‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 640 sur 1042 · VENTRILOQUE · texte numérisé non relu

VENTRILOQUE

— Substantiv. Personne qui est ventriloque : Le bouvreuil a un petit cri intérieur si doux qu'à peine on l'entend ; il exécute ce son, fort ressemblant à celui d'un ventriloque, sans aucun mouvement apparent du bec ni du gosier. (Buff.)

VENTRILOQUIE s. f. (van-tri-lo-kt — rad. ventriloque). Faculté de faire entendre la voix particulière aux ventriloques.

— Encycl. On a donné le nom de venlriloguie et celui d'engastriinysme à une manière singulière de parler, dans laquelle la voix semble sortir de l'estomac ou du ventre ;et paraît même s'articuler dans ces cavités. On emploie les mots de ventriloque et d'engastrimythe pour qualifier les individus doués de la faculté de produire l'illusion qui résulte de ce langage insolite.

Beaucoup de gens croient encore que ceux-là parlent réellement du ventre, qui imitent différentes voix dont le son semble, dans quelques circonstances, venir d'uno distance plus ou moins éloignée. Tout l'art du ventriloque ne consiste qu'a savoir modifier la voix naturelle, afin d'en obtenir de3 variations dans le ton et dans les inflexions. Richerand explique ainsi le phénomène :

« Tout son mécanisme consiste dans une expiration lente et graduée, filée en quelque sorte ; expiration qui est toujours précédée d'iyie forte inspiration, au moyen de laquelle le ventriloque introduit dans ses poumons une grande masse d'air dont il ménage ensuite la sortie. »

M. Béclard explique comme suit le phénomène de la ventriloquie, qu'il définit l'aptitude à produire des sons articulés en conservant la bouche fermée ou immobile lorsqu'elle est ouverte. Nous avons montré, ditil, que l'on pouvait produire des sons a la glotte pendant l'expiration et l'inspiration; mais entre les sons simples de la voix et du chant et les sons articulés de la parole, il y a une différence notable , et il est assez diflicile de concevoir comment la parole, dans l'engastrimysme , peut se produire , ainsi qu'on l'a dit, au moment de l'inspiration. On comprend aisément qu'on puisse produire des Sons pendant l'inspiration par les vibrations de la glotte ; mais on ne voit pas bien quels seraient, dans ce cas, les organes de l'articulation. Pour un certain nombre de conson-

VENT

nés cependant, le son glottique n'est donné qu'après que le tuyau vocal s'est disposé pour la production de la consonne. On conçoit, dès lors, la possibilité de produire avec beaucoup d'exercice un certain nombre d'articulations pendant le temps de l'inspiration. Au reste, la plupart du temps, les soi-disant ventriloques produisent leur voix au moment de l'expiration, et c'est en graduant la sortie de l'air, en.'donnant à la voix un son étouffé et en conservant une immobilité de lèvres aussi complète que possible qu'ils font illusion.

Personne ne naît avec la faculté engastrimyque, et ceux-là donnent le change au public qui prétendent être nés avec cette disposition organique particulière. Quoi qu'il en soit, la faculté plus ou moins grande d'obtenir des changements de ton dans la voix dépend de la souplesse et de la flexibilité des cartilages du larynx et de la trachée-artère. Il faut un exercice long et pénible pour arriver a une grande habileté engastrimyque. De plus, les ventriloques se fatiguent beaucoup dans l'exercice de cette étrange faculté. La contraction insolite des muscles expirateurs et des muscles du larynx, opérée chez eux par une action pénible de la volonté, les lasse énormément. Le sieur Saint-Gilles, marchand épicier, habitant Saint-Germainen-Laye, et qui, vers 1770, s'était rendu célèbre par des scènes d'engastriinysme qu'il exécutait, toussait fort souvent lorsqu'il opérait en public, et il avait presque toujours un mouchoir devant sa bouche pour cacher aux spectateurs les efforts qu'il étuit obligé de faire.

La ventriloquie est chose fort ancienne. ■ Les plus vieux auteurs en parlent et les médecins de tous les temps la citent avec de nombreux faits et mille anecdotes curieuses. Hippocrate croyait qu'elle consiste bien réellement a parler du ventre. Il rapporte d^ns le cinquième livre des Epidémies que, la femme de Polémarque étant affectée d'une angine, il sortait de sa poitrine des sons pareils à ceux que rendent les personnes qui parlent la bouche close. Platon cite l'histoire d'Euriclès, qui, le premier, dit-il, fut engastrimythe. Saint Chrysostome regardait les ventriloques de son temps comme des hommes divins et croyait que le ventre prophétique de ces imposteurs articulait des oracles. Les païens avaient la même croyance, et plus d'une fois les ventriloques furent mis à contribution par les prêtres pour tromper le peuple crédule et superstitieux. Origène avait également foi dans \b. ventriloquie, et l'archevêque Eustathe a composé un traité ex professo sur la célèbre pythonisse d'Endor, et il assure que la source de l'éloquence engastrimyque de cette sorcière était dans la partie la moins noble de sa personne.

De tout temps, la ventriloquie a été cultivée par un certain nombre d'individus. On l'a considérée chez eux tantôt comme un don de Dieu, tantôt comme une inspiration du démon. Plusieurs ventriloques, nu moyen âge, furent brûlés comme soreiers.

Bordeu, critique du xvie siècle^ raconte avec de nombreux détails l'histoire d'un nommé Louis Brabant, valet de chambre de François 1er, lequel Brabant trompa la mère d'une demoiselle dont il était amoureux en lui persuadant qu'elle devait lui donner sa fille en mariage , pour délivrer des flammes du purgatoire le père de la jeune personne, mort depuis plusieurs années, et qu'il eut l'adresse de faire intervenir dans cette comédie au moyen de l'illusion de sa faculté engastrimyque. Ce même Brabant, voulant rendre son mariage plus avantageux, parvint à escroquer 10,000 écus à un certain Cornu, banquier à Lyon, qu'on citait pour son extrême avarice. Brabant évoqua l'ombre du père du banquier; la voix du défunt se fit entendre; elle suppliait son fils de se dessaisir àe la somme en question, dont le sacrifice était nécessaire au salut du mort. La piété du banquier triompha de son avarice. Le fourbe Brabant obtint l'argent qu'il convoitait. -

Antoine van Dale, médecin hollandais, raconte l'anecdote suivante : • Des milliers d'hommes ont vu comme moi à Amsterdam, en 1685, dans l'hôpital des Vieillards, une femme âgée de soixante-treize ans, nommée Barbara Jacobi; elle se tenait h côté d'un petit lit, dont elle écartait les rideaux. Le visage a découvert et tourné du côté vers lequel elle adressait la parole , elle feignait de parler à un homme qu'elle appelait Joachira; selon ce qu'elle disait, on entendait le prétendu Joachim tantôt pleurer et tantôt rire; quelquefois il poussait des gémissements, des exclamations et des éclats de rire; quelquefois il se mettait à chanter; et tout cela avec tant d'art et de grâce, qu'il n'y avait jamais ni la moindre hésitation ni la plus légère interruption. »

Cœlins Rhodiginus, qui professait les belles-lettres à Milan et k Padoue au commencement du xvie siècle, parle aussi d'une • femme > du ventre de laquelle on entendait la voix de l'esprit immonde.» — «Cette voix, ajoute-t-il, était fort grêle; cependant, quand «7 (l'esprit?) le voulait, elle était très-distincte et intelligible. Ce démon, gîté dans le corps de la femme, s'appelait. Cincinnatulus. Il faisait des réponses merveilleuses sur les choses du pass>é; mais, quand on le ques-

VENT

tionnait sur l'avenir, c'était le plus grand menteur du monde, et il manifestait quelquefois son ignorance en affectant une espèce de bourdonnement, un murmura incertain, un bruit sourd où l'on ne pouvait rien comprendre. »

Jérôme Oléaster, grand inquisiteur en Portugal, savant distingué, dans un ouvrage imprimé en 1656 cite le fait suivant: • Lorsque je faisais mes études au collège royal de Lisbonne , je me rappelle avoir vu une certaine Cécile, que l'on amena au palais, où elle comparut devant le sénat. On entendait partir de ses coudes et quelquefois d'autres parties de son corps une voix grêle, qu'elle attribuait à un nommé Pierre-Jean, mort depuis quelque temps. Cette voix répondait sur-le-champ et très-vite aux questions qu'on lui adressait; elle ne cessait de recommander à tout le inonde l'indigence de la pauvre Cécile. Par ordre du sénat, cette jeune fille fut exilée à l'Ile de Saint-Thomas (lie des Antilles), où elle mourut. •

Augustinus Stenchus, dit Eugubinus, évoque de Ghisaïmo, en Candie, affirme qu'il a vu des. ventriloques; mais il n'y croit point et il met tout sur le compte des démons. C'est bien fait pour saint Chrysostome.

Etienne Pasquier, duns ses Recherches sur la France, livre VI du tome 1er, dit ceci ; « Il n'y a pas douze à treize ans, il est mort un bouffon nommé Constantin, qui représentoit presque toute sorte de voix, tantôt le chant des rossignols, qui n'eussent pas mieux su dégoiser leur ramage que lui, tantôt la musique d'un âne, tantôt la voix de trois ou quatre chiens qui se battent, et enfin le cri de celui qui, pour être mords par les autres, se va plaignant. Avec un peigne mis dans sa bouche, il représentoit le son d'un cornet à bouquin. Mais surtout étoit admirable qu'il parloit quelquefois d'une voix qu'il tenoic tellement enclose dedans son estomach, à manière qu'étant près de vous, s'il vous appeloit, vous eussiez cru que c'eût été une voix qui venoil de bien loin, etc. •

a En 16-43, dit l'écrivain anglais Dickinspp, on voyait à, Oxford, en Angleterre, un homme que l'on appelaitle Chuchoteurou le Marmotteur du roi; son vrai nom était Fanning. l,a bouche fermée, les lèvres closes et immobiles, il savait tirer de sa poitrine des paroles très-distinctes, si merveilleusement, qu'on les croyait venir d'un endroit fort éloigné. »

L'abbé de La Chapelle, qui publia, vers la fin du xvme siècle, un livre curieux intitulé le Ventriloque ou VEngostrimythe (Londres, 1772, 2 vol. in-S°), est le premier auteur qui ait, sur ces questions, des opinions raisonnables et qui se soit aperçu, en observateur éclairé et judicieux, que la mécanisme fondamental de la voix n'est pas déplacé chez les ventriloques. Il narre, à propos de l'épicier Saint-Gilles dont nous avons parlé plus haut, une historiette amusante et qui est tout à l'avantage de l'estimable commerçant. Un jeune homme, marié depuis trois ans, vivait dans le meilleur accord avec sa femme, lorsqu'une étrangère vint lui inspirer une passion criminelle. On essaya vainement de ramener ce jeune homme à son devoir ; il s'abandonnait à. tous les excès, outrageait à la fois l'hymen et les bonnes mœurs dans sa nouvelle liaison.Saint-Gilles résolut dé le convertir; il l'attira dans un lieu solitaire et là lui fit entendre ce discours solennel : f Jeune homme, tu as mis hier une prostituée dans ses meubles; tes parents sollicitent contre toi une lettre de cachet; si tu ne rentres promptement dans ton devoir, tu périras dans une prison et, après ta mort, tu seras livré aux flammes éternelles. » Le coupable, effrayé, chercha longtemps et inutilement d'où pouvait partir cette voix; persuadé qu'elle tenait du prodige, il alla se jeter aux pieds de sa femme et y abjura son erreur.

Saint-Gilles opéra d'autres conversions , entre autres celle d'un abbé, gros bénéficier d'une avarice sordide, lequel il fit renoncer aux vanités de ce monde pour se consacrer à la retraite et à la pénitence. Le ventriloque de Saint-Germain ne spéculait point sur son talent, dont il confessait l'origine toute matérielle et les particularités physiologiques. Il ne se disait ni inspiré ni possédé, et, lorsqu'il opéra devant une commission de l'Académie des sciences, composée de Grandjeun de Fouchy et de Leroy, il leur dévoila tous les secrets "de, son art ingénument.

Le livre de l'abbé de La Chapelle contient des détails fort intéressants sur l'emploi religieux de l'engastrimysme. L'auteur pense que, chez les anciens, les prêtres et les sibylles se livraient à une étude particulière de la ventriloquie , afin d'environner les oracles qu'ils faisaient rendre d'un prestige qui en assurât le succès sur l'esprit du vulgaire.

Depuis Saint-Gilles, on a admiré la perfection engastrimyque de Thiernet, de Borel et surtout de Fitz-James. L'illusion qu'ils produisaient était souvent si complète que ceux qui étaient le moins disposés à prendre le change avaient peine à se défendre d'être mystifiés eux-mêmes. Mais le ventriloque qui a effacé tous ses rivaux est Charles Comte, qui a'ainusé toutes les générations du premier tiers de notre xixo siècle. Ce ventriloque fameux visitait un jour une église de village avec quelques habitants du lieu ; tout d'un coup, on entend une voix sêpul-

VENT

craie /jui semble sortir de dessous les larges pierres dont l'église est pavée ; cette voix implore les secours les plus prompts pour une personne que, la veille, on a enterrée vivante ; l'état de léthargie dans lequel elle était tombée vient de cesser; elle se plaint douloureusement de la gêne où elle se trouve dans le cercueil ; les spectateurs d'aller chercher les fossoyeurs, ceux-ci de se hâter d'exhumer la victime, qu'un empressement coupable avait précipitée dans la tombe. Mais tout à coup, et nu moment où l'on va ouvrir le cercueil, la voix n'en sort plus ; elle se fait, entendre de la sacristie et renouvelle les plaintes et les gémissements qui, un moment auparavant, partaient de la tombe qu'on vient inutilement d'ouvrir. Les spectateurs courent à ce nouvel endroit. Ils y commencent des fouilles ; mais soudain de nouveaux gémissements, des cris plus effrayants s'échappent des voûtes de l'église. Alors la terreur s'empare des assistants, et quelques personnes commencent à croire à un maléfice. Cependant, l'un des spectateurs , moins crédule que les autres, réfléchissant à ce qui se passe , devine Ja supercherie et rassure tout le village, qui déjà s'assemblait pour être témoin du miracle. Charles Comte n'eut que le temps de s'évader, afin de se sous"traire à la fureur de la populace. Cent ans plus tôt, il eut été brûlé vif, en place de Grève, pour le salut de son âme. Le célèbre ventriloque renouvela fréquemment de pareilles scènes dans les villes où il passa, et k chaque occasion il se trouva des hommes disposés à voir de la magie dans ces phénomènes naturels.

