J.OS
1780 — 107,023 , 1791 — 97,000 environ.
1801 — 83,000 environ.
1811 — 73,000 environ.
1821 — 70,000 environ.
De 1831 à 1840 — 72,000 en moyenne, paran. De 1841 à 1850 — 76,000 en moyenne, par an. De 1851 à 1854 — 71,000 en moyenne, par an.
Comme les issues et les abats de veau sont très-recherchés, indépendamment de ceux qui proviennent des abattoirs de Paris, on en introduit chaque année, de l'extérieur, une quantité au moins égale, et que l'on évalue à 975,000 kilogrammes.
« Le veau, dit M. Ch. Bizet, conservateur des abattoirs, est assez difficile à conduire à l'échaudoir, car il est capricieux et peu intelligent; lorsque enfin il 3' est arrivé, ses pieds de derrière sont attachés avec la corde du treuil, puis il est enlevé, la tête en bas. On lui ouvre le cou par une large entaille, qui- fait jaillir le sang avec force et abondance ; dans cette position, la tête du pauvre animal reste avec toute sa vitalité ; il respire encore par les bronches, dont tes sons pressés et sourds se font entendre pendant plus de six minutes. Quand le sang est entièrement égoutté, il est descendu et posé sur un étau ; c'est là qu'on lui coupe d'abord lès pieds, qu'on lui refoule l'herbière et qu'on l'enfle ; il est dépouillé ensuite jusqu'au dos, puis ouvert; les quasis sont séparés bientôt, et un tinetest passé dans les jarrets. Le veau ainsi préparé est enlevé, puis vidé comme le bœuf.
« Arrivé à l'étal, il est séparé en deux parties principales, ensuite en plusieurs autres parties dont la valeur varie selon la position qu'elles occupent dans l'économie de l'animal. Les meilleures sont le quasi, la noix, le rognon ; viennent ensuite les cotes, le carré, les épaules, etc. «
« Le morceau du rognon, dit Grimod de La Reynière, passe pour le plus honnête ; c'est vraiment une poularde à quatre pieds, et la substance même de ce rognon offre incontinent la ressource d'un entremets, sous le nom d'omelette ou d'une tourte de frangipane , dans lequel la ténuité des fragments du rognon est une démonstration nutritive j du problème des infiniment petits. Mais le j morceau d'après, quoique moins somptueux, , n'est assurément pas à rejeter ; beaucoup d'amateurs même le préfèrent, parce qu'il est moins gras, plus en chair et d'un goût ' plus relevé. Cependant, l'on donnera tou- | jours, sur les tables recherchées, la préférence à l'élégant rognon, parce qu'il flatte ! plus l'umour-propre et la vanité de l'amphi- ' tryon. Il est un moyen de tout concilier, c'est j de servir dans son entier la longe, qui réunit les deux morceaux ; c'est le rôti le plus I apparent qui sorte des mains du boucher; 1 mais il faut une table nombreuse pour la fêter convenablement : car une belle longe de veau ne pèse guère moins de 12 à 15 livres. > Le veau, plein d'une aimable condescendance, se prête à tant de métamorphoses, que l'on peut, sans l'offenser, l'appeler le caméléon de la'cuisine. Il est peu d animaux qu'on nous présente sous plus de formes diverses, qu'il n'entre point dans notre plan d'énumérer; on trouve beaucoup de ces préparations dans les livres qui traitent de l'art alimentaire; mais il en existe bien plus encore dans la brillante imagination des cuisiniers habiles.
• Ce n'est pas seulement le corps du veau, sa personne proprement dite, qui fait l'ornement de nos tables ; sa tête et ses issues offrent encore une foule de mets succulents. Noua ne parlerons pas des tètes de veau farcies; mais qui n'a pas mangé des tètes de veau au naturel, bouillies simplement avec leur peau et relevées par une sauce aiguisée ? C'est un mets aussi salutaire qu'alimenteux et que la cuisinière la plus novice peut servir avec succès. Les pieds de veau à la poulette, frits, au gratin, etc., les cervelles de veau, les ris de veau en fricandeau, piqués en fin, offrent autant d'entrées excellentes, que l'art du cuisinier peut varier à l'-infini.
• Nous ne parlons ni du foie, ni de la fraise, ni des oreilles, qui partagent avec les précédentes, issues l'honneur de parer nos tables. Qui 110 connaît les foies à la bourgeoise, le relevé le plus ordinaire et le plus compacte des tables sans prétention?
• La fraise, cuite à l'eau et mangée au vinaigre, est une nourriture aussi saine qu'agréable, et renferme un mucilage ami des poitrines délicates. Les oreilles de veau ont
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de commun avec les pieds et les cervelles de pouvoir être frites ou m'angées à la poulette, et de plus elles se laissent farcir, accommoder aux pois, aux oignons, au fromage, etc. Il n'est pas jusqu'à la langue et même aux yeux du veau qui ne se disputent la gloire de réveiller la sensualité de l'homme ; e»fin, sa fressure, qui, comme l'on suit, comprend le cœur, le mou et la rate, sans être un mets bien recherché, se prête à tous les caprices d'un cuisinier profond et peut, sous divers déguisements, tromper encore notre appétit et même le réveiller.
» D'après cette rapide énuinération, il est facile de voir que le cochon seul l'emporte sur le veau par la variété des mets que son estimable individu peut fournir sur nos tables.. •
En dépit de toutes les qualités énumérées ci-dessus, bien des gens ne peuvent souffrir la viande de veau, qu'ils trouvent fadasse et bonne pour les valétudinaires.
— Hist. Veau d'or, Idole que les Israélites se firent faire au pied du mont Sinaï, et à laquelle ils rendirent un culte h l'imitation de celui du bœuf Apis, qu'ils avaient vu pratiquer en Egypte. L'histoire du veau d'or, telle qu'elle est rapportée, démontre la grossièreté de ce peuple et son penchant décidé à l'idolâtrie. Quarante jours auparavant, les mêmes Israélites avaient été saisis de frayeur à la vue de l'appareil terrible avec lequel Dieu leur avait intimé ses lois; il leur avait sévèrement défendu d'adorer d'autres dieux que lui. Ils avaient solennellement promis de lui être soumis et fidèles; ils lui avaient immolé des victimes, et parce-que Moïse tardait trop longtemps à leur gré de descendre de la montagne où Dieu, suivant la Bible, lui donnait ses ordres, ils voulurent avoir un Dieu visible, une idole à laquelle ils pussent offrir leurs sacrifices. Dans cette fête insensée qu'ils célébrèrent en son honneur, ils dirent : « Voilà tes dieux, Israël, qui t'ont tiré du pays de l'Egypte. •
Moïse, indigné, brisa les tables de la loi, et, toujours suivant la Bible, fit fondre et réduire cette idole en poudre, qui fut jetée dans le torrent dont ce peuple buvait les eaux, puis il fit armer les lévites et leur ordonna de mettre à mort les plus coupables; ils en tuèrent vingt-trois mille. Moïse crut nécessaire cet exemple de sévérité pour intimider les autres et prévenir les rechutes. Mais environ cinq cents ans après, leurs descendants ne furent pas moins insensés qu'eux, puisqu'ils adorèrent les veaux d'or que Jéroboam fit faire.
Voltaire fait observer avee beaucoup de raison que l'histoire de l'adoration du veau d'or n'est ni vraisemblable ni possible.
11 objecte : l° qu'il a été impossible aux Israélites de faire faire un veau d'or dans le désert. Il n'y a pas d'apparence, dit-il, qu'ils aient eu des fondeurs d or, qui ne se trou- 1 vent que dans les grandes villes; il est im-
fiossible de jeter un veau d'or en fonte et de e préparer en une nuit; il aurait fallu au i moins trois mois pour achever un pareil ouvrage.
2« Il n'est pas vraisemblable, dit cet auteur, que 3 millions de Juifs, qui venaient de voir et d'entendre Dieu lui-même, au milieu des trompettes et des tonnerres, voulussent sitôt, et en sa présence même, quitter son service pour celui d'un veau.
