‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 501 sur 1042 · V. Huao · texte numérisé non relu

V. Huao

Il Action simultanée et tendant au même but- Mettes de {'unité dans vos efforts. Il y a de {'unité dans la vie d'un peupte, dans ta vie du genre humain, comme dans celle d'un homme. (Guizot.) *

— Objet un, non répété, non multiple : Les votes, si l'on néglige tes unités, d'ailleurs très-nombreuses, se sont répartis entre quatre concurrents.

— Thèol. Caractère de la vraie Eglise, admis comme essentiel dans la doctrine catholique, et consistant dans ia profession de la même foi, la soumission aux mêmes pasteurs : \oilà donc le dessein du grand architecte : faire régner i'ugiTÉ en son Eglise et par son Eglise. (Boss.)

— Philos. Syn. de mona.dk , dans le système de Leibniz. Il Unité naturelle, Unité fondée sur la constitution essentielle de l'être, comme l'unité de l'homme ou de Dieu.

— Gramm. ar. Nom d'unité, Nom verbal qui indique que l'action ne se fait qu'une seule fois.

— Liltér. et b.-arts. Qualité d'ensemble

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qui fait qu'une œuvre présente un tout harmonieux, au lieu d'être composée de parties disparates et mal assorties : L'unité est le fond, le principe de toute beauté. (Frayssinous.) Il Unité d'action, Règle dramatique d'après laquelle la pièce entière doit développer une seule action principale, à laquelle sont subordonnées toutes les actions secondaires : /.'unité de l'action est ce que-les anciens respectaient le plus. (Grimm.) Il Unité de temps, Règle dramatique qui exigeait que l'nctiun s'accomplît dans l'espace d'une journée, il Unité de lieu, Règle qui voulait que l'action entière se passât dans le même édifice, ou au moins dans la même ville. Il Les trois unités. Unités d'action, de temps et de lieu, qui furent longtemps et universellement exigées des auteurs dans les ouvrages dramatiques : Le drame shakspearien est trop multiple et trop rapide pour notre scène à peine affranchie de ta servitude des trois unités. (P. de St-Viotor.') Il Unité d'objet, Unité du but que se propose un auteur d ouvrage didactique : Limité d'action dans Ir's ouvrages faits pour intéresser et i'UNiTÉ d'objet dans les ouvrages faits pour instruire demandent également que toutes les parties soient entre elles dans des proportions exactes. (Condillac.)

— Peint. Subordination des masses éclairées à une niasse principale.

— Art milit. Unité tactique, Corps de soldats destinés à manœuvrer ensemble dans tous les cas où plusieurs corps manoeuvrent ensemble : La compagnie est actuellement i'UNiTÉ TACTIQUB en France.

— Physiq. Unité de résistance électrique ou Unité de Siemens, Force électrique évaluée au moyen de la résistance d'une colonne de mercure de 1 mètre de hauteur et de l millimètre carré de section, à la température zéro.

— Aaat. Unité de composition, Système qui ramène tous les êtres organisés à un type unique dont tous sont dérivés.

— Physiol. Unité de composition, Principe d'après lequel tous les êtres organisés sont réductibles par l'analyse anatomique à un type commun.

— Pathol. Unité morbide, Ensemble de lésions et de symptômes qui présentent, dans les divers cas, des analogies assez remarquables pour qu'on en fasse un même cas pathologique , susceptible d'être désigné par le même nom.

— Encycl. Philos. L'idée de l'um'téest une de ces idées nécessaires sans lesquelles il est impossible de rien connaître, de rien comprendre; elle est une des conditions nécessaires de la pensée, un des principes absolus de l'intelligibilité et, par suite, de la réalité des choses, telle du moins que l'homme est, par la nature de son intelligence, contraint de la concevoir. Nous ne"pûuvonsi etl effet, entendre la variété, la diversité, la multiplicité, la pluralité, sans la rapportera quelque unité. Or, pour nous, l'idée de pluralité se décompose soit en pluralité de choses, soit en pluralité d'éléments d'une même chose; il y a donc aussi, pour nous, et de toute nécessité, unité dans les choses, soit unité de choses que notre intelligence ramène a une même classe, à une même loi, à un même principe, soit unité constitutive d'une chose dont elle relie les éléments divers. La pensée même est une réduction de l'unité; penser n'est autre que juger, c'est-à-dire percevoir, comparer, juger, classer, raisonner, imaginer; c'est toujours embrasser plusieurs actes en un seul acte/plusou moins complexe et les lier dans son esprit au moyen de certains rapports ; c'est toujours unir plusieurs faits si l'on perçoit, plusieurs idées si l'on juge, plusieurs jugements si l'on raisonne , etc. L'unité, étant la condition de la pensée, l'est de l'existence. Un être n'est tel qu'autant qu'il se distingue d'un autre, qu'il est luimême, qu'il est un. Celle qui constitue un être par opposition a tout autre est la première espèce d'unité. L'unité du moi, telle que nous la sentons ou la percevons par la conscience, en est le type. L'être conscient se rapporte à lui-même toutes les diverses modifications de son propre être , tant celles qu'il reçoit que celles qu'il opère, comme à une seule personne, a un principe unique, agissant en même temps qu'il pense, à une force.

Tout être a son unité; tout corps, considéré comme un être distinct des autres , a. la sienne, moins parfaite que l'indivisible unité de cette force que nous appelons le moi; mais enfin un corps, si divisible qu'il soit, a ses attributs, ses proportions, ses limites, son existence propre, tout un ensemble de caractères qui l'empêchent de se confondre avec un autre corps. Unité matérielle ou physique, qui tantôt résulte de la cohésion ou tie Va t'a ni le ou de tout autre principe de l'union des molécules entre elles, tantôt d'une construction conforme à un plan, un dessin, dont les diverses parties, mues par une force intérieure, ont une forme fixe , un usage invariable et concourent pour un but; tantôt d'une force vague, mal définie ou seulement définie par ses effets et admise à titre d'explication d'un certain ordre de phénomènes, comme la contractilité, l'irritabilité, l'attraction universelle , etc. La première de ces trois sortes d'unités matérielles ou physiques

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est purement chimique; la seconde est organique ; la troisième pourra être appelée dynamique.

L'unité du moi peut être dite spirituelle, de quelque manière que l'on conçoive d'ailleurs la nature de l'esprit. Pour le matérialiste comme pour le spintualiste, il existe un esprit ; que l'esprit soit une substance à part, qu'il ne soit qu'un mode ou une fonction de la matière, peu importe; que l'esprit soit dans l'homme une substance ou un mode, un esprit est dans l'homme, et le matérialiste lui-même en est un ou en a un. L'unité qui s'observe ou se conçoit dans les corps, soitchimique, soit organique, soit même dynamique, sera dite unité matérielle. A ces trois espèces il convient d'ajouter l'unité mathématique, celles du temps et de l'espace, divisibles et toutefois continues, et qui se résolvent, le temps en instants, l'espace en points; le point, l'instant sont les unités d'où partent tous les nombres, l'addition successive des instants donnant le temps à l'infini, et celle des points donnant l'espace à l'infini. L'ad- (hTion successive de I unité avec elle-même forme tous les nombres, et la suite des nombres est infinie. L'instant et le point sont donc l'origine de la notion de nombre et le type de l'unité arithmétique. La continuité du temps et de l'espace est l'unité, géométrique. L'une et l'autre se réunissent dans l'unité mathématique.

Vient enfin l'unité logique, celle qui réside en la pensée, la nécessité de ramener tous les objets, tous les êtres à des espèces, les espèces à des genres, les genres à des genres supérieurs, jusqu'à un genre suprême qui embrasse tous les êtres de l'univers ; c'est la conception de l'harmonie du monde; c'est aussi la conception de l'idéal et l'un des plus importants caractères du beau. Cette unité, qui réside en la pensée, ne réside-t-elle que là? On ne voit pas pourquoi celle-ci serait moins objective que les autres. La croyance à l'unité des choses est un des grands postulats de la philosophie; elle est la grande force des matérialistes contre les spiritualistes, qui introduisent dans leur conception du monde un dualisme inexplicable, inintelligible, inaccessible a l'esprit humain-, et les plus intelligents d'entre les spiritualistes s'efforcent eux-mêmes de ramener la dualité qu'ils admettent à une plus haute unité, soit la force, conçue comme la commune essence de toute substance, soit un seul ordre de substances qui toutes seraient spirituelles, et dont ce que nous appelons matière ne serait que l'ensemble des phénomènes qui les manifestent , soit même une substance unique, etc. C'est le sentiment profond de cette unité des choses qui inspire toutes les doctrines exclusivement matérialistes ou exclusivement spiritualistes, et l'athéisme comme le tbéhme excessif, et toutes les formes, si semblables en même temps que si diverses, que ne cesse de revêtir le panthéisme. Une doctrine même s'est présentée qui a confondu dans une seule idée l'unité et l'être, et qui, par suite, a nié toute multiplicité et considéré le monde multiple comme une vaine apparence, une illusion, un pur néant. Mais cette erreur de l'école éléatique et les erreurs de tant d'autres écoles qui, dans leur conception du monde , ont trop sacrifié à l'unité montrent bien quelle est, dans l'esprit humain, l'importance d'une idée dont elles ne sont que l'abus.

— Mathérn. L'unité abstraite est le nombre 1 ; l'unité concrète est la grandeur à laquelle on rapporte celles de son espèce, pour les exprimer en nombres, afin d'en soumettre tes mesures aux calculs arithmétiques destinés à fournir celles des autres gran- .denrs qui en dépendent. L'unité de longueur est le mètre, divisé en décimètres, centimètres, millimètres, etc., dont les multiples sont le décamètre, l'hectomètre, le kilomètre, etc. L'unité de surface est le mètre carré, qui se divise en 100 décimètres carrés, 10,000 centimètres carrés, 1,000,000 de millimètres carrés ;ses multiples sont le décamètre earré ou are, qui sert d'unité pour la mesure des surfaces agraires; l'hectomètre carré, le myriamètre carré, etc. L'unité de volume est le mètre cube, qui se décompose en 1,000 décimètres cubes, 1,000,000 de centimètres cubes, etc. L'unité de poids est le gramme, poids de 1 centimètre cube d'eau distillée au maximum de condensation; ses sous-multiples sont le décigramme, le centigramme, le milligramme, etc.; ses multiples, le décagramme, l'hectogramme, le kilogramme, etc. L'unité monétaire est le franc; l'unité de temps , la seconde sexagésimale de temps moyen ; l'unité' de force, le kilogrammètre. L'unité de masse est celle d'un corps pesant G kilogr. 8088; une force de 1 kilogramme lui imprimerait, dans l'unité de temps, une vitesse de 1 mètre par seconde. L'unité de travail est le kilogrammètre; c'est le travail d'une force de 1 kilogramme dont le point d'application a parcouru dans sa direction une longueur de 1 mètre. L'unité de force, pour les machines, est le cbeval-vapeur; c'est la force d'une machine qui peut fournir un travail de 75 kilogrammètres par seconde.

Les hommes ont dû, de tout t«mps, adopter des unités pour pouvoir représenter, dans le langage au moins, les distances et les temps; les unités théoriques non définies, dont les géomètres supposent l'intervention

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pour ramener les spéculations sur les grandeurs aux spéculations sur leurs mesures , ces unités sont, au contraire, d'invention toute moderne, et cette invention, quoi qu'il en paraisse à la lecture des ouvrages classiques, non-seulement ne s'est pas laite sans de grands efforts, mais même n'a pu se faire accepter qu'à la suite de longues hésitations.

Pour peu que l'on connaisse l'antiquité, en effet, pour peu qu'on ait ouvert les ouvrages de quelques géomètres grecs, d'Archimède ou d'Euclide, par exemple, on a dû voir qu'ils n'ont jamais eu l'idée de spéculer sur les mesures des grandeurs, au lieu de spéculer sur ces grandeurs elles-mêmes. Cela ressort non-seulement delà forme que prend chez eux le raisonnement, mais même de la tournure qu'ils donnent aux énoncés de leurs théorèmes. Ainsi, s'ils veulent faire estimer une surface ou un volume dont les limites soient un peu compliquées, ils lui trouvent un équivalent plus simple ; mais ils n'emploient pas d'unités pour les mesurer et n'ont pas de formules pour servir à cette mesure. Archimède même , dont les ouvrages s'étendent à des recherches pins élevées, et qui a fait un grand usage de l'algèbre, ne suppose jamais que les grandeurs qu'il introduit dans ses calculs soient représentées par des nombres; il les envisage toujours en elles-mêmes. S'il établit incidemment quelques théorèmes d'algèbre, il n'en ramène jamais l'énoncé à des données arithmétiques. 11 a parfois à compter, mais alors il suppose à ses lecteurs assez d'intelligence pour pouvoir le faire sur leurs doigts, et montre partout, par un silence absolu, son suprême dédain pour les recherches arithmétiques. Jamais, dans un géomètre grec, on ne rencontre la substitution à une proportion de l'égalité entre le produit des extrêmes et celui des moyens; jamais on n'y trouve d'équation formulée autrement que parla notation de sommes ou différences quatrièmes, troisièmes, moyennes, proportionnelles. Les habitudes, sous ce rapport, sont aujourd'hui complètement changées; cette longue période, qui fut remplie par les travaux des anciens, n'a laissé dans notre mémoire, dans nos méthodes, que quelques traces dont on retrouve à peine les indices dans les traités très-arriérés de géométrie élémentaire. Pourquoi la marche suivie par les géomètres grecs n'a-t-elle pas été reprise chez les Arabes et dans le moyen âge? Pourquoi ce qui était un commencement de science n est-il. pas devenu une doctrine complète, au lieu de disparaître entièrement? Nous allons tâcher de l'expliquer.