Nous raconterons encore l'aventure suivante, arrivée au commencement de notre siècle au camp d'Osoppo, en Frioul. Deux soldats français avaient été fusillés et, selon l'usage, ils avaient élé enterrés militairement près du camp, sans cérémonie religieuse. Un soldat ventriloque, leur camarade, attroupa au lieu de la sépulture la populace du village voisin et lit entendre des plaintes et des gémissements lamentables, dans lesquels il suppliait les assistants de rendre aux défunts les honneurs religieux. L<es auditeurs, touchés, allèrent conter la chose au curé et le bon pasteur se rendit sur les lieux.

Le rusé ventriloque ne manqua pas de renchérir sur ce qu'il avait déjà montré de mystérieuse éloquence. Le curé, témoin du prétendu prodige, crut à un miracle et immédiatement s'occupa d'organiser un service funèbre. Des prières sont dites en grande pompe; la terre où reposent les soldats est bénie et des actions de grâce sont adressées au ciel. On ne dit pas quel fut te désappointement du curé quand il apprit la mystification dont il avait été l'objet.

Parmi les plus célèbres ventriloques modernes , nous citerons également l'hommepoupée du café des Aveugles , au Palais- Royal, qui divertissait fort son public.

VENTRIPOTENT, ENTE adj. (van-tri-potan, an-te — lat. ventripolens ; de venter, ventre, et de potenstq\.n est puissant, fort). Fam. Qui a un gros ventre : Quoique gros, court et ventripotent, à ju?nbes grasses et à mains épaisses, il était doué de la finesse des aubergistes de Suisse,auxquels il ressemblait. (Balz.) Il Epithète donnée par Rabelais au dieu Caste r.

— Mythol. gr. Epithète de Bacchus.

VENTROSITÊ s. f. (van-tro-zi-té — rad.' ventre). Méd. Développement excessif du ventre, obésité. •

VENTROUILLER (SE) v. pr. (van-troullé; II mil. — rad. ventre). Se vautrer dans la boue : Les cochons aiment à su ventuouiller. (Acad.)

VENTRU, UE adj. (van-tru, û — rad. ventre). Fam. Qui a un gros ventre : Un homme ventru. Une fem?ne ventrue. Les petits enfants sont souoetit ventrus. L'araignée est ventrub. (Michelet.)

— Par anal. Qui est renflé, bombé; qui fait ventre ; Flacon ventru. Cruche ventrue.

— Substantiv. Personne qui a un gros ventre : Un gros ventru. Une grosse ventrue.

— s. m. Hist. NorrtWonné, par dénigrement, aux députés du centre qui, approuvant toujours les mesures ministérielles, accaparaient un grand nombre de places et acceptaient fréquemment des invitations k dîner chez les ministres.

— Ichthyol. Nom vulgaire d'un poisson du genre cycloptère, qui vit dans l'océan Pacifique,

— Encycl. Ichthyol. Le ventru, appelé aussi bouclier ou cycloptère, est un poisson qui atteint la longueur d'un mètre environ ; il a la tète épaisse, un peu aplatie au sommet et obtuse à l'extrémité ; l'ouverture de la gueule très-ample et dirigée en haut; la mâchoire inférieure proéminente ; les yeux enfoncés dans leurs orbites et placés au haut des côtés de la tête ; le dos un peu aplati ; le corps aminci brusquement vers la queue. Ce qui le distingue surtout et lui a valu son nom vulgaire, c'est la grosseur de son ventre. Pallas attribue cette conformation à la grande capacité de la vessie urinaire ; il suffit, dit-il, de presser le ventre pour en voir sortir un jet rapide d'urine par l'ouverture

VENT

de l'anus. Ce poisson a la nageoire dorsale située près de la queue; les pectorales larges et s'étendant vers la bouche; les ventrales un peu charnues et formant par leur réunion une sorte de nacelle, à bords membraneux, flexibles et contractiles; la caudale très-peu échancrée.

Le ventru est d'une couleur verdâtre, plus foncée sur le dos; mais sa peau-, à écailles très-petites, est enduite d'une humeur visqueuse qui lui donne une teinte sombre et livide; les nageoires sont d'un jaune plus ou moins intense. Ce poisson vit dans la mer comprise entre le Kamtchatka et les côtes d'Amérique. On a débité bien des fables sur son compte. On prétend, k ce que rapporte V. de Bomare, qu'il parvient jusqu'à la grandeur des cétacés, et que les pécheurs le redoutent parce qu'il renverse ordinairement1 leurs canots. D'un autre côté, il assure que le corps de ce poisson est d'une masse molle, flexible, sans consistance, « Le genre de vie sédentaire de cet animal, ajouie-t-il, le porte à rester presque immobile au fond de la mer, ou attaché contre les rochers, à l'aide de ses nageoires abdominales ; aussi ne le prend-on jamais avec des filets; on ne le trouve que sur le rivage, après de violentes tempêtes, parmi les différents corps que la mer a rejetés. » On voit qu'il est difficile d'accorder des assertions aussi diverses. Les habitants du pays font très-grand cas de la chair du ventru. Ils la préparent de diverses manières et la mangent même crue.

VENTURA (le Pèr* G. -D.Joachim), célèbre prédicateur et théologien italien, né en 1792, a Palerme (Sicile), mort à Versaillesen 18GI. Fils d'un noble Sicilien, D. Gaud Ventura, baron de Raulica, il termina ses études de très-bonne heure et entra à l'âge de quinze an : chez les jésuites de sa ville natale. Lors de la dissolution de cette institution, H fut ordonné prêtre et se fit théatin,aiin d'exercer la prédication. Nommé peu de temps après secrétaire général de son ordre, il publia un pamphlet : La causa dei regolari al tribunale dei buon senso, dans lequel il défendit la cause du clergé régulier et montra un véritable talent de polémiste. Mais sa réputation date surtout de sa collaboration aussi active qu'importante à YEnciclopedia ecclesiastica, publiée a Naples. Il exerçait en même temps les fonctions de censeur de la presse et de membre du conseil royal de l'instruction publique. Introducteur, en Italie, des opinions que Lamennais émettait alors en France, il surveilla la traduction de l'Essai sur l'indifférence en matière de religion et fit lui-même celle du Pape, de Joseph de Maistre, et de la Législation primitive, de M. de Bonald, dont il s'avoua publiquement le disciple. Ses succès oratoires croissaient de jour en jour. D'autre part, son Eloge funèbre de Pie VII obtint plus de vingt éditions, et son ouvrage Sur t'influence du xvio siècle lui valut le surnom de Bossue* iiulieu. En 1824,1e Père Ventura fut nommé supérieur de son ordre et vint habiter Rome. Après avoir inséré, en 1824, quelques articles dans le Journal ecclésiastique, il fit paraître, deux ans après, un Traité du droit ecclésiastique, dans lequel il exposait les doctrines de J. de Maistre, de Bonald, de saint Victor et de Haller. En 1828, il se démit volontairement de ses fonctions de professeur au collège de la Sapience. Peu de temps après, l'apparition d'un livre de logique, De methodo philosophan'di (Rome, 182S), et sa collaboration au Mémorial catholique soulevèrent contre le Père Ventura protestants et gallicans, et Lamennais l'attaqua vivement dans l'A uemr. Le Père Ventura se décida à vivre dans la retraite, en présence des nombreuses attaques dirigées contre lui. Il partagea dès lors son temps entre l'étude et la prédication, et publia ses ouvrages les plus importants, entre autres : les Beautés de la foi (Rome, 1839) et la Bibliot/ieca parva, seu gratiosa et etegantiora opéra veterum SS. Ecclesispatrum ad usum juventutis (1 S39). Vers cette époque, bien qu'il cherchât son idéal dans le moyen âge , le l'ère Ventura était frappé du mouvement qui entraînait les esprits vers la libert«,;et il en vint à rêver la chimérique alliance de la liberté et de l'Eglise. Après la mort de Grégoire XVI, il assista au conclave chargé de lui donner un successeur (14 juin 1846), et ce fut' lui qui désigna au choix des cardinaux incertains le cardinal Mastaï. L'avénemeut de Pie IX vint donner l'essor aux réformes politiques qu'il désirait, qu'il conseillait au pontife et le plaça à la tète du parti réformiste. Ce fut durant l'année 18-47 et la suivante qu'il prononça deux oraisons funèbres qui eurent toute la portée d'un événement politique, celles du fameux O'Connell et dés viet.mes du siège de Vienne. Il contribua activement au mouvement séparatiste qui éclata à Palerme, en acceptant, du consentement même du pape, le titre de ministre du nouveau gouvernement sicilien auprès de la cour de Rome, et en publiant trois pamphlets : la Question sicilienne résolue suivant les vrais intérêts de la Sicile, de Naples et de l'Italie, l'Indépendance de la Sicile et la Légitimité des actes du gouvernement sicilien, plus un ouvrage important, les Mensonges diplomatiques (Rome, 1848). Cependant la fermentation croissait toujours à Rome, où les réformes promises attendaient une vaine réalisa-

VENT

tion, et le Père Ventura prit une part importante aux événements qui se préparaient. Il combattit vivement la création d'une Chambre des pairs, pour appuyer la restauration du sacré collège dans ses anciennes attribUr tions. De concert avec l'abbé Rosmini,il travailla à la réalisation d'une fédération italienne, ayant pour chef temporel le pape. Ce projet échoua par suite des résistances de la Sardaigne, et le Père Ventura donna alors au pape le conseil d'octroyer une constitution k son peuple. Lorsque le pape se fut réfugié k Gaete, le 24 novembre 1848, le Père Ventura, qui était resté à Rome, tâcha d'abord de concilier ses opinions personnelles avec la réserve que lui imposait son caractère ecclésiastique. Il refusa de faire partie de l'Assemblée constituante; mais il écrivit de virulents articles dans le Moniteur romain, pour la séparatien de l'Eglise et de l'Etat. ■ Aujourd'hui, disait-il, le clergé doit renoncer absolument k toute participation, même indirecte, au gouvernement temporel de l'Etat. Aujourd'hui, sa seule occupation doit être de prêcher au peuple libre, et par la parole, et par l'exemple, la vraie doctrine de l'Eglise, afin de prévenir tout égarement, afin d'empêcher le grand mouvement de devenir protestant ou voltairien, da chrétien qu'il a été et qu'il est encore. » Le 4 mai, le Père Ventura sortit de Rome et se rendit à Civita-Vecchia, où il se mit sous la protection de l'armée française. De là, il essaya vainement de rallier l'opinion publique à la papauté. Voyant ses efforts infructueux et désespérant de la cause qu'il défendait, devenu h la fois suspect aux libéraux et au pape qui, grâce aux baïonnettes françaises, rétablissait son pouvoir temporel par la terreur et les proscriptions, le Père Ventura passa en France et se retira à Montpellier. U y resta deux années ety apprit la condamnation, par la congégation de l'index, de son Discours sur les morts de Vienne* Cette condamnation le frappa douloureusement; cependant il s'inclina sous ce coup inattendu et se rétracta. Pendant son séjour à Montpellier, il écrivit ses Lettres à un ministre protestant (1849), et, parlant du pouvoir temporel, il disait : > Le pape perdra l'Eglise pour une motte de terre.» En 1851, il vint à Paris, et il allait commencer ses prédications k Notre-Dame, lorsque le coup d'Etat du 2 décembre vint lui fermer la bouche. Ce ne fut pas sans étonnement que ceux qui avaient connu le Père Ventura libéral le virent applaudir à cet odieux attentat politique. Bien qu'il parlât assez mal le français, il fit des conférences très-suivies k Saint- Louis-d'Antin, à l'Assomption et à la Madeleine. En 1857, il prêcha même le carême à la chapelle des Tuileries. Partageant les idées de Donoso-Cortèset de l'abbé Gaume, le Père Ventura regardait le moyen âge comme l'époque pendant laquelle le catholicisme est arrivé k son plus parfait développement, au point de vue politique, philosophique et littéraire, comme l'époque idéale vers laquelle il faut revenir. Adversaire déclaré de Ja philosophie moderne, et en particulier de l'éclectisme, il les a vivement combattus et leur a opposé ce qui, à ses yeux, constitue la philosophie véritable, à savoir la scolastique et le système de saint Thomas d'Aquin. Pour lui, aucune autre n'est honnête, sensée, ehré- . tienne. La vraie philosophie, qu'il appelle la raison catholique par excellence , est la philosophie impérative ou démonstrative, qui établit, d'après lui, une série de vérités certaines, tandis que la philosophie inquisitive les cherche toujours, sans les trouver jamais. Ainsi que l'a fait saint Thomas dans sa Somme, on doit considérer les dogmes catholiques comme autant d'axiomes, sans discuter le fondement sur lequel ils reposent, puis tirer de ces axiomes leurs conséquences rigoureuses; en un mot, «faire do la science le commentaire de la foi,' voilà toute la philosophie. » Toute autre recherche est présomptueuse. Chercher l'origino des vérités premières, discuter le fondement de la certitude, essuyer de trouver dans l'étude de la nature, de la conscience les conditions de l'être, des preuves rationnelles do l'existence et de la bonté de Dieu, de l'immortalité de l'âme, do la sainteté des lois morales ; tenter d'établir quelque chose par lo raisonnement, sans s'appuyer sur l'Ecriture, c'est à là fois perdre son âme et n'arriver k rien. Toute autre philosophie que la scolastique du moyen âge n'est ni chrétienne ni catholique.