3° On ne peut pas réduire l'or en poudre en le jetant au feu ; on ne peut le dissoudre que par des procédés chimiques, dont Moïse n'avait sûrement aucune colulaissance.
4° Moïse, dit-il enfin, à la tête de la tribu de Lévi, tue vingt-trois mille hommes de sa nation, qui sont tous supposés bien armés, puisqu'ils venaient de combattre les Amalécites; jamais un peuple entier ne s'est laissé égorger ainsi sans défense.
Voltaire remarque d'ailleurs que, si ce fait était vrai, c'aurait été de la part de Moïse un trait de cruauté inouïe.
Le souvenir du veau d'or est resté dans toutes les langues ; mais l'usage a donné à cette expression un sens tout métaphorique : aujourd'hui, les adorateurs du veau d'or ne sont plus ceux qui se prosternent devant une idole, mais ceux qui encensent la fortune et semblent la considérer comme la seule divinité de ce monde. Dans le vaudeville, dans la comédie, un financier est souvent désigné sous le nom de M. Vaudoré.
Un jour, dans une compagnie, on parlait de la métempsycose. < Effectivement, dit un pauvre d'esprit qui croyait faire une excellente plaisanterie, je me souviens d'avoir été le veau d'or. — Vous n'en avez perdu que la dorure, » répliqua une dame assez plaisamment. "
Le veau d'or revient assez fréquemment sous la plume des Aristarques politiques :
Vous que la liberté consacra pour son cuite, Qui depuis, façonnant votre coeur à l'insulte. Lévites oublieux des miracles réuents, Sur l'autel du veau d'or avez brùté l'encens; Si le peuple, aujourd'hui reniant ses idoles. Sur vos coupnbles fronts brise les auréoles, Devant le tribunal de ce juge irrité Si vous paraissez tous, vous l'avez mérité! Barthéleui.
t Depuis le Sinaï, le veau d'or est le dieu qu'adore le genre humain. 1
Proudqon.
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• Qu'on ait accusé la science du bien-être (l'économie politique) d'aboutir à un matérialisme sans grandeur, à une autre adoration du veau d'or, c'est ce qui se conçoit et s'explique. Mais pour la bien juger, pour la saisir complètement, il fallait sortir de ces' perspectives étroites. Toute science relative à l'homme est double comme lui : elle ne peut pas intéresser la chair qu'elle n'intéresse aussi l'esprit. >
Louis Rbybaud.
« Ce qui est caractéristique dans cet épisode de Law, ce qui autorise l'historien et le moraliste à y chercher le point de départ de leurs parallèles, à le mettre en regard de nos propres misères, c'est qu'il a été pour la classe qui dominait alors ce que serait, .si elle n'y prenait pas garde, pour celle qui domine aujourd'hui, cette idolâtrie du veau d'or, constatée par tant de signes funestes et substituée aux généreuses croyances. »
Armand de Pontmartin.
Voau d'«r (lb), roman en dix volumes, par- Frédéric Soulié (1853). L'auteur mourut laissant un simple prologue, rempli d'une foule de prémisses et d'une multitude de personnages, sans une seule ligne de plan qui pût faire entrevoir les conclusions qu'il voulait tirer des unes , le rôle et le caractère qu'il se proposait de donner aux autres.- Deux écrivains se chargèrent de continuer l'œuVre du inattre : l'un ouvertement, Léo Lespès, qui s'est acquis depuis une certaine célébrité sous le nom de Timothêe Trimm ; l'autre, le fondateur du Siècle, Louis Desnoyers, qui voulut laisser à son jeune collaborateur la gloire de la signature. Ils se sont habilement tirés de cette œuvre difficile.
La scène se passe au commencement de la Révolution. Trois hommes se recnontrent la nuit au bois de Boulogne, ayant tous trois l'intention d'en finir avec la vie. La singularité de cette rencontre, la curiosité et le malheur rapprochent ces trois personnages qui, au lieu d'exécuter leur lugubre projet, s'en vont ensemble dans un restaurant d'Auteuil , où chacun à son tour raconte par quelles circonstances il a été réduit à chercher le repos dans te suicide. L'un d'eux est Alfred Dabiron, qui, après avoir gagné d'une manière déloyale une grande fortune et l'avoir dissipée dans une existence scandaleuse et de mauvaises opérations de Bourse, se trouve à vingt-cinq ans sans ressource et à la veille d'être exécuté. Le second est un maniaque du nom de Roussignan, qui, après avoir pris le pseudonyme de Muller et s'être approprié une fortune qui ne lui appartenait jias, voyage en Angleterre, en Allemagne et en Russie et rentre en France, en butte, sous son nom d'emprunt, à de mystérieuses persécutions, auxquelles il veut échapper par la mort. Le troisième interlocuteur, le comte deMontreuil,est fils d'un émigré qui a servi l'impératrice Catherine II et qui a été nommé gouverneur du château de Hildebourg-Hausen, où l'impératrice, pour se livrer plus librement à sa passion pour !e comte de Zanau, souverain de Waldenbourg, a fait enfermer la femme de son amant. Au moment de sa rencontre avec Dabiron etRoussignan- Muller, le comte a perdu depuis longtemps son père et est dégoûté de ne pouvoir satisfaire son ambition, arrivé à l'âge de cinquante ans. Le récit de leurs aventures terminé, il propose à ses deux compagnons fortuits d'abandonner leurs projets de Suicide.
Nous ne raconterons pas la suite et la complication d'événements imaginés par Frédéric Soulié et mis en œuvre par ses deux collaborateurs posthumes. Nous nous contenterons de citer, un passage qui fait ressortir le but moral de l'ouvrage et qui explique en même temps le titre. « A vous parler franchement, dit Dabiron à ses associés, votre mystification à tous deux est aussi la mienne dans un autre genre. J'ai cru que la fortune était la seule condition du bonheur, et qu'avec.de l'argent on pouvait acheter de la considération aussi facilement que du plaisir. Je me trompais. J'ai fait comme la plupart des hommes : j'ai adoré sans réserve un faux dieu, un dieu impuissant et bête, ce veau d'or qu'on a eu la stupidité d'adorer dans tous les temps. — Oui, interrompit Montreuil, qu'on a adoré, quoique veau, parce qu'il était d'or. — D'or, reprit, amèrement Dabiron, allons donc! il u est pas même d'or, il n'est que d'argile dorée,.et voilà pourquoi Moïse le brisa si facilement. Je ne le briserai pas, moi ; mais je le méprise. •
Veau d'or (le) OU l'Adoration du veau d'or,
tableau du Tintoret ; dans l'église de la Madonna-del-Orto, à Venise. Doué d'une activité et d'une fécondité prodigieuses, le Tintoret né songeait qu'à obtenir des travaux, fût-ce à un prix misérable et en dépit de ses confrères qui l'accusaient d'avilir ainsi la peinture ; il allait partout offrant ses services, là où ils n'étaient pas demandés. C'est ainsi qu'il se présenta au prieur de la Madonna-del-Orto , lui proposant de peindre , dans la grande chapelle de l'église, deux tableaux qui devaient couvrir une surface de 50 pieds en hauteur. Le prieur répondit que le revenu d'une année ne suffirait, pas à une telle dépense. Mais Tintoret, n'exigeant pas
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autre chose que le remboursement de ses frais matériels, n'eut pas de peine à décider le prieur qui, dans la crainte de laisser échapper une aussi belle occasion, fit marché sur-le-champ pour 100 ducats. Il fut convenu que les deux tableaux représenteraient l'Adoration du veau d'or et le Jugement dernier. Ces sujets, l'un pompeux, l'autre terrible, convenaient à merveille au génie du Tintoret. Les historiens de l'école vénitienne, Ridolfi et Boschini, ont décrit avec complaisance et loué avec enthousiasme les deux peintures exécutées par le grand artiste. Dans l'Adoration du veau d'or, on voit l'idole promenée en grande pompe, sur un autel portatif enrichi de pierres précieuses , que suivent une troupe d'hommes et les femmes et les filles des Hébreux portant des rameaux ou frappant sur des cymbales. Parmi elles, on distingue, à sa robe d'azur, à son noble port, à sa beauté, une matrone qui montre du doigt l'idole d'or. Il en est qui se dépouillent de leurs bijoux , de leurs pendants d'oreilles, de leurs bracelets, pour en faire hommage à la divinité nouvelle, tandis que Moïse, sur un rocher entouré de nuées obscures, reçoit la loi que lui donne l'Eternel, descendu sur un groupe d'aiiges"plein de grâce.
