V. THER.MOSCOPSS
Le thermomètre métastatique , dû k Walferdin, est disposé de telle sorte, dit Littré, que la quantité de mercure contenue dans la cuvette et la tige capillaire peut être rendue variable. Grâce à cette disposition, on peut, avec une tige divisée en 200 parties, qui répondent à 10O centigrades réels, par exemple, lire directement 1/200 de degré, lorsque l'œil est habitué à diviser en dix l'intervalle
compris entre deux traits de l'échelle. Quant aux 10° compris entre les points extrêmes de la tige capillaire, ils répondent aux degrés compris entre 0 et 10, 10 et 20, 20 et 30, etc., du thermomètre étalon, suivant la quantité de mercure que contiennent la cuvette et la tige de l'instrument. Lorsque , ayant k faire parcourir k la cuvette des parties de température différente, ou veut obtenir la température maximum de l'observation, on se sert d'un autre instrument, également dû k Walferdin, le thermomètre maximum k mercure, dans lequel l'étendue de l'échelle correspondant à 1 » est encore considérable,quoiqu'elle le soit beaucoup moins que dans l'instrument précédent. Une autre espèce de thermomètre, le thermomètre métastatique k bulle d'air de Walferdin, réunit toutes les qualités i du thermomètre maximum à l'exquise sensibilité du thermomètre métastatique. Cet appareil est terminé supérieurementpar une double chambre. La première, dans laquelle on fait passer du meteuie à volonté en chauffant la cuvette, en fait un thermomètre métastatique, c'est-k-dire le règle a la température nécessaire, donnant avec une grande sensibilité les indications intermédiaires à deux points très - rapprochés de l'échelle centigrade. La seconde chambre peut recevoir une petite quantité de mercure qui, séparée du reste de la colonne par une bulle d air, fait de l'appareil un instrument à maxima différant du précédent en ce que ses indications sont susceptibles d'osciller entre deux températures assez rapprochées, mais variables avec la quantité de mercure préalablement logée dans la chambre supérieure. Lorsque l'appareil est bien construit, la colonne ae mercure peut alors être brisée par une bulle d'air sans que le mercure contenu dans la chambre supérieure tombe dans la chambre inférieure.
On entend par thermomètres a masima et a minima les instruments destinés k conserver la trace du maximum et du minimum de température dans un certain laps de temps. Les plus simples de tous sont disposés comme les thermomètres ordinaires, mais ils sont horizontaux ; ceux qui sont destinés il marquer le maximum sont k mercure et renferment un petit cylindre d'acier que le mercure pousse devant lui quand la température s'élève et
THBR
qu'il abandonne quand elle baisse. Les thermomètres à minima sont k alcool, et leur tige renferme un petit index en éraml que le liquide entraîne quand la température baisse et qu'il abandonne dans sa position quand elle s'élève. , ,, ,
C'est à la catégorie des thermomètres à maxima et k minima qu'appartienne»* les thermométrographes, destinés k indiquer d une manière permanente le plus haut et e pi«B bas degré de température auxquels ils sont parvenus dans un temps déterminé. On se sert de ces espèces de thermomètre pour déterminer la température de la mer k différentes pro/ondeurs. Le thennométrographe se compose d'un réservoir rempli d alcool, qui communique avec un tube recourbé contenant une colonne de mercure. A son extrémité libre, cette colonne est également surmontée par de l'alcool. Deux index plongent dans ce dernier liquide au-dessus de chacune des extrémités de la colonne mercuriellS; ces index sont poussés par le mercure quand il monte d'un côté ou de 1 autre, mais sans suivre le liquide lorsqu'il se retire. Quand cet instrument est refroidi, l'alcool se contracte, le mercure remonte vers le réservoir et pousse l'index qui est de ce cote tant que la température baisse. Cet index marque donc le minimum de température, tandis que l'index placé de l'autre côté indique le maximum. Les index sont en fer, et à l'aide d un aimant on les met en contact avec le mercure avant de commencer l'opération. L instrument est laissé au fond de l'eau pendant une demi-heure environ , pour qu'il puisse se mettre en équilibre de température avec lo liquide ambiant. ,
Parmi les thermométrographes, c est-adire les thermomètres construits de maniera k enregistrer les états successifs de la. température, nous citerons le thermomètre de Walferdin, dont la tige, contenant la colonne mereurielle , plonge dans un petit réservoir d'alcool qui sépare du réservoir de mercure l'extrémité de la tige. A la partie supérieure se trouve également un réservoir d'alcool. Afin de préparer .l'instrument pour l'observation, on opère ainsi : on le plonge d'abord dans un bain dont la température est inférieure k celle que l'on suppose devoir obtenir au fond de la mer; on incline ensuite l'appareil afin que le mercure touche la pointe intérieure de la tige, eu reehatilfant un peu le réservoir pour faire passer le mercure dans la tige. Cette opération terminée, on redresse l'appareil, et on le plonge dans un bain de température connue et supérieure au minimum que l'on recherche, puis on note la division que marque le sommet de la colonne mercurielle. Lorsqu on descend ce thermomètre ainsi prépare dans la mer, si les couches qu'il rencontre en premier lieu sont k une température plus haute que celle qu il indiquait, le mercure s élevé et peut même se déverser dans le réservoir supérieur. Quand l'instrument atteint les couches les plus froides , le mercure rentre tout entier dans la tige et retombe en partie dans le réservoir inférieur; il ne peut pas y retomber tout entier k cause du soin qu'on a eu de faire monter le mercure dans la tige a une température inférieure k celle du tond de la mer. Quand l'instrument remonte a la surface, la dilatation de l'alcool soulève dans la tige la colonne q\e mercure qui y est restée. Cette colonne occupe une longueur correspondant k un certain nombre de degrés. Ce nombre, soustrait de la température du point de réglage, donne l'abaissement audessous de ce point de la température des couches inférieures
Le thennométrographe de M. Bréguet, neveu de l'inventeur du thermomètre métallique à hélice ou iAermoméfre Bréguet, n'est que le thermomètre Bréguet perfectionne. Il est construit de manière k laisser des indications précises relativement aux températures auxquelles le thermomètre s'est trouvé exposé a des intervalles égaux de temps, par exemple d'heure en heure. L'aiguille porte un stylet chargé d'encre, auquel un mouvement d'horlogerie imprime d'heure eu heure un petit choc qui en amène lu pointe en contact avec la plaque divisée. Cette plaque est animée d'un mouvement continu de rotation, par suite duquel elle fait un tour entier en vingt- quatre heures; sa circonférence est divisée en 21 parties égales, dont les points de séparation passeraient sous l'aiguille aux différentes heures successives si la température restait constamment celle de la glace tondante, et sur chacune de ces 24 parties sont reproduites les divisions centésimales correspondant aux degrés de température, de sorte que, d'une part, le numéro de la division principale indique l'heure et que, de l'autre, la place du point noir marqué par le stylet indique la température correspondante.
Citons encore le thermomètiographe du U MM. Negretti et Zambra, opticiens à Londres. Cet instrument, présenté à la Société royale de Londres en 1874, permet de reconnaître avec une grande exactitude la température réelle de la nier k une profondeur quelconque ; il se compose d'un thermomètrt ordinaire en verre, k cuvette k boule, qui se replie en forme de siphon : k la partie intérieure de la branche repliée, il porte un petit réservoir de mercure. Une disposition mécanique très-simple permet d'imprimer k cet appareil un mouvement de bascule qui le
THER
renverse complètement, lorsqu'on est arrivé à la profondeur précise à laquelle on veut observer la température. Par un mouvement rotatoire qui ae fait autour d'un axe, la boule du thermomètre est relevée puis redescendue, et le mercure, qui a passé alors de la branche du réservoir dans celle qui correspond a l'échelle des degrés, y reste et indique la température exacte du milieu au moment de la rotation. Un mouvement d'horlogerie analogue à un réveille-matin, appliqué au mécanisme de rotation, permet également de l'appliquer sur terre ou en ballon, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, réglée d'avance par le réveille-matin ; l'instrument ainsi modifié donne l'indication de la température du milieu dans lequel l'instrument était plongé au moment de la rotation. Grâce à ce mouvement, l'instrument peut s'appliquer aussi facilement aux observations terrestres qu'aux observations sous-marines.
Terminons par quelques mots sur le thermomètre électrique. Ce thermomètre consiste en un circuit fermé, composé d'un fil de fer et d'un lil de cuivre sondés à leur point de jonction; il renferme un galvanomètre gardant parfaitement le zéro. Le principe à l'aide duquel se déterminent les températures avec cet instrument est très-simple, dit Littré : quand la température est la même aux deux soudures, l'aiguille aimantée reste à zéro, il ne -se produit pas de courant thermo-électrique; mais, s'il y a une ditférence de température et par conséquent production de courant, si l'une des soudures se trouve dans un lieu dont on ne puisse observer la température avec un thermomètre , vient-on à élever ou à abaisser la température de l'autre jusqu'à ce que l'aiguille aimantée soit revenue à zéro, on sera certain alors que cette température sera égale à celle qui est inconnue. Cet instrument, convenablement disposé, donne la température à moins de 1/40 de degré près. En donnant aux fils métalliques un diamètre suffisant, on peut observer la température des grandes couches terrestres. Cette opération exige trois choses : un puits foré, un câble thermoélectrique et un galvanomètre avec ses accessoires.
THERMOMÉTRIE s. f. (tèr-mo-mé-trî — rad. thermomètre). Physiq. Mesure de la chaleur.
— ■ Méd. Thermomêlrie clinique , Dôtcrmi-
THER
nation des variations de la chaleur animale qui se produisent dans le cours d'une maladie.
THERMOMÉTRIQUE adj. (tèr-mo-mé-trike — rad. thermomètre). Physiq. Qui a rapport au thermomètre ou à la. thermométrie : Expérience thermométrique. Echelle thbr-
MOMÉTRIQtJE.
THERMOMÉTROGRAPHE S. m. (tèr-momé-tro-gra-fe — du préf. thermo, et du gr. me Iran , mesure; graphe, j'écris). Physiq. Thermomètre qui enregistre les températures auxquelles il a été soumis. On dit aussi thermographb. Il Thermomètre enregistreur spécial, dont on se sert pour connaître les températures de la mer à différentes profondeurs.
— Encycl. V. thermomètre.
THERMO-MULTIPLICATEUR S. m. tèr-momul-ti-pli-ka-tenr — du préf. thermo, et de multiplicateur). Physiq, Instrument qui rend sensibles de très-petites quantités de chaleur.
— Encycl. Seebeck, de Berlin, a découvert, en 1821, que la chaleur peut développer des courants électriques dans des circuits formés de substances métalliques différentes, soudées les unes aux autres (v. courants thermo -électriques). Les courants ainsi formés dévient de sa direction normale une aiguille aimantée, librement suspendue. On peut donc concevoir la possibilité de construire un appareil au moyen duquel la présence et l'intensité de la chaleur seront accusées par les déviations de l'aiguille aimantée. La création de cet appareil est due à Becquerel; mais l'idée première en appartient â Nobiii, qui perfectionna la pile thermo-électrique (v. pile), dans laquelle des courants sont engendrés par l'échauffement de la moitié des points de soudure de plusieurs barreaux d'antimoine et de bismuth. En associant cette pile avec le galvanomètre, Melloni obtint un appareil thermométrique d'une extrême sensibilité, auquel il donna le nom de thermo-multiplicateur, et dont voici la description, qui sera facile k comprendre, si l'on connaît celle des deux instruments que nous venons de rappeler.
Sur une tablette de bois, supportée par quatre vis calantes, est fixée de champ une règle de cuivre divisée en centimètres.
Sur cette règle glissent divers supports que l'on fixe où l'on veut par des vis de pression. A ces supports, dont le nombre peut d'ailleurs être augmenté ou diminué selon les besoins de l'expérience, sont attachées les principales pièces de l'appareil, savoir : une source calorifique a; 1 écran F formé par une double lame de laiton que l'on peut élever ou abaisser autour d'une charnière horizontale ; un écran iimitateur E, percé d'orifices plus ou moins larges, destinés à. restreindre l'étendue du faisceau calorifique; le corps c sur lequel on observe les effets de la chaleur rayonnante , et enh'n la pile thermo-électrique m. La face de cette pite destinée à recevoir la chaleur incidente est munie d'un cône métallique, poli à l'intérieur, dont l'ouverture est tournée du côté de la source calorifique.
Près de 1k est un galvanomètre D, muni d'un lil court et gros, qui vient communiquer en A et en B avec les deux pôles de la pile.
Cet appareil est tellement sensible, que l'aiguille du galvanomètre dévie par l'effet de la chaleur naturelle d'une personne placée à 10 mètres de la pile. Nobili et Melloni, en plaçant sur le support a diverses sources calorifiques, ont constaté des résultats inattendus. Ils ont mesuré la chaleur dégagée par des corps d'insectes, par la lueur du phosphore, par les rayons de la lune, etc. Mais la présence trop rapprochée de l'observateur, ou l'existence d'un foyer même éloigné, ou le rayonnement des parois de la salle, peuvent avoir sur l'appareil une influence qui, s'il n'en était tenu compte, fausserait les résultats. On doit donc se tenir loin de' l'instrument, supprimer toute cause extérieure de réchauffement ou de refroidissement, envelopper la pile tout entière et le galvanomètre dans une tente en toile, sur laquelle on ne laissera que les ouvertures strictement
nécessaires pour la manœuvre, et l'on évitera de jamais toucher avec la main une des pièces voisines de la pile.
Un pareil instrument est difficile à graduer. Il y a déviation de l'aiguille du galvanomètre chaque fois qu'il y a différence de température entre les deux faces de la pile, et le sens de la déviation varie suivant celle des deux faces qui est la plus chaude. Si, par exemple, la face antérieure est plus chaude que la face postérieure, l'aiguille marchera de gauche à droite; elle se dirigera au contraire de droite à gauche, si la face postérieure est plus chaude que l'antérieure. Dans ce dernier cas, le corps dont on évalue la température rayonne du froid, puisqu'il refroidit la pile. Au sens du mouvement de l'aiguille, on reconnaît donc, non pas si la température de la source calorifique , placée en a, est au-dessus ou au-dessous de zéro, mais seulement si elle est' supérieure ou inférieure à celle du milieu ambiant. On voit déjà par là qu'il sera impossible de rapporter les indications du thermo-multiplicateur à celles d'un thermomètre ordinaire.
Comme if est impossible que deux thermomultiplicateurs soient identiques dans toutes leurs parties, substances et dimensions, il est impossible aussi qu'ils fournissent , dans une même expérience , des indications absolument concordantes. La graduation de l'un ne peut donc pas être comparée à celle de l'autre ; c'est dire que chaque appareil doit avoir une graduation particulière.
Ce n'est pas tout : dans chaque thermomuttiplicateur, les déviations de l'aiguille ne sont pas, en général, proportionnelles aux effets calorifiques constatés. Lors donc que l'on veut évaluer ces effets, on est obligé, au préalable, de construire une table, spéciale à chaque appareil , donnant l'intensité de la chaleur correspondante à chaque déviation.
