LA BELETTE
Il advint d'aventure, un jour, qu'une belette Passa par un pcrtuis dans un grenier & blé, Où fut un grand monceau de froment assemblé, Dont cloute elle mangea en si grande abondance, Que comme un gros tambour s'enfla sa grosse panse; Mais, voulant repasser par le pertuis étroit, Trop pleine, elle fut prise en ce petit détroit. Un compère, le rat, lors lui dit : • 0 commère ! Si tu veux ressortir, un long jeûne il faut faire ; Que ton ventre apetisse il faut avoir loisir, Ou bien, en vomissant, perdre le grand plaisir Que tu pris en mangeant, tant que ton ventre avide, Comme vuide il entra, qu'il s'en retourne vuide. Autrement par le trou tu ne repasseras, Puis au danger des coups tu nous demeureras.
, Les ouvrages de Vauquelin ont été publiés sous les titres suivants: les Deux premiers livres de foresteries (Poitiers, 1555, in-8°); Pour la monarchie de ce royaume contre ta division (Lyon, 1567, in-8°); Oraison de ne croire légèrement à la calomnie (Casa , 1587, in-4°); Œuvres poétiques (Caen, 1605, in-8°).
VAUQUELIN DES YVETAUX (Nicolas), poëte fiançais, fils du précédent, né au château de La Fresnaye, près Falaise, vers 1570, mort à Brianval en 1649. En 1595, il succéda k son père dans la charge de lieutenant général du bailliage de Caen, puis il vint il Paris, mandé par le maréchal d'Estrées, et devint précepteur du duc de Vendôme, fils du roPel de Gabrielle d'Estrées. Il composa pour son élève un po6me, sa seule oeuvre sérieuse et morale, l'Institution du prince, Vauquelin fut ensuite nommé précepteur du Dauphin (qui fut depuis Louis XIII), mais ses mœurs dissolues le firent bientôt congédier. Il vécut dès lors dans la retraite, sans souci, au milieu des plaisirs que lui permettait sa fortune. 11 est question plusieurs fois de des Yvetaux dans les Historiettes de Tallemant, qui dit de lui, à l'occasion de Porchères-Laugier, que ce personnage était « le plus extravagant homme du monde, pour les habits, après M. des Yvetaux. t II signala au roi l'arrivée à Paris de son célèbre compatriote Malherbe, et, grâce à son appui, le poète normand fut mandé chez Sa Majesté. Toutefois, des Yvetaux, dont le caractère railleur n'épargnait personne, ne fut pas plus indulgent vis-ù-vis de son ami qu'il ne l'était pour ses ennemis ; car il disait de Malherbe « qu'il demandait l'aumône le sonnet à la main, »
Libre de toute sujétion, l'épicurien avait fait de sa belle habitation du faubourg Saint- Germain l'asile de la vie élégante- et voluptueuse. Tout à coup il s'éprit de la pastorale, et on vit ce céladon postiche errer à travers ses jardins, en vêtements de satin, fardé, pomponné , une houlette à la main, poussant des moutons enrubannés et coquetant avec des bergères apocryphes. Puis il conçut une violente passion pour une fille nommée Dupuis, qui jouait de la harpe dans les carrefours, l épousa, et retomba avec plus d'ardeur que jamais dans la folie champêtre. Pendant trente-cinq ans, des Yvetaux mena cette vie singulière, n'allant voir personne, mais recevant beaucoup de visiteurs et ne s'occupant guère de ce qui se passait au dehors. Il serait cependant injuste de ne point tenir compte à cet « égoïste » de quelques bonnes actions. Il patronna Mézeray, suu compatriote , dont il avait découvert la
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vraie vocation , le détourna de la poésie et l'encouragea à s'occuper d'histoire. Cependant, les derniers jours de cet insouciant ne se passèrent pas sans trouble ; il eut avec son frère des procès, vit sa fille unique mal mariée, et un meurtre fut eommis chez lui. D'après Saint-Evremond, Vauquelin voulut que la musique charmât sa .dernière heure et il dit à sa femme : • Ma mie, jouez-moi, je vous prie, une sarabande, afin que je passe plus doucement. ■
Des Yvetaux était bon humaniste, rimeur correct; il avait l'esprit cultivé et savait l'italien de façon à l'écrire très-bien. Outre {'Institution du prince, il a laissé un certain nombre de pièces fugitives qu'on trouve un peu partout, mais principalement dans les Délices de la poésie française (Paris, 1620, in-8°). Le caractère de cet excentrique et sa philosophie pratique se révèlent dans le sonnet suivant :
Avoir peu de parents, moins de train que de rente, Rechercher en tout temps l'honnête volupté, Confenter ses désirs, maintenir sa santé, Et l'âme de procès et de vices exempte,
A rien d'ambitieux ne mettre son attente; Voir ceux de sa maison en quelque autorité , Mais sans besoin d'appui garder sa liberté De peur de s'engager.à rien qui ne contente;
Des jardins, des tableaux, la musique, des vers,
Une table fort libre et de peu de couverts,
Avoir bien plus d'amour pour soi que pour sa dame ;
Etre estimé du prince et le voir rarement. Beaucoup d'honneur sans peine et peu d'enfants
[sans femme, Font attendre, à Paris, la mort bien doucement.
VAUQUELINE s. f. (vô-ke-li-ne .— de Vauquelin, chimiste français). Chim. Nom primitif de la strychnine.
VAUQUELINIE s. f. (vô-ke-li-n! — de Vauquelin, chimiste fr.). Bot. Genre d'arbres, do la famille des rosacées, tribu des quillajées, dont l'espèce type croît au Mexique.
VAUQUELINITE s. f. (vc-ke-li-ni-te — du chimiste Vauquelin). Miner. Chromate de plomb naturel.
VAURIEN, IENNE s. (vo-ri-ain, iè-ne — de valoir et rien). Homme de nulle valeur; homme infecté de tous les vices, et particulièrement de la paresse et du libertinage : Un franc vaurien. Les vauriens ne me déplaisent pas toujours. (Mme de Maint.) Mon frère est le plus sot et le ptus honnête de la famille; il serait le plus spirituel et le plus grand vaurien d'une autre. (Mirab.) Il n'y a que les vauriens gui soient déterminés.{Chmmfort.)
t— Par exagér. Personne légère, étourdie, aimant à s'amuser malicieusement ou à mener joyeuse vie : Ce petit vaurien ne rêve que des niches à faire à ses camarades ou à ses maîtres.
— Adjectiv. : ,
Plus on grandit, plus on devient vaurien.
Florian.
VAURIENNER v. n. ou intr. (vô-riè-né — rad. vaurien.) Faire le vaurien : Eh bien! sire, voulez-vous vaurïenner comme dans votre jeunesse? dit le grand maître de la garderobe. (Balz.) Nous ne sommes plus au te7nps où vos nobles pères couraient vauriennkr la nuit par les rues, cassant les lanternes, rossant le guet. (E. Gonzalès.)
VAUR1ENNERIE s. f. ( vô-riè-ne-rl — rad. vaurien). Conduite de vaurien.
— Pays de vaurienuerie , Pays fantastique imaginé par Gaston, frère de Louis XIII. il Conseil de vaurienuerie, Conseil formé par le même personnage , et dans lequel il était convenu que les courtisans ne devaient dire que des sottises.
VAURY ou VAULRY (SAINT-), bourg de France (Creuse), chef-lieu de caut., arrond. et à il kilom. N.-O. de Guéret, sur une colline ; pop.aggl., 594 hab. — pop. tôt., 2,567 hab. Dans l'église paroissiale, dont l'architecture n'offre rien -de remarquable, on admire un des plus beaux bas-reliefs du xve siècle qui soient en France. II se compose de neuf panneaux en pierre calcaire représentant les diverses scènes de la Passion, Dans le trésor de l'églisa se trouve une belle châsse en argent plaqué, du xve siècle.