Cotte grande composition a été gravée par Jncopo da Leonanlis. L'esquisse originale a été payée 1,602 livres a la vente du duc de Tallard en 1756. Nous ne savons si c'est la même qui a figuré à la vente Soret en 1863. Le musée de Dresde possède un tableau d'un autre peintre vénitien, Andréa Celesti , représentant les Israélites apportant leurs bijoux pour en faire le veau d'or. Au musée de Cluny est une petite tapisserie du xvie siècle, lissée de soie, d'or et d'argent et représeinant V Adoration du veau d'or; on attribue à Raphaël le dessin de cette composition dont l'exécution est assurément des plus remarquables.
V««u d'or (l'adoration dd) , tableau de Poussjn. Autour de l'idole érigée sur un haut piédestal, des jeunes filles et des adolescents forment une ronde. Aaron, les bras étendus, se tient tout auprès et invite le peuple a adorer le veau d'or, Des Israélites sont prosternés, d'autres debout et paraissent hésiter; dos femmes montrent à leurs enfants la divinité nouvelle, A quelque distance s'élèvent les tentes des Hébreux j'M'un autre côté, on aperçoit Moïse qui descend du mont Sinal et qui apporte les tables de la Loi. -
Ce tableau, peint dans les tons clairs et limpides.est regardé par Smith comme une des œuvres capitales de Poussin. Il fut exécuté pour le marquis de Voghera, de Turin, et appartint ensuite au chevalier de Lorraine. Il se trouve aujourd'hui dans la collection du comte de Rudnor, en Angleterre. II aété gravé par Etienne Baudet et, avec quelques changements, par Van Deel. Une autre composition de Poussin, sur le même sujet, aété gravée par J.-B. de Poilly.
Une Adoration du veau d'or, de Claude Lorrain, a été payée 2,500 livres à la vente de la comtesse de Verrue, en 1737, et a été gravée par D. Lespiuière en 1781. Une composition de Raymond de La Fage, sur le même sujet, a été gravée par Fr, Ertinger. Un tableau de Cornélis de Harlem, daté de 1631, a fuit partie de la galerie du cardinal Fescli.
Veuu-quî-Telle (RESTAURANT DU), Célèbre
cabaret, naguère situé place du C'hâtelet et qui a disparu lors de l'expropriation nécessitée par l'ouverture du boulevard de Sébastopol et la prolongation de la rue de Rivoli. Le Veau-gui-Tette remontait au xvie siècle, et sa renommée aussi bien que son nom lui venait du mets importé d'Italie au temps desMédicis par les gourmets de ce pays, mets, dit un historien, dont le nom paraît difficile à expliquer lorsque, au lieu de son appellation française, veau gui telle , les auteurs du xvue siècle, tels que Scarron , le désignent par son appellation italienne, vitetle mongano, le veau mongane (du mot italien mongano, altération de mulgo, te ter). Le cabaret du Veau-gui-Tette existait primitivement dans deux petites maisons adossées à la prison du C'hâtelet, et son toit facilita souvent une évasion. Cette construction survécut à la démolition du Cliâtelet et ne fut abattue que lors du projet d'agrandissement et de régularisation de la place. A cette époque, le Veau-gui-Tette s'installa non loin de son ancien emplacement, et c'est là que la génération actuelle l'a connu. Prudhointue, dans son Miroir historique, politique et critique (1807), nous apprend que le Veau qui-Tette avait la spécialité des parties fines de pieds de mouton à la Sainte-Menehould, à l'anglaise et à l'égyptienne , et il ajoute : « Le -Veaugui-Tette accommode les pieds de mouton de tant de manières, qu'il pourrait faire un repas de dix services composé exclusivement de pieds de mouton.» Voilà pour sa cuisine. On voit que le célèbre cabaret , en quittant son premier emplacement, avait renié sans pudeur le mets primitif auquel il devait sa renommée originaire; ce n'était plus le veau, c'était le mouton qu'allait déguster au Veaugui-Tette sa nombreuse clientèle. Cette clientèle, il est temps d'en dire un mot; elle formait un des côtés particuliers de cette gloire disparue. Les ventes par autorité de justice avaient lieu jadis sur le pont Saint- Michel; vers le même temps OÙ le Veau-gui-
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Telle dut -abandonner son emplacement primitif, ces ventes émigrèrent du pont Saint- Michel sur la place du Châtelet; de là, un regain de popularité dont le restaurant profita : huissiers, fripiers, brocanteurs, tout ce monde des affaires se donnait rendez-vous au Veau-gui-Tette, et plus d'un marché s'y conclut entre une bouteille de chablis et les fameux pieds de mouton que Prudhomme a rendus historiques. Si nous l'en croyons, les huissiers d'alors étaient gens peu recomniandables et faiblement scrupuleux, mais, n'étant pas encore assujettis au contrôla d'une chambre de discipline, n'en faisaient que de meilleures ripailles. « De crainte, dit notre historien, que les frais de justice n'absorbent toute la valeur des objets vendus, ils ont attention de porter sur le mémoire des frais dans un style grec la dépense du déjeuner qui se fait au Veaii-qui-Tette, avec des pieds de mouton et le meilleur vin blanc. Il faut espérer, ajoute-t-il (faisant spirituellement allusion à la fontaine qu'il était seulement question de construire alors sur la place du Châtelet), que les huissiers mettront de l'eau dans leur vin. » Depuis lors, la fontaine a été bâtie, le Veau qui- Telle abattu, et nous n'avons pas a nous occuper ici de la question de savoir si , oui ou non , l'espérance de Prudhomme a été déçue; disons seulement que, jusqu'au dernier moment, le Veau-gui- Tette conserva sa clientèle d'hommes de loi et de marchands de passage, et que l'expropriation a fait disparaître en lui une des curiosités les plus originales du vit;ux Paris.
VEAU DE LAUNAY ( Pierre-Louis-Athanase), homme politique français, né à Tours en 1751, mort en 1814. Il siégea à la Convention comme membre suppléant, puis revint dans sa ville natale, où il occupa une chaire d'histoire naturelle à l'Ecole centrale (1795). Veau de Launay s'occupa de sciences naturelles et de poésie, composa, en 1800, un mémoire intitulé : Recherches" sur les moyens de rendre une nouvelle activité à t'élude de la tangue grecque et de ta langue latine, qui fut couronné par l'Institut, et lit jouer quelques pièces de théâtre : Stéphanie ou le Mari suppoié (1796); Y Heureuse journée (1801). — Son frère , Claude-Jean Vkau de Launay, né à Tours enl"55, mort en 1826, se fit recevoir docteur en médecine et devint, en 1809, professeur de physique à Reims. On a de lui, entre autres écrits, un Manuel d'électricité.
VEAECE, village et commune de France (Allier), cant. d'Ebreuil, arrond. et à 18 kilo'in. de Gannat, sur le ruisseau de son nom ; 209 hab. Tuileries, élève de bestiaux, tissage de chanvre. Ce petit village possède un château extrêmement remarquable et une église rangée parmi les monuments historiques. Le château est assis sur un bloc de rochers etflanqué dé trois grosses tours avec campanile et tour du guet. De la plate-forme, l'œil s'étend jusqu'au Puy-de-Dome et embrasse, sur un plan plus rapproché, les détails et les accidents de la belle vallée d'Ebreuil. Des litres de l'an 1080 mentionnent l'existence de Veauce qui, sous Louis 1", duc de Bourbon, devint ohàtellenie ducale et, après la mort de Charles III, duc de Bourbon, châlellenio royale. En 1400, Louis II de Bourbon érigea la seigneurie de Veauce en baronnie. Depuis cetto époque, elle a toujours é'té dans la famille des Uadier ou dans les maisons alliées à celle-ci. Sous Richelieu, le château fut démantelé et fortement endommagé. Le propriétaire actuel, M. de Cadier, baron de Veauce, a fait restaurer cette magnifique demeure.