Pendant que les géomètres grecs travaillaient incidemment k construire la véritable algèbre, instrument indispensable dans toutes leurs recherches et au perfectionnement duquel ils eussent dû toujours présider, un nouvel ordre d'études naissait et se développait rapidement ; quelques propriétés des nombres avaient donné l'éveil, et la foule des esprits médiocres se dirigeait" vers un point où les découvertes devaient être plus faciles. Les géomètres grecs, séduits par la beauté et l'utilité réelle de leurs études, eurent d'ailleurs le tort grave de chercher incessamment à découvrir à l'aide des moyens qu'ils possédaient, sans prendre le temps de perfectionner ces moyens. Sans doute, il est admirable de voir Archimède, ou moyen d'un instrument logistique aussi imparfait que la simple connaissance des transformations que peut subir une proportion, aborder les plus hautes questions géométriques et déjà poser les bases de l'analyse infinitésimale; mais si ce grand homme avait pu consacrer quelque temps aux théories algébriques, s'il avait seulementcoiiçu l'algèbre comme uneseienée à part, il nous eût épargne une reculade de quinze siècles. Il n'eût eu certainement que bien peu d'efforts à faire pour vaincre les calculateurs sur leur propre terrain.

Sans contredit, les premières notions arithmétiques durent prendre naissance avant les recherches géométriques; mais il ne résulte aucunement de cette antériorité nécessaire une dépendance quelconque entre les conceptions élémentaires de l'algèbre et celles de l'arithmétique. Outre que les travaux des géomètres grecs fournissent de la manière la plus palpable la preuve de l'indépendance des deux genres de spéculation , il est évident, d'ailleurs, que les questions qui y ont conduit sont de nature entièrement différente. Les recherches arithmétiques . nées de la nécessité de régler équitablement les conditions des contrats civils, se bornèrent d'abord à des questions de nombres entiers; car, de quelque nature que fussent les choses à compter, l'unité se trouvait toujours immédiatement indiquée par la question, et, quelle qu'elle fût, elle était toujours indécomposable Or, il n'est pas difficile de sentir quelle distance il a fallu franchir pour passer des premières spéculations arithmétiques, essentiellement relatives à la détermination du nombre dans une collection d'objets indécomposables, à des recherches analogues sur les mesures de grandeur capables de croître ou décroître d'une manière continue. Dans le premier cas, en effet, le nombre est apparent, visible; il serait impossible de ne pas le considérer comme une chose principale ; tandis que, dans le second, il n'existera que par suite d'une opération préliminaire, et cette opération sera d'abord néces-

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sairement jugée inutile, car les lois cherchées devant comprendre seulement ce qui est donné et ce qui est inconnu, il sera impossible qu'on regarde comme opportune, avant tout examen préalable, l'introduction d'une autre grandeur auxiliaire entièrement oisive. D'ailleurs, l'impossibilité de représenter la plupart des grandeurs, par des nombres à l'aide d'une même unité n'aurait-elle pas dû tout d'abord faire renoncer à cette entreprise, si on en avait eu l'idée?

Ainsi, quoique évidemment les anciens aient eu nécessairement l'habitude de représenter par des nombres les longueurs, surfaces, volumes, temps, etc., puisque, autrement, ils n'eussent pu les désigner, il est cependant facile de comprendre que les géomètres n'aient pas dû supposer représentées en nombres les grandeurs sur lesquelles ils spéculaient.

L'addition et la soustraction des nombres entiers touchent sans doute de bien près à l'addition et à la soustraction des grandeurs employées dès les premiers pas en géométrie. La multiplication des nombres entiers, ou plutôt la répétition d'un même nombre entier, pour nous, ne diffère que bien peu, non plus, de la recherche d'une quatrième proportionnelle à trois grandeurs données, et l'on pourrait en dire autant de la division quand le reste en est nul; mais il est clair que ces opérations arithmétiques, comparées à la construction graphique correspondante, se rapportent à des modifications bien plus particulières. De même, l'extraction de la racine carrée d'un nombre entier carré parfait fournit bien la mesure d'une moyenne proportionnelle entre les deux grandeurs représentées parce nombre et par l'unité; mais on discutait encore au moyen âge pour savoir si un nombre non carré a une racine , tant on était loin d'identifier les deux opérations arithmétique et géométrique. La convergence entre les travaux des géomètres et ceux des arithméticiens, jusque-là étrangers les uns aux autres, ne commence véritablement k être présumable qu'à partir de Diophante; l'établissement de l'identité des deux buts est dû aux efforts des géomètres de la Renaissance. Toutefois, chez eux, l'unité n'est pas encore cette grandeur indéterminée dont 1 intervention ne sert qu'à rendre hypothétiquement exprimables en nombres toutesles grandeurs qui doivent entrer dans une même recherche ; leurs unités sont généralement définies, et ils ne s'en servent que pour représenter effectivement les grandeurs par des nombres qu'ils expriment.

Ce n'est qu'à partir de Descartes que l'unité abstraite, indéfinie, a été conçue nettement et que le calcul algébrique a reçu par suite sa constitution actuelle; encore même faut-il noter que Descartes ne se servait guère de l'unité que pour ramener les termes des équations qu'il écrivait au premier degré, par la présence supposée de cette unité, à une puissance convenable, aux dénominateurs de ces différents termes.

— Littér. Les trois unités. Aristote est le premier qui ne soit occupé de composer un traité méthodique sur l'art dramatique, et il le composa à une époque où l'art dramatique était mort en Grèce. Il y avait déjà un siècle qu'Eschyle , Sophocle et Euripide avaient écrit leurs admirables œuvres. Il en est toujours ainsi; la critique vient après l'invention, et les règles de l'art ne sont jamais formulées qu'après qu'elles ont été suivies d'instinct par les artistes. Est-il nécessaire que dans toute tragédie il y ait unité d'action, unité de temps, unité de lieu, c'est-à-dire est-il nécessaire qu'une pièce de théâtre ne nous montre que ie développement d'une seule action, dans une limite de temps fixée et dans un même lieu? Telle est la question des unités. Elle a été résolue chez nous affirmativement au xvne et au xvme siècle, et c'est l'autorité d'Aristote qu'ont in voquée tous les poëtes et tous les critiques dès qu'ils se sont occupes de cette question. 11 est donc nécessaire de citer cetta autorité si fameuse et de voir si les paroles d'Aristote sont aussi claires et aussi péremptoires qu'on a bien voulu le dire. C'est au chapitre vu de sa Poétique qu'Aristole disait : « Nous avons établi que la tragédie est l'imitation d'une action entière, complteè, ayant une certaine étendue, car une chose peut être entière sans avoir d'étendue... Une fable bien composée ne doit donc pas commencer ni finir au hasard ; elle doit être conforme aux règles indiquées. De plus, tout composé, soit animal, soit d'un autre genre, n'est beau que par un certain ordre de ses parties et par une certaine étendue. La beauté consiste dans l'ordre et dans la grandeur. C'est pour cela qu'un animal très-petit ne saurait être beau, parce que la vision n'est pas distincte quand la durée en est presque imperceptible. lien est de même d'un animal trop grand, de 10,000 stades, par exemple, car la perception n'en peut être complète; l'unité, l'ensemble échappent à notre vue. Si donc tout corps, tout animal doit avoir une étendue qui puisse être saisie d'un coup d'oeil, de même la fable doit présenter une étendue que la mémoire puisse facilement saisir. »

Au chapitre vm, Aristote dit encore : «La fable est une, non pas, comme quelques-uns le pensent, par l'unité du héros. En effet, bien des choses peuvent arrivera un senl homme

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et d'une variété infinie, parmi lesquelles on ne trouvera paa de quoi former un ensemble; et de même un seul homme peut faire bien des actions dont aucune n'offrira l'unité. Puisque donc, pour les autres genres d'imitation, 1 unité de 1 œuvre est dans celle du sujet, la fable qui imite l'action doit n'en imiter qu'une seule, une complète et dont les' parties doivent être disposées de telle sorte qu'on n'en puisse déranger ou enlever une sans disjoindre et altérer l'ensemble. Car ce qui peut être dans un tout ou n'y pas être sans qu'il y paraisse ne fait pas partie du tout. > Dans ces divers fragments d'Aiistote, il n'y a qu'un précepte clair et solidement établi : l'unité d'action. C'est là seule qu'Aristote recommande, et elle n'a jamais été contestée. 11 est évident, en effet, que l'œuvre dramatique, drame ou tragédie, a pour but d'émouvoir les spectateurs. Il ne faut donc pas que l'attention du spectateur soit distraite de l'action principale; il faut, au contraire, que tout conduise a cette action, qu'elle soit l'unique source de tous les développements. Uyauutant d'unité' d'action dans les drames de Sliakspeare que dans les tragédies de Racine; tous les nombreux incidents à'Hamlet, par exemple, concourent sans nul doute à l'action principale. Quant à l'unité de temps et il' l'unité de lieu, Aristote est loin de les exiger avec la même force. D'abord , il ne parle en aucune façon de l'unité de lieu , et le xviia siècle s est trompé en croyant trouver quelque part cette recommandation. Pour l'unité de temps, Aristote rixe la durée d'une révolution de soleil , mais il ne l'indique même pas comme une limite infranchissable; il consent à ce qu'elle soit élargie pour les besoins du poète. 11 ne donne pas là un principe, mais un modèle. Le principe, il le pose lorsqu'il demande que l'action sou d'une étendue telle que la pensée puisse l'embrasser d'un seul regard. Ù'est donc au nom de l'esthétique même qu'Aristote réclame l'unité de temps. Une tragédie est comme un monument : pour que l'ensemble soit beau, il ne faut pas qu'il dépasse certaines -proportions. L unité de temps n'est donc pas quelque chose de fixe et d'immuable, et les discussions auxquelles se livra l'Académie française jugeant si l'auteur du Cid avait observé les unités nous font rire aujourd'hui ; elles auraient probablement .fait rire Aristote lui-même, quel on invoquait avec tant de contiauce. L'unité de temps et l'unité de lieu étaient, observées par les poSies grecs, mais cela tenait aux conditions mêmes de la tragédie grecque et a la disposition matérielle du théâtre. Pour n'en citer qu'un exemple, la présence continuelle du même choeur, spectateur et juge de l'action, nécessitait l'unité de temps et l'unité de lieu. Comment l'action dramatique aurait-elle duré plusieurs années, quand elle devait être regardée et chantée par les jeunes biles d'Argus ou de Mycènes? Comment l'action se serait-elle passée à la fois à Thèbes et à Colone, quand les vieillards de Thèbes seuls ou ceux de Colone y prenaient part? Si le chœur est supprimé , l'unité de temps et l'unité de lie.u peu vent être supprimées avec lui. Tels éluient les principes de la tragédie grecque. Horace les iormula à son tour en exigeant qu'une tragédie eût toujours cinq actes ;

Neve minor, neu sit quinto productior actu Fabula quse posci vull et apectala reponi.

■ Une pièce qui veut être redemandée et jouée plusieurs fois doit avoir cinq uctes, ni plus ni moins. > Personne u'osa dans l'antiquité enfreindre cette règle.