VAUTHIER (Louis-Léger), ingénieur et
homme politique français, né it Bergerac en 1815t Admis en 1834 à l'Ecole polytechnique, il en sortit dans le corps des ponts et chaussées, partit en 1839 pour le Brésil, où il dirigea la construction des routes de la prov. nce de Fernambouc et, de retour en France eu 1846, s'y rallia aux opinions phalanstériennes. Elu en 1849 par le département du Cher député k l'Assemblée législative, il suivit Ledru-Rollin au Conservatoire des arts et métiers le 13 juin 1849 et fut arrêté. Traduit en octobre devant la haute cour de Versailles, il fut du petit nombre des accusés qui consentirent k répondre et se vit condamner à la déportation. Emprisonné successivement k Doullens, à Belle-Ile et à Sainte-Pélagie, il fut rendu à la liberté en 1855 et partit pour l'Espagne, où il obtint un emploi d'ingénieur. De retour à Paris, il ne s'occupa pas de politique tant que dura l'Empire. Après la révolution du 4 septembre 1870, il devint , par élection, chef du 125e bataillon de la garde nationale, donna sa démission après le 31 oc-
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tobre et fut réélu. M. YautMer se démit de nouveau de son grade après l'insurrection du 18 mars 1870. Elu membre du conseil municipal de Paris dans le XVIIIe arrondissement le 30 juillet 1871, il a été réélu aux élections du 29 novembre 1874, et il a été président de ce conseil. En avril 1876, il a posé sa candidature k la députation dans l'arrondissement de Saint-Denis ; mais n'ayant pas été accepté par le comité démocratique, il s'est retiré avant le premier tour de scrutin. On lui doit : De l'impôt progressif (1851, in-12); Manuel des aspirants aux fonctions de Conducteur et d'agent uot/e>*(1854lin-l8), avec Allyre Bureau ; le Percement du Simplon et les intérêts de l'Europe en Occident (1875, in-8°), etc.
VAUTH1EH-GALLE (André), sculpteur et graveur en médailles, né à Paris en 1818. Elève de Galle, de Blondel et de Petitot, il fit des progrès rapides et remporta à vingt et un ans le premier prix de Rome pour la gravure en médailles. M. Vauthier partit pour l'Italie. Durant son séjour à la villa Médicis, il envoya à Paris des copies d'après l'antique, qui n'étaient pas d'une exécution irréprochable. De retour en France, il épousa une petite- tille de son maître Galle, dont il ajouta depuis lors le nom au sien. Au Salon de 1845, il exposa trois médailles : le Portrait de Monge, la Bienfaisance secourant l'Infortune victime des inondations de 1840 et une Copie d'après un marbre du musée Capitoliti. En 1848, M. Vauthier exposa, avec les modèles en bronze de Monge et de la Bienfaisance, le portrait en bronze de Matthieu de Dombasle, et cette même année il envoya une tète de la République au concours des monnaies, où Oudiné remporta le prix. Depuis lors, il a exposé : quatorze médailles et médaillons (1849); le Printemps, statue (1850); Médaille accordée aux peintres comme récompense dans les expositions des beauxarts (1852) ; trois portraits-médaillons en bronze (1853); les portraits-médailles de Bernard de Palissy, de Dufresne. de la Chauvinière, de ['Archevêque de Paris, de J.-B. Jenn, du Comte de Nieuwerkerke,û& Dufresnay,de l'Institut, de Simon Saint-Jean, etc. (1855) ; Omphale, statué; médaille commémorativ^ du pontfde l'Aima; un buste en plâtre (1859); médaille commémorative du monument de Louis, roi de Hollande; portrait-médaillon à'Borace Vernet (1866); la France distribuant des couronnes, bas-relief (1868). M. Vaiuhier- Galle a obtenu une 2» médaille en 1852 et une médaille en 1866.
VAUTHIÉRIE s. f. (vô-tié-rî — de Vauthier, botan. fr.). Bot. Genre de plantes, de la famille des cypéracées, tribu dus -fuirénées, dont l'espèce type croit k la Nouvelle- Zélande.
VAUTIER (François), médecin français, né à Arles en 1589, mort en 1652. Après avoir terminé .ses études médicales à Montpellier, il vint à Paris et fut nommé en 1G24 médecin de Marie de Médicis, Dans ce poste, il s'attira la haine de Richelieu, qui le fit emprisonner à Senlis, puis à la Bastille, dont Vautier ne sortit qu'à la mort du cardinal ministre. En 1646, honoré du titre de médecin de Louis XIV, il se lit concéder la surin- , tendance du Jardin du roi, et plus tard l'abbaye de Saint-Taurin d'Evreux. Vautier fut le véritable créateur de renseignement anatomique au Jardin du roi, et c est lui qui le premier employa les préparations chimiques, les émétiques et le quinquina.
VAUTIER (Jean-Baptiste-Dominique), littérateur belge, né à Dieuze en 1792, mort en 1846. Il fit ses études au lycée de Bruxelles, où il fut successivement maître élémentaire, régent, et en 1829 professeur de langue et de littérature française. Six mois avant sa mort, il fut nommé inspecteur des athénées et des collèges de la Belgique. En 1817, il avait rédigé une Revue, dans laquelle il cherchait à combattre les tendances antifrançaises, qui reprenaient le dessus depuis la réunion de la Belgique et de la Hollande. Plus tard,kl'occasiun de la révolution de~1830, il publia des Chants patriotiques, qui sont écrits dans un style vif et impétueux. Vautier avait ensuite collaboré à différents journaux, tels que le Mercure belge, le Recueil encyclopédique belge, le Libéral, l'Artiste, etc.
VAUTIER (Benjamin), peintre suisse, né à Genève en 1830. 11 fit ses "premières études artistiques à l'Académie de Dusseldorf (1850- 1851) et devint ensuite l'élève de Rodolphe Jordan. Il s'est fait connaître par de petits tableaux de genre, remarquables par le sentiment de la nature, par l'originalité et la correction du dessin. Il choisit ordinairement pour sujets les situations les plus simples de la paisible viede famille, des scènes de mœurs champêtres , des épisodes de voyage , etc. On cite, parmi ses toiles les plus remarquables : Un coin d'église rempli de pieux chanteurs (1858); Société de voyageurs se divertissant sur un bateau à vapeur; Une fileuse; Femme revenant de l'église et trouvant' son mari au cabaret (t863); Une après-midi de dimanche dans la Souabe (1864), charmante scène villageoise, rendue avec une grande fraîcheur de coloris ; le Cas criminel des chats (1864), tableau de genre de premier ordre, plein d'humour, de vérité et d'originalité; Archéologues au milieu de paysans (1866); le Repas des morts dans l'Obertand bernois (1860),
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toile d'un style plus sévère et d'un grand effet, etc. M. Vautier a, en outre, dessiné pour le Munchhausen d'Iinmermann soixante gravures, dans lesquelles son crayon a admirablement traduit ce charmant conte.
VAUTOIR s. m. (vo-toir — du lat. volutare, enrouler). Techn. Sorte de râtelier sur lequel on distribue la chaîne des tapis.
VAUTOUR S. m, (vô-tour — lat. vultur, voltur, mot comparé par Benfey au sanscrit gardhra, vautour, et, comme adjectif, avide, de la racine gardh, désirer avec passion. Mais ce rapprochement suppose des transitions phoniques bien forcées. Quant à la forme, vultur répond assez bien au sanscrit vartra, en zend verethra, ennemi en général, et il n'y a rien d'improbable à ce qu'on ait désigné ainsi l'oiseau de proie redouté des troupeaux et des pasteurs). Ornith. Genre d'oiseaux do proie diurnes, type de la famille des vulturidées, comprenant une dizaine d'espèces, répandues dans l'ancien continent : De tous les oiseaux de proie, les vautours sont ceux qui paraissent s'élever à la plus grande hauteur dons les airs. (Z. Gerbe.) On n fait un grand usage, en quelques contrées de l'ancien continent, de la peau des vautours. (V. de Bomare.)
Lo vautour dans les airs fond-il sur les vautours ?
Boilgav.
Il Vautour des agneaux, Nom vulgaire du condor, il Vautour des Alpes, Nom vulgaire du percuoptère. Il Vautour des quadrupèdes,tiom vulgaire duglouton. Il Vautour d'Islande, Nom vulgaire du harle. 11 Vautour du Brésil, Nom vulgaire de l'urubu.
— Fig. Remords, par allusion aux vautours qui déchiraient le foie sans cesse renaissant de Prométhée :
Sous des lambris dorés, l'injuste ravisseur Entretient le vautour dont il est la victime.
J.-B. Rousseau.
— Hist. Vautours de Bonaparte, Société secrète de la Restauration, qui se proposait le rétablissement de la dynastie impériale.
— Astron. Nom donné aux constellations réunies de l'Aigle et de la Lyre.
— Argot. Monsieur Vqutour, Usurier. Il Créancier, propriétaire impitoyable : Que diable! s'écria M. Vautour, quand oh ne peut pas payer son terme, on devrait avoir une maison à soi.
— Encycl. Ornith. Les naturalistes désignent sous le nom de vautours un grand nombre d'oiseaux répartis aujourd'hui en plusieurs genres, formant une famille naturelle de rapaces à laquelle on a jugé convenable d'appliquer la dénomination de vulturidées, cette famille réunissant, en effet, tous les caractères de l'ancien genre vultur de Linné et de Latham.
