‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 502 sur 1042 · V. UNIVERSEL · texte numérisé non relu

V. UNIVERSEL

UNIVERSEL, ELLE adj. (u-ni-vèr-sèl, è-le — lat. universalis ; de universus, même sens). Général, qui s'étend à tout ou à tous : Le déluge universel. Un remède universel. Des préoccupations universelles. Une méthode universelle. Le caprice des hommes s'est si bien diversifié qu'il n y a point de lois universelles. (Pasc.) La nature est l'existence des choses soumises à des lois universelles. (J. Tissot.) Nous n'aimons en France que ce qui peut être d'une application universelle. (B. Const.) La malignité est une passion aussi universelle que la nature humaine. (I,ainen.) L'ordre universel suppose l'ouvrier universel, dont il est tout à la fois la pensée et l'œuvre. (Jouffroy.) La société est un fait universel qui doit reposer sur des fondements universels. (V. Cousin.) La monarchie universelle, c'est le règne universel de la force; la république universelle, c'est te régne universel du droit. (Colins.) Le français est la langue universelle de la littérature et du bien dire. (Th. de St-Germain.) Ici-bas, il n'y a de puissance universelle que celle des femmes. (A. Martin.) L'histoire universelle n'est que l'histoire de ta liberté. (Vacherot.) La loi, dans tout Etat, doit être universelle; [elle. Les mortels, quels qu'ils soient, sont égaux devant

■ — Qui a des aptitudes, des connaissances très- variées : Arrias a tout vu, tout lu; c'est un homme universel, et il se donne pour tel, (La Bruy.) Fontenelle fut l'homme le plus universel de son siècle. (Volt.). La nature, qui semble avoir borné chaque homme a chaque emploi, produit rarement des esprits universels. (Montesq.) Personne n'est assez universel pour se flatter de tout connaître. (L. Pinel.)

— Qui est le fait de tous, qui provient de tous : // n'y a pas de puissance au monde qui résiste à /'universelle conspiration du mépris. (Le P. Félix.)

— enseignement miiversel, Méthode Jacotot.

— Dr. canon, Jubilé universel, Jubilé accordé à toute l'Eglise, n Concile universel, Concile auquel sont convoqués tous les évèques du inonde catholique : Les conciles ne décident rien sans appel, s'ils ne sont pas universels. (J. de Maistre.)

— Théol. Grâce universelle, Grâce que la mort du Christ a répandue sur tous, dans le système des réformés.

— Hist. ecclés. Evêque universel, Titre pris par le patriarche de Constantinople en 5S6.

— Hist. Professeurs universels, Nom donné à quinze professeurs établis par Constantin pour enseiguer toutes les sciences.

— Politiq. Suffrage universel, Droit en vertu duquel tous les citoyens, à partir d'un âge déterminé et sauf quelques reserves, peuvent voter dans les élections : Le suffrage universel, redisons-le, est la forme de l'autocratie populaire, indéfectible et immuable. (Proudh.) Sur le suffrage universel on pouvait construire un édifice solide ; sur le mensonge univkrsel, on n élèvera qu'un fragile échafaudage. (E. de Gir.) Tant que l'éducation politique du peuple n'est pas faite, le suffrage universel est impraticable dans son plein et libre exercice. (Vacherot.)

— Jurispr. Légataire universel, à litre universel, Celui qui hérite de la totalité, sauf à acquitter certains legs portés au testament : Le litre de fils adoplif est plus honorable que celui de légataire universel. (Dupin.)

— Astron. Cadran universel, Cadran qui donne l'heure au soleil, duns tous lés pays de la terre.

— Hist. nat. Syn. peu usité de général : Jnvolucre universel. Collerette universelle.

— s. m. Ce qui est universel : Le sens ne connaît que l'individu; l'intelligence seule s'élève à /'universel. (J. de Maistre.) L'idéal, c'est l'absolu et /'universel. (Ballanene.) La raison, c'est Dieu, c'est /'universel; la volonté, c'est l'homme, c'est l'individu. (Lherminier.) En religion, comme en toutes choses, la France veut /universel. (Renan.)

— Logiq. Nom sous lequel la philosophie scolastique désignait les propriétés générales qui servaient à classer les êtres et les idées ; en ce sens, le pi. est unlversaUX : H y a cinq universaux : le genre, l'espèce, ta différence, te propre et l'accident. (Mol.) Selon le mot d'Aristote, /'universel est l'unique objet de la science. (H. Taine.) il Universel a parte rei, Universel sous le rapport de la matière. Il Universel a' parte mentis, Universel sous le rapport de l'esprit. II Universel in essendo incréé, Universel d'une manière indivisible. || Universel in essendo créé, Universel d'une manière divisible, il Universel in prxdicando incréé, Universel pouvant être

tINIY

dit de plusieurs dans un sens équivoque, d'une manière divisible. Il Universel in prsedicando créé, Universel qui se divise en s'affirmant de plusieurs, dans un sens univoque.

— Hist. Nom donné aux lettres circulaires que le roi de Pologne adressait" aux seigneurs.

— Syn. Universel, commun, général. V. COM- MUN.

— Eneycl, Philos. La logique distingue, parmi les propositions, celles qui sont générales ou universelles et celles qui sont particulières ; celles-ci ont pour sujet un terme particulier, les .autres un terme général ou universel. Un terme, dans une proposition, peut être pris particulièrement ou généralement; on dit aussi universellement. Il est pris universellement quand il désigne toute une classe, tout un genre : l'homme, les animaux, etc.; particulièrement, dans le cas contraire (v. particulier). Le sujet est tantôt particulier, tantôt universel : particulier, il rend la proposition particulière ; universel, il la rend universelle. L'attribut est toujours pris particulièrement, quand la proposition est affirmative, et universellement quand elle est négative. Afflrme-t-on, en effet, on déclare que tel sujet appartient à la elasse désignée par l'attribut, est espèce eu égard au genre qu'exprime l'attribut, en fait partie; l'attribut ne convient donc au sujet que partiellement; nie-t-on, on déclare que tel sujet n'est aucun des êtres qui appartiennent au genre qu'exprime l'attribut, ou la sépare de tous les individus de ce genre, ou nie de lui la totalité de ces êtres, n 1,'homme est raisonnable, » c'est-à-dire qu'il est du nombre des êtres raisonnables ; raisonnable n'est donc pas pris ici dans toute son extension, mais particulièrement, a L'animal n'est pas raisonnable, < c'est-à-dire qu'il n'est aucun des êtres raisonnables; c'est dans toute son extension , c'est universellement que raisonnable est nié ici d'animal.

En psychologie, on appelle universelles les idées et les vérités nécessaires. Les idées nécessaires sont celles qui ont pour objets des vérités nécessaires; celles-ci sont des rapports qui ne peuvent pas ne pas être, qui sont absolument, qui sont donc éternellement, universellement ; tels sont les axiomes. Ce qui est nécessairement vrai l'est absolument, en quelque temps, en quelque lieu que ce puisse être, toujours, partout; il est vrai toujours, il est vrai partout; il est universellement vrai, parce qu'il est absolument vrai, et il est absolument vrai parce qu'il est nécessairement vrai que « le tout est plus grand que la partie, » que • deux quantités égales a une troisième sont égales entre elles, » etc. Ainsi de tous les axiomes et de toutes leurs conséquences, de toutes les vérités mathématiques, de toutes les vérités de, raison. Comme elles sont universelles efl elles-mêmes ou objectivement, elles le sont aussi subjectivement, c'est-à-dire qu'elles sont universellement reconnues par toutes les intelligences raisonnables; les vérités universelles sont objets d'idées universelles,

— Scolast. On donnait le nom à'universaux aux idées générales dans la grande querelle qui s éleva à leur sujet pendant le moyen âge. Les universaux ont-ils une réalité en dehors de l'esprit humain? sont-ils des substances ou seulement des noms, de purs sons? Par exemple, l'humanité existe-t-elle indépendamment de tout homme, ou bien ce mot n est-il qu'une étiquette destinée à réunir sous un même nom tous les individus hommes? Tel était le problème à résoudie; il avait exercé de tout temps la sagacité des philosophes. Selon Platon, les idées générales, les universaux ont une réalité dans l'intelligence divine et ont servi de type aux individus. Cette opinion de l'existence des universaux antérieure à celle des individus (universalia ante rem, comme disaient les scolastiques) n'était point partagée par Arisfote, qui, tout en admettant la réalité des universaux ,■ soutenait qu'ils n'avaient de réalité que dans les choses comme formes ou figures inhérentes à la matière. Il enseignait donc les universalia in re. Les stoïciens enfin, aussi peu satisfaits des formes d'Aristote que des idées de Platon, niaient la réalité des universaux et prétendaient que les individus seuls existent réellement, que les idées générales ne sont que des abstractions de l'esprit, de simples noms désignant les qualités communes a divers objets individuels. Us croyaient donc que les universaux étaient postérieurs à l'individu, universalia post rem. La formule universalia ante rem est celle des réalistes; la formule universalia post rem, celle des nominalistes. Quanta celle des universalia in re, elle fut adoptée par plusieurs partisans de la philosophie aristotélicienne; mais la lutte devenant de plus en plus vive et les esprits s'éehauifant, l'attention se porta sur les réalistes et sur les nominalistes. Par suite de l'étroite connexion qui s'était établie a cette époque entra la philosophie et la religion, cette question se compliquait d'ailleurs d'une foule de problèmes théologiques sur la Trinité, les attributs divins, la Cène. Ce fut même sur mie question dogmatique que la lutte s'engagea. Roseelin, chanoine de Compiègne, était nominaliste, c'est-à-dire qti il refusait une réalité objective aux universaux. Il soutenait donc que si les trois per-

ONIV

sonnes de la Trinité sont une seule chose, et non trois choses en soi, unies par la volonté et la puissance, il faut nécessairement que le Père et le Saint-Esprit se soient incorporés avec le Fils ; or, comme il ne pouvait admettre cette dernière hypothèse, il trancha le problème en sacrifiant la réalité de l'unité de Dieu à la réalité des trois personnes divines. Il trouva un rude adversaire dans le futur archevêque de Cantorbéry, saint Anselme, qui le força de se rétracter au synode de Soissons (1092) et qui assura poui1 plusieurs siècles le triomphe du réalisme sur le nominalisme, qui conduisait & admettre troisdieux. La lutte des universaux se trouvant suffisamment exposée aux mots réalisme et scolastiqub, nous nous bornons à renvoyer le lecteur à ces deux mots.

UNIVERSELLEMENT adv. (u-ni-vèr-sè-leman — rad. universel). D'une façon universelle, générale : J'étais universellement estimé. (J.-J. Rouss.) Le condiment le plus important, le plus universellement répandu, c'est le sel. (A. Rion.) La fraternité n'existe pas; cela est universellement reconnu.

(Proudh.)

— Logiq. Au point de vue général, absolu : Les termes ne doivent pas être prisfalus universellement dans la conclusion qu'ils ne l'ont été dans les promisses, (Dumarsais.)

UNIVERSITAIRE adj. (u-ni-vèr-si-tè-re — rad. -université). Qui appartient à l'Université : Les études universitaires. Les professeurs universitaires. Le monopole universitaire. On ne m'imposa' pas l'instruction universitaire dans toute sa rigueur. (G. Sand.) La psychologie , entendue selon la méthode universitaire, est une dérision. (Proudh.)

— Qui contient des universités, où l'on se livre aux études universitaires : Pérouse est une ville universitaire et poétique. (G. Sand.)

— s, m. Membre de l'Université : Un avocat parle, un député parle, un universitaire parle, toute brute parle, et le roi ne parlerait pas! (Cormen.)

— Partisan de l'Université : Les cléricaux accusent les universitaires d'être voltairiens.

UNIVERSITÉ s. m. (u-ni-vèr-si-té — lat.

uniocrsitas, universalité, parce que l'Université comprenait l'universalité des professeurs et des étudiants). Corps enseignant établi par l'Etat : //Université de Paris, de Toulouse, d'Oxford, de Bologne, de Sétiille. Le recteur de ^'Université de Paris. Les universités de Padoue et de Bologne ont eu le singulier privilège de compter jusqu'à nos jours plusieurs femmes parmi leurs docteurs. (Renan.)

Les animaux ont-ils des universités ?

Voit-on fleurir chez eux les quatre Facultés?

Boileau.

— Au moyen âge, l' Université de Paris ou simplement l'Université, Celle qui avait son siège à Paris et qui était fort célèbre. |] Par ext., Le quartier des écoles : Z'Université couvrait ta riue gauche de la Seine, depuis la Tournelle jusqu'à la tour de Nesle. (V. Hugo.)

— Aujourd'hui, Se dit absolument du corps enseignant et choisi par l'Etat, en France : Je ne dirai pas que ^'Université soit parfaite; mais je crois qu'elle est supérieure, même pour la moralité, aux établissements qu'on lui oppose. (Thiers.) On ne viendra à bout de la llévolution qu'en détruisant l'XJmversité, ce repaire de philosophie. (E. Augier.) L'enseignement de /'Université a l'inconvénient d'être trop uniforme et de laisser trop peu de place au goût individuel soit du professeur, soit de l'élève. (Renan.)

— Ane. cout. Administration des communes.

— Eneycl. I. Ancienne Université de Paris. La première en date des universités qui ont été fondées en France et en Europe est celle de Paris. Toutefois, c'est à tort que l'on attribue d'ordinaire à Charlemagne sa fondation. Pasquier, dans ses Recherches de la France (liv. IX, ch. iv) , a le premier démontré cette erreur. Charlemagne ouvrit des écoles ; mais les maîtres et les élèves de ces écoles, dont le nombre s'était rapidement accru, ne formèrent une compagnie et n'eurent une organisation spéciale que beaucoup plus tard. Paris était devenu le- rendez-vous de la- jeunesse studieuse, qui y affluait de toutes les parties de l'Europe pour y suivre les cours de maîtres célèbres, lorsque, en 1200, Philippe-Auguste eut l'idée dé constituer les nombreuses écoles de sa capitale en une corporation, qu'il dota de privilèges. Quinze ans plus tard, Robert de Courçon rédigea les statuts de cette corporation, qui reçut le nom ^Université, soit parce qu*elle embrassait 1 universalité des arts et des sciences, soit parce qu'elle comprenait l'universalité des maîtres et des élèves.

Dès que l'Université fut constituée, la faculté d'enseigner ne fut plus accordée à tous indistinctement. Pour enseigner, il devint nécessaire de posséder ce qu'on appela la licence. A cette époque, les écoliers étaient ! objet d'une sollicitude universelle. On créa des collèges' destinés à servir d'asile aux écoliers indigents ; le collège de £aint-Thomas-du-Louvte, eu 1187;' ceux de Constantinople, sur la place Maubert, en 1206, des Eons-Enfants-Saint-Honoré en 1209 et de Saint- Nicolas-du-Louvre en 1217. Les papes se déclarèrent les protecteurs de ces écoles, 1

ÙNIV

parce qu'elles étaient placées entre les mains du clergé, et les comblèrent de privilèges que les rois confirmèrent. Philippe-Auguste accorda aux écoliers le privilège dont jouissait l'Eglise, d'être soustraits à la justice séculière dans les causes criminelles. Il enjoignit à tous les bourgeois de dénoncer et même d'arrêter ceux qui frapperaient un écolier; leur demeure fut déclarée inviolable, et pour assurer l'exécution de cette ordonnance, il fut prescrit à tous les prévôts de jurer, lors de leur entrée en fonction, en présence de V.Université elle-même, l'observation de ses privilèges. Ces privilèges et cet usage tombèrent en désuétude vers la fin du xvie siècle. M. de Vilieroy fut le dernier prévôt qui prêta ce serment en 1592.

Les papes se montraient de chauds protecteurs de l'Université, dans l'unique but de faire tourner cette protection au service exclusif de la théologie. Aussi, quand certains professeurs de Paris voulurent unir à l'étude de la théologie celle des auteurs païens, ils s'attirèrent une bulle menaçante de Grégoire IX (1228). «Nous vous commandons et vous ordonnons par ces présentes, disait-il, d'abdiquer entièrementune telle folie et d'enseigner désormais la théologie dans sa pureté, sans aucun ferment' de science mondaine, n'adultérant point la parole de Dieu par les Actions des philosophes. » Cet ordre fut suivi à tel point , nous apprend Budeus dans son Hisloria universitatis, qu'en 1254 on ignorait à l'Université de Paris les noms de Virgile et de Cicéron.

Dès le xme siècle, l'Université prit la forme qu'elle conserva jusqu'à la tin de son existence. Au début, toutefois, on se borna à diviser l'enseignement en deux grandes divisions, appelées Facultés : la Faculté de théologie et celle des arts, comprenant les lettres et les sciences. On y joignit bientôt deux autres Facultés, celle de droit canon et de droit civil et la Faculté de médecine.» LaFaeuité des arts, dit Lalanne, était composée de quatre nations : la nation de France, divisée en cinq provinces ou tribus; la nation de Picardie, divisée aussi en cinq tribus; la nation de Normandie; la nation d'Allemagne, divisée en deux tribus: celle des continents, subdivisée en deux provinces, et celle des insulaires, comprenant les îles Britanniques. » La nation d'Allemagne avait porté d'abord le nom de nation d'Angleterre ; mais, sous Charles VI, pendant la guerre avec les Anglais, on remplaça le nom de l'Angleterre par celui de l'Allemagne. IJ 'Université conférait les grades de bachelier, de licencié et de docteur. A la tête de chacune des quatre Facultés se trouvait un professeur appelé doyen, et à la tête de l'Université était le recteur, élu par les quatre Facultés. Ses fonctions durèrent d'abord six semaines, puis trois mois et enfin deux ans. Lors de son installation, on faisait une procession en grande pompe. Un syndic était chargé de veiller au maintien des privilèges de l'Université, dont les principaux consistaient dans le monopole de l'enseignement, dans le droit d'envoyer des députés aux conciles et aux états généraux, et dans l'exemption des charges de l'Etat.