Au XViie siècle, lorsque la tragédie eut produit avec Corneille ses plus beaux chofsd'eeuvre, le vieux poète se fit critique ot examina avec la vivacité du génie et la sûreté de l'expérience cette question des unités. Pourtant , il ne put pas se débarrasser complètement des anciens préjugés, et son biscours des trois unités en est la preuve. Voici son opinion sur l'unité d'action : ■ Ce mot d'unité' d'action ne veut pas dire que la tragédie n'en doive faire voir qu'une sur le théâtre. Celle que le poSte choisit pour son sujet doit avoir un commencement, un milieu et une lin ; et ces trois parties non-seulement sont autant d'actions qui aboutissent à la principale, mais eu outre chacune d'elles en peut contenir plusieurs avec la même subordination. 11 ne doit y avoir qu'une aetiun complète, qui laisse l'esprit de l'auditeur dans le canne ; mais elle ne peut le devenir que par plusieurs autres imparfaites, qui lui servent d'acheminements et tiennent cet auditeur dans une agréable suspension. C'est ce qu'il faut pratiquer à la an de chaque acte pour rendre l'action continue. 11 n'est pas besoin qu'on sache précisément tout ce que l'ont les acteurs durant les intervalles qui séparent les actes, ni même qu'ils agissent lorsqu'ils ue paraissent p;.s sur le théâtre; mais il est nécessaire que chaque acte laisse une attente de quelque chose qui se doive faite dans celui qui suit. ■ far ces paroles, Corneille établit la règle de Y unité d'action et distingue avec une grande netteté l'action principale de tous les incidents. Ici, il est d'accord avec Aristote et avec la théorie moderne. Il n'en est pas de même quand il parle de l'unité de temps ou de l'unité de lieu. Pour l'unité' de temps, « beaucoup, dit-il, déclament contre cette règle, qu'ils nomment tyrannique, et auraient raison, si elle n'était fondée que sur l'autorité d'Aristoie ; mais ce qui doit la l'aire

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accepter, c'est la raison naturelle qui lui sert d'appui. Le poëme dramatique est une imitation ou, pour mieux parler, un portrait des actions des hommes-, et il est hors de doute que les portraits sont d'autant plus excellents qu'ils ressemblent mieux à l'original. La représentation dure deux heures et ressemblerait parfaitement, si l'action qu'elle représente n'en demandait pas davantage pour sa réalité. Ainsi, ne nous arrêtons point ni aux douze ni aux vingt-quatre heures, mais resserrons l'action du poème dans la moindre durée qu'il nous sera possible, atin que sa représentation soit plus parfaite. « La raison que donne ici Corneille ne vaut pas celle d'Aristote, qui, au nom de l'esthétique, demande que l'action soit harmonieuse par son étendue; il y a là un principe supérieur; mais on De comprend pas que Corneille ait recours à la vraisemblance pour une œuvre qui repose tout entière sur une convention. Pour 1 unité de lieu, il ne donne aucune raison : « Je tiens donc qu'il faut chercher cette unité exacte autant qu'il est possible; mais comme elle ne s'accommode pas avec toute sorte de sujets , j'accorderais très-volontiers que ce qu'on ferait passer en une seule ville aurait l'unité' de lieu. Ce n'est pas que je voulusse .que le théâtre représentât cette ville tout entière, cela serait un peu trop vaste, mais seulement deux ou trois lieux particuliers enfermés dans l'enclos de ses murailles. > Ce sont là des discussions sans valeur ; on y surprend les hésitations d'un grand esprit aux prises avec un préjugé; on devine tous les efforts qu'il fait pour s'en débarrasser. Boileau ne sentait pas tous ces scrupules, et, se croyant fidèle à lu doctrine d'Aristote, il disait ;

Qu'en un lieu , qu'en un jour, un Beul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli. "

La question des unités ne fut pas abandonnée avec le xvuo siècle. Au siècle suivant, la tragédie classique subsistait encore avec les unités et prolongeait son agonie. Les critiques, comme les poètes, restèrent fidèles aux principes anciens. L'abbé d'Aubignac , qui était pourtant un novateur, puisqu'il nia l'authenticité des chants homériques, écrivit en 1715, sur les principes de l'art dramatique, un livre où il résumait toutes les vieilles théories. Non-seulement il approuve la règle des trois unités, mais il tend même à la rendre plus sévère. 11 discute gravement Sur la question de savoir si l'action devra durer vingt-quatre heures ou seulement douze heures et tient fyour la seconde opinion : ■ La raison, dit-il, en est certaine et l'ondée sur la nature du poëme dramatique, car ce poème, comme nous avons dit plusieurs fois, n'est point dans les récits, mais dans les actions humaines, dont il doit porter une image sensible. Or, nous ne voyons point que régulièrement les hommes agissent avant le jour, ni qu'ils portent leurs occupations au data ; d'où vient que dans tous les Etats il y a des magistrats établis pour réprimer ceux qui vaguent la nuit, naturellement destinée uu repos. » Ainsi, non-seulement, l'abbé d'Aubignac n'aurait pu supporter que le spectre, dans Uamlet, vînt se promener au cluir de lune, ce qui est cependant bien l'heure des spectres, mais Racine lui-même n'aurait pas trouvé grâce devant sa règle inflexible. Abner chez le grand prêtre a devance le jour, lisons-nous dans Athalie; et la tragédie s'ouvre, en eti'et, avant le lever du soleil. 7p/iigénie débute à la même heure, quand tout est encore endormi :

. .... Quel important besoin.

Vous a fait devancer l'aurore de si loin?

dit Arcas à Agamemnon. Les magistrats chargés de réprimer ceux qui vaguent la nuit auraient dû, sans doute, arrêter Agamemnon et Abner. L'ubbé d'Aubignac montre, dans la question-de l'unité de lieu, la même suffisance et la même petitesse d'esprit. Telle était l'opinion que l'on se faisait au xvii» siècle et au xvihc siècle des unités de temps et de lieu. Aujourd'hui, on ne reconnaît généralement plus qu'une unité, l'unité d'action. Quant aux autres, même aux yeux des auteurs dramatiques les plus sérieux et les plus sobres de changements, elles ont disparu. La poétique exposée dans la Préface de Crumweti n'est peut-être pas la poétique reconnue de tout le monde, mais il n'est personne au moins qui considère Sbakspeare comme un ignorant et un barbare parce qu'il a si étrangement et si obstinément violé, dans sa nsïvete d'homme de génie, cette trop fameuse règle des trois unités dramatiques.

— Anat. On appelle unité de composition ou mieux théorie de l'unité de composition, disent Littré et Robin, un principe anatomique établi pur induction à l'aide de la méthode comparative. 11 consiste en ce que les animaux et les végétaux les plus différents par leur forme, leur volume, leur couleur, sont réductibles par l'analyse analomique a un type unique et commun décomposition organique. L'économie n'étant point un tout homogène, mais un assemblage de parties d'ordres divers par leur complication et solidaires, cette unité de composition doit être en wsagee dans les divers ordres de parties, tels qu'appareils, organes, etc. Dès que l'on envisage la substance organisée à l'état d'élément anatomique, l'unité de composition se manifeste par l'analogie de constitution ( nucléole ,

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noyau, granulation), dans chaque cellule, dans les ovules, les spermatozoïdes, etc., chez les plantes et les animaux, et d'un animal à l'autre ou dans le même animal , s'il renferme plusieurs espèces de cellules, etc. On la retrouve, d'autre part, d:ins les appareils reproducteurs des deux règnes; et, chez les animaux en particulier , l'unité de composition des appareils digestif, visuel et autres est des plus manifestes, quant aux organes essentiels. Dans les organes et les systèmes anatomiques, l'unité de composition perd de la généralité qu'elle offrait tant qu'on se bornait à l'examen de la substance organisée et des éléments anatomiqties végétaux et animaux. Quels que soient les attributs d'un système, son unité de composition est subordonnée à sa nature élémentaire. Ainsi, l'unité de composition des systèmes ne peut plus se poursuivre d'un règne à l'autre, et si, pour les systèmes nerveux, glandulaire et quelques autres, elle est reconnaissable d'une classe animale à l'autre, elle ne peut plus se constater dans les systèmes tégumeiititire , osseux, etc., lorsqu'on passe des vertébrés aux invertébrés, etc. Mais, dans chaque système anatomique, elle déviant très-évidente lorsqu'on compare : 1° les organes des monstres à ceux des êtres normaux; 2° les parties similaires des organes qui sont composés d'un même tissu ou de tissus qui se succèdent l'un à l'autre durant les phases du développement (comme l'os ou cartilage , chez les animaux; le tissu fibreux ou tissu utriculaire, chez les plantes). Klle retrouve une partie de la généralité qu'elle avait dans les éléments anatomiques lorsqu'on envisage, d'un être à l'autre, la texture d';s tissus constitués par les mêmes espèces d'éléments anatomiques. On ne doit pas confondre la théorie de l'unité de composition organique avec la théorie des analogues ou méthode comparative ; celle-ci n'est autre que l'ensemble des règles qui, placées & la suite de celles de l'observation, conduisent a reconnaître, dans les analogies intimes, celles de la composition générale. Ces règles sont au nombre) de trois (v'. organes Rudimkntaibks). Il ne faut pas non plus confondre la théorie de l'unité de composition avec le système mé-" taphysiqua qui suppose un ani* al archétype sur le plan duquel tous les animaux sont construits.

Unité de l'EglIio (discours sur l') , par Bossuet (1682, in-l2).Ce discours n'est autre chose que le sermon prêché par Bossuet a l'ouverture de l'assemblée générale du clergé de France, le 9 novembre 1681 ; il a été publié par ordre du clergé. L'esprit janséniste tendait à séparer l'Eglise gallicane du saintsiége. Louis XIV, de son côté, n'aurait pas été lâché de faire en France ce que Henri VIII avait fait en Angleterre. Bossuet, qu'on accuse non sans raison de servilité envers le roi, fit, en cette circonstance, tous ses efforts pour empêcher que la séparation s'opérât. On ne pouvait 1 empêcher que par des concessions faites à la royauté d'une part et au jansénisme de l'autre. Ces concessions sont consignées dans les quatre fameux articles de 16S2, et le discours de Bossuet a pour but d'y préparer le clergé. « La paix, dit-il au début, est l'objet de cette assemblée. Au moindre bruit de division, nous accourons effrayés pour unir parfaitement le corps de l'Eglise, le père et les enfants, le chef et les membres, le sacerdoce et l'empire. » Ce fut, en effet, à cette époque que le trône et l'autel conclurent cette alliance que depuis on a vainement essayé de renouveler. Bossuet insiste sur l'imminence du danger qui menace l'unité. « L'Eglise, qui porte en son sein, dit-il, dans ce secret principe d'orgueil qu'elle ne cesse de réformer dans ses enfants, une éternelle semence de division, n'aurait pdint de vertu durable ni de véritable unité si elle ne trouvait dans son unité des moyens de s'y affermir quand elle est menacée de division. ■

Le discours a deux parties. Dans l'une, l'auteur parle de la grandeur et de la nécessité de l'unité dans l'Eglise universelle; dans la seconde, de l'unité qui doit également régner dans l'Eglise gallicane. Suivant lui, l'unité générale n'empêche aucunement l'Eglise de France de former un tout compacte et de suivre sa voie propre, ce qui est l'ambition de tous ses membres, ambition justifiée par le passé tout entier de l'Eglise gallicane. Ceci posé, il établit sans crainte la primauté de l'Eglise romaine. Cette primauté vient surtout, suivant lui, de ce qu'elle a converti l'Occident uu christianisme. «Quelle Eglise, dit-il, a enfanté tant d'autres Eglises? D'abord, tout l'Occident est venu par elle, et nous sommes venus des premiers... Mais liome n'est pas épuisée dans sa vieillesse et sa voix n'est pas éteinte. » Aujourd'hui, on peut dire qu'elle commence à s'érailler. Jésus-Christ l'avait prévu : Muuebo candelabrum tuum (Je donnerai à un autre ton chandelier). Comme ce chandelier n'éclaire plus, il faut croire que Dieu l'a porté ailleurs. Quoi qu'il en soit, Bossuet croit toujours que l'avenir est à Rome, et au xvuo siècle cette illusion était encore permise. Il considère pourtant l'Eglise comme menacée par les impies, par les sectes, par la mépris de l'orgueil scientifique et par son âge .- « Qu'elle fasse alliance pour vivre avec les pouvoirs temporels, qu elle écoute ce roi d'Angleterre

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disant au sein d'un concile : « J'ai le gîuiva » de Constantin âla main, et vous y avez celui » de Pierre; donnons-nous la main et joignons » le glaive au glaive. » Bossuet, malgré son audace connue, n'aurait point osé citer ces paroles s'il avait vécu au xixO siècle. 11 ajoute : < Ne craignez rien , saints évèques, si les gommes soin assez rebelles pour ne pas croire a vos paroles,qui sontcellesde Jésui- Christ, des cbàriments rigoureux leur en feront, malgré qu'ils en aient, sentir lu force, et la puissance royale ne vous manquera pas. » Torqueraada, de sanglante mémoire, n'aurait pas mieux dit. Avec des assurances pareilles, les évêques pouvaient" avoir confiance en Louis XIV et lui céder une part de leur autorité dans l'Eglise, ce qu'ils firent avec empressement. Il eut gain de cause, elle clergé passa par où la royauté voulait. Si le talent oratoire justifiait tout, il y aurait lieu d'admirer ici l'éclat du style et la facilité avec laquelle l'auteur parle des hommes et des choses de tous les siècles. On dirait qu'il juge en dernier ressort,