Les vautours présentent pour caractères généraux : la tête et le cou ordinairement nus ou dénués de plumes et revêtus d'un duvet court et peu serré ou garnis de caroncules charnues; le plus souvent la partie inférieure du cou est bordée de plumes, formant un rebord et toutes allongées ; les yeux sont àileur de tête; le bec est droit, plus ou inoins robuste, comprimé sur les côtés, à mandibule supérieure forlement crochue ou terminée en crochet; la mandibule inférieure est droite, arrondie et légèrement inclinée vers la pointe; les narines sont ovalaires ou oblongues, percées obliquement ; la langue est cartilagineuse, un peu aplatie et pointue, souvent bifide à son extrémité; le eorps est épais, robuste, oblong, terminé par une queue généralement courte, composée de rectrices égales; les ailes sont pointues, très-longues, dépassant l'extrémité de la queue et presque constiimment à demi étendues dans le repos ou dans la marche ; les tarses sont robustes, réticulés ou garnis de petites écailles, nus ou
I emplumés, armés d'ongles faibles et un peu
i longs par rapport à la taille.
I Les vautours sont des oiseaux voraces, af-
I famés, dont le goût dépravé recherche plutôt les charognes que les animaux vivants, qu'ils n'osent attaquer. Cependant ils ne dédaignent point la chair palpitante, mais ils ne cherchent jamais à dévorer que quelques animaux jeunes et incapables de se détendre. Cet instinct qui porte les vautours à se livrer à la recherche des cadavres, des charognes, pour s'en repaître, adonné lieu à des préjugés, à des erreurs qui sont d autant plus enracinées et difficiles à détruire qu'elles datent des temps les plus reculés. Depuis Pline, qui, du reste, ne faisait qu'enregistrer une opinion déjà répandue de son temps et qu'il retrouvait dans les livres grecs, on n'a cessé de répéter que ces oiseaux avaient un odorat très-étendu et trèssubtil, et l'un des faits les plus anciennement connus que l'on ait invoqués pour soutenir cette opinion est celui de l'upparition d'une troupe de vautours dans les plaines de Pharsale le lendemain de la bataille qui y fut livrée. On cite encore un passage d'Ange Politien où il est question d'un commentateur d'Aristote qui assure que, les Grecs ayant livré un combat, une bande de vautours affamés arriva de plus de 100 lieues pour dévorer les cadavres. Ces faits n'établissent nullement la finesse de l'odorat chez les vautours, à peine constituent-ils une présomption. Ne savons-nous pas que les vautours arrivent \h où se trouvent réunies de grandes masses
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d'hommes? Ne les voyons-nous pas tous les jours suivre les armées, les caravanes dans le désert? car ils savent qu'ils trouveront une nourriture abondante dons les détritus laissés sur les lieux de campement; et ne pourrionsnous pas nous expliquer ainsi comment il a pu se faire que, le lendemain d'une bataille, on ait vu ces oiseaux dévorant les cadavres?
Sans nier complètement le sens de l'olfaction chez les vautours, nous croyons cependant qne ce sens a bien moins d'étendue qu'on ne l'a supposé et que ces oiseaux sont guidés dans la recherche de leur pâture moins par l'odorat que par 1» vue. C est ce qu'avait pensé BufFon, et c'est ce qui, d'après les observations d'Audubon et de Levaillant, nous semble démontré. Comme les vautours se tiennent ordinairement rapprochés entre eux par troupes, explorant de tous côtés les pays au-dessus desquels ils planent, lorsqu'il arrive à l'un d'eux de découvrir un cadavre, il s'y précipite, et les autres, avertis par ses mouvements, arrivent alors en foule de toutes parts. C'est ce qui explique la présence d'un nombre considérable de ces oiseaux lu où auparavant on n'en voyait pas.
Une autre erreur, selon Audubon, est celle qui consiste à croire que les vautours prêtèrent la chair corrompue à la chair fraîche. Lorsqu'ils ont le choix, les animaux nouvellement abattus sont ceux sur lesquels ils se portent de préférence. D'ailleurs, il est bien constaté qu'ils attaquent les mammifères vivants, surtout ceux qui sont jeunes et faibles. M. de Hunïboldt raconte que le condor fond non-seulement sur le cerf des Andes, sur la vigogne et le guanaco, mais même sur la génisse, qu'il dompte eu la fatiguant; dans la province de Quito, ces oiseaux exercent de grands ravages parmi le bétail, surtout parmi les troupeaux de vaches. Audubon a vu d'autres espèces attaquer aussi des animaux vivants; seulement, au lieu de chasser seuls, les vautours se mettent toujours plusieurs pour dompter un mammifère.
Do tous les oiseaux de proie, les vautours sont ceux qui paraissent s'élever h la plus grande hauteur dans les airs. On les voit quelquefois, par un temps calme et serein, s'assembler, prendre leurs ébais et planer, en décrivant de grands cercles, dans des régions où l'oeil peut à peine les suivre. Cependant leur vol est lent et pesant; c'est même, selon Belon, ce qui leur a valu le nom qu'ils portent:» Vultur, dit-il, a volatutardonominalusputatur. » lis paraissent éprouver de la difliculté à prendre leur essor, et lorsqu'ils veulent quitter terre ils commencent, comme pour essuyer, par faire quelques sauts assez gauches, en se laissant plusieurs fois retomber; après quoi ils s'élèvent par des battements d'ailes lents et cadencés. C'est dans les crevasses et les parties saillantes des rochers les plus escarpés et dans des positions le plus souvent inaccessibles que les vautours établissent leur nid. Le même couple niche plusieurs années de suite dans le même endroit; la ponte est ordinairement de deux œufs. Les petits naissent couverts d'un duvet ressemblant à de la laine et sont pendant fort longtemps nourris dans le nid. Le père et la mère ne portent pas dans leurs serres la nourriture qu'ils leur destinent, mais ils en remplissent leur jabot et la dégorgent devant eux. Enlevés de leur nid tiès-jeuues, les vautours s'apprivoisent facilement, s'habituent à la société de l'homme et Unissent par perdre toute envie de s'envoler, malgré la liberté dont on les laisse jouir. M.-JXorduiuiiii raconie qu'une dame résidant à Taganrog possédait un vautour fauve qui, chaque matin, quittait son gîte, établi dans une cour, pour se rendre au bazar où l'on vend de là viande fraîche et où il était connu et habituellement nourri. Lorsqu'on lui refusait sa pitance, il savait fort bien se la procurer par ruse; puis il se sauvait sur le toit de quelque maison voisine pour se régaler en paix et en dehors de toute atteinte. Souvent il traversait la mer d'Azow pour se rendre dans la ville de ce nom, située vis-à-vis de Taganrog, et, après avoir passé toute la journée dehors, il s'en ie venait coucher à la maison.
