‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 50 sur 1042 · partie du grand canal des Deux-Mers. La traversée est de 17 kiloin · texte numérisé non relu

partie du grand canal des Deux-Mers. La traversée est de 17 kiloin

THAULACHE s. f. (tô-la-che). Ancienne arme française, qui était une espèce de hallebarde ou d'épieu.

THAUMAC DE LA THADMASSIÈBE (Gaspard), jurisconsulte français. V. La Thau-

MASSIEHK.

THAUMALÉE s, m. (tô-tna-lé — du gr, thaumaleos , admirable). Ornith. Syn. de

CHRYSOLOPHE.

— Entom. Genre d'insectes diptères, voisin des tipules.

THAUMANTIAS s. m. (tô-man-ti-ass — du gr. thauma, merveille). Aca). Genre d'acalephes médusaires, de la famille desocéanides.

TBAUMANTIS s. m. (tô-man-tiss — du gr.

thaumastas, admirable). Entom. Genre d'insectes lépidoptères diurnes.

THAUMA? s. m. (lô-mass — du gr. thauma, merveille, prodige). Iehthyol. Genre de poissons cartilagineux, du groupe des raies,

— Entom. Genre d'insectes lépidoptères crépusculaires, de la tribu des sphingides.

— Infus. Genre d'infusoires, de la famille des monadiens.

TMAUMAS, flls de l'Océan et do la Terre. Il fuc le père d'Iris et des Harpies, qu'il eut d'Electre.

THAUMASIE s. f. (tô-ma-zt — du gr. thaumasios , admirable). Aruchn. Genre d'ara néides, de la tribu des araignées, réuni aux philodroines.

— Bot . Genre d'algues exotiques , peu connu.

THAUMATOPE s, m. (tô-ina-to-pe — gr.

tkaumalopoios ; de thauma, merveille ; poied, je fais). Atit. Faiseur de tours de force, d'agilité ou d'adresse.

— Eticycl. Comme nos saltimbanques et nos prestidigitateurs, les thaumatopes faisaient souvent leurs exercices en pleine place publique. Assez souvent aussi on les offrait en spectacle à la fin des banquets, pour alterner avec les danses et la musique. Il arrivait même qiib des thaumatopes se mêlaient anx danses, principalement k la pyrrhique. Un vase de la collection Hamilton représente trois danseurs de pyrrhiqua ; deux d'entre eux exécutent la danse ; l'un est armé d'une épée, l'autre d'un poignard ; ils tiennent l'un et l'autre un bouclier. Le troisième se tient debout et porte un poignard dont la pointe est en l'air. Au-dessus de la tête de l'un des danseurs est une femme, qui s'appuie sur lui d'une seule main et qui relève les jambes, comme si elle s'apprêtait a faire un saut k la renverse. Le danger de sa position s'augmente encore de la position du poignard qui est tourné vers elle. Cette femme doit être rangée dans la classe des thaumatopes. Une personne placée en face d'elle paraît surprise et effrayée de ce spectacle. Il y avait d'autres danses auxquelles prenaient part des thaumatopes de l'un ou de l'autre sexe. Un de leurs plus fréquents exercices consistait k interrompre la danse pour se jeter sur les mains et lever les jambes en l'air, puis retomber prestement Sur les pieds. Ce n'était pas là une merveille, et l'on fait mieux que cela aujourd'hui ; ajoutons qu'ils exécutaient ces sauts périlleux au milieu de couteaux et de poignards. Xénophon, dans son Banquet, nous apprend qu'on formait à terre un cercle plein de poignards, de couteaux et d'épées, la pointe en l'air, et qu'ils exécutaient leurs sauts parmi ces armes menaçantes. 11 y avait également des thaumatopes schœnobates ou funambules. Les uns, en dansant sur la corde, jouaient de la double flûte, d'autres de lu lyre. Quelques-uns, tenant un cratère de la main droite et une coupe de la main gauche, se versaient à boire. Une peinture, découverte à Herculanum, représente un de ces thaumatopes dansant sur la corde et faisant couler en un léger filet le liquide, du rhyton qu'il tient à la main droite dans une coupe que porte sa main gauche.

On dit que l'habileté des thaumatopes en ce genre dépassait tout ce que nous pouvons imaginer. Nous avons vu toutefois des danses de Kabyles qui paraissaient égaler au moins ce que faisaient les anciens ; il y a dans ces danses un tourbillonnement, une rapidité vertigineuse, au milieu des pointes de poignard, pour ainsi dire cherchées et évitées, qui éblouit l'œil et donne le frisson. Au temps où les Romains prenaient plaisir à ces périlleux spectacles, ils étaient aussi en usage parmi les peuples barbares. Tacite l'a constaté pour les Germains : « Genus spectaculorum unum,aiquein omni cwtu idem.A'udi juvenes, quibns id ludicrum est, inter gladios se algue infestas frameas sallu jaciunl... Ils n'ont qu'un seul genre de spectacle, et le même dans toutes leurs réunions. Les jeunes gens se font un jeu de se jeter nus, en sautant, au milieu des glaives et des frumées qui les menacent. » Ils faisaient tout cela par simple amusement ; c'était au contraire pour de l'argent, que travaillaient les thaumatopes soit en Grèce, soit chez les Romains. A ceux de leurs exercices que nous avons indiqués il faut joindre ce que nous appelons les tours de force. L'un des plus communs consistait à porter sur le front de3 poids énormes. Un autre, plus difficile, plus re-

THÉ

cherché et très-fréquent aussi, était ia pyramide humaine, que nous voyons, de notre temps, constamment reproduite dans les baraques des spectacles forains et dans les cirques. De même qu'on, le fait encore aujourd'hui, le thaumatope élevait sur ses bras et ses épaules sept k huit enfants, en forme de pyramide.

Quant aux tours d'adresse et aux jongleries des thaumatopes, nous n'avons pas sur ce point de données certaines. Ils imitaient sans doute, jusqu'à un certain point, ces faiseurs de miracles qu'on a appelés des thaumaturges et que les chrétiens des premiers siècles partagèrent en deux catégories : les faux thaumaturges, qui simulaient de prétendus miracles, comme, par exemple, Simon le Magicien ; les vrais thaumaturges, qui accomplissaient, selon les chrétiens, de vrais miracles, guérissant les malades, rendant l'ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, et que l'Elglise catholique a placés au rang des saints.

THAUMATOSATJKE s. m. {tô-ma-to-sô-re

— du gr. thauma, merveille; sauros, lézard). Erpét. Genre de sauriens fossiles.

— Encycl. Les tkaumatosaures sont des reptiles gigantesques analogues aux dinosauriens, usais dont les os n'ont pas de cavités médullaires k l'intérieur. Les rugosités de la surface des os de la mâchoire semblent indiquer que la tête était couverte d'éoussons. Les dents sont placées dans des alvéoles bordés de parois minces et incomplètes du côté interne. Elles ont de grandes racines creuses et sont coniques, égales, un peu courbées ; la couronne est légèrement striée. La seule espèce connue, le thaumatosaure oolithien, a été trouvée près de Neuffen, en Wurtemberg, dans l'oolitbe inférieure.

THAUMATURGE ttdj. (tôina-tur-je — du gr. thauma, merveille, prodige; ergô, je fais). Qui fait des miracles -.Saint thaumaturge.

— Substantiv. Personne qui fait ou prétend faire des miracles : Un thaumaturge. Les empiriques et les thaumaturges se disputaient ta crédulité du peuple et des grands. (Lainenn.) Mahomet ne voulut pas être thaumaturge, il voulut être prophète, et prophète sans miracle. (Renan.)

THAUMATURGIE s. f. (lô-ma-tur-jî — rad. thaumaturge). Pouvoir de thaumaturge ; La thaumaturgie et la calomnie ne laissent pas que de produire quelques résultats: la Salette en est une preuve éclatante; faites des miracles, faites des miracles, dirait Basile, il en reste toujours quelque chose. (Em. de La Bédollière.)

THAUMATURGIQUE adj. (tô-ma-tur-ji-ke

— rad. thaumaturgie). Qui appartient, qui a rapport à la thaumaturgie : Avoir des prétentions THAUMATURGIQUES.

THAUME s. m. (tô-ine). Agric. Sorte de petite faux à long manche.

THAUMÉTOPÉE s. m. (tô-mé-to-pé). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des bombycites.

THAUMURIE s. f. (tô-mu-rî). Bot. Genre de plantes, de la famille des urticées, formé aux dépens des pariétaires.

THAUSPIS s. m. (tô-spiss). Ornith. Syn. de

TANGARA.

THAVAI, rivière et province de l'Indo- Chine. V. Tavai.

THAYA, rivière d'Autriche. Elle se forme à l'O. de Raps, par la réunion de la Thaya allemande et de la Thaya morave, coule au N.-E., baigne Drosendorf, pénètre dans la Moravie, passe k Wottau, Frain, Hardeok, Lna, Durnholz, Musohau et va so perdre clans la March, après un cours d'environ 250 kilom. Ses principaux aflluents sont l'[glawa et la Schvarza. Elle forme une infinité de petites Iles. Ses rives sont généralement malsaines, à cause des nombreux marécages qu'on y rencontre. Les Français, vainqueurs de l'armée autrichienne, traversèrent lu. Thaya, près de Laa, après la bataille de Wagrain.

THÉ s. m. (té — du chinois thé, té, mot vulgaire usité pour désigner cette plante dans la province de Fou-Kien, où les Européens abordent quelquefois et d'où ils l'ont apportée. Le vrai nom chinois est tcha.) Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des ternstrœmiacées, tribu des camelliées,ou type de la famille des théacées , comprenant plusieurs espèces, qui croissent en Chine : De la Chine, la culture du thé a été importée dans l'Inde. (P.Duehartre.) Un grand nombre de botanistes croyaient à l'existence de deux espèces de thé. (Th. de Bemeaud.) Les feuilles de thé sont d'autant meilleures qu'elles forment une boisson plus douce. (V. de Bomare.) Il y a plusieurs manières de préparer les feuilles de thé. (Dutour.) n Thé d'Amérique, Nom vulgaire de la capraire biflore. il Thé de France, Nom vulgaire d'une espèce de sauge. Il Thé de la Martinique, Syn. de thé d'amérique. Il Thé des jésuites, Nom vulgaire de la psoralée bitumineuse, il Thé des Apalaches, Nom vulgaire du houx apalache. Il Thé dis Norvégiens, Nom vulgaire de la ronce du Nord, il Thé d'Europe, Nom vulgaire de la véronique officinale. Il Thé du Mexique, Nom vulgaire de l'ansérine botrys. Il Thé du Paraguay, Nom vulgaire du maté. Il Thé du

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Pérou, Nom vulgaire de la coca. Il Thé suisse, Syn. de faltrakck.

' — Feuilles de thé servant à faire des infusions : Faire infuser du thé. Acheter une caisse de thé. il Infusion de feuilles de thé : Boire du thé. Prendre une tasse de thé. Servir le thé. Le thé est un breuvage raffiné. (De Ctistine.) Le thé était une étrangetépaur des Français de la vieille roche. (Brill. Sav, )

— Sorte de collation où l'on sert ju thé : Donner un thé. Les thés somptueux ont remplacé les soupers d'autrefois. (Brill.-Sav.) Gardons-nous de manquer un thé chez Aspasie.

Vioée.

— Thé de bœuf, Infusion pour les malades, préparée avec de la viande hachée.

— Comro. Thé noir, Feuilles de thé fermentées et séchées rapidement au four. Il Thé vert, Feuilles de thé non fermentées et séchées lentement au four. Il Thé impérial, Thé de la première récolte, très-estimé. Il Thé pondre à canon, Thé en feuilles très- menues.

Il Thé en briques, Préparation de feuilles en forme de brique, dont les Mongols et les Kalmouks se servent pour faire une sorte de boisson.

— Eeon. rur. Thé de foin, Soupe au foin, foin bouilli que l'on donne aux animaux domestiques.

— Encycl. Bot. Le genre thé renferme de petits arbres et des arbrisseaux à feuilles alternes, pétiolées, un peu coriaces, légèrement dentées et à fleurs blanches, portées sur des pédoncules axillaires solitaires; le fruit est une capsule presque globuleuse, à doux ou trois lobes correspondant à un nombre égul de loges , dont chacune ne contient généralement qu'une seule graine. Les espèces peu nombreuses de ce genre croissent dans les régions montagneuses de la Chine. Le thé de Chine est l'espèce type et la plus célèbre. C'est un petit arttre qui, abandonné k lui-même, peut atteindre la hauteur de 8 à 10 mètres, mais qui, dans les cultures, reste k l'état de simple arbrisseau, haut de 2 mètres au plus. Il présente deux variétés ou races principales, que plusieurs auteurs regardent comme deux espèces distinctes : le thé bou, k feuilles plus courtes et à corolles composées de six pétales, et le thé vert, a feuilles plus longues et à fleurs composées de neuf pétales. Chacune de ces races se subdivise en plusieurs variétés.

Le végétal dont nous parlons est répandu et cultivé dans toute l'étendue de l'empire chinois, même dans les provinces du nord, où il résiste parfaitement k des hivers rigoureux, et où ses pieds sont souvent ensevelis dans la neige. Bien que son produit principal fût connu en Europe et que l'usage du thé en boisson fût pratiqué au commencement du xvtie siècle, l'arbuste n'y a été introduit qu'en 1763, par les soins do Linné. Des essais ne tardèrent pas à être tentés k Paris, h Lyon, k Marseille, à Montpellier, en Corse ; la culture réussit bien la première année, mais déclina ensuite. Cependant cette culture, qui forme la principale richesse de l'empire chinois, a été introduite par les Anglais dans l'Inde et k l'Ile Maurice. Kn 1812, des colons chinois apportèrent l'arbre à thé au Brésil, où sa culture a pris aujourd'hui une certaine importance et occupe une vaste étendue de terrain. Plus récemment, de nouveaux essais d'introduction ont été faits dans le sud-ouest de la France, dans le Milanais, en Algérie et même aux environs d'Angers. L'arbuste y végète assez bien et ses graines arrivent k maturité ; mais cette maturité n'a pas lieu tous les ans dans la dernière localité. Le produit en feuilles n'est pas assez considérable pour donner lieu à une spéculation avantageuse, et on n'a encore obtenu nulle part des thés comparables pour la qualité k ceux de la Chine.

La culture du thé réussit plus ou moins aux expositions et dans les natures de sol les plus diverses. En Chine, elle a lieu eu plein champ, Jde préférence sur la pente des coteaux exposés au midi et dans le voisinage des cours d'eau. Au Japon, on le plante en haies, sur le bord des champs, sans avoir égard k la qualité du sol. Toutefois, les conditions les plus favorables sont : un terrain de richesse moyenne, de couleur rougeâtro, mélangé de débris de roches, tenu dans un état de fraîcheur convenable, soit par la composition même de ces roches, soit par l'eau qui coule doucement sur les pentes des montagnes, enfin naturellement drainé sur les coteaux par leur pente même, dans tes plaines par leur élévation au-dessus du niveau des cours d'eau. Parmi les conditions climatériques, il faut citer les pluies qui surviennent au printemps et au commencement do l'été ; elles sont k peu près indispensables pour le succès de la culture.

D'après Robert Fortune, voici comment se fait en Chine la culture du thé : on récolte les graines aussitôt après leur maturité, qui a lieu en octobre. Puis on les met dans des paniers, mélangées avec delatorreet du sable un peu humide, et on les conserve ainsi jusqu au printemps. Ces graines, en effet, sont sujettes k se gâter, si on les soumet à de brusques variations de température, de pécheresse ou d'humidité, et beaucoup d'en- *tre elles ne germeraient pas si l'on ne prenait pas la précaution que nous venons d'indiquer. C'est au mois de mars qu'a lieu le

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semis ; rarement on le fait en place. Le plus souvent on procède par semis épais, en pépinière, sur un carré de la ferme disposé k cet effet; quelquefois même on utilise les vides qui se trouvent dans la plantation, en semant cinq ou six graines k chaque place où manque un sujet. Les semis de pépinière se font en rangées ou en planches.

> A un an, ajoute R. Fortune, les jeunes plants ont atteint 0™,26 ou on», 30. Ils sont bons alors k transplanter. On plante les jeunes pieds de thé en lignes distantes de lo>,20 les unes des autres, par groupes de cinq ou six sujets, en laissant environ 111,20 également de distance entre chaque touffe. Quelquefois, lorsque le sol est pauvre, on place les jeunes plants en lignes, serrés les uns contre les autres, ce qui forme une véritable haie lorsqu'ils ont atteint toute leur croissance. Cette transplantation s'exécute toujours en mars ou avril, lors du changement de la mousson du printemps j les fréquentes ondées de cette saison fournissent aux jeunes plants une irrigation salutaire. Ils peuvent croître alors et se fortifier sans qu'on ait à prendre d'autre soin que de tenir le terrain constamment net de mauvaises herbes. »

Ces procédés de culture varient du reste un peu, suivant les localités. Quelquefois on fume tous les ans le sol avec de l'engrais humain mélangé de terre. Dans tous l"s cas, la fumure est indispensable quand l'arbre approche de l'âge de trois ans, mais il faut l'appliquer avant la cueillette des feuilles. Dans 1 Inde anglaise, les pieds de thé sont plantés k la distance de 1 mètre, sur des ligues espacées elles-mêmes de im,50. Là aussi l'irrigation est pratiquée en grand. Si les sujets sont trop peu rameux, on les taille dès les premières années, de manière k leur faire produira beaucoup de branches. Au Japon, on sème les graines en place avec leurs capsules. En Europe, on cultive fréquemment le thé comme arbrisseau d'ornement, k causa de son beau feuillage persistant; on le propage, soit de graines, soit de boutures ou do marcottes faites au printemps, sur couche et sous châssis, soit enfin par la greffe sur la camellia. Dans tes pays sujets k des hivers rigoureux, on entoure do pailla les jeunes touffes, pour les préserver de la gelée et do la neige, qui font fendre les tiges encore tendres. Mieux vaut encore tenir 1 arbuste en pots ou en caisses, que l'on rentre alors en orangerie.

Dans la troisième année de la plantation, on commence la cueillette des feuilles, ce qui a lieu ordinairement trois fois dans l'année. Les ouvriers coupent les feuilles une k une, avec des précautions assez minutieuses. Il importe de choisir le moment opportun ; si l'on attend, la quantité du produit augmente , mais aux dépens de la qualité. La première récolte a lieu k la fin de février ou au commencement jle mars; elle est peu abondante, mais de qualité supérieure, et sert k faire le thé impérial, ou fleur de thé, réservé à l'empereur et aux grands do sa cour. Sous l'influence des1 pluies printanières, de nouveaux bourgeons se développent et les branches ne tardent pas k se regarnir de feuilles, qu'on récolte à la fin de mars ou au commencement d'avril. La troisième récolte, qui est la plus abondante» se fait environ un mois après. Les feuilles sont chaque fois divisées, suivant leur qualité, en plusieurs classes, ce qui, joint k la diversité des modes de préparation, donne les nombreuses sortes de (/(à qui se trouvent dans le commerce.

Vers l'âge de six h sept ans, l'arbuste a atteint la hauteur d'un homme; mais il commence alors k donner moins de feuilles; aussi est-on dans l'usage de le rabattre alors, pour le rajeunir, et l'année suivante il produit un grand nombre de rejetons et de jeunes branches, qui fournissent une abondante récolte. Enfin, il arrive un moment où les pieds dépérissent, par suite de ces effeuillements réitérés; on les arrache alors, pour les remplacer par déjeunes sujets.

— Préparation des feuilles de thé. Aussitôt cueillies et avant qu'elles aient eu le temps de se faner, les feuilles sont étendues sur une plaque de fer chauffée par un fourneau; lorsqu'elles sont bien chaudes, on les roule avec la paume de la main. La chaleur a eu pour effet de leur faire perdre Ja qualité narcotique qu'elles possèdent, et le frisage, ou roulage, permet de les conserver dans un étroit espace sans qu'elles perdent leur arôme. Il se rencontre quelques localités où la feuille est jetée toute fraîche dans de l'eau chaude pour y rester quelques secondes; c'est un autre moyen de lui faire perdre ses qualités narcotiques. D'ailleurs, toutes ces opérations sont des plus délicates et demandent une grande habileté; car, trop chauffée, la feuille perd sa couleur et son prix ; lorsqu'elle ne l'est pas assez, il est impossible de la maintenir roulée; elle ne conserve pas le pli. On est souvent dans l'obligation de la remettre plusieurs fois sur le feu.

Au fur et k mesure que les feuilles sont friiées, on les jette sur le plancher, et un autre ouvrier les trie, suivant qu'elles sont plus ou moins rôties, plus ou moins bien roulées.

Pour les thés les moins chers, on se contente d'un rôtissage dans un pot de terre, sans autre préparation.

D'ailleurs, les modes de préparation va-

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rient non-seulement suivant les localités, mais encore suivant les propriétaires, bien qu'ordinairement les manipulations aient lieu dans des maisons publiques, spécialement destinées k cet objet.