« L' Université, dit Dubarle, possédait de temps immémorial une vaste prairie dont l'origine de propriété est restée entourée de nuages, mais qui, connue sous le nom de Pré-aux-Clercs, était le rendez - vous des écoliers et servait h leurs récréations. Cet emplacement, qui s'étendait depuis le bourg Saint-Germain jusqu'à la Seine et depuis la rue des Saints-Pères jusqu'aux Invalides, dans l'espace occupé aujourd'hui par les quais Voltaire et d'Orsay, était voisin de 1 abbaye Saint-Germain. A plusieurs reprises, les moines avaient élevé sur ces prairies des prétentions toujours repoussées, mais qui amenaient souvent entre eux et les écoliers des luttes quelquefois sanglantes. En 1278, quelques envahissements de leur partavaieut exaspéré les écoles et produit une rixe pendant laquelle les moines, ayant rassemblé leurs vassaux, avaient attaqué leurs jeunes adversaires, en criant : Tue I tuel Plusieurs effectivement restèrent morts sur la place. L'Université porta plainte au légat et au roi, implorant le secours de leur autorité et menaçant de fermer ses écoles. Les moines alors , quant aux peines corporelles , n'étaient justiciables que des tribunaux ecclésiastiques; l'autorité royale était impuissante pour les atteindre; aussi ce fut le légat qui infligea au prévôt de l'abbaye, principal auteur de ce cruel événement, une pénitence de cinq années; les réparations civiles étaient du ressort du prince; Quantum ad nos spectabat, disait Philippe le 'Hardi, et il ordonna que le couvent fonderait dans les églises du Val-des-Ecoliers et de Saint-Martin deux chapelleuies de 20 livres parisis de rente chacune, dont la présentation appartiendrait au recteur, et que de plus il payerait 1,000 livres tournois aux parents des écoliers morts. » Cette anecdote prouve combien était grande la faveur dont jouissait l'Université. Elle avait créé dans son sein, dit Crevier, un tribunal présidé par le recteur, pour juger les causes de ses membres, et devant lequel il n'était pas permis de se servir de l'organe, mais seulement du .conseil d'un avocat. Ce tribunal ne rendait pas de jugements en dernier ressort; on pouvait appeler de ses décisions à l'Université entière, réunie en assemblée.

UNIV

IV 'Université de Paris joua un rôle considérable dans les affaires politiques et religieuses au moyen âge. Lorsque les rois voulurent toucher à ses immunités et privilèges, elle leur fit la plus vive résistance et plus d une fois elle suspendit ses cours. Pendant une de ces suspensions (1229-1231), les dominicains instituèrent des chaires de théologie et des écoles. Dès qu'elle eut repris son enseignement, elle réclama avec énergie leur fermeture; mais elle succomba dans ses prétentions et se vit contrainte de partager le droit d'enseignement avec les corporations religieuses. Dans la seconde moitié du xme siècle, elle soutint la cause de Philippe le Bel dans ses démêlés avec le pap?. En 1317, Philippe le Long consulta l'Université au sujet de l'interprétation de la loi salique, et celleci se prononça en sa faveur contre les prétentions de la fille de Louis le Hutin. Charles V Jui donna le titre de Fille aînée des rois, ce qui valut k l'Université de prendre immédiatement rang après les princes du sang. Jusqu'à Philippe de Valois, le décaiiat avait été donné à I ancienneté.-En 1338, on décida qu'il pourrait désormais être conféré au plus digne par élection, quel que fût son âge. On s efforça en même temps de réformer les abus qui pouvaient être préjudiciables aux études ou aux écoliers. C'est ainsi qu'en 1342 on abolit la brimade des béjaunes. On appelait ainsi la bienvenue exigée des nouveaux écoliers. On lui avait donné ce nom, selon Du Gange, par allusion aux becs jaunes des oiseaux qui na sont pas encore sortis de leurs nids. Les béjaunes étaient les écoliers igno* rants ou novices.

Lors du grand schisme d'Occident qui divisa l'Eglise pendant une moitié du xivo siècle, l'Université de paris prit fait et cause pour le pape Clément. Elle délibéra sur les moyeus propres à rendre la paix à l'Eglise. Une assemblée générale de tous ses membres décida que les deux papes qui se disputaient le trône de saint Pierre devaient s'en remettre à la décision d'arbitres choisis. Un mémoire, rédigé par le chancelier pierre d Ailly et par Nicolas de Clémengis, fut approuvé de V Université entière. Le successeur de Clément VII étant mort sur ces entrefaites, Benoît XIII reçut de l'Université une lettre de félicitations et de conseils, montrant le sentiment que ce corps avait de son autorité et de sa force. Cette lettre étant restée sans réponse, l'Université déclara au pape « que, s'il n'obtempère pas à ses prières et aux vœux de l'Eglise, elle lui résistera en face, parce qu'elle ne veut en aucune façon être soumise ni adhérer à son opiniâtreté. ■ Le pape persista dans son silence. Alors Y-Université donna ses conclusions par l'organe du recteur, déclarant que « l'on devait dès maintenant se départir du tout de l'obéissance de notre saint-père. »Le chancelier de l'Université de Paris, Gerson, fut, comme on sait, l'âme du concile de Constance et contribua puissamment à faire déposer le pape Jean XXIII, que le concile remplaça par Martin V. La Faculté de théologie de Paris, la Sorbonne, devint dans le même temps l'un des oracles de l'Eglise.

Mais si à, cette époque l'influence politique et religieuse de l'Université était grande , l'enseignement était loin d'y être aussi complet qu'on pourrait se le figurer. Des hommes célèbres, Pierre d'Ailly, Gerson, Nicolas de Clémengis, Gille des Champs, enseignaient la théologie et le droit canon à une foule d'élèves avides de savoir ; mais les sefences profanes étaient négligées. La médecine n'inspirait aucune confiance au public et n'attirait aucune considération sur ceux qui la professaient; en logique, en philosophie, on n était pas^ncore sorti d'Aristote; l'axiome le maître l'a dit avait toujours force de loi. Quant à la grammaire et à la rhétorique, elles étaient oubliées depuis longtemps. Toutefois, Nicolas de Clémengis s'efforça de rétablir le goût de l'élégance et la politesse du style. On commençait aussi à cultiver les mathématiques; mais l'astrologie judiciaire avait encore ses professeurs; on répandait de bonne foi les erreurs les plus absurdes, et les savants eux-mêmes ne savaient pas s'en défendre. Ainsi, nous apprend Duvernel dans sou Histoire de laSorbonne, Gerson avait écrit pour prouver l'effet des influences célestes sur les corps sublunaires, et la Faculté de théologie concédait aux démons, en 1398, le pouvoir de faire quelquefois, avec l'aide de Dieu, des choses merveilleuses. Quelques esprits supérieurs s'élevaient seuls contre ces croyances générales. Ainsi maître Sérisy s'écriait : « O toi, Université de Paris, puisses-tu corriger cette opinion 1 car ces sciences trompeuses ne sont pas seulement défendues parce qu elles sont contre l'honneur de Dieu, mais parce qu'elles ne contiennent ni vérité ni effets. »

Cependant la crédit de cette compagnie que Charles V avait appelée la Fille ainée des rois de France allait croissant. L'Université avait tant de pouvoir, dit M. de Barante, que, lorsqu'elle mettait la main à une chose, il fallait bien qu'elle en vint à bout. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, le sire de Tignonville, prévôt de Paris, avait fait arrêter deux écoliers convaincus des plus grands crimes. L'Université, à la justice de laquelle on offrait las coupables, désavoua de pareils membres ; ils furent condamnés et pendus.

UNIV

Mais lo duc de Bourgogne, ennemi de Tignonville, suscita contre lui les écoliers du la nation de Normandie. Ceux-ci excitèrent les passions de leurs camarades et réclamèrent contre la violation de leurs privilèges. On ferma les écoles, et comme le roi semblait approuver la conduite du prévôt, Y Université déclara que, puisqu'on violait ses franchises, la Fille du roi, persécutée dans son honneur, s'en irait comme une brebis errante chercher asile ailleurs. Aussitôt Charles VI ordonna que le prévôt allât en personne détacher les cadavres du gibet, les baisât k la bouche et payât les frais du convoi. Il fut ensuite destitué de sa charge.

« Au nombre des plus précieux, avantages de V Université , dit Dubarle , se trouvait l'exemption des impôts, et on osait rarement y porter atteinte en raison de son grand pouvoir. Elle avait soin, sous chaque monarque, d'en demander le maintien et la conservation et de renouveler sa demande dans toutes les occasions où elle pouvait craindre pour ses droits. Ces privilèges cependant, nous le disons avec plaisir, ne lui faisaient pas oublier qu'elle était française et qu'elle s'appelait la Fille aînée du roi; elle savait, dans des circonstances pénibles, faire à la patrie le sacrifice de son intérêt personnel; et lorsqu'en 1418 les succès rapides des An-

fjais, qui venaient de conquérir la Norman ie, eurent exigé le prélèvement d'un impôt extraordinaire, l' Université voulut payer sa dette à" la France et offrit de contribuer comme tous les autres citoyens. Ces offres furent acceptées; mais le roi voulut qu'on en exemptât les maîtres et les docteurs. •

Cependant, à la tin du règne néfaste de Charles VI, les privilèges de l'Université ne furent pas respectés. L' Université se jeta alors dans les bras des Anglais et prêta serment de fidélité au duc de Bedford, régent et tuteurduinotiarqneanglais Henri VI. Le jeune prince confirma ses privilèges en 1431. Le 30 janvier 1430 avait commencé le procès de Jeanne Darc. L' Université de Paris y prit une part regrettable. On la consulta plus d'une fois pendant la durée du procès, et le jour du supplice de Jeanne Darc, < l'Université de Paris, dit Pasquier, voulant aussi jouer son rosle, list une procession générale à Saint-Martin-des-Champs, où un frère dominicain fist une déclamation contre ceste pauvre fille pour monstrerque tout ce qu'elle avait faict c'estoient œuvres du diable, non de Dieu. »

Mais bientôt V Université revint à des sentiments plus patriotiques. Lorsque, en 1J37, Charles VII rentra à Paris, il l'ut harangué par l'Université aux portes de Notre-Dame. Ce prince, par une ordonnance du 27 mars 1440, donna à {'Université pour juge dans toutes ses contestations le parlement. Cette ordonnance irrita vivement Y Université, qui perdait la précieuse prérogative de n'être jugée que par le roi et se trouvait soumise à un autre corps dont elle marchait auparavant l'égale ; « car la cour de parlement est sœur de V Université et non pas sa maîtresse, r

Ce fut aussi Charles VU qui fit rédiger de nouveaux statuts pour ['Université. Ce règlement s'étendait aux quatre Facultés. Dans la Faculté de théologie, le temps d'études fut réduit de sept à cinq ans; dans la Faculté de droit, on diminua les droits excessifs prélevés pour l'obtention des grades. Les maîtres de la Faculté des arts durent désormais s'occuper des pensions qui exigeaient des élèves un trop haut prix.' Enfin, innovation importante, lus médecins purent se marier sans perdre le droit de régence.

« Il s'était à peine écoulé une année depuis la promulgation du statut, dit Dubarle, lorsque la compagnie en fit une triste expérience. Le prévôt de Paris taisait fréquemment emprisonner des écoliers, sans égard pour leur qualité, et le Ohâtelet en renfermait plus de quarante quand le recteur, sur l'ordre de 1 Université, se présenta chez le prévôt pour les réclamer. Ils lui furent rendus. Satisfait d'avoir réussi, il revenait avec un cortège nombreux dans la rue Saint-Antoine, lorsqu'il fut rencontré par un commissaire accompagné de huit archers. Une rixe s'élève ; les hommes d'armes s'élancent sur les jeunes gens, et, dans la mêlée, mi bachelier en droit est tué, vingt écoliers blessés ; le recteur luimême courut risque de la vie et put à peine s'échapper, car dans le tumulte les bourgeois avaient pris les armes et les chaînes avaient été tendues dans les rues (11 mai 1453). L'Université éplorée s'assembla le lendemain pour assister au convoi du malheureux qui avait

Ïièri; elle ordonna une cessation générale de eçons et de sermons, et en même temps une dèputation fut envoyée au parlement pour demander non-seulement le châtiment des coupables, mais encore la mise en cause du prévôt de Paris. On exigea d'abord qu'elle reprit ses exercices; elle tint ferme, et, le 21 juin, le parlement, sur l'ordre du roi, condamna les archers à faire amende honorable à l'Université, nus, en chemise, une torche ardente k la main, et celui qui avait voulu tuer le recteur eut le poing coupé ; niais le prévôt fut renvoyé de la plainte. L'Université, peu satisfaite, déclina alors la juridiction du parlement, prononça la privation de tous les droits académiques contre ceux qui porteraient devant cette cour une cause qui intéressât l' Université ou un de ses corps, et continua de suspandie tous ses exercices et

UNIV

d'empêcher toute prédication; elle fut même tellement inflexible dans sa résolution que l'évèque de Paris lui ayant demandé, selon l'usage, un prédicateur pour rendre grâces à Dieu de la conquête de la Guyenne, que le roi venait de terminer heureusement, elle le refusa. Cet état d'hostilité contre le parlement et contre levêque de Pa ..s, qui n avait pas voulu jeter un interdit sur toute la ville, subsista longtemps, et ce ne fut que dans le mois de février de l'année suivante que l'Université consentit à rouvrir ses cours et à permettre les sermons, excepté toutefois dans les paroisses de Saint-Paul, de Saint- Ger vais et de Saint-Jean-en-Grève, sur le territoire desquelles l'attentat avait été commis. »

Louis XI, à son avènement, confirma les privilèges de Y Université. Ce fut lui qui, en 1479, ordonna que V Université célébrerait la fête de saint Charlemagne, pour lequel il avait une vénération spéciale, par une cessation générale de tous les travaux. En 1462, le pape Pie II ayant accordé aux religieux le droit de se conférer entre eux les grades académiques, l' Université vit là une violation de ses privilèges. Elle s'adressa au roi, qui lui donna gain de cause. Pourtant Louis XI laissa enfreindre celte défense en permettant la fondation de l'université de Bourges. L'Université de Paris réclama vainement; alors, piquée d'émulation, elle entreprit d'améliorer les études. Peu de temps après, la Faculté des arts abolit une fête bien chère aux écoliers, la fête du Roi des fous.

Malgré ces réformes, les études n'en allaient pas mieux. Tous les grands professeurs n'étaient plus. Les écoliers, pauvres pour la plupart, ayant peine à se nourrir, forcés parfois de mendier leur pain, parfois même de le voler, ne pouvaient se procurer de manuscrits. Certains manuscrits se payaient leur pesant d'or. On attachait à la plupart d'entre eux une importance extrême.

Sous le rè#ie de Charles VIII, l'Université fut obligée de nouveau d'introduire des améliorations dans la discipline. L'esprit des élèves était toujours turbulent. Cette turbulence éclatait surtout dans les fêtes scolastiques. En 1488, on interdit les danses, les chansons et les déguisements. Au début de la Renaissance, des professeurs vinrent d'Italie enseigner a Paris les préceptes de la poétique et de la rhétorique, et on les accueillit avec enthousiasme. En 1530, François 1er institua les .lecteurs royaux pour la propagation de l'étude des langues grecque, latine et hébraïque ; ces lecteurs, qui faisaient partie de l'Université, étaient destinés à répandre le goût des belles-lettres, en expliquant les langues anciennes dans des leçons publiques et gratuites. L'Université, qui faisait payer ses leçons, vit d'abord avec peine l'institution des lecteurs royaux. Mais bientôt, frappée du résultat avantageux de leurs leçons, elle les accueillit avec faveur. On compte parmi ces lecteurs Valable, Guillaume Budé et Jean Lascaris. A partir de François 1", l'Université, tout en maintenant ses privilèges, cessa d'être, à proprement parier, un corps politique, pour se réduire au rôle plus modeste de corps enseignant. D'ailleurs, il lui fallut défendre son existence même contre ses ennemis les plus acharnés, les jésuites. A cette époque, il fut question d'une réforme de YUniversité. Aux états généraux de 1560, le tiers état demanda dans toutes les universités de France la fondation d'une chaire de morale et de politique. Dans un discours adressé au roi Charles IX (1562), Ramus indiqua les points sur lesquels la réforme devait porter ; c'étaient la diminution des frais d'étude et la méthode d'enseignement. Les frais d'étude étaient considérables; ainsi, pour ne citer qu'un seul exemple, le doctorat en théologie coûtait 102 livres. Ramus proposait une réduction de ces frais et demandait que les honoraires des professeurs fussent prélevés « sur tant de rentes et tant de revenus que possèdent tes moines, chanoines, abbés, évèques. » Quant à la méthode d'enseignement, Ramus s'éleva contre les disputes scolastiques ; il demanda l'introduction de leçons publiques et périodiques et l'inauguration d'une chaire de droit civil.

