‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 516 sur 1042 · URS1UN · texte numérisé non relu

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URSINELLE s. f. (ur-si-nè-le). Bot. Genre de cryptogames microscopiques.

URSINIE s. f. (ur-si-nl — dimin. du lat. ursus, ours). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des sénécionées, comprenant une quinzaine d'espèces , qui croissent au Cap de Bonne-Espérance.

IjRSINS (Jean Jouvenelou Jovénal des), célèbre magistrat français, né vers 1360, "mort k Poitiers en 1431. ii étudia le droit civil à l'université d'Orléans, vint suivre les cours de droit canon k Paris et devint conseiller au Châtelet, puis avocat au parlement. Nommé, en 13SS, prévôt des marchands, il assura la libre navigation de la Seine, mérita par son zèle la confiance de Charles VI et, pendant la démence de ce prince, montra le plus grand dévouement k l'autorité royale, au milieu des factions qui déchiraient la France. Il osa même lutter contre le puissant duc de Bourgogne, défendit le» prérogatives de la couronne contre les prétentions du saintsiége et fut nommé (1400) avocat général au parlement. Atteint par les réactions qui signalèrent la victoire de Jean sans Peur et des Bourguignons, proscrit par eux, il vit encore ses domaines confisqués par les Anglais. Après la mort de Charles VI. il suivit le dauphin en Berry, devint président du parlement, qui siégeait alors k Poitiers, puis du parlement de Toulouse, et vint ensuite se fixer k Poitiers, où il termina son existence.

URSINS (Jean Jouvbnel ou Jovénal des), prélat et historien français, fils du précédent, né à Paris en 1388, mort k Reims en 1473. 1! suivit, comme son père, les cours de droit des universités d'Orléans et de Paris, devint, dès 1416, conseiller et maître des requêtes et fut nommé, en 1425, avocat général au parlement, qui se tenait alors k Poitiers. Mais, bien qu'il semblât appelé par ces débuts mêmes aux plus hautes dignités de la magistrature, ii renonça, bientôt k cette carrière pour embrasser 1 état ecclésiastique, fut élevé successivement aux sièges épiscopaux de Beauvais (1432) et de Laon (W44) et devint, en 1449, archevêque de Reims. Dans l'intervalle il avait, à différentes reprises, figuré dans les négociations politiques du temps, ainsi qu'aux états généraux d'Orléans en 1439 ; dix ans plus tard, il fut chargé d'aller avec Dunois traiter de la reddition de Rouen, et, si la Normandie tout entière se trouva bientôt après libre du joug des Anglais, on le dut, eu grande partie, k l'habileté du prélat. Ce dernier tint en 1455, k Soissons, un concile dont le but était de réformer les mœurs du clergé, mais qui n'atteignit pas ce résultat. Il présida, l'année suivante, l'assemblée des éveques chargés de la révision du procès de Jeanne Darc, sacra Louis XI en 1461, ramena peu après à l'obéissance les habitants de Reims, qui s'étaient révoltés contre ce

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prince, et assista, en 1468. aux états de Tours où, malgré son grand âge, il protesta avec une énergie toute juvénile contre la séparation de la Frnnee et de lu Nofiniindie, province quç. Louis XI s'était engagé, par le traité de Continus, à céder en toute •-oiiveraineté à son frère. Il se retira peu après à Reims et fut enterré dans lu cathédrale de cette ville. Bien qu'il ait joué nn rôle important dans l'histoire, Jnvénal des Ursins est moins connu comme prélat et comme homme politique que comme historien , et sa réputation comme tel est fondée sur un seul ouvrage, VHisloire de Chnrles VI et des choses mémorables advenues pendant qiiarante-dpux années de son règne, de 1380 ri 1422 (v. Charles VI [histoire eh']). On a encore de lui d'autres ouvrages qui sont, en majeure partie, demeurés manuscrits , quoiqu'une certaine importunée historique s'attache à quelquesuns d'entre eux.