On fuit plus ou moins rôtir, suivant la qualité et le degré de maturité des feuilles; celles du thé ficki doivent être entièrement desséchées, parce qu'on les destine à être réduites en poudre.

Après cette première torréfaction, la feuille est conservée pendant plusieurs mois dans des barils ; puis on la torréfie de nouveau sur un feu excessivement doux, aiin de lui faire perdre toute humidité, et c'est alors seulement que le thé est dit marchand et peut être livré au commerce. Les Chinois le renferment dans des boîtes d'étain plus ou moins grossières, lesquelles boites sont enfermées dans des étuis de sapin, recouverts de feuiiles de papier.

— Analyse chimique des feuilles de thé. Les analyses de MM. Mulder et Peligot nous apprennent qu'il existe, dans le thé, du tanin, une huile volatile, de la cire et de la résine, de la gomme, une matière extractive, .des substances azotées analogues à l'albumine, quelques sels, un alcali végétal nommé théine et qui donne au thé cette saveur qu'on lui connaît. La théine est une substance azotée, cristalline, njnère, peu soluble dans l'alcool et dans l'eau, identique a celle qui, dans le café, a reçu le nom de caféine. Les proportions de théine varient entre 1,27 et 1,50 pour 100, suivant les différentes sortes de thé.

— Variétés. Les variétés qui se rencontrent dans le commerce sont produites par la nature du sol, par l'exposition, par le choix ' des feuilles, par les époques de la récolte et, enfin, par les modes de dessiccation.

A proprement dire, il n'existe que deux variétés de thé , savoir : les thés verts et les thés noirs.

— ire classe. Thés verts. Ce sont des thés dont les feuilles , aussitôt récoltées, ont été chauffées et enroulées, sans subir aucune fermentation. On les tire particulièrement des provinces de Kiang-Nan, de Itiang-Si et de Che-Kiang;et on en distingue sept sortes, qui sont :

. Thé hyson skin, thé d'un jaune verdâtre, peu roulé, souvent mêlé à de petites graines, d'une odeur presque nulle, d'une infusion jaune foncé et un peu trouble. On l'importe dans des cuisses cubiques pesant environ 40 kilogrammes (brut).

Thé twonlcey ou son-lo , ou simplement thé vert, thé un peu supérieur au précédent, auquel il ressemble beaucoup; son odeur est plus forte, son infusion plus âpre ; c'est le thé préféré des Américains. Les caisses qui le contiennent pèsent, brut, de 46 à 50 kilogrammes.

Thé junior ou young hyson, thé récolté avant les mauvais temps; on y ajoute les brisures et les menues feuilles des autres espèces ; il est d'un vert noirâtre, a peu de parfum et produit une infusion quelque peu semblable à celle du suivant.

Thé hyson ou thé du printemps florissant, thé recueilli au commencement du printemps, en feuilles séparées, roulées une a une avec un soin extrême; ces feuilles sont grandes, d'un vert grisâtre, d'une odeur suave, aromatique; l'infusion en est limpide, d'une teinte claire, ambrée , un peu âpre, mais agréable. C'est le thé le plus répandu et, par conséquent, le plus fraudé; on le mélange avec des thés inférieurs, dont l'infusion est plus foncée et d'une saveur plus faible. Le thé hyson est importé en caisses pesant de 3 à 40 kilogrammes.

Thé hyson chulan. C'est le hyson aromatisé par la présence de fleurs d'olivier odorant d'Asie, fleurs presque imperceptibles, qui se rencontrent au fond des caisses, et dont le parfum est des plus suaves et des plus délicats. Cette sorte de thé nous arrive ordinairement dans de petites caisses de 8 k 10 kilogrammes.

Thé impérial. Le thé impérial , produit de la première récolte du thé, porte différents autres noms; le plus estimé, au Japon, est celui que produit le district d'Udsi, aux environs de Méaco. L'empereur, les princes, les plus hauts dignitaires du Japon font usage d'un thé impérial récolté dans ce district, cultivé et cueilli avec un soin particulier. Chaque plant est entouré d'un fossé large et profond, et les arbrisseaux, disposés en allées, sont nettoyés minutieusement chaque jour. Les cultivateurs ne doivent, sous de graves peines, manger aucun aliment qui ait une mauvaise odeur, parce que leur haleine pourrait corrompre les feuilles; ils sont tenus de se laver les mains plusieurs fois par jour, et encore cela ne suffit pas , on leur distribue, chaque matin, une paire de gants neufs, qu'ils mettent avant de toucher à l'arbre. Ils sont l'objet d'une surveillance constante, et malheur à qui ne prend pas toutes les précautions de propreté indiquées par le règlement.

En .Chine, le thé impérial n'est pas tiré de tel ou tel canton ; il se compose des premières feuilles séchées k l'ombre et ensuite soigneusement triées.

Le thé impérial, ou thé perlé, est plus jaune que le hyson, plus fortement tortillé, et sa

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manière de s'enrouler lui donne une certaine analogie avec les perles. Il possède une couleur d'un vert très-argenté. Il est bien entendu que nous ne connaissons que de réputation le véritable thé perlé des empereurs ; il ne se rencontre dans le commerce qu'à l'état de fraude. On l'importe chez nous dans de petites boites d'étain appelées canisters, du poids de 2 à 3 kilogrammes; on l'importe aussi en caisses.

Gunpowder ou poudre à canon, sorte de thé impérial, dont les feuilles, excessivement petites, après avoir été roulées , forment comme de petits grains de poudre; la couleur en est d'un vert noirâtre, avec une légère teinte argentée. L'infusion de ce thé est limpide, ambrée, d'une finesse et d'une douceur incomparables ; il nous arrive en caisses de S à 60 kilogrammes.

— 2» classe. Thés noirs. On appelle ainsi les espèces de thé que l'on a exposées quelque temps à l'humidité, après la cueillette, afin d'en faire fermenter les feuilles, qui perdent aussitôt leurs belles couleurs vertes, pour revêtir celle d'un brun noirâtre. Les meilleurs thés noirs se récoltent dans la province du Fo-Kien. Ils arrivent à Canton dans les premiers jours de novembre. On distingue huit sortes de thé noir dans le commerce. Le thé boit, bohe ou boui, mélange grossier de toute espèce de feuilles prises sans distinction, dont le goût et la couleur ont quelque analogie avec celles du thé. Ces feuilles, auxquelles on ajoute un peu de thé véritable, sont foulées dans des paniers de bambou/ que l'on expose "dans des magasins k une haute température, où une sorte d'amalgame a lieu par la fermentation. Ce thé, qui n'est qu'une contrefaçon, se reconnait k ses feuilles peu roulées, brisées, poudreuses, sans uniformité de teinte , k son odeur herbacée, k son infusion rougeâtre et insipide.

Thé congo ou camphou ou thé de feuilles choisies. C'est un thé bou un peu supérieur. Thé souchong (ouvrage fait avec soin), thé ordinaire des Chinois; chacun en porte sa provision dans une petite bourse, les jours de festin, et en offre aux convives; car il est de mode de fabriquer du thé avec chacune des matières offertes par les hôtes ; on opine ensuite sur la qualité do chacun d'eux. Ce thé, que l'on connaît peu en Europe, en raison de son prix excessif, est d'une belle couleur, un peu violette et brunâtre ; ses feuilles sont bien roulées et élastiques; son odeur suave rappelé celle du melon bien mûr ; son infusion a une belle nuance dorée. Les thés souchong que nous connaissons dans le commerce sont de qualité inférieure; ils nous sont envoyés dans des caisses décorées de fleurs peintes.

Thé pouchong ou padre pouchong, thé choisi feuille k feuille dans le précédent, avec tant de soin qu'k peine en retire-t-on une sur deux cents. Dans la commerce, il est enveloppé de papiers fins, et par paquets de 3 k 4 onces soigneusement rangés dans des boîtes vernies et décorées de peintures. La feuille de ce thé est large, longue, légèrement tortillée, d'un brun verdâtre, suave; son infusion est d'un vert ambré.

Thé pe-kao (duvet blanc), thé choisi parmi les jeunes feuilles de la première récolte ; on lui donne quelquefois, mais improprement, le nom de fleur de thé. Les feuilles sont recouvertes d un léger duvet, soyeux et blanchâtre; son odeur est douce, aromatique, odoriférants comme celle de la rose ; son infusion est d'un jaune doré et rappelle, par sa saveur, notre lleur de tilleul. Le meilleur est celui qui contient le plus de feuilles blanchâtres.

Thé orange pe-kao, couleur d'un brun noirâtre, odeur peu agréable; infusion verdâtre, âpre et herbacée.

Thé ankay, sorte de souchong, un peu plus vert et d'une odeur plus forte ; l'infusion a plus de montant et moins d'arôme.

Thé souchay , autre sorte de souchong, dont les feuilles sont enroulées de manière k présenter de petites formes sphériques.

— Espèces rares ou peu connues. Outre les sortes de thé qui se rencontrent dans le commerce, les voyageurs en importent tous les jours des variétés inconnues au commerce. Ainsi, le thé en boules est obtenir par l'agglomération de feuilles roulées ensemble en boules de la grosseur d'une noisette , et chaque boule est enveloppée d'une feuille de léger papier; le thé en gerbes est obtenu par la réunion en faisceau de plusieurs feuilles engerbées; le thé en tresses est obtenu par la torsion de feuilles qui imitent un cordonnet et qu'on a réunies ensuite en paquet. Nous devons citer aussi le thé aggloméré en masse cubique, dont les peuples de l'Asie centrale font une grande consommation. Leur manière de le préparer consiste k!e faire bouillir dans une chaudière, avec du sel, delà farine et du beurre rance. A défaut de thé, ils emploient des plantes astringentes.

— Thé en brigues. Les Kalmouks usen} d'une sorte de thé qu'ils font venir de la Chine exprès pour eux et qui ne ressemble pas du tout au nôtre. Il est en grandes tablettes , presque aussi dures et compactes que des briques. Chaque tablette est revêtue d'un papier très-fin et chargé de caractères. Il est fort en usage dans les environs d'Astrakhan. Les Kalmouks, en cuisant ce thé avec du lait et du beurre, en font une espèce

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de bouillon ou de boisson saine et restaurante, k laquelle on s'accoutume facilement. Presque tous les Tartares en ont adopté l'usage.

Le thé en briques se prépare dans la Chine septentrionale, avec les feuillos d'un arbuste sauvage qui ressemblent k celles du merisier. Après les avoir échaudées, on les humecte avec la sérosité qui se sépare du sang des moutons, et on en forme de grandes briques ou dalles d'environ i pouce de hauteur, de 1 demi-pied de largeur et d'k peu près 1 pied de longueur. On les met sous presse et on les fait sécher après dans un four peu chauffé. Pour préparer ce thé, on coupe un morceau de la brique d'environ l once et demie, on le concasse et on le fait bouillir avec 7 ou 8 livres d'eau dans un chaudron ou dans une haute théière de cuivre; on y ajoute une demi- once de koudjir ; c'est le nom du sel qui se produit naturellement par efflorescence dans les steppes, et qui est composé d'un mélange de natron et de sulfate de mitron. Quand le thé a assez bouilli, on y ajoute du beurre ou de la graisse, du lait (du luit de chameau de préférence, quand on en a), et une légère quantité de farine.

— Infusion. L'infusion de thé se prépare avec l gros ou 1 demi-gros de thé, sur lequel on verse 1 litre environ d'eau bouillante. On est dans l'usage de mélanger ensemble un tiers de thé noir avec deux tiers de thé vert, parce que le premier est plus doux et donne plus de couleur k l'infusion, tandis que l'autre lui donne plus de force. En France, on trouve le thé pur peu agréable, parce qu'on y est moins habitué qu'en Angleterre; on corrige sa saveur âpre avec du sucre ou du lait.

— Notice historique. La culture et l'emploi du thé datent, dans l'extrême Orient, de l'antiquité la plus reculée. En Europe, les Hollandais en ont, les premiers, introduit l'usage, leur commerce avec les Chinois et les Japonais les ayant mis les premiers à même de reconnaître les qualités de cette plante. Les premiers négociants qui revinrent du Japon en apportèrent quelques livres avec eux; on goûta la liqueur que produisait cette feuille torréfiée, on ne la trouva pas bonne, et cette première tentative ne réussit pas. Bientôt, en 1641, un médecin célèbre, Tulpius , consul d'Amsterdam, en loua les bonnes qualités. En 1667, Souquet, médecin français, reprit le même thème, et, en 1678, Bontekoe, médecin de l'électeur de Brandebourg, en loua pareillement les vertus dans une dissertation qui obtint un immense succès et assura celui du thé.

Dès la lin de ce môme siècle, cette boisson se répand dans toutes les contrées maritimes, et nous voyons se créer, en Hollande ainsi qu'en Angleterre, des lieux où les buveurs ne se réunissaient que pour prendre cette liqueur, de même que l'on prend aujourd'hui du café. En France, l'usage du thé se répandit lentement jusqu'à la Révolution; mais chez les peuples des bords du Rhin et de la Tamise il en fut autrement.' Le thé ne tarda pas k devenir un objet de consommation de première nécessité, non-seulement pour les gens riches, mais même pour les plus pauvres.

Le thé avait pris rapidement faveur, et sa consommation était déjà telle en Angleterre vers 1660, qu'on avait établi en ce pays des droits assez considérables sur l'introduction de cette denrée. Depuis cette époque la consommation n'a cessé de s'accroître, et aujourd'hui toutes les classes, depuis l&s plus riches jusqu'aux plus pauvres, sont tellement habituées k boire du thé que cette boisson est devenue pour tout le monde un besoin, une nécessité. Il en est da même en Hollande et dans plusieurs parties de l'Allemagne.

Quand l'Europe adoptait une nouvelle mode, elle l'introduisait dans ses colonies; l'usage du thé s'était tellement répandu déjk au siècle dernier, dans les Etats-Unis, que l'on regarde comme un effort sublime la résolution que prit le peuple américain de renoncer au thé plutôt que de payer l'impôt du timbre anglais.

C'est au commencement du xixb siècle seulement que s'introduisit chez nous l'usage du thé, dans les classes riches. Mais les anciens thés n'avaient rien de commun avec ceux de nos jours ; on pourra en juger par l'extrait suivant de l'A Imanach de Grimod de La Reyniôre (1804) ;

« Les thés, dit Grimod de La Reynière, ont été substitués k Paris aux goûters , mais quelle différence I On donne ce nom k un repas qui se donne entre deux' ou trois heures du matin, où le thé se montre k peine, mais où les grosses pièces de four, de boucherie ou de gibier, les vins capiteux et pétillants, le punch et le bischon se trouvent en abondance. Un tel repas ne convient qu'aux Crésus de la nouvelle France. Un malheureux rentier n'en pourrait parler que sur parole ; il vaut donc mieux n'en rien dire.

«... Ces thés seraient incomplets, si les pâtisseries les plus fines, les plus légères et les plus brillantes ne venaienten augmenter l'éclat... Il est reçu maintenant k Paris que l'on ne peut y donner de thés sans une douzaine d'assiettes de pâtisseries légères. Les dames, les enfants et les jeunes gens tombent dessus avec avidité, et ces friandises plaisent

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k tous les âges, s'accordent aveo tous les goûts et réjouissant tous les estomacs. «

Cette manière de prendre le thé fut bien vite abandonnée, et l'on en revint k une méthode plus rationnelle. Le thé se prend actuellement, chez nous, le soir, quelque temps après le dernier repas ; il est le plus souvent accompagné de pâtisseries légères. En Angleterre, où le thé est un objet de première consommation, il n'en est pas de même ; le thé se prend avant, pendant et après chaque repas, suivant les goûts; on le sert le plus souvent pur, mais souvent mêlé avec du lait, surtout lorsqu'il doit former ia base du repas.

i Chez les Suisses, dit Grimod de La Reynière, le thé est un repas qui se sert tous les jours, et le seul auquel on invite les étrangers. Vers les cinq heures du soir, la maîtresse de la maison fait elle-même, au milien du salon, du thé très-fort, qu'adoucissent k peine quelques gouttes d'une crème onctu*se ; de larges tartines de pain beurré l'accompagnent. Tel est le thé suisse dans toute sa simplicité. Mais dans la plupart des maisons opulentes, on y ajoute du café, des pâtisseries légères de toute espèce, et dont plusieurs sont même inconnues k Paris, des fruits confits ou glacés, des macarons, des biscuits, du nougat et jusqu'à des glaces. C'est, comme l'on voit, un véritable repas qui. quoique assez voisin des deux autres, ne leur fait et n'en reçoit aucun tort, tant les estomacs suisses ont de supériorité sur les estomacs parisiens.

» Ces goûters, quoique bien moins dispendieux que les thés de Paris, le sont cependant encore assez. •

— Propriétés du thé. « Par lui-même, dit A. Richard, le thé a une odeur assez marquée et qui ne laisse pas d'être agréable. L'infusion est une boisson légèrement excitante, mais dont l'action finit par s'affaiblir par suite de l'habitude. Chez les individus qui n'eu font pas journellement usage, elle provoque l'insomnie et exerce une action qui a quelque analogie avec celle du café. Ainsi, elle facilite la digestion, dispose k la dtaphorèse et augmente la sécrétion des urines. On a même dit qu'k cause de son action diurétique elle devait être considérée comme propre k prévenir la formation de3 calculs vésieaux ; mais le nombre des opérations de lithotomie que l'on pratique journellement en Angleterre repousse cette assertion. Néanmoins, on ne saurait contester sou action diurétique. »

L'abus de cette boisson peut causer des accidents souvent très-graves; il provoque, k la longue, un amaigrissement plus ou moins considérable, des vertiges et souvent une maladie organique des reins qui amène une sécrétion excessivement abondante d'une urine trouble et séreuse. Ces accidents se montrent surtout chez les personnes maigres et naturellement irritables, qui habitent des climats secs et chauds; tandis que les individus replets, d'une constitution molle, qui séjournent dans les lieux bas et humides, sont ceux k qui l'usage du thé est le plus favorable.

On emploie fréquemment le thé pour remédier aux accidents qui sont la suite des digestions pénibles ou dos indigestions. C'est inènie dans celte circonstance que son usage est le plus vulgaire. Un autre avantage attaché a l'usage du thé, avantage qui le rend précieux pour les Hollandais et les Japonais, c'est de corriger la saveur désagréable des eaux potables dont ces peuples se servent. Enfin, s'il fallait en croire les Chinois et quelques Européens enthousiastes de tout ce qui vient.de loin, le thé serait une sorte de panacée propre à guérir la plupart des maladies qui affligent l'espèce humaine. Mais quand on met de côté ces exagérations, on trouve seulement une substance qui ne manque pas d'une certaine énergie, mais qui, néanmoins, k la dose k laquelle on l'emploie habituellement, ne peut être un médicament fort actif.

Le thé fournit comme aliment une boisson agréable, surtout lorsque quelques gouttes de crème froide mises dans chaque tasse développent son parfum et lui communiquent un velouté délicieux. Mais soit qu'on y mette de la crème ou seulement du lait, il est important de ne jamais les faire chauffer.

. Une observation très-essentielle k faire, quand on veut prendre le thé dans toute sa bonté, c'est de ne jamais le faire bouillir. On

' versera sur une bonne pincée de ses feuilles environ une demi-tasse d'eau bouillante ; quelques minutes après, même quantité ; après le même intervalle, on remplira la théière d'eau, toujours bouillante. Par cette méthode, on développe graduellement tout l'arome du thé, et le plus médiocre paraît bon; au lieu que le meilleur semble médiocre en suivant une autre méthode. On l'édulcore avec plus ou moins de sucre, selon lo goût ; mais les vrais amateurs en mettent peu.

On fait, avec l'infusion de cette plante, des œufs et du lait, une crème au thé tres-agréable lorsqu'elle est bien prise et préparée avec soin. C'est k peu près Ik tout son usage dans la cuisine.

{ Thé de Polichinelle, opérette en un acte, paroles de M. Edouard Plouvier, musique de M. Poise, représentée aux Bouffes-Parisiens

: on mars 1856, avec Mlle» Dalmont, Sehuei-

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der et Macé. On a applaudi le trio du thé, le duo des cartes et les couplets qui terminent cette bluelte.

Thé (le), journal politique et littéraire publié sous le Directoire, et dont le rédacteur était Bertin d'Antilly. C'était un organe du parti royaliste. Il était rédigé d'une manière assez piquante, mais très-satirique, et fut supprimé lors du coup d'Etat du 18 fructidor avec les autres journaux royalistes.

THÉA s. m. (té-a). Entom. Genre d'insectes coléoptères trimères, de la famille des sécuripalpes, tribu des coccinellides, dont l'espèce type habite l'Europe.

— Bot. Nom scientifique du genre thé.

THÉACÉ, ÉE adj. (té-a-sé — du lat. thea, thé). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au thé.

— s. f. pi. Syn. de camelliacées et de TBENSTRŒMiACÉEs, famille de plantes dicotylédones, qui comprend le thé et le camellia.