THER
Pour dresser une table de cette nature, Melloni employait deux, moyens. Voici le plus simple.
On admet, d'après l'expérience, que les déviations de l'aiguille du galvanomètre sont proportionnelles aux intensités de chaleur constatées, jusqu'à 20°. Cela posé, on fait agir sur la pile une source de chaleur qui produit une faible déviation, par exemple, de' 10°. On interpose ensuite une lame de verre, qui intercepte une partie de la chaleur; la déviation est aussitôt diminuée, et n'est plus, par exemple, que de 5°. On eu conclut qu'en toute circonstance la lame intercepte la moitié de la chaleur produite : donc le degré réel de chaleur est le double de celui qui est accusé par l'interposition de la lame. Supposons que la source de chaleur donne une déviation de 30°. On interpose la lame, et la déviation, au lieu d'être de 15°, est de 17° ,6. On en conclut que le degré réel de chaleur émanée de la source calorifique est le double de 17<>,6, ou 350,2. Par conséquent, sur la table, on aura deux colonnes, l'une pour les déviations marquées, l'autre pour les déviations vraies. Dans la première, on écrira 30o, et, dans la seconde, en regard, 350,2. Lus nombres seront les mêmes , dans les deux colonnes, jusqu'à 20°. A partir de là, la première colonne contiendra la suite naturelle 51°, 22°, 23»,..., et la seconde les degrés correspondants obtenus par le procédé que nous venons d'indiquer. Quant aux fractions de degré, on les estime au moyeu d'une proportion.
THERMONECTE s. m. ( tèr-rao-nè-kte — du préf. thermo, et du gr. néktos, nageur). Entom. Syn. d'Acins.
THERMO-NEUTRALITÉ s. f. (tèr-rao-neutra-li-té — du préf. thermo, et de neutralité). Chim. Etat des sels qui ne perdent ni ne gagnent de chaleur quand on les dissout,
THERMO-PATHOLOGIQUE adj. ( tér-mo-
Ïta-to-io-ji-ke — du préf. thermo, et de pathoogique). Méd. Qui a rapport à la chaleur morbide.
THERMO-PHYSIOLOGIE s. f. (tèr-mo-fi-
zi-o-lo-jî — du préf. thermo, et de physiolo* gie). Théorie de la chaleur que développent les actions physiologiques.
THERMOPODE s. m. (tèr-mo-po-de — du préf. thermo, et du gr. pous, pied). Sorte de cuvette dont on se sert pour prendre des bains de pieds.
ThermOpole s. m. ( tèr-mo-po-ls — gr. thermopolion ; de thermos, chaud, et de poleô, je vends). Antiq. Etablissement public où l'on vendait de l'eau chaude, des boissons chaudes : Peut-être y anait-il encore à Athènes quelques-uns de ces thermopoles ou cabarets d'eau chaude que nous retrouverons plus tard si nombreux à Rome. {Fr. Michel.)
— Encycl. Les thermopoles étaient fréquentés, en général, par les classes moyennes de la société; ils correspondaient, en quelque sorte, à nos cafés modernes. On y buvait du vin cuit, du vin doux, de l'hydromel , et surtout du vin avec de l'eau chaude et des épices. Les vases dans lesquels ces boissons étaient servies étaient souvent d'une ™re élégance et présentaient une disposition particulière. Il est facile d'en juger par le dessin d'un de ces vases, qui fuit partie du Museo Borbonico. Au milieu du vase est un petit fourneau cylindrique; il renfermait le bois ou le charbon destiné à maintenir la boisson chaude; quatre petits trous percés dans le bas donnaient passage aux cendres. Tout autour du fourneau se développe le vase,' eu forme d'oves assemblés, porté sur trois pieds de griffon et garni de deux anses. Sur le coté droit, une petite coupe communiquant avec la partie qui entoure le fourneau permettait de lu, remplir de liquide sans enlever le couvercle ; sur le côté gauche, un tuyau communiquant avec la même partie servait à verser le liquide dans les coupes. Le couvercle est de forme conique; il se termine à l'extrémité supérieure par une sorte de bouchon percé d'un trou ; ce trou formait le sommet d'une petite cheminée partant du fourneau et établissant le courant d'air indispensable à la combustion.
On lit dans Le Sage ; « Mille et mille fois plus estimables et plus innocents que les cabarets de nos jours, ces thermopoles des siècles passés, où l'on n'allait pas honteusement prostituer son bien et sa vie en se gorgeant de vin, niais où l'on s'assemblait pour » amuser honnêtement et sans risque k boire de l'eau chaude. » Si Le Sage a voulu parler ici des thermopoles romains, il a commis une grosse erreur ; on ne buvait pas exclusivement de l'eau chaude dans ces thermopoles, malgré leur nom, pas plus que l'on ne boit exclusivement de la limonade dans les cafés dont les gérants s'appellent des limonadiers ; la limonade est peut-être même la boisson qui y est le moins consommée. Chez les Romains, l'eau chaude était mêlée à des vins dont le degré aleoolique était souvent fort élevé, en sorte que de telles boissons pourraient bien se comparer, pour la force , aux grogs anglais. Ensuite les thermopoles romains, loin d'être des lieux innocents et estimables, étaient en général peu différents des lupanars. Dans une des maisons de Pompéi , que l'on croit avoir été un thermopale , se trouve derrière la salle des buveurs une chambre dont les murs sont couverts de peintures ob-
THER
scènes. Lesempereu es essayèrent,à plusieurs reprises, déréglementer les thermopoles ainsi que tous les cabarets. Claude ordonna même de les fermer ; mais , si son ordre fut suivi d'effet, ce fut pour peu de temps, et on ne tarda pas à les voir ouverts de nouveau. Néron défendit de rien y vendre qui ne répondit à leur nom ; Vespasien porta un édit dans le même sens. Ceux qui tenaient les thermopoles étaient en très-pauvre estime, aussi bien que les aubergistes , les maîtres de taverne et d'autrtes lieux publics. Quand Horace em- ploie les épithètes perfidi et maligni pour les ' appliquer aux aubergistes, il se sert de termes qui exprimaient l'opinion générale sur toute la classe dont les aubergistes faisaient partie, et l'on pourrait, à ce qu'il semble, les appliquer également à ceux qui tenaient les thermopoles.
THERMOPOMPE s. m. (tèr-mo-pon-pe — du préf. thermo, et de pompe). Nom donné à un appareil particulier d'éclairage et do chauffage.
THERMOPSIDE s. f. (tèr-mopsi-de). Bot.
Genre de plantes, de la famille des légumineuses, tribu des podalyriées, comprenant une dizaine d'espèces , qui habitent l'Asie et l'Amérique du Nord.
TH EUMOPYLES (Thermopyte), c'est-à-dire les Portes chaudes, aujourd'hui Lycostomos ou Bouche -du- Loup, défilé de la Grècet situé entre le golfe de Négrepont, au N., et le mont CEla, au S., par 38" 52' de latit. N. et 2t)0 ig' de longit. E. Ce passage avait jadis une grande importance, car il était le seul par lequel une armée pût pénétrer de la Thessalie dans la Grèce propre, et de plus il présentait une facile défense. « Le passage le plus étroit du pays, dit Hérodote, est devant et derrière les Thermopyles; car derrière, près d'Alpènes, il ne peut passer qu'un char de front, et devant, près de la rivière Phœnix et de la ville d'Anthœla, il n'y a de place aussi que pour un char. A l'O. des Thermopyles est une montagne inaccessible, escarpée, qui s'étend jusqu'à l'CEta; le côté du chemin à l'E. est borné par la mer et des marais. ■ La largeur du terrain qui formait le passage était seulement de cinquante à soixante pas; elle est actuellement doublée par le retrait de la mer et la formation ultérieure d'un sol d'alluvion. Ce défilé est surtout fameux par la mort de Léonidas et do ses trois cents soldats, et par plusieurs engagements livrés de nos jours pendant les guerres de l'indépendance.
A 300 mètres environ du passage se trouvent des sources chaudes , dont l'une fuit tourner un moulin. Les Phocéens, pour se mettre à l'abri des incursions des Thessaliens, avaient construit un mur aux Thermopyles; de plus, suivant Hérodote, ils se servaient des eaux thermales pour inonder la passage.
Tlicriuopyles ( BATAILLE DES ). V. LÉO- NIDAS.
Thermopyles (LÉONIDAS AUX) , tableau de David, musée du Louvre. V. Léonidas.
THERMO-RÉGULATEUR s. m. {lèr-moré-gu-la-teur — du préf. thermo, et de régulateur). Techn. Appareil au moyen duquel on règle la chaleur dans les fourneaux sécheurs ou torréfacteurs,
— Encycl. Un thermo^régulateur est un grand thermomètre à air combiné avec une soupape à flotteur. M. Rolland, ingénieur, directeur des tabacs, a fait de nombreuses expériences dans le but d'établir une théorie d'après laquelle on puisse combiner toutes les- parties de cet appareil en vue d'obtenir une grande sensibilité. Le thermo-régulateur que ce savant ing'énieur a appliqué à ses torréfacteurs mécaniques, destinés à soumettre une matière solide quelconque à l'action d'une température fixée à l'avance, est composé d'un double siphon, communiquant par une tubulure avec un réservoir métallique placé entre les enveloppes qui recouvrent le cylindre torréfacteur. La branche du milieu communique librement avec l'atmosphère par sa partie supérieure. Le siphon, à partir d'un certain niveau, est rempli de mercure, auquel se transmet directement la pression du gaz contenu dans le réservoir et sous l'influence des variations de laquelle il oscille d'une certaine quantité autour de son niveau. Un cylindre en fer est immergé en partie dans le mercure et tend à descendre ou à monter avec le niveau du liquide. Ce cylindre est attaché à une tige qui est porlée par un couteau fixé au fléau d une balance, lequel repose lui-même sur un autre couteau fixé au haut d'une colonnette boulonnée h la plaque de fondation. La longueur de la tige est réglée au moyen de deux vis de rappel, de façon que le cylindre plonge d'une quantité convenable dans' le mercure. A la plaque de fondation est fixé un cylindre en tôle qui, en outre, est scellé dans la maçonnerie du carneau qui conduit l'air au cendrier et forme ainsi le débouché de ce carneau vers l'extérieur du fourneau. Au-dessous de ce cylindre est suspendue librement à l'extrémité drohe du fiéuu de la balance une soupape, disposée de telle manière que la différence de pression produite par le tirage de la cheminée, entre l'air extérieur et l'air contenu dans Je cylindre en tôle, soit sans influence sur son mouvement. A cet effet, cette sou-
THER
pape se compose de deux parties annulaires entièrement semblables et réunies par une cloison cylindrique extérieure. Les deux anneaux portent sur leurs circonférences intérieures deux petits cylindres verticaux terminés en biseaux aigus d'égal diamètre. Un- disque métallique, de diamètre un peu plus grand que celui des biseaux, reçoit l'un de ces derniers quand la soupape est au bas de sa course, pendant que l'autre repose sur la plaque de fondation. A ce moment, l'ori- . fice du réservoir en tôle est entièrement fermé par la soupape, sans que celle-ci soit en rien surchargée par l'excès de pression existant entre l'air extérieur et l'air compris dans le réservoir, ce qui résulte de ce que les pressions sur les anneaux se font équilibre. Cette disposition de la soupape a encore l'avantage de laisser pénétrer l'air en abondance dans le réservoir en tôle dès que la soupape est soulevée. Un contre-poids, monté sur une tige, de manière à pouvoir être fixé en un point quelconque de sa hauteur, sert k régler l'équilibre de la balance en chargeant plus ou moins de grains de plomb la cuvette qu'il porte. En faisant varier la position des contre-poids, on peut également changer la hauteur du centre de gravité de la balance au-dessus de son centre de rotation; la fixation convenable de cette hauteur joue un rôle capital pour la sensibilité au thermorégulateur et demande k être faite avec le plus grand soin. Le curseur de la balance peut être plus ou moins rapproché du centre de rotation du fléau, et l'on peut modifier ainsi le moment statique des divers poids suspendus à celui-ci. Ce curseur porte un index dont l'extrémité parcourt une échelle gravée sur le bras du fléau. Les divisions de cette échelle sont réglées exactement de telle sorte que, pour un déplacement du curseur égal a l'une d'entre elles, le moment statique de ce dernier et de toutes les pièces solidaires avec lui varie d'une quantité égale et de signe contraire k celle dont varie le moment du cylindre pour un changement déterminé dans la hauteur barométrique. Cette disposition donne ainsi la facilité de compenser, pendant le fonctionnement du thermo-régulateur, la cause perturbatrice produite par les variations de la pression atmosphérique. Une éprouvette, remplie de mercure, a pour but d'intercepter la communication de l'une des branches du siphon avec l'atmosphère ; elle constitue alors une véritable soupape hydraulique que l'on peut ouvrir et fermer à volonté, a l'aide d un verrou.
Pour régler la marche d'un thermo-régulateur, de sorte qu'il maintienne la température du fourneau à un point fixé à l'avance, on commence par établir, en ouvrant l'éprouvette,k libre communication du réservoir avec l'atmosphère ; ensuite on amène l'index du curseur sur la division du fléau portant le chiffre correspondant à celui qui marque la hauteur du baromètre au moment où l'on opère. Ceci fait, on établit l'horizontalité du fléau et le parfait équilibre de la balance au moyen du contre-poids à cuvette. On laisse alors monter graduellement la température dans le fourneau, et, dès que le degré voulu est atteint, ce dont on peut s'assurer à l'aide d'un thermomètre, on ferme l'éprouvette. Dès lors, le gaz du réservoir métallique, placé entre la double enveloppe du cylindre torréfacteur, se trouvant emprisonné, produit, par ses dilatations et ses contractions, la régularisation cherchée de la température.
THERMO -RHÉOSTAT s. m. (tèr-mo-ré-osta — du préf. t/iermo, et du gr. rheâ, je coule; statés, qui arrête). Physiq. Instrument au moyen duquel on régularise une émission de chaleur.
THERMOSCOPE s. m, (tèr-mo-sko-pe — du préf. thermo, et du gr. skopeà, j'examine). Physiq. Sorte de thermomètre k air, servant à étudier le calorique rayonnant.
— Encycl. Le thermoscope, dont on se sert pour étudier le calorique rayonnant, est un tube de verre terminé par deux boules remplies d'air. Il renferme une goutte de liqueur colorée a qu'on nomme index. Si les deux boules sont également échauffées, l'air se trouvant au même degré d'élasticité, l'index reste stationnaire; mais, si l'une des deux boules est plus échauffée que l'autre, l'index est poussé du côté de la boule la plus froide. Cet instrument est extrêmement sensible et
très-propre à indiquer les plus faibles degrés de chaleur accumulée dans un point avant que l'air environnant en soit affecté. En présentant la main à une boule, on voit à l'instant l'index se porter du côté opposé. L'effet devient encore plus sensible si ia boule à laquelle on présente la main est enduite d'une matière noire. Leslie, qui a inventé un. instrument semblable, à la forme près, pour les expériences qu'il a faites sur le calorique, a depuis employé cet instrument comme photomètre, en évaluant ainsi la vivacité de la lumière par le calorique rayonnant, qui sem- |
THER
ble lui être proportionnel. L'instrument de Leslie, appelé thermomètre différentiel, consiste en deux tubes recourbés, joints ensemble, terminés chacun par une boule et contenant une certaine quantité d'acide sulfurique coloré en rouge, qui s'élève à la même hauteur dans les deux tubes. Les tubes contiennent en outre de l'air, qui se dilate lorsqu'on -chauffe une des branches et refoule le liquide dans la branche opposée. Dix- degrés de cet instrument répondent k un degré centigrade. Le thermoscope de Rumford ne diffère du précédent que parée qu'il est plus grand et qu'il contient de l'alcool coloré au lieu d'acide sulfurique.