L'église est construite dans le style roman, avec transsept et coupole ; elle rappelle beaucoup la vieille église de Cbàtel-Mortagne.
VEAU-LAQ s. m. (vo-lak). Comm. Cuir souple dont on fait des bandages et des chaussures.
VEAUX (Antoine-Joseph, baron de), général français, né à Seurre (Côte-d'Or) eu 17G4 , mort par suicide en septembre 1817. Entré au service avant la Révolution , il donna des preuves incontestables de courage et de talent dans les premières guerres de la République , devint général de brigade en 1797 et fit, en 1800, la campagne d'Helvétie, où il enleva aux Autrichiens lu position du mont Tonal, réputée imprenable.
L'année suivante, il passa en Poinèranie, où il battit le général suédois Cardell, fut créé baron en 1808, défendit Auxonne en 1814 et vola au-devant de Napoléon qui, à Son retour de l'île d'Elbe, lui conféra le titre de général de division. Elu par le département de la Côte-d'Or membre de la Chambre des représentants, il se montra d'abord un des plus ardents partisans de la cause impériale, puis envoya sa soumission aux Bourbons. Traduit, malgré sa soumission, devant la cour d'assises de Dijon en 1816, il fut acquitté. L'année suivante, il se tua d'un coup de pistolet, dans un moment d'aliénation mentale.
VÉBÈRB s. f. (vé-bè-re). Bot. Genre de plantes, de la famille des mousses.»
VECCHI (Horace) , célèbre compositeur italien, né en 1551, mort en 1605. 11 eut pour maître de musique un moine appelé Salvator Essenga. Etant entré dans les ordres, il devint chanoine (1586), puis archidiacre (1591) de la cathédrale de Correggio , quitta cette ville vers 1595 et alla se fixer à Modène. D'humeur querelleuse, il fut l'objet d'une
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tentative d'assassinat et reçut, un autre jour, deux coups de couteau. En 1596, il devint maître de chapelle de la cathédrale , puis, deux ans plus tard, maître de chapelle de la cour, professeur de musique des jeunes princes et reçut un traitement de 80 écus. L'ambassadeur de l'empereur d'Allemagne à Modène lui donna une pension de 100 livres et fit de lui un tel éloge, que l'empereur Rodolphe l'appela à sa cour, où il roçut un excellent accueil. De retour à Modène,,il perdit, quelques mois avant de mourir, la place de maître de chapelle de la cathédrale. On lui doit un très-grand nombre de compositions musicales, telles que messes, madrigaux, motets, canzonettes. Celui de ses ouvruges qui a le plus contribué à sa réputation est une sorte d'opéra , intitulé VAmfiparnasso, commedia harmonica, qui fut joué a Modène en 1594 et publié à Venise en 1597. Dans cet essai d'opéra, Vecchi a appliqué le genre madrigalesque à l'action comique.
• Lors même qu'un seul personnage est en scène, dit Fétis, ce n'est ni un air ni un récitatif qu'il chante , c'est un morceau à cinq voix qui se fait entendre sur les paroles que le poète a mises dans sa bouche. >
VECCHI (Giovanni de), peintre italien, né à Borgo-San-Sepolcro en 1536, mort en 1614. Elève de Raffellino del Colle , il peignit a l'huile et à la fresque, et l'on trouve encore de nos jours une foule de ses ouvrages dans les églises de Rome et des environs. Ce fut lui qui exécuta les cartons des deux grandes mosaïques des évangélistes saint Luc et saint Jean à Saint-Pierre du. Vatican. Son portrait se voit à l'Académie de Saint-Luc, à , Rome.
VECCHI (Orfeo), compositeur italien, né à Milun vers 1540, mort en 1613. Il entra dans les ordres, mais ne s'en adonna pas moins avec ardeur à l'étude de la musique et devint maître de chapelle de l'église Santa- Maria-della-Scala,dnns sa ville natale. Parmi ses compositions, nous citerons : Cantiones S7cra5seœ»octim,/!iri///(Anvers,l693,in-4o); Motectorum liber primus (Milan, 1603); Caiiliones sacre (Anvers, 1610, in-4°); Salmi in- , tieri a cinque voci, etc. (Milan , 1614, in-4°), etc. Les archives de musique do la cathédrale de Milan contiennent, en outre, en manuscrit, quatorze œuvres de Vecchi.
VECCH1A (Pietro Mattoni , dit della) , peintre italien, né à Venise en 1605, mort en 1678. Il fut l'élève d'Alessandro Vnrotari, mais adopta une manière toute différente de celle de ce maître, et l'on croit que le nom de delta Veechia lui fut donné à cause de son habileté à imiter ou à restaurer les peintures anciennes. 11 peignit plusieurs toiles si bien dans le style du Giorgione, qu'il est presque impossible d'établir une' différence entre les œuvres des deux peintres; il imita également avec succès la manière du Titien et de Pordenone. On lui doit aussi les dessins de la plupart des mosaïques de l'église Saint-Marc, à Venise. Il possédait une toucha hardie, un dessin et un coloris excellents, et quelques-uns de ses effets de lumière et d'ombre sont magistralement traités. Le Louvre possède un tableau de cet urtiste, qui représente un personnage portant le costume du commencement du xvio siècle et qu'on a pendant longtemps désigné dans les notices des tableaux du Louvre sous le nom de Portrait de Boyard; mais les recherches entreprises à ce sujet par M. Frédéric Villot ont prouvé que cette supposition ne reposait sur uucun fondement.
VECCHI A (Pietro), théologien italien, mort à Naples en 1695. Entré en 1646 au monastère du Mont-Cassin, il se livra à la prédication et devint successivement abbé de Casino, évêque de Citta-Nova (Istrie), d'Andria (Pouille) et do Melfi. Parmi ses nombreux ouvrages, nous citerons: Méthode pour composer et bien parler (Venise, 1622); Idée de léloquence (i 633); Traité de la divine Providence (Padoue , 1670) ; Temple de la Paix (Bresciu, 1070); V Homme de compagnie {1510) ; Traité de la doctrine chrétienne (Bologne, 1683).
VECCHIANO, bourg du royaume d'Italie, province, district et mandement de Pise;
VECCH1ETTA (Lorenzo Dl Piero) , sculpteur, peintre et fondeur italien, né à Sienne en 1482, mort en 1540. 11 exécuta le tabernacle en bronze de la cathédrale de Sienne, termina le baptistère de Saint-Jean, commencé par le Donaiello, sculpta les statues de Saint Pierreetde Saint Paul, dans lainèmo église, et peignit plusieurs tableaux remarquables, dont un, entre autres, se voit encore à l'hôpital de la Scala de Sienne.
VECCHIETT1 (Jérôme), théologien italien, mort après 1623. On sait peu de chose sur sa •vie, et il n'est guère connu que par son livre intitulé : De anno primitivo ab exordio mundi ad annum Julianum accommodato et de sacrovum temporum ralione (Augsbourg, 1621, in-fol.). Cet ouvrage, dans lequel il soutenait que Jésus-Christ n'avait point mangé l'agneau pascal la veille de sa mort et qu il ne Vêtait jamais servi de pain azyme, fut réfuté par Capelli dans un écrit intitulé De cœna Christi suprema (1625) et fut brûlé par ordre de l'inquisition.' L'auteur, condamné à finir ses jours en prison , aima mieux subir
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cette peine que do se rétracter. Il mourut à l'âge de quatre-vingts ans, sans avoir recouvré sa liberté. — Son frère, Jean-Baptiste Veccbiettt, né à Cosenza en 1552, mort en 1619, fut chargé par le pape Clément VIII de plusieurs missions en Perse et en Egypte, et laissa, sous le titre de Relation de la Perse, un récit d'une partie de ses voyages, qui est conservé en manuscrit à la bibliothèque Nanni, à Venise.
VECCHIO Dl SAN-BERNARDO (François Menzocchi, dit il), peintre italien. V. Mknzocchi.
