‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 606 sur 1042 · SOT · texte numérisé non relu

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est encore plus surpris de la réponse de l'hô'e, qui l'assure qu'il en doute, k l'air de— celui qui a commandé le dîner. Lk-dessus, le voyageur monte, parle civi!ementsà Vatteville et le prie de trouver bon que, puisqu'il n'y a rien dans le logis que ce qu'il a retenu, il puisse, en payant, dtner avec lui. Vatteville n'y veut pas consentir : dispute ; elle s'échauffe ; bret, le moine en use comme avec son prieur et tue son homme d'un coup de pistolet. Il descend après tranquillement et, au milieu de l'effroi de l'hôte et de l'hôtellerie, se fait servir le gigot et le chapon, les mange l'un et l'autre jusqu'aux os, paye, remonte k cheval et tire pays. Ne sachant que devenir, il s'en va en Turquie et, pour le faire court, se fait circoncire, prend le turban et s'engage dans la milice. Son reniement l'avance, son.esprit et sa valeur le distinguent, il devient bûcha et "l'homme do confiance en Morée, où les Turcs faisaient îa guerre aux Vénitiens. Il leur prit des places et se conduisit si bien avec les Turcs, qu'il se crut eu état de tirer parti de sa situation, dans laquelle il ne pouvait se trouver k son aise. 11 eut des moyens de faire parler au gouvernement de la république et de fuira son marché avec lui. Il promit verbalement de livrer plusieurs places et force secrets des Turcs moyennant qu'on lui rapportât, en toutes les ^Meilleures formes, l'absolution du pape de tous les méfaits de sa vie, de ses meurtres, de son apostasie, sûreté entière contre les chartreux et de ne poUvoir être remis dans aucun autre ordre, restitué pleinement au siècle, avec les droits de ceux qui n'en sont jamais sortis, et pleinement k l'exercice de sou ordre de prêtrise, et pouvoir de posséder tous bénéfices quelconques. Les Vénitiens y trouvèrent trop bien leur compte pour s'y épargner, et le pape crut l'intérêt de l'Eglise assez grand k favoriser les chrétiens contre les Turcs; il accorda de bonne grâce toutes les demandes du bâcha. Quand il fut assuré que toutes les expéditions en étaient arrivées au gouvernement en ta meilleure forme, il prit si bien ses mesures, qu'il exécuta parfaitement tout ce kquoi il s'était engagé vis-k-vis des Vénitiens. Aussitôt après, il se jeta dans leur armée, puis sur un de leurs vaisseaux, qui le porta en Italie. Il fut k Rome, le pape le reçut bien, et, pleinement assuré, il s en revint en Franche-Comté, dans sa famille, et se plaisait k narguer les chartreux. Des événements si singuliers le firent connaître k la première conquête de la Franche-Comté. On le jugea homme de main et d'intrigue ; il en lia directement avec la reine mère, puis avec les ministres, qui s'en servirent utilement k la seconde conquête de cette même province. Il rendit de grands services, mais non pour rien, et avait stipulé l'archevêché de Besançon ; et en effet, après la seconde conquête, il y fut nommé. Le pape ne put se résoudre klui donner les bulles; il se récria au meurtre, k l'apostasie, k la circoncision. Le roi entra dans les raisons du pape, et il capitula avec l'abbé de Vatteville, qui se contenta de l'abba3'e de Baumes, la seconde de la Franche-Comté, d'une autre bonne en Picardie et de divers autres avantages. Il vécut depuis dans son abbaye de Baumes, partie dans ses terres, quelquefois k Besançon, rarement k Paris et à la cour, où il était toujours reçu avec distinction. 11 avait partout beaucoup d'équipages, grande chère, une belle meute, grande table et bonne compagnie. Il ne se contraignait pas sur les demoiselles, et vivait non-seulement en grand seigneur et fort craint et respecté, mais k l'ancienne mode, tyrannisant fort ses terres, celles de ses abbayes et quelquefois ses voisins, surtout chez lui très-absolu. Les intendants pliaient les épaules et, par ordre exprès de la cour, tant qu'il vécut, le laissaient faire et n'osaient le choquer en rien, ni sur les impositions, qu'il réglait k peu près comme bon lui semblait dans toutes ses dépendances, ni sur ses entreprises, assez souvent violentes. Avec ces mœurs et ce maintien, il se faisait craindre et respecter; il se plaisait k aller voir quelquefois les chartreux, pour se gaudir d'avoijf quitté leur froc. Il jouait fort bien k l'hombre et y gagnait si souvent codille,que le nom d'abbé Codille lui en resta. Il vécut de la sorte, et toujours dans la même licence et la même considération, jusqu'à près de quatre-vingt-dix ans... >

