V. Nauclerus
VERGENNES (Charles Gravier, comte de), homme politique français, né à Dijon en 1717, mort k Versailles en 1787. Il débuta dans la carrière diplomatique sous la direction de M. deChavigny, qu il suivit à Lisbonne (1741) et k Francfort (1743); puis, rappelé en Portu-
fal, il conquit par sa finesse la sympathie de 'Argenson, ministre des affaires étrangères, qui 1 envoya avec le titre d'ambassadeur à la cour de l'électeur de Trêves (1750). Dans ce dernier poste, il se fit remarquer par l'habileté avec laquelle il empêcha l'impératrice mère de faire élire son fils Joseph roi ries Romains. Nommé en 1755 ministre plénipotentiaire en Turquie, il fut élevé peu après au titre d'ambassadeur. La position était difficile. L'alliance que Louis XV avait faite avec Marie-Thérèse et l'impératrice de Russie inspirait au gouvernement ottoman des inquiétudes, qu'eutretenaient les agents de l'Angleterre et de la Prusse. De Vergennes parvint k rassurer le sultan et k lui faire garder la neutralité. Lors des troubles qui eurent lieu en Pologne k l'occasion de l'élection de Puniatowski au trône, M. de Choiseul, alors ministre des affaires étrangères, chargea de Vergennes de pousser activement le sultan à déclarer la guerre à la Russie, qui venait d'intervenir par les armes en Pologne. L'ambassadeur, voyant l'impuissance de la Turquie k lutter avec avantage contre Catherine II, ne put se résoudre k suivre les instructions qu'il uvait reçues. Toutefois, malgré' lui, la déclaration de guerre eut lieu et Choiseul le rappela en France (1768). En quittant ce poste, qu'il remplissait depuis treize ans, il reçut les plus vils témoignages de sympathie tantdu sultan que des commerçants français dans le Levant, k qui il avait rendu de nombreux services. Tombé en complète disgrâce, de Vergennes vécut, dans la retraite jusqu'à l'époque de la chute duduc de Choiseul. Le duc d'Aiguillon, devenu ministre, lui donna l'ambassade de Stockholm (1771). U trouva ce royaume partagé entre les deux partis connus sous le nom de bonnets et de chapeaux , et la diète, réunie pour l'élection de Gustave III, peu disposée k confier k ce prince les destinées du pays. Chargé de relever l'autorité royale dans ce pays, de Vergennes passa pour avoir pris une part acl'ne dans I espèce de coup d'Etat que fit Gustave III' en ceignant lu couronne, Louis XVI, qui avait une haute opinion de ce diplomate, s'empressa de le rappeler en France et de lui confier le portefeuille des affaires étrangères lorsqu il monta sur le trône (1774). Le nouveau ministre- conclut en 1777 