SINI
URSINS (des). V. BenoIt XIII.
UUS1NS (Marie-Félicie Obsini, princesse
DBS). V. MONTMORENCY.
URSI NUS (Fulvius), philologue italien, né à Rome en 1529, mort en 1600. Fils naturel d'uu commandeur de l'ordre de Malte, qui appartenait à la famille des Orsini, il lut abandonné par son père et n'eut longtemps d'autre ressource que la charité publique. Cependant l'intelligence précoce du jeune Ursinus le Ut admettre comme clerc k l'église de Saint- Jean-de-Latran, où il gagna l'amitié de Déifiai, qui le recueillit chez lui et lui apprit le latin et le grec. Ursinus s'assimila rapidement ces deux langues , étudia ensuite la théologie , fut or-
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donné prêtre et, après avoir rempli divers emplois ecclésiastiques, hérita du canonicat de son bienfaiteur. Il se lia k cette époque avec les hommes les plus distingués de son temps dans les sciences et dans les lettres, devint successivement bibliothécaire des cardinaux Ranuccio et Alexandre Farnèse et reçut du pape Grégoire XIII une pension de 200 ducats. Il consacra les revenus dont il jouissait h l'achat d'un grand nombre de livres et de manuscrits d'auteurs anciens et forma aussi un précieux musée d'antiquiiés. A sa mort, il légua ce musée au cardinal Odoardo Farnèse, ses manuscrits à la bibliothèque du Vatican et ses livres imprimés k Horatio Lancelotti.
Ursinus possédait une érudition des plus étendues et était surtout fort habile à déchiffrer les anciens manuscrits. Ses nombreux ouvrages consistent en commentaires sur les auteurs anciens, en éditions de ces auteurs et en ouvrages originuux sur l'archéologie. Parmi ses commentaires, qui sont en générai très-courts, mais fort utiles pour l'étude critique des anciens, les plus importants sont ceux sur les Scriptores rei rustics, sur les historiens romains, tels que Saliuste, César, Tite-Live, Velleius Puterculus, Spartanus et autres; ils ont été imprimés à la fin de ses Fragmenta historicorum romanorum (Anvers, 1595, in-s°). Ses commentaires sur Sextus Pomponius Festus ont été insérés dans la plupart des éditions de ce grammairien. Ceux des œuvres complètes de Cicéron parurent à Anvers en 1581. Outre les fragments des historiens romains, Ursinus édita aussi une collection des poètes lyriques et élégiaques de la Grèce et, en 1582, donna la première édition des Ecloys de iegationibus, qui renferment des fragments jus- ' qu'alors inédits de Poljibe, de Denys d'Halicarnasse et d'Appien. Parmi se.-i œuvres originales, nous citerons : Famitix romans qux reperiwitur in anliquis numismatibus (réédité par (lui Patin, 1663); Imagines et elogia virorum illnslrium e marmoribus, nummis et gemmis expressx, dont la meilleure édition est celle de J. Faber (1606); appendice au traité de Ciaconius, De triclinio roma.no. Une Vie d'Ursinus fut publiée par Joseph Cartalio (Rome, 1657, in-8°). Elle a été réimprimée dans les Vils sélects eruditorum quorumdam virorum (Breslau, 171 1).