VATTEVILLE (Charles, baron de), diplomate français, frère du précédent, mort vers 1G68. Entré de bonne heure dans le service diplomatique de l'Espagne, il représenta cette puissance aux conférences qui amenèrent le traité des Pyrénées (1657) et passa ensuite k l'ambassade de Londres, où, dans une cérémonie publique, il prit le pas sur le comte d'Estrades, ambassadeur français (1661). On saitque.ee fait faillit rallumer la guerre entre la France et t'Espagne, Rappelé par son gouvernement, Vatteville ne fut pas puni de la conduite qu'il avait tenue en cette occasion et dont, au fond, la cour de Madrid ne pouvait que lui savoir gré. On l'envoya'gouverner la Bis'caye avec le titre de vice-roi et, peu après, il fut appelé k l'ambassade de Lisbonne. Il mourut, dit-on, du chagrin causé par la trahison de son frère, qui venait de livrer la Franche-Comté à la France.

VATT1ER (Pierre), orientaliste français, na en 1623, mort à Paris en 1867, D'abord médecin de Gaston d'Orléans, il devint seoré-

VAUB

taire Interprète du roi et professeur royal de langue arabe au Collège de France. On a , de lui les ouvrages suivants : Traité des insomnies de Gabdorraehman, traduit de l'arabe ; Histoire makométane ou les Quaranteneuf califes, etc. (Paris, 1657, in-4°); Histoiredu grand Tamerlnn (Paris, 1658, in-4<>); la Logique du fils de Sina, communément appelé Avicenne, traduit de l'arabe en français (Paris, 1659, in-8") ; Nouvelles pensées sur la nature des passions, etc. (Paris, 1659, in-4<>) ; le Cœur détrôné, discours sur l'usage du foie, où il est montré que le cœur ne fait pas le sang (Paris, 1660, in-S0); V Hymne d' Avicenne et les Proverbes du calife Gali-Ali (Paris, 1660, in-8°); X'Onésicrite musulman, etc. (Paris, 1664, in- 12). Vattier a traduit f*e plus les Œuvres complètes d' Avicenne.

VAU s. m, (vo). Philol. Lettre hébraïque, appelée aussi vav. g Ancien nom du digamma éolien. Il Nom du » allemand.

VAUANTHE s. ni. (vô-an-te), Bot. Syn. de GRAMMANTHii, genre de crassulacées.