DRSINS (Guillaume Jouvknel ou Juvénal dks), niagistiai français frère du précédent, né en 1400, mort en 1472. A la fois homme de robe et homme d'épée, il devint, en 1423, conseiller au parlement, reçut du roi, en 1429, le commandement d'une compagnie do gen« d'armes, avec laquelle il combattit vaillamment contre les Anglais, et, après avoir rempli les fonctions de lieutenant du Dauphiné et de bailli de Sens, il fut nommé, en 1445, chancelier ds France. Il perdit cette charge à l'avéuement de Louis XI en 1401, mais il y fut rappelé quatre ans plus tard et ouvrit en 1468 les états de Tours, où, de concert avec son frère, il réussit à obtenir l'annulation du traité de Contlans.

URSINS (Jacques JouvknkL ou Juvénai»

ces), prélat français, frère des deux précédents, né à Paris i-n 1410, mort en 1457. Successivement archidiacre de Paris et président à ta cour des comptes, il fut appelé en 1444, grâce à l'influence de son frère, à l'archevêché de Reims. Il fut chargé, dans la suite, de plusieurs négociations importantes, prit part en 1447 aux conférences de Bourges, où il fut décidé qu'Anvdée de Savoie abdiquerait la papauté, et, après avoir lui-même notifié cette décision à ce prince, alla en 1448 à Rome pour traiter de la paix avec le pape Nicolas V, qui lui conféra le litre de patriarche d'Antioche. Peu après, Jacques se démit de l'archevêché de Reims en faveur de son frère aîné et fut chargé de l'administration des deux sièges de Poiriers et de Fréjus, d'où il passa plus tard an prieuré de Saint-Martin des-Champs, h Paris.

DHS1NS (Marie-Anne de La Trémoille, princesse utis), femme française célèbre, née en 1642, morte à Rome en 1725. Elle, était fille de ce duc de La Trémnille de Noirmoutier que Saint-Simon appelle « le plus ancien duc de France; ■ par sa mère, Renée-Julie Aubry, elle appartenait à une honorable famille de ro.be. On la maria toute jeune, à quinze ans, en 1657, au prince de Chalais, Adrien -Blmse de Talleyrand, l'aïeul du fameux diplomate ; mais celte union dura peu. Le prince de Chalais, compromis dans un des duels éclatants de l'époque, le second duel des MM. Fielte, où l'on se battit quatre contre quatre et où Beauvilliers fut tué, se vit obligé de fuir en Espagne. Il y séjourna trois ans avec sa jeune femme, qui noua dès lors avec la cour espagnole des relations qui ne lui furent pas inutiles plus tard, puis il conçut le dessein de transporter sa résidence à Rome. La princesse de Chalais l'y avait précédé depuis quelques jours lorsque, dans le voyage, il mourut subitement. Elle restait veuve, sans enfants et presque sans fortune. Un des plus grands seigneurs de l'iiulie, Fluvio degli (Jrsiui, duc de Bracciano, séduit par son éclatante beauté et plus encore peut-être par l'aurait irrésistible de ses manières, lui offrit sa main. Elle l'épousa eu 1G75, et son salon <levinl le centre de la société romaine. Saint-Simon a fan de la princesse des Ursins un portrait séduisant : « Elle était, dit-il, plu» {fraude que petite, avec aes yeux bleus qui diraient sans cesse tout ce qu'il lui plaisait, avec une taille parfaite, une belle gorge et un visage qui, sans beauté, était pourtant charmant; flâneuse, insinuante, caressante, mesurée, voulant piaire pour plaire, et avec des charmes ilont il n'était pas possible de se défendre quand elle voulait gagner et séduire... Beaucoup d'ambition, mais de ces ambitions vastes beaucoup au-dessus de son sexe et de l'ambition ordinaire des hommes, avec un désir pareil d'eue et de gouverner... L'entêtement de sa personne fut en ebe la faiblesse dominante et surnageant en tout, jusque dans sa dernière vieibe^se- » Au milieu des dissipations et des frivolités de la société romaine, la duchesse de Bracciano formait, avec sou mari et le cardinal d'Estrées, ambassadeur de Louis XIV k Rome, un centra uès-iuduenl de la politique fran- • çaise en Italie. C« fut là qu'elle lit son apprentissage diplomatique. En somme, son ménage avec Sua second mari tut, dit encore Saint-Simon, « peu concordant, quoique sans brouiilerie ouverte, et les époux furent quelquefois bien aises de sô séparer. • La duchesse faisait ne fréquents séjours à la Cour de Fiance et s'y lia spécialement avec la duchesse de Noanles. La duc de Bracciano vint à mourir (lti9B), lui laissant une immense fortune et des dettes considérables. Liquidation faite, et quoiqu'elle eût vendu

