‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 58 sur 1042 · V. Viao · texte numérisé non relu

V. Viao

THÉOPHOBE adj. (té-o-fo-be. — V. théophobie). Ennemi de Dieu; qui a en horreur Dieu, l'idée de Dieu : Ecrivain théophobe, La philosophie moderne est théophobe. (Ventura.)

— Substantiv. : Un théophobe.

THÉOPHOBIE s. f. (té-o-fo-bl — du gr.

theos, dieu; phobos, crainte). Horreur de Dieu, de l'idée de Dieu.

THÉOPHOBIQUE adj. (té-o-fo-bi-ke — rad.

théophobie). Qui appartient, qui a rapport à la théophobie.

THÉOPHRASTA s. m. (té-o-fra-sta — de Thêophraste, nom d'homme). Bot. Genre d'arbres, de la famille des myrsinées, type de la tribu des théophrastées, dont l'espèce type croit aux Antilles, il On dit aussi thêophraste et théophrastéb.

— Encycl. Le genre théophrasta renferme des arbrisseaux à feuilles très-grandes, coriaces, dentées, très-rapprochées et comme verticillées, d'un vert foncé , persistantes ; les fleurs sont groupées en épis courts, à l'aisselle des feuilles; le fruit est une sorte de pomme globuleuse, charnue, à enveloppe grenue ou ridée^ renfermant des graines rondes, assez grosses, osseuses et noirâtres. Les espèces peu nombreuses de ce genre habitent les contrées les plus chaudes de l'Amérique ; on les désigne souvent sous le nom vulgaire de coquemolliers. Le théophrasta d'Amérique, espèce type, atteint à peine la hauteur de S mètres; sa tige droite et nue se termine par un bouquet ou un faisceau de feuilles épineuses, longues de 0m,40; ses fleurs sont d'un jaune rougeâtre. Cette espèce habite l'île d'Haïti, où elle croît dans les mornes, les savanes et les lieux incultes. Les naturels mangent la pulpe de ses fruits, qui est sucrée, rafraîchissante et d'une saveur agréa ble; la décoction de ses feuilles est réputée excellente contre les ulcères et le farcin des chevaux. Le théophrasta de Jussieu est un peu plus petit que le précédent; ses feuilles atteignent 0m,50 de longueur sur 0m,10 de largeur; ses fleurs blanchâtres sont disposées en grappes terminales; il croit aussi à Saint- Domingue. Le théophrasta à grandes feuilles est l'espèce la plus remarquable. Le théophrasta impérial appartient aujourd'hui au genre curatelle. Ces végétaux sont admis dans nos cultures d'ornement pour la beauté de leur feuillage. Ils demandent la serre chaude humide, un sol substantiel, mais trèsperméable, bien mélangé de terreau et d'engrais, et une exposition bien éclairée. Ils végètent moins bien en pots qu'en pleine terre. On les multiplie de boutures, et même par le bouturage des feuilles.

THÊOPHRASTE, philosophe grec, ami, disciple et successeur d'Aristote, né dans l'île de Lesbos l'an 371 av. J.-C , mort h l'âge de 107 ans en 264. Il s'appelait Tjriomo; son éloquence lui fit donner par ses auditeurs le nom de Thêophraste (parleur divin). Il suivit d'abord les leçons d'un philosophe appelé Alcippe ou Leucippe, à Eresos, sa ville natale, puis se rendit à Athènes, où il eut pour maître Platon, et pour condisciple Aristote. Après la mort de Platon, il parcourut la Grèce, contribua à délivrer Lesbos des tyrans qui l'opprimaient, passa ensuite en Macédoine, puis revint à Athènes après la bataille de Chéronée. Aristote ayant ouvert à cette époque une école célèbre dans le Lycée, Thêophraste devint un des auditeurs les plus assidus de son ancien condisciple et lui succéda, en 322, dans la direction de cette école, où il compta bientôt deux mille auditeurs. Par son éloquence, par l'aménité de ses manières, patson caractère, il sut se concilier la bienveillance du peuple athénien, aussi bien que l'amitié des rois de Macédoine et d'Egypte. Exilé un instant d'Athènes avec tous les autres philosophes, sur la proposition do Sophocle (316), il y fut bientôt après rappelé et, depuis ce moment, il ne fut plus inquiété. * Tout en adoptant les principes des péripatéticiens et les hautes sciences qu'Aristote professait, dit M. Thiébaud de Berneaud, Thêophraste voulait marier ensemble la morale de Socrate et le style nombreux de Platon. Il donna un nouveau lustre à l'école et amena ceux qui la suivaient à bien observer la nature, a vivre en véritables philosophes et en bons citoyens. On le voyait sans cesse s'élever contre les prétentions audacieuses des oligarchies, contre les fureurs des démagogues, contre les délateurs, enfin attaquer ouvertement tous les préjugés et poursuivre la corruption de son siècle. » En philosophie, |

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Théophrasta s'attacha particulièrement à compléter, à interprêter les idées d'Aristote, pour qui il professait une profonde admiration, et s'il modifia parfois les doctrines de ce dernier, ce fut pour les rendre plus intelligibles, sans y apporter jamais d'idées qui lui fussent propres, car c'était un érudit et non un penseur original, un observateur judicieux des mœurs et des faits et non un esprit créateur, ouvrant des voies nouvelles. Son savoir immense embrassa toutes les connaissances de son temps. Diogène Lafiice nous a conservé les titres de deux cent vingtneuf traités écrits par lui sur toutes sortes de sujets; quelques-uns seulement sont parvenus jusqu'à nous. Thêophraste est surtout connu par son traité des Caractères, dont La Bruyère s'est inspiré et qu'il a traduit (v. Caractères). Comme naturaliste, il a fait pour les plantes ce qu'Aristote, son maître, avait fait pour les animaux. Il classait en six divisions les cinq cents espèces qu'il connaissait. Il démontre que la division vulgaire des végétaux en herbes et en arbres est dénuée de caractère philosophique. 11 décrit exactement la différence qui existe entre le bois de palmier et celui des arbres à couches concentriques. Nous avons de lui une Histoire des plantes en neuf livres, un Traité des causes de la végétation en six livres, un Traité des pierres, un Traité des signes du beau temps, un Traité des vents, etc. Il avait laissé plusieurs ouvrages mathématiques, que nous ne connaissons que par les écrits de Diogène Laërce, deThéon d'Alexandrie et de Proclus; le plus important était une Histoire de la géométrie en quatre livres, de l'astronomie en six livres et de l'arithmétique en un livre; la porte de ce dernier est surtout regrettable. L'édition princeps des Œuvres de Thêophraste a été donnée à Venise (1498, in-fol.) ; I édition ia plus estimée est celle de J.-G. Schneider : Thcop/trasti Ere.sii qus sttpersunt opéra (Leipzig, 1818-1821, 5 vol. in-8<>).

THÊOPHRASTE, ÉE adj. (té-o-fra-sté — rad. théophrasta). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au théophrasta.

— s. f. Bot. Syn. de théophrasta.

— s. f. pi. Tribu de la famille des myrsinées, ayant pour type le genre théophrasta, et érigée par quelques auteurs en famille distincte.

— Encycl. La famille des théophrastées renferme des arbrisseaux à feuilles simples, coriaces, dépourvues de stipules; les fleurs, régulières, disposées en grappes, présentent un calice à cinq sépales; une corolle monopétale à cinq divisions, accompagnées de cinq appendices pétaloïdes, qui alternent avec elles; cinq étamines opposées aux divisions de la corolle; un ovaire libre, uniloculaire, surmonté d'un style simple très-court, terminé par un stigmate entier, rarement lobé; le fruit est un drupe renfermant des graines à albumen charnu ou presque corné. Cette famille, qui a des affinités avec les ardisiacées et les sapotacées, comprend les genres théophrasta, clavija, jacquinie et corynocarpe. Les théophrastées no se trouvent guère que dans les régions chaudes de l'Amérique; quelques-unes sont cultivées dans nos serres; leurs propriétés économiques ou médicales sont peu connues.