UHSINCS (Zacharie), théologien allemand, né à Breslau en 1534, mort en 15S3. Il étudia k Wittemberg et, comme il n'avait aucune fortune, il donna des leçons pour vivre. Sa persévérance lui gagna l'amitié de Méhiuehthon, qui l'amena avec lui à la conférence de Worms en 1557. De Worms, Ursinus se rendit k Genève, puis à Paris, pour y apprendre le français et y étudier l'hébreu, sous la direction de Mercier. De retour en Allemagne en 1558, il fut nommé recteur du gymnase Elisabelhaneum, à Breslau ; mais, k la suite de controverses avec les théologiens rigoureusement luthériens de cette ville, il résigna ses fonctions et se retira à Zurich, où il reçut l'accueil le plus cordial de Pierre Martyr, de Gesner, de Siniler et autres. Quelques mois plus tard, il fut nommé professeur au CollegiumSapientiœ, à Heidelberg. Fu 1562, il devint docteur eu théologie et, sur l'invitation de l'électeur palatin, Frédéric III, composa le fameux Catéchisme de h eidelbery, qui fut dans la suite adopte par tous les calvinistes allemands. Ce livre fut vivement critiqué par les luthériens, notamment par Flaccius, Heshusius et autres. L'électeur ordonna alors à Ursinus d'écrire une défense qui parut en allemand en 1563, et, cette même année, il publia Exeyesis vers doctrine de sacramemis contra Bucmeistrum (1563). En 1564, il assista au colloque de Maulijrunn et y parla avec une grande énergie contre Breutius et Schuiidîmuset contre la doctrine de l'ubiquité, qu'ils soutenaient. A la même époque, l'électeur fonda de nouvelles écoles k Heidelberg, à Ainberg et à Neuhaus et chargea encore Ursinus d'écrire leurs règlements administratifs. Le taleutavec lequel il s'acquitta des diverses lâches qui lui furent confiées lui conquit l'estime de l électeur, qui ne lui permit point de quitter Heidelberg, notamment en 1571, époque à laquelle on offrit k Ursinus une chaire de théologie k l'université de Lausanne; mais tout changea k la mort de Frédéric 111 (1577), qui eut pour successeur son lils Louis. Le nouveau prince ne voulut tolérer que de stricts luthériens dans son clergé et à l'université. Ursinus, contraint de quitter Heidelberg avec ses élèves en 1578, se retira k Neustadt, y devint professeur de théologie et y passa ses derniers jours. Ses Œuores furent recueillies et fiubliées après sa mort (Neustadt, 1587) j mai3 a meilleure édition est celle qu'en ont donnée ses premiers élevés, David Pareus etQuinnus Keuterus (Heidelberg, 1612, 3 vol. in-fol.).
URSINUS (Jean-Henri), antiquaire allemand. V. URSIN.
URSON s. m. (ur-son — dimin. du lat. urshs, ours). Mamtn. Espèce de porc -épie, type du sous-genre éréthizon : La nourriture favorite de I'vrsou est t'écorce de genièvre. (V. de Bomare.)
— Encycl. V. ÉRÉTHIZON.
URSOPOL1S, nom latin de Bernbourg.
URSULE (sainte), martyre en l'an 383 ou tH. D'après la légende, un chef breton, Co-
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nan, gouverneur de l'Armorique pour l'empereur Maxime, ayant établi son siège dans la ville de Nantes, envoya des députés dans la Grande-Bretagne pour demander Ursule en mariage à son père Dionnot, prince breton ou, selon d'autres, roi de Cornouailles, qui, ainsi que sa fille, s'était fait chrétien. Ces députés devaient aussi ramener autant de filles de cette lie qu'ils le pourraient pour les Bretons qui avaient accompagné Conan dans l'Armorique. Ces députés ayant été bien reçus, Ursule s'embarqua à Londres avec toutes ces filles; mais une tempête emporta la flotte sur la côte de la Belgique, d'où elle se retira à Tiel , port situé vers l'embouchure du Rhin, et de la elle s'avança vers Cologne, par le Rhin. Les Huns, commandés par Gaunus, qui tenaient alors la campagne pour l'empereur- Gratien contre Maxime, voyant des vaisseaux bretons, les attaquèrent et s'en saisirent facilement. Les barbares voulurent faire violence k toutes ces filles; la jeune princesse excita ses compagnes à souffrir la mort plutôt que le déshonneur. Alors les Huns, transportés de fureur de ne pouvoir satisfaire leur brutalité, les massacrèrent toutes ainsi que ceux qui les accompagnaient.