— Encycl. Le petit groupe des théacées ou des camelliées, réuni par la plupart des auteurs, comme simple tribu, à la famille des ternstrœmiacées, a paru à quelques-uns assez important pour constituer une famille distincte. Il renferme des arbrisseaux ou de petits arbres à feuilles alternes, simples, entières ou dentées, persistantes ; les fleurs ont des anthères incombantes , s'ouvrant dans toute leur longueur. Le fruit est une capsule à déhiscence loculicide, renfermant des graines nucamentacées. L'embryon, à cotylédons plans et très-épais, est dépourvu d'albumen. Ce groupe comprend les genres thé et camellia ; les espèces qui les composent sont originaires de l'Asie orientale; mais on les cultive sur presque tout le globe.

THÉAGÈNE DE TI1ÀSOS, célèbre lutteur grec, né dans l'Ile de Thasos vers la lin du vie siècle av. J.-C. Il obtint tous ses triomphes de la LXXe à la LXXXe olympiade (500-460 av. J.-C), et il était contemporain des célèbres statuaires Glaucias d'Egine et Pythagore de Rhégium, qui coulèrent en bronze quelques-unes de ses nombreuses effigies. Les athlètes tenaient une place si considérable dans la civilisation grecque, que Pausanias est plein de détails circonstanciés sur celui-ci. « On le disait, rapporte-t-il, fils de ïimosthène , mais les Thasiens prétendaient que Timosthène n'était pas son père, et qu'Hercule Thasien, dont il était prêtre, prit sa ressemblance et eut commerce avec la mère de Théagène. A l'âge de neuf ans, revenant de l'école, il vit sur la place publique une statue en bronze, de je ne sais quelte divinité, qui lui plut fort; il l'enleva de son piédestal et, l'ayant mise sur ses épaules, il l'emporta chez lui. Cette action ayant irrité contre lui la multitude, un personnage marquant et d'un âge avancé empêcha qu'il ne lût tué, et lui ordonna de reporter cette statue de sa maison sur la place publique. Théagène, l'ayant reportée, acquit sur-le-champ une grande célébrité par sa force, et le bruit de cette action se répandit par toute la Grèce. Elle présageait ses succès futurs. »

Il remporta aux jeux olympiques tous les prix pour lesquels il concourut. Aux jeux pjthiques, il obtint trois prix au pugilat; aux jeux néméens, neuf prix, soit au pugilat, soit au pancrace; aux jeux isthmiques, dix prix, dans les mêmes luttes. « À Phtie, dit Pausanias, il renonça à ces deux exercices, et ne songea qu'à se rendre célèbre à la course parmi les Grecs. Il obtint le prix du dolichus, ce qu'il fit, à ce que je pense, pour rivaliser avec Achille, voulant remporter le prix de la course dans la patrie du plus vaillant de ceux qu'on nomme héros. 11 obtint en tout quatorze cents couronnes. Une statue eu bronze lui fut élevée dans le stade d'Olympie ; elle était l'œuvre de Glaucias d'Egine. Cependant, lors de la célébration des jeux de la LXXVo olympiade, il parut démériter et s'attira une censure sévère. 11 avait, aux jeux précédents, remporté le prix du pancrace, et un autre athlète, Euthimus, le prix du pugilat; il se lit inscrire, à ceuxci, pour le pugilat et pour le pancrace à la fois, afin de vaincre Euthimus; il eut, en eifet, l'avantage dans le premier de ces jeux, mais, ses forces se trouvant épuisées par ce premier combat, il ne put pas remporter le prix du pancrace, et les Helladonires le condamnèrent à payer un talent d'amende envers le dieu, plus un talent de dédommagement à Euthimus, parce qu'il semblait que c'était à dessein de lui nuire qu'il avait entrepris de combattre au pugilat. L'olympiade suivante, Théagène paya l'amende à laquelle il avait été condamné envers le dieu et, pour indemniser Euthimus, il ne se présenta pas au pugilat, dont Euthimus remporta le prix en cette olympiade et en la suivante.

Diverses statues furent érigées à Théagène de Thasos, à Némée , dans l'Isthme et à Thasos. Pausanias prétend même qu'on lui en érigea dans un grand nombre de villes grecques et jusque chez les nations barbares ; qu'on lui rendait partout une sorte de culte , dans la croyance où l'on était qu'il procurait la guérison de certaines maladies. La statue qu'on lui avait élevée à Thasos, œuvre de Pythagore de Rhégium, a une légende curieuse. « Lorsque Théagène fat mort, raconte Pausanias, un de ceux qui avaient été ses ennemis acharnés

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pendant sa vie allait toutes les nuits battre de verges sa statue , comme si Théagène avait dû sentir les coups qu'il donnait au bronze ; mais cette insulte ne resta pas impunie, et cette statue le tua en tombant sur lui. Les enfants du mort attaquèrent en justice la statue comme coupable de meurtre, d'après une loi de Dracon, qui, dans celles qu'il a données aux Athéniens sur les meurtres, a ordonné qu'on portât hors des frontières les choses même inanimées qui, en tombant, ôteraient la vie à un homme. Les Thasiens jetèrent la statue dans la mer. Depuis ce temps, comme leur pays ne produisait aucun fruit, ils envoyèrent des députés à Delphes, et l'oracle leur ordonna de rappeler les exilés; ils les rappelèrent, mais la stérilité ne cessa pas pour cela. Ils allèrent donc une seconde fois vers la Pythie, et lui dirent que, quoiqu'ils eussent fait ce qui leur avait été ordonné, la colère des dieux durait toujours. Alors elle leur dit : « Vous • avez laissé dans l'oubli Théagène, le plus » grand de vos concitoyens. « Comme ils étaient très-embarrassés sur les moyens de retrouver la statue, on dit que des pêcheurs, s'étant avancés dans la mer pour chercher des poissons, l'amenèrent dans leurs filets et la reportèrent ensuite à terre. Les Thasiens, qui l'ont replacée dans l'endroit où elle était primitivement, lui offrent des sacrifices comme à une divinité. •

Théagène et Chariclâe, SOUS-titre qui Sert

généralement à désigner les Ethiopiques, roman qui fut composé vers la fin du îve siècle par Héliodore, évêque chrétien de Trissa, en Thessalie, et qui était destiné k intéresser le public par un récit moral. Egaré pendant longtemps, cet ouvrage fut pris par un soldat à Bude, lors du pillage de la bibliothèque de Mathias Corvin en 1526, vendu par lui et publié, en 1530, sous le titre des Ethiopiques, parce que l'héroïne est née en Ethiopie. C'hariclée, fille du roi de ce pays, étant née blanche, est éloignée et envoyée en Egypte par sa mère, qui craint de voir son époux soupçonner sa fidélité. Un prêtre d'Apollon l'emmène à Delphes et la fait prétresse de Diane. Là, elle se fiance en secret à un jeune Tliossalien, Théagène, et le suit sur un vaisseau phénicien qui part pour l'Egypte. Des pirates les font prisonniers et les séparent. Les deux amants sont exposés à une foule de dangers, qui mettent en relief l'habileté, le courage et la vertu de Chariclée. Une guerre les fait tomber entre les mains du roi d'Ethiopie, et ils se retrouvent comme par miracle; le mystère de la destinée de Chariclée s'éclaircit, Théagène est reconnu pour un puissant prince et ils se marient.

Le roman de Théagène et Chariclée a joui, à son apparition, et aussi pendant toute l'époque byzantine, d'une grande réputation qu'il n'a pas tout à fait perdue. « Il se présente à nous, dit M. Chassaux, recommandé par trois grandes autorités : Ainyot, qui l'a traduit, Racine, qui dans son adolescence en faisait sa lecture favorite, et Boileau, qui le met en parallèle avec le Télémague de Fénelon. •

Ce roman n'est pourtant qu'un pastiche plus ou moins heureux des poëines épiques de l'antiquité. A chaque page on trouve des imitations d'Homère et aussi d'Euripide. Le style en garde une empreinte ineffaçable. C'est de la prose poétique, autrement dit le style le plus détestable qu'on puisse imaginer, fût- il employé par un homme comme Chateaubriand. Mais ce n'est pus seulement par la forme et par l'expression que Théagène et Chariclée se rapproche de la poésie; il lient de l'épopée par le sujet même et par les idées. Héliodore bâtit son roman sur le modèle de l'Odyssée. Les épisodes sont presque tous des réminiscences des poèmes anciens. Rien n'est à lui dans son ouvrage. 11 exhibe toutes les défroques de l'antiquité; voilà tout. Ses personnages ont les costumes et les caractères des héros épiques et tragiques, sauf les noms. Pourtant, si la conception laisse à désirer, on ne peut nier que l'exécution atteste un talent réel. Le plan est bien suivi, les caractères sont bien tracés. Enfin, surtout, l'œuvre est morale ; parfois le ton s'élève jusqu'à l'homélie, ce qui est un défaut, mais un défaut si rare dans les romans grecs, qu'il devient presque un mérite.

THÉAK.I, nom moderne de l'ancienne Ithaque.

THÉAL1E s. f. (té-a-lî), Crust. Genre de crustacés décapodes brachyures, de la famille des oxystomes, tribu des calappiens, dont l'espèce type habite les mers de la Chine.

THÉANDRIQUE adj. (té-an-dri-ke — du gr. theos, dieu ; anér, homme). Théol. Qui est à la fois divin et humain, qui est homme et dieu. Il Qui appartient à l'Homme-Dieu : Les opérations theandriques.

— Encycl. On ne sait pas quel est le premier Père de l'Eglise qui a commencé à se servir de ce mot. Les eutychiens ou monophysites, qui n'admettaient eu Jésus-Christ qu une seule nature composée de la divinité et de l'humanité, soutinrent qu'il n'y avait en lui qu'une seule opération, et ils la nommaient théandrique, en attachant à ce terme le sens conforme à leur thèse. Mais, selon eux, la nature de Jésus-Christ n'était plus

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la nature divine ni la nature humaine, c'était une troisième nature composée ou mélangée de l'une ou de l'autre. Par la même raison, son opération n'était ni divine, ni humaine : elle ne pouvait être appelée théandrique que dans un sens abusif et erroné.

Ce n'est pas ainsi que l'avaient entendu les Pères de l'Eglise. Saint Athanase, pour donner une notion des actions de Jésus- Christ, citait pour exemple la guérison de l'aveugle-né et la résurrection de Lazare.

Le nom et le dogme des opérations tkéandriques furent examinés avec soin au concile de Latran, tenu l'an 649 à l'occasion de l'erreur des monothélites, qui n'admettaient en Jésus-Christ qu'une seule volonté. Le pape Martin 1er, qui y présidait, expliqua nettement le sens dans lequel les Pères grecs avaient employé le mot théandrique, sens fort différent de celui que lui donnaient les monophysites et les monothélites; consé-

3uemment, l'erreur de ces derniers fut conamnée. Mais l'abus qu'ils avaient fait d'un terme n'a pas dû empêcher les théologiens de s'en servir dès qu il est susceptible d'un sens très-orthodoxe.

THÉANO s. m. (té-a-no). Entom. Syn. de

HYDNOCBRB,

THÉANO, grande prêtresse de Minerve à Troie. Elle était fille de Cissée et femme d'Anténor. Ce fut elle qui déposa sur les genoux de Minerve les offrandes des femmes troyennes pour obtenir l'aide de la déesse ; mais ses prières furent rejetées. Ce fut également Théano, dit-on, qui livra le palladium aux Grecs.

THÉANO, femme poète grecque, qui vivait à Athènes au v« siècle avant notre ère. Elle donna, à ce que rapporte Plutarque, un exemple, rare cnez ses pareilles, de modération et de fermeté : pendant la nuit qui devait précéder son .départ pour la Sicile, Alcibiade, avec ses compagnons ordinaires de débauche, avait célébré les mystères de Cérèsetl'orgie avait fait entendre dansAthènes ses chants et ses rires avinés. Durant cette nuit, les nombreuses statues de Mercure placées dans les différents quartiers de la ville ayant été mutilées, on accusa de ce sacrilège le neveu de Périclès. Dès que le bel Athénien fut hors de la Grèce, on songea à donner sati- ■ faction au peuple. 11 fut cité à comparaître devant l'aréopage, mais il refusa d'obéir, et, pour avoir célébré les mystères de Cérès en particulier, il fut condamné à perdre la vie (v. Alcibiade). On vendit ses biens. On grava sur une colonne l'êdit qui le proscrivait et le rendait infâme. Enfin, les prêtres et les prêtresses de tous les temples eurent ordre de prononcer contre lui des imprécations terribles. Tous obéirent, à l'exception dé la prétresse Théano, qui répondit: tje suis miniïtre des dieux pour prier et bénir, non pour détester et maudire. » Réponse, dit Barthélémy, qui méritait mieux d'être gravée sur une colonne que le décret du peuple.

THÉANTHROPE s. m. (té-an-tro-pe — du gr. theos, Dieu ; anlhrôpos, homme). Théol. Homme-Dieu. .

THÉANTHROPIE s. f. (té-an-tro-pî — rad.

théanthrope). Théol. Opinion de ceux qui donnent à la divinité les attributs de l'homme, il

Syil. d'ANTHROPOMORPHISMB.

THÉATIN s. m. (té-a-tin — les religieux de cette congrégation sont ainsi nommés parce qu'elle a été fondée par Jean-Pierre Caraffa, évêque de Chieti, autrefois Téate ou Théaté). Hist. relig. Membre d'une congrégation italienne fondée au xvi« siècle.

— Encycl. La congrégation des théatins fut instituée en Italie, sous le titre de clercs réguliers, par Gaétan de Tiene, en 1524 ; ce gentilhomme, natif de Vieence, fut aidé dans cette fondation par Jean-Pierre Caraffa, archevêque de Théato, aujourd'hui Chieti, dans le royaume de Naples. Les clercs réguliers de cet ordre prirent le nom de théatins lorsque l'archevêque de Théato eut été élu pape sous le nom de Paul IV. « Les fondateurs se proposaient la réforme des désordres qui nonseulement régnaient à Rome, mais encore dans tout le reste de la chrétienté, et surtout parmi les ecclésiastiques.... Ils entreprirent de faire renaître dans le clergé la parfaite pauvreté des apôtres et des premiers disciples de Notre-Seigneur, lesquels n'avaient ni argent, ni fonds, ni revenus certains, et néanmoins ne demandaient pas l'aumône, mais l'attendaient de la charité prévenante des fidèles; de rétablir le culte et les cérémonies extérieures; la fréquentation des sacrements de pénitence et d'eucharistie ; d'annoncer la parole de Dieu et de purger la chaire de vérité de tous les discours profanes et récits ridicules qu'on y avait introduits ; de visiter les malades et de les assister jusquau dernier moment de leur vie; d'accompagner les criminels au supplice, et enfin de poursuivre partout les nouvelles hérésies.» (Hélyot, Histoire des ordres monastiques, t. IV.) Suivant les engagements de leur institut, les théatins n'avaient ni terres, ni revenus, ne demandaient jamais l'aumône et subsistaient uniquement de dons volontaires. Pour se conformer, comme ils prétendaient le faire, à l'exemple des apôtres, ils auraient dû subsister de leur travail manuel, puisque Paul, Barnabe, Jacques avaient vécu de leurs métiers de tisserand, de vannier, de

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charpentier, etc. Ces religieux portaient l'habit des autres ecclésiastiques; ils ne s'en distinguaient que par leurs bas blancs. Lors du sac de Rome par l'armée du connétable de Bourbon, leur maison fut pillée et la soldatesque leur fit subir toute espèce de mauvais traitements pour les forcer à livrer des trésors imaginaires ; enfin, sans ressources, sans asile, ils furent forcés de quitter Rome et se réfugièrent à Venise, d'où ils se répandirent dans toute l'Italie. Ils fondèrent des établissements nombreux en Espagne, en Pologne, en Allemagne; ils s'employèrent aussi aux missions étrangères et eurent des maisous en Mingrélie, en Circassie, en Tartarie, en Géorgie. En 1642, le cardinal Mazarin appela à Paris quatre théatins, et les établit dans une maison située rue Malaquais ; ce couvent fut institué sous le titre de Sainte- Anne-la-Royale, hommage du prélat courtisan à la reine Anne d'Autriche. Les théatins furent fidèles à Mazarin jusque dans ses disgrâces ; ils le suivirent lorsqu'il fut contraint de s'enfuir de Paris. Le cardinal leur laissa en mourant un magnifique témoignage de sa bienveillance : il leur légua, par son testament, une somme de 300,000 livres, pour bâtir une église dont l'exécution fut confiée au Père Guarini, religieux de l'ordre, qui passait, parmi ses confrères, pour un savant architecte. Cette église fut commencée en 1662, et le prince de Conti en posa la première pierre au nom du roi. Elle attenait aux bâtiments du couvent et était située près de la Seine, sur le quai appelé depuis quai Vottuire. Guarini ne justifia pas la confiance que l'on avait en ses talents; il construisit un monument du plus mauvais goût, et il lui donna des proportions si gigantesques, qu'il fallut bientôt suspendre les travaux. En 1714, le roi, suivant l'usage du temps, autorisa une loterie dont les fonds permirent de reprendre la construction de cette église, qui fut achevée en 1720; du plan primitif on ne conserva que fort peu de chose. Le cœur du cardinal Mazarin avait été inhumé dans l'église des théatins; on y voyait aussi les tombeaux de plusieurs personnages distingués : de Boursault, auteur comique, mort en 1701, dont le fils entra dans l'institut des théatins et se distingua comme prédicateur ; de Louis d'Aubusson, duc de La Feuillade, mort en 1725; de Frédéric-Jules de La Tour d'Auvergne, connu sous le nom de chevalier de Bouillon et de prince d'Auvergne, mort en 1733. Dans la chapelle de la Vierge se trouvait le mausolée du marquis du Terrail, exécuté par Broche jeune. Cette église, transformée successivement en théâtre, en salle de bal et en café, a fini par être démolie en 1823. Sur son emplacement se sont élevées des maisons particulières; les bâtiments du cloître ont également disparu. Les théatins ont encore un grand nombre de maisons ou de provinces dans différentes parties de l'Europe.

Le Père Ventura était théatin.

THÉATINE s. f. (té-a-ti-ne). Hist. relig. Membre d'un ordre religieux de femmes, soumises à la direction des théatins.

— Encycl. L'ordre des théatines fut institué à Naples, en 1583, par une personne dévote nommée Ursule Benincasa. Cet ordre, érigé en l'honneur de l'Immaculée Conception de la Vierge, était divisé en deux congrégations distinctes ; dans l'une, dite simplement la congrégation , les religieuses ne faisaient que des vœux simples; les personnes qui entraient dans l'autre congrégation s'appelaient théatines de l'Ermitage et s'engageaient par des vœux solennels. Les théatines de la congrégation étaient assujetties à là vie en commun, au travail des mains, à la pauvreté, à l'humilité, à la charité. Les théatines de l'Ermitage n'étaient occupées que du soin de prier Dieu, dans la retraite et la solitude. La fondatrice, en instituant ces deux congrégations, voulut que l'une fit l'office da Marthe, en s'adonnant à la vie active, et l'autre l'office de Marie, en s'appliquant à la vie contemplative. Cet ordre, qui était placé sous la direction des théatins, ne prit jamais une grande extension.

THÉATOPS s. m.(té-a-topss — du gr. theatês, spectateur ; ops, aspect). Myriap. Genre de myriapodes, de l'ordre des chilopodes, famille des scolopendrides, dont l'espèce type vit aux Etats-Unis.

THÉÂTRAL, AIE adj. (té-â-tral, a-le — rad. théâtre). Qui a rapport, qui appartient au théâtre : Action théâtrale. Situation

THÉÂTRALE. Il PI. THÉÀTRALS.

— Qui rappelle le théâtre par l'exagération du geste, par une forme plus ou moins ampoulée : Un débit théâtral. Un ton théâtral. Il a quelque chose de théâtral dans le débit, dans te geste. (Acad.) Les mœurs de la chevalerie sont singulièrement théâtrales. (Grimm.) En Irlande, comme en France, les masses sont théâtrales, amies des décorations et des costumes. (Ph. Chasles.)

— Année théâtrale, Temps de l'année pendant lequel un théâtre reste ouvert au public.