THERMOSCOPIEs. f. (tèr-mo-sko-pl — rad.
thermoscope). Physiq. Mesure de la chaleur atmosphérique.
THERMOSCOPIQUE adj. (tèr-mo-sko-pi-ke — rad. thermoscopie). Physiq. Qui a rapport au thermoscope ou à la thermoscopie.
THERMOSIPHON s. m. (tèr-mo-si-fon — du préf. thermo, et de siphon). Physiq. Appareil destiné au chauffage des serres : Le jardinier avait déjà obtenu des résultats très-heureux dans les serres en répandant de la /leur de soufre sur tes tuyaux des thermosiphons gui servent à y entretenir la chaleur. (L. Figuier.)
— Encycl. Bien que les Romains aient appliqué aux thermes et aux étuves l'art do distribuer la chaleur au moyen de l'eau, ce n'est que vers la fin du xvmo siècle que le principe du thermosiphon a été l'objet d'une application raisonnée. C'est un Français, Bonnemain, qui eut, vers 1775, l'idée du chauffage par la circulation de l'eau. Les Anglais s'emparèrent de son système en l'améliorant, sans changer les dispositions de son appareil. Depuis cette époque, MM. RenéDuvoir, Grison-Gervais, en France, etPerthuis, Charles Hood, Weeks, en Angleterre, ont apporté des changements importants à ce mode de chauffage.
Le thermosiphon se compose d'un récipient A placé sur un fourneau. Lorsque l'eau qu'il contient est échauffée, elle tend à s'élever et se met en mouvement dans le tuyau B, poussant devant elle l'eau contenue dans les tuyaux C, D et E. Un mouvement circulatoire s'établit; l'eau chaude sort de la chaudière, l'eau froide y revient. Il ne reste plus, ce principe connu, qu'à adopter, pour la construction des thermosiphons, les dispositions convenables pour le but à atteindre et suivant la nature des serres à chauffer. Ainsi, lorsqu'il s'agit de serres chaudes, de serres de primeurs ou de serres k multiplication, on adopte des appareils renfermant peu d'eau, susceptibles d'un échauffement presque immédiat, mais dans lesquels la chaleur ne se conserve pas longtemps. S'il s'agit, au contraire, de serres tempérées, dans lesquelles on veut, avant tout, entretenir une température douce et persistante, on préfère des appareils contenant de grandes masses d'eau, parce qu'ils se refroidissent lentement, ce qui permet de cesser le feu pendant une partie de la nuit.
L'appareil Weeks consiste en un certain nombre de tubes métalliques d'un faible calibre, les uns horizontaux, les autres verticaux, communiquant en haut et en bas avec un tuyau circulaire. Le tuyau inférieur donne accès à l'eau qui revient après s'être refroidie, tandis que le tuyau supérieur donne issue k l'eau chaude. Le loyer est placé au-dessous des tubes horizontaux, et l'air chaud qui en sort s'élève entre les tubes verticaux qui sont disposés de manière à former une espèce de cage.
Ce système est économique, en ce sens que toute la chaleur est employée, que la massed'eau k chauffer est moindre, le fo3'er plus petit, réchauffement plus rapide , le développement des tuyaux énoime, avantages qui ont fait adopter ce système par les horticulteurs les plus riches et qui ont fait dire à M. Naudin : • Le thermosiphon tubulaiie est aux anciens thermosiphons ce que sont les canons rayés aux pièces des anciens modèles. » Dans quelques grands établissements, on emploie des appareils mixtes, combinaisons plus ou moins ingénieuses du thermosiphon et du calorifère k air chaud. Le premier porte, par ses tubes d'eau, une chaleur modérée sur les poims les plus éloignés, tandis que l'air chaud est utilisé pour chauffer à une température plus élevée les locaux plus voisins de l'appareil de chauffage.
C'est eu 1836 qu'un maraîcher des environs de Paris, M. Gontier, lit, pour la première fois, usage du thermosiphon pour la culture forcée sous châssis. Depuis lors, l'usage de
THEË
cet instrument a fait concurrence à l'ancien mode de chauffage par les couches de fumier.
Le thermosiphon offre l'avantage de se refroidir lentement, de sorte que, pendant les plus grands froids, le maraîcher peut se confier à lui pour l'entretien de la chaleur et n'a pas besoin d'être sans cesse sur le qui-vive; la température ne variant pas rapidement, on n'est pas forcé de la ramener à son degré ordinaire en élevant subitement la chaleur, opération dangereuse que les jardiniers et les maraîchers nomment coup de feu.
Cet appareil rend de grands services aux maraîchers, parce que sa chaleur constante est préférable à celle du fumier ; on fait passer les tuyaux du thermosiphon entre deux terres, sous les coffres. Des cloisons mobiles, de distance en distance, permettent d'arrêter k un moment donné et sur un point donné la circulation de l'eau chaude.
« Le chauffage au thermosiphon, dit Joigneaux, a sur l'ancien mode de forçage l'avantage de livrer les plantes k la consommation beaucoup plus tôt qu'autrefois ; mais l'emploi du thermosiphon n est pas à la portée de tout le monde, et le forçage par ce moyen est plus compliqué que par ie vieux procédé. Il ne faut donc pas encore renoncer absolument k celui-ci. »
Un thermosiphon en cuivre, pour le chauffage d'une serre de A à 5 mètres de largeur, sur 5 mètres de hauteur et 25 mètres de longueur, ne coûte pas moins de 400 francs, y compris la porte, la grille et le tuyau de remplissage. Ces tuyaux sont en cuivre; ils ont une forme ovale ou cylindrique du diamètre de om,08 k 0m,10 et coûtent de S k 10 francs le mètre. Les soupapes d'arrêt pour la circulation coûtent de 15 à îo francs, prix qui varient suivant que le cuivre coûte luimême plus ou moins le kilogramme. « Les tuyaux ne sont pas toujours en cuivre, dit M. A. Pouriau ; par économie, on a cherché k en construire avec divers matériaux et notamment en briques fortement cimentées et recouvertes de plaques d'ardoise k la partie supérieure. »
THERMUS, THERMON ou THERMOS, ville de la Grèce ancienne, capitale de I'Etolie, près du mont Panastolios. C'est lk qu'avaient lieu les diètes générales de I'Etolie. Philippe V de Macédoine la surprit et la pilla en 218 av. J.-C; il la détruisit quelques années plus tard. Les ruines de Thermus se voient près du hameau de Vlokho.« L'enceinte, dit M. Isambert, présentait un développement de 3 à i kilomètres. Sa forme est celle d'un triangle, dont l'acropole occupe le sommet. De chaque côté, la coltine est isolée par un ravin profond. C'est du côté de l'ouest que les murs sont le mieux conservés. On voit au milieu de l'enceinte les restes d'un édifice public, qui ne forment plus qu'une pyramide carrée de pierres informes. L'emplacement de l'acropole est de forme ovale. A l'est, au delà du ravin, s'étendent les pentes du mont Panaetolicon (mont Viéna ou Kyria Eugénia). On peut redescendre le long du ravin par un sentier très-roide jusqu'au village de Kénourio, d'où l'on va visiier, près du village de Kouvelo, les ruines d'un palœokastron nellénique sur une des dernières collines du mont Panaetolicon. Plus loin, au bord du lac, on trouve encore d'autres ruines. Les montagnes s'élèvent k pic au-dessus de l'extrémité sud-est du lac. ■
THERMUSE, reine parthe, de la dynastie des Arsacides, née vers l'an 30 av. J.-C. L'historien juif Josèphe nous a conservé sur elle quelques détails, qui ont été confirmés par les découvertes de l'archéologie et de la numismatique. Thermuse était 1 épouse de Phraates IV, roi des Parthes, et c'est en passant par les plus étrunges vicissitudes qu elle arriva k une position aussi brillante. Elle n'était qu'une jeune esclave italienne, envoyée au roi des Parthes par Auguste avec d'autres présents. Ce n'est pas le côté le moins curieux de l'histoire de cette reine, que de retrouver sur un des premiers trônes de l'Asie une Romaine de basse condition. La nouvelle esclave, douée d'une beauté extraordinaire, sut prendre sur l'esprit de son royal maître un empire considérable, et, en ayant eu un enfant mâle, elle parvint à se faire reconnaître comme son épouse légitime. Ce n'est pas tout; elle assura le trône k son fils Phraatacès, au détriment des autres enfants plus âgés du roi, qui furent, k son instigation, envoyés k Rome comme otages. Il paraîtrait même qu'elle finit par tuer son mari pour faire passer plus rapidement la couronne sur la tête de son fils. Ces détails, fournis par Josèphe, sont justifiés par l'existence d'une monnaie d'argent frappée k l'effigie et au nom de cette reine, et que Visconti a étudiée dans un des cahiers du Journal des Savants de l'année 1817. Cette monnaie, qui est une drachme, porte d'un côté l'effigie de Phraates IV, très-reconnaissable aux deux Victoires qui, comme dans les autres pièces frappées sous son règne, voltigent autour de sa tête. Au revers, on voit le buste de Thermuse, portant sur sa tête la couronne ou tiare droite (tiara recta), attribut de la royauté. La légende porte : theas ouranias
ousks basilissès, littéralement: « De la
déesse céleste, la reine use.»Le motTher-
muse dont nous reproduisons la mutilation a été, grâce aux renseignements que nous ve-
THER
nons de mettre sous les yeux de nos lecteurs ingénieusement restitué par Visconti, et cette opération nous semble historiquement et èpigraphiquement inattaquable. Visconti, d après les sigles de la pièce, suppose qu'elle a été frappée k Artémita, célèbre ville grecque dû l'Assyrie. Cet exemple unique, dit Visconti, de l'effigie et du nom d'une reine empreints sur la monnaie des Arsacides témoigne assez jusqu'à quel point cette femme ambitieuse disposait du cœur et de l'autorité de son époux. Il a été élevé une question d'importance secondaire sur la forme exacte du nom de cette reine ; les manuscrits de Josèphe qui nous sont parvenus l'appellent tantôt Thermousa, tantôt Thesmousa. Nous croyons avec Visconti que la première est la seule acceptable.
D'après Josèphe, la reine Thermuse ne se serait pas contentée de faire périr son mari, Phraates IV ; elle aurait encore commis un inceste avec Phraatacès, pour perpétuer sur le fils l'empire qu'elle avait pris sur le père.
THERMCTIAQCE, bras du Nil, ainsi nommé d'une ville deTheniiutis, placée sur ses bords. Il sortait de la branche Athribitique et rejoignait la branche Agathodsemon, entre Naucratis et Asdropolis.
thermutis s. m. (tèr-mu-tiss). Bot. Genre de cryptogames, du groupe des byssacées ou collémacées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent sur les rochers humides.
THERNÀCT1S , nom donné k la déesse égyptienne Isis lorsqu'elle est irritée et préside, comme la Némésis grecque, au châtiment des coupables.
THERODAMAS, roi de Scythie. Il nourrissait des lions de sang humain, pour augmenter leur férocité. D'où l'expression d'Ovide : therodamanthaos leones.
THÉROGÉRON s. m. (té-ro-jé-ron). Bot.
Genre de sous-arbrisseaux, de ta famille des composées, tribu des astérées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent en Australie.