Tels sont les prétendus faits sur lesquels les écrivains catholiques se sont amusés à broder de fantastiques aventures. La Chronique de Saint-Tron fait d'Ursule une supérieure d'un monastère de Cologne, tuée avec onze de ses compagnes par les barbares. L'auteur inconnu d'une histoire de sainte Ursule, rapportée par Surius, nous apprend au contraire qu'Ursule vécut paisiblement et même eut le loisir de faire un voyage à Rome; que le pape Cyriaque, qui était de la Grande Bretagne, l'accompagna à Cologne; que Conan, duc de Bretagne, ayant appris son retour, l'alla trouver à Cologne, où il fut marié avec elle par le pape Cyriaque, de sorte néanmoins qu il fit vœu de continence, aussi bien qu'Ursule ; qu'enfin le pape, Ursule et Conan souffrirent le martyre. Mais il n'y a jamais eu de pape du nom de Cyriaque. Dans un autre ouvrage, gros volume in-folio, publié à Cologne en 16-17, sous le titre de Ursula vindicata, par le Père Crumbach, la crédulité et la sottise sont portées k leur comble. C'est là que se trouve la fumeuse légende d'Ursule massacrée par les Huns avec onze mille vierges, ses compagnes, et onze mille princes, fiancés des onze mille vierges. L'auteur avait puisé cette fable dans la Chronique de Sigebert, qui vivait en l'an 1110. Ceux qui indiquent le chiffre onze s'appuient sur quelques titres anciens où ce nombre est marqué en chiffres romains, les XI. M.V.; ils lisent les onze martyres vierges. Ils ajoutent que les anciennes armes de la ville de Cologne sont onze flambeaux, ce qui se rapporte à une autre légende. La ville étant assiégée l'an 1205 par les Suédois, c -s onze vierges se se- . raient présentées, pour la défendre, tenant chacune un flambeau à la main... L'équivoque gtt évidemment dans l'interprétation de ces chiffres romains XI. M. V., ou peut-être encore du mot Undecimilla, nom d'une des compagnes d'Ursule (d'où widecim milita). On voit en effet dans un ancien missel, conservé à ia Sorbonne, la fête de sainte Ursule marquée de la sorte : Festum S. S. Ursulx , Unaecimitls et sociarum viryinum et ■martyrum (Fête de sainte Ursule, d'Undecimilla et de leurs compagnes, vierges et martyres). De tout cela il résulte que l'existence même d'Ursule n'est rien moins que certaine, quoiqu'il y ail k Cologne une église des Onzeinille-Vierges, où l'on montre les reliques de ces onze mille martyres.
Unule (la légende de sainte), célèbre suite de tableaux par Curpaccio ; au musée de Venise. Carpaccio, un des plus grands maîtres de la primitive école vénitienne, a réuni, suivant la juste remarque de M. Charles Blanc, deux qualités qui paraissent incompatibles : l'intimité du sentiment et le goût pour les magnificences extérieures. Ces qualités, il les a déployées avec une égale intensité en peignant la légende de sainte Ursule et de ses compagnes.
Le premier des neuf tableaux représente le Songe de sainte Ursule. La princesse, étendue sur sa couche virginale, rêve qu'elle est dans le paradis ; elle voit pénétrer dans sa chambre immaculée un ange, qui entre, en effet, d'un pas léger, sans réveiller par le frôlement de ses ailes un petit chien qui dort près de la sainte, sans déranger les jolies petites mules qui attendent ses pieds mignons. Un parfum de modestie et d'innocence s'exhale de cette peinture.