Cependant les jésuites s'implantaient en France malgré l'Université. L'ordre dé Loyola voulant s'emparer des esprits par l'éducation, les jésuites demandèrent à être agrégés kl' Université,n\à s'y refusa; ils furent déboutés de leurdemandeparle parlement (1557). Toutefois, ils demeurèrent libres d'ouvrir des établissements d'éducation en concurrence avec les collèges universitaires. Guillaume Djiprat leur avait légué 40,000 livres pour construire deux collèges, l'un à Paris, l'autre en Auvergne. Le parlement reconnut leur institut le 14 janvier 1562 et ordonna que leur collège portât le nom de collège de Clermont. Le 29 février 1564, le recteur de l'Université, Julien de Saint-Germain, qui était favorable aux jésuites, sans assembler la compagnie, sans même consulter les chefs des diverses Facultés et des nations, leur expédia des lettres de scolarité, L'Université protesta, usa de tous les moyens, porta la question devant le

fiarlement, qui la laissa indécise, et depuis ors la guerre est restée, ouverte entre les: jésuites et l'Université.

Sous Henri 111, l'Université déclina. On essaya de réformer la discipline, on prescrivit l'usage exclusif de la langue latine dans les collèges, on défendit aux principaux d'à-

UNIV

voir aucune femme k leur service, on interdit l'entrée des collèges aux maîtres d'escrime, etc. Pendant la Ligue, l'Université, d'abord hésitante, y adhéra enfin. L'ordonnance de Blois (1579) sanctionna quelquesunes des demandes présentées par les Facultés; mais on défendit à Paris l'enseignement du droit civil.

Henri IV vainqueur, V Université se rendit auprès de lui et lui demanda grâce pour les excès que quelques-uns de ses membres avaient pu commettre. Le roi se montra trèsfavorable à ce corps, qui profita de sa faveur pour porter un coup aux jésuites; elle les accusa d'être ennemis de la maison régnante, partisans des Espagnols, et la cause fut portée devant le parlement par Antoine Arnault, qui plaida pour l'Université. L'attentat dirigé par Jean Cliâtel, élève des jésuites, sur la personne du roi hâta l'effet de son véhément discours; lesjésuites furent bannis de France. Henri IV fit reviser les statuts de l'Université. Le nouveau statut défendit de recevoir comme pensionnaires dans les collèges les élèves non catholiques, proscrivit toute autre langue que le latin, bannit des collèges l'escrime, la danse, les comédies.

Le 2 septembre 1603 furent signées à Rouen des lettres patentes du roi qui ordonnaient le rétablissement des jésuites en France, t à charge par eux de n'entreprendre ni faire aucune chose, tant au spirituel qu'au temporel, au préjudice des évêques, chapitres, curés et universités du royaume, ni des autres religieux, mais de se conformer au droit commun. ■ C'était introduire de nouveau l'ennemi dans la place. En vain Y Université, pendant la fin du règne de Henri IV, pendant le début de celui de Louis XIII, essaya-t-elle de lutter; lesjésuites étaient installés définitivement. A partir du ministère de Richelieu, l'Université cessa complètement de compter comme corps politique. Lorsque s'ouvrirent les états généraux de 1614, l'Université, malgré ses privilèges, ne fut pas admise à y siéger. Sous Louis XIV, la lutte recommença plus vive que jamais entre l'Université et les jésuites. La Faculté de théologie répondit pur ces dures paroles à l'Apologie des jésuites .• « Toute l'Église vous considère comme des usurpateurs de la puissance de ses pasteurs ; toutes vos actions sont des attentats contre la sainteté de leur caractère. Vous les méprisez en chaire, vous les diffamez dans vos livres, vous les attaquez en général, vous les noircissez en particulier; on peut compter toutes les années de votre société par des rébellions continuelles contre les successeurs des apôtres; vous vous soulevez contre eux avec conspiration, avec arrogance. ■ On sait que cette querelle se termina par l'apparition des Provinciales. Cependant Isa jésuites, lorsque l'un d'eux devint confesseur du roi, reprirent crédit et faveur et donnèrent à leur collège le nom de Louis-le-Grand.

Sous Louis XIV, un édit régla l'enseignement du droit dans l' Université et ordonna de professer le droit romain concurremment avec le droit français. Depuis lors, l'Université n'a plus d'histoire; la fille aînée des rois de France ne devait pas survivre à la chute de la monarchie. Un décret de la Convention en date du 20 mars 1794 supprima l'Université de Paris, ainsi que les universités provinciales qui existaient encore et dont nous allons parler.

— II. Universités provinciales en Franck. Les universités provinciales fondées k diverses époques étaient établies à Toulouse, Montpellier, Orléans, Cahois, Angers, Orange, Perpignan, Aix, Poitiers, Caen, Valence, Nantes, Dole (puis Besançon), Bourges, Bordeaux, Angoulêiiie, Reims, Douai, lJont-à- Mousson, Rennes, Pau, Strasbourg, Nancy.

Ainsi, en comprenant Paris, il y avait vingtquatre universités en France et même vingtcinq, si l'on ajoute Avignon, qui appartenait au pape. Il est nécessaire d'indiquer rapidement l'époque où elles furent établies. La plus ancienne université de France, après celle de Paris, était l'université àe Toulouse. Elle avait été fondée par le pape Grégoire IX en 1233. Elle avait les mêmes privilèges que l'Université de Paris ; les professeurs de I'imjversité étaient enterrés avec l'anneau d'or, l'épée et les éperons. La troisième université était celle de Montpellier; elle fut établie en 1289 par ie pape Nicolas IV. Elle avait primitivement trois Facultés : la médecine, le droit et les arts ou les lettres ; dans la suite, elle fut réduite à deux, ie droit et la médecine. L'université d'Orléans fut fondée en 1312 par l'hilippe le Bel ; elle était consacrée exclusivement a l'étude du droit. Le pape Jean XXU, établit une université a Cahors, sa ville natale. Angers eut aussi une université, dont on place l'origine k 1364; celle d'Orange datait du même temps. La fondation de l'université de Perpignan était de beaucoup antérieure k la réunion du Roussillon k la France; on la place en 1340. Le pape Alexandre V établit une université k Aix en 1409; celle de Poitiers fut fondeur par Charles VII en 1431. Les Anglais organisèrent k Caen une uniuersité qui fut confirmée par Charles VII lorsqu'il eut reconquis la Normandie (1450). Le dauphin Louis fonda, en 1442, l'université de Valence. L'université de Nantes datait de 1460 ; celle de Dôle, transférée plus tard à Besançon, de 1464; celle de Bourges de 1465; celle I

UNIV

de Bordeaux de 1473. Une université fut établie k Rennes en 1548. Le bailli de Vermandois en était le conservateur en 1550, et l'official de l'archevêque de Reims conservateur des privilèges apostoliques de cette université a la même époque (de Thi.u, liv-. VI). Douai, dans le temps où elle était soumise comme toute la Flandre au roi d'Espagne, fut dotée d'une université par Philippe II en 1572. Le cardinal de Lorraine et le duc Charles III fondèrent à Pont-à-Mousson une université qui fut confirmée par une bulle du pape Grégoire XIII en 1572. Il faut ajouter à ces anciennes universités Rennes , où l'on transféra la Faculté de droit.d'abord établie k Nantes; Strasbourg, dont l'université antérieure k la réunion à la France fut confirmée après cet événement (1681) ; Pau, dont l'université, qui n'avait que la Faculté de droit, ne datait que de 1723; Nancy, dont l'université fut confirmée après la réunion à la France en 1789. On n'a pas parlé d'Avignon, parce que cette ville dépendait du saint-siége et ne fut réunie k la France qu'après la suppression des universités provinciales. Ces universités, fondées à des époques différentes et souvent même lorsque les provinces étaient indépendantes, présentaient de grandes diversités dans leur constitution et leur enseignement. Les rois s'efforcèrent par plusieurs mesures de les rattacher à l'au toute centrale. L'ordonnance de Blois (1579) déclara qu'à l'avenir les universités s f raient soumises à des inspections dirigées par l'autorité royale et qui devaient porter sur la nature de l'enseignement, la discipline des collèges, l'élection et les devoirs des recteurs, la collation des grades universitaires, le temps d'études nécessaire pour les obtenir, etc. Terminons par quelques particularités sur une des plus importantes d'entre ces universités. Dès 1 origine, l'université de Montpellier fut célèbre par sa Faculté de médecine. Rabelais fut élève de cette Faculté. Après avoir quitte le cloître , celui qui devait écrire Gargantua et Pantagruel vin là Montpellier. Il avait depuis longtemps déjà étudie ia médecine. Le jour de son arrivée, on soutenait une thèse. Rabelais y assista; pendant l'interrogatoire du candidat, maître François faisait de si étranges grimaces que bientôt le doyen lui adressa la parole. Rabelais se mit à discuter la thèse avec tant de succès qu'il fut déclaré sur-le-châmp bachelier, bien qu'il n'eût aucune inscription. Rabelais devint rapidement un des oracles de ia Faculté; il plaisait par sou esprit non moins que par sa icience ; aussi, lorsqu'il fallut envoyer un ambassadeur protester auprès du chancelier Du Prat contre la violation des privilèges de l'université de Montpellier, ce fut Rabelais qu'on choisit. Il vint à Paris, après avoir prépare une habile harangue; mais le chancelier ne voulut Eas le recevoir. En désespoir de cause, Raelais imagina cette farce. Il se costume en Arménien et vient se placer devant l'hôtel du chancelier, criant, gesticulant; la foule s'amasse autour de lui; la curiosité du chancelier est éveillée et il envoie un domestique savoir quel est ce singulier personnage. Le domestique interroge le faux Arménien ; celui-ci lui répond en latin; un autre domestique revient k la charge; même question; réponse en grec; un troisième renouvelle la même tentative; cette fois, réponse en hébreu. A la fin, le chancelier, intrigue, fait introduire Rabelais. Celui-ci débite sa harangue et l'on maintient ses privilèges à i'universiié de Montpellier.

Jusqu'au milieu du xviiib siècle, on conserva k Montpellier la robe de Rabelais. Chaque récipiendaire la portait le jour de son examen ; mais comme c'était la coutume aussi que chaque candidat en emportât un morceau, il fallut bientôt renouveler ia robe; on la fit semblable k l'ancienne, et ce fut toujours la robe de Rabelais.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les universités de province furent supprimées par le décret de la Convention du 20 mars 1794.

— III. Université de Francs. Sous le nom d'Université impériale de France , Napoléon 1er institua, par la loi du 10 mai 1806, une grande corporation laïque dont tous les membres étaient nommés par le gouvernement et qui était exclusivement chargée de l'enseignement a tous les degrés dans toute l'étendue du territoire. L'enseignement était divisé en trois branches : l'enseignement supérieur, donné parles Facultés; l'enseignement secondaire, donné par les lycées et les collèges, et l'enseignement primaire, donné par les écoles primaires. Aucun établissement d'instruction ne pouvait être forme hors de Y Université et sans l'autorisation de son chef. Four ouvrir une école et enseiguer publiquement, il fallait être membre de Y Université et gradué par elle. Toutefois, on exempta de cette règle les grands séminaires, qui donnaient l'enseignement théologique, et quelques corporations religieuses, qui furent admises k donner l'enseignement primaire concurremment avec les instituteurs nommes par l'Etat. Cette grande institution fut placée sous l'autorité d'un chef appelé grand maître, assisté dans ses travaux par un conseil da V Université, composé de dix membres à vie et de vingt membres renouvelés chaque année et pris parmi les membres de l'Université. Des inspecteurs généraux étaient chargés da visiter les académies • pour reconnaî-

UNIV

tre, dit le décret du 17 mars 1808, l'état des études et de la discipline dans les Facultés, les lycées et les collèges ; pour s'assurer de l'exactitude et des talents des professeurs, des régents et des maîtres d'étude; pour examiner les élèves; enfin pour surveiller l'administration et la comptabilité. • Le territoire était divisé en un certain nombre de circonscriptions appelées académies. Il existait primitivement autant d'académies que de cours d'appel; chacune d'elles comprenait un certain nombre de Facultés et était dirigée par un recteur, assisté d'inspecteurs d'académie et d'un conseil de dix membres, nommé conseil académique. Ce dernier était vraiment un conseil de discipline, qui instruisait, les affaires et en déférait le jugement au conseil de Y Université, garantie puissante pour la sécurité et la dignité du corps enseignant.

Par l'ordonnance du 17 février 1815, cette organisation fut profondément modifiée. « Il nous a paru, dit Louis XV11I dans le préambule de cette ordonnance, que le régime d'une autorité unique et absolue était incompatible avec nos intentions paternelles et apec l'esprit libéral de notre gouvernement ; que cette autorité, essentiellement occupée de la direction de l'ensemble, était en quelque sorte condamnée a, ignorer ou à négliger ces détails et cette surveillance journalière qui ne peuvent être confiés qu'à des autorités locales mieux informées des besoins et plus directement intéressées à la prospérité des établissements placés sous leurs yeux. » Ne retrouve-t-on pas dans ces paroles le même machiavélisme que dans lu préambule de la loi qui, en 1818, supprimait l'Institut, œuvre de la Convention, pour le remplacer par les vieilles Académies royales? La conclusion de ce préambule était la suppression de la charge de grand maître. C'était de la décentralisation, diront certains politiques; d'accord, mais au profit des congrégations religieuses. La Restauration, qui supprima l'Ecole normale, avait peur du libéralisme de YUniversité. D'après cette ordonnance, l'administration de l'instruction publique était confiée à un conseil composé de onze conseillers et d'un président. Les vingt-sept académies étaient remplacées par dix-sept universités composées chacune : 1° d'un conseil présidé par le recteur ; 2° de Facultés ; 3° de collèges royaux ; 4° de collèges communaux.

Cette organisation ne dura qu'un instant; les Cent-Jours la remplacèrent tout en acceptant quelques - unes des modifications qu elle avait introduites. En effet, pour la juridiction et pour l'administration, au grand maître fut adjointe une commission de l'instruction publique qui compta dans ses rangs Royer-Collard , Silvestre de Sacy, Cuvier, Poisson. Grâce à la prudence et k l'énergie de ces hommes, Y Université fut préservée, à la seconde Restauration, d'une ruine imminente. Louis XVIII avait accepté comme un fait accompli l'ordonnance des Cent-Jours ; mais, en 1820, • voulant établir sur des bases plus fixes la direction et l'administration du corps enseignant, et préparer ainsi son organisation définitive, ■ le roi ordonna que celte commission redeviendrait le conseil royal de l'instruction publique. En 1821, le président de ce conseil obtint une grande prérogative, celle de nommer lui-même aux emplois; c'était un acheminement au rétablissement de la charge de grand maître; aussi, en 1822, cette charge fut rétablie, avec toutes tes attributions fixées par le décret de 1808. Le ministère des cultes reçut, en 1824, l'administration de l'instruction publique. Enfin, en 1828, fut créé le ministère spécial de l'instruction publique. Le premier ministre fut M. de Vatimesnil.

• Dans la situation des esprits et des choses, dit M. Th, Jourdain, quand le pays s'applaudissait de l'essor de l'enseignement public, et qu'un voeu unanime ne tendait qu'à rendre cet essor plus rapide et plus général, il n'eût pas été d'une sage politique de rabaisser le grand service de l'éducation nationale au rang d'une simple direction confondue avec les autres services du ministère de l'intérieur. Le titre même de grand maître, conservé au chef de l' Université, n'aurait pas suffi pour lui donner l'indépendance, l'ascendant et le prestige que sa mission agrandie devait désormais comporter. Soit qu'elle fût séparée des affaires ecclésiastiques, soit qu'elle y fût réunie, l'instruction publique réclamait dans les affaires du gouvernement une représentation propre, qu'elle possède encore et qu'elle ne perdra pas. »

La monarchie de Juillet n apporta pas de modification à l'organisation générale de l'instruction publique. M. de Salvandy venait de présenter un projet de loi qui changeait la composition du conseil de l' Université , lorsque éclata la révolution de Février. Dès lors les réformes se multiplièrent. En août 18-18, M. de Vaulabelle ramena à vingt le nombre des circonscriptious académiques.

Les chefs-lieux de ces circonscriptions nouvelles étaient Aix, Angers, Besançon, Bordeaux, Bourges, Caen, Cahors, Douai, Dijon, Grenoble, Lyon, Montpellier, Nancy, Paris, Poitiers, Renues, Reims, Strasbourg, Toulouse et Alger. Bientôt, dès l'entrée de M. de Falloux au ministère, deux commissions où se trouvaient MM. Cousin, Dupanloup,Thiers, Dubois, de Montalembert et Laurentie, élaborèrent le projet de loi qui fut voté la

UNIV

15 mars 1850, sous le ministère Parieu, Cette loi fameuse enleva à V Université le monopole qu'elle avait exercé jusque-là dans l'enseignement secondaire. C'était au nom de la liberté que ses auteurs avaient fait voter cette loi, prônée par les hommes de la réaction et qui avait pour objet réel, non point de débarrasser cet enseignement de ses entraves, mais bien de le livrer en grande partie au clergé..