Unile universelle (THEORIE DK L') . par

Charles Fourier. C'est dans cet ouvrage, publié pour la première t'ois en 1S21 à Besançon, en deux volumes, et réimprimé en 1841 par l'école phalanstérienne, en 4 volumes, que se trouve exposés dans son ensemble la doctrine de Fourier. Nous ne pouvons en donner ici qu'une idée très-incomplète, Fourier distingue dans le mouvement social quatre phases : enfance, accroissement , déclin, caducité. Il ne s'occupe que de la première phase, qui doit compter huit périodes : 1° édénisme ou association brute; 2* sauvagerie; 3° patriarcat; i" barbarie; 5° civilisation; 6° garautisine ou demi-association ; 7° pleine association en mode simple; 8° pleine association en mode composé. Les quatre périodes 2°, 3«, 4°, 5» exercent, par contrainte, l'industrie morcelée; les quatre périodes 1°, 6°, "o, 8° exercent, par attraction , l'industrie sociétaire. L'industrie morcelée n'est point dans la nature de l'homme, car le sauvage y répugne; elle ne produit en civilisation, c'est-à-dire dans la cinquième période (dans laquelle nous serions, suivaiul'auteur), qu'indigence chez la multitude et fourberie universelle. L'industrie sociétaire, qui doit lui succéder, nous donnera : 1° le triplement effectif et le décupleinent relatif de la richesse; 2° le charme industriel, qui pousse au travail sybarites, enfants , salariés , sauvages et qui permet l'uboution de la traite et de l'esclavage ; 3° le régne de la vérité alliée à l'intérêt. L'industrie sociétaire a pour procédé la série, pour ressort l'attraction, pour' leviers les douze passions cardinales, auxquelles Fourier ramène tous uos penchants. Une seule loi régit et explique les mouvements de tous les êtres, astres, plantes, animaux, impondérables, homuiBS, c'est la loi d'attraction. De là l'analogie entre le monde moral et le monde physique, l'analogie universelle, à laquelle Fourier aecorde un caractère scientifique et sur laquelle il base, avec sa théorie du mal, les destinées heureuses qu'il nous promet dans la vie mondaine et dans la vie transmondaine. « L'ho mine, dit-il, qui est une des plus nobles portions de l'univers, doit être unitaire avec les harmonies counues de l'univers, l'harmonie mathématique, l'harmonie planétaire, l'harmonie musicale. Nos douze passions radicales sont d'à- bord : cinq passions sensilives qui nous viennent des cinq sens et qui tendent au luxe ou aux plaisirs des sens ; quatre passions affectives ; l'ambition, l'amitié, l'amour, le familisme, qui tendent à former les groupes ; et enfin trois pussiuns distributi ves : la cabalisto ou passion de l'intrigue et de la rivalité ; la papillonne ou alternante, passion du changement; la composite, passion du plaisir composé (plaisir de l'âme et plaisir des sens), qui tendent à former les séries. Toutes ces pussions sont bonnes; aucune n'est nuisible; dans leur plein essor se trouvent les conditions do leur accord et de leur équilibre ; toutes deviendront les stimulants du travail et concourront au bonheur de tous. C'est lu série, ce mode universel de distribution de tous les êtres, qui permettra le fonctionnement harmonique des passions qui nous semblent aujourd'hui les plus fécondes eu vices et l'utilisation de toutes les aptitudes, depuis celles de l'extrême enfance jusqu'à celtes de l'extrême vieillesse. La série mettra l'activité, le plaisir et ta perfection dans la production, l'économie avec le bonheur dans la consommation, la justice et la paix dans la répartition. Voici maintenant les conditions de l'industrie sociétaire. 11 faut: 1» que chaque travailleur soit associé, rétribue par dividende et non salarié; 2° que chacun, homme, femme ou enfant, soit rétribué eu proportion des trois facultés, capital, travail et tulent; 3" que les séances industrielles soient variées environ huit fois par jour; 4° qu'elles soient exercées avec des compagnies d'amis spontanément réunis, intrigués et stimulés par des rivalités tres-actives; 5° que les ateliers et cultures présentent à l'ouvrier les appâts de l'élégance et de la propreté ; 6° que la division du travail soit portée au suprême degré, afin d 'affecter chaque sexe et chaque âge aux fonctions qui lui sont convenables ; 70 que dans cette distribution chaque homme, femme ou enfant jouisse pleinement du droit au travail ou droit d'intervenir toujours ù,

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telle branche de travail qu'il lui conviendra de choisir, sauf à justifier de probité et d'aptitude. Au point de vue de la forme, on doit reconnaître dans la Théorie de l'unité universelle, comme dans les autres ouvrages de Fourier, trois défauts sérieux : l'absence d'ordre et de méthode, dans l'exposition des idées, l'abus systématique et souvent puériLdu néologisme, enfin un excès d'abondance qui noie les vues générales dans les détails minutieux.

Unité de l'espèce humaine, par M. A. de

Quatrefages (1861). L'auteur, un de nos plus savants naturalistes, ne sépare pas la philosophie de l'étude de la nature. Pour lui, les grandes questions de physiologie et de zoologie comparées se compliquent de problèmes moraux, et la science de l'homme est loin de pouvoir se construire tout entière par la seule étude de ses organes. Dans ce livre, il 8 attache à une question toute moderne de 1 anthropologie, la question de l'origine de 1 espèce humaine, c'est-à-dire de l'unité ou de la pluralité de ses types primitifs. Les anciens philosophes n'ont pas même songé à se poser cette question; les théologiens du moyen âge l'ont résolue forcément dans le sens des traditions bibliques. Ensuite sont venus les incrédules ou les libres penseurs, qui se sont efforcés de donner sur ce point, comme sur tant d'autres, un démenti au livre de Moïse. Dans tous ces débats, où l'action des passions religieuses s'est trop fait sentir, une solution vraiment scientifique était impossible; incrédules et dévots ont étouffé tour à tour l'étude anthropologique sous les interprétations les plus arbitraires et les contradictions puériles et absurdes. M. A. de Quatrefages proteste contre les aberrations des uns et des autres et écrit sur la séparation nécessaire de la science et de la foi ces lignes remarquables : « Ces faits et bien d'autres que je pourrais rappeler sont fertiles en enseignements. Ils montrent le danger que l'on court a vouloir souder trop intimement le dogme à la science. Le premier relève avant tout de la foi et, par conséquent, du sentiment; il est de sa" nature absolu et affiche la prétention d'être immuable. La science, au contraire, est la fille de l'expérience et du raisonnement; elle a ses doutes et ses réserves; elle est surtout essentiellement progressive, c'est-a-dire changeante et sujette à des transformations. Toute union entre elle et le dogme ne peut donc préparer que des déchirements inévitables et douloureux. Les textes sacrés ne se prêtent pas toujours aux interprétations parfois spirituelles, parfois aussi puériles, qu'on accueille aujourd nui avec tant de faveur. Ces interprétations elles-mêmes, acceptables un jour, sont souvent démenties le lendemain parquelques nouveaux progrés, et l'opposition, qu'on a voulu dissimuler, n'en ressort que plus clairement. Laissons donc à chacun son domaine, au savant la science.au théologien la théologie. •

M. de Quatrefages se propose de ne voir que la question elle-même, malgré les intérêts soit religieux, soit pol. tiques dont elle se complique, et de la résoudre pour ellemême. Rappelant ailleurs les injures réciproques des partisans et des adversaires de l'unité de l'espèce humaine, les auathèmes des théologiens, les railleries des philosophes, • il ajoute : ■ A quoi bon toutes ces colères? Les arrêts de l'inquisition n'ont ni arrêté la terre dans sa marche, ni fait tourner le soleil autour de notre globe; les plaisanteries de Voltaire n'ont pas anéanti les fossiles. Les violences de langage, les insinuations malveillantes, les railleries ne changeront pas davantage les relations existantes entre les groupes humains. • L'auteur de l'Unité de l'espèce humaine se rattache, comme l'indique son titre, à la solution des inonogénistes; il y trouve la satisfaction de ses sentiments ' inoraux et religieux; mais c'est an nom de la science seule qu'il croit l'avoir einbras:Née et qu'il entreprend de la défendre. Un de ses arguments les plus remarquables est lire des caractères spéciaux qui constituent, à côte des règnes minéral, végétal et animal, le règne humain proprement dit. • Apres avoir euiuiné un à un les caractères qui ont été le plus souvent présentés comme spécifiques de l'homme, il en relient deux qui lui appartiennent exclusivement et qui, se retrouvant universellement dans toutes les races, en constituent l'unité; ce sont la moralité et la religiosité. «Par ce doublenttribut, dit-il, l'homme ne se distingue pas seulement ues autres règnes; il s'élève iufinimeut au-dessus d'eux, et sa supériorité n'est plus une illusion de son orgueil, c'est une conclusion qui ressort de l'examen de tous les autres règnes, examen fait au point de vue scientifique et sans abandonner un seul instant la méthode et les procédés des naturalistes. » M. de Quatrefages se félicite de ce résultat, non-seuiementà cause des conséquences qui eu découlent, mais parce qu'il y a la quelque chose qui répond à nos plus nobles instincts. ■ L'homme s attribue volontiers la domination, dit-il; il aime à se proclamer souverain légitime de toutes choses à la surface du globie. Kt, de fait, aucune créature ne saurait lui disputer un empire qui chaque jour s'étend et grandit. Eh bien! u'est-il pas satisfaisant de voir les caractères anthropo-

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logiques sanctionner, ennoblir cet empire en plaçant à côté de la notion du droit, qui ressort de la supériorité intellectuelle, la notion de devoir, qui découle de la moralité et de la religiosité? « Telle est, dans tout le livre, la double satisfaction que la thèse de l'unité anthropologique fait éprouver à M. A. de Quatrefages, comme philosophe chrétien et comme savant.

Unité des races htiinuines, d nprèe les données de la psychologie et do la physiologie,

par M. Ladevi-Roche (1861, in-S°). La question de l'unité des races humaines est une des plus importantes de celles qu'agitent et que cherchent à résoudre les différentes sciences. Sur cette 'question, la psychologie nous fournit un certain nombre de données qu'il ne faudrait pas négliger; mais nous ne devons pas non plus faire fl des données de la physiologie et surtout de la philologie. Née d'hier , la philologie est aujourd'hui une science avec laquelle il faut compter, surtout quand il s'agit de remonter aux temps primitifs. Ainsi, sur la question de l'unité des races, la philologie, trouvant deux branches distinctes de langues, dans lesquelles rien ne se confond, ni les mots, ni les règles de la syntaxe (la branche aryenne et la branche sémitique), conclut, non sans vraisemblance, à la dualité des races. A côté de la psychologie et de la physiologie, M. Ladevi-Roche eût donc bien fuit d'examiner aussi la philologie. Nous regrettons de trouver cette lacune dans un travail consciencieux.

L'auteur ne se dissimule pas l'intérêt moral du sujet qu'il traite : « A la passion, ditil, qui anime les défenseurs et les antagonistes de l'unité, on sent que quelque grand intérêt est en jeu. En effet, sur ce terrain en apparence neutre, la foi et l'incrédulité, le spiritualisme et le matérialisme, le théisme et le scepticisme se sont donné rendez-vous, tout prêts à se livrer de nouveaux combats.» Le travail de M. Ladevi-Roche est divisé en deux parties, la première traitant de l'unité morale des races humaines, la seconde de leur unité organique. La communauté de passions, d'intérêts, d'aptitudes, d'idées, de sentiments que l'on rencontre chez tous les peuples , voilà ce qui constitue l'unité morale des races. Mais l'auteur la trouve surtout dans l'universalité des croyances religieuses. Pour prouver cette universalité, il emprunte de nombreux passages aux récits des voyageurs. ■ Quelque dégradées, dit Livingstone , que soient les populations du centre de l'Afrique, il n'est pas besoin de les entretenir de Dieu ni de la vie future; ces deux vérités sont universellement connues dans toutes ces régions... L'absence de culte public chez les Cafres , chez les Béchuanas ferait croire tout d'abord que ces peuplades professent l'athéisme le plus complet. Il en est de ces peuplades comme de beaucoup d'autres ; elles n ont pas de culte public ; elles n'ont que des traditions qui se transmettent de génération en génération. ■

M. Ladevi-Roche réunit donc tous les témoignages des voyageurs, et il croit pouvoir en conclure que le fait le mieux établi du mondo est celui de l'universalité des idées de l'âme et de Dieu. Que si ces idées sont, différentes chez différents peuples, il n'en faut rien conclure contre l'unité morale des races humaines, caria pénétration et la culture des intelligences sont choses fort inégales. Aux yeux de l'auteur, cette unité morale et intellectuelle semble devoir entraîner nécessairement après elle l'unité physique d'organisation. D'ordinaire, les po- Iygéniste3 prétendent qu'une diversité d'organisation aussi grande que l'est k leurs yeux celle des blancs et des noirs doit entraîner une diversité morale et intellectuelle. M. Ladevi-Roche rétorque l'argu-' ment, en disant que, si; au lieu de cette diversité supposée, il y a similitude dans les intelligences, il doit y avoir aussi similitude dans les organes destinés à servir ces intelligences. Toutefois, ce n'est là qu'une démonstration] à priori, telle qu'un savant ne peut s'en contenter; aussi l'auteur rechercha dans la seconde partie de son ouvrage si les différences anatomiques et physiologiques supposées par les polygénistes sont aussi réelles qu'ils le prétendent.