Le dernier tableau, un des plus remarquables de la série, nous montre les ambassadeurs d'Angleterre demandant au roi Maur (d'autres le nomment Déonat) la main de sa fille pour le fils de leur roi. La réception a lien dans une salle magnilique.dont deux côtés sont à jour et où s'élève, entre deux balustrades, une estrade sur laquelle trône le roi Maur, assis au milieu de ses quatre principaux conseillers ou ministres et ayant son sceptre k la main. Le plus âgé des ambassadeurs, agenouillé sur les degiés les plus élevés de l'estrade, présente au monarque la missive de son maître; trois autres envoyés sont également agenouillés sur les degrés inférieurs. Un seigneur, vêtu de noir et coiffé d'une toque, qui paraît être le maître
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des cérémonies, est debout près du principal ambassadenr et tient des papiers à la main. De l'autre côté de la balustrade, cinq ou six
Personnages richement costumés assistent k entrevue. Derrière eux se déroule une place publique bordée à gauche par la mer, animée de nombreuses figures et à l'extrémité de laquelle s'élève un édifice octogone couronné par un dôme. Sur la gauche du tableau, sous un portique qui communique par des arcades avec la salle d'audience, se tiennent des pages et des valets qui attendent la sortie des ambassadeurs ; l'un d'eux porte un faucon sur le poing. Au fond, entre les colonnes, on aperçoit la mer sillonnée par des embarcations. A droite, dansune chambre du palais, on revoit le roi assis et paraissant soucieux, tandis qu'Ursule , sa fille, debout devant lui, semble lui expliquer les motifs qu'elle a de vouloir garder sa virginité. « Chose remarquable, dit M. Charles Blanc, voilk un tableau très-animé, très-rompli et dont le cadre est splendide ; l'architecture y joue un grand rôle; le fond du ciel, les lointains de la ville, les navires qui mouillent sur le rivage de la mer en font un vrai décor, et pourtant le speetateur est encore plus touché qu'il n'est ébloui. Ce qui le charme surtout dans cette pompeuse ordonnance, ce qui «ji constitue l'intérêt véritable et le véritable nœud, c'est l'intime entretien du roi avec sainte Ursule. Tandis que là, sur son trône, ce père couronné dissimule son émotion et conserve devant les ambassadeurs une dignité «aime ou, pour mieux dire, une contenance de parade, ici, retiré dans l'appartement de sa fille, il est en proie aux tourments de l'incertitude ; accoudé sur une table et attristé, il écoute les réponses d'Ursule, mais il semble ne prêter attention qu'à ses propres pensées... » Au pied de l'escalier qui mène à la chambre de la jeune I princesse, sur le devant du tableau, une vieille femme est assise, ayant k la main une béquille; dans le coin opposé de la composition, un gentilhomme en costume de sénateur vénitien est debout. Ces deux ligures isolées et qui se font pendant sont vraisemblablement les portraits des donateurs du tableau. Une belle reproduction de la partie centrale de cette peinture a été exécutée, en 1872, par M. Blanchard pour le musée des copies qu'avaient organisé k Paris MM. Jules Simon. et Ch. Blanc et qui a été malheureusement dispersé depuis.
Le troisième tableau représente le roi Maur congédiant les ambassadeurs ; le quatrième, ces mêmes ambassadeurs rapportant au roi d'Angleterre la réponse du roi Maur; le cinquième embrasse plusieurs scènes : le fils du roi d'Angleterre , après avoir pris congé de son père, reparaît, dans la même toile, au moment où, monté sur un esquif garni de beaux tapis, avec un cortège de gentilshommes, il rencontre sainte Ursule qui, elle aussi, est escortée de demoiselles toutes jolies, blondes, élancées, remplies de grâce, et quelques-unes animées d'une douce malice. «L'entrevue des deux fiancés, dit encore M. Ch. Blanc, est vraiment touchante. Jamais l'ardeur, jamais la sincérité du sentiment chrétien n'ont été exprimées avec plus de cœur. Carpaccio semble avoir tout ensemble quelque chose de la douceur séraphique de Fru Angelico et quelque chose du naturalisme délicat de Memling. Eh 1 qui sait si Memling et Carpaccio ne se Sunt point connus à Venise? Qui sait si les adorables miniatures du peintre flamand sur le bréviaire du cardinal ùiïiiiani n'ont pas été une source d'inspiration pour Carpaccio? Qui sait enfin s'il n y a pas autre chose qu'une coïncidence pure et simple dans ce fait que le peintre vénitien et le peintre flamand ont illusiré tous deux la légende de sainte Ursule, et de la même manière, avec le même sentiment de pudeur, de naïveté et de grâce? • Le cinquième tableau nous montre encore les deux fiancés s'embarquant avec leur suite pour se rendre k Rome. Le sixième représente l'arrivée de la troupe pieuse k Cologne ; le septième, le pape Cyriaque recevant, devant les portes de Rome, les deux fiancés qui se sont prosternés devant lui; le huitième, la martyre de sainte Ursule et des vierges et les funérailles de la Sainte; le neuvième, enfin, la glorification de sainte Ursule recevant du Père éternel le prix de sou martyre. Ce dernier morceau porte la date de 1491.
