‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 55 sur 1042 · V. Garoantua · texte numérisé non relu

V. Garoantua

THÉLÉMITE s. (té-lé-mi-te). Religieux, religieuse de la prétendue abbaye .de Thélème.

THÉLÉNOTE s. f. (té-lé-no-te — du gr.

thêlê, mamelle ; nâtos, dos). Echin. Section du genre holothurie.

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THÉLÉPHORE s. m. (té-lé-fo-re). V. télépbork.

THÉLÉPOGON s. m. (té-lé-pogon — du gr. thêlê, mamelon ;pâgân, barbe). Bot. Genre de plantes, de la famille des graminées, tribu des andropogonées, dont l'espèce type croit dans l'Inde.

THÉLEPROCTOPHYLLE S. m. (té-lé-prokto-fi-ie — du gr. thêlê, mamelon ; prêktost anus ; phullon, feuille). Entom. Genre d'insectes névroptères, de la famille des fourmilions, formé aux dépens des ascalaphes, et dont l'espèce type habite le midi de l'Europe.

THÉLESPERME s. m. (té-lè-spèr-me — du gr. thêlê, mamelon; sperma, graine). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, .tribu des sénécionées, dont l'espèce type croît au Brésil.

THÉL1CONE s. m. (té-li-kô-ne — du gr.

thêlê, mamelon, et de cône). Moll. Genre de mollusques gastéropodes pectinibranches, du groupe des cônes.

THÉtIDE s. f. (té-Ii-de — du gr. thêlê, mamelon ; eidos , aspect). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des muscides, dont l'espèce type habite la Bourgogne.

THÉL1DERME s. m. (té-li-dèr-me — du gr. thelus; délicat ; derma, peau). Moll. Genre de mollusques acéphales, du groupe des naïadées, voisin des mytilacées.

THÉLIDOME s. m. (té-li-do-m© — du gr.

thelus, délicat ; domos, maison). Moll. Genre de mollusques gastéropodes pectinibranches, du groupe des sabots.

THÉLIE s. f. (té-11). Genre d'insectes hémiptères, de ia tribu des membracides, dont l'espèce type habite l'Amérique du Nord.

THÉLIME s. m. (té-li-me — du gr. thêlê, mamelon). Entom. Genre d'insectes hémiptères, de la famille des scutellériens, tribu des pentatomites, dont l'espèce type vit au Brésil.

THÉLIRE s. m, (té-li-re). Bot, V. thélyke.

THÉUS (le comte de), économiste et philanthrope français, né dans le Forez vers 1730, mort vers 1790. Il devint lieutenant des gardes-françaises, mais il passa la plus grande partie de son temps dans ses terres, s'attacha à améliorer le sort de ses vassaux, demanda l'abolition de la corvée (1772), obtint le droit de flottage sur la rivière d'Heure, dans le Charolais, ce qui lui permit de livrer au commerce des bois qui n'avaient pas auparavant de débouché, et proposa de créer un établissement dans lequel on apprendrait aux jeunes orphelins des professions utiles. Louis XVI approuva ses vues et lui fit remettre une somme pour fonder à Issy une écolo pratique, qui cessa de fonctionner en 1787. On doit au comte de Thélis les ouvrages suivants : Sur la législation du flottage des bois (Paris, 1775, in-8°); Moi/eus proposés pour le bonheur des peuples gui vivent sous le gouvernement monarchique (1778, in-4o) ; liéflexions d'un militaire (i778,in-4<>) ; Mémoire sur les rivières et canaux (1779, in-4<>); Plan d'éducation nationale en faveur des pauvres enfants de lacampagne (1779, in-12). j

THÉLITE s. f. (té-li-te — du gr. thêlê, mamelon). Pathol. Inflammation du mamelon, fréquente chez les nourrices.

THÉLODERME, s. m. (té-lo-dèr-me — du gr. thêlê, mamelon ; derma, peau). Erpét. Genre de batraciens anoures, du groupe des rainettes.

THÉLORRHAGIE s. f. (té-îor-ra-jî — du gr. thêlê, mamelon; rhêgnumi, je fais éruption). Pathol. Hémorragie ayant pour siège le mamelon.

THÉLOTRÈME s. m. (té-lo-trè-me — du

fr. thêlê, mamelon; tréma, trou). Bot. Genre e cryptogames, de la famille des lichens, comprenant une douzaine d'espèces, dont une seule croît en Europe.

THELPHEOSE s. f. (tèl-feu-ze). Crust. Syn.

de THELPHUSE.

THELPHEUSIEN, IENNE adj. Crust. Syn.

de thelphusien, ienne,

THELPHUSE s. f. (tèl-fu-ze). Crust. Genre de crustacés décapodes brachyures, de la famille des catométopes, type de la tribu des thelphusiens, comprenant une dizaine d'espèces, qui habitent les bords des cours d'eau dans les régions chaudes de l'ancien continent.

— Encycl. Les thelphuses ont la carapace beaucoup plus large que longue, notablement rétrécie en arrière, très-légèrement bombée en dessus; le front très-peu incliné; les orbites ovalaires ; les antennes intermédiaires bifides, logées dans des fossettes très-étroites; les pattes-mâchoires externes allongées; le plastron sternal aussi long que large ; les pattes antérieures terminées par des pinces pointues, très-allongées et finement dentelées. Ce genre comprend une dizaine d'espèces, répandues dans les contrées chaudes et tempérées du globe, et qui vivent la plupart dans les eaux douces, quelquefois même à terre.

La thelphuse fluviatile, type du genre, est longue d'environ 0m,07 ; son test est rugueux ou granulé en divers endroits. Elle habite l'Europe méridionale et le pourtour du bas-

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sin méditerranéen; on la trouve même jusqu'en Perse. C'est un des crustacés les plus anciennement connus. Elle a joui chez les anciens, chez les Grecs surtout, d'une grande réputation, à cause des hautes vertus médicales qu'on lui attribuait. On assure même qu'elle est le type de la constellation zodiacale dite le Cancer. On la trouve mentionnée notamment da"ns Aristote, Hippocrate, Dioscoride, Pline, Avicenne et autres. Elle est représentée sur plusieurs médailles antiques, entre autres sur celles d'Agrigente. D'après Elien, ce crustacé, qu'il appelle crabe de" rivière, peut prévoir les débordements du Nil et, un mois à l'avance, avoir la précaution de se retirer sur les hauteurs voisines.

La thelphuse fluviatile est commune sur les bords des ruisseaux et des lacs, notamment de ceux qui sont formés par les cratères d'anciens volcans; elle se tient ordinairement cachée sous les pierres. A Rome, on apporte sur les marchés ces crustacés attachés a une corde, mais placés à une certaine distance les uns des autres, afin qu'ils ne puissent pas se dévorer ou se ronger entre eux. On les mange pendant toute l'année, et surtout dans les jours d'abstinence. Quelques personnes, pour rendre plus savoureuse la chair des thelphuses, les font mourir dans le lait. D'après Beion, les caloyersdu montAthos en font une grande consommation et préfèrent les manger crues ; elles leur paraissent meilleures. Les Arabes nomment ce crustacé sarataa; mais, comme ils désignent aussi de la même manière des ocypodes du pays, il paraîtrait que cette dénomination est synonyme de celle de tourlourou, donnée par divers voyageurs aux craoes de terre et de rivière.

La thelphuse indienne est un peu plus petite que la précédente; elle habite la côte de Coroniandel, où elle est connue sous le nom de tillé-naudon. Une espèce qui se rapproche beaucoup de celle-ci a été trouvée par Leschenaulo de La Tour dans les rivières des montagnes de l'île de Ceylan. Lalande en a découvert une autre au Cap de Bonne-Espérance.

THELPHUSIEN, IENNE adj. (tèl-fu-zi-ain, i-è-ne — rad. thelphuse). Crust. Qui ressemble ou qui se rapporte à la telphuse.

— s. m. pi. Tribu de crustacés décapodes, de la famille des catométopes, ayant pour type le genre thelphuse.

Tb6tu**on (hôtel), célèbre demeure du xvme siècle, située jadis rue de Provence, à l'extrémité de la rue d'Artois, depuis rue Laffitte, et supprimée lors du prolongement de cette rue. Pierre-Isaac Thglusson, riche banquier de Genève, était venu s'établir à Paris en qualité de résident de sa république et pour continuer ses affaires de finance. Il habitait alors rue Micbel-Lecomte, et il eut J.-J. Rousseau pour commensal et le célèbre Necker, depuis ministre, pour commis, puis pour associé. A sa mort, survenue en 1780, sa veuve se lit construire, par l'architecte Ledoux, l'hôtel qui fait l'objet de cet article. L'hôtel Thélusson s'étendait jusqu'à la rue Chantereine, depuis rue de la Victoire. Les bâtiments étaient entourés de jardins et semblaient eux-mêmes, avec leurs colonnettes, leurs rochers servant de base aux appartements du rez-de-chaussée, de simples ornements du paysage. Callet avait peint les plafonds des salons et celui de la salle à manger. Un seul défaut jurait avec l'ordonnance neureuso de l'ensemble : c'était la porte donnant sur la rue, porte gigantesque qui avait l'air d'un arc de triomphe et annonçait des grandeurs absentes; d'où le mot de Sophie Arnould : « C'est une grande bouche qui s'ouvre pour ne rien dire. » L'hôtel Thélusson n'en était pas moins une des plus jolies résidences de Paris. Sa construction coûta 2 millions. Ledoux, son architecte, amoureux de l'excessif et du bizarre, fit éclater dans les constructions tout ce que son talent avait de trop ingénieux ; on remarquait surtout l'escalier du belvédère, à colonnes ioniques, placé du côté de la rue Chantereine et d où l'on découvrait tout Montmartre, M^o Thélusson mourut peu de temps après l'achèvement des travaux, et, en 1788, son hôtel devint la propriété du comte de Saint-Maurice, lieutenant général, que la Révolution fit émigrer. L'hôtel Thélusson subit alors diverses vicissitudes ; commissions et administrations s'y succédèrent, puis une destination nouvelle lui fut donnée ; c'est là que se donnèrent ces fameux bals des victimes, où l'on n'entrait qu'en justifiant d'un parent guillotiné et où les danseurs se présentaient le cou entouré d'une mince soie rouge, figurant la section du couperet. Vers le même temps s'y transporta un lycée (assemblée poétique) qui, depuis trois ans environ, résidait au faubourg Saint-Honoré, dans l'hôtel Marbeuf, et qui devint le lycée Thélusson. Ses membres fondateurs furent Vigée, Legouvé, Laya. Ils créèrent même un journal, les Veillées des Muses, où l'on insérait les pièces de vers lues au lycée. Cette réunion littéraire émigra peu après à l'hôtel Séguier, à la suite d'une querelle avec un cercle rival, le Portique républicain, querelle qui donna lieu à un poBme burlesque attribué à Colnet et intitulé : la Guerre des petits dieux ou le Siège du lycée Thélussonpar le Portique républicain. L'hôtel Thélusson resta, jusque sous le Consulat, un centre de bals et de. fêtes et aussi un foyer de conspirations royalistes. L'Empire y installa

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magnifiquement Murat, devenu gouverneur de Paris ; puis ce fut l'hôtel de l'ambassade de Russie, li était vacant et bien oublié, quand, en 1823, un tailleur spéculateur du' Palais- Royal, le sieur Berchuc, l'acheta pour le démolir. L'œuvre de destruction s'accomplit et, sur remplacement, s'ouvrit le prolongement de la rue d'Artois jusqu'à la rue de la Victoire.

Avant d'abandonner l'hôtel Thélusson , nous devons dire quelques mots d'un fait peu connu et qui a servi de l>ase à un roman célèbre ; ce fait s'applique précisément a un membre de la famille Thélusson, le fils du banquier Thélusson et banquier comme lui. Ce Thélusson, ayant émigré, transportai Londres sa maison de banque, qui prit bientôt un accroissement colossal. 11 mourutdans le comté de Kent en 1798, riche d'une fortune de près de 22 millions, dont, chose singulière, il ne légua à sa- femme et à ses enfants que 2,500,000 francs ; il avait trois fils et trois filles.Le reste fut réservé, fructifiant sans cesse, jusqu'à ce que l'arrière-petit fils du testuteur eût atteint trente ans. Voici comment M. Edouard Fournier explique les causes et l'origine de ce testament étrange : ■ Dans la maison de banque fondée à Londres par Thélusson, beaucoup d'émigrés avaient apporté tout ce qu'ils avaient pu sauver du naufrage de leur fortune ; mais il y en eut auxquels, faute de réclamation, Thélusson ne put rien restituer; ils s'en étaient allés mourir sur le Rhin, en Russie ou aux Etats-Unis, sans faire savoir à leurs héritiers en quelles mains étaient dépnsés les débris de leur ancienne opulence. M. Thélusson se trouvait donc être ainsi, pour de fortes sommes, une sorte de dépositaire à perpétuité ; il voulut que la plus grande partie de sa fortune restât intacte pendant une longue suite d'années, afin que la restitution des sommes qui pouvaient être réclamées s'etfectuât sans peine et sans débat, à bureau ouvert, comme s'il eût toujours été vivant, et non point, comme on l'a dit, afin que sa fortune devînt plus considérable par l'accumulation des intérêts capitalisés. • Inutile d'ajouter que c'est précisément cette dernière version qui fut adoptée dans l'opinion publique, et c'est sur cette version qu'Eugène Sue a bâti l'idée de la succession Rennepont, un des épisodes essentiels de son roman du Juif errant. Quant aux créanciers inconnus de l'honnête banquier, aucun ne réclama jamais et l'immense fortune finit par rentrer dans la famille.

THELWALL (Jean), littérateur anglais, né à Londres eu 1764, mort en 1834. Fils d'un marchand de soieries, il suivit d'abord la carrière commerciale; mais, comme elle avait peu d'attrait pour lui, il y renonça au bout de trois ans et se mit à étudier le droit, qu'il abandonna également à l'âge de vingt-deux ans, pour se consacrer exclusivement à la littérature. Ses premières poésies (17S7, 2 vol.) le firent admettre dans la rédaction d'une revue, et il prit dès lors une part active aux événements politiques de l'époque. Il avait d'abord adopté les principes des tories, mais il ne tarda pas a faire volte-face et devint membre de la Corresponding Society, où la hardiesse de ses idées et la facilité de son éloquence attirèrent sur lui l'attention des hommes qui étaient alors à la tète du gouvernement. Impliqué, avec Horne Tooke et Thomas Hardy, dans une accusation de haute trahison, il fut acquitté, mais abandonna, dès lors, complètement la politique et ne s'occupa plus que d'études sur l'art de parler en public et sur les moyens d'employer îa science de l'élocution à la guérison du Légayeinent et des autres défauts de l'organe vocal. Il avait autrefois étudié l'anatomie, et les connaissances qu'il avait acquises dans cette science, ainsi que son habitude de parler en public, le servirent admirablement dans ses nouveaux travaux. 11 ouvrit des cours d'éloquence, qui obtinrent beaucoup de succès et qu'il n'interrompit que peu de temps avant sa mort. On a encore de lui: Poèmes écrits à la Tour et à Newgate; la Tribune (3 vol.); Mélanges politiques ; Lettre à M. Clinesur le bégayement; le Péripatéticien (3 vol.) j la Fille udoptiue, nouvelle. Il avait, en outre, fourni plusieurs mémoires au Médical and Physical Journal et au M onthly Magazine.

THÉLYCBITON s. m. (té-li-ki-ton — du gr. thélus, délicat; chilôn, tunique). Bot. Genre de plantes, de la famille des orchidées, tribu des aréthusées, comprenant trois espèces, qui croissent dans l'Ile Norfolk.

THÉLYGONE s. m. (té-li-go-ne — du gr.

thé lus, délicat ; gonu, genou). Bot. Genre de plantes, type delà famille des cynocrambées, dont l'espèce type croit dans la région méditerranéenne.

— Encycl. Le théligone cynncrambe est une plante herbacée, annuelle, à tiges rondes, diffuses, flexibles, succulentes ; à rameaux opposés, divergents, portant des feuilles ovales, un peu obtuses, lisses, rudes sur les bords, et des fieurs verdâtres,unisexuées, les fleurs mâles sessiles à l'aisselle des feuilles, les fleurs femelles placées au-dessous ; le fruit est une petite capsule coriace, uniloculaire et inonosperme. Cette espèce, qui à elle seule constitue le genre, est regardée par quelques auteurs comme originaire de l'Inoe. Elle croit abondamment sur le littoral de lu Mo-

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diterranée française. Le fruit, à sa maturité, est couvert d'une poussière blanchâtre, dont l'aspect rappelle celui de l'amiante et qui persiste longtemps ; elle se compose de petits cristaux aciculaires d'oxalate de chaux, dont l'agglomération fait paraître le fruit comme ridé,

THÉLYMITRE s. f. (té-li-mi-tre — du gr. thèlus, féminin, et de mitre). Bot. Genre de plantes, de la famille des orchidées, tribu des néottiées, comprenant vingt-deux espèces, qui croissent en Australie et à la Nouvelle- Zélande.

THÉLYPHONE s. m. (téli-fo-ne — du gr.

thélus, inoffensif; pkoneus, meurtrier; par allusion à l'absence d'aiguillon dangereux). Arachn. .Genre d'arachnides, de l'ordre des scorpionides, comprenant une dizaine d'espèces, qui habitent l'Inde et les Iles voisines, ainsi que les régions chaudes de l'Amérique : Le THELYPHONE géant a le Mexique pour patrie. (H. Lucas.)

— Encycl. Les thélyphones ont avec les scorpions une grande ressemblance extérieure, à laquelle ils doivent sans doute leur mauvaise réputation. Ils en diffèrent, toutefois, en ce que l'appendice caudiformo qui termine leur abdomen est dépourvu d'aiguillon. Les espèces peu nombreuses de ce genre habitent l'Amérique centrale, l'Inde et les lies voisines. On les trouve ordinairement à terre, sous les pierres, dans les lieux humides. A la Martinique, on les désigne sous le nom de vinaigrier , à cause de l'odeur de vinaigre qu'ils exhalent quand on les inquiète ou qu'on cherche à s'en emparer. Ce sont des animaux parfaitement inoffensifs, et c'est bien à tort qu'on les croit vénéneux et qu'on les craint pour ce motif.

THÉLYPODE s. m. (té-li-po-de — du gr.

thélus, délicat ; pous, pied). Bot. Genre de plantes, de la famille des crucifères, tribu des sisymbriées, comprenant trois espèces, qui croissent dans l'Amérique du Nord.

THÉLYRE s. m. (té-li-re — du gr. thélus, délicat; aura, tige). Bot. Genre d'arbres, de la famille des chrysobalanées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent à Madagascar.

THÉLYTHAMNOS s. ra. (té-li-ta-mnos — du gr. thélus, délicat; tàamnos, buisson). Bot. Syn. ou section du genre sphÉnogyne, de la Jamille des composées.

THÉMA s. m. (té-ma), Ornith. Espèce de merle du Chili, appelé aussi moqueur.

THÉMAMUSICUM s. m. (té -ma- mu- sikomm). Moll. Genre de mollusques gastéropodes, formé aux dépens des volutes, et ayant pour type la volute musicale.

TIIEMAR, ville du duché de Saxe-Meiningen, à 15 kiloin. S.-E. de Meiningen, sur la rive droite de la Werra ; 1,500 hab. Fabriques de draps ; moulins à papier et à huile, brasseries, papeteries. Aux environs, ruines du château fort d'Osterburg,

THÉMATIQUE adj. (té-ma-ti-ke — gr.

themati/cos; de thema, thème). Gramm. Qui a rapport au thème des mots : Suffixes thématiques.

— Mus. Qui a rapport aux thèmes musicaux.

— Catalogue, table thématique, Catalogue, table des morceaux d'un opéra, dans lequel on indique souvent la première phrase musicale d'un morceau.