THÉROIGNE DE MÉRICOURT (Anne-Joseph Tkrwagnb, dite), une des héroïnes de la Révolution française, née au village de Marcourt (et nonMéricourt, comme on l'a dit à tort), dans le Luxembourg belge, lé 13 août 1763, morte à Paris la 9 juin 1817. Fille de Pierre Terwagne ou Théroigne, paysan qui s'adonnait au commerce et possédait une assez jolie fortune, elle fut élevée dans l'abbaye de Robermont, puis revint chez son père. Selon les uns, n ayant pu s'entendre avec sa belle-mère, Anne Théroigne quitta son village pour se jeter dans la plus aventureuse existence; selon d'autres, à dix-sept ans, elle s'enfuit avec un jeune noble qui l'avait séduite et qui ne tarda pas à l'abandonner. Après avoir habité l'Angleterre, elle se rendit en France. Au début de la Révolution, elle vivait k Paris, menant une existence luxueuse. A cette époque, elle entra en relation avec Mirabeau, Bieyès, Danton, Camille Desmoulins, puis avec Romme, Ronsin, Momoro, Pétion, etc., qu'elle recevait chez elle, rue de Tournon. Les idées nouvelles produisirent sur elle une vive impression. D'après Lamartine, l'amour outragé l'ayant jetée dans le désordre, le vice, dont elle rougissait, lui avait donné la soif de la vengeance; en frappant les aristocrates, elle pensait réhabiliter son honneur. Ce qui est plus vraisemblable, c'est que Anne Théroigne, femme galante, mais non dépravée, douée d'une imagination très-vive, d'un esprit très-ouvert, fut très-frappée du grand mouvement de rénovation qui se produisait devant ses yeux et s'y jeta avec enthousiasme. Le 14 juillet
1789, elle assista k la prise de la Bastille et, k partir de ce moment, elle prit part k toutes les grandes journées de la Révolution, dans un costume qui rehaussait encore sa beauté piquante et attirait sur elle l'attention. Vêtue en amazone, coiffée d'un chapeau k la Henri IV, orné d'une plume, portant des pistolets k la ceinture, un sabre au côté, elle accompagna, pendant les journées du & et du 6 octobre, les femmes de la capitale qui se rendirent à Versailles. Son costume pittoresque, son exaltation, une certaine facilité de parole lui donnèrent un grand ascendant sur cette foule confuse; mais il est juste de dire que, si elle contribua k l'entraîner, elle fit aussi tous ses efforts pour la détourner des excès. Pendant la nuit, elle parvint, en les haranguant, k détourner du parti de la cour un grand nombre de soldats du régiment de Flandre et, le lendemain, elle revint k Paris, se tenant près de la voiture royale avec Jourdan, l'homme a la grande barbe. Le nom de AU1» Théroigne, la belle étrangère, la belle Liégeoise, comme on l'appelait alors, était dans toutes les bouches. Les journaux royalistes la représentaient comme une femme de mauvaise vie et la criblaient d'épigrammes et d'injures, pendant que les patriotes la prochunaieut lu première amazone de la Liberté. En février
1790, elle se présenta k la barre du club des Cordeliers, où elle fut accueillie avec enthousiasme, « C'est la reine de Saba, s'écria un membre, qui vient visiter le Salomou des districts. » Elle proposa au club d'ouvrir une souscription nationale pour élever un palais à l'Assemblée constituante sur les ruines mêmes de la Bastille. « C'est pour enrichir, pour embellir cet édifice, dit-elle, qu'il faut nous défaire de notre or et de nos pierreries ; j'en donnerai l'exemple ta première. ■ (ia
THER
proposition fut très-applaudie, et aussitôt Danton, Camille Desmoulins et Fabre d'Eglantine furent chargés de rédiger Une adresse dans ce sens aux quatre-vingt-trois départements. Néanmoins, le club passa k l'ordre du jour sur la demande faite par l'héroïne d'être admise aux séances avec voix consultative. Peu après, le Châtelet de Paris lança contre elle un décret de prise de corps, à raison du rôle qu'elle avait joué les 5 et 6 octobre 1789. Elle passa dans les Pays-Bas et habita quelque temps Liège. Les émigrés français, alors en grand nombre dans ce pays, lui firent toutes sortes d'avanies et signalèrent sa présence aux autorités autrichiennes. Arrêtée dans les premiers jours de 1791, sous la fausse accusation d'avoir voulu attenter à la vie de Marie-Antoinette, elle fut emprisonnée dans la forteresse de Kuffstein (Tvrol), puis conduite à Vienne. L'empereur Léopold voulut voir la célèbre agitatrice et, à la suite d'un entretien qu'il eut avec elle, il lui fit rendre la liberté. Théroigne de Méricourt revint k Paris en 1792 avec Fintention d'y publier des mémoires sur les persécutions dont elle venait d'être victime. En attendant, elle alla, le 1er février,en faire le récit sommaire aux. Jacobins. «Vous venez d'entendre, dit Manuel, une des premières amazones de la liberté, je demande que, présidente de son sexe, assise aujourd'hui a côté de notre président, elle jouisse des honneurs de la séance. > La société n'admit pas cette proposition. En ce moment , sa popularité atteignit son apogée. Au mois d'avril, elle prit, aveu Louis David, l'initiative de Ja i'éte qui fut donnée aux Suisses du régiment de Chàteauvieux. Le 20 mai suivant, elle se mit k la tête d'une des armées des faubourgs qui marchèrent sur les Tuileries; elle prit également part à la journée du 10 août. Ce jour-là, on lui montra Suleau qui venait d'être arrêté avec une troupe de royalistes. Ce journaliste , dans les Actes des apôtres, l'avait criblée de sarcasmes et traitée comme une prostituée. 11 avait, en outre, dans le Tocsin des rois, aidé a la ruine de la révolution de Liège. A sa vue, Théroigno de Méricourt ne put contenir sacolère. Elle se précipita surlui, le saisit au collet, et bientôt après la foule se ruait sur Suleau, qui fut tué k coups de sabre. On a prétendu, mais à tort, que la belle Liégeoise avait pris part aux massacres de septembre. Non-seulement elle y resta étrangère, mais encore, k partir de ce moment, elle abandonna te parti avancé pour prendre le parti des girondins. Le 31 mai 1793, elle prit la défense de Brissot dans les groupes formés autour de la Convention. Peu d'instants après, elle se promenait sur la terrasse des Feuillants, dans le jardin des Tuileries, lorsque des femmes du peuple, attachées au parti de la Montagne, l'entourèrent, lui levèrent les jupes et la fouettèrent publiquement. Théroigne poussa des cris, des hurlements de désespoir. Lorsqu'on la lâcha, elle était folle. On la conduisit dans une maison de santé du faubourg Suint-Marceau, puis à la Salpêtrière (1800); quelques mois plus tard, on la transféra aux Petites-Maisons; enfin, en 1801, on l'envova de nou\eau à la Salpètrière, où elle termina sa vie après avoir recouvré la raison. Le médecin Esquirol, qui la traita et qui lit mettre le portrait de Théroigne dans son livre des Maladies mentales, rapporte qu'elle était en proie à une manie aiguë. Longtemps folle furieuse, elle hurlait comme au premier jour, et en plein hiver, nue, il lui arrivait de répandre sur elle un seau d'eau glacée sans s'en apercevoir.
THÉRON, tyran d'Agrigente, né en Béotie, mort vers 470 avant notre ère. 11 était gendre de Gélon, et Pindare a célébré ses succès aux jeux Olympiques, où il fut proclamé plusieurs fois vainqueur,
THÉROSAURE s. m. (té-ro-sô-re — du gr.
thêr, bête sauvage; sauros, lézard). Erpét. Syu. d'iGUANODON, genre de reptiles sauriens.
T11ÉRO0ANNE (Taruenna), village de France (Pas-de-Calais), cant. d'Aire, arrond. et k 12 kilom. de Saint-Omer, sur la Lys; «35 hab. C'était autrefois une ville florissante. Son fondateur , le préteur Licinius Tarvanus ou Tarvanicus, lui donna son nom k l'époque de la conquête romaine et en fit la capitale de la Moriuie. Elle était entourée d'une enceinte flanquée de grosses tours; six grandes voies y aboutissaient. Thérouanne fut, sous Néron , le centre d'une révolte de la Belgique, révolte qui fut bientôt réprimée. Le premier évoque de Thérouanne, Antimon, éleva sur les ruines du temple renversé du dieu Mars la cathédrale de Saint- Martin. Childéric fit de Thérouanne son séjour de prédilection. Les Huns et les Normands vinrent tour à tour dévaster Thérouanne dans le cours du ix« siècle. En 936, Arnoult le Grand, comte de Flandre, rétablit son enceinte et la réunit k son domaine; mais elle ne fut complètement restaurée que vers 998 par Robert 1", roi de France. Elle ne tarda pas à reprendre son importance; car, au Xir» siècle, lorsque saint Bernard, la visita, elle s'étendait sur les deux rives de la Lys. Les réparations et l'agrandissement de la cathédrale datent aussi de cette époque, En 1303, les Flamands, vainqueurs à Ûourtray, investirent Thérouanne, y pénétrèrent, après un assaut de douze heures, et y mirent tout k feu et k sang. En 1339, Robert d'Artois essaya, mais en vain, de s'en faire
THER
reconnaître seigneur. Après la bataille de . Crécy, les Anglais s'emparèrent de la ville, I puis la rendirent aux Flamands. L'évêque de Thérouanne, Louis de Luxembourg, s'attacha définitivement, lors de la défaite d'Azincourt, au parti anglo-bourguignon, et l'on voit le nom de ce prélat figurer parmi ceux des juges qui condamnèrent Jeanne Darc. En 1-479, Thérouanne fut assiégée par l'archiduc Maximilien , mais l'archiduc ne parvint k y entrer que sept ans plus tard, et encore en fut-il bientôt chassé. La grande ligue conclue entre le pape, l'Empereur et les rois d'Angleterre et d'Aragon contre la France fit revenir les mauvais jours. Les Anglais vinrent de nouveau, en 1513, assiéger Thérouanne; Maximilien accourut à leur aide et la diversion essayée par les troupes françaises du côté de Guinegatte n'aboutit qu'k la captivité de Bayard et du duc de Longueville. Maîtres de la ville, les Anglais en comblèrent les fossés et en renversèrent les murailles. François 1er les releva et fit de Thérouanne Sa principale forteresse contre les Pays-Bas. Surprise par les Impériaux en 1553, Thérouanne se trouvait dépourvue de presque toute ressource. Défendus par François de Montmorency et par d'Essé, les assiégés , dit un vieil historien (André Duchesne), « y soutinrent k trois reprises un des plus rudes assauts qu'il est possible, où de part et d'autre il y eut grande perte. Du costé des Français y furent tuez les sieurs d'Essé, de Vienne, de Beaudisné, de La Roche Posé, de Blandy, et le capitaine Ferrières, avec plusieurs gentilshommes et soldats. Depuis, les assiégeants firent tant de grands efforts k miner et k saper, tant qu'enfin par une sape promptement faite ils comblèrent le fossé. Ce que voyant, le sieur de Montmorency, par advis de tous les capitaines, demanda composition ; mais tandis qu'on parlementoit, les Allemands et les Bourguignons entrèrent par divers endroits et se prindrent k tuer tout ce qu'ils rencontrèrent. Les Espagnols, amis d argent, garantirent plusieurs gentilshommes et soldats françois. Le sieur d'Ouarti , pour sauver la vie au sieur de Montmorency, son général, fut griefvement blessé, dont il mourut tost après. Les nouvelles de cette prinse resjouyrent fort l'Empereur, lequel fit raser Thérouanne jusques aux fondements. » Le traité de Cateau-Cambrésis rendit Thérouanne à la France, mais la ville anéantie par Charles-Quint ne se releva jamais. Les villes voisines se disputèrent les dépouilles de Thérouanne. Son horloge échut à Cussel, le grand portail de la basilique à Saint-Omer, etc. Rebâtie en partie après le traité de Cateau-Cambrésis, Thérouanne fut ravagée par les Français en 1628. Un siècle plus tard , la plupart de ses maisons furent renversées par une tempête et un incendie la détruisit complètement en 1799. Relevée encore une fois, Thérouanne était en 1801 l'un des chefs-lieux de canton da l'arrondissement de Saint-Omer. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un chétif village, triste exemple des désastres qui peuvent accabler une ville dans le cours de quelques siècles. • L'archéologue, dit l'auteur de la France monumentale, ne doit point parcourir ces lieux désolés avec l'espoir dy rencontrer quelques restes de monument qui puissent lui rappeler la riche et puissante Thérouanne. En s'élevant sur un monticule qui formait jadis un calvaire, il verra seulement une enceinte parallélogrammatique bordée de larges et profonds fossés jonchés de ruines. Au lieu de six voies romaines qui aboutissaient k la cathédrale des marins, il n'apercevra plus qu'une étroite chaussée au pied de la butte, et formant le seul vestige restant des travaux romains. Il semble que la malédiction haineuse que Charles-Quint a jetée sur la pauvre et fidèle Thérouanne en faisant semer ^u sel sur son emplacement se soit étendue jusque sur l'esprit des habitants de la triste bourgade k laquelle on a donné son nom ; car le souvenir de l'antiquité glorieuse et de la splendeur de la ville détruite parait effacé de leur mémoire, comme la ville a été effacée de dessus la terre. •
THÉROULDE, nom de l'auteur présumé de la Chanson de Roland. Sur quoi s'est-on appuyé pour émettre cette proposition que Théroulde était celui qui avait imaginé notre grande épopée nationale? Sur un seul vers souligné par M. Génin, dans son édition :
Ci fait la geste que Turoldus décline.
Mais d'abord que signifia le mot décliner? Selon toute apparence, il est pris dans le sens de notre mot, français achever. Seulement, même en admettant cette supposition, l'incertitude ne diminue pas. Théroulde achèvet-il de « trouver» son poème, ou achève-t-il de le chanter? Les deux sens sont parfaitement valables ; nul ne peut nous répondre là-dessus. Le plus grand nombre des épopées carloviugiennes sont des ouvrages anonymes et, si Ton peut k l'aide de certaines indications déterminer leur date, on ne peut guère, k moins de renseignements très-sûrs, préciser les noms de leurs auteurs. La question de savoir si Homère a jamais existé est encore débattue; k plus forte raison peut-on avoir quelques doutes sur le génie de Théroulde, que personne ne connaissait avant M. Génin. Nous n'avons d'ailleurs aucun document sur ce poëte, dont le nom même est peut-être purement imaginaire.
THER
THERKIN (André-Charles), littérateur, né k Paris en 1746, mort dans la même ville en 1815. Il professa les humanités au collège de Nancy de 1768 à 1776, se fixa dans cette ville et y nt paraître, de 1778 k 1787, le Journal littéraire (24 vol.), feuille périodique dans laquelle il publia un grand nombre d'articles. A l'époque de la Révolution , il fit partie de la rédaction des Actes des apôtres, journal qui défendait les idées royalistes avec beaucoup de verve et d'esprit. Craignant d'être accusé d'incivisme, il accepta la place de secrétaire greffier du district. Il n'eu fut pas moins porté sur la liste des suspects, se réfugia dans un village près de Paris, et obtint, après la chute de Robespierre, par l'intermédiaire de son ami Coste, l'emploi de fscrétaire de l'inspection générale du service e santé, qu'il garda jusqu'k sa mort,
THEHSANDRE, fils de Polynice et d'Argie. Il devint roi de Thèbes et.épousa la fille d'Araphiaraus Démonax, dont il eut un fils appelé Tisamène. Lors du siège de Troie, il marcha contre cette ville avec des Thébains, se signala par sa valeur, fit partie des guerriers qui se cachèrent dans le cheval de bois et fut tué par Télèphe en Mysie. Les Grecs lui élevèrent un monument k Elée, sur le bord du Calque. Son fils Tisamène lui succéda.
THERSITE, le plus lâche et le plus vil des guerriers du siège de Troie, suivant Homère. L'auteur de l'Iliade trace ainsi son portrait dans le lie chant de ce poème : < Bavard sans mesure, c'était un homme k débiter toutes sortes d'injures, déblatérant contre les rois k l'étourdie et sans vergogne , uniquement soucieux de faire rire les Grecs ; d'ailleurs le plus laid de ceux qui étaient venus devant Troie. Il était boiteux , il avait les épaules voûtées et ramassées sur la poitrine, la tête pointue au sommet, et sur laquelle voltigeaient quelques rares cheveux. » On a reproché k Homère ce hideux portrait, en disant qu'il ne l'eût pas traité si mal s'il eût tenu le sceptre, et que sa colère ne dégradait ainsi que les faibles. On a pensé aussi que ce personnage était un portrait contemporain et que le poëte exerçait une vengeance. Quoi qu'il en soit, cet homme aussi vil qu'audacieux, « qui outrageait les rois afin d'exciter le rire de la multitude, » adresse k Agamemnon des reproches aussi justes que piquants. Achille le tua d'un coup de poing pour le punir de ses sarcasmes au sujet des larmes que versait le héros après la mort de l'amazone Penthésilée. Son nom est employé, par antonomase, pour personnifier l'insolence et surtout la lâcheté. En voici quelques exemples :
« L'ancienne civilité voulait qu'on se servit du mouchoir k la dérobée, sans bruit, avec uno adroite dissimulation. Que ce soit plus ou moins toilette, il serait convenable de ne pas arborer le mouchoir inutilement. On n'élude pas ce précepte en ornant le mouchoir de dentelles et de broderies. Un pot de nuit en porcelaine de Saxe n'en est pas moins un pot de nuit. Tiiersite se fût affublé du manteau d' Agamemnon qu'il n'en eût pas moins été Thersite. »
Alph. Kai:r.
• L'esprit du dévouement le plus complet, du sacrifice le plus absolu, se saisit k certains moments de toute une armée. Alors la vie militaire présente la plus haute expression de la noblesse de l'homme comme de sa force. Le "sentiment du sacrifice grandissant tous ceux qui le portent en eux, tel qui, hors de lk, serait pris pour un Thersite, devient alors le pareil d Achille. »
Michel Chevalier.