Carpaccio exécuta ces neuf tableaux pour la décoration de la chapelle de la confrérie Santa-Orsola (Sainte-Ursule), k Venise. Us ont malheureusement souffert des injures du temps et de restaurations peu habiles. Ils ont été gravés par Antonio Baratti.
La légende de sainte Ursule est populaire à Venise et a inspiré plusieurs peintres de cette ville, entre autres P. Véronese , dont un tableau consacré k cette sainte et k ses compagnes se voit dafls l'église de l'hospice des incurables. L'Académie des beaux-arts de Venise possède sur le même sujet un intéressant tableau peint en 1456 par Caterina Vigri, de Bologne, que ses vertus ont fait béatifier. Sainte Ursule et ses compagnes ont été peintes aussi par le Brusasorci (église Santa-Maria-della-Scala, k Vérone), Martino da Udiue (pinacothèque de Milan), liubens (en 1838, dans la collection Van Sasseghem, k Gand), L. Cranach (musée de Bâle), Hans Burgkmair (galerie de Dresde), P. de Witte (musée du Belvédère), etc.
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Ursule {L'EMBARQUEMENT DE SAINTE), Chef-
d'œuvre de Claude Lorrain. V. embarquement.
Uraulo (la châsse de sainte), célèbre reliquaire, orné de peintures par Memling; à l'hôpital de Bruges. Cette chasse, comme beaucoup de reliquaires de la même époque, a lu forme d'une chapelle gothique; les deux façades, si l'on peut se servir de ces termes d'architecture en parlant d'un monument aussi délicat, les murs latéraux et la toiture même forment, de leurs bordures d'or finement ciselées, les cadres des peintures de Memling.
Sur l'une des façades est représentée lai Vierge entre deux religieuses qui sont à genoux ; sur l'autre est sainte Ursule tenaut à la main la flèche, instrument de son martyre, et abritant onze jeunes filles sous les plis de son manteau. Les deux pentes du toit contiennent chacune trois médaillons, un grand au centre et deux petits sur les côtés. Sainte Ursule est figurée dans les deux médaillons principaux : d'un côté, entourée de ses compagnes qu'elle semble mener, sa flèche en main, à la gloire du martyre ; de l'autre, agenouillée entre le Père et le Fils qui la couronnent, tandis que l'Esprit-Saint plane sur sa tête. Quelques auteurs ont cru voir dans ce dernier sujet le Couronnement de la Vierge. Les quatre petits médaillons contiennent chacun un ange : celui-ci joue de la mandoline, celui-là du violon ou plutôt d'une guitare'k archet, le troisième d'un orgue portatif, le quatrième d'un instrument. inconnu de nos jours, espèce d'harmonica k cordes pincées. Enfin, chacune des faces latérales de la châsse est divisée en trois compartiments par des colonnettes soutenant des arceaux en ogive, et chaque compartiment contient un épisode de la légende de sainte Ursule et de ses compagnes. Voici la description des différents sujets :
Le Débarquement à Cologne. La princesse, vêtue d'un habit de pourpre et ayant des perles dans les cheveux, descend du, navire, qui l'a amenée d'Angleterre ; elle s'incline modestement devant les jeunes filles venues pour la recevoir. Derrière elle viennent ses compagnes, dont l'une porte une cassette remplie de bijoux. • On croit, dit M. Paul de Saint-Victor, voir entrer dans la Jérusalem céleste les vierges qui suivent l'agneau partout où il vu. Les madones italiennes paraîtraient sensuelles auprès de ces filles du Nord. La froideur particulière k leur race brille de l'auréole d'une pureté divine ; c'est de la neige mêlée k la lumière. Leur beauté n'a rien de plastique. Les joues sontrundes, les pommettes saillantes; les fronts ont cette largeur qui défigurerait les déesses païennes, mais qui convient k des saintes. Le charme des vierges de Memling est d'une qualité presque incorporelle : leurs yeux clairs ont la -fixité de 1 extase; leurs tailles déliées s'elaucent avec la rectitude des grands lis; leurs gestes et leur maintien respirent une modestie solennelle. Rien n'égaie la bizarre élégance de leurs costumes et de leurs coiffures. » La ville de Cologne, dans le fond du tableau , est évidemment peinte sur nature : on croit reconnaître, outre la célèbre- cathédrale qui est inachevée, les églises Saint-Severe, Saiut-Cunibert , Saint-Pierre et Saint-Paul, et la tour dite Beyen-Thurm.