THÉOPIIYLACTE, surnommé Slmoeaim, historien byzantin, né à Locres vers 570, mort vers 640. Il alla habiter Constantinople, où il remplit des fonctions publiques sous Heraclius. On a de lui trois ouvrages : Histoire de l'empereur Maurice, en huit livres, publiée pour la première fois à Ingolstadt (1604, in-4°), avec une traduction latine, et dont un abrégé a été fait par Photius; Problèmes de physique, en vingt chapitres (Leipzig, 1653, iu-4o), traduit en français par F. Morel (Paris, 1603, in-12); Lettres morales, champêtres et amotireuses , au nombre de quatre-vingt-cinq, imitées des lettres d'Aristénète, publiées dans divers recueils et en dernier lieu par Boissonade (1835). Ses œuvres ont été réunies et publiées par André Schott, sous le titre de Theophylacti qus reperiri potuerunt oihîiia (Anvers, 1598-1599, 2 vol. in-S"). On trouve, dans le premier ouvrage cité de Théophylacte, des renseignements précieux pour l'histoire et la géographie. Le style de cet écrivain manque de simplicité et d'élégance. On y trouve le langage recherché des rhéteurs et les expressions figurées de la poésie lyrique.

THÉOPNEUSTIE S. f. (lé-O-pneu-stî —du gr. theos, dieu; pmustos, inspire). Théo!. Inspiration divine.

— Encycl. L'inspiration des livres de l'Ancien Testament était généralement admise par les Juifs, au temps de Jésus-Christ. Philon lui-même déclare que les prophètes n'ont été que de dociles instruments dans la main de Dieu; qu'un prophète ne dit rien de son propre chef; qu'il se borne à répéter ce qu'il entend; que sa conscience humaine se lait devant la volonté divine ; cependant, le savant alexandrin cherche dans d'autres endroits à séparer, dans l'Ecriture, le divin de l'humain, d'où l'on peut conclure que ses idées n'éLaient point fixées sur le phénomène de l'inspiration.

Un autre écrivain juif, non moins célèbre, l'historien Josèphe, vint, quelques années plus tard, renchérir sur les idées de Philon, et donna le nom de prophètes aux auteurs

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de tous les livres de l'Ancien Testament. Il étendit même le privilège dont il croyait que ces auteurs avaient joui aux auteurs de la traduction des Septante (v. ce mot), en répétant une fable inventée par les Juifs d'Alexandrie, d'après laquelle Ptolémée Philadelphie aurait appelé en Egypte soixante-dix rabbins pour qu ils traduisissent en grec l'Ancien Testament, et leurs traductions, bien qu'ils eussent travaillé chacun dans une cellule séparée, se seraient trouvées conformes jusque dans les mots. Cette théorie d'une inspiration littérale fut adoptée par les chrétiens avec d'autant plus de facilité qu'elle était sanctionnée par l'autorité de Jésus et des apôtres. Cependant les premiers Pères de l'Eglise ne partent de 1 inspiration l'Ancien Testament (le recueil appelé Nouveau Testament n'existait pas encore) que d'une manière très-vague, Justin, martyr, dès le milieu du ne siècle, s'explique déjà plus clairement. Pour lui et pour ses disciples, les écrivains sacrés n'ont •été, comme pour Phîlon et Joséphe, que des instruments dans la main de Dieu. D'après eux, les évangélistes avaient été placés sous la même inspiration directe que les prophè-> tes. Cette opinion sur l'inspiration du Nouveau Testament devint bientôt générale.

Irénéo et Tertuilien, entre autres, s'en firent une arme contre les gnostiques. Selon Irénée et plusieurs théologiens du me et du ive siècle , l'inspiration s'est étendue jusqu'aux mots, en^ sorte que chaque syllabe, chaque lettre même des livres saints présente en quelque sorte un caractère sacré. D'autres Pères allèrent plus loin et ne restreignirent pas à la Bible l'action directe de l'esprit de Dieu; Tertuilien retendait à tous les ouvrages d'édification; Clément d'Alexandrie attribuait, une inspiration égala, aux écrits des philosophes grecs et à ceux des prophètes hébreux, à toute notion enfin dû vrai et du bon. Cyprien, évéque de Carthage vers le milieu du me siècle, devait partager ces idées, puisqu'il se prétendait lui-même inspiré de Dieu. De toutes ces opinions diverses sur le degré et sur l'étendue de l'inspiration, il paraît résulter que, pendant les trois premiers siècles, les chrétiens n'eurent qu'une idée confuse de la théopneustie. Origène seul s'en fit une idée plus claire et plus précise. Il croyait, comme tous les chrétiens de son temps, à l'inspiration de l'Ecriture, c'est-kdirs à une action directe du Saint-Esprit sur les auteurs sacrés, mais il admettait des degrés dans l'inspiration, et il voulait que l'on distinguât avec soin 1 élément divin de l'élément humain dans les écrits des prophètes et des apôtres, car les contradictions qu'on remarque fréquemment entre les divers livres de la Bible et même entre divers passages d'un même livre n'avaient pas pu échappera la sagacité de ce théologien. Eusèbe, évèque de Cèsarée, esprit moins pénétrant qu'Origène, croyait à l'inspiration littérale; il qualifiait ■ d'impudente audace » l'opinion de ceux qui prétendaient que les écrivains sacrés ont quelquefois substitué un nom à un autre. L'illustre saint Jean Chrysostome semble d'abord avoir partagé celle opinion : «To <rt<5|ia tSv Kf oipT)TOv oro[i.a ï<m xtû fttoû ; La bouche des prophètes est la bouche de Dieu, •ditil dans sa dix-neuvième homélie s«r les Actes des apôtres; mais il est permis de ne voir dans cette phrase qu'une exagération de style familière aux écrivains orateurs, puisque, dans sa première homélie sur l'Evangile selon saint Matthieu, Chrysostome reconnaît qu'il y a des erreurs dans le Nouveau Testament, erreurs qui, d'après lui, attestent la véracité des auteurs et la confiance que doivent nous inspirer leurs enseignements et leurs récits, parce que, dit-il, si tout s'accordait dans leurs livres, on pourrait soupçonner une fraude pieuse : singulière explication, en vérité l Saint Augustin, dont le génie a exercé une influence si puissante sur la théologie de l'Eglise d'Occident, sembla admettre aussi, dans certains de ses écrits, la passivité la plus absolue chez les écrivains sacrés. L'Ecriture est, selon lui, Je véritable style de l'Esprit- Saiut; les apôtres ne sont que la main qui écrit ce qui leur est dicté; mais ailleurs il ne voit dans les évangélistes que des hommes non plus écrivant sous la dictée du Saint- Esprit, mais donnant il leurs récits plus ou moins de développement selon que leur mémoire les sert, en sorte que l'intervention divine se borne à les préserver d'erreur. Ou ne peut guère citer, parmi les théologiens de cette époque, que Théodore de Mopsueste, vivant au v> siècle, qui ait osé exercer une critique indépendante et douter de l'inspiration, sinon de lu Bible entière, au moins de quelques-uns des livres qu'elle renferme, du Cantique des cantiques, par exemple, où il refusait de voir autre chose qu'un épithalame composé par Salomon à l'occasion de son mariage avec une princesse égyptienne ; ce qui fait dire k Léonce de Byzance qu'il interprète « le plus saint des plus saints cantiques > avec « la plus incroyable audace » et • avec l'âme et le langage lubriques d'une prostituée (libidinose, mente et linyua meretricia). » Théodore fut anathéniatisé par le cinquième concile œcuménique (553).

C est ainsi, dit M. Eug. Haag, que la doctrine juive de la théopneustie passa dans l'Eglise chrétienne, s'y affermit et s'y développa. Les scolastiques l'y trouvèrent fortement établie et l'admirent d'autant plus facilement qu'elle uu leur offrait qu'un intérêt secor.-