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2 millions le duché de Bracciano à un héritier lésé du feu duc,-ta princesse des Ursins, c'est le titre qu'elle prit k partir de cette cession, se vit obligée, pour soutenir le rang qu'elle occupait à Rome, de solliciter une pension de Louis XIV, qui la lui accorda. Quelques historiens en tirent la conclusion qu'elle fut, dès cette époque, un agent secret de la diplomatie française a Rome, Quoi qu'il en soit, son rôle ne se dessina nettement qu'au moment où, le duc d'Anjou étant appelé à la succession d'Espagne par le testament de Charles II, elle obtint ta place de camerera major de la nouvelle reine, la seconde fille du duc de Savoie. U#faut lire dans ses lettres à Mme de Noailles la diplomatie qu'elle mit à obtenir cette place, comment elle fit agir toutes les influences, Mme de Maintenon, le ministre, les ambassadeurs. Ce sont des merveilles de finesse et d'intrigue. Enfin, elle entra en possession de ce titre qui, vu la faiblesse de Philippe V, gouverné absolument par la reine, et l'ascendant que prit sur celle-ci la princesse, équivalait pour elle au titre de régente de l'Espagne^ Ce grand caractère , pour qui c'était même chose que > d'être et gouverner, • se trouvait dans un rôle à sa hauteur. ■ Je viens de lui annoncer sa nomination, écrivait le marquis de Torcy ; elle est ravie et se croit reine d'Antioche. • Dès qu'il fut bien avéré que Philippe V était incapable de régner, ce fut en effet elle qui gouverna l'Espagne, et de l'nssentiment même de Louis XIV. Mais le moment était difficile ;" l'Espagne tombait en décomposition , le gouvernement était miné par la guerre civile. Deux fois Philippe V fut obligé d'abandonner sa capitale aux rebelles, et, au dehors, au lieu de l'appui du Louis XIV tout-puissant, qui dictait des lois à l'Europe, on n'avait que l'alliance inutile d'un monarque abattu lui-même parles revers. Pendant que Philippe V obtenait de Louis XIV l'autorisation de se mettre à la tête.des troupes franco-espagnoles qui tenaient la campagne en Italie contre les troupes impériales, la régence fut confiée à la reine et à Un conseil. En réalité, ce fut la princesse des Ursins qui parvint à diriger tout, en évinçant le cardinal de Porto-Carrero et don Manuel Arias, les chefs du parti castillan. « Durant une guerre étrangère qu'allait compliquer une guerre civile, dit un de ses historiens, M. de Carné; entre les trahisons du palais et les trames d'un cabinet divisé, dans un dénûment de ressources qui affectait souvent jusqu'aux services las plus indispensables de la maison royale, une princesse de quinze ans, insensible aux dangers comme aux fatigues, alla tenir sa cour à Barcelone, à Saragosse et à Madrid, sut obtenir un peu d'argent des cortès d'Aragon, miracle réputé impossible; elle présida pendant quinze mois les longues séances de la junte, une broderie à la main, ne laissant percer que juste assez d'ennui pour couper court aux harangues inutiles; elle se montra grave comme une épouse et gaie coipme une enfant, soufflant aux cœurs les plus froids le feu de ses ardeurs généreuses et enlevant le dévouement d'une nation chevaleresque en se jetant dans ses bras avec une héroïque simplicité. On devine quel génie tutélaire présidait à ces merveilles, quelle main cachée venait en aide à la reine pour lui alléger le fardeau des affaires et lui en réserver l'honneur. « C'était la main de la grande carnériste. Pourtant, après le retour de Philippe V, ses intrigues ayant fait évincer le cardinal d'Estrées, placé là par Louis XIV pour donner à ce gouvernement une ombre de dignité, le grand roi, mécontent, lui intima l'ordre d'abandonner sa place et de regagner l'Italie. Un des rapports qui avaient le plus fait froncer le sourcil au monarque était une anecdote- scabreuse, racontée par Saint-Simon et concernant un certain d Aubigny, «grand et beau drôle, très-bien fait et très-bien découplé, » que la princesse trouvait toujours moyen de loger iirès d'elle, au palais. Le cardinal- d'Estrées les surprit un jour, par hasard, dans une familiarité un peu singulière et, fort heureux de cette rencontre, en référa immédiatement à sa cour; le bon prêtre, confit en scrupules, crut devoir ajouter que, sans doute, ils étaient mariés. Or, toutes les dépêches passaient par les mains de la grande carnériste; elle ouvrit celle-ci et l'envoya néanmoins à son adresse, au ministre , mais avec celte note de sa main : t Pour mariés, non. » Elle crojnit faire rire Louis XIV, mais on ne riait plus à la cour du vieux roi. La princesse des Ursins dut se résigner et partit pour Versailles, où elle obtint de se justifier et produisit sur tout le monde, sur le souverain lui-même, une sorte de fascination. Conçut-elle même, à ce moment, de plus hautes espérances? « L'âge et la santé de M"19 de Maintenon tentaient Mme des Ursins, » dit Saint-Simon; elle ne réussit pas et revint à la cour d'Espagne, investie, cette fuis, d'un pouvoir absolu. Elle s'était engagée à maintenir l'influence française et k suivre les inspirations de M"1* de Maintenon, k qui elle devait en partie le rétablissement de sa faveur. Elle s'écarta peu, nés lors, de la ligne qui lui avait été tracée. Au milieu de la situation presque désespérée de Philippe V, elle eut souvent l'occasion de déployer les ressources de son génie politique, lit rappeler de Madrid, en 1709, le duc d'Orléans, qui essayait de se faire un parti pour arriver au trône, et montra pendant les