THÈME s. m. (tê-me — latin thema, grec thema, sujet posé ; de theô, tithémi, poser, placer, qui se rattache à la racine sanscrite dhâ, placer, poser, mettre). Sujet do développement; matière, proposition que l'on entreprend de prouver, d'éclaircir: Cet homme-là n'a pas bien pris, n'a pas bien suivi son thème. (Acad.) Vous n'avez pas besoin de mes lettres pour écrire; vous discourez fort bien sans avoir un thème. (Mme de Sév.) La poésie et la musique ne sont, pour ainsi dire, que tes thèmes sur lesquels chacun brode ses propres sentiments. (Lamart.)

— Sujet qu'on donne aux écoliers à traduire de leur langue dans une autre langue qu'on veut leur apprendre: Thème grec Thème latin. Cours de thèmes. Donner, dicter un thème. Quoiqu'il eût douie ans accomplis et qu'il eût déjà eu trois ou quatre maîtres, à peine était-il capable des premiers THBME3. (Le Sage.) Le thème est le complément nécessaire de la grammaire. (M">e Guizot.) Il Composition, travail de l'écolier qui traduit de sa langue en une langue étrangère : Faire un thème. Corriger un thème. Il compose un thème, madame, que je viens de lui dicter sur une épitre de Cicéron. (Mol.)

— Thème de deux façons, Double traduction qu'on donnait autrefois à faire, aux écoliers, d'un morceau écrit dans leur langue, tl Fig. Faire son thème de deux façons, Dire, écrire la même chose de deux manières différentes ; tendre au même but par des moyens différents, il Vieille loc.

— Fort en thème, Se dit, par plaisanterie, d'un jeune homme qui ne réussit que dans . des exercices d'école, et qui manque totalement d'imagination.

— Prendre mal son thème, Avancer quelque chose mal à propos, quelque chose qu'on lie peut soutenir. S Vieille loc.

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— Hist. Légion chargée, sous le Bas-Empire, de la garde d'un gouvernement.

— Gramm. Mot dépouillé de sa désinence de flexion.

— Mus. -Motif sur lequel on compose un morceau de contre-point ou des variations.

— Astrol. Position où se trouvent les astres au moment de la naissance de quelqu'un , et qui sert à tirer son horoscope. Il Figure que tracent les astrologues quand ils veulent tirer l'boroscope de quelqu'un.

THÉMÉDA s. m. (té-mé-da). Bot. Syn.

d'ANTHiSTÉRiB, genre de graminées.

THÉMÉONE s. f. (té-mé-o-ne — du gr.

thé/non , amas). Foram. Syn. de polystomeli.k.

THÉMÉSIE s. f. (lé-mé-zl). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la tribu des clythrides , dont l'espèce type vit au Brésil.

THEMINES (Pons DE Laiizières, marquis de), maréchal de France, né vers 1552, d'une ancienne famille du Languedoc, mort à Aurayen 1627. Nommé capitaine des gendarmes par Henri III, puis sénéchal du Qucrcy, il sut empêcher les ligueurs de s'établir dans le Ruuergue et le haut Languedoc, défendit, en 1592, Villemur contre le duc de Joyeuse, arrêta, en 1616, le prince de Condé et fut nommé, le même jour, maréchal de France. L'année suivante, il soumit les villes de Champagne qui avaient embrassé le parti des princes, assista au siège de Montauban (1621), sous les ordres du roi, fut chargé de pacifier la Guyenne, dont il devint lieutenant général (1622), enleva les places deTonneins et de Saint-Aubin, mais se vit forcé de lever le siège de Castres, que défendait l'héroïque duchesse de Rohan. Ayant voulu entrer dans le comté de Foix pour s'y procurer des vivres, il se vit arrêté pendant vingt-quatre heures par sept soldats enfermés dans une bicoque. En 1626, il fit le blocus de La Hochelle et força les habitants à demander la paix. Vers ta fin de cette même année, il remplaça le duc de Vendôme comme gouverneur de Bretagne, mais il ne sut pas réprimer les excès de ses soldats dans cette province et le parlement porta contre lui des plaintes qui lui causèrent un tel chagrin qu'il en mourut. Thémines était plus brave qu'habile comme homme de guerre. Il aimait la magni- . licence, la prodigalité et se souciait médiocrement de payer ses dettes.

THÉMINES (Alexandre-François-Amédée- Adon-Anne-Louis-Joseph db Lauzières de), prélat français, de la famille du précédent, né à Montpellier en 1742, mort à Bruxelles en 1829. Il était grand vicaire de Seulis et aumônier du roi lorsqu'il fut nommé, en 1776, évêque de Blois. En 1788, il demanda k Louis XVI de rappeler à Paris le parlement exilé à Troyes. Ayant refusé, en 1791, de prêter serment à la constitution civile du clergé, il fut déclaré démissionnaire et remplacé par l'abbé Grégoire. Toutefois, il ne quitta Blois qu'en présence d'un soulèvement populaire et sur l'injonction de la municipalité. Thémines se retira alors en Savoie, puis en Espagne , refusa , en 1801 , de donner au pape Pie VII' sa démission d'évêque de Blois, protesta contre le concordat en 1802 et alla habiter Londres vers 1810. Ayant reconnu publiquement, en 1811, le gouvernement impérial, il se vit fermer tous les salons de l'émigration, Thémines vécut, à partir de ce moment, dans la retraite. 11 refusa de revenir en France ê*n 1814, passa à Bruxelles en 1829 et y mourut peu après. On a de lui : Oraison funèbre de Marie-Thérèse (178 1, in-8°); Instruction et cahier du hameau de M ad on (1789); Projet de lettre commune de l'Eglise gallicane aux fidèles dispersés (Londres, 1811, in-8°) ; Lettre à Sa Majesté impériale et roua le {Londres, 1811); le Gouvernement de fait (Londres, 1811), écrit contenant des lettres à Napoléou, à Talleyrand, au pape, au président du concile de 1811, au clergé do Blois, et dont presque tous les exemplaires ont été détruits.

THÉMINES (Achille-Théodore db Lauzières de), littérateur français, de la famille des précédents, né à Naples en 1818. Son père, ayant suivi dans cette ville le roi Joachim Murat, s'y était marié avec la fille du général Balzani. Bien que Français, M. de Thémines fut élevé à Naples. Il y fit son droit et, en 1S36, il débuta dans la carrière littéraire par des œuvres poétiques, publiées d'abord dans les gazettes napolitaines, plus tard en volume, sous le titre de Syrius. En 1837, il s'essaya dans le genre théâtral par un drame en cinq actes intitulé Une seconde nie, représenté sur la scène des Fiorentini, puis par des poSmes d'opéra. Pacini, Donizetti, Mercadante mirent souvent en musique ses vers italiens. En 1848, un souffle d'indépendance ayant traversé la péninsule, M. ds Thémines fonda avec Mancini, le célèbre publiciste, un journal intitulé 11 Miscatta italiano ; puis il fut un des principaux rédacteurs politiques de la Libéria ilaliana, feuille qui poussa vigoureusement à l'unification de l'Italie. En même temps, il se fit remarquer par sa verve mordante dans un journal charivarique qui", sous une forme légère, raillait impitoyablement les séparatistes. Mais ces idées d'unification, qui devaient triompher seulement une douzaine d'années plus tard, n'étant pas en-

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core mûres en 1848 et 1849, M. de Thémines', harcelé par la police napolitaine, se vit obligé de s'éloigner de Naples, à la suite de la suppression de ses deux journaux. Il se rendit à Florence, où il se remit à ses études littéraires et y publia un roman historique, Gictn di Nisida; un autre, intime, sous le titre de Voyage à travers tes sept péchés capitaux, et un grand nombre de brochures sur des sujets d'art. Il ne quitta l'Italie qu'après avoir fait des stations dans les villes principales, à Rome, à Venise, à Gênes, à Turin, etc. H vint à Paris en 1853 et acheva un petit poëme sur les Derniers moments de Donizetti, qui, chanté par Roger, fut beaucoup apprécié. M. Granier de Cassagnac, ayant lu des articles critiques de cet écrivain dans le Journal franco-italien, le prit avec lui lors de la fondation du Réveil, pour qu'il y fît la critique dramatique. Ce journal avant cessé de paraître, M. de Thémines suivit son rédacteur en chef au Pays et y collabora de 1859 à 1861. A cette époque, le ministre Cavour l'appela à Turin pour y organiser une direction de la presse à l'instar de celle de Paris ; mais, quelques semaines après, Cavour mourut, et M. de Thémines, n'ayant pu se mettre d'accord avec le successeur de Cavour au sujet de la nouvelle organisation, revint à Paris et entra à la Patrie, où il fit la critique musicale. Il a publié, en outre, dans ce journal deux romans qui ont eu du succès : le Diable à quarante ans et les Compagnons de la mort. Ii est aussi un des rédacteurs les plus actifs et les plus assidus de l'Art musical , où il publie depuis 1861 des études et des travaux spéciaux. On lui doit, en outre, un grand nomj bre de traductions italiennes et françaises des opéras de nos grands maîtres. C'est lui qui a mis en vers italiens le Pardon de Ploêrmel, Martha, Faust, Don Carlos, Bam~ let , le Domino noir, Paul et Virginie, etc. M. de Thémines travailiait en 1875 à une œuvre de longue haleine sur la Peinture et lasculpture eu Italie au xvie siècle.

THÉMIRB s. f. (té-ini-re). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des alhéricères, tribu des muscides.

THÉMIS s. f. (té-miss — nom mythologique). Justice personnifiée, juges :

D'une Thémis vénale il marchande l'honneur Et d'un bien usurpé grossit Eon opulence.

Gaston.

— Temple de Thémis, Palais de justice : Quoi ! le temple sacré de la grave Thémis Entend de sons impurs retentir ses lambris!

Dumolard.

— Ministres de Thémis, Juges, magistrats-

— Arrêts de Thémis, Jugements.

— Astron, Un des noms de la constellation de la Vierge. Il Nom d'une planète télescopique.

— Eneycl. Thémis est la 84e des petites planètes situées entre Mars et Jupiter. Découverte, le 6 avril 1853, à l'observatoire de Naples, par de Gasparis, elle offre l'apparence d'une étoile de 10« grandeur. Ses principaux éléments sont :

Moyen mouvement diurne . . . 637",22

Durée de la révolution sidérale. 2033J,84

Distance moyenne au soleil. . . 3,14

Excentricité 0,123

Longitude du périhélie 134° 20' 19"

Longitude moyenne de l'époque 171° 46' 1"

Longitude du nœud ascendant. 35049' 29"

Inclinaison. 0° 49' 26"

Epoque en temps moyen de Paris 4 mai 1853.

THÉMIS, fille du Ciel et de la Terre, reine de Thessalie. Elle rendait des oracles k Delphes avant Apollon, et elle s'appliqua avec tant de sagesse à rendre la justice a ses peuples qu'on la regarda depuis comme la déesse même de la Justice, Elle eut des temples sur le Parnasse, dans la ville d'Athènes, etc. Ses attributs sont le glaive et les balances. D'àprès Hésiode, Jupiter la rendit niera des Heures et des Parques, ce qui ne l'empêchait pas de vivre en bonne intelligence avec Junon lorsqu'elle habitait l'Olympe. Elle présidait à la sagesse, aux sciences, à l'observation des traités, etc.

Dans le style poétique, Thémis personnifie la justice; au premier chant du Lutrin, nous voyons la Discorde s'arrêter au pied du palais :

La, d'un œil attentif contemplant son empire, A l'aspect du tumulte elle-même s'admire. Bile y voit par le coche et d'Evreux et du Mans Accourir a grands flots ses Ûdcles Normands; Elle y voit aborder le marquis, la comtesse, Le bourgeois, le manant, le clergé, la noblesse, Et partout des plaideurs les escadrons épars Faire autour de Thémis flotter ses étendards.

Quelquefois les poëtes appliquent au juge lui-même le nom de Thémis ; nous en avons un exemple plus haut :

Plus souvent, les juges, les magistrats sont appelés lesprétres, les ministres, les pontifes de Thémis. C'est ainsi que Ménage a dit du président de Bellièvre :

Ce ministre sacré de la juste Thémis:

Par la même raison, les lois, les jugements deviennent les arrêts de 2'hémis, et le monument où se rend la justice s'appelle le temple de Thémis.

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THÊM1SCTBK {Themiscyra), aujourd'hui Theniièh, ville du Pont occidental. Ella était célèbre dans In Fable comme résidence principale des Amazones,

THÉMISEU1L (Hyacinthe Cordonnier, chevalier de). V. Saint-Hyacinthe.

THÉM1SON, médecin grec, né k Lnodicée.

Il vivait au i«r siècle avant notre ère. Tout ce que l'on sait de lui, c'est qu'il fut disciple d'Asclépiade ou du moins l'un des sectateurs de son école j>endnnt une bonne partie de sa vie, et qu'il jeta dans sa vieillesse les bases de la doctrine méthodique. Convaincu de la futilité des théories corpusculaires de son maître Asclépiade, Thétnison voulut ramener la médecine kla méthode expérimentale, proscrire toute recherche des causes premières et trouver dans l'organisme lui-même la raison des maladies et la véritable source des indications thérapeutiques. Il fut ainsi conduit à ranger les altérations morbides en deux principales classes, relatives a la condition qu'elles imprimaient à la libre organique élémentaire. Dans la première se manifestait le resserrement, la tension de cette fibre, slricium ; dans la seconde, la flaccidité, le relâchement, litxum. Ses indications consistaient dans l'emploi des médicaments et des moyens relâchants pour le premier, toniques pour le second. On voulut même créer un état intermédiaire entre ces deux extrêmes sous le nom de mixtion. Cette condition devenait ainsi moins un effet morbide que l'état physiologique proprement dit. La doctrine deThéinison compte plusieurs médecins remarquables, au nombre desquels nous citerons A. Mussa, Celse, Soranus, etc.

THÉMISTUDES, nymphes qui prédisaient l'avenir. Elles tiraient leur nom d'une célèbre devineresse, Carmenta, appelée aussi ïhémis et Thémista.

THÉMtsriDS DE PAPHLAGONIE, né en

325. Si nous éprouvons une émotion douloureuse chaque fois que le culte de la vérité nous oblige de saper une réputation qui semble solidement établie , en revanche c'est avec un vif sentiment de plaisir que nous accomplissons cet acte de justice qui consiste k tirer de l'obscurité un homme de talent et de cœur dont le caractère et. les écrits méritent d'être mis en lumière. Or, rarement cette satisfaction sera aussi légitime qu'à propos de Thémistius. Esprit sérieux et élevé, il est de plus homme d'Etat, et, quoiqu'il se souvienne un peu trop qu'il a été professeur de rhétorique, la chaleur de ses convictions, la noblesse de ses sentiments, la hauteur de ses idées impriment k son style celte gravité éloquente, cette qualité indéfinissable qui font estimer l'écrivain, parce que sous cet écrivain il y a un homme. Tout jeune, il composa sur la Philosophie d'Aristole et de Platon un remarquable commentaire; mais ce sont ses Discours qui lui ont valu mie certaine réputation, bien au-dessous de son mérite. La plupart roulent sur des sujets d'une importance réelle. II nous en est parvenu trente-trois, écrits en grec, pleins d'énergie et d'éléviition. Ils prouvent que Thémistius ne craignait pas d'adresser de sévères remontrances aux princes de son temps. Dédaignant, dans sa juste fierté, de s'abaisser aux flatteries et aux ba- ' nales adulations dont les déclamateurs de cette époque de servitude et d'avilissement fatiguaient les nuisslfnts de la terre, il communique k la philosophie une vie nouvelle par son éloquence élégante, pure et variée. Il professait les doctrines de Platon et d'Aristote, mais Son culte pour ces grands penseurs n'allait pas jusqu'à l'aveuglement, ni jusqu'à lui faire abdiquer cette indépendance d'esprit qui est une des premières qualités du philosophe sérieux. Il ne jurait 3ur la parole d'aucun maître, et son caractère était à la hauteur de son talent. Nous allons donner un aperçu de ses discours.

Les plus remarquables sont : le troisième, où il parle de l'amitié et trouve le moyen, après les admirables ouvrages de Cicéron et de Bénèque, de traiter ce sujet d'une façon neuve et intéressante; le quatrième, sorte d'apologie où il défend sa réputation attaquée et sa vertu calomniée; le douzième et le vingt-deuxième, qui roulent à peu près suite même sujet. Le premier de ces deux discours, adressé k l'empereur Jovien, contient un plaidoyer fort habile et fort énergique en faveur de la liberté de conscience : « Dieu, dit l'orateur, Dieu, l'auteur et le souverain maître de tout cet immense univers, aime la variété. Il veut que les Syriens, les Grecs, les Egyptiens, en un root que tous les peuples divers aient chacun leurs institutions particulières et leurs rites propres; pourquoi nous opposerions-nous par la violence à un état de choses que nous ne saurions détruire, pas même modifier? • Le second est adressé à l'empereur Valens, dont Thémistius tente d'apaiser le courroux contre les catholiques. C'est un philosophe païen qui donne ici aux chrétiens l'exemple de la tolérance religieuse. On sait que Valens s'était déclaré en faveur des ariens contre les orthodoxes et persécutait ces derniers. L'orateur ne craint.pas de lui déclarer qu'il « a tort de se prononcer ainsi contre une partie de ses sujets, que ce n'est pas un crime d'avoir une manière de penser différente de la sienne, qu'il ne doit pas être surpris de rencontrer parmi les chrétiens plusieurs sectes, lorsqu'on rencontre

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dans les écoles de la Grèce plus de trois cents sectes philosophiques. » Voici avec quelle vigueur de bon sens et de raison il pousse Valens dans ses derniers retranchements : « Il est des bornes où expire le pouvoir de la force. Les décrets et les colères des rois sont forcés d'avouer la liberté des vertus et, par-dessus tout, des sentiments religieux. On commande, on impose les opérations du corps ; mais aux sentiments du cœur, aux actes et aux dispositions de la pensée appartiennent l'indépendance et la souveraineté. Un despotisme insensé a déjà usé de cette violence sur les hommes et, méprisant leur résistance, a prétendu, imposer à tous les opinions d'un seul; mais à quoi a-t-il abouti? En face du.supplice, tous ont dissimulé leurs sentiments véritables, sans se convertir. Ce qui est hypocrite ne saurait durer. Or, une religion née de la crainte et non de la volonté, qu'est-ce autre chose qu'une hypocrisie?»

Un païen d'un si noble caractère a dû naturellement soulever l'animosité du fanatisme religieux, qui, ne pouvant consentir à louer le mérite et la vertu ailleurs que chez les siens, trouve commode de les nier chez ses adversaires. Le jésuite Pétau, qui a donné en 1828 une édition écourtée des Discours de Thémistius, a décrié de toutes ses forces cet écrivain. En sa double qualité de philosophe et d'apôtre de la tolérance religieuse, Thémistius ne pouvait guère espérer l'approbation d'un disciple de Loyola, grand admirateur de la très-sainte inquisition. Mais cette divergence d'opinions n'autorisait nullement le révérend Père à calomnier Thémistius et à l'appeler faussement un .adulateur servile, doué, il est vrai, de quelque savoir. Oui, Thémistius ne ménage pas les félicitations et les éloges aux empereurs, mais il ne loue pas pour louer, ni par esprit de parti, ni par intérêt, comme tant d'autres : il loue pour avoir le droit d'instruire. L'éloge chez lui sert d'introducteur au blâme.

Il résulte de cette appréciation que les œuvres de Thémistius sont loin de mériter l'oubli, et nous serions presque tenté de croire que la rancune religieuse au moyen âge a organisé contre elles la conspiration du silence. On devrait ies mettre entre les mains des princes; le fanatisme y perdrait, mais la civilisation ne pourrait qu'y gagner. Le style de Thémistius est clair, correct, harmonieux, généralement exempt de mauvais goût, quoique un peu apprêté; mais ce qui le distingue surtout, c'est l'énergie et la précision. Saint Grégoire de Nazianze lui a décerné le titre flatteur de Roi du lu parole et ses contemporains celui de l'Orateur bien dlannl.

THÉMISTO s. f. (té-mi-sto — nom mythol.). Crust. Genre de crustacés amphipodes, de la famille des hypérines, comprenant deux espèces, originaires du Groenland.