Le genre de vie des vautours, leur nourriture ordinaire donnent à ces oiseaux une physionomie peu intelligente et repoussante.- Une odeur infecte s'exhale de leur corps; une humeur visqueuse et puante découle Sans cesse de leurs narines. Lorsqu'ils sont bien repus, le bus de leur œsophage, distendu par les matières alimentaires, ressemble à une vessie et .fait saillie au dehors des plumes. Alors ils vont se jucher en quelque lieu écarté : ceux qui vivent loin de l'homme, sur des rochers escarpés ou même sur la terre; ceux qui fréquentent les villes, sur le fuite des maisons, sur les édifices isolés, et là, accroupis, le cou retiré et la tète appuyée sur le^ jabot, ils restent immobiles et attendent que la digestion soit achevée. Cet état de repos, l'uttituue flegmatique qu'ils prennent alors contrastent singulièrement avec la voracité et l'agitation' qu'ils manifestent lorsqu'ils tombent sur une proie. Buflou nous a laissé des vautours un portrait peu flatté. ■ L'on a donne aux aigles, dit-il, le premier rang parmi les oiseaux de proie, non parce qu'ils sont plus forts et plus grands que les vautours, mais parce qu'ils sont plus généreux, c'est-à-dire moins bassement cruels; leurs mœurs sont plus tières, leur démarche plus hardie, leur courage plus noble, ayaut au
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moins autant de goût pour la guerre que d'appétit pour la proie ; les vautours, au contraire, n'ont que l'instinct de la basse gourmandise et de la voracité; ils ne combattent guère les vivants que quand ils ne peuvent s assouvir sur les morts. L'aigle attaque ses ennemis ou ses victimes corps k corps; seul il les poursuit, les combat, les saisit; le» vautours, au contraire, pour peu qu'ils prévoient de résistance, se réunissent en troupe comme de lâches assassins et sont plutôt des voleurs que des guerriers, des oiseaux de carnage plutôt que des oiseaux de proie, car dans ce genre il n'y a qu'eux qui se mettent en. nombre et plusieurs contre un; il n'y a qu'eux qui s'acharnent aux cadavres bu point de les déchirer jusqu'aux os; la corruption, l'infection les attirent au lieu de les repousser ; les éperviers, les faucons et jusqu'aux plus petits oiseaux montrent plus de courage, car ils chassent seuls et presque tous dédaignent la chair morte et refusent celle qui est corrompue; dans les oiseaux comparés aux quadrupèdes, le vautour semble réunir la force et la cruauté du tigre avec la lâcheté et la gourmandise du chacal, qui se met également en troupe pour dévorer les charognes et déterrer les cadavres, tandis que l'aigle a la noblesse, la magnanimité et la munificence du lion. ■ Tout le inonde ne pense pas comme Buffon, et cette description, fantaisiste comme toutes celles qu'on rencontre chez ce naturaliste beau parleur, n'a pas la moindre valeur scientifique. ^ '
« S'il fallait choisir entre les rapaces, dit Michelet, autant que l'aigle j'aimerais certainement le vautour. Je n'ai rien vu entre les oiseaux de si grand, de si imposant que nos cinq vautours d'Algérie au Jardin des plantes, perchés ensemble comme autant de pachas turcs, fourrés de superbes cravates du plus délicat duvet blanc, drapés d'un noble manteau gris. Grave divan d'exilés qui semblent rouler en eux les vicissitudes des choses et les événements politiques qui les mirent hors de leur pays. Quelle différence réelle entre l'aigle et le vautour? L'aigle aime fort le sang et préfère la chair vivante, mais mange fort bien la morte. Le vautour tue rarement et sert directement la vie, remettant à son service et dans. le grand courant de la circulation vitule les choses désorganisées, qui en associeraient d'autres à leur désorganisation. L'aigle ne vit guère que de meurtre, et on peut l'appeler le ministre de la mort. Le vau- <our,au contraire, est le serviteur de la vie.»
Cette poétique appréciation du grand écrivain n'exprime que la vérité. Doués d'une vue perçante, les vautours distinguent au loin les cadavres étendus dans la plaine, fondent sur eux avec rapidité, et les dévorent avec une voracité telle, qu'on en a vu se laisser assommer à coups de bâton ou de crosse de fusil plutôt que de lâcher leur proie.
Les vautours habitent toutes les contrées de la terre; mais ils sont cependant beaucoup plus répandus dans les régions méridionales que dans celles du Nord. On les trouve en plus grand nombre en Asie et en At'rique que dans les autres parties du monde. Ceux des pays septentrionaux émigrent à l'approche de l'hiver vers des climats plus doux. Les espèces que l'on rencontre en France habitent dans la belle saison nos Alpes et nos Pyrénées.
La famille des vautours comprend plusieurs genres : vautour proprement dit, gypaète, néophron ou mieux percnoptèie, saicoramphe, condor, catharte, coragyps, urubu, etc. Nous ne nous occuperons ici que du premier de ces genres ; ou trouvera les détails relatifs aux autres à chacun des mots que nous venons de citer.
— Genre vautour proprement dit. Les vautours proprement dits sont des oiseaux de l'ancien monde, dont le bec est gros, fort, allongé, légèrement comprimé, un peu arrondi en dessus et très- crochu au bout; les narines sont rondes ou ovales et percées sur le bord de la cire; les pieds, robustes, ont le doi°-t médian très-long et les ongles faiblement arqués; la tête et le cou sont dépourvus de plumes; le jabot est saillant, garni de duvet à l'extérieur. Les principales variétés sont :
Le vautour fauve, le perenoptère des an ciens de Buffon, le grand vautour des Indes de Sonnerat, le chasse-liente de Levaillant. Cet oiseau est commun dans les -montagnes de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Le volume de son corps égale et surpasse même celui du cygne; sa longueur totale est de 111,15. Il a le plumage d'un cendré bleuâtre eu dessus, presque blanc eu dessous ; les ailes et la queue noires, le cou parsemé d'un duvet rare et gris, la fraise ou collier d'un blanc éclatant, le bec d'un gris bleu, noirâtre vers son extrémité, l'iris d'un bel orange et les pieds noirâtres ; le corps est varié de gris et de fauve chez les individus adultes; il. est fauve chez les jeunes. Le vautour habite surtout les contrées méridionales et orientales de l'Europe i on Ie volt quelquefois en Provence, en Languedoc et même dans le nord de la France; assez lâche quand il est repu, il cède la place aux corbeaux, qui le battent et le chasseut sans effort; mai3 quand il est affamé, il ne manque pas de courage, attaque les animaux vivants et se défend même contre l'homme. M. Temminck dit que les pâtres du littoral et des lies de la Méditerranée le
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redoutent beaucoup à cause des ravages qu'il exerce parmi les troupeaux. Lorsqu'il digère ou qu'il dort, son cou est rentré dans ses épaules et sa tète est en partie cachée entre les plumes du collier; il établit son nid dans les fentes des rochers les plus escarpés et y pond deux œufs.
Le chasse-fiente de Levaillant, que Degland assimile an vautour fauve, est commun dans le pays des Hottentots, où il vit de charognes, de tortues, de coquillages et même de sauterelles.
Le vautour cendré, vulgairement arriau, grand vautour, diffère du vautour fauve par sa tête plus large et plus grosse, ses narines arrondies et non "transversales, sa queue composée de douze pennes et sa taille un peu plus élevée; le plumage est d'un brun noirâtre, le duvet du vertex et de la nuque est brun, les nudités de la tête et du cou sont bleuâtres, ainsi que la partie inférieure des pieds; la collerette se compose de plumes longues, étroites, à barbes déliées, remontant latéralement vers la nuque; la cire est couleur de chair livide, la pointe du bec noire, ainsi que les ongles, l'iris brun. L 'arriau habite le sud et le sud-est de l'Europe; il arrive dans nos Pyrénées en juin et les quitte en octobre pour aller hiverner en Espagne. Il niche sur les rochers escarpés. Cet oiseau n'est pas sans intelligence; l'habitude de la captivité le rend familier au point de répondre à la voix de son maître et d'aller lui demander sa, nourriture ; il n'est pas non plus sans courage, et on l'a vu se défendre vaillamment contre des chiens qui voulaient le mordre ; il attaque aussi les animaux vivants et il est encore plus redouté des pâtres que le vautour fauve.
Le vautour oricou se distingue des deux précédents par une crête charnue qui natt devant chaque oreille et se prolonge ensuite en ligne droite sur le cou ; de là le nom d'oiicou qui lui a été donné par Levaillant. La tête et la moitié du cou sont nus ; leur couleur est d'un rouge clair en bas, bleue violâtre vers le bec et blanche prés des oreilles; le plumage est généralement d'un brun clair ; les plumes qui recouvrent la poitrine et les flancs sont pointues, assez longues et contournées comme la lame d'un sabre; la partie inférieure du cou est garnie en arrière d'une sorte de fraise composée de plumes courtes, d'un duvet blanc et bleu; la queue est étagée et dépassée par les ailes; le bec est jaune à la base et brun à la pointe ; l'iris brun marron; les pieds cendrés jaunâtres; les ongles larges et couleur de corne ; la taille est do l'a ,50; l'envergure est quelquefois de 3m,25. Cet oiseau habite les cavernes des monts les plus élevés de l'Afrique australe. On voit les oricous, au lever du soleil, perchés sur les rochers à l'entrée de leur demeure, et le nombre en est si considérable que quelquefois une chaîne de montagnes en est parsemée dans toute son étendue; puis' ils prennent leur vol et disparaissent dans les airs ; alors si un chasseur tue quelque grosse pièce de gibier et si, ne pouvant l'emporter, il l'abandonne un instant, il ne la retrouve plus ; mais il rencontre une bande de vautours à la place où il l'avait laissée et où il n'y en avait pas un seul à 10 lieues à la ronde vingt minutes auparavant. C'est ce qui arriva au célèbre naturaliste Levaillant, voyageant en Afrique. Il venait de tuer trois zèbres, et pour les emporter il avait couru chercher un chariot à son camp, qui n'était éloigné que d'une petite lieue; a son retour, il ne retrouva plus que les ossements des zèbres, sur lesquels s'acharnaient encore des centaines de vautours. Un jour, il tua une gazelle, la laissa étendue sur Je sable et se tint caché dans les buissons; il vit d'abord des corbeaux qui voltigèrent au-dessus de l'a gazelle en croassant ; six minutes après parurent les milans et les buses ; puis presque aussitôt, en levant les yeux, Levaillant vit à une hauteur immense des oiseaux qui descendaient en traçant des spirales et semblant sortir de la voûte du ciel. Ils s'abattirent sur' la gazelle et bientôt il en arriva des centaines; un coup de fusilles mit en fuite et ils disparurent tous comme ils étaient venus. L'oricou, ainsi que les autres vautours, construit son nid sur des rochers inaccessibles.