Théâtral (RÉFLEXIONS SDR L'ART)r par

Talma, placées en tète des Mémoires de Lekaiu (1325, in-S°). Le grand tragédien a consigné dans ces études, excellentes au point de vue théorique comme au point de vue littéraire, les résultats de sa grande ex-

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pérjence de la scène et de l'intuition qui lui était propre en tout ce qui regarda l'art théâtral. En analysant le mérite et les procédés de Leltain, il a fait un retour sur luimême et s'est efforcé de se faire revivre en exposant les moyens k l'aide desquels il était parvenu au comble de l'art. La pensée que "Victor Hugo a exprimée d'une manière si concise: • Talma meurt tout entier, Mirabeau à demi,» l'acteur tragique l'avait exprimée avec une certaine mélancolie : « Un des malheurs de notre art, dit-il dans la première page de ses Réflexions, c'est qu'il meurt pour ainsi dire avec nous; tandis que les autres artistes laissent des monuments dans leurs ouvrages, le talent de l'acteur, .quand il a quitté la scène, n'existe plus que par le souvenir de ceux qui l'ont vu et entendu. ■

Ses Réflexions mériteraient de servir de guide à tous, ceux qui abordent la scène. Les considérations qu'il développe sur le débit tragique, sur la manière de prononcer les vers avec "aisance et naturel sont excellentes. Sliakspeare, dans la scène des comédiens d'IIamlet, Molière, dans l'Impromptu de Versailles, n'ont pas insisté avec plus de force sur ce chapitre, et il a fallu cependant que plusieurs siècles se fussent écoulés, qu'un Talma eût paru, pour que le naturel prit enfin la place du ton emphatique et déclamatoire.

Talma n'avait pas seulement beaucoup médité sur l'art de bien dire au théâtre, il avait profondément étudié le système des grands maîtres de l'école classique, et pesé les reproches que l'on commençait à leur faire très-vivement. «J'entends souvent dans le monde, dit-il, des personnes, très-instruites d'ailleurs, dire que la tragédie n'est pas dans la nature: c'est une idée qu'on répète sans réflexion, qui se propage et finit par être établie comme une vérité. Les gens du monde, occupés d'autres objets, n'ont pas fait une étude approfondie de tous les mouvements des passions ; ils jugent légèrement, et, d'ailleurs, les auteurs médiocres et les acteurs qui donnent peu d'attention k leur art servent encore k accréditer cette erreur. Certes, la manière dont ils conçoivent la tragédie, le style des uns, le jeu des autres ne sont pas propres à désabuser de cette fausse idée. Mais qu'on examine la plupart de ces personnages politiques ou passionnés de Corneille et de Racine : comme souvent leur langage est k !a fois simple et élevé t Voltaire, dans le style duquel l'ambition du poète apparaît davantage, comme son expression est pathétique et vraie, quand il est saisi par la passion l 'Certes, ce n'est pas la négligence et l'abandon d'une conversation vulgaire qu'on retrouve dans les belles scènes de ces grands poètes : c'est le langage naïf, c'est l'expression agrandie, mais exacte, de la nature même. Qu on examine sous toutes les faces l'exposition et le dénouaient de Venceslas, le cinquième acte de Rodogune, celui de Cinna, le rôle du vieil Horace, les scènes d'Agamemnon et d'Achille, les râles de Joad etd'Œdipe, des deux Brutus, de César ; les rôles de Phèdre, d'Andromaque, d'Hermione, et je défie qu'on puisse leur prêter un .langage 'plus naturel et plus vrai ; otez la rime, et tous ces personnages n'auraient pas, dans la réalité, parlé d'une autre manière. »

A l'appui de cette conclusion, transcrivons une tirade de Britannicus, telle que Talma l'avait notée; le vers de Racine se- trouve assoupli, par la prononciation, d'une façon singulière : ■ N'en doutez pas Buirhus; — malgré ses injustices, C'est ma mère, — et je veux ignorer ses caprices. — Mais je ne prétends pas ignorer et souffrir Le ministre insolent qui les ose nourrir 1 — Pallas de ses conseils empoisonne ma mère; — ■ Il séduit chaque jour Britannicus mou frère ; Ils l'écoutent lui seul ; — et qui suivrait leurs pas Les trouverait peut-être assemblés chez Pullas; C'en est trop I — De tous deux il faut que je l'écurie ; — Pour la dernière fois qu'il s'éloigne, qu'il parte, Je le veux, je l'ordonne, — et que la lin du jour Ne les retrouve plus dans Rome ou dans ma cour. — Allez, cet ordre importe au salut de l'empire, — Vous, Narcisse, approchez; — et vous, qu'on se retire.»

Ses préceptes relatifs à l'art de composer un rôle, de ressusciter un personnage, après l'avoir profondément étudie dans sa vie, dans ses moeurs, après avoir vécu avec lui par la pensée, de façon h le bien connaître, sont poussés très-loin. Aucun acteur n'avait eu, avant Talma, un tel souci de ce qu'on a appelé depuis la couleur locale, et il raconte comment il parvenait à se pénétrer d'une individualité par la lecture, par l'étude des monuments, des statues, des tableaux, de manière k se composer une physionomie d'une vraisemblance frappante, à être, pour quelques heures, le personnage lui-même.

Le jeu muet, dont il se préoccupait beaucoup et dans lequel il excellait, lui a également inspiré des considérations à méditer. « Pylade et Batbyle apportèrent à Home un genre inconnu, qui joignait un mérite réel aux attraits de la nouveauté ; ils déployaient dans leurs gestes seuls toutes les ressources de l'éloquence....

> Bans le geste de lady Macbeth qui, somnambule, croit voir du sang sur ses mains, les frotte pour l'effacer et croit toujours le

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voir, quelle effrayante expression du remords l quelle pantomime 1 Elle en dit plus qu'un long discours....

» L'acteur doit toujours intéresser, même en gardant le silence. Son extérieur doit annoncer, avant qu'il parle, ce qu'il va dire. Lé sublime de l'art est d'être deviné, par un jeu muet, des uns et des autres; enfin, de l'aire parler le silence.... En Angleterre, mistress Siddons, Kean, Kemble; en Allemagne, lffland et Eckhoff ont donné la plus grande importance au jeu de leur physionomie....

» L'acteur vulgaire joue de la voix et du geste ; le grand comédien joue de la physionomie ; il est véritablement peintre et grand peintre. Il connaît tous les signes, toutes les nuances des affections humaines. Sans se mouvoir, sans parler, il peut à volonté les exprimer, et faire passer dans l'âme des spectateurs les impressions les plus variées.

■ Garrick, surtout, a excellé dans ce langage silencieux. A une représentation du liai Lear, il porta û un tel degré de sublimité le pathétique, que deux hommes, placés au milieu du parterre, poussèrent des hurlements, et se meurtrirent le visage. Ces doux hommes étaient 'des chefs de tribus sauvages, qu'un capitaine do vaisseau de la compagnie des Indes avait amenés avec lui. Les cris de ces insulaires flattèrent Garrick autant que les applaudissements de l'assemblée entière. •

En dehors de sa valeur technique, cette étude sur l'art théâtral est intéressante ; elle contient sur Talma des particularités curieuses, elle aide à comprendre et à se figurer les moyens du grand artiste. De plus, mérite assez rare, elle est écrite d'un style sobre, exact, qui fait plaisir. Talma écrivait sur son art comme il le pratiquait.

THÉÂTRALEMENT adv. (tê-â-tra-le-man — rad. théâtral). D'une manière théâtrale, uvee apparat, avec emphase : Napoléon présenta tkéAtralumi£NT l'impératrice Marie- Louise et son fils aux officiers de la garde nationale. (Lamart.)

théâtre s. m. (té-â-tre— lat. theatrum, gr. t/teatron. Ce mot se rattache au verbe theâsthai, regarder avec admiration, contempler, voir. Le grec theâsthai, t/ieromai, ionien tltéeomai, dorien thamai, thaeomai, d'où aussi ihauma* prodige, merveille; thausi/crion, éehafaud pour voir un spectacle ; ikea; dorien thaa, coup d'oeil, spectacle, appartient à la même famille que l'ancien slave diuitise, regarder avec admiration; divesa, étonnement ; bohémien divadlo, théâtre ; lithuanien dyvitis, être étonné, être émerveillé; dyvas, miracle, prodige; dyvnas, merveilleusement, d'une façon qui tient du prodige. Les formes grecques, en effet, avaient à l'origine un digunrtna: theFaomai, thèFeomai, tltaFeomai, iheFa, Plusieurs philologues avaient rapproché le grec theâsthai de la racine sanscrite dhjai, observer, méditer ; mais ce rapprochement a été écarté par Bopp, à l'opinion duquel Curtius Se rallie). Lieu où l'on représente des ouvrages dramatiques, des pièces à personnages : Les théâtres <ie Paris, de Rouen, de Londres. Le théâtre de Versailles. Un théâtre de pantomimes. Un théâtre de marionnettes. Ouvrirait théâtre. Fréquenter les théâtres. D'où vient que l'on rit si librement au théâtre et que l'on a honte d'y pleurer? (La Bruy.) Il ne faut pas que la multitude sorte du théâtre sans emporter avec elle quelque moralité austère et profonde. (V. Hugo.)

— Scène, sorte de grande estrade ou jouent les acteurs : Le fond, le derrière du théâtre. S'avancer sur le bord du théâtre. Le théâtre représente une forêt, un palais. On ne oient point crier de dessus un théâtre ce qui doit se dire en particulier. (Mol.)

Le théâtre est un lieu glissant pour une fille.

RlOAUD.

— Art, profession de comédien : Se destiner au théâtre. Se vouer au théâtre. Renoncer au théâtre. Sftaicspeare quitta brusquement le théâtre à cinquante ans, dans la plénitude de ses succès et de son génie. (Chateaub.)

— Art dramatique, art de composer des ouvrages pour le théâtre : Les règles, lapratique du théâtre. Cet auteur fait bien les vers, mais il n'entend pas le théâtre. (Acad.) Le théâtre n'est pas ennemi de ce qui est vicieux, mais de ce gui est bas et petit. (Ponteu.) Le théâtre, qui ne peut rien pour corriger les mœurs, peut beaucoup pour les altérer. (J.-J. Rouss.) Corneille découvrit par ta force de soit génie les lois du théâtre. (D'aiemb.) Le théâtre est une chose qui enseigne et qui civilise. (V. Hugo.) Le théâtre nous distrait de la oie. (A. itarr.) Le théâtre ne se charge pas de nous rendre meilleurs. (Rigault.)

Le théâtre instruit mieux que ne fait un gros livre.

Voltaire.

— Recueil des œuvres dramatiques d'un auteur : Le théâtre de Corneilte, de Jiacine, de Voltaire. Le théâtre de Atolière, de Regnard. Le théâtre de Casimir Delavigne. Le théâtre de Corneille élève l'âme, celui de Racine l'attendrit. (Boiste.) h Ensemble des pièces de théâtre que possède une nation ; Le théâtre grec. Le théâtre anglais, italien,espaynot.

— Pig. Situation où l'on est en vu» où

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l'on attire les regards : Dans les occasions d'éclat, l'homme est sur le théâtre, il représente. (Mass.) Le monde est un grand théâtre sur lequel beaucoup de gens jouent la comédie. (Boitard.) tl Lieu physique ou moral où se produisent certains événements, certains faits : Le théâtre de la guerre. 0 pauvre cœur humain, de combien de vanités es-tu le jouet, de combien de passions es-tu le théâtre ! (Boss.) L'histoire est le théâtre oïl la politique et la morale sont mises en action, (Bartnél.) Le pays de Chanaan est le premier théâtre sur lequel la philologie peut étudier le développement des langues sémitiques. (Renan.)

— A signifié Amphithéâtre : Théâtre d'anatomie. Théâtre d'architecture. Théâtre de jardin.

— Habits de théâtre, Costumes qui servent dans les représentations dramatiques : Nous en donnâmes l'argent à compte à des ouvriers qui noiiS firent à chacun un habit de théâtre. (Le Sage.)

— Roi de théâtre, Roi faible, sans aucune autorité, il Homme qui a une gravité solennelle et affectée.

— Coup de théâtre, Evénement soudain qui change tout à coup la marche de l'action dramatique. Il Fig, Changement soudain, transformation rapide et inattendue.

— Pièce de théâtre, Ouvrage scénique, destiné à être joué sur la scène : Faire représenter, faire jouer une PIÈCE DE THÉÂTRE. Il Mettre une pièce au théâtre, La faire représenter : Voltaire n'avait que vingt-quatre ans quand il mit Œdipe Au théâtre. U AJettreun sujet au théâtre, En faire une pièce destinée à être représentée sur le théâtre. Il Ecrire, travailler pour le théâtre, Composer des ouvrages destinés aux représentations théâtrales : Par scrupule religieux, autant que par modestie, Louis liacine s'interdisait d'à-

CRUtE POUR LE THÉÂTRE. (Villem.)

— Fermer le théâtre, Cesser les représentations dramatiques. Il Rouvrir le théâtre, Recommencer à jouer.

— Dresser un théâtre, Construire un théâtre qui ne doit rester que peu de temps : Après la fête, on enleva le théâtre qui avait été dressé la veille. (Compl. de l'Acad.)

— Le théâtre change, Se dit lorsque, dans un même acte, la décoration d'un théâtre est changée subitement: Le théâtre change et représente une place publique. Il Vieille loc.

— Archit. hydraul. Théâtre d'eau, Disposition de plusieurs allées d'eau, avec jets, cascades, figures, etc.

— Mar. Emplacement de la cale ou du faux pont où 1 ou dépose les blessés pendant un combat. Il Ancien nom du château d'avant, sur la Méditerranée.

— Techn. Séchoir pour la poudre à canon. Il Pile de bois k brûler, dans les chantiers. Il

Petit plancher sur lequel travaillent les tailleurs, tl Chantier sur lequel on fait égoutter les morues qu'on vient de laver.

— Encycl. Archit, Dès que le genre de plaisir inhérent aux jeux de la scène acquiert chez un peuple un certain degré de fixité, lo besoin d'un édifice spécial, affecté aux représentations , se fait sentir. Athènes et Rome nous offrent les spécimens les plus complets du théâtre antique. A l'origine, en Grèce aussi bien qu'en Italie, les théâtres ne furent que des constructions légères et provisoires, en bois, et que l'on démontait k volonté. Peu à peu, le goût des spectacles devenant chaque jour plus vif, on consacra au genre de productions appelées œuvres dramatiques des édifices permanents, pour lesquels on alla bientôt jusqu'à inventer une architecture spéciale. Nous donnerons une idée d'un théâtre grec et d'un théâtre romain.

Les Grecs choisissaient d'habitude, pour la construction de leurs théâtres, le versant d'une colline ou d'une montagne; dans les flancs de cette colline ou de culte montagne ils creusaient et étageaient des sièges nombreux pour les spectateurs; la scène proprement dite était construite au pied de cet amphithéâtre, sur le terrain plat. Quand un terrain accidenté faisait défaut, on établissait un amphithéâtre à peu près pareil k celui dont on trouve tant d'exemples en Italie, sorte d'hémicycle venant converger vers la scène proprement dite. La partie où étaient assis les spectateurs était découverte ; on la nommait Icoiton; elle était subdivisée en étages par des corridors et en compartiments par des escaliers qui, tous, convergeaient vers le centre. Au haut des gradins des portiques, des colonnades permettaient aux spectateurs de se délasser des longues représentations, qui parfois duraient des journées entières, et de prendre le frais sans cependant perdre de vue l'ensemble du spectacle. L'orchestrei {orchestra), qui occupait k peu près la portion que nous désignons encore sous ce nom, au lieu d'être occupé par des spectateurs, ne l'était que par le chœur. Au centre de l'orchestre s'élevait l'autel de Dionysios (Baechus). Quant k la scène, elle était divisée en deux parties : la scène proprement dite, d'où parlaient les acteurs (logeion), et le fond de la scène, borné par un mur permanent (sfeéné). Lk finissait le théâtre grec, vu des gradins; mais les bâtiments, affectés k la scène ei aux services divers du théâtre

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avaient quelquefois des dimensions considérables. Ces constructions formaient généralement trois corps de bâtiments ; celui du fond était appelé episcenion, ceux des deux côtés ailes; on y logeait le matériel du Médire, les décors, les costumes, les masques; des chambres ou vestiaires y étaient réservés aux acteurs, et c'est devant leurs façades intérieures que se drossaient les décors mobiles appropriés k chaque pièce. Leur façade extérieure ne paraît pas avoir été trèsornée.

Le premier théâtre de pierre fut construit k Athènes au temps d'Eschyle (500 ans environ av. J.-C.) et porta le nom do théâtre de Bacchus; il remplaçait un vieux théâtre en bois oui s'était effondré. On le construisit, suivant les règles que nous venons d'indiquer, en creusant les gradins dans l'Acropole; il pouvait contenir 30,000 spectateurs. Les théâtres d'Epidaure, d'Ephèso, de Sicyone, bâtis sur le même plan, purent offrir jusqu'à 150,000 places.

L'immensité de ces théâtres forçait les anciens k avoir recours k divers procédés qui, chez nous , sembleraient détruire l'illusion scénique. Toute Une population pouvait s'asseoir sur ces vastes amphithéâtres, dont la hauteur dominait même les bâtiments de la scène et au delk desquels les spectateurs, rangés en plein air , apercevaient , soit la ville, soit les montagnes des environs, soit la mer, grands horizons qui faisaient naturellement le cadre de la scène. Outre que ce cadre grandiose devait changer les formes mêmes de l'art dramatique, pour que le spectacle y lût proportionné, les acteurs avaient besoin d'être grandis, de doubler ou do tripler l'étendue naturelle de leur voix, de présenter des physionomies accentuées et tout en relief. De là l'usage du cothurne, qui exhaussait l'acteur, et celui du masque, qui non-seulement exagérait les proportions do la tête, mais était aussi agencé de façon à servir do porte-voix. De lk aussi le rôle considérable du choeur, dont les évolutions rhythmiques, dans l'orchestre, occupaient les yeux en même temps que ses chants charmaient les oreilles. Des actions brèves et parfaitement intelligibles , quelques scènes caractéristiques encadrées dans les psalmodies du chœur, des péripéties rapides et d'un haut intérêt patriotique ou national, telles étaient les conditions imposées k un art dramatique qui se développait sur une telle scène ; tel est, en effet, tout le théâtre grec. Qu'on ne croie pas néanmoins que ces théâtres fussent notablement inférieurs aux nôtres comme mise en scène ; les anciens ont eonnu les décorations; elles étaient disposées de façon que l'objet qui devait avant tout attirer les regards et paraître le plus rapproché occupât le milieu; les perspectives étaient ménagées des deux côtés. C'est le contraire qui est aujourd'hui la règle. Au fond du théâtre on plaçait ce que nous nommons aujourd'hui les accessoires et Ce que très-souvent, k défaut d'accessoires, la décoration de nos jours ligure eu relief. Le théâtre représentait souvent, ou du inoins avait souvent l'ambition de représenter un décor considérable; par exemple, à gauche, on voyait la ville k laquelle appartenait le palais ou le temple figuré au milieu de la scène; k droite, la campagne, les montagnes ou le rivage de la mer. Quant aux décorations latérales, elles étaient dressées sur des échafaudages tournant sur pivot , car les anciens connurent aussi les changements k vue; ils s'opéraient tantôt eu tournant, tantôt en tirant les décorations; le premier moyen était suivi pour les côtés; le second, pour le fond do la scène. Parfois même, la paroi du milieu s'entr'ouvrait et découvrait une nouvelle perspective.

Les décorations imitaient la plupart du temps des morceaux d'architecture; souvent elles représentaient de véritables paysages ; comme le fait judicieusement remarquer un critique, les anciens tiraient parti même de l'absence de toiture de leurs théâtres; ainsi, les apostrophes au soleil, k la lumière n'étaient pas feintes et l'acteur levait bien véritablement les yeux vers la lumière et le soleil, qu'il invoquait réellement, mêlant ainsi la fiction k la vérité , ce qui souvent était d'un grand effet. Les Grecs connurent même l'usage des machines destinées a tenir les dieux suspendus dans les airs ; dans le Promëthée d'Eschyle, l'Océan traversait les airs sur un griffon ailé qu'on faisait vivement glisser d'un bout de la scène k l'autre , et le chœur des océanides le traversait de même dans un char. Le bruit de la foudre, de l'orage, les éclairs, etc., eu un mot ce que depuis on nomme les ficelles du métier, étaient même déjà familiers. Il n'y a pas jusqu'au rideau, jusqu'à la toile, que les anciens n'aient connus; seulement, tout au contraire de la toile des théâtres modernes, leur toile se levait des bas- fonds du théâtre pour en dérober lu, vue ; quand la pièce se jouait, le rideau tombait. Le chœur, ce persounuge collectif si important dans le théâtre antique, se tenait autour do l'autel de Bacchus {thymélè) ; le coryphée montait sur le thymêlê et de lit suivait l'action, prêt k s'y mêler.