i.e Débarquement à Bâle. Sainte Ursule a mis pied k terre avec une partie de sa suite et se dirige vers la vieille cité. Deux autres navires approchent du rivage ; les têtes blondes et caudales des jeunes tilles y apparaissent serrées l'une contre l'autre, comme des fruits au fond d'une corbeille.
L'Arrivée à Rome. Le pape Cyriaque, entouré des cardinaux, s'avance pour recevoir Ursule sous le péristyle d'une église; la sainte, agenouillée et voilée, met ses mains jointes dans la main du pontife, et la ferveur <le son geste est telle qu'on sent qu'elle y dépose son cœur et son âme ; derrière elle s'aligne le cortège de ses compagnes , dont les physionomies reflètent la même candeur et la même piété. Dd jeunes et beaux chevaliers, conduits par Conan, le fiance d'Ursule, forment l'urrière-garde de cette trouve dévote. L'église devant laquelle la scène se passe est ouverte; on y aperçoit des fidèles qui reçoivent le baptême, d'autres qui se confessent ou communient.
Le Iletour. La princesse et ses 0ompagne3 sont revenues k Bâle et déjà s'apprêtent k quitter cette ville; on les voit, dans le fond, s'éloigner des portes et s'avancer vers le fleuve. Sur le devant du tableau, l'embarquement a déjà commence. Dans une grande bai que, le pape Cyriaque est assis entre deux cardinaux ; k sa droite sont groupes des évèques pensifs et recueillis, comme sur les bancs d'un concile; k sa gauche prient les saintes inclinées sur la proue du navire, comme sur le bord d'un prie-Dieu.
Le Martyre de sainte Ursule et de ses compagnes remplit les deux derniers compartiments de la châsse. Dans le premier, on voit, sur les bords uu Rhin, le camp de l'empereur Maximin. Deux navires approchent du rivage ; des soldats armés de massues, d'épées, d'arcs et de flèches les entourent; les jeunes chevaliers, déjà descendus k terre, tombent' sous les coups de l'ennemi. Une partie des vierges restées à bord des navires chantent des cantiques et reçoivent avec une
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sorte de componction la grêle de flèches que les païens font pleuvoir sur elles; d'autres, ainsi que les prêtres qui les accompagnent, sont, déjà frappées à mort. Dans le derniercadre, près de la tente de l'empereur, Ursule, seule avec une de ses compagnes qui joint les mains, est visée à bout portant par un archer; soutenant d'une main son manteau et de 1 autre semblant bénir son bourreau, elle attend la flèche mortelle avec un recueillement qui tient de l'extase. Quelquesuns des soldats, témoins de cette scène, paraissent touchés par la piété et sans Joute par la grâce ; mais le plus grand nombre affecte une sauvage indifférence.