THÉMISTO, seconde femme d'Athamas, roi de Thèbes. Son époux l'ayant répudiée pour épouser Ino (ou Leucothée), elle en éprouva une telle jalousie, que, pour sa venger, elle conçut le projet de faire périr les enfants d'Ino, Léarque et Mélieerte; mais la nourrice de ces dernière, ayant pénétré son dessein, revêtit de leurs habits les enfants de Thémisto, qui massacra ainsi ses propres 111s, croyant mettre à mort les enfants de sa rivale. Ayant reconnu son erreur, elle s'ôta la vie.

THÉMISTOCLE, général, homme d'Etat, né à Athènes vers 528 av. J.-C., d'un père Athénien et d'une mère étrangère. Il sut de bonne heure faire oublier à son égard les préventions qu'on avait à Athènes contre les enfants de deux races mêlées et montra dès son enfance ce génie inquiet et ardent qui ne peut supporter une fortune vulgaire, méprisant les plaisirs de »on âge et les arts d'agrément pour s'adonner exclusivement aux études qui peuvent rendre propre au maniement des affaires publiques. Il prit une part brillante à la bataille de Marathon (490), fut chargé d'un commandement secondaire dans cette journée et, depuis, se montra triste et pensif, disant à ses amis que les lauriers de Miltiude l'empêchaient de dormir. Cet amour excessif de la gloire etde la célébrité le porta a rechercher uvec ardeur la faveur populaire; mais il rencontra un redoutable adversaire dans Aristide, que ses concitoyens avaient surnommé le Juste. Grave, intègre, austère, épris des formes aristocratiques du gouvernement de Sparte, ce dernier était placé k la tête du parti de l'oligarchie. Ses opinions l'exposaient à de violentes attaques; mais Ses talents et ses vertus lui donnaient un grand crédit sur le peuple. Moins estimable sous le rapport du caractère, Thémistocle représentait cependant bien mieux le génie national et les passions orageuses de la démocratie. Bien mieux que son illustre rival, il comprit les véritables intérêts de sa patrie et montra un sens politique admirable pour en préparer la grandeur. Nommé au commandement de la flotte chargée de soumettre les Iles de la mer Egée qui avaient trahi la Grèce en favorisant les Perses, il termina glorieusement Cette entreprise, commencée par Miltiade. Après que les Athéniens, fatigués des éternelles divisions des deux rivaux d'influence et de popularité, eurent frappé Aristide du ban de l'ostracisme, Thémistocle lit adopter les mesures les plus importantes. Prévoyant, contre l'opinion commune, que la

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défaite des barbares à Marathon n'était que le prélude de plus grands combats, il voulut faire de sa république une puissance maritime, afin de la préparer à tous les événements et lui assurer la prépondérance en Grèce. Il prit occasion de la nécessité de châtier les pirateries des Eginètes, réveilla habilement l'antipathie des Athéniens pour ces rivaux de leur puissance navale et de leur commerce et obtint qu'on affecterait le produit des mines d'argent du mont Lauriuin à la construction de cent trirèmes de guerre. Athènes eut désormais une marine qui s'augmenta de jour en jour. Les forces navales d'Egine furent détruites, ainsi que celles de Corcyre. En servant l'ambition d Athènes, Thémistocle rendait un service signalé à la confédération grecque et purgeait la mer des pirates qui l'infestaient. Mais il fut surtout admirable lors de l'invasion de Xerxès, en faisant consentir les cités de la Grèce à suspendre leurs dissensions pendant la guerre où l'indépendance nationale était menacée, fut l'âme de toutes les opérations et donna à Artémisium l'exemple de l'esprit de concorde et d'union en consentant à ce que le. commandement de la flotte fût déféré au Spartiate Eurybiade, bien que les Athéniens eussent fourni plus de vaisseaux que tous les Grecs ensemble. Quand les confédérés eurent appris que Léonidas avait été tué aux Thermopylas et que Xerxès était maître des passages de terre, ils se déterminèrent à quitter les côtes de l'Eubée pour rentrer dans l'intérieur de la Grèce et concentrer toutes leurs forces à l'isthme de Corinthe, laissant ainsi l'Attique ouverte aux armes des barbares. Au milieu de la consternation publique, Thémistocle Ht embrasser aux Athéniens la résolution la plus généreuse qu'ait jamais adoptée une nation. Interprétant un oracle (évidemment dicté par lui) qui recommandait k ses concitoyens de se renfermer dans des murailles ae bois, il leur persuada de fuir l'esclavage en abandonnant la ville, qu'on ne pouvait songera défendre contre un nombre si prodigieux d'ennemis, en montant sur leurs vaisseaux et en joignant leurs forces à celles des alliés, après avoir mis leurs femmes et leurs enfants en sûreté. En même temps, il faisait généreusement révoquer la loi d'exil portée contre Aristide. Ce fut encore lui qui, malgré la plus violente opposition, détermina les chefs grecs à combattre dans la position avantageuse du détroit de Salamine. On sait que c'est pendant les discussions orageuses qui eurent lieu à ce sujet qu'il désarma la colère d'Eurybiade en prononçant ce mot devenu fameux, au moment ou l'impérieux Lacédémouien levait sur lui son bâton de commandement : Frappe, mais écoute! Il eut la plus grande part à la glorieuse victoire qui sauva la Grèce (480) , releva ensuite Athènes de ses ruines (elle avait été dévastée par les Perses), en fit reconstruire les murs et fortifier le port du Pirée, malgré l'opposition jalouse de Sparte. Il rit prendre encore diverses mesures pour développer la marine d'Athènes, assurer la grandeur politique de l'ambitieuse république et enlever aux Lacédénioniens la prééminence qu'ils avaient en Grèce. Les événements justifièrent la grandeur de ses vues politiques. Les murs de bois devinrent la véritable patrie des Athéniens, et, moins d'un demi-siècle après lui, Athènes s'était placée par sa marine à la tête de la confédération hellénique. Mais les Spartiates, dont il avait blessé l'orgueil et amoindri la puissance et qui, d'ailleurs, étaient les ennemis naturels de la démocratie dans tous les Etats de la Grèce, l'enveloppèrent dans un réseau d'intrigues pour te perdre dans sa propre cité. Lui-même Se rendit odieux par sou faste, son arroganee et ses exactions dans les llos de la mer Egée. Violemment attaqué, il se défendit avec hauteur, prétendit se couvrir de l'éclat de ses services passés, mais il n'en fut pas moins banni par l'ostracisme (475). Les Lacédénioniens voulurent même l'impliquer dans la trahison de Pausanias. Poursuivi de pays en pays, ne trouvant nulle part une retraite sûre, il prit la résolution hardie d'aller chercher un asile auprès d'Artaxerxès, successeur de Xerxès, qui l'accueillit magnifiquement. Il ne rougit pas d'accepter les bienfaits de ces Perses qu'il avait tant de fois combattus; mais du moins il ne ternit pas sa gloire en portant les armes contre sa patrie. Invité par le grand roi it prendre le commandement d'un corps de troupes destiné à agir contre les Grecs, il s'empoisonna pour ne pas être forcé d'obéir (470 av. J.-C.) ; c'est du moins la version de Plutarque. Suivant Thucydide, il mourut de sa mort naturelle.

Le mot de Thémistocle : Frappe, mais écoute, est resté célèbre, comme nous l'avons dit plus haut, et les écrivains le rappellent fréquemment.

Dans un repas auquel assistait le poète Chapelle, un seigneur, après avoir débité quelques nouvelles, vint k parler des po8tes qui avaient la hardiesse de faire des chansons contre quelques personnes de condition, et dit en même temps : « Si je les connaissais, je leur donnerais volontiers vingt coups de canne. « Chapelle, fatigué de ce discours, et, d'ailleurs, impatienté contre ce seigneur qui était son voisin et qui le serrait trop k table, se lève en présentant le dos 'et lui dit : Frappe, mais va-t'en. Cette réponse eut tout le succès de celle de Thémis-

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tocle; le seigneur devint aussi obséquieux qu'il avait été arrogant, et Chapelle put dès lors manger a son aise.

t Mendier n'est pas honte à la cour; c'est toute la vie d'un courtisan. Actif, infatigable, le courtisan ne s'endort jamais ; il veille le jour et la nuit-, guette le temps de demander, comme vous celui de semer, et mieux. Aucun refus, aucun mauvais succès ne lui fait perdre courage. Si nous mettions dans nos travaux la moitié de cette constance, nos greniers chaque année rompraient. II n'est affront, dédain, outrage qui puisse le rebuter. Eeonduit, il insiste; repoussé, il tient bon; qu'on le chasse, il revient; qu'on le batte, il se couche k terre : « Frappe, mais écoute..., » et donne. »

P.-L. Courier.

« Nous ferons volontiers k de moins avancés le sacrifice de notre initiative, pourvu que par leurs mains la révolution s'accomplisse. Nous dirons à Robespierre, comme Thémistocle à Eurybiade : « Frappe, satellite » du gouvernement ; frappe, sycophante de la • dévolution ; frappe, bâtard de Lnyola, Tar- « tufe de l'Etre suprême ; frappe , mais « écoute. «

P.-J. Pkoumion.

TlicmUtndo ( Temistocle ) , opéra italien livret de Métastase, musique de Porpora; représenté k Londres en 174Ï. Cet ouvrage, qui a obtenu un grand succès, renferme les airs suivants : Ch io speri? Ahpadre amato ; Al furor d'avversa sorte; Chi mai d'iniqua Stella; Basia dit; ch' io sono amante; Fra mille furori; Io partili, ma tanto; ContrastO assai piil degno; Non m'abbaglia quel lumpo fuijace; E' spezie di tormenla; Scaglier fra mille un core ; Fu troppo audace, à vero ; Tal ptr altrui diletto! An d'ascoltar già parmi; Qttando parla, e non rispondo; Amtniro quel volto; Oh Dei, cAe dolce incanto; A dispetto d'un leneroa/fetto; Serberà fra c.eppiancora; Di', che a sua vnglia eleggere; L'ire lue sopporto in pace; Ora a danni d'un ingralo : Ah frênaie it pianto imbelle; Di guetta f route un raggio ; An si resti... Onor mi sgrida ; E' dolce vendetta; Non tremar,vassallo indegno ; Aspri rimorsi atroci, et le choeur final : Quando unémula d'invita, suivi d'un airde circonstance, Mai non sarà felice.

THÉMOGNATHE s. f. (té-mo-ghna-te — du gr. tiiêmôn, amas; gnathos, mâchoire), Entotn. Syn. de stigmodére.

THÉNAC, village de Frnnce (Charente-Inférieure), arrond. et a 9 kilom. de Saintes; 837 hab. Carrières qui fournissent des timbres, grandes auges contenant jusqu'à 10 hectolitres.

THÉNAR s. m. (té-nar — grec thenar, paume de la main, et aussi plante du pied. Co mot appartient k la même famille que le sanscrit dhanvan, pays plat, dhanus, arc, courbure, et l'ancien haut allemand tenar, paume de la main; teimi, allemand tenue, aire; anglo-saxon aenu, vallée. Kulin rapporte tous ces termes k la racine sanscrite tan, étendre. Curlius préfère une dérivation du radical l/ten, qui est dans le grec theino, battre, frapper). Anat. Saillie musculaire située k la région antérieure ou palmaire de la main, en dehors, et dont la pointe se termine au pouce.

THÉNAHD (Marie-Madeleine PoRRAiN.dite), actrice française, morte en 1849, dans un âge très-avancé. Elle débuta en 1777 k la Comédie-Française, alla ensuite jouer pendant quelque temps en province, puis reparut au Théâtre-Français, où elle joua avec succès les rôles d'Alzire, de Mérope, de Zelmire, ceux d'amoureuses dans la comédie et devint sociétaire. Plus tard, elle prit les rôles k caractère, dans lesquels elle a établi sa réputation, et se montra surtout très-remarquable dans Mma Abraham, de l'Ecole des, bourgeois, et dans la baronne, de la Fausie Agnès. D'abord un peu froide, elle devint ensuite un modèle par l'expression et la franche allure de son jeu. C'était une sociétaire précieuse, car elle était sans caprice, une femme excellente et pleine de cœur. Elle prit sa retraite, en 182C et perdit la vue dans les dernières années de sa vie.

THÉNARD (Etienne-Antoine Porbaik, dit), comédien français, fils de la précédente, né en 1779, mort k Paris en 1825. Il débuta k la Comédie-Française dans les rôles de valets, puis alla jouer k Lyon en 1806. Ayant débuté do nouveau k Paris en 1807, il fut cette fois très-bien accueilli du public, se trouva, k partir de 1809, chef d'emploi des valets, à la suite de la retraite de Dugazon et de Dazincourt, et fut reçu en 1S10 sociétaire. C'était un acteur tiès-studieux, doué d'une trèsgrande mémoire, d'un organe »gréable, un comique remarquable et de bon goût, qui se montrait aussi pétillant dans le rôle de Figaro que finement rusé dans celui de Mascanlle.

THÉNAHD (Auguste Chkvaukr-Pohrain, dit), connu sous le nom de Thénard jeune ou de Coco-Théiini-.l, acteur, frère du précédent, né a Paris en 1783, mort dans la même ville en 1853. Ses débuts ne furent pas heureux k la Comédie-Française, et sa mère en ressentit un véritable chagrin. Cepemlunt il ne se découragea pas. Fort de sa jeunesse et des cour

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seils de son frère, il tenta au théâtre de l'Impératrice une seconde épreuve, qui réussit. Bien accueilli dans le rôle de Firmin,de Jacques Dumont (1804), il prouva qu'il na manquait ni de comique ni de sentiment. 11 interpréta avec assez de verve et d'entrain les comédies de Picard, de Georges Duval et de d Epagny. L'Odéon le conserva longtemps; iljoua en dernier lien à l'Ambigu-Comique, où il n'eut pas le même succès, et s'en alla mourir à l'hospice.

THENARD (Louise Chkvaliër-Porrain, dite), actrice, sœur des précédents, née k Paris en 1793. Digne élève de sa mère, elle débuta comme soubrette au Théâtre-Français en 1823. Dans l'ancien répertoire, elle interpréta avec succès pendant de longues années : Marinette, du Dépit amoureux; Dorine, de Tartufe ;Cateau, des Précieuses ridicules ; Charlotte et Mathurine, du Festin de Pierre; Zerbinette, des Fourberies de Scapin; Martine, des Femmes savantes; Toinette, du Malade imaginaire ; Lisette , de Turcaret ; Suzanne, de la Mère coupable, etc. Dans la tragédie, elle joua des rôles moins importants: Julie, des Horaces; Elvire, du Cid ; Fulvie, de Cinna; Albine, de Rritannicus ; Céphise, AAndromaque; Elfride, des Vêpres siciliennes; Anaïs, de Mnrie-Sluart, etc. Elle créa ou reprit, entre autres rôles, dans le répertoire moderne : Javotte, du Voyage interrompu; Mme Belmont, de la. Petite. utile; Zoé, du Mari à bonnes fortunes (1824); Justine, de l Agiotage (1826); Mme Florent, des Rendesfous (1831); Marthe, de Louis XI (1833); Loou.-,te, d'Une fête de Néron, etc. A la mort de Mme DeBmousseuux, elle changea d'emploi et devint une excellente duègne, la fée Bougon du bon sens, comme l'appelait volontiers Théophile Gautier. Elle joua successivement: en 1853, la baronne, du Chevalier à la mode; en 185*, Mme Michelin, du Double veuvatje ; Thérèse, de la Jeune femme colère; eu 1855, Marceline, du Mariage de Figaro ; M^e Perrelie, de Tartufe, Mme Abraham, de l'Ecole * des bourgeois; en 1856, la comtesse, du Joueur; Bélise, des Femmes savantes. Elle se retira définitivement du théâtre en 1857, après une représentation de Turcaret donnée à son bénéfice. Elle comptait quarante-cinq ans de service et n'avait jamais quitté notre première scène qu'à l'époque ou elle vécut avec sa mère pour l'entourer de soins pendant sa dernière maladie, Mme Thénard est la plus ancienne pensionnaire de la Comédie-Française; c'est peut-être la doyenne de toutes les actrices de l'Europe.

THÉNARD (Etienne Chevalier- Porrain, dit), chanteur, fils d'August« Thénard, né à Paris en 1808, mort k Bruxelles en 1838. Il joua d'abord au théâtre des Nouveautés, qu'il quitta pour entrer à l'Opéra-Comique, où il se fit remarquer autant par sa voix que par son jeu. Il tenait l'emploi des Elleviou et chantait avec goût. II interpréta beaucoup de rôles, notamment : Armand, des Voilures versées; Finnin, du Maître de Chapelle; M. de Renneville, de la Fête du village voisin ; .Dermont, de la lettre de change; Florville, des Deux mousquetaires; ViotoY, du Concert à la cour; Torellas, de Mazanietlo; Adolphe, de Marie; Alphonse, de Zampa; Léon, du Maçon ; le comte de Mergy, du Pré aux Clercs (1838); le solitaire, de la pièce de ce nom (1832). Il joua aussi le drame par exception et créa sur la même scène, au moment où le choléra faisait déserter les spectacles, Duleau, de Térésa, d'Alexandre Dumas. Thénard chanta pour la dernière fois k Paris dans le Souper du mari, opéra- comique en un acte, de Charles Desnoyer et Hippolyte Cogniard (S* janvier 1833). Engagé au théâtre de Bruxelles, il y resta huit ans. Il venait de répéter encore la veille, quand on apprit qu'il était mort. Des chagrins domestiques avaient déterminé un transport au cerveau.

THÉNARD (Gabrielle- Reine Bousiguks, dame), femme du précédent, née à Paris en 1809, morte en 1861. Issue d'une famille de comédiens, elle se destina de bonne heure au théâtre. Dès ses débuts, elle se lit remarquer au Vaudeville où, sous la direction de M. Etienne Arago, elle joua avec Arnal, Lufont, Emile Taigny, Mme» Brohan et Guillernin. Engagée comme ingénue, elle aborda bientôt les grandes coquettes. Elle créa successivement des rôles dans le Régent, d'Ancelot ; Un an de plus, de Paul de Rock ; Un caprice de grande dame, de Saintine; la Fin d'un bal, de Charles Potron; Aïssé la Géorgienne, de Marie Aycard ; le Dandy, de Léon Laya; les Jours gras sous Charles IX, de Lockroy (1832), etc. On lui reconnaissait un jeu lin et spirituel. Elle eut encore plus de succès k Bruxelles qu'à Paris quand elle interpréta, en 1838, lt Démon de la nuit et Trente ans ou la Femme raisonnable, deux de ses meilleurs rôles. Après la mort subite de son mari, elle quitta brusquement la Belgique et revint jouer au Vaudeville, où elle retrouva les mémos applaudissements.