« Ce qui est certain , c'est que tu n'étais pas (Hébert) avec nous en 1789 dans le cheval de bois; c'est qu'on ne t'a point vu parmi les guerriers des premières campagnes de la Révolution; c'est que, comme les goujats, tu ne t'es fait remarquer qu'après la victoire, où tu t'es signalé en dénigrant les vainqueurs, comme Thersite, en emportant la plus forte part du butin et en faisant chauffer ta cuisine et tes fourneaux de calomnies avec les 120,000 francs et la braise de Bouchotte. » Camille Desmoulins.
Et puis j'aurais fouetté d'ardentes philippiquoa Les Thersites fuyardB de nos combats épiques ; Spectateurs nonchalants qui, de leur balcon d'or, Applaudissaient Paris comme un toréador; Qui, le drame achevé, tombèrent de leur loge Pour s'inscrire vivants sur un martyrologe, S'enivrer au banquet dressé pour ies vainqueurs. Et rougir de cordons leurs poitrines sans cœurs. HÉa, Moreau.
THEBSO , bourg et paroisse d'Ecosse (Caithness), au fond d'une baie, k l'embouchure de la rivière du même nom, où se trouve l'un des ports les meilleurs et les plus fréquentés de la Grande-Bretagne, k 36 kilom. N.-O. de "Wick; 5,00.0 hab. Ella est irrégulièrement bâtie, mais possède quelques belles maisons et une jolie église. On y remarque en outre uu vieux château, la tour d'Harold et les ruines de l'ancien château des évêques de Caithness. « La baie semicirculaire au fond de laquelle elle est bâtie
THES
et qui porte son nom, comme la rivière qui s'y jette, est bornée, dit M. A. Esquiros, k l'O. par Holburn Head et le rocher détaché du Clett, et au N.-E. par Dunnet Head. Entre ce promontoire, de plus de 100 mètres de hauteur, et par-dessus lequel jaillit l'écume des vagues pendant les gros temps, on aperçoit les rochers deHoy et les autres Orcades. C'est sur le promontoire de Holburn que nous conseillons d'aller contempler l'Océan pendant une tempête , si l'on aime les grands spectacles de la nature. »
THÉRY (Augustin-François), administrateur et littérateur, né k Paris en 1796. Lorsqu'il eut achevé ses études k Versailles, il entra, le premier, k l'Ecole normale supérieure (1816), se fit ensuite recevoir docteur es lettres, licencié en droit, puis fut successivement, au collège de Versailles, professeur de seconde, de rhétorique, censeur des études (1826) et proviseur (1831). En 1844, M. Théry devint recteur k Montpellier, qu'il quitta pour aller remplir les mêmes fonctions k Rennes, à Caen et à Clermont. Mis k la retraite en 1868, il a été nommé inspecteur général honoraire, et a reçu, en 1866,1a croix de commandeur de la Légion d'honneur. M. Théry a débuté, comme littérateur, en remportant en 1821 le prix d'éloquence k l'Académie française, par un morceau en prose intitulé le bénie poétique. L'année suivante, une pièce de lui en vers, la Renaissance, obtint l'accessit unique au concours do poésie k la même Académie. Depuis, il a publié une traduction en vers des Satires do Perse; les Origines du collège de Versailles; Conseils aux mères, qui ont 'obtenu le prix Montyon en 1839 et ont trouvé place dans le Cours d'éducation des jeunes filles édité par Hachette; Précis d'histoire d'Angleterre ; Choix d'oraisons funèbres; Histoire des opinions littéraires (1844, 2 vol. in-8°), un de ses meilleurs ouvrages ; Modèles de discours (1845-1856); Lettres sur la profession d'instituteur, qui ont valu à l'auteur une médaille de la Société d'instruction élémentaire en 1854; Histoire de, l'éducation en France depuis le vo siècle (1858, 2 vol.); le Génie philosophique et littéraire de saint Augustin (1861, in-8°). Citons encore de M. Théry des livres classiques estimés : Exercices de mémoire et de lecture (1844); Conciones français (1846), etc.
THÉSAURISATION s. f. (té-zo-ri-za-st-on
— nid. thésauriser). Action de thésauriser : L'esprit de thésaurisation est nuisible. (Neeker.)
— Fig. Accumulation de richesses intellectuelles : Le progrès qui se manifeste dans les sciences et l'industrie est l'effet de notre thésaurisation historique. (Proudh.)
THÉSAURISER v. n. ou intr. (té-zô-ri-zé
— lat. thesaurisare ; de thésaurus, trésor). Amasser de l'argent, des espèces métalliques ou des valeurs; se former un trésor ; Il thésaurise, il aime à thésauriser. Le roi ne thésaurise pas,- s'il thésaurisait, il y perdrait lui et l'Etat. (Volt.)
L'avare rarement finit ses jours sans pleurs : 11 a le moins de part au trésor qu'il enserre, Thésaurisant pour les voleurs, Pour ses parents ou peusr la terre.
La Fontaine.
— Fig. Accumuler des biens intellectuels ou moraux : Vous ne devez plus thésauriser que pour le ciel. (Mass.)
THÉSAURISEUR, EUSE s. té-zô-ri-zeur, eu-za — rad. thésauriser). Personne qui thésaurise : Avancer un liard au jeu de mouche pour risquer d'en avoir cinq, de coup en coup, constituait pour la vieille thésauriseuse une opération financière. (Balz.)
Tiienaurui grtoci» liiijii», par Henri Estienne. V. Trésor de la langue grecque.
THÈSE s. f. (tè-ze — lat. thesis, gr. thesis, position, action de poser; de theô, tithêmi, poser, placer, mettre). Proposition que l'on avance, que l'on soutient : Défendre sa thèse. C'est une thèse généralement reçue dans la vieille école, que te chatdéen est plus ancien que l'hébreu. (Renan.)
— Proposition ou ensemble de propositions que l'on soutient publiquement dans les universités, dans les écoles publiques : Thèse de médecine. Thèse de droit. Thèse de théologie. Il Discussion publique de ces propositions : Présider, assister à une thèse.
— Feuille de papier ou de satin sur laquelle on imprimait autrefois les thèses qu'on se proposait de soutenir publiquement :
Peindrai-je son jupon bigarré de latin, Qu'ensemble composaient trois thèses de satin?
Il Brochure imprimée qui sert aujourd'hui au même usage : Envoyer, distribuer des exemplaires de sa thèse.
— En thèse générale, D'une façon générale, en réduisant la question k ses termes généraux : En thèse générale, la .justice vaut mieux que la bonté.
— Changer de thèse, Passer k un autre sujet, déplacer la question : La douairière, voyant sa peine perdue, changea de thèse. (A, de Musset.) Il Changer la thèse, Modifier la question, l'état des choses :
Diable ! allons doucement, ceci ckanye ta thèse.
Li Chaussée,
THES
— Encycl. Enseignera. C'està Aristote.de qui date la langue de la logique, que remonte le raot thèse. Il donna ce nom à toute proposition qui, sans être un axiome, sert de base à la démonstration et n'a pas besoin ellemême d'être démontrée. Il distinguait deux espèces de thèses, l'une qui exprime l'essence de la chose, l'autre son existence ou sa nonexistence. Il confondait la première avec la définition et distinguait la seconde par la dénomination d'hypothèse, signifiant subordonnée à la thèse. Chez Cicéron, le mot thèse a le sens d'une question générale d'où découlent naturellement les cas particuliers. Dans le langage moderne, ce même mot a encore changé de signification, et voici comme il a été dérini dans le Dictionnaire de l'Académie : • Toute proposition qu'on énonce, toute question qu'on met en avant, dans le discours ordinaire, avec l'intention de la défendre si elle est attaquée. » De ce sens général est né un sens plus restreint, et on entend le plus souvent par thèse une question soutenue publiquement dans les écoles pour obtenir un grade.
L'usage des thèses exista dans l'ancienne Université dès une époque fort ancienne que l'on ne peut préciser. Suivant Crevier, saint Bonaventure introduisit les thèses dans l'ordre des franciscains, dont il était supérieur, dans le but de contrôler l'enseignement des maîtres, aussi bien que d'examiner les progrès des disciples. En 1266, il tint un chapitre général k Paris et fit soutenir en sa présence des thèses publiques sur la théologie au collège des Cordeliers. Cet exemple passa en loi chez les franciscains, puis fut imité par plusieurs ordres religieux. Le plus souvent la tenue des chapitres généraux fut accomuagnée de thèses solennelles, propres à exciter l'ému iation des étudiants et de ceux qui présidaient aux études. On chercherait vainement à savoir si les thèses de l'Université devancèrent celles qu'institua saint Bonaventure. Ce qui paraît seulement certain, c'est que la thèse nommée sorbonique se soutenait au moins dès l'année 1323. Après avoir été reçu maître es arts, celui qui voulait suivre jusqu'à leur couronnement les études théologiques avait à prendre les trois degrés de bachelier, de licencié et de docteur. Pour obtenir le degré de bachelier, il fallait subir deux examens de quatre heures chacun, l'un sur la philosophie, l'autre sur la troisième partie de la Somme de saint Thomas, et soutenir pendant six heures une thèse qu'on appelait tentative. L'examen de licence ne pouvait être passé que deux ans après. Durant ces deux années, le bachelier était obligé d'assister à toutes les thèses sous peine d'amende, d'y argumenter souvent et d'en soutenir trois : la première, nommée mineure ordinaire, concernait les sacrements et durait six heures; la seconde, nommée majeure ordinaire, durait également six heures et avait pour objet la religion, l'Ecriture sainte, l'Eglise, les conciles et divers points de critique de l'histoire ecclésiastique; la troisième portait le nom de sorbonique, parce qu'elle se soutenait toujours en Sorbonne ; elle durait de six heures du matin à six heures du soir, sans autre intervalle que celui d'un léger repas pris sur le lieu même vers l'heure de midi ; cette thèse devait traiter des péchés, des vertus, des décisions de l'Eglise, de l'incarnation et de la grâce. Ceux qui, après avoir disputé aux thèses pendant deux années, soutenaient victorieusement ces trois actes étaient reçus licenciés. Pour obtenir le degré de docteur, le licencié soutenait, de trois heures après midi jusqu'à six, une thèse nommée vespérie ; des docteurs seuls argumentaient contre lui. Le lendemain, après avoir reçu le bonnet de docteur des mains du chancelier de l'Université, il présidait, dans la salle de l'archevêché de Paris, à une thèse nommée aulique, ab auia, du lieu où on la soutenait. Tous les docteurs étaient appelés à enseigner, c'est-à-dire à être régents en théologie ; mais, avant d'exercer la régence, il leur fallait soutenir une nouvelle thèse qu'on appelait résumpte, c'est-à-dire récapitulation, reprise. C'était une leçon formant récapitulation de toute la théologie; on y déclarait qu'ayant terminé le cours d'enseignement comme licencié on prétendait le reprendre comme docteur. Jusqu'au xtiii» siècle, la résumpte fut soutenue aussitôt après la promotion au doctorat et généralement te lendemain. Mais, durant le cours de ce siècle, on ne la soutint plus que sept ans après avoir acquis le doctorat, et elie donna le droit d'entrer aux assemblées de la Faculté, qui n'admettaient pas les simples docteurs.
Il y eut dans les Facultés de théologie une autre sorte de thèse qui n'avait pas rapport aux examens et qui était un simple exercice d'école. On lui a donné le nom de thèse quodlibétaire, parce qu'on y proposait des questions quelconques (quxstiones quodlibetica)) et souvent des questions éniginatiques, équivoques, sans importance, parfois même des questions burlesques et ridicules; c'est de là ijue paraît être venu le mot quolibet. On a aussi/dans certains livres, rangé, mais à tort, parmi les thèses la parauymphe, discours que le président des concours dans les facultés adressait aux aspirants licenciés qui venaient de subir leurs épreuves, soit en théologie, soit eu médecin*.
L'une des thèses qui, dans l'ancienne Université, tirent le plus de bruit, est celle que
THES
l'abbé de Prades soutint en Sorbonne pour ie doctorat en théologie le 18 novembre 1751. Il y mit en avant les propositions les plus hardies sur l'essence de l'âme, sur le bien et le mal moral, sur la loi naturelle et la religion révélée, sur les miracles, l'origine de la société, etc. Il y établit même un parallèle entre les guérisons opérées par Jésus-Christ et celles qu'avait pu faire Esculape. La Sorbonne approuva cette thèse; mais plusieurs prélats et le pape Benoît XIV l'ayant condamnée, la Sorbonne s'empressa de revenir sur sa décision et traita d'impie l'auteur, qui fut aussi condamné par le parlement, à la requête de l'avocat général d'Ormesson.
L'usage des thèses a subsisté dans l'Université, mais elles sont soutenues avec moins d'apparat et surtout moins de prolixité qu'autrefois. On soutient des thèses pour la licence et le doctorat devant les Facultés de théologie et de droit, pour le doctorat seul devant les Facultés de médecine, des lettres et des sciences. Les thèses pour la licence sont, en général, peu importantes, et un grand nombre de celles qui ont en vue le doctorat en médecine ne sont malheureusement qu'une vaine formalités II n'en est pas ainsi de celles qui sont soutenues pour le doctorat dans les lettres, les sciences, le droit et la théologie. On en compte beaucoup qui sont restées des titres littéraires ou scientifiques pour leurs auteurs et qui, remaniées et augmentées, ont formé de très-importants ouvrages. Quelquesunes aussi se distinguent par la nouveauté des points de vues et la hardiesse des idées ; parfois même cette hardiesse est poussée si loin que la Faculté refuse de les accepter. Il y a surtout une remarquable indépendance de doctrine dans les bonnes thèses de médecine, qui sont rares, comme nous l'avons dit, relativement à leur grand nombre, mais qui en sont d'autant plus distinguées du monde savant. On se rappelle le bruit fait récemment, au milieu des discussions sur le matérialisme de la Faculté de Paris, par une thèse de M. Grenier, qui aflichait ouvertement le matérialisme et qui fut rejetée par décision supérieure.
Les thèses sont imprimées dans un format particulier, grand in-go ou petit in-4°, que l'on désigne sous le nom de format des thèses. Dans les siècles passés, les thèses soutenues devant les Facultés de Paris s'imprimaient dans le format in-folio. Pendant longtemps, on en rit tirer sur de la soie ou du satin quelques exemplaires destinés à être offerts en cadeau. Ainsi s'expliquent les vers de Boileau :
Pe indrai-je son jupon bigarré lie latin, Qu'ensemble composaient trois thèses de satin, Présent qu'en un procès sur certain privilège Firent à son mari les régents d'un collège, " Et qui sur cette jupe à maint rieur encor Derrière elle faisait lire : Argumentabor ? THÉSÉE s. m. (nom mythol.). Astron. Ancien nom de la constellation d'Hercule, ou, selon d'autres, de l'un des Gémeaux.