Nous avons remarqué que le koilon, la partie servant de siège aux spectateurs, était, chez les Grecs, k ciel découvert. Mentionnons néanmoins quelques exceptions à cette règle : par exemple, l'Odéon de Périclès, k

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Athènes, qui était recouvert d'un toit, en bois probablement, dont il ne reste plus vestige. Le théâtre romain offre cette différence avec le théâtre grec qu'il était bâti sur un terrain plat; il se composait, à l'extérieur, de plusieurs étages d'arcades superposées; un grand nombre d'escaliers conduisaient les spectateurs à un hémicycle, adossé aux arcades, dont les proportions étaient à peu près les mêmes que celles de l'hémicycle grec. Autant qu'on peut en juger par les ruines qui nous restent, notamment par celles du théâtre de Marcellus, il y avait trois étages, appartenant chacun à un ordre d'architecture : celui du bas, à l'ordre dorique; le second, à l'ordre ionique ; le dernier, étage supérieur, à l'ordre corinthien. Dans les ruines , il a complètement disparu et on n'a pu' le reconstruire qu'à l'aide de patientes recherches. La salle était à ciel ouvert. Les sièges de l'hémicycle (gradus) s'élevaient circulairement en lignes concentriques les uns au-dessus des autres. Ces rangées de sièges, d'après la figure^ suivante, que nous empruntons, avec ses explications, au Dictionnaire des antiquités d'Antony Rich, étaient divisées horizontalement en étages séparés par de larges corridors (prsecincliones, A, A, A, A) et verticalement, en compartiments cunéiformes («iJiej, B, B, B, B) par un certain nombre d'escaliers (scala, a, a, a, a) qui servaient aux spectateurs à descendre jusqu'à leurs rangées respectives; ils débouchaient

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dans l'enceinte par des vomitoires (vomitoria, 6, 6, b, b) qui se trouvaient au haut de chaque escalier et qu'ils atteignaient au moyen de passages et de couloirs couverts ménagés dans l'épaisseur du bâtiment. Au bas des premiers rangs de gradins était l'orchestre (orchestra, C), formant une demi-circonférence exacte; ii contenait les sièges destinés aux magistrats, au lieu de servir, comme l'orchestre des théâtres grecs, aux évolutions du chœur. Un peu en arrière de l'orchestre, il y avait un mur bas (pulpiium ou proscenii pulpitum), qui formait le devant de la scène {proscenium, D, D) du côté des spectateurs et la séparait de l'orchestre. Derrière le proscenium se trouvait un mur élevé en brique ou en maçonnerie (scena, e, e, é) qui formait d'une manière permanente le fond du théâtre, avec trois grandes entrées pour les principaux acteurs; derrière ce mur s'étendaient les appartements où s'habillaient les acteurs, les magasins où se remisaient les costumes et les accessoires ; c'étaient les posttscenia (E, E). Deux petites constructions, marquées en /, f, aux deux extrémités du proscenium , ont été relevées dans le théâtre d'Herculanum; on suppose que ces sortes de loges d'avant-scène étaient réservées aux premiers magistrats de la ville; mais peutêtre n'étaient-elles qu'un caprice de l'architecte. Chacune d'elles avait une entrée particulière pratiquée au portique de derrière (g) et était desservie par un escalier spécial.

Les principaux théâtres de Rome étaient : le théâtre de Pompée, construit par Pompée à son retour de la guerre du Pont (699 de Rome) ; il était en pierre et contenait 40,000 sièges à deux places; il fut brûlé sous Tibère, réédifié sous Caligula et finalement détruit par les Wisigoths ; le théâtre de Scaurus , construit pat' Scaurus, gendre de Sylla, vers la même époque; c'était le plus orné des théâtres de Rome; son ordonnance extérieure se composait de trois rangs de colonnes superposées, le premier rang de marbre, le second de cristal, le troisième de bois doré; dans les intervalles des colonnes, qui étaient au nombre de 360 , étaient placées pareil nombre de statues d'airain ; le théâtre de Balbus Cornélius, édifié sous Auguste (740 de Rome), était construit entièrement de marbre et présentait une enceinte composée de deux rangs de portiques élevés l'un sur l'autre; le théâtre de Marcellus, également construit sous Auguste et dédié par cet empereur à son neveu; on croit que Vitruve en fut l'architecte; il en existe encore des débris entre le Tibre et le Capitule. Les Romains construisirent, en outre, une foule de théâtres dans les principales villes de l'Italie et dans les provinces conquises; les ruines imposantes de ces édifices excitent encore l'admiration. Tels sont : le théâtre d'Herculanum, qui offrait dix-huit rangs de gradins taillés dans le tuf et pouvait contenir 35,500 spectateurs; l'orchestre était pavé de dalles de marbre jaune; les théâtres d'Orange et de Lyon ; le théâtre d'Antioche, etc.

Rien ne comble l'intervalle de quinze siècles qui s'étend entre la construction des derniers théâtres antiques et celle des premiers théâtres modernes ; l'Eglise , toute-puissante au moyen âge , proscrivait les jeux de la scène, et l'art théâtral subit une longue éclipse. Lorsqu'il commença à renaître en France, par les mystères, les soties et les moralités, il eut trop peu d'importance pour que des édifices spéciaux fussent érigés en vue des représentations. Les confrères de la Passion et les clercs de la Basoche jouaient leurs compositions un peu partout, dans les vestibules des hôtels seigneuriaux, dans les grand'salles des hôtels de ville, sur la table de marbre du Palais. Les premières représentations d'opéra eurent lieu dans une galerie du Louvre sous Louis XIII. Au xvn= siècle, lorsque les troupes d'acteurs s'installèrent dans des salles permanentes, ces salles,

aménagées dans divers édifices, l'hôtel de Bourgogne, le Petit- Bourbon, qui n'avaient pas reçu originairement cette destination spéciale, restèrent bien au-dessous de celles qui, depuis le xve siècle, étaient affectées en Italie aux représentations dramatiques. Le Bramante construisit à Rome, dans la grande cour du Vatican, le premier théâtre moderne ; il était imité des théâtres antiques quant aux lignes principales de l'architecture, mais de dimensions moins vastes et couvert. Peu de temps après , Palladio éleva le théâtre de Vicence aux frais de la Société olympique ; c'est un magnifique édifice construit d'après les règles de Vitruve et reproduisant également les grandes lignes des théâtres antiques. Il en est de même du théâtre de Parme, construit en 1618 pur Aleotti; sa forme générale est un hémicycle prolongé par des lignes droites ; autour du parterre est un vaste amphithéâtre surmonté de. deux galeries ornées d'arcades entre des colonnes. Au-dessus est un acrotère et des figures qui semblent porter le plafond. Vers les deux faces, en retour de l'avant-scène et à la jonction des loges, sont deux arcs de triomphe surmontés de figures équestres. La seule différence appréciable qui existe entre ces théâtres et les théâtres antiques consiste , outre la couverture, dans le remplacement d'une partie des rangs de gradins par un rang ou deux déloges. Au xv«b et au xvme siècle, les théâtres de l'Italie prirent de plus en plus la forme moderne. Toutes les villes importantes, Milan, Florence, Venise, Mautoue , Bologne, Naples, en firent construire, et ces édifices ont tous quelques points de communs. La forme adoptée, après bien .des tâtonnements, fut l'ellipse, comme présentant la courbe la plus favorable à la circulation du son et à la disposition des loges. L'ouverture de l'avant-scène était fixée sur une ligne pa- ' rallèle au petit diamètre de l'ellipse et coupant le grand diamètre au quart de sa longueur; la profondeur du théâtre était déterminée par la largeur de la scène. Ces dispositions, qui ont été adoptées pour un certain nombre de théâtres renommés en Italie, entre autres l'ancien théâtre de Fano, construit par Toselli, celui de Mantoue par Galli da Bibiena, celui d'imola par Cosme Morelli, le théâtre San-Benedetto et la Felice, à Venise, la Scala de Milan, etc., n'ont pas toujours été suivies par les architectes contemporains, qui ont préféré à l'ellipse le

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cercle, tronqué au quart par l'avant-scène et au cinquième par le rideau. Le théâtre San-Carlo, à Naples, le Grand-Théâtre de Bordeaux et le Théâtre-Français de Paris, œuvres tous deux de l'architecte Louis, l'ancien théâtre de la Porte-Saint-Martin, construit par Lenoir, l'Opéra de la rue Lepelletier, œuvre de Debret, le théâtre des Variétés, construit par Cellerier, furent autant d'applications de ce nouveau principe, préconisé par les architectes comme plus favorable encore que l'ellipse à la circulation du son et surtout à la bonne disposition des loges; cette disposition permet» tous les spectateurs de voir la scène sans être gênés les uns par les autres.

En Espagne, jusqu'à la fin du xvme siècle, les théâtres étaient carrés; c'est une disposition tout à fait primitive et qu'on ne trouve plus chez nous que dans les baraques des théâtres forains. Au-dessus des trois rangs de loges qui formaient l'enceinte était disposé un amphithéâtre ; les loges de la façade du fond, ayant vue directement. sur la scène, étaient grillées et réservées aux femmes et aux moines; le milieu du carré était disposé en gradins, avec un espace libre au milieu.

« Le programme le plus difficile qu'un architecte puisse avoir à remplir, dit M. Debret, est sans contredit celui d'un théâtre. Aussi les Italiens, qui les premiers élevèrent de vastes salles de spectacle, sont-ils restés bien au-dessous des conditions qui aujourd'hui nous sont imposées en France. En Italie, par exemple, à l'exception du théâtre San-Carlo, à Naples, et celui que Bibiena éleva à Bologne vers 1763 et qu'il fit précéder d'un portique, tous les théâtres de Milan, Florence, Turin, Rome même, n'avaient point de façade extérieure pour les caractériser, point de portique pour contenir la foule, soit à l'entrée, soit a la sortie ; point d'abri pour descendre de voiture, de foyer pour la promenade des spectateurs pendant les entractes. Ces données sont devenues aujourd'hui de première nécessité. »*La décoration extérieure et intérieurene doit pas, suivant le même auteur, être livrée au caprice. Elle est prescrite par le genre du théâtre et résulte essentiellement de la disposition architectonique , du ton local et des détails allégoriques qui lui sont spécialement applicables. C'est une erreur de croire qu'il soit possible d'adapter à deux salles de différente grandeur une disposition semblable, tout en suivant les mêmes proportions, par exemple un nombre égal de rangs de loges fermées. Les lois de 1 optique s'y opposent, et, dans une petite salle construite exactement sur le modèle d'une grande, une partie des spectateurs ne pourrait apercevoir la scène.

L'éclairage des salles de théâtre s'est longtemps pratiqué à l'aide des appareils les plus simples : des rangs de chandelles d'abord, puis de quinquets. L'éclairage au gaz et l'invention du lustre réalisèrent un important progrès ; cependant, l'éclat de la rampe, qui aveugle les spectateurs de l'orchestre, et les dimensions du lustre, qui gêne ceux des galeries supérieures, sans compter qu'il exhale une chaleur suffocante, ne sont pas sans inconvénients. Dans quelques nouveaux théâtres, notamment le Théâtre-Lyrique, le théâtre du Châteiet et le Vaudeville, on a remplacé le lustre par un plafond lumineux, immense verre ovale, dépoli et ciselé, au-dessus duquel sont concentrés de puissants becs de gaz, dont la lumière arrive comme tamisée dans la salle. Ce mode d'éclairage, après avoir joui d'un instant de vogue, a été considéré comme défectueux par les personnes qui venaient au théâtre moins pour voir que pour être vues. On a dit qu'il no projette qu'une lumière terne et triste, bien inférieure à celle du lustre, et l'architecte du nouvel Opéra, M. Ch. Garnier, l'a abandonné pour revenir au lustre, ce dont pourraient se piaindre les spectateurs qui, n'ayant pas dix francs à dépenser pour payer leur place, sont réduits à se loger dans les parties supérieures du Grand- Opéra.

— Littér. Les articles comédie, drame et tragédie, longuement traités dans le Grand Dictionnaire, nous dispensent de refaire ici, à un point de vue général, l'histoire du théâtre antique et du théâtre moderne ; le lecteur trouvera de plus dans l'article consacré à la littérature de chaque pays, soit au nom du pays même, soit à celui de la langue, un paragraphe spécial sur l'origine, les développements et le caractère de l'art dramatique en Grèce, à Rome, en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Russie, même dans l'Inde et en Chine. Il nous a semblé cependant utile de résumer l'histoire du théâtre en France durant les quatre-vingt-dix dernières années, c'est-à-dire depuis la Révolution, parce que cette période, toute récente, a une importance de premier ordre. Pour les origines du théâtre en France, nous renvoyons aux articles FARCES, MORALITÉS, MYSTERES, SOTIES, et

pour la période dite classique (xviie siècle et xvino siècle) jusqu'en 1789, à l'article général consacré à la littérature française, ainsi qu'aux articles tragédie et comédie.

— Le théâtre en France pendant la Révolution. La Révolution fit entrer le théâtre dans une phase absolument nouvelle. D'une part, en affirmant les principes qui allaient

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devenirles bases de l'état social de la France, elle imprima à l'art une impulsion puissante en même temps qu'elle agrandit son domaine. D'un autre côté, il eût été illogique que cette liberté naissante de 1789 fi'eût pas profité à l'art en même temps qu'aux mœurs. Il s'ensuivit qu'il naquit un théâtre nouveau, inconnu jusque-là, qui, nous n'essayerons pas de le nier, tomba plus d'une fois dans l'exagération et la licence, mais n'en prépara pas moins inconsciemment, sans s'en douter, la grande révolution littéraire de 1829-1830 qui a été, en réalité, le 1789-1793 de l'art sous toutes ses formes.

Quant à la valeur littéraire de ce théâtre, elle est faible : pas un grand nom, pas un homme de génie. C'est qu'alors les poètes; les hommes de génie, au lieu d'écrire des tragédies en faisaient d'héroïques, au lieu de la plume tenaient l'èpée, au lieu du bureau paisible occupaient la tribune. Le même effet se reproduit à toutes les époques où les idées envahissent les peuples : le génie agit au lieu de rêver. ,.

Le théâtre de la Révolution, nous pourrions dire le théâtre moderne, est né le 27 avril 1784. Ce soir-là, le Théâtre -Français joua pour la première fois le Mariage de Figaro, cette œuvre singulière, sans précédents, pétillante et rapide comme une traînée de poudre. Elle fut la première et la plus vive fusillade des préjugés et des abus de l'ancien régime. Ce comte Almaviva, qui n'a eu que « la peine de naître, • personnifiait la noblesse, alors déchue, dégénérée au point qu'un laquais, Figaro, le peuple, enfin, pouvait lui dire en face : • Aux vertus que vous exigez d'un domestique, combien trouveriezvous de maîtres dignes d'être valets ! » Ce Basile, sombre et traître, la calomnie ! Ce Basile noir et hypocrite, qui sent la fièvre et qu'on envoie ■ coucher a plus tard, qu'est-ce autre chose que la personnification de l'intolérance et de la persécution religieuse, souterraine et terrible ; enfin, ce Brid'oison imbécile, mais respectable comme « la chose jugée, « n'est-ce pas cette magistrature décrépite et vendue dont les Mémoires de Beaumarchais nous ont d'ailleurs déjà fait connaître les hontes î Œuvre profonde, en somme, que ce Mariage de Figaro, qui ébranla les bases vermoulues du passé.

Le 14 juillet 1789, la Bastille est prise et rasée. La Révolution commence; mais Louis XVI régnait encore. Necker est au ministère. La Comédie-Française reprend une vieille comédie de Destouches, l'Ambitieux et l'Indiscrète, où les acteurs, Mole et Mlle Contât, ont cru trouver des sujets d'allusions au roi et à son ministre. Mais bientôt, forcée de suivre le mouvement, elle jouait (4 novembre 1789) Charles IX ou l'Ecole des rois, de Marie-Joseph Chénier. Le retentissement de cette oeuvre fut immense. Il y avait là une large pâture aux passions du moment. Quant à la valeur littéraire, voici l'avis de l'auteur lui-môme dans la préface : e Voltaire a fait quelques tragédies où le public français entendait au moins prononcer des noms français ; mais parmi ces tragédies , d'ailleurs fondées sur des faits inventés, Zaïre est la seule qui soit admirée des connaisseurs; les Français n'y sont qu'accessoires. J'ai du moins saisi la seule gloire où il m'était possible d'aspirer, celle d'ouvrir la route et de composer le premier une tragédie vraiment nationale. » Marie-Joseph Chénier oubliait les tentatives de Du Belloy, auteur du Siège de Calais, qui bien avant lui avait rêvé, lui aussi, un théâtre national. De plus, Chénier était ingrat envers Voltaire qui écrivait eu 1764 : « Un jour viendra sans doute où nous mettrons les papes sur le théâtre ; un temps viendra où la Saint-Barthélémy sera un sujet de tragédie. » Chénier eut donc beaucoup moins le mérite de l'initiative qu'il ne veut bien s'en vanter. Mercier, quelques années avant, avait déjà donné quelques coups de pioche aux vieux errements classiques ; aux tragédies qui, suivant l'auteur du Tableau de Paris, ne sont que « des pièces muettes pour la multitude. » Elles n'ont point, dit-il dans son Nouvel essai sur l'art dramatique, l'âme, la vie, la simplicité, la morale et le langage qui pourraient servir à les faire goûter comme à les l'aire entendre. » Et bien avant Mercier, le président Hénault (1747) ne disait-il pîi: dans la préface de son François II : «On se plaît à voir ensemble Sertorius et Pompée discutant les plus grands intérêts, Auguste délibérant avec Cinna et Maxime s'il quittera l'empire. Pourquoi ne trouverait-on pas dans notre histoire d'aussi grands intérêts à traiter et d'aussi grandes passions à peindre? Il est vrai que l'on n'est point accoutumé à voir l'amiral de Coligny, Catherine de Médicis.le duc de Guise... Est-ce que le cardinal de Lorraine et le duc de Guise méditant la perte du prince de Condé ne sont pas aussi intéressants que les confidents de Ptolémée délibérant sur la mort de Pompée ? Est-ce que Catherine de Médicis ne vaut pas bien la Clêopâtre de Rodogune et l'Agrippine de Néron? ■ L'abbé Galiani en dit autant dans une de ses lettres. Rendons néanmoins cette justice à Chénier que son œuvre, bien qu'elle lui ait été tracée par ses devanciers, fut encore une tentative hardie.

Une comédie d'un nommé Carbon Flins, le Réveil d'Epiménide, inaugure l'année 1790. Le point de départ est ingénieux. Epiménide qui, comme on sait, n'est pas mort, mais se

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réveille tous les cent ans, s'est endormi en dernier lieu en 1689, sous Louis XIV. Il se réveille en 1789, et nous laissons k penser son étonneraent extrême. Il s'informe : deux jeunes gens veulent bien lui servir de guide. L'un d'eux vante Louis XV) en invectivant d'autant son aïeul. La chose est en vers :

Son auguste et douce présence Apporte le bonheur à son peuple calmé.

Il ne s'entoure pas d'une garde étrangère : Au sein de ses enfants que peut craindre un boa père? Plus on le voit de près et plqf il est aimé.

Pardon, dit Epiménide, dites-moi,

• . . . Près d'ici, j'aperçus tout à l'heure Des hommes qui marchaient modestement vêtus. Les bourgeois, pour les voir sortant de leur demeure, S'écriaient : . Les voilà, ces sages citoyens, De l'Etat et du roi les plus fermes soutiens. »

— Ce sont les députés, répondent les guides dans une périphrase qui eût rendu Delille jaloux. En effet, en ce temps-là, le mot député ne pouvait entrer dans un vers. On apprend a Epiménide que la Bastille n'existe plus; il en est ravi. La pièce est, en somme, un vaudeville à tiroirs.

h'/ïonnéte criminel, drame par Fenouillac de Falbaire, dont la Comédie-Française fit suivre le Réveil d'Epiménide, est d'un ordre plusétevé. Charles IX avait flétri le fanatisme religieux et le despotisme royal. L'Honnête criminel mit k nu cette plaie qui a failli ruiner Ja France en la décimant par la mort et par l'exil : l'intolérance.

En 1791, il circula une pièce singulière; elle fut quelque temps sans être jouée, mais tout le monde la lisait; c'est la Journée du Vatican ou le Mariage du pape, comédie-parade en trois actes avec ses agréments, jouée à Rome sur le théâtre de la Liberté, le 2 avril 1790. Voici le pape en colère : « Quel nom donner a cette Assemblée nationale ? Encore si je pouvais... Si j'osais!... Non, ils se moqueraient de mes excommunications...

Mariage des prêtres l divorce 1 renvoi des moines I ils n en finiront pas! » Le pape soupe sans façon avec M°»es Lebrun et de Poîignac : ■ Allons, papa, de la gaieté ! « s'écrie cette dernière avec un geste plus que familier sur l'abdomen du saint-père. Bernis assiste à ce souper, ainsi que Juigné ; l'archevêque de Paris, qui est un peu inquiet de voir quelques autres visages, demande si le saint-père a eu bon soin de barrer sa porte à ces bavards de journalistes. Assez bonne bouffonnerie, en somme, que cette pièce et estimable surtout en ce qu'elle remue des idées.

Le Mari directeur ou le Déménagement du couvent, par l'auteur du Béveil d'Epiménide, est loin d'avoir la même valeur. Mais la portée n'en fut pas moins grande. Il s'agit ici d'un mari qui se déguise en capucin pour avoir l'agrément de recevoir des confidences féminines. Est-il besoin de dire que sa première pénitente est sa propre femme et qu'elle lui apprend les choses les plus désagréables? La pièce est imitée d'un conte de Boccace.