■ Cette loi, dit M. Th. Jourdain, dans sa conception première, était surtout destinée à étendre à l'instruction secondaire le principe de liberté appliqué depuis longtemps à l'instruction primaire ; mais ses auteurs furent conduits peu à peu à renouveler de fond en comble la constitution de YUniversité. A la place de l'ancien conseil, on en établit un nouveau, dans lequel siégeaient en grande partie des archevêques et des évoques, des ministres des cultes non catholiques, des magistrats, des conseillers d'Etat, enfin des membres de l'Institut. Les adversaires de l' Université lui avaient souvent reproché d'être une corporation animée d'un esprit étroit et exclusif. Bien qu'un pareil grief fût très-contestable, le législateur jugea opportun de l'écarter, en faisant intervenir toutes les forces vives de la société dans la surveillance, et même dans la haute direction de l'enseignement. Il était d'ailleurs nécessaire que les écoles privées eussent elles-mêmes leur part de représentation, comme garantie de la liberté qui leur était accordée. Les représentants officiels des écoles publiques appelés à faire partie du 'nouveau conseil se trouvèrent au nombre de huit seulement... L'administration académique, déjà si fortement ébranlée, eut sa part, et une très-large part dans ta réforme du régime universitaire. Le nombre des académies fut élevé à quatrevingt-six, de sorte que leur circonscription offrit désormais l'étendue d'un département. En plaçant à la tête de chacune de ces académies départementales un. recteur et un conseil académique, la loi avait composé ce conseil local à 1 image du conseil supérieur de l'instruction publique. Elle avait appelé à y siéger des ecclésiastiques, des magistrats, des conseillers généraux. ■

Dans la loi de 1850, tous les membres des conseils universitaires étaient choisis à l'é-^ lection. Le décret du 9 mars 1852 rendit au pouvoir le droit de nommer directement. les membres de ces conseils. Le même décret attribuait au gouvernement le droit tyrannique de prononcer directement, sans appel et sans recours, la réprimande, la censure, la mutation d'emploi, la suspension et la révocation. L'Université avait perdu toute indépendance et toute dignité. On se rappelle encore toutes les persécutions, toutes les taquineries mesquines et ridicules du ministère Fortoul. Une disposition fatale à l'indépendance du corps enseignant, surtout dans l'instruction primaire, fut la loi du 14 juin 1854, qui opéra un partage dans la direction de l'instruction publique entre les recteurs et les préfets. Désormais l'instituteur, soustrait k l'autorité du recteur et tout entier sous la main du préfet, ne sera pas moins un agent électoral que le maître d école du peuple. La loi du il juillet 1863, à l'avènement du ministère Duruy, rendit à Y Université quelquesunes des garanties qu'elle avait perdues. Le. professeur inculpé ne put plus être jugé que par le conseil académique, avec appel devant le conseil supérieur de l'instruction publique; il échappa ainsi à l'abitraire du pouvoir : il put présenter lui-même ses moyens de défense, ou par écrit ou de vive voix.

A la fin de l'Empire, il ne restait plus à l'Université qu'un seul monopole, celui do renseignement supérieur. Depuis longtemps le parti clérical, désireux de mettre la main sur cet enseignement, de même qu'il avait accaparé eu grande partie k son prorit l'enseignement secondaire, attaquait avec une ardeur passionnée et de pieuses fureurs VUversité, passée à l'état de bouc émissaire. Au commencement de 1870, sous le ministère Ollivier, une grande commission fut instituée, sous la présidence de M. Guizot, pour étudier la question de la liberté de renseignement supérieur. Pendant que les libéraux songeaient k établir une liberté vraie, fondée sur le principe de la liberté individuelle d'enseignement , les cléricaux invoquaient les mots d'émancipation et de liberté pour entrer dans la place, supplanter Y Université e,t ruinera leur profit l'enseignement laïque. Le projet de loi laborieusement élaboré par la commission d'enseignement supérieur et publié en juin 1870 ne satisfit personne, et les terribles événements qui suivirent vinrent ajourner la solution de cette question par voie législative. Sous le ministère Jules Simon, l'Assemblée nationale vota, le 19 mars 1873, une loi qui moditia la composition du conseil supérieur de l'instruction publique et dont nous avons parlé ailleurs (v. instruction, t. IX, p. 731). Un décret du 25 mars suivant institua près du ministère de l'instruction publique un comité consultatif de l'eifteignement public , comprenant douze inspeemurs généraux, le vice- recteur de l'académie de Paris, le directeur de l'Ecole' normale supérieure, des professeurs de facultés, etc. A cette époque, le cuinle J Hubert présenta k l'Assemblée un projet de loi relatif à la liberté de l'enseignement supérieur, envisagé au point de vue clérical.

UNIV

M. Laboulaye fit sur ce projet de loi, au nom de la commission chargée de l'examiner (septembre 1873), un rapport dans lequel il établit que la liberté de l'enseignement supérieur est dans son essence même un droit individuel. Cette vérité élémentaire n'était nullement dans le goût des cléricaux, pour qui la liberté n'est qu'un mot. Proscrire la liberté des cours individuels , c'est-à-dire l'enseignement la'ique, enlever à Y Univrrsité le monopole de l'enseignement supérieur, ce n'était point encore assez à leurs yeux ; il leur fallait confisquer à leur profit le droit, dont l'Etat seul avait été jusqu'alors en possession, de conférer les grades qui ouvrent l'accès à la plupart des fonctions de l'Etat. Ce parti, qui bat constamment en brèche les bases mêmes de la société moderne, les principes de liberté et de justice sur lesquels elle fut reconstituée en 1789, s'empressa de profiter de l'occasion unique qui s'offrait k lui pour arriver à son but. Grâce à la majorité essentiellement réactionnaire qui dominait dans l'Assemblée nationale élue le 8 février 1871, il put faire voter, le 12 juillet 1875, la « loi relative à la liberté de renseignement supérieur, » dans laquelle le mot de liberté n'entrait en réalité que pour la forme, et qui confère aux universités libres le droit de conférer les grades. L'Université de France se trouvait en quelque sorte décapitée. Mais jusqu'ici les universités libres qui se sont fondées n'ont pas eu le temps de conférer des grades, et ce droit exorbitant ne sera, selon toute vraisemblance, jamais exercé, car un des premiers actes du ministère constitué après les élections républicaines du 20 février et du 5 mars 1876 a été de présenter un projet de loi demandant l'abrogation de cette disposition.

Ce n'est point ici le lieu de parler des trois branches de l'instruction publique,- l'enseignement primaire , l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur, qui sont dans les attributions de Y Université. Nous en avons parlé dans les articles ÉCOLE, enseignement, COLLÈGE. LYCÉE, FACULTÉ, INSPEC- TEUR, instruction, etc. Nous nous bornerons à indiquer sommairement l'organisation actuelle de Y Université. A sa tête se trouve le ministre de l'instruction publique, assisté d'un conseil supérieur, d'un comité consultatif, d'un conseil supérieur de l'enseignement secondaire spécial. Vingt inspecteurs généraux , huit pour l'enseignement supérieur, huit pour l'enseignement secondaire et quatre pour l'enseignement primaire, ont pour mission de visiter les Facultés, les lycées, les collèges et les écoles. Le territoire est divisé en seize académies, comprenant un certain nombre do Facultés, chargées de conférer les grades universitaires, et qui sont administrées par autant de recteurs, assistés d'inspecteurs d'académie et d'inspecteurs des écoles primaires. Près de chaque recteur siège nu conseil académique, dont l'attribution spéciale est de veiller au maintien des bonnes méthodes et de la discipline dans les établissements d'éducation du ressort.

Dans ces dernières années, les ministres de l'instruction publique ont créé dans les Facultés de Paris et de la province un assez grand nombre de chaires nouvelles; la ville Nancy a été dotée de Facultés de droit et de médecine (!87l), Lyon d'une Faculté de droit (1875), Bordeaux, Lyon et Lille de Facultés de médecine (1874).

En ce qui concerne les universités catholiques, deux seulement jusqu'ici ont été fondées en France, l'une à Paris, inaugurée en janvier 1876, l'autre à Angers, inaugurée le 15 novembre 1875. En outre, une Faculté de droit catholique a été établie k Lille en novembre 1875 et une autre à Lyon à la même époque. Malgré tous les efforts du clergé, ces universités, à l'état embryonnaire, sont loin d'avoir obtenu le succès sur lequel on comptait. Leurs cours ne sont suivis que par un nombre infinie de jeunes néophytes, et tout porte à croire que, lorsque le droit de collation des grades sera enlevé aux universités catholiques, ces universités, sur lesquelles le parti ultramontain comptait pour pétrir la jeunesse française k son image, ne feront que végéter au milieu de l'indifférence générale.

— IV. Universités éthangèkes. Nous allons terminer cet article eu faisant connaître l'état des principales universités étrangères.

— Universités en Allemagne. L'Allemagne, qui semble aujourd'hui marcher en tète de toutes les nations de l'Europe par la supériorité de ses universités et de ses établissements académiques, par le talent de ses professeurs, par le zèle et le nombre de ses étudiants, n'a possédé des universités qu'après la France et l'Italie. C'est Bologne, c est Paris qui, jusqu'au xve siècle, ont rayonné presque exclusivement sur l'Europe. Venceslas, fils de Jean de Bohême qui mourut à la bataille de Poitiers, fut élevé à la cour du roi Charles V et suivit les cours de l'Université de Paris. Devenu empereur, il institua en 1348, sur le type de Y Université de Paris, un établissement à Prague. L'école fut dès l'abord des plus florissantes et des milliers d'étudiants y accoururent. Ou les divisa, à l'instar de Paris, en quatre nations; l'empereur ayant eu la maladresse, en 1409, de vouloir favoriser par des privilèges exorbitants les étudiants indigènes, les trois quarts des jeunes.

UNIV

gens avec leurs professeurs abandonnèrent l'université de Prague; plus de deux mille se dirigèrent sur Leipzig et y fondèrent une des plus illustres universités de l'Allemagne; d'autres se rabattirent sur Vienne, Heidelberg et Erfurt. On en vit s'établir successivement k Vienne (1365), Cologne (1385). Heidelberg (13Stf), Erfurt (1392), L-ipzig (1409), Rostock (1419), Trêves (1454), Greifswalde (1456J, Fribourg (1456), Ofen (1463), Ingolstàdt (1472), Mayence (1477) et Tubingue (1477). Au xvie siècle, le mouvement in- • telleetuel reçut par Luther une nouvelle impulsion en Allemagne. Dans ce siècle, des universités furent fondées k Wittemberg (1502), Francfnrt-sur-l'Oder (1506},Marbourg (1527), Kœnigsberg (1544), Diliingen 055<)t léna (1558), Helnisttedt (1575), Altdorf ( 1576),- Wurtzbourg (1582). Les souverains se firent de ces écoles un rempart contre les exigences du saint-siége et, dès 1495, Maximilien Ier, à la diète de Worms, prit, de concert avec les princes électeurs, la résolution de fonder ou de développer des univers! lés dans leurs pays. A partir de ce moment aussi, l'empereur accordait par rescrit l'existence et les privilèges k une université, Sans que la bulle du pape eût approuvé cette fondation. Le xvue siècle fut funeste au développement des écoles. La guerre de Trente ans ravageait l'Allemagne dans toutes ses parties; aussi ne peut-on citer que la création des universités de Paderborn (1623), Munster (1631), Duisbourg (1655), Kiel (1665), Inspruck (1672), Halle (1694). Cette dernière université devait inaugurer l'usage de la langue allemande dans l'enseignement. Le xvtii0 siècle vit s'élever les uniuersités de Breslau (1702), de Fulda (1734), de Gœttingue (1734), de Pesth (1777), d'Olmiltz (1779) et de Leinberg (1784). Les guerres de l'Empire détruisirent la plus grande partie de ces établissements, illustres autrefois. Napoléon redoutait ces foyers de libre examen et d'enthousiasme patriotique. En 1813, une héroïque exaltation, entretenue par les inspirations poétiques de Kœrner, d'Arndt, etc., poussa les étudiants allemands sur les champs de bataille. 11 s'agissait de délivrer la pairie de l'asservissement d'un despote. Les gouvernements profitèrent do ces dispositions d'esprit et firent reluire aux yeux des combattants des promesses de liberté etd'indépendance; mais,dèsque les Souverains se virent débarrassés de Napoléon, ils firent de la réaction k outrance. On dénonça les universités comme des1 foyers de désordre. Stourdza et Kotzebue tracèrent le tableau le plus sombre des dangers que courait la société en présence de cette jeunesse ardente, protégée par la liberté universitaire. Le meurtre de Kotzebue par Charles Sand fournit un nouveau prétexte à ces accusations. Les souverains de l'Allemagne, réunis en congrès a Carlsbad, prirent, en 1819, les dispositions les plus rigoureuses contre les universités. On décida que chaque école Serait surveillée par un délégué du gouvernement, et une commission fut nommée pour rechercher les causes des troubles qui avaient signalé les années 1816 et 1817. En 1817, le 18 octobre, jour fixé pour célébrer l'anniversaire de la bataille de Leipzig, les étudiants de toute l'Allemagne avaient envoyé ries délégués à Wurtzbourg. On y émit la proposition de constituer les universités allemandes en une vaste société (die àurschenschafl) ayant pour but de maintenir la fraternité et la pureté des mœurs académiques. Les gouvernements y virent apparaître des idées républicaines et des tendances vers l'unité de l'Allemagne, qu'ils avaient alors tout intérêtà combattre. Les principaux fauteurs furent arrêtés. Plus les princes se voyaient pressés par l'opinion et sommés d'accomplir les promesses de liberté qu'ils avaient publiquement données, plus ils criaient k l'anarchie et se retranchaient derrière leur légitimité. Un moment le calme fut rétabli ; mais lorsque la révolution de Juillet éclata, les gouvernements s'aperçurent bientôt qu'ils trouvaient devant eux deux sortes d'adversaires : d'abord les conspirateurs romantiques, derniers représentants du Tuyendbund, et qui rêvaient la république germanique, puis les défenseurs des idées constitutionnelles, dont l'opposition raisonnée avait un caractère plus sérieusement menaçant contre l'absolutisme. On essaya d'impliquer cette élite de la nation dans les poursuites dirigées contre les complices de la fête deHambachetde l'attentat de Francfort. A la suite des événements de 1848, les universités allemandes ne prirent aucune part uu mouvement politique; seule, l'université de Vienne-, qui constamment s'était tenue en dehors des perturbations sociales, se jeta à corps perdu dans le tourbillon. En somme, l'Allemagne est loin maintenant du temps où Charles Sand allait poignarder Kotzebue et marchait k l'échafaud, une rose à la main, pieusement convaincu d'avoir fait une belle action. Presque partout, on remarque la décadence des coutumes qui faisaient des étudiants une liasse à part. Les excentricités de costume, les singularités et la licence de la vie universitaire disparaissent. Les duels même, pour la propagation desquels il existait autrefois des sociétés spéciales, deviennent de plus en plus rares. On forme, au contraire, des sociétés pour les empêcher. La chaire du professeur pourtant passe toujours, dans l'opinion publique, pour une sorte de sanctuaire. Les établissements universitaires sont pour

UNIV

les nations allemandes l'équivalent des institutions dont on les a frustrées. Le patriotisme s'en mêle, et c'est un point d'honneur national de relever par tous les moyens possibles la dignité de ce grand enseignement. Le roi de Hanovre, Ernest-Auguste, blessa toute l'Allemagne quand il prononça ces mots : « Il est trois sortes de personnes qu'on peut avoir pour de l'argent; des chanteurs, des danseuses et des professeurs. ■

Après avoir tracé en peu de mots l'histoire générale des universités allemandes, nous allons, brièvement aussi, analyser leur organisation intérieure. Toute université en Allemagne est la réunion de diverses Facultés dans un corps unique, se gouvernant luimême d'après les lois qui lui sont propres. Ces Facultés sont : 1<> celle de théologie ; 20 celle de droit ; 3° celle de médecine ; 4° celle qui, sous le nom de Faculté de philosophie, embrasse une foule d'objets se rattachant aux sciences et au* lettres. Chaque Faculté nomme son doyen pour un semestre à tour de rôle; il y a un recteur perpétuel et purement honorifique, qui est un -prince ou un grand personnage dont le nom parait à peine dans les actes. Le vrai recteur est le prorecteur qui, seul, est chargé de toute l'administration universitaire. 11 y a, de plus, un professeur qui supplée le prorecteur en cas de besoin. Le prorecteur de l'université et les doyens de chaque Faculté sont des professeurs qui font toujours leurs cours et qui touchent, de plus, un préciput comme indemnité du temps qu'ils consacrent a leur emploi. Cet emploi se renouvelant deux fois par an, comme le décanat, n'est pas un fardeau trop lourd et présente aux professeurs un avantage pécuniaire. Le prorecteur forme avec les doyens le petit conseil de l'université, qui suffit au courant des affaires. L'assemblée des professeurs forme le grand conseil, le sénat, senatus academicus, devant lequel sont portées les affaires de quelque importance. Il y a trois classes de professeurs : 1» les professeurs ordinaires, qu'on appelle en France les professeurs titulaires; 20 les professeurs extraordinaires, qui sont nos professeurs adjoints ; 3° les privat-docent ou doctores leyentes. Ces privat-docent sont des docteurs qui, pourvus des grades académiques, se présentent auprès d'une Faculté pour en obtenir la permission de faire un cours sur tel ou tel des objets qu'elle embrasse. Deux conditions sont à remplir pour obtenir cette permission. Le candidat doit d'abord écrire une dissertation latine sur un sujet qu'il choisit à son gré, mais se rapportant à renseignement qu'il veut faire ; puis il doit l'aire une leçon publique devant le sénat. La permission d'enseigner donne le droit de faire des cours dans les salles de la Faculté. Le privat-docent n'a d'autre salaire que uelui qu'il reçoit des étudiants; il est aussi oblige, niais pour la forme seulement, de soumettre ses cahiers au doyen de la Fuculté, qui autorise le cours en mettant au bas de l'annonce : vidi. Quand un docteur a enseigné de cette manière pendant quelques années, et quand il s'est distingué ou par ses leçons ou par ses écrits, il obtient le titre de professeur extraordinaire, et par là a droit à un certain traitement fixe. Les professeurs ordinaires sont seuls membres de Faculté, et connue tels, ils composent le sénat. Leur traitement est beaucoup plus considérable que celui des professeurs extraordinaires. C'est le gouvernement qui les nomme, mais le sénat a le droit de présenter plusieurs candidats. Les candidats naturels sont les professeurs extraordinaires; mais ils ne sont pas candidats exclusifs, et le sénat peut présenter, s'il lui plaît, tel homme célèbre, étranger à la Faculté et même au pays. Le nombre des professeurs ordinaires est tresrestreint; celui des professeurs extraordinaires est plus étendu; celui des privat-docent plus considérable encore. Chaque professeur, sur la matière qu'il a choisie, fait un cours qui ne doit jamais durer plus d'un semestre. Faire un cours s'appelle lire un collette (ein cotlegium lesen). Ce cours a au moins trois leçons par semaine et presque toujours davantage, et encore chaque professeur lit plus d'un collège, toujours deux et quelquefois trois. Le droit de fréquenter un cours est presque partout fixé a un louis par semestre. Les professeurs peuvent donc faire, vu le nombre des étudiants, de fort respectables recettes. Ils sont, du reste, exempts d'une foule de droits et de contributions, ce qui allège les soucis de leur vie matérielle. Telles sont, sauf les détails qui varient à l'mlini, la constitution et l'organisation générales de toutes les universités d'Allemagne. Voyons maintenant la situation qui est faite aux étudiants et les règlements qui les concernent. Pour faire parue de l'université, y obtenir le droit de bourgeoisie et jouir des avantages attachés à ce droit, tout étudiant doit être immatriculé. L'immatriculation est l'inscription d'un étudiant, avec ses nom, prénoms et lieu de naissance dans les registres de l'université. L'étudiant s'engage, entre les mains du prorecteur, à obéir aux lois de l'université, et il reçoit un aute d'immatriculation. La demande d'immatriculation doit avoir lieu dans les trois premiers jours de l'arrivée d'un étudiant dans la ville. Il doit présenter en même temps les certificats nécessaires, sous peine de perdre le droit d'immatriculation pendant le semestre courant et d'être obligé de quitter immédiatement la