THÉSÉE, fils d'Egée et d'Ethra, un des plus célèbres héros des légendes grecques. Il fut le dixième roi d'Athènes et s'illustra principalement par sa victoire sur le Minotaure. Il exempta ainsi les Athéniens de l'odieux tribut que leur avait imposé Minos; il défendit Athènes contre les Amazones, détruisit les brigands, les monstres, les pirates, fonda des temples, régla le culte, établit les lois et fut vénéré comme un second Hercule. On lui attribue, entre autres fondations nationales, celle de la fête des panathénées, dont le nom même indiquait qu'il avait réuni en un seul corps les différents dèmes de l'Attique.
On racontait au sujet de sa naissance la légende suivante : Egée, roi d'Athènes, était allé consulter l'oracle de Delphes pour savoir s'il aurait des enfants. Il ne reçut de la prêtresse qu'une réponse ambigus ; pour se la faire expliquer, il passa par Trézène chez le sage Pithée, qui crut ne pouvoir mieux faire que de saisir cette occasion pour s'allier avec le roi d'Athènes en lui faisant épouser sa fille Ethra; mais comme Egée pouvait aspirer à une alliance plus avantageuse, on usa d'artifice et l'on ne fit point connaître au jeune prince quelle était la personne qui allait partager son lit. Lorsqu'il sut le lendemain qui elle était, il cacha, en sa présence, une èpée et des souliers sous une grosse pierre et lui dit que, si l'enfant qu'elle avait conçu pendant la nuit était un fils, elle lui fit lever la pierre quand il serait eu âge d'en avoir la force et l'envoyât k Athènes avec ces preuves de sa naissance; que, jusque-là, elle ne fit connaître à personne ce secret. Thésée, fruit de cette union, fut ainsi appelé par sa mère lorsqu'il naquit, k cause des marques de reconnaissance, disait la légende (par allusion au verbe tithenai, poser, aoriste thêsai), que son père avait posées sous la pierre. Cependant Pithée, ne voulant pas que l'aventure de sa fille fût connue, avait déclaré, la voyant enceinte, qu'elle avait été visitée par Neptune, la grande divinité de Trézène. Dans la suite, Thésée se vanta de cette extraction divine. Pausanias rapporte, à ce sujet, que, Thésée étant allé en Crète, Minos lui dit qu'il n'était pas fils de Neptune comme il s'en vantait et le défia de lui rapporter un témoignage de cette origine, puis jeta sa bague duns la mer. Thésée rapporta non-seulement la bague, mais encore une couronne qu'Ara-
THES
phitrite lui avait mise sur la tête. Les mythographes modernes ont vu dans Egée une personnification marine qui explique cette double paternité attribuée à Thésée par les anciens.
On rapporte plusieurs traits du courage et de la force que Thésée fit paraître dans ses premières années. Les Trézéniens racontent qu'Hercule étant venu voir Pithée, qui était, par sa sœur Lysidice, oncle d'Alcmène, quitta sa peau de lion pour se mettre à table. Plusieurs .enfants de la ville, entre autres Thésée, qui n'avait alors que sept ans, attirés par la curiosité, étaient accourus chez Pithée ; mais tous eurent peur de la peau de lion, à l'exception de Thésée, qui, croyant voir un véritable lion, arracha une hache d'entre les mains d'un esclave et vint pour attaquer la bête fauve.
Lorsque, à l'âge de seize ans, il eut appris de sa mère le secret de sa naissance, soulevé la pierre et pris tes objets destinés à le faire reconnaître comme hériter du roi d'Athènes, il se rendit secrètement dans cette ville. Là, il parut avec une robe traînante et de beaux cheveux frisés déroulés sur les épaules, qui firent dire à des ouvriers occupés à terminer la voûte du temple d'Apollon Delphien : « Où va donc cette belle grande fille ainsi seule? » Pour toute réponse à cette plaisanterie injurieuse, il détela deux bœufs qui étaieut à un chariot, prit le chariot et le jeta plus haut que les ouvriers qui travaillaient à la toiture du temple. Puis, au lieu de se faire reconnaître, il résolut de se rendre digne d'être le fils d'Egée par des exploits auxquels le poussait l'émulation des faits héroïques de son cousin Hercule. Il commença dès lors sa vie aventureuse et se mit à purger l'Attique des brigands qui l'infestaient. Ici se placent ses expéditions contre. le géant Sinnis, dont il épousa la fille, Périgone; contre Périphètes, autre géant surnommé le porteur de massue ; la laie Phaie, mère du sanglier de Calydon ; Procirste, l'homme au lit de fer ; Scyron, autre brigand, etc. Après ces victoires sanglantes, il se porta sur les bords du Céphise et se fit purifier par les descendants de Phytalos, à l'autel de Zeus Melikhios, pour avoir souillé ses mains du sang de Sinnis, entre autres, lequel descendait comme lui de Pithée. 11 rentra alors dans Athènes et se présenta devant Egée. Médée, qui, réfugiée de Corinthe à Athènes, s'était rendue maîtresse de l'esprit du roi, lui inspira des soupçons sur le compte du jeune héros qu'avait précédé le bruit de ses victoires et le détermina à faire empoisonner Thésée dans un festin qu'Egée devait lui donner par honneur. Mais au moment où Thésée allait avaler le poison, il fut reconnu par son père à la garde de son épée. Médée fut chassée d'Athènes, et Thésée, rétabli dans tous ses droits, eut teiu d'abord à se défendre, ainsi que son père, contre les conspirations de son oncle Fallas et de ses . cousins les Pallantides. Vainqueur de ces adversaires^ il dut encore expier leur mort, bien qu'elle eut été juste, et s'exiler d'Athènes pour un an; après ce temps, il fut absous au tribunal des juges qui s'assemblaient dans le temple d'Apollon Delphien,
A cette époque de la vie de Thésée se place la victoire qu'il remporta sur un taureau qui ravageait les plaines de Marathon, légende dont le sens nous conduit à voir dans Thésée un héros de l'agriculture et un bienfaiteur de l'Attique.
Il rendit bientôt à ce pays un service plus signalé en le délivrant du tribut annuel de sept jeunes garçons et de sept jeunes filles qu Athènes payait à la Crète et qui étaient dévorés par le Minotaure. Avant de partir pour son expédition contre le monstre Cretois, Thésée, en héros pieux, nous dit Plutarque, s'efforça de se rendre les dieux propices par un grand .iombre de sacrifices. Il consulta l'oracle de Delphes, qui lui promit un heureux succès dans son expédition si l'amour lui servait de guide. En effet, ce fut grâce à l'amour qu'il inspira à Ariane, fille de Minos, qu'il put surmonter tous les dangers de cette entreprise. V. Ariane, Péribéb.
A son retour de Crète, il trouva que son père Egée s'était tué de douleur à la pensée que lui-même avait succombé. Ses premiers soins furent de rendre à son père les derniers devoirs. Ensuite, pour remercier les dieux de l'heureux succès de son expédition, il établit en leur honneur plusieurs fêtes, dont la dépense devait être fournie par les familles des jeunes garçons et des jeunes filles voués au Minotaure, qu'il avait ramenés sains et saufs de l'Ile de Crète. Mais surtout il ne manqua pas de mettre à exécution le vœu qu'il avait fait à Apollon, en partant, d'envoyer tous les ans à Délos offrir des sacrifices en action de grâces. On se servit pour ce voyage, qu'accomplirent fidèlement chaque année des députés couronnés de branches d'olivier, du même vaisseau qu'avait monté Thésée; et l'on entretint c«. vaisseau avec tant de soin qu'il parut toujours le même et que les poètes le déclarèrent immortel. Au temps de Ptolémée Philadelphe, c'est-à-dire environ mille ans après l'époque qu'on assignait à ta mort de Thésée, ce vaisseau, dit la légende, durait encore, ainsi que la coutume d'envoyer, en commémoration de la victoire de Thésée, des députés à Délos. Nous avons déjà rapporté cette tradition au mot théorie. Un grand nombre d'autres cérémonies et coutumes religieuses, ainsi que plusieurs cha-
THES
pelles ou enceintes sacrées élevées en l'honneur de différents héros, se rattachaient à différents actes et à des règlements spéciaux de Thésée. Ces fêtes spéciales s'appelaient les théséies. V. plus loin.
Thésée rendit aux Athéniens un service plus important encore que les premiers en les défendant contre l'invasion redoutable des Amazones. On raconte que les Argonautes avaient trouvé ces femmes guerrières sur les bords du fleuve Thermodon, dans leur expédition le long de la côte méridionale du Pont- Euxin. C'est dans ce même endroit, alors qu'elles n'avaient pas encore réparé les pertes subies dans ce rude combat, que Thésée les assaillit, les défit et emmena prisonnière leur reine, dont il fit une de ses femmes et dont il eut Hippolyte. Elles vengèrent cette injure en envahissant l'Attique, entreprisa que Plutarque ne trouve « ni insignifiante ni féminine, » et pour laquelle, si 1 on en croit Hellanicus, elles traversèrent le Bosphore Cimmérien par la glace de l'hiver en partant du côté asiatique du Palus-Méotide. Elles surmontèrent toutes les difficultés dans cette marche prodigieuse et pénétrèrent jusque dans Athènes elle-même ; ce fut là, au cœur de la ville, que fut livrée la bataille dans laquelle Thésée les écrasa, bataille soutenue avec peine et qui fut un moment douteuse. Les antiquaires athéniens indiquaient avec confiance la position exacte qu'avaient occupée les deux armées rivales ; l'aile gauche des Amazones s'était arrêtée sur le lieu où l'on éleva le monument commémoratif appelé l'Amanoneion; l'aile droite touchait le Pnyx, endroit où plus tard furent tenues les assemblées publiques de la démocratie athénienne. La tin de la vie de Thésée fut remplie par la part importante qu'il prit à tous les exploits de l'âge héroïque, tels que la conquête de la toison d'or et la chasse du sanglier de Calydon. Il joua un rôle plus personnel dans l'enlèvement d'Hélène et dans sa descente aux enfers avec Pirithoûs. Un autre enlèvement, celui de Proserpine, tenté, avec l'aide de Thésée, par Pirithoûs, fut cause qu'ils furent attachés sur un rocher, et c'est là que les rencontra Hercule lorsqu'il descendit également aux enfers. Il parvint à délivrer Thésée; mais, lorsqu'il essaya de détacher Pirithoûs, la terre trembla. La délivrance de Thésée, suivant M. Maury, est vraisemblablement, dans ce récit, une addition postérieure, effectuée dans lé" but de rattacher au grand héros de Thèbes celui de l'Attique, dont il prenait peu à peu la place. Quoi qu'il en soit, le retour de Thésée à Athènes fut marqué par la mort de son fils Hippolyte, qu'il dévoua à la vengeance de Neptune sur la fausse accusation de Phèdre, sa propre épouse (v. Phèdre). Il finit par être chassé d'Athènes et alla mourir à Scyros. Suivant la tradition, ce ne fut qu'assez tard que les Athéniens rendirent justice au héros auquel ils étaient redevables de la plupart de leurs institutions. Cependant quelques auteurs nous présentent le culte de Thésée comme ayant été, au contraire, effacé peu à peu par ceiui d'Hercule.
« Thésée, dit M. Maury, offre une assez grande analogie avec Hercule ; il est, pour Athènes et les Ioniens, ce que le fils d'Alcmène est pour Thèbes, le héros national. Il a comme lui ses travaux. On lui rendit également un culte après sa mort. De là des traditions tirées de la ressemblance des deux héros et qui les mettent en rapport. Ces rapprochements mythologiques expliquent comment la légende d'Hercule fut enrichie d'une aventure qui appartient à celle de Thésée, l'enlèvement de la ceinture de la reine des Amazones, Hippolyte, ou, comme Diodore de Sicile l'appelle, Ménalippe. Thésée, dont le souvenir demeurait attaché à cet exploit, fut sacrifié à la gloire d'Hercule et ne devint plus qu'un de ses compagnons... Aristide nous apprend qu'à une époque postérieure on consacra à Hercule plusieurs temples dédiés auparavant à Thésée. •
Thucydide , en dessinant le caractère de Thésée, le représente comme un homme qui possédait à la fois un grand courage et une grande sagacité politique et qui rendit à sa patrie l'inestimable service de réunir en une société politique commune tous les demes de l'Attique jusqu'alors séparés et se gouvernant eux-mêmes. D'après le juste respect accordé à l'assertion de Thucydide, il est d'usage de considérer cette assertion comme historiquement authentique et de traiter les accessoires romanesques que nous trouvons dans Diodore et dans Plutarque comme s'ils étaient un élément fictif ajouté à cette base réelle. Selon M. Grote {Histoire de ta Grèce, I'e partie, chap. xi), c'est une erreur que de voir la chose ainsi. * Le robuste et amoureux chevalier errant, dit cet auteur, est l'antique version du caractère ; le politique profond et sagace est une correction ultérieure, introduite, il est vrai, par des hommes d'un esprit supérieur, mais dépourvue de garantie historique et naissant de leur désir de trouver des raisons personnelles, afin de concourir à la vénération que le public en général témoignait à son héros national avec plus de facilité et de sincérité que ces écrivains euxmêmes. Thésée, dans ['Iliade et dans VOdyssée, combat avec les Lapithes contre les Centaures ; Thésée, dans les poèmes hésiodiques, est aveuglé par sa passion pour la belle iEglé, fille de Panopeus; et le Thésée décrit
THES
dans la biographie de Plutarque est en grande partie une continuation et un épanouissement de ces mêmes attributs ou d'attributs semblables, mêlés à une foule de légendes locales, expliquant, comme les Fastes d'Ovide ou VAitia, aujourd'hui perdu, de Cailimatjue, la formation primitive de coutumes religieuses et sociales dominantes. Plutarque a sans doute beaucoup adouci et modifié les aventures qu'il trouvait dans les légendes athéniennes, ainsi que dans les épopées poétiques appelées Tfiéséides. En effet, dans sa préface de la Vie de Thésée, après avoir expressément déclaré qu'il est près de franchir la limite et de ce que l'on sait et de ce que l'on peut savoir, mais qu'il ne saurait résister à la tentation de comparer le fondateur d'Athènes avec celui de Rome, il termine par les mots remarquables qui suivent : « Je forme le vœu que ce sujet fabuleux puisse si bien répondre à mes efforts qu'il présente, une fois purifié par la raison, l'aspect de l'histoire; mais là où il montre un mépris hautain pour la plausibilité et n'admet pas d'alliance avec ce qui est probable, je demanderai des auditeurs indulgents disposés a accueillir avec bienveillance un antique récit. • Nous voyons ici que Plutarque se proposait, non de raconter les vieilles tables telles qu'il les trouvait, mais de les purifier par la raison et de leur donner l'aspect de l'histoire. Nous avons à le remercier d'avoir conservé, après cette épuration, autant de l'élément romanesque et merveilleux; mais nous pouvons être sûrs que les sources auxquelles il puisait étaient plus romanesques et plus merveilleuses encore. C'était la tendance des hommes éclairés d'Athènes, à partir du temps de Solon, d'épurer la personnage de Thésée et de lui donner un caractère politique. Pisistrate même effaça de l'un des poèmes hésiodiques le vers qui décrivait la passion violente du héros pour la belle jËglé, et les poètes tragiques trouvèrent plus conforme aux sentiments de leur auditoire de le représenter comme un noble et libéral souverain que comme un batailleur . cherchant tout seul les aventures; mais les poètes alexandrins restèrent plus fidèles aux anciennes fables. Callimaque traita l'histoire d'Hékalé, la vieille femme hospitalière qui reçut et bénit Thésée lorsqu'il vint combattre le Minotaure et qu'il trouva morte quand il revint lui apprendre la nouvelle de son succès, et Virgile do,it avoir eu l'esprit plein des légendes non épurées quand il mettait cet Hercule athénien au nombre des malheureux patients condamnés à une peine éternelle dans les enfers :
Sedôt œlernumque sedebit
Infelix Thesetts. • V. SKDET.