Nous ne saurions suivre l'auteur dans cette Savante étude. Contentons-nous d'en indiquer les résultats principaux. Les polygénistes voient d'abord dans la différence de couleur une première dissimilitude organique. « Que les polygénistes, dit M. Ladevi-Roche, expliquent cette variété de coloration propre à chaque continent, avec leur type unique pour chaque race, et nous nous chargeons, à notre tuur, avec le seul type du premier Adam, d'expliquer toutes les variétés de couleur qu'offrent les différentes nations du globe. Eu fait, un blanc peut venir d'un noir, et un noir d'un blanc, je ne dis pas directement, quoiqu'il y en ait des exemples, mais par une transition graduée, qui mène du blanc au brun, du brun au basané, du basané au noir, ou bien, au contraire, du noir au basané, du basané au brun, du brun au blanc. Comment cela se fait il? Je réponds : Cela se fait, et il en est ainsi. La vérité d'un fait étant établie, nul n'a le droit de refuser d'y croire, sous prétexte qu'on ue lui eu donne pas l'explication. »

Les polygénistes s'appuient encore sur la

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différence du cerveau pour conclure la diversité des races humaines. Le volume et la forme de cet organe varient, disent-ils, chez les différents peuples, chez les blancs et chesi les noirs. M. Ladevi-Roche, en employant la méthode de Tiedemann, préconisée par les polygénistes eux-mêmes, prétend avoir reconnu que le cerveau du nègre a la même amplitude, le même volume que celui du blanc, pourvu toutefois que l'on prenne la moyenne de plusieurs observations. Un docteur américain,Morton de Philadelphie, a comparé 256 crânes de diverses provenances et a trouvé que, parfois, le cerveau du nègre était plus développé que celui des Européens. Les polygénistes prétendent encore que les races ne se mêlent pas, que leur croisementest contre nature, et que, s'il a lieu, it donne naissance à des êtres hybrides incapables de se reproduire. Or, rien n'est moins fondé que cette assertion. Il résulte des observations de Levaillant que, dans la colonie du Cap, la population sortie du croisement des Hollandais et des Hottentotes s'éleva, en trente ans, au sixième de la population totale. Les métis sont allés s'établir au delà de l'Orange ; ils ont été convertis au christianisme en 1803, par Anderson et Kramer; on les désigne actuellement sous le nom de Griquas, et jIs forment une population de 10,000 à 12,000 âmes. Voici la conclusion que tire de ces faits M. de Rémusat.' « Nous avons une répugnance instinctive à croire à une inégalité originelle et permanente entre les hommes ; nous avons un penchant à nous regarder comme une seule famille, et nous croyons mieux comprendre la création en la restreignant sur un seul point du globe. »

Cet argument de l'ordre sentimental n'a aucune valeur eu pareille madère, et la question reste,, après comme avant, absolument entière.

Unité de composition (DIS L)el du débat entre Cliviez et (iooftVoy Saint-Hilaire, ouvrage de P. Flourens, publié en 1805. L'auteur de ce livre commence par en exposer l'objet dan3 les termes suivants : « Je me propose de donner ici un récit Adèle du débat qui s'éleva, en, 1830, entre Cuvier et Geoflroy Saint-Hilaire, au sujet de l'unité de composition. J'ai beauco ip connu les deux adversaires; j'ai passé une partie de ma jeunesse à côté d'eux ; je dirai plus, ma position, pendant le débat, a été très-particulière. M. Geoffroy n'a lu aucun mémoire devant l'Académie qu'il ne me l'eût d'avance communiqué. M. Cuvier n'a présenté aucune pièce anatomique qu'il ne m'eût engagé d'avanc'e à l'étudier. Depuis 1820, époque où je publiai une brochure sur la Philosophie anatomique, première analyse sérieuse des conceptions de M. Geoffroy, je n'ai plus cessé d'avoir l'attention fixée sur ce qu'il a écrit. D'un autre côte, les idées de M. Cuvier ont été l'objet constant de mes études, et j'ai donné, en 1841, une analyse complète de ses travaux. J'ai vu s'élever ainsi, jour par jour, et je pourrais dire bâtir pierre par pierre deux doctrines qui , nées de travaux à peu près communs, ont fini par diverger au point qu'elles ont formé deux théories complètement opposées et que leurs auteurs ne se sont plus entendus du tout. Il est curieux de voir comment chacun d'eux a tourné le dos à l'autre, a marché continuellement dans un sens inverse et comment il est arrivé enfin que Geoffroy Saint-Hilaire n'a plus vu que 1 unité de composition, tandis que Cuvier a constamment vu, au-dessus de cette unité, l'indépendance et la variété libre des organismes. •

Ce début est engageant. Malheureusement, le livre tient mal les promesses ainsi faites à la curiosité philosophique et scientifique. Les deux doctrines contraires y sont exposées d'une manière partiale et superficielle et jugées avec une pitoyable légèreté. Des le premier chapitre, on voit paraître le parti pris de Flourens contre Geoffroy Saint-Hilaire, un parti pris dédaigheux et méprisant. Avant qu on sache ce dont il s'agit, c'est-àdire avant qu'on ait pu se faire la moindre idée des arguments scientifiques produits do part et d'autre, il déclare que Geoffroy Saint- Hilaire et M. Darwin sont des esprits faux, amoureux de paradoxes, qui prennent plaisir à s'essayer contre le bon sens. ■ L'esprit humain, dit-il, trouve toujours un certain plaisir à s'essayer contre le bon sens. Nous savons» par exemple, et de science certaine, que les espèces ne changent pas, qu'un boeuf reste toujours un bœuf et un cheval toujours un cheval; que l'homme ne vient pas d'un singe et un singe d'ur. quadrupède; nous savons tout cela, et cependant qu'un homme arrive , un homme ingénieux d'ailleurs et très-savant, un M. Darwin, qui nous disa que les espèces changent, qu elles sont en travail continuel de transformation , en un progrès constant, comme il s'exprime; que les espèces viennent les unes des autre» et toutes'd'une, et je vois déjà un certain public, d'abord effaré, puis ébahi, et puis point du tout fâché qu'on lui fournisse une occasion nouvelle de s'exercer contre le bon sens et de ne pas penser comme tout le monde. Pareillement, nous savons tous que chaque espèce a sa structure propre , qu'il n'est pas deux espèces absolument semblables, que les animaux sont différents et qu'ils ne diffèrent entre eux que parce que leur organisation

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diffère; et cependant qu'un homme vienne qui répète avec assurance que tous les animaux sont composés de même, qu'il y a unité de composition, unité de plan, cet homme paraîtra d'abord fort singulier, puis il paraîtra profond, s'il persiste dans ses paradoxes, et il finira par se f; lire un certain nombre de partisans et d'approbateurs. »

Cet appel au bon sens et à l'observation vulgaire contre des théories comme l'unité de composition et la formation des espèces par vois de sélection naturelle est indigne d'un savant et vraiment ridicule. Le bon sens et l'observation vulgaire ne sont pas des témoins à invoquer dans la question. M. Darwin a vu tout aussi bien que Flourens qu'un bœuf reste toujours un bœuf , ce qui ne l'empêche pas d'admettre que les espèces ont pu se transformer par la lente accumulation de faibles changements organiques.

Geoffroy Sa'mt-Hilaire savait aussi bien que Flourens qu'il existe entre les animaux des différences, ce qui ne l'empêchait pas de soutenir que les animaux sont formés sur le même plan. Une pareille critique n'est pas d'un naturaliste, mais d'un homme du monde ' fort peu au courant des idées en discussion et qui se moque de ce qu'il n'a pas compris. Flourens reproche à Geoffroy Saint Hilaire de se servir indifféremment des mots unité de composition, imité de plan, sans tenir compte de la différence énorme qui existe entre ces mots et ces choses; de dire avec la même indifférence unité, uniformité, identité, analogie. • Tous ces mots, dit-il, lui sont bons pourvu qu'on convienne d'une certaine uniformité oague, d'une conformité quelconque qu'il a dans l'esprit, qui le préoccupe, et qui, chez lui, comme dans Buffon, se réduit sans doute à ce fonds commun qui frappe tous les yeux : la nutrition, le développement et la reproduction. • Il est impossible de faire un reproche plus mal fondé et plus injuste, impossible de présenter plus inexactement le système que l'on prétend discuter, impossible de montrer plus de mauvaise volonté ou plus d'impuissance k le comprendre. Geoffroy Saint-Hnaire se sert indifféremment, il est vrai, des mots unité tie composition, unité de plan, uniformité ^ analogie, identité, mais en leur donnnant toujours le meute sens, ce qui ne permet aucune équivoque. Ce sens, il ne le laisse pas vague, et l'on peut dire que sa doctrine, par conséquent sa gloire , est tout entière dans la détermination qu'il en a donnée. L'uniformité organique qu'il a dans l'esprit, qui le préoccupe, est bien une idée précise et- non une conformité quelconque. Entiu, cette uniformité ne se réduit nullement k une ressemblance physiologique générale.

Flourens revient, à plusieurs reprises, sur la différence de sens que le langage ordinaire met entre les mots composition et plan. Répétant Cuvier, il veut bien apprendre à ses lecteurs que la composition d'une chose signifie les parties en lesquelles cette chose consiste, dont elle se compose, et que Je plan signifie l'arrangement que ces parties gardent entre elles; que, par conséquent, l'unité de composition suppose l'identité du nombre des parties et qu'il n'y a pas unité de composition s'il n'y a pas unité de nombre ; que l'uni é de plan peut très-bien être conçue san3 l'unité de composition, sans l'unité de nombre ; qu'il suffit pour cela que les parties, quel qu'eu soit le nombre , gardent toujours les unes par rapport aux autres les mêmes positions données. < J'ai toujours été étonné, écrit-il plus loin, que M. Geoffroy n'ait pas saisi l'énorme différence qu'il y a entre l'unité de composition et l'unité de plan. On me dira qu'au fond l'une de ces expressions était bien aussi indifférente que l'autre, puisqu'eu réalité l'une de ces réalités n'existe pas plus que l'autre, dans le sens illimité que leur donne M. Geoffroy ; mais du moins son système n'eùt-il pas été faux dans toute l'extension du terme... Et quant à tous ces mots d'unité de composition , û'unité de plan, mots si souvent répètes et si peu compris, j'avoue qu'un examen bien détaille dé quelques-unes de ces prétendues analogies m'eût beaucoup plus satisfait que ces grands mots ; cet examen détaillé, qui eût éclairci, s'il l'eût fait, est précisément ce qu'il a omis de faire.»

