‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 646 sur 1042 · V. Huoo · texte numérisé non relu

V. Huoo

VERDISTE s. m. (vèr-di-ste). Partisan de la musique de Verdi.

VERDIZZOTTI (Jean-Marie), peintre et poète italien, né à Venise vers 1530, mort vers 1607. Il étudia la peinture sous la direction du Titien, dont il fut secrétaire, mais il ne cultiva cet art que comme une distraction et, ayant embrassé l'état ecclésiastique, il obtint un bénéfice dans la Marche de Trévise. Il s'était adonné avec succès à la poésie et, publia un assez graiîd nombre d'écrits, parmi* lesquels nous citerons : le second livre de \ Enéide traduit eu ottava rima (Venise, 1500); Cent fables woraies (Venise, 1570, avec 100 estampes) ; Genius , poème sur l'enthousiasme poétique (Venise , 1575) ; Bohémond ou la Conquête d'Antioche, poBiue héroïque, dont il n'a paru que le premier chant (Venise, 1607, in-4°); plusieurs petits poèmes latins, dont un sur la mort du Titien, etc.

VERDOIE a. ta. (vèr-dol). Ornith. Syn. de

VERDALB.

VEFDOK s. m. (vèr-don — rad. vert). Ornith. Espèce ou variété de verdier ou de bruant, qui habite l'Angleterre : On élève le vkrdon en cage. (V. de Boinare.) Il Nom vulgaire du VERDIER et du BRUANT.

— Eocycl. Le verdon est k peu près de la taille du rouge-gorge ; son plumage est brun tiquelé de rouge eu dessus , avec utie teinte bleuâtre h, la tète et à la poitrine, et une autre plus claire sous le ventre; les jambes sont d'un brun sombre. Cet oiseau, qui serait, d'après quelques auteurs , une variété de bruant ou de verdier, est commun en Angleterre. On le trouve surtout dans les buissons. C'est là qu'il fait son nid, artistement construit avec ue la mousse verte, de la laine et de la paille. Sa ponte est ordinairement de cinq œufs d'un bleu pâle, qui èclosent au commencement de mai. Cet oiseau a un bel organe; son chant est agréable, mélodieux et très-varié. Aussi le recherche-l-on en Angleterre, où on l'élève en cage pour jouir de ses chants. . .

VERDON , rivière de France. Elle prend sa source dans le département des Basses- Alpes, sur le territoire de la commune de Mourjouan, arrond. et à 20 kilom. S.-O. de Barcelonnette, coule d'abord au S., baigne Allos, Colmars , Saint-André, Ca.itellane, prend au-dessous de cette dernière ville la direction du S.-O., sert de limite entre les départements des Basses-Alpes et du Var et se jette dans la Durance , après un cours de 170 kilom. '

VERDONE s. m. (vèr-do-ne). Ichthyol. Nom vulgaire d'un poisson appelé aussi tourd.

VERDOT s. m. (vèr-do — rad. vert). Vitic. Variété de raisin du Bordelais.

VERDOUBLE, rivière de France. Elle prend sa source dans le canton de Monthoumet (Aude), coule au S.-E., passe dans le département des Pyrénées-Orientales et, après un cours de 29 kilom., se jette dans le Gly.près d'Estagel.

VERDOULETs. m. (vèr-dou-lè— rad. vert).

Orniih. Un des noms du verdier.

VERDOYANT, ANTE adj. (vèr-doi-ian — rad. verdoyer). Qui verdoie : Prair\e verdoyante.

Soub la haie embaumée un mince filet d'eau Jase et fait frissonner le verdoyant rideau.

Ta. Gautibb

— Qui tire sur le vert ; Couleur verdoyante.

' — Mythol. gr. Surnom que les Athéniens donnaient à Cérès.

VERDOYER v. n. ou intr. (vèr-doi-ié — rad. vert. Change y en i devant un e muet ; Je verdoie, tu verdoies). Etre de couleur verte ; montrer la couleur verte : C'est un bonheur chaste et délicieux pour nous que d'aller aux premières heures du printemps voir verdoyer tes premières feuilles. (Prestes.) Je vis se dérouler sous moi le paysage. Le jardin verdoyer sous les murs du village.

Lamaeltinb.

— Allus. littér. Le toleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie, Allusion à un passage du conte de Perrault, Barbe-Bleue, qui, dans l'application, est une réponse négative faite k quelqu'un qui attend impatiemment une personne ou une chose. V. Barbes-Bleus.

VERDUC (Laurent), chirurgien français, né à Toulouse en 1608, mort à Paris en 1695. Il fit ses études médicales dans sa ville na> tale et y exerça pendant plusieurs années. Appelé à Paris, il fut nommé chirurgien de la maison de Saint-Côme et enseigna longtemps la chirurgie. On lui doit la Manière de guérir les fractures et les luxations par le moyen des bandages (Paria, 1685, in-12), ouvrage remarquable pour le temps où il fut écrit.

VERDUC (Jean-Philippe) , médecin français, fils du précédent. Il vivait au xvue siècle. Il professa pendant plusieurs années et publia les ouvrages suivants, qui ne sont pas sans mérite ; Nouvelle ostéologie avec le squelette du foetus (Paris, 1690, in-8°); les Opérations de la chirurgie avec une pathologie de chirurgie (Paris, 1693, in-8°).

VERDUC (Laurent) , chirurgien français, frère du précédent, mort en 1703. Il se livra. avec beaucoup de zèle à 1'ense.gnemeiH de l'anutomie et de la chirurgie. 11 composa le Maître en chirurgie ou Abrégé de la chirurgie de Guy de Chauliac (Paris, 1691, in-12).

VER DU LE s. f. (vèr-du-le). Ornith. Syn. de verdâlb.

— Bot. Genre de mousses.

VERDUN s. m. (vèr-dun — nom d'une ville). Arniur. Epée longue et étroite, qui était surtout en usage au xve et au xvie siècle, et qui était ainsi nommée parce qu'elle se fabriquait a Verdun.

VERDUN s. m. (vèr-dun — rad. vert). Ornith. Syn. de verdier.

VERDUN, ancienne Verodunum, ville forte de France (Meuse), ch.-l. d'arrond. , place de guerre de 2B classe, avec une citadelle construite par Vauban, sur la Meuse, à 47 kilom. N.-E. de Bar-le-Duc; pop. aggl., 9,869 hab. — pop. tôt., 10,738 hab. L'arrond. comprend 7 cantons, 149 communes et 73,653 hab. Direction du génie, evêché suffragant de Besançon, inspection forestière; tribunaux de ire instance et de commerce ; musée de tableaux et d'antiquités, bibliothèque, collège, hospice , théâtre. Fabriques de lingerie, de dragées, de liqueurs renommées, de limes, de vinaigre; distilleries, etc.