Le vautour île Pondichéry, vulgairement nommé vautour royal, est une espèce voisine de l'oricou ; mais ses crêtes latérales ne remontent pas si haut et son bec est moins fort ; sa grosseur est à peu près celle d'une grosse oie. Cet oiseau habite l'Inde, Java et Sumatra.
Le vautour à calotte est une espèce africaine dont la taille est égale à celle de l'espèce précédente; le plumage est brun noiiâtre. Cet oiseau, qui doit sou nom spécifique à la touffe duvetée qui garnit son occiput, habite les régions occidentales et septentrionales de l'Afrique.
Le vautour moine est une espèce d'Afrique et des Indes, qu'on a longtemps confondue avec le vautour arriau ; le plumage est uniformément brun.
Le vautour changoun est une espèce indienne, commune aux environs de Calcutta et de Pondichéfy ; son plumage est cendré en dessus, fauve en dessous; sa taille est de l«i,10.
La voracité des vautours, leur tournure disgracieuse, les combats qu'ils se livrent quelquefois autour du cadavre dont ils se dispu-
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tent les lambeaux ont de tout temps fait du mot vautour le synonyme d'une insatiable gourmandise, de la basse jalousie et de la lâche cruauté. Ces préventions n'ont cependant pas toujours et partout prévalu ; dans certains pays, et probablement à cause des services signalés qu'ils rendent, les vautours étaient jadis respectés et vénérés. Au rapport d'Elien, les Barciens, peuple d'Orient, pour honorer les combattants qui, après avoir accompli des traits de courage, trouvaient une mort glorieuse sur le champ de bataille, abandonnaient leurs cadavres à ces oiseaux, qui étaient pour eux des oiseaux sacrés. C'est probablement aussi par suite d'idées superstitieuses ou par reconnaissance que les anciens Egyptiens, selon le même auteur, avaient consacré les vautours à Junon et ornaient de leurs plumes la tête d'Isis. Plusieurs nations punissent encore comme un crime la mort de l'un de ces oiseaux.
Vautour (monsieur) , comédie-vaudeville en un acte, par Désaùgîerset Gentil; représentée au théâtre des Variétés en 1811.
M. Vautour, ce nom est déjà tout un portrait, est un propriétaire rapace. Il a chez lui un jeune compositeur de musique, Saint-Rémy, et sa sœur Victorine ; on lui doit trois termes de loyer, et il parle de faire instrumenter les huissiers, ces providences légales des propriétaires. Le jeune artiste ne pense qu'à ses ariettes ; il oublie toutes les notes de ses créanciers et ne se rappelle que celles du pa-' pier réglé. Sa sœur le morigène en vain : il ne rêve que fugues, trilles et changements à la clef; il tient une idée, un motif original... Ce sera un pur chef-d'œuvre. Un succès certain payera ses dettes arriérées. Cependant M. Vautour a pris des mesures extra-judiciaires pour obtenir un dédommagement à la perte de ses loyers, qu'il redoute. Sensible aux charmes de la jeunesse, il monte dans la chambre rie ses deux mauvais locataires pour faire à Victorine l'aveu de sa passion. Le frère arrive subitement; M. Vautour se cache dans la bibliothèque. Saint-Rémy devine ce qui s'est passé, et feignant de désespérer de pouvoir déménager ses meubles contre quittance, il veut jeter la bibliothèque par la fenêtre. Autant d'enlevé aux huissiers 1 M. Vautour sait que la fenêtre est à la hauteur du cinquième étage. Une chute si profonde ne lui sourit guère. Force lui est de sortir de la boite à bouquins et de capituler aux pieds de la belle Victorine. Le succès de ce vaudeville fit courir tout Paris ; le dialogue en est vif, animé, piquant. Toutefois, l'esprit n'y est pas constamment de bon aloi; les auteurs sacrifient volontiers la situation et le naturel à une pointe, un trait, un calembour, cet esprit facile, que Désaugiers aurait dû mépriser.
VAUTOORIN, INE (vau-tou-rain, i-në). Ornith. Syn. de vulturidé, kk. b Corbeau vautourin ou substantiv. Vaulourin , Corbeau, corbiveau.
VAUTRAIN (Eugène-Joseph), avocat, administrateur et homme politique français, né à Nancy en 1818. Il étudia le droit à Paris, où il passa son doctorat, puis se fit inscrire au barreau de cette ville et y exerça la profession d'avocat. Après la révolution de 1848, il devint successivement adjoint (12 avril) et maire (22 novembre) du IXe arrondissement de Paris (aujourd'hui le IV-'). Lors du coup d'Etat du 2 décemhre, il protesta, donna sa démission et reprit sa place au barreuu. Trèshostile à l'Empire, M. Vautrain rompit les relations qu'il avait eues jusque-là avec M. Billault, lorsque celui-ci devint président du Corps législatif, et resta à l'écart de la politique jusqu'à la révolution du 4 septembre 1870. Nommé préfet de la Meurthe le 5 septembre 1870, il refusa ce poste et fut élu, le 5 novembre suivant, maire du IV» arrondissement par 9,8U voix. Lors des élections pour l'Assemblée nationale (8 février 1871), il obtint 43,560 suffrages et ne fut pas élu. Après l'insurrection du 18 mars suivant, il fit partie des maires qui refusèrent de reconnaître l'autorité du Comité central et essayèrent d'organiser la résistance. Pendant huit jours, la résistance des municipalités tint l'insurrection en échec et permit au gouvernement de se préparer à repousser une agression sur Versailles. Après s'être effprcé de retarder les élections municipales jusqu'au 8 avril, puis jusqu'au 39 mars, il dut signer, de concert avec M.Tirard, etc., le compromis du 25 mars et accepter les exigences du Comité central qui tixa les élections au 26. Arrêté ce jour même sur l'ordre du Comité, il fut délivré par les gardes nationaux de son arrondissement et quitta Paris.Réinlégré dans sa mairie après l'entrée de l'armée de Versailles, il fut élu, le 23 juillet suivant, par 1,525 voix, membre du conseil municipal de Paris dans le quartier Notre-Dame et devint, par le choix de ses collègues, président de ce conseil. Au mois d'octobre 1871, M. Vautrain fit avec le préfet de la Seine, M. Léon Say, le voyage de Londres pour remercier, au nom de Paris, le lord maire et les Anglais qui avaient envoyé des dons aux Parisiens à l'époque du ravitaillement. Le 23 octobre, il fut également élu président du conseil de la Seine, et, depuis lors, il conserva constamment la présidence des deux conseils. Lors de l'élection complémentaire du 7 janvier 1872, pour nommer dans la Seine un député à l'Assemblée natio-
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nale, M. Vautrain posa sa candidature eomiïie républicain modéré contro celle de M. Victor Hugo, candidat républicain radical, et il fut élu par 122,395 voix contre 95,900,
frâce surtout à l'abstention forcée de près e 100,000 républicains qui redoutaient d'être arrêtés à la porte des salles de vole, comme ayant fait partie de la Commune. Le 2 février suivant, il prononça à l'Assemblée de Versailles un discours pour demander le retour dos députés à Paris, discours que la majorité accueillit par des murmures suivis du rejet da la proposition. 11 siégea au centre gauche, appuya la politique de M. Thiers, pour lequel il vota le 24 mai , se prononça contre le septennat (19 novembre), contribua il la chute de M. de Broglie (16 mai 1874) et appuya, en juillet suivant, les propositions Périer et Mallevile demandant 1 organisation
•des pouvoirs publics et la dissolution de l'Assemblée. En 1873, il avait prononcé un discours sur la loi relative aux indemnités à accorder à Paris ; en 1874, il parla sur l'impôt du gaz, sur la dérivation de la Vanne et sur le projet de loi municipale. Tout en remplissant ses fonctions de député, M. Vautmin continuait a présider le conseil municipal de Paris et le conseil général de la Seine. Dans ces assemblées, il sattaeha à faire régner le respect absolu de la légalité et à écarter toute discussion ayant trait à la politique. Dans un discours qu'il prononça au conseil municipal le 18 mars 1872, il parla en faveur des congréganistes. Le 13 août 1871, ayant eu une altercation avec le préfet de lit Seine, M. Duval, il donna sa démission de président; mais, le 10 août, il fut réélu président par le conseil municipal, dont il dirigea les travaux jusqu'à l'expiration de son mandat (novembre 1874). Aux élections municipales du 29 novembre 1874, M. Vautrain déclina toute candidature, voulant se borner à son mandat de député. A l'Assemblée nationale, en 1875, il repoussa l'amendement Pascal Duprut, qui demandait que le Sénat fût nommé par le suffrage universel (12 février). Le projet de loi sur le Sénat ayant
' été repoussé, M. Vautrain prit l'initiative d'un nouveau projet, par lequel il demandait que ce corps fut nommé par l'élection à deux degrés, et il contribua par là au vote de la constitution du 25 février 1875. Après la dissolution de l'Assemblée nationale, il a posé sa candidature à la Chambro des députés dans le lVe arrondissement de Paris; mais la tiédeur de ses convictions républicaines et ses sympathies pour les- cléricaux le tirent échouer, le 20 février 1876, contre M. Barodet, qui fut élu.