Elever, comme le fait ici Flourens, une > dispute de mots au nom du vocabulaire et de l'étymologie contre une doctrine scientifique est une misérable chicane de pédant. Geoffroy n'a jamais entendu par l'unité de composition l'unité de nombre ; il y a donc mauvaise foi à lui imputer l'erreur grossière qu'impliquerait la signification ordinaire du mot composition. Encore une fois, unité de composition et unité de plan sont pour Geoffroy expressions synonymes, et le sens qu'ildonne k ces expressions est très-clair, trèsintelligible et, quoi qu'en dise Flourens, appuyé sur l'examen détaillé d'analogies qui ne peuvent échapper qu'à des esprits incapables de réflexion. Quand des mois sont transportés de la langue ordinaire dans la langue scientifique, ils prennent un sens figuré, et il est parfaitement absurde d'arguer du sens littéral contre l'usage que le savant ou le philosophe fait «d'un terme, lorsqu'il s'est d'ailleurs appliqué suffisamment à le définir. Tout au moins le reproche, en ce cas, doit cesser de porter sur le fond des choses pour s'adresser uniquement à la nomenclature adoptée. C'est une remarque fort juste, mits

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assez inutile, que celle qui consiste à montrer, comme l'a fait Goethe, que le mot composition, pris au sens littéral, s'applique improprement k la nature organique. » Composition , disait Goethe, est un terme vicieux emprunté à la mécanique. On dit composer des tableaux ; un musicien se nomme un compositeur, et cependant si ce sont de vrais artistes, ils ne composeront pas leurs ouvrages, mais ils développeront l'image ou le sentiment qu'ils ont conçu, en suivant les inspirations de la nature et de l'art. Ce mot rabaisse la dignité de l'un et de l'autre. Les organes ne se réunissent. pas, ne se combinent pas comme des objets finis et achevés séparément; ils se développent l'un de l'autre, en se modifiant pour former une entité, qui tend nécessairement k constituer un tout. » Mais, pour Goethe, notons-le, le mot plan n'était pas moins impropre, pas moins vicieux que le mot composition, o Le mot plan, ajoutait-il , sert k exprimer que les matériaux se disposent suivant un ordre combiné d'avance ; mais ce mot rappelle à l'instant l'idée d'une maison, d'une ville dont la disposition, quelque admirable qu'elle soit, ne saurait se comparer en aucune manière à celle d'un être organisé.. Il était permis à Plourens de préférer unitéde plan k unité de composition, à Goethe de préférer aux deux unité de type, comme k Geoffroy de s'accommoder également de toutes ces expressions; ce qui n était pas permis, c'était de dire que Geoffroy, par son indifférence sur les termes, avait laissé de la confusion sur les idées.

Une autre chicane, qui est aussi puérile et qui ne porte pas moins à faux , est celle que fait Flourens à Geoffroy Saint-Hilaire sur l'emploi de ces mots philosophie et philosophique. « Le mot philosophie est un de ces mots qui fascinent aisément les esprits confus. M. Geoffroy voulait que tous ses travaux fussent des travaux philosophiques, et môme, autant que cela se pouvait, des philosophies: philosophie anatomique , philosophie zoologit/ue, etc., etc. Assurément, une philosophie ne peut être anatomique. On l'a bientôt senti et l'on a changé ces mots en ceux d'anatomie philosophique; car, si une philosophie ne peut être anatomique, une anatoinie peut très-bien être philosophique, c'est-k-dire considérée par ses points de vue les plus élevés, les plus généraux , les plus philosophiques par conséquent. Mais ce n'est point ainsi que l'entend M. Geoffroy, Il attache aux mots philosophie anatomique un sens plus particulier et, si je puis ainsi dire, tout personnel. Sous le nom de philosophie anatomique, il entend déjà ce qu'il entendra plus tard sous celui d unité de composition, ni plus ni moins... Ce n'est pas tout. M. Geoffroy ne veut pas seulement une anatoinie philosophique, il veut une ressemblance philosophique. Mais, qu'est-ce qu'une ressemblante philosophique ? La ressemblance philosophique est la ressemblance que donnent les connexions. Une fois arrivé là, l'auteur no se fait plus d'autre souci. Dés que les connexions ont prononcé, rien ne l'arrête, ni la forme, ni l'usage, ni le nombre; il a la ressemblance philosophique, et c'est tout ce qu'il lui faut. »

Geoffroy Saint-Hilnire avait parfaitement le droit, il nous semble, d'appeler philosophie de l'anal amie ou philosophie anatomique ses observations et ses spéculations sur les analogies organiques; pliilosophie Héla zoologie ou philosohhie zooloytque ses observations et spéculations sur le règne animal considéré sous le rapport des analogies organiques, poursuivies, d'après la méthode qu'il avait introduite, de genre k genre, de classe k classe et, s'il se pouvait, d'embranchement à embranchement. 11 importait assez peu qu'il employât l'uiijectif ou le substantif pour ce qu'il voulait exprimer. Il est très-vrai qu'en joignant le mot philosophie au mot anatomie et au mot zoologie il lui a donné un sens nouveau et particulier; mais ce sens nouveau a sur l'ancien l'avantage d'être précis : il s'agit d'un champ d'études, d'observations et de méditations nettement délimité, non des simples et vagues généralités de 1 anatomie et de la zoologie. 11 faut ajouter, ce qui est assez fâcheux pour la sagacité du critique, que ce sens nouveau, particulier, personnel, a pris place dans la science, est devenu général et maintenant consacré par la langue. Enlin, nous tenons que l'emploi du mot philosophie tz&l ici pleinement justifié. Geoffroy Saint-Hilaire était fondé k appeler philosophie anatomique ou anatomie philosophique t'élude des analogies ou ressemblances philosophiques qui existent entre les animaux. 11 était fondé k désigner, sous le nom de ressemblance ou d'analogie philosophique, la ressemblance que lui donnaient les connexions, une ressemblance typique , idéale, d;ordre rationnel et, pour ainsi dire, mathématique. Il était fondé k opposer cette ressemblance philosophique aux ressemblances empiriques et sensibles de forme, de fonction, de nombre, les seules qui fussent envisagées par Cuvier et par les naturalistes descripteurs et classificateurs. Il était fondé à accorder k cette ressemblance philosophique une grande portée, une portée que Cuvier et ses oisciples se sont toujours refusés à voir et plu k contester. Il était fondé k croire et k déclarer cette ressemblance philosophique plus profonde, plus essentielle k la naturo animale, moins contingente que les diversi-

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tés de formes et de fonctions et, en ce sens, supérieures à ces diversités.

UNITED STATES, nom des Etats-Unis d'Amérique en anglais, désigné quelquefois par les initiales U. S. Un plaisant ou un ignorant a donné à ces initiales la signification d'oncte Samuel, de sorte qu'on donne quelquefois ce nom aux Etats-Unis, comme on désigne la Fiance par Jacques Bonhomme et l'Angleterre par John Bull.

UNITÉISME s. m. (u-ni-té-i-sme — rad.

unité). Philos, soc. Nom donné par Fourier k la passion de l'unité, pivot des douze autres passions : Il y a dans l'homme un côté farouche, qui résiste à V unitéisme, à fa fraternité, à l'association. (Th. Gaut.)

— Encycl. On sait que Charles Fourier, dans la psychologie passionnelle qui sert de base k sa théorie sociale , distingue douze passions simples ou radicales : cinq sensitives correspondant aux cinq sens ; quatre effectives, l'amitié, l'amour, le familisme, l'ambition; trois dislributives, la cabaliste, la papillonne ou alternante et la composite. A ces douze, il en ajoute une treizième , Vharmonisme ou unitéisme. Cette treizième passion est formée , selon lui ,« des sept affectives et distributives, comme le blanc est formé des sept couleurs du rayon.» C'est, dit-il. la passion pivotale. Il remarque qu'elle se manifeste fortement chez les conquérants et les philosophes: • Les conquérants rêvent l'unité forcée par terreur et asservissement universel ; ils l'établissent -partiellement. Les philosophes rêvent l'unité directe et spontanée, la philanthropie universelle ou fraternité de tous les peuples , fédération imaginaire. » Ailleurs, il montre que V unitéisme ou passion de l'unité est le but commun de toutes les autres passions. ■ Un paysan, dit-il, voudrait régler k son goût les affaires de son village; s'il devient seigneur et maître du village, il voudra régler la province entière, y établir ce qu'il appelle bon ordre. Donnez-lui le commandement de la province, il voudra régir le royaume, devenir ministre. Faites-le ministre ou souverain, il voudra soumettre k sa loi les empires voisins et bientôt le monde entier. Ainsi, Vunitéisme est, sans qu'on s'en aperçoive, passion de tout le monde. Je viens d en citer un emploi relatif à l'ambition ; je pourrais appliquer de même Vunitéisme à chacune des autres passions et prouver qu'il est le but commun de toutes. Un gastronome voudra régenter la cuisine universelle; une petite-maltresse voudra régénérer les toilettes de Paris et du monde entier, etc. »

Les disciples de Fourier se sont évertués k montrer, d'après les observations du maître, comment Vunitéisme se combine et s'associe avec les autres passions. Ils voient des exemples A'unitéisme dans l'action .d'un homme qui expose sa vie pour sauver celle de son aini, de son enfant, de la femme qu'il aime ; dans celle du soldat qui, de son corps, couvre son chef menacé, ou du général qui se fait tuer à la tête de son armée. Que se passet-il dans ces cas et dans tous ceux qu'on peut en rapprocher? C'est toujours un individu qui en aime un autre k ce point qu'il fait, au prollt de celui-ci, l'abandon de son intérêt, de sa personnalité, de sa vie. Pour mieux dire, il ne distingue plus ce qui est de lui et ce qui est d'un autre. Il opère avec son semblable une union, une fusion si intime de sa personne, qu'il est impossible de concevoir un plus haut degré d'unité entre deux créatures humaines.

lin d'autres circonstances , Vunitéisme se combine avec l'essor des passions distributives. « L'histoire de Nisus et Euryale, dit M. Bailler, est une scène attendrissante de rivalité dans un désir de dévouement réciproque. Mais c'est surtout dans les mouvements collectifs des groupes que la cabaliste et la composite reçoivent 1 empreinte de Vunitéisme. Rien n'est plus fréquent sur le théâtre barbare de la guerre. C'est lk qu'on voit des masses transportées d'enthousiasme affronter une mort certaine; des régiments animés d'un noble sentiment de rivalité courir à l'assaut sous la mitraille qui va les foudroyer. Une armée qui défend son pays envahi par l'ennemi a, mieux encore qu'une armée de conquête, le sentiment du dévouement k la patrie. Tous ces faits sont des essors passionnels dignes d'admiration, que l'idée de mourir pour ses semblables peut seule expliquer. Malheur k la société qui ne sait, la plupart du temps, employer un levier si puissant qu'à sa propre destruction! Enfin, le besoin d'alternance influe aussi sur l'essor de Vunitéisme, soit chez les hommes en particulier, soit chez les masses. Qui n'a vu des individus, surtout des femmes, plus sensibles qu'intelligentes, se lasser de la monotonie d'une vie saturée de jouissances égoïstes, mais pauvre d'essors effectifs? Qui n'eu a entendu s'écrier qu'elles s'ennuient de n'avoir personne à aimer et qu'elles seraient heureuses de se dévouer au bonheur des autres? Qui ne sent, en effet, le vide que laisse dans le cœur l'absence de toute occasion de faire le bien? Qui voudrait ne jamais connaître ce que la véritable charité donne de joie et de sérénité? Cet état de l'âme n'est, en réalité, qu'un résultat composé de deux passions : la papillonne et Vunitéisme. •

Entin, Vunitéisme joue son rôle, et un rôle important dont la sociologie doit tenir compte, même dans les mouvements égoïstes

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des passions sensitives. Fourier et ses disciples rapportent k Vunitéisme la fraternité épicurienne des amateurs, c'est-k-dire des hommes qui ont le même goûtdominànt pour tel ou tel objet relatif au confort, au luxe, au plaisir. Rien, font-ils* observer, ne tient plus de place dans la vie d'un amateur que la satisfaction de sa passion dominante. Plus il la cultive et la raffine, plus il lui faut en élargir le champ. Bientôt il se lasse de s'y livrer seul ; il a besoin d'un compagnon de plaisir qui ait le même goût que lui, la même curiosité, les mêmes habitudes de raffinement, enfin, si l'on veut, la même manie. A l'aide de cet accord dominant, on voit se rapprocher des hommes qui, k d'autres égards, sont peu sympathiques; on les voit communier, c'est le mot, par la mise en commun d'une même jouissance qui les captive et efface toute dissidence. Cette fraternité épicurienne crée parfois un lien solide et étroit qui se combine avec des accords d'amitié et » de composite, et qui, empreint de dévouement, constitue une des, faces les plus piquantes de l'unité entre les hommes. Un antiquaire fera cent cinquante lieues pour en visiter un autre et jouir avec lui de la vue d'un objet rare. Un entomologiste, un géologue, un botaniste, un spécialiste quelconque, savant ou artiste, bravera tous les obstacles, dislance, dépense, danger, pour le plaisir de.connaltre un amateur célèbre, d'échanger ses idées avec lui et de raffiner, dans sa compagnie, des jouissances que l'isolement privait de chaleur et de charme.

UN1TERNAIRE adj. (u-ni-tèr-nè-re — du lat. unus, un seul, et de ternaire). Miner. Se dit d'un cristal dont la forme est due k deux décroissements, l'un par une et l'autre par trois rungées.

UNITESTACÉ, ÉE adj. (u-ni-tè-sta-sé — du lat. unus, un seul, et de testacé). MolL Qui n'a qu'une coquille. 11 On dit plus ordinairement UNIVALVE.