Telle est cette C/tàsse de sainte Ursule, que tous les connaisseurs s'accordent à ranger parmi les merveilles de l'art. « Les six petits tableaux où se déroule la légende de la sainte se rangent, dit Waagen, parmi les plus belles productions de l'école flamande. Le dessin l'emporte sur celui des œuvres plus considérables du maître ; ici, rien de maigre, de roide ni d'anguleux ; la plus grande aisance dans les mouvements; la couleur d'une puissance et d'une douceur admirables ; l'expression des physionomies d'une supériorité sans égale. » Suivant M. Viardot, la Châsse de sainte Ursule « est un grand et magnifique ensemble, plein de vigueur, de noblesse, d'expression religieuse et pathétique. » Et le savant critique ajoute : « Pour comprendre ce travail surprenant, qu on se figure des tableaux d'histoire qu'aurait conçus Fra Angclico dans son plus haut style , qu'aurait exécutés Gérard Dov dans sa plus fine manière. Et c'est encore trop peu dire ; car, en réunissant à lui seul dans ses ouvrages, sans effort et sans contrainte, la touche de Gérard Dov à la pensée de Fra Angelico, Meinling les- a faits plus naïfs, plus forts et, plus complets. » M. de Saine-Victor exprime, eu d'autres termes, une opinion à peu près semblablabla : ■ La délicatesse de la touche égale l'idéalité de la pensée. Ces deux, cents figurines, dont les plus grandes ont un pied et les plus petites six ligues de hauteur, sont d une finesse radieuse qui n'a d'équivalent dans la manière d'aucun autre artiste. C'est un mélange ineffable d'éclat et de suavité, l'ardeur de la miniature tempérée par la transparence du vitrail. Eu créant ce monde surnaturel, Memling l'a enveloppé de son atmosphère. Tout se transfigure sous son pinceau, les vierges, les corps, les vêtements, les édifices, les eaux, les arbres et l'air même. En évoquant dans ses tableaux les saints et les vierges, il a dérobé au paradis sa lumière. «Ajoutons, avec MM. Cnrwa Cavulcaselle, que la Châsse de sainte Ursule prouve avec quel soin Meinling étudia la manière des peintres -eolonais et avec quelle finesse il sut l'associer à celle des maîtres flamands.
Urauie, roman de Méry (1860). Cet ouvrage fait le pendant de Monsieur Auguste, du même auteur. « Le sujet, dit Méry, est vieux comme le monde; l'Evangile lui consacre un chapitre admirable et tous les auteurs profanes l'ont traité avec plus ou moins de bonheur. 1,'adulière a fourni prétexte à tous les moralistes du livre et du théâtre. Ce crime a été flétri par quelques-uns, enjolivé par les autres, et il a fourni matière a force épigrammes, quolibets, chansons, comédies, 11 paraît que ce crime a un côté fort plaisant. Molière ne lui a jamais donné sou véritable nom, La Fontaine a fait une comédie, la Coupe enchantée, dans laquelle il démontre que le titre plaisant prodigué par Molière doit être donné, comme surnom comique , à tous les maris sans exception. A-t-on fait rire au ".héâtie aux dépens de ces pauvres maris I La comédie a-t-eile assez abusé de son privilège de châtier les mœurs en riant! Les lramaturges ont essayé de mettre un peu de noir dans l'adultère en faisant poignarder la femme coupable par un mari vengeur. Mais a leçon n'a corrigé personne ; le crime i fleuri et le poignard a disparu de nos nœurs:
Quand on l'ignore, ce n'est rien ; Quand on l'apprend, c'est peu de chose.
Telle est la définition de l'adultère, au point de vue du vaudeville, œuvre du Français né malin ; cette maxime a généralement prévalu. j>
L'histoire racontée par Méry prouve, en effet, que l'adultère est quelque chose, et parfois même quelque chose d'éuouvantable.