VAUTRAIT s. m. (vo-trè — rad. vautre).
Véner. Equipage royal de chasse pour le sanglier : Le capitaine du vautrait. Les toiles au VAUTRAIT.
vautre s. m. (vô-tre — mot qui passe pour être d'origine celtique. On trouve dans Eljen omrtragos), Véner. Espèce de lévrier, qu'on employait autrefois à la cbusse de l'ours et du sanglier.
VAUTUÉ (Victor, baron du), général français, né à Dompaire en 1770, mort à Paj-is en 1849. A vingt ans, il faisait pHrtie des gardes du corps, et, après le 10 août il fut emprisonné à la Force. Rendu à la liberté, il se laissa enrôler, marcha à la frontière et servit Successivement en Champagne,en Belgique et en Italie. Sous l'Empire, il se distingua» Austerlitz, à Eylau, à la Piave, k la. Moskowa, puis fut fait prisonnier au passage de la Bérézina et rentra en France en 1814. Vautré fit acte de chaleureuse adhésion à Louis XVII I . Pendant les Cent-Jours, étant en Corse, il essaya de maintenir parmi ses soldats la fidélité au drapeau blanc; mais, arrêté a son débarquement kToulon, il fut incarcéré à Grenoble et ne sortit de prison qu'à l'arrivée des alliés dans cette ville. C'est à ce moment que se place le fameux épisode qui a couvert d'infamie le nom de ce général. La conspiration bonapartiste ourdie par Didier ayant échoué, grâce à l'énergie déployée par Vautré, celui-ci eut l'impudeur d'écrire une lettre, reproduite immédiatement par tous les journaux, dans laquelle il se vantait «d'avoir or' donné k ses grenadiers d'égorger la canaille à coups de baïonnette et aux cris de Vive le roi I » Puis, parlant de son expédition au village de Mure, il ajoutait : « J'ai fait venir une partie du peuple sur la place et je leur ai dit que je ne savais pas si je ne les ferais pas tous fusiller et brûler leur ville... Pour exterminer les brigands qui ont marché sur Grenoble, il ne m'a fallu que vingt-deux grenadiers... Vos pères, vos enfants sont, pour la plupart, morts aux portes de Grenoble ; allez y voir leurs cadavres. « Ce n'est pas tout : Vautré osa présider lui-même le conseil de guerre chargé de juger les révoltés qu'il avait déjà sabrés. Dans le cours des débats, il injuria les vaincus, apostropha avec insolence les avocats, refusa d'entendre les explications données par eux, et, sur 30 accusés, 21 furent, par son active pression sur ses collègues, condamnés à mort et fusillés. On ne sait réellement qui fut le plus vil, de l'oflicier royaliste ou de la bourgeoisie de l'Isère; car, le croirait-on, le conseil général de ce département lit don à Vautré d'une épée d'honneur portant ces mots : Fidélité, courage, nuit' du 4 au 5 mai 1816. En 1820, lorsqu'il remit un drapeau au 4ie de ligne, il s'écria que » les baïonnettes étaient av.
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le premier soutien du trône des Bourbons, la garantie de la prospérité du royaume 1 » Le gouvernement de la Restauration, pour récompenser de si hauts faits et un tel dévouement, le nomma commandeur de la Légion d'honneur. Toutefois, on lui refusa le titre de lieutenant général, et ce refus blessa profondément Vautré. Aussi, en 1830, s'empressat-il de se rallier au parti orléaniste, exprimant hautement pour les Bourbons chassés un mépris égal au zèle qu'il leur avait témoigné. Le gouvernement ne répondit point à ses avances et refusa à cet officier l'avancement qu'il sollicitait avec acharnement. Bien plus, on le mit à la retraite en 1832, et il vécut dès lors dans une profonde obscurité.
VAUTRER (SE) v. pr. (vô-tré. — Scheler prétend que la forme primitive est voltrer, qui correspond, selon lui, à l'italien vollolare, lequel dérive de tio//o, participe italien de voîuere, rouler. M. Littré, se fondant sur la forme vintrer, dérive le verbe du vieux substantif vinlre, puis vautre, espèce de lévrier. Se vautrer serait donc se rouler comme fait le vautre). Se Coucher et se rouler : Se vautrer dans la boue, Se vautrer sur l'herbe. Su vautrer sur son lit. Le buffle préfère les terrains marécageux et a besoin de se vautrer comme le cochon. (Cuv.)
— Fig. Se plonger bassement : Se vautrer dans la fange du vice. Vous vous êtes vautré dans le bourbier des voluptés sensuelles. (La P. Lejeune.) Le monde ne dit pas au jeune homme : Vautrk-toi dans la fange ; il lui dit : Aie la sagesse du vice. (Lacordaire.)
VAUTRER v. a. ou tr. (vô-tré — rad. vautre). Chasser avec les vautres, le vautrait : Vautrur l'ours, le sanglier.
Vautrin, drame en cinq actes, en prose, par H. de Balzac (Théâtre de la Porte-Saint- Martin, 14 mars 1843). Ce drame n'eut qu'une première et unique représentation. Voici pourquoi : Frederick LemaJtre, chargé du premier rôle, devait à un moment donné entrer en scène dans le costume d'un généra] mexicain. Une idée fantasque lui passa par la tête, une de ces lubies comme il en eut tant dans le cours de sa carrière dramatique et que le public ne toléra pas toujours. Il se présenta aux spectateurs avec des favoris touffus, un toupet menaçant le ciel et des allures si bien étudiées, qu'il n'v eut qu'un éclat de rire dans la salle : on eût juré voir Louis-Philippe sur la scène. Cependant le bruit cessa, et le drame fut joué jusqu'à la fin ; mais, le lendemain, Vautrin fut interdit et le théâtre de la Porte-Saint-Martin fermé par ordre supérieur. Hâtons-nous de dire qu'au point de vue purement littéraire, cette mesure rigoureuse n'était pas absolument regrettable.
Vautrin est la plus mauvaise pièce de Balzac, et dans la forme et dans le fond. Nous nous dispenserons de l'analyser; il nous suffira de dire que c'est l'histoire de ce Jacques Collin, autrement dit Vautrin, un forçat en rupture de ban, et de Lucien de Rubempré. Elle est tout au long dans lu Comédie humaine ot beaucoup plus acceptable dans le roman que dans la pièce. L« drame n'est qu'un composé de divers éléments épars dans le Père Goriot, les Splendeurs et misères des courtisanes et la Dernière incarnation de Vautrin.
VAUTROT s. m. (vô-tro).Ornith.Nom vulgaire du geai et du grèbe.
VAUVENARGUES, village et commune de France (Bouches-du-Rhône), cant., arrond.
et à 13 kilom. N.-E. d'Aix, sur le flanc méridional du mont Lubaou; 430 hab. Charbonneries, tanneries, distilleries de grains. Ce village avait autrefois le titre de marquisat. On y voit un ancien château, bâti sur une plate-forme soutenue par d'épaisses murailles.
Le château de Vauvenargues , berceau de la célèbre famille du même nom, se compose d'un vaste bâtiment carré, dans le style du xi\-e siècle et flanqué de tours. On y remarque surtout une salle immense, désignée sous le nom de réduit et qui remonte, si l'on en croit quelques archéologues, à l'époque de la conquête romaine. Les autres appartements appartiennent au style du xvio siècle. Une vaste salle, ornée 'd'une cheminée monumentale, contient une précieuse collection d'armures du xme siècle, des modèles des premières armes à feu et une collection de tableaux de l'école d'Italie. L'une des tours du château contient un oratoire, où est enseveli le corps de saint Séverin, donné par le pape Pie VII au cardinal d'Isoard. La seigneurie de Vauvenargues appartint jusqu'en 1257 aux comtes de Provence. Elle fut érigée en marquisat en 1722, en faveurdeM.de Clapiers, premier consul d'Aix, père du célèbre auteur de l'Introduction à la connaissance de l'esprit humain. Le château de Vauvenargues appartient aujourd'hui à la famille d'Isoard, héritière du cardinal nommé plus haut.