UNITIF, IVE adj. (u-ni-tiff, i-ve — du lat. unitus, uni). Relig. Qui unit, qui est propre à unir à Dieu. Il Vie unitive, Vie de perpétuelle union avec Dieu, de pur amour de Dieu : De là les trois degrés qui ont formé la dioision naturelle du livre de ('Imitation : Vie purgative, illuminative, u.nitive. (Michelet.)

— Dr. can. Hescrit unitif, Rescrit qui unit deux bénéfices,

— Anat. Fibres unitives du cœur, Fibre9 qui opèrent l'union des faisceaux musculaires ayant une direction donnée avec ceux d'une direction contraire.

UNITIGE adj. (u-ni-ti-je — du lat. unus, un seul, et de tige). Bot. Qui n'a qu'une tige.

UNITRIBINAIRE adj. (u-ni-tri-bi-nè-re — du lat. unus, un seul, très, trois, et de binaire). Miner. Se dit d'un cristal dont la forme est due k un décroissement par une rangée et k trois décroissements par deux rangées.

UNIVALVE adj, (u-ni-val-ve — du lat.

unus, un seul; et de value). Bot. Se dit des fruits capsulaires formés d'une seule pièce. Il Qui ne s'ouvre que d'un côté, en parlant d'un péricarpe.

— Moll. Qui n'a qu'une valve, une seule pièce k sa coquille. -

— Crust. Dont le test est d'une seule pièce.

UNIVERS s. m. (u-ni-vèr — abrév, de l'expression latine orbis unioersus, la sphère entière, l'univers. Universus est lui-même formé de una, ensemble, et de vertere, tourner, lequel représente la racine sanscrite «art, tourner). Ensemble ^les choses créées : Contemplez le ciel et la terre et la sage économie de cet vnivers. (BoSs.) Il n'y a rien d'inculte, de stérile, de mort dans /'univers, point de chaos, point de confusion qu'en apparence. (Leibniz.) Si un seul corps est une énigme pour nous, quelle énigme n'est-ce pas que (univers? (Uondill.) //univers n'est un enchaînement- d'effets, que parce qu'il est un enchaînement de causes. (Lamenn.) La justice est organisée d'après les lois de /'univers. (Proudh.) Quand tous les secrets de (univiîrs se seraient dévoilés à la science humaine, luniveks lui serait encore un secret. (Guizot.) Il n'y a qu'un univers et il y a plusieurs mond.es. (L'abbé Bautain.) Le progrès est la loi générale de ('univers. (E. Pelletan.) 7,'u- Nîvers dure, donc ilest bien fait. (V. Cousin.) /.'univers est l'ensemble des êtres et de leurs rapports. (Azuïs.) Tout l'unit)*» est plein de sa magnificence.

Racine.

j'ai vainement cherché la mot de Vunivers,

Lamartine.

Dieu fait bien ce qu'il fait ; sans en chercher la preuve En tout cet univers et l'aller parcourant, Dans les citrouilles je la treuve.

La Fontaine.

— Terre entière, terre habitée : Le fils de Philippe n'oserait plus proposer à ses sujets l'envahissement de ('univers. (B. Const.) Nul art n'a précédé l'art sublime des vers ;

11 remonte au berceau de l'antique univers.

Lebruh, Ces despotes alliera, partageant Vunivers, Se disputent l'honneur de nous donner des fers.

Voltaire.

Il Universalité des hommes; très-grand nombre d'hommes : /( est connu de ('univers en-

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fier. L'univers s'en est ému. Z/unmvkrs a applaudi. La conscience du juste lui tient lieu des louanges de ('univers. (J.-J. Rouss.) Peu de grands sont nés bons dans le siècle où nous

[sommes!

Uunivera leur sait gré du mal qu'ils ne font pas.

Non, Rome subjuguant l'univers abattu Ne vaut pas un hameau qu'habite fa vertu.

Deullb.

On a beau Be farder aux yeux de Vunivers, A la fin sur quelqu'un de nos vices couvert» Le public malin jette un œil inévitable.

Boileau.

— Fig. Tout complet ; objet composé d'un ensemble de parties harmonieusement disposées : L'homme est un UN1VURS en abrégé. (V. Cousin.) [| Objet auquel on borne sa pensée et son action .- Ce(ui gui a son univers dans sa famille est heureux. (Ste-Beuve.) h'univers d'un amant est dans l'objet aimé.

Cucia.

— Syn. Univers, monde. V. MONDE.

Uiiivçr» (l") OU les IiiOnimexl grnneUelIe»

innniuicnt |ieiim, par M. Pouchet, directeur du muséum de Rouen (1861). Cet ouvrage est un livre de vulgarisation. L'auteur n'a pas prétendu écrire un traité savant, mais donner seulement une étude élémentaire qui facilite les premiers pas dé celui qui commence l'étude des sciences. Il n'a voulu qu'éveiller le désir de connaître les merveilles de l'univers, en soulevant un coin du voile qui les dérobe aux yeux de l'ignorant. « Ce n'est, dit-il, que le péristyle au monument où se cachent les mystérieuses lois de la nature. » Réservant à d'autres livres le soin d'approfondir les choses, M. Pouchet a pu multiplier dans celui-ci les sujets et leur donner une grande variété. < Il a, dit-il, glané partout et puisé dans toute la création. » Son cadre est aussi vaste que son sujet : l'univers. Le mérite de cet ouvrage, mérite de' haute importance lorsqu'il s'agit d'une œuvre de vulgarisation, c'est la clarté de l'exposition. Nous ferons une seule réserve relative k l'esprit religieux qui anime ce livre, où l'auteur devait, en homme de science qu'il était, se borner k exposer les faits observés sans compromettre par des conclusions fantaisistes l'autorité de la science.

Uulvois et la maison (l/), comédie en cinq actes et en vers, de Méry (théâtre de l'Odéon, novembre 1846). La donnée de cette comédie est simple comme ce qui est vrai, ce qui se passe tous les jours. Doria, le principal personnage, ost l'homme du temps, le spéculateur, négociant, capitaliste que le tourbillon des affaires pousse vers la fortune. Sans cesse dévoré d'une activité fiévreuse, il prend sur son sommeil, sur ses repas pour travailler; il écrit ou dicte, tous les matins, des centaines de lettres qui sont emportées aux quatre coins du globe par des courriers convulsifs, courbés sur des chevaux haletants; il en reçoit le double, et k peine si l'aurore fait pâlir les bougies que dèjk pleuvent les dépèches de Birmingham, de Llverpool, de Taganrog, d'Arkhungel, d'Odessa, Il en vient de la Chine et du Japon; il en vient du fond de la Russie.

Doria, qui a trouvé par hasard le temps de se marier, n'a pas trouvé celui d'aimer sa femme et de la rendre heureuse; non qu'il la trompe ou la maltraite; mais il l'oublie sans cesse ; il a tant d'affaires qu'il leur sacrifie tout, les joies de son intérieur, les plaisirs de l'esprit, les jouissances du cœur. Tandis que son œil suit à 2,000 lieues de distance les steamers' qui traversent les océans et qu'il s'inquiète heure par heure de ce qui se passe au Bengale et ailleurs, sa maison lui échappe. Il ne voit pas que sa femme délaissée piété l'oreille k la séduction, que son fils s'abandonna k toutes les corruptions de la vie parisienne et qu'un fripon s'insinue dans sa confiance pour le voler. Sans consulter le cœur de saillie, qui connaît k peine le visage paternel et reste embarrassée devant lui comme devant un étranger, Doria lui destine pour mari l'intrigant qui flatte Ses travers.

Le premier acte, après avoir montré Dm in dans son cabinet de travail, laisse l'action se nouer à la campagne, k cette villa de Moudon où le négociant ne fait que de, rares apparitions ; au troisième acte, c'est dans une loge du Théâtre-Italien que nous assistons aux chagrins de la mère, k l'ennui de luiille, aux étourderies du fils. Ce jeune écervelé aime Une cantatrice milanaise attachée k ce théâtre, et, ce soir-lk, plus amoureux que jamais, il est allé lui faire visite dans un entr'acte. 11 y trouve un rival qu'il provoque ; un duel est la conséquence nécessaire do cette scène.

Au quatrième acte se pressent les péripéties intimes de cette histoire de famille. Un bal est donné par Doria, qui veut présenter k ses invités son futur gendre, M. Beaujon, cet homme aussi actif, aussi entreprenant que lui-même, mais beaucoup moins honnête, cette sorte de ■ Tartufe industriel, » dont nous avons déjà parlé. Ce projet de mariuge désole la jeune iillo qu'on veut unir- à ce triste mari et n'afflige pas moins sa mère. Mais Doria s'inquiète peu de ces vagues tristesses; il mariera, il trafiquera, il doublera sa fortune. Tout k coup on vient annoncer k. M"'e Doria que son fils est blessé. La mère quitto le bal et court avec sa tille au

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chevet du jeune homme. Doria s'inquiète de leur absence subite. Beaujon, le futur gendre, cherche à lui persuader que sa femme vient de se faire enlever et que la fille est partie avec la mère. Doria cette fois oublie un moment l'Afrique et l'Amérique. 11 part à la recherche des fugitives, et les trouve autour du lit de son fils; il rougit de ses honteux soupçons, il rougit de celui qu'il allait introduire dans sa famille et rentre enfin chez lui pour y rester désormais.

Je liquide aujourd'hui, car les deux hémisphères

Ont pour m'es faibles yeux un trop vaste horizon;

Je quitte l'univers et garde ma maison.

Cette pièce a eu un grand et légitime succès. Delaunay, encore inconnu, se montra excellent acteur dans le rôle du fils Doria, et le rôle de Doria père fut créé par Bocage avec beaucoup de talent, de passion et d'énergie.

Univer* (l'), journal religieux. Fondée vers 1836, cette feuille recueillit les débris de la Tribune catholique, laquelle avait succédé à V Avenir, le journal de Lamennais. L'Univers eut des débuts laborieux, des commencements difficiles. A vrai dire, il n'a jamais fait fortune, et il n'a guère encore de lecteurs assidus que parmi le clergé; cependant son influence dans un certain milieu est incontestable. Cette influence, il la doit surtout à son rédacteur en chef, M. Louis "Veuillot, qui lui apporta son concours en 1842. Ancien journaliste officieux, M. L. Veuillot avait défendu, sans conviction et même sans sympathie, dans une feuille obscure de province, le régime et les hommes de Juillet. Converti déjà, à la suite d'un séjourna Rome, il s'était aussi amendé dans ses goûts littéraires. Nul plus que lui n'a relu et médité les auteurs français d'autrefois, ceux-là même dont il a dit tant de mat. Armé pour la lutte, il donna à l'Univers une attitude nouvelle. Il attaqua surtout la bour- • geoisie, le gouvernement et les institutions qu'elle s'était créées pour assurer sa fortune et sa prépondérance. L'Eglise représentait à ses yeux la tradition, l'autorité, la vérité. Se retranchant dans lecatholicisme ets'appuyant aux colonnes du temple, il combattit tout ce qui est hostile soit à la foi, soit aux intérêts religieux. Toute la polémique deM. L. Veuillot roule sur ce sujet, et tout, dans le journal l'Univers, s'identitie avec son principal rédacteur. C'est en vain que la direction nominale a appartenu à d'autres qu'à lui ; c'est en vain que des orateurs renommés, M. de Montalemoert et le Père Lacordaire, ont envoyé à l'Univers l'un ses Conférences, l'autre ses I/iscours; que des écrivains de talent, M. de Riancey par exemple, ont pris part à sa î-édaction, M. L. Veuillot est resté la personnification de la feuille ultramontaine. La collection des principaux de ses articles, écrits de 1842 & 1860 et recueillis sous le titre de Mélanges, ne forme pas moins de 12 volumes in-S». Sous Louis-Philippe, i) a fait la guerre à l'Université, aux doctrinaires, aux éclectiques, aux professeurs du Collège de France, aux romanciers , aux intrigues parlementaires, et il a pris en main la défense des jésuites, plus menacés au dehors qu'au dedans. En 1S48, par une évolution rapide, il acclama la révolution comme un événement providentiel et il accepta la liberté comme un bien nécessaire. En 1851, il applaudit au coup d'État et il admira le gouvernement impérial jusqu'en 1856. Son acquiescement devait aboutir à une rupture, que la guerre d'Italie, si fatale par ses conséquences au pouvoir temporel, aggrava au point d'amener, en 1861, la suppression de l'Univers. Les propriétaires du journal reçurent, il est vrai, l'autorisation de publier le Monde; mais l'accès de la feuille nouvelle fut interdit à la prose de M. Veuillot.