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daire, l'inspiration permanente de l'Eglise rendant à peu près inutile l'inspiration des livres saints. L'autorité ecclésiastique ellemême, si prompte k réprimer les hérésies, partagea cette indifférence et laissa passer, sans les condamner, les assertions les plus hardies , celle entre autres d'Agobard, archevêque de Lyon, qui s'écrie, en parlant de la théopneustie : « Quanta absurditas estl Quelle absurdité I» et celle d'Abailard affirmant que les prophètes n'ont pas toujours été inspirés, et que parfois il leur est arrivé d'annoncer des faussetés (falsa protulissé). Le dogme de la théopneustie, ou de l'inspiration littérale, n'acquit donc toute son importance qu'à l'époque de la Réforme, car les réformateurs sentirent tout d'abord la nécessité d'opposer à l'infaillibilité de l'Eglise une autre autorité également infaillible, comme règle de foi. Les formules absolues qui dominèrent dans la théologie protestante, à dater du xviie siècle, ne triomphèrent pourtant pas sans opposition. Luther lui-même, tout en proclamant bien haut, dans un intérêt dogmatique évident, que la Bible est la seule règle de la foi, avait des idées assez larges sur l'inspiration, comme le prouvent plusieurs de ses jugements sur certains livres de la Bible, sur l'épître de saint Jacques, par exemple, qu'il qualifiait « d'épltre de paille, » parce qu elle relève le mérite des bonnes œuvres, ou sur les écrits des prophètes, t dans lesquels, dit-il, tout n'est pas or et pierres précieuses, mais où l'on trouve quelquefois du foin, de la paille et du chaume. • Les disciples du célèbre réformateur comprirent bien qu'il ne fallait pas s'appuyer d'un côté sur la théopneustie et, de l'autre, critiquer à son gré tel ou tel ouvrage de la Bible; qu'il était nécessaire, au contraire, d'opposer k la révélation permanente que l'Eglise romaine prétendait recevoir sans cesse de Dieu la théorie d'une révélation absolue de l'Ecriture sainte. Aussi Quenstedt, l'un des plus fameux dogmalistes de l'Eglise luthérienne, affirme-t-il que Dieu seul est l'auteur de la Bible ; les prophètes et les apôtres n'ont été que ses secrétaires, notarii fuerunt; de la diversité de leur style on doit seulement conclure que le Saint-Esprit s'est accommodé k l'individualité de chacun d'eux. Calov, autre théologien allemand non moins célèbre, orthodoxe rigide, qui priait tous les jours Dieu « de le remplir de la haine des hérétiques, » admettait l'inspiration non-seulement des mots de la Bible, mais même des points-voyelles du texte hébreu, s'appuyant sur cette parole de Jésus-Christ : « Il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota. > Tout le monde sait quel grec incorrect est celui du Nouveau Testament. Calov n'en convient pas. Le Saint-Esprit n'a pu commettre de solécismes. Une telle opinion est un blasphème, selon lui. « Le texte de l'Ecriture, dit-il, est grave et digne de la majesté divine ; il n'est souillé par aucune faute grammaticale, aucun barbarisme, aucun solécisme. » Il est facile de comprendre que dételles exagérations durent soulever les protestations des littérateurs. Le théologien Musœus et le célèbre Calixte essayèrent en effet de réfuter Calov et les partisans de l'inspiration littérale. Ils ne réussirent qu'à se faire accuser d'hérésie. Bien loin de leur faire la moindre concession, les théologiens orthodoxes renchérirent, pour les réfuter, sur les idées de Calov, si c'est possible. G. Nitsch, surintendant à Gotha, poussa sa foi en la théopneustie jusqu'au délire; il en vint à poser très-consciencieuseinent cette question saugrenue: « L'Ecriture sainte est-elle Dieu lui-même, ou bien une créature de Dieu? »

Les calvinistes allèrent moins loin. Tout en admettant avec Calvin l'inspiration de la Bible, plusieurs, et entre autres Louis Cappel, soutinrent avec raison que les points-voyelles ont été ajoutés au texte hébreu par les massorètes, seulement au vie siècle de l'ère chrétienne, selon toute probabilité.

L'Eglise catholique elle-même n'alla jamais aussi loin que les orthodoxes luthériens dans l'affirmation de la théopneustie. Un grand nombre de ses docteurs limitaient l'inspiration aux articles essentiels de la foi et pensaient que, dans les choses qui ne concernent pas le salut, comme les récits historiques, les écrivains sacrés, abandonnés k eux-mêmes, ont pu commettre des erreurs. Les facultés de Louvain et de Douai condamnèrent, en 15S6, plusieurs jésuites qui avaient professé cetie opinion. Le savant oratorien Richard Simon émettait, a la fin du xme siècle, la même théorie de l'inspiration. Socin et ses disciples bornaient aussi l'inspiration de l'Ecriture à une influence générale du Saint- Esprit. Le célèbre Grotius n'admit comme inspirés que les livres prophétiques, refusant cette qualité aux livres historiques : «A Spiritu sancto dictari historias nihit fuit opus; Il ne fut nullement utile que l'Esprit Saint dictât des histoires. »

Peu à peu allait ainsi en s'affaiblissant le dogme de la théopneustie. La philosophie du xvme siècle lui porta les derniers coups. Ce fut en Angleterre que commença la guerre. Les théologiens déistes Toland, Uollins, Woolston attaquèrent l'inspiration; l'illustre David Hume vint après eux et ébranla, par sa puissante dialectique, non-seulement lus dogmes chrétiens, mais même toute base de Certitude. Lord Bolingbroke, ennemi déclaré du clergé, frappa plus violemment le dogme de l'inspiration, parce que le cercle du sus

attaques était plus restreint. Non-seulement il nia la théopneustie, mais il prétendit reconnaître dans le Nouveau Testament deux Evangiles, l'un de Jésus-Christ, conforme à la loi naturelle et k la philosophie de Platon, l'autre de saint Paul, rempli de doctrines immorales et impies.

Les philosophes français attaquèrent violemment le christianisme et dirigèrent leurs traits les plus acérés contre le dogme fondamental de la révélation, la théopneustie. Montesquieu ouvrit la campagne dans les Lettres persanes ; tous les encyclopédistes entrèrent dans la lice et livrèrent combat avec la vigueur de la conviction, les lumières de la science et le 3uccès de la raison. Mais nul ne porta k la théopneustie des coups plus terribles que Voltaire, qui se moquait implacablement des prophéties, tournait les miracles en ridicule et ne voyait dans la Bible qu'un tissu de superstitions, de fables, d'immoralités et de mensonge»; dans la morale chrétienne, qu'une pâle copie des maximes des sages de l'antiquité. Jean-Jacques Rousseau, plus respectueux envers la Bible, sans doute k cause de son éducation protestante, attaqua la théopneustier\'orlg\\\o surnaturelle du christianisme et les miracles avec une modération qui rendit plus terribles les coups qu'il leur porta. Il combattit l'inspiration en protestant de l'émotion et de l'enthousiasme qu'excitaient en lui la « majesté de la Bible, la sainteté da l'Evangile. » Les théologiens no se laissèrent pas prendre à ces égards, peut-être un peu affectés.

Il n'est pas nécessaire d'entrer dans de longues discussions métaphysiques pour montrerquela simple raison repousse la théopneustie; il suffit d'étudier les faits. Tout d'abord, si Dieu a parlé par les auteurs sacrés, il faut nécessairement admettre qu'il aura préservé les esprits de toute inexactitude et les écrits de toute erreur, La conservation providentielle du texte est la conséquence nécessaire de la théopneustie. Or, que voyonsnc-us? C'est que le texte sacré n'a pas été miraculeusement conservé ; les variantes au contraire se comptent par milliers. Mais ce n'est pas tout. La Bible croit que le soleil se lève et se couche ; qu'en l'arrêtant dans sa course on peut prolonger la durée du jour ; elle croit k l'existence du phénix dans le livre de Job; elle dit, dans le Lévitique, que lo lièvre est un ruminant; elle donne comme vraies une foule de croyances dont la science a depuis longtemps démontré l'absurdité. Il arrive aussi que les écrivains sacrés se contredisent eux-mêmes. Ces contradictions se rencontrent en grand nombre jusque dans les Evangiles. Parmi les théologiens modernes, «eux qui n'osent pas nier les progrès de la science, les résultats les plus manifestes des travaux de la critique historique, reconnaissent que l'inspiration divine doit être restreinte aux faits les plus importants, aux enseignements les plus nécessaires. C'est l'Eglise qui détermine l'importance des faits et celle des enseignements ; c'est elle par conséquent qui est chargée de nous dire quels sont les passages inspirés, et c'est k elle seule, en définitive, que reste applicable le principe de l'inspiration. Ainsi expliquée, la théopneuslie n'est plus qu'un vain nom, sans aucune portée pratique.

THÉOPOMPE, roi de Sparte, qui vivait au vme siècle avant notre ère. Sous son règne eut lieu l'institution ou plutôt l'agrandissement du pouvoir des éphores, magistrats chargés de surveiller la conduite des sénateurs et même celle des rois. Comme sa femme lui reprochait de consentir à l'amoindrissement du pouvoir royal, Théopompe lui répondit : » Je laisserai à mes héritiers une autorité plus grande,-car elle sera plus durable. » Une contestation s'étant élevée entre les Spartiates et les Argiens au sujet do la possession d'un petit canton appelé Tytée, il fut décidé que trois cents champions, choisis par chacun des deux peuples, décideraient la querelle. Ils en vinrent aux mains, et tous les combattants périrent, k l'exception d'un Spartiate nommé Athriades, qui décida la victoire en faveur de sa nation. Quelque temps après^commença une longue guerre entre SparWet la Messénie. D'abord vainqueur, puis vaincu, Théopompe tomba entre les mains de l'ennemi, qui le mit k mort.