UNIV

ville. Les certificats à produire sont un certificat de bonne conduite, et, si l'étudiant arrive d'une autre université, l'acte d'immatriculation à cette université. Le titre de bourgeoisie universitaire confère le droit de se mettre sous la protection de l'université e\. de profiter d'une juridiction privilégiée, celui d'assister aux leçons, de se servir de la bibliothèque et des autres collections ou musées de l'université, de prendre des grades, de jouir, enfin, de tous les avantages accordés aux étudiants. Pour tous les cas qui ne sont pas expressément réservés, l'étudiant est justiciable des lois du pays. La juridiction universitaire a plusieurs degrés : 1° le prorecteur ; 2o le petit conseil ou l'assemblée des doyens; 3° le sénat ou l'assemblée des professeurs ordinaires. Il y a un bailliage universitaire. C'est le bailli qui instruit et juge en première instance les affaires purement civiles. En appel, c'est le conseil qui décide. Les affaires de police ou de discipline sont instruites par le bailli et jugées par le conseil ou par le sénat; les affaires criminelles sont, après la première instruction du bailli, renvoyées par le sénat au tribunal criminel du pays. Outre la juridiction privilégiée de l'université, l'étudiant peut avoir recours à la juridiction ordinaire de la ville ou du pays environnant. Chaque étudiant doit avoir un domicile fixe dans la ville. Pour habiter dans un faubourg, il faut obtenir une permission particulière du bailli et indiquer la maison qu'on Veut habiter, à moins que l'étudiant n'y demeure chez ses parents. Les étudiants qui obtiennent un certificat de pauvreté peuvent être exemptés, en totalité ou en partie, du payement des honoraires des cours. Les punitions universitaires sont : la réprimande, l'amende, la prison (carcer), l'inscription sur le livre des punitions, le renvoi de l'université, soit.par le consilium abeundi ou parla relégation; enfin, dans les cas extraordinaires, l'euvoi dans une forteresse. Toutes les amendes prononcées contre les étudiants sont versées dans la caisse de la bibliothèque de l'université et doivent être payées au plus tard un mois après le jugement. La prison peut être simple ou rigoureuse; dans le premier cas, le maximum est d'un mois ; dans le second, de trois semaines. Après trois jours d'arrêts simples, on peut autoriser l'étudiant à assister aux cours qu'il suit ordinairement, à condition qu'il rentre en prison immédiatement après. Le refus de subir la prison expose au renvoi de l'université. Le bailli de l'université a la surveillance de la prison, sous l'autorité du prorecteur. L'inscription sur le livre des punitions {strafbuch) entraîne, pour tous les délits à venir, la punition la plus s'évère. C'est une sorte de liste de suspects. Tous les étudiants qui ont été relégués ou simplement renvoyés d'une université quelconque sont nécessairement inscrits au livre des punitions dès leur entrée dans un nouvel établissement académique. Le consilium abeundi est le renvoi de l'université le moins dur. Il prive temporairement du droit de bourgeoisie universitaire; la durée ne peut être moindre de six mois ni dépasser deux ans. La relégation est la manière la plus sévère de renvoyer de l'université et de retirer le droit de bourgeoisie; elle est toujours rendue publique; elle est prononcée pour deux ans, pour quatre ans ou pour toujours; elle peut être rendue plus dure encore par l'avis donné aux autorités du pays du condamné et par la publication de la sentence dans les journaux. Les étudiants renvoyés ou relégués perdent l'appui et la protection de ^université. Ils doivent aussitôt, et avant le coucher du soleil, quitter la ville, dont ils ne peuvent s'approcher à une disiance de plus de deux mil-les, tant que dure la condamnation. Dans les cas extraordinaires, l'envoi dans une forteresse est prononce, sur l'avis du sénat, par le gouvernement. Le mépris des ordonnances de l'autorité, la lacération des affiches publiques, les propos inconvenants contre des membres de l'université, la fréquentation des cafés, auberges et brasseries pendant l'heure du service divin, le port d'armes cachées, les dégâts commis dans les propriétés particulières ou publiques, les assemblées secrètes et non autorisées, sont punis de la peine de la réprimande et du consilium abeundi, ou même de la relégation, suivant la gravité des faits. Un étudiant qui veut imprimer, faire graver ou lithographier quelque chose, ou tenir un discours public, doit en prévenir le prorecteur et obtenir préalablement la permission. Le seul soupçon d'avoir participé à des associations défendues peut avoir pour suite l'éloigneinent" de l'université. Toutes particularités dans le costume qui se rencontreraient à la fois dans plusieurs étudiants seraient regardées comme signes de ralliement. Les jeux de hasard sont défendus et la banque est confisquée au profit de la bibliothèque. Les excès de boisson sont punis de la prison, et la troisième fois du consilium abeundi. Les duels sont sévèrement interdits et punis.

Ce qui fait la force de l'université allemande, ce qui affirme sa puissante personnalité, c'est une triple liberté : liberté d'enseignement, liberté d'études et liberté académique. « C'est une belle idée de nos pères, a dit Mme de Staël, que d'avoir rendu les établissements d'éducation tout à fait libres. L'âge mûr peut se soumettre aux circonstances ; mais à l'entrée de la, vie, au moins, le jeune homme doit

UNIV

puiser ses idées dans une source non altérée. >

— Universités en Angleterre. Un grand nombre d'écrivains anglais, la plupart modernes, font remonter au règne d'Alfred le Grand ou d'Edouard le Confesseur l'origine des deux grandes universités d'Oxford et de Cambridge. Suivant une tradition très-accréditée, elles n'auraient été créées que dans le xiiie siècle, sur le modèle de V Université de Paris. Ce seraient même des professeurs de l'Université de Paris qui, durant une suspension momentanée de leurs cours, en 1229, auraient passé le détroit pour donner quelques leçons à de jeunes Anglais sur la logique et la métaphysique d'Aristote, et leur succès aurait déterminé la création de l'université de Cambridge. Quoi qu'il en soit, voici le nom des universités qui existent actuellement sur le sol des lies Britanniques. Ce sont : l'université d'Oxford (fondée vers 1206), de Cambridge (1229), de Saint-André (1411), de Glascow (1454), d'Aberdeen (1506), d'Edimbourg(l582), de Dublin (1591), de Londres (1828), cette dernière fondée par le parti whig, dans l'intérêt politique de ses opinions.

Dès le xive siècle, on comptait plus de 30,000 étudiants à l université d'Oxford, où on n'enseignait guère que la théologie et la philosophie d'Aristote. L'étude de la langue grecque fut introduite dans les universités anglaises à la fin du xve siècle, au moment de la Renaissance, sous le patronage de Fox et de Wolsey. William Hilly, Thomas Smith et John Cleke y furent les initiateurs des études grecques. Les lettres classiques, c'està-dire l'étude systématique des langues et des littératures grecque et romaine , ne triomphèrent guère de la scolastique que vers la deuxième moitié du xvue siècle , sous Charles II. Plusieurs universités anglaises sont restées presque étrangères au mouvement scientifique du XIXe siècle, qui tend à substituer l'étude des scieoces naturelles à l'étude des lettres.

Les universités écossaises de Glascow, de Saint-André, d'Aberdeen et d'Edimbourg ont conservé l'habitude de ne recevoir que des externes, conformément aux mœurs libérales du passé. Dans les autres,, le principe de l'internat a prévalu, dégagé toutefois d'un grand nombre d'inconvénients que son application comporte sur le continent. Du reste partout, pour le fond comme pour la forme, l'enseignement classique des universités britanniques demeure empreint du cachet des siècles passés.' Le parfum d'antiquité scolastique qu'on respire. dans ces solennels asiles du savoir est partout le même. On croirait volontiers à une exhibition scénique des vieilles congrégations du xve et du xvi« siècle. Ce sont les mêmes privilèges, la même autonomie administrative et judiciaire, le même aspect presque féodal, les mêmes habitudes presque monastiques, les mêmes vêtements, la même hiérarchie, les mêmes titres, la même discipline intérieure, le même langage et parfois les mêmes idées.

Les cours purement scientifiques sont réputés faibles. Cela ne procure point de carrière à ceux qui n'en ont pas. Mais la plupart de ceux qui vont recevoir cet enseignement n'ont pas besoin de carrière, car ce sont les fils de l'aristocratie. L'Angleterre est un pays où l'on sait apprécier éminemment le prix réel des choses. L'éducation classique est un luxe inutile à quiconque n'a pas une position assurée; elle est connue pour telle, et on ne l'impose pas à ceux qui descendent dans l'arène du monde sans autre armure que la toge de Cicéron et le bagage pédagogique de Quintihen.

Ce qui distingue les universités d'Oxford et de Cambridge, ce sont leurs collèges, 17 à Cambridge et 20 à Oxford. Grâce à la munificence des nombreux fondateurs et bienfaiteurs, ces collèges sont devenus puissamment riches, tandis que les universités dont ils dépendent sont restées relativement pauvres.

Afin de faire connaître le mécanisme intérieur des universités britanniques, il suffit d'en examiner une, Cambridge par exemple, le type sur lequel les autres se sont formées. Son nom légal est : une Société d'étudiants dans tous et chacun des arts libéraux. Elle se compose d'un chancelier, de maîtres et d'étudiants, et renferme 17 collèges fondés Successivement depuis le règne d'Edouard i«. Chaque collège forme un corps séparé, régi par des statuts particuliers, bien que con-« trôlé par l'autorité suzeraine de l'université. Les statuts actuels de cette dernière remontent à Elisabeth et ont été sanctionnés par acte du Parlement. A Cambridge, les termes collège et chambre, hall, sont synonymes, quoiqu'ils ne le soient pas à Oxford. La dignité de chancelier est un titre purement honorifique, ordinairement conféré à un grand personnage. La direction de l'université appartient réellement à un vice-chancelier joignant à ses fonctions administratives des fonctions judiciaires importantes, car elles s'étendent en même temps au civil et au criminel. Il est seul juge, connaît de tout ce qui concerne la discipline intérieure, ainsi que de toute cause dans laquelle est intéressé un membre de l'université, il est toutefois obligé d» prendre l'avis de ses assesseurs, et on peut en appeler de sa décision aux délégués, tribunal dont les membres sont nommés par le sénat. Le plus souvent, l'année peu-

UNIV

dant laquelle il reste en charge s'écoule sans qu'il ait eu l'occasion d'exercer son pouvoir de juge. Sa juridiction s'étend à 1 mille autour de Cambridge. Une commission spéciale a pour office de rechercher les cas de félonie commis par des écoliers dans le ressort de cettejuridiction. Le vice-chancelier est élu chaque année, le 4 novembre, par le sénat et parmi les maîtres de collège. Il est à la fois magistrat pour le compte de l'imtversité et pour celui du comté. Un orateur public , organe du sénat en toute circonstance, est chargé de l'assister dans ses fonctions judiciaires et administratives. Le reste du personnel, soumis à son autorité, se cornpose de deux procureurs et de deux substituts, de deux taxateurs {taxers) qui doivent être maîtres es arts et exercer les fonctions de résent, enfin de trois écuyers bedeaux, dont 1 office est de l'accompagner dans toutes les occasions solennelles.

Les maîtres de collège arrivent à cette charge par voie d'élection. Exceptionnellement, la couronne nomme à la maîtrise de Trinity Collège. L'évêqued'Ely nomme, parmi deux candidats présentés par les agrégés de Perterhouse, a la maîtrise de ce collège, ainsi qu'à celle de Jésus Collège. Le maître de' collège a, dans son collège, la même autorité que le vice-chancelier sur toute l'université. Quiconque est maître es arts, docteur dans une des trois Facultés de droit sacré, droit civil et physique (sciences), inscrit en outre sur les registres, pourvu d'un office universitaire ou résidant à Cambridge, a le droit de voter au sénat. Le sénat est divisé en deux sections ou chambres, les régents et les non-régents. Les maîtres es arts ayant m^ins de cinq ans de maîtrise, les docteurs qui en ont moins de deux font partie de la chambre haute ou à chaperon blanc, ainsi nommée de ce que ses membres ont un bonnet rayé de soie blanche. Les autres font partie de la chambre basse ou à chaperon noir. Le docteur qui a plus de deux ans de stage et l'orateur public votent à leur gré dans les deux chambres. Il existe de plus un conseil, appelé chapitre, dont les membres sont renouvelables chaque année, le 12 octobre, et par qui doit être approuvée préalablement toute proposition avant d'être présentée au sénat. Une réunion du sénat se nomme congrégation. C'est le sénat réuni en congrégation qui choisit les deux députés que l'université de Cambridge, comme celles d'Oxford et de Londres, envoie à la Chambre des communes. L'université se divise hiérarchiquement en neuf catégories : io les maîtres des collèges ; 2" les agrégés (fellows) ; 3° les gentilshommes gradués, les docteurs, bacheliers en droit sacré, maîtres es arts, dont les noms sont consignés sur un registre ad hoc, en leur qualité de membres du sénat; 4° les gradués simples ; 5° les bacheliers en droit civil et physique (sciences naturelles) ; 6» les bacheliers es arts ; 7» les agrégés communs {fellows commoners) ; 8° les pensionnaires et écoliers payant une pension; 9° les sizars ou boursiers de l'université.

Le nombre des membres du sénat est d'environ 3,000, et celui des membres inscrits sur les registres d'environ 6,000. A l'université d'Oxford, ce nombre est inférieur de quelques centaines. Les vacances des universités britanniques sont tout à fait distinctes des nôtres. Elles ont lieu du 16décembreau 13janvier, du samedi des Rameaux au onzième jour après Pâques, et du premier mardi de juillet au 10 octobre. C'est à cette dernière date que commence l'année scolaire.

On immatricule celui qui arrive, comme on faisait au moyen âge dans toute congrégation. 11 prête serment d'allégeance et subit un an de noviciat, durant lequel il porte le titre de freshman (homme nouveau). Entre étudiants, les distinctions de castes subsistent dans toute leur rigueur. Il y en a trois : 1» Les sisars ou écoliers servants ; 20 les pensionnaires; 3° les fellows commoners, jeunes gens de bonne maison, ayant rang d'agrégés. Une particularité des universités anglaises est l'obligation pour chaque élève de déposer un cautionnement en y entrant. A Cambridge, le cautionnement d'un jeune noble est de 50 livres, celui d'un fetlovi commoner de 25 livres, d'un pensionnaire 15 livres, et d'un sizar 10 livres. On paye aussi des frais trimestriels de professorat, proportionnels au rang de chaque étudiant. Une fois immatricule, l'étudiant ne peut plus changer de collège et est soumis au règlement de l'établissement qu'il a choisi. Les transgressions légères de ce règlement sont punies d'une amende en argent ou d'impositions, qui consistent dans une lourde tâche à remplir. Les délits graves sont punis d'un bannissement temporaire ou envoi à la campagne (rustication) ; enfin, les fautes extrêmes font encourir lu peine de l'expulsion. Chaque étudiant est tenu d'assister à la prière du matin ; l'inobservation de cet article du règlement constitue une offense; il doit aussi se trouver dans l'intérieur du collège jusqu'à une heure déterminée de la soirée, s'il ne veut pas encourir une .pénalité. Le règlement exige qu'il porte l'uniforme propre a chaque collège. Quand un maître rencontre dehors, sans son uniforme, un jeune homme qu'il soupçonne d'appartenir à l'université, il recherche son nom et celui de son collège, afin de lui faire infliger une punition. Il n'y a pas deux cents ans qu'on infii^eait encore des châtiments cor-

UNIV

porels. Milton fut, dit-on, le dernier qui en ait subi un à Cambridge, où il était sizar au collège du Christ.