Après la mort du Père Ventura, soir corps fut rapporté en Italie par le P. Cirino, et il repose au pied même de la chaire de l'église des Théatins, où retentit si souvent sa parole éloquente. Outre les ouvrages déjà'metitionnés, nous citerons : la Mère de Dieu (1845) ; YIJistoire de Virginie Bruni (1850, in-12) ; De la vraie et de la fausse philosophie (1852, in-S°) ; les Femmes de l'Evangile(\&54, iii-8°) ; lu.Itaison philosophique et la raison catholique (1851-1865, 4 vol. in-S<>) ; la Femme catholique (1854, 2 vol. in-s°) ; Essai sur l'origine des idées (1853, in-8°); Ecole des miracles ou les Œuures de la puissance et de la grandeur de J.-C. (1854-1858, 3 vol. in-12); le Pouvoir politique chrétien (1857, in-8°); la Tradition et les semi-pélasgiens de la philosophie (1S5C, in-8°) ; Gloires nouvelles du catholicisme (1859, iu-S°J ; le Mariage chrétien (1858, in-S°) ; Traité sur le culte de la sainte Vierge; Exposition des lois naturelles de l'ordre sociat

■ VENT

(1859) ; Sermons prononcés aux Tuileries, avec une introduction par Louis Veuillot; la Philosophie chrétienne (1861, 3 vol.), etc. Ses Œuvres posthumes (1862, in-80) se composent de sermons, de conférences, etc.

VENTURA DE LA VEGA, poëte espagnol, né à Btienos-Ayres en 1807, mort en 1865. Il Vint faire ses études en Espagne, où il eut pour maîtres Lista et Herniosiifo, et pour condisciple le poète Espronceda. De trèsbonne heure il fit des vers, s'affilia à la société secrète des Numentinos et fut emprisonné au couvent de la Trinité. Rendu à la liberté, il publia un certain nombre de poésies lyriques, le Cantique des cantiques, les Psaumes, l'Epilhalame, l'Agitation, regardée comme un chef-d'œuvre; le Dix-huit juin, la Défense de Séoilte, l'Enthousiasme, etc. ; puis il se tourna vers la théâtre et écrivit des pièces qui fondèrent sa réputation et lui valurent d'être nommé membre de l'Académie de Madrid. Secrétaire particulier de la reine Isabelle, il rendît de signalés services à Serrano et se mêla activement de politique. Très-Hé avec Roi de OU1110 et avec le comte de San-Luis, Ventura de La Vega devint en 1S53, lorsque le dernier eut la présidence du conseil des ministres, député aux cortès et fut chargé par lui de rédiger des circulaires électorales. Il était, lorsqu'il mourut, directeur du Conservatoire de musique et de déclamation, à Madrid.

Esprit brillant, ardent, expressif, il tomba, vers la fin de sa vie, dans le mysticisme, et plusieurs de ses œuvres se ressentent do cette déplorablei tendance. Parmi ses ^œuvres dramatiques, nous citerons : l'Homme du monde, comédie de mœurs, dans laquelle il peignit sur le vif la société de son temps ; Don Fernando de Antequera; la Mort de César, tragédie au style Sobre et ferme, aux pensées énergiques, et une série de drames . lyriques animés par un grand souffle dramatique : le Début d'un artiste; Jouer avec le feu; Un trésor caché; le Marquis de Caravaca, etc.

VENTURE s. f. (van-tu-re — rad. vent).

Agric. Menue paille ou mauvaises graines qui sont séparées du bon grain par 1 action du vent dans l'opération du vannage.

VENTURE DE PARADIS (Jean-Michel de), orientaliste et diplomate, né k Marseille eu 1742, mort k Saint-Jean-d'Acre en 1799. Il commença ses études au collège Louis-le- Grand, passa ensuite à l'école des langues, et s'assimila si bien les langues arabe et turque, qu'il fut choisi pour remplir les fonctions de drogman à Constantinople, en Syrie, en Egypte, k Tunis et à Alger. En 1788, il fut envoyé dans cette dernière ville pour y terminer le différend existant entre cette régence et la France, et parvint, après seize mois de négociations, k renouveler les anciens traités. La Porte ayant refusé, en 1793, de recevoir M. de Sémonville, notre ambassadeur, il représenta les intérêts de la République à Constantinople jusqu'en 1795, seconda alors un nouvel envoyé, Veruiuhac de Saint-Maur, puis revint à Paris pour y occuper la chaire de langue turque,-à laquelle il avait été nommé. Lorsque Bonaparte cn-treprit l'expédition d'Egypte (179S), il emmena Venture de Paradis comme premier interprète de l'armée. La connaissance profonde qu'il avait des langues, des moeurs et des usages de l'Orient lui permit de donner d'utiles conseils au général en chef. Attaqué de la dyssenterie au siège de Saint- Jean-d'Acre, il succomba pendant la retraite de l'armée. Venture a laissé d'importants manuscrits qui ont été déposés k la Bibliothèque nationale. Nous citerons ceux qui sont relatifs k l'Algérie : Grammaire berbère et française; Dictionnaire berbère et français; Gasaval Aroudj uvé Khaïr Eddin (histoire des deux Barberousse) , traduit de l'arabe ; des Notes chronologiques sur Alger,

VENTURI (Pompoo), littérateur italien, né k Sienne en 1693, mort k Ancône en 1752. Entré chez les jésuites, il professa la philosophie à Florence, la rhétorique k Sienne, à Prato, à Florence et à Rome. Sa santé s'étant altérée, ses supérieurs lui laissèrent tous les loisirs nécessaires pour l'achèvement des grands ouvrages qu'il avait entrepris et l'envoyèrent k Ancône pour se rétablir; mais il mourut quelque temps après son arrivée dans cette ville. Des écrits de Venturi un seul a été publié, le Commentaire sur Dante (Lucques, 1732, 3 vol. in-S°). L'édition de Vérone (1749), in-8°, est plus complète.

VENTURI (Jean-Baptiste), physicien italien, né à Bibiano, duché de Reggio, en 1746, mort à Reggio en 1822. Il professa d'abord la métaphysique et la géométrie au séminaire de Reggio, puis la philosophie à Modène. Venu k Paris, eu 1796, à la suite du comte de San-Romano, il y demeura quelque temps pour se livrer k l'étude des sciences, communiqua quelques mémoires à l'Institut et publia divers articles dans les Annales de chimie, le Journal des mines et le Magasin encyclopédique. A son retour en Italie il fut nommé membre du Corps législatif de Milan, et, bientôt après, professeur a l'Ecole du génie de Modène. La chute de la république lui coûta sa place et la liberté ; mais, après la bataille de Marengo, Bonaparte l'investit de la chaire de physique à i-'universiié de Pavie, et le nomma ensuite chargé d'affaires

VENU

du royaume d'Italie à Berne. On a de lui, entre autres ouvrages : Indagi fisica su i colori (1801); Commentant snpra la storia e le teorie dell' oïlica (1814); Dell' origine c de' progressi délie odierne artigliere (1815); Essai sur les ouvrages physico-mathématiques de Léonard de Vinci (1797) . Venturi est surtout connu par l'intéressante expérience au moyen 'de laquelle il a vérifié la perte de charge duo à l'inflexion d'un liquide s'écoulaut par un ajutage. Dans cette expérience, la hauteur du liquide, au-dessus du centre de l'orifice, était de 0m,88 ; l'ajutage cylindrique avait une longueur de 0m,l22 et un diamètre de 0ln,040G. Venturi pratiqua dans l'ajutage, sur la partie supérieure et à la distance 0'»,018 de l'entrée, une petite ouverture dans laquelle il fixa un tube en verre recourbé plongeant, par sa grande branche, dans un bassin inférieur rempli d'eau colorée. L'écoulement étant établi, le liquide monta dans le tube de verre à une hauteur de 0m,65. La perte de charge était donc des trois quarts de la charge totale; c'est à peu près ce qu'indique la théorie.

VENTUR1NI (Jean-Georges-Jnles) , tacticien allemand, né à Brunswick en 1772, mort en 1802. Entré fort jeune au service, il fit les cajnpagnes eo.ntre la France en qualité d'officier du génie, et devint, en 1799, capitaine de cette arme, puis fut nommé architecte près le département de la marine. On lui doit : Nouveau jeu de tactique militaire [Schlesvrig, 1798, in -8°); Livra élémentaire sur la tactique appliquée (1800, 7 vol. in-8°); Système mathématique appliqué à l'art militaire (1801, iu-8"); Revue critique de la dernière campagne du xvme siècle (Leipzig, 1801, in-8°i; Livre élémentaire de la géographie militaire des contrées du ffliiii (Copenhague, 1802, 2 vol. in-8u).

VENTUKINI (Paolo), littérateur italien, né à Bologne en 1800, mort on 1S50. Successivement professeur d'éloquence a Bologne, gouverneur de cette ville sous Pie IX, membre de la censure, il a laissé quatorze Discours sur la religion, écrits dans un beau style, des Poésies et une traduction incomplète A' Horace.

VENTURON s, m. (van-turon). Pêche.

Nom provençal du filet appelé ailleurs échiquier.

— Mar. Syn. de calen.

— Ornith. Passereau de la famille des fringillidées et du groupe des serins, qui habite le midi de l'Europe.

— Encycl. Ornith, Le venturon , appelé aussi serin d'Italie, est un peu moins grand que le serin des Canaries ; sa longueur totale est d'environ 0m,13. Sa couleur générale est un mélange de jaune et de vert, de nuances variées, avec le dessus de la tête et du cou, ainsi que les flancs, d'un gris, cendré, et lespennes des ailes et de la queue noirâtres. Cet oiseau habite Surtout l'Italie, la Turquie et la Grèce; il est de passage dans le midi de la France, crû il arrive en novembre pour ne faire qu'un court séjour, il y est même fort rare dans certaines années. On ne le trouve qu'accidentellement dans le.Nord. Le mâle a un chant varié et très-agréable ; on a comparé le cri qu'il jette en volant au son que. rend une chanterelle de violon quand on la pince; de là le nom de viéoulounaïré (joueur de violon), donné à cette espèce en Languedoc et en Provence. Le venturon est peu rusé, et donne facilement dans les pièges qu'on lui tend, La femelle niche sur les arbres élevés et touffus des campagnes et des jardins, particulièrement sur les cyprès, surtout en Italie ; ce nid est fait de laine, de crin et de plumes ; la ponte est de quatre ou cinq œufs blanchâtres, avec de grandes taches d'un rouge brique. Les jeunes se distinguent de l'adulte par des couleurs moins pures, où le cendré domine. Cette espèce peut se croiser avec le serin des Canaries, et les métis qui en résultent peuvent se reproduire jusqu'à la troisième génération. C est, dit-on, l'origine de la variété appelée serin vert.

VENU, UE (ve-nu, û) part, passé du v. Venir. Arrivé, qui s'est porté d'un lieu dans le lieu de la personne qui parle ou dans celui dont il s'agit :. Quelles sont les personnes venues en mon absence ?

— Survenu, réalisé, en parlant des choses : Le temps est venu d'agir. La mort n'est venue qu'après de longues souffrances. La punition descend à l'heure venue, (Chateaub.)

La cigale, ayant chanté

Tout l'été, Se trouva Tort dépourvue Quand la brise fut venue.

La Fontaine.

— Qui a crû, qui a poussé, qui s'est formé, qui s'est développé : Des arbres bien venus. Je vois nos enfants tout jolis, tout venus. (Mme de Sèv.)

— Issu, dérivé : Un chien venu de deux races croisées. Un mot venu du grec.

— Réussi, exécuté : Estampe mal venue.

Feuille bien venue.

— Bien venu. Bien accueilli, reçu avec plaisir : Etre bien venu partout. Partout où •es étrangers sont rares, ils sont bien venus.' (J.-J. Rouss.) H Substantiv. Personne dont la visite fait plaisir : Vous y serez le bien venu, lui dis-je, mon cher beau-père. (Le

VENU

Sage,) il Soyez le bien venu. Formule de politesse en «sage pour accueillir une personne qui arrive : Madame, soyez la bien venue. Sois le bien venu, loi qu'il me semble voir pour la première fois. (Marmier.) Il On écrit aussi bienvenu en un seul mot.

— Mal venu, Qui n'est pas approuvé ou qui n'a pas le droit, qui n'a pas de bonnes raisons : On est mal venu à dire la vérité aux grands. Vous séries mal venu à vous plaindre du sort, Nous semblons mal venus de nous ingérer, fût-ce à la dernière heure, de juger des hommes qui ont été nos guides et nos maîtres. (Ste-Betive.)

— Nouveau venu, Nouvellement arrivé :

Des étrangers nouveaux venus. Des visiteuses nouvelles venubs. il Substantiv. Personne qui vient d'arriver ou d'être admise dans une société : Si les femmes cherchent à donner du ridicule à une nouvelle venue, il est sûr qu'elle est plus jolie qu'elles. (Volt.) On a vu des chiens périr de jalousie de se voir préférer par leur mailre un nouveau venu. (A. Rion.)

— Premier venu, Celui qui arrive lo premier, ou qui vient avant tous les autres, dans un ordre d'idées quelconque :

Les premiers venus, chez tea Muses,

Ont souvent la meilleure part.

Fr. de Neufchàteau.

Il Individu quelconque , pris au hasard , comme il se présente ; Quand vous donnes au premier venu te pouvoir de vous honorer, vous lui donnez celui de vous déshonorer. (B. de Sl-P.) L'avocat plaidant n'est pas l'homme du premier venu toujours, mais presque toujours. (Cormen.)

— Dernier venu, Personne qui arrive la dernière, qui vient après toutes les autres, dans un ordre d'idées quelconque : Les dernières venues ne purent pas danser.

O beau sexe ! jamais ne te guériras-tu

D'un malheureux penchant pour le dernier upnu ?

Andrieux.

L'invention des arts étant un droit d'aînesse, Nous devons l'apologue à l'ancienne Grèce ; Mais ce champ ne se peut tellement moissonner Que les derniers venus n'y trouvent à glaner.

La Fontaine.

Il Personne que l'on estime inoins, dont on fait moins de cas que de toutes les autres : Il m'a traité comme le dernier venu.

VENUE s. f. (ve-hû — rad. venir). Action de venir, arrivée : Votre VENUE dans ce pays m'a donné de la joie. (Acad.) Quel trouble, quel transport lui cause ma venue !

Corneille.

Il Avènement : Nous sommes chrétiens, nous datons de la venue du Juste sur la terre. (E. Pelletan.)