M. Maury retrouve la trace d'une origine naturaliste et spécialement marine dans la personnalité de Thésée, auquel l'Iliade donne î'épithète de fils d'Egée, c'est-à-dire fils de la mer ou des vagues. « Toutefois, ajoute cet auteur, la personnalité du héros athénien, de même que celle de la déesse Athéné, avec laquelle il offre quelque ressemblance, ne tarde pas à se dégager de l'idée naturaliste dont elle était l'enveloppe, pour revêtir le type d'une race. Thésée devint le héros fondateur des colonies anciennes de l'Attique et fut transformé plus tard en un roi d'Athènes. >
tuimév, tragédie de La Fosse (Théâtre- Français, S août 1700). Egée croit que son fils Thésée, que, par crainte d'un oracle, il avait confié à un berger, est tombé sous les coups d'un assassin. Il le regrette d'autant plus vivement qu'il est en guerre avec Pallante; il est obligé de confier le commandement de son armée à Sthénélus, un jeune héros d'une race étrangère, qui n'est autre que Thésée lui-même. Médée, qui veut épouser Egée, cherche à perdre Sthénélus dans son esprit, et les circonstances la servent à souhait. Deux femmes naufragées ont été recueillies par Egée; Thrasile, confident de Médée , a surpris Sthénélus s'entretenant avec elles et découvert que l'une d'elles est Erixène, la fille de Pallante. Vite Médée fait croire à Egée qu'Erixène et Sthénélus conspirent contre sa vie. Il les interroge séparément ; la princesse s'avoue noblement fille de Pallante, mais elle repousse avec horreur l'accusation de complot. Quant à Thésée, il s'indigne de pareils soupçons avec tant d'énergie, qu'une voix secrète dit à Egée qu'il n'est pas coupable :
Èats Avec ce que je sens, te puis-je condamner? Après ce que je sais, te puis-je pardonner?
THÉSÉE
Ni l'un ni l'autre ici n'est en votre puissance; "Vous ne pouvez, seigneur, condamner l'innocence, Ni la juste fierté n'admet point de pardon; Ce serait une tache imprimée à mon nom.
Thésée veut faire échapper Erixène ; Thrasile à la tête des troupes l'en empêche; le héros est fait prisonnier, mais après avoir tué son persécuteur. On apporte a Egée son glaive comme preuve du crime, et, grâce à cette pièce de conviction, il est reconnu pour le fils du roi; il épousera Erixène. Médée furieuse s'enfuit avec ses partisans.
Cette tragédie est bien inférieure au Man-
lius du même auteur. Médée ne s'y montre
. pas féroce, comme le prescrit Horace; il est
THES
vrai qu'elle-même donne le motif de sa douceur calculée :
Je dois craindre en ces lieux, où je dois être reine, D'effaroucher tes cœurs par l'éclat de ma haine. L'intérêt languit par moment, et le personnage le plus touchant est Erixène, et non Thésée. On remarque néanmoins quelques beaux vers.
Thé.ie, tragédie en cinq actes et en vers, de Mazoyer (Théâtre -Français, novembre 1800). Cette pièce ouvre l'ère des œuvres insipides, des froides tragédies du genre pseudoclassique qui affadirent et énervèrent le goût français sous l'Empire. On met toujours à contribution la mythologie et la Fable; mais les grands sujets étant épuisés par les grands poëtes, on se rejette sur les petites légendes qui ne pouvaient donner que de petites inspirations. C'est ainsi que Mazoyer composa son Thésée sur une donnée stérile, qui n'avait tenté aucun des grands tragiques. Au lieu de la Médée d'Euripide, terrible et belle celle-là, mais devenue banale à force d'imitations, il choisit une autre Médée, empoisonneuse aussi, mais sans excuse et sans intérêt. Femme d'Egée, le roi d'Athènes, un vieil imbécile, elle apprend que son époux a eu jadis d'une princesse étrangère un fils qui doit succéder à son père lorsque, robuste et courageux, il viendra présenter au vieillard l'épée déposée près de son berceau. Ce fils a grandi, il est à Athènes, c'est Thésée, et la •haine de sa marâtre l'a deviné plus tôt que l'amour paternel. Médée, assistée d'un certain Pallante, héritier présomptif du trône athénien, jure la perte du fils d'Egée, et l'imprudent jeune nomme favorise par ses folles bizarreries le courroux de sa bellemère. Au lieu de se découvrir à Egée, il s'amuse à l'intriguer; il l'engage à réunir le peuple dans un sacrifice solennel , puis il écrit k sa femme Antiope devenir à Athènes partager la couronne avec lui. Théramène est chargé de porter la lettre à son adresse, et il s'acquitte du message avec une classique docilité. Egée pourtant trouve étranges, et non sans raison, les façons d'agir du nouveau venu; sa terrible femme n'a pas de peine à lui persuader que ce jeune homme est un astucieux usurpateur; la lettre de Thésée à sa femme, enlevée au fidèle Théramène, confirme ces • soupçons. Médée propose à son mari d'empoisonner Thésée ; Egée résiste mollement et finit par céder. Mais, tout à coup, il aperçoit au côté du jeune homme l'épée qu'il laissa près de son berceau ; il aurait pu l'apercevoir plus tôt, et son fantasque fils n'aurait-il pas dû la lui montrer avant tout? Heureusement, la sottise du vieillard, l'imprudence du jeune homme n'ont aucune fâcheuse conséquence. Thésée n'a rien bu des mains de sa belle-mère; il régnera. En vain Médée, .irritée, complote avec Pallante d'assiéger le palais d'Egée, de détrôner le père et le fils. Le ciel prend à la fin le parti des imprudents contre les criminels. Pallante est battu, et Théramène, fidèle à ses vieilles habitudes, vient raconter en un long radotage que Médée a été engloutie dans les enfers avec éclairs et tonnerre. Telle est cette pièce, sans caractères et sans suite. Le style est à l'avenant. Un critique du temps y releva ces gentillesses :
C'est cette noble envie et cette vive ardeur Par qui iVun nom fameux j'ai reçu la splendeur... Mon coeur dans son courroux n'a rien qui persévère... Je n'examine point quel désir empressé Vous fit hâter mon bras à ce crime -poussé. Tout manquait à la fois à la vieille école classique, style et imagination, force et goût. Le romantisme devenait nécessaire.
Tbéséa , tragédie lyrique en cinq actes, précédée d'un prologue, paroles de Quinault, musique de Lulli ; représentée par l'Académie royale de musique, àSaint-Germain-en- Laye, devant le roi, le 3 février 1675, et ensuite à Paris au mois d'avril. Cet opéra est un des meilleurs de cette époque au double point de vue de l'intérêt dramatique et de la musique. 11 fut repris au moins dix fois ; la dernière représentation eut lieu le 1er avril 1779, c'est-à-dire cent quatre ans après la première. Ce ne sont pas des ouvrages médiocres, ceux qui firent ainsi pendant plus d'un siècle l'admiration des esprits cultivés. Cependant la pièce est loin détre ta meilleure de Quiuault. Les événements y sont trop pressés et les enchantements de Médée sont puérils. La scène du prologue se passe dans les jardins de la façade du palais de Versailles. Le, fond du sujet de la tragédie est l'amour éprouvé de Thésée et d'^Ëglé, princesse placée sous la tutelle du roi d Aihènes, Egée, et que ce roi veut épouser. Thésée, exposé par son père dans son enfance à Trézène, a promis sa foi à Médée, la magicienne. Il revient à Athènes, combat une sédition qui menaçait le trône do son père, devient l'idole du peuple, mais porte ombrage à Egée. Celui-ci, poussé par la fureur jalouse de Médée, accepte de ses mains un breuvage empoisonné qu'il donne à boire à Thésée. Mais il aperçoit tout à coup dans l'épée qu'il porte le signe de reconnaissance qu il avait attaché au corps de son tils lorsqu'il fut exposé par ses ordres. Médée prend la fuite, le fils et le père s'embrassent, jïîglé est au comble de ses voeux, et le peuple d'Athènes chante un chœur d'allégresse.
La partition n'est pas inférieure aux au-
THES
très ouvrages de Lulli. Les chœurs ont de la puissance; celui des prêtresses de Minerve, qui termine le premier acte, a de l'ampleur et de la grâce. Nous signalerons le rôle de Médée et particulièrement les airs : Doux repos, innocente paix; Revenez, amours; la mélodie des vers suivants :
Un peu d'amoureuse tendresse
Sied bien aux plus fameux vainqueurs.
Si l'amour est une faiblesse,
C'est la faiblesse des grands cœurs.
Et aussi le monologue de Médée : Dépit mortel, transport jaloux, dont la déclamation est superbe. Il y règne comme un souffle de Cor-
THES
neille et de Gluck. Les chansons dansées dans le quatrième ac,te par les bergers ont du caractère et de la grâce. L'invocation magique de Médée faisait une grande impression. Ce personnage fut successivement interprété par Mlles Saint-Christophe , Le Rochois, Desmàtins, Antier, Chevalier; celui d'Eglé par M"es Aubr.y, Moreau, Jonrnet, Tulou, Pélissier, Le Maure, Fel ; celui de Thésée par Cledière, Dnmesny, Cochereau, Murayre, Tribou et Jélyotte. Enfin, dans le ballet, on remarque les noms de Noblet, Bouteville, Pécourt, Prévost, Balon, Dumoulin, Javillier, Salle, Camargo.
Nous donnons l'air : Revenex, amours.
Ifei
=R=fc
•tf
P^piS
ss
mourfl,
te
3EEÈ
p^^^^^^^ÊM
sirs sui-vaient partout mes pas, Que sont de - ve - nus vos ap - pas? Un si char-mant se-
=r=feS
j^^^^^^iËp=Ë=j=Ê
jour est triste et so • H - tai - re<
Hé -las!
hé
las)
les a-mours n'y sont
■txiz
ZtZZZ\
iBEtz
te
pas! Sans les a
mours, rien ne peut plai
Hé- las!
hé-
^^IliÈpfÉîÉKlÉlÉliÉ
sant vous
tous em-me - nés? Est - il quel - que dan
ger dont Mars ne vous
g:^@-^^Ek^^^=g
ces lieux for -
toire
Thésée, tragédie lyrique en cinq actes, paroles de Quinault, musique de Mondonville ; représentée par l'Académie royale de musique le 13 janvier 1767. Refaire un des plus beaux ouvrages de Lulli était une idée qui ne pouvait éclore que dans un cerveau gonflé par la vanité. L'ancienne musioue française était si attaquée, qu'on crut a l'opportunité de la tentative de Mondonville; mais le public siirrita, et il criait plaisamment : « Taisez-voas, Mondonville. « L'opéra eut quatre représentations. Ce fut le dernier ouvrage de ce musicien actif.
Tbéiée, tragédie lyrique de Quinault, réduite en trois actes par Morel, remise en musique par Gossec; représentée par l'Académie royale de musique le 26 février 1782. Malgré le talent déployé par le compositeur, la sonorité nouvelle de son orchestration, îe public applaudit un air de Lulli, conservé de l'ancien opéra, plus que tout le reste. Larrivée, chargé du rôle d'Egée, chantait d'ailleurs très-bien cet air : Faites grâce à mon dffe.MmeSaint-Huberti, dontle talent a laissé tant de souvenirs, chantait le rôle d'iEglé, princesse d'Athènes. Legros et M'ie Duplan chantèrent aussi ces rôles.
Il y a dans l'opéra de Thésée un chœur de démons d'un bel effet. Gossec excellait dans les compositions chorales. Il n'employait que les bonnes notes des différentes espèces de voix et rejetait de l'harmonie toutes les notes parasites, de telle sorte que ses ensem-
bles ont je ne sais quoi de mâle et de fier que n'offrent pas les compositions modernes, cependant si prodigues d'effets combinés et compliquées de tant de modulations.
Tbéaée. Iconogr. Thésée était l'un des héros favoris d'Athènes ; il n'est donc pas étonnant que ses exploits aient été souvent retracés par les artistes de cette ville. On suppose que le temple qui fut construit en son honneur, après que Ôimon eut rapporté ses ossements de Scyros; eut pour architecte Micon, qui fut charge ensuite, avec Polygnote, de peindre sur les murailles les aventures du héros. Micon retraça la Guerre des Amazones et le Combat des Athéniens contre tes Centaures; Polygnote représenta Thésée prouvant à Minos qu'il est te fils de Neptune. Le roi de Crète ayant jeté son anneau dans la mer, Thésée se précipita aussitôt dans les flots pour retirer le joyau; mais, ajoute la légende, les nymphes et les divinités marines le saisirent et le conduisirent devant Amphitrite, qui lui remit une couronne étincelante d'or et de pierreries, gage de son illustre origine, symbole en même temps de la puissance et des richesses promises à un peuple de marins. ■ Peu de tableaux, dit M. Beulé, étaient plus propres à toucher le cœur des Athéniens; on en devine pourtant la difficulté. Une double scène, un paysage, de la perspective, la transparence des flots, des divinités belles et richement ornées, voilà ce que devait rendre un art qui n'avait eu-
THES
core que peu de ressources.» Le Theseion ou temple de Thésée est encore debout (v. Athènes, I, p. 860), mais les peintures de Polygnote et de Micon ont disparu; parmi les sculptures des métopes, il en est qui représentent les Exploits de Thésée; dans la frise du prônnos, Muller a cru reconnaître le Combat de Thésée contre les Pallantides. Un groupe de Thésée précipitant Scyron dans la mer ornait le portique de l'Agora, d'après ce que nous apprend Pausanias. Il nous est parvenu plusieurs antiques représentant le Combat de Thésée contre les Amazones ; il nous suffira de citer un bas-relief au musée du Capitole et la peinture d'un vase grec qui a fait partie de la collection Pourtalès. Dans cette dernière composition, Thésée, imberbe et nu, coiffé d'un casque surmonté d'un grand panache, ayant une épée suspendue au côté et portant au bras gauche un bouclier orbiculuire, enfonce le fer de sa lance dans le corps de l'Amazone Hippolyte ; celle-ci, montée sur un cheval qui se cahre, riposte vainement par un coup de lance qui glisse sur le bouclier du héros ; derrière elle, Dinomaché, l'une de ses compagnes, s'apprête a décocher une flèche a Thésée. Cette intéressante peinture a été publiée par Millin (Monuments antiques inédits, I, pi. 36) et par Visconti (Antiques du cabinet Pourtalès, de Panofka, pi. 35). Sur un vase de Vulci qui a figuré dans la même collection, ou voit Thésée vainqueur du Minotaure, Le même sujet est retracé dans une peinture d'Hercuianum et dans deux mosaïques qui appartiennent au musée des Stutlj.