VECCOS (Jean), patriarche de Constantinople, mort en 1298. Il était cartophylax ou gardien des archives de Sainte-Sophie, lorsque Michel Paléologue le nomma chancelier et chef de la justice dans tout l'empire, lin 1269, ce prince l'envoya auprès de saint Louis, qui se trouvait alors devant Tunis et a\^c lequel il devait conférer au sujet de la réunion des deux Eglises grecque et latine. Veccus, d'abord peu partisan de cette réunion, finit par se prononcer en faveur de la réconciliation des deux Eglises, qui s'accomplit en 1274 au concile de Lyon, où Vecous avait été envoyé à cet effet par l'empereur. Un an plus tard, le patriarche de Constantinople, Joseph, qui ne voulait pas renoncer au schisme, lut déposé, et Veccus fut élu à sa place. Il fit tous ses efforts pour maintenir la réunion des deux. Eglises et écrivit une foule d'ouvrages contre les schismatiques; mais ceux-ci le calomnièrent auprès de l'empereur, et le patriarche donna s'a démission. Rétabli sur son siège un an plus » tard, il fut destitué en 1283 par Andronic II, qui révoqua toutes les mesures adoptées par Michel pour la réunion des deux Eglises et relégua le patriarche dans un monastère de la Bithynie.oùil fut détenu jusqu'à sa mort. Il nous est resté plusieurs des traités écrits par Veccus sur la réunion et le schisme ; ces ouvrages, aujourd'hui sans intérêt, ont été publiés, en grec et en latin, par Léon Allatius dans, ses ûrxcis orthodoxs scriptores (Rome, 1652-1657, 2 vol. iu-*o).
VECELLI ou VECELLIO(Francesco), peintre italien, frère aîné et élève du Titien, né à Cadore en 1483, mort en 1560. Entraîné par l'exemple de son frère, il se mit k étudier la peinture pendant quatre années sous la direction de Gentile Bellini ; puis il interrompit ses études pour prendre du service et ne revint dans sa patrie qu'à l'âge de trentehuit ans. A son retour, il reprit ses pinceaux, sur le conseil du Titien. On cite, parmi ses ouvrages : Madeleine aux genoux de Jésus- Christ ressuscité (à Oriago) ; la Nativité de Noire-Seigneur (à Bellune) ; Saint Vit de Cadore en habit militaire (à Cadore).
VECELL1 ou VECELLIO (Tiziano), célèbre peintre vénitien, plus connu sous le nom de Titien. V. ce nom.
VECELLI ou VECELLIO (Oruzio), peintre italien, fils aîné du Titien, né à Venise en 1515, mort dans la même ville en 1576. Il eut pour maître son père et soutint dignement l'honneur du nom. Il peignit, dans la salle du grand conseil, un très-beau tableau, qui a péri dans l'incendie de 1577. Mais c'est, surtout comme portraitiste qu'il s'est fait une grande réputation. On cite, parmi ses"chefsd'œuvre, le portrait du violoniste BattistaSiciliano et le portrait qui se trouve au musée de Vienne. Du reste, les œuvres originales d'Oruzio sont rares; car, peiulaut la majeure partie de sa vie, il a aide le Titien dans ses travaux. Comme son père et en même temps que lui, il fut emporté par. la peste. A. de Musset a écrit une charmante nouvelle intitulée : le Fils du Titien.
VECELLI ou VECELLIO (Oesare), peintre italien, cousin du Titien, né k Cadore vers 15;s0, mort à Venise en' 1G0G. 11 étudia la peinture avec Franeesco Vecellio, puis passa dans l'atelier du Titien, dont il s appropria habilement la facture. On cite de lui : une Vue du palais ducal à Venise, au palais public de Cadore; Saint Antoine, à l'église de la même ville, et deux recueils de planches curieuses ; l'un a pour titre : Corona délie noliile e vertuose donne (Venise, 1591, 1 vol. petit in-fol,), et l'autre : Degli abiti anlichi e moderni in diverse parte dei mondo (Venise, 1590,111-8°). Il existe une édition en français de ce dernier recueil, publiée par MM. i)idot (Paris, 1SS1, 2 vol. petit in-4<>).
VECELLI ou VECELLIO (Marco), peintre italien, parent du précédent, né k Venise en 1545, mort dans la même ville en 1611. Elevé par lo Titien, il se montra digne, tant par sou affection quasi filiale que par son talent, de la bienveillance que lui témoigna le grand artiste, qu'il accompagnait dans ses voyages et qu'il aidait dans ses travaux. Marco poussa jusqu'à la perfection, pour ainsi dire, l'imitation du Titien; mais ses œuvres pèchent, sous le rapport du mouvement et de l'expression. La majeure partie de ses ouvrages est à Venise, au palais des Doges, à Saint- Jean - l'Aumônier, k Saint - Jacques - du - Rialto, à Saints-Jean-et-Paul, etc.
VECELLI ou VECELLIO (Tiziano), d'ttTixlunello, peintre italien, fils du précédent, né à Venise en 1570, mort en 1650. Il travailla sous la direction de son pèro, puis il étudia assidûment les compositions de son illustre parent, dont il imita si bien le style que Ca-
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nova n'hésita point à attribuer au- Titien un tableau du Tizianello. Ensuite le peintre se laissa séduire par les violences du Caravage, puis il copia la manière de Palma le vieux. Citons de lui : la Cène, la Flagellation et le Saint Chartes Borromée, à Venise. Une des mosaïques de Saint-Marc, Saint Thomas devant un roi, a été exécutée sur l'un de ses cartons.
VEC1IEL, bourg du royaume de Hollande, dans la province duBrabant septentrional, à 24 kilom. N. d'Eindoven, sur l'Aa ; 3,100 hab. Tanneries, tuileries; commerce de beurre.
VÊCHNAVAs. m. (vê-chna-va). Hist. relig.
Dévot indou, attaché aux principes de l'une des sectes qui honorent le nom du dieu Vichnou dans ses incarnations diverses : Le vêchnava porte le tilaka ou le signe de sa secte marqué depuis le bout du nez jusqu'à la couronne delà tête; les traits de Vichnou sont représentés sur son corps; son vêtement est jaune; il porte un chapeau de graines de toutasi; il répète en marchant le nom d'Hari. Il On écrit aussi veichnava.
— Encycl. Les quatre sectes de brahmesindous, celles des sinartas, des tatouvadys, des outrassns et des vêchnavas, se distinguent entre elles, outre les noms différents qu'elles portent, par les marques qu'elles se tracent sur le front et sur d'autres principales parties du corps, et par le pontife sous la juridiction duquel elles vivent. La marque distinctive des brahmes vêchnavas est la figure appelée nahman , qu'ils s'impriment sur la front : elle est formée de trois lignes, une perpendiculaire et deux obliques, qui, se réunissant à leur base, donnent à ce signe la forme d'un trident; la ligne du milieu est rouge; les deux lignes latérales sont blanches et tracées avec une espèce de terre appelée nahman, d'où dérive le nom qu'on a donné k cette figure. On ne saurait concevoir rien de plus obscène que cette figure. Les deux lignes blanches du nahman représentent masculi liquoremsemvudem (pour parler dans la langue qui dans les mots brave l'honnêteté), et la ligne rouge tracée entre les deux femins fluxum menslruum. Cependant les orientalistes ne sont pas tous d'accord sur la signilication de cet obscène symbole ; pour quelques-uns d'entre eux, il représente seulement les parties sexuelles de la femme. Le sinhassana des vêchnavas, c'està-dire le lieu de résidence de leur pontife et leur principale université, est au sud du Krichna, h Hobbala, dans le nord du Karnatic.
VECUT, rivière qui prend sa source dans la province prussienne de Westphalie, dans la régence et à l'O. de Munster. Elle coule au N.- G., arrose la partie S. -O. de la province de Hanovre, coule ensuite à l'O., entre dans la province hollandaise d'Over-Yssel et se jette dans le Zuyderzée, près et au N. de l'embouchure de l'Yssel, après un cours de 180 kilom.
VECUT, rivière de Hollande, branche du vieux Rhin, dont elle se sépare à Utrecht. Elle coule au N. et se jette dans le Zuyderzée à Minden, après un cours de 35 kilom.