On comprend que l'aristocratique Comédie- Française devait trouver intolérable l'obligation de jouer chaque jour des œuvres de cette nature. Il s'ensuivit bientôt une scission volontaire. Ce fut Monvel, père de MUe Mars, qui en donna le signal. Il émigra au théâtre du Palais-Royal (ancien théâtre des Variétés) inauguré, le 15 mai 1790, par quelques vaudevilles sans prétention, et comme il était en même temps bon écrivain et patriote, il saisit la situation, se mit à -l'œuvre et écrivit les Victimes cloitrèes, imitation spirituelle de la Religieuse forcée, de La Harpe.

Le grand succès de cette comédie décida la scission imminente de la Comédie-Française : Talma, Mme Vestris, Mlle Desgarcins passèrent au Palais-Royal, et la Comédie demeura avec Mole, Fleury, Dazincourt, Mlles Contât, Devienne, Joly, état-majo» respectable, mais qui n'eut pas trop de tout son talent pour soutenir la redoutable concurrence que Monvel lui faisait. La Comédie- Française attendit héroïquement la lutte; ce fut Chénier qui fournit le premier prétexte des hostilités ; désertant le théâtre de son premier et éclatant succès, il apporta au Palais- Royal sa tragédie de Henri VIII. Les rôles furent distribués k Talma (Henri VIII), Mme Vestris "(Anne de Boulein), MUe Desgarcins (Jane Seymour), etc. La représentation fut une bataille; mais la victoire resta au théâtre du Palais- Royal, et le succès se décida dès le lendemain ; succès d'une influence décisive : à l'avenir, une scène était ouverte aux écrivains nouveaux peu soucieux de se courber sous les fourches caudines de la Comédie-Française.

A Henri VIII succédèrent l'Intrigue épistolaire,-de Fabre d'Eglantine, Calas, de Chénier, Marias à Mintumes, d'Arnault. C'est aussi k ce moment que se placent quelquesunes des imitations de Shakspeare par Ducis, envers qui la critique n'a pas été juste ; c'est à Ducis qu'on doit, en somme, d'avoir osé le premier porter sur la scène les créations de Shakspeare, regardé jusque-là comme un barbare, auquel Voltaire, injuste pour ce grand poète, reconnaissait néanmoins du génie.

Othello, surtout, emporta, força le succès (1792). Talma y remplissait le principal rôle. Le grand tragédien jouait d'ailleurs avec un égal succès les rôles comiques. Dans l'Intrigue épistolaire, dans une autre comé-

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die de Fabre, l'Héritière, il remplit les premiers rôles de la façon la plus remarquable. De plus, il faut mentionner ici la révolution radicale queTalma introduisit en même temps dans le costume. Talma fut le premier qui porta, en effet, dans les accessoires l'exactitude la plus complète, la plus rigoureuse. Il partagea la gloire de cette révolution avec un acteur oublié aujourd'hui et auquel il convient de rendre la justice qui lui est due, Boucher, k la fois peintre et acteur, et qui aida plus d'une fois Talma de ses conseils. En résumé, la Comédie-Française touchait à sa ruine, lorsque Colin d'Harleville, par son excellente pièce, le Vieux célibataire, vint lui donner un renfort dont elle avait le plus grand besoin.

Peu à peu, cependant, la lutte entre les deux théâtres s'aigrit au point de devenir une guerre de partis, guerre qui avait lieu dans la salle. Les applaudissements royalistes de la Comédie-Française répondaient aux bravos républicains de la rue Richelieu. Cependant les années marchent; nous sommes en 1793, et la Comédie-Française est devenue le théâtre de la Nation. Laya y donna l'Ami des lois (3 janvier), pièce qu'il y avait quelque courage à écrire dans les circonstances présentes, mais qui fut sifflée par les partisans de Robespierre et qui acheva de dépopulariser la Comédie-Française, déjà si mal notée. L'Ami des lois, dénoncé k la Convention, fut. suspendu à la douzième représentation. Ce jour-là, la lutte fut presque sanglante ; mais force resta à la loi, représentée par Santerre". Le lendemain, on donna Sémiramis; le public royaliste redemanda l'Ami des lois; on le mit à la porte. Paméla , de François de Neufchâteau, fut la dernière tentative de lutte. Ces deux vers :

Ah! les persécuteurs sont les seuls condamnables, Et les plus tolérants sont les plus raisonnables, parurent empreints d'un esprit trop réactionnaire. Dans la nuit qui suivit la représentation, les comédiens furent arrêtés chez eux. Mole seul échappa par une transaction ; pliant la tête, il entra au «A^2/re que M'ic Montansier, "quittant le Palais- Royal, venait d'élever près de la Bibliothèque. Il y joua le rôle de Marat dans les Calilinas modernes. Quant aux collègues de Mole, Collot d'Herbois formula cette sentence terrible qui, heureusement, ne fut point exécutée : « La tête de la Comé die- Française sera guillotinée et le reste déporté. ■

Pendant ce temps, le théâtre de la rue de Richelieu changeait, lui aussi, son nom et devenait le théâtre de laLiberté-et-de-1'Egalité, titre qu'il changea ensuite contre celui de théâtre de la République. On y joua l'Emigrant ou le Père jacobin, puis (7 novembre 1793) le Modéré, ce modéré, pendable, qui ... N'a du citoyen, en un mot, que la carte.

Jusque dans le costume des personnages, on retrouve la préoccupation patriotique des auteurs ; l'un est « en uniforme national, coiffure de jacobin ; » d'autres sont désignés dans la mise en scène comme devant être « proprement mis, en bons sans-culottés, • etc. Une pièce de Sylvain Maréchal, le Jugement du dernier des rois, jouée le 18 octobre 1793, contient des maximes dans ce style : « Mieux vaut avoir pour voisin un volcan qu'un roi. > L'impératrice Catherine II est appelée la • Catau 'du Nord, > Le pape, aussi, figure dans la pièce, et la mise en scène porte cette mention : t L'impératrice et le pape se battent, l'une avec son sceptre, l'autre avec sa croix. Un coup de sceptre casse la croix; le pape jette sa tiare à la tête de Catherine et renverse sa couronne. Ils se battent avec leurs chaînes, i Sur quoi une éruption de volcan engloutit les deux personnages : châtiment mérité!

La liste suivante des pièces en vogue à cette époque exubérante nous épargnera des analyses inutiles : la Guillotine d'amour, la Veuve du républicain, Wenzel ou le Magistrat du -peuple, le Siège de Lille, les Volontaires en route ou la Descente des cloches, la Mort de Dampierre, Mulius Scsevola, la. Mort de Marat, Marat dans le souterrain des Cordeliers, les Peuples et les rois, le Républicain à l'épreuve, Lepelletier de Saint-Fargeau, la Prise de Toulon, la Royauté abolie, Jean- Jacques Rousseau au Paraclet, la Liberté des nègres, la Journée de Marathon, l'Intérieur d'un ménage républicain, Manlius Torquatus, Epicharis et Néron ou Conspiration pour tu liberté, la Famille patriotique, le Départ des volontaires pour l'armée, Encore un curé, les Crimes de la féodalité, les Brigands de la Vendée, le Corps de garde patriotique, l'Apothéose du jeune Barra, la Fête civique. Ces titres en disent assez et suffisent à constituer la physionomie de l'époque. On joua Buzot, roi du Calvados, avec Fulaisinette pour reine, bouffonnerie dirigée contre les girondins.

Une création particulière de cette époque est celle du type de Nicodjme, imaginé par BeflVoy de Régny, plus connu sous le nom de cousin Jacques, dans son Nicodème dans la lune. L'idée de la pièce est des plus simples : il s'agit d'un villageois qu'un vieux savant emmène avec lui en ballon. Au milieu de la nuit, le savant s'endort et, dit l'auteur spirituellement, « tombe dans la -ruelle. » Nicodème, le paysan, arrive seul dans la lune, dont il trouve les habitants en pleine révolution. On devine la suite. Ce qui se passe chez les lunatiques, c'est ce qui se passe en France.

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Nous citerons ce couplet, qu donnera une idée de l'honnêteté assez audacieuse de la pièce :

Gnia pourtant d'bonn' lois en France...

Oui, mais qu'on n'suit pas.

Gnia z'un frein à la licence...

Qu'on n' respecte pas.

Gnia d' braves gens dans le ministère...

On n' les y laiss' pas.

Gnia d's auteurs qui veut' bien faire... On n' les écout' pas.

Le type de Nicodème une fois admis, on le fit reparaître, comme autrefois celui de Janot, dans toutes les pièces. Il y eut les Deux Nicodèmes, Nicodènxe aux enfers, etc. L'auteur de Nicodème dans la lune fit jouer ensuite le Club des bonnes gens , autre pièce semi-réactionnaire dont le but était la conciliation des partis.

A «Hé de ces vaudevilles, une œuvre heurtée, singulière, la Folie de George, tragédie en prose de Lebrun-Tossa, qui contient des hardiesses singulières. George, en robe de chambre, a une entrée tout à fait à la Shakspeare : « Taiautl taiautl s'écrie le roi fou, forcez la bête! la voilà! la voilà !... Il était beau, ce cerf!... Toulon pris et repris en douze heures..., c'est incroyable... Ils nous ont tué beaucoup de monde, selon toute apparence... Lâchez la meute!... ■ Cela rappelle de loin la folie du roi Lear.

Avec cela, force allusions. L'émigration y joue un rôle; on voit au second acte le parti whig combattant le parti tory et provoquant une révolution qui n'est autre que la Révolution française. La Tour de Londres joue le rôle de la Bastille; l'émeute la met à bas. 11 n'y a pas jusqu'au gouverneur qui na rappelle, fait pour fait, M. de Launay. La couleur locale n'y est pas davantage observée ; le peuple anglais est armé de piques , ses meneurs sont coiffés du bonnet rouge et crient : Vive la nation l à tue-tête. Calonne, émigré, est conduit par les rues, à cheval sur un âne qui portp une couronna entre les deux oreilles ; dans le dos un écriteau lui pend avec cette étiquette : Faux-monnayeur, voleur public.

La liberté des théâtres avait été proclamée, et nous devons cette justice à cette époque, c'est qu'elle en sut mieux profiter que la nôtre. Deux vaudevillistes d'alors, très-connus depuis, Radet et Desfontaines, ayant eu la maladresse d'attaquer la Révolution toutepuissante, furent incarcérés et ne durent leur liberté qu'à une concession analogue à celle de Mole : ils firent des pièces patriotiques.

Vers le même temps, on jouait la Chaste Suzanne, pièce biblique, où Brazier, dans son Histoire des petits théâtres, croit voir une allusion à la reine. Nous croyons qu'il se trompe. L'attaque serait trop anodine eu égard à l'époque brûlante où 1 on se trouvait alors. Et d'ailleurs rien n'appuio l'opinion de Brazier.,

Un autre vaudeville , Encore un curé, donnera une idée complète de ce qu'était devenu le théâtre; la pièce eut un grand succès et c'est pour cela que nous nous y arrêtons de préférence ; nous y voyons un curé marié, trinquant avec un soldat. Le soldat trouve la femme du curé charmante : « Bravo, curé 1 Elle est fort bien, la petite gouvernante 1 — Ce n'est pas ma gouvernante. — C'est ta nièce ? — C'est ma femme. — Ta femme 1 Tu es connaisseur. — Je m'ennuyais d'être seul !« répor.d mélancoliquement le curé. Et lk-dessus(puisqu'ils'agitd'un vaudeville), il chante un couplet dans lequel il remercie le code nouveau qui lui a permis de prendre « la plus jolie de ses aimables brebis. » Le soldat approuve en trinquant joyeusement; car, dit-il ; Baptiser les enfants d'autrui, C'est un fort joli ministère; Mais il vaut mieux, prêtre et mari, Baptiser ceux dont on est père.

Tel était le théâtre à l'aurore de la Révolution. Nous ne parlons que pour mémoire des changements faits à l'ancien répertoire : on supprimait le mot roi, par exemple, partout où on le rencontrait et on le remplaçait par loi. Les réactionnaires se sont beaucoup égayés de ces faiblesses du moment et d'une intention louable, en somme. Mais il est un théâtre auquel, avant de nous occuper de l'état de la scène après la réaction thermidorienne, il est juste de consacrer quelque* lignes : c'est l'Opéra, dont le genre comporte peu la politique et qui n'entra dans cette voie qu'assez tard ; l'Opéra occupait alors le théâtre Montansier, dont la troupe avait été dépossédée par décret. La première pièce, jouée en 1793, dans cet ordre d'idées, fut le Triomphe de la République ou le Camp de Grandpré, divertissement en un acte, paroles de Chénier, musique de Gossec. C'est dans cette œuvre, oubliée depuis, que se trouve la Ronde du camp de Grandpré, sur l'air de laquelle se chanta depuis le Roger Bontemps de Béranger. Le Triomphe de la République n'est du reste qu'une berquinade.EUe fut suivie de Fabius, de Miltiade à Marathon, à'Horatius Codés, de la Patrie reconnaissante ou l'Apothéose de Beaurepaire, du Siège de Thionvitle, de la Montagne ou la Fondation du temple de la Liberté, de la Fête de la Raison ou la Rosière républicaine, de Grétry; de Toulon soumis, de la Réunion du 10 août ou l'Inauguration de la République française, de la Journée du 10 août ou la Chute du dernier tyran, etc. Citons encore la Papesse Jeanne, un acte joué k Feydeau, petit opéru-comique, dans le goût à' Une

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journée auVatican, pièce que nous avons citée plus haut.

La réaction thermidorienne fut très-violente au théâtre ; les nommes qui avaient renversé Robespierre n'en étaient pas moins pour cela républicains; mais ils furent obligés, sous peine de passer pour remplacer une tyrannie par une autre, de rendre la liberté à la presse et au théâtre. Du jour au lendemain, les dominateurs devinrent les vaincus. Déjà commençait k poindre la faction royaliste des incroyables, armés de gourdins noueux ; elle agit terriblement et exerça de sanglantes représailles.

Les reprises des pièces interdites sous le régime précédent ouvrirent la marche. L'Ami des lois, de Laya, et le Club des bonnes gens revinrent braver les feux de la rampe et recevoir les applaudissements de la foule , l'Ami des lois surtout.

Un nommé Cange, commissionnaire de prison, s'était vanté d'avoir partagé sa bourse avec un prisonnier et sa femme et de leur avoir ainsi adouci les rigueurs d'une injuste captivité. Vrai ou faux, le fait devint la proie des vaudevillistes. Cange passa à l'état de héros larmoyant et dramatique. Cange luimême venait de temps en temps recevoir sur la scène les applaudissements et Jes couronnes, suivi de sa leminc et de tous les siens. Un autre fait, dramatisé k l'envi, fit pleurer tous les yeux : c'est l'histoire de ce fermier qui a racheté à beaux deniers comptants l'héritage de ses maîtres, guillotinés en pleine Terreur, et qui le restitue aux enfants, sans rien demander en retour. Sous la Restauration, ce sujet paraissait encore tout neuf.

En 1795, ce fut Ségur le vaudevilliste qui transporta le premier k la scène l'histoire du bon fermier, Le Bon fermier fut joué k Feydeau. A côté de ces pièces puériles paraissaient des bouffonneries réactionnaires trèséquivoques, comme l'Intérieur des comités révolutionnaires et le Souper des jacobins. Pour la première, par la liste seule des personnages, on pouvait en juger l'esprit. On y voyait :

Aristide, ancien chevalier d'industrie.

Scaevola, perruquier.

Torquatus, rempailleur de chaises.

Brutus, portier escroc, etc.

La bonne plaisanterie consistait à se moquer des gens dont le tort principal était d'avoir cherché des noms et des exemples dans la Rome antique. L'auteur s'appelait JJucancel.

Le Souper des jacobins, représenté en 1795, avec les tendances réactionnaires de l'Intérieur des comités, attaquait les terroristes sous une autre face. L'auteur, Armand Charlemagne, nous les montre réunis après la 9 thermidor et soupant incognito dans un pauvre hôtel garni. Ici comme là, ce sont toujours les mêmes injures grossières, violentes. Un convive manque à l'appel. Pourquoi ? C'est qu'il a été roué de coupa, il y a une heure. Et le parterre de rire. Les noms des personnages aident cette hilarité : Crassidor, Furtifin, Aristide (toujours Aristide). Au dessert, tout le monde se prend aux cheveux.

Un tout jeune homme, Martainville, naguère emprisonné sous la Terreur, fit vers le même temps son entrée k la scène. Elle fut brillante, Martainville était d'ailleurs populaire avant ses débuts j on se répétait k i'envi sa réponse au président du tribunal révolutionnaire, lui demandant son nom :« Martainville. — De Martainville, sans doute 7 — Citoyen président, je suis ici non pour être allongé, mais bien pour être raccourci, i Son jeune âge (quinze k seize ans, dit-on) et surtout la protection du Provençal Antonelle la sauvèrent. Un an après, Martainville faisait jouer aux Variétés - Montansier le Concert de la rue Feydeau. On y chantait des couplets de cette force :

Naguère, on voyait dans la Francs Un régiment de scélérats, Portant pour habit d'ordonnance Le pantalon, les cheveux plat».

Des crins qui garnissaient leur nuque, Ils choisissaient bien la couleur, Car de leur (Une la noirceur Etait peinte sur leur perruque.

Lorsque l'on voudra dans la France Peindre des monstres destructeurs, Il ne faut plus de l'éloquence Emprunter les vives couleurs.

On peut analyser le crime, Car tyran, voleur, assassin, Par un seul mot cela s'exprime, Et ce mot-la, c'est jacobin.

Cette fois, le parti qu'on croyait terrassé releva la tête, et des rixes ensanglantèrent le théâtre Feydeau. Un soir, un coup de pistolet fut même tiré dans la salle, sans, par hasard, blesser personne. Ce fut le signal de la fin de la réaction thermidorienne.

Pendant que ces rapsodies occupaient les scènes secondaires, il ne faut pourtant pas oublier que des œuvres sérieuses étaient représentées au Théâtre-Français : le Lévite d'Ephraïm, tragédie en cinq actes et en vers, de N. Lemercier; le Tartufe révolutionnaire, comédie du même auteur ; YAbufar, de Ducis, ta plus poétique de ses tragédies; la Paméla, de François de Neufchâteau. Toutes ces pièces furent jouées en 1795. L'année suivante parurent deux assez bonnes comédies d'Alex. Duval : la Jeunesse de Richelieu et les Héritiers, et l'année 1797 fut signalée par quatre productions dramatiques qui ont gardé une

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certaine valeur : Agamemnon, tragédie de Lemercier; la Prude, comédie du même auteur; la Mère coupable, drame de Beaumarchais, complément de cette belle trilogie dont les deux premières parties sont le Barbier de Se'vilte et le Mariage de Figaro,- enfin Médiocre et rampant, comédie en cinq actes et en vers de Picard,

Le calme ne fut pas long, et ce fut encore Martainville qui, à-l'occasion des élections de 1797, fitjouer les Assemblées primaires ou les Election;. Martain ville mettait en scène le balayeur du comité révolutionnaire et lui faisait exprimer ses doléances en ces termes:

A balayer le comité.

Je prenais bien d'ia peine;

Mais, je peux dire, en vérité.

Qu'elle était toujours vaine.

Tout était propre à s*y mirer.

Grâce aux pein' les plus dures ;

Mais des qu'les membres v'naient d'entrer,

11 était plein d'ordures.

Peut-être le gouvernement n'eût-il [tas répondu à des provocations aussi directes, si à cette affaire isolée n'était venue se joindre une guerre générale de couplets et de faetums, guerre insoutenable, plus dangereuse mille tois dans un pays comme le nôtre qu'une attaque directe et armée. La réaction thermidorienne avait pu être étouffée, et voici que de nouveau la cause des libertés était compromise par les lazzi de quelques joyeux insouciants ; car, que l'on ne s'y trompe pas, à cette époque rie dévergondage moral, les ennemis du Directoire n'étaient les amis que d'eux-mêmes pour la plupart, et, s'ils attachaient une cocarde blanche à leur boutonnière, c'était par désœuvrement, comme de nos jours les dandys y attachent leur carte de sport. Le Directoire crut donc nécessaire de sévir et il sévit vigoureusement. Le 18 fructidor eut raison de toute opposition. La prison, la déportation à Cayenne notamment, firent succéder un silence de mort aux criaillements de la veille. Cette mesure est appréciée ailleurs, 'et nous ne sortirons pas du cadre que nous nous sommes tracé.

