. et du prés., du subj. : Nous tutoyions; que vous tutoyiez). Appeler tu, toi, au lieu iie vous, dans la conversation, et interpeller par le verbe au singulier : Il est familier, il tutoie tout le monde. (Acad.) Les quakers tutoient tout le monde, mais ils n exigent pas qu'on les tutoie. (Grimm.) Pour être en droit de tutoyer ceux qu'on aime, il faut commencer par cesser de tutoyer ceux qu'on méprise. (A. d'Houdetot.)
Un homme, en vers, peut tutoyer les dieux. Saint-Amand.
Se tutoyer v. pr. S'appeler mutuellement tu et toi, et s'interpeller par le verbe au singulier : On ne sa tutoie pas en anglais. (Biillut-Sav.) Entre cousines, on petit sa ■tutoyer. (Scribe.)
TUTOYEUB, EOSE s. (tu-toi-ieur ou tuto-ieur, eu-ze — rad. tutoyer). Personne qui a l'habitude de tutoyer.
Tutrice (la), comédie en trois actes, en prose, de Scribe (Théâtre-Français, 29 novembre 1843). La Tutrice doit prendre place parmi les plus agréables croquis de Scribe. Les deux premiers actes se passent dans une auberge d Allemagne. M. Conrad, un de ces spéculateurs qui mettraient le soleil en actions, s'ils croyaient trouver des actionnaires, est descendu dans cet hôtel avec sa jeune fille, qui a nom Florette. M. Conrad annonce à Mlle Florette que M. Julien, son employé, le quitte pour aller chercher fortune ailleurs. La jeune fille aimait Julien et se désole. Survieut M. le comte Léopold de Wurzbourg, un mauvais sujet qui a appris la mort de son oncle le feld-maréchai, et qui arrive bon train pour recueillir sa succession, dont une bonne part appartient déjà de son fait aux usuriers. Presque en même temps, une dame modestement vêtue, aux manières élégantes et simples, descend dans l'auberge, ce rendez-vous si commode des personnages du vieux théâtre. Léopold, pour jouer son rôle d'héritier opulent et faire impression sur la belle et jeune voyageuse, ne parle que de dépenses folles, de plaisirs ruineux et s'attire de la part de la dame la plus juste et la plus piquante leçon sur l'emploi des richesses. La jolie prêcheuse est interrompue par l'arrivée d'un courrier qui annonce au comte que son oncle l'a complètement déshérité au profit d'une chanoinesse appelée Amélie de Moldaw. Le coup est terrible. Conrad, poursuivi par son idée fixe, et qui veut avant tout placer ses actions, sans s'apercevoir du contre-temps, prie l'inconnue, comme il a prié Léopold, d'une façon fort comique, de souscrire pour quelques titres. Elle y consent et signe. • La chanoinesse de Moldawl » s'écrie Conrad. * Amélie de Molda-wl » s'écrie Léopold, et, jetant un coup d'œil furibond à la jeune femme, il s'élance et disparaît. « Quel est donc ce jeune .homme? » demande Amélie. — C'est le comte de Wurzbourg. — Léopold 1 allez, courez, empêchez-le de partir k tout prix, ' reprend la chanoinesse en poussant Conrad dehors.
Lorsque le second acte commence, l'attention est parfaitement éveillée. Le comte n'est fas parti et il se trouve en présence d'Améie, qui, noble et généreuse, héritière malgré elle, ne veut qu'être la tutrice du neveu de son bienfaiteur. D'abord elle veut payer ses dettes ; Léopold s'y oppose avec énergie et ne cède même pas lorsqu'il voit la maison cernée par les huissiers. Le cas, cependant, était embarrassant, et la situation devenait orageuse ; une lettre de la célèbre danseuse Fridoline arrive à temps. Léopold retrouve son énergie et son audace, et, par bravade, prend la résolution .la plus extravagante, celle d'épouser la danseuse qui, étant trèsriche, lui offre sa main pour devenir comtesse. Mais Amélie, qui a eu jusqu'ici du bon sens et de la bonté, va avoir de l'esprit. Au lieu de payer les dettes de Léopold, c'est elle qui le fait jeter en prison pour lui éviter un scandale et une folie.