Verdun, situé dans un vallon évasé, sur la Meuse qui commence à y être navigable, compte plusieurs monuments intéressants au double point de vue historique et archéologique. Nous citerons : la cathédrale, bâlie au commencement du XIIe siècle et dédiée , en 1147, par le pape Eugène III. L'architecture appartient au style de transition, mais Its travaux exécutés du xivo au xvme siècle en ont modifié considérablement l'intérieur. « On reconnaît, dit la France monumentale, dans la construction de cet édifice, le type germanique qui se développe dans les 'églises des bords du Rhin, telles que celles de Mayeuce et de Trêves. 11 présentait deux chœurs, l'un à l'orient et l'autre à l'occiuent, remplaçant le portail. La porte est située sur le flanc septentrional de l'édifice au milieu de sa Ion-

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gueur. Chaque choeur avait son transsept. Les bas- côtés étaient terminés k chacune de leurs extrémités, ainsi que la nef, par des absides accessoires qui accompagnaient les chœurs. Le grand chœur ou <'hœur oriental était fermé par un jubé. Le chœur occidental, appelé le vieux chœur, était élevé au-dessus du transsept. I! était pavé d'une belle mosaïque de 1 nn 1200, représentant des feuilles de vijuie et des raisins, au milieu desquels se voyait l'effigie d'un évèque. » En 1380, le chœur oriental, qui appartenait à l'architecture romane, fut remplacé par le choeur actuel. Les fenêtres subirent une pareille modification ; mais, au xvme siècle, de nouvelles reconstructions achevèrent de faire disparaître à peu de chose près ce qui resia.it de l'antique cathédrale j le vieux chœur et les anciennes cryptes furent détruits ; les quatre tours surmontées de flèches qui couronnaient l'édirice furent remplacées par deux autres, lourdes et sans élégance ; en un mot, on réussit k transformer en style Louis XV le caractère primitif de la basilique. La cathédrale de Verdun présente néanmoins encore quelques parties des plus curieuses : l'abside, ornée d'un beau soubassement du xi« siècle, est extérieurement protégée par deux contreforts à colonnes richement sculptées. Sous la même abside existé un reste de la crypte. Enfin, il faut encore mentionner l'ancienne sacristie, la chapelle du Saint-Sacrement, bâtie sous le règne de saint Louis, et le beau cloître en style gothique flamboyant qui entoure le côté méridional de l'église. Le palais épiscopal est un vaste édifice moderne construit sur un escarpement rocheux d'où il domine k pic la rive gauche de la Meuse. La porte Chaussée, qui sert aujourd'hui de' prison , se compose de deux grosses tours crénelées, remarquable échantillon de I'ar-chitecture militaire du moyen âge. Enfin, les fortifications consistent en une citadelle séparée de la ville par une esplanade et une enceinte de dix fronts bastionnés, La citadelle occupe l'emplacement de l'ancienne ab- ' baye de Sainte-Vanne, fondée au x« siècle et qui jouit longtemps' d'une grande célébrité.' Verdun possède un collège et plusieurs casernes de cavalerie. Ses deux promenades sont :1a promenade de la Roche, vaste esplanade dont nous avons déjà parlé, et la promenade de la Digue, avenue de tilleuls qui longe la rive droite de la Meuse.

— Célébrités. Verdun a vu naître : le grammairien Beauzée, le poète Pons et le lieutenant-colonel Cheverl, dont la statue en brouze, surmontant un piédestal de granit, se dresse au milieu de la place Sainte-Croix, établie en terrasse sur la rive droite de la Meuse.

— Histoire. L'Itinéraire d'Antonin fait pour la première fois mention de Verdun, qu'il appelle Verodunum. D'autre part, les chroniqueurs et les monuments nuinismatiques assurent que celte ville fut longtemps connue sous le nom i'Urbs Clavorum, ville desClaves, • peuplade féroce ei inculte, ignorante de toute vérité , > dit Hugues de Elavigny. Verdun fut saccagé une première fois par les invasions barbares. Syagrius vaincu par Clovis (485) s'y réfugia avunt de se retirer chez les Wisigoths. Clovis, en 502, s'empara de la ville après un siège qu'il avait commandé en personne. Childebert séjourna à Verdun (vie siècle) et l'evêque Agericus lui donna l'hospitalité dans son palais. En 778, Cbarleniagne, irrité de la résistance des habitants à accepter un évoque de race italienne qu'il leur avait choisi, marcha sur Verdun et détruisit les antiques murailles de son enceinte. C'est à. Verdun que fut conclu, en 843, le célèbre traité qui régla la succession de l'empereur Louis le Débonnaire entre Ses

' trois fils. Tout ce qui se trouvait k l'ouest de la Meuse, de la Saône et du Rhône forma le royaume de France, donné à Charles le Chauve; Louis le Germanique reçut la Germanie jusqu'au Rhin ; enfin, l'Italie et la partie de la Gaule comprise entre la Meuse, la Saône, le Rhône, le Rhin et les Alpes formèrent les Etats de Lothaire, Verdun fit successivement parttie des Eiats de Luthairs et de Charles le Chauve. Après la mort de ce dernier et à la suite de la querelle survenue entre Louis le Bègue et Hugues, bâtard de Lothaire II, querelle dans laquelle intervint Louis de Germanie, Verdun fut, avec Metz et Toul, définitivement distrait des Etats da roi des Francs. Uix ans plus tard (889), les Normands dévastèrent le diocèse, s'emparèrent de la ville et la brûlèrent en partie. Pius lard, Verdun s'étant déclaré pour Charles le Simple contre Conrad et Henri l'Oiseleur, le comte Boson vint assiéger la place, qu'il enleva de vive force, et détruisit presque entièrement l'enceinte (917). L'invasion hongroise valut encore à Verdun de nouveaux désastres. Henri l'Oiseleur, afin d'aider la malheureuse cité à se relever, lui fit présent des sommes considérables donc il avait dépouillé ces barbares en les chassant de ses Etais. En 939, Louis d'Outre-mer s'empara de Verdun pendant son expédition en Lorraine-, mais Olhon le Grand réussit à le lui reprendre avec les autres places envahies. A la mort d'Othon 1er (973), Lothaire s'empressa de réclamer le royaume de Lorraine; il s'ensuivit une guerre qui valut à Verdun toutes les horreurs de la famine et de la peste. Olhon II mourut sur ces entre-