— Allées et venues, Action d'aller et de venir plusieurs fois, courses diverses; pas et démarches qu'on fait pour une affaire : Après bien des pourparlers, des allées et venues, on a fini par s'entendre, it Avoir l'aller pour la venue, En être pour sa peine, pour ses pas.

Il Vieille loc.

— Belle venue, Belle croissance, développement plein et vigoureux : Un arbre d'une belle venue. Un jeune homme de belle venue.

— Première venue, Premier jet : Un style de première venue et prime-sautier, c'est celui de La Fontaine et de Molière. (Sainte- Beuve.)

— Tout d'une venue, Sans noeuds, sans accidents, sans irrégularités dans toute sa longueur : Une longue tige tout d'une venue.

Il Se dit d'une taille longue et droite, peu déprimée aux reins, peu élargie aux épaules: Les statues égyptiennes sont tout d'une venue. Il Se dit de certaines régions du corps, lorsqu'elles sont dépourvues des saillies nécessaires à leur beauté : Elle a la jambe comme la poitrine; tout d'une venue, h Qui est roide et simple, sans détour et sans nuances : Villars était une nature de guerrier, tout en dehors, tout d'une venue. (Ste- Beiive.)'

— En donner d'une venue à quelqu'un, Le battre vigoureusement ou lui gagner beaucoup d'argent.

— Jeux. Coup que l'on joue, aux quilles, en jetant la boule de l'endroit dont on est convenu.

— Techn. Totalité des peaux que le hongroyeur met en suif en même temps : Une venue se compose de vingt-quatre à trentehuit bandes, suivant la force du cuir. (Maigne.)

. VÉNUS s, f. (vé-nuss — nom lat. de la déesse de Ja beauté). Femme d'une grande beauté : Ce n'est assurément pas ufie Vénus, mais elle est charmante. Il Femme qui brille dans un certain momie : Sur terre, le juste, c'est l'ennuyeux Grandisson, pour qui la Vénus des carrefours elle-même se trouverait sans sexe. (Balz.)

— A signifié Grâce , agrément : Voilà , monsieur, cet air inimitable, cette gaieté et cette Vénus que vous ne trouverez pas dans les écrits de Balzac. (Boil.)

— Les plaisirs, les combats, les jeux de Vénus, Les plaisirs de l'amour :

Vous goûtez comme époux les plaisirs de Vénus. .

ÎJESAINTANQB.

VENU

Les combats de Vénus ont pour vous plus de charmes.

Delillb.

. — Fam. Coup de pied de Vénus, Maladie vénérienne.

— Antiq. Coup de Vénus, Coup très-rare qui faisait gagner la partie, et qui avait lieu quand tous les osselets offraient un nombre différent, et quand les trois tessères donnaient des six.

— Astron. Planète située entre la terre et Mercure, et qui nous apparaît comme l'astre le plus brillant du ciel après le soleil et la la lune.

— Chim. Ancien nom du cuivre, ainsi appelé, à ce qu'on croit, à cause de la facilité avec laquelle il s'unit aux autres métaux. Il Vitriol de Vénus, Ancien nom du sulfate do cuivre ou vitriol bleu. Il Cristaux de Vénus, Nom que l'on donne encore quelquefois dans le commerce à l'acétate de cuivre.-

— Chirom. Mont de Vénus, Petite éminence à la naissance d'un doigt, dans l'intérieur de la main.

— - Anat, Mont de Vénus, Eminence située au devant du pubis, au-dessus de la vulve.

— Moll. Genre de mollusques acéphales, de la famille des cardiacés, comprenant plus de cent cinquante espèces vivantes, répandues dans toutes les mers ; Les venus fossiles sont très-nombreuses. (E. Baudement.) Dans quelques ports de mer, on recherche les venus comme aliment; eHes y remplacent même les huîtres. (H. Hupé.)

— Bot. Vénus attrape-mouche, Nom vulgaire de la dionée.

— Encycl. Anat. Le mont de Vénus est une éminence charnue en forme de petite colline, située, chez la femme, au bas de l'hypogastre et au-dessus de la vulve. Quelques auteurs décrivent cette région sous le nom de pénil, A' éminence sus-pubienne. L'étendue et la saillie de cette éminence sont plus ou moins prononcées selon l'âge, l'embonpoint de la femme, la forme du détroit supérieur du bassin et quelques circonstances individuelles. Dans l'enfance, cette région forme une saillie peu prononcée; elle se développe pendant- l'adolescence, et s'affaisse, au contraire, chez les femmes qui ont passé l'époque de la fécondité. Le mont de Venus est formé par la peau , assez épaisse sur ce point, et par une grande quantité de tissu cellulairs non susceptible de s'infiltrer comme dans les autres régions. La graisse s'y trouve également en grande quantité. A l'époque de l'enfance, le pénil se couvre d'un léger duvet qui se transforme en poils au moment où la femme arrive à l'âge de puberté. A mesure que le sujet avance en âge, ces poils augmentent en nombre et eu densité. On croit généralement que, plus le mont de Vénus est garni de poils, plus les femmes sont vigoureuses et passionnées ; cette opinion a été bien des fois démentie par l'expérience. Ces poils , ordinairement moins volumineux et moins longs que ceux du pénil do l'homme, occupent une étendue assez limitée ; ils n'atteignent qu'exceptionnellement la région ombilicale, comme cela s'observe fréquemment chez l'homme. Bartholin a cependant rencontré des femmes chez lesquelles il se trouvait des poils depuis le pubis jusqu'à l'ombilic, mais cette exception trouvée chez les femmes ne s'observe jamais chez les vierges. Au milieu des poils qui couvrent le mont de Vénus existent des orifices glandulaires par où s'écoule une humeur plus ou moins odorante, qui oint ces organes pileux et les parties voisines. C'est au milieu des poils qui ornent le mont de Vénus que se développent, comme dans la partie correspondante chez l'homme, ces insectes parasites connus sous le nom de poux du pubis (v. pou). Après la cessation des règles, le mont de Vénus se dégarnit peu à peu, de sorte que, chez certaines femmes, à un âge très-avancé, cette région se trouve complètement dépourvue de poils. Ceux-ci offrent parfois des anomalies remarquables, quant à leur couleur, qui n'est nullement en rapport avec la couleur des cheveux ou celle des poils qui garnissent les autres régions du corps. Les Turcs et quelques autres peuples, hommes et femmes, sont complètement dépourvus de poils au pubis, parce que, pendant leur jeunesse, ils en provoquent la chute avec certaines pommades. Il existe des maladies pendant lesquelles lo corps perd ses poils entièrement (v. alopécie). On a vu ries femmes chez qui les poils du pubis atteignaient jusqu'aux genoux et d'autres, en Pologne, affectées de la plique, qui portaient des poils longs d'une aune et demie ; elles les auraient traînés si elles n'avaient eu le soin de les entortiller autour de la cuisse.

Le mont de Vénus peut devenir le siège de douleurs et de maladies différentes; ainsi, d'après Levret, les affections des organes contenus dans l'hypogastre se manifesteraient par des douleurs tensives et pongitives dans le pénil et dans les plis de l'aine. On observe parfois dans cette légion des tumeurs variqueuses et des excroissances de différente nature. Ainsi, les femmes cophtes, en Egypte, portent une espèce d'appendice flasque, épais, charnu et pendant, analogue, pour la grosseur et la forme, à la caroncule pendante qui surmonte le bec du coq d'Inde. C'est l'extirpation de cette excroissance qui constitue la circoncision des filles dont par-

VENU

laient les anciens, et on voit encore, de nos jours, des femmes de la haute Egypte parcourir les contrées qu'arrose le Nil en criant dans les rues : ■ A la bonne circonciseuse. » Ces chirurgiens d'un nouveau genre n'emploient dans cette opération qu'un mauvais rasoir et une pincée de cendre comme topique. Enfin, selon l'anatomiste Dionis, le mont de Vénus sert comme de petit coussin poui* empêcher que la dureté des os ne blesse dans les relations sexuelles. On peut en dire autant des poils qui couvrent celte région et qui la tiennent en même temps plus chaude.

— Astron. Vénus, la plus radieuse des planètes, est l'astre qui, le matin, précède à l'orient le lever du soleil ou, le soir, brille le premier aux dernières heures du crépuscule a l'occident du ciel.

L'astre de Vénus, seul mentionné dans la Bible, dans Hésiode et dans Homère, a été la première planète que les peuples et les savants ont distinguée parmi les étoiles.

En la voyant briller tantôt le matin, tantôt le soir, les Grecs en avaient fait deux astres différents, appelés Lucifer et Vesper (4'aasôfOf et "Eosipoç).

Cinq siècles avant l'ère vulgaire, Pythagore démontra que les deux ustres ne faisaient qu'un. Favorinus attribue l'honneur do cette découverte à Parménide, qui vivait un siècle et demi plus tard.

Saint Augustin rapporte, d'après Varron, « que Castor le Rhodien a laissé écrit le récit d'un prodige étonnant qui se serait opéré dans Vénus; cette étoile aurait changé de couleur, de grandeur, de figure et de course. Ce fait, qui n'a point eu de semblablo ni antérieurement ni depuis, serait arrivé du temps du roi Ogygès, comme l'attestent Adrastus, Cyziconus et Dion, nobles mathématiciens de Naples. »

Hévélins a essuyé d'expliquer la tradition des changements de Vénus, d'abord par l'apparence de la réfraction atmosphérique, eusuite par un changement de l'atmosphère de la planète.

La réfraction atmosphérique et le changement d'atmosphère, si ces phénomènes étaient prouvés, pourraient expliquer la variation de la couleur, mais non le changement de la forme et du cours de la planète.

Fréret a attribué ce phénomène, qui a si vivement préoccupé les savants du monde ancien, à l'apparition d'une comète dont le noyau se serait montré le soir et le matin auprès du soleil, quelques jours après la disparition de Vénus dans les rayons du grand astre. La comète à la longue chevelure, s'éloignant chaque jour de plus en plus du soleil dans une direction opposée à celle de Vénus, aurait été prise pour Vénus ellemême changée et transformée.

Les suppositions de Fréret ne sont pas plus satisfaisantes que les explications d'Hévélius. Pouvait-on confondre une comète avec une étoile? Et quand même on fût tombé dans une erreur semblable, est-ce que

Ear la réapparition de Vénus on n'aurait pas ientôt reconnu la méprise? Quel observateur, quel savant, quel mathématicien aurait osé soutenir à la légère un si grand événement, depuis trente-six siècles unique au monde?

Pour son volume, son atmosphère, sa densité, ainsi que pour la vitesse de son mouvement de rotation et la durée de ses jours, la planète Vénus a de très-grandes analogies avec la terre.

D'après l'Annuaire du Bureau des longitudes, le volume do Vénus serait à celui de la terre comme 957 est à. 1,000; selon Robert Maine, astronome de l'observatoire detireenwich, comme 1,070 est à 1,000 ; d'après l'astronome Secchi, de Rome, qui, le 9 mai 1857, a plusieurs fois mesuré Vénus, celte planète serait un peu plus petite que la terre. Sauf quelque insignifiante différence en plus ou eu moins, Vénus est donc à peii près de la grandeur de notre planète.

Les matériaux qui la composent sont aussi à peu près les mêmes; son aspect a une trèsgrande ressemblance avec le globe terrestre. Bianchini, astronome italien, qui, en 1728, découvrit les taches de Vénus, a distingué en mémo temps au milieu de son disque sept mers, qui communiquent entre elles par quatre détroits, et, vers les extrémités, deux autres mers sans communication avec les premières. Il a vu sept ou huit parties détachées du contour de ces mers, et il les a considérées comme autant de promontoires. Il a donné des noms à ces mers, à ces détroits, à ces promontoires, et tracé la géographie de Vénus, comme. Hévélius avait tracé la géographie de la lune.

Les observations postérieures de Schrœter sur les irrégularités des cornes du croissant de Vénus"ont prouvé que cette planète n'est pas un corps uni, mais couvert, comme la lune, d'énormes montagnes, dont quelquesunes mesurent une hauteur de 11 lieues oit 44,000 mètres.

Le mouvement de révolution de cette planète autourdu soleil s'accompliten 225 jours; ■ ses années sont de sept mois et demi; son uxe de rotation est inclina de 75° sur le plan de son orbite ; en conséquence, ses saisons, limitées à cinquante-six jours, sont très-disparates.

« Vénus tourne très-obliqueraent sur ellemême, dit M. Babinet; si nous prenons la

876 VENU

terre comme point de comparaison, le soleil arrive l'été jusqu'au-dessus de Syène, en Egypte, ou de Cuba, en Amérique. Pour Vénus, l'obliquité est telle que l'été le soleil atteint des altitudes plus élevées que celles de Belgique et de Hollande. Il en résulte que les deux pôles, soumis tour à tour k un soleil presque vertical et qui ne se couche pas (et cela à quatre mois de distance, puisque l'année de cette planète n'est que de huit mois), ne peuvent laisser la neige et la glace s'accumuler. 11 n'y a point de zones tempérées sur cette planète; la zone torride et la zone glaciale empiètent l'une sur l'autre et régnent tour à tour sur les régions qui, chez nous, composent les deux zones tempérées. De là des agitations d'atmosphère constamment entretenues et d'ailleurs tout k fait conformes k ce que l'observation nous apprend sur la difficile visibilité des continents de Vénus à travers le voile de son atmosphère, tourmentée incessamment par les variations rapides de la hauteur du soleil, de la durée des jours et des transports d'air et d'humidité que déterminent les rayons d'un soleil deux fois plus ardent que pour la terre. •

Bernardin de Saint-Pierre a tracé dans les Harmonies de la nature une brillante description de Vénus, par lui représentée comme une terre tropicale, et il a si bien mêlé le vrai et le vraisemblable qu'il serait difficile de distinguer lu poésie de la science.

Le séjour de Vénus est certainement moins triste que celui de Mercure, mais il n'offre pas positivement les éléments de bien-être que nous avons sur la terre.

A chaque période de huit ans, Vénus retourne à 10 32' du point d'où elle est partie, et cela k un moment où la terre se trouve à peine éloignée de 4'. Vénus se montre alors avec un si grand éclat, qu'on peut la voir briller en plein jour et la nuit porter ombre, par sa lumière, comme la lune. '

On se rappelle encore l'année 1849, période de grand éclat, où, pendant les mois de juin et de juillet, elle fut visible en plein jour. Pareillement, en 1857, elle ne cessa d'être visible tous les soirs a partir du mois de décembre jusqu'au mois de mai.