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années de crise qui suivirent le courage et les capacités d'un véritable homme d'Eta-t. Elle songea même h se faire donner une souveraineté dans les Pays-Bas, lors des préliminaires de la paix générale, et voulut en faire une des clauses du traité d'Utrecht; mais elle échoua dans ses ambitieuses prétentions. La catastrophe approchait. C'était par la reine, cette charmante princesse de Sav.oio, que M™o des Ursins gouvernait entièrement Philippe V, Elle-même a raconté, dans des lettrés curieuses, comment elle avait acquis et maintenu cet ascendant en se rendant indispensable, en ne souffrant personne autre autour des souverains, même pour les détails du service domestique. La reine mourut. Il fallait absolument une femme à Philippe V. Elle lui choisit elle-même Elisabeth Farnèse, princesse de Parme, « cette grasse Parmesane, bien empâtée de fromage et de macaroni, • dont parle le cardinal Alberoni, et qui cachait sous ces dehors le caractère le plus allier et le plus ambitieux. Dès les premiers projets d'union, Philippe V avait sacrifié à sa nouvelle femme la bonne conseillère des mauvais jours, la princesie des Ursins. Par un raffinement de cruauté inexplicable, sa disgrâce lui fut cachée jusqu'à l'arrivée de la reine, au-devant de laquelle elle alla sans défiance jusqu'à Quadraque. Elle croyait pouvoir maintenir son ascendant, mais dans cette entrevue la nouvelle reine l'accabla de hauteur et de dédain; l'altière souveraine alla jusqu'à dire à ses gardes de «faire sortir cette folle. » Cet accueil singulier n'était que le prélude de vexations plus dures. Au sortir de l'appartement de Quadraque, où avait eu lieu l'entrevue, M"ie des Ursins se voit entourée do gardes et jetée dans une chaise de poste tout attelée. On la conduisait à la frontière. Elle faillit mourir de froid; son cocher eut une main gelée; l'humiliation était plus cruelle encore. Saint-Simon a fait une peinture navrante de cette terrible nuit du 24 décembre 1714, de cette femme toute parée, en grand habit de cour, emportée vers une destinée inconnue, par des routes disparues sous la neige. Ce ne fut qu'en France, après une torture de plusieurs jours, que la malheureuse princesse put enfin trouver du linge et un lit; encore faillit-elle auparavant mou-, rir de faim. Accueillie froidement à la cour de Louis XIV, la princesse des Ursins partit en Italie et alla se fixer à Rome, où elle mourut en 1722. Douée d'une force de caractère peu commune, d'un esprit étendu et cultivé, d'une rare aptitude pour les affaires, cette femme extraordinaire eût été plus digne de l'admiration de l'histoire si les intrigues de l'ambition et les petitesses de la galanterie n'eussent pas tenu une aussi large place dans sa vie inquiète et agitée. Cette femme célèbre, illustrée par le grand rôle qu'elle a joué pendant les dernières années du règne de Louis XIV, dans les affaires si desastreu- , ses pour notre influence de la succession d'Espagne, semble être une des survivantes de la Eronde. Par certains côtés brillants, l'ardeur politique, la soif de la domination, elle est proche parente des duchesses de Longueville et de Chevreuse; mais elle eut sur celles-ci l'avantage de l'habileté diplomatique et de la rectitude du jugement. « Mme des Ursins mourut obscure, dit Saint- Simon; mais ce fut néanmoins une personne si extraordinaire dans tout le cours de sa vie et qui a si grandement et si singulièrement ligure, qtioiqu'en diverses manières, dont l'esprit, le courage , l'industrie et les ressources ont été si rares, enfin le règne si absolu en Espagne et si à découvert et le caractère si soutenu et si unique, que sa vie. mériterait d'être écrite et tiendrait place parmi les plus curieux morceaux d'histoire des temps où elle a vécu. » Ce vœu a été rempli. M. F. Combes a écrit la vie de la princesse (1859, 1 vol. in- 8°); c'est un ouvrage fort curieux; M. A. Uerfroy a réuni ses lettres (1859, 1 vol. in-8°), et enfin M. de Carné lui a consacré une étude qui est un résumé complet de ces recherches intéressantes.