Aux environs de Vauvenargues et au delà des Infetnets se trouve la ferme du Délubre, ainsi nommée (detubrum) d'un ancien temple gallo-romain, dont les débris subsistent encore. «Ce temple, dit l'auteur du Mont Sainte- Victoire, se compose de deux salles superposées, à voûtes cintrées, et mesurant 10 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur. Les murs ont 1™,25 d'épaisseur. Au milieu de la salle basse, une grosso colonne circulaire
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tupporte la première voûte. La salle haute est coupée par un mur, percé de deux ouvertures à plein cintre. Du reste; il n'y a aucune trace de baie pour donner le jour extérieur. Il faut encore mentionner, dans le vallon du versant septentrional du mont Sainte-Victoire, une chapelle de Notre-Dame fondée en 1661, et un petit couvent dont -l'origine remonte à la même époque. Au sud, le vallon s'ouvre sur un escarpement à pic de plus de 100 mètres de profondeur.
VAUVENARGUES (Luc de Clapiers, marquis de), moraliste français, né à Aix, en Provence, en 1715, mort à Paris en 1747. Son père, premier consul d'Aix, avait obtenu l'érection de la terre de Vauvenargues en marquisat pour récompense du dévouement dont il avait preuve pendant la peste de 1720. Le jeune Vauvenargues, sans fortune et n'ayant reçu qu'une éducation médiocre, entra à dixhuit ans dans le régiment du roi, avec le grade de sous-lieutenant. Il se distingua en Italie dans la campagne de 1734. D'une constitution extrêmement délicate, mais d'une volonté tenace, épris de la passion désarmes, « hors desquelles, selon lui, il n'y a point de gloire achevée, • il resta au service, luttant contre 'les fatigues et les privations qui ruinèrent peu à peu sa santé. Au milieu des occupations actives de la guerre, entre deux sièges, entre deux combats, il trouvait moyen de consacrer chaque jour quelques heures à l'étude et, sous sa tente, préparait les matériaux de ['Introduction à la connaissance de l'esprit humain.' « Seul , dans les loisirs de garnison et dans ses quartiers d'hiver, dit Sainte-Beuve, il s'occupait continuellement des études sérieuses et des lettres; à l'aide de quelques bons livres, joints à beaucoup de réflexion, il avait mûri ses pensées et il s'était appliqué, plume en main, à s'en rendre compte. Voulez-vous démêler, rassembler vos idées, conseillait-il par expérience, les mettre sous un même point de vue et les réduire en principes, jetez-les d'abord sur le papier. Quand vous n'auriez rien k gagner par cet usage du côté de la réflexion, ce qui est faux manifestement, que n'acquerriez-vous pas du côté de l'expression I Laissez dire à ceux qui regardent cette étude comme au - dessous d'eux. Lui, si épris de la gloire et de l'action et qui se sentait une capacité innée pour la guerre ou pour les affaires, il paraît avoir eu besoin de quelque raisonnement pour s'en détourner et pour s'acheminer ainsi à devenir auteur. Vauvenargues avait sur la noblesse du sang, non pas des préjugés, il suffit pour s'en convaincre de lire son dialogue de Brutus et le jeune Romain, mais de hautes idées qui la lui faisaient envisager comme une institution qui consacrait lé mérite et la vertu des ancêtres et en imposait l'héritage à leurs descendants. Or, c'était dans le service public de l'Etat, c'était par des actions plutôt que par des écrits, qu il y avait lieu de justifier de cet héritage. Pourtant, quand il vit sa santé détruite, ses espérances ruinées par là, non moins que par les froideurs d'une cour insensible au vrai mérite, il sentit que la seule ressource pour un esprit noblement ambitieux, c'était encore de se tourner du côté de la gloire la moins empruntée et la plus k nous qu'on connaisse. Les grands exemples des Richelieu, des La Rochefoucauld, des Retz, des William Temple et de tous ces hommes d'Etat et d'action qui avaient demandé le surcroît et le sceau de leur illustration à leurs écrits, revinrent l'enhardir. Son génie lui parla; un état médiocre ne lui parut point valoir assez pour être mis en balance avec cette destinée nouvelle qu'il tenait entre ses mains. Il vaut mieux, pensa-t-il, déroger à sa qualité qu'à son génie, et, se reportant aux grandes actions qu'il avait été donné k d'autres plus heureux d'exécuter, il se dit: «Qu'il
• paraisse du moins par l'expression de nos
■ pensées et par ce qu'il dépend de nous, que
• nous n'étions pas incapable de les conce- > voir. » Cette prédominance, cette préoccupation toujours présente de l'action et de l'énergie vertueuse, supérieure et préférable à l'idée elle-même, est un des caractères du talent littéraire de Vauvenargues, et elle contribue à conférer aux moindres de ses paroles une valeur et une réalité qu'elles n'auraient pas chez tant d'autres, en qui l'auteur, se sent à travers tout. En lui, au contraire, on sent que l'esprit ne s'est fixé à l'état de pensée et de maxime que faute d'avoir pu se déployer et 'sortir en- action. Et c'est alors qu il y a tout lieu de dire vraiment avec lui : a Les maximes des hommes décèlent leur
■ cœur. »
Ayant "eu les pieds gelés durant la retraite de Bohême en 1741 , Vauvenargues renonça à la carrière militaire et songea d'abord à entrer dans la diplomatie. Il écrivit à ce sujet deux lettres au roi et au ministre des affaires étrangères pour leur exposer sa situation et demander un emploi. Il n'obtint pas de réponse. Une troisième lettre, écrite à M. Amelot, lui valut les plus belles promesses. Vauvenargues offrait de servir dans les pays étrangers sans appointements et sans caraoière jusqu'à ce qu'on l'eût mis à l'épreuve. Mais un triste incident vint tromper ses espérances. Il était retourné auprès de s» famille pour se livrer en paix aux études qu'exigeait la carrière dans laquelle il se croyait près d'entrer, lorsqu'il fut atteint d'une petite vérole de l'espèce la plus maligne, qui défi.
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gura ses traits et le laissa infirme pour le reste de sa vie. Plein d'énergie dans le cacactère, d'activité dans l'esprit, de générosité dans lus sentiments, il se vit ainsi condamné à perdre dans l'obscurité tant de dons précieux, en attendant qu'une mort douloureuse vînt terminer une vie où n'avait jamais brillé un instant de bonheur. Ce fut alors que, appelant à son aide la philosophie, il chercha une consolation dans l'élude. Il s'occupa de revoir, de mettre en ordre les réflexions et les petits écrits qu'il avait jetés sur le papier dans les loisirs de sa carrière militaire. Il vint à Paris, où il vécut trèsretiré, et, dans la solitude, son talent contracta quelque chose de plus profond et de plus persuasif.
L'Introduction à la connaissance de l'esprit humain, suivie de Réflexions et de Maximes, parut au printemps de 1746. C'est le seul ouvrage qui fut publié du vivant de l'auteur; encore ne portait-il point son nom. Les éloges" de Voltaire, dont il avait recherché les conseils dès 1743, le firent sortir de son obscurité. L' Introduction à la connaissance de l'esprit humain est un ouvrage empreint de l'énergie d'une belle âme et de la pénétration d'un esprit supérieur, mais déparé cependant par quelques paradoxes; les Réflexions sur diuers auteurs annoncent, en général, un esprit juste, un critique désintéressé et de bonne foi; les M aximes sont l'ouvrage le plus célèbre de l'auteur. Plus variées, plus fécondes que celles de La Rochefoucauld, elles sont aussi inoins désolantes, font aimer la vertu et, sans dissimuler les vices de l'homme, n'accordent pas une aussi large place à ses mauvais instincts. Voltaire, qui témoignait beaucoup d'intérêt à Vauvenargues , faisait le plus grand cas de ses Maximes, qu'il présentait comme le livre ■ le plus capable de former une âme bien née. » Le livre eut un grand succès, et Vauvenargues, goûtant après tant de peines et de chagrins secrets, au milieu même d'une lente agonie, les pures jouissances que lui avaient méritées son énergie et son amour des nobles études, put écrire, d'une plume ferme et frémissante de plaisir, cette pensée si vraie et si poétiques Les feux de l'aurore ne sont pus aussi doux que les premiers rayons de la gloire. • 11 s'éteignit précisément dans les premiers rayons de cette gloire naissante.