A mesure qu'elle s'approchait de la terre et devenait plus grosse et plus brillante, son disque prenait la forme d'un croissant, semblable a celui de la lune. En février, elle offrait l'aspect d'un disque à moitié éclairé, comme celui de la lune en premier quartier. En mars, elle arrivait au point de sa plus grande distance du soleil. Le 4 avril, elle se présentait sous la forme d'un beau croissant et bientôt elle atteignit le maximum de sa grandeur et de son éclat et fila rapidement vers le point de son orbite, entre la terre et le soleil, le plus rapproché de nous , puis elle tomba dans les rayons du grand astre qui l'éclairait par le côté opposé à celui qui nous fait face, et le 10 mai elle disparut k nos yeux avec le soleil couchant.

Passée à l'ouest du soleil, on ne put plus Ja voir que le matin.

En s'éloignant du grand astre du jour, Vénus reprenait par degrés son croissant. Le 15 juin, elle atteignait sous cette forme le maximum de sa grandeur et de son éclat. Elle était alors à 40». Invisible le soir, on

Ïiouvait la voir en plein jour précéder le soeil dans sa course vers l'occident.

La planète de Vénus est remarquable par son passage sur le disque solaire, phénomène d'une grande importance, qui a fourni le moyen d'établir la parallaxe du soleil et de déterminer sa véritable distance à la terre. • Pour voir réaliser la projection de Vénus sur le disque solaire, il faut qu'au moment de son passage entre le soleil et la terre elle se trouve dans le plan de l'écliplique, et, de plus, que Sa distance apparente du soleil n'excède pas, en latitude, le demi-diamètre disque du grand astre.

La réunion de toutes ces circonstances n'a lieu qu'à divers intervalles de temps variés. Ainsi, le premier passage est suivi d'un autre k huit ans et deux jours de distance; le troisième a lieu après 113 ans 1/2 moins 8 ans, c'est-à-dire 105 ans 1/2, ou 113 ans 1/2 plus 8 ans, c'est à-dire 121 ans 1/2.

Au moment du passage, Vénus traverse le disque solaire comme une tache noire, parfaitement ronde, avec un mouvement uniforme d'orient en occident. La traversée dure six ou sept heures.

Delambre a donné le tableau de dix-huit passages par lui calculés; voici la série des années avec les jours du phénomène :

Années. Jours.

1874 9 décembre.

2004 7 juin.

2117 10 décembre.

2247 11 juin.

2360 12 décembre.

2490 12 juin.

2603 15 décembre.

2733 15 juin.

2840 16 décembre.

VENU

La rareté du passage de Vénus sur le soleil a fait sentir la nécessité de mettre k profit les quelques heures que dure le phénomène,surtout quand oh sait que c'est seulement en l'observant d'une manière exacte qu'on peut déterminer également avec exactitude la distance de la terre et de toutes les planètes au soleil, et de plus, autant qu'on peut la mesurer, la distance de toutes les étoiles au soleil. Or, dès que nous connaissons la distance d'une planète au soleil, nous avons en main la mesure k employer pour nous rendre compte des distances et des orbites de toutes les autres planètes et même de tous les rapports du monde planétaire. En observant le passage de Vénus sur le soleil, c'est précisément cette mesure que nous cherchons.

On sait comment, k l'aide de la triangulation, quelqu'un peut, du lieu où il se tient, mesurer la distance d'un point auquel il ne peut atteindre. Plus la grandeur des côtés du triangle formé pour cette opération est inégale, plus le résultat anal est nécessairement inexact. Mais, de même que, dans nos calculs de la distance de la lune k la terre, nous avons un correctif dans les éclipses de soleil, de même nos calculs de la distance du soleil k la terre trouvent un correctif dans les passages de Vénus, ainsi que Halley l'a proclamé pour la première fois au xvne siècle. Les apparitions du passage de Vénus sur le soleil sont donc plus importantes que celles de toutes les autres planètes, Vénus étant la plus rapprochée de la terre. Halley mourut en 1742 ; il ne put donc assister aux deux passages de Vénus qui eurent lieu pendant le xvine siècle, en 1761 et en 1769; mais les avis qu'il avait donnés furent ponctuellement exécutés. Le passage de 1761 ne s'effectua pas dans de bonnes conditions d'observation. Le phénomène se reproduisant en 1769 : on fit cette fois de grands préparatifs et les observations eurent un plein succès. Mais les calculs faits sur ces observations et • d'après des travaux isolés présentèrent d«s différences notables. C'est ainsi que, tandis que Lalande fixait k 8",5 la parallaxesolaire, Hell la trouvait égale k 8",70, Kuler a 8", 82 et Pingre à 8",88. La discussion de ces observations fut reprise k nouveau au commencement de notre siècle par Delambre, Fuirer et Encke. Ce dernier fixa k 8",57 la valeur de la parallaxe solaire, adoptée de 1824 k 1864 par la généralité des astronomes. Mais cette dernière année, M. Powalky fut amené par des recherches faites dans une autre voie k trouver 8" ,86 pour la valeur de la parallaxe, laquelle se trouve concorder complètement avec le nombre déduit des mesures de Léon Foucault sur la vitesse de la lumière. Le passage de Vénus sur le soleil qui devait avoir lieu le 9 décembre 1874 était donc du plus haut intérêt, car il était permis d'espérer que, grâce k des observations plus exactes, ou arriverait k faire disparaître les divergences dont nous venons de parler. Aussi, dès 1870, se prépara-t-ou dans les principaux pays des deux mondes à envoyer des savants examiner le phénomène avec des instruments perfectionnés. L'Académie des sciences de Paris institua dans ce but une commission, présidée par M. Dumas. Grâce k un crédit voté en 1872 par l'Assemblée nationale, cette commission put faire construire des instruments d'une grande valeur, et elle envoya avec des instructions détaillées et des programmes étendus M. Bouquet de La Grye k l'iU Campbell, le capitaine Mouchez k l'île Saint-Paul, M. André k Nouméa, le lieutenant de vaisseau Fleuriais k Pékin, M. Héraud en CochinchineetM. Janssen au Japon. Ce dernier, avec l'aide de MAL Tisserand, Picard et Delacroix, put faire observer le phénomène dans deux stations différentes, à liobé et k Nangasaki. En même temps que les Erançais observaient le passage do Vénus dans 7 stations différentes, l'Angleterre envoyait dans le même but des savants dans 20 stations, la Russie dans 11, l'Amérique dans 8, l'Allemagne dans 7, la Hollande et l'Italie chacune dans une station. Une seule expédition fut entreprise aux frais et sous la direction d'un particulier; c'est k lord Lindsay qu'en revient l'honneur. Des observations complètes pureut être faites, et, d'après le Bulletin de' la Société astronomique de Londres, on prit, dans 24 stations, 3,440 épreuves photographiques, dont un très-grand nombre suivant la méthode Janssen. D'après le rapport adressé par M. Dumas au ministre de 1 instruction publique, les expéditions françaises ont été assez heureuses pour que les observations, effectuées avec des lunettes plus puissantes qu'aucune de celles dont les autres missions ont fait usage, soient considérées comme les plus dignes de confiance. Elles ont obtenu 1,000 épreuves photographiques au moins, dans des conditions excellentes de précision et de netteté. M. Puiseux, chargé d'effectuer les calculs nécessaires pour faire ressortir les résultats de ces observations directes, a trouvé pour la parallaxe solaire moyenne S",S79 ou, en se bornant au chiffre des centièmes, 8",88, valeur qui diffère bien peu du nombre 8'', 86, auquel conduisent les déterminations de la vitesse de la lumière effectuées par AI. Foucault , et qui est aussi la moyenne des valeurs déduites par M, Leverrier de la théorie des perturbations planétaires. Toutefois, la valeur définitive de la parallaxe ne pourra être conclue iUe de l'eiioemble des données

VENU

astronomiques et photographiques recueillies par les diverses missions françaises et étrangères. Bien que la détermination de la parallaxe ait été l'objet principal des expéditions scientifiques du 9 décembre 1874, les savants y ont trouvé une occasion très-favorable pour déterminer avec plus de précision qu'on ne l'avait fait jusque-là le diamètre de Vénus. C'est ce qu'a fait notamment le iieutenant-colonel Tennunt, k l'aide d'un micromètre à double image. Il a obtenu les nombres suivants :

Diamètre en ascension droite 64",035 Diamètre en déclinaison . . . 63",789 Cette différence des deux diamètres parait provenir de la forme elliptique du disque, c'est-k-dire de l'existence d'un aplatissement dans le globe de Vénus. Enfin, une autre question qu on a étudiée le 6 décembre 1874 et qui paraît élucidée par les observations de MM. Mouchez, Janssen, Héraud, etc., est celle d'une atmosphère entourant Vénus.

Le 25 janvier 1672, vers sept heures du matin, Cassini aperçut, pendant dix minutes, non loin de Vénus, une petite lumière imitant k peu près les phases de la planète ; la clarté du crépuscule l'ayant bientôt fait évanouir, il n'eut pas le temps de l'étudier pour s'en rendre compte. Il avait presque .oublié cet incident, lorsque, quatorze ans après, le 28 août 1686, à quatre heures quinze minutes du matin, il vit de nouveau la même lumière. « En regardant Vénus, dit-il, avec . la lunette de 34 pieds, je vis, k une distance égale aux trois cinquièmes de son diamètre, vers l'orient, une lumière informe qui semblait imiter la phase de Vénus, dont la rondeur était diminuée vers l'occident. Le diamètre de ce phénomène était à peu près égal k la quatrième partie du diamètre de Vénus; je l'observai attentivement pendant un quart d'heure, et, après avoir interrompu l'observation pendant l'espace de quatre ou cinq minutes, je ne la vis plus, mais le jour était grand. »

Tous les astronomes se mirent alors k la recherche du satellite de Vénus; mais pendant cinquante-quatre ans toutes les investigations furent vaines. Enfin, le 3 novembre 1741, Short, de Londres, muni d'un télescope grossissant 50 ou 60 fois, aperçut le petit astre auprès de Vénus. Il prit des oculaires trois ou quatre fois plus forts, et il reconnut que le petit astre avait une phase conforme k celle de la planète. Le diamètre du satellite était k peu près le tiers de celui de Vénus; sa position, k 10'20"; sa lumière, moins vive, mais tout aussi déterminée. Il put l'observer et le considérer à plusieurs reprises avec différents instruments pendant une heure.

On ne parlait plus du satellite de Vénus, qui semblait tombé dans l'oubli, lorsque vingt ans après Montagne, de Limoges, le découvrit le 3 mai 1761, k neuf heures et demie du soir, sous la forme d'un petit croissant. Son diamètre était k peu près le quart de celui delà planète; sa distance k peu près 20'. Le jour suivant, il retrouva le satellite à la même heure, un peu plus près de la planète, dont il était alors à peine éloigné de 1'. Il le revit aussi le 7 et le 11, soit que la planète se trouvât ou ne se trouvât point avec lui dans le champ de la lunette.

Le 6 juin 1761, lors du passage de Vénus sur le disque du soleil, un astronome anglais vit le petit satellite décrire la même ligne que la planète (i-ondon Euening Post, août 17ûl).

Enfin les 15, 28 et 29 mars 1765, k sept heures et demie du soir, il fut aperçu avec un télescope de 32 pouces par Montbaron, d'Auxerre. Comme l'existence du satellite de Vénus était mise en doute, cet astronome ne négligea aucune précaution pour constater la réalité de son existence. Il changea le petit miroir, varia les oculaires, tint la planète hors du champ de ses instruments pendant qu'il observait le sutellite et le fit voir et observer à un grand nombre de personnes.

Lalande rit remarquer que cette apparition pouvait n'être que l'image secondaire produite par une double réflexion lorsqu'on regarde au travers d'une seule lentille un objet lumineux d'un petit diamètre placé sur un fond obscur,

— Moll. Le genre venus réunit les caractères suivants : animal ovalaire assez épais, k manteau aux bords onduleux, munis d'une rangée de cirres tentaculaires; bouche petite; appendices labiaux peu développés; tubes plus ou moins allongés, rarement séparés ; pied grand , comprimé , tranchant, triangulaire ou sillonné en dessous. Coquille en général légèrement comprimée, solide, régulière, équivalve, inéquilatérale, non brillante, très-souvent ornée de côtes longitudinales, mais rarement de rayons transverses; sommets distincts, un peu courbés en avant; charnière ayant deux à quatre dents cardinales réunies sous le sommet; ligament épais, extérieur bombé; impressions musculaires plus ou moins arrondies, réunies par l'impression palléale, qui est excavée en arrière.

Ce genre renferme plus de cent cinquante espèces vivantes, dont plusieurs sont recherchées en raison de leur beauté ; il en existe également un nombre considérable d'espèces que l'on ne rencontre plus qu'à l'état fossile. Ce sont des coquilles gêné-, ralement de taille assez petite, ovalaires ou plus ou moins elliptiques, qui ne sont pas

•VENU

couvertes d'un épiderme, lisses, striées, épineuses ou lamelleuses, parfois remarquables par la beauté et la diversité de leurs couleurs. Les venus se trouvent dans toutes les parties du monde ; elles vivent constamment sur les bords de la mer, enfoncées dans le sable, mais à une petite profondeur. Elles en sortent facilement et peuvent très-bien marcher k l'aide de leur pied ; on assure même qu'elles sautent en frappant de petits coups répétés avec leurs valves l'intérieur de l'eau. Dans divers ports de mer, principalement en France, on mange au lieu d'huîtres et préférablement k elles une espèce de ce genre, la venus treillissée, connue sous le nom vulgaire de clovisse, et quelquefois aussi la ue'jius verruqueuse; mais leur goût est çlus fort que celui des huîtres, et il faut y être habitué pour qu'il ne déplaise pas. On a cherché k établir des divisions parmi un genre si considérable ; mais ces divisions, quoique consacrées par l'usage, ne reposent pas sur des caractères positifs ; telles sont les cythérées et les astartes. L'étude seule de l'animal des venus pourra servir de base pour une bonne classification de ces mollusques.