THENARD (Louis-Jacques), célèbre chimiste français, né à Lu Louptière, près de Nogent-sur-Seine (Aube), le * mai 1777, mort à Paris le 21 juin 1857. Fils aîné d'un simple cultivateur chargé de famille, il quitta le toit paternel à dix-sept ans, avec deux amis d'enfance, pour venir étudier à Paris. Il se proposait d'acquérir le titre de docteur en médecine ; ses deux çainarades voulaient «jeyeqjr

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pharmaciens. Leurs ressources réunies fournissaient un total de 48 sous par jour; quant à leur savoir, il se réduisait aux connaissances acquises dans les leçons qu'avait bien voulu leur donner le curé du village. Déjà aussi habite que prévoyant, Thenara, après s'être logé avec ses deux amis dans une mansarde du quartier latin, confia les fonds communs à la femme d'un porteur d'eau qui habitait la même maison, et assura ainsi l'existence journalière de la petite colonie. La mère Bateau était bonne femme, mais elle exigeait de ses hôtes une sévère exactitude ; quund elle avait desservi, il fiillait attendre au lendemain ou s'adresser ailleurs. < Quelques jours de rude abstinence qu'elle me fit subir, racontait Thénard, me firent contracter une habitude de ponctualité dont je ne me suis jamais départi depuis et qui a ajouté à ma reconnaissance pour cette excellente femme. ■ Thénard s'était empressé de se rendre aux cours gratuits de Fourcroy et de Vauquelin, mais il voulait pratiquer lui-même. Lu difficulté était grande : songer à acheter des appareils et des produits chimiques était impossible ; d'un autre côté, pour entrer comme élève dans un laboratoire, il fallait encore pouvoir fournir une petite cotisation mensuelle, et les là sous quotidiens étaient déjà absorbés par la table et la loyer. Thénard alla bravement trouver Vauquelin et lui proposa ses services comme garçon de "laboratoire. Il ne dut le succès qu'à l'intervention d'une des sœurs du célèbre chimiste qui, présente à l'entretien, dit à son frère : « Tu devrais le garder ; il aiderait dans le laboratoire et surveillerait notre pot-au-feu, que tous tes muscadins laissent trop bouillir. » « Je n'ai jamais été assez ingrat, disait Thénard, pour oublier depuis qu'un pot-au-feu qui bout ne fait que de mauvaise soupe. >

■Trois ans se passèrent ainsi sans apporter le moindre changement à la fortune du futur pair de France, mais son caractère facile et la sagacité de son esprit lui avaient gagné l'affection de son maître. Vauquelin le rit admettre comme professeur dans une institution, puis, songeant déjà à le faire entrera l'Ecole polytechnique comme répétiteur du cours de chimie, il lui confia quelque temps son propre cours sous prétexte d'une absence. Thénard avait en tout conservé les formes provinciales, qu'il n'a 'au reste jamais complètement perdues ; ses premières leçons laissèrent beaucoup k désirer; cependant, à la cinquième, il avait pris un peu d'assurance et déjà osait promener ses regards dans la salle, lorsqu'il aperçut dans un coin Fourcroy et Vauquelin qui souriaient k ses efforts. Cette vue le désarçonna au point qu'il s'enfuit au plus vite. Mais ses deux protecteurs avaient résolu de le faire nommer.

Ses premiers travaux datent de 1799. Un jour Chaptal, ministre de l'intérieur, le fait appeler dans son cabinet, et, sansautre préambule : « Le bleu d'outremer nous manque, lui dit-il ; d'ailleurs, c'est en tout temps un produit fort rare et fort cher, et Sèvres a besoin d'un bleu qui résiste au grand feu. Voici 1,500 francs, va me découvrir un bleu qui remplisse les conditions que j'indique. — Mais, dit Thénard, je... — Je n'ai pas de temps à perdre, reprend Chaptal, va-t'en et apportemoi mon bleu au plus vite. » Un mois après, Thénard avait résolu le problème.

Sa fortune grandit alors rapidement. Vauquelin renonça d'abord pour lui, en 1802, k sa chaire du Collège de France; il fut nommé ensuite successivement : membre du comité consultatif des manufactures; membre de l'Institut, en remplacement de Fourcroy (1810); membre de la Légion d'honneur (18 15); vice-président du conseil supérieur de l'instruction publique; président de la Société d'encouragement et du jury de l'Exposition quinquennale ; doyen de la Faculté des sciences (1821). CharlesXlenl baron en 1825. Après avoir été membre de la Chambre des députés pendant quatre ans (de 1828 k 1832), il rut nommé pair de France en 1832, grand officier de la Légion d'honneur en 1842, et peu après chancelier de l'Université.

Les circonstances de sa nomination au Collège de France méritent d'être rapportées. Un matin, à l'aube du jour, Vauquelin frappe k sa porte : ■ Allons, allons! dit-il, et qu'on se fasse beaul — Qu'y a-t-il ? dit Thénard, en se frottant les yeux appesantis par une longue veillée. — Il y a, répond Vauquelin, que la loi sur le cumul me force à renoncer à ma chaire du Collège de France et que je veux que vous alliez demander ma succession. — Je ne le puis, je ne le dois pas, reprend Thénard. — Dépêchez-vous donc, j'ai pris un cabriolet k l'heure et vous me ruinez avec vos retards. • Thénard fit avec Vauquelm les visites nécessaires et réussit grâce k ce puissant patronage. Son élection à l'Académie exalta son cœur beaucoup plus que sa tête : « Dès que je fus bien sûr, écrit-il, que je pouvais y croire, je fis mon paquet et je partis pour La Louptière. Quelle joie j'allais causer k ma mère ! Pour comble de bmiheur, j'avais dans mon bagage Y Imitation de Jésus- Christ, en gros caractères, où elle pourrait lire sans lunettes. » Au retour, il obtint la main de la petite-fille de Conté, dans la famille de qui il était reçu depuis longtemps avec affection. Il commença dès lors k édifier la grande fortune qui lui a permis plus tard de faire tant de bien. Thénard était toujours resté assejs rude de manières. • Ne faisant.

TITEN

■ dit Flourens, qu'un nombre restreint d'expériences, il les voulait rigoureuses, frappantes, présentées au moment précis. A la plus légère inadvertance, au plus léger mécompte, de rudes bourrasques venaient assaillir les pauvres aides, qui eussent eu la vie bien dure sans les prompts retours de son bon cœur. Un jour, pour consoler un préparateur qu'il venait de malmener rudement, il s'écria devant l'auditoire : « Fourcroy m'en a fait bien d'au- ■ très 1 Cela donne de la promptitude dans » l'esprit. »

Berzélius vint exprès de Stockholm pour le voir et, après l'avoir entretenu quelques instants, sa dirigea vers le Collège de France, où Thénard s'était lui-même rendu pour faire sa leçon. Au bout de quelque temps, Thénard reconnaît dans l'auditoire son visiteur du matin ; il se trouble, balbutie, puis s'écrie : ■ Messieurs, vous allez comprendre mon trouble, M. Berzélius est là. • Les applaudissements éclatèrent, et Berzélius fut obligé de venir siéger près du professeur.

Pendant une de ses leçons à l'Ecole polytechnique, il but, "par inégarde, une gorgée d'une solution de sublimé corrosif. « Messieurs, dit-il, je viens de m'empoisonner, qu'on m'aille chercher des œufs. • Les élèves volèrent de tous côtés pour en rapporter; l'un d'eux, courant jusqu'à la Faculté de médecine et pénétrant duns l'amphithéâtre de Dupuytren : • Thénard, dit-il, vient de s'empoisonner à l'Ecole polytechnique. » Dupuytren dit simplement : « Vous entendez 1 » et il sauta dans un cabriolet. La rentrée de Thénard fut saluée, quelque temps après, par les témoignages du plus vif et plus cordial enthousiasme.

Les découvertes de Thénard qu'on cite le plus souvent sont celles du bleu qui porte son nom et de l'eau oxygénée ; la chimie lui en doit d'autres beaucoup plu3 importantes, puisqu'elles se rapportent aux principes mêmes de la science, et sur lesquelles, pour cette raison, noms insisterons davantage. Ces dernières ont été faites en commun avec Gay-Lussac. Les deux jeunes rivaux s'étaient rencontrés chez Berthollet, à Arcueil, et s'y étaient liés d'une amitié qui ne s'est pas dé- , inentie depuis. Us découvrirent un nouveau I corps simple, le bore. Berzélius venait de dé- I couvrir la propriété que possède le courant i voltafque de séparer les éléments des corps | composés, et Davy avait obtenu le grand prix de l'Institut pour avoir décomposé la potasse ! et la soude au moyen de la pile; Gay-Lussac et Thénard donnèrent bientôt après un pro- ' cédé pour préparer en grand le potassium et i le sodium, par des réactions purement chi- | miques. Leur méthode a depuis été étendue I aux bases terreuses. Leur travail fut publié ' en 1811, sous le titre de Recherches physico- i chimiques. Thénard s'appliquait en même I temps k multiplier les applications industrielles de la chimie; il donna aux peintres | une belle couleur bleue minérale, à base de cobalt, apprit à épurer les huiles d'éclairage ' par la méthode que l'on suit encore aujour- j d|hui, inventa avec Roard un procédé inj:é- i njeux pour la fabrication de la céruse ; avec i d'Arcet, un mastic hydrofuge pour la peiu- I ture k fresque, etc. Dans les dernières an- . nées de sa vie, il institua la Société de se- i cours des amis des sciences, destinée à venir j en aide aux héritiers de ceux que la culture i des sciences n'empêche malheureusement pas ' toujours de tomber dans le dénùment. Son ! Traité élémentaire de chimie théorique et pra- ! tique, dont la première édition date de 1813, t et la sixième et dernière de 1836, a régné ; seul dans les écoles pendant plus de vingt- I cinq ans. On peut dire, avec Flourens, que « presque toute l'Europe a appris de M. Thénard la chimie et que la plupart des grands chimistes français ou étrangers s'honorent aujourd'hui en lui rendant hommage de leur savoir. >

Outre les ouvrages publiés k part que nous avons cités plus haut, on trouve de Thénard, duns le Journal de l'Ecole polytechnique, dans les Annales de chimie, dans les Annales de physique et de chimie et dans le Recueil de l'Académie des sciences, un grand nombre de notes ou mémoires, dont nous citerons les principaux. Ce sont : Notice sur l'acide séb'aeique (1802) ; Recherches sur les oxydes et les sets de mercure (1806), avec Fourcroy ; Notice sur la purification de t'huile de coha ; Notice sur tes tartrates; Sur les phosphates de soude et d'ammoniaque; Sur les oxydes de cobalt et les composés ammoniaco-métalliques ; Sur le nickel; Sur l'oxydation des métaux en général, et en particulier du fer; Sur t'analyse de ta sueur, l'ucide qu'elle contient et les acides de l'urine et du lait; Sur différents éthers; Sur les produits de l'action des muriates métalliques; Sur la décomposition de la potasse et de la soude; Sur t'analyse des matières végétales et animales ; Sur les mordants employés en teinture; Réplique aux mémoires de Davy; Expériences sur le phosphore; Expériences sur le gai ammoniac; Sur l'eau oxygénée; Mémoire sur l'action des acides végétaux sur l'alcool; Mémoire sur la combinaison de l'oxygène avec l'eau et sur les propriétés extraordinaires que possède l'eau oxygénée.

THENARDIE s. f.(té-nar-dl — de Thénard, chimiste fr.). Bot. Genre d'arbustes grimpants, de la famille des apocynées, tribu des éclatées, dont l'espèce type croit au Mexique.

T-HENARD1TE s. f. (té-nar-di-te — 4e Tl\e-

THEN

nard, chimiste franc.). Miner. Sulfate anhydre de soude naturel.

— Eucycl. La thenardite est blanche, sohible dans l'eau, très-efflorsscente. Elle cristallise en octaèdres rhoinboîdaux, groupés les uns sur les autres, et dont la forme primitive est un prisme droit rhombique de 1290- Sa pesanteur spécifique est de 2,73. Soumise k^a calcination, cette substance ne donne pas d'eau. Sur 100 parties en poids, elle en renferme 56 d'acide sulfurique et H de soude. La thenardite n'a encore été trouvée que dans un seul endroit, aux salines d'Espartinas, entre Madrid et Aranjuez, où elle existo en croûtes cristallines au fond de l'eau et où on la recueille pour la fabrication de la soude artificielle.

TllENAUD (Jean), cordeîier et écrivain français, désigné quelquefois, k tort, sous le nom de Tliavoud, né dans l'Angoumois dans la seconde moitié du xve siècle ; on ignore la date de sa naissance et celle de sa mort. Grâce à la protection de Louise de Savoie, il put faire ses études, entra dans l'ordre de Saint-François, prit les grades de maître es arts, de docteur en théologie, et fut élu prieur des cordeliers k Angoulêine. En 1511, il quitta son couvent, se rendit en Palestine et visita diverses contrées du Levant. A son retour, il publia un ouvrage curieux et devenu fort rare, sous le titre de Voyage et itinéraire d'oullre mer (Paris, in-8», sans date). On doit, en outre, au P. Thenaud plusieurs ouvrages restés manuscrits : Lignée de Saturne; la Marguerite de France, histoire du gouvernement français; Traité des divinités poétiques; le Triomphe des vertus, curieux ouvrage allégorique, en trois parties, sorte de pèlerinage de la vie humaine. « Précurseur de Rabelais, dont il a quelquefois la verve, dit ilontlaucon, Thenaud nous fait passer eu. revue, comme le curé de Meudon, les états de la société, les écueits de la vie, les vices et les vertus que l'on doit éviter ou tenter du

. pratiquer. Il y a dans l'exécution du plan de la philosophie, de l'érudition et quelquefois de la profondeur. Le style, pédantesque dans

- les dédicaces, est moins entaché de ce défaut dans le corps de la composition. • Citons en-

I core de lui la Cabale chrétienne, production

; en vers, qui n'offre pas l'intérêt de la prôeé-

1 dente.

THENÇON s. m. (tain-son). Art roilit. Sorte i d'ancienne masse d'armes.

I THÈNE s. m. (tè-ne). Crust. Genre de , crustacés décapodes macroures, de la tribu j des scyllariens, dont l'espèce type vit dans l'océan Indien.

I THENEZAY, village et commune de France (Deux-Sevres), ch.-l. de cant., arrond. et à 15 kilom. N.-E. de Purthunay; pop. aggl., 876 hab. — pop. tôt., 2,340 hab.

THENON, village et commune de France (Dordogne), ch.-l. de cant., urrond. et k 40 kilom. S.'-E. de Périgueux ; pop, aggl., 750 hab. — pop. tôt., 1,854 hab.

THÉNOT (Jean-Pierre), peintre, lithographe, né à Paris en 1803, mort dans la niérae ville en 1857. Elève de l'architecte Thibault, il entra k l'Ecole des beaux -arts où, faute de persévérance, il n'obtint aucun résultat satisfaisant. Cependant, au Salon de 1827, deux ou trois aquarelles d'après nature semblèrent révéler en lui un paysagiste véritable. Elles fureut remarquées et lui valurent des encouragements flatteurs, entre autres les compliments de la duchesse de Berry.dont le bon goût faisait alors autorité. Thénot n'avuit qu'à se laisser aller k ses propres instincts, mais il était d'une nature contemplative et rêveuse et se laissait exclusivement dominer par son imagination. Il ne sut pas se réserver des loisirs futurs dans les bénéfices du présent. Un jour vint où les commandes cessèrent; ses études patientes sur nature ne se vendaient pas. il lui fallut songer k un autre moyen d'existence. C'est ainsi qu'il se mit tour à tour k faire des dessins, des lithographies, des articles de critique k la Gazette de France. Il faut remarquer qu'à notre époque les peintres ne pardonnent guère k un peintre de comprendre autre chose que la peinture 11 advint que le malheureux Thénot perdit peu à peu la confiance qu'avaient inspirée ses aquarelles. Dès lors qu'il écrivait avec goût des critiques sensées et très-indulgentes, il ne pouvait être qu'un peintre insuffisant, tout au plus un amateur. Les marchands ne lui achetèrent plus rien. Ses illustrations, offertes à des prix impossibles de bon marché, furent refusées partout ou k peu près, et il tomba dans une profonde misère. Pierre Thénot pourtant était peintre ; de superbes études te prouvent, entre autres la Forêt de Fontainebleau au temps de Clovis, qui est tout un poème La protection de lu duchesse de Berry l'aurait sauvé peut-être s'il avait pu la conserver ; triste, il se cachait et demeurait seul.

En dehors des articles d'art de la Gazette de France et des dessins, aquarelles, lithographies que l'on retrouve un peu partout, Thénot a laissé : un Essai de perspective pratique (1 826, in-40) ; Cours de perspective (1829); Règle de la perspective mise à la portée de toutes tes intelligences et indispensable pour l'étude du dessin en général (1839). Ce août de bons livres, savants et bien écrits.

THfcNSA ou TENSA s. f. (tain-sa). Antio,

THKO

rom. Char sur lequel on transportait, dans les cérémonies solennelles, les statues de certains dieux, avec tous leurs attributs.

— Encycl. Nous ignorons la forme précise de la thensa. Toutefois, suivant quelques écrivains, c'était un char à deux roues, orné d'ivoire et d'argent et attelé de quatre chevaux de front, 1511e était escortée par les principaux sénateurs en costume officiel et pur les jeunes patrimes, qui tenaient des cordons ou rubans attachés aux côtés (lu char. C'était un devoir sacré d'accompagner la thensa. Auguste, à l'époque où il recherchait encore la popularité, jugea utile de faire partie du cortège et le suivit dans une litière. Si l'un des chevaux tombait, ou qu'un des conducteurs prit les rênes dans la main gauche, il fallait recommencer la procession.

Les seuls dieux que les historiens nomment positivement comme transportés dans les l/iensas sont Jupiter et Minerve. On leur joint d'ordinaire Mars, sur l'autorité de Dion Cussius. Le passage de Dion Cassius, sur lequel on s'appuie dans cette circonstance, dit seulement qu'a la procession des jeux du cirque célébrés en 216 av. J.-C. la statue du dieu Mars tomba à terre. Quant a Denys d'Hulienrnasse, dans sa minutieuse description de la pompe du cirque, il ne parle pas des thensas; il représente les statues des dieux placées sur des espèces de plateaux {fercuta), que des hommes portaient sur leurs épaules. Cicéron, à la tin de son dernier discours contre Verres, s'écrie dans une solennelle invocation: ■ Omnesque dii, qui vehiculis ttiensarum solemnes ccetus ludorum initia ; Et vous tous, dieux, qui, portés sur les Ihensas, ouvre» la pompe des jeux. • Il semble résulter de ces paroles que le nombre des dieux ainsi transportés était considérable. L'un des honneurs les plus exagérés que la flatterie décerna à César fut de décréter que sa statue accompagnerait les images des dieux, dans la pompe du cirque, et non portée sur un fetcutum, c'est-a-dire sur un simple plateau, mais sur une thensa. Cette thensa, dans l'intervalle des fêtes, resta placée au Capitoleet directement opposée à celle de Jupiter. Nous voyons «'liez d'autres nations anciennes des hommages semblables rendus aux

• dieux. Par exemple, dans la curieuse relation que fait Hérodote d'une fête célébrée à Papremis en l'honneur d'une divinité égyptienne que l'historien grec identifie avec Ares, ia statue du dieu est placée dans une chapelle

■de bois ouvragé, que les prêtres traînent sur un char à quatre roues. De même, Athénée, en racontant d'après Callixène de Rhodes la pompe splendide qui se lit à Alexandrie, sous le règne de Ptolémée Philadelphe, parle d'un char de Bacchus qui était d'une beauté et d'un luxe prodigieux, par ta richesse des matières qu'on y avait employées et par l'art consommé avec lequel elles étaient travaillées. Ce char, sur lequel on avait plucé l'image du dieu, était traîné par cent quairevingts hommes. On remarquera que de nos jours on promène les saints dans des châsses et même sur des chars dans la procession do sainte Agathe, h Catane, et dans celle do sainte Rosalie, à Palerme.

THÉO (Cécile PiccOLO.dameVACHKR.dite), chanteuse, née à Paris en 1854. Sa mère, Anna, directricedu café-concert de l'Horloge, aux Champs-Elysées, voulut la soustraire de bonne heure aux chansonnettes graveleuses de son établissement et la mit dans un couvent, où elle reçut une excellente éducation. Elle était bonne musicienne et avait déjà l'instinct du théâtre, malgré la résistance de sa mère pour la détourner de celte carrière. La jeune fille échappa à l'autorité maternelle en se mariant, à l'âge de dix-sept ans, avec un coupeur du tailleur Dusautoy, qu'on appelait M. Théo, par abréviation de son nom de baptême. Libre de suivre son penchant, elle chauta vers cette époque à l'Eldorado, Blonde et vaporeuse, elle avait de belles dents, de grands yeux, le sourire mutin et la voix un peu chevrotante. Il n'en fallait pas tant pour devenir la diva de ce café-concert. Olïenbach la vit et en fut tellement enthousiasmé, s'écria : « Dussé-je dépenser 1,000 francs par jour, je veux la voir avant peu eu possession o'une réputation capable d'amener à mon théâtre les plus brillantes recettes. • Il devinait juste, car, eiiga-

• géa immédiatement à la Kenasisance, elle attira bientôt la foule en créant, te 4 septembre 1873, Catherine, ia Pomme d'api, opérette en un acte de MM. Ludovic Halevy et William Busnach. Elle obtint ensuite un immense succès dans le rôle de Rose Michon, de la Jolie parfumeuse, de MM. Hector Crémieux et Ernest Blum. Elle chantait à, ravir la musique d'Otfenbach et atténuait par des attitudes pleines d'espièglerie les situations les plus risquées. On lui faisait bisser chaque soir les couplets : Je suis chatouilleuse, et on l'applaudissait encore bien davantage lorsqu'elle se cachait derrière le3 demoiselles d'honneur avec de petits airs de colombe effarouchée. Elle n'a pas retrouvé depuis un pareil triomphe. Apres avoir repris aux Bouffes-Parisiens ses deux rôles de Pomme d'api et de la Jolie parfumeuse,. e\\e joua Cupidon, i'Orphée aux enfers, et Résina, de la/Vuicesse de 2'rebisonde. Klle créa avec un succès médiocre les rôles de Manon Lescaut , de M«ie Pontauchoux, de Pilou, des Hannetons, revue ptintaiiièredeMM.GrangéetMillaud(22avril

THEO

1875). Elle réussit mieux en allant interpréter , au mois de décembre, à Bruxelles, jl/me l'Archiduc, avantde répéter aux Bouffes la Boite au lait, de MM. Jules Noriac et Grange, dont le rôle principal fut autrefois créé par M»e Fautin. « Mme Théo, dit M. Félix Jahyer, ne peut sans doute avoir encore l'expérience de la scène, mais la fragilité de son organe m'inquiète, et je lui voudrais voir sacrifier un peu davantage son aimable fantaisie aux exigences de la saine comédie. Elle n'en serait pas moins charmante en épurant son goût. On ne sent pas jusqu'à présent chez cette artiste ce qui devra un jour remplacer fortement la beauté et permettre au charme qu'elle ojière actuellement de se perpétuer. ■ THÉOBALD ou THIÉBAULT, prince bohémien, fils du roi Wladislas 1er. Il vivait au xuo siècle. Son frère, le roi de Bohême Wladislas II, ayant été contraint d'aller demander des secours à l'empereur Conrad en 1142, Théobald reçut la mission de défendre la Bohême et le fit avec succès, malgré la faiblesse numérique de ses troupes. En 1147, en l'absence' de Wladislas qui était parti pour la terre sainte, il reçut la régence du royaume,

?u'il administra avec autant de zèle que do ermeté, et fit prisonnier le prince Sobieslas, qui avait jugé les circonstances favorables pour envahir la Bohême. Frédéric Barberousse invita Théobald, en 1157, à assister à la cérémonie de son mariage, puis l'emmena avee lui dans son expédition de Silésie (1158). Mais ce fut surtout pendant les campagnes d'Itulie que Théobald donna de nombreuses preuves de sa valeur (1162 1163). La guerre terminée, il resta en Italie, où il mourut.

THÉOBALD (Louis), littérateur anglais, né à Sittiugburn (comté deKent). Il vivait au commencement du xvure siècle. Il suivit d'abord la carrière du barreau, qu'il abandonna pour cultiver les lettres. Il publia divers ouvrages poétiques et critiques, mais se fit surtout connaître par ses travaux et ses recherches sur Shakspeare, par l'édition qu'il donna de ses œuvres et par les vives discussions qu'il eut à ce sujet avec Pope. Ce dernier venait de publier une édition des Œuvres de Shakspeare (1725, 7 vol. in-4»), lorsque Théobald publia son Shakspeare restored (1726), dans la préface duquel il relève les fautes dans lesquelles était tombé Pope. Celui-ci s'en vengea en faisant figurerThéobald au premier rang dans sa Dunciade. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en puisant aux sources Théobald avait donné une édition plus correcte que Pope. Le Shakspeare restored a été réédité sous le titre suivunt : Œuvres de Shakspeare, collationnées et corrigées sur les plus anciennes copies, avec des notes par Théobald (Londres, 1762, 7 vol. in-8<>).

THÉOBROME s. m. (té-o-bro-me — du gr.

theos, dieu ; broma, mets). Bot. Nom scieiitilique du genre cacaoybr.

THEOBROMINE s. f. (té-o-bro-mi-ne — rad. théobrome). Chim. Corps découvert dans le cacao ou théobrome.

— Encycl. La théobromine a été découverte en 1841, par Woskresensky, dans le cacao (theobroma cacao). Quelques chimistes la considèrent comme une aminé faible. Pour la préparer, on épuise te cacao par l'eau au bain-marie, on précipite la solution par l'acétate de plomb et l'on fait passer dans la liqueur filtrée un courant d'hydrogène sulfuré. On filtre et on évapore la solution. Le résidu cède à l'alcool bouillant Ja théobromine qui cristallise après le refroidissement. On la purifie par plusieurs cristallisations dans l'alcool. Elle forme des cristaux microscopiques qui se subliment entre 290° et 295». Elle est peu soluble dans l'eau, dans l'alcuol et dans f'éther. Elle forme avec les acides des sels

que l'eau décompose. D'après sa composition,

la théobromine est homologue avec la caféine .

Ci*H8Az*0*. C1BH,0Az*O*.

Théobromine. Caféine ou théine.

Après l'urée, c'est le principe organique le

plus azoté, et non la caféine, comme on le dit

généralement.

THÉOBUTE, hérétique qui vivait au i« siècle de notre ère. Il appartenait à ta religion chrétienne lorsque, s'étant mis sur les rangs pour obtenir le siège épiseopal de Jérusalem, il se vit préférer Siméon. Théobute se sépara alors de l'Eglise et forma un corps de doctrines puisé dans les opinions émises par les diverses sectes juives qui existaient de son temps.

THÉOBUTIEN s. m. (té-o-bu-si-flin). Hisf relig. Hérétique partisan do Théobute.

THÉOCATOGNOSTE s, m. ( té - o - ka - to ghno-ste — gr. theos, dieu; kalagnâsis, condamnation). Hist. eccl. Nom donné p -r Jeaii Damascène & des hérétiques qui condamnaient certaines paroles attribuées il Dieu dans les Ecritures.

THÉOCOLAX s. m. (té-O-ko-laks —du gr.

theos, dieu ; kolax, flatteur). Entom. Genre d'insectes hyménoptères, de la famille des chalcidiens, tribu des spalangiites.

THÉOCRATE s. m. (té-O-kra-te. —V. THÉO- CRATIE). Membre d'une théocratie ; celui qui exerce un pouvoir théocratique.

THÉOCRATIE s. f. (té-o-kra-Sl — gr. theo' kratia; de theos, dieu, et 'kratos, pouvoir). Gouvernement de Dieu ; gouvernement où les

THEC?

chefs sont regardés comme étant les ininis- ( très de Dieu, les interprètes do sa volonté : Le gouvernement de Dieu sous les juijes, et , avant qu'ils eussent un roi, était une véritable ■ théocratie. (Acad.) Jedéteste la théocratie, parce qu'elle revendique la tyrannie nu nom de Dieu, et qu'elle ta perpétue en la sacrant. (Lamart.) LaiBèocRvniiest la source du pouvoir absolu, de t.ième que la liberté et l'égalité on t leur principe dans le droit de l'homme, (Proudhon.)

— Encycl. Dans le monde antique, les Indiens, les Perses, les Ethiopiens, les Egyptiens n ont jamais connu d'uutre forme de gouvernement que la théocratie. Les peuples les moins barbares du nouveau inonde, les Mexicains, les Péruviens, étaient régis par des monarques soumis eux-mêmes à des collèges de prêtres qui les dirigeaient.

Si l'on a cru pendant longtemps que la Grèce antique n'avait jamais été soumise à des législations tbéoeratiques, c'est toutsimplement parce qu'on ne savait pas remonter assez haut dans son histoire. Depuis que la science a réussi à soulever en partie le voile qui recouvre les âges primitifs, on s'est convaincu qu'elle n'avait pas fait exception à une règle qu'on peut regarder comme générale, et qu'elle avait, comme toutes les autres sociétés humaines, débuté dans la vie civilisée par des institutions théoeratiques. « Entre le culte si simple et si grossier, dit M. Guigniaut-, entre l'adoration presque muette des antiques Pélasges, qui ignoraient jusqu'aux noms des dieux, et les légendes développées, les fables religieuses si brillantes dans lesquelles Homère et Hésiode, les premiers, donnèrent à chaque divinité sa généalogie, ses titres et ses honneurs, ses attributs et sa figure visible, il y a nécessairement un état moyen qui a dû frayer le passage entre ces deux époques dont les caractères sont si opposés. Or, cette époque intermédiaire est celle qu'on pourrait spécialement appeler la pi riode du sacerdoce, ■ c'est-à-dire 1 époque théocratique.

Si l'on considère que la théocratie s'est produite partout invariablement dans l'enfance des peuples, qu'elle ne s'est maintenue qu'au milieu de ceux qui n'ont pas dépassé un degré de culture comparativement élémentaire, tandis que le petit nombre des nations qui se sont élevées dans les sphères supérieures de l'intelligeuce en ont au contraire brisé le cadre, devenu trop étroit pour la libre expansion de leur vie intellectuelle, on n'hésitera pas à reconnaître qu'elle est la forme sociale ia moins parfaite.

Mais, malgré cette imperfection relative, elle n'en a pas moins rempli dans le monde une des plus grandes missions. C'est elle qui a créé et organisé les peuples, qui a introduit la civilisation parmi les hommes.

Quand on remonte k l'origine des nations, on les voit naître toutes, sans exception, de la transformation de peuples nomades qui, renonçant à leurs habitudes grossières et violentes et adoptant la vie sédentaire, se font une patrie et posent les premières assises des sociétés civilisées.

Cette transformation ne s'opère jamais qu'avec les plus grandes difficultés. Nonseulement la vie vagabonde a des charmes étranges pour la nature humaine, mais encore les instincts, les sympathies, les habitudes du nomade répugnent essentiellement à toute innovation, à tout changement d'état. Le travail des champs est odieux aux peuples nomades, le labourage leur semble méprisable. L'esprit d'ordre, de prévoyance, de calcul, vertus indispensables aux citoyens d'un Etat civilisé, est, non pas étranger, mais antipathique à des peuplades qui ont toute l'insouciance des enfants. Leur imagination mobile est incapable de se fixer un seul instant sur la même impression, leur humeur légère de s'assujettir à une règle. Les mesures de police les plus simples, les plus élémentaires dans toute société régulière, leur paraissent on joug insupportable. Par la grossièreté de leurs mœurs, ces pleuplades tiennent plus ou moins de la bête. Ou connaît leur imprévoyance : pour cueillir le fruit, elles coupent l'arbre qui le porte. Elles ont un amour désordonné de là variété, une inquiétude qui les force en quelque sorte à changer constamment do place et une passion d'indépendance qui ne connaît aucun frein. Les idées de décence n'entrent pas mieux dans leur tête que celles de gêne ou de règle quelconque. Les passions du sauvage ont la mobilité et la vivacité de celles de l'enfant. Dominé par ses caprices, il agit sans réflexion ; ce n'est que quand il médite une vengeance qu'il est habile à calculer et à, combiner. La faim le rend vorace, cruel ; pour la satisfaire, tout lui est bon ; il se nourrit d'insectes, de reptiles,.d'animaux morts de maladie, des restes de ceux que les bêtes fauves ont déchirés dans les bois. De là des infirmités sans nombre, qu'une hideuse malpropreté aggrave encore.

Sous quelle influence s'opère le passage de la vie errante à la vie sédentaire, condition indispensable de la civilisation ? Cela ne se fait point par la contrainte. Sur des populations nomades, vivant au jour le jour, libres de changer à chaque instant de résidence et de se soustraire ainsi au joug auquel On voudrait les soumettre, la force est sans action. Les Kourdes et les Arabes du désert ont été

vaincus bien, souvent ; mais le vauiqn&ur »,a jamais pu les contraindre par les armes à re: noncer à leurs habitudes nomades. Les pof pulations chasseresses de l'Asie et de l'Amérique ont toujours reculé devant la conquête; elles ont été parfois anéanties par les nations civilisées voisines; on n'a pas réussi par la violence à les attacher au sol. La conquête eût-elle d'ailleurs apporté une fois la civilisation nu milieu de peuplades barbares, il resterait toujours à expliquer comment les conquérants avaient eux-mêmes été civilisés.

Voudrait-on en faire honneur à la réflexion et prétendre que des familles nomades, fatiguées de leurs misères, auraient un jour associé, par un «outrât, leurs intérêts et leurs efforts, et auraient ainsi créé les premières sociétés civilisées? Cette hypothèse, soutenue par Hobbes et parles philosophes-" du siècle dernier, na résiste pas à l'examen. L'histoire n'a conservé aucun souvenir d'associations semblables; elle nous montre partout les hordes barbares en état permanent d'hostilité; et, si parfois elles s'unissent ensemble, ce n'est que momentanément, dans un but déterminé; dès que le but est atteint, le lien qui les avait rapprochées se brise, et chacune d'elles rentre dans son isolement primitif.

.Depuis plus de trois siècles que des voya-

feurs européens ont occasion de visiter et 'observer des peuplades sauvages, on n'en a jamais vu aucune sortir d'elle-même, par ses seuls efforts, par suite d'un travail raisonna* de son état de dégradation. Comment, n'ayant aucune notion ni de la vie civilisée ni par conséquent des avantages qu'elle procure, pourraient-elles concevoir le dessein de faire le sacrifice de leur indépendance et de se soumettre à des lois communes, pour atteindre un but qui leur est entièrement inconnu? • Le spectacle des bienfaits delà civilisation n'en a pas même séduit une seule et ne lui a jamais inspiré le moindre désir d'améliorer sou sort. Les hordes sauvages on barbares qui vivent depuis plusieurs siècles à côté de peuples avancés dans l'industrie et dans la culture intellectuelle ne leur ont emprunté que leurs vices; elles ont constamment' repoussé leurs vertus, leurs sciences et leurs arts, qu'elles paraissent même ne pas comprendre.

L'éducation n'a eu aucune prise sur les sauvages, quelque favorables que fussent les circonstances dans lesquelles 1 expérience en a été tentée. Turnbull raconte qu'un particulier, plein d'humanité et de douceur, essaya d'élever dès l'enfance un garçon et une fllle pris dans une peuplade sauvage. Its furent instruits et soignés avec toute l'attention nécessaire; on ne négligea rien pour les former aux habitudes européennes. A peine eurentils atteint l'âge fixé pour le terme de leur éducation, qu'ils s'affranchirent de toute dépendance, et, jetant les habits auxquels on les croyait accoutumés, ils s'enfuirent dans les bois pour reprendre la vie de leurs amis et de leurs parents. On sait avec quel empressetnent et quelle satisfaction lus divers habitants des iles de l'océan Pacifique amenés en Europe, soit par Cook, soit par Bougain* ville, reprirent les moeurs et les habitudes de leur pays dès qu'ils y lurent rentrés. On peut citer bien d'autres exemples de sauvages do la Nouvelle-Hollande qui uni préféré souffrir de la faim et s'exposer à toute l'inclé-r inence d'un climat rigoureux plutôt que de s'astreindre aux usages des peuples civilisés. La religion seule est capable de dompter l'indépendance irritable et soupçonneuse des iribus primitives, et d'agir assez fortement sur leur imagination pour les subjuguer et les plier à des mœurs nouvelles. Tout autre sentiment que la crainte des puissances supérieures à la nature humaine et le désir égoïste de s'attirer leur faveur resterait sans action sur des hommes qui ne différent des enfants que par la violence de leurs passions brutales; ou du moins nul autre sentiment n'aurait une force suffisante et n'exercerait un effet assea continu pour les retenir dans une vie régulière, contre laquelle leurs instincts grossiers se révoltent.

Que tes peuples nomades qui sont devenus plus tard de grandes nalious ne se soient fixés au sol et n'aient courbé la tète sous l'empire de la loi que vaincus par la religion, c'est ce que prouve ce double fait : d'un côté la forme des législations primitives qui, toutes, se donnent elles-mêmes pour un enseignement direct de la divinité, et d'un autre côté les traditions antiques, qui s'accordent partout à attribuer aux dieux l'invention de l'agriculture et des arts utiles. En Egypte^ Isis, une faucille à la main, présidait aux travaux de la moisson. C'est d'elle que les habitants des bords du Nil avaient appris à filer le lin et à le tisser, à planter I olivier et à extraire de ses fruits une huile savoti-^ reuse. Cérès fut pour les Grecs ce qu'Isis était pour les Egyptiens. Elle inventa 1 agriculture , constitua la propriété des terres, établit les diverses lois nécessaires à. la sécurité et à la prospérité des populations agricoles. L'invention de la culture de la vigne et de la fabrication du vin était rapportée en Egypte à Osiris, dans la Grèce à Bacchus. Cependant il ne faut pas croire que toute espèce de religion soit capable de donner naissance à la civilisation. Nous n'en voulons d'autre preuve que l'état de sauvagerie dans lequel ont persisté une foule de tribus qui ont cependant une religion, un culte et des prô-

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ires qui se prétendent aussi en rapport avec des puissaneessupérieures. S'il suffisait d'une théocratie quelconque pour que la vie policée s'éabîlt, il y a longtemps que les hordes barbares qui errent ou qui végètent encore dans les forets et dans les déserts se seraient fait une patrie et seraient devenues à leur tour de puissantes nations.

La religion ne devient un. principe de civilisation que du moment qu'elle se fonde sur le sentiment inoral. Aussi longtemps que les dieux ne sont conçus que sous la catégorie de la force, c'est-à-dire uniquement comme des êtres plus puissants que l'homme, leur pensée ne peut exercer la moindre influence salutaire sur la conscience. Ces dieux s'inquiètent peu que leurs adorateurs soient bons ou mauvais, bienfaisants ou cruels. Qu'on tremble devant eux el qu'on s'acquitte des redevances qui leur sont dues, cela leur suffit, ils n'en demandent pas davantage ; tout le reste Jeur est indifférent. Et leurs adorateurs, de leur côté, ont rempli tous leurs devoirs envers eux et se sont assurés de leur firotection quand ils ont rendu hommage à eur puissance et qu'ils ont déposé des offrandes sur leurs autels.

Il en est tout autrement dès que les dieux apparaissent, non plus seulement comme des êtres puissants, mais aussi comme des êtres purs et justes. 11 ne s'agit plus alors, pour mériter leurs bienfaits, de les séduire par des présents et des flatteries ; le devoir de leurs adorateurs est de les prendre, en un certain sens , pour modèles et de chercher à être purs et justes comme ils le sont eux-mêmes. Sous l'impression de cette conception de la divinité , les actes violents et cruels sont condamnés comme coupables et les mœurs brutales et grossières comme inconvenantes, tandis qu'une vie paisible, décente , régulière est regardée comme agréable aux dieux, et par conséquent comme nécessaire pour leur plaire et s'attirer leur faveur.

Quand cette conception morale de la divinité s'est emparée de la conscience d'un homme, la civilisation a un apôtre qui, tôt ou tard, la fera triompher. Comment pourraitil ne pas consacrer sa vie tout entière à la propagation, à la réalisation d'une idée dont la vérité le presse et qui, d'ailleurs, comparée aux grossières croyances do ses contemporains, lui parait riche en applications bienfaisantes? Sans doute, cette conception s'alliait encore dans l'esprit des législateurs primitifs à une foule de ces superstitions qui Sont propres a l'enfance de l'humanité. Mais elle était suffisamment claire à leurs yeux pour leur donner un idéal comparativament élevé de la vie humaine, et c'est d'après cet idéal qu'ils entreprirent de transformer les peuplades auxquelles ils appartenaient. Si Moïse prescrivit aux Israélites d'être saints, c'est, il nous le dit lui-même, parce qu'il concevait Dieu comme saint. Zoroastre n'imposa k ses disciples la pureté dans leurs pensées, dans leurs paroles et dans leurs actions, que parce qu'Ormuzd était pour lui un être pur par excellence.

Le point de départ des législateurs primitifs étant une conception de la nature morale de la divinité, leur œuvre fut nécessairement empreinte d'un caractère éminemment religieux. C'est pour la cause de Dieu qu'ils combattirent; ils furent les interprètes de sa volonté auprès des hommes ; ils se regardèrent, tous sans exception, comme appelés par une vocation d'en haut k faire triompher l'ordre moral au milieu de leurs concitoyens.

Déjà Diodore de Sicile, qui avait été frappé de ce fait constant, que toutes les législations primitives se présentent sous la forme d'une révélation, avait eu l'idée d'en chercher une explication psychologique. Tout en reconnaissant que les anciens législateurs auraient bien pu emprunter les noms des dieux pour donner une plus grande autorité à leurs lois sur l'esprit des peuples, il ne tient pas pour impossible qu'ils aient regardé leur intelligence, mise au service de l'humanité, comme animée d'un souffle divin et surnaturel.

Leurs conceptions dépassaient, en effet, à un si haut degré le niveau commun de leur temps, qu'elles les remplissaient eux-mêmes d'étonnement et d'admiration. Peu exercés à l'analyse, ils ne pouvaient suivre les termes moyens par lesquels ils y étaient arrivés. Elles leur apparaissaient comme des idées en quelque sorte étrangères à leur esprit, à la production desquelles ils ne sentaient pas qu'ils avaient pris part. Ils se croyaient forcés, par conséquent, de les rapporter à une puissance supérieure.

L'établissement de la théocratie n'a pas été, comme on le croit d'ordinaire, l'œuvre de castes sacerdotales. Les législateurs primitifs n'ont été nulle part des prêtres. Il est certain, on peut l'affirmer du moins pour ceux des peuples antiques dont les documents positifs nous permettent de reconstruire en partie les âges primitifs, qu'il n'existaitchez eux, avant la transformation qui les fit entrer dans la vie policée, ni prêtres ni castes sacerdotales.

On suit très-bien comment les familles de pasteurs, issues de Jacob, se transformèrent en un peuple d'agriculteurs. Ce changement s'opéra, après la sortie d'Egypte, par les soins de Moïse, ou, si l'on aime mieux, par les efforts réunis d'un certain nombre de législateurs, dont l'œuvre collective s'est personnifiée dans celui qui fut peut-être le plus

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éminent d'entre eux, ou peut-être encore qui donna à leur idée religieuse et sociale sa forme dernière et parfaite. Avant cette époque, il n'y avait point de prêtres en Israël. Chaque père de famille célébrait le culte dans sa maison, entouré de ses enfants et de ses serviteurs. Ni Moïse ni aucun des chefs du peuple qui l'aidèrent dans son entreprise ne se donnèrent pour des prêtres ; ce qui ne les empêcha pas de célébrer eux-mêmes les cérémonies qu'ils établirent ou qu'ils tenaient de leurs ancêtres; c'était un droit qui avait appartenu jusque-là aux pères de famille et qui leur resta longtemps encore après l'établissement du peuple d'Israël dans la terre de Chanaan. Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que la famille à laquelle fut confié le sacerdoce chez les Israélites ne fut pas celle qui s'opposa le moins aux plans du législateur.

Le mazdéisme prit naissance et s'établit dans d'autres conditions que le mosaïsme ; mais il ne fut pas plus que lui l'œuvre d'un sacerdoce. -Zoroastre nous est donné par la tradition antique pour un sage et non pour un prêtre. Un sacerdoce puissant se forma plus tard au milieu des mazdéens; il n'existait pas avant la réforme religieuse et sociale qui fit de quelques-uns des clans de la famille aryen ne un peuple de cultivateurs. Il n'est pas question des mages dans les parties les plus anciennes de l'Avesta. Tout au plus la formation d'une caste sacerdotale chez les mazdéens daterait-elle du père du mazdéisme j on a cependant de bonnes raisons de croire qu'elle lui fut postérieure.

Enfin, si nous portons les yeux sur les origines de la civilisation des Indous, nous serons témoins d'un spectacle analogue. Le Rig-Véda, la première base de cette civilisation, ne parle ni de prêtres ni de caste sacerdotale. Le sacerdoce prit plus tard une pré- Fondérance énorme parmi les peuples de Inde ; mais ce n'est pas sous sa direction qu'ils firent les premiers pas dans .la vie civilisée. Les brahmanes se sont donnés pour les descendants et les héritiers des poètes dont les chants ont été recueillis dans le Rig- Véda; peut-être l'étaieiit-ils, en effet, quoiqu'on n'en ait aucune preuve; mais ces poëtes étaient des guerriers et des chefs de famille; ils n'étaient pas des prêtres-, ils n'appartenaient pas ii une caste sacerdotale ; la division en castes était inconnue de leur temps.

Chez les Hébreux, comme chez les mazdéens et les Indous, les origines de la civilisation remontent au delà de l'époque qui vit se former une classe de prêtres. L'analogie nous autorise à supposer qu'il en fut de même chez tous les autres peuples de l'antiquité dont la civilisation n'a pas été le résultat d'une importation étrangère.

Il est un fait qui peut servir de contreépreuve à la thèse que nous soutenons; c'est que les peuplades sauvages ou barbares au milieu desquelles se trouve un sacerdoce dont elles subissent plus ou moins l'influence ne 8e sont jamais élevées à la vie civilisée. On ne pourrait en citer une seule à laquelle ses prêtres aient cherché à donner une éducation supérieure et qu'ils aient tirée de la barbarie. On a vu des corporations sacerdotales apporter, avec leurs croyances, la civilisation qui leur est propre au milieu de peuplades barbares étrangères. C'est ce que font encore aujourd'hui les missionnaires chrétiens; c'est ce qui eut lieu, sur une vaste échelle, à partir du v siècle de notre ère, dans l'Europe occidentale, avec cette différence toutefois que le clergé catholique n'eut pas besoin de se transporter au milieu des barbares qu'il s'agissait de convertir, les barbares étant venus s'établir dans les lieux mêmes où il avait déjà fait prévaloir son influence. Mais on n'a jamais vu les corporations-sacerdotales appeler k un nouveau mode d'existence les peuplades au milieu desquelles elles dominent ou seulement cherchent à domi uer.

Les civilisations primitives, quelque théocratiques qu'elles soient, ne furent donc pas l'œuvre du sacerdoce. Mais il faut ajouter qu'elles eurent toutes pour conséquence de donner naissance k des castes sacerdotales. C'est un fait qu'il est superflu d'établir; mais, comme il est fondé sur la nature même des choses, il convient d'en indiquer la raison.

Les législations primitives eurent toutes, on l'a déjà vu, une origine divine. Dieu fut censé avoir parlé par la bouche d'hommes privilégiés auxquels il avait fait connaître sa volonté. Leurs instructions restèrent les lois du nouvel ordre de choses. Ecrites ou orales, ces lois eurent besoin, pour être conservées etaussi pourêtreappliquées convenablement, d'hommes exclusivement chargés de ce soin. Pour des lois d'origine humaine, il faut une magistrature laïque ; mais quand i) s'agit d'un code révélé par Dieu, la magistrature à laquelle la conservation et l'application en sont confiées" devient nécessairement un sacerdoce, c'est-à-dire un corps gardien de la loi sainte, continuateur, sinon de la pensée du législateur, qui d'ordinaire s'obscurcit bientôt, du moins de ce qu'on prend pour elle, héritier de sa puissance et du prestige qui entoure sa mémoire, et, comme lui, organe et ministre de la divinité.

Dans les sociétés faites depuis longtemps à la vie civilisée, les rapports sociaux se maintiennent par un effet de l'habitude. Chaque

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génération suit à peu près l'exemple de celle qui l'a précédée. On ne comprend guère que les choses puissent marcher autrement quelles ne vont. Pour empêcher le lien social de se relâcher, le magistrat n'a qu'à réprimer les natures perverses, qui ne sont jamais que des exceptions; il n'a pas à prévenir des regrets et des goûts pour les mœurs de la vie sauvage, dont le retour, s'il était possible, serait, de l'avis unanime, le plus grand de tous les maux. Il n'en est pas ainsi d'un peuple naissant, mal façonné aux nouveautés de la vie civile, encore tout imprégné des souvenirs des temps où ses pères erraient, dégafés de toute contrainte, dans les forêts et les éserts. Que seraient devenues, au milieu d'un tel peuple, des institutions dont le côté moral lui échappait et n'était pas capable de faire une bien vive impression sur son esprit, et dont la contrainte lui était trop sensible pour lui permettre d'en apprécier les bienfaits, s'il n'y avait eu une autorité assez forte pour en garantir l'exécution et pour empêcher tout retour à la vie nomade ? Le législateur mort, son œuvre, abandonnée à ellemême, aurait bientôt disparu. Pour en assurer la durée, il fallut, au moins pendant plusieurs générations, un pouvoir entièrement analogue à celui qu'il avait possédé, puisant sa force dans le même ordre de faits, c'està-dire enseignant et agissant au nom et par l'ordre de Dieu.#Ce pouvoir, condition indispensable de l'existence des institutions théocratiques, dut nécessairement, une fois établi, se continuer et même grandir à mesure que le régime théocratique se consolidait et qu'il prenait plus d'empire sur les consciences.

C'est ainsi que, par la force même des choses, se constituèrent les castes sacerdotales. Elles se retrouvent, sous un nom ou sous un autre, chez tous les peuples soumis au régime théocratique. Ou ne saurait citer une seule exception. Elles ont varié dans leurs formes. En général elles ont été héréditaires ; il y en a eu cependant qui se recrutaient elles-mêmes, soit en appelant dans leur sein des hommes qu'elles croyaient capables do les seconder, soit plus ordinairement en formant des disciples qui restaient dévoués aux intérêts de l'ordre. Mais elles ont eu toutes ce caractère commun de se regarder comme les mandataires de la divinité, les dispensateurs de ses faveurs et les ministres de ses jugements. Ce caractère était une conséquence de la nature même des institutions théocratiques.

Un des caractères les plus frappants des législations théocratiques est l'excès de la réglementation. Il n'est pas un seul acte de la vie humaine, depuis le plus considérable jusqu'au plus humble, qui ne soit déterminé k 1 avance par quelque article de la loi; rien n'est abandonné k l'initiative et k la spontanéité de l'individu. On ne. se contente pas de lui prescrire l'amour de Dieu, la bienveillance pour les autres membres de l'Etat, la commisération pour les pauvres, la veuve et l'orphelin, tous les sentiments, en un mot, qui constituent le domaine propre de la religion. On ne lui commande pas seulement d'éviter les attentats k la vie, à la liberté, à l'honneur de ses concitoyens, ce qui forme la matière des lois civiles et pénales des nations civilisées. On s'attache encore avec non moins d'attention à lui apprendre ce qu'il est permis de boire et de manger, et même de quelle manière les aliments autorisés doivent être préparés ; de quelles étoffes on peut se vêtir et quelle forma il convient de donner aux vêtements; quels sont les soins qu'il faut accorder au corps, quel est le nombre des ablutions, quel doit en être le mode et quels sont les cas qui en nécessitent de particulières.

Le code de Manou, qui a été l'objet d'un travail systématique de classification , est, par cela même, plus propre qu'aucune autre législation de ce genre à nous apprendre jusqu'à quel degré la théocratie crut nécessaire de réglementer l'existence humaine. Cette loi indique à i'Indou de quelle manière il doit manger, boire, se vêtir, vaquer aux soins de l'hygiène et de la propreté, se laver les pieds, se tailler les ongles et les cheveux, prendre un bain et même s'acquitter des fonctions les plus secrètes. Elle lui désigne d'une manière précise les heures du lever et du coucher; elle lui trace les précautions à prendre pour veiller à sa sûreté personnelle, pour se garantir du feu, de l'eau, pour voyager en toute sécurité ; elle énonc"e les droits et les devoirs particuliers de chaque caste et de chaque subdivision de caste, des blanchisseurs, des tisserands, des vachers, etc., etc., des maîtres et des serviteurs; elle désigne les personnes que l'on peut visiter et celles dont il importe de fuir la société ; la manière de se comporter envers ses hôtes suivant leur qualité, le taux du salaire qu'il faut donner à chaque classe de domestiques.

La législation égyptienne avait pris soin de tracer aux rois un programme détaillé. » Les rois d'Egypte, dit Diodore de Sicile, ne pouvaient pas agir selon leur gré. Tout était réglé par des lois, non-seulement leur vie publique, mais encore leur vie privée et journalière. Les heures du jour et de la nuit auxquelles le roi avait quelque devoir à remplir étaient fixées par des lois et n'étaient pas abandonnées à son caprice. Eveillé dès le matin, il devait d'abord recevoir les lettres qui lui étaientenvoyées detoutes parts, afin deprendre une connaissance exauto du tout ce qui

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se passait dans le royaume. Ensuite, après s'être baigné et revêtu des insignes de ta royauté et de vêtements magnifiques, il offait un sacrifice aux dieux... Il y avait un temps déterminé, non-seulement pour les audiences et les jugements, mais encore pour la promenade, pour le bain, pour la cohabitation, en un mot pour tous les actes de la vie. Les rois étaient accoutumés à vivre d'aliments simples, de chair de veau et d'oie; ils ne devaient boire qu'une certaine mesure de vin, fixée de manière à ne produire ni une trop grande plénitude ni l'ivresse ; en somme, le régime qui leur était prescrit était si régulier, qu'on aurait pu croirequ'il étaitordonné, non par un législateur, mais par le meilleur médecin, tout occupé de la conservation de la santé. «

Que penser de ce filet d'ordonnances qui enlace de ses mailles serrées la vie tout entière de chaque individu? Faut-il y voir l'effet d'une tyrannie ombrageuse qui ne veut rien laisser à la libre détermination de l'homme, de peur que l'usage de sa liberté dans les moindres choses ne finisse par lui inspirer le désir de l'indépendance dans les grandes, et un ingénieux moyen de domination qui, habituant l'individu k ne consulter jamais ni sa raison ni sa volonté et à n'agir que sous la , pression d'un commandement étranger, le façonne à n'être qu'un instrument passif entre les mains des ministres de Dieu ? On l'a soutenu bien souvent; rien n'est pourtant plus loin de la vérité. Sans doute, ces ordonnances multipliées servirent plus tard au sacerdoce à tenir les consciences entre ses mains et k assurer sa domination. Mais ce n'est pas en vue de ces effets lointains qu'elles furent imaginées. Cette inflexible et minutieuse réglementation de tous les actes de l'existence fut d'une impérieuse nécessité dans les premiers moments de l'entrée des peuples nomades dans la vie civilisée. Ces peuples n'avaient aucune idée et encore moins l'habitude des devoirs du nouvel ordre de choses dans lequel ils étaient transportés, presque sans préparation et, dans tous les cas, sans une préparation suffisante. Comment les auraient-ils remplis, si on ne leur en avait tracé un programme complet et détaillé ?

Il ne suffisait pas de montrer la route à ces hommes, qui étaient loin encore d'être habitués k leur nouvel état. Il fallait, pour ainsi dire, les prendre par la main et les conduire comme des enfants. On ne pouvait compter . en rien sur leur intelligence, ni sur leurspontanéité, ni sur leur prévoyance. On leur donna pour guide cette multitude de prescriptions qui se retrouvent dans toutes les législations primitives ; elles devaient les empêcher de dévier de la ligne de conduite qui leur était tracée.

On a fait remarquer plus d'une fois que, pour une foule de cas, il n'y a point de proportion, dans les législations théocratiques, entre l'offense et la peine dont elle est frappée. Il est certain qu'un très-grand nombre d'actes, dont les uns constitueraient à peine aujourd'hui un simple délit et dont les autres ne sont que des fautes insignifiantes, parfois même imaginaires, sont punis de la peine capitale. Eaudra-t-il pour cela accuser ces législations d'une excessive rigueur et leur reprocher d'avoir mis l'arbitraire le plus révoltant k la place de lu justice? Oui, sans doute, s'il fallait les juger d'après les sentiments et les conceptions de notre temps. Mais ce n'est pas avec cette mesure que nous avons à les apprécier. C'est en regard des circonstances dans lesquelles elles furent établies et des effets qu'elles étaient destinées k produire qu'il convient de les considérer; et quand on les envisage de ce point de vue, on reste bien vite convaincu que ces offenses légères, insignifiantes, ou même imaginaires pour nous, avaient une très-haute gravité dans les âges théocratiques.

Tout acte qui, inspiré par des souvenirs da la vie nomade, tendait à maintenir ou à faire revivre les mœurs barbares que ces législations se proposaient avant tout de faire oublier portait une atteinte mortelle k l'ordre social qu'il s'agissait d'établir. Il constituait, par conséquent, quel qu'il fût d'ailleurs en lui-même, un crime capital ou, pour mieux dire, un véritable crime d'Etat. Ajoutez que, la loi tout entière venant de Dieu, la transgression du plus petit commandement était une offense envers son divin auteur, tout aussi criminelle que la violation du plus considérable, ou, pour mieux dire, dans une législation théocratique, il n'y a, k proprement parler, ni grand ni petit commandement : ils ont tous une égale importance, à cause de leur origine divine.

Il n'est pas sans intérêt de remarquer que, dans les cas de ce genre, les législateurs semblent avoir eu conscience qu'ils étaient infidèles à leurs principes. Ils ont tous cherché quelque moyen de couvrir leur inconséquence. Chez les Hébreux et les Egyptiens, on eut recours k ce qu'on appelait les sacrifices de substitution. Au coupable qui méritait la mort, on substituuit un animal qui portait la peine méritée par l'offense. Le sang avait coulé, une vie. avait été donnée, la justice était satisfaite, et, après quelques cérémonies qui étaient à la fois l'aveu de son crime et la marque de son repentir, le coupable recevait sa grâce de Dieu, qui se déclarait satisfait.

Que le gouvernement théocratique ait été

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la seule école à laquelle les peuples, dans leur enfance, ont pu se former à îa civilisation, et qu'il ait rendu par là un éminent service à l'humanité, il serait aussi insensé de le nier qu'il serait injuste de ne pas lui en garder une éternelle reconnaissance. Mais une fois que la société s'est assise, que. les sentiments de paix, de conservation, de concorde ont remplacé généralement les instinct* vagabonds, cruels et destructeurs des pasteurs et des chasseurs nomades et indisciplinés ; une fois que les facultés humaines, cessant d'être le jouet des accidents extérieurs, des sens, des passions les plus grossières ou d'une imitation enfantine, se sont accoutumées à n'entrer en jeu, le plus ordinairement, que d'après des croyances fixes, des idées réfléchies, des intérêts sérieux et raisonnables, l'œuvre de la théocratie est accomplie, et il ne lui reste qu'à remettre son autorité en des mains plus capables de diriger le nouvel ordru de choses, ou à remplacer elle-même ses institutions primitives, établies en vue de barbares qu'il s'agissait de former à la vie policée, par d'autres institutions qui soient en rapport avec les nouvelles aptitudes intellectuelles et morales , et avec les conditions d'existence des sociétés dont la civilisation est déjà avancée.

Mais la théocratie ne veut, disons mieux, la théocratie ne peut faire ni l'un ni l'autre. C'est un fait incontestable que les institutions théocratiques, quand elles ne sont pas renversées, après qu'elles ont accompli leur œuvre, ont toujours pour effet inévitable de paralyser les forces vives de l'intelligence et d'enfoncer dans une sorte d'abêtissement les peuples sur lesquels elles font peser leur empire. Le manque absolu de liberté, d'initiative, de personnalité maintient nécessairement l'ignorance, ne permet pas à l'intelligence de dépasser un cercle très-borné, affaiblit les caractères et amène à la suite de ces maux des maux plus grands encore et qui eu sont la conséquence, Ta paresse, la misère, la dégradation inorale. La vie s'éteint peu à peu dans les sociétés où tout est disposé de manière que l'homme n'ait pas à mettre constamment en jeu ses facultés et à les entretenir par le travail, les luttes légitimes et une louable émulation. La monotonie y tue toute initiative; une langueur funeste s'y empare des esprits ; les cœurs s'y dessèchent, parce qu'il n'y a plus pour eux ni joie ni espérance, et la mort spirituelle enveloppe de ses froides ombres aussi bien les maîtres que le vil troupeau d'esclaves qui leur obéit aveuglément.

Ce triste tableau ne convient pas seulement à des civilisations passées, à des nations éteintes depuis des siècles; nous en voyons encore des traces autour de nous. La théocratie n'a pas disparu tout entière du sol de la vieille Europe. Son influence, il est vrai, méine dans les lieux où elle semblerait avoir de profondes racines, est loin d'être toute-puissante; elle y est contre-balancée par les tendances philosophiques, politiques, et littéraires, qui datent de l'époque de la renaissance des lettres et dont les conséquences inévitables doivent être l'émancipation de la conscience individuelle. La lutte est engagée depuis longtemps, au milieu de nous, entre les deux principes contraires ; elle remplit depuis trois siècles noue histoire ; il n'est pas un seul événement de quelque importance qui ne s'y rapporte. On peut prévoir déjà auquel des deux partis restera la victoire.- En attendant, on peut- s'assurer que la prospérité intellectuelle, morale et matérielle de chacun des peuples engagés dans la lutte monte ou baisse dans la même proportion que l'influence théocratique s'affaiblit ou se fortifie. Il en est des sociétés humaines comme des individus. Ce n'est jamais qu'un infiniment petit nombre d'hommes qui, après s'être fait une claire conscience du but de leur existence, s'efforcent volontairement de l'atteindre. Tout le reste, enfant jusqu'aux dernières limites de la vieillesse, n'arrive jamais à la pleine possession de soi-même et suit aveuglément la tradition, Sans s'inquiéter même ni d'en rechercher la valeur, ni de s'assurer au moins qu'elle est un guide sûr et désintéressé. Là où elle est le plus dégagéede préjugés, la foule n'a d'autre mobile qu'un sentiment vague ; elle agit par des entraînements Spontanés, et presque jamais par suite de réflexions bien dirigées. Que ce sentiment la conduise au bien, que ci;s entraînements soient le fait d'une nature généreuse, nous le voulons bien j mais il est évident que l'idéal moral réclame autre chose que ces mouvements irréfléchis, dont l'agent est incapable de se rendre compte et qui ne remplissent pas certainement toutes les conditions contenues dans la notion du devoir.

Il n'en est pas autrement des sociétés humaines. La plupart d'entre elles ne s'élèvent pas plus que la grande majorité des individus au-dessus de ce degré de la vie morale dans lequel tout est du domaine de la spontanéité et du sentiment vague. Les nations que la fermeté de leur génie, la lucidité de leur intelligence, leur caractère bien trempé, et presque toujours aussi quelque heureux concours de circonstances, mettent en état de se posséder et de se rendre capables de se gouverner librement elles-mêmes, sous l'impulsion réfléchie de la conscience et de la raison, sont comparativement aussi rares que les hommes d'élite qui suivent la loi morale, le

sachant et le voulant, sous leur propre responsabilité et avec un entier désintéressement. Ces nations sont les seules qui ne soient pas condamnées à une enfance éternelle. La monde antique n'en a connu que deux, nous voulons parler de la Grèce et de Rome.

De tous les peuples de l'antiquité, les Grecs et les Romains ont seuls parcouru la carrière complète de l'existence sociale. Avantde tomber dans la caducité, ils ont eu un âge viril. Aucune des autres nations antiques ne peut nous offrir un spectacle analogue. Tandis que nous regardons celles-ci presque du même œil que nous considérons des êtres informes qui nous apparaissent comme des jeux de la nature, nous retrouvons l'homme tout entier, tel que nous le concevons, dans le Grec du siècle de Périclès et dans le Romain des beaux temps de la république. Nous n'éprouverions aucune répugnance à être leurs concitoyens ; nous ne concevons pas même la possibilité de nous associer à la vie des Chaldéens ou des Egyptiens de l'antiquité. Il manque à ces peuples théocratiques une foule de choses dont, à notre jugement, l'homme ne peut se passer sans renoncer à ce qui fait la gloire et le bonheur de sa nature. Ces lacunes ne nous frappent pas au même degré, tant s'en faut, chez les Grecs et les Romains. Ce serait, assurément , une exagération de les prendre pour l'expression définitive, absolue de l'idéal de l'humanité; mais, du moins, l'humanité s'est élevée en eux au plus haut point de perfection qu'il lui fût possible d'atteindre dans les temps et dans les circonstances au milieu desquels ils vécurent.

Les Grecs, surtout, nous remplissent d'un sentiment profond d'admiration car le tableau qu'ils nous présentent d'un développement harmonieux de toutes les facultés de la nature humaine. Les Romains .'sur sont inférieurs sous plusieurs rapports, soit que leur génie propre ait été moins complet que celui des Grecs, soit encore paive qu'ils ne se dégagèrent ni aussi vite ni aussi radicalement que ces derniers de toute empreinte théocratique. La Grèce eut le bonheur de s'affranchir de la tutelle de la théocratie et même de l'influence des souvenirs, qu'elle laissa à Rome, précisément au moment où, après l'avoir formée à la vie policée, les institutions sacerdotales n'auraient plus eu désormais d'autre effet que de retenir, que d'étouffer ses admirables facultés. C'est grâce à cet heureux affranchissement, autant au moins qu'aux dons brillantsqu' elle avait reçus de la nature, qu'elle doit d'être devenue la nation la plus remarquable de l'antiquité par ses arts, ses lumières, sa civilisation la plus libérale, la plus attrayante, la plus véritablement sympathique et humaine peut-être qui ait existé depuis le commencement du monde, la patrie d'Homère, de Phidias, de Sophocle, de Platon, d'Aristote.

Si, par quelque fâcheux concours de circonstances, la théocratie n'avait pas fait place, dans la Grèce, à une civilisation d'un ordre supérieur, laissant à la raison humaine la facilité de se développer librement, le génie grec, qui s'est montré, au plus haut degré, capable de sentir et d'exprimer les sentiments les plus vrais et les plus nobles de la nature humaine, retenu dans les puériles conceptions de l'enfance, enfermé dans une sphère d'idées de convention, arrêté par les entraves des constitutions sacerdotales, n'aurait produit, au lieu des œuvres si remarquables de pureté et de maturité qu'il a léguées à l'admiration de la postérité, quedes ouvrages plus semblables à des rêves discordants qu'à des créations d'un esprit maître et sûr de luimême. A la place des chants immortels de l' Iliade et de V Odyssée, les poètes de lu Grèce théocratique n'auraient composé que des poèmes informes dans le genre des poésies du cycle de Charlemagne; Platon n aurait été qu'un Duns Scot parlant grec, Aristote qu'un Simon de Tournay ou qu'un Roger Bacon; la trilogie du Prométhée d'Eschyle n'aurait pas dépassé la hauteur des mystères du moyen âge; Hérodote et Thucydide nous auraient laissé des chroniques dans le genre de celles des religieux de Saint-Dénis ou du Spéculum historiale de Vincent de Beauvais.

THÉOCRATIQUE adj. (té-o-kra- ti-ke — rad. théocratie). Qui appartient, qui a rapport à la théocratie : Les brahmanes, dans l'Inde, ont eu longtemps le pouvoir théocratiqcu. (Volt.) L'uniformité est te propre des gouvernements THÉOCRATIQUES. (Kératry.)

THÉOCRAT1QUEMENT adv. (té-o-kra-tike-man — rad. théocratique). D'une manière théocratique : Etat gouverné thkocratiquement.

THÉOCRATISER v, a. ou tr. (lé-o-krati-zô — rad. théocratie). Soumettre à un pouvoir théocratique : Théocratiser une nation, un peuple. Il Peu usité.

THÉOCRÈNE OU THEOCRENUS, littérateur italien. V. Taguacarne.

THÉOCRITE, poëte bucolique grec, le père et le prince de la poésie pastorale, né à Syracuse vers 290 av. J.-C. Il vécut sous le roi Hiéron le Jeune, qu'il célébra dans ses vers, fut attiré à la cour d'Alexandrie par les libéralités de Ptoléinée Philadelphe et fit partie de la fameuse pléiade. 'De retour en Sicile, il mourut, à ce qu'on croit, dans un âge très-avancé, après la prise de Syracuse

par Marcellus. Il ne reste de lui que vingtneuf idylles et vingt-trois épigrammes {dont douze seulement sont considérées comme authentiques). Parmi ses petits poèmes, on ne compte guère que douze égtogues proprement dites; mais il a répandu dans ses autres tableaux une teinte champêtre qui, sans nuire à l'énergie de son pinceau, donne à ses récits une grâce inimitable. Ses pièces rustiques se distinguent par une naïveté gracieuse et piquante, un naturel exquis, une harmonie, une vivacité de dialogue, un charme de descriptions qui en ont fait le modèle comme le désespoir des poètes bucoliques. Mais on souhaiterait que' la décence n'y fût pas si souvent violée. Dans quelquesunes de ses autres pièces (les Dioscures, la Magicienne, etc.), il s'élève jusqu'au lyrisme de l'épopée. Virgile a imité ses poésies pastorales; mais, malgré la grâce ravissante, la douceur et l'élégance de ses vers, il ne les a pas fait oublier, et l'on a dit avec raison que la victoire est restée indécise entre le cygne de Mantoue et le berger de Syracuse.

t Théocrite, dit M. Léo Joubert, est un poëte savant et naturel, qui connaît à fond toutes les ressources de son art et les dissimule en les employant. Il a les défauts de son temps, mais il les domine et les transforme souvent en beautés. Il ressembler ses contemporains, sans qu'il soit possible de le confondre avec eux. 11 égale presque les poètes des âges classiques, bien qu'il porte les marques incontestables d'un siècle de déclin. En tout, c'est un poète à part, que pourtant l'on jugerait mal si on, le détachait de son époque. Il garda du dialecte sicilien, dialecte dont il trouvait d'excellents modèles dans Epicharme et Sophron, ce qui était inr telligible à tous, et, combinant ce dorien populaire avec le dorieu lyrique de Stésiehore et de Pindare, il se forma un style familier et poétique, abondant, naïf, varié, qui se prêtait à rendre les situations et les sentiments les plus contraires, la querelle des deux pâtres ou la plainte passionnée de Simétba, la chanson du moissonneur ou les dernières paroles de Daphnis, les propos des deux Syracusaines coudoyées dans la foule, ou le chant des femmes d'Alexandrie célébrant la résurrection d'Adonis. Rarement un poëte disposa d'un instrument aussi souple et aussi énergique. Théocrite ne s'en contente pas. 11 s'approprie encore pour ses descriptions épiques la langue d'Homère, et, pour ses essais lyriques, le vieil éolien d'Alcèe et de Sapho. S'il étend une main hardie sur les richesses de l'ancienne poésie, il ne dédaigne pas les artifices de la poésie contemporaine. 11 recherche, comme Callimaque, le contraste des idées élevées et des expressions communes, et il placo des proverbes populaires à côté de périphrases poétiques dignes de Lycophron. Ces savants effets de style ne déplaisent pas chez lui, parce que, au-dessus de cet art alexandrin, oh sent passer un souffle vivifiant d'inspiration, un souffle qui a traversé les grands' bois de chênes de 1 Etna et qui s'est mêlé à la brise marine sur les rivages de Syracuse. > L'édition princeps de Théocrite a paru sans date à Milan ( in-fol. ) vers 1481. Une des principales éditions de ce poète est celle de Boissonade (Paris, 1837). On estime aussi celle d'Ameis (i-ollection Didot), avec une traduction latine et les scolies. Parmi les traductions françaises en prose de cet écrivain, nous citerons celles de Geoffroy (lSOO) et de l.econte de Lisle (1861). Longepierre l'a traduit en vers (1688), ainsi que Servaa de Sugny (1822) et Firmin Didot (1833).

THÉ0D*S1ES s. f. pi. (té-o-dé-zf — gr, theodaisia ; de theos, dieu j dainumi, je partage). Antiq. gr. Fête libyenne en l'honneur de Bacchus.

— Encycl. On sait, parHésychius, que Bacchus était nommé en Crète Theodsesi us. Ainsi les théodssies sont, chez les Cretois, des fêtes enl'honneur de Bacchus. On ignoresi les Cretois observaient dans cette fête les mêmes rites que les autres peuples de la Grèce. En Libye, on associait les nymphes à Bacchus. Il en était peut-être de même en Grèce, mais il est difficile de l'assurer faute d'autorités. Hésychius joint cette fête aux hétochies ; ce qui pourrait faire soupçonner que ces deux fêtes se célébraient ensemble, ou du moins à peu de temps de distance l'une de l'autre, ou bien encore que c'était la même fête sous deux noms différents. Mais, comme, il est parlé des hérochies duns le traité conclu entre les Hiérapytniens et les Priaiuiens, et des théodssies dans celui qui eut lieu entre les Laliens et les Olontiens, nous pensons que ce sont deux fêtes différentes. Le passage d'Hésychius et ce dernier traité sont les seuls documents que nous ayons sur cette fête.

THÉODAMAS ou THIODAMAS, roi des

Dryopes. Il refusa de donner l'hospitalité a Hercule, qui traversait ses Etats avec Déjanire. Le héros , irrité de cette conduite, tomba sur les Dryopes, dont il massacra un grand nombre, tua Théodamas et lui enleva son fils Hyias. Dans cette bataille, Déjanire combattit avec courage et reçut une blessure.

TI1ÉODAT, roi des Ostrogoths d'Italie, neveu de Théodoric, dernier rejeton des Amales, mort près de Ravenne en 536. Amalasonte, mère du deruier roi, Athalaric, l'éleva

sur le trôna en l'épousant (534). Thêodat avait cependant toujours été son ennemi secret, et bientôt après il la fit assassiner. L'empereur Justinien prit le prétexte de venger ce meurtre pour tenter d'arracher l'Italie aux Ostrogoths (535). Le lâche Théodat, plongé dans la débauche, laissa Bélisaire envahir la Sicile et conquérir la basse Italie et Naples. Son armée, indignée, proclama Vitigès, qui le fit poursuivre sur la route de Ravenne et mettre à mort (536). C'était un prince lâche, avare, perfide et cruel^ adonne aux plaisirs. 11 avait reçu dans sa jeunesse une forte éducation, était très-versé dans les lettres grecques et latines, dans la philosophie platonicienne ; mais ses études n avaient eu aucune influence sur sa mauvaise nature. Th. Corneille a pris ce prince pour le sujet d'une dé ses tragédies.

THÉODBBALD, roi d'Austrasie, né en 533j mort en £53. 11 succéda en 547 à sou père, Théodebert I", fut reconnu par les chefs austrasiens malgré sa jeunesse, ne fit rien de remarquable et mourut d'une paralysie. Clotaire 1er, après avoir épousé sa veuve, Wultrade, réunit l'Austrasie à sas Etats,

THÉODEBERT 1er, petit-fils de Clovis, né veis.504, mort en 548. Il succéda (534) à son père, Thierri, comme roi de Metz ou d'Austrasie. Il avait fait preuve d'habileté et de bravoure dès l'âge de dix-huit ans en repoussant une invasion de pirates normands près de l'embouchure de la Meuse et en tuant leur chef Cochiliac. Théodebert faisait la guerre aux Wisigoths, lorsqu'il dut aller prendre possession de son trône, à Metz. Celait un prince actif, entreprenant, libéral envers les églises, ce qui lui a valu de grands éloges de la part de Grégoire de Tours. Appelé en même temps en Italie par Justinien et par les Ostrogoths, il reçut les présents dus deux partis, les trompa dans l'intention de les perT dre l'un par l'autre et de s'agrandir à leurs dépens, puis les combattit successivement, ravagea la Ligurie, d'où il rapporta un immense butin, et se disposait à exécuter les plus vastes projets et à marcher sur Constantinople (déjà même il avait pris le titre d'Auguste, comme on le voit par une de ses monnaies), lorsqu'il se tua à la chasse. Ce prince fut le plus capable et le plus bravé des descendants de Clovis. Le premier de sa race, il fit frapper des monnaies à son effigie.

THÉODEBERT II, roi d'Austrasie, né en 586, mort en 612. Après la mort de son père, Childebert II (596), il gouverna d'abord sous la direction de son aïeule Brunehaut, à laquelle avait été confiée la régence, mais qu il chassa de son royaume à l'instigation dés seigneurs. Celte princesse suscita contre lui Thierry II, roi de Bourgogne, qui le vainquit à Toul et à Tolbiac Livré à Brunehaut, il fut dépouillé des ornements royaux et mis à mort. L'un de ses flls, Sigebert, est regardé comme la tige de la maison de Habsbourg.

THÉODECTE, poète tragique et orateur grec, né à Phasélis (Lycie). Il vivait vers le' milieu du ivo siècle avant notre ère et se rendit à Athènes, où il suivit les leçons d'Isocrate et devint l'ami d'Aristote, qui lui dédia un de ses traités de rhétorique. D'après Quintilien, Théodecte possédait une mémoire prodigieuse. Il mourut, croit-on, à Athènes, âgé de quarante et un ans. Les habitants de Phasélis lui élevèrent une statue sur la place publique. Théodecte composa des discours, des préceptes en vers et cinquante tragédies,parmi lesquelles on cite : Ajax, Œdipe, Alcméon, Hélène, Oreste, PUiloctète, Tydée, Mausole. Il ne reste que de rares fragments de ces compositions.

TU ÉODEL1NDE, reine des Lombards, morte en 625. Elle était fille de Garibald, duc de Bavière, qui la fit élever dans la religion catholique, et elle épousa, en 5S9, le roi des Lombards, Autharic. Elle sut si bien gagner l'affection de se3 sujets, qu'après la mort do son mari (590) les Lombards lui proposèrent d'accepter pour roi le prince qu elle choisirait pour époux. Théodelinde se remaria alors avec Agilulphe, duc de Turin, qui se montra digne de ce choix. Sur les instances de cette princesse, Agilulphe abandonna l'arianisme pour se faire catholique. De cette union naquit un fils, Adaloald, dont Théodelinde eut la tutelle après la mort de son mari, de 614 à 625. Cette princesse exerça le pouvoir avec fermeté et sagesse et mourut emportant les regrets des Lombards.

THÉODEMIR, prince wisigoth, né en Espagne, mort vers 720. 11 était, croit-on, fils ou gendre du roi Egiza. Commandant de la flotte des Wisigoths sous le règne de ce roi, il battit une flotte grecque ^ui ravageait les côtes de l'Espagne (665) et ht subir le même sort à une armée navale de musulmans sous la règne de Witiza (709). Sous Roderic, il assista à la fameuse défaite de Guadalete, qui livra l'Espagne méridionale aux musulmans, appelés dans la péninsule par le comte Julien (7ll), et parvint à sauver une partie de l'armée des Goths en se retirant au delà de la sierra Morena, où il fut élu roi. Poursuivi par Abd-el-Aziz, fils de Mousa, il lutta longtemps avec avantage dans les montagnes, Se rit complètement battre eu descendant dans la plaine de Lorca, parvint à le jeter dans la ville forte d'Orihuela, s'y dé-

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fendit vaillamment et conclut avec Abd-el- Aziz, en T13, un traité honorable et avantageux en vertu duquel il était, moyennant un léger tribut, reconnu souverain de la contrée qu'il occupait. Le calife Walid I«r ratifia ce traité et même exempta du tribut Théodemir, qui régna tranquillement jusqu'à sa mort. La province de Murcie a longtemps porté son nom.

' TIÎEODIA ou MATALA, cap de la Turquie d'Europe, à 52 kilom. S.-O. de Candie, par 3i<>55' de latit. N. et tiou' de longit. E. Ce cap est le point le plus méridional de l'Europe. •

THÉODICÉE a. f. (té.-o-di-sô — du gr.

ïheos, dieu; diké, justice). Justice 'de Dieu^ l| Peu usité.

— Philos. Traité de la justice de Dieu': Toute la théodicék de Leibniz ne vaut pas une expérience de Nottet. (Volt.) Il Partie dé la philosophie qui se rapporte à- Dieu, a'son existence, à> ses attributs. ■' ,

,.' ^-/Encyci. Hist. A première, vue, le mot Ihfîpdicè'e semble la traduction, exacte d'un mot grec'. Pourtant, la théodicée telle qu'on S'entend aujourd'hui était inconnue aux anciens.. En effet, que veut dire ce mot théodicée? Il signifie, si l'on traduit.à la lettre les deux iiiots grecs dont il est composé, justice de Dieu. Les anciens nous, ont laissé des théories, des traités sur la justice de Dieu, sur la Providence, mais ils n'intitulaient pas ces traités théodicée. La recherche des attributs de Dieu, la démonstration de l'existence dé la divinité formaient pour eux le domaine propre de la métaphysique. Plus, tard, lorsqu'une religion nouvelle s'éleva sur les débris dû vieux polythéisme grec et romain, lorsque au-dessus de la raison humaine. les docteurs du christianisme prétendirent placer la révélation divine, la science de Dieu cessa d'être ce Qu'elle était auparavant. À côté de la libre recherche du principe premier, je veux dire a côté de la métaphysique, vint se placer l'interprétation du dogme. La théologie était* créée. Le mot théodicée ne vit le jour qu'au, xvne siècle. Leibniz l'imagina pour le mettre en tête de son traité sur la bonté divine et sur la liberté humaine. Si théodicée veut dire justice de Dieu, traité sur la Providence divine, le livré de Leibniz était bien ùh livre de théodicée; Je contenu n'en excédait pas les limites mêmes du titre, puisque la question générale de là Providence se résout dans ces deux questions particulières : Dieu est-il juste et bon? L'homme est-ii libre? et s'il est libre, comment concilier la liberté humaine avec la prescience divine? Le mot inventé par Leibniz convenait bien à son livre. (Je mot fut longtemps à dévenir populaire. Pendant la fin du' XVIIe siècle et pendant tout le xvwc, on ne le voit pas" apparaître une seule fois, si ce n'est lorsqu'on cite l'ouvrage de Leibniz sur la bonté divine et la liberté humaine.

Tout à coup, au commencement du xrxe siècle, le mot théodicée fut tiré des ténèbres où il gisait, et il devint d'un usage fréquent, à tel point qu'on désigne encore .aujourd'hui par ce nom la partie de la philosophie officielle qui traite dé Dieu et de ses attributs. Voici comment se fit la fortune subite de ce mot. Au commencement du siècle, la philosophie sertsualiste de Locke et de Condillac tenait encore en France le haut du pavé. Laroiniguière, l'ingénieux logicien, l'enseignait à la Sorbonne. On voulut remplacer cette philosophie fine,, précise, exacte, par quelque chose de plus sonore, de plus grandiose, de plus éblouissant. Royer-Uollard et Victor Cousin se mirent à l'œuvre. M. Taina u raconté d'une manière charmante, dans ses Philosophes français du xixB siècle, comment Royei-Collard, qui venait de recevoir, sans l'attendre, une nomination de professeur de philosophie à la Sorbonne, se promenait tout soucieux sur le quai, ne sachant que dire dans ce cours qui lui tombait du ciel, lui qui' n'avait jamais fait de philosophie. 11 rencontre par iiasard, dans 1 échoppe d'un bouquiniste, un petit livre anglais de Dugald-St<swart sur les facultés de l'âme. Il prend le livre, le parcourt, l'emporte précieusement chez lui ; il venait de mettre la main sur ce qui devait être le spiritualisme français au xix« siècle: l'éclectisme était fondé. Pendant plusieurs années, Royer-Collard traduisit et commenta à la Sorbonne les œuvres des Ecossais, de Thomas Reid et de Dugald- Stewart. Son jeune et brillant disciple, Victor Cousin, à peine sorti de l'Ecole normale, lui succéda dans sa chaire de philosophie. 11 entreprit de pousser plus loin l'œuvre du maître et de donner à la France une philosophie nouvelle. Il commença par réfuter Locke et Condillac, et tous les sensualités français et étrangers du xvme siècle. Mais après avoir" remplace ces résultats de l'aualyse condilla-. tienne par une sorte d'idéalisme à la manière de Platon, après avoir disserté avec éloquence sur la liberté , sur les devoirs et les droits de l'homme, il fallait couronner l'œuvre par une théorie sur Dieu et sur les attributs de Dieu. La société au milieu de laquelle Victor Cousin enseignait avait ses exigences; il lui fallait une démonstration en régie de la Providence divine. C'est alors que Victor Cousin, pour donner un nom à cette partie de la philosophie, que jamais avant lui on n'avait séparée de la métaphysique, avec laquelle elle se

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confond en réalité, reprit le mot théodicée, créé par Leibniz. Dans les programmes qu'il publia comme ministre de 1 instruction publique, dans les leçons qu'il fit comme professeur, dans les livres qu'il fit imprimer, le mot théodicée signifie « science île Dieu. » C'était un contre-sens. C'est théologie qui signifie science de Dieu. Le sens du mot théodicée : est beaucoup plus. restreint; il ne s'applique 1 qu'à la science de la Providence, c'est-à-dire à une seule partie de la théologie.

Si Victor Cousin, pour respecter la langue, eût voulu donner à cette partie de son enseignement le seul nom qui lui convint, celui de théologie, le clergé n'eût pas manqué de jeter les hauts cris. On eût vu là une tentative d'usurpation, une immixtion' funeste de la science dans la religion; on eût cru l'arche sainte menacée. Par prudence, Victor Cousin voulut ménager les susceptibilités du clergé et assurer son propre repos; il appela théodicée ses théories sur Dieu, et ce nom leur est resté. Mais ne serait-il pas temps , aujourd'hui que les nécessités du moment sont peut-être moins pressantes qu'il y a quarante ans, aujourd'hui surtout qu'on revendique dans toute son intégrité la liberté de la' pensée, ne serait-il pas temps de remplacer le mot impropre de théodTcëe par le mot propre de théologie, dût-on froisser quelques susceptibilités attardées?

Nous n'exposerons pas ici les principes de la théodicée, comprise dans le sens de théologie rationnelle, parce que le Grand Dictionnaire donne ailleurs les théories métaphysiques relatives à la notion de Dieu. Nous y renverrons nos -lecteurs, et principalement au mot Dieu lui-même.

Théodicée (ESSAIS Dit), par Leibniz (1710). Cet ouvrage, écrit en français, fut composé pour répondre aux difficultés soulevées par Bayle sur l'origine du mal, soit physique, soit moral. Il comprend : un Discours sur la conformité de ta foi avec la raison, des Essais sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal, et deux Appendices , consacrés l'un au livre de Hobbes sur la Liberté, ta nécessité et le hasard, l'autre à celui de liing sur l'Origine du mal. C'est dans cette Théodicée que se trouve exposé et développé l'Optimisme de Leibniz, si bien réfuté par Voltaire dans Candide. « La sagesse infinie du Tout-Puissant, dit Leibniz, jointe à sa bonté immense, a fait que, tout compté, rien ne pouvait être créé de meilleur que ce qui a été créé par Dieu, et, par conséquent, que toutes choses sont harmoniques en perfection et concourent ensemble avec le plus parfait accord, les causes formelles ou les âmes avec les causes matérielles ou les corps, les causes efficientes ou naturelles avec les causes finales ou morales, le règne de la grâce avec le règne de la nature. » Pour bien comprendre l'économie du plan divin, il ne faut pas s'arrêter à considérer exclusivement telle partie, tel moment, tel acte ; il faut embrasser l'ensemble dans le temps et dans l'espace, étendre ses regards au passé et à l'avenir, les. élever au-dessus de notre terre vers ces astres sans nombre que l'on peut supposer habités par des créatures heureuses. Dans cet univers, qui a mérité la préférence divine, Se trouvent comprises les douleurs et les mauvaises actions humaines; niais elles font partie de la série la meilleure et la plus avantageuse qui soit possible. Au poiut de vue métaphysique, le mal a son fondement nécessaire dans la limitation, l'imperfection essentielle des créatures, imperfection qui doifsubsister dans le monde le pli.s parfait; puisque la création n'est pas susceptible d'une perfection infime. Le mal physique ou la souffrance est une punition et une épreuve ; en lant que punition, c'est un bien d'un ordre supérieur, un bien moral; en tant qu'épreuve, non -seulement il sera largement compensé, mais il doit servir à l'accroissement de notre mérite et de notre bonheur. Quant au mal moral ou au péché, rien ne nous autorise à affirmer que la perfection du monde, c'est-àdire la manifestation des attributs de Dieu dans le monde, n'exigeait pas que Dieu permit cet effet du libre arbitre de l'homme. S'il est vrai qu'elle l'exigeait, Dieu non-seulement a pu, mais encore il a dû le permettre, puisqu'il n'aurait pu l'empêcher sans préférer par un choix indigne de sa sagesse un monde moins parfait au plus parfait des mondes.

Tel est le squelette de cette Théodicée, que Fontenelle juge ainsi : ■ Elle suffirait pour représenter Leibniz ; une lecture immense, des anecdotes curieuses sur les livres et les personnes, beaucoup d'équité et même de faveur pour les auteurs .cites, fût-ce en les combattant, des vues sublimes et lumineuses, des raisonnements au fond desquels on sent toujours l'esprit géométrique, un style où la force domine efoù cependant sont admis les agréments d'une imagination heureuse, voilà ses titres de recommandation. » A part les Nouveaux essais sur l'entendement humain, la Théodicée de Leibniz est l'ouvrage qui a le plus fait pour sa gloire. Il est vrai que l'auteur n'a point acquis, grâce à lui, la réputation d'un chrétien très-orthodoxe, mais plutôt celle d'un théiste et d'un moraliste de premier ordre. « On a vu de tout temps, dit-il dans sa préface, que le commun des hommes a mis lu dévotion dans les l'on milites; la solide piété, c'est-à-dire la lumière et

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la vertu, n'a jamais été le partage d'un grand nombre. II ne faut point s'en étonner , rien n'est si conforme à la faiblesse humaine; nous sommes frappés par l'extérieur, et l'interne demande une discussion dont peu de gens se rendent capables. Comme la véritale piété consiste dans les sentiments et dans la pratique, les formalités de dévotion l'imitent et sont de deux sortes : les unes reviennent aux cérémonies de la pratique et les autres aux formulaires de la croyance. Les cérémonies ressemblent aux actions vertueuses, et les formulaires sont comme des ombres de la vérité et approchent plus ou moins de la pure lumière. Toutes ces formalités seraient louables si ceux qui les ont inventées les avaient rendues propres à maintenir et à exprimer ce qu'elles imitent; si les cérémonies religieuses, la discipline ecclésiastique, les règles des communautés, les lois humaines étaient toujours comme une haie à la loi divine pour nous éloigner des approches du vice, nous accoutumer au bien et nous rendre la vertu familière. » Leibniz est loin d'estimer qu'il en soit ainsi. Il n'a pas une meilleure opinion des formules dans lesquelles les religions s'enferment, sans toutefois les mépriser entièrement : • Elles seraient passables,d'it-il, s'il- n'y avait rien qui ne. fût conformé' à la vérité salutaire, quand même toute la vérité dont il s'agit n'y serait pas. > Malheureusement, le plus souvent, les opinions personnelles tiennent la place de la vérité; aussi l'auteur s'est-il proposé, en écrivant sa Théodicée , de dégager Dieu et ses attributs moraux des erreurs accumulées sur cette matière difficile. Outre ce but, des motifs particuliers engagèrent aussi Leibniz à entreprendre sa Théodicée. Il avait fréquemment traité ce sujet dans ses conversations et dans ses lettres; interrogé par beaucoup de personnes sérieuses, il'voulut répondre à toutes les questions en une fois, tout en réfutant Bayie, qu'il admirait : « Je suis d'un autre sentiment, écrivait-il, mais je suis bi-în aise qu'un si beau génie ait fourni l'occasion d'approfondir ces matières aussi importantes que difficiles. ■

Avant d'entamer la discussion sur Dieu et ses attributs, Leibniz donne un Discours sur la conformité de. la foi avec la raison. Il conseille l'emploi delà philosophie dans la théologie. L'objet de la foi, comme. celui de la raison, est la recherche de la vérité. Quoique les vérités qu'elles recherchent ne soient pas du même ordre, elles se touchent par une foule de points notables. >

Le titre complet de l'ouvrage : Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal, en indique suffisamment la distribution. Il se divise en trois parties et se termine par un Abrégé de la controverse réduite à des arguments en forme. Il s'agit de la controverse engagée par Bayle dans son Dictionnaire, et qui avait eu un immense retentissement en i'Yanee , en Allemagne et en Angleterre. On trouve ordinairement, à la suite de la Théodicée, quelques opuscules se rattachant au même sujet ou à des opinions contradictoires ; ce sont : 1° Réflexions sur l'ouvrage que M. Hobbes a publié en anglais, De la liberté, de la nécessité et du hasard; 2° Bemarques sur le Hure Sur l'origine du mal, publié depuis peu en Angleterre; 3° . Causa Dei asserta per justitiam ejus cum exteris perfectiouibus cunctisque actionibus conciliation. Ce dernier opuscule , écrit en latin et que l'on regarde d'ordinaire comme faisant partie intégrante de la Théodicée de Leibniz, en est peut-être le morceau le plus considérable par la valeur, sinon par l'étendue.

La méthode syllogistique, en dépit du dédain de Descartes et de toute l'école cartésienne, était restée en usage parmi les plus grands écrivains du siècle, comme dans les collèges. Leibniz écrivit donc sa Théodicée d'après les règles de cette méthode, ce qui nuit beaucoup à sa valeur littéraire, et partant à son intérêt.

L'auteur de la Théodicée l'a surtout écrite pour s'opposer à l'envahissement des esprits par la doctrine de la nécessité, mise en crédit par Hobbes et Spinoza. C'était, aux yeux de Leibniz, la grande hérésie du xvn<-' siècle, i L'idée mal entendue de la nécessité étant employée dans la pratique, écrit-il, a fait naître ce que j'appelle Fatum mahometanum, le Destin a la turque, parce qu'on impute aux Turcs de ne pas éviter les dangers et de ne pas même quitter les lieux infectés par la peste sur des raisonnements qu'on peut réduire à ces maximes : Tout est écrit; Ce qui est écrit est écrit, etc. Ce qu'on appelle Fatum stoicum n'était pas si noir qu'on le fait; il ne détournait pas les hommes du soin de leurs affaires, mais il tendait à leur donner la tranquillité à l'égard des événements, par la considération de la nécessité, qui rend nos soucis et nos chagrins inutiles. •

Quoi qu'il en soit, Leibniz n'a réellement combattu le fatalisme qu'en lui opposant l'optimisme, et à la place de la formule de Mahomet : « C'était écrit, » il a voulu mettre celle du docteur Pangloss : < Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles! •

La première édition de la Théodicée parut à Amsterdam eu 1710 (1 vol. in-8°) ; une seconde a paru dans le même format en 1713, encore à Amsterdam. La meilleure est la

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troisième, faussement indiquée comme la seconde par Errimann, le savant éditeur de Leibniz, et qui fui publiée à Amsterdam (l vol. in-8°) en 1747, par les soins du chevalier de Jaucourt, augmentée d'une histoire de la vie et des œuvres de Leibniz.

- Tujodicée chrjiieane, par l'abbé Muret. La méthode de ce théologien consisté simplement à exposer successivement l'histoire et la philosophie du dogme. Suivant le dogme à travers les siècles, il cherche à établir qu'il n'est pas un emprunt fait aux traditions antiques ou à la spéculation philosophique, ni un assemblage d'éléments hétérogènes, mais que toujours un, immuable , constant avec luimême, il se montre- infiniment supérieur aux systèmes hérétiques ou philosophiques qui ont voulu le combattre ou l'abolir. Appuyée sur cette base historique, la philosophie du dogme a pour but de lever les difficultés de la raison et de présenter le dogme comme la véritable explication de Dieu, de l'homme et du monde.

Le but évident de l'ouvrage est de combattre le rationalisme sur son propre terrain, et il s'attaque courageusement à forfe partie, à Hegel, Schelling, Lamennais, V. Cousin, Pierre Leroux. Il n'entend pas, par rationalisme, la saine philosophie, qui eherche à reculer sans cesse les limites de la science ; loin de là, il fait une large part à la raison. Riais il prétend prouver que la raison ne suffit pas et qu'elle ne peut se passer de la révélation et de l'histoire.

Quant à la partie didactique de cette théodicée, elle peut se résumer ainsi : ie monde a une cause, et cette cause est Dieu. La création est la manifestation ex-térieure de Dieu. Cet acte d'absolue liberté est essentiellement la production de substances qui n'existaient pas auparavant. La bonté, l'amour, parfaitement désintéressés et par conséquent toujours libres, sont le motif de la création.

Inépuisable dans son principe, aussi indéfinie qu'on la suppose, et dans sa durée, et dans son étendue,, et dans la. multitude des êtres qu'elle renferme, cette création est toujours nécessairement finie ; car sa loi essentielle est le temps, l'espace et le nombre, qui impliquent toujours des bornes. Mais quoique essentiellement finie, elle est digne de Dieu, puisqu'elle est faite à son image. Reproduisant les lois internes de l'être divin par un progrès incessant et continu, elle s'élève sans cesse vers Dieu, et, dans ses êtres les plus nobles, elle tend à s unir à lui de la manière la'plus parfaite, sans jamais se confondre avec lui.

Tel est le résumé de toute la partie positive de l'enseignement de l'abbé Maret; nous disons enseignement, car sa théodicée n'est que la reproduction de leçons faites à la Faculté de théologie de Paris en l'année scolaire 1842-1813.

La Théodicée chrétienne et l'Essai sur le panthéisme de l'abbé Maret s'appuient et se complètent l'un par l'autre. On dirait deux prédications d'une croisade contre le rationalisme et la philosophie universitaire. Mais l'abbé Maret, nous nous plaisons à le constater, tout en rompant vigoureusement des lances contre les rationalistes, joute toujours avec courtoisie.

Théodicée, Etudes sur Dieu, la création et la Providence, par A. de Margerie ( 1865, S vol. in-8<>). Ce livre est un résumé des diverses doctrines philosophiques, des diverses opinions émises par les plus grands esprits. L'auteur, professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Nancy, s'élève surtout contre le panthéisme et rejette toutes les idées émises en dehors d'une intelligence première. Cette étude, qui semble inspirée par les travaux de M. Cousin, est peut-être • trop timide dans la forme et dans la pensée. Elle admet la liberté dans une certaine mesure ; elle n'aborde qu'en tremblant la question du droit à l'erreur et s'empresse d'en montrer le sophisme et le danger. Fénelon et Bossuet semblent les maîtres de M. de Margerie. Avec eux, il attaque vivement l'athéisme ; c'est là sa préoccupation dominante. Il n'a pas assez de foudres pour le matérialisme, ce mot mal défini et mal compris, et se hâte de faire une profession de foi spiritualiste. Malgré ces timidités et ces faiblesses inhérentes à l'école officielle, ce livre est un résumé précieux ; il nous montre les travaux des anciens philosophes, de Descartes, de Bossuet, de Leibniz, de Éénelon, de Hegel. Toute la partie relative aux sciences expérimentales a' une importance réelle. L'ouvrage a été couronné par l'Académie.

THÉ0D1SÈLB, roi des "Wisigoths. V. ThbU-

DISKLK.

THÉODOLITE s. m. (té-o-do-li-te — du gr. tlietiomai, je vois ; dolichos, long. Il est déjà difficile d'appliquer cette étyinologie à l'instrument primitif, qui était un instrument d'arpenteur, sans lunette. Pour le théodolite actuel, qui n'a aucun rapport avec celui-là, on a cherché une autre etymologie : thed, je vois, et ados, route. Elle n'est pas acceptable. Il faut donc reconnaître que théodolite est un mot mal fait). Géod. et astron. Instrument dout on se sert pour mesurer les angles réduits à l'horizon et les distances zénithales. Il Théodolite autographe^ Instrument photographique au moyen duquel on peut lever d-s Wans.

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