Deux ans se sont écoulés et le troisième acte s'ouvre dans le château de l'oncle à succession. M. Conrad, qui a enfin placé toutes ses actions et qui est devenu très-riche, parce que ses actionnaires ne le sont plus, est en procès avec la chanoinesse. Il a choisi pour avocat Léopold, qui, ramené par le régime de ta prison à des idées plus saines, s'est créé par son travail une position honorable. Léopold, à. qui Conrad raconte que la jeune chanoinesse est loin de mener une vie exemplaire, s'emporte et laisse pour la première fois voir le fond de son cœur. Il est amoureux d'Amélie, qu'a la fin du second acte il détestait si cordialement. Du reste, l'amour dans cette pièce va bon train ; Florette, qui a revu Julien et l'a trouvé très-froid, piquée au vif, veut se marier sur-le-champ. Léopold est exactement dans les mêmes conditions, et il se conclut entre eux un projet de mariage par vengeance. Le contrat va se signer lorsque •Léopold apprend la vérité; Amélie est restée pure ; elle explique au comte les absences et les déguisements dont on lui fait un crime; en lui révélant que c'est elle qui, sous l'habit de religieuse, allait le veiller dans Sa prison, quand il était malade et en proie au délire; et, pour preuve, elle veut lui rendre un anneau que, dans un moment d'exaltation, il a passé
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au doigt de la religieuse qui le soignait. Cet anneau, on le devine, devient l'anneau nuptial, et la tutrice, en devenant la femme de son pupille, lui rend de si beaux comptes de tutelle, qu'on .voit bien que la scène se passe dans un vieux château d Allemagne.
TUTTI s. m. (toutt-ti — mot ital. qui signif. tous, et qui est le plur. de tutto, tout). Mus. Passage d'ensemble de toutes les parties d'un orchestre : Reprendre au TUTTt. Tout à coup, le tutti est interrompu par un gracieux motif. (Balz.) — Ensemble de sons qui se font tous entendre à la fois, avec un grand bruit : La première faim assouvie, un tutti de voix éclata avec plus ou moins d'accord. (Méry.) De chaque feuille jaillit une note, de chaque arbre une mélodie; la fauvette gazouille, le ramier roucoule, le chardonneret fredonne; le moineau, ce joyeux fifre, siffle gaiement à travers le tutti. (V. Hugo.)
— Tutti quanti, Tous tant qu'on est, tant qu'il y en a : Les juges, les avocats , les avoués, les huissiers et tutti quanti. Quoit vous répondes sérieusement à ce fou de Rousseau, à ce bâtard du chien de Diogène? Vous m'enhardissez ; je réponds, moi, à frère Berthier et à tutti quanti. (Voltaire.) Il y a longtemps que j'ai a/faire à l'ingratitude et à l'envie. Je fuis les hommes et je m'en trouve bien ; j'aime mes amis et je m'en trouve encore mieux. Je voudrais vous revoir avant d'aller voir Pascal et Rabelais, et tutti quanti, dans l'autre monde. (Voltaire.) Je l'ai lu, ce bel ouvrage, et ceux mêmes qui s'en alarment sont les premiers à admirer, le mot n'est pas assez fort, à se confondra d'admiration devant le beau génie qui leur a fait ce présent. Je vous nommerai MM. de Fontanes, Marcellus, le cardinal de Bausset, le duc de Richelieu, et tutti quanti, (Le vicomte de Boiiald.)
tu-tu-BAS-BAN s. m. (tu-tu-ban-ban — onomatopée). Musique de montreur d'ours.
Il On dit aussi tu-tu-pan-pan.
TUTULUS s. m. (tu-tu-luss). Antiq. rom.
Coiffure de femme, formée en relevant les chuveux sur le sommet de la tête. '
TUYAU s. m. (tu-io ou tui-io. — L'espagnol-provençal tudel, qui est le corrélatif du français tuyau, ne permet pas de tirer ce mot, comme plusieurs étymologïstes "ont fait, d'un type latin tubellus, diminutif de tubus, tube. Diez le fait venir du germanique : ancien Scandinave tuda, danois lud, néerlandais luit, même sens). Tube, canal formé d'une matière disposée en forme de conduit circulaire ou prismatique : Tuyau de fontaine. Tuyau de conduite. Tuyau de descente. Tuyau d'orgue. Tuyau de lunette à longue-vue. Tuyau de pofyc. Tuyau de cheminée.
— Bout creux de la plume des oiseaux : Les plumes à écrire sont ordinairement des tuyaux de plumes d'oie, (Acad.)
— Tige creuse : La flûte de Marsyas se composait de sept tuyaux d'avoine ou de roseau. (A. Karr.)
— Parler dans le tuyau de l'oreille, Dire quelque chose dans le tuyau de l'oreille, Parfer bas à quelqu'un, lui dire quelque chose à voix basse et en secret.
— Loc. fam. Tuyau de poêle, Chapeau de forme C3'lindrique, avec des ailes étroites.
— Mus. Tuyaux d'orgue, Tubes qui rendent des sons lorsque le vent des soufflets y est introduit.
— Artill. Tuyau à tonnerre, Syn. de quen-