Ursule est une jeune femme de vingt-quatre ans, délicate et rêvejise, mariée a un homme riche et aimable. Urbain, ce mari, aime deux sciences qui se concilient bien avec l'humeur sédentaire et l'affection pour le toit domestique, la numismatique et la botanique. La comte Edgar , un gentilhomme désœuvré , guette cette colombe qu'il s'agit de détourner de son nid, et, grâce à un ami complaisant qui joue le rôle de compère, il égare les soupçons du mari. Bien plus, aveugle comme un mari de comédie, c'est Edgar qu'Urbain choisit pour confident de sa jalousie. Nous n'entrerons pas 'dans les détails de es roman; uonientous-uous de dire que, par un subterfuge indigne d'un homme d'honneur, tandis qu'Edgar envoie le mari à Londres sous un faux prétexte, il combine si bien son guet-apens qu'il fait passer Urbain pour iuiidèle aux yeux de sa femme. La rêveuse Ursule se change tout à coup en
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une femme énergique , décidée, coûte que coûte, à la vengeance , et le comte Edgar devient le complice naturel de ses représailles. Grâce à la trahison d'un domestique, Urbain à son retour apprend son malheur. On l'a considéré comme un mouton; le mouton se fait tigre. Sa vengeance sera aussi' bien calculée que l'a été la trahison. Edgar l'a fait voyager, il le fera voyager à son tour; mais le résultat du voyage ne sera pas le même. Ce fut pour lui le déshonneur, pour le comte ce sera la mort. Il emmène Edgar à sa maison de campagne et l'empoisonne, puis insulte à ses derniers moments en lui révélant sa vengeance et en le maudissant. Lorsqu'il s'est rassasié du spectacle de l'horrible agonie du suborneur, il s'empoisonne lui-même. Et Ursule? Ursule sera la plus cruellement punie. Son mari lui a écrit qu'il l'attendait pour présider à une fête. Elle accourt joyeuse et, en entrant dans la chambre à coucher, aperçoit deux lits dont les rideaux sont fermés et entre lesquels se trouve un écriteau portant le mot : Choisis.* Elle rit de cette idée de son mari, entr'ouvre les rideaux du premier lit et voit Urbain qui semblait dormir. Ne le réveillons pas, dit-elle, choisissons l'autre lit. Elle s'en approche et en sépare brusquement les rideaux. « Un cri déchirant retentit et ébranla la maison déserte. Les bras d'Ursule s'étendirent et ne retombèrent pas; son visage se décomposa dans un accès de terreur inouïe. Un cadavre hideux était assis sur le chevet; son torse reisselait en putréfaction liquide; ses yeux ouverts et fixes semblaient regarder Ursule, et cette face de spectre, déjà sillonnée par le ver de la tombe, faisait encore reconnaître le comte Edgar. Ursule resta encore quelque temps immobile, la bouche béante, les yeux fixés sur les yeux du spectre; puis une convulsion nerveuse agita son corps, et un mouvement, que la pensée ne maîtrisait pas, la lit tourner sur elle-même et porter ses mains sur les rideaux, de l'autre lit, comme si elle eût voulu se réfugier auprès d'un être vivant et l'associer aux terreurs de cette vision formidable. Mais, cette fois , ses mains touchèrent des mains glacées, et ses yeux virent un autre cadavre, le cadavre d'Urbain endormi du sommeil éternel. Reculant d'horreur et toujours luttant avec courage contre la défaillance qui brise les pieds et l'ébranlement du cerveau qui brise la raison, elle' s'appuya sur le bois du lit pour ranimer ses forces et continuer la lutte ; mais cette obstination invincible qui nous porte à regarder ce qui est intolérable à la vue lui lit ouvrir les yeux une dernière fois du côté de l'autre lit, et ils se refermèrent tout de suite devant la plus épouvantable des apparitions. Le cadavre d'Edgar, assis sur le chevet et déjà en travail de dissolution, s'écroulait sur lui-même avec des mouvements qui faisaient osciller sa tête hideuse et agitaient les mains sur la couverture du lit. Le hurlement de la terreur suprême déchira la poitrine d'Ursule; un tintement de bronze sonna dans sa tête, ses cheveux se hérissèrent et blanchirent; le souffle de la vie n'arriva plus aux lèvres, le cou se serra comme sous la pression circulaire d'un lacet; elle tomba entre les deux lits comme si la foudre l'eût frappée sans se faire entendre. Par malheur, ce coup terrible n'avait pas donné la mort. » Elle devint folle le lendemain et eut au moins le bonheur de ne pas guérir.
Pour une fois que Méry, d'ordinaire plus léger, a voulu travailler dans l'horrible, il a assez bien réussi.
Ursula Mirouet, roman, par H, de Balzac.