A l'origine, les étudiants des universités anglaises étaient tout à fait libres. Dès le xiv« siècle néanmoins, on les trouve soumis à une discipline ; mais ils choisissaient euxmêmes leurs maîtres. Les règlements, faits • de longue main, étaient contradictoires et diffus. Ceux de l'université d'Oxford furent arrangés et formulés en une sorte de code en 1G3S, par l'initiative de l'archevêque Laud, chancelier de l'université. Les autres universités ont maintenant toutes des statuts homogènes.

Du reste, la vie est facile et la liberté absolue. Hors l'obligation de faire une profession de foi anglicane, on lit et on pense ce qu'on veut. L existence matérielle n'est pas plus gênante. On entre et on sort sans avoir besoin d'autorisation; on mange dans sa chambre, où k l'occasion on reçoit ses amis, où même on s'enivre ensemble.

Le niveau des études n'est pas très-élevé, et l'obtention des grades est relativeroentïacile; mais cette éducation littéraire, faible à, certains égards, a le singulier avantage de ne pas nuire à l'originalité de l'esprit comme en d'autres pays où une règle d'études, qui s'applique à tout le monde, tue l'initiative, fait des marionnettes savantes et donne à tout le monde un cachet uniforme qui est une cause de décadence morale et intellectuelle. A Oxford, il y a vingt collèges, dont nous avons parlé à l'article Oxford, et 4,500 étudiants environ. Cambridge en possède 17 (v. Cambridge). L'université écossaise de Saint-André en a trois, les collèges 'Saint-Salvador, Saint-Léonard, Saint-Mary; celle d'Aberdeeti en a deux., King's et Mareschal's Collèges, le premier fondé en 1494 et le second en 1593. Les universités de Glascow, d'Edimbourg et de Londres n'en ont qu'un chacune.

L'université de Dublin se compose de 2 collèges : Trinity Collège, fondé en 1311 par John Leok, archevêque de Dublin, et affecté aux protestants lors de la Réforme ; Maynoth, créé par acte du Parlement en 1785, à l'usage du clergé catholique d'Irlande. On y rattache trois établissements : Belfast Academical Institution, fondée en 1807 pour la ville de Belfast; Cork Institution, fondée égalementen 1807,etSaint-Sarlath's Collège, fondé à Tuam en 1814 par l'évéqua Kelly.

Dans toutes les universités des trois royaumes, a quelques détails près, l'organisation intérieure et l'objet des études sontles mêmes qu'à Cambridge, dont il a été question plus haut.

• — Universités en Belgique, Dans les anciens Pays-Bas, il y avait, sous la domination espagnole, de nombreuses universités, dont les principales étaient celles de Douai, de .beaucoup la plus importante; celle de Tournayet celle de Saint-Omer, où les jésuites avaient conservé un collège qui eut l'honneur d'abriter sous son toit celui qui devait être O'Connell.

Il y a dans la Belgique contemporaine quatre universités:

1» Celle de Louvain, dont l'origine remonte à 1445 et qui est aujourd'hui dans les mains du parti catholique.

2» Celle de Bruxelles, fondée en 1834 par le parti libéral, en vue de fournir à la jeunesse belge une éducation indépendante des idées cléricales.

3° Celles de Liège et de Gand, qui n'ont pas de couleur spéciale, mais sont soumises à l'influence du parti catholique. L'enseignement supérieur est libre en Belgique; les universités se gouvernent elles-mêmes, et le niveau des études y est assez élevé. Leur objet est, au surplus, à peu près le même qu'en France.

— Unioersitésen Espagne et en Portugal.

En Espagne et en Portugal, la civilisation classique a brillé de bonne heure d'un trèsvif éclat; mais les lettres sont tombées prématurément en ce pays dans une décadence irrémédiable. La splendeur littéraire de l'Espagne, comme sa grandeur politique, a duré depuis le commencement du xni" siècle jusqu à la tin du xvi", et les souvenirs de la civilisation mauresque n'y ont pas été étrangers. La plus ancienne université espagnolo est celle de Valence (1209), restée florissante et aujourd'hui le plus grand établissement intellectuel de la Péninsule. Vient ensuite Sahimanque (1239), la mère des vertus et des sciences, comme on disait au xivo siècle. Elle n'a plus qu'une gloire historique et 4 collèges peu fréquentés. Xiinénès y a professé le droit.

Les autres sont, par ordre de leur fondation : Valladolid (1346) , Huesca (1354) , Orihuela (1451) , Saragosse (1474) , Avila

S1482), qui n'existe plus; Alcala de Henarès 1499), fondée par le cardinal Ximénès; Sé- -ville (1504), Grenade (1531), P raësa (1533), qui n'e.\iste plus; Ossuua (154S), qui a été supprimée eu 1824 et avait remplacé l'université d'Usso; Almagro (1552), Estella (1565), Tarragone (1572), Palma (1580), Barcelone (1596), Girone (1710), Mayorque (1717), Cervera- de-Catalogne (1717), Ogn»te (1717), Tolède (1717), supprimée en 1807 ; Osma (1778). On peut encore citer pour mémoire les universités de Canarie, Madrid, Mahon, Oviedo, Siguenza, supprimées en 1819, et Santiago ou Saint-Jacq.ues-de»Compostelle (1531).

UNIV

En Portugal, il n'y a jamais eu que deux universités, celle de Lisbonne, créée en 1290, transférée àCoïmbreen 1308, et la seule qui subsiste de nos jours, puis celle d'Evora, fondée en 1553, qui ne fut jamais florissante et a disparu depuis longtemps.

Les deux couronnes d'Espagne et de Portugal avaient, en outre, établi des universités dans leurs possessions d'outre-mer, surtout en Amérique, par exemple celle de Mexico, qui fut célèbre au xviu siècle.

Il y avait généralement six Facultés dans les universités espagnoles et portugaises : philosophie, théologie, jurisprudence civile, jurisprudence canonique, médecine et mathématiques. *

Dans les principales villes universitaires existaient de plus différentes chaires de haut enseignement: grammaire latine, grecque, castillane, arabe, hébraïque; des cours de littérature et de poésie. Il ne reste aujourd'hui dans la Péninsule que trois universités qui aient conservé un peu de leur ancienne renommée ; ce sont celles de Salamanque, Valence et Valladolid. Néanmoins, on professe encore dans neuf autres.

— Universités en Grèce. L'enseignement à tous les degrés n'existe dans ce petit pays que depuis la guerre de l'indépendance. Lord Guilfort.a fondé en 1819, à Corfou, lu première université grecque ; elle n'a qu'une importance médiocre. Celle d'Athènes, créée en 1837, avait à l'origine 658 élèves, dont 270 étrangers. Elle n'en a pas beaucoup plus maintenant. La constitution de 1844 a stipulé l'établissement d'une université grecque, où on recevrait gratuitement l'enseignement primaire et secondaire. Elle comprend d'ailleurs l'université d'Athènes, où il y a quatre Facultés : théologie, philosophie, droit et médecine, puis une Ecole polytechnique, qui n'est quece qu'on appelle chez nous une école d'art3 et métiers. Font, en outre, partie de l'université grecque : une école militaire destinée a faire des sous-officiers, une école normale primaire, une école d'agriculture, un grand séminaire, sept collèges, un institut pour l'éducation des filles, 180 écoles inférieures où l'on apprend le grec ancien et 370 écoles primaires, dans lesquelles on enseigne le grec moderne.

— Universités enHollande. Cette contrée fut, au xvn« siècle, un des foyers de l'éducation classique en Europe. Xa liberté de la presse et celle do l'enseignement y attiraient les savants et les philosophes de France et d'Allemagne. Descartesy vécut vingt ans, et Spinoza y composa totis ses ouvrages. Le centre des études était Leyde, dont l'université, fondée en 1575 par Guillaume de Nassau, prince d'Orange, dit le Taciturne, était au premier rang des établissementsintellectuels du temps. On compte, parmi les professeurs de l'université de Leyde, Grotîus, Saumaise, Scaliger, Boerhaave, llemsterhuys, Ruhnken, Wittenbaeh, Vulckeiter, Van Lennep, Cobet, Peerlekamp. Les Elzevirs avaient à Leyde une de leurs principales librairies.

Les autres universités de Hollande sont : Franeker , fondée en 1585 , supprimée en 1SU, mais conservée sous le nom d'Athénée ; Harderwick, fondée en 1600; Utrecht (1030); Groningue.

• Une loi de 1806, dit M. Cousin (De l'instruction publique en Hollande, p. 153), qui n'a subi presque aucune modification, régit depuis cette époque l'instruction primaire, et une ordonnance royale du 2 août 1815 a constitué l'enseignement supérieur à ces deux degrés : 1° les écoles dites latines, qui sontnos collèges et les gymnases de l'Allemagne ; 20 les universités et quelques hautes écoles ù peu près du même ordre, bien qu'elles ne confèrent pas de grades, et appelées athénées. M. Cuvier, qui admirait tant les écoles primaires de la Hollande, a fait une triste peinture de ses collèges et de ses universités. Il avait proposé d'utiles réformes que le gouvernement français avait adoptées. En 1814, la gouvernement nouveau, prenant en considération les utiles critiques de notre illustre compatriote et les réformes commencées, nomma une commission pour s'occuper de cet objet important et préparer une ordonnance sur toute l'instruction supérieure.

Cette ordonnance royale est intervenue le 2 auût 1815, et elle a été suivie d'autres ordonnances et de divers règlements qui l'ont développée et appliquée... L'ordonnance du 2 août 1815 comprend, sous le nom d'instruction supérieure, les écoles latines et les universités, avec les athénées, établissements singuliers qui ne tiennent point k l'ensemble du système. Les écoles latines sont nos collèges, les gymnases de l'Allemagne... Le grand reproche que fait partout M. Cuvier aux anciennes écoles latines de la Hollande, c'est de -n'enseigner que le grec et le latin, et de ne pas enseigner du tout ou d'enseigner mal les mathématiques, la physique, l'histoire, la géographie et les langues modernes... Les articles 9 et 10 de l'ordonnance de 1815 déclarent que l'objet spécial des écoles latines est d'enseigner le grec et le latin, et en même temps ils contiennent cette disposition que, l'enseignement journalier dans les langues anciennes étant terminé, il sera donné des leçons sur les éléments des mathématiques, sur la géographie et sur l'histoire ancienne et moderne, »

UNIY

Il n'y a ni physique, ni chimie, ni langues modernes. L'enseignement est donc incomplet. Quant aux universités, voici ce qu'en pensait Cuvier, au dira de M. Cousin: • Dans un pays aussi peu étendu que la Hollande, cinq universités, au lieu d'enrichir l'instruction supérieure; l'appauvrissaient et, faute d'un nombre suffisant d'élèves, faute aussi d'un assez grand nombre de professeurs éminents, la retenaient dans la langueur et la faiblesse, où j'ai vu encore l'instruction secondaire... Les seules universités conservées devaient être celles de Groningue, pour toute la partie de la Hollande située à l'orient du Zuyderzée, et, pour tout le reste du pays, celles d'Utrecht et de Leyde. Sans doute ces deux dernières sont bien près l'une de l'autre ; mais il était impossible de songer à supprimer une de ces deux universités , presque également chères à la nation et presque également recommandables par leurs longs services et par les vastes ressources de toute espèce que plusieurs siècles y ont accumulées. Le gouvernement français entra dans les vues de M. Cuvier, et, en 1814, le gouvernement hollandais, trouvant la réduction commencée, l'acheva; il satisfit comme il put aux réclamations des villes de Franeker et d'Harderwick en leur donnant des athénées royaux; il concentra tous ses efforts et toutes ses dépenses sur les trois universités conservées; il les enriehit de professeurs et d'élèves, et, avec le temps, il en a fait de grands et beaux établissements très-florissants auxquels il ne manque que de s'appuyer sur une instruction secondaire mieux constituée. »

Il y a cinq Facultés dans les universités ds Hollande : Faculté des sciences, Faculté des lettres, Faculté de théologie (calviniste), Faculté de droit et Faculté de médecine. Il existe, en outre, des séminaires protestants et catholiques, dont les élèves sont internés. .

— Universités en Italie. La civilisation italienne, quand le reste de l'Europe était à peu prés complètement étranger aux lettres et aux arts, a brillé d'un éclat dont on se ferait difficilement une idée maintenant.

C'est en Italie que l'enseignement classique est né, qu'il s est organisé tel qu'on le connaît de nos jours. Les universités italiennes du moyen âge ont servi de modèles à toutes celles de l'Occident. Les deux principales, celles de Salerne et de Bologne, sont du XIe et du Xii" siècle. On doit la fondation de l'école de Salerne , si célèbre par ses cours de médecine, à Robert Guiscard (fin du xie siècle). La fondation de l'université de Bologne est de 1158.

L'es universités italiennes comprenaient dès lors cinq Facultés : théologie, droit, médecine et chirurgie, philosophie, beaux -arts. Sou vent les deux Facultés de philosophie et beauxarts étaient confondues en une seule, qui se composait, outre la philosophie proprement dite, de la seolastique, de la physique, des mathématiques, de la chimie, de l'histoire naturelle et de l'éloquence (beaux-arts).

L'éducation des universités était bien imparfaite : on s'étudiait à appliquer les mœurs, les idées et les idiomes d'un autre temps à un milieu tout a fait étranger au monde ancien. Tout est factice dans ce mouvement humaniste et païen, où on s'efforce de séparer le sentiment de la parole, la littérature de l'action, le style de la pensée. « Ces grammairiens, dit Cantù, appelés aux magistratures et surtout aux fonctions de secrétaire , étaient, sauf quelques-uns, comme Salutato et Piciolomini (le pape Pie II, ^Eneas Sylvius), incapables de toute autre chose que de réciter des harangues de parade, dans lesquelles ils ne se bornaient pas à traiter les intérêts positifs, mais s'étendaient sur ce qui pouvait le mieux s'exprimer en latin, ils préféraient aux républiques régies par des magistrats simples et animés du désir du bien public les cours des princes et des seigneurs, où ils pouvaient obtenir la protection du maître et faire étalage de beaux discours. Ils jugeaient le monde non d'après la vérité, mais d'après le style, comme ils faisaient des auteurs, déguisaient la tyrannie sous des phrases pompeuses, justifiaient l'iniquité et habituaient à des adulations que la plus intrépide aurait rougi d'exprimer dans la langue dont il se servait pour parler à ses amis. : Les tyranneaux de la péninsule se dispiPtaient l'honneur de protéger les lettres.

Voici la liste des universités italiennes qui subsistent encore de nos jours, quoique la plupart soient bien déchues de leur grandeur :

îo Salerne, fin du xte siècle. Il n'y a pas de da'te précise. Fondée par Guiscard.

S» Bologne, fondée en 1158, on ne sait trop par qui.

30 Naples, fondée en 1224 par le célèbre Frédéric 11, empereur d'Allemagne,

40 Padoue, fondée en 1228. Dante, Pétrarque et le Tasse y étudièrent; Galilée y fut professeur.

50 Rome, fondée en 1245. C'est proprement ce qu'on appela plus tard la collège de la Sapience.

6" Pérouse, fondée en 1307, et dont on a refondu les statuts en 1824, sans parvenir à lui procurer des élèves.

70 Pise, fondée en 1343, enrichie par les Médicis en 1472, et de nos jours le principal centre intellectuel de l'Italie, avec quatre Facultés : théologie, droit, médecine et sciences physiques.

UNIV

go Puvie, fondée en 1361, restée assez florissante.

9« Sienne, fondée en 1380, fondue avec l'université de Pise.

10° Palerme, fondée en 1394, réorganisée en 1805, a aujourd'hui cinq Facultés : théologie, philosophie et sciences, lettres, -droit, médecine.

Il» Turin, fondée en 1405, une des plus importantes universités d'Italie, a près de 2,000 étudiants.

12« Florence, fondée en U38, n'a plus qu'une Faculté de théologie.

13» Catane, fondée en 1445 par Alphonse d'Aragon, n'a qu'une existence nominale.

14» Parme, fondée en 1482. Ce n'est plus qu'une école dite supérieure.

Il existe encore en Italie quelques universitésde second ordre, comme Macerata(l824), Messine (1548), Terano (1671), Mantoue (1025), Cagliari (1720), Gêbes (1812), la plupart en décadence. On a aussi supprimé celle de Modène en 1832.

Jusqu'à ces derniers temps, il y avait dans les anciens Etats sardes une sorte d'organisation de l'instruction publique analogue à ce qu'on appelle en France l'université ei portant également le nom d' Université. Cette université était gouvernée par un ministre, assisté d'un conseil supérieur composé de 14 membres. L'enseignement supérieur sarde se donnait dans les quatre villes universitaires de Turin, Gênes, Cagliari et Sassari. Depuis l'établissement de l'unité italienne, l'enseignement public tend a devenir une sorte d'administration centralisée à peu près pareille à ce qui existe chez nous ; mais l'œuvre est loin d'être achevée.