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faites et Lothaire accourut aussitôt mettre le siège devant Verdun. Le gouverneur, comte de Verdun, Godefroy le Barbu, fut fait prisonnier dans une sortie imprudente, et la ville, privée de ses défenseurs, dut ouvrir ses portes au vainqueur (983). Cette conquête demeura néanmoins isulée, et trois ans plus tard Verdun, par suite des traités, fut définitivement considéré comme partie intégrante de l'empire germanique. Godefroy le Barbu en reprit possession. Ses héritiers continuèrent à jouir du comté de Verdun jusqu'au jour où il fut concédé à l'évéque Heimion et à ses successeurs (1028). Deux ans plus tard, la peste désola de nouveau la ville, et le mal des ardents y rit, en 1041, des victimes nombreuses. En 1049, malgré plusieurs tentatives infructueuses de Gozelon, duc de Lothier, puis de Godefroy, son fils, l'évéque de Verdun, Thierry, était titulaire du comté, comme ses prédécesseurs. C'est à cette époque que le pape Léon IX, se rendant en Allemagne, traversa Verdun et y consacra l'église de la Madeleine; l'évéque Thierry se mit aussitôt à l'œuvre, et la cathédrale et les murs de la ville, ruinés par la guerre civile, furent rapidement rétablis. Godefroy, fils de Gozelon, finit cependant par obtenir l'administration du comté ; il mourut en 1070, et son fils Godefroy le Barbu. vécut en bonne intelligence avec l'évéque jusqu'à sa mort, arrivée en 1076; ce dernier laissa pour héritier Godefroy de Bouillon, fils d'Ida, sa nièce, et d'Eustache, comte de Boulogne ; mais l'empereur lui refusal'investiture, et l'évéque profita de la circonstance pour recouvrer le comté de Verdun. Godefroy de Bouillon obtint cependant pour compensation le marquisat d'Anvers. L'année il 07 fut signalée par une attaque des Messins que le vicomte de Verdun, Renaud deBar,refusa de venger, malgré l'ordre de l'évéque. Ce dernier tourna alors ses armes contre son vicomte rebelle et, aidé de l'empereur Henri V, le battit et le fit prisonnier. En même temps, les Messins étaient chassés des places dont ils étaient parvenus à s'emparer. Une querelle survenue en 1117 à la suite de l'investiture de Henri, évéque de Verdun, par l'empereur, fut le signal d'une nouvelle lutte. Le prélat, repoussé par tout le clergé, se décida à se soumettre au pape et fit le voyage d'Italie ; mais, à son retour, il retrouva l'empereur hostile. L'évéque Henri, irrité, appela à son aide le ressentiment du vicomte Renaud, et leurs troupes réunies enlevèrent Verdun, où l'évéque s'installa de vive force. Cette lutte finit, après diverses péripéties, par un traité de paix favorable a Renaud de Bar, qui reprit son titre de vicomte de Verdun. Ce dernier ne tarda pas a vouloir abuser de son succès en essayant de s'emparer du comté. Profitant de l'absence de l'évéque Ursion, successeur de Henri, il fit construire en toute hâte une forteresse à l'abri de laquelle il accabla la ville de déprédations et de vexations continuelles. Ursion, impuissant a vaincre son vicomte, dut se démettre de son évêché; mais son successeur, Albéron de Chiny, parvint, a l'aide d'une surprise , à délgger la garnison ennemie. La forteresse, connue sous le nom de Courlouve, fut aussitôt démolie, et la tentative de Renaud de Bar fut ainsi déjouée. En 1147, Louis VII, roi de France, en partant pour la Palestine, vint camper à Verdun avec son armée. En 1155, Renaud de Bar, à la mort d'Albéron de Chiny, substitua au nouveau comte de Bar quatre notables bourgeois chargés de toute l'administration temporelle. Les quatre magistrats civils de la cité devaient être élus annuellement par la bourgeoisie et acceptés par l'évéque sous le serment de fidélité. Cette première constitution communale fut en vigueur pendant près de quatre-vingt-deux ans ; elle fut le premier pas vers l'indépendance. En 1195, sous l'épiscopat d'Albat de Hirgis, les bourgeois de Verdun refusèrent de se soumettre à l'autorité des officiers délégués par l'évéque, et, en 1208, appuyés sur les seigneurs de la maison de Grandpré, ils déclarèrent la guerre à l'évéque et au chapitre..La victoire resta aux bourgeois ; deux magistrats civils , qui reçurent le nom de recteurs de la cité, furent élus, les officiers épiscopaux exclus de toute juridiction et l'évéque dut même abandonner la ville et se retirer au château de Cnarny, Grâce à l'enrôlement de bandes d'aventuriers, il parvint . quelque temps après à replacer Verdun sous son obéissance jamais les bourgeois reprirent bientôt le dessus, et cette fois sans retour. Les efforts de l'évéque Raoul de Torote pour reconquérir ses droits perdus amenèrent une nouvelle sédition. L'évéque dut fuir. Il vint ensuite mettre le siège devant la place, mais les bourgeois tinrent bon et obligèrent les assaillants à la retraite. Nous ne poursuivrons pas dans ses détails cette histoire glorieuse de la commune de Verdun ; nous dirons seulement qu'elle sut maintenir ses droits en dépit de toutes les résistances, à. travers les difficultés les plus sérieuses. La lutte se termina, en 1247, pur une transaction, aux termes de laquelle l'évéque Jean d'Aix ratifia les institutions, communales. En 1305, les habitants, irrités de l'engagement qu'avait fait leur evêqne, Jean de Neuville, de leur cité, moyennant un emprunt pécuniaire, réclamèrent la protection du roi de France, Philippe le Bel, et le prièrent de leur donner un gouverneur résidant dans leur ville, s'engugeant