VÉNUS (latin Venus, qui appartient & la même famille que venustus, gracieux, et ve nerari, vénérer, respecter, savoir: là racine sanscrite van, ban, honorer, servir, aimer, vên, même sens, d'où vana, adoration, nantit, qui adore, vanas, attrait, amabilité, vêna, prêtre, sacrifice, etc.), l'une des douze grandes divinitésde l'Olympe grec etroinain, lu même que l'Astarté syrienne, déesse de la beauté, mère de l'Amour, reine des Nymphes et des Grâces. Elle présidaitk tous les charmes fémU nins, dont elle possédait le secret. Sa ceinture, célébrée par Homère, avait le pouvoir de rendre admirablement belles toutes les femmes ou les déesses qui la portaient sur elles et leur communiquait la grâce, « plus belle encore que la beauté. •

C'est ainsi que Vénus est représentée le plus souvent; mais si l'on remonte à l'origine de son mythe, on est amené k voir en elle une divinité de la production. Les Hellènes personnifiaient le principe générateur féminin par Aphrodite.

Les Grecs ont aussi adoré une Aphrodite Céleste ou Uranie, dont les attributs, dont nous parlerons plus loin, sont très-distincts de ceux de la déesse de la beauté, la Morpho laconienne (en latin forma), dont l'assimilation avec Aphrodite s'explique par le nom lui-même. Mais ils se sont surtout représenté dans Aphrodite les formes variées, les divers aspects de la beauté, de la volupté et de l'amour. Tantôt ils lui donnent des traits nobles et élevés qui éloignent toute idée de sensualité; le plus souvent ils la peignent si séduisante et si aimable, que le' sentiment d'amour et de plaisir est inséparable de cette conception. L'amour qu'ils font ainsi concevoir est quelquefois pur et délicat, souvent aussi violent et passionné, tantôt vif et léger, tantôt encore libertin et lubrique.

La puissante déesse de la génération, celle qu'invoquera philosophiquement Lucrèce dans ses beaux vers, devient la déesse des courtisanes, la personnification de la vie galante, la patronne des plaisirs dissolus. Elle tombe au rang des coquettes de bas étage, introduit dans l'Olympe les mauvaises mœurs et débauche tous les dieux.

Homère la fait naître de Zeus et de Dioné, Hésiode de l'écume des flots de la mer (àçpàî, racine d'Aphrodite, qui signifie écume). Jupiter, qui, suivant la légende, aurait en vain voulu se faire aimer d elle, la donna pour épouse k Héphsestos (Vulcain), le plus difforme des dieux de l'Olympe,- pour la punir de son indifférence- Aphrodite n'a point encore d'époux dans Y Iliade; mais déjà,, dans l'Odyssée, Me est infidèle k Héphsestos. Ses amours avec Ares (Mars) ne purent Se dissimuler, car l'époux outragé se chargea d'en reudre témoins tous les dieux : ayant surpris les deux amants, il les prit dans un filet, appela en témoignage de son affront tout l'Olympe et, par cette vengeance inutile, s'exposa lui-roêiue à la risée de l'assemb'lêe divine. Les plus entreprenants d'entre les dieux, n'ayant vu dans la criminelle que sa beauté, tinrent k honneur de profiter k leur tour de sa faiblesse amoureuse. Hermès et Poséidon s'inscrivirent au nombre desesamants,parmilafoule desquels la capricieuse déesse ne dédaigna pas de compter de simples mortels, Anchise, par exemple, et Adonis. Les Grâces, l'Amour (Eros et Antéros), l'Hymen, l'Harmonie, Hermaphrodite, Euée, Priape, etc., furent les fruits de ses nombreux adultères.

Ce fut à elle que le berger Paris donna, sur le mont Ida, le prix de la beauté, et de cette préférence naquirent les colères de Juuon contre les Troyens.

Blessée par Liomède à la guerre de Troie, où Homère lui fait prendre une part active, Aphrodite se veugea en inspirant k l'épouse du héros grec des passions coupables. Elle exerça des vengeances analogues sur les Prœtides, sur Phèdre, sur Pasiphaé. V. ces noms. .'

Homère ne lui donne pas encore l'Amour pour fils, et c'est seulement k une époque relativement récente qu'Eros est rattaché directement k Aphrodite; il devient, dans la légende, ainsi qu'Antéros, le fils d'Aphrodite et d'Ares, qui, d'ailleurs, ne joue aucun rôle

dans le mythe d'Aphrodite, en dehors du récit homérique où leur adultère est surpris par Hépbœstos en présence des dieux.

Héphsestos lui - même n'apparaît comme l'époux d'Aphrodite que dans l'Odyssée; l'Iliade l'unit à Chjiris (la Grâce), et le récit d'Hésiode lui attribuait pour femme Aglaia, la plus jeune des Charités.

C'est également à une époque postérieure qu'elle est confondue avec la Morpho dorienne, divinité adorée a Sparte, et dont la statue, nous dit Pausanias, avait des fers aux pieds. Elle fut encore identifiée avec d'autres divinités locales, notamment avec Cota (Proserpine).

Dans le temple de Mégare, Aphrodite re* cevait le surnom de Praxis, dont l'étymologie est la même que celle de notre mot pratique, mais dont le sens n'est pas parfaitement éclairci par lé nom de Praxidixe, qui est donné à une compagne d'Aphrodite.

Le culte de cette déesse, dont Paphos, Cnide, Amathonte, ldulie étaient, avec Cythère, les séjours principaux, avait peu h peu gagné toute' la Grèce et les diverses contrées habitées par des colons grecs. Cette déesse était adorée notamment à Corinthe, à Mégare, à Hermione, a Sicyone, à Sparte, à Tricca, en Thessalie. Elle avait des chapelles à Olympie, un temple à Cyliène, en Elide, un à Mégalopolis ; mais le plus célèbre de ses sanctuaires fut toujours celui de Cythére. Son culte fut transporté au mont Eryx, en Sicile, et de là devint bientôt universel.

La rose, le myrte, les colombes, le cygne étaient consacrés à Vénus. On la représentait parfois armée et casquée, car il faut dire qu'à l'origine son culte était presque Sévère; ce n'est,donc que dans la suite qu il s'amollit et que sa biographie se chargea d'incidents successivement inventés par les poètes. Elle fut d'abord la divinité tutélaire du gynécée; les femmes mariées l'invoquaient; les filles et les veuves s'adressaient à elle pour avoir, non des amants, mais dus maris. Sous le nom de Morpho (la forme), elle représentait la beauté clans son acception la plus élevée. Vénus Morpho avait un temple à Sparte, ainsi que Vénus Armée, et ce fut d'abord une Vénus Armée que l'on adora à Cythère, le premier endroit où elle ait eu un temple et où ce culte devait dégénérer en un libertinage excessif. Mais avant de considérer Vénus sous ses différents aspects, examinons les questions générales qui se rattachent à son origine.

— Divisions générales. ■ Entre les différentes Vénus, dit Cicéron, la première est fille du Ciel et du Jour; son temple était en Elide. La seconde est née de l'écume de la mer; c'est d'elle et de Mercure qu'on dit que Cupidon, second de ce" nom, est né. La troisième, fille de Jupitor et de Dionô, est colle qui se maria avec Vulcain ; c'est d'elle et de Mars qu'on fait naître Antéros. La quatrième, née de la Syrie et de T yrus, s appelle Astarté, que l'on raconte avoir épousé Adonis. »

Pausanias dit qu'il y avait chez les Thébains trois statues faites du bois des navires de Cadmus : la première était celle do Vénus Céleste, qui marquait un amour pur et dégagé des convoitises corporelles ; la seconde celle de Vénus la Populaire, qui marquait un amour impudique, et la troisième celle de Vénus Apostrophia, ainsi appelée parce qu'elle détournait les cœurs de toute impureté. En un autre endroit, le même Pausanias n'en admet que deux, Vénus la Céleste et Vénus la Populaire. «

On voit combien, pour les anciens euxmêmes, ces classifications devenaient difficiles. Cicéron compte quatre Vénus d'origine diiférente et d'assimilation postérieure ; mais il ne laisse pas ignorer qu'il en existait d'autres. La Vénus Céleste et la Véuus Marine sont identifiées par le récit même d'Hésiode, qui fait naître Aphrodite à la fois des deux éléments. Cicéron l'ait naître Eros de Mercure et le confond ainsi avec Hermaphrodite, en môme temps qu'il avoue l'analogie des deux Vénus, l'une tille de la Mer et l'autre fille de Jupiter, puisqu'il donne pour fils à l'une Eros, a l'autre Antéros, qui, s'ils ne sont pas frères, sont au moins cousins germains. D'après cette distinction des diverses Vénus par leur origine, où faut-il placer Vénus Populaire ou Pandème? Avec Vénus, fille de Dioné ï Elle a une grande partie do ses attributs, sans les avoir tous; mais elle ressemble aussi beaucoup à Vénus Marine ou Anadyoraène, La Vénus Année des Spartiates ne trouve non plus aucune place dans ces classifications. Nous sommes conduits à admettre que les anciens n'avaient pas de notions très-précises sur l'histoire de leurs Vénus et à amnistier notre Alfred de Musset, qui, malgré l'autorité de Cicéron, fait Vénus Astarté fille de l'onde marine :

Regrettez-vous le temps oa le Ciel, sur la terre, Marchait et respirait dans un peuple de dieux? Où Vénus Astarté, mie de l'onde arrière. Secouait, vierge encor, les larmes de sa mère Et fécondait le monde en tordant ses cheveux?

En présence de tant d'opinions divergentes émises sur l'origine de Vénus par les anciens, et qui n'ont pas été mises d'accord par les aperçus de la critique moderne, force nous sera de laisser k l'écart tout système à priori et de classer les divers types rattachés

par kTnom et par un fond commun à cette déesse, en ne considérant que les différences d'attributs.

Les monuments figurés du culte de Vénus présentent des caractères qui ont permis à l'archéologie de les grouper autour de six types principaux, dans lesquels se retrouvent respectivement les traits les plus saillants de la légende de cette divinité. Ces monuments ont donc pu être divisés en six catégories :

1° Monuments qui représentent Vénus avec les deux sexes réunis.

2° Monuments sur lesquels Vénus fait partie d'une triade divine.

30 Monuments où Vénus est représentée avec le sexe féminin seulement, mais avec des attributs qui en font une divinité féminine panthée,

4° Monuments consacrés à Vénus comme reine du ciel, de la terre et des enfers,

50 Monuments consacrés à Vénus comme mère de l'Amour,

6° Monuments sur lesquels Vénus, représentée sous un point de vue particulier, relativement à ses fonctions, est caractérisée par un symbole ou un attribut spécial.

Or, dans plusieurs de ces six divisions, on a été obligé de comprendre à la fois les représentations symboliques, les représentations figurées mixtes, c'est-à-dire celles dans lesquelles le symbole est uni à la forme hu- ■ maine , et enfin les représentations figurées qui sont purement empruntées à la nature humaine. D'où il suit que plusieurs des six grandes catégories qui viennent d'être indiquées peuvent elles-mêmes se subdiviser en plusieurs classes.

On* voit par cette seule division de la matière, où les étroites classifications des Latins et des Grecs semblent disparaître, coinbien les recherches de l'archéologie ont élargi les questions mythologiques eu général , et celles qui regardent le culte de Vénus en particulier.

— Vénus chaldèenne. Félix Lajard, dans ses savantes Recherches sur le culte de Vénus, dont la critique postérieure a trop peu profité, écartait, dès 1837, la supposition de Frédéric Creuzer, que les doctrines mithriaques étaient le lien qui unit les anciennes religions de l'Asie occidentale ù celles de l'Inde, de l'Egypte et de l'Europe. Les témoignages historiques tes plus dignes de foi, la haute antiquité du culte de Vénus en Asie et la date récente du culte de Mithra, dérivé de celui de Vénus, semblent, aux yeux de M. Lajard, repousser une pareille hypothèse et conduire bien plus naturellement à chercher dans les doctrines propres au culte de la Vénus chaldèenne l'origine des nombreux rapports dont il s'agit. M. Lajard trouve partout des traces évidentes du culte de la divinité qu'avec les Latins nousappelons^énus, « de cette divinité qui occupe , dit-il , la place principale dans le système théogonique et I cosmogonique des Chaldéens, et qui, primitivement androgyne, avait fini par être udoj rée, en Orient comme en Occident, sous une ! forme purement féminine et sous des noms , divers. • Il trouve partout les symboles, les ■ emblèmes, les attributs'de la déesse liés à di- : vers cultes publics aussi bien qu'au rituel des ! mystères. Partout il découvre dans les institutions civiles et militaires, dans les mœurs, les coutumes, les préjugés, les superstitions des peuples de I antiquité, l'empreinte des doctrines, des idées propres au culte chaldéen de Vénus, et il ne craint pas d'avancer que, chez plusieurs des nations modernes qui ont remplacé les populations anciennes, cette empreinte n'est pas encore effacée. C'est surtout dans les mœurs et l'éducation des Assyriens, des Arabes, des Phéniciens, des Phrygiens, des Mèdes, des Perses, des Hyperboréens, que M. Lajard suit l'influence persistante du culte de la Vénus chaldèenne. « Le culte de Vénus avait, dit-il, jeté des racines si profondes da,ns les croyances et les mœurs de ces diverses nations, que, lorsqu'on étudie attentivement l'histoire de cette partie de l'ancien monde, on voit les dogmes propres a ce culte servir de fondement à la plupart des systèmes religieux ou philosophiques qui, dans l'antiquité, eurent cours en Orient. Ces dogmes, on les retrouve même au fond de plusieurs systèmes de théologie ou de philosophie chez les peuples de l'Asie orientale. Plus tard, ils deviennent la base des doctrines professées par les diverses sectes gnostiques qui divisèrent les peuples de l'Asie occidentale, comme ceux d Afrique et d'Europe. Et pendant qu'en Occident le christianisme, jusqu'à la fin du rve siècle de notre ère, avait à combattre l'influence du mithriacisme, il eut à soutenir en Orient, plusieurs siècles encore après la naissance de Jésus- Christ, une lutte non moins vivo contre les sectateurs du culte de Vénus ou contre les gnostiques. 1

De nos jours encore, nous avons la preuve de lu persistance du culte primitif de Vénus chez certaines populations par l'adoration du ctéis, l'organe sexuel de la fumme et l'un des symboles du culte de Mylitta, la Vénus chaldèenne, adoration qui n'a pas cessé d'être en usage chez certaines sectes religieuses de i'Onent, et notamment dans une localité célèbre autrefois par le culte dont Vénus y était honorée. En effet, les Druses du Liban, dans leurs vêpres secrètes, rendent au ctéis un véritable culte, et chez eux le joui' con-

sacré à cette cérémonie est le vendredi (Veneris dies); c'est aussi le jour auquel les musulmans trouvent dans le code lie Mahomet la double obligation d'aller à la mosquée et d'accomplir le devoir conjugal. Noos savons, il est vrai, que la doctrine i laquelle se rattachent ces vêpres secrètes des Druses repose sur les préceptes d'une morale pure; mais chez les nosuïriens, qui ont aussi conservé la cérémonie de l'adoration du ctéis, la cohabitation charnelle est considérée comme le seul moyen par lequel puisse s'accomplir parfaitement l'union spirituelle.