TUÉOPOMPE, orateur et historien grec, né k Chio vers 378, mort vers 305 av. J.-C. Il appartenait avec son père au parti aristocratique et reçut d'Isocrate des leçons d'éloquence. Son père ayant été exilé, il quitta avec lui l'Ile ne Chio, parcourut les principales villes de la Grèce, où il se fit connaître en prononçant des discours, des panégyriques, et remporta le prix d'éloquence lors du concours qui eut lieu pour les funérailles de Mausole (352). Théopompe vit, par ordre d'Alexandre le Grand, se rouvrir pour lui les portes de sa patrie (339) et y devint un des chefs du parti aristocratique. Après la mort d'Alexandre, avec qui il entretenait une correspondance, Théopompe, qui s'était fait de nombreux ennemis par son orgueil et l'âpretà de son tangage, dut prendre de nouveau la route de l'exil. II passa alors en Egypte (305), et, depuis cette époque, on ne sait plus rien de sa vie. Outre des Panégyriques et une diatribe contre Platon, Théopompe écrivit une Histoire de la Grèce en douze livres, pour l'aire suite à celle de Thucydide : elle s'é-

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tend jusqu'à la bataille de Leuctrea; les PAilippiques, c'est-a-dire l'histoire de Philippe V, roi de Macédoine,, vaste ouvrage en cinquante-huit livres, qui jouit dans l'antiquité de beaucoup de réputation et dans lequel l'historien montre un penchant marqué pour la critique acerbe. De ces ouvrages il ne reste que des fragments , publiés par Wichers (Leyde, 1829, in-4°) et insérés dans les Frag~ menta histor. grsecor. de Didot,

THÉOPOMPE, écrivain dramatique gret, qui vivait au ne siècle av, J.-C, du temps d'Aristophane. On ne sait rien de la vie de cet auteur, qui composa, d'après Suidas, quatre-vingts pièces de théâtre. Parmi ces pièces, on cite : les Guerrières, les Aphrodisies , le Voluptueux, Admète, Thésée, Pénélope, Phryné, Némée, Pamphile, etc. Il n'en reste que de rares fragments, réunis et publiés par Meinecke dans sa collection des auteurs comiques grecs.

THÉORBE ou TÉORBE s. m. (té-or-be — de Tiorba, nom de l'inventeur). Mus. Sorte de luth qui avait deux manches, et dont lo son était plus gravé que celui du luth ordinaire, il On a écrit encore tuorbb et tiorbk.

— Encycl. Le théorbe était une des nombreuses variétés du luth. Il eut pendant un certain temps un très-grand succès, fut et» honneur auprès des belles dames et des grands seigneurs; il paraissait, au xvi° et au xvne siècle , dans les concerts de chambre, où il servait, avec quelques autres instruments, k accompagner les madrigaux, villanelles, airs sérieux, chansons k boire et autres compositions chantées k plusieurs parties. La forme du théorbe se rapprochait sensiblement de celle du luth proprement dit; mais il avait deux manches accolés parallèlement. La plus petit de ces manches était presque absolument pareil k celui du luth et portait, commo celui-ci, onze cordes; le second, qui était beaucoup plus grand, supportait huit autres cordes qui servaient pour les basses. Do même aussi que le luth , le théorbe était pincé. < Tous les concerts que représentent les tableaux du Titien, de Valentin et des autres peintres anciens de l'école italienne offrent, dit M. Fétis, de3 réunions d'instruments à cordes pincées et de chanteurs. Quoiqu'ils n'eussent qu'une qualité de son peu éclatante, ces mêmes instruments faisaient aussi partie des, orchestres dans l'origine de l'opéra. On en voit un exemple dans le drame musical intitulé : Il San-Alessio, composé par Etienne Landi en 1634. L'intitrumentation de cet ouvrage était composée de trois parties distinctes do violons, de harpes, de luths, de théorbes, de basses de viole et da clavecins pour la basse cbntînue. On pareil orchestre paraîtrait aujourd'hui bien sourd, mais l'effet en serait original. •

Fort en faveur jusque vers le milieu du règne de Louis XIV, le théorbe, comme la luth, vit sou influence décroître ensuite de jour en jour et fut définitivement remplacé par la guitare, « Le père de Ninon de Lenclqs, dit Castil-Blaze, donnait des leçons de théorbe, et cette femme célèbre en jouait fort bien elle-même. »

THÉORE s. m. (té-o-re — grec theôros, mot qui signifie proprement spectateur, et qui s'est dit ensuite des députés qu'une ville envoyait k quelque fête ou à quelque oracle. Theôros vient de theaomai, ionien théeomai, dorien thamai, thaeomai, regarder, contempler, admirer). Antiq. gr. Chacun des individus qui faisaient partie d'une théorie ou procession. Il Député d'une ville, chargé d'aller à Delphes ou k Olympie pour offrir des sacrifice:; aux dieux.

— Infus. Genre d'infusoires systolidea ou rotateurs, de la famille des hydatinées,

THEORELL (Sven-Lorens) , magistrat et écrivain suédois, né k Halljunga en 1784. Son père, qui était pasteur, l'envoya faire ses études k l'université d Upsal. Après avoir donné pendant quelque temps des leçons particulières, il se rendit à Stockholm en 1814 et devint successivement copiste à la chambre des comptes (1815), notaire, membie de la commission législative (1841), conseiller k la cour des comptes (1845). La réputation de savoir et d'intégrité qu'il avait acquise lui valut d'être nommé en 1848, par les états du royaume, procureur de justice, président du comité de la liberté de la presse et d'être chargé de veiller k l'exécution des lois. Ou doit a Theorell ; Sur la politique d' ' Auckarswsrd et sur la diète de 1 840 (Stock- 'holm, 1841); Influence des fabriques sur te salaire des ouvriers et sur l'éducation de leurs enfants (1845), livre couronné par la Société des sciences et belles-lettres de Gothembourg ; Sur la représentation nationale de Suède (1844), etc. On lui doit encore une traduction en suédois de l'Esprit du gouvernement d'Ancillon (1827).

THËORELL (Jean-Pierre), publiciste suédois, frère du précédent, ne k Halljunga en 1791. Après avoir occupé un emploi k la chancellerie, il fonda en* 1820 le Courrier de Stockholm, qu'il fit paraître pendant deux ans, acheta une imprimerie, édita plusieurs ouvrages, publia l'Omnibus quotidien, dont il fit un journal politique, la Feuille d'hiver (1831), k laquelle il collabora jusqu'en 1848, et devint alors un des rédacteurs du journal démocratique la Poste du soir. Outre diverses

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traductions et des brochures politiques, on doit à M. Theorell des essais historiques : Sur la guerre des Deux-Roses (1816) et Sur la chute du royaume de Lombardie (1848), publiés dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Suède, qui les avait couronnés.

THÉORÈME s. m. (té-o-rè-me — gr. thedréma; de theârein, examiner). Proposition à démontrer : Théorème de géométrie. Théorème de mécanique. Considérés sans préjugé, les théorèmes mathématiques se réduisent à un assez petit nombre de vérités primitives. (D'Alemb.)

— Géom. Théorème local. Proposition exprimant une propriété commune à tous les points d'une ligne.

THÉORÉTIQUE adj. (té-o-ré-ti-ke — rad.

théorème). Plnlos. Spéculatif, qui appartient à la théorie. Il Peu usité ; on dit théorique.

THÉORÈTRES s. m. pi. (té-o-rè-tre — gr. theàrilra; de tlioôreô,i<i regarde). Antiq.gr. Présent* que le futur époux, faisait k sa fiancée, la première fois qu'elle était son voile devant lui.

THÉORICIEN, IENNE s. (té-o-ri-si-ain, i-è-ne — rad. théorie). Personne qui connaît les principes, la théorie d'un art : Un bon théoricien. Une parfaite théoricienne. Le théoricien marche avant le praticien lorsqu'il s'agit de discuter la science. (Gardanne.)

THÉORICON s. m. (té-o-ri-konn — mot gr. dérivé de thedreion, théâtre). Antiq.gr. Fonds publics affectés aux dépenses des fêtes publiques, k Athènes.