à fournir tout ce qui était nécessaire a l'entretien de ce personnage et à verser annuellement la somme de 300 livres tournois pour reconnaissance de ce droit de garde. Un traité conforme fut signé à Paris le 8 décembre 1310. Les Verrlunois obtinrent en 1315 et 1316, à la suite d'un second engagement de leur ville par leur évéque, de nouvelles lettres de sauvegarde de Louis X et de Philippe V, et, en 1330, l'évéque Henri d'Apre-, mont se décida lui-même à mettre son évêché sous la protection du roi de France. En 1389 , Charles VI passant à Verdun pour aller combattre le duc de Gueldre, l'évéque Liébaud renouvela encore cet hommage, et un traité authentique associa le roi de France a l'administration du comté. L'empereur, irrité de cette soumission qu'il Considérait comme un outrage, Verdun ayant à l'origine relevé de ses Etats, menaça d'incorporer le comté à son domaine ; mais l'alliance du roi et du duc de Bourgogne le contraignit à s'arrêter. Sous Louis XI (1469), l'évéque de Verdun, Guillaume de Harancourt, étant entré dans la conspiration tramée par le duc de Bourgogne, fut enfermé dans une cage de fer à la Bastille et n'en sortit qu'en 1482, après avoir consenti à renoncer à son.- siège épiscopal, en possession duquel il fut remis plus tard par Charles YIII. La fin du xve siècle fut pour Verdun une époque de paix et de prospérité ; l'autorité communale ne fut plus ébranlée, et les évêques, lassés de lutter contre une puissance basée sur la volonté. de tout ce qui n'appartenait pas à l'Eglise, ne cherchère n t plus qu'à jouir en paix de leur autorité spirituelle. Verdun véculdonc paisiblementjusqu'au moment où Charles-Quint, voulant pénétreren France, mit dans la ville une garnison qui n'en sortit qu'en 1551. Henri 11 s'en empara le 12 juin 1552 ; il rétablit l'évéque dans les anciennes prérogatives du comté , l'investit du droit d'instituer le maire de la ville tous les trois ans et d'autoriser l'exercice des hautes fonctions judiciaires de quatre échevins choisis annuellement par les notables; il institua en outre quinze conseillers élus par les notables et qui furent chargés de l'administration de la justice ordinaire. On pouvait appeler en dernier ressort à la cour de l'évéque des jugements de ces deux cours. Celte révolution dans son organisation administrative fut bien accueillie par le peuple qui, dès ce jour, fut complètement dévoué aux intérêts français. En 1562, les calvinistes tentèrent sur les murs de Verdun une suprise qui échoua. Pendant la Ligue, la ville prit le parti des princes lorrains, qui y mirent garnison. Elle ouvrit néanmoins ses portes aux troupes royales après l'abjuration de Henri IV (1594); mais ce ne fut qu'en 1601 qu'elle prêta définitivement au roi de France son serment de fidélité. L'empereur envoya de vaines protestations; en octobre 1631, le prince de Condé vint, au nom du roi , intimer aux états de la cité de Verdun défense expresse de .reconnaître à l'avenir et de reconnaître dans aucun acte public l'autorité de l'empire. En outre, en 1633, un arrêt du parlement de Metz supprima tous les tribunaux où l'on rendait la justice au nom de l'évéque ou du chapitre, excepté ceux des prévôtés de 1% campagne, dont les appels devaient être portés a la chambre royale de Verdun érigée en bailliage et présidial dans le courant de 1641. L'histoire de Verdun ne présente plus rien de saillant jusqu'à l'époque de la Révolution ; mais alors cette ville donna le triste exemple d'une absence de patriotisme que n'a pu faire oublier le sanglant dénouaient qu'elle provoqua. Lès Prussiens venaient d'envahir le nord de la France ; le 30 août 1792, ils parurent devant Verdun, qu'ils commencèrent aussitôt à investir et a bombarder. La place se trouvait en assez mauvais état de défense ; mais elle avait pour commandant un officier intrépide, le colonel Beaurepaire, qui avait lui-même sous ses ordres les chefs de bataillon Marceau , Lemoine et Dufour, noms devenus illustres dans nos annales militaires. Malheureusement, l'esprit des habitants était complètement hostile à la cause révolutionnaire. Dès les premiers jours de l'investissement, la populace pilla les magasins des troupes ; quant aux bourgeois, ils n'envisageaient qu'avec un égoïsme peureux les conséquences d'un long siège pour leur commerce et leur fortune. Dans chaque place forte , un conseil formé d'éléments plus civils que militaires était chargé de décider sur 1 état de la défense, et la majorité des suffrages y dictait les conditions au courage et à l'expérience. Celui de Verdun ne répondit que mollement à une première sommation de se rendre, et, après quinze heures de bombardement, il se décida à capituler ie 5 septembre, malgré l'arrêté de l'Assemblée législative qui prononçait la peine de mort contre quiconque parlerait de rendre une ville française assiégée. Toutes les représentations des hommes «le guerre présents à cette délibération demeurèrent inutiles. Vainement Marceau démontra chaleureusement la nécessité d'une défense; vainement il en indiqua les moyens et répondit du succès ; la terreur l'emporta chez les habitants. C'est alors que Beaurepaire , suivant la tradition, indigné de tant de lâcheté et ne pouvant supporter l'idée de se rendre, se lit sauter la cervelle en plein conseil. Suivant des travaux plus récents, il semblerait qu'il a été assassiné, à cause de

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sa noble résistance au projet de capitulation. V. Beaurepaire.

Lemoine courut s'enfermer dans la citadelle, et, bien qu'il manquât d'approvisionnements, il ne consentit à en sortir qu'à la condition qu'on lui laisserait emporter ses armes, ses bagages, deux pièces de quatre avec leurs caissons et un fourgon pour y transporter le cadavre de l'héroïque Beaurepaire. Marceau perdit tous ses équipages, et, lorsqu'un représentant du peuple lui demanda ce qu'il désirait qu'on lui rendit : « Un sabre nouveau pour venger notre défaite, « répondit l'intrépide jeune homme. La nouvelle de la reddition de la place arriva à Paris en même temps que celle de la mort de Beaurepaire. On sait que l' Assemblée décréta pour ses restes les honneurs du Panthéon. Qaantà la ville, elle allait expier cruellement sa trahison. Sa capitulation, en effet, avait été signalée par un acte scandaleux, qui souleva le mépris et la colère de tous ceux qui mettaient le patriotisme au-àessus de leurs opinions et de leurs préférences. Les dames de la ville, parées de leurs habits de fête, s'étaient portées au-devant des Prussiens pour offrir à leurs chefs des fleurs et des dragées. V. ci-après l'article Verdun (les vierges de).

Hâtons-nous d'ajouter que , plus tard, la population de Verdun s'est réhabilitée en envoyant aux armées ses enfants, qui ont noblement payé la dette de leurs pères, et qu'en 1870 Verdun s'est signalé par une résistance courageuse contre les armées prussiennes. V. plus loin Verdun (siège de).

Investie par les Allemands le 13 octobre 1870, cette ville cajjitula le S novembre et subit l'occupation étrangère jusqu'au 13 septembre 1873.

Verdun (les vierges de). Cet épisode est moins généralement connu dans sa réalité historique que sous la forme touchante que lui ont donnée les littérateurs. On a lu les vers de Delille et de Victor Hugo; nous citerons aussi le passage de Riouffe : ■ Dans d'autres fournées, on voyait réuni ce que la nature avait de plus aimable ; quatorze jeunes filles de Verdun , d'une candeur sans exemple, et qui avaient l'air de jeunes vierges parées pour une fête publique, furent menées ensemble à l'éohafaud. Elles disparurent tout à coup et furent moissonnées dans leur printemps. La cour des femmes avait l'air le lendemain de leur mort d'un parterre dégarni de ses fleurs par un orage. Je n'ai vu jamais parmi nous de désespoir pareil à celui qu'excita cette barbarie. » (Mémoires sur les prisons.) Riouffe était à la Conciergerie; mais, comme il l'avoue lui-même, ses récits se composent souvent de renseignements fournis par les guichetiers. Ici, bien qu'il semble parler en témoin oculaire, il a commis plusieurs inexactitudes graves, comme nous le démontrerons bientôt.

De son côté, Lamartine a parlé en poste de la tin tragique des femmes île Verdun :

■ Amenées à Paris, dit-il, et traduites au tribunal, leur âge, leur beauté, l'ancienneté de l'injure, les triomphes vengeurs de la République, ne furent pus comptés pour excuse. Elles fuient envoyées à la mort pour le crimn de leurs pères. La plus âgée avait dixhuit ans. Elles étaient toutes vêtues de robes blanches. La charrette qui les portait ressemblait à une corbeille de lis dont les têtes flottent au mouvement du bras. Les bourreaux attendris pleuraient avec elles. »

Et maintenant, voici ce que les documents nous apprennent sur ces malheureuses femmes :

Après la capitulation de Verdun (2 septembre 1792), le duc de Brunswick maintint son camp sur les hauteurs environnant la ville et ne fit entrer dans la place que quelques bataillons commandés par le généra) Kalkreuth pour occuper ta citadelle. Il parait même que le roi de Prusse ne mit pas le pied dans Verdun et que le prince royal, son fils, seul y vint quelquefois.