Dans l'origine, l'immolation de la pudeur aux pieds de Mylitta, qui, dans son symbolisme hermaphrodite, demeure éternellement vierge elle-même, ainsi que ses prêtresses, était considérée comme un sacrifiée véritablement religieux et peut-être simplement figuratif. On sait en quels excès elle dégénéra, excès qui soulevèrent l'indignation sincère de la plupart des écrivains de l'antique Orient. Mais cette pratique honteuse ne s en répandit pas moins avec le culte de la déesse dans tous les lieux où pénétra ce culte.

— Aphrodite hellénique. Ottfried Mùller, dans ses Doriens (l«r, 409, de la 2<J édit.), montre, par de judicieuses observations, comment le culte originairement hellénique d'Aphrodite fut ensuite modifié par l'influence phénicienne. Engel traite de l'origine d'Aphrodite au même point de vue dans l'ouvrage qui a pour titre Kypros (II, 24).

Aphrodite est, dans Homère, la fille de Zeus et de Dioné. C'est la déesse de l'amour et de l'hymen. Elle reçoit les surnoms de Cypris et de Cythérée, ce qui montre qu'à l'époque homérique l'Aphrodite grecque éuiit déjà identifiée à l'Astarté' phénicienne adorée dans Chypre, a Paphos et à Amathonte. Le culte des deux déesses, orientale et hellénique, était venu se confondre à Cythère, que son voisinage de la Crète avait de bonne heure ouverte aux navigateurs phéniciens.

« On ne saurait, dit M. Maury (Religion de la Grèce antique, t. I", p. 116, M 7), compter Aphrodite parmi les divinités de la Grèce primitive ; car il est très-douteux qu'elle ait jamais été connue des Pélasges. La présence de son culte à Cythère, à Cnide et dans la Troade indique une divinité des populations helléniques de l'Archipel, Née d'un mélange d'idées grecques et asiatiques, la légende mythique est une création postérieure des portes. L'Astarté syrienne, adorée en Chypre, se combina avec l'Aphrodite des Cyclades, 'EvoixtTin -râv vijioiv, et c'est ainsi que naquit l'Aphrodite hellénique dont Hésiode nous a conservé la légende. Malgré le costume asiatique de la déesse, cette légende appartient à l'ensemble des traditions indo-européennes. Aphrodite rappelle Saranyôu,. cette immortelle cachée par les dieux, que chante un hymne du Véda, et qui, sous le nom d'Apya, naît du sein des ondes célestes. » Le culte de la déesse de l'Amour chez les lndous, ltuinakhya, présente avec celui de l'Aphrodite Pandème, celui de Mylitta et d' Astarté, une analogie qui rend vraisemblable l'identité d'origine des déesses grecque et indienne.

L'Aphrodite grecque rappelle Sûra, lu fille de Varouna, c'est-à-dire de l'Océan des airs. Suivant la tradition que nous a conservée Hésiode, Aphrodite est sortie de l'écume de la mer, où avaient été jetées les parties génitales d'Uranos, èmasculé par son fils Cronos; or, Uranos est le Varouna védique. V. Uranus.

Les Apsaras, les divinités mères qui dans le Véda, par l'humidité qu'elles représentent, prennent part à l'œuvre de la création, président à la fécondation de la nature; les Apsaras, qui sont les Nymphes du Véda, d'une beauté merveilleuse comme Aphrodite, reine des Nymphes helléniques, pleines de jeunesse et de grâce comme elle, sortent comme elle do l'écume de la mer.

— Venus Generatrix. On la considère comme l'Aphrodite primitive, celle qui n'a subi aucun mélange avec l'élément phénicien et qui s'est conservée intacte même à coté du culte des Aphrodites courtisanes.

Vénus, en sa qualité de déesse de la génération, était la protectrice du mariuge. A Naupacte, en Phocide, les jeunes filles et les veuves lui adressaient des prières afin d'obtenir un époux. Aphrodite Génitrice recevait les diverses qualifications de ^tvl-reif», yevtrjVXiç, ^aiJto<rcd\oî , âaXâpuv paaiXctjc, fla^ajtT]itélo;, çAsvinçtoç, relatives à la génération ou au mariage. Théocrite (idylle XV) assimile Despœna (Prcnserpine) a Aphrodite, en lui donnant ainsi le caractère d'une divinité de la reproduction. M. Gerhard a publié une étude spéciale sur l'identification de Vénus et de Proserpine, identification qui se produit dans la déesse appelée 'Eititûjtgta à Delphes, Tu|iffupû^04 en Argolide et en Laconie, Vénus Libitiita en Italie, et qui est prouvée par la célèbre inscription d'Hypata. Une certaine légende, rapportée par Servius, donnait Vénus pour épouse à Jupiter. Dans cette légende, Vénus, déesse de la génération, est assimilée à Dioné, dont Homère la considère comme la fille. C'est généralement à l'Aphrodite Génitrice, d'un caractère essentiellement primitif, qu'il faut rapporter les images qui représentent Aphrodite vôtue.

— Vénus déesse de la beauté. C'est celle que nous montre Homère et dont il décrit la ceinture. Il lui donne pour compagnes les

Charités ou les Grâces, bien qu'elles soient aussi de la suite d'Héra ou de Junon.

Aphrodite aime déjà, dans Homère, la toilette, les parfums, les attentions délicates; elle est coquette et petite -maîtresse. Les surnoms que lui donne le poète sont empruntés à l'or de ses cheveux, ifjcft, à son sourire, çiXojjistâ'iji;.

L'hymne homérique, après Homère, chante Cythérée, qui comble les mortels des plus douces faveurs et qui, sur un doux visage, porte toujours un aimable sourire et ta fleur de la beauté.

Un autre hymne complète le tableau : « Les Heures aux riches bandelettes la reçoivent avec joie et la revêtent d'habits divins. Elles placent sur sa tête immortelle une belle couronne d'or, d'un travail admirable, et suspendent à ses oreilles des bijoux d'orichalque et d'or pur; elles ornent son cou délicat et sa blanche poitrine d'un magnifique collier. »

Cythérée est couronnée de violettes, et, amenée par les Heures dans le ciel, elle fait l'admiration des dieux. Un séduisant sourire , erre sur ses lèvres (philomeidês, l'appelle le poète); son regard est tendre et voluptueux, ii la fois humide et brillant. L'art s'efforcera de reproduire cet éclat humide, ùjjiv, cette douceur emmiellée, fXuxu[i.iiXixov, ces paupières obliques iXiM6Xtçapov.

Pindare célèbre les jolis pieds d'Aphrodite, leur blancheur d'argent, içfjp oitiÇa ; il la place sur un trône étinceTant (itom1.<Sf)povoî, dans un fragment de Sapho); il lui donne la Jeunesse pour messagère et lui fait apporter de riches parures par les Grâces ses compagnes. A-son trône, on reconnaît Vénus Reine', Vénus Victrix, celle que nous retrouverons dans un si grand nombre de représentations de la statuaire.

C'est déjà une Vénus belliqueuse que noua offre Homère dans l'Iliade. Elle est la déesse protectrice des Troyens ; elle défend le corps d'Hector, elle honore de son amour Anchise. On ne saurait cependant décider si la dévotion spéciale à Aphrodite qu'Homère prêta aux Troyens venait du culte que lui rendait réellement ce peuple, ou s'il tient à l'idée toute naturelle de placer sous la protection de la déesse des amours les compagnons de Paris, le beau pasteur de l'Ida, celui dont l'amour pour Hélène avait allumé la grande querelle. Il est à noter qu'il n'existait aucun sanctuaire célèbre de la déesse dans la Mysie et la Phrygie, contrée à laquelle se rattachait la Troade. La déesse protectrice d'Ilion était Athéné, et non Aphrodite.

Au culte de Vénus, déesse de la beauté, se rattache celui de la Vénus Ctillipyge ou aux belles fesses. V. ce mot.

D'où vient à Vénus Victrix (victorieuse, vwifàço;) ce grave surnom? Anacréon semble vouloir nous l'apprendre dans son odelette ■Sur la beauté :

• Nature a donné cornes au taureau, sabots au cheval, pieds rapides au lièvre, au lion la mâchoire béante, au poisson la nage, à l'oiseau le vol, à l'homme la pensée; à la femme... Mais il n'y a plus rien pour elle. Que lui donner maintenant? La beauté, contre tout bouclier, contre tonte lance. Elle vainc et le fer et le feu, celle qui a la beauté. • (Traduction de J. Ltiroquc et A. Roque, 1S58.)

Nous trouvons la même pensée dans la petite pièce intitulée par les traducteurs Ares battu. Anacréon nou3 montre, dans Eros, Cypris elle-même victorieuse d'Ares, qui est ainsi associé à leur légende, mais 11 est point donné comme le père d'Eros :

« L'homme de la Cythérée, aux forges de Lemuos, en flèches pour les Amours façonnait le fer. Chaque pointe, Cypris la trempait dans le plus doux miel ; Eros du fiel y mêlait. Or- voici qu'Ares, poussant lé cri de guerre, brandit uue lance robuste, du trait' d'Eros fait fi. « Terrible est-il pourtant, dit » Eros; d'expérience tu le vas savoir. 1 Ares reçut la flèche, et Cypris de sourire. Avec un profond effort, Ares : « Il fait mal, ôte-le. t Mais Eros : '« Garde-le, mon cher. »

Aphrodite est victorieuse de Hêra et d'Athéné, lorsque ces trois déesses, se disputant la pomme de la Discorde, prennent pour juge de leur beauté le berger Paris.

Aphrodite, ayant remporté la victoire à la lutte sur Hermès, avait obtenu pour prix lu cithare, dont elle rit ensuite présent à Paris.

Aphrodite Victorieuse , Reine (BosiXtia) , Guerrière ("Apeta), était représentée armée comme Ares et coiffée du casque (Aphrodite Casquée , xopuio-oiUrij) ; on voyait sa statue ainsi ornée dans le temple da Cythère.

Les Lacédémoniens possédaient une statue en bronze de cette déesse ainsi armée, statue qui avait été élevée à l'occasion d'un exploit des femmes Spartiates. De pareils attributs convenaient, du reste, à la divinité d'un peuple essentiellement militaire et qui aimait à représenter tous les 'dieux sous un semblable appareil.

— Vénus Marine. La fable rapportée par Hésiode sur la naissance de Vénus est devenue le point de départ de toute une classe d'attiibuts relatifs a la navigation et à la mer. Aphrodite fut transformée en une divinité marine, SaXatraau], naytta, n'uji», On l'invoqua, afin d'obtenir une navigation heureuse, sous las surnoms de Eûislioia, Atjivisie, Aip.ivio, 'Evotxitis, TaXiqyaiq.

VENU

C'est k cette classe de Vénus Marines qu'appartient la célèbre Vénus de Médieis, qui a Près d'elle un dauphin et une coquille. On place dans la même catégorie une statue du musée de Dresde et deux Vénus du musée du Louvre, l'une rappelant par sa pose la Vénus de Médieis, et l'autre que son caractère marin fit regarder par Winckelmann comme une Téthys, car elle est placée sur le pont d'un navire et a sous ses pieds un cheval marin.

^L'Aphrodite Anadyomène suggéra plus tard l'idée de l'Aphrodite au lain. Telle est la célèbre Vénus du Capitole. Il existe au Louvre, à Dresde et dans diverses collections, un assez grand nombre de Vénus au bain.

A Cnide, il y avait, près de la statue d'Aphrodite, des coquilles pour lesquelles on avait beuucoup de respect. Quelques auteurs expliquent la présence de ces coquilles en les représentant comme l'emblème des parties naturelles de la femme. Il n'y aurait donc pas lieu de considérer les Vénus à la coquille comme étant nécessairement des divinités marines. Mais l'alliance de la coquille et du dauphin dans la Vénus de Médieis prouve que la coquille, quoi qu'il en fût de l'autre signification (la plupart des emblèmes en avaient plus d'une chez les Grecs), avait dans ces représentations un caractère marin. C'était surtout à Hermione qu'Aphrodite recevait les surnoms de Ponlia et de Limenia. Non loin de cette ville se trouvait un temple dont on faisait remonter l'établissement à Thésée et où la déesse recevait le surnom analogue de Nympha.

Dans la légende donnée par Hésiode, Eros et Ilrméros, l'Amour et le Désir, s'attachent à Vénus Amidyomène dès qu'elle sort de l'écume des flots.

— Vénus Courtisane. Sa réputation, quoi qu'on en dise, fut de très-bonne heure établie chez les Athéniens et les Béotiens, adorateurs d'Aphrodite Paudénios, mot qui répond au latin vulgivaga, et que les Parisiens d'aujourd'hui traduiraient certainement par un autre mot latin devenu vulgaire, omnibus (itSç, tout, et &w°i, peuple).