VECHTA, ville de l'Allemagne du Nord, dans le grand-duché et à 50 kilom. S. d'Oldenbourg, chef-lieu du cercle de son nom, sur uu petit affluent de la Hase ; 2,500 hab. Ecole normale primaire, maison de détention ; fabrication de toiles , brasseries.
VECHTE ou WECHTE (Antoine), célèbre orfèvre et ciseleur français, né à Vire-sous- Bil (Côle-d'Or) en 1799, mort en 1868. Son père était un pauvre menuisier, qui le laissa orphelin k onze ans. Pour vivre, Antoine Vech te travailla comme apprenti, puis comme ouvrier bronzier dans diverses fabriques, entra vers 1826 dans l'atelier de M. Soyer, y fit de rapides progrès comme ciseleur et employa une partie de ses nuits k compléter seul son instruction à peine ébauchée, en dessinant et en modelant k l'aide de gravures et de plâtres, en étudiant l'histoire, la mythologie et en lisant les poètes. A trente ans, devenu non-seulement un artiste, mais un grand artiste, bien que, dans sa modestie, il s'appelât simplement Vechte» le repousseur», il se maria, quitta l'atelier de Soyer et so mit à produire pour son propre compte des boucliers, des cuirasses, des plats en fer, etc. Un marchand antiquaire lui acheta pendant plusieurs années ses produits, qu'il vendait en France et à l'étranger comme des œuvres de Benvenuto Cellini. a La façon dont se découvrit la fraude est assez curieuse, dit M. Maillard. Un jour, Vechte reçoit la visite d'un amateur, porteur d'un plat attribué au ciseleur florentin et sur lequel.il désirait avoir son opinion. « Mais il est de moi, votre plat de Benvenuto Cellini 1 s'écrie Vechte. Je vais vous en donner la preuve. Vous savez sans doute, monsieur, qu'il est d'usage de ne pas signer les pièces au repoussé. Malgré cela, je les marque toujours d'un chiffre qu'il serait impossible à qui que ce fût de découvrir.» Et Vechte montra sans hésiter la première lettre de son nom incrustée dans le" métal. L'amateur ne parut nullement confondu et répliqua simplement : « Si cette pièce n'est pas de Cellini, elle est digne de son burin. Je vous prie donc, monsieur, de vouloir bien m'en faire le pendant au prix que vous fixerez vous-même.» A partir de ce moment, Vechte signa ses ouvrages et se mit
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au premier rang des orfèvres de son temps pour l'invention, l'originalité et le caractère particulier qn'il imprima à tous ses travaux. Le due de Luynes, frappé de son talent, lui commanda un vase d'argent repoussé. Ce vase, oui représente Neptune et Oalatée entourés de tritons et de sirènes, lui assigna dans l'art une place dont il ne devait plus déchoir. Après ce chef-d'œuvre, Vechte a successivement exécuté, entre autres œuvres capitales, l'Epée du comte de Pam(183S), d'après les dessins de Klaginann ; l'aiguière des Centaures et des Làpithes; le vase, en argent repoussé, représentant les Vices de l'homme et les Passions vaincues (1847); la délicieuse coupe figurant l'Harmonie dans l'Olympe, qui lui valut, k l'Exposition de 1848, la première médaille d'or et la croix de la Légion d'honneur; l'intérieur du plat où il cisela le Frappement du rocher (1S50); la coupe d'argent exécutée pour M. de Vandeuvre, etc. Vers cette époque, la baronne Nathaniel de Rothschild lui fit faire sa statuette équestre en costume d'amazone. Cette merveilleuse petite œuvre, en argent repoussé, séduisit tellement le baron, qu'il demanda à l'artiste deux bouts de table, représentant dans de
fraudes dimensions le Jour et la Nuit. Mais es difficultés s'élevèrent quelque temps après entre le financier et l'artiste, qui n'exécuta pas la commande. C'est alors que, chargé de famille (il avait huit enfants), Vechte accepta les propositions brillantes qui lui furent faites par une maison de Londres et partit pour l'Angleterre, où il resta pendant près de dix ans. Pendant ce temps, il exécuta notamment le petit vase de l'Amour et Psyché, une merveille; le vase figurant le Combat des dieux contre les géants et les deux boucliers représentant l'un le Massacre des innocents, l'autre l'Apothéose de Milton. Ce dernier morceau , qui figura à l'Exposition universelle de 1855, lui valut la grande médaille d'honneur. De retour en France en 1SG0, il acheva le beau vase en argent, la Création, qui depuis plusieurs années lui avait été commanrié'par l'Etat, et l'exposa à Londres en 1862, avec le vase figurant la Guerre des Titans. Enfin, il mit le comble à sa réputation par la couverture en platine d'une Bible appartenant au duc d'Aumale, sur laquelle il avait représenté la Vierge entourée des quatre évaitgélistes et qui fut une des merveilles de l'Exposition universelle de 1867. Vechte a exercé sur l'orfèvrerie une influence plus manifeste que celle de Froment-Meurice, son rival degloiie.
VECKERHAGEN, bourg de Prusse, province de Hesse, chef-lieu du bailliage de son nom, à .22 kilom. N.-E. de Cassel, sur le "ty'eser; 1,900 hab. Fabrication de produits chimiques; mines et usines de fer. On y voit un ancien château des landgraves, bâti en 1430.
VECTEUR adj. m. (vè-kteur — lat. vector ; de vehere, porter, qui représente la racine sanscrite vah, porter, conduire). Géom. Se dit du rayon que l'on porte k partir d'un point fixe et dans une direction variable, pour obtenir la position variable du point qui décrit une courbe définie : Le rayon vecteur est l'une des coordonnées polaires d'une courbe. Dans tes courbes du second degré, les rayons- vecteurs parient habituellement de l'un des foyers.
VECT1S, nom latin de l'Ile de Wight.
VÉCU, UE (vé-ku, û) part, passé du v. Vivre. Pendant quoi on a vécu :
Le temps vécu devant ne m'était que langueur.
Desportes.
— Néol. Qui est arrivé, qui s'est passé réellement : Un roman vécu.
VÉDA s. m. (vê-da — mot sanscrit qui signifie proprement science; de la racine vid, savoir, connaître, explorer, chercher). Livre sacré des Indous : Les VédaS ne sont qu'un recueil d'hymnes. (Lamenn.) L'élude des Védas a jeté, depuis un quart de siècle, de soudaines lumières sur les origines des religions antiques. (A. Maury.) il On écrit aussi Vêda.
— Encycl. Jusqu'aux premières années de notre siècle, la langue et la littérature de l'Inde antique ont été absolument inconnues aux Eui'opéens ; l'Angleterre, maîtresse de l'Inde, y prélevait des tributs, muis ne lui avait point su arracher le secret de sa religion ni lire dans ses vieilles bibles, où se trouvait la source de nos langues européennes. Enfin, cependant, quelques savants anglais, dont les noms ne périront pas, William Jones, Colebrooke, Wilkins et d autres, parvinrent, par l'honorabilité de leur caractère et par leur ardeur pour l'étude, à inspirer assez de confiance aux brahmanes, dépositaires des textes les plus anciens de la vieille langue sanscrite , pour se faire initier par eux aux secrets de leur idiome sacré. D'abord parut le texte des Lois de Manou, traduit et imprimé à Calcutta par sir W. Jones; ensuite les grandes épopées le Mahâb/iârata et le Jîâmûyuna, publiées la première à Calcutta et la seconde à Paris; enfin, les deux Pourânas, publiés plus récemment par un Anglais, M. H. Wilson, et par un Français, le célèbre Buriiouf. Mais,quelque fût l'intérêt de tous ces ouvrages, tant que les Védas restaient inconnus, il était k peu près impossible de se faire une idée des premiers âges du peuple indou. Nous n'avions en Europe qu'un très-médiocre abrégé persan de
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ces livres, fait au xvne siècle par les ordres d'un frère d'Aureng-Zeib (abrégé qui fut plus tard traduit en latin) et publié, sous le titre A'Oupnekhat, par Anquetil-Duperron. Depuis quelques années heureusement, les Védas sont publiés et traduits presque en entier.