VAUDAN (Sébastien Le Prestre, marquis du), célèbre ingénieur, militaire, tacticien, économiste, né à Saint-Léger-de-Foucheret, près de Saulieu, en Bourgogne, le 15 mai 1633. mort en 1707. Resté orphelin de bonne heure et privé de fortune, il fut élevé parmi les paysans, endurcit son corps à toutes les fatigues et accoutuma son âme à tous les dangers. C'est sans doute à cette pratique de la vie plébéienne qu'il dut son amour pour les classes pauvres et l'ardent désir de soulager des misères qu'il avait connues et partagées. Son. premier et presque son seul maître fut le prieur de Saumur, qui, l'ayant rencontré par hasard et devinant ses dispositions, s intéressa à lui, l'accueillit à sa cure, lui apprit à lire, à écrire et lui donna, dit Vauban lui-même, une assez bonne teinture des mathématiques et des fortifications. Ces connaissances, jointes à un goût naturel pour le dessin linéaire, décidèrent de sa vocation. A dix-sept ans, il s'enrôla sous les drapeaux du prince de Gondé, alors en révolte contre la cour et allié aux Espagnols, fut fait prisonnier par l'armée royale, après un an de cette guerre aventureuse, et présenté UMazarin, qui devina son mérite et l'attacha pour toujours à la-France. Déjà connu comme ingénieur, pour avoir réparé en 1653 les fortifications de Sainte-Menehould, il servit en cette qualité dans les armées de Louis XIV et acquit assez de réputation pour qu'on le chargeât (1655-16Ô8) des sièges de Landrecies, de Condé, de Valeitciennes, de Montmédy, de Mardyck, de Gravelines, d'Ypres et d'Oudenaade, qu'il conduisit à bonne fin, et ensuite de la réparation des fortifications de ces places. Après la paix des Pyrénées, on lui confia l'établissement de nouvelles for. teresses, et c'est alors qu'il jeta les bases de sa réputation de constructeur et qu'il fit faire à l'art de la fortification ces progrès qui ont rendu son nom si fameux. A la reprise des hostilités (1667), il eut la direction de tous les sièges que le roi fit en personne, fut blessé 11 Douai, prit Lille, assura par de beaux travaux les agrandissements de la France en Franche-Comté, en Flandre, en Artois, dirigea les principaux sièges pendant la campagne de Hollande (1672), fut nommé brigadier général des armées en 1674, eni- . porta Valenciennes, Cambrai (1675)) et l'imprenable forteresse de Luxembourg (1683).

En 1678, il avait été élevé au grade de commissaire général des fortifications. Jusqu'en 1688, il se livra de nouveau à ses travaux de construction, car la paix n'était pas moins laborieuse pour lui que la guerre. Dans la campagne de Flandre (IG91-1692), il prit, sous les yeux du roi, Mons et Namur, où l'on remarqua comme une circonstance extraordinaire que la perte des assiégeants fut de beaucoup inférieure à celle des assiégés. La paix de Ryswirk fit encore une fois cesser l'effusion du sang jusqu'à la guerre de la Succession, et Vauban reçut enfin le bâton de maréchal (1703), non-seulement sans l'avoir sollicité, mais encore malgré les efforts qu'il fit pour détourner le roi de le lui imposer, d'après la croyance la plus généralement répandue. Cependant, voici une lettre de Vauban au roi, du 2 janvier 1701, qui tendrait à faire croire le contraire :

• Sire, le bruit qui court à Paris, à Versailles et dans toutes nos troupes d'une prochaine promotion de maréchaux de France m'autorise à représenter à Votre Majesté que ma qualité de lieutenant général plus ancien que la plupart de ceux qui sont le plus à portée d'y prétendre et mes services mieux marqués que les leurs, dont je ne veux pour témoin que Votre Majesté, me donnent lieu d'espérer qu'elle ne me jugera pas indigne de cette élévation, etc. »

En résumé, voici le sommaire de sa vie comme militaire et comme ingénieur : il a travaillé à 300 places anciennes, eu a construit 33 nouvelles, a dirigé 53 sièges et s'est trouvé à 140 actions de vigueur. Lie plus, il a exécuté une foule de travaux civils, dont un seul suffirait à. la gloire d'un ingénieur ordinaire : les canaux de Saint-Omer, de La Bruche et de Neuf-Brisach; les jetées de Moniteur; l'amélioration des ports de Saint-Valery, d'Ambleteuse, d'Antïbes, de Dunkerque ; le niagniqua aqueduc de Maintenon ; les études pour la jonction de la Saône et de la

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