Nous savons par Pausunias qu'à Athènes le culte d'Aphrodite Pandémos passait pour dater du règne de Thésée ; il remontait donc à une assez haute antiquité. Il y avait à Thébes une statue de la même déesse que les habitants assuraient avoir été faite avec les éperons des navires que Cadmus avait amenés en Grèce. Aphrodite Pandémos eut aussi une statue à Mégalopoiis, dans un temple qui lui était consacré sous le seul nom d'Aphrodite.

A Athènes, Solon, du produit de la taxe dont il avait frappé les femmes publiques, avait élevé, dit-on , un temple à Aphrodite Pandémos. HéS3'ehius parle aussi d'un temple d'Aphrodite liétaira {Vénus Courtisane), existant à Athènes. Etait-ce le même?

Apollodore prétend, il est vrai, qu'Aphrodite Pandémos ou Hétaira, dans le principe, présidait a l'union du peuple athénien. Chacun des deux mots grec3 comporte, en eli'et, cette interprétation, d'après laquelle Solon n'aurait point eu pour les courtisanes la complaisance qu'on lui prête, et le caractère impudique de Vénus pourrait être considéré comme postérieur.

Malheureusement pour l'honneur de cette charmante divinité , le sens donné par le peuple aux surnoms qu'Apollodore explique si galamment est justifié par le synonyme que l'on rencontre à Corinthe, à Ephèse, à Abydos, nopv<j, synonyme qui ne comporte aucune ambiguïté et que notre mot courtisane traduit faiblement. Cette multiplicité de temples élevés avec une signification si claire à la déesse des amours faciles ne permet pas de croire qu'à aucune époque le surnom de Pandémos donné chez les Athéniens à Aphrodite ait été complètement étranger à ce caractère si marqué de Vénus.

A Corinthe, elle présidait si ouvertement à la galanterie, que c'étaient les courtisanes de la ville qu'on lui avait données pour prêtresses. « C'est un usage ancien à Corinthe, dit Chaméléon d'Héraclée dans son ouvrage sur Pindare , de prendre toutes les courtisanes qu'on peut réunir pour présenter à Aphrodite les vœux de la ville , quand ii s'agit de choses importantes, et une fois leurs vœux présentés, elles ne se reti ren t que les dernières du temple. » Au rapport de Théopompe et de Timée, ce furent aussi les courtisanes de Corinthe qui allèrent offrir dans le temple même de la déesse les prières des Grecs pour le . salut commun, au moment où le roi de Perse envahit le pays. C'est pourquoi les Corinthiens offrirent à la déesse un tableau qui représentait toutes ces courtisanes et qui fut l'objet d'une épigramme de Simonide. Lorsque des particuliers avaient fait des vœux à la même déesse et qu'ils croyaient en avoir été exaucés, ils» emmenaient dans le temple, pour la remercier, un certain nombre de courtisanes. C'est conformément à cet usage que Xénophon de Corinthe, partant pour les jeux Olympiques, lit vœu, au cas où il remporterait la victoire , d'amener des courtisanes à la déesse. Protégées par le culte d'Aphrodite, dont elles étaient regardées comme les prétresses, les courtisanes se voyaient en certains lieux environnées d'une véritable considération. Phryné put offrir à Delphes uue statue d'or d'Aphrodite qu'elle avait ga-

VENU -

gnée au service de Vénus. Il ne faut pas, d'ailleurs , oublier que la courtisane n'était pas considérée chez les Grecs d'après des idées analogues aux nôtres. La courtisane avait, dans la société grecque, une véritable existence sociale.. On raconte que, chez les Lydiens, les filles , après avoir exercé la

E restitution, se mariaient avec l'argent qu'eliS avaient ainsi amassé. Périclès épousa Aspasie, qui avait eu plus d'un amant et qui trouva un autre époux après sa mort. Mais la différence entre les mœurs de la citoyenne, adoratrice de Vénus Ge-dtrix, et celles de l'étrangère, vouée à Vénus Meretrix, n'en est pas moins profondément tranchée chez les Grecs. On connaît l'observation de Démosthène, parlant devant un tribunal, sur les mœurs de son temps : « Nous avons des courtisanes pour nos plaisirs, des concubines pour partager notre couche, des épouses pour nous donner des enfants légitimes et veiller aux soins de la maison. ■ Le rôle social des courtisanes est tellement distinct de celui des femmes légitimes, qu'on ies distingue elles-mêmes en deux classes, et chacune des trois catégories obéit à des règles spéciales, jouit d'une considération relative. Il ne faut donc pas s'étonner que l'Aphrodite qui préside aux fonctions de la courtisane soit respectée comme représentant un des principes de la cité et dérivée du même concept fondamental que la Vénus Pudique, sans que cependant l'un des deux types ni l'un des deux cultes se confonde jamais avec l'autre, sans que la physionomie générale de la déesse en soit avilie.

Aphrodite Pandémos était représentée à Athènes assise sur un bouc. Ce groupe de bronze était l'ouvrage de Scopas. Le bouc, animal essentiellement lascif, était consacré à cette Aphrodite et lui avait valu l'épithète d"Ennp<rjict. Le vulgaire, qui ignorait la signification symbolique du boue, avait forgé une notoire pour rendre compte de sa présence. Il racontait que, pendant que Thésée •sacrifiait sur le bord de la mer à Aphrodite, une chèvre fut tout à coup changée en bouc, circonstance qui avait valu à la déesse son surnom. Telle est l'anecdote rapportée par Plutarque.

— Vénus Céleste. Aphrodite Uranie, déesse chaste et pure, conserva toujours des temples; des autels, un culte distincts de ceux de 1 Aphrodite populaire. Son culte finit par être aussi répandu que celui de l'ancienne Aphrodite, A Sicyone, à Egire.en Achaïe, à Argos, à Athènes, Vénus était adorée sous ce surnom, et, en plus d'une, de ces villes, depuis une époque ancienne. On faisait remonter, à Athènes, l'introduction de celte divinité jusqu'à Egée, qui, se voyant Sans enfants, voulut apaiser la colère de la déesse en lui consacrant des autels. Elle y reçut les attributs de l'ancienne Aphrodite Gènétyllide. Cette Aphrodite portait quelquefois sur la tête le pu las. Cette coiffure était celle de la statue chryséléphantine d'Aphrodite faite par Canachus et qu'on admirait dans le temple de la déesse à Sicyone.

La première statue d'Aphrodite qu'aient eue les Athéniens, et qui se voyait dans la quartier d'Athènes appelé les Jardins, était de forme carrée comme les hennés, et l'inscription la qualifiait à' Aphrodite Uranie , l'ainaedes Parques; c'était donc une grande déesse de la nature et de la destinée, pareille à la déesse de Syrie portant la quenouille, pareille à la bonne fileuse llithyia, la génératrice première et la mère de l'Amour.

Dans la fable qui fait introduire par Egée le culte d'Aphrodite Uranie, cette divinité est identifiée avec Aphrodite Pandémos; c'est encore sous le nom d'Uranie qu'Aphrodite, à Corinthe, avait à son service mille courtisanes sacrées ou hiérodoules. On voit par là que la distinction entre les deux déesses n'a rien d'absolu. Tout ce qu'il est permis d'affirmer à l'égard d'Uranie, c'est qu'elle se rattache par l'origine avec la Vénus des Chaldéens et des Phéniciens, par le mythe hésiodique avec Aphrodite Aiiadyômène, par l'histoire avec Aphrodite Pandémos. Elle ne paraît avoir aucun rapport avec la Vénus Genitrix des populations primitives de la Grèce.

— Fêtes et attributs. Sur le mont Eryx était un antique et riche temple de la déesse, où les femmes se prostituaient en son honneur, au milieu de ses fêtes. Dans l'enceinte de ce temple, on nourrissait, comme à Paphos, des troupes nombreuses de colombes. Quand la déesse s'en allait visiter la Libye, les colombes, disait la légende populaire, disparaissaient avec elle du mont Eryx ..C'était la fête du départ. Au bout de neuf jours, la déesse revenait, lorsqu'une colombe, suivie bientôt de toutes les autres, traversait la mer et s'envolait dans son temple. C'était la fête du retour. La colombe était donc consacrée à la Vénus Erycine, aussi bien qu'à La Vénus de Cypre, aussi bien qu'aux divinités analogues de la Phénicie et de [a Syrie.

Les l'êtes d'Aphrodite, cérémonies destinées à symboliser l'action de la force reproductrice et l'origine des plaisirs de l'amour, rappelaient par certains rites l'obscénité des dionysiaques; toutefois, les monuments nous montrent ces caractères tempérés par le sentiment du beau et de la grâce marié à la volupté. Nous ne connaissons, du reste, qu'imparfaitement le caractère de ces fêtes, du moins aux époques primitives ; ies détails qui

VENU

nous en sont parvenus se rapportent plutôt aux rites asiatiques d'introduction postérieure qu'au culte hellénique proprement dit. La néocore du sanctuaire d'Aphrodite à Sicyone, qui avait seule le droit d'y pénétrer, ne pouvait entretenir aucun commerce avec les hommes. Dans le même temple, on trouve attaché au culte de la déesse un prêtre appelé Xou-rposôpoç , qui, sans doute, portait le vase rempli de l'eau destinée aux purifications.

Parmi les attributs de Vénus, il faut signaler la pomme, qui, dans l'origine, n'était autre peut-être que la pomme de grenade, symbole de la fécondité; le pavot, aux innombrables graines, sj'mbole analogue ; le myrthe, dont les antiques statues de la déesse de l'Amour étaient faites, lui appartenait en cette qualité, aussi bien que la rose, si gracieusement célébrée par Anacréon :

« La rose ! mêlons à Bacohus la rose des Amours I La rose aux belles feuilles ajustée aux tempes, buvons avec le rire épanoui aux lèvres I

» La rose est la fleur reine;. la rose est le souci du printemps ; la rose, même aux dieux, est douce. C'est de roses qu'entremêle ses beaux cheveux le fils de Cvthérée, quand il danse avec les Grâces en chœur. Couronnemoi donc, et je jouerai de ma lyre, Bacohus, près de tes enclos ; avec une fille au sein profond , au front tout couvert de petites guirlandes de roses, je danserai, »

Dans son Sacrifice de la rose par la main de l'Amour, chef-d'œuvre de sensualité gracieuse, le peintre français Fragonard a saisi une forme nouvelle du symbole aphrodisien de la rose : il a peint le sacrifice de la pudeur à la volupté. On sacrifiait sur les autels de Vé7ius ies animaux qui se distinguaient par leur fécondité, des chèvres, des génisses, des lièvres, et même des porcs. Non-seulement ses colombes chéries, mais des passereaux rapides l'emportaient à travers les airs sur son char, traîné encore quelquefois par des cygnes éclatants.

De toutes les allusions qu'on fait en littérature et en poésie à Vénus, à la véritable reine de l'Olympe, la plus fréquente est celle qui rappelle sa naissance : Vénus sortant de 1 écume de la mer. Voici quelques exemples :

« L'originalité de la Grèce est d'avoir brisé ses ébauches ; de l'abîme du passé, cette fille du chant surgit toute parée do sa beauté, le corps et l'âme déjà achevés, le tempérament formé, la mémoire comblée, comme sa Vénus gui sort nubile du fond des eaux. »

Ed. Quinet.

« L'Arétin, créateur du pamphlet, ancêtre du journalisme, s'intitule le fléau des princes et force leurs vices à soudoyer les siens. L'opinion puhlique vient de naître, sortant de la boue, comme naquit Vénus, sortant de l'écume de l'Océan. »

F. Mallefille.

« Mais ici I ici I on se fait tigre , on rugit; on boit à pleine coupe cette écume que secoua Vénus Aphrodite quand elle sortit de la mer; on sent une crevasse au cœur; on se rue au délire ; on mord le gazon, la fleur, la feuille; on est fou. •

MÊRY.

« La Bordelaise est coquette depuis lo moment où elle se lève jusqu'au moment où elle se couche. Elle ignore le négligé du peignoir et n'ouvre les contrevents de sa fenêtre qu'une fois son corset mis et ses bandeaux lissés. C'est une petite Vénus sortie tout habillée du sein des flots, dans une conque de palissandre. »

Ch. Moksulet.

• Que la fortune abonde en caprices charmants! Des nos premiers regards nous devînmes amants. C'était un mardi gras, dans une mascarade; Nous soupions ; la Polie agita ses grelots ; Et noire amour naissant sortit d'une rasade. Comme autrefois Venus de l'écume des flots. • , A. de Musset.

■ L'air du carnaval de Venise,

Sur les canaux jadis chanté,

Et qu'un soupir de folle brise

Dans le ballet a transporté.

Avec ses palais, ses gondoles,

Ses mascarades sur la mer,

Ses doux chagrins, ses gaîtés folles,

Tout Venise vit dans cet air.

Sur une gamme chromatique.

Le sein de perles ruisselant, La Vénus de l'Adriatique Sort de Veau, son corps rose et blanc. * Tu. Gautier. — C «St Véuufl Coût entière a sa proie at-

■acbée, Vers de Racine [Phèdre, acte Ier, scène ni). Phèdre découvre à sa confidente l'amour insensé qu'elle a conçu pour Hippolyte, fils de son époux :

Pour bannir l'ennemi dont j'étais idolâtre, J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre.

Vaines précautions! cruelle destinée !

Par mon époux lui-même à Trézéne amenée,

J'ai revu l'ennemi que j'avais éloigné;

Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.

Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :

C'est Vénus tout entière d sa proie attachée.

VENU

Ce vers se cite en parlant de ceux qui sont les victimes d'une passion implacable, et cette passion est presque toujours celle de l'amour ;

«lise soustraira, dites- vous, à la bienveillance de M°>o de Gabrial. Parbleu 1 je l'eu défie ; on n'échappe pas à la bienveillance de Mn,e do Gabrial, quand elle est en humeur de philanthropie :

C'est Vénus tout entière d sa proie attachée.

Régnier aura beau s'en défendre , elle fera son bonheur, elle sera sa Béatrix. •

Ch. des Bernard.

• Les anciens, persuadés qu'une divinité courroucée ou malfaisante en voulait à la vertu de leurs femmes, avaient imaginé de lui livrer des victimes volontaires, espérant ainsi que Vénus, tout entière à sa proie attachée, ne troublerait pas leurs unions légitimes ; semblable à un animal féroce auquel on jetterait un agneau pour le détourner d'un homme. >

Page 1