Mais les habitants vinrent à lui, du moins ceux qui attendaient de l'invasion et des armes de l'étranger la restauration de la monarchie renversée au 10 août, en un mot les meneurs royalistes qui avaient ameuté une partie de la population pour exiger la capitulation. Beaucoup vinrent au camp austroprussien comme pour faire montre de leur basse soumission et de leur avilissement, mais furent reçus assez froidement par le roi de Prusse. Des dames de l'aristocratie, entre autres la baronne de La Lance, rassemblèrent quelques femmes et filles, eu formèrent une députation et les chai gèrent d'aller présenter au souverain étranger des fleurs et une magnifique corbeille de dragées. Tout le monde connaît la célébrité des dragées de Verdun.

La députation féminine fut conduite en voiture jusqu'au camp royal, qui était situé f\ Bras, a une lieue environ de Verdun. D'autre) personnes îles deux sexes suivaient à pied. 11 paraît qu'une adresse pleine de compliments servîtes fut également présentée au roi de Prusse ; le texte en fut inséré au Moniteur du 5 octobre 1792 (qui n'était pas alors journal officiel). Dans le procès, personne ne put indiquer qui avait rédigé et prononcé ce compliment, qu'une main officieuse avait fait parvenir au Moniteur ; mais son existence est difficile à mettre en doute. Quoi qu'il en soit, .

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il parait certain que le roi de Prusse accueillit l'adresse, la députation et ses offrandes avec beaucoup de froideur. On dit même qu'il n'accepta pas la fameuse corbeille de dragées et qu'on fut obligé de la remporter (suivant un témoin oculaire, cité par M, Paul Mérfit dans son livre Verdun en 1792).

On a raconté aussi qu'un bal avait été donné aux officiers prussiens, et Cavaignac mentionna ce bruit dans le rapport qu'il fit de cette affaire. On ne sait trop, d'ailleurs, si c'est au camp ou dans la ville qu'il aurait eu lieu, et quelques écrivains ont essayé de nier cette circonstance. Le fait n'a rien d'invraisemblable et s'accorde parfaitement avec les autres détails de la réception qui fut faite à l'ennemi; d'autant plus que les nombreux royalistes de la ville avaient été renforcés par le corps d'émigrés qui suivaient les Prus- . siens, ainsi que par le comte d'Artois et le comte de Provence, qui réorganisaient le pays au nom de Louis XVI.

Dans ce moment de péril suprême, quand la France était menacée de mort, on devine avec quelle indignation les patriotes voyaient ces trahisons et ces lâchetés.

L'Assemblée législative décréta la peine de mort contre tout fonctionnaire qui obéirait aux ordres et réquisitions de l'ennemi, contre tout complice des envahisseurs, etc. Lors de la reprise de Verdun, le 14 octobre suivant, une commission fut formée pour rechercher et punir les coupables. C'est ce que tous les gouvernements font en pareil cas, et nous ne voyons pas que la justice de toutes les monarchies se soit montrée plus indulgente pour les crimes de lèse-nation que la justice révolutionnaire. On sait, par le fameux manifeste de Brunswick, comment les émigrés et l'étranger entendaient, en cas de victoire, traiter les patriotes français.

L'instruction se poursuivit activement et fut envoyée au'comité de Sûreté générale, au nom duquel Cavuignac présenta à la Convention, le 7 janvier 1793, un rapport concluant : 1» à hi mise en accusation de Neyon, commandant de la place, de plusieurs officiers et gendarmes, ainsi que de divers complices présumés de l'étranger; 2° au renvoi devant le tribunal criminel de la Meuse de ceux qui avaient suscité des troubles pour exiger la capitulation et des femmes qui avaient été au camp haranguer le roi de Prusse et lui offrir des présents.

Le décret proposé fut adopté, avec quelques modifications, le 9 février 1793; mais le tribunal criminel de la Meuse, séant à Salnt- Mihiel, mit une lenteur peut-être calculée à s'occuper de cette affaire. Ce ne fut que le 10 frimaire an II (30 novembre 1793) que l'accusateur public reçut les pièces de l'instruction faite par la commission de Verdun, et qu'il s'était enfin décidé à demander.

Mais il y eut encore de nouvelles lenteurs, et ce ne fut que le 5 floréal un II, (26 avril 1794) que les accusés de Verdun comparurent devant le tribunal révolutionnaire de Paris. Ils étaient trente-cinq, les uns inculpes de complicité avec l'ennemi, les autres d'avoir arboré la cocarde blanche ou accepté des fonctions des Prussiens, etc. Parmi eux se trouvaient Neyon, qui avait signé la capitulation , quelques meneurs de l'émeute royaliste, cinq gendarmes, plusieurs ecclésiastiques, etc., et enfin les malheureuses femmes dont nous nous occupons ici spécialement. Elles étaient quatorze; voici leurs noms, âjje et qualités :

La baronne de La Lance de Mongaut, soixante-neuf ans (son mari était émigré). AnneTabouillot mère, quarante-six ans.

Françoise Herbillou, veuve d'un sieur Masson, procureur, cinquante-quatre ans.

Elisabeth Dauphin, femme Brigand, veuve d'un capitaine, cinquante-six ans.

Angélique Lagirousière, quarante-huit ans (on a dit quelquefois dix-huit, mais le chiffre que nous donnons, relevé sur les pièces de la procédure, est le seul exact).

Marguerite Croutte, quarante - huit ans, qualifiée horlogere (en réalité elle était fille publique}.

Thérèse Pierson, femme Bestel, cordonnière, quarante et un ans.

Suzanne Henry, vingt-six ans.

Gabiielle Henry, vingt-cinq ans.

Barbe Henry, uix-sept ans.

Ces trois sœurs étaient filles de l'ancien président du bailliage de Verdun et nièces de la baronne de La Lance.

Anne Watrin, vingt-cinq ans.

Henriette Watrin, vingt-trois ans.

Hélène Watrin, vingt-deux ans.

Ces trois dernières étaient également sœurs ; elles étaient filles d'un ancien ofticier. Enfin Claire Tabouiliot, dix-sept ans.

On voit que, sur les quatorze vierges de Verdun, il y avait d'abord sept femmes de quarante et un à soixante-neuf ans, puis cinq filles majeures qui avaient dû agir avec discernement et se rendre compte de la portée de leurs actes. x

Quant aux deux jeunes filles de dix-sept ans, elles ne furent pas condamnées à mort, comme nous le verrons ci-dessous.

La femme Bestel avait de plus à sa charge qu'elle avait attiré chez elle le maire de Géuicourt, village voisin où elle étafrnée, et l'avait livré aux Prussiens, qui l'avaient enfermé à la citadelle.

Les sœurs Watrin étaient, en outre, convaincues d'avoir donné de l'argent à un étui-

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gré, leur parent, qui était rentré derrière lennemi ; c'était un orirae d'après la loi existante.