Les Védas se partagent en quatre parties : le Jiig- Véda ou JUtire des hymnes, le plus ancien de tous ; le Yadjour- Véda (Blanc et Noir), que l'on peut appeler un rituel et qui contient les formules propres k être récitées pendant la célébration des sacrifices; le Sâma-Véda , recueil d'hymnes et d'invocations empruntés nu liig et au Yadjour, enfin, VAtharvan-Véda, beaucoup plus récent que les trois autres, contenant les formules d'incantations, d'exorcismes et d'imprécations.
Ces quatre Védas ne sont pas d'une importance égale. Des trois premiers , deux seulement ont de l'intérêt, le troisième n'étant qu'un extrait des deux autres. Le quatrième est d'une autre époque et atteste d'autres tendances, que nous examinerons tout à l'heure. Occupons-nous maintenant des deux Védas que l'on pourrait appeler jumeaux, le Jiig et le Yadjour. .
De ces deux, le Ilig-Véda est de beaucoup le plus intéressant au point de'vue historique; le Yadjour, cependant, est aussi d'une .grande importance, mais inoins intéressant, moins accessible à nos intelligences, parce qu'il s'occupe surtout de formalités religieuses. I! est d'ailleurs bien moins connu. Il paraîtrai! que jadis son nom ( Yadjour, du radical yadj, sacrifice) s'appliquait k l'ensemble des quatre Védas réunis en un seul ouvrage, qui comprenait les préceptes, les prières, les hymnes et les formules. Lorsque la division actuelle eut été établie, chacun des quatre Védas fut représenté dans les sacrifices par un prêtre particulier. Au directeur du sacrifice il appartint de réciter les prières du Yadjour; l'officiant chanta les hymnes du liig en répandant les libations sur le feu ; le chantre répéta k haute voix et sur un ton modulé les chants du Sâma, et un brahmane, choisi dans l'assemblée, prononça des incantations empruntées à l'Atharcan. Si le cérémonial de la religion des temps védiques se trouve dans les chants du rituel de l'Yadjour- Véda, le sentiment religieux, le principe même du culte aryen est inscrit tout entier dans le Jiig- Véda, qui renferme plus de mille hymnes adressés à diverses divinités.
La première divinité invoquée est Agni (ignis), le feu, dont l'homme et la femme, réunis dans un élan commun, chantent la louange, le remerciant de sa lumière et de sa chaleur.
• Juste reconnaissance, dit Michelet. Si l'on n'eût eu le feu dans ces temps, qu'eût été la vie? Combien misérable, dénuée, incertaine! Sans le feu, rien ; avec lui, tout? Le feu, la nuit, fait fuir les bêtes, les rôdeurs des ténèbres. L'hyène et le chacal n'aiment pas les lueurs du foyer ; le lion même s'éloigne en grondant. Mais l'es feux du matin, la flamboyante aurore mettent décidément en déroute ces sinistres myopes; ils ont en horreur le soleil. »
Après Agni, le plus impalpable, le plus puissant des éléments, vient Indra, divinité multiple aussi, tantôt armé de la foudre comme le Jupiter grec, tantôt décochant des flèches k travers l'espace, comme l'Apollon. Mais c'est de Jupiter qu'Indra se rapproche surtout, ou plutôt Jupiter n'est qu'un Indra amoindri, gâté. Indra, pénétré de la puissance de Vichnou, le Dieu existant avant toute chose, foudroie les Titans et leur chef, le géantterrible Vritra, mythe naïf et grand, qui signifie l'air imprégné d'électricité foudroyant les hautes cimes ; tant il est vrai que l'orage et la chute de la foudre ont été, chez tous tes peuples, une des premières causes de la croyance en des êtres supérieurs. Indra est donc, comme chez les Grecs et les Romains, Jupiter, l'air. • Lorsque, est-il dit k Indra dans le Jiig-Véda, tu veux faire retirer les ondes et, dans chaque partie dit ciel, restituer k l'air toute sa pureté, alors, ô puissant Indra I dans ton ivresse qui répand sur nous le bonheur, tu frappes Vritra avec courage et tu nous ouvres l'océan des pluies I > C'est bien là le Jupiter des poètes :
Jupiter et quandoque pluit, quanàoque serenus.
Indra est, comme Jupiter, le dieu atmosphère qui fait tomber la pluie ou briller le soleil; il est la puissance, la raison, la force même de la nature; il nous enveloppe, nous fait naître et nous fait vivre.
« O Indra 1 est-il dit dans un autre hymne, trésor d'abondance et de louanges, nous sommes à toi, et en toi nous mettons notre confiance. Les hymnes montent vers toi, et nul autre n'en est plus digne. A toi sont nos chants, de même que tous les êtres sont k la terre... Ta force est aussi étendue que.le ciel, et cette terre se courbe de terreur devant ta puissance. O dieu armé de la foudre 1 tu déchires avec ton arme les flancs de Vritra, de cette large montagne qui remplit les airs, et les ondes qu'elle retenait par toi ont retrouvé leur cours. Oui, tu possèdes la souveraine puissance. »
Après Agni, le feu, et Indra, le puissant éther, les Aryens invoquent les Marouts, dieux des vents, éternellement jeunes, et Soùrya, le ■soleil.
A travers ces hymnes, échauffés, illumi-
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tlês par Agni, Indra et Soûryn, au milieu de ces incessantes invocations au feu, à l'air et à la lumière, se retrouve une terreur incessante des ténèbres et des bêtes de nuit. C'est que les Aryens, descendant de l'Himalaya vers Tlnde, erraient à travers des pays inconnus. Ils traversaient souvent, eux qui n'étaient habitués qu'aux vastes espaces découverts et herbeux, où la lumière descendait a flots, des forêts sombres, presque impénétrables à la lumière du jour et remplies de tribus guerrières, qui, embusquées comme des bêtes fauves, se jetaient sur leurs troupeaux et sur leurs bagages. La nuit surtout, ces adorateurs du jour tremblaient de terreur ; leur bon dieules abandonnait, croyaientils; ils ne le voyaient plus. Dès que le soleil a disparu, l'espace se remplit pour eux d'êtres pervers et d'animaux malfaisants, inspirés et fortifiés par leur horcible divinité, les Ténèbres. Ils prêtent une oreille attentive aux hurlements des loups, aux rugissements des lions et des tigres, aux cris des oiseaux nocturnes, associant dans leur imagination ces voix terribles a des formes fantastiques, à des corps étranges et gigantesques. Alors ils invoquent Indra : i Donne la mort à ces mauvais esprits qui prennent la forme de chouette, de chat-huant, de chien, de loup, d'oiseau, de vautour... Eloigne ces êtres malfaisants qui, cruels et vagabonds, ont des figures d'hommes ou de femmes. •
■ L'inquiétude, est-il dit ailleurs, m'a saisi comme le loup saute à la gorge du cerf altéré qui vient boire. Arrive donc, lumière, et rends la forme aux choses. Eclaircis la pâleur sinistre que je vois là-bas... L'aurore seule nous rend la conscience de nous-mêmes ! » Aussi adressent-ils a l'aurore cette touchante invocation : • Pille du Ciel, Aurore, lève-toi, apporte-nous tes richesses et ton abondance... L'Aurore, comme une bonne mère de famille , vient pour protéger le inonde; elle arrive, arrêtant le vol du génie de la Nuit. »
La religion des premiers Aryens est donc nin pur naturalisme, qui contraste singulièrement avec le sombre monothéisme de la Judée. Peu à peu, la théocratie s'organisant, ce naturalisme deviendra une idolâtrie; le peuple adorera les dieux sans en chercher l'origine, sans se dire, comme dans le Rig-Véda ; « Le mortel a fait l'immortel. » La superstition compliquera alors cette simple et belle religion, et à mesure qu'elle créera des dieux nouveaux, à mesure que le ciel se peuplera de dévas parcourant l'espace sur leurs chars divins, en compagnie des déesses, la légende inventera des génies terribles et ennemis des hommes, pour l'extermination desquels naîtront les guerriers, les fils des rois, incarnations des dieux, Rûma, les cinq Panda vas, Krichna, Balaràma, etc., qui, comme Hercule, Thésée et Persée chez les Grecs, comme au moyen âge les paladins et les chevaliers errants, délivreront le monde de ces génies redoutables.