La verve des chansonniers et des vaudevillistes, bridée par les lois de fructidor, se retourna contre les particuliers, et la guerre qu'on no pouvait plus faire au gouvernement, ou la fit aux mœurs. Certes, jamais coup d'œii pareil ne sera donné à contempler aux générations futures. On vit alors des bouleversements subits de fortunes, du jour au lendemain ; toi s'éveillait pauvre, qui la veille était riche, tel s'éveillait dans un hôtel somptueux, qui volait pour vivre la veille. Lo jeu de Bourse venait d'être inventé. Sur les marches boiteuses d'un escalier qui fait face à la rue Vivienne, le Perron, comme on l'appelle, se tiennent les arbitres de la fortune publique qui dirigent la hausse ou la baisse à leur gré et, suivant la puissante expression d'un écrivain du temps, ■ tâtent le pouls de la fortune pubiique moribonde et en disposent, ■ semant des bruits faux, les démentant, poussant le louis, chose invraisemblable, jusqu'à 23,000 livres (G juin 1796). Et cela se comprend : plus de numéraire ; du papier, du papier, rien que du papier. Mercier, dans son Tableau de Prais, nous donne le costume de ces maîtres de l'agio : redingote bleue, chapeau rond, boites luisantes, mâchonnant le cure-dent, gourmandant de l'oeil toute l'infanterie d'agioteurs en sous-ordre, dont l'uniforme est un bonnet à poil de renard. Que de fortunes faites et défaites 1 Que de parvenus qui savaient à peine lire, qui hier encore brossaient les habits de leurs maîtres, sont aujourd'hui millionnaires I Et comme cela ne peut manquer d'arriver pour ces intelligences mal dégrossies auxquelles la fortune tombe par surprise, c'est le triomphe de la vie brutale et matérielle, le règne de la goinfrerie, le dévergondage du luxe bête et grossier.

La comédie devait s'emparer de ce monde étrange. Ce fut l'auteur du Souper des jacobins qui tailla sa plume le premier. L'Agioteur est une honnête comédie en vers ; un personnage y porte un nom qui sent son grec ù'une lieue, Crusophile. A coté de tirades sentimentales, sur lesquelles nous glisserons, il y a des vers assez amusants, car V Agioteur est en vers :

On trouve du café chez plus d'un chapelier; Voulez-vous des chapeaux ? Allez chez l'épicier. J'achetai mes souliers chez mon apothicaire, Et mon voisin, qui fut autrefois avocat, Tient du poivre et du suif, du sucre et du tabac. .- Je tiens tout, je vends tout, des bijoux et du vin, Du sel et du coton, des mouchoirs et du pain, De lu poudre et du drap, du sucre et des chandelles, Des livres et du fer, du beurre et des dentelles, Du fil et du Bnvon, du suif et des tableaux. De l'huile et du café, du poivre et des chapeaux. Nous n'analyserons pas la pièce, purement opisodique. Nous avons hâte d'arriver au type capital de l'époque, à Mme Angot. C'est Maillot qui l'a créé. A/m° Angot, ou la Poissarde parvenue, incarne grotesquement la femme de ce temps tout à coup élevée au pinacle de la fortune et faisant jurer son éducation boiteuse avec son nouveau rang. Il a été fuit dans le Grand Dictionnaire une analyse de Mme Angot, en tant que type. Nous n'avons donc a parler ici que de l'œuvre théâtrale. Toute l'intrigue roule sur ceci : la fille de Mme Angot est courtisée par un soi-disant chevalier qui n'a rien de vrai, pas même ses

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mollets. Tout le comique est dans le détail et dans le dialogue. Queue magnière! Queue galantise/ s'écrie Mm« Angot, reconnaissant dans le chevalier de La Girardière son futur gendre. Et comme elle ne veut pas rester en reste, elle gourmande son domestique : ■ I! faut leur s'y montrer qu'on a zeu de l'éducation comme il faut I • Le rêve de Mmo Angot a aussi son charme :

L'sapeau z'au ballon,

Au cou l'médaillon,

Ruban pour ceinturon,

Riches blouques penclanles!

Et lorsqu'elle se trouve mal, repoussant le flacon de sels : « Non, non I donnez-moi plutôt une goutte d'eau-de-vie, > Tout, dans cette excellente bouffonnerie, est frappé au coin delasincéiitéetde la belle humeur. Mais tout en attaquant les nouveaux enrichis, tout en les personnifiant dans M»" Angot, l'auteur ne nous en donne pas moins son héroïne comme s'étant honnêtement enrichie dans le commerce de la morue. Il y a là un défaut, et la pointe s'émousse. N'importe, l'impulsion était donnée; elle ne s'arrêta pas. De même que pour les janots et les Jocrisses, une nuée us vaudevillistes s'empara du type de M me Angot. Jl/mo Angot au sérail de Constantinople est la meilleure de ces continuations. Un joli couplet mérite d'être cité. Une femme de chambre enrichie se demande quelle robe elle mettra pour aller au bal. Elle est fort perplexe. Elle chante :

Metlrai-je ma robe de basin Ou ma grande sultane?...

Aimez-vous mieux celle de satin Que celle en tarlatane?

Passerai-je ma robe lilas,

Ou mettrai-je ma robe brune?

— Tu n'avais pas tous ces embarras Quand tu n'en avais qu'une !

répond à part lui l'interlocuteur, résumant la pensée de toute la salle.

Deux autres comédies sur les mœurs du jour méritent encore une mention : les Modernes enrichis, de Pajoulx, représentés en 1797 sur le théâtre de la République. On y voit un grand dadais grotesque qui singe l'incroyable et s'habille

Le cou dans une nappe et le corps dans un sac; • il s'appelle Victor de son petit nom et se fait appeler de Saint-Victor; trait caractéristique qui indique combien se relâchait la sévérité des lois qui avaient imposé à tous le titre de citoyen, comme un niveau égalitaire.

La seconde comédie, V Entrée dans lemonde, do Picard, jouée en 1799, ne s'attaque aux nouveaux enrichis qu'épisodiqueinent. Un ancien laquais fait l'homme d'importance et le moraliste :

... Chez qui voyons-nous aujourd'hui la richesse? Chez des sots parvenus, chez des hommes de rien, En débauches sans nombre épuisant tout leur bien ; Des bonnes mœurs, des arts, aucun ne se soucie.

Hàton.s-nous de terminer cette nomenclature. Nous réservons pour la fin le seul grand nom que cette époque ait vu se produire au théâtre. Finissons-en d'abord avec les actualitésetles comédies de circonstance. Le temps inarche rapidement et les esprits perspicaces voient dans l'avenir la chute prochaine du Directoire. Bonaparte est en Egypte. En reviendra-t-ii ? La guerre est partout, et nos soldats nu-pieds, volés par les fournisseurs des guerres, gagnent victoires sur victoires. Le vaudeville laissera-t-il passer cela? Voici comment il fait parler un gros fournisseur :

Notre pays s'est agrandi

Et mon ventre s'est arrondi.

Ces chers enfants de la Victoire, ' Je les fais marcher a Ea gloire

Sur des semelles de carton.

Pour comble de malheur, il y eut un fournisseur des guerres qui s'appelait Rapinat. D'où le quatrain à jamais célèbre :

Le bon Suisse qu'on assassine Voudrait au Tnoins qu'on décidât Si Rapinat vient de rapine Ou rapine de Rapinat.

L'heure du 18 brumaire a sonné. Trois jours après le coup d'Etat, le théâtre Favart jouait les Mariniers de Saint- Cloud, par Sewrin, écrivain qui n'avait pas perdu de temps. On peut, dès cette première pièce, prévoir ce que va devenir le théâtre pendant toute une période : une longue flagornerie, précédée, comme du temps de la réaction thermidorienne, d'une continuelle insulte au pouvoir tombé. Après le théâtre Favart, le théâtre du Vaudeville joua la Girouette deSainl-Chud ; mais les auteurs s'étaient mis a six pour aller aussi vite que Sewrin tout seul; Barré, Radet, Desfontaines, Dupaty, Bourgueil, Maurice Séguier mirent la main à cette pâte indigeste. Le théâtre des Troubadours suivit de près le théâtre du Vaudeville par : Une journée à Saint-Cloud ou la Pèche aux jacobins, due à l'active collaboration de MM. léger, Chazet et Armand Gouffé. Tout ce inonde d'hommes de lettres se rue comme une meute sur le cadavre encore chaud de la République; car qu'est la République après lo 18 brumaire? Tout ce monde rivalise à qui léchera le mieux lu main du triomphateur. Et l'effronterie se mettant de la partie, ils inventent un personnage, Tourniquet (la girouette de Saint-Cloud), l'homme qui a tourné à tous les vents politiques, depuis le début delà Ré-

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volutiou, et ils lui jettent au nez, dans un couplet de facture, ses différentes volte-face : Chaumetiste, Maratiste, Royaliste, Anarchiste, Hébertiste, Danton iste, Babouviste, Brissotin, Girondin, Jacobin, Il n'insiste. Ne persiste jamais, Mais Il suit tout à la piste.

Ce clubiste Se désiste, Sans effort.

En faveur du plus fort.

Au point de vue littéraire, tout cela est nul absolument. Nous citerons deux autres couplets. C'est do l'histoire mise en vers à coups de dictionnaire de rimes; d'abord le retour du maître :

La ftiite en Egypte jadis Conserva le Sauveur des hommes.

Pourtant quelques malins esprits En doutent au siècle où nous sommes.

Mais un fait bien sur en ce jour, Du vieux miracle quoi qu'on pense, C'est que de l'Egypte un retour, Ramène un sauveur a la France.

Voilà donc Bonaparte passé à l'état de Christ. Le général arrive, et si vous voulez savoir en huit vers le dénoûment de la situation, la Journée de Saint-Cloud vous le donne en ces ternies :

Nos soldats sans verser de sans Font bientôt maison nette.

Le poignard devient impuissant

Contre la baïonnette. '

Plus d'un conspirateur troublé,

Prévenant sa défaite, A, sur l'air du pas redoublé, Battu vite en retraite.

Jamais l'écrivain dramatique n'est descendu plus bas qu'à'cette triste époque, et n'a plus effrontément compromis sa dignité.

Un homme d'esprit, Dupaty, ayant donné le S7 février 1802, à l'Opéra-Comique, avec Dalayrac, un petit acte, Y Antichambre ou les Valets entre eux, il faillit lui en coûter cher. On voyait dans cette pièce deux fripons , vrais Seapins de théâtre, Picard et Laiîeuv, se présenter comme gens de qualité chez un certain Felval, dont ils ont guigné l'un la fille, l'autre la nièce, tous deux la forturre. Leur plan est découvert, et l'intrigue ourdie se retourne contre eux. Une contre-mine s'organise. Au lieu de M. Belval, c'est un laquais de ce dernier, vêtu en riche bourgeois, qui les reçoit et, finalement, les berne à qui mieux mieux. La pièce était la continuation du genre des Madame Angot, un agréable persiflage des nouveaux enrichis. Le premier consul prit cola pour lui, et tous ces parvenus d'une grande flexibilité d'échîne, qui meublaient la nouvelle cour, se crurent joués, h' Antichambre n'eut qu'une seule représentation. Dupaty, sous un prétexte de dette envers le service militaire, fut arrêté, jeté dans un fourgon entre deux gendarmes, expédié à Brest et confiné sur un ponton, ni plus ni moins qu'un forçat, en attendant qu'on l'incorporât dansl'expédition àeSaint-Domingue. Il ne fallut pas moins que la protection de Joséphine de Beauharnais pour délivrer, au bout de plusieurs mois, le pauvre écrivain. 11 recouvra enfin la liberté, très-corrigé par cette dure leçon, on peut le croire. Encore tout ému, il saisit la plume, changea le scénario et jusqu'au titre. Au lieu de V Antichambre, la pièce devint Picaros et Diego ou la Folle soirée, et elle se passa en Espagne, chez M. Guzman, au lieu de se passer chez Belval.

La mésaventure de Dupaty n'empêcha pas Alexandre Duval, un écrivain prudent s'il en fut.de faire jouer Edouard en Ecosse. D.ival avait trouvé dans ce roi errant et poursuivi un personnage intéressant au théâtreet peutêtre n'avait pas songé à un rapprochement quelconque entre Edouard et^Louis XV111; il lut, avant la représentation, sa pièce chez Chaptal, alors ministre de l'intérieur, qui n'y aperçut rien de séditieux. Mais à la représentation, les émigrés, qui venaient de rentrer en France, se portèrent en foule au théâtre et ne virent dans la pièce qu'une suite d'allusions flagrantes. Ce furent des trépignements d'enthousiasme et des bravos. Le lendemain , Alexandre Duval recevait les cartes et les félicitations de toute la noblesse de France. Il courut aussitôt chez le ministre de la police, Fouché, qui ordonna des coupures, et le premier consul résolut d'assister à la seconde représentation. Le hasard voulut que précisément en face de sa loge se tint, dans la loge parallèle, le quartier général royaliste, commandé par de Choiseul. Ce soir-là, ce fut un déchaînement. Le front de Bonaparte se rembrunit et, en quittant le théâtre, il ordonna la suspension de la pièce. Duval, épouvanté, redoutant le sort de Dupaty, s'enfuit en Russie, estimant que jamais un trop grand espace ne le séparerait de son redoutable ennemi. Il parvint à rentrer un an après (1803) , alors qu'on ne son-

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geait plus à Edouard en Ecosse. Reprenant la plume, il donna au Théâtre-Français Guillaume le Conquérant. Cette fois, l'auteur avait longuement élaboré son œuvre, et la censure l'avait épluchée comme la censure sait le faire. Le jour de la représentation arrive. Les deux premiers actes marchent" sans encombre. Au troisième, on entonne la Chanson de Itoiand, musique de Méhul :

Mais j'entends le bruit de son cor, Qui résonne au loin dans la plaine...

Eh quoi 1 Rorand combat encor?

11 combat! O terreur soudaine!

J'ai vu tomber ce fier vainqueur; Le sang a baigné son armure.

Mais, toujours Adèle à l'honneur.

Il dit en montrant sa blessure :

« Soldats français, chantez Roland.

Son destin est digne d'envie.

Heureux qui peut, en combattant, Vaincre et mourir pour sa patrie ! «

II fallait être bien pénétrant pour voir là une allusion au premier consul préparant son expédition contre l'Angleterre et une prophétie .de mauvais augure! Le conquérant prévenu, et qui n'avait pas oublié Edouard en Ecosse, interdit de même Guillaume. La pièce de Tékéli ou le Siège de Montgats, parGuilbert de Pixéréoourt, dans laquelle un magnat hongrois errait de chaumière en chaumière, traqué par l'Autriche, eut le sort de Guillaume. Toujours l'allusion.

Un seul homme tint tête héroïquement; ce fut Népomucène Lemercier. C'est par lui que nous terminons l'histoire de cette période qui, commencée en pleine liberté, s'éteint peu k peu, sous la machine pneumatique du pouvoir arbitraire. Lemercier, pour avoir refusé, aux sollicitations du premier consul, de dénouer sa tragédie de Charlemagne (1803) par le couronnement de ce monarque comme empereur, perdit son crédit et toute espérance de succès. Dès ce jour, la plupart de ses pièces tombèrent sous les cabales. Ce trait de .Bonaparte, demandant à un poste de préparer, par un dénoûment de théâtre, la voie à Napoléon, est caractéristique.

— Le théâtre en France pendant l'Empire (180-4-18H). Nous avons vu les différentes phases de la Révolution imprimer à notre théâtre les caractères les plus variés et les plus contradictoires. A côté des pastorales idéalisées de 1789, nous avons vu venir s'abattre les comédies dévergondées, mais libres au moins, dans la périodede 1792 à 1794. Nous avons assisté aux efforts de la réaction thermidorienne essayant de dépopulariser par lo théâtre les hommes tombés au g thermidor et, par contre, de ruiner la Révolution, efforts un instant anéantis par le Directoire. Puis nous avons vu le 18 brumaire faire son entrée dans l'histoire et ce que le théâtre devint dès l'apparition de Bonaparte : une école de flatterie sous peine de mort, c'est-à-dire de clôture du théâtre, d'arrestation de l'auteur, etc. Le 18 mai 1804, un sénatus-consulte proclamait l'Empire, et le lendemain 19 le Théâtre-Français donnait Pierre le Grand, tragédie en cinq actes de M. de Carion-Nisas, camarade de Bonaparte à l'école de Brienne et ex-officier de cavalerie, auteur d'un Montmorency joué sans succès en 1S02. On voulut voir dans cette pièce, qui arrivait juste le lendemain de la création de l'Empire, une intention; cependant, bien que le sujet soit une victoire remportée par un empereur sur des sujets rebelles, la pièce n'est pas précisément de circonstance. 11 s'agit de la révolte d'Alexis Petrowitz, chef du vieux parti moscovite et fils du czar Pierre le Grand, contre son père, de la défaite du parti et delà lin tragique du jeune chef? Mais l'Empire une fois prévu, il est probable que l'auteur sut retoucher son œuvre dans le sens le plus agréable au nouveau pouvoir et à la pompe despotique qu'il commençait à étaler. On ne s'y trompa point, et un fait, devenu bien rare, se produisit: un groupe de jeunes libéraux, dernière légion de la liberté expirante, parvint à remplir le parterre le soir de la première représentation, résolu à faire courageusement la seule protestation possible contre le nouvel état de choses. Ce fut une soirée mémorable. Nonseulement la salle était comble, mais encore une foule nombreuse assiégeait les portes et, ne pouvant entrer, stationna "jusqu k minuit danslarue, recevant des bulletins de ce qui se passait à l'intérieur et se mettant .par ses cris à l'unisson du sentiment général. La pièce était fort bien montée : Talma jouait Pierre, Monvel le patriarche de Moscou. Par elle-même, elle n'avait qu'une valeur relative; c'était une œuvre toute classique, avec la haine du mot propre et la recherche acharnée de la périphrase. On y disait l'Arabe pour le Turc, le Bosphore pour la Turquie, les Germains pour les Allemands. Les seuls vers un peu bien frappés, triste hasard pour lu malheureux auteur, pouvaient précisément se retourner contre le nouveau pouvoir et paraissaient une ironie calculée: < Etrangers, s'écrie Pierre,

Etrangers, Us amis de mon peupte et les miens, Esclaves qui par moi deviendrez citoyens, Je rends avec la paix k bonheur à la terre. Reprenons les travaux que suspendit la guerre. Ses stériles lauriers ont pour moi peu d'appas; Je la hais, je la fuis, mais je ne la crains pas. Charles mit son honneur à ravager le monde; Il détruisit, je crée; U renversa, je fonda!»

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Le parterre éclata au dernier vers ; les comédiens ne purent aller jusqu'au bout, et Monvel, s'avunçant vers la rampe, ayant demandé au public : • Faut-il continuer? » La salle tout entière répondit d'une seule voix : « Non, non. » Le pouvoir ainsi insulté, combattu se vengea en faisant pratiquer le plus grand nombre d'arrestations possible. La force armée envahit la salle et fit, main basse sur les spectateurs. Le lendemain , les comédiens reçurent l'ordre de donner la deuxième représentation de Pierre le Grand; mais le vacarme recommença, et la troisième représentation annoncée n'eut pas lieu. Pierre le Grand ne fut qu'un accident, qu'une protestation isolée; l'Empire n'en poursuivit pas inoins sa carrière, effrayant ceux qu'il n'éblouissait pas, et les beaux jours d'adulation, dont le Consulat avait été marqué, luirent de nouveau sur notre théâtre. Chénier, l'auteur de Charles IX, le tribun, l'ami de David, subit l'entraînement. Le couronnement de l'empereur eut lieu le 2^ décembre 1804, et lo 8 décembre le Théâtre- Français donnait le Cyrus de Chénier, tragédie avec couronnement final. Le vieux républicain, pour mettre en repos sa conscience, spécifiait, il est vrai, le programme à suivre dans le rang suprême. Le serment de Cyrus, couronné, mérite d'être transcrit : « Je jure, dit-il,

D'obéir à la loi, d'aimer la vérité, De donner pour limite à mon autorité Ce qui peut l'affermir : la justice éternelle, Les intérêts, les droits du peuple qui m'appelle; D'aller chercher, d'atteindre en versant des bienfaits L'infortune muette et les malheurs secrets; Père des citoyens, juge pour les entendre, Roi pour les gouverner, soldat pour les défendre , D'illustrer le pouvoir déposé dans mes mains, De respecter les dieux, de chérir les humains, De régner par l'amour et jamais par la crainte, Fidèle sur le trône il la liberté sainte, Don qui nous vient des cieux, base des justes lois, • Premier besoin du peuple et soutien des bons rois.

Sauf le défaut de couleur locale (Cyrus jurant de re'specter la liberté, fort inconnue de son temps), c'étaient là de beaux vers, c'était là un noble langage, et nous serions près de nous étonner que le gouvernement impérial n'ait pas arrêté les représentations de Cyrus comme subversives. Ne faut-il pas voir aussi une ironie amère dans ce vers :

Fidèle sur le trône a la liberté sainte.