Les faits étaient patents, indéniables, et il ne restait au tribunal révolutionnaire qu'à appliquer les lois, quelque terribles qu'elles fussent.

La complicité dans les manœuvres tendant à livrer la place à l'ennemi était moins établie en ce qui touche les femmes ; mais la 'visite au camp, mais les hommages impies et serviles rendus au roi de Prusse étaient notoires, tellement que ces femmes étaient communément désignées sous le nom des porteuses de bonbons.

Quelques-unes cependant essayèrent d'une négation timide. Dans son interrogatoire, la ieune Barbe Henry répondit ;

« J*ai été au camp par pure curiosité ; j'ignore si on y a porté des dragées, mais je n'en ai vu aucune, «

Or, ce fut précisément cette jeune fille qui, en compagnie de Claire Tabouillot, présenta la corbeille.

Barbe Henry, échappée à la mort, épousa plus tard un M. Meslier, colonel inspecteur aux revues. Elle eut l'idée d'écrire pour ses enfants le récit des épreuves terribles qu'elle avait subies. M. Cuvillier-Fleury a pu consulter cet intéressant manuscrit, et il en cite des fragments dans son étude apologétique sur les vierges de Verdun (tome II de ses Portraits politiques et révolutionnaires). Dans ces fragments, nous lisons le passage suivant :

« J-e ne sais qui imagina d'aller en députation offrir des dragées au roi de Prusse, mais cette idée fut généralement adoptée. Les dames offrirent leurs bourses, et de jeunes demoiselles furent choisies pour offrir à Sa Majesté la jolie corbeille qui renfermait les dragées. Ma tante, la baronne de La Lance, lit atteler ses chevaux, etc. »

On n'aurait pas besoin, d'ailleurs, de cet aveu; c'est un fait qui était hors de doute. Méritait-il la mort? Non, sans doute, dans les temps ordinaires. Mais il faut songer à l'effroyable état où se trouvait alors la France, aux périls suprêmes qu'elle traversait, à la surexcitation îles esprits, à la dignité nationale outragée, au farouche enthousiasme qui s'était emparé de toutes les âmes I

Quant aux lenteurs de l'instruction, on doit l'attribuer eu grande partie, comme nous l'avons dit plus haut, au tribunal de Saint- Mihicl.

Malgré les passions du temps, le tribunal révolutionnaire eut un accès de pitié. La compte rendu officiel de ses débats constate que :

« Le tribunal, avant de clore les débats, a cherché à savoir qui avait ordonné les préparatifs d'un char, qui avait proposé d'aller flagorner le tyran prussien, et s était plu à multiplier en quelque sorte ses crimes en les faisant partager à de jeunes filles naturellement timides et ne connaissant d'autre volonté que celle de leurs parents ou de ceux aux soins desquels elles étaient confiées.

» Malheureusement, ces jeunes personnes, soit par une opiniâtreté mal entendue, soit par attachement pour leurs mères et leurs coaccusés, n'ont point secondé les vues humaines du tribunal qui s'efforçait de les soustraire au glaive de la loi ; elles n'ont fait que des réponses insignifiantes, tout a fait contraires à la vérité et à la vraisemblance. »

Ces jeunes personnes s'honoraient, certes, en refusant de rejeter la responsabilité sur leurs mères et leurs parents ; mais il n'en est pas moins-certain que les juges de la Révolution essayèrent d'atténuer, dans la mesure du possible, les charges qui pesaient sur elles. Les femmes de Verduu furent condamnées à mort- avec les accusés dont nous avons parlé plus haut. Seulement, sur les observations de Fouquier -ïiuville, les jeunes Barbe Henry et Claire Tabouiilot, eu raison de leur âge, ne furent condamnées qu'à vingt années Ue réclusion et à six heures d'exposition sur I'échafaud.

Les trente-trois condamnés à mort, dont faisaient partie les douze femmes de Verdun, furent conduits ii I'échafaud le jour même (5 floréal au II) [26 avril 1794J. Il faisait déjà nuit quand s'accomplit le terrible sacrifice, et tous les tableaux qu<j nous ont tracés les poètes sont donc purement imaginaires.

Le lendemain, un huissier faisait monter Claire et Barbe, non sur la guillotine, mais sur un échafaudage dressé exprès. Sur l'ordre do Fouquier, ou abrégea le temps de leur exposition.

Ou ne sait au juste à queUe époque elles sortirent de prison, peut-être dans la môme année, après le 9 thermidor (27 juillet), ou tout au moins lors de l'amnistie de l'an IV. Nous avons raconté ce lamentable épisode presque sans commentaires, non pour affaiblir la pitié qu'il peut inspirer, mais simplement pour le ramener aux proportions de l'histoire.

Verdun (SIÈGE ET CAPITULATION DE), un

des épisodes qui ont fait le plus d'honneur à nos armes pendant la guerre franco-ademande de 1870-1871.. Cette fois, les vierges de Verdun n'allèrent point, au quartier général prus.iien offrir des dragées au vainqueur; et les habitants, ainsi que la garnison, effacèrent héroïquement le souvenir de 1792.

Après le désastre de Sedan, la place de

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Verdun se trouva complètement isolée et ne vit de salut que dans une résistance désespérée qui permît à l'armée de Bazaine de venir la dégager, car* tous alors se flattaient que cet homme, qui a si cruellement trompé la France, parviendrait à briser le blocus, en écrasant l'ennemi. La garnison de Verdun se composait de 1,000 hommes de troupes régulières et 2,400 mobiles; il y avait de plus dans ses murs 14,000 gardes nationaux inexpérimentés, mais animés de sentiments patriotiques. Quant à l'armée assiégeante, commandée par le prince Georges de Saxe, elle était forte de 15,000 hommes, qui pouvaient en outre s'appuyer sur un corps aussi considérable, établi à Haudainville, non loin de Verdun.

Le 24 août 1870, au matin, les. officiers prussiens disaient : • Nous déjeunerons à Verdun. » Ce même jour, en effet, eut lieu une attaque sérieuse. Les troupes allemandes, établies sur les collines qui entourent la ville, étaient prêtes à tenter un assaut, et une colonne de 5 à 6,000 hommes se dirigea contre la place. Mettant à profit les accidents de terrain, les arbres, les haies des jardins, les tirailleurs-ennerais s'avancèrent jusqu'à portée de fusil des murailles; mais, accueillis par un feu terrible de mousqueterie, ils se replièrent à la hâte. La colonne entière eût pu être écrasée par nos canons ; mais, chose incroyable, ces canons n'étaient pas chargés ; les clefs des poudrières de remparts n'avaient pas encore été remises aux officiers qui commandaient les bastions. Un parlementaire allemand parut alors et somma la ville de se rendre, proposant des conditions avantageuses. Elles furent énergiquement repoussées par le commandant supérieur de la place, général Guérin de Waldersbach. L'artillerie prussienne ouvrit aussitôt un feu terrible contre Verdun, où, en quelques heures, tombèrent plus de 2,500 obus. Mais pas un courage ne mollit ; la pluie de fer lancée par l'ennemi, furieux d'avoir laissé 800 des siens devant Verdun dans sa première attaque, ne fit que redoubler l'ardeur patriotique des habitants. Tandis que le gélnie rasait les bâtiments qui gênaient le tir et que les gardes nationaux servaient les pièces, toutle reste, sans distinction, contribuait à la défense. Négociants, propriétaires, notaires, avocats traînaient la brouette ; quant aux femmes et aux enfants, ils faisaient de la charpie au fond des caves, dont on avait garni les soupiraux avec des fascines et du fumier.