En politique, l'Univers fait profession d'indifférence et de scepticisme. Suivant sa déclaration, il accepte « ce qui existe; » il l'accepte ou il le subit, selon que le pouvoir établi favorise ou contrarie les vues prétendues immuables de l'Eglise. Il veut asseoir la religion sur la superstition et l'imposer par la peur. La foi, sentiment d'amour et d'espérance, n'est plus qu'un sentiment de terreur. La contrainte remplace la persuasion ; le fanatisme de Moloch entre dans l'Evangile. On a donc vu l'Univers exalter le « miracle » de La Salette , justifier la Saint-Barthélémy, recommander le fouet comme un excellent moyen de correction morale, etc. Il attaque tout, la Révolution et la philosophie, la liberté et la science, les gallicans et les protestants. 11 attaque, mnis il ne réfute pas; il affirme, mais il ne démontre pas. Le talent ne faisant pas défaut, il y a donc impuissance. Cette impuissance tient à bien des causes, notamment au parti pris de tout confondre, l'ordre religieux et l'ordre politique, l'Eglise et l'Etat, le dogme et la loi, la toi et la force. L'Univers peut être considéré comme l'ennemi le plus redoutable de l'Eglise catholique, qu'il prétend défendre. Quelques évèques ont eu le courage de répudier les maximes de M. Veuillot ou de blâmer sa conduite peu charitable; quelques ecclésiastiques ont protesté contre son infaillibilité. L'archevêque de Paris a censuré sa polémique agressive ; l'évêque de Moulins a désavoué son fatalisme politique et l'âpreté de ses disputes souvent inopportunes. En 1853, l'évêque d'Orléans interdit la lecture de l'Univers à son clergé ; mais, certain d'être toujours soutenu

à Rome, M. Veuillot n'en a pas moins continué de donner à son journal l'allure agressive qu'il lui avait imprimée tout d'abord.

L'Univers a conspué toutes les renommées, outragé toutes les gloires de la France qui s'étaient élevées en dehors du giron de l'Eglise : Molière, Voltaire, Lamartine, Béranger, entre autres, ont reçu des coups de discipline. Berryer était sur le point d'expirer, que M. L, Veuillot, croyant déjà mort le grand orateur, ouvrait une campagne contre sa popularité.

Supprimé en 1861, comme nous l'avons dit plus haut, Y Univers reparut en 1867. Depuis, il n'a encouru qu'une simple suspension de deux mois (19 janvier-19 mars 1871), motivée par l'acrimonie de sa polémique vis-à-vis du royaume d'Italie. Le pape adressa, à cette occasion, à M. Veuillot un magnifique bref d'encouragement, que l'Univers publia en tête de son premier numéro lors de sa réapparition :« Dans celte grande -perturbation de la société civile, disait le pape, comme vos . efforts et vos forces, cher fils, sont fidèlement appliqués à la propagation du bien, vous ne devez pas vous étonner d'être dans la tribulation. Mais, pendant que les ennemis les plus acharnés de l'Eglise, croyant pouvoir avancer en sécurité, se trouveiitemportésàgrande vitesse dans la voie de l'injustice et de la perdition ; pendant que ceux qui cherchent à concilier les ténèbres avec la lumière se flattent faliacieusement et vainement d'atteindre au terme de leurs vœux; pendant que d'autres, par la crainte d'une violente tempête, courbent inconsidérément la tête devant la fausse sagesse du siècle, croyant à tort éviter ainsi d'être renversés par la violence de l'orage, vous, mon cher fils, d'un cœur ferme, confiant et tranquille, vous attendez, avec tous les bons, les temps et les moments que le Père céleste a assignés dans sa puissance. »

Avec de pareils certificats dans sa poche, M. Veuillot se rit de toutes les critiques. Malgré tout, l'Univers n'a que peu d'abonnés. De l'aveu de M. Veuillot, ses affaires ne furent jamais à la hauteur de son mérite. Cependant les hommes de ce journal doivent vivre de quelque chose, puisqu'ils vivent,

UNIVERSALISATION s. f. (u-ni-vèr-sa-liza-si-on — rad. wiiversaliser). Action d'universaliser : Vous entendrez ces égoïstes naïfs répondre à vos principes ^'universalisation du bonheur, en arguant contre eux de la parole du Christ. (V. Considérant.) Tontes les tendances de l'humanité, et dans sa politique, et dans ses lois, sont à /'universalisation. (Proudh.) L'homme est le grand instrument de /'universalisation sur la terre. (J. Kerr.)

. UNIVERSALISER v. a. ou tr. (u-ni-vèr-sali-zé — du lat. universalis, universel). Rendre universel, répandre partout : Grégoire a présenté au comité d'instruction publique un rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir le patois et «/'universaliser l'usage de la langue française. (C. Desmoulins.) L'imprimerie, monnaie de l'esprit, A universalisé la pensée dans l'espace. (E. Pelletait.) Universaliser ce qui est bien, telle devrait être la tâche d'un gouvernement paternel et vigilant. (E. de Gir.) La science économique a pour but ^'universaliser le travail, l'épargne et le bien-être. (L.-J. Larcher.)

S'universaliser v. pr. Devenir universel : Il faut que l'anarchie s'universalise, pour que le besoin d'ordre stable puisse se faire socialement sentir. (Colins.)

UNIVERSALISME s. m. (u-ni-vèr-sa-li-sme — rad. universel). Opinion de ceux qui ne reconnaissent d'autre autorité que le consentement universel.

— Théol. Opinion d'après laquelle Dieu a voulu la rédemption de tous les hommes, et non pas seulement des élus.

— Encycl. Théol. La première opinion qui prévalut dans l'Eglise, au sujet de la rédemption, fut que Dieu avait voulu le salutde tous les hommes, sans distinction. Les déclarations de Jésus et des apôtres étaient si claires et si formelles, qu'il ne paraissait pas possible de les méconnaître ou de les éluder; cependant, au ivo siècle, la controverse pélagienne lit triompher dans l'Eglise le système augustinien de la prédestination, et d'universaiiste qu'elle avait été, elle devint particulariste.

Durant le moyen âge , la prédestination perdit quelque chose de sa rigueur, et insensiblement l'Eglise tomba dans le semi-pélagianisme. Les réformateurs, Luther et surtout Calvin, affirmèrent avec énergie la prédestination, qui devint entre leurs mains une puissante arme de guerre contre le catholicisme. Cependant des doutes surgirent dans les esprits; Arminius s'en fit le représentant dans les Pays-Bas; il eut de nombreux disciples, et il fallut l'intervention du synode de Dordrecht pour conserver au dogme augustinien son autorité. L'universalisme proscrit semblait étouffé pour toujours, mais il était dans les esprits et il avait pour lui l'adhésion secrète des consciences; il fallait qu'il reparût sous une forme ou sous une autre.

En 1631, Amyraut, professeur de théologie à l'Académie réformée de Saumur, fut consulté par un nouveau converti, auquel répugnait l'étioitesse du dogme de la prédestination. Ce fut en réponse k ses questions qu'il publia son traité De la prédestination. Amyraut y exposait la doctrine qu'on a appelée depuis l'universalisme hypothétique et qu'il

avait d'ailleurs prise dans les ouvrages de son maître, Catnéron. D'après lui, Dieu prédestine tous les hommes au salut, pourvu qu'ils croient; c'est parce qu'ils ne croient pas que le plus grand nombre vont, par la volonté de Dieu, à la perdition.

Cette théorie, qui s écartait peu d'ailleurs de l'opinion traditionnelle, ne laissa pas que de soulever des clameurs et de provoquer des protestations, ce qui n'empêcha pas l'idée de faire son chemin. A mesure que la religion se dégagea de ce qu'elle avait de matérialiste, à mesure qu'elle s'affranchit des anciennes notions du ciel et de l'enfer, l'universalisme gagna du terrain. A la fin du xvuie siècle, il était professé par la majorité des Eglises qui l'avaient autrefois proscrit; il était dominant en France, en Angleterre, dans les Pays-Bas, en Allemagne. Ii ne pouvait pas en jitre autrement, les progrès que les peuples accomplissent dans la vie sociale ayant nécessairement leur contre-coup dans la théologie. Quand on eut proclamé que tous les hommes sont égaux en droit, quand on eut aboli toutes les distinctions de caste et de privilège, pour ne conserver d'autre titre de noblesse que l'humanité, la dogmatique fut bien forcée d'enseigner que tous les hommes sont égaux devant Dieu. Puis, la notion de justice aussi s'était élevée; on ne pouvait plus admettre que, par un pur effet de son caprice, Dieu eût envoyé les uns à la vie et les autres à la damnation éternelle. On avait aussi une autre idée de la vie future; on ne se la représentait pas comme un état d'immobilisme sans lin, mais plutôt comme un progrès incessant; enfin, il répugnait à la conscience d'admettre que tous ceux q-ui, même par des circonstances indépendantes de leur volonté, n'auraient pas connu le christianisme seraient à jamais perdus. Cet ensemble d'idées poussa les esprits religieux vers l'universalisme, qui affirme que Dieu veut le salut de tous les hommes, sans exception, et que, dans cette existence ou dans une autre, il leur donnera la possibilité de le conquérir. Les universalistes admettent, comme on voit, que le salut peut s'accomplir dans toutes les religions, à plus forte raison dans toutes les Eglises; ils ont pour maxime la parole de Jésus: « Bienheureux sont ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu! »

Il est facile de comprendre qu» ces universalistes ne se rencontrent pas dans les orthodoxies protestante ou catholique; ils appartiennent, en général, aux Eglises unitaires ou à ce qu'on appelle le théisme chrétien. En Amérique Th. Parker, en France M. Hécaut,. ce que l'on appelle la nouvelle école ihéologique, professent l'universalisme i mais, s'ils enseignent la capacité de tous les hommes pour le salut, c'est qu'ils sont sortis de l'ancienne idée de la révélation ; c'est par ce côté-là surtout que leur doctrine mérite bien le nom d'universalisme. Le vieux Credo, sous toutes ses formes, affirme qu'une révélation divine spéciale et exclusive a été donnée à l'humanité. Or, ii arrive à quiconque étudie l'histoire des religions de voir que chaque peuple prétend avoir eu sa révélation et naturellement aussi prétend que la sienne est la seule vraie. Que faire alors? Ou bien on pense que Dieu n'a parlé à personne, ce qui semble le plus raisonnable, ou bien on s'obstine à croire que la révélation qu'on professe est l'unique et l'incomparable, ou bien on reconnaît que Dieu a parlé aux Indous et aux Perses aussi bien qu'aux prophètes juifs, à Jésus et aux apôtres, et, franchissant les limites de l'oribodoxie, on finit par reconnaître la normalité et l'universalité de l'inspiration. C'est ce dernier parti qu'ont pris les universalistes.

UNIVERSALISTE s. (u-ni-vèr-sa-li-ste — rail, universalisme). Partisan de l'universalisme.

— Théol. Chez les réformés, Personne qui croit que la grâce est universelle.

— Fr.-maçonn. Ordre des universalistes, Branche de la franc-maçonnerie qui apparut pour la première fois à Paris en 184 1, et qui se compose d'un seul grade : Les universalistes ont des adeptes en Amérique; en France, ils ont cessé d'exister.

UNIVERSALITÉ s. f. (u-ni-vèr-sa-li-té — du lat. universatitas; de unioersus, universel). Généralité, totalité: /.'universalité des êtres créés. Le public est cette portion de /'universalité d'une ville ou d'une nation qui s'occupe des choses publiées et qui s'est exercée à en juger. (J. Joubert.) Pour /'universalité des hommes, l'aisance est une condition essentielle du bonheur. (De Théis.) En Prusse, /'universalité des enfants de sept à onze ans reçoit l'instruction primaire. (J. Simon.) Le contrat social doit embrasser /'universalité des citoyens, de leurs intérêts et de leurs rapports. (Proudh.)

— Caractère de ce qui est universel : L'v- Niversalité des connaissances conduit nécessairement au désir de trouver les lois générales de l'ordre physique. (Mme de Staël.) La postérité considère moins /'universalité des talents que leur supériorité. (De Bonald.) La grande conquête de la Révolution est /'universalité et la proportionnalité de l'impôt. (Proudh.) De l'égalité devant la loi à l'égalité des fortunes, il n'y a que la distance du principe à /'universalité de son application. (Proudh.) Le propre de l'évidence, c'est /'universalité, et le catholicisme n'est pas uni-

versel. (E. Scherer.) Détruire /'universalité du suffrage, c'est détruire le suffrage tout enlier. (F. Pillon.)

— Log. Qualité d'une proposition universelle : Il ne faut qu'un instant pour rendre à la vérité de ma proposition toute son universalité. (Dider.)

— Jurispr. Totalité : J'ai acquis J'univebsalité de ses biens.

Universalité de la longue franjaUe, par

Rivarol. V. langue (t. X, p. 161).

UN1VERSAUX s. m. pi. (u-ni-ver-sô).

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