— Encycl. D'après les anciennes lois de la république, ce qui restait du revenu annuel, lorsque les dépenses de l'administration civile avaient été payées, devait être placé dans le fonds militaire et consacré à la défense du pays. Cet ordre de choses commença k changer avec Périclès. On sait quelle passion le peuple d'Atliènes avait pour les fêtes, et, comme le dit Xénophon, elles étaient bien plus nombreuses dans cette ville que dans tout le reste de la Grèce. Outre celles auquelles prenaient part tous les citoyens, il y en avait pour chaque tribu, pour chaque dème, pour chaque famille. Les frais de ces fêtes particulières étaient payés par les communautés qui les célébraient. Mais, pour les fêtes générales, c'était au trésor public de les payer, du moins en grande partie. Or, les plus importantes de ces fêtes, comme les dionysiaques, les panathénées, les éleusinies, les thargélies et quelques autres, ne consistaient pas seulement en sacritices, mais en processions, représentations théâtrales, luttes gymnastiques, jeux de toutes sortes. La dépense était proportionnée à la splendeur, qui, dans certains cas, prenait les plus grandes proportions. Démosthène, dans sa première Philippique, se plaint que la fête des panathénées ou celle des dionysiaques coûte à l'Etat plus d'argent qu'une expédition militaire. Il est vrai qu'une partie des frais était au compte des citoyens chargés de la liturgie ; mais il en restait beaucoup au compte de l'Eta't. La même chose se passait pour les députations religieuses, comme la théorie de Dèlos, ou pour les députations envoyées aux. jeux Olympiques, Isthmiques, Néméens et Pythiens.

Les largesses au peuple, lors des fêtes nationales, commencèrent k une époque reculée; mais, d'abord peu considérables, elles s'élevèrent peu à peu et devinrent entin trèslourdes pour le trésor public. Une des principales fut le prix d'entrée aux représentations dramatiques. Dans les commencements, le théâtre était en bois et tout citoyen pouvait y entrer librement. On ne tarda pas à reconnaître qu'il résultait de là beaucoup de confusion, même des dangers. Vers l'an 500 av. J.-C., l'échafaudage qui supportait le plancher s'écroula pendant une représentation, et cet accident causa de grandes alarmes. Il fut décidé que l'entrée ne serait plus gratuite. On fixa le prix de la place à 2 oboles ; ce prix revenait au theatrônês, c'est-à-dire à l'entrepreneur du spectacle, qui s'obligeait à réparer le théâtre et à le tenir constamment prêt pour les représentations. La construction d'un théâtre en pierre ne modifia pas cet usage ; il fallut que chaque spectateur continuât k payer le prix d'entrée. Périclès, voulant épargner cette dépense aux plus pauvres d'entre les citoyens et leur donner en même temps le moyen d'assister au spectacle, lit passer une loi en vertu de laquelle ils recevaient du trésor public la iomnie nécessaire pour payer le prix d'entrée. Plus tard, se genre de largesse fut fait pour d'autres plaisirs que les représentations dramatiques. Elle consista ordinairement en 2 oboles par personne. Si la fête durait deux jours, elle était de 4 oboles; si elle en durait trois, de 6 obole3. Elle ne pouvait aller au delà. Si le trésor public ne se trouvait pas dans une situation satisfaisante, la somme était proportionnellement diminuée. 11 arriva que l'appétit du peuple pour ces largesses s'accrut démesurément, surtout quand il fut stimulé par les propositions des démagogues, et, au temps de Démosthène, ce n'était plus seulement la classe des citoyens pauvres qui y participait.

Une si grande dépense absorbait les ressources du trésor; il ne restait presque plus rien pour des objets d'une haute importance,

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et le fonds militaire se trouvait épuisé. Peu après Périclès, certains démagogues avaient poussé le peuple à placer dans le théoricon toute la partie des contributions que laisseraient libre les services de l'administration civile, en sorte que tous les frais de la guerre ou de la défense territoriale étaient demandés aux contributions extraordinaires. Un autre démagogue, Eubulus, tenta de rendre ce système définitif. Il fit voter une loi par laquelle la proposition d'appliquer le théoricon au service militaire serait poursuivie comme un crime capital. Cette loi causa de grands embarras à Démosthène dans ses projets pour la défense nationale ; il semble avoir réussi à la faire abroger , mais seulement vers 339 av. J.-C. Dans les commencements, le théoricon n'était pas sous la direction de trésoriers spéciaux; c'étaient les collecteurs de taxes levées sur les alliés qui déboursaient les sommes exigées par le service des fêtes. I! n'y avait pas encore, k proprement parler, d'impôt théorique, c'est-à-dire d'impôt spécialement affecté aux amusements du peuple. Quand le système des largesses devint plus considérable, des trésoriers furent spécialement chargés de diriger un fonds dont l'existence était rendue nécessaire. On en nomma dix, un par chaque tribu; leur élection eut lieu vers l'époque des grandes dionysiaques, par le vote k main levée. Au temps d Eubulus, plusieurs autres branches de l'administration étaient placées sous leur contrôle, par exemple la construction des magasins publics et des arsenaux, l'entretien des rues, le corps des receveurs, etc. Cet accroissement extraordinaire d'attributions données à des agents qui avaient eu à l'origine des fonctions restreintes et d'une importance relativement médiocre s'explique parla préoccupation constante du peuple athénien au sujet du théoricon. Ce peuple, devenu si déiireux des fêtes et des largesses qu'il sacrifiait à cette passion les plus graves intérêts, espéra ainsi empêcher efficacement qu'aucune portion de l'impôt théorique ne fût distraite de sa destination, et il imagina qu'il en augmenterait la somme en augmentant les attributions de ceux qui en avaient la direc-

THÉORIE s. f. (té-o-rl — gr. theôria; de theàrêo, je considère). Connaissance spéculative, purement rationnelle et considérée indépendamment de toute application : La théorie de la musique.La théorie de la peinture. Ceci n'est beau qu'en théorie, que dans la théorie. La théorie ne tire son exactitude que des principes ou axiomes confirmés par l'expérience. (L. Pinel.) La théorie est l'explication des faits par tes causes réelles. (Flourens.) La vraie théorie des langues n'est, en un sens, que leur histoire. (Renan.) La théorie n'est autre chose que la pratique réduite en règles par l'expérience, (B. Const.) En toute chose, la théorie n'est rien auprès de la pratique. (A. de Vigny.) Séparer la théorie de la pratique est le propre de l'ignorance. (Colins.) Il n'y a rien d'excellent dans la pratique sociale qui n'ait été, longtemps avant d'être pratiqué, la théorie de quelque sage. (Ch. Romey.)

— Opinions systématisées : Les théories politiques, sociales, gouvernementales. La théorie de la souveraineté du peuple n'est que ta théorie de la servitude. (Lamenn.) La théorie de la femme libre me semble une théorie aussi fatale qu'insensée. (E. Legouvé.) Le ridicule d'une théorie n'est pas toujours ce qui lui aie son crédit. (Lecouturier.)

— Ensemble scientifique résultant d'une série de lois auxquelles on rattache des faits d'observation : La théorie du son. La théorie de l'électricité. La théorie de la lumière.

— Ensemble de principes propres à un art : Une théorie dramatique.

— Théorie de la terre, Géologie.

— Art milit. Principes des manœuvres, des exercices : Connaître la théorie, sa théorie. Chaque arme a sa théorie particulière. (Sicard.) Il Petit livre dans lequel sont 'exposés ces principes. Il Leçon de théorie : Il y a théorie deux fois par semaine, a Waire la théorie, Enseigner la théorie. • -

— Astron. Ensemble des éléments qui servent à calculer les mouvements d'une planète : La théorie de Vénus.

— Encycl. Philos. Il faut tout d'ubord ne pas confondre la théorie, bien qu'elle soit spéculative , avec la spéculation pure. La théorie se distingue toujours, il est vrai, de la pratique; mais elle peut être en même temps spéculative et expérimentale, La spéculation pure est opposée k la fois k la pratique et k l'expérience et se prend, par conséquent, dans un sens plus restreint que la théorie. Par exemple, en philosopliie, la logique, comme la psychologie, la morale et la thèodicée, donne lieu k des théories ; la métaphysique est purement spéculative. De même, dans les mathématiques, il y a une partie de pure spéculation, Celle qui n'a pas d'application dans les arts.