Les opérations du siège .se ralentirent et l'investissement cessa d'être complet dans les derniers jours du mois d'août, au moment où l'armée allemande se concentrait tout entière pour écraser à Sedan l'armée de Châlons, que Napoléon III conduisait aveuglément à sa perte. Environ 2,400 fuyards, artilleurs, fantassins, turcos, échappés au désastre, se réfugièrent alors dans Verdun, qui fut de nouveau attaqué le 26 septembre. Cette fois,- les Prussiens prirent pour objectif la citadelle et les casernes ; mais nos artilleurs ripostèrent vigoureusement ; ceux de la garde mobile, qui voyait le feu pour la première fojs, démontèrent en trois heures les batteries ennemies. Les Allemands renoncèrent alors à l'assaut et à la canonnade, qui ne les conduisaient à aucun résultat, pour s'en tenir à un blocus rigoureux et complet. Dans les premiers jours d'octobre, le général Botzner, qui commandait devant Verdun, fut remplacé par le général Von Gayl. Les 13, 14 et 15 octobre eut lieu un effroyable bombardement, qui ne dura pas moins de 56 heures, accumulant les incendies , les écroulements et les ruines dans Verdun. Les Allemands se préparaient à renouveler leur œuvre de destruction, lorsque, dans la nuit du 19 au 20, le capitaine Jumeau, suivi d'une troupe intrépide composée de zouaves, da chasseurs k pied, d'artilleurs et de soldats du génie, se glissa silencieusement jusqu'aux batteries prussiennes. « C'est en rampant, par une nuit épouvantable, que ces hommes dévoués arrivaient à la bouche des canons, puis, se dressant tout à coup, sautaient dans les batteries, renversaient les soldats prussiens et se précipitaient sur les pièces, qui furent enclouées en un instant. » (Courrier de Verdun.)

Le 28 octobre, la brave garnison de Verdun exécuta encore une brillante sortie, dans laquelle toutes les batteries prussiennes étaient, à la même heure, démontées sur tous les points à la fois, les affûts brisés et les munitions détruites. Cela se passait sur les hauteurs de Belleville et les collines de l'ouest; Verdun était encore plein d'espoir et d'héroïque résolution. Tout à coup on apprend dans la vaillante cité que Metz a capitulé, que l'armée de Bazaine, le suprême espoir delà patrie, est tout entière prisonnière de guerre, et que 100,000 Prussiens vont se ruer sur Verdun avec un écrasant matériel de siège. La lutte devenait impossible devant une formidable artillerie qui, en quelques heures, pouvait réduire en poudre les remparts de la place. Dès lors s'imposait l'absolue nécessité d'épargner la vie et la fortune de cette patriotique population qui était courageusement restée dans les murs de la ville. Le général Guérin de Waldersbach offrit donc Ue capituler et demanda les conditions de l'ennemi. Le roi da Prusse j répondit lui-même : « En présence de l'hé-

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roïque défense de Verdun, je suis disposé k accepter des conditions exceptionnelles. '

Ainsi, c'était le vaincu qui parlait le premier; il laissait entre les mains de l'ennemi 163 officiers dont 2 généraux, 4,000 prisonniers, 136 canons et 23,000 fusils; mais les troupes conservaient leurs sacs et leurs effets. De plus, aux termes du traité, la forteresse et la ville de Verdun, tout le matériel de guerre, canons, poudres, fusils, sabres, etc., devaient faire retour à la France après la guerre, et défense était faite à l'ennemi de jamais imposer de contribution de guerre à la ville.

Pendant l'investissement, nous avions eu à peine 200 hommes hors de combat, tandis que les Allemands accusent une perte da 1,700 hommes devant Verdun.

Dans sa séance du 29 novembre 1871, le conseil d'enquête a porté un jugement où il a su allier les éloges que réclament le Courage et le patriotisme aux sévères et justes exigences de la loi militaire :

• Le conseil reconnaît que, du 24 août au 15 octobre 1870, le commandant de la place de Verdun, général Guérin de Waïdersbach, a fait preuve de courage, d'habileté et d'énergie, non-seulement en supportant plusieurs bombardements, mais encore en organisant une défense très-aotive, en faisant exécuter par la garnison, dont il avait su entretenir le moral, des sorties fréquentes, vigoureuses, hardies, dans lesquelles il a souvent fait enclouer les pièces ennemies, détruit les affûts, bouleversé les batteries, enlevé les convois, qu'il a été très-bien secondé par les troupes et les officiers placés sous ses ordres et par l'artillerie, dont le feu a toujours été très-vivement et habilement dirigé.

» Le conseil reproche au commandant su-

Périeur d'être entré en négociations avec ennemi pour permettre aux habitants de la rive droite de la Meuse de faire leurs vendanges, et d'avoir ainsi facilité les rapports des espions et la reconnaissance des points sur lesquels les Prussiens pouvaient établir des batteries ou des tranchées.

• Considérant que la ville possédait des vivres en quantité suffisante pour la nourriture de la garnison et de la population ; qu'aucune pression sérieuse n'a été exercée sur le conseil de défense par le conseil municipal ou les habitants, qui se sont au contraire toujours montrés pleins d'abnégation, d'énergie et de résolution, soit dans les bombardements, soit en formant des compagnies de francs-tireurs, auxiliaires, etc., qui toujours coopéraient aux sorties de la garnison;

» Que la place avait encore un matériel intact et des munitions suffisantes, de l'aveu du commandant supérieur;

» Considérant que, nonobstant ces conditions exceptionnelles d'une bonne défense, le commandant supérieur a provoqué avec l'ennemi une négociation qui devait entraîner la chute de la place , alors qu'aucun travail de siège n'avait été commencé;

» Que , cgntrairement à l'article 255 du décret du 13 octobre 1863, il a prêté l'oreille aux rapports de l'ennemi, intéressé à grossir ses forces pour l'intimider ;

• Que les considérations présentées par la général Guérin de Waïdersbach pour justifier ces communications n'ont aucune valeur, attendu que le devoir d'un commandant de place est de défendre jusqu'à la dernière extrémité le poste qui lui a été confié;