Nous reproduisons, pour terminer cet article, le jugement si fin et si délicat qu'a porté Sainte-Beuve sur Mme des Ursins: « Madame des Ursins nous apparaît dans ses lettres tout à fait telle que l'on se figure la femme politique accomplie ; elle en offre l'idéal, si un pareil idéal existe. Le rôle, pour elle, est tout. Elle plaisante avec esprit, avec agiôment, mais avec froideur; elle flatte et caresse de même; on sent l'artifice et le rire qui n'est que des dents et des lèvres, et que tout est factice dans sa personne. Tout se passe dans la sphère du compliment, de la cérémonie, de l'intrigue théâtrale. La galanterie, qui ne quitte guère jamais ces sortes de femmes, n'est que sur le second plan et reste subordonnée ou même subalterne; la grande comédienne et la belle joueuse sont seules toujours en avant. Toute femme qu'elle est, elle n'a pas de nerfs, de vapeurs, ni de ces nuages qui passent; elle na pus cette imagination qui grossit les objets. Sur un fond de santé forte, d'humeur heureuse et peut-être d'indifférence, il y a un esprit ferme, adroit et actif, de vives qualités uisponibles, dressées de bonne heure à la vie, au train des cours, et qui cherchent leur aliment et leur plaisir dans le démêlé des intérêts, dans le maniement des ressorts, dans

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l'influence et la représentation continue... Il y a des femmes qui sont nées et qui mourront bergères elles portent le chapeau da fleurs et la houlette jusqu'à quatre-vingts ans. Mm8 de3 Ursins était née et ne vivait que pour brasser de grandes affaires et pour avoir la haute main dans de magnifiques tripots, au sein des jardins et des palais. •