11 ressort des Védas que les Aryens savaient travailler le fer et qu'ils l'employaient à se fabriquer des armes comme à façonner des instruments aratoires. L'or leur était connu, et ils attachaient un très-grand prix à sa possession; mais leur vraie richesse était, on le comprend sans peine, le bétail : les bœufs, qui servaient au labourage ; les vaches, à l'alimentation de la tribu par leur lait: les ânes, ces ânes forts et intelligents de 1 Orient, au transport et à l'attelage des chars; les chevaux, à l'attelage aussi, mais surtout au combat. C'est ce noble animal qui précipite le guerrier dans la mêlée; c'est lui qui entraîne dans les airs le char assuré du soleil et d'Indra lui-même; la brebis aussi était une grande source de richesses dans les troupeaux, la fine brebis du Candahar, aux laines chaudes et délicates. Dans les hymnes du mariage, où la femme choisit son époux, on lui fait dire, avec une grâce de voluptueuse innocence : « Je suis faible, je vais à toi. Sois bon pour ma faiblesse. Je serai toujours Roma Sa, la douce brebis des Gandarras, la soyeuse brebis qui vient te réchauffer. »
Aux temps des Védas, des trois premiers du moins, on ne rencontre pas la moindre idée de caste. Chacun s'occupe de la part de travail qui lui incombe, au demeurant chef de sa famille. Cependant, comme le fait obobserver avec raison Michelet, » dans ce monde de pasteurs, la femme n'a nullement la vie serve qu'elle mène dans le pays des chasses et de la guerre. Elle est si nécessaire aux petits arts d'alors, qu'elle est absolument égale à l'homme et même est appelée de son vrai nom dam ou maltresse de maison. Ce mot dam, bien plus ancien que le sanscrit brahmanique, l'est mémo plus que le sanscrit védique, qui I a pris d'une langue aujourd'hui perdue. • Chez ce peuple primitif, la femme ne se marie pas a huit ou dix ans, comme on l'y contraindra plus tard, ce qui en fera toujours une petite tille auprès de son mari. Elle n'est encore mariée que grande déjà et raisonnable ; c'est elle qui aide au culte et qui, au moins autant que l'homme, a part dans le pontificat; c'est elle qui fait le beurre, qui appelle Agni, qui compose le sema.
Le sôma joue un grand rôle dans la vie aryenne, et les Védas en parlent bien souvent. Le sôma est le breuvage sacré. On le composait avec le jus de l'aseiépiade mélo et fermenté avec du lait, de l'orge et d'autres
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grains. Ce breuvage réjouissait les dieux et leur causait une douce ivresse ; à plus forte raison produisait-il le même effet sur les hommes, auxquels il donnait, s'il faut en croire les poètes, la vie par excellence, la santé, la force pour résister à l'ennemi, et enfin le paradis aprè3 la mort. Le sôma est donc d'abord une liqueur fermentée, un breuvage tonique, puis un breuvage sacré comme l'hydromel Scandinave, et enfin, par suite de la tendance aryenne à diviniser les choses bonnes et agréables, Une divinité tutélaire. « O sôma, saint dans les choses saintes, fort dans les choses fortes, généreux dans les choses généreuses, abondant dans les choses abondantes, tu es opulent, tu es grand, tu est le précepteur des hommes!... »
Le Rig-Véda, le plus ancien des quatre, comme nous l'avons dit, le plus important, celui qui nous initie, au bout de quatre mille ans, à la civilisation et aux mœurs de nos frères atnés les Aryens, embrasse, par les raille et quelques hymnes dont il se compose, un espace assez considérable pour que les prenîiers chants de ce recueil (car, ne l'oublions pas, c'est un recueil et non un livre) se rapportent aux Aryens arrivant vers l'Inde, et que les derniers nous les représentent établis dans ce pays. Ces hymnes appartiennent bien par le style à une même période, mais à une période représentée par plusieurs siècles. Au temps où les premiers hymnes furent composés, les Aryens étaient dès colons égaux, mus par le même désir d'émigration et d'établissement. Dans leur chemin, diverses tribus viennent se mêler à eux, ou, plus forts, ils les absorbent. Le nombre plus considérable de membres de la nation amène la division des occupations; les uns se consacrent à la guerre, les autres au pâturage, les autres aux sacrifices et aux prières; voilà les guerriers, les pasteurs et les prêtres séparés dans leurs attributions ; les chefs deviennent des princes ou rois, et nous trouvons, à la fin du Rig-Véda, la formule de consécration d'un roi choisi par les prêtres. Les prêtres disent :
« Par la vertu de l'holocauste, qui fait qu'Indra se tourne vers nous, ô Agni 1 fais aussi que nous nous tournions du côté du trône. O toi qui règnes sur nous, tourne-toi contre les ennemis qui nous attaquent, tienstoi ferme devant les combattants... Que le divin Soleil, que Sôma te soutiennent dans ta marche ; que tous les êtres se tournent vers toi à ton approche. »
Et le roi répond :
■ O dévas t j'offrirai l'holocauste qui a fait la puissance et la grandeur d'Indra. Que je devienne sans rival 1 Que je sois sans rival 1 Que je triomphe de mes ennemis, que je, règne sans restriction, que je brille parmi tous les êtres et parmi tout mon peuple 1 »
A la fin d'une des stances du sacre, nous trouvons ces mots : « Qu'Indra rende ton peuple fidèle à payer l'impôt. » Quel étaitcet impôt? Comment s'était-il établi après l'établissement des Aryens dans l'Inde? Nous l'ignorons ; mais on voit combien les derniers hymnes du Rig-Véda sont différents des pre- 'miers et de l'essence même de la première société aryenne. Cependant, nous ne sommes encore qu'à ses débuts dans l'Inde, et il nous reste à parler du quatrième Véda, VAtharvan, tout rempli, non plus de l'inspiration religieuse des Aryens, mais de la colère, de l'esprit de vengeance et de la superstition des brahmanes. La vie patriarcale a disparu, la société s'établit sous le double joug des prêtres et des rois ; les brahmanes, après une lutte terrible contre les guerriers, lutte dont le flâmayana et le Mahûbhàrata nous racontent les péripéties, ont fini par avoir le dessus; les castes s'organisent, en même temps que la mythologie se complique pour les expliquer. Le brahmane est sorti de la bouche de Brahma; le roi, de ses bras; le vaysia, de ses cuisses ; le soudra, de ses pieds. Plus tard, dans le code des lois de Manou, ce mythe sera expliqué sous une forme sentencieuse et dogmatique; mais ce n'est pas ici la lieu d'examiner ce qui fut fait après les , Védas; examinons plutôt l'origine pcobable des castes établies dans VAtharvan- Véda.
Le mot varna (caste), en sanscrit, signifie couleur. Il y a tout lieu de croire que les habitants de 1 Inde, au milieu desquels s'avançaient les Aryens avec tant de frayeur et de précautions, d'après les premiers chants du liig-Véda, étaient des nègres. Ces nègres furent peu à peu refoulés ou vaincus parles Aryens, qui, nouveaux propriétaires de l'Inde, durent régler leurs rapports avec eux, afin de ne point être un jour débordés par eux et chassés k leur tour. Dé là le classement par castes. L'autorité religieuse et militaire, le pouvoir spirituel et temporel se partageaient et se partagent encore entre les deux premières classes, qui sont sœurs et qui représentent l'élément aryen pur, sans nul mélange de sang nègre. Les familles aryennes, déjà mêlées aux aborigènes, et les aborigènes eux-mêmes, qui avaient accepté la religion védique, formaient la caste des vaysias, analogues aux métis et aux mulâtres du nouveau monde, occupés aux travaux du commerce, de l'industrie, etc., soumis aux deux premières castes ; enfin, la caste des soudras, occupée aux travaux les plus pénibles de la campagne et comparable aux ilotes de Sparte, se composait, coiiiinu ceux-ci, des aborigènes, des. premiers maîtres du pays. Les cas-