» Que, sans doute, en faisant insérer dans la capitulation les articles 1 et 4 proposés par le général de Moltke, et par suite desquels la place de Verdun, avec tout son matériel de guerre, ses munitions et ses approvisionnements de toute espèce, devait faire retour à ia France après la signature de la paix, le commandant supérieur a manifesté de bons sentiments, mais qu'il n'appartient pas à un commandant de place de prévoir les conséquences d'une guerre et les conditions d'un traité de paix qui peuvent annuler les clauses stipulées dans une capitulation;

» Le conseil déclare enfin que, s'il mérite des éloges pour la première partie de sa défense, le général Guérin de Waïdersbach est blâmable d'avoir entamé et conclu avec l'ennemi des négociations qui ont amené la / capitulation de la place sans qu'elle se trouvât dans le cas prévu par l'article 254 du décret du 13 octobre 1863. »

VERDUN, village et commune de France (Ariége), cant. des Cabannes, arrond. et à 27 kilom. de Foix, sur la rive droite de l'Ariége ; pop. 541 hab. A 2 kilom. du village se trouvait jadis, dans une plaine, une ville fort ancienne, qui portait également le nom de Verdun et qui était fortifiée. Elle fut à peu près entièrement détruite par une inondation en 1613. Les habitants qui survécurent au désastre fondèrent le village actuel. De l'ancien Verdun il est resté debout l'église romane, dont la fondation remonte au vaie siècle, et dont le clocher avait été aux trois quarts détruit par un bombardement pendant les guerres de religion. Une abbaye de moines de Cîteaux était contignS à cette église. Dans la nuit du 22 au 23 juin 1875, une grande partie du village actuel a été emportée parles eaux d'un torrent qui se jette dans l'Ariége après avoir arrosé la plaine.

VERDUN-SBR-DOUBS, bourg de France (Saône-et-Loire), ch.-l. de cant., arrond. et à 23 kilom. N.-E. de Chalon-sur-Suône, au confluent de la Saône et du Doubs; pop. aggl., 1,883 hab, ; — pop. tôt., 1,980 hab. Tuileries, fours à chaux, huileriesupoteries, commerce de foin, vins et bestiaux.

VERDUN-SUR GARONNE, bourgde France (Tarn-et-Garonne), ch.-l. da cant., arrond. et ii 22 kilom. S.-E. de Castelsarrasin, près de la rive gauche de la Garonne ; pop. agglf, 1,500 hab.; —pop. tôt., 3,677 hab. Tanneries; fabrication importante de cadis.

VERDUNOIS, OISE s. et adj. (vèr-du-noif . oi-ze). Géogr. Habitant de Verdun; qui appartient à cette ville ou à ses habitants: Le» Vbrdunois. La population vkrdunoisb.

VERDUNOIS , nom donné autrefois au petit pays de France (Gascogne), dont Verdun-sur-Garonne était 1» chef-lieu. On donnait aussi quelquefois ce nom au gouvernement de Verdun.

VERDURE s. f. (vèr-du-re — rad. vert).

Couleur verte des herbes et du feuillage des arbres : Verdure des prés, des champs, des bois. En Suisse, la vkhdurk est aussi éblouissante que les neiges. (G. Sand.) Une verdure éternelle couvrait les branches des fougères, des lycopodes et des prèles qui composaient la végétation de l'ancien monde. (L. Figuier.) Il Herbes et feuillages verts : Se coucher sur la verdure. Joncher les rues de verdure. La verdure n'a jamais manqué de succéder aux frimas. (Buff.) Mien n'est admirable comme la verdure débarbouillée par la pluie et es.suyée par le rayon. (V. Hugo.)

— Plantes potagères dont on mange les feuilles.

— Salle, cabinet de verdure, Sortes de réduits formés dans un jardin avec des plantes grimpantes. - ,

— Tapis de verdure, Sol couvert de gazon.

— Tapisserie de verdure ou simplement Verdure, Tenture de tapisserie représentant principalement des arbres : Et moi, si j'étais à votre place, j'achèterais une belle tenture de tapisserie de verdure ou à personnages, que je ferais mettre dans sa chambre, pour lui réjouir l'esprit et la vue. (Mol.)

— Bot. Verdure d'hiver, Nom vulgaire de la pyrole.

VERDURE (Augustin- Joseph), membre de la Commune de Paris, né à Remilly (Pas-de- Calais) en 1825, mort à la presqu'île ûucos le 28 avril 1873. Après avoir été instituteur en province, il se rendit à Paris, où il entra comme comptable dans une maison de commerce. S'étant beaucoup adonné aux questions ouvrières, il s'occupa de la fondation de sociétés coopératives, et devint un des agents les plus actifs de l'association du • Crédit au travail, » fondée par Beluze. A partir de 1868, il prit à diverses reprises la parole dans les réunions publiques, soutint en 1869 la candidature de Rochefort, et, lorsque celui-ci fonda la Marseillaise, il devint caissier de ca journal, dans lequel il rédigea un bulletin sur le mouvement social et les questions ouvrières. Lors de l'arrestation de Rochefort en février 1870, il fut arrêté dans les bureaux de la Marseillaise, mais relâché peu après. Au mois de septembre suivant, il devint membre de l'Internationale et fit partie da la garde nationale pendant le siège, en qualité d'adjudant dans un bataillon. Après l'insurrection du 18 mars 1871, Verdure fut nommé par 15,657 voix membre de la Commune, dans le XIe arrondissement (26 mars). Il lit partie de la commission d'enseignement, fut délégué, à partir du 20 avril, à ia mairie de son arrondissement et assista assidûment aux séances de la Commune, où il vota constamment avec les membres les plus avancés, notamment lors de l'établissement du comité de Salut public (1" mai). Lors de l'entrée de l'armée de Versailles à Paris, Verdure parvint à se cacher chez un ami ; mais il y fut bientôt découvert et con* duit à Versailles. Traduit devant le 3e conseil de guerre le 7 août 1871, en même temps qu'Assi, Urbain, etc., il fut condamné, le 2 septembre, à la déportation dans une enceinte fortifiée. Envoyé ensuite au fort Boyard, il y donna des leçons d'écriture à ses codétenus, puis fut embarqué à Brest pour la Nouvelle-Calédonie le 13 juin 1872. Ce fut là qu'il mourut au mois d'avril de l'année suivante. — Sa tille, Maria Vb-RDURE, qu'il avait fait recevoir institutrice, devint, sous la Commune, déléguée près la société d'Education nouvelle (2 avril 1871). Quelques mois plus tard, elle épousa Bucoudray, qui avait été pendant quelque temps maire du XlVe arrondissement de Paris, après le 4 septembre 1870. Bevenue veuve, elle s'est remariée en septembre 1874 avec M. Alphonse Neujean.

VERDURETTEs. f. (vèr-du-rè-te. — rad.

verdure). Broderies vertes : L'illustre dominicain sera-t-il reçu dans le costume de son ordre, ou endossera- t-il l'habit à vbrdu- Hette ? (Ph. Busoni.)

VERDURIER, 1ÈRE s.(vèr-du-rié, iè-re — rad. verdure). Celui, celle qui vend de la salade, des légumes verts.

— Celui qui fournit la salade dans les maisons princières.

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