Les écrits de Vauvenargues n'ont jamais trouvé que des admirateurs. Les hommes du lettres du xviite siècle, ces maîtres en matière de critique, les ont honorés de leurs applaudissements; les esprits les plus distingués de notre époque ont confirmé leurs suffrages. Plus d'un siècle s'est écoulé, et la réputation littéraire de Vauvenargues a conservé tout son éclat; on peut même dire avec Sainte-Beuve que son nom agrandi peu k peu, que sa noble et aimable figure s'est de mieux en mieux dessinée.
Le talent de Vauvenargues est très-sobre, très-pur, nourri des grands modèles, fortifié par un travail constant et par de longues méditations, séduisant d'atticisme, de grâce, d'enthousiasme et de fierté juvénile. Le goût, la justesse, le sentiment se montrent dans tout ce qu'il a écrit. Mais sa qualité dominante, celle qui séduit et attire invinciblement, c'est le don qu'il possède d'exprimer simplement, naturellement et avec autant do concision que de chaleur les grandes pensées et les sentiments forts. Moraliste sans morgue, sans dédain des hommes, il n'affecte point une vertu austère et intraitable. Sa morale, dépouillée d'amertume et de tristesse, tend à développer les nobles instincts de l'homme; ses passions généreuses et son énergie, à l'adoucir et à lui donner de la dignité.
Sa vie fut d'ailleurs la pratique constante des vertus qu'il enseignait. Sans chercher un appui dans la religion, à laquelle il ne croyait pas, il montra sans cesse ane grande hauteur dans l'infortune, une inaltérable sérénité dans les souffrances physiques les plus longues et les plus cruelles, une inébranlable termeté devant la mort. 11 expira, il exhala son âme pure avec un courage tranquille, comme il convient à un disciple de Voltaire. 11 demanda au prêtre qui s'était introduit dans sa chambre pour le confesser de quelle part il venait, et il le congédia. Nous terminerons en reproduisant le jugement que l'éminent critique des Lundis porte sur Vauvenargues :
■ Moins peintre que La Bruyère, Vauve»
nargues a un plus grand dessin, un dessin plus philosophique ; il ne veut pas simplement observer les hommes de la société dans leurs variétés, en donner des portraits, des médaillons finis, en faire le sujet d'une suite de remarques profondes et vives; il envisago l'homme même et voudrait atteindre au point où bien des maximes, qu'on a crues contradictoires, se rejoignent et se concilient. L'esprit de l'homme lui paraît en général plus pénétrant que conséquent, et d'ordinaire embrassant plus qu'il ne peut lier. Son ambition, ù lui, est de lier et d'unir. Il veut remonter aux racines et aux principes des choses, et à cet effet il va parcourir, selon son expression, toutes les parties de l'esprit et toutes celles de l'âme.,. Vauvenargues, dans tout ce qu'on lit çt qu'on sait de lui, apparaît comme un esprit d'une forte trempe, comme une âmo d'une grande élévation et un grand cœur. Il offre le rare exemple d'un homme supérieur longtemps retenu au-dessous de son niveau
VAUV
comprimé, abreuvé de disgrâces, qui ne s'aigrit ni ne se révolte, mais prend sa revanche noblement et se rouvre la carrière dans l'ordre de l'esprit avec vigueur, et sérénité... Il a reconnu les vices et les défauts des hommes, mais il les a reconnus avec douleur, sans cette joie maligne qui ressemble à une satisfaction et à une absolution qu'on se donne en secret, de même qu'il a maintenu les grandes lignes, les parties saines et fortes de la nature, sans cet air de jactance par lequel on semble s'exalter en soi et s'applaudir. Placé entre les moralistes un peu chagrins 'du xvne siècle et les philosophes témérairement confiants du xvute siècle, il n'a pas enflé la nature de l'homme, et il ne l'a pas dénigrée. C'est un Pascal adouci et non affaibli, qui s'est véritablement tenu dans le milieu humain et qui ne s'est pas creusé d'abîme. >
Il existe un grand nombre d'éditions des couvres de Yauvenargues. Les plus estimées sont celles de l'abbé Trublet et'Séguy (1747, in- 12; 1781, in-12); de Fortia d'Urban (1797, 2 vol. in-8° ; elle contient d'intéressants suppléments tirés des papiers de Vauvenargues); de Suard, avec des notes critiques, empruntées à Voltaire (1806, 2 vol. in-8») ; de Brière (1821, 3 vol. in-s0); le troisième volume est formé d'oeuvres inédites négligées par Fortia d'Urban; enfin celle de M. Gilbert (1862, in-8°)> la plus complète de toutes ; elle renferme, outre un certain nombre de morceaux inédits, cent quinze lettres de Vauvenargues au marquis de Mirabeau et à divers autres personnages.
VAUVERT, ville de France (Gard), ch.-l.
de cant., arrond. et à 2o kilom. S.-O. de Nîmes,surle penchant d'une colline ; pop. aggl.-, 4,476 hab. — pop. tôt., 5,137 hab. Distillerie d'eau-de-vie ; fabrication de bonneterie de soie. Important commerce de vins et spiritueux. Ancien château, où saint Louis tint un conseil de guerre avant de s'embarquer pour la terre sainte.
Vnuvcrl OU VaUerl (CHÂTEAU DE), ancien
château bâti par Philippe le Bel après son excommunication et qui lui servait de retraite et pour ainsi dire de petite maison après le souci des affaires. Ce chlteau , à tourelles en poivrière comme presque toutes les constructions de cette époque, s'élevait un peu au-dessus des plaines désertes entourant la barrière d'Enfer, à Paris. Par son isolement loin de la ville, par le tumulte qui s'y faisait presque chaque nuit, par les lumières qui ne cessaient de briller à ses sombres fenêtres , il inspira au peuple une sorte de terreur superstitieuse. Il en résulta le nom d'Enfer donné par lui au sentier qui reliait ce château à la poterne Saint-Jacques, précédemment nommé voie Vauvert. Mais ce ne fut pas tout. Quand Philippe le Bel fut mort, le château Vauvert demeura abandonné; on disait qu'il était sans cesse hanté par les fantômes et les démons. Une bande de pillards songea à exploiter habilement la crédulité publique et s'installa au château Vauvert, dont elle fit son quartier général et l'entrepôt de ses vols. La terreur que cette bande répandit dans tous les environs fit que la locution « allerau diable Vauvert, "dégénérée depuis en celle de «aller au diable au vert, «qui n'a aucun sens , devint bientôt populaire pour exprimer une excursion longue et périlleuse. En 1257, Louis IX fit donation du château de Vauvert aux chartreux, qui en prirent possession. Le château de Vauvert a depuis longtemps disparu,
VADVILLERS, bourg de France (Haute- Sa&ne), ch.-l. de cant., arrond. et a 45 kilom. N.-O. de Lure, au pied des Vosges ; pop. aggl., 1,185 hab. — pop. tôt., l,?04 hab. Tanneries; féculerie; fabrication de chaînes et de bonneterie. Commerce de chevaux, bes» tlaux, chiffons et farines. C'était autrefois un duché-pairie, érigé en faveur du maréchal de Clennont-Tonnerre. x
VAUVILLIERS (Jean), humaniste français, né à Noyers (Yonne) vers 169S, mort en 1766. 11 professa successivement la troisième et la rhétorique au collège de Beauvais et, en 1757, fut chargé d'enseigner le grec au Collège royal, en qualité de ooadjuteur de l'abbé Vatry, titulaire de cette chaire. On a de Yauvilliers deux discours latins, écrits dans un style d'une pureté vraiment classique, et une édition du Lexicon grteco-latinum de Schrevelius (1752, in-8°),
VAUVILLIERS (Jean - François) , savant helléniste français, fils du précédent, né à Noyers en 1737, mort à Saint-Pétersbourg en 1801. Employé à la Bibliothèque du voi, section des manuscrits grecs, il devint professeur au Collège de France (1766), membre de l'Académie des inscriptions en 1782 et se distingua non moins par l'élégance de son style que par la sagacité de son jugement. Membre de la municipalité de Paris en 1789, il déploya un grand zèle pour approvisionner la ville au milieu de la disette; on le vit haranguer souvent, au péril de ces jours, la multitude affamée. Toutefois, il se prononça contre les grandes mesures prises alors, telles que l'organisation de la garde nationale, la liberté des hommes de couleur é*t la e«nstitution civile du clergé. Au 10 août 1792, sa présence parmi les défenseurs des Tuileries lui attira une détention momentanée, Vauvilliers traversa sans danger les tumultes