Dès le xivo siècle, les universités italiennes étaient moins florissantes. Cependant, ■ l'université de Bologne, dit Cantù, conserva sa supériorité sur les autres... Les Trévisuiis en ouvrirent une avec 9 docteurs célèbres, au nombre desquels était Pierre d'Abano. Les Pisans exemptèrent de taxes les livres de sciences et de droit canon. Il y avait dans Milan, au xivo siècle, des cours publics de jurisprudence, 25 maltres.de grammaire et de logique, 40 écrivains copistes, plus de 70 maîtres élémentaires, plus de 180 professeurs de médecine, philosophes, chimistes, dont plusieurs touchaient un traitement pour soigner les indigents. »

On croit généralement que la période du xvto siècle appelée ta Renaissance fut une révolution subite. C'est un préjugé accrédité par certains écrivains modernes, mais dépourvu de fondement. Comme on l'a dit plus haut, la civilisation italienne était en pleine floraison au xiio siècle. Dans le cours du xine et du xiv° siècle, les lettres classiques, comme les lettres vulgaires, emplissaient les universités qu'on fondait partout et" qui n'ont pas même laissé de souvenir. Qui se souvient de l'université de Lucquesî Qui connaît celle do Fermo, fondée en 1303 par Benoit XI? Qui sait que Jean XXII en institua une en Corse en 133! et Benoit XlLuneà Vérone en 1339? On sait encore moins que le concile oecuménique de Vienne (Dauphiné) ordonna qu'il y aurait deux maîtres de langues, pour l'hébreu, l'arabe et le ehaldéen, dans les universités de Rome, Pans, Oxford, Bologne et Salamanque, et cela dès le xme siècle.

— Universités russes et polonaises. Les missionnaires byzantins qui convertirent la Russie au christianisme apportèrent dans cette contrée le goût de l'instruction et surtout des études théologiques en faveur dans l'empire grec. Les écoles qu'ils établirent en beaucoup d'endroits, et qui durèrent des siècles, ne jetèrent pourtant que peu d'éclat. On citecelles de Novgorod, de Kherson, dans la Russie méridionale; de Smolensk, la ville sainte, où il y avait dès le moyen âge quelques chaires de langue grecque et de littérature latine.

Les invasions tartares chassèrent bientôt l'instruction des villes dans les couvents. Vers l'époque de la, Renaissance, les hautes études, grâce à la tranquillité relative de ces contrées, reprirent quelque ascendant sur les esprits. On vit s'établir à Kiev une école de théologie. Plus tard, vers le milieu du xvn" siècle, le clergé russe fonda divers établissements qui étaient plutôt des séminaires à l'usage des aspirants à une carrière ecclésiastique que des écoles publiques. Pierre le Grand favorisa l'instruction dans ses Etats, mais les études spéculatives furent peu favorisées par lui.

La première université fondée en Russie fut celle de Moscou, créée en 1755 par l'impératrice Elisabeth. Catherine II, sous l'innuence de l'école encyclopédiste de Franco, fonda sur divers points de ses vastes Etats cent cinquante gymuases ou écoles secondaires, et de plus une école normale qui reçut en 1809 le titre et la fonction d'univer- 41 te.

Outre cette école normale et l'université de Moscou, on comptait dans tout l'empire troia autres universités ou embryons d'université, en 1782; c'étaient celles de Pskof, de Tchernigov et de Penza. Un ukase de Paul V (1800) fixa le nombre des universités russes k six : Kazan, Karkhow, Moscou, Saint-Pétersbourg, Wilna et Dorpat. La création de celle de Kiev, aujourd'hui très-llorissante , est postérieure. En 1815, la réunion du royaume de Pologne à la Russie ajouta Varsovie au

nombre des universités russes. Mais cette dernière fut supprimée en 1832, à la suite de l'insurrection polonaise. Chaque université russe renferme de troisk cinq Facultés, ayant chacune k leur tête un conseil et une administration autonome. Chaque Faculté a un doyen comme en France ; les Facultés de théologie en ont même deux. L'autorité réelle est dans les mains d'un recteur chargé de gouverner toutes les Facultés dépendant d'une même université, ayant sous ses ordres un curateur, sorte d'économe qui administre les biens de la communauté.

En dehors du professorat, il existe des maîtres qui enseignent les arts d'agrément et des lecteurs qui font des cours de langues vivantes. Le russe est la langue obligatoire. Les université» possèdent aussi le droit d'avoir une imprimerie et une librairie qui leur appartiennent en propre.

Dans un pays autocratique et militaire comme l'empire russe, il n'y a que des fonctionnaires. Les grades des universités sont des titres de fonction comme dans l'armée et l'administration civile. Les professeurs dits émérites, grade qui ne s'obtient pas facilement, ont droit k une pension de retraite égale k leur traitement, quand ils ont vingtcinq ans de service..

Les universités russes sont d'ailleurs des corps distincts de ce qu'on appelle ainsi dans les autres pays. A chacune d'elles se rattachent des écoles pédagogiques, des écoles secondaires de médecine, des sociétés savantes dont les membres exercent des fonctions réelles et rétribuées, Elles ont aussi un budget tixé annuellement; celui de l'université de Saint-Pétersbourg était, il y a quelques années, d'environ 280,000 roubles; à Moscou, 450,000; à Kharkow, 870,000; kKazan. 870,000. Pas une n'a plus de 300 k 400 étudiants, excepté celle de Kharkow, qui en a le double. A Kuzan, au lieu du grec et des langues de l'Occident, on enseigne l'arabe, le persan, le tartare et plusieurs idioties mongols. A Dorpat, le czar concède une organisation partiui-lière; on y trouve des chaires de théologje protestante, une école normale et un séminaire ; on y tolère l'usage de la langue suédoise ; le chiffre des étudiants est d'environ 600. Du reste la plupart des universités russes végètent misérablement. L'aristocratie envoie ses enfants étudier en France et en Allemagne.

— Universités en Suède et en Norvège. Il y a en Suède deux universités créées sur le modèle des universités allemandes ; ce sont Upsal et Lund. Celle d'Upsal, dont l'origine remonte à 1476, est de beaucoup la plus célèbre. On y compte 26 chaires et un millier d'étudiants; Linné, Kroustedt, Bergmaun et

. Walleiius y ont professé. L'université de Lund, fondée en I665^est assez florissante; elle a 600 étudiants.

Le Danemark ne possède que l'université de Copenhague, fondée en U78 par le roi Christian 1er, fréquentée par toute la jeunesse danoise. Le niveau des études est plus élevé qu'en Suède.

Deux autres universités, quoique situées en territoire russe, appartiennent de fait aux Etats Scandinaves; ce sont : 1° Dorpat, en Livonie; elle doit son origine (1632) à Gustave-Adolphe, roi de Suéde. Elle a passé dans les mains de la Russe en même temps que la province de Livonie en 1721, mais on y parle le suédois et on y a conservé l'amour de l'ancienne patrie. L'université de Dorpat a été réorganisée en 1802 par l'empereur Alexandre; 2° Abo, en Finlande, crête en 1640 et transférée k Helsingfors en 1827 ; son nom légal est l'université de Finlande. File appartient à la Russie depuis 1809*. c'est-àdire depuis l'annexion de la Finlande.

La. Norvège possède comme le Danemark une seule université, fondée en 1811, celle de Christiania, où il y a quatre Facultés et 800 étudiants; bien que l'instruction primaire soit très-florissante dans celte contrée, renseignement supérieur est très-médiocre et peu goûté.

— Universités aux Etats-Unis. On peut dire qu'il n'y a pas d'enseignement supérieur dans ce pays. L instruction y est très -répandue; mais il s'agit de l'instruction primaire et technique. Depuis un demi-siècle, néanmoins, les études classiques ont pris un certain essor ; il est vrai qu'elles ne vont guère au delà de ce qu'où désigne en Europe sous le nom d'enseignement secondaire. Par le mut université, appliqué aux établissements d'instruction publique uux Etats-Unis, il faut donc entendre des collèges, où on recuit l'enseignement secondaire.

Les principaux sont, par rang d'ancienneté :

Harvard University, à Cambridge, dans le Massachusetts (1636).

Jale Coilege, à Ntwbaven, dans le Connectiez (1700).

Brown University, à Providence, dans le Rhode-Islalid (1764).

Darmou th Collège , à Hanover, dans le Ne-w- Hampshire (1769).

Vermont University, à Burlington, dans le Vermont (1791).

Williams Collège, k Williamstown,dans le Massachusetts (1793).

Bbwdbin Collège , à Brunswick , dans le Maine (1794).

Middlebourg Collège, à Middlebourg, dans le Vermont (1800).

Waterville Collège, à Waterville, dans le Maine (1820).

Amherst Collège, a Amherst, dans le Massachusetts (1821).

Tnnity Collège, à Hartford, dans le Connectent (1824).

Wesleyan University, à Middletown, dans le Cotinecticut (1831).

Norwich University, à Norwich, dans le Vermont (1834).

Tufts Collège, kSommerville, dans le Massachusetts (1855).

On cite encore le collège de West-Point, qui est en même temps une école polytechnique et une école militaire ; les meilleurs généraux de la guerre de sécession sont sortis de cette école ; puis les collèges de Lexington, Philadelphie, Saint-Louis-du-Missouri, Nouvelle-Orléans.

Diverses confessions religieuses, et en particulier les catholiques, commencent à fonder des séminaires où on donne l'enseignement supérieur, et il a été créé plusieurs écoles de droit qui deviendront nécessairement des universités dans un avenir prochain. Mais, en réalité, l'enseignement supérieur reste à créer aux Etats-Unis. Les établissements qui existent appartiennent, quelques - uns au gouvernement fédéral et aux Etats, la plupart aux communes ou à des associations privées; ce dernier cas est le plus fréquent. D'ailleurs, la liberté de l'enseignement est absolue sur toute la surface de la grande République américaine; pourtant, il ne faudrait pas conclure de ce qui précède qu'aux Etats- Unis personne ne reçoit l'enseignement supérieur. Un grand nombre de familles riches envoient leurs enfants suivre les cours des universités anglaises ; quelques-uns les envoient même en France et en Allemagne* Beaucoup de jeunes Américains suivent en particulier les cours de la Faculté de médecine de Paris et retournent exercer la profession de médecin dans leur pays natal après avoir pris leurs grades à Paris.

Université dept*î« k>b origine jutqu'eu

l'on iooo (histoire de l'), par Crevier (1761, 7 vol. in-8"), un des ouvrages les plus complets et les mieux renseignés sur l'histoire de l'Université, Comme l'histoire de l'Université de Paris est liée à l'histoire de l'Eglise et de l'Etat, l'auteur a pensé qu'il était nécessaire d'embrasser son sujet sous toute l'étendue qu'il comporte. • J'ai le dessein, dit-il, de mettre sous les yeux les lois, les usages, les privilèges du corps universitaire. La nécessité de ce plan m'a contraint k entrer dans une exposition détaillée des statuts académiques, des bulles des papes et des ordonnances royales qui réglaient la police intérieure de l'Université. » 11 est inutile de dire que l'esprit de l'auteur, qui faisait luimême partie de l'Université, est favorable k .ce corps et se range de son parti dans ses querelles contre- l'Eglise. Bien que l'on ne puisse l'accuser d'une trop grande partialité, on peut remarquer que, s il ne s'exagère point la portée historique de son sujet, il méconnaît quelquefois la mauvaise influence de l'Université qui, vers la fin du xvi<* siècle, a nui un moment k l'affranchissement de la pensée humaine. L'origine de l'Université, sinon en fait, du moins en idée, remonte k Charlemagne, qui avait établi les études dans • son empire; à coup sûr, le grand empereur n'a point donné à l'Université l'organisation qu'elle n'a acquise que plus tard ; mais on peut avouer, dit Crevier, ■ sans peur d'être démenti par les plus sévères critiques, que cette illustre école remonte par une chaîne suivie de disciples et de maîtres jusqu'à Alcuin, qui sous la protection de Charlemagne a contribué plus qu'aucun autre k faire fleurir les belles connaissances dans nos contrées. >

C'est donc à partir de Charlemagne que Crevier prend l'histoire de l'Université. L'école palatine est l'œuf d'où doit éclore l'institution. L'histoire des premiers siècles de l'enseignement en France est confondue avec l'histoire du clergé. L'archevêque de Paris et les maisons religieuses possédaient seules des écoles jusqu'au Xlie siècle. Abailard , dont l'influence fut si grande, est un des fondateurs de l'enseignement laïque. Cette seconde époque de l'Université est toute remplie par quelques hommes, demeurés illustres pour avoir, au xn<= siècle, fondé cette philosophie scolastique qui, après eux, s'empara detinitivement du moyen âge. L'organisation définitive de l'Université sous Philippe-Auguste fut une des causes de la splendeur de son règne. On vit alors affluer k Paris une foule d'étudiants, et c'est k partir de ce moment que se décide la fortune croissante de l'Université. Plus tard, elle coiitre-balancera le pape et tiendra le roi en échec; elle s'immiscera dans les schismes, qu'elle soulèvera ou apaisera k son gré et k son caprice. Le moment de sa puissance souveraine s'étend du xive au xv« siècle. Au xvie siècle, le mouvement de l'esprit humain se fera en dehors d'elle et quelquefois contre etle. Après avoir fait des lois à la monarchie, elle deviendra, aux mains de celle-ci, un instrument de despotisme.

L'Histoire de V Université de Crevier, écrite d'un style facile, manque un peu de couleur et d'éloquence. Les matières, subdivisées en douze livres, sont analysées dans une excellente table qui occupe la presque totalité du VIlo volume.

UNIY

Univcrailô de Pari» (ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE

de l'), par Dubarle (1829, 2 vol. in-S°). Au moment où parut ce livre, l'Université était l'objet d'attaques vives et passionnées. Il avait donc, tout d'abord, le mérite de l'opportunité. C'est, en outre, une œuvre trèsconsciencieuse. L'auteur examine l'Université sous un quadruple rapport : dans sa liaison avec l'histoire politique et religieuse, avec l'histoire de la civilisation et avec l'histoire de la ville de Paris, à laquelle elle se rattache par l'établissement de ses collèges, par ses démêlés avec l'administration municipale et par les lois de police que l'effervescence des écoliers rendit quelquefois nécessaires. On comprend l'importance de l'histoiça de l'Université, car l'auteur, n'a omis aucun des règlements et des statuts de la compagnie, utiles pour les études ou pour les mœurs. Ce n'est point une apologie; c'est nn travail impartial sur la formation successive de l'Université, sur ses progrès, sur ses prétentions souvent exagérées. L'Histoire de l'Université est précédée d'une introduction, dans laquelle 1 auteur donne une idée rapide, mais exacte, des «diverses révolutions que l'instruction a éprouvées en France a des époques antérieures à notre histoire. 11 a présenté tour à tour aux yeux du lecteur les collèges des druides, lés lycées des Romains et les écoles des monastères. Cet aperçu renferme en quelque sorte une histoire physique des progrès et de la décadence des lumières dans les Gaules avant le règne de Charlemagne; il forme le complément du travail principal ; il est le premier anneau d'une chaîne qui commence avant l'ère chrétienne et qui finit au xixe siècle, en 1828, lors de la formation du ministère de l'instruction publique. .

Uuiver*i(« de Pari* ao jma et an xvnie tiède (histoire de l'), par Charles Jourdain (Paris, 1862-1863, in-4u). L'ouvrage parut en quatre livraisons ; la première comprend le récit des faits qui se sont passés depuis l'année 1600 jusqu'à la mort de Louis XIII; la seconde s'étend depuis l'avènement de Louis XIV jusqu'à l'année 1700; la troisième depuis 1700 jusqu'il, l'expulsion des jésuites; enfin la quatrième nous conduit jusqu'à la Révolution française.

L'ouvrage de M. Jourdain, dont l'importance était telle qu'aussitôt après son apparition l'Académie des inscriptions et belleslettres a appelé l'auteur dans son sein, est la continuation de ceux qu'Egasse du Boulay et Crevier ont publiés sur la même insiitution au xvue et au xviii» siècle. M. Jourdain prend' l'histoire de l'Université de Paris au point même où ses prédécesseurs l'avaient laissée; mais il ne s'est pas contenté d'achever leur œuvre en présentant une dernière phase de cette histoire et en donnant à cette dernière partie de l'œuvre totale des développements qui la rendent supérieure aux parties précédentes; il a de plus consacré, sous le titre d'Index chronologicus, quatre autres livraisons in-folio au classement et k l'analyse méthodique de toutes les chartes relatives k l'histoire de l'Université de Paris depuis son origine jusqu'à la fin du XVIe siècle; k la reproduction intégrale des plus importants de ces documents; enfin à la mise au jour de plusieurs pièces encore inédites.

Avant M. Charles Jourdain, un savant bibliothécaire, M. Taranne, avait pris k tâche de réunir les matériaux nécessaires pour donner une histoire complète de l'Université de Paris. Il trouvait pour cela des ressources considérables dans les archives du ministère de l'instruction publique, devenues dépositaires de la plus grande partie de ce qui restait en 1820 des anciennes archives de l'Université de Paris; sous l'administration de M. Guizot, M. Vallet de Virivtlle, alors élève de l'Kcole des chartes, avait fait un premier classement de ces précieuses reliques; M. Taranne reprit ce travail de classement et d'analyse et dépouilla, en outre, plusieurs recueils appartenant k différentes bibliothèques. Mais il ne puisa, dans les résultats de ses recherches, que la matière de diverses notices partielles. M. Jourdain, en abordant k son tour les mêmes études, s'est proposé l'exécution d'un plan beaucoup plus vaste, et' ses investigations ont embrassé même les collections conservées k l'étranger, collections k l'une desquelles appartient le célèbre Livre du recteur, fréquemment cité par du Boulay; c'est l'uu des registres où étaient inscrits les privilèges et les statuts, soit de l'Uuiversité en général, soit de ses différentes compagnies, et celui précisément de ces cartulaires que les recteurs se transmettaient et qui était k leur usage. La transcription en avait été ordonnée en 1724, sans que toutefois elle paraisse avoir été effectuée ; l'original, distrait de nos archives à une époque incertaine, mais que M. Jourdain croit être celle de la Révolution, a figuré, depuis 1840, dans une vente publique et a été acquis par un amateur anglais ; il est allé rejoindre au Musée britannique bien d'autres curiosités littéraires dont l'étranger s'est enrichi depuis un demi-siècle à notre préjudice. M. Jourdain n'a pas négligé d'aller à Londres faire la collation du Livre du recteur.