Ur>;»> (lA f-RIKCKSSB DES) OU la Disgrâce,

comédie historique en cinq actes, en prose, d'Alexandre Duval; Théâtre-Français, 25 décembre 1SS5. C'est le salon d'une princesseministre le jour de sa chute que nous montre cette comédie. Au premier acte, on apprend que la princesse des Ursins vient d'arriver, par l'ordre de Philippe V, à Quadraque, résidence royale, pour recevoir la jeune reme Elisabeth de Parme, qui va payer de l'exil celle de qui elle lient la couronne. Un entretien du poète Destouches, envoyé de la France, avec un prêtre intrigant, don Salvador, créature de Mae des Ursins et agent secret d'Alberoni, ne permet pas de douter que la disgrâce de la favorite ne soit arrêtée entre Philippe et la jeune reine. Tout est donc terminé. Salvador n'a plus qu'à tromper sa bienfaitrice encore un jour, et Destouches n'a besoin que de dUcrétion. Mm* des Ursins, que l'on n'aperçoit jamais qu'environnée d'une espèce de cour, ne laisser percer que de trèslégers signes d'inquiétude. Les courtisans tantôt se pressent autour d'elle, tantôt s'en écartent, suivant avec une obéissance mécanique le flux et le reflux de la faveur et de la disgrâce. Parmi ces marionnettes titrées Sont le uuc Pepoli, sorte de roué fanfaron; une certaine comtesse de Picada, espion femelle de la pire espèce; un poète famélique, dont l'entendement est si obtus que, loin d'aller jusqu'à comprendre l'honneur, il ne comprend même pas très-couramment la basiesse; entin, la tendre et vaporeuse marquise de Mêlas. Tout ce qui. précède la catastrophe n'est guère que hors-d'œuvre ; mais euiin approche l'heure de la disgrâce, l'heure où l'on verra succéder au maintien calme de la puissance toutes les crises d'une ambition frappée à mort. Le duc Pepoli, pour rompre en lui laissant le tort de la rupture , essaye plusieurs sujets de querelle et la trouve toujours impassible. Enfin, il va jusqu'à risquer une insinuation sur le déclin de sa beauté. L'amour-propre féminin se trahit , mais sans que fa fermeté de l'homme d'Etat fléchisse. Cette audace de Pepoli éclaire la princesse ; elle se juge perdue. Elle apprend que la reine refuse de la voir; elle bravo cet ordre, court se jeter à ses pieds et est ignominieusement chassée de sa. présence. Les cinq ou six scènes où s'accumulent toutes les souffrances de l'ambition à l'agonie sont d'une glande habileté ; c'est un tableau des plus émouvants que celui où la princesse, évanouie et presque mourante, voit tous ses amis l'abandonner pour se rendre à l'invitation de l'huissier qui les appelle au baisemain de la reine. Elle ne reprend ses sens que pour recevoir de l'iufàiue Salvador, devenu ministre, l'ordre do monter en voiture et de quitter l'Espagne. M"e Mars remplissait le rôle de la princesse et elle était fort belle dans ces dernières scènes. La Princesse des Ursins est une couvre de talent et doit être comptée au nombre des meilleures productions de l'auteur. Outre le principal personnage, celui de Salvador est bien tracé, et le rôle èpisodique de Destouches est d'une grande finesse.

URSINS ( Giustiniaiia Wtob, comtesse des), femme de lettres, née à Venise en 1731, morte k Padoue en 1791. Fille d'un gentilhomme anglais depuis longtemps établi en Italie, elle était fort riche, très-belle et d'une remarquable intelligence. Giustiniana épousa le comte de Roseuiberg , ambassadeur de l'impératrice Marie-Therés auprès de la république de Venise. Devenue veuve après quelques aimées de mariage, elle s'adonna, pour se distraire k la culture des lettres. Quelques essais la firent bientôt connaître, et son hôtel devint le rendez-vous de tout ce que Venise contenuit de savants, d'ariistes, de poètes et d'étrangers de distinction de passage en cette ville. Elle a écrit un assez grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels nous citerons : les Mortagues (1788, 2 vol. in-4»); Délia mora de 'conlidet Nord in Venezia, net gennajo del 1782; Pièces morales et sentimentales, écrites d'une campagne sur le riuaye de la Brenta (Londres, 1785, in-12) ; Allicchiero illustrato (Padoue, 1787, in-4°) ; Trionfo de Gondolieri ( 1 vol. iu-8°).

URSINS, illustre famille italienne. V, OB-

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