Les aventures de Thésée ont inspiré un grand nombre d'artistes modernes. Un petit tableau italien du xv« siècle, qui a figuré au musée Campana, nous montre Thésée recevant d'Ariane le fil conducteur et terrassant le Minotaure. Le Couvre possède un beau dessin de Pierino del Vaga, Thésée combattant les Amazones, qui a fait partie des collections de Crozat et de Mariette et qui a été gravé par Enea Vico. Au musée des Offices est un tableau de Poussin représentant Thésée à Trézène : le héros, en présence de sa mère Ethra, soulève l'énorme pierre sous laquelle Egée, son père, avait caché ses armes. Ce tableau a été gravé dans la Galleria di Firenze (pi. 132). Le même sujet a été peint par Brenet (musée du Louvre), par Angelica Kauffmann (gravé par Th. Fielding, 1784), etc., et a inspiré à J.-B.-J. de Bay une statue qui a figuré au Salon de 1827. Un tableau de Carie Vanloo, Thésée domptant le taureau de Marathon, appartient au musée de Besançon ; il a été gravé par F .-A. David, M. Paul Jourdy a peint Thésée reconnu par son père (musée de Dijon).
Un des premiers ouvrages par lesquels Canova fonda sa réputation représente Thésée vainqueur du Minotaure. « Il y a de la noblesse et tout ensemble du mouvement dans cette composition, a dit Quatremère de Quincy; rien ny est exagéré, ni recherché; les formes y sont écrites avec simplicité, sans dureté, ni sécheresse, ni prétention, La tête de Thésée est formée sur le galbe des tètes héroïques, et le monstre terrassé, sur lequel son vainqueur est assis, présente encore dans plus d'une partie de ses membres étendus à terre et de sa tête de taureau renversée des parties d'imitation d'une excellente étude. > Nous consacrons ci-après un article spécial à un autre groupe de Canova, Thésée vainqueur d'un Centaure, que l'on doit ranger, suivant Quatremère, « au nombre, non-seulement des plus beaux et des plus hardis ouvrages de l'auteur, mais encore des principaux de ceux dans lesquels la sculpture moderne peut affronter le parallèle avec l'antiquité. > Quatremère ajoute que l'œuvre de Canova ne rappelle en rien la manière dont le même sujet a été traité dans un groupe antique dont le Museo Fiarentino a donné une gravure et dans une composition sculptée par Jean de Bologne : « Nulle ressemblance dans l'action. Thésée, dans l'antique, simplement debout, pèse sur la tète du Centaure, qui, loin d'être renversé, lutte encore contre la pression du héros. Quant au groupe de Jean de Bologne, il y a plus de mouvement, si l'on veut, dans le Centaure et une action plus expressive dans le Thésée; mais Canova n'y a rien pu emprunter, tant est différente la scène qu'il a voulu représenter. » Le chef-d'œuvre du maître italien a été gravé pur Bettelini et iïonau».
A l'exemple de Canova, Barye a exécuté deux groupes représentant Thésée combattant le centaure Biénor et Thésée combattant le Minotaure ; nous décrivons ci-après ces deux œuvres capitales de notre grand artiste, ainsi que le Thésée vainqueur au Minotaure sculpté par Ramey et qui est placé dans le jardin des Tuileries. Ce dernier sujet a été donné au concours de sculpture en bas-relief pour le prix de Rome en 1830. Le premier grand prix a été remporté par M. Aristide Husson et le deuxième par M. Ramus ; une mention honorable a été accordée à M. Eugène Bion ; les autres concurrents étaient MM. Joutfroy, Etex, Brian, Daumas et Jacques.
Un des premiers ouvrages de Rude fut une statue de Thésée ramassant un palet; il l'exécuta à Dijon et l'apporta à Paris lorsqu'il y vint compléter ses études;, on raconte que le baron Denon en fut si charmé qu'il s'intéressa dès lors ii la carrière de l'artiste.
THÉS
M. Falguière a exposé au Salon de 1865 une charmante statue de Thésée enfant, et M. Ottin a fait paraître au Salon de 1869 un groupe colossal de Thésée précipitant dans la mer le brigand Scyron.
Thésée, statue grecque (British Muséum).
Des dépouilles du Parthénon qui ornent aujourd'hui le musée Britannique, les deux statues principales sont celles que l'on a nommées le Thésée et Yllissus. Malgré les mutilations qu'elles ont subies, elles sont encore de précieux modèles de la grandeur et de la simplicité imposante du style grec. Le Thésée était placé sur le fronton de l'est, près des chevaux d'Hypérion. Il se repose, à demi couché, sur un fragment de roche couvert d'une peau de lion. La belle proportion des diverses parties du corps, les muscles fortement accusés expriment à la fois une noble élégance et une vigueur exercée. En étudiant son attitude, il semble que l'on comprenne mieux la vie et le caractère de ce jeune héros athénien, qui fut, sans contredit, le plus aventureux et le plus civilisé de cette sorte de divine chevalerie grecque formée sur les traces d'Hercule. Le repos pesant et la monstrueuse encolure du dieu aux douze travaux n'eussent pas convenu à celui dont le premier exploit fut de vaincre l'homme-taureau dans l'arène du Labyrinthe pour mériter un sourire de la fille du roi Minos et qui, plus tard, s'en alla faire la guerre aux Amazones pour enlever leur reine et l'épouser. Thésée ne semble-t-il pas être, dans ces temps barbares, un précurseur d'Alcibiade?
Thésée vainqueur d'un Centaure, groupe célèbre de Canova, en marbre, placé aujourd'hui dans le jardin du Peuple, à Vienne, et qu'on peut appeler le chef-d'œuvre du statuaire vénitien.
Ce chef-d'œuvre n'est cependant pas complet. La figure de Thésée manque de puissance et d'énergie. C'est un Thésée dameret. Ou a peine à comprendre que ce combattant vulgaire triomphe d'un si terrible adversaire. En revanche, le Centaure est superbe. Il est à demi renversé, son ventre touche la terre, sa tête tombe en arrière, ses pieds s'agitent convulsivement, et la douleur semble courir dans chacun des muscles et dans chacun des nerfs de sa croupe frémissante. C'est le Centaure vaincu d'André Chénier :
L'insolent quadrupède en vain s'écrie; il tombe, Et son pied bat le sol qui doit Être sa tombe.
On raconte que Canova, voulant exprimer toutes les nuances et les dégradations de l'agonie et prendre sur le fait ce passage de la vie à la mort, fit expirer lentement sous ses yeux un beau cheval. Cette barbarie inspirée par l'amour de l'art a été imaginée pour rendre raison de la rare perfection de cette magnifique et singulière statue. Ce Centaure est bien supérieur aux lions si vantés du tombeau de Clément XIII (Rezzonico).
Théeée vainqueur du Minotaure, groupe
en marbre par Ramey, dans le jardin des Tuileries. Un genou appuyé sur la poitrine du monstre et la main gauche sur sa tête cornue, le héros lève de la main droite sa redoutable massue et se dispose à assener un dernier coup au Minotaure. Celui-ci s'arcboute au sol avec son bras gauche ; mais on sent déjà ce bras fléchir, ainsi que la main droite qui repousse Thésée. Ce groupe a paru au Salon de 1827 et y a obtenu un grand succès; voici en quels termes il a été apprécié par Jal, un des critiques les plus autorisés de l'époque : « Le Thésée de M- Ramey fils est hardiment composé; les figures ne touchent à la plinthe que par quelques points et sont en équilibre sur ces attaches naturelles ; elles sont dans un beau mouvement. Le demidieu a terrassé le monstre, sans que la lutte ait ému ses traits; c'est un autre Apollon vainqueur d'un autre Python. L'exécution de ce morceau est fort louable ; l'auteur n'a pas traité du même ciseau les deux ligures. La bête et l'homme n'ont pas les mêmes chairs; la double nature du Minotaure est exprimée par une musculature forte, courte, épaisse. On ne reprend dans ce beau travail qu'un peu de rondeur dans le modelé de quelques parties. » Le Journal des artistes (VIII, p. 449) a fait au sujet de ce groupe les remarques suivantes : « Le corps du monstre est grand, robuste, herculéen, matériel sans être ignoble. La tête de l'animal s'attache bien au corps de l'homme; peut-être la peau du cou fait-elle des plis plus multipliés qu'il n'était nécessaire. Une observation qui nous semble plus importante , c'est que Thésée, appuyant la main gauche sur la tête du monstre, entre les deux cornes, ne pourra faire autrement que de s'écraser les doigts sous le poids de la massue qui va frapper. Il était plus naturel de saisir l'ennemi par l'une de ses cornes, afin de le maîtriser mieux et de le frapper plus facilement. Le geste aurait gagné du coté de la vérité plus qu'il n'aurait pu perdre du côté de la-noblesse. Quoi qu'il en soit, le Minotaure de M. Ramey est l'un des ouvrages les plus remarquables de notre époque, u Une gravure de ce groupe, exécutée uu trait par Normand fils, a paru dans le Journal des artistes.
Tbéaée combattant le Centaure Biénor OU le Centaure et le Lapitbe, groupe en bronze par Barye. Thésée s'est élancé sur le dos de cheval du Centaure et s'y tient presque agenouillé, et, de là, il lutte avec la partie hu-
THÉS
maine du monstre; d'une main, il l'a saisi à la gorge et, de l'autre, il le menace de son poignard. Biénor renverse sa tête en arrière et, de ses deux bras, s'efforce, mais en vain, de se dégager de l'étreinte de Thésée. Le mouvement de la partie chevaline est très-expressif, douloureux, frémissant; les jambes de derrière se ploient et les sabots se cramponnent vigoureusement au sol. La composition est pleine de simplicité et nous allions dire de calme, malgré son énergie. La musculature de la bête et celle de 1 homme sont accusées par plans larges et fermes. Ce groupe, qui fut exposé pour la première fois au Salon de 1850 sous le titre de Centaure etLapithe, a été l'objet de quelques critiques un peu hasardées, auxquelles un admirateur enthousiaste de Barye, M. A. Genevais, a répondu en ces termes : « Que les genoux du vigoureux Lapithe, si audacieusement jetés sur le dos du ravisseur des jeunes filles, fassent ou ne fassent pas des angles aigus, l'exagération même du mouvement nous semble nécessaire ; sans cette étreinte' violente, où serait le point d'appui du cavalier attaché comme un tigre sur sa proie? Ce que nous admirons est l'énergie de la composition, le beau renversement de la tête du Centaure et l'entrain vigoureux avec lequel la scène est modelée. Nous ne dirons rien de la science anatomique; elle est constante daDS les ouvrages de Barye. » Ce dont on peut louer surtout ce groupe, c'est d'offrir cette superbe impassibilité dans la lutte que l'antiquité savait prêter à ses dieux et à ses héros, jointe à l'énergie du mouvement des maîtres du, xvie siècle.
Thésée combattant le Minotaure, groupe en bronze, chef-d'œuvre de Barye. Debout, les jambes écartées, celle de droite portée en avant, Thésée tient de la main gauche l'oreille du Minotaure et lève sur lui un coutelas dont son autre main est armée. Le monstre, violemment repoussé par le héros, résiste avec une énergie terrible ; il lutte à la fois comme taureau et comme homme, la tète baissée en avant, arc-bouté sur sa jambe gauche, tandis que de la droite il essaye de faire ployer le jarret de son adversaire.
Ce groupe a toute la chaleur de la vie, toute la puissance de la réalité et, en même temps, toute la simplicité et toute la beauté de l'antique. « Quand il entreprit ce travail, a dit M. A Genevais, Barye dut certainement songer au Thésée du Parthénon; cependant il ne craignit pas d'affronter cette redoutable comparaison, et il eut raison ; car, placez cette œuvre à côté des plus nobles restes de l'antiquité, elle ne faiblira pas. Ses dimensions sont petites, direz-vous? mais, en la contemplant, isolez- vous, et bientôt elle prendra des proportions colossales ; le Thésée de Barye deviendra aussi grand qu'une statue de Phidias ou que le Milon de Puget. Par la fierté de son attitude, par son mouvement et son calme tout ensemble, Thésée ressemble à un des combattants qui figurent sur le temple d'Egine. Quel geste énergique du bras droit, et comme l'on sent bien que le glaive, tenu à main renversée, -va se plonger jusqu'à la garde dans le fuont du monstre 1 Le Minotaure n'est point indigne de celui qui doit être son vainqueur... Louer la science anatomique qui se montre dans ce groupe serait puéril en parlant d'un maître qui travaillait mathématiquement, sans se
f<ermettre jamais la moindre négligence ou a plus légère tricherie. Le dos courbé, les épaisses jambes du fils de Pasiphaé, dont Barye a su garder la double nature, sont étudiés avec un art large, plein, et rien de plus savant, depuis la plante des pieds si fortement appuyés jusqu'à la tête modelée d'une main si énergique, que le corps du héros. A notre sens, Thésée et le Minotaure est, en mettant à part les groupes du Louvre, le chef-d'œuvre de Barye, un des plus nobles efforts de l'art. »
Tbéaée (temple de) ou Théaéion, monument d'Athènes. V. Athènes.
THÉSÉIDE s. m. (té-zé-i-de). Descendant de Thésée.
— Antiq. gr. Coiffure imitée, disait-on, de celle de Thésée, qui s'était fait couper les cheveux de devant pour les offrir à Apollon
THÉSÉIES s. f. pi. (té-zé-î — du gr. theseia ; de Theseus, Thésée). Antiq. gr. Fêtes qu'on célébrait à Athènes en l'honneur de Thésée.
— Encycl. Les ihéséies avaient lieu le huitième jour de chaque mois; d'où cette fête est quelquefois appelée par les anciens auteurs grecs offdodion (huitième jour). Pour rappeler que Thésée avait établi la forme démocratique du gouvernement athénien, on distribuait dans les thésëies du pain et des vivres aux pauvres citoyens, afin qu'ils ne manquassent de rien pendant leur célébration et qu'ils pussent s'imaginer alors être tout à fait les égaux des citoyens plus riches. Aulu-Gelle dit qu'il y avait, à l'occasion des théséies, un concours public; mais il ne nous apprend pas en quoi il consistait. Lesérudiis croient que cette fête ne fut instituée qu'uprès l'époque où Ciinon rapporta de Scyros à Athènes les restes de Thésée, c'est-à-dire après l'année 469 avant notre ère. Les grandes ihéséies n'avaient lieu qu'une fois l'an, le huitième jour du. mois pyanepsion; c'est
THES
à cette fête solennelle qu'avait lieu le concours.
Théaéion (lb) OU Temple de Théaée, l'un des plus heaux monuments de l'ancienne Athènes. V. la description au mot Athènes.
THESEUS AMBBOS1GS, orientaliste italien.