Quant au parti que M. Jourdain a .su tirer des matériaux si patiemment réunis, voici le jugement qui était porté k cet égard dans la Revue de l instruction publique du 3 septeni-

UNRO

bre 1862, après la publication de la seconde livraison de l'Histoire de l'Université, qui accompagnait celte du second fascicule de l'Index chronologicus : « Cette nouvelle partie de l'ouvrage de M. Jourdain est digne en tout point des précédentes; même sûreté dans la méthode des recherches, même ordre dans l'emploi des matériaux; et les qualités propres à l'esprit et au style de l'auteur: netteté, lumière, élégance. »

UNIVÉSICULAIRE adj. (u-ni-vé-zi-ku-lè-re — du lat. unus, un seul, et de vésicule). Hist. aat. Qui est formé d'une seule vésicule.

UNIVOCATIONS. f. (u-ni-vo-ka-si-on — rad. univoque). Scolast. Caractère de ce qui est univoque : Au moyen âge, on ne parlait dans tes écoles que d'entité, de modalités, d'utavocation de l'être. (Andrieux.)

UNIVOLTAIN ou UN1VOI.TIN s. m- {tt-nivol-tain — itnl. univoltano; de uho, une; vo'.ta, fois). Econ. rur. Ver à soie, qui ne donne, dans l'année, qu'une seule génération.

UNIVOQUE adj. (u-in-vo-ke — du lat. unus, uni, un seul; vox, vocis, voix, mot). Scolast. Qui désigne plusieurs objets distincts, mais de même genre, avec le même sens : Etre est unmvoque à Dieu et à la créature. Somme est univoque à Pierre et à Paul.

— Gramm. Qui désigne, avec le même son, des objets différents : Son est un mot univoque à ta partie la plus grossière du blé et à la sensation du bruit.

— • Mus. Consonnance univoque, Consonnance de même nom : L'octave et ses répliques sont des consonnances univoques.

— Physiol. Génération univoque, Génération produite sans le concours de deux sexes : // n'y a point de germes préexistants, et la génération des animaux et des végétaux n'est pas univoque. (Esuff.)

— Pathol. Signes, symptômes univoques.

Signes, symptômes caractéristiques d'une maladie ou d'un état à qui ils sont propres.

UNIZONÉ, ÉE adj. (u-ni-zo-né — du lat.

unus, un seul ; zona, ceinture). Qui n'a qu'une seule bande colorée.

UMUAR-SKELESSI, c'est-à-dire Echelles des officiers du Grand Seigneur, village de la Turquie d'Asie, sur la i-ôte orientale du Bosphore, vis-k-vis de Thérapie. Ce village est célèbre par un traité conclu le 8 juillet 1833 entre la Russie et la Porte, traité d'après lequel la Russie s'engageait k aider le sultan contre Méhémet-Ali , pacha d'Egypte, et voyait s'ouvrir pour ses vaisseaux les Dardanelles, qui restaient fermées aux navires des autres puissances.

UNNÀ, ville de Prusse, province de Westphatie, régence d'Arnsberg, cercle et à 22 ki- [om. S.-O. de Hamni; 6,oqo hab. Près de là, saline importante de Kœ'nigsborn. C'est Jf Unna que les tribunaux vebmiques avaient leur siège principal.

UNNA, rivière de la Turquie d'Europe. Elle descend du versant oriental des Alpes Dinariques, coule d'abord au N.-O., sépare la Bosnie de la Croatie, tourne ensuite au N.-E. et se jette dans la Save, près d'Usicza, après un cours de 200 kilom.

UNOGATE s. m. pi. (u-no-ga-te). Arachn.

Nom donné par quelques auteurs aux arachnides.

UNOMYIE s. f. (u-no-mi-î). Entom. Syn.

de LIMNOBIE.

UNONE s. m. (u-no-ne — altér. du mot anone). Bot. Genre d'arbres et d'arbrisseaux, de la famille des anonacées, tribu des xylopiées, comprenant de nombreuses espèces, qui croissent dans les parties chaudes de l'Asie et de l'Amérique.

— Encycl. Ce genre, réuni par la plupart des auteurs aux canangs ou uvaires, s'en distingue surtout par ses baies moniliformes ou toruleuses. L'espèce principale est un arbre k feuilles entières, petiolées, alternes; à fleurs solitaires ou groupées en très-petit nombre à l'aisselle des feuilles ; à fruit composé de plusieurs baies pédicellées, dont chacune renferme deux graines. Cet arbre croit à la Guyane, notamment aux environs de Surinam. On mange ses fruits, et on emploie son écorce pour le tannage des cuirs. C'est l'unona discreta de Linné. On range aussi quelquefois dans ce genre l'habzéli aromatique, qui croit dans l'Amérique du Sud.

UNROCH (Henri ou Eric), duc de Frioul, mort en 799. L'un des lieutenants les plus dévoués et les plus habiles de Charlemagne, il fut envoyé par ce prince, en 791, contre les Huns, qui s'étaient établis sur. les bords du Danube, dans la région qui est aujourd'hui la Hongrie. Il parvint k les mettre en fuite ; mais la rigueur de la saison empêcha Charlemagne de profiter de la victoire de son lieutenant. Quatre ans plus tard, Unroch pénétra de nouveau sur le territoire des Huns, s'empara de leur, principale forteresse et réduisit ainsi Theudon, l'un de leurs chefs, a venir rendre hommage k Charlemagne k Aixla-Chapelle ; mais, les Huns s'étant soulevés de nouveau l'année suivante, Pépin, (ils do Charlemagne, et Unroch marchèrent contre eux, s'emparèrent de leur capitale et dévastèrent tout le pays. Une nouvelle campagne en 797 força enfin les Huns k se soumettre. Mais ce no fut pas pour longtemps, -eut dès

■UNST

799 ils se révoltaient de nouveau, k l'instigation de Theudon, qui s'était échappé de la prison où on le retenait par ordre de Charlemagne, Unroch marcha une cinquième fois contre les Huns et leur tit essuyer une sanglante défaite; mais il fut tué au milieu de sa victoire. Theudon, fait prisonnier, fut décapité.

UNRCH (Hans- Victor d*), architecte et homme politique prussien, né kTilsit en 1806. Fils d'un lieutenant général, il reçut une excellente éduration et entra en 1825 k l'Académie d'architecture de Berlin, d'où il sortit, trois ans plus tard, avec le diplôme d'architecte. En 1829, il fut nommé inspecteur hydraulique à Breslau, dirigea, de 1835 h 1839, les travaux d'étude du chemin de fer de la haute Silésie et devint, en 1839, conseiller d'architecture près la régence de Gumbinnen,d'où il passa en 1843 a Potsdam. Ayant, l'année suivante, quitte le service administratif pour l'industrie privée, il fut chargé de la direction en chef des travaux d'art du chemin de fer de Polsdam k Magdebourg et, le premier en Allemagne, substitua le fer forgé au 'bois dans la construction des treillis des ponis sur l'Elbe et la Havel. En 1846, il devint membre de la direction du chemin de fer de Magdebourg à Wittemberg, et ce .fut lui' qui en dirigea toute la construction, y compris celle du grand pont sur l'Elbe k Wittemberg. Elu, lors des événements de mars 1848, |>ar le cercle de Magdebourg, à l'Assemblée nationale prussienne, il appartint d'abord au centre gauche ; mais, à la suite de démêlés avec Rodbertus, il passa au centre droit. Nommé second, puis premier viceprésident et enfin président de l'Assemblée en octobre 1848, après la retraite de Grabow, il fit preuve, en cette qualité, de beaucoup de prudence et de, modération pendant la crise de novembre. Bien qu'il se montrât opposé à l'ajournement, au transfèreinent et h la dissolution de l'Assemblée, il tit usage de toute son influence pour empêcher la résistance k main armée et désapprouva hautement la décision qui refusait l'impôt, décision tardive, selon lui, et qui était loin de répondre au but que l'on se proposait. En 1849, il fut élu à la seconde Chambre, où il siégea dans les rangs de l'opposition formée des hommes libéraux de tous les partis. Après l'octroi de ta nouvelle loi électorale, il revint à ses travaux industriels,quelegouvernement l'empêcha de continuer pendant la durée du cabinet Manteuffel. Comme on ne voulut pas le laisser nommer membre. du conseil d'administration du chemin de fer de Magdebourg à Wittemberg, il établit k Magdebourg, avec le concours d'une compagnie particulière, une usine à gaz, dont on lui interdit l'exploitation. Il fonda alors k Dessau la Société continentale de gaz allemande et construisit des usines dans différentes villes, notamment k Varsovie, à Craeovie et à Leinberg. En 1857, il prit k Berlin la direction générale de la Société pour la fabrication du matériel des chemins do fer, mais se vit encore forcé de renoncer à ces fonctions. Battu aux élections de 1858, il fut réélu par Magdebourg à la Chambre des députés en 18G3. Antérieurement déjà, il avait pris une vive part à la fondation du Naiionatverein, qui l'avait élu membre d'une commission ; il appartenait en outre à la Société des représentants provinciaux de l'Allemagne, ainsi qu'au comité des Trentesix. 11 fut l'un des fondateurs du parti progressiste en Prusse et le premier vice-président de la Chambre des députés. Mais, comme il reconnut, vers la fin de 1866, que le parti progressiste, formé d'éléments hétérogènes, ne pouvait exercer qu'une action purement négative, il s'en sépara et se rapprocha du parti national libéral, avec lequel il a voté depuis lors, comme député de Magdebourg.

GNSGAARD (Yves-Jean), homme d'Etat danois, né k Copenhague en 1797. Entré en 1822, comme copiste, à la chambre des rentes de Copenhague, il y remplit successivement plusieurs fonctions et, k partir de 1841, celles de chef de la première section , devint en 1848 grand bailli d'Odensée, et, pendant les années 1850 et 1851, fut membre de la seconde chambre de l'Assemblée nationale, où il lit preuve de talents politiques, qui le tirent appeler, en 1854, dans le cabinet Bang, en qualité de ministre de l'intérieur pour le Danemark proprement dit. Deux ans plus tard, il succédait au chef du cabinet comme ministre de l'intérieur pour toute la monarchie danoise.

UNST, lie d'Ecosse, dans l'Atlantique, la plus septentrionale du groupe des Shetland, par 61»40' de latit. N. et 3°ll' de longit. 0. Elle a 15 kilom. de longueur, du N. au S., sur 11 kilom. de largeur; 3,500 hab.Sol accidenté, avec pâturages; élève de bétail et de chevaux ; pèche a la morue. On y trouve du cristal de roche, de la houille et de l'ardoise.

UNSTKUTT, rivière de Prusse, province de Saxe. Elle prend sa source dans la partie occidentale de la régence d'Erfurt, près et à l'O. de Dingelstadt, coule d'abord auS.-E., baigne une partie dn duché de Saxe-Cobourg-Gotha, se dirige au N.-E., touche k la limite orientale de la principauté de Sehwarzbourg-Sondershausen, reçoit la Wipper, la Salzu, la Géra et se jette dans la Saale, vis-à-vis de Naurobourg, après un cours de 200 kilom.

UNTE

Elle a été rendue en partie navigable au moyen d'écluses et de canaux. Sur les bords de l'Unstrutt, Thierry 1er, roi d'Aùstrasie, défit Hermanfried, roi de Thuringe, en 528. Sigebert H, roi d'Austrasie, y fut battu en 640 par Rodulphe, duc de Thuringe.

CNTERBERGER (Ignace), peintre tyrolien, né kliarales en 1744, mort en 1797. Il alla étudier à Rome et copia au Vatican les Loyes de Raphaël, pour l'impératrice Catherine II. En 1766, cet artiste distingué alla s'établir k Vienne, sur l'invitation de l'Académie des beaux -arts. Ses tableaux les plus remarquables sont : un Bacchus entrant dans son temple; Hébé présentant l'ambroisie à Jupiter, acheté par François II; YHyménée; une Minerve; une Jeune Grecque; une Descente du Saint Esprit, pour l'église de Kœnigsgreetz, etc.

UNTERUOLZNER (Charles-Auguste-Dominique), jurisconsulte allemand, né k Freising en 1787', mprt k Breslau en 183S. Il fit ses études de droit kGcettingueet à Heidelberg, fut reçu docteur en 1809 et entra, avec Te titre de professeur particulier, & l'Académie de Landshut. Mandé par Savigny, qui savait apprécier son talent, Unterholzner se rendit à Marbourg en 1810 et passa deux ans après h Breslau, où il professa le droit romain. On a de lui : la Prescription d'après le droit romain (Breslau, 1815) ; la Prescription d'après le droit coutumier allemand (Leipzig, 1828, 2 vol.) ; Traite' des obligations d'après le droit romuin, rapproché de la jurisprudence moderne (Leipzig, 1840, 2 vol.).

DNTERWALD ou UNTERWALDEN, c'est-kdire au-dessous des forêts, canton de la région centrale de la Suisse, entre ceux de Lucerne et de Sehwitz au N., de Lueerne k l'O., de Berne et d'Uri an S., d'Uri et de Sehwitz k l'E., par46°44'-46°57' de latit. N. et 5" 39'- 5059' de longit. E. ; superficie, 765 kilom. canes; 26,116 hab., dont 25,687 catholiques et 424 prolestants, parlant la langue allemande. Ce canton, le 150 de la Confédération par son étendue, le 20» par sa, population, est divisé en deux républiques, qui n'ont cependant qu'une voix commune k la diète fédérale : YObwalden ou haut Unterwalden , k l'O., ch.-l. Sarnen ; le Nidwalden ou bas Unterwalden, k l'E., ch.-l. Stanz. Cette division est plus ancienne que la Confédération suisse. Le territoire du canton d'Unterwald est baigné au N. par le lac des Quatre-Cantons et au centre par celui de Sarnen. Ce n'est que dans la partie méridionale qu'il renferme des montagnes couvertes de neiges éternelles, telles que le Titlis (3,556 mètres), qui est la plus remarquable de toutes; du côté de l'O., il est séparé de l'Entlebouch par le mont Pilate (2,372 mètres) et ses ramifications. Indépendamment des montagnes et des bords du lac des Quatre-Cantons, ce pays, l'un des plus beaux de la Suisse et dont te climat est tempéré, se compose de deux grandes vallées, séparées par la chaîne du liernwald et formant les deux petites républiques du canton. Ces deux vallées, magnifiques et fertiles, sont arrosées, l'une à l'E. par l'Aa de Stanz, l'antre à l'O. par l'Aa de Sarnen. L'une des deux Aa découle du lac de Lungern, tandis que l'autre est un torrent qui se précipite du haut des Alpes Surènes. Le lac des Waldstetten, dans sa partie septentrionale, forme un golfe majestueux et s'enfonce dans les terres près de Stanzstadt et d'Alpenach. Il y a de plus quatre autres lacs : ceux de Lungern, de Melch, de Sarnen et Je Trubsee ou lac trouble, qui est l'un des plus élevés de toute la Suisse. Toutes ces eaux sont fort poissonneuses. Les parties basses du sol vers' les Waldstetten sont riches en excellents fruits; les arbres y réus-sissent à merveille. 11 n'en est pas de même dans les hauts lieux, ni surtout dans la grande vallée d'Engelberg, où l'on ne trouve que de beaux pâturages et d'épaisses forêts. Les plantes légumineuses réussissent; mais le peuple est essentiellement pasteur et montagnard et s'occupe surtout de l'élève du bétail, en quoi il eit favorisé par les belles prairies qui revêtent les croupes inférieures des Alpes. La race bovine appartient k la petite espèc.0, et la pièce ne pèse guère que trois à quatre quintaux et demi. En été, on en envoie plus de 10,006 aux hauts pâturages; aussi le commerce d'exportation est-il actif pour le beurré, les fromages, les cuirs, etc.

Les deux républiques du canton ont une constitution à peu près identiquement semblable. Le pouvoir souverain est exercé par une assemblée générale de citoyens {landsgemeinde), qui se réunit chaque année, ie dernier dimanche d'avril, sous la présidence du. laudamman, pour nommer les magistrats et fonctionnaires, recevoir leurs comptes, élire les députés à la diète, sanctionner les lois cantonales et les traités. Le pouvoir exécutif est courte k un conseil (landrat/i), formé de 14 magistrats dans le haut Unterwald, de 12 dans le bas Unterwald, assistés, les premiers d'un conseil de 65 membres, et les seconds d'un conseil de 58 membres, qui sont nommés k vie par les assemblées des paroisses ou des communes. Le landrath est investi des pouvoirs relatifs k l'exécution des lois, au maintien du bon ordre et k l'administration de la justice. Selon les circonstances, le nombre des membres de ce corps est doublé ou même triplé. La constitution d'Unterwald-le-Bas a été quelque peu modiiiée en 1850, et celle d'Unterwald-le-llatit en 1867.

Page 1