Nous le croyons. 11 s'ensuivit que Cyrus eut un succès négatif qui ne satisfit personne. Le gouvernement n'y trouvait pas son compte, et les libéraux trouvèrent Chénier bien tiède, presque apostat. Cyrus fut la dernière pièce publiée du vivant de Chénier. Le poète, découragé, se renferma dans une solitude somlire et composa Tibère, pièce trop peu connue, où passe comme un soufile de Tacite. (in y retrouve le langage d'un grand poète . en même temps que celui d'un citoyen. Il explique ainsi ce que c'est que régner:

Un seul, maître de tous, ordonnant de leur sort Et permettant la vie ou prescrivant fk mort. Un seul 1 et les Romains tremblent devant un homme ! Les Romains! où sont-ils? Dans les tombeaux de Et que sont désormais les pères de l'Etat? [Rome. Un fantôme avili qu'on appelle sénat.

O lâches descendants de Dèce et de Camille 1 Enfants de Quintius I postérité d'Emile!, Esclaves accablés du nom de leurs aïeux, . Us cherchent tous les jours leur avis dans mes jeux. Réservant aux proscrits leur vénale insolence, Flattent par leurs discours, flattent parleur silence, Et, craignant de penser, de parler et d'agir, Me font rougir pour eux sans même oser rougir.

On dit que Talma, vers la fin de sa vie, presque mourant, avait conçu le projet de créer Tibère, de jeter en plein théâtre ces vers superbes. La mort en décida autrement. D'ailleurs, le gouvernement qui succéda à l'Empire n'eût probablement pas souffert davantage la représentation. Tibère fut joué seulement le 15 décembre 1843.

En dehors de Chénier, le théâtre ne comptait alors que deux noms : Lemercier, républicain dès l'origine et qui ne dévia jamais; Ducis, royaliste en pleine Terreur, demeuré inflexible et que jamais Napoléon ne put s'attacher. Mais Ducis ne produisit rien sous l'Empire. Nous avons vu, en 1803, Lemercier refuser de- dénouer su tragédie de Charlemagne par un couronnement d'empereur. Une cabale Impérialiste s'en vengea en faisant tomber Isule et Orovèse, joué la même année. Cependant, Lemercier était lié d'amitié avec le premier consul. Quelques jouis avant que Bonaparte lût couronné, Lemercier lui écrivit cette lettre :

« Bonaparte, car le nom que vous vous Êtes fait est plus mémorable que le titre qu'on vous fait, vous m'avez permis d'approcher assez de votre personne pour qu'une sincère affection pour vous se mêlât souvent à mon admiration pour vos qualités. Je suis donc profondément affligé de ce qu'ayant pu vous placer dans l'histoire au rang des fondateurs, vous préfériez être imitateur. Mes sentiments particuliers, plus que votre autorité, me font, à dater de ce jour, une obligation de me taire. Les vertus de la France parleront pour sa liberté de siècle en siècle. Je fais passer à M. de Lacépède mon brevet de la Légion d'honneur , ne pouvant m'engager par serment à rien de plus qu'à me soumettre aux

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lois, quelles qu'elles soient, qu'adoptera mon pays. » Voilà pour le citoyen; quant k l'auteur dramatique, Lemercier fut certainement un de ceux qui contribuèrent à l'émancipation de l'art. Venu à une époque de transition, il est tombé dans un oubli injuste. Victor Hugo, le chef du romantisme et son successeur à l'Académie, a rendu justice au poète d' Agamemnon et de Pinto. Voici ce que Lemercier lui-même disait dans la préface de cette dernière œuvre : « Mon but, en composant la comédie de Pinto, a été dé dépouiller une grande action de tout ornement poétique qui la déguise, de présenter deux personnages parlant, agissant comme on le fait clans la vie, et de rejeter le prestige, quelquefois infidèle, de la tragédie et des vers. Heureux, après m'être efforcé dans Agamemnon de prouver mon respect pour les lois de Melpomène, si je pouvais ouvrir une route nouvelle au théâtre, où l'on suit trop souvent les ornières des chemins battus. » Il y avait loin de «es principes à ceux de M. Luce de Lancival, par exemple, et des coryphées de la littérature impériale, MM'. Baour-Lormian, Briffant et autres, troupeau servile d'imitateurs sous la main desquels le théâtre s'en allait mourant. Lemercier vint trop tôt et fut impuissant à combattre des ennemis nombreux et qui renaissaient, pour ainsi dire, de leurs cendres, sans avoir cependant rien de commun avec le phénix. Ajoutez à ces résistances du vieux parti littéraire routinier l'arbitraire impérial, ombrageux à l'excès, et qui ne souffrait au théâtre aucune œuvre qui ne fût entièrement composée sous ses auspices, qui enchaînait la pensée, en un mot, et on verra ce qu'un novateur comme Lemercier pouvait faire. Christophe Colomb, le dernier drame qu'il donna sous l'Empire, ne fut pas plus heureux que se3 aînés. Quelques scènes de tumulte ayant eu lieu au parterre, le pouvoir interdit cette pièce qui, bravant toutes les routines du vieux théâtre, ne laissait guère plus rien à faire aux innovations des romantiques. Nous retrouverons Lemercier en étudiant le théâtre sous la Restauration, car il fut sur la brèche jusqu'au dernier moment.

En dehors de Lemercier, on ne peut guère citer que : Raynouard, l'auteur des Templiers (1805), tragédie consciencieusement faite, sans grand souffle, mais animée des meilleuresintentions; Baour-Lonnian et son Omasis ; Aignan et sa Brun'ehaut; Brifaut et son Ninus II.

Abordons maintenant la série des pièces, oubliées depuis, qui se succédèrent sous cette ère impériale si brillante en victoires, si riche en moissons d'hommes, si pauvre en littérature. Le pouvoir, qui se souvenait de la soirée orageuse de Cyrus, où une poignée de libéraux lui avait tenu tête, y mit ordre par un grand coup. En juin 1806, deux jeunes gens ayant fait un peu de bruit au théâtre de Rouen, Napoléon écrivit lui-même à Fouché la lettre suivante :

> Ceux des jeunes gens qui ont fait tapage au spectacle de Rouen, qui ne sont pas mariés et qui ont moins de vingt-cinq ans, seront envoyés au 5» de ligne qui est en Italie. Faites-les mettre sur-ïe-champ en marche. En vivant avec les militaires, ils apprendront à les connaître et verront que ce ne sont pas des sbires. » On peut lire cette lettre dans la Correspondance de Napoléon /er, i„es spectateurs ainsi. prévenus, la censure organisée sur une grande échelle, l'œil du maître planant au-dessus de tout cela, Napoléon attendit paisiblement qu'un Corneille parût et illustrât son règne.

Pour commencer la campagne, le monopole théâtral fut rétabli (décret de 1807). Les théâtres furent réduits à neuf: Théâtre-Français, théâtre de l'Impératrice (installé k l'Odéon et composé de 1 ancienne troupe de Louvois), Opéra, Opéra-Comique, Opéra-Bouffe, Vaudeville, Variétés, Gaîté, Ambigu. Du même coup, quinze théâtres se trouvèrent supprimés et ruinés. En voici les noms : Théâtre sans prétention, théâtre Molière, rue Saint-Martin ; théâtre de la Cité, Boudoir des Muses (rue Vieille-du-Tempie), théâtre du Marais, rue Culture-Sainte-Catherine; théâtre des Jeunes-Elèves, rue Dauphins; théâtre des Jeunes-Artistes, rue de Lanery; théâtre des Jeunes-Comédiens, sur l'emplacement de la rue de la Faix; théâtre des Nouveaux-Troubadours, boulevard du Temple; théâtre de lu Victoire , théâtre de la rue du Bac, théâtre Mareux, théâtre du Panthéon, théâtre de l'Hôtel des Fermes, rue de Grenelle-Saint- Honoré, et théâtre de la Jeune-Malaga, boulevard duTemple. Le décret parut le 2t> juillet, et il enjoignait aux théâtres condamnés d'être fermés avant le 15 août de la même année. Délai de quinze jours; pas un sou d'indemnité; ruine des directeurs, ruine surtout des malheureux dont ces théâtres étaient l'unique gagne-pain, artistes, ouvreuses, machinistes. Tel fut le résultat du premier décret du grand organisateur qui voulut discipliner l'art, après avoir discipliné la France. Aux théâtres restés debout, ajoutons le Cirque et les Jeux-Gymniques, mais seulement pour mémoire , les attributions de ces théâtres n'ayant rien de littéraire et ne devant, par conséquent, pas nous occuper autrement.

Nous esquisserons rapidement l'historique de ce théâtre, qui ne fut qu'une longue palinodie. Trois vaudevillistes, bien connus pour faire rimer gloire et mémoire, laurier et guer-

rier, pour crier au besoin : Chantons le conquérant illustre! ou bien : Chantons le retour des Bourbons! voire même : Chantons la grande République, Barré, Radet et Desfontaines, ouvrent la marche. Le Rive ou la Colonne de Rosbach, joué en 1806, à propos de la victoire d'Iéna, va immédiatement édifier sur la littérature qui régna dix ans en France et qui pouvait seule fleurir sous le règne d'un despote tel que Bonaparte.

Ce qu'il y a tout d'abord k remarquer dans le Rêve ou la Colonne de Rosbach, c'est que les auteurs, tout en fêtant « l'illustre guerrier» d'Iéna, ne pouvaient s'affranchir de la préoccupation déjà incessante k cette époque, la paix. Le couplet suivant en est la preuve :

Vous verrez qu'il était divin.

Cet abbé de Saint-Pierre

Qui rêva qu'un beau jour, enfin, On n'aurait plus de guerre.

Le héros réalisera

Une fable aussi belle,

Et sa valeur nous donnera La paix universelle.

Cette interprétation d'une victoire ne manque pas d'une certaine habileté. Cette tendance vers la paix, expression du vrai sentiment qui dominait alors, se retrouve encore dans une autre pièce, les Voitures versées, As Dupaty. C'était presque audacieux pour l'époque ; aussi Dupaty fut-il toujours en froid avec le pouvoir.

Un autre sentiment peut être relevé dans le Rêve; c'est la haine de l'Anglais, qui commence k revivre, de l'Anglais sans cesse ridiculisé, dans son costume et dans son parler. Dans un couplet agressif, un personnage, «'avançant vers la rampe, après avoir, sur l'air depuis célèbre du Sénateur de Bérnnger, établi le rôle de l'Angleterre, excitant, suivant lui, la guerre et demeurant passive, se gavant dans son gtteet de bière "et de rosbif, ujoutnit d'un ton menaçant :

Mais bientôt viendra son tour.

Et nous donnerons un jour,

A l'Anglais bien repu.

Un dessert à l'impromptu.

Et le parterre de battre des mains. Après la menace, le ridicule. Désaugiers en 1807, dans Un dîner par victoire, faisait chanter à un tils d'Albion (premier comique), à propos do la paix de Tilsitt, avec l'accent exagéré qui est de tradition :

Mon pays, avec la France,

11 s'est jamais entendu.

Quand l'un pleure, l'autre danse;

Quand l'un bat, l'autre est battu;

Et parce que lo Angleterre

11 fait la guerre sur l'eau, La France il vient de faire La paix sur un radeau.

Ce titre, d'ailleurs, de Un dîner par victoire, indique déjà qu'à un an de distance l'opinion avait profondément changé et que l'entraînement était général. Le 2 janvier 1S07, Baour-Lormian, s adjoignant trois musiciens, Winter, Lesueur, Persuis, faisait jouer k l'Opéra l'Inauguration du temple de la Victoire, qualifié sur l'affiche d'intermède mêlé de chant et de danse. Le branle est donné. Dans les vers de Baour-Lormian, ■ les foudres remis au héros n'attendent, pour gronder encore,

Que le signal du chef qui commande aux destins. Napoléon passe.'ttemi-dieu, et'même dieu entier :

Déjà l'aigle déploie L'éclair de son vol souverain, Et Jéjà. ses serres d'airain Déchirent les flancs de sa proie.

La même année, l'Opéra donna le Triomphe de T/'aj'nn, par Esmétiurd, que les lauriers de Baour-Lormian empêchaient probablement de dormir. La pièce était d'une valeur liuér;iire presque nulle; c'était l'éternel langage boursoullé et de convention dont nous avons parlé déjà maintes fois. Toujours la haine du mot propre, la recherche de la périphrase, se retrouvant jusque dans les noms de peuple. On y voyait la Dacie pour la Prusse, les Sarmales pour les Polonais, les Scythes pour les Russes. Quant au fond de l'œuvre, c'était tout simplement le célèbre trait de clémence de Napoléon, tant cité parce qu'il est unique dans l'histoire du conquérant. Napoléon était a Berlin quand on saisit une lettre adressée par le prince de Hatzfeld, chef de l'administration municipale de la ville, aux généraux prussiens. Le prince allait être traduit devant une commission française dont l'arrêt, arrêt dû mort, n'était pas douteux, quand sa femme nlla se jeter aux pieds de l'empereur en demandant sa grâce. « Eh bien 1 dit Napoléon ému, jetez au feu cette malheureuse lettre I » Dans l'œuvre d'Esménard, les noms de Napoléon, Hatzfeld, etc., trop vulgaires sans doute aux yeux du malheureux poète, étaient avantageusement remplacés par ceux de Trajan, Sigismar, Décébale et Elfride. C'est ainsi qu'alors on entendait le genre sérieux et élevé. Puis l'auteur était très-pressé. Napoléon allait si vite en victoires que ses poètes ordinaires, semblables k la FJipote du grand Molière, • avaient peine aie suivre. » Cette précipitation d'Esménard dans son travail peut seule aussi expliquer et excuser le plagiat, très-franc d'ailleurs, de son Invocation au Soleil, calquée sur le prologue de l'Hé-

stone de Danchet. L'époque fournit, d ailleurs, plus d'un exemple de cette nature, et les écrivains se le rendaient. Ce n'était plus plagiat, mais simplement emprunt.

Rougemont, qui signait de Rougemont, bien, plus oublié encore qu'Esménard, mérite aussi une mention. Tour à tour passant du grave au doux, sans jamais néanmoins perdre de vue un but unique, la louange du maître, tantôt, dans le Mariage de Charlemagne, il remonte aux âges anciens pour célébrer l'union de Marie-Louise avec l'empereur; tantôt, dans un modeste vaudeville en collaboration, il nous présente la nouvelle impératrice sous une image. qui perdrait trop à être analysée :

Voyez cette charmante fieur,

Dont la tige en l'air se balance,

Quitter le jardin enchanteur

Où naguère elle prit naissance.

Sur ce gage d'un doux accord

Le bonheur des Français repose.

Jusque sous les glaces du Nord

L'abeille a deviné la rose.

La pièce s'appelle les Fêtes françaises ou Paris en miniature. Un personnage s'avise de trouver que le temps n est pas( sur, et que de gros nuages qu'il aperçoit a l'horizon pourraient bien, en crevant, compromettre les fêtes qui se préparent. Ne crains rien, lui répond majestueusement un compère :

Il est protégé dans les cieux

Comme il est aimé sur la terre 1

En 1811, nouvel événement : le roide Rome vient au inonde. Dupaty, que le pouvoir continue à regarder de travers, saisit l'occasion au vol et parvient, avant tous ses concurrents," à écrire le Triomphe du mois de mars ou le Berceau d'Achille. Kreutzer bâcle làdessus une musiquette, et l'Opéra le joue k toute vapeur. C'est qu'en ce temps-là c'était un véritable steeple-chase k qui, d'entre les écrivains dramatiques, arriverait le premier à célébrer chaque événement relatifkl'auguste maison. Les douze mois de l'année se disputent la prééminence et font valoir à l'appui leurs mérites respectifs. Mars écrase ses rivaux de sa supériorité, ayant eu la gloire de voir naître, sous l'augure de sou nom guerrier, le roi de Rome, etc. Pas un théâtre, cette année-là, ne manqua au tribut. A l'Opéra- Comique, c'est Rougemont (la Fête villageoise ou l'Heureux militaire); au Vaudeville, ce sont Barré, Radet et Desfontaines, les infatigables, dans la Dépêche télégraphique (il s'agit du télégraphe aérien, invention nouvelle alors): aux Variétés, c'est Gentil [l'Heureuse nouvelle ou le Premier venu). Et ce fut ainsi jusqu'à la fin. Ces pièces de circonstance constituent la vraie littérature de l'Empire.

En 1814 brillèrent les derniers éclairs du chauvinisme. Baour-Lormian , resté lidèle à l'empereur jusqu'à sa chute, écrit rapidement un opéra, l'Oriflamme. C'est, comme intrigue, l'histoire de Charles-Martel repoussant dans les champs de la Touraine l'invasion des Sarrasins. Les autres théâtres suivirent l'exemple : l'Ambigu donne aussi son Charles- Martel ou la France sauvée; la Galle, ^Atlippe-Augusle à Bouvines ; l'Opéra-Comique, JJuyard à Mézières ; les Variétés, Jeanne Hachette.Lo Théâtre-Français ayant voulu, lui aussi, jouer sa pièce de circonstance s'arrêta, après avoir longtemps cherché, à une reprise du Siège de Calais de Du Belloy.

fendunt que la tragédie affichait ainsi ses tendances officielles, qu'était devenue la comédie? Quelques hommes la représentaient:

c'étaient Picard, Coliin d'Harleville, Andrieux, Etienne, A. Duval, etc. Nous ne citons que les principaux. Picard a laissé au répertoire la Petite ville et le Collatéral, qui longtemps tirent la joie de nos pères; elles avnient été jouées clans la période précédente (1799 et 1801). Sous l'Empire, il lit représenter : les Tracasseries, la Jeune femme colère, les Susceptibles, les Filles à marier, les Marionnettes, les Ricochets, etc., toutes pièces amusantes et spirituelles, mais sans grande portée comique. Une seule pièce d'Alexandre Du val se jouait encore il y a une quinzaine d'années; c'est la Jeunesse de Henri V (1806), assez faible esquisse qu'il a su tirer d'un drame de Mercier, jugé d'ailleurs impossible par tout le monde, Charles II dans un mauvais lieu. Mercier se plaignit amèrement du plagiat, mais sa voix n'eut pas d'écho.

Etienne n'est plus guère connu, lui aussi, que par la polémique qu'il eut k soutenir à propos de sa comédie, les Deux gendres (1810), qu'on l'accusa d'avoir voléa à un jésuite espagnol, Conaxa. L'accusation, disons-le, était injuste ; Etienne n'a plngié persopne, et si sa comédie rappelle une autre pièce, c'est le Roi Lear do Shakspeare, mais comme Zaïre rappelle Othello. Il serait aussi insensé de dire que le Père Goriot de Balzac n'est pas autre chose que les Deux gendres. C'est la. même idée, soit; mais c'est une idée qui appartient à tout le monde, parce qu'elle est éternelle. L'Antigone de Sophocle est plus vieille encore que le Roitear, et cependant c'est toujours l'idée grandiose do l'amour filial e.tdo l'amour paternel idéalisés. A part les Deux gendres, pièce honnêtement conçue, sagement écrite, mais très-plate, Etienne n'a rien laissé au répertoire. Nous no parlons pas des livrets d'opèras-comiques qu'il donna k Nicolo.

Citons encore Andrieux. et Coliin d'Harle-

THEA

ville, dont les premiers succès, les Etourdis (1787) et le Vieux célibataire (1792), remontaient bien plus haut que la période impériale, mais qui soutinrent leur réputation, le premier surtout par Molière et ses amis

Ce qui manqua a cette époque du théâtre, c'est la vis comica, c'est un génie enfin. Et pourtant chaque matin Napoléon demandait au, grand maître de l'Université, M. de Fontanes : « Eh bien, monsieur, m'amenez-vous un poëte?» — «Si Corneille eût vécu de mon temps, disait-il encore, je l'eusse fait prince. » Napoléon croyait aux poètes pensionnés et mis en cagel Or, c'est précisément dans cette mise en cage qu'il faut voir la cause de la décadence littéraire de cette époque; lorsque la volonté d'un homme bride la pensée, lorsque la censure étouffe jusqu'à la moindre aspiration libre, l'heure est mauvaise pour les génies. N'est-ce pas la censure impériale qui obligeait l'infortuné M. Brifaut à convertir une tragédie espagnole en tragédie assyrienne, et cela uniquement parce que la guerre de la Péninsule venait d'éclater et qu'il n'était plus permis de prononcer le nom d'Espagnols ! Nous allons donner un exemple encore plus éclatant de cet arbitraire tout-puissant; c'était en 1810: Raynouard, l'auteur des Templiers, venait de terminer les Etats de Mois, pièce consciencieuse, qui mettait en scène le meurtre du duc de Guise par Henri III. L'empereur voulut avoir la primeur de l'œuvre. En conséquence, elle fut jouée pour la première fois àSaint-Cloud, le 22 juin. Or Raynouard, dans sa pièce, avait donné un rôle très-flatteur à Henri de Bourbon, et l'auditoire commença a témoigner sa sympathie par un murmure presque imperceptible; c'en fut assez. Le front de Napoléon se rembrunit aussitôt. Mais ce ne fut pas tout : au cinquième acte, Catherine de Médicis essaye de séduire Grillon et de l'amener à assassiner le duc de Guise. Mais, .dit-elle,

Mais comment frapper Guise, a moins de le sur- Crillon! vous m'entendez? [prendre?

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