On a souvent médit de la théorie ; mais il faut à ce sujet se rappeler le mot de Jlmo de Staël ; « Il n'y a que les gens médiocres qui mettent en opposition la théorie et la pratique, i Sans théorie, rieu de certain dans la pratique ; sans pratique, la théorie reste sté-

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rile. Si nous pouvions posséder le savoir parfait, nous connaîtrions tout ensemble les lois, les causes, les effets, les rapports et les applications; nous ne séparerions donc jamais l'étude spéculative de l'application, la théorie de la pratique. Mais notre intelligence ne nous permet pas un coup d'ceil si large et si profond. En parcourant l'histoire de la science k toutes les époques et chez tous les peuples, nous les voyons procéder, suivant leur génie propre, par la pratique ou par la spéculation. L'union de l'une et de l'autre révèle une période scientifique déjà avancée, et plus les nations progressent, plus elles savent comprendre toutes les conséquences et tontes les applications d'une vérité nécessaire dans l'ordre des vérités contingentes. Traçons, au point de vue de la tendance soit théorique, soit pratique, une rapide esquisse du travail successif de l'humanité.

Dans l'Inde, le pays où la spéculation s'est produite si abondamment, comme un fruit riiiturel du sol, ce sont surtout les théories philosophiques et les déductions logiques qui occupèrent les esprits. On a parlé beaucoup de leur astronomie, et les Indous eux-mêmes, la prétendant révélée, l'ont fait remonter k des centaines de siècles; mais elle fut fondée en grande partie sur les données des astronomes grecs alexandrins; de même, les doctrines superstitieuses des astrologues grecs ont fourni beaucoup à leur astrologie. On a vanté aussi l'originalité de la géométrie des Indons, et l'on a cru en trouver la preuve dans la compilation géométrique de Brahmegupta; mais il est reconnu aujourd'hui que cette compilation eut sa source dans l'abrégé d'un ouvrage d'Hiéron d'Alexandrie. Ce qu'ils paraissent avoir cultivé surtout avec succès, après la philosophie , c'est l'arithmétique ; cependant, on ne sait pas ce que, dans cette science, ils purent devoir aux arithméticiens' grecs.

En Chine, nous voyons le contraire de ce que l'Inde a produit : point de théorie, mais l'empirisme pratique poussé fort loin; des arts assez avancés, mais pas de sciences dignes de ce nom. Les Chinois ont le talent de l'observation sans y ajouter la puissance inductive; ils font admirer des procédés ingénieux, suivis avec une infatigable patience et perfectionnés sans théorie, par tâtonnements. Dès les temps les plus reculés, ils eurent une astronomie remarquable par les procédés pratiques ; mais ce fut moins, chez eux, une science qu'un art, et, comme ils ne s'appuyaient sur aucune théorie pour en continuer les progrès, ils furent surpassés par les Grecs d'Alexandrie.

Les anciens Egyptiens ressemblèrent aux Chinois pour le génie des arts utiles k la vie, pour l'empirisme et l'esprit pratique. Si l'on pénètre dans leur astronomie, k laquelle se mêlait beaucoup d'astrologie, on n'y voit presque rien de fixe et qui soit nettement établi sur des lois. Dans leur géométrie, point de théorie, point de démonstrations, mais des résultats purement pratiques et des procédés ingénieux que leur empruntèrent les arpenteurs grecs et romains. L'absence de théorie empêcha leurs progrès, et si, jusqu'à l'époque des guerres médiques, ils eurent des connaissances mathématiques k communiquer aux Grecs, ce fut ensuite, au contraire, de ces derniers qu'ils reçurent les connaissances nouvelle*

• Les Chaldéens firent des observations astronomiques dans lesquelles ils ne furent guidés d'abord que par les superstitions astrologiques. Ils firent empiriquement d'intéressantes découvertes; mais ils échouèrent dans la théorie et ne commencèrent k y faire quelque progrès qu'avec l'aide des hypothèses grecques. Les Perses, les Mèdes, les Arabes ne comptent pas dans la science, soit pratique, soit théorique, jusqu'à l'ère chrétienne et même jusqu'à la fondation de l'islamisme. Les Juif:-, placés à part dans le monde oriental sous le rapport de l'idée religieuse, restent loin des Egyptiens, des Indous, sous le rapport de la science, et n'ont pas d'importance dans le mouvement scientifique de l'antiquité.

La nation qui tient, sans contredit et de beaucoup, le premier rang dans la science parmi les nations du monde ancien, c'est la nation grecque. De la Gfèce vinrent, à une certaine époque, soit directement, soit par l'intermédiaire des Romains, toutes les notions appelées k remplacer les connaissances primitives des autres pays ou à les vivifier. C'est que la science est en Grèce un développement régulier, une méthode rationnelle, une théorie et, par conséquent, un principe de progrès. Elle s'y confondit longtemps avec la philosophie, et, même à l'époque où la philosophie et la science furent distinguées l'une de l'autre, elles restèrent unies par plus d'un point. ■ Platon, a dit M. Franck, est le premier de tous les philosophes de la Grèce qui ait essayé de tracer une division hiérarchique des sciences. Au premier rang il place la connaissance de Dieu et des idées, objet sublime de la raison, mais auquel il faut s'élever peu à peu par la méthode dialectique,.en partant des données de l'observation, et d'où il faut descendre aux applications morales et pulitiques. Au second ruug il place la connaissance des mathématiques, objet de la science, considérée par Platon comme intermédiaire entre la raison et l'opinion et comme participant k la certi-

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tude de la première. Enfin , au troisième rang il place les connaissances physiques, objet de l'opinion, où n'atteint pas la certitude, mais seulement la vraisemblance. II rattache l'astronomie aux sciences mathématiques, muis en la fondant sur l'hypothèse et le calcul, sans y donner assez de place a . l'observation. Il n'a pas deviné ce que pouvaient devenir les sciences physiques fondées sur l'observation et l'induction et précisées par les mathématiques. Il avait cependant sous tes yeux l'exemple de la théorie mathématique des sons, formulée par les pythagoriciens; mais il croyait sans doute que cette théorie avait été trouvée à priori et que l'expérience n'était qu'imparfaitement d'accord avec elle. Il avait aussi sous les yeux l'exetn pie du légitime succès qu'Hippoerate avail obtenu par l'induction expérimentale dans une science éminemment utile, dans la médecine. Mais Platon la considérait sans doute moins comme une science que comme un art conjectural. La médecine avait, en effet, beaucoup trop ce caractère dans les écrits des philosophes ioniens et pythagoriciens qui ♦s'en étaient occupés avant Platon. Mais, philosophe lui-même, Hippocrate était entré avec une rectitude d'esprit et une perspicacité merveilleuses dans la voie de 1 observation médicale, dont il avait su faire prédominer les résultats au milieu des hypothèses physiologiques nécessairement fort inexactes de son temps, et malgré l'insuffisance des connaissances anatomiques de cette époque. Aristote organisa ce que Platon n'avait fait qu'esquisser avec génie. Il fonda la métaphysique sur une analyse puissante, bien qu'imparfaite, des notions naturelles de l'esprit humain. Il établit l'histoire naturelle et là météorologie descriptives, la psychologie, la morale, la politique, la rhétorique et la poétique sur l'observation et la comparaison des faits. Il formula les lois de la méthode déductive d'après un examen approfondi de ses procédés ; il indiqua la méthode inductive, mais sans en tracer les règles si compliquées, sans en montrer les conditions et les ressources, sans en marquer toute la portée et sans signaler toute l'étendue de ses applications. Dans les sciences physiques, il n'assigna à l'induction qu'un rôle préliminaire pour atteindre les idées générales et pour dégager les principes nécessaires; mais c'est par la déduction et en partant de la métaphysique qu'il voulut construire les théories physiques, et c'est ainsi qu'il leur donna une apparence trompeuse d'exactitude et de rigueur. Son œuvre immense excita l'admiration plutôt que l'émulation. Il eut beaucoup de commentateurs, mais non d'imitateurs ou de continuateurs dignes de lui. «

Quelle que fût l'insufdsance des méthodes d'Aristote et quoique l'antiquité n'en ait pas tiré tous les fruits qu'elles semblaient promettre, il y eut cependant, par l'union de la théorie aux procédés d'observation, d'admirables progrès dans les sciences mathématiques pures, dans l'astronomie, pour laquelle Hipparque inventa la trigonométrie, dans la géographie mathématique, dans l'optique, pour laquelle Ptolémée unit la théorie k l'expérience, dans la mécanique, dans l'anatomie, etc. Mais les doctrines d Aristote furent peu à peu moins suivies et finirent par être presque délaissées. La nouvelle Académie concentra des efforts stériles sur le problème de la certitude. Les épicuriens portèrent dans tout leur scepticisme insouciant, et les stoïciens, faisant dominer dans les sciences naturelles le dogmatisme de leur panthéisme matérialiste, les obscurcirent par la doctrine superstitieuse des sympathies et des antipathies occultes et les détournèrent de leur voie pour les jeter dans les petits détails ou dans la recherche des faits extraordinaires ou merveilleux. Dans une grande partie du domaine scientifique, l'observation sérieuse était délaissée aussi bien que la théorie, lorsque le monde ancien 'fit place au monde nouveau.

Le moyen âge, courbé sous le dogme et l'autorité de l'Eglise, ne posséda pas' cette indépendance d'esprit sans laquelle la science n'édifie point de théories et ne porte qu'un regard timide sur les vérités d'observation. La théologie domina tout, et la méthode aristotélique, remise en honneur, ne servit qu'aux exercices de la scolastique. Les efforts de l'intelligence humaine se bornèrent à la gymnastique de la logique et k l'étude de quelques textes. Cependant les Arabes musulmans étudiaient, commentaient les anciens Grecs et faisaient eux-mêmes d'importantes découvertes. Ce trésor se trouva réuni aux œuvres de l'antiquité lorsque surgit la Renaissance. Un des plus curieux et des plus intéressants spectacles que présente l'histoire entière de l'humanité est celui où elle se montre à cette époque brisant ses liens, cherchant la voie qui devait la conduire au vrai. Elle la trouva enfin, et l'esprit scientifique moderne naquit k la vie ; après une lutte longue et ardente, il remporta la victoire, se manifesta au grand jour et fit reconnaître définitivement ses lois au monde. Descartes formula, dans ses traits principaux, la méthode philosophique, et Bacon la méthode inductive, que perfectionna Newton. Dans le même temps, la méthode analytique se substitua dans les mathématiques à la méthode synthétique et, à l'aide des signes de l'algèbre, atteignit k des résultats jusqu'ulois in-

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connus. Dès lors, appuyée sur des théories de mieux en mieux faites et se guidant sur les observations multipliées et toujours plus précises, unissant ainsi la théorie et la pratique, la science marcha d'un pas ferme de firogrès en progrès. Grâce à l'imprimerie, qui ui fournit le moyen de communications faciles, elle n'eut qu'un seul et même développement, auquel concourut chaque nation.

On peut, d'après cette rapide esquisse, se faire une idée de ce que fut la théorie scientifique aux diverses époques de l'histoire humaine. Ce qui frappera surtout, c'est qu'au oremier âge de la vie intellectuelle des peuples il n'y a aucune théorie dans les sciences. Chez les uns, l'expérimentation domine, sans méthode, pour ainsi dire naïve et enfantine ; chez les autres, c'est l'imagination, la tradition ou l'autorité divine. Dans les pays où le panthéisme règne, où, en conséquence, la raison et la liberté humaines sont méconnues, la spéculation pure tient la place de l'enseignement scientifique; tout ressort de l'imagination ou de ce qu'on appelle l'inspiration divine; aucun progrès régulier n'est possible. Dans les pays ou l'esprit humain se possède, sent sa force et peut user de quel- • que liberté dans l'exercice de sa raison, là on voit la science se former réellement, s'affirmer en théories., marcher peu à peu régulièrement et progressivement. Partout, dans les débuts, 1 objet embrassé est immense : c'est le problème universel, le problème de l'origine des choses, le problème de l'origine et de la destinée du genre humain. Quand l'esprit scientifique se perfectionne, il cesse d'embrasser ces questions vaguas et si complexes, il les divise en questions de plus en plus restreintes et précises, qu'il distingue soigneusement, qu'il étudie à part et dont il établit les rapports de façon à les lier logiquement entre elles et à distribuer les diverses connaissances suivant un système de subordination dont l'intelligence suit sans effort les divers degrés. Cependant, à aucune époque, les sciences ne peuvent faire de progrès sans recourir à l'imagination, qui trouve des hypothèses sur lesquelles se fondent les théories dont l'expérience confirmera la vérité ou réformera les erreurs. Il y a aussi une liaison entre les connaissances scientifiques et rationnelles qui composent les théories, et celles qui dérivent soit de l'empirisme aveugle, soit du principe d'autorité. Le philosophe déjà cité plus haut dit à ce sujet : « Les mêmes connaissances peuvent quitter peu à. peu le dernier de ces deux caractères pour revêtir le premier, et c'est ce qui est arrivé^ successivement à tous les ordres de connaissances aujourd'hui purement rationnelles. Bien plus, certaines connaissances doivent participer toujours à ces deux caractères. L'histoire ne releva d'abord que de la mémoire et de l'imagination appliquées aux témoignages conservés par tradition ; elle commença a devenir une science lorsqu'elle s'inquiéta de contrôler les témoignages et d'appliquer les principes de la critique à la détermination des faits passés, des circonstances et des époques où ils se sont produits et du lien qui les unit entre eux. Elle fur plus scientifique encore lorsque, par des inductions légitimes, elle s'inquiéta d expliquer les faits par leurs causes, et surtout lorsque, au nom des principes de la morale, du droit et de l'économie politique, elle s'efforça d'apprécier les institutions et les évé-, nements et qu'elle essaya de déterminer les lois du libre développement de l'humanité. Mais elle devra toujours admettre beaucoup de faits sans pouvoir les expliquer, et elle devra toujours s'appuyer principalement sur l'autorité du témoignage. Le droit naturel, source commune de ce qu'il y a de bon et de vrai dans les principes généraux de toutes les législations, est l'objet d'une science rationnelle et qui peut être parfaitement vraie, mais qui sera toujours vague ; qui sera toujours indispensable, mais toujours insuffisante. Le droit naturel aura son complément nécessaire dans le droit positif, qui s'est établi primitivement par l'usage et par l'empirisme, mais qui, plus tard, a demandé des inspirations à la science et qui est devenu lui-même l'objet d'une science lorsqu'on s'est inquiété de rattacher ses prescriptions à une théorie, de les interpréter d'après des principes et de les apprécier d'après les lumières du droit naturel. Mais le droit positif, dans ses dispositions spéciales appropriées à tel peuple et a telles circonstances, relèvera toujours du principe de l'autorité humaine. » Si la théorie joue un rôle des plus importants dans le savoir humain, il est essentiel que la science établisse ses théories conformément aux règles reconnues les meilleures par suite des progrès de l'esprit scientifique. En voici le résumé, d'après les hommes supérieurs qui se sont plus spécialement préoccupés de ces questions élevées. 11 faut d'abord une notion distincte de ces principes antérieurs et supérieurs à l'expérience que tout homme applique, et qui ont reçu le nom d'axiomes. Il faut ensuite que les définitions mettent en évidence le contenu implicite de nos idées. Il faut, en troisième lieu, comparer et grouper les données de l'expérience, puis appeler au secours de l'expérience d'un côté la raison et ses principes nécessaires, de l'autre la foi à la stabilité des lois de la nature, et alors étendre légitimement à tous les êtres semblables entre eux, à tous les

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phénomènes de même espèce les notions ac-" quises par l'observation de quelques individus ou de quelques faits de chaque espèce, enfin étendre à tous les temps et à tous les lieux les notions acquises par des observations faites en un temps et en un lieu donnés. Il faut, de plus, découvrir les lois suivant lesquelles les phénomènes Se produisent et, si ces lois sont complexes, les décomposer en des lois plus simples et tenter d'arriver ainsi à des lois tout à fait simples qui, combinées entre elles, deviennent le principe d'inductions quelquefois merveilleuses. Arrivée à cette hauteur, la théorie, bien qu'elle ne puisse atteindre la perfection rerusée aux oeuvres humaines, défie cependant les critiques, brave les préjugés des ignorants, et, au-dessus des applications pratiques dont l'utilité frappe plus vivement les yeux du vulgaire, elle se maintient dans tous ses droits. C'est elle surtout qui fortifie la pensée, instrument de nos connaissances; c'est elle aussi qui ouvre la voie à l'application pratique de ces connaissances, et souvent, comme on l'a dit, U une application dont l'imprévu égale l'extraordinaire. Pour n'en citer que deux exemples, c'est de la théorie Sur le calorique et sur les corps dilatables que sont nées les machines à vapeur; c'est de la. théorie sur l'électricité qu'est né, comme un prodige soudain, ce fil merveilleux qui bientôt reliera toutes les parties du monde, le télégraphe électrique.

— Art milit. Napoléon, dans ses Mémoires, dit que, ■ dans toutes les sciences nécessaires à la guerre, les théories sont bonnes pour donner des idées générales qui forment l'esprit: mais leur stricte exécution est toujours dangereuse. • ( Général Gourgaud, 1823, t. II, p. 192.) • La victoire, a dit Odier, doit appartenir au plus brave, à condition qu'il Sera le mieux guidé dans la pratique de sages et savantes théories. » Telle est l'application juste du mot théorie; mais on l'a appliqué aussi aux règlements d'exercice et aux démonstrations qui y sont contenues. Ce dernier sens a fini par prévaloir depuis le commencement de ce siècle. La théorie, comme l'entendent les troupes , n'est point un raisonnement ou un discours en explication de principes ; ce n'est plus que le récit, fait par cœur, des règlements d'exercices. On distingue les théories : io d'administration; 2» d'armement; 3» de caporaux; 4» de sergents; 50 de service; 6" de siège; 7" d'infanterie; 8° d'officier. L'école faite aux officiers et aux sous-officiers par les chefs de bataillon et les adjudants-majors , sur les manœuvres, le maniement des armes, le service des places et les règlements militaires, s'appelle également théorie. Chaque arme a sa théorie particulier- .

Théorie de» alimenta, pa . Jacob Moleschott (1850). En guise de pré'ace, Moleschott a placé en tête de ce livre une lettre adressée a son père, médecin à Bar-le-Duc, et dans laquelle il commence par justifier sa tentative « devant uu juge compétent qui , plus qu'aucun professeur, dit-il, avait attiré son attention sur l'utilité de la science des aliments, • Il pressentait, en effet, le mouvement que cet ouvrage allait provoquer, les ennemis qu'il lui attirerait. Il insiste donc principalement sur la nécessité de faire parvenir directement la science jusqu'au peuple. « C'est l'exemple do M. de Humboldt, dit-il, qui m'a animé et encouragé à communiquer au peuple des résultats d'études servant originairement à une publication savante à l'adresse des médecins et des naturalistes. »

Et, comme si l'autorité de l'illustre auteur du Cosmos ne suffisait encore pour l'excuser, il ajoute : > Je n'ai qu'un seul désir; puissé-je avoir ton approbation pour m'ètre occupé d'un sujet aussi utile à lu santé qu'à l'éducation du peuple. N'était-ce pas la devise de tous nos efforts : Utilité publique et éducation du peuple I » Moleschott expose en ces termes sa pensée la plus intime ; «Les temps sont passés où l'esprit était censé être indépendant de la'matière; mais aussi les temps s'en vontoù l'on croyait humilier l'esprit en disant qu'il ne se manifeste que dans et pur la matière. Devons-nous mépriser la substance qui reproduit notre vie? N est-il pas plus digne de l'homme de voir clair dans cet enchaînement de rapports nécessaires qui transforment la nourriture en sang, le sang en chair, en os, en nerfs, et qui fait dépendre de la substance nutritive la chaleur du cœur, la force des muscles, la solidité des os, l'activité du cerveau? » La pensée fondamentale de la morale moderne, Moleschott la fait ressortir du mot célèbre de Mme de Staël :<Tout connaître, c'est tout pardonner. » La haute portée morale de la science, c'est qu'elle peut s'étendre jusqu'à cette connaissance exacte qui approfondit les lois nécessaires de la matière, qui arrive à savoir que nous en dépendons, et comment nous en dépendons, connaissance qui nous rend indulgents envers les autres, tout en indiquant les moyens de nous corriger de nos fautes et de nos misères. C'est l'intelligence qui fait de l'homme un être vraiment libre. Notre liberté ne saurait être autre chose que notre obéissance réfléchie aux lois de la matière, c'est-à-dire à nos propres lois, puisqu'elles deviennent nôtres du moment que nous les connaissons et que nous agissons avec connaissance de cause. Quand la science aura étudié toutes les propriétés

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des choses qui existent, elle connaîtra l'es- Sence de toute chose; car l'essence de toute chose est la somme de ses propriétés; et la philosophie deviendra science exacte, de même que celle-ci se confondra avec la philosophie. Moleschott termine son introduction en exprimant l'espérance de contribuer à une amélioration sociale en popularisant la science exacte des substances dont notre vie dépend.

La Théorie des aliments est divisée en trois livres, La première partie traite de la circulation et de l'échange des substances dans le corps; la seconde, de la composition et de la préparation des aliments ; la troisième est une savante hygiène à la portée et à l'usage de tout le monde, une véritable macrobiotique, en tant que la vie dépend de la nourriture. Moleschott ne conseille pas d'acheter une longévité problématique au prix de tous les charmes et de toutes les fonctions supérieures de la vie humaine. La science, dit-il, est la seule base de la morale; lier la volonté par des vœux insensés, c'est traiter l'homme en animal qu'on emprisonne dans l'étable, pour qu'il ne s'égare ni ne s'évade. En général, Moleschott recommande une grande variété dans le régime et fait ressortir la funeste influence morale d'un régime uniforme ou trop régulier qui, tout en conservant le corps, tue l'élan de l'âme et le génie créateur de l'esprit. La Théorie des aliments touche à la science sociale. La haute portée morale de ces doctrines physiologiques perce au grand jour dans la partie qui traite du régime des travailleurs. Voici le résumé de toute la théorie de Moleschott et les conclusions pratiques que MM. Pouehet et Musset en ont tirées. Bien que la composition de la matière détermine sa fonction, ce n'est pourtant que l'échange rapide, la circulation vive, le mouvement incessant des substances dont elle est composée qui créa la force du corps et l'énergie de l'âme. Les membres qu'on laisse en repos sa relâchent; les organes et les facultés qu'on n'exerce pas s'affaiblissent et s'effacent. La rapidité de l'échange des substances dans les organes augmente leur force, et réciproquement; l'effort des organes augmente l'échange des substances. Tout effort, ou des muscles, ou des nerfs, provoque une circulation plus intense'du saug, une transformation plus active de ses éléments, et par conséquent aussi un besoin plus grand de nourriture, pour restituer les déperditions. L'homme doit 'travailler non-seulement pour se procurer les moyens de vivre, mais pour augmenter sa vie, toutes les forces de son être. L'homme qui travaille doit se nourrir plus abondamment que celui qui ne travaille pas, parce qu'il lui est impossible de produire quelque chose par le mouvement des muscles et des nerfs, sans éprouver de déperdition dans le sang. Une nourriture complète est un besoin impérieux du travailleur. Tant qu'il n'y a pas d'équilibre entre la production et la consommation, entre les dépenses et les recettes, l'appauvrissement du sang et le paupérisme de la société en sont les conséquences fatales. L'équité morale n'est rien que l'expression de l'équilibre ; ce n'est pas seulement lo sentiment, c'est la loi fatale de la nature qui s'oppose à l'iniquité. La physiologie, comme l'économie sociale, le constate : tant que l'équilibre entre la production et la consommation n'est pas établi, les sociétés, comme les individus, sont en danger dô mourir de faim. -

La Revue des cours scientifiques de 1867 a reproduit les cours de Moleschott à Zurich. Ces cours ne sont que la reproduction sous une autre forme de la Théorie des atimenls.

Théories et des idées morales dons l'antiquité (histoire des), par J. Denis (Paris, 1856, in-8°], ouvrage couronné par l'Académie des sciences morales et politiques. L'auteur passe eu revue tous les philosophes de l'antiquité, depuis Pythagore jusqu'à Julien et Proclus. Ce n'est pas une suite d'analyses froides et sèches, sans lien véritable et sans originalité sensible; l'ouvrage, au contraire, présente une grande unité et vaut plus encore peut-être par l'ensemble et par le plan que par les^Pètails curieux qu'il renferme. M. J. Denis a cherché au fond de tous les systèmes l'idée morale, t guidé^jar cette conviction, qui est à la fois l'inspiration et le résultat de ses études, que la vie morale de l'humanité est une , comme i'hoimue est un ; que les vérités morales, nécessaires à la vie de l'homme, ne sont le privilège d'aucun temps ni d'aucun peuple; que partout on retrouve la même conscience, avec des transformations et dos développements particuliers. » Par sa méthode, comme par ses conclusions, cet ouvrage est bien un ouvrage vraiment scientifique. La forme est loin d'être aride et rebutante; on trouve partout du mouvement, des idées neuves et un cachet tout personnel. C'est de l'érudition sans pédanterie et sans obscurité.

Théorie de la terre, par Buffon. V. TKRR1J.

Théorie des sentimeiiiH moraux, par Adam

Smith. V. SENï'iMEsivr,

Théorie des quniro mouvements et des destinées générales, ouvrage de Ch. Pourier.

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