‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 57 sur 1042 · V. Balsamon · texte numérisé non relu

V. Balsamon

THÉODORE GAZA ou GAZES, philologuo byzantin. V. Gaza.

THÉODORE HYRTACËNE, rhéteur byzantin, né, croit-on, k Artace, près de Cyzique. Il vivait au commencement du xive siècle et devint surintendant ou doyen des professeurs de rhétorique k Constantinople. C'était un érudit dont le style a une certaine élégance, mais dont les écrits manquent de substanco et ne contiennent ni faits intéressants ni pensées neuves. Nous citerons de lui : trois Monodies ou oraisons funèbres, un Discours de fëlicitation à l'empereur Andronic, un Eloge de saint Anandas te Thaumaturge, Eloge de ta sainte Vierge, mère de Dieu, insères dans les Anecdola de Boissonade; vingttrois Lettres dans les notices et extraits do La Porte du Theil, etc.

THÉODORE MÉTOCHITB, théologien grec, mort eu 1332. V. MétochïTe.

THÉODORE PRODROME, écrivain byzantin. 11 vivuit au commencement du xir» siècle, devint moine et prit alors le nom d'Hllurion. Théodore acquit beaucoup de réputation en composant de nombreux ouvrages sur la théologie, la philosophie, l'histoire, l'astronomie, ta grammaire, etc. Parmi ces ouvrages, généralement médiocres, nous citerons : les Amours de Rhodante et de Dosiclès, roman en vers ïambiques et eu neuf livres, dénué de tout intérêt, publié k Paris (1625, in-8°); Amarante ou les Amours d'un vieillard, dialogue publié avec l'ouvrage précédent ; Comoat des rats et du chat, poème quo Ilgen a publié dans ses Hymnes homériques (Halle, 1796, in-8°) ; Epigrammata, quibus omnia utriusgue Testamenti capila comprehenduntur,eu grec(Bàle, 1536,in-12) ;\' Amitié en exil (Paris, 1549, in-4<>), trad. en vers français par Fagon (Toulouse, 1558, in- 8°), petit drame dans le genre des moralités du moyen âge; De sapientia (Paris, 1608, in-8"); un petit poBme de mille vers adressé k l'empereur E. Comnène et publié par Coraï dans les Aiakta (Paris, 1828), etc.

Théodore et Paulin, comédie lyrique en trois actes, paroles de Desforges, musique de Grétry; représentée aux Italiens le 18 mars 1784. Cette pièce ne réussit point et le compositeur s'opposa k ce qu'on en donnât une seconde représentation. Ayant remarqué que se mélange des personnages nobles et des paysans n'avait pas été heureux, il proposa a Desforges d'exclure les premiers, tout en conservant la donnée première de la pièce. Cet opéra-comique fut remis k ta scène la même année, le 24 juin 1784, sous le titre dô 1' Epreuve villageoise.

THÉODORÉE s. f. (té-o-do-ré — de Théodore de Saussure, botan. suisse). Bot. Genro de plantes, de la famille des composées, tribu des carduacées, formé aux dépens des saussurées.

THÉODORET, écrivain ecclésiastique grec, évêque de Cyr (Syrie), né k Antioche vers 387, mort vers 458. Il reçut une éducation brillante, dirigée surtout vers la philosophie, la théologie et les langues, distribua ses biens aux pauvres après la mort de ses parents et le retira dans un monastère, près d'Apamée. En 423, il fut placé sur le siège épiscopal do Cyr, ville dont il parvint à faire diminuer les impôts et qu'il enrichit de monuments utiles. Doué d'un esprit de tolérance bien rare en tous les temps et surtout k cette époque, il s'attacha k ramener les dissidents k l'orthodoxie par la persuasion, défendit avec chaleur contre les attaques véhémentes de saint Cyrille son ami Nostorius, dont il ne partageait pas cependant les opinions, refusa de souscrire il sa condamnation et fit partie de la minorité des membres du concile d'Ephèsc qui se prononcèrent, en 431, pour la déposition de Cyrille. Vainement, pour ramener la paix entre les deux partis, il proposa qu'où se fît des concessions réciproques; Cyrille refusa toute transaction. Après la mort de ce dernier, son successeur au patriarcat d'Alexandrie, Dioscore, ne se prononça pas seulement contre les nestoriens ; il alla jusqu'à soutenir ouvertement les doctrines d'Eutychès, lança l'anathème contre Théodoret et tint, en 449, le fameux concile désigné par les écrivains ecclésiastiques sous le nom do brigandage d'Ephèse, dans lequel furent déposés Théodoret et plusieurs évêques qm

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avaient condamné les doctrines d'Eutychès au concile de Constantinople en 448. Par suite de cette sentence, l'empereur Théodose 1! exila Théodoret dans un couvent d'Apamée. Ce prélat en appela alors au pape Léon le Grand, qui reconnut son orthodoxie et le releva de sa déposition. Théodose II étant mort sur les entrefiiites (450), Théodoret fut rappelé par M arcien, rétabli dans son siège épiseopal par le concile de Chalcédoine (451), prit pour eoadjuteur Hypatius et passa ses dernières années à s'occuper de travaux littéraires. Ce prélat, charitable, bon, instruit, tolérant, a laissé un grand nombre d'écrits intéressants sur des sujets d'histoire, de controverse, d'exégèse. Ses principaux ouvrages sont : une Histoire ecclésiastique (de 324 à 429), continuation de celle d'Eusèbe, supérieure quant au style, mais qui contient des erreurs chronologiques; elle a été traduite en français par Mathée (Poitiers, 1544); une Histoire des amis de Dieu, qui renferme les vies de cinquante solitaires contemporains; un Traité de ta Providence, traduit en français (1555, in-40, et 1740, in-8<>) ; Histoire abrégée des hérésies et le Mendiant, en trois dialogues {Rome, 1545, in-4°); De la cure des préjuijés des Grecs (Oxford, 1839, iii-S"). On lui doit encore des Commentaires sur une grande partie de l'Ancien Testament et les «pitres ue saint Paul, des Homélies, des Dissertations, 180 lettres intéressantes, etc. Ses Œuvres complètes ont été publiées par le Père Sirmond (Paris, 1642-1684, 5 vol. in-fol.), par L, Sohulze et de Nœsselt (Halle, 1768-1774, 5 vol. in-8°) et par l'abbé Migue (Paris, 1859- 18G0, 5 vol. in-8»).

THÉODOBIAN (Sarkisse-Varsabet), savant arménien, né à Bitlise en 1783. Il vint habiter vers 1803 Constantinople, d'où, après de sérieuses études, il se rendit k Venise pour achever ses études au célèbre couvent des inéchitaristes. En 1809, il reçut les ordres et fut chargé, huit ans après, d'aller dans l'Inde pour recueillir un legs de 2 millions d'un riche Arménien, habitant de Madras, Samuel Moorat, dans le but de fonder un collège pour les enfants pauvres ou orphelins, ses compatriotes. N'ayant pu être mis en possession de cet héritage dans ce premier voyage, il retourna dans l'Inde, en 1824, et cette fois y resta onze années avant de pouvoir toucher ses 2 millions. Il les emporta entin et revint en Italie. Le collège arménien fut fondé à Padoue et prit le nom de son fondateur (1834). L'abbé Théodoriau fut appelé à le diriger. Onze ans plus tard, cet établissement fut transféré à Paris, et ce fut pourThéodorian l'occasion de rendre de nombreux services à ses compatriotes. A la suite de discussions avec les inéchitaristes de Venise, qu'appuyait la cour de Rome, il fut indignement chassé avec trois de ses collègues ue cet établissement, à la création et k la prospérité duquel il avait consacré près de quarante ans de sa vie. Il alla fonder à Grenelle un collège national arménien , qu'on l'obligea de fermer en 1859. Ce fut alors que la dignité d'évêque lui fut offerte par le chef suprême de l'Eglise arménienne ; mais il la refusa pour rentrer dans la vie privée. M. Théodoriau a publié plusieurs ouvrages d'éducation, parmi lesquels nous citerons : le Droit et le devoir et {'Education des enfants, puis il a publié son autobiographie et une Histoire du collège de Samuel Moorat.

TUÉODORIC l«ouTHEUDERICK, roi des

Wifii^oths, fils du grand Alaric, mort en 451. Elu roi après la mort de Wallia (419), il voulut reculer les limites de ses Etats jusqu'au Rhône, assiégea vainement Arles (420) et Narbonne (437), qui appartenaient encore aux Romains, fut repoussé de la première de ces villes par Aélius, de la seconde par son lieutenant Litorius, se vit assiégé, en 438, dans Toulouse par ce dernier, mais battit à son tour l'ennemi et fit prisonnier Litorius, qui fut mis à mort. A la suite de cette victoire, Théodoric se trouva maître du pays jusqu'au Rhône et conclut une paix avantageuse avec les Romains, augmenta ses possessions tant en Espagne que dans les Gaules, et resserra son alliance avec les Vandales en mariant une de ses tilles au fils de Gensério. Lors de l'invasion des Huns, comprenant qu'il était de son intérêt de s'opposer à Attila, il se joignit aux Romains, concourut avec Aétius k sauver Orléans et périt a la fameuse bataille de Châlons-sur-Marne (451). Son fils Thorismond lut succéda.

THÉODORIC II, fils du précédent, roi des Wisigoths, né en 426, mort à Toulouse en 466. Il monta sur le trône en 453 par le meurtre de son frère Thorismond, contribua à l'élévation d'Avitus à l'empire ; vainquit, eu 458, à Peramo, près d'Astoiga, le roi des Suèves, Réchiaire, qui avait renvoyé avec mépris ses ambassadeurs, pénétra au cœur de la Lusitanie, s'empara des Etats de Réohiair.e,àquiil lit trancher la tête et comprima la révolte d'Agiulfe, son lieutenant en Espagne. Vers la même époque, il lit alliance avec Geuséric pour renverser du trône d'Occident Mujorien ; obtint, en 462, Narbonne de Sévère, ou plutôt de Ricimer, qui régnait sous le nom de ce fantôme d'empereur, essaya non sans succès de reculer les limites de ses Etats en remontant vers la Loire et fut à son tour assassiné par son frère Euric. Sidoine Apollinaire, dans une de ses lettres, fait un magnifique éloge de ce prince, qui possédait quelques grandes

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qualités et qui avait eu Avitus pour maître de grammaire et de rhétorique.

TI1ÉOD01UC la Grand, roi des Ostrogoths et fondateur de leur monarchie en Italie, né vers 457, issu de la race royale des Amales. Elevé, comme otage, à la cour de Constantinople, il recueillit une somme d'idées remarquable sur la philosophie, la jurisprudence, la politique et l'art militaire.On assure cependant qu'il ne sut jamais écrire et qu'il se servait d'une lame d'or percée pour signer son nom. Renvoyé à son père Théodomir par l'empereur Léon (473), il lui succéda deux ans plus tard comme roi des Goths, cantonnés alors dans une partie de la Pannonie et de la Mœsie, agrandit ses possessions par suite des concessions de l'empereur Zenon, au rétablissement duquel il avait contribué, et qui lui conféra les titres de patrice et de consul, en même temps qu'il l'autorisait à envahir en son nom l'Italie, soumise alors àOdoacre. En 488, ilconduisitsesOstrogoths dans la' Péninsule, dont il se rendit maître par une suite de victoires brillantes, força Odoaere dans Uaveiine et te fit mettre à mort (493). Il se lit ensuite reconnaître roi d'Italie par l'empereur Auastase et prit les plus sages mesures pour assurer à ce pays la paix ets*la pros- ■ péri té. Chose remarquable , ce barbare se montra pendant ses trente années de règne l'un des plus grands princes qui eussent gouverné Rome depuis les Antonius. Il conserva à Rome et dans chaque ville les magistrats, les tribunaux et le régime municipal, adopta en partie les lois des Romains, leur langue pour tous les actes civils et même leur iiabillement, assura la liberté religieuse et, quoique très-attaché à l'hérésie des ariens, comme tous ceux de sa nation, respecta les privilèges de l'Eglise romaiue et pratiqua la plus large tolérance envers les catholiques. Cependant, sur la fin de sa vie, irrite des persécutions que ses coreligionnaires subissaient en Orient, il envoya le pape Jean 1er k Constantinople réclamer pour eux la liberté de conscience, en menaçant d'user de représailles envers les catholiques italiens; mais le tout se borna à quelques emprisonnements. II n'y eut point, comme on l'a prétendu, un édit de persécution signé de lui. Malgré ses talents pour la guerre, il s'attacha à faire fleurir la paix, le commerce et l'agriculture dans ses Etats, consacra ses trésors à rétablir les cités ruinées par les invasions, obtint de quelques-uns de ses alliés barbares qu'ils rendissent les cultivateurs italiens qu'ils avaient emmenés comme esclaves et repeupla ainsi plusieurs contrées que la guerre avait transformées en déserts. Toutefois, il donnait ses compagnons, les Goths, des privilèges assez étendus qui les plaçaient dans une condition supérieure à celle des Romains. Après la soumission de l'Italie, Théodoric, qui possédait déjà une partie de l'Ulyrie et de la Pannonie, s'agrandit encore de ce côté aux dépens des Bulgares, alla secourir les Wisigoths de la Gaule contre les Francs (508), vainquit le fils de Clovis à Arles et garda pour lui la Ile Narbonnaise, ainsi que l'Espagne, qu'il gouverna quinze ans et qu'il légua à son petit-fils. En même temps, il avait travaillé à se fortifier par des alliances avec les chefs barbares. Olovis lui avait donné sa sœur pour épouse (493), Alaric II avait épousé une de ses filles naturelles, une autre avait été épousée par Gondebaud, roi des Burgundes, etc. Pour l'administration intérieure, il s'aidait du célèbre Cassiodore et avait fixé auprès de lui les hommes les plus remarquables de 'son époque. La loi gothique qu'il promulgua ne modifia pas profondément la loi romaine. En 525, une conspiration se forma contre lui, dans laquelle se trouva impliqué le sénateur Boèce et Symmaque. Oubliant sa modération ordinaire, il les lit tous deux mettre à mort et tomba dans une mélancolie qui le conduisit au tombeau. Son petit-rils Athalaric lui succéda. Son histoire a été écrite par Cassiodore et Joruandès. La ville de Ravenne possède son mausolée. C'est peut-être le seul monument gothique qui reste au monde. Il n'a rien qui rappelle l'architecture hardie et légère à laquelle on donne arbitrairement le nom de gothique et fait plutôt penser aux pesantes constructions des Pelasges.

« Théodoric, dit M. Lebeau, se nommait dans la langue de sa nation Dieterlcb, comme son père Théodomir s'était nommé Diethmar. Les auteurs septentrionaux l'appellent Théodoric de Vérone, parce qu'ayant remporté près de Vérone la victoire qui décida de son établissement en Italie, il aima cette ville, en fit quelquefois le lieu de sa résidence et prit soin de l'embellir. Il avait le teint vif et animé, un air majestueux, une taille avantageuse, le regard serein. 11 était terrible dans sa colère, doux et aimable dans la société, libéral et même maguitique; il n'estimait les richesses que pour les répandre à profusion. Aussi grana politique que grand capitaine, il chercha la paix et sut faire la guerre... Les Goths ne traitèrent pas l'Italie comme les autres barbares avaient traité leurs conquêtes; ils ne touchèrent pas à la condition des personnes. Théodoric ne voulut pas régner en conquérant, mais eu roi. Il honora le sénat ; les charges fuient données aux plus dignes; il protégeait les descendants des maisons nobles et comptait pour services rendus à sa personne ceux que leurs ancêtres avaient rendus à l'Etat. Il déclara que les naturels du pays

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lui seraient aussi chers que ses anciens sujets et qu'il ne donnerait de préférence qu'à ceux qui seraient plus' fidèles à observer la loi:

> Nous détestons, dit-il, les oppresseurs; ce » n'est pas la force qui doit régner, c'est la » justice. Pourquoi établissons-nous des tri- » bunaux, si ce n'est pour désarmer la vio- » Ience ? Vous êtes réunis sous le même em- » pire, que vos cœurs soient unis; les Goths » doivent aimer les Romains comme leurs » voisins et leurs frères, et les Romains doi-

> vent chérir les Goths comme leurs défen- » seurs. »

« Tandis qu'il posait avec netteté, en face de l'empire d'Orient, son indépendance comme roi des barbares, dit M. Amédée Thierry, Théodoric se faisait Romain vis-à-vis des barbares et revendiquait sur eux la suprématie des empereurs. Sans renier la paternité résultant de leur commune origine, il voulait qu'ils le considérassent principalement comme le successeur des Césars et que les Amales devinssent une vraie famille impériale parmi les maisons royales des Germains. Il parlait aux rois ses égaux avec un ton de supériorité paternelle, qui rappelait le langage des anciens maîtres du monde, leur adressant des remontrances, des encouragements, des conseils en faveur de la justice et de la concorde mutuelle, et se servant perpétuellement du grand nom de Konie pour leur inspirer le respect ou la crainte... Vis-à-vis de son peuple et dans l'art de le gouverner, son habileté ne fut pas moins grande. Après l'avoir établi en colonie romaine sur les territoires dont il dépouilla les soldats d'Odoacre et qui faisaient un tiers de l'Italie, il ajouta à cet immense domaine des Goths d'autres confiscations opérées sur la propriété italienne... Enracinés à l'Italie parla propriété, les Ostrogoths s'y multiplièrent. Les sujets d'Odoacre n'avaient formé sur le sol qu'une armée d'occupation, ceux de Théodoric y furent à la fois une armée et un peuple, peuple conquérant et maître, distinct des vaincus par ses lois, par son langage, par sa religion (il était arien) et seul investi du privilège souverain de porter les armes. Théodoric, quoiqu'on ait prétendu le contraire, maintint fermement la séparation des deux races dans ses points essentiels. S'il jugea utile qu'à son exemple les princes et princesses des Ostrogoths fussent élevés dans la connaissance des lettres et des sciences pour apprendre à mieux gouverner les Romains, il défendit au peuple de fréquenter les écoles où il pourrait s'amollir. Son système d'administration fut celui-ci : « Au Romain, les occupations de la » paix ; au Goth, celles de la guerre. »

.TUÉODORIC, chirurgien qui vivait au xme siècle. Disciple de Hugues de Lucques et lui-même chirurgien fort renommé, il ne se consacra pas tout entier à l'art de guérir. Engagé dans l'ordre ecclésiastique, il fut d'abord moine prêcheur et pénitencier du pape Innocent IV; i! devint ensuite évêque à Betonte, puis à Cervia et se fixa enfin à Bologne. On a de lui un ouvrage qui a pour titre : Chirurgia secundum medicationem Hugonis de Lucca (Venise, 1490, in-fol.)

THÉODOBINE s. f. (té-o-do-rine — de Théodore de Saussure, botan. suisse). Bot. Genre de plantes, de la famille des orchidées, dont l'espèce type croît au Brésil.

THÉODOR1NE (Mlle), actrice française. V.

MÉL1NGUE (MmcJ.

THÉODOROS ou THÉODORE II, négous ou empereur d'Abyssinie, né à Cherhié, capitale du district montagneux de Kouara, dans l'Abyssinie centrale, en 1818, mort en 1868. Son père, Hailo Mariam, appartenait k une des familles les plus illustres de la contrée et gouvernait le Kouara en commun avec son oncle lionfou. La mère de Théodoros descendait de l'ancienne famille des empereurs abyssins, laquelle, suivant la tradition, tirait elle-même son origine de Menilek, lil3 du roi Salomon et de la reine de Saba. Le vrai nom de Théodoros était Kuu Kouaruonja. On ne sait rien de sa jeunesse. L'Abyssinie, plongée depuis plus d'un demi-sieele dans une anarchie complète, était devenue le théâtre de guerres sans fin entre les gouverneurs des provinces et les grandes familles féodales. Les trois principaux royaumes, le Tigré, l'Amhara et le Sehoa, avaient conquis chacun une existence indépendante, et, si la tradition accordait encore au possesseur de l'Anihara et de sa capitale Gondar une apparence de suzeraineté sur les rois des deux autres pays, il était cependant besoin d'un homme capable pour rendre cette suzeraineté réelle. Le père et l'oncle de Kassa moururent vers 1839, peu de temps après la défaite que le dernier, guerrier habile et intrépide, avait fait essuyer aux troupes de Méhémet-Ali, vice-roi d Egypte, qui voulait profiter de l'anarchie à laquelle l'Abyssinie était en proie pour faire la conquête de cette contrée. Des parents ambitieux s'emparèrent de l'héritage des deux morts et envoyèrent le jeune Kassa au couvent de Djanker, dans le voisinage du lac Tsaua, afin qu'il y étudiât sous la direction des moines, qui devaient lui inculquer l'amour de la science et le tenir à l'écart de toute idée ambitieuse. Mais, peu de temps après, Mat'o, l'un des chefs insoumis de l'Abyssinie, prit le couvent d'assaut et massacra les élèves qui s'y trouvaient et qui étaient, pour

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la plupart, les fils d'autres chefs. Kassa réussit à échapper à la mort et chercha un asile dans la famille de son oncle. Mais il se vit bientôt après obligé de prendre de nouveau la fuite ; car Gocho, prince de Godscham, remporta sur cette famille une sanglante victoire et s'empara de ses possessions. Kassa se réfugia alors dans les montagnes isolées de Saharo et s'y fit le chef d'une bande de brigands. Lorsqu'il se vit à la tète d'une troupe assez forte, il résolut de s'emparer de la principauté de Dembea, dans l'Amhara, qui était alors gouverné par Menéné, amazone originaire des Gallas, et par Ras-Ali, fils de cette dernière. Au premier engagement, Kassa battit l'armée de ses adversaires, et Menéné lui offrit la souveraineté de Dembea et la main de sa petite-fille. Le vainqueur accepta. Encouragé par ce succès, il visa plus haut encore et entreprit une expédition contre les Egyptiens; mais ceux-ci, plus aguerris que ses soldats, lui firent éprouver une défaite complète. Cependant, la tentative de Menéné et de Ras-Ali pour se débarrasser de lui, en profitant de la position critique dans laquelle il se trouvait, échoua cemplétement et ne fit qu'affermir davantage sa domination sur Dembea, en lui fournissant Un protexte de s'emparer de Gondar, l'antique capitale de l'Abyssinie. Maître de cette ville, il conçut le dessein de rétablir l'unité de l'empiré et de soumettre à son sceptre l'Abyssinie entière. Sa première tentative pour arriver à ce but faillit amener sa perte totale; car Gocho, prince de Godscham, détruisit son armée dans une sanglante bataille et prit possession de Dembea. Une année plus tard, Kassa revint à la tête d'une nouvelle armée, avec laquelle il tua Gocho dans les environs du lac Tsana (1853). Ras-Ali, qui se souleva de nouveau à cette époque, fut aussi réduit à l'obéissance, et Kassa se trouva le souverain incontesté de l'AbysMnie centrale. Il tourna alors ses armes contre Oubié, roi du Tigré, le vainquit dans la bataille de Deraskiô (5 février 1855) et, le lendemain même de la victoire, se fit couronner, par l'abouna ou grand prêtre, ueyous negast z Aithiopiya (roi des rois d'Ethiopie), sous le nom de Théodore II. Un Théodore 1er avait régné en Abyssinie au xve siècle, et Kassa choisit ce nom parce que, d'après une tradition universellement répandue dans la contrée, un Théodore devait rétablir l'ancien empire d'Ethiopie et extirper l'islamisme. Dans l'été de 1855, le royaume de Schoa succomba aussi sous les armes victorieuses du nouveau souverain.

Théodoros s'occupa alors avec la plus grande énergie de la régénération du pays et montra d'abord autant de sagesse comme souverain qu'il avait montré de courage et d'intrépidité comme guerrier. Ce qu'il fallait avant tout, c'était délivrer l'Abyssinie des bandes de voleurs qui infestaient toutes les routes et toute la région des plaines. Par un édit, rendu en août 1855,. il fut ordonné « que chacun devait revenir aux occupations de ses ancêtres, le marchand à son comptoir, le laboureur à sa charrue. » Une extrême sévérité fut déployée pour la mise k exécution de cet édit, et en peu de temps le brigandage fut détruit et la sécurité des routes rétablie. On raconte que les Abyssiniens de Tischba, sur le mont Isagg, se rendirent à cette époque au camp de Théodoros pour lui demander le renouvellement des privilèges que le négous Lalibela avait jadis octroyés à leurs ancêtres pour l'exercice de leur profession. «Quelle est cette profession? demande le négous. — Nous avons été de tout temps, répondirent-ils, voleurs de grand chemin. — Ecoutez, reprit le négous; je vous pardonne les crimes que vous avez commis jusqu'à ce jour et je veux vous fournir l'occasion de devenir d'honnêtes gens. Je vous donne les plaines de Lamge, ainsi que des charrues et des bœufs pour les cultiver. Voulez-vous accepter mon offre? — Certainement non, répondirent-ils, nous nous en tenons à la lettre de l'édit. • Le négous leut accorda aussitôt ce qu'ils lui avaienulemandé et les congédia. Us crurent l'avoir intimidé et s'en retournèrent tout joyeux. Mais, arrivés k la passe étroite de Eerka, ils fuient rejoints par un escadron de neftenia (carabiniers) à cheval, dont le chef leur adressa les paroles suivantes : « Il se peut que le Dégous Labilela vous ait octroyé le privilège de voler sur les grandes routes; mais Claudius, qui était à la fois un saint et un négous, a autorisé les soldats de l'Etat à exterminer les voleurs de grand chemin. Carabiniers, feuli Le brigandage ayant été ainsi exterminé, les routes des caravanes furent rendues praticables et l'on en traça de nouvelles dans toutes les directions, le commerce fut affranchi d'une foule de taxes onéreuses et la douane n'exista plus qu'en trois lieux de transit bien déterminés. Théodoros abolit la coutume barbare de livrer le meurtrier aux parents de la victime, et les criminels furent des lors jugés par les autorités publiques. Des juges de paix furent établis dans les campagnes; l'armée reçut pour la première fois une solde régulière, et les soldats furent obliges d'acheter leurs vivres au lieu de les prendre de force comme autrefois. Une mesure importante, et qui contrastait radicalement avec les usages des pays mahométans environnants fut l'abolition de l'esclavage. Les pauvres furent placés sous la pratection directe du négous, et

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chaque matin tous les malheureux avaient accès auprès de lui et pouvaient lui exprimer librement leurs plaintes. Enfin, une mesure qui couronna toutes les autres fut ta confiscation des biens du clergé, qui avait en sa possession les deux tiers du sol. Théodoros détruisit ainsi le pouvoir et l'influence de cette caste et ouvrit en même temps de nouvelles sources au bien-être des masses.

Deux hommes qui contribuèrent le plus à l'introduction de ces sages mesures turent les Anglais James Bell et Walter M-tealfe Plowden. Ce dernier était arrivé k Gondar en qualité de consul de l'Angleterre ec avait conclu, dès 1849, un traité de commerce avec Ras-Ali. Il avait de bonne heure prévu que Kassa s'élèverait k une haute destinée et il s'était attaché k lui. Il vivait en partie des libéralités du négous et prenait rarement le titre de consul; du reste, le négous s'était refusé à le reconnaître comme consul, disant que, pour affermir son autorité, il fallait que son peuple n'entendît parler d'aucun autre pouvoir que du sien. Bell avait d'abord servi sur la flotte anglaise et était venu en Abyssinie, poussé pur la soif des aventures. Il était tout dévoué k Théodoros, qui en avait fait son confident et l'avait élevé à l'honorable, mais périlleux emploi de. likamankua, c'està-dire qu'il était l'un des quatre officiers qui, dans une bataille, portaient le même costume que le négous, atin de détourner sur eux les coups qui menaçaient ce dernier. Ce fut d'après les conseils de ces deux hommes éclairés que Théodoros fit venir en Abyssinie des ouvriers européens, ainsi que des missionnaires suisses et anglais.

Théodoros , désireux d'entrer en étroite relation avec l'Angleterre, résolut, une fois atTermi sur son trône, d'envoyer une ambassade à la reine Victoria. Plowden écrivit k ce sujet k son gouvernement. Lu réponse de lord Clarendon, alors ministre des affaires étrangères (1856), renfermait les premiers germes du désaccord qui devait refroidir les vifs sentiments d'amitié que Théodoros professait k cette époque pour les Anglais. Clarendon déclarait que la reine était toute prête à recevoir une ambassade abyssinienne, pourvu seulement que l'empereurd'Ethiopie renonçât à ses anciens projets de conquête en Egypte et sur Massaoua. Théodoros répondit que, dans les circonstances présentes, une pareille déclaration signifiait qu'il devait renoncer au droit de représailles vis-à-vis des attaques de l'Egypte ; mais que, quelque irrité qu'il tût, l'amitié qu'il portait aux deux Anglais présents ne se refroidirait nullement. Bien plus, Plowden ayant été tué en 1859, lors d'un soulèvement, il vengea sa mort en faisant massacrer 1,700 rebelles qui étaient tombés entre ses mains. Quelques semaines après, Bell était tué à son tour, et, presque k la même époque, le négous perdait Tsoubedge, son épouse bien-aimée. Dès lors, un changement complet s'opéra dans le caractère de Théodoros, et sa conduite fut désormais plutôt celle d'un despote féroce que celle d'un sage réformamateur. De nombreux soulèvements dans les différentes parties de l'empire, soulèvements réprimés avec une cruauté barbare, contribuèrent sans doute beaucoup k amener et à fortifier cette métamorphose.

Cependant, lorsque, en 1862, l'Angleterre et la France, par I intermédiaire des consuls Cameron et Lejean, renouèrent des relations commerciales avec l'Abyssinie, il montra d'abord les dispositions les plus amicales; mais, dans le cours de l'année 1863, pour des raisons que l'on n'a jamais connues au juste, il chassa du pays le consul Lejean et, peu après, fit emprisonner le consul Caineron et les missionnaires étrangers k Magdala, ville et forteresse de l'Aiimara. Toutes les tentatives faites pour obtenir la liberté des prisonniers demeurèrent. -ans effet, et le gouvernement anglais résolut en lin d'envoyer contre le négous une expédition d'environ 20,000 hommes do troupes indiennes pour la plupart. L'expédition, sous les ordres de Robert Napier, débarqua en décembre 1867 à Zoula, port sur la mer Rouge, et de là pénétra sur le plateau abyssin en. Théodoros avait concentré toutes ses forces devant Magdala, où se livra, le 10 avril 1868, une bataille dans laquelle les Anglais furent vainqueurs. Le négous se retira alors dans la forteresse et renvoya au camp des Anglais les prisonniers européens. Napier n'en exigea pas moins qu'il se rendit sans condition et, comme il ne voulut pas y consentir , donna, le 13 avril, l'assaut à la forteresse. Théodoros, forcé dans ses derniers retranchements, se donna, dit-on, lui-même la mort, tandis que deux de ses fils étaient faits prisonniers; 14,000 Abyssiniens rendirent les armes ; les pertes des vainqueurs furent presque insignifiantes. V. Magdala.

C'est une histoire profondément tragique que celle de ce Théodoros d'Abyssinie. Jamais jusqu'à ce jour l'Afrique n'avait produit un caractère doué d'aussi grandes qualités , de talents aussi remarquables. Mais il devait fatalement succomber aux embarras inextricables dans lesquels l'avaient plongé ses efforts en faveur de la civilisation européenne dans une contrée barbare, entourée presque de tous les côtés de peuplades sauvages et de déserts arides. L'avenir nous dira si le triomphe des Anglais à Magdala n'a pas reculé indéfiniment, sinon anéanti pour jamais, l'espérance do voir un jour l'antique Ethiopie redevenir

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un foyer de lumières pour l'Afrique orientale. A consulter : Lejean, Théodore II et le nouvel empire d'Abyssinie (Paris, 1865).

THÉODOSE, célèbre géomètre grec, né en Bithynie, suivant Vossius ; il vivait au i«r siècle de notre ère. Il est nommé quelquefois Théodose de Tripoli, et on l'a confondu k tort avec un philosophe sceptique de ce nom, qui vivait à la fin du xe siècle de notre ère. On ne sait rien de la vie de ce géomètre, contemporain de Sosigène et de Geininus de Rhodes. Il reste de lui trois ouvrages estimables : Spheric'se, De habilationibus eiDe diebus et noctibus. Le premier, qui a été longtemps classique, a été d'abord traduit par les Arabes; la première édition qui en a paru en Europe, en 1518, a été faite d'après l'arabe. Jean Pena en a donné une nouvelle, grecque et latine, en 1557 ; les dernières ont été publiées l'une k Londres, en 1675, par Isaac Barrou; l'autre, en 1709, k Oxford, par Jean Hunt. Cet ouvrage, divisé en trois livres, a pour objet l'établissement des principes géométriques de l'astronomie sphérique. Le troisième livre est remarquable par plusieurs propositions assez difficiles, que Pappus a cru devoir commenter. Les traités De habitationibus et De diebus et noctibus roulent sur la diversité des mêmes phénomènes célestes observés des divers points de la surface de la terre, et sur les variations du jour et de la nuit aux différentes époques de l'année. Ces deux ouvrages ont été traduits et publiés en 1587 par Jean Auria, géomètre italien. On sait par Strabon (liv. XII) que Théodose avait deux fils qui cultivaient les mathématiques avec succès.

THÉODOSE ou THÉODOSIE (sainte), martyre, née k Tyr, morte à Césarée, en Palestine, vers l'an 308, sous le règne de l'empereur Galère-Maximien. Théodose était issue de parents chrétiens et avait été élevée dans la foi catholique. Elle n'avait pas encore dix-huit ans, lorsque la persécution exercée sur ses coreligionnaires la poussa à confesser publiquement sa foi. Son zèle, dit Baillet, la porta à aller voir les confesseurs prisonniers qu'on.avait menés, les fers aux mains, dans la salle du palais (k Césarée) pour y être jugés.... Les soldats delà garde du gouverneur l'entendirent féliciter les prisonniers de leur bonheur prochain et les exhorter à la persévérance. Ils l'arrêtèrent aussitôt et l'amenèrent devant le gouverneur : c'était un nommé Urbain, ami particulier de l'empereur, aux passions duquel il avait aveuglément dévoué son ministère. Ce persécuteur forcené, que le mauvais succès de ses violences contre les martyrs delà foi catholique n'avait fait qu'aigrir depuis trois ans et demi qu'il était gouverneur de Palestine, n'eut pas pitié de la jeunesse de la pauvre chrétienne. Il ordonna qu'on l 'étendit sur le chevalet, qu'on l'appliquât k la torture la plus cruelle, qu'on lui déchirât les seins avec des ciseaux et des crochets de fer; on ne put arracher de sa bouche ni une plainte ni un "oupir. Alors le gouverneur ordonna de jeter à la mer le corps en lambeaux de cette héroïque fille. C'était, suivant Baillet, le dimanche de l'octave de Pâques de l'an 308 ; suivant saint Eusèbe, le 2 avril.

THÉODOSE (saint), le Cénobinrque, supérieur de tous les cénobites de la Palestine, né à Marisse, petite ville de la Cappadoce, en 423, mort en 528, k I âge de cent cinq ans. 11 reçut de bonne heure, dans l'Eglise, le titre de lecteur, visita sur sa colonne Siméon Stylite, puis se rendit à Jérusalem. Là, il embrassa la vie cénobttique, se livra à toutes sortes d'austérités et devint le certr> d'un groupe d'anachorètes. Il se vit bientôt à même de construire un vaste monastère avec des infirmeries pour les vieillards, les malades, les infirmes et quatre églises. Salluste, évêque de Jérusalem, appréciant ses services, le nomma supérieur de tous les cénobites de la Palestine. Sous l'empereur Anastase, il fut exilé pour n'avoir pas voulu adopter l'hérésie d'Êulychès ; mais, après la mort de ce prince, il put retourner dans son monastère, où il termina ses jours. L'Eglise l'honore le il janvier.

THÉODOSE I« (Flavius), dit le Grand, empereur romain, né à Cauca (Espagne), en 346, mort près de Milan le 16 janvier 395, Il était fils de Théodose, général qui avait rendu de grands services en combattant en Espagne et en Afrique. Ce fut sous les ordres de son père qu il fit ses premières armes. S'étant signalé par ses talents militaires dans maints combats contre les barbares, Théodose fut nommé, en 374, commandant militaire de la Mésie, qu'il préserva d'une in-' vasion des Sarmates. En 376, son père ayant été injustement décapité à Cannage, par ordre de Valens, il se démit de ses fonctions et se retira en Espagne, où il vécut pendant près de trois ans dans la retraite. Aptes la mort de Valens, Gratien, effrayé de l'irruption des barbares, appela auprès de lui Tliéodose, lui confia le commandement d'une armée, avec laquelle celui-ci remporta d'importants succès, et l'associa peu après à l'empire, k Sirmium, en lui abandonnant l'Orient, !a Grèce et la moitié de l'Illyrie (379). Théodose n'avait pas accepté sans difficulté le pouvoir qui lui incombait dans les circonstances les plus critiques et qui n'était rien moins qu'enviable. Toutefois, dès qu'il

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eut été proclamé empereur d'Orient, il déploya la plus grande énergie, réunit des troupes, attaqua les Goths qui s'étaient divisés, remporta, soit par lui-même, soit par ses généraux, une série de victoires sur les envahisseurs, leur prit un butin considérable, et les contraignit à demander la paix. Au commencement de 380, Théodose tomba gravement malade à Thessalonique. Dès qu'il fut rétabli, il se fit baptiser par l'évêquo saint Ascole et, vraisemblablement à l'instigation de ce prélat, il résolut d'intervenir dans les querelles de l'Eglise et de détruire l'arianisme. Il préluda a la persécution en rendant le fameux édit Je Thessalonique (28 février 380), 'qui ordonnait de suivre la religion enseignée par saint Pierre aux Romains, de croire k la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, autorisant ceux qui professaient cette doctrine à se nommer catholiques. Théodose, après avoir publie cet édit, priva les ariens des charges publiques et du droit de tester. «Il enjoignit, dit Chateaubriand, à Démophile, évêque arien, de reconnaître le symbole de Nieèe et de céder Sainte-Sophie et les au très églises à des prêtres de la foi orthodoxe. Grégoire de Nazianze fut installé dans la chaire épiscopale par Théodose en personne, au milieu de ses gardes. Mais les sanctuaires étaient vides et la population arienne poussait des cris. Cette résistance amena la proscription de l'arianisme dans tout l'Orient, et un synode, convoqué k Constantinople l'an 382, confirma le dogme de la consubstantialité. L'intervention- du pouvoir politique n'empêcha pas saint Grégoire, fatigué, d'abdiquer son siège et d'aller mourir dans la retruite. »

Tout en s'occupant, aux applaudissements des catholiques, de frapper les ariens, Théodose avait a lutter contre les Wisigoths, qui, sous les ordres de Fritigern, s'emparaient de la Thessalie, de l'Epire et de l'Actinie, et contre les Ostrogoths, qu'Alatheus conduisait en Pannonie. Ne pouvant vaincre le torrent barbare, il négocia avec divers chefs, leur fit des concessions de terres, et incorpora dans ses années un grand nombre des envahisseurs. En 381, le vainqueur de Valens, le roi goth Athanaric , se rendit auprès de lui k Constantinople. Théodose l'accueiliit de la plus brillante façon, parvint k le gagner k la cause de l'empire, ainsi que les chefs goths qui l'accompagnaient, et, le roi barbare étant mort peu après, il ordonna qu'on lui fît de pompeuses funérailles. A partir de ee moment, il conclut une alliance avec les Goths, qu'il parut presque favoriser. Cette même année, un de ses généraux, Saturnin, parvint à repousser les Huns, qui avaient envahi la Mésie. Pendant quelque temps, la tranquillité parut renaître dans l'empire d'Orient, et avec elle l'agriculture et le commerce purent refleurir. En 383, Théodose associa à l'empire son jeune fils Arcadius, alors âgé de huit ans. A cette époque, il était encore occupé de faire disparaître l'arianisme. Dans l'ardeur de son zèle catholique, il résolut en même temps de sévir de la façon la plus rigoureuse contre les païens, les manichéens les chrétiens qui revenaient au christianisme primitif. Non-seulement il violenta les consciences, mais encore il fit raser des temples, notamment le magnifique sérapéum d'Alexandrie, et contribua k la destruction de monuments précieux pour l'art. Cette même année 383 , son collègue et son bienfaiteur Gratien, empereur d'Occident, fut détrôné et tué par l'usurpateur Maxime. Théodose se borna k demandera Maxime que Valentinien il, frère de Gratien, conservât l'Italie et l'Afrique. L'ann<;e suivante, il reçut une ambassade de Sapor III, roi de Perse, avec qui il avait fait la paix. Des chagrins domestiques vinrent troubler peu après la vie de ce prince, jusqu'alors presque constamment heureux.

Il perdit presque en même temps sa fille Pu!cliérie et sa femme, l'impératrice Flacciilc (385), qui lui laissait un second fils, Honorius. Une nouvelle invasion de barbares vint le distraire de son chagrin. Les Greuthonges étant entrés dans la Thrace pour envahir l'empire, Théodose marcha k leur rencontre, les surprit, les baltitcoinplétement et leur fit un grand nombre de prisonniers que, selon son habitude, il incorpora dans son armée. Peu après Son retour k Constantinople, il épousa la belle Gulla, soeur de Valentinien II (386). Les secours qu'il envoya k son jeune beau-frère, pendant une famine qui désolait Rome, l'ayant réduit à lever des taxes énormes, los habitants d'Antioche se soulevèrent, renversèrent les statues de l'empereur, de ses deux fils et de Flaccille. Furieux, Théodose ordonna non-seulement de mettre k mort les coupables, mais encore de raser la ville et d'en massacrer les habitants. Heureusement, les hommes k qui il avait confié l'exécution de cet ordre sanguinaire cédèrent k la voix de l'humanité et aux supplications des principaux habitants, parmi lesquels se trouvait l'évêque Flavien. Ce prélat partit pour Constautinople et parvint à obtenir de l'empereur la révocation do son édit. Ce fut sur ces entrefaites que Maxime, qui régnait dans les Gaules depuis la mort de Gratien, résolut de s'emparer des Etats de Valentinien II et pénétra en Italie. Valentinien II, contraint de fuir, se réfugia avec sa mère Justine k Thessalonique et implora le secours de Théodose. Celui-ci,

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sur les instances de sa femme Galla, se mit k la tète d'une armée de Romains, de Huns, d'Alains et de Goths, parvint, par un habile stratagème, k forcer Maxime k diviser ses forces, et, au lieu d'entrer en Italie par mer, il y pénétra par les Alpes Juliennes (mai 388). Maxime accourut au-devant de lui avec ce qu'il put réunir de troupes. Vaincu sur les bords de la Save et forcé de fuir, il se réfugia dans Aquilée; mais il y fut pris, dépouillé des ornements impériaux et conduit au camp de Théodose, où sa tête tomba peu d'instants après sa couronne.

Théodose rétablit alors Valentinien II sur le trône et réunit k ses Etats ceux dont Maxime s'était emparé. Justine, mère de Valentinien, étant morte quelque temps après, Théodose retourna en Italie et, pendant trois ans, il gouverna en quelque sorte comme tuteur les Etats de son jeune beau-frère, qu'il envoya en Gaule avec Arbogaste. A Rome et k Milan, où il habita tour k tour, l'empereur d'Orient s'occupa principalement de porter le dernier coup au paganisme, qui comptait encore en Italie de nombreux adhérents, notamment l'illustre Symmaque. Ce fut k cette époque surtout qu'il fit détruira de nombreux temples païens. Malgré son prosélytisme poussé jusqu'au fanatisme, il n'édicta pas moins plusieurs lois utiles et empreintes de sagesse, qui améliorèrent la situation do l'empire. En 390, l'emprisonnement d'un cocher du cirque aimé du public ayant amené une révolte k Thessalonique, révolte pendant laquelle le gouverneur de la ville et quelques officiers trouvèrent la mort, Théodose fit exterminer par ses soldats plus de 7,000 personnes qui s étaient rendues au cirque. Saint Ambroise, en apprenant h Milan cette épouvantable exécution, interdit k l'empereur l'entrée de sa cathédrale, et, l'arrêtant sous le portique: « Tu as imité David dans son crime, lui dit-il ; imite-le dans sa pénitence.» Il ne le laissa pénétrer dans l'église qu'après qu'il se fût purifié par huit mois de repentir et par une pénitence publique.

Quelque temps après, en 391, Valentinien II ayant atteint sa vingtième année, Théodose lui laissa le soin de gouverner en Occident et retourna dans son propre empire, menacé par de nouvelles hordes barbaros. En traversant la Macédoine, il fut attaqué par une bande de brigands et ce ne fut pas sans peina qu'il leur échappa.

En 392, Théodose apprit que le faible empereur d'Occident, Valentinien, venait d'être assassiné par le Franc Arbogaste, qui, dédaignant la pourpre pour lui-même, en avait revêtu le rhéteur Eugène. Pour venger la mort de son beau-frère, Théodose passa en Itnlie, et, après une victoire près d'Aquilée, resta seul maître des empires d'Occident et d'Orient (394). Il mourut d'une hydropisie l'année suivante, à Milan, après avoir divisé l'empire entre ses deux fils, Honorius et Arcadius. Théodô"se avait de grandes qualités politiques et guerrières, mais il ne put que retarder la chute de l'empire romain, qui était déjà comme un corps épuisé d'où la vie se retire, assailli de toutes parts par les barbares, et dont la décomposition fut encore activée par l'incapacité de ses successeurs.

■ M. Zeller a porté sur Théodose le jugement suivant : ■ De tous les empereurs romains, Théodose est le seul k qui la postérité ait été tentée d'accorder l'épithète de Grand. Les circonstances au milieu (lesquelles il arriva k l'empire ne promettaient pas k son nom une si heureuse fortune. Une administration discréditée, une armoe sans discipline, des provinces ruinées, des sectes pullulant au sein de la religion venue pour régénérer le monde, en face du paganisme encore vivant, enfin deux empereurs presque coup sur coup engloutis sous le débordement de la barbarie germaine, qui ne devait plus rentrer dans son lit, tel était l'état de l'empire.... Il pensa qu'il n'y avait plus d'autre moyen pour sauver l'empire que d'employer k sa défense les barbares qui venaient le détruire, en les établissant dans les provinces épuisées ou en les faisant passer sous les enseignes romaines, affaiblies ou désertées. Fils d'un homme qui avait demandé k recevoir le baptême k la veille de son supplice, éprouvé de bonne heure par l'infortune, Théodose inclinait trop au christianisme pour être la dupe des plaintes païennes ; et le boa sens pratique, qui était une de se3 qualités, lui faisait juger que le christianisme ne réimporterait une victoire complète que lorsqu'il serait mis d'accord avec lui-même. Le nouvel empereur se proposa donc aussi pour but, dans le« affaires religieuses, de faire triompher au sein du christianisme l'orthodoxie, et d'assurer ensuite sur les débris du paganisme encore vivant lu victoire de la chrétienté réunie. C'est au mérite d'avoir accompli ces deux desseins que Théodose doit sans doute un surnom qui n'était plus guère de mise k cette époque. A retarder de quelques années la chute d'une grande chose, il y a encore de la grandeur. >

Tbéodo» le Grand (HISTOIRU DE), par Fléchier. Cet ouvrage, publié en 1C79, est une espèce de Cyrapèdie écrite sous les yeux de Bossuet pour instruire le dauphin de ses devoirs, en offrant un modèle k son émulation. Aujourd'hui l'histoire aurait k retoucher bien

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dos traits du tableau esquissé par Fléchier, tout en acceptant comme un grand homme l'empereur qui sut se montrer érainent capitaine et administrateur habile ; qui s'occupa, pour les améliorer, des armées, des finances, delà police intérieure, des lois, des tribunaux, qui terrifia les barbares et rétablit l'ordre dans cet empire croulant, que tant d'ennemis attaquaient de tous côtés. Bayle écrivait, au moment de la publicatiou de cette histoire : «M. l'abbé Fléchier vient de nous donner la Vie du grand Théodose. On l'estime fort, tant pour ia belle élocution que pour les beaux événements dont elle donne le détail. > Mme de Sévigné en vante en plusieurs endroits «le beau style,» et, pour le mérite de la diction, ce livre restera parmi les meilleures compositions historiques du XTiiie siècle.

THÉODOSE IJ, dit le Jeune, empereur d'Orient, fils d'Arcadiuset petit-fils dugrand Théodose, né en ■lOl, mort à Constantinople en 450. Il fut élevé sur le trône à l'âge de huit ajis, en 408, après la mort d'Arcadius, au moment où l'empire était en pleine décadence. Le sage ministre Anthéinius prit d'abord la régence de l'empire, gouverna avec habileté jusqu'en 414 et résigna alors le pouvoir, en faisant asseoir sur le trône, à côté du jeune et faible empereur, une des sœurs de celui-ci, Pulchérie, âgée seulement de quinze ans, mais qui, par ses vertus et par ses talents, soutint l'empire au penchant de sa ruine, et qui devait lui succéder. Cette princesse fit épouser à Théodose la belle et savante Athénaïs, fille du philosophe Léontius, laquelle prit le nom d'Eudoxie (42l). Ce choix ne fut heureux ni pour l'un ni pour l'autre des deux époux, et, sans les éloges absolus qu'on s'accorde k faire de Pulchérie, on serait tenté de croire qu'elle avait amené cette union afin de conserver le pouvoir. Ce n'était pas une femme savante, mais une femme prudente et habile qu'il fallait au simple et dévot, au débile et incapable empereur. En 421, Théodose envoya le général Ardaburius faire aux Perses une guerre sans gloire, terminée par un traité de paix. Trois ans plus tard, le même général lut chargé d'aller combattre en Occident l'usurpateur Jean et d'affermir sur le trône lejeuneValen tin ien III, à qui Théodose donna, en 417, sa fille Eudoxie en mariage. Parmi les autres événements de ce long règne, nous citerons une expédition contre les Vandales d'Afrique, terminée par un traité honteux ; les querelles religieuses du nestorianisme et de l'eutychianisme, l'invasion d'Attila (431), qui dévasta soixante-dix villes en Grèce et en Thrace, et ne se retira qu'après avoir exigé des sommes d'autant plus considérables, qu'il fut instruit que le lâche empereur, craignant de le combattre, avait voulu le faire assassiner (447). En 438, Théodose avait chargé sept jurisconsultes de composer le recueil connu sous le nom de Code tkëodosien. Celte compilation était fort incomplète, car, par un exclusivisme chrétien mal raisonné, on n'y inséra pas les lois antérieures à Constantin. Ce prince, trèsdévot, s'occupa beaucoup des questions religieuses. Lors des querelles de Nestorius et de saint Cyrille, il se montra d'abord zélé partisan du premier, puis le chassa pour rappeler à la place le patriarche d'Alexandrie, qu'il avait exilé. Le dernier acte concernant les affaires religieuses auquel Tliéodose prit part fut l'expulsion de saint Flavien par les partisans d'Kutyehès, après le fameux concile dit le brigandage d'Ephèse. Sur des soupçons jaloux, il avait relégué en Palestine sa femme, Eudoxie, lorsqu'il mourut des suites d'une chute de cheval faite à la chasse, sa passion favorite. Sa sœur Pulchérie lui succéda et fit monter en méine temps Maroien sur le trône.

THÉODOSE 111, empereur d'Orient de 716 a 717. Il était, en 716, receveur à Adramyte (Bithynie), et se trouvait à Rhodes lorsqu'une armée en révolte le força, malgré sus refus obstinés, d'accepter la pourpre et de marcher sur Constantinople. 11 déposa Anastase, et fut bientôt contraint lui-même d'abdiquer, dès que Léon l'isaurien se présenta comme son compétiteur (717). 11 passa le reste de sa vie dans un monastère d'Ephèse, où il s'occupa ù transcrire eu lettres U'or les Evangiles et des livres de piété.

THÉODOSE D'ALEXANDRIE, grammairien grec, qui vivait au iv« siècle de notre ère. On ne sait rien de sa vie. 11 composa plusieurs ouvrages dont l'un a été publié. C'est un commentaire sur l'Art grammatical de Donys de Thrace. Osan net Bekkeren avaient donDé quelques fragments, lorsque Goettling l'a publié eu eutier sous le titre de Theodosti Alexandrini grammatica (Leipzig, 1822, in-8°).

THÉODOSE, dit le Gromin.iirieii, écrivain, né à Syracuse, vers le milieu du ixe siècle. Il embrassa la vie monastique, cultiva avec succès les sciences et les lettres, puis fut attaché comme diacre à la cathédrale de Syracuse par l'évëque Sophrone. Celte ville ayant été prise par les Sarrasins en 880, Theodose fut soumis avec son évêque à une dure captivité à Palerme ; c'est alors qu'il écrivit à l'archidiacre Léon, sur le siège de Syracuse, une lettre intéressante, qui a été plusieurs fois publiée. Hase en a donné la traduction avec des notes à la suite de l'bis-

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toire de Léon diacre (1819, in-fol.). Ciijetan possédait deux autres écrits de Théodose, dont l'un se trouve à la bibliothèque du Vatican. Ils sont intitulés : Anacreontia de excidio Syrar.usavurn ad S. Sophronem ; itemque alia ejusmodi poemata ; Opusculum adverses viluperalores vits monastiess.

THÉODOSE (dom), infant de Portugal, né en 1632, mort en 1653. Il avait huit ans, lorsque son père, Jean IV, devint roi de Portugal, et fut alors reconnu par les états du royaume comme son successeur légitime. Ce prince était doué d'une vive intelligence et des qualités les plus heureuses. Il acquit une instruction aussi 'variée qu'étendue, devint en même temps habile dans tous les exercices du corps, fut admis à siéger dans le conseil du roi et y fit preuve d'une précoce capacité. Ce fut grâce a son intervention crue furent sauvés deux princes, neveux de l'infortuné Charles 1er, poursuivis jusque dans le port de Lisbonne par le général anglais Black. Comme la guerre entre le Portugal et la Castille traînait en longueur, l'infant rejoignit secrètement l'armée, en 1651, pour se mettre à sa tête, mais le roi lui donna l'ordre de revenir et, craignant l'ambition dujeune prince, l'écarta des affaires. Théodose en conçut un si vif chagrin, qu'il mourut peu après, vivement regretté de la nation.

THÉODOSIE (rAeorfwa), aujourd'hui Caffa ou Kafka, ville de la Russie (Tauiide), sur une vaste haie<le la mer Noire. Autrefois l'entrefô: des contrées environnantes.

THÉODOSIEN, IENNE udj. (té-o-do-ïi-ain, i-è-ne). Qui appartient à Théodose le Grand ou à Théodose II, son petit-fils.

— Code théodosien, Code publié sous Théodose II.

— Colonne the'odosienne, Colonne érigée à Constantinople par Théorlose II.

— Table thèodosienne, Nom donné quelquefois à la lable de Peutinger.

— Encycl. Code théodosien. V. code.

. — Colonne théadosienne.'V. colonne, au Supp.

— Table thèodosienne. V. Peutinghr.

THEODOSIOPOLIS [Colonia Septimia I\esainesiorum), ville d'Asie. V. Resena.

THÉODOTE, hétaïre grecque, contemporaine d'Aspasie et de Distime. Elle est surtout connue par la visite que lui fit Socrate et dont le souvenir a été conservé par Platon : comme on lui parlait de la beauté de Théodote et de l'art merveilleux avec lequel elle gardait tous ses amants : « Voilà, dit-il à ses élèves, un grand maître de philosophie, et je ne sais ce qui me retient que nous n'allions sur-le-champ lui demander son secret, et comment elle fait pour conduire sa barque à travers tant d'écueils. — Allons-y donc, • s'écrièrent les disciples, parmi lesquels se trouvait Alcibiade. La courtisane les reçut tous a merveille, et Socrate prit aussitôt la parole : « On nous a dit, Théodote, que vous étiez un grand esprit, trèshabile à rencontrer toutes sortes d'arguments auxquels on ne savait pas résister, et je viens, en ma qualité de rhéteur, pour que vous nous enseigniez quelques-unes de ces formules, qui deviendraient l'ornement de notre école. » Théodote ne répondit que par un sourire, et il parait que, de tous ses arguments, c'était le plus fort. «Oh I dit Socrate, je comprends maintenant : toute votre logique est dans vos yeux. » Cependant, comme il ne voulait pas être venu pour rien, il se mit à lui expliquer par quels moyens légitimes elle pouvait tirer le meilleur parti possible de ses vingt ans, de sa beauté et de sa grâce. «Par ce grand art que savait Socrate, — il les savait tous, dit J.Janin — Aspasie, Phryné et Laïs ont joué leur grand rôle sous le ciel athénien, entre Périclès et Phidias, ces modèles de l'art d'aimer. Elles avaient écouté Socrate, elles avaient suivi ses conseils. Elles avaient inventé, grâce à ses leçons, le refus, le refus qui promet tout, • «Ainsi, ma belle, dit pour conclure Socrate à Théodote, il faut savoir parfois refuser ce qu'on brûle d'accorder; tel est le sage conseil que je vous laisse en vous quittant. «

THÉODQTIEN s. m. (té-o-do-ti-ain). Hist.

relig. Sectateur de Théodote de Byzauce, hérétique du n° siècle.

— Encycl. Les auteurs ecclésiastiques prétendent que, pendant la persécution que souffrirent les chrétiens sous Marc-Aurèle, Théodote, surnommé le Corroyeur, à cause de sa profession, arrêté avec plusieurs autres, renia Jésus-Christ, et que, blâmé par les chrétiens, il s'enfuit à Rome, où il enseigna des doctrines nouvelles, qui le firent excommunier par le pape Victor, qui, suivant les chronologistes, tint le siège de Rome de 185 jusqu'en 197. A peu près dans le même temps, un certain Artémas ou Artéraon répandit à Rome mie doctrine semblable, et trouva des disciples qui furent nommés arlémonites. Il disait que Jésus-Christ n'avait commencé à recevoir la divinité qu'à sa naissance (par la divinité il entendait seulement les qualités divines) et que, suivant son opinion, Jésus-Christ ne pouvait être appelé Dieu que dans un sens impropre.

11 est difficile de savoir précisément en quoi la doctrine de ces deux partis s'accordait ou se contredisait, les anciens ne nous

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l'apprennent pas assez clairement. Il est seulement probable que les partisans de l'une et de l'autre se réunirent et ne formèrent qu'une secte, qui ne dura que peu de temps.

Un ancien orateur, que l'on croit être Caïus, prêtre de Rome, qui avait écrit contre Arlémon, et duquel Eusèbe a rapporté les paroles, semble confondre ensemble tes théodoliens et les artémonistes. « Ces sectaires, dit-il, soutiennent que leur doctrine n'est pas nouvelle, qu'elle a été enseignée par les apôtres et suivie dans l'Eglise jusqu'au pontificat de Victor et de Zéphyrin, son successeur, mais que la vérité a été altérée depuis ce temps-là. •

S'il était certain que les Extraits de Théodote, qui se trouvent à la suite des ouvrages de Clément d'Alexandrie, sont de Théodote le Corroyeur, il faudrait lui attribuer encore d'autres erreurs; mais il y a eu un second Théodote, surnommé le Changeur ou le Banquier, disciple du premier, et qui fut le chef de la secte des melchisédéciens ; on croit qu'il en exista un troisième de même nom, qui était disciple de Valentin. L'auteur des Extraits enseigne que Jésus-Christ, les anges, les âmes humaines, les démons sont corporels, que les anges sont de différents sexes, que Jésus-Christ avait besoin de rédemption, et qu'il l'obtint lorsqu'une colombe descendit sur lui lors de son baptême ; que Dieu avait souffert en Jésus-Christ, avait deux âmes, l'une matérielle, l'autre spirituelle qui se sépara de lui avant sa passion ; que les choses de ce monde et même les actions humaines sont déterminées par le cours des astres, etc., etc.

THÉODOTION ou THÉODOTE, traducteur grec, né à Sinope dans le Pont, vivait dans la seconde moitié du 11° siècle de notre ère. Il fut successivement disciple de Tatien, marcionite et ébionite. On lui doit la troisième traduction qui ait été faite de l'Ancien Testament en grec. Cette traduction est celle des Septante accommodée aux opinions de la secte des ébionites ; elle fut néanmoins acceptée par les orthodoxes, qui en firent généralement usage en ce qui concerne l'explication du livre de Daniel. Saint lrénée en fait mention dans son Livre centre les hérétiques, écrit en 160 de notre ère. On la trouve dans les Hexaples d'Origène.

THÉODOXE s. ro. (té-o-do-kse — du gr.

Theos, Dieu; doxa, gloire). Moll. Genre non adopté de mollusques gastéropodes pectinibranches, fondé sur la nérite ou néritine fluviatile.

TUÉODRADE, fille de Charlemagne et abbesse du prieuré d'Argenteuil, au commencement du ixe siècle. On ne sait d'elle que très-peu de chose; le biographe de Charlemagne, Eginhard,lui a consacré une demipage. Charlemagne lui donna l'abbaye d'Argenteuil ; mais Théodrade, tant que son père vécut, ne quitta pas la cour et même s'y fit remarquer par une conduite peu régulière. En 814, à la mort de cet empereur, Louis le Débonnaire, son successeur, intima l'ordre aux princesses ses sœurs de rentrer dans les couvents dont elles étaient abbesses ; Théodrade revint à Argenteuil, et n'y imposa pas, comme on peut le penser, une règle bien sévère. Théodrado vivait encore en 838. Elle obtint, cette année-là, de Louis le Débonnaire, un diplôme, confirmé par Lothaire son fils, qui autorisait les abbés de Saint-Denis à rentrer dans le couvent du prieuré d'Argenteuil aussitôt qu'elle serait morte. Les prescriptions de ce diplôme ne furent pas exécutées, et les princesses du sang impérial restèrent en possession du prieuré.

THÉODULFE, évêque d'Orléans, un. des restaurateurs des lettres en France, né vers le milieu du xvme siècle, dans la haute lialie ou dans la Narbonnaise, d'une famille gothique, mort à Angers, en 821. Ses talents et son érudition le firent appeler à la cour de Charlemagne, qui le fit évêque d'Orléans vers 794, et le pourvut en même temps d'une des plus belles abbayes, celle de Fleury-sur- Loire, maintenant Saint- Benoit, U siégea eu qualité d'évêque, la même année, au concile de Francfort, tenu contre l'hérésie de Vadoptianisme. Théodulfe écrivit à ce sujet une épltre dogmatique sur YEssence du Christ. A Fleury-sur-Loire, où il figure comme le quatorzième abbé, l'illustre évêque accrut la renommée déjà éclatante de ce monastère, en y fondant de grandes écoles pour les jeunes nobles; suivant un annaliste de Fleury, il y réunit jusqu'à 5,000 écoliers, ce qui est exagéré assurément, mais il est certain que sous sa direction ce monastère fut un des plus grands foyers intellectuels du moyeu âge. Il restaura aussi un autre grand monastère près d'Orléans, celui de Mici (Saint-Mesmin), fondé par Clovis peu de temps après Tulljiac et qui tombait eu ruine. Comme Théodulfe en surveillait les travaux de reconstruction, il s'y rencontra, suivant Mabillon, avec le fondateur des bénédictins, saint Benoit d'Auiane, dont le corps, transporté plus tard à Fleury, fit de ce iinonastère un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés. Théodulfe ranimait en même temps la culture des lettres dans son diocèse ; Orléans lui doit ses premières écoles publiques. Les lettres lui étaient à la même époque redevables de la conservation et de la transcription de nom-

breux manuscrits, seul moyen de diffusion de la science à cette époque. La Bible de Théodulfe, conservée au Puy.dans le Trésor de la cathédrale, et antérieure d'un siècle à celle de Charles le Chauve, est réputée comme plus précieuse encore. Des hospices, des chapelles, une église magnifique, fondée à Germigny, attestent la féconde activité de cet évêque, en même temps que ses Capitulaires à son clergé le inoutrent soucieux de réformer ou de maintenir la discipline ecclésiastique. Charlemagne, auprès de qui il vivait familièrement, si l'on en juge par les nombreuses poésies qu'il écrivit sur les événements de sa cour, Charlemagne mit a profit ses capacités et ses connaissances en en faisant un de ses missi dominici. Il lui confia une mission, une sorte d'enquête à faire avec Leydrate, archevêque de Lyon, dans la Narbonnaise (798), et une deuxième, dans l'Aquitaine, en 811. D'après le récit qu'il a fait lui-même de ces missions (Carmina, lib. I), leur rôle était de veiller à la réforme de T'administration de la justice. U fut un de ceux qui signèrent le testament de Charlemagne.

Louis le Débonnaire lui témoigna la même confiance que son père pendant les premières années de son règne. Théodulfe le reçut à Orléans, en 814, et alla à Rome, deux ans plus tard, recevoir des mains du pape le pallium. Il est douteux qu'il ait trempé dans la révolte de Bernard, roi d'Italie, qu'il y rencontra et qui, en 817, leva l'étendard contre son père ; mais enveloppé, sur de faux rapports, dans cette trahison, Théodulfe se vit privé de son évêché et de ses bénéfices et jeté en prison à Angers, où il mourut quatre ans plus tard. Une légende sans fondement veut qu'il ait été mis en liberté par Louis le Débonnaire, qui, passant à Angers et se rendant à la messe, l'avait entendu chanter, à travers les barreaux de sa prison, un hymne composé par lui-même. S'il reçut son pardon, ce fut avec ceux des complices de Bernard, le petit nombre échappé à la mort, qui furent amnistiés précisément cette année (721). On croit qu'il fut empoisonné en route, comme il se reudait à Orléans, sans doute par les détenteurs de ses biens ecclésiastiques, peu soucieux de le voir revenir, et ramené à Angers, où il reçut la sépulture. Comme évêque, comme administrateur, comme écrivain, Théodulfe est une des grandes physionomies du règne de Charlemagne. Outre ses écrits dogmatiques, son traité De essentia Christi, son livre Du baptême, ses Capitulaires à sou clergé, on a de lui un volume de poésies, Carminum. libri sex, qui suffirait à le placer au premier rang. Nourri de l'antiquité, surtout des auteurs de la décadence, Théodulfe était le poète fnvoii de la cour de Charlemagne. Prudence et l'Espagnol Juvencus, qu'il appelle le Tonnant, sont ses modèles ; aussi son style est-il un peu entaché d'affectation ; il se ressent du goût du temps. Plus rhétoricien que lyrique, il n'a pas le souffle de Fortunat, quoiqu'on lui uit longtemps attribué l'hymne célèbre Vexilla régis prodeunt, œuvre de ce dernier. Mais il est l'auteur de quelques autres que l'Eglise a conservées ; on chante encore son Gloria, laus, honor, à la procession des Rameaux. Ce que ses poésies ont de remarquable, c'est qu'elles sont pour ainsi dire des mémoires et que l'on y peut suivre pas à pas non-seulement la vie de Théodulfe, mais les principaux événements de sou temps. Ses fondations de Fleury-sur-Loire, de Mici, de Germigny y sont chantées surle mode héroïque, parfois avec un peu d'emphase. On y rencontre une épltre à Charlemagne sur la défaite des Avares, une autre pour exhorter le souverain à convertir les pays conquis, une autre pour le féliciter de la vengeance tirée par lui d'un affront fait au pape Léon III; l'epitaphe de la reine Fastrade, morte pendant le concile de Francfort ; l'épitaphe du pape Adrien. Ses missions sont racontées, l'une sous le titre de : Exhortation aux juges ; c'est un poëme de près de mille vers et qui traite de son voyage dans la Narbonnaise; c'est un des rares documents que l'on ait sur les missi dominici, et il est précieux à ce titre ; il est regrettable que la forme poétique ait nui à ia précision; l'autre, intitulée Itinéraire, sur sa mission en Aquitaine, n'est qu'un fragment. La plus curieuse de ces poésies relate les fêtes d'une cour plénière tenue par Charlemagne à Aix-la-Chapelle en 796. C'est une peinture complète de la cour du grand monarque, de ses fils, de ses filles, de ses femmes, des " grands officiers de la couronne. Dans une autre pièce, où il envoie un psautier à une des filles de l'empereur, la princesse Gizla, pour le jour de son mariage, il donne aussi sur les mœurs du temps de précieux détails. Il n'y a pas un de ces livres de poésies, poèmes, élégies, stances, épigraimnes, qui n'ait trait aux moeurs du temps, à quelque événement considérable. Comme Ovide, il se consolait dans sa prison d'Angers eu écrivant des élégies à ses amis, Aigulfe et Modoin, l'un archevêque de Bourges, l'autre évêque d'Autun ; ces pcSmes forment, avec les réponses en vers des deux savants prélats, presque tout le quatrième livre des poésies de Théodulfe; l'autre moitié du livre, consacrée aux arts libéraux, donne des renseignements utiles sur l'état des lettres et des études au vme siècle. La meilleure édition des oeuvres de Théo-

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dulfe est celle qui se trouve dans la collection du Pèi-s Sirmond (t. II).

THÉOGAM1ES s. f. pi. (té-o-ga-ml — gr.

tkeogamia ; de theos, dieu, et de gamos, noces). Antiq. gr. Fêtes célébrées en mémoire de l'enlèvement de Proserpine par Pluton.

THÉOGNIS, poète grec, né à Mégare, en Achaîe, vers 570 av. J.-C, mort vers 485. Il appartenait, par sa naissance et par ses opinions, au parti oligarchique, qui fut toutpuissant à Mégare pendant sa jeunesse. Il faisait à cette époque partie d'une réunion d'amis riches et nobles et composa des poésies dans lesquelles il célébrait les dons de la fortune et les joies de la vie. Le parti démocratique ayant triomphé, il fut privé d'une partie de ses biens, eui la douleur de voir une jeune fille qu'il aimait donnée en raarisige k un homme de busse naissance, fut exilé de sa patrie, parcourut alors la Sicile, l'Eubée, visita Lacédémone , Thèbes, reçut partout un accueil distingué, puis revint à Mégare, où il vivait encore lors de l'invasion des Perses. Les poésies qu'il composa dans cette seconde période de sa vie portent l'empreinte de ses colères et de ses tristesses. Théognis est le pofite gnomique par excellence (gnome, sentence), et ses maximes de inorale sont citées avec respect par les hommes les plus éminents de l'antiquité, Platon, Xénophon, Isocrate, Plutarque, etc. Toutefois sa morale est souvent amère, misatithropique et parfois trop peu sévère. Beaucoup de ses élégies, particulièrement celles dans lesquelles il parle avec indignation des changements survenus à Mégare et du règne du. parti démocratique, sont adressées à son ami Cyrnus, fils de Polypas. Ces élégies étaient pour la plupart des pièces de circonstance. Les anciens en recueillirent des fragments, rapprochés plus ou moins arbitrairement, et en formèrent un recueil de sentences, de conseils, de préceptes applicables à tous les temps. Les Sentences élégiaques de Théognis, telles qu'elles nous sont parvenues, comprennent 1,392 vers. Elles ont été imprimées un très-grand nombre de fois. L'édition la plus ancienne est celle qu'a donnée Aide l'Ancien (Venise, 1495, in-fol.), à la suite de Thèocrite. Parmi les meilleures éditions, nous citerons celles de Bekker, avec 159 vers inédits (Leipzig, 1815, in-8°), de Welcker, qui, dans ses Theognidis reliqux (Francfort, 1826, in-8°), a cherché à rétablir le texte dans l'ordre primitif et a donné d'excellents prolégomènes; de Boissonade dans les Poelx grœci gnomici (Paris 1823, in-32). Il existe plusieurs traductions françaises des sentences. Nous mentionnerons celle de Pavillon (Paris, 1578), en vers, et celle que Lévesque a donnée dans les Moralistes anciens (1783, in-16).

THÉOGONIE s. f. (té-o-go-nl — gr; theogonia ; de theos, dieu, et de gonos, génération). Génération des dieux; ensemble de divinités dont le culte forme le système religieux d'un peuple : Lu théogonie des Egyptiens. La théogonie des Grecs. La théogonie des Etrusques.

Tbéogoute OU Généalogie des dieux, poème d'Hésiode. Cet ouvrage, de mille et quelques vers, est, avec les poèmes d'Homère, la principale source de la mythologie grecque. La première partie n'est presque qu une nomenclature de dieux et de déesses de tout rang et de toute espèce ; mais, vers la fin de l'ouvrage, le poète, dont la diction est, en f,rénénéral, douce et harmonieuse, prend tout à coup un ton infiniment plus relevé pour chanter la guerre des dieux contre les géants, tradition fabuleuse dont il est le plus ancien auteur. La peinture du Tartare, où les Titans sont précipités par la foudre de Jupiter, offre des traits de ressemblance avec l'enfer de Miiton , si frappants qu'il est permis de supposer que l'un a servi de modela à l'autre.

C'est au chaos qu'Hésiode fait remonter la chaîne de la généalogie céleste, et il peuple de divinités innombrables la terre, le ciel, la mer, les enfers. Dans quelques-unes de ces divinités, le symbolisme, emprunté par la Grèce aux traditions aryennes, est encore visible ; le Chaos est un être purement métaphysique, la Nuit, l'Erèb«, le Ciel, la Terre, le Temps sont la personnification de phénomènes naturels. Les écoles philosophiques de la Grèce ont longuement disputé sur ces mythes et en ont voulu faire sortir tout le système cosmogonique des premiers âges; la science moderne s'est aussi appliquée à les étudier, et elle leur a trouvé de grandes ressemblances avec les traditions consacrées par la Bible. Le mythe de Pandore, par exemple n'est autre que le mythe d'Eve ; cette première créature humaine est pétrie avec de ta terre, comme Adam, et elle est cause de tous les maux qui viennent désoler l'humanité ; l'âge d'or d'Hésiode rappelle le paradis terrestre de la Genèse; la guerre des Titans contre les dieux, celle des anges rebelles contre Jéhovah. Hésiode n'a certainement pas emprunté ces mythes aux Juifs et les Juifs ne connaissaient pas la Théogonie d'Hésiode ; mais les uns et les autres ont puisé à de vieilles sources orientales, à d'anciennes et vagues traditions, qu'ils ont accommodées chacun à sa manière. Aujourd'hui, grâce au christianisme, qui passe pour avoir détruit

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la mythologie, toute cette mythologie est devenue article de foi.

La plupart du temps, Hésiode n'est qu'un sec généalogiste ; les noms se suivent dans ses vers, les descendances s'accumulent et s'entre-croisent sans que le poète paraisse derrière le nomenclateur. La Théogonie fut évidemment composée, non pour servir à l';imusement des esprits, comme les poèmes homériques, mais pour conserver dans lu mémoire, sous la forme plus facile du vers, des traditions anciennes sur le point de disparaître. Parfois pourtant, un trait rapide emprunté à ces traditions mêmes, une courte légende, une simple épithèta rapprochent ce poëme de l'épopée. Quant aux épisodes , comme celui de la guerre des Titans, ils sont disproportionnés avec le reste de l'ouvrage.

La Théogonie porte en maint endroit la trace visible d'interpolations, surtout dans le prologue, qui comprend 115 vers et n'en devait avoir à l'origine que 35. Il y a de plus, ça çt là, un foule de gloses mythologiques et grammaticales et des vers qui ne se rapportent ni à ce qui précède ni à ce qui suit. Hésiode ne possède ni la fécondité d'Homère, ni sa puissance de création, ni l'art de coordonner les différentes parties d'un tout; son poëme est composé avec une sorte de négligence, il vise plus à enrichir le fond qu'à perfectionner la forme, sa diction semble purfois un peu triste et sévère et rappelle, pour ainsi dire, les brumes d'Ascra, sa patrie ; mais il y a dans la Théogonie tel récit, comme celui de la guerre des Titans, qui ne pâlirait pas trop, comparé même aux plus brillantes créations de l'épopée homérique. Ses descriptions sont faites de main de maître; la touche en est forte et quelquefois gracieuse, et, si l'on remarque des inégalités dans le coloris, la vigueur de l'expression y compense ce qui manque du côté de la lumière et de l'éclat. « Un caractère saillant de \a.Théogonie, remarque Ottfried Mûller, c'est que jamais la poésie n'est le but unique auquel le poète s'abandonne et dont ses idées reçoivent leur direction; partout les intérêts pratiques s'y trouvent mêlés. Il est impossible de méconnaître que la poésie y perd de sa beauté et de son éclat, et pourtant elle y gagne nous ne savons quoi de vénérable, qui ne laisse pas que de nous charmer. •

Théogonie d'Hésiode (DES LA), par M. Guigniaut. M. Guigniaut a présenté, sous la forme d'une thèse, des considérations intéressantes et originales sur \n Théogonie d'Hésiode. Nous savons que M. Guigniaut est l'un des premiers en France qui, appliquant aux sujets de la mythologie ancienne les méthodes critiques déjà appliquées avec succès au delà du Rhin, ait étudié sous ces symboles, qui forment comme le fond de la poésie ancienne, l'histoire des premiers essais de la pensée humaine cherchant à expliquer le monde; cette thèse sur la Théogonie d'Hésiode nous indique déjà en même temps que les tendances de l'esprit de M. Guigniaut, ses principales qualités : une pénétration qui ne se laisse point détourner de son but par la multitude des détails; une hauteur et une profondeur de vues capables d'expliquer par la philosophie la poésie primitive de l'humanité, et de découvrir le lien mystérieux qui, à une époque si reculée, les unit l'une à l'autre.

Il nous montre la Théogonie d'Hésiode comme la première tentative considérable fuite pour systématiser les traditions religieuses des Grecs » et pour donner à ce peuple artiste, dans la mesure de son caractère et de l'esprit du temps, une sorte de théologie. • Avant Hésiode, ces traditions existaient éparses dans l'imagination des poètes orphiques et de la foule. Il est, en quelque sorte, la source commune où viennent se confondre et se réunir tous ces minces filets d'eau. Il y a dans cette œuvreantique comme un premier germe d'exégèse ; on y rencontre pour la première fois l'esprit humain cherchant, sans pouvoir y arriver et même sans en avoir conscience, à se rendre compte de lui-même.

La succession des générations divines, représentant sj'mboliquement les grandes phases du développement du monde dans l'espace et dans le temps, telle est la donnée fondamentale de la Théogonie, comme la guerre des Titans et des dieux olympiens en est l'action principale et en forme le nœud. Le dénoûment, le but du po8me, sa moralité pour ainsi dire, c'est la victoire de Jupiter sur les Titans, c'est-à-dire du principe de l'ordre sur les agents du désordre, et par suite l'organisation du monde dans son état actuel. C'est ainsi que M. Guigniaut luimême nous indique la pensée philosophique qui couve, pour ainsi dire, sous ce poème, et qui ne recevra que bien plus tard une forme précise et abstraite. Cette lutte, c'est la personnification des lois de la nature établissant l'harmonie là où était le chaos ; le Chaos et la Terre sont, d'après Hésiode, les divinités antérieures à toutes les autres et sont la matière dont toutes choses seront faites ; l'harmonie du monde est représentée par l'Amour, principe générateur, force active et productrice. C'est ainsi que sous son influence nous. voyons sortir du Chaos l'Bièbe et la Nuit, d'où naissent ensuite l'Elheret le Jour (ilêinera). La terre engendre Ouranos, le Ciel étoile, puis leâ grandes Montagnes, puis Pontos, la profondeur de la mer. Unie

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au Ciel, la Terre met au jour l'Océan, la neuve des fleuves, et Téthys; de ce couple naissent Chronos, le Temps, etRhéa, sa sœur, et tous ces êtres, tels que Thémis et Mnémosyne, qui nous paraissent les principes élémentaires et comme les prototypes des forces physiques et morales, par le concours desquelles la création s'est développée dans l'étendue, entre le ciel et la terre.

Bientôt la haine désunit ce qu'avait uni l'amour; haine féconde, qui est elle-même le principe de nouvelles créations. La création se développe parla haine aussi bien que par l'amour, par la lutte et le combat aussi bien que par l'union. C'est ce qui nous explique la génération des Titans, ces fils orgueilleux de la Terre qui tentent de renverser Zeus, le nouveau tyran, l'élément victorieux et organisateur, le principe d'ordre. C'est à cette lutte que se rattache le mythe profond de Prométhée. Avec lui apparaissent non plus seulement les forces de la nature, mais les destinées humaines; la mythologie a l'ait un progrès; elle s'idéalise eu quelque sorte au lieu de se neutraliser. Prométhée enchaîné nous représente la triste condition de l'humanité ici-bas : triste et grande à la fois; triste, puisque l'humanité est soumise aux dures lois du travail et de la souffrance ; grande, puisque, comme Prométhée attendant Hercule son libérateur, l'humanité vit dans l'espérance et trouve dans la certitude qu'elle a de conquérir une situation meilleure la force même qui l'aide à supporter ses maux. Telles sont les hautes pensées que M. Guigniaut a cru pouvoir découvrir dans la Théogonie d'Hésiode.

Persuadé que bien souvent on est allé trop loin dans la voie où s'est engagé l'a'uteur de la thèse qui nous occupe, nous lui laisserons l'entière responsabilité de ses idées et nous nous contenterons de faire observer qu'Hésiode, fort probablement, n'avait pas vu tant de choses dans les mythes de la Grèce.

Théogonie, de Louis Feuerbach. On devine que la Théogonie de Feuerbach ne ressemble pas à celle d'Hésiode : elle en est tout juste l'inverse. Hésiode avait fixé la mythologie, Feuerbach la dissout et la ramène à son principe psychologique ; en d'autres termes, il a cherché quelle a été, dans l'homme, la source du sentiment religieux ; car pour lui toutes les formes religieuses sont des aiithropomorpbismes. Toute religion a son côté humain. Schiller l'avait affirmé, et bien d'autres avant lui; mais Feuerbach affirme qu'elle n'a que celui-là. Ici encore, Feuerbach n'a pas de contradicteur. Quand il affirme que les religions ne sont point révélées, il a également pour lui la raison. Mais Feuerbach ne voit pas dans les religions une invention des prêtres; il les considère comme une des manifestations, comme une phase inévitable de la vie de l'esprit. Leur principe, d'après lui, est le désir, aspiration née des bornes mêmes et des faiblesses de notre nature. L'homme ne peut faire ce qu'il veut; il cherche en dehors, audessus de lui, des auxiliaires à sa volonté. Voilà la thèse de Feuerbach, et cette thèse, il cherche à la prouver dans son livre par l'analyse des principaux monuments religieux de l'antiquité et surtout par celle des poèmes homériques. Cette analyse est fine et ingénieuse, parfois peut-être un peu subtile. Elle met en parfaite lumière un fait évident, important, auquel on ne s'arrête généralement pas assez : on se représente trèsvolontiers les figures de la mythologie classique comme des types fixes et invariables. Il n'en est rien; ce sont des figures continuellement mobiles et changeantes, dont les attributs varient suivant les lieux et les circonstances, c'est-à-dire selon la volonté de 1 homme, les prières qu'on leur a adressées, les. services qu'on leur a demandés. «Les dieux sont les désirs humains affranchis des liens de la nécessité. » Ils sont toujours gais, toujours sages, toujours bien portants, toujours jeunes ; telles sont les principales idées de Feuerbach. La foi religieuse ne les acceptera pas toujours, elle peut les condamner, mais elle ne peut pas les combattre victorieusement". En se plaçant au point de vue de Feuerbach, la critique présente diverses objections. Tissot, qui a fait une analyse des œuvres de Feuerbach, invoque les arguments suivants : que le désir humain s'élève vers un être supérieur, c'est un fait incontestable ; mais que les dieux soient sortis du désir et rien que de là, comme de leur germe, Feuerbach a tort de l'affirmer. En effet, il est certain que la crainte a dû, aussitôt que l'intelligence est arrivée chez l'homme à un certain développement, amener la création de divinités d'autant plus nombreuses, qu'étaient plus nombreux les phénomènes qui terrifiaient l'humanité naissante. Feuerbach reconnaît que les dieux, considérés dans leurs rapports avec la nature, reposent sur la loi de causalité, c'est-à-dire sur l'invincible penchan t qui pousse l'homme à assigner une cause à tout ce qui arrive. En résumé, ce livre est une thèse philosophique étayée de preuves historiques; l'analyse psychologique y joue le rôle principal, et les documents le rôle accessoire. La théogonie, telle que l'entend Feuerbach et dans les limites où elle peut se constituer, se dégagera naturellement de l'analyse comparée des monuments religieux de | l'antiquité, analyse à laquelle ont concouru

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et concourent tant d'esprits laborieux et distingués.

THÉOGONIQUE adj. (té-o-go-ni-ke — rad.

théogonie). Qui appartient, qui a rapport à la théogonie, à une théogonie : Doctrine

THÉOGONIQUE.

THÉOLOGAL, ALE adj. (té-o-lo-gal,a-le — rad. théologie). Qui a rapport k la théologie : Arguments théologaux. Il Peu usité; ou dit

THËOLOGIQUE.

— Théol. Vertus théologales, Vertus qui ont principalement Dieu pour objet, et qui sont au nombre de trois : la foi, 1 espérance, et la charité.

— s. in. Chanoine institué dans le chapitre d'une cathédrale pourenseigner la théologie, prêcher dans certaines occasions : Le théologal de Paris. Le théologal de Lyon, de llùtten. La plupart des théologaux n'emeit/nent plus. (Acad.) Si la question avait été débattue entre des théologaux, il y aurait eu des excommunications et du sang répandu. (Volt.)

THÉOLOGALE s. f. (té-o-lo-ga-le — rad.

théologal). Charge, dignité de théologal.

THÉOLOGALEMENT adv. (tô-o-lo-ga-leman — rad. théologal). Avec la gravité, la solennité affectée d'un théologal, d'un prédicateur : Après que tout le monde eut snnorement et théologalemknt toussé, craché et recraché... (Satire Mênippée.) il Vieux mot.

THÉOLOGASTRE s. m. (té-o-lo-ga-stre — rad. théologie). Mauvais théologien, ergoteur en matières religieuses : Cet oracle caché de nos libertés gallicanes a passé sans nom au milieu des tuéologastkks et des hérésiarques, dont les fougueuses- déclamations tiennent une place si mat employée dans nos bibliothèques. (Ch. Nod.)

THÉOLOGÉION s. m. (té-o-lo-jé-ion — gr. theologeion; de theos, dieu, et de logos discours). Antiq. gr. Endroit de la scène où apparaissaient les dieux de l'Olympe.

— Encycl. Le théologéion était une des machines, ou, pour employer un terme vulgaire, était un des trucs du théâtre chez les uneiens Grecs. Ces trucs étaient plus nombreux et plus ingénieux que ne se l'imaginent les modernes. Il y en avait de toute sorte, depuis la machine à imiter le bruit du tonnerre, jusqu'à la machine qui représentait les dieux et tes héros paraissant au milieu des airs. Comme on appelait logéion la partie de ia scène où les acteurs se plaçaient pour déclamer, de même on appelait théologéion (de/A<;<w,dieu, et de logéion)\& placo où les dieux de l'Olympe paraissaient dans toute leur majesté. Nous savons' que le théologéion était dans une partie élevée de la scène; mais, selon certains critiques, il était fixe et ne changeait jamais de place; suivant d'autres, il n'apparaissait pas d'ordinaire et était manœuvré de façon à descendre lorsque les dieux devaient se montrer pour prendre part à l'action et, le plus souvent, amener le dénoùmant. C'était bien proprement le deus ex machina,

THÉOLOGICO-POLITIQUE adj. (té-0-loji-ko-po-U-ti-ke — de ihéologique, et de politique). Qui concerne la religion et la politique : Ouvrage thbologico-poutiquk.

Tbéologico-polilique (TRAITÉ), par SpillOZa.

Cet ouvrage, publie eu 1770, contient les idées du philosophe hollandais sur la religion et la politique. Il eut un immense retentissement et souleva de violents scandales, en produisant pour la première fois, à la face des deux religions juive et chrétienne, une interprétation rationnelle delà Bible. Spinoza s'effuree d'y établir que les prophéties, les miracles, les mystères n'ont aucune valeur intrinsèque, que les livres saints ne présentent pas l'authenticité qu'on leur attribue, et que les traditions sont loin de s'accorder sur les points de dogme et d'histoire. Selon lui, et avec raison, le mot surnaturel n'a pas de sens; ce qui est hors de la nature est hors de l'être et par conséquent inaccessible a l'intelligence. C'est rêver que d'attribuer aux prophètes, aux révélateurs un corps humain en leur refusant une âme humaine, une conscience et des sensations humaines. Ce sont tout simplement de grands esprits qui se sont distingués de leurs contemporains parla puissance extraordinaire de leur imagination; aussi voit-on que c'est par images et paraboles qu'ils percevaient et enseignaient toutes choses. Toute nation a eu ses prophètes comme la nation juive. Dire que Dieu a revêtu la nature humaine, c'est parler un langage aussi absurde que celui qui dirait qu'un cercle a revêtu la nature du carré. La chute d'Adam, la nécessité de la rédemption et la résurrection de Jésùs-Christ ne doivent être prises qu'au sens allégorique. Du reste, la spéculation philosophique n'a vien k voir avec les Ecritures, et il est absurde de prétendre que les symboles chétiens voilent une métaphysique profonde. La religion ne doit pas doiuhier l'Etat ; c'est l'Etat, qui doit régler et surveiller la religion.

A l'état de nature, qui est un état de guerre, a succédé l'état social, parce que les hommes ont compris que, pour mener une vie heureuse et pleine de sécurité, il fallait renoncer à suivre la violence de leurs appétits individuels et se conformer de préférence kla volonté et au pouvoir de tous les hommes réu-

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nis. Il ne peut d'ailleurs y avoir transport complet des droits naturels au pouvoir social, et c'est ici que la théorie de Spinoza diffère de celle de Hobbes. La résignation des droits naturels entre les mains de l'Etat ne saurait aller jusqu'à l'abdication de la nature humaine; le souverain ne peut qu'annuler luimême son propre droit, s'il met ses actes en contradiction avec sa raison d'être; il te diminue d'autant plus qu'il fournit à un plus grand nombre de citoyens des raisons de s associer dans un commun grief; en un mot, s'il veut vivre et durer, il est tenu de renfermer son pouvoir dans les limites de la raison et de laisser aux. sujets la liberté de juger, de raisonner et d'enseigner pourvu que cette liberté s'exerce sans fraude ni colère.

THÉOLOGIE s. f. (té-o-lo-jl — gr. theologia ; de theos, dieu, et de logos, discours). Science de la religion, des choses divines : Cours de théologie. Leçons de théologie. Chaire de théologie. Professeur de théologie. Docteur en théologie. Question de théologie. Traité de théologie. Enseigner la théologie. Etudier en théologie. La théologie des anciens. La théologie des Indiens, des mahomélans. L'inscription des écoles de théologie devrait être la même que celle de quelques cadrans, solaires ; Quod ignoro doceo ; J'enseigne ce que je ne sais pas. (Helvét.) La chute de l'homme dégénéré est le fondement de la théologie de presque, toutes les anciennes nations. (Volt.) S'il n'existe pas dans la religion védique de théologie proprement dite, on y trouve cependant un fonds commun de croyances et d'idées. (A. Maury.) La théologie est la forme essentielle de toutes les histoires primitives chez les Sémites. (Renan.)

— Doctrine théologique : La théologie des Pères de l'Eglise. La théologie de Bossuel.

— Ouvrage, traité théologique : La théologie de Bellarmin, de Liguori,

— Cours d'études théologiques : Faire sa théologie.

— Théologie naturelle, Science de Dieu, du bien et du mal moraux, étudiés avec les données seules de la raison, sans le secours de la révélation, il Théologie dogmatique, Partie de la théologie qui concerne les choses à croire. Il Théologie morale, Partie de la théologie qui concerne les choses à pratitiquer. il Théologie mystique, Partie de la théologie qui concerne la vie contemplative, Il Théologie positive, Science des monuments que les théologiens acceptent comme autorités dans leur argumentation, tels que l'Ecriture, les ouvrages des Pères, la tradition orale, etc. il Théologie canonique, Science des canons ou lois de l'Eglise, il Théologie liturgique. Science des cérémonies du culte, il Théologie parénétique, Science de la prédication.

— Encycl. Contrairement à ce qu'on enseigne communément, la théologie est postérieure à la philosophie. Elle est née en Orient, contrée ravagée dès l'époque antéhistorique,

fiar un doute étranger à l'Occident. La phiosophie et la civilisation ont maintes fois édifié en Orient des monuments et des établissements bien supérieurs aux nôtres par la pensée et la splendeur. Tout cela est mort, et la théologie s est installée sur ces débris divers. Elle règne sans conteste sur l'emplacement où des sociétés florissantes et des philosophies dont la nôtre n'estqu'un souvenir avaient cru bâtir pour l'éternité. Le scepticisme a tué la science et le bien-être dans ces régions, qui furent le berceau de notre espèce, bien avant que la science et le bienêtre fussent connus de l'Occident. Aussi la théologie, qui n'a pas d'armes rationnelles contre la science et le bien-être, car la science et le bien-être sont issus de la raison, essayet-elle de déraciner l'autorité de la raison par le doute. De sorte que l'invasion du doute dans un état social a toujours été jusqu'ici l'indice de l'avènement prochain d'une théologie nouvelle. La théologie chrétienne succédant à la science des Grecs et au bien-être des Romains de l'empire en est un exemple historique qu'on ne récusera pas.

Le dédain de la théologie pour les sciences n'est pas seulement contemporain de l'établissement du christianisme ; il a traversé les siècles. Bossuet, le plus grand théologien mo- . derne, méprise profondément la science. Tous les Pères, tous les docteurs de l'Eglise nomment orgueil les prétentions de la raison à la vérité. Pascal avoue que le pyrrhonisme a servi à la religion. On se souvient encore des invectives de Lamennais proférées au nom de la théologie, dans le second volume de l'Essai sur l'indifférence, contre la science. Sa tentative parut audacieuse à ceux d'entre les membres du clergé qui ne possédaient plus l'esprit du christianisme. Les vrais adeptes de la théologie ne furent pas émus et approuvèrent l'entreprise.

En Grèce, il y avait des théologiens et point de théologie; car personne avant la décadence n'avait songé à réunir dans un corps de doctrine les données eparses et incohérentes dont se composaient les croyances,

Ainsi, dans l'antiquité, les poètes s'occupaient de théologie au point de vue de l'imagination, et quelques philosophes au point de vue de la raison. Mais le législateur s'en occupait bien davantage au point de vue des mœurs et de la conduite des hommes. La

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théologie, en définitive, est distincte de la raison et, par conséquent, de la science; elle avait pour fonction spéciale de régler l'exercice public et privé de la volonté. C'est à ce titre que le législateur a dû s'occuper d'elle. En Grèce, la religion était un des ressorts de l'Etat : Socrate mourut victime de cette nécessité impérieuse. A Rome, la religion était une religion d'Etat ; ses ministres étaient des magistrats politiques; elle intervenait à chaque insiant dans les moindres incidents, et de fait l'Etat et la religion païenne ont succombé ensemble. Varron, au témoignage de saint, Augustin (Cité de Dieu), distinguait trois sortes de théologie : 1° la théologie poétique, due à la tradition et transmise par les écrivains; 2° la théologie physique, créée par les philosophes et confondue avec la philosophie; 3° la théologie civile fondée par la législation elles hommes d'Etat.

Du reste, la théologie pnïenne ne comportait à aucun degré ce que les modernes appellent la révélation et qui a donné lieu à une division nouvelle de la théologie, en théologie naturelle et théologie positive, la première résultant des données de l'entendement et la seconde des dogmes établis par la révélation. Cette division est même très-récente dans le sein du christianisme; Leibniz ne la connaissait pas encore. Elle a été indiquée pour la' 'première fois d'une façon nette par le philosophe allemand Wolf dans son ouvrage intitulé : Theologia naturalis m'ethodo scientifica pertractata (Francfort et Leipzig, H36-1737, 2 vol. in-4<>). « Tout ce qu'on enseigne dans la théologie naturelle, dit M. Wolf, doit être démontré. La théologie doit être une science. Or, une science consistant dans la démonstration de ce qu'on affirme et de ce qu'on nie, il faut démontrer ce qu'on enseigne dans lathéotogie naturelle. » Cette théologie naturelle que Leibniz nomme théodicée, sans la distinguer suffisamment, a pour objet, au dire de Wolf, Dieu, ses attributs, les conséquences de ces attributs par rapport aux. êtres de la création et la réfutation des arguments contraires. On peut noter néanmoins que la théologie naturelle de Wolf ne répond qu'imparfaitement à ce qu'on appelle maintenant religion naturelle. Wolf s'étudie à ne contrecarrer en rien la théologie positive, tandis que la théodicée moderne agit dans le domaine des idées religieuses, comme s'il n'existait aucune théologie positive. La théodicée se confond de fait avec la métaphysique dans le sens où on l'entend aujourd'hui. Quant à la théologie naturelle de Wolf, née en Allemagne pour les besoins propres de la Réforme, elle conserve dans ce pays une importance considérable dans l'économie des sciences humaines, La théologie positive présente deux grandes divisions dans lesquelles on range tout l'objet de la connaissance; ce sont : 1° la théologie dogmatique ; 2<> la théologie morale. La première est un exposé non-seulement de la cosmogonie, telle qu'on l'entend dans l'Eglise catholique, mais une démonstration sui generis des divers objets de la métaphysique, tels qu'ils ont été définis par les Pères, les docteurs, les conciles et les papes ou tels qu'on les trouve décrits [dans les livres orthodoxes. La seconde est une vaste casuistique fruit de la pratique chrétienne, depuis 1 origine du christianisme. L'esprit général qui règne d'un côté comme de l'autre ne consiste point à rechercher ce qui doit être, mais à constater ce qu'ont enseigné et mis en oeuvre les directeurs de l'Eglise dans tous les siècles de son histoire; de sorte que la théologie catholique est proprement un cours d'histoire des idées et des mœurs de la tradition chrétienne.

Cette tradition est vieille ; il n'en reste guère que la lettre, car ceux qui l'interprètent en perdent de plus en plus l'esprit. Cela n'empêche pas la théologie catholique do le prendre de haut avec la science, la raison et l'idéal, qui lui échappent de plus en plus. ' La théologie fera bien, dit M. de Rémusat {Essais de philosophie, t. III), si elle est sincère et veut rester digne de son objet, de quitter pour jamais les manières hautaines et le ton dédaigneux avec la science et la raison. Après tout, elle n'y a rien gagné : la science a marché, la raison a brisé ses fers et ne se sent point fort touchée de ses mépris. Les efforts auxquels la raison se livre, les travaux qu'elle accomplit, les problèmes qu'elle étudie, les vérités qu'elle découvre, les mystères qui l'arrêtent, tout cela est désormais hors de la portée de la religion. Les questions qui touchent le plus cette dernière ne sont pas éclaircies par ellemême: Comment la création est-elle possible? Comment le mal est-il conciliable avee la nature ou la bonté de Dieu? Comment la liberté avec sa prescience? Comment la création absolue ou l'éternité de la matière avec la nature immatérielle ou sa suprême puissance? Qu'est-ce que l'espace? Qu'est-ce que le temps? D'où viennent les idées et sont-elles éternelles? Qu'est-ce que la substance et la cause? D'où vient l'âme? »

La solution d'un seul ne ces problèmes suffirait à rendre la théologie fourbue. Elle pourrait répondre, il est vrai, que cela ne la regarde pas, qu'elle a pour mission de former ht volonté et non d'expliquer, le mystère de la nature. Le malheur est qu'elle refuse de se renfermer dans ses attributions, et que, pour

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ce motif, la philosophie a été contrainte de se mettre en opposition avec elle, de diriger contre elle des attaques presque toujours victorieuses.

Nous avons eu très-souvent, dans ce Dictionnaire, l'occasion de traiter un grand nombre de questions qui se rattachent à la théologie. Nous allons indiquer les principaux articles que nos lecteurs pourront consulter à loisir. V. casuiste, catechétique, catholicisme, CONCILES, DlETJ, ECRITURE SAINTE, EvAKGILK, LITURGIE, HÉRÉSIE, MORALE SA- CRÉE, MYSTICISME. PARÉNÉTIQUE, PATRISTIQUG, POLÉMIQUE RELIGIEUSE, PROTESTANTISME, RE- LIGION, SACREMENTS, SCOLASTIQUB, etc.

— Bibliogr. Encyclopsdia bibliographica • A librarymanual oftheologicaland gênerai titerature, and guide to bog'lis for authors, preachers, sludents and literary men, analylical, biographical and bibliographical , by Jos. Darling (London, Darling 1851, in-8°), 2<s vol. : Holy Scriptures (London, 1859), 3e vol. : The Church ; L'abbé Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes (Paris, 1866, gr. in -8°); Histoire de la théologie (jusqu'à saint Bernard),- ouvrage posthume de D. Bonav. d'Argonne, chartreux, publié par le Père Vincent Fassini (Lucqnes, 1785, 2 vol. in-4°); K.-P: Stàudlin's, Geschichte der theologischen Wissenschaften , seit d. Verbreit. der alten lileratur (Gôtt., 1810-1811,

2 vol. in-8°); Melch., Cani de loeis theologicis, libri XII (Salmanticae, 1563, in-foï.), réimprimé à Louvain en 1569 in-8°, et avec d'autres ouvrages de l'auteur, sous le titre ■ Opéra theologica; Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, par Richard (Paris, nso,

6 vol. in-fol.); Dictionnaire théologique, par Bergier, extrait de l'Encyclopédie méthodique (Liég'fe, 17S9, et Toulouse 1817, aussi Besançon, 1827, 8 vol. in-8°). Ce sdifférentes réimpressions sont augmentées des articles auxquels on renvoie dans l'édition in-40 en

3 vol., qui fait partie de l'Encyclopédie méthodique. La dernière édition est accompagnée de notes par M. Gousset; Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, rédigé par les plus savants professeurs de l'Allemagne catholique moderne, publié par les soins du docteur Wetzer et du docteur Welte, trad. de l'allemand par I. Goschler (Paris, Gaume frères, 1858, et ann. suiv., 25 vol. in-8° à 2 col.; le tome XIX, paraissant en 1863, conduit au mot Ratisbonne) ; Thésaurus thelogicus, continens dissertationes prxcipucrum theologoruni ad ordinem tractatuurn et materiarum dispositas, a Er.-Ant. Zaccaria collectus (Venetiis, 1762, 13 t. eu 16 vol. in-4°); Theologica dogmalica et moralis, auctore Luû. liabert (Paris, 1736, 8 vol, in-12); Institutiones théologies ( Pictavii, 1753, seu 1778, 6 vol. in-12); P. Collet, Institutiones théologies (Parisiis, 1744 seu 1777,

7 vol. in-12, seu 1757, 2 vol. in-4°) ; Esdem breviori forma (1768, 4 vol. in-12) ; Summa S. Thoms hodiernis academiarum moribus accommodata sive cursus théologies juxta mentem D. Thoms, opéra et studio Car.-Ren. Billuart (Leodii, 1746-1751, seu 1769, 19 vol. in-go ; nova editio, Paris, 1827-1830, 20 vol. in-8°); Prslectiones théologies quas in collegio romnno S.J. habebat Jo. Perrone; editio secunda emendata et locupletata (Romae, 1840- 1844, 9 vol. in-8°; réimprimé à Prato, 1844,

4 t. en 5 vol. in-8°, et à Mcntrouge, en 2 vol. gr. in-8° ; il y a aussi une édition de Louvain, 1833 en 8 vol.); Méthode pour étudier la théologie, par L. Ellies Dupin (Paris, Coustellier, 1716, in-12 , nouvelle édition augmentée par l'abbé Dinouart, Paris Desprez 1758, in-12); Théologie dogmatique du R. P. Perrone, traduite Sur l'édition Aligne, augmentée du Traité sur l'immaculée conception, par MM. Védrines, Bandel et Fournet (Besançon et Paris, Vives, 1858, 6 vol. in-8°) ; Theologia dogmalica et moralis, auctore Lud. Bailly (Divioni seu Lugduni, 1810, et aussi Bisontii, 1823,8 vol. in-12); Theologia dogmalica, auc'tore F.-L.-B. Lieberuiann (Moguntise, 1840, 5 vol. in-8°) ; Institutions théotogiques de Liebermann, traduites en français, 3« édition (Paris, Gaume frères, 1856,

5 vol. in-8°) ; Théologie dogmatique ou Exposition des preuves et des dogmes de la religion chrétienne, par AlS>r Thomas M.-J. Gousset (Paris, Lecolfre, 1848, aussi 1S53); 2 vol. in-8°) ; Théologie morale, à l'usage des curés et des confesseurs, par Mi5r Thomas M.-J. Gousset, lue édition (Paris, 1855, 2 vol. in-8<>) ; Theologix cursus completus , ex tractatibus omnium perfectisst'mt's ubique habitis... conflatus ;annotarunt vero simul etedideruut fr. J.-P. et V.-S. M"" [Migne] (ParUiis, 1839- 1842, 27 vol. gr. in-8», dont 2 de supplément).

Théologie chrétienne {Theologia christiana), par Abailard; publiée pour la première fois dans le t. V du Trésor des anecdotes de Martène et Durand, d'après un manuscrit que l'on conserve à la bibliothèque de Tours. Elle est divisée en cinq livres. Le premier est un traité de la Trinité, d'après le témoignage des prophètes et des philosophes ; le second réfute les calomnies des écrivains sacrés contre les philosophes, dont Abailard décrit longuement la vie, les vertus et les doctrines ; le troisième est une dissertation contre les dialecticiens, et les écrivains en général, qui veulent expliquer Dieu a l'aide des seules lumières de la raison. Il contient aussi un exposé sommaire de tout ce qui concerne l'unité et la trinité divines et la solution des

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objections qu'on oppose sur la matière. On trouve dans le quatrième une histoire de la génération du Verbe, le Père représentant la puissance et le Fils la sagesse de Dieu. Il y est aussi traité de la procession du Saint- Esprit et de ce que Platon entendait par l'âme du inonde. Le cinquième énumère les raisons qu'on a de croire qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et non plusieurs. Abailard explique, en outre, ce qu'il pense de la perfection et de l'incommutabilité du souverain bien, qui ne peut ni croître, ni diminuer, ni varier.

Les travaux de l'illustre philosophe l'entraînaient souvent hors des limites du christianisme, sur 1« terrain de l'antiquité païenne. Le but de sa l'héologie chrétienne est de justifier sa conduite; il entendait ainsi réconcilier la philosophie avec les idées catholiques. ' Il lui importait, dit M. de Réinusat, de se laver de toute connivence avec ceux qui ne consultaient les gentils que pour s'écarter de l'Eglise, qui abusaient des sciences du siècle et corrompaient le dogme par la dialectique. La philosophie de son temps, comme de tout temps, était prévenue d'incrédulité et de libertinage. Abailard répond qu'il y a deux philosophies, la vraie et la fausse, et nous le verrons chercher à se disculper de son attachement kl'une en s'acharnant contre l'autre. 11 déclamera avec violence et, s'il le faut, avec fanatisme contre ceux qu'il se complaît à nommer les pseudo-philosophes. Plus franche et plus hardie, et comme pour achever sa pensée, Héloïse appelait les adversaires d'Abailard du nom injurieux que. saint Paul donnait à ses calomniateurs; saint Bernard était pour elle un pseudo-apôtre. »

Au fait, saint Bernard avait raison d'accuser son adversaire de saper les bases du christianisme en ayant l'air de le servir. On trouve, en effet, dans le livre d'Abailard la dialectique placée à la tête de la théologie, et l'esprit caché du nominalisme minant les bases du christianisme sans les attaquer directement.

Abailard, qui prévoit l'objection, parie sans cesse de l'abus de la dialectique en matière de religion, de la pureté de sa doctrine et de la créance que méritent les philosophes. « Si l'autorité des apôtres, dit-il, si celle des Pères, si celle, enfin, de la raison ne suffisent pas, même contre des philosophes qui n'invoquent que la dernière, il ne nous reste qu'à renvoyer leurs traits à nos ennemis. En repoussant une à une leurs objections, étouffons les aboiements de ceux qui cherchent à diffamer aux yeux des fidèles tout ce que, dans une intention sincère, nous avons écrit pour la défense de la foi. Ils récusent euxmêmes les philosophes comme gentils et leur contestent toute autorité en faveur de la foi, comme étant condamnés par elle... Mais tous le.s philosophes, gentils peut-être de nation, ne le furent point par la foi... Comment, eu effet, dévouerions-nous à la damnation ceux à qui Dieu même, au témoignage de l'Apôtre, a révélé les secrets de la loi et les profonds mystères de la Trinité, et dont les vertus et les œuvres sont célébrées par de saints docteurs. » L'auteur passe en revue toutes les doctrines de la philosophie grecque qui s'accordent avec la doctrine chrétienne. Il n'est pas difficile d'en trouver beaucoup, car le christianisme primitif s'est approprié, comme on sait, tout ce qu'il a trouvé à sa convenance dans les écrits des anciens et en particulier de Platon.

Au fait, dit Abailard, le principal grief de nos évèques chrétiens contre la philosophie est que les philosophes ont des doctrines parfois répréhensibles. Il faudrait pourtant voir ce qu'ils font eux-mêmes. « Mais comment les èvêques et les docteurs n'écartent-ils pas les poètes de la cité de Dieu, quand Platon leur interdit la cité du siècle? Bien plus, dans les jours solennels des grandes fêtes, qui devraient être employés tout entiers aux louanges du Seigneur, ils appellent à leur table les bateleurs, les danseurs, les sorciers, les chanteurs d'infamies. Ils célèbrent jour et nuit la tête et le sabbat en leur compagnie, puis ils les récompensent par de grands dons qu'ils dérobent aux bénéfices ecclésiastiques, aux offrandes des pauvres, évidemment pour sacrifier aux démons. Qu'est-ce, en effet, que ces histrions, sinon les hérauts et, pour ainsi dire, les apôtres des démons?... Oui, ce qui se dit dans l'église fatigue, ennuie de tels auditeurs. C'est un fardeau pour eux que de faire l'oblation aux autels du Christ, et jusque dans les solennités de la messe, pendant l'espace d'une heure, ils ne peuvent sevrer leur langue de propos vains. Toute leur âme brûle pour le dehors et aspire à la cour des démons, aux conventicules d'histrions. C'est là qu'ils sont prodigues d'offrandes et attentifs avec le plus graud silence et la plus grande passion à la prédication diabolique. Mais, apparemment, c'est peu de chose pour le diable que ce qu'ils font hors du sanctuaire des basiliques, s'il n'introduit pas dans l'église de Dieu les turpitudes de la scène. O douleur! il l'ose. O honte I il l'accomplit, et, devant l'autel même du Christ, toutes les infamies sont introduites de toutes parts; les temples, au milieu des réunions des fêtes solennelles, sont dédiés aux démons, et, sous le voile de la religion, et de la prière, tous, hommes et femmes, ne semblent réunis que pour satisfaire librement leur lasciveté; et ainsi sont célébrées les veilles de Vénus. »

Ceci n'est pas seulement instructif en ca

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qui concerne l'histoire du théâtre dans les églises du moyen âge; il nous montre l'attitude d'Abailard devant les pouvoirs publics. Ses livres sont autant des pamphlets que des traités de théologie ou de métaphysique. Ils ne se distinguent pas seulement pur l'originalité des idées et la hauteur de l'intelligence, ils châtient les mœurs du siècle et surtout des puissants, qui ne pouvaient être flagellés sans danger que par une bouche autorisée comme celle du philosophe.

Théalogîeclircliciinc au vicelc apostolique

(histoire de la), par Edouard Reuss (Paris, 2 vol. in-80, et Strasbourg, 1860, 2« édit.J.Ce livre du savant professeur de la Faculté de théologie et du séminaire protestant de Strasbourg a une grande importance, non-seulement à cause de son mérite intrinsèque, mais aussi parce qu'il a été le point de départ de la nouvelle école de théologie protestante. On sait que pendant longtemps les protestants ont regardé l'Ecriture comme une règle de foi, comme une norme, une autorité infaillible. Le postulat d'une pareille conception, c'est 1 unité d'enseignement des livres saints. Et la thèse, en effet, soutenue par les nuteurs protestants part invariablement de l'idée que le Nouveau Testament n'est pas un recueil de livres, mais un livre unique, dicté d'un bout à l'autre par le Saint-Esprit. Dès lors, la théologie chrétienne n'avait pas d'histoire, puisque l'histoire n'existe que là où il y a variation. On pouvait constater, commenter les pensées de l'Ecriture, on ne pouvait pas les raconter. M. Reuss protesta de la bonne manière contre cette illusion , je veux dire en exposant l'histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique.

L'auteur ne se dissimulait pas les difficultés de son travail, a Le respect dont cinquante générations ont entouré Ses grands noms de cette période, écrit-il dans sa conclusion, avertit d'avance l'observateur que son étude, pour être indépendante, sera jugée hostile; >|iie ses résultats paraîtront d'autant plus téméraires qu'ils seront plus nouveaux et plus près de la vérité. Le monde aime le clairobscur; la tradition est ennemie de tout retour sur elle-même ; tout ce qui recèle en soi un germe de vie et de mouvement est poussé par une déplorable fatalité à se figer dans des formes roides et inflexibles. » Après avoir montré l'état des croyances du peuple juif au moment de la naissance de Jésus-Christ, il prouve, par la comparaison, l'originalité de l'Evangile. Mais, à son avis, cette originalité consiste moins dans la nouveauté de certains dogmes ou de certains préceptes moraux, que dans la nouveauté de la base qu'il donne à la vie religieuse tout entière. L'Evangile ne se pose pas devant le inonde comme un système destiné à remplacer des systèmes antérieurs, mais comme un principe de vie assez puissant pour changer la nature même de l'homme.

^ Mais à la mort de Jésus, son enseignement s'altère. Ses disciples, à coté de l'instruction qu'ils ont reçue de la bouche de leur maître, subissent une autre influence dans leur développement spirituel. Cette influence, c'est celle des idées qui dominaient dans leur pays et qui, pendant une grande partie de leur vie, avaient eu le privilège exclusif de façonner leur esprit. Selon qu'ils subiront cette action ou qu'ils réagiront contre elle, nous aurons le judéo-christianisme ou le paulinisme.

Ces deux tendances conservèrent quelque temps leurs partisans, qui, poussant leurs opinions à l'extrême, finirent par tomber d'un côté dans l'ébionitisme et de l'autre dans l'antiiiomtsme gnos tique. Mais, entre ces deux, partis opposes, la masse adopta une théologie de transition, qui affaiblit à la fois les principes de Paul et ceux du judéo-christianisme, et dont nous retrouvons l'expression dans VEpitre aux hébieux,YEpilre de Pierre, celle de Barnabas, celle de Clément, dans les Actes des apôtres et dans les Evangiles de Matthieu, de Luc et de Marc.

Avec Jean, nous arrivons à une théologie beaucoup plus spéculative. Déjà, dans les dernières E pitres de Paul, nous voyons une tendance à soulever des questions abstraites ; mais avec le quatrième Evangile, cette tendance s'accentue de plus en plus. Ici nous trouvons pour la première fois les termes de l'école appliqués aux faits de l'histoire evangélique. Christ n'est plus le Messie, il est devenu le Verbe ; l'Evangile prend des allures philosophiques.

U est donc établi par le livre de M. Reuss que la théologie du siècle apostolique a une histoire, qu'elle a eu des développements, des variations, qu'elle présente de grandes diversités. En un mot, l'histoire apostolique rentre dans l'histoire. En terminant, nous ne saurions trop louer la sûreté de méthode et la science de M. Reuss. U nous a donné un de ces livres connue l'Allemagne seule eu possédait, et M. Sclierer a eu raison de dire, dans ses articles sur la Vie de Jésus de Renan, que l'ignorance où. l'on est parmi -nous des travaux de M. Reuss prouve surubonuamment l'indifférence du public pour les études théologiques.

THÉOLOGIEN, IENNE s. (té-o-lo-ji-ain, i-è-ue — rad. théologie). Personne qui connaît la théologie , qui écrit sur la théologie ; le féminin est peu usité : C'est le pins mince théologien qui soit au monde. (Boss.) L'âme

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simple et bien intentionnée ne fait point tant la théologienne et la savante, (Boitrdal.)

— Elève en théologie : Une classe de théologiens. Les théologiens d'un séminaire.

— Antiq. gr. Poëte de l'école mythique.

— Adjectiv. Qui est versé dans la science théologique : Je vous ai toujours trouvée supérieure à Héloïse, quoique vous ne soyez pas aussi théologiknnk qu'elle. (Volt.)

THÉOLOGIQUE adj. (té-o-io-ji-ke — rad.

théologie). Qui appartient , qui a rapport à la théologie : Doctrine théologique. Question thkologio.uk.

Tnéolugique (l'institution), ouvrage de Proclus. V. Institution théologiquk (1').

THÉOLOGIQUEMENT adv. (té-o-lo-ji-keman — rad. théologique). D'une manière théologique , selon les principes de la théologie : Toutes les verius sont des vices quand on n'a pas ta foi; or, vous n'avez pas la foi; donc, malgré vos vertus, vou* êtes des coquins, théologiquembnt par/««i.(Volt.)

THÉOLOGlSER v. n, ou intr, (té-o-Io-ji-zé

— rad. théologie). Parler, raisonner de matières théologiques : Les pères n'envoient pas leurs enfants au catéchisme pour y apprendre à THÉOLOGiSKB. (Promlh.) D'accord, mais, s'il vous ptail, ne théologisons pas, Aramis. (Alex. Dum.)

THÉOLOGISME s. m. (té-o-lo-ji-sme — rad. théologie). Abus de la théologie, des procédés théologiques, des discussions théologiques : Mon intention a été de raconter l'histoire de la parole et de l'écriture sans pédantisme, sans philosophisme, sans théologismk. (Ch. Nod.)

— Par ext. Subtilité, ergoterie : J'écarte tout théologismk , toute théorie absolue. (Proudh.)

THÉÛLOGUE s. ra. (té-o-lo-ghe — rad.

théologie). Synonyme peu usité de théologien.

THÉOMANCIE s. f. (té-o-man-sî — du gr.

theos, dieu; manteia, divination). Divination dans laquelle on se disait inspiré par une divinité.

THÉOMANCIEN, IENNE s. (té-o-man-siain, i-è-ne — rad. théomancie). Personne qui pratique la théomancie.

THÉOMANIAQUE s. (té-o-ma-ni-a-ke — rad. théomanie), Personne qui est atteinte de théomanie,

THÉOMANIE s. f. (té-o-ma-nt — du gr.

theos, dieu, et de manie). Paihol. Manie, folie dans laquelle on se croit Dieu ou inspiré de Dieu.

THÉOMYTHIE s. f. (té-o-mi-tî — du gr.

theos, dieu; muikos , mythe). Système des mythes antiques conservés par tradition.

THÉOMYTHIQUE adj. ( té-o-m'i-ti-ke — rad. théomythie). Qui appartient à la théomythie.

THÉOMYTHOLOGIE S." f. (lé-o-mi-to-lo-jî

— du gr. theos, dieu ; muthos, mythe; logos, discours), fcicience ou traité des mythes païens.

THÉOMYTHOLOGIQUE adj. (té-o-mi-to-loji-ke — rad, théomythulogie). Qui appartient k la théomythologie.

T1IÉ0N DE SMYRNE, mathématicien et astronome grec. Il vivait au no siècle de notre ère, sous les règnes de Trajan et Adrien. On ne sait rien de la vie de ce savant, qui appartenait à l'école pythagoricienne et qui, d'après Ptolétnée, lit des observations sur Mercure et Vénus". U ne reste de lui qu'une Arithmétique, publiée par Boulliau {Paris, 1647), avec traduction et notes latines, dans laquelle on trouve une curieuse théorie des nombres musicaux, et une Astronomie, publiée par H. Martin, avec traduction et co inventaires en latin (Paris, 1849), et qui confient de précieux renseignements sur l'histoire de l'astronomie, de la philosophie et do la littérature grecque, ainsi que de nombreuses citations et extraits d'auteurs aujourd'hui perdus.

T11É0N D'ALEXANDKIE, mathématicien et astronome grec. U vivait dans la seconde moitié du iv* siècle de notre ère, fut l'un des derniers géomètres qui maintinrent l'éclat que l'étude des sciences avait jeté sur l'école d'Alexandrie et observa, en 365, des éclipses de lune et de soleil. Ce fut lui qui dirigea l'éducation de sa tille, l'illustre et infortunée Hypathie. Les seuls ouvrages qui nous restent de lui sont: un Commentaire sur les éléments d'Euclide; de médiocres Scolies sur Aratus, publiées avec les œuvres de ce dernier, notamment à Berlin (1828, in-go); une continuation du Canon royal de Ptolétnée; Tubtes manuelles astronomiques, publiées pour la première fois à Paris (1822- 1824, 3 part. hi-4oj; des Commentaires en onze livres sur YAlmagesle de Ptolémée, publiés avec l'édition princeps de YAlmagesle (Baie, 1538, in-fot.). Ce dernier ouvrage est intéressant en ce qu'il contient des modèles de calculs arithmétiques, taudis que Ptolémée ne donne jamais que les résultats. C'est en grande partie à Theon que l'on doit de connaître à peu près les procédés de calcul des Grecs.

TUÉON (^Elius), sophiste et rhéteur grec. Il vivait k Alexaudrie postérieurement k l'ère

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chrétienne, mais à une époque incertaine, et il ne nous a été transmis aucun détail biographique sur Théon, dont Suidas mentionne plusieurs ouvrages. Un seul de ses écrits est parvenu jusqu'à nous. Il a pour titre : Pro- Oynnasmata ou Exercices, étaété publié pour la première fois en grec (Rome, 1520, in-4»). C'est un traité assez peu méthodique, dans lequel l'auteur donne les règles nécessaires, selon lui, pour former un orateur. La meilleure édition de ces Exercices est celle de Leyde (1626, in-80), avec une traduction latine revue et corrigée par le savant Heinsius.

THÉONÉEs. f. (té-o-né).Zooph. Genre de polypiers fossiles, voisin des millépores.

théopaschite s. m. (té-o-pa-ski-te — du gr. theos, dieu ; pasckâ, je souffre). Hist. relig. Membre d'une secte qui aftirmait que Jésus avait souffert comme Dieu.

THÉOPHAGE s. (té-o-fa-je — dugr. theos, dieu ; phtigô, je inange). Personne qui mange Dieu ; surnom injurieux donné par les protestants aux catholiques, qui prétendent recevoir Dieu dans la communion.

THÉOPHANE, Mlle de Bisaltès. Elle était d'une extrême beauté, qui la lit rechercher par un grand nombre de prétendants. Neptune, amoureux de la jeune tille, l'enleva et la transporta dans l'Ile de Crintsse ; mai3 bientôt les prétendants l'y suivirent. Pour la soustraire k leur poursuite, Neptune métamorphosa alors les habitants de l'Ile en moutons, Théophane en brebis et lui-même en bélier. Ce fut alors qu'il la rendit mère du fameux béher à la toison d'or, qui porta la nom de Phryxus, en Colchide.

THÉOPHANE, historien et poste grec, né à Mitylène, dans i* lie de Lesbos. Il vivait au i« siècle avant notre ère, vint en Italie à la suite de Sylla, pendant les guerres contre Mithridate, et s'attacha à Pompée, qu'il suivit dans toutes ses expéditions et qui lui rit obtenir le droit de cité romaine. Plus tard, il se rallia pourtant k César. Le plus important de ses ouvrages était une Histoire des guer~ res des Bomains sous le commandement de Pompée, qui a beaucoup servi. k Plutarque pour écrire la vie de ce capitaine et dont il ne nous reste que quelques fragments dans Strabon et Plutarque. On a aussi de lui deux Epigrammes dans l'Anthologie.

THÉOPHANE ou THEOPHANO, impératrice d'Orient. Elle vivait au xe siècle et était de naissance obscure, fille d'un cabaretier, diton, mais belle au delà de toute expression, ambitieuse, habile surtout. Par ses intrigues et par son adresse, elle sut inspirer une passion violente au fils de ConstantinVII, qui, tout jeune encore, l'épousa l'an 919. On crut déguiser l'origine de cette tille en lui donnant le nom de Théophane, au lieu de celui d'Annsiiuio qu'elle portait auparavant. Ce changement de nom et de fortune ne put corriger sa bassesse de cœur.

Impatiente de régner, elle excita son mari enfant au parricide. Constantin, légèrement indisposé, devait prendre médecine. On gagna, à force d'argent, le maître d'hôtel Nicetas; on lui donna un poison que ce malheureux mêla avec la liqueur médicinale. Par bonheur, l'empereur, tenant en main la coupe empoisonnée, lit un faux pas et en répandit la plus grande partie. Ce qu'il en but n'eut pus assez de force pour lui ôter immédiatement la vie, mais le rit tomber dans une langueur dont il mourut peu do temps après. Alors "Théophane, qui dominait toujours le faible Romaiu, devient maîtresse de l'empire. Par elle sont chassées de la cour la mère de Romain, Hélène, et ses cinq sœurs, qui sont reléguées dans un monastère, puis, et tandis

3 ue l'empereur s'amuse avec des femmes perues, des bouffons, qu'il vit au cirque, au milieu'des chevaux et des cochers, dans les forêts, au milieu des sangliers et des chasseurs, elle gouverne et abaisse l'empire. Un jour, il lui advient la fantaisie de régner seule, sans contrôle, et elle empoisonne son mari, comme elle avait empoisonné son beau-père (15 mars 963). Romain avait vingt-quatre ans.

Cependant, dit Gibbon, « Théophane s'aperçut bientôt de l'instabilité d'un trône qui n'avait pour appui qu'une femme qu'on ne pouvait estimer et deux enfants qu'on ne pouvait craindre. Dès lors, elle songea à se donner un soutien, et, par ses intelligences avec Nicéphore Phocas, elle prépara l'usurpation de ce guerrier, qu'elle épousa ensuite (963). »

Lasse bientôt de son nouvel époux, elle la fait assassiner par Jean Zimiscès, son amant (décembre 969), qui, k son tour, se fait proclamer empereur, au détriment des fils de Romain le Jeune. Mais, après s'être servi de Théophane comme marchepied, afin d'arriver au trône, il la repousse du pied et la relègue dans l'Ile Prooouèse. « La première t'ois que Zimiscès sortit du palais, dit Le Beau, ce fut pour aller ù Suinte-Sophie se faire couronner, selon l'usage. Comme il approchait, le patriarche Polyeucte vint au-devant de lui pour lui déclarer qu'il ne pouvait lui donner entrée dans l'église, tandis qu'il avait encore les mains toutes fumantes du sang de son prédécesseur et de sou parent; qu il fallait auparavant expier ce forfait, chasser du palais l'impératrice qui avait ourdi cette trame criminelle, déclarer et punir le meurtrier et re-

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mettre entre les mains du synode le décret porté contre l'Eglise. Zimiscès promit d'obéir a tout, et tint parole, sacrifiant à sa couronne les ministres de son crime et Théophane ellemême. 11 jura qu'il n'avait point trempé ses mains dans le sang de Nicéphore, que los assassins étaient Léon Valens et Théodore le Noir; il les bannit avec leurs complices, et tous périrent misérablement. Théophane, reléguée dans l'île Proconèse , trouva moyen de revenir secrètement à Constantinople, et se réfugia dans l'église de Sainte-Sophie. Basile l'en ayant fait tirer de force, la fit transporter en Arménie, dans un monastère que Nicéphore avait fondé. Mais, avant de sortir de Constantinople, ayant obtenu do parler k Zimiscès, elle éclata contre, lui avec fureur, lui reprochant ouvertement tout ce qu'elle aurait dû cacher, et voyant son fils Basile auprès du prince, elle lui sauta au visage et l'accabla de coups de poing, l'appelant un Scythe, un barbare. Elle l'eût étranglé si on ne l'eût arraché de ses mains. »

A l'avènement de ses fils, en 975, Théophane fut rappelée k Constantinople. Mais Basile, le vrai, le seul empereur, ne permit pas à sa mère de s'occuper des choses de l'Etat j il la laissa, dit l'historien du Bas- Empire, languir dans une vieillesse voluptueuse.

THÉOPHANE 1SAURUS, historien byzantin, né en 758, mort dans l'île de Samothraee en 818. Issu d'une famille puissante, il fut élevé à la cour impériale et marié k une riche héritière ; mais, entraîné par une grande exaltation religieuse, il vécut avec sa femme dans la continence, la détermina k entrer dans le cloître et se retira lui-même dans le monastère de Mégulagre (Mysie), dont il devint l'abbé. S'étant rendu au concile de Nicée en 787, il y défendit avec chaleur le culte des images, fut jeté en prison par ordre de l'empereur iconoclaste Léon V, puis relégué dans l'île de Samothraee, où il termina sa vie. On lui doit une continuation de la Chronologie de Georges leSyncelle, de 277 k 811. Ce travail, intéressaut au point de vue historique, a été publié, en grec et en latin, par Combefils (Paris, 1655, iu-fol.). La meilleure édition est celle qu'on trouve dans l'Histoire byzantine, publiée à Bonn (1839, 2 vol. iu-8°).

THÉOPHANE, surnommé Gtruiucm (le potier), prélat, ne, croit-on, àTaorinine (Sicile). Il vivait, paraît-il, au xiie siècle. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il devint archevêque de sa ville natale. On a de lui soixante-deux serinons estimés des théologiens, et dans lesquels il explique l'Evangile en un style simple et clair. Ces sermons, traduits du grec en latin, ont été publiés par le jésuite François Seorse, sous le titre de : Theophanis Ceramei homitiœ in evangelia dominicalia et fesla tolius anui (Paris, 1644, in-foi.)

THËÛPHANIE s. f. (té-o-fa-n! — du gr.

theos, dieu; phninô , j'apparais). Apparition, révélation d'une divinité , chez les Grecs. Il Ancien nom de l'Epiphanie, chez les chrétiens.

— s. f. pi. Fêtes qu'on célébrait k Delphes eu l'honneur du séjour d'Apollon dans la contrée où se trouvait cette ville, et auxquelles on croyait que le dieu assistait chaque année.

THÉOPHILANTHROPE s. m. (té-o-fi-latitro-pe. — V, tHKophilantHROPIb). Membre d'une société qui se forma en France sous la D.rectoire : Les théophilanthropes ne préconisaient pas les intérêts ; ils recommandaient les devoirs. (Chateaub.) Les théophilanthkopes annonçaient un Dieu invisible dont rien n'offrait l'image. (Kotirier.)

— Encycl. Les théophilanthropes ne formaient pas, à proprement parler, une secte religieuse, et même ils se défendirent toujours d'eu avoir voulu fonder une. Imbus de la philosophie du xvni" siècle, du déisme de Voltaire et des idées de J.-J. Rousseau stir le rôle nécessaire de la religion dans l'Etat, ils pensaient que la croyance en Dieu est indispensable au maintien de la morale privée comme de i'ordre public, que le sentiment religieux existe à uu état plus ou moins latent chez le plus grand nombre, et que, si l'on ne se bâtait de satisfaire à ce besoin qu'éprouve l'homme de prier, il était à craindre que le peuple ne prît le chemin des églises catholiques, n'allai, demander à l'ancienne religion la satisfaction de ce besoin.

C est en 1795 qu'eurent lieu les premières réunions de cette association nouvelle; elles furent provoquées par Haùy, père du célèbre mitiéralogiste et connu lui-même par l'invention des procédés encore en usage aujourd'hui pour l'instruction des aveugles. Haiiy ne faisait, du reste, que donner une extension plus grande à une association du même genre, l'ondée à peu près à l'époque où Robespierre instituait la l'été de l'Etre suprême, et qui uvait pris le nom de Société des théo-androphiles. Il appela à lui les membres influents de celte société, Chemin, Moreau, Mandat-, personnages tout k fait ignores aujourd'hui, et 1 association prit une extension rapide. Les théophitanthropes se réunissaient une fois par semaine pour faire ou entendre des exhortations morales, des lectures philosophiques, célébrer la divinité pur des chants religieux. Dans leur pensée, la sentiment religieux sommeille chez l'homme, s'il n'est pas entretenu par la commuuictuion

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avec les autres hommes, par la prière en commun et par de grandes réunions donnant à la prière une certaine solennité. Ces réunions constituaient tout le cnlte ; le Dieu qu'ils adoraient était celui de la Profession de foi du vicaire savoyard. Ne lui donnant d'autres attributs que lu puissance et la bonté infinies, les théophilanthropes exclurent de leurs temples toute représentation, toute image, tout objet symbolique. Ils calquèrent la simplicité des cérémonies des protestants, en la poussant encore plus loin. Ce furent des assemblées à peu près pareilles à celles qu'on a vues depuis en Amérique, tenues par Channing et les unitaristes.

Le Directoire, à la sollicitation d'un de ses membres, Larevellière-Lépeaux, accorda aux théophilanthropes lu jouissance de la plupart des églises de Paris, où ils furent libres de tenir leurs réunions. Ce fut l'apogée de la religion nouvelle. Notre-Dame devint ou plutôt resta le temple de la Raison, nom que lui avait donné la Commune ;Saint-Etienne-du- Mont, le temple delà Piété filiale; Saint- Eustache, le temple de l'Agriculture; Saint- Gerviiis, le temple de la Jeunesse; Saint- Jacques-du-Haut-Pas, le temple de la Bienfaisance ; Saint- Laurent, le temple de la Vieillesse; Saint-Merry, le temple du Commerce; Saim-Nicolas-des-Champs, le temple de l'Hymen ; Saint- Rocb, le temple du Génie ; Saim-Sulpice, le temple de la Victoire ; Saint- Thomus-d Aquin, le temple de la Paix, etc. C'est à cette concession des églises, alors sans emploi, que se borna l'intervention de Larevellière-Lépeaux, qui passa a tort pour 1 inventeur de la théophilanlhropie. Larévellière, un des plus parfaits honnêtes hommes et des plus énergiques qu'on ait connus, partageait, il est vrai, la plupart des opinions de la société, et, vers la même époque, il exposait à l'Institut, dont il était membre, une théorie sur l'utilité de fonder un culte déiste, qui ressemblait beaucoup à ce que les théophilanthropes commençaient à pratiquer. Néanmoins, il n'eut jamais de rapport public avec ceux-ci et s'abstint de paraître à aucune de leurs réunions.

Ces réunions, qui eurent lieu le jeudi d'abord, puis le dimanche, attirèrent dans les premiers temps un grand concours de personnes, sans doute des gens du peuple et des lemmes, catholiques au fond, mais qui se prenaient, sans trop y regarder, à la première religion venue; il faut le croire, puisque, mieux instruites des tendances du culte nouveau par les journaux réactionnaires qui . commençaient alors à reparaître, ces foules ne revinrent plus, et, au bout de peu de temps, les réunions se trouvèrent réduites au petit nombre des membres de la société. Elles continuèrent cependant à se tenir dans les églises, au milieu de l'indifférence et même delà moquerie générale, jusqu'au 21 octobre 1801. Un arrêté des consuls enleva alors l'usage des églises aux théophilanthropes, qui, après ce coup, ne |tardèrent pas à s'éteindre dans l'obscurité. La société n'avait guère jamais fait de prosélytes en dehors de Paris.

THÉOPHILANTHROPIE s. f. (téû-fi-lantro-pî— du gr. theos, dieu; phiteà, j'aime ; anthrôpos, homme). Doctrine des théophilanihropes, principalement basée sur l'amour de Dieu et des hommes.

THÉOPHILANTHROPIÇUE adj. (té-o-fi-!antro-pi-ke — rad. théophitanlhropie). Qui a rapport à la théophilanlhropie où aux théophilanthropes.

THÉOPHILANTHROPISMEs.m.{téo-fl-lan-

tro-pi-sme), Syn. de théopkilanthropie.

THÉOPHILE (saint), évêque d'Antioche et l'un des Pères de l'Eglise, né au commencement du ne siècle, mort vers 190. Nourri dans le paganisme, il fut converti à la foi chrétienne par la lecture des livres saints, fut élevé au siège épiscopal d'Antioche vers 168 et défendit jusqu'à sa mort le christianisme, soit par ses discours, soit par ses écrits. Théophile avait composé un livre contre Hermogène , un autre contre le dualisme de Marcion; mais ces deux ouvrages sont perdus. Saint Jérôme lui attribue uue Harmonie des Evangiles elun Commentaire sur les Évangiles et sur les proverbes de Salomon. Le seul ouvrage de lui qui soit parvenu jusqu'à nous est un traité apologétique et polémique de la religion chrétienne, intitulé les Trois livres à Autolycus. Cet ouvrage, publié pour la première fois par Gesner (Zurich, 1546, in-fol.), a été plusieurs fois réédité. 11 a été traduit en latin par Clauser (1546) et en français par de Genoude, dans le Jiecueil des Pères de l'Eglise. Dans cette apologie, Théophile s'adresse à un philosophe païen, Autolycus, aussi éloquent qu'instruit. Il s'attache à lui montrer l'absurdité de l'idolâtrie, la fausse idée que le paganisme se fait de Dieu, qui est sans forme et immatériel; puis il expose la partie dogmatique du christianisme, cherche à établir par des citations que Moïse et les prophètes l'emportent sur les écrivains païens par l'ancienneté et la sainteté de la doctrine, professe le dogme de la création ex nihito, parle, sans en avoir une idée bien exacte, de la Trinité, etc. En résumé, la dialectique de Théophile est faible et sou ouvrage n a qu'une médiocre valeur.

THÉOPHILE, empereur d'Orient, né à Amoiium (Phrygie), mort en 812. 11 était fils de Michel le Bègue, à qui il succéda en 829,

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Théophile commença par punir les assassins de Léon l'isaurien, puis il marcha contre les musulmans, qui, de tous côtés, menaçaient l'empire. D'abord battu, il faillit tomber aux mains de l'ennemi, qu'il battit à son tour l'année suivante,- éprouva en 832 une sanglante défaite et ne dut son salut qu'au courage d'un de ses généraux appelé Michel. La guerre traînait sans résultat décisif, lorsque, en S37, Théophile s'empara de lu Syrie et détruisit Zapetia, ville où était né le calife Motassem. Ce dernier, pour s'en venger, marcha sur Amorium, qu'il réduisit en cendres et dont il massacra les habitants. Cette catastrophe causa une profonde douleur à Théophile. Il tomba dans une sombre mélancolie, refusa de prendre de la nourriture et fut emporté par une dyssenterie. C'était un prince de t»lent et de mérite, qui, chose rare, joignait à l'esprit de justice l'amour du bien

fiublic et qui encouragea le commerce et les ettres. Fougueux partisan des iconoclastes, il n'hésita point, tant était grande l'antipathie que lui causait le culte des images, à chasser tous les peintres de son empire. Son fils Michel III lui succéda.

THÉOPHILE, patriarche d'Alexandrie, mort en 412. Il fut élevé, en 385, à la dignité de patriarche, eut d'assez vifs démêlés avec saint Jean Clirysostome et prit une part active aux querelles religieuses de son temps. Théophile avait composé plusieurs ouvrages, entre autre un Cycle pascal, qui embrassait 418 années, un traité contre Origène, etc. Il ne reste de lui que quelques lettres, trois épitres pascales, traduites en latin par saint Jérôme, et des fragments publiés dans des collections ecclésiastiques.

THEOPHILE, jurisconsulte grec, mort à Constantiuople vers 530. Il professa la jurisprudence à Constantiuople, devint docteur en droit, conseiller d'Etat (528), dut à sa grande réputation de savoir les titres de Mngiater et d'IMusiri» et fut chargé, par Justinien, d'aider Tribonien et quelques autres jurisconsultes à élaborer les grands recueils de lois publiés sous son règne, le Digeste, le Code, les Institutes. De 534 à 536, il lit un cours, dans lequel il commentait en grec les trois premières parties du Digeste. On trouve dans les scoliesdes Basiliques des fragments de ce commentaire. Théophile est 1 auteur d'une Paraphrase des Institutes, laquelle en est encore le meilleur commentaire et contient de précieux renseignements sur des particularités de l'ancien droit romain. Cette paraphrase, dont le texte a été très-altéré par les copistes, fut découverte par Van Zuiehemus, qui l'édita en grec (Bàle, 1534, in-fol.). La meilleure édition est celle de Reitz (La Haye, 1751,2 vol. iii-8»), avec traduction latine et commentaire. Une traduction française en a été donnée en 1847 (in-8°). |

THÉOPHILE, surnommé Proioapaihoire ,

médecin byzantin, qui vivait dans la première moitié du vue siècle. On ne sait rien de certain sur sa vie. Il jouit de beaucoup de réputation comme médecin, fut, croit-on, le maître d'Etienne d'Athènes et se retira vers la fin de sa vie dans un cloître. Ses écrits montrent qu'il était d'une grande piété et trèsattaché à l'orthodoxie. On cite, comme étant du lui, les ouvrages suivants : De corporis humain fabriea (Paris, 1555, in-8°); Commentarii in Hippocratis aphorismos (Venise, 1549, in-8°), abrégé clair et précis d'un ouvrage de Galien ; De urinis (Bàle, 1533, in-8°); De excrementis alvinis (Leyde, 1703), traité publié avec le précédent par Guidot; De pulsibus (Bàle, 1533, in-S»), etc.

THÉOPHILE, surnommé le Moine ou le Prîtro, artiste du Xe ou du xic siècle et dont la patrie est inconnue. On croit que son véritable nom était Roger, qu'il était né en Allemagne, et l'on pense, d après le titre d'un manuscrit qui se trouve à Cambridge, qu'il habita assez longtemps la Lombardie. Ce moine lit, ainsi qu il nous l'apprend, de nombreux voyages. Il est l'auteur d'un très-curieux ouvrage, intitulé Diversarum artium schedula, et écrit à la fois avec un profond enthousiasme et tme extrême modestie. Dans ce traité, d'une valeur capitale pour l'histoire de l'art, le moine Théophile truite ce qui concerne la peinture sur toile, sur bois, sur vélin, sur verre, la peinture à l'encaustique et à fresque, l'art d exécuter des mosaïques avec des cristaux colorés, l'orfèvrerie et les arts qui en dépendent, etc. « 0 toi qui liras ce livre, dit-il dans sa préface, qui que tu sois, ô mon fils, je ne te cacherai rien de ce qu'il m'a été possible d'apprendre. Je t'enseignerai ce que savent les Grecs dans l'art de choisir et de mélanger les couleurs; les Italiens dans la fabrication de l'argenterie, le travail de l'ivoire, l'emploi des pierres fines; la Toscane, particulièrement, dans le vermeil et la fonte des nielli; l'Arabie dans la damasquiuerie; l'Allemagne dans le travail de l'or, du cuivre, du fer, du bois ; la France dans la construction de ses brillants et précieux vitraux. » On voit dans ce livre que la peinture à l'huile était connue de son temps, mais qu'on s'en servait peu parce qu'on n'avait pas encore trouvé le moyen de la faire sécher rapidement. Cet écrit, divisé en trois livres et très-complet sur les arts à cette époque, a été imprimé dans les Mémoires d histoire et de littérature (Brunswick, 1781), sous le titre de Diversarum artium schedula.

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M. de L'Escalopier en a donné une édition nouvelle avec une traduction française (Paris, 1843, in-4«).

THÉOPHILE, çoëte latin, né à Brescia. Il vivait au xve siècle, entra dans l'ordre de Saint-Benoît, voyagea en Hongrie et dans quelques pays du Nord et s'adonna dans sa jeunesse à la poésie. On cite de lui : De vita solitaria et civile, dialogue en vers hexamètres; De vita et moribus S. Dernardi abbatis Clarevallensis, earmen encomiastican , en versélégiaques, poème en sept chants; Hymni nooem, en vers saphiques. Ces diverses compositions ont été réunies et publiées sous le titre de Tkeophili Brixiani carmina (1496, in-4<>).

THÉOPHILE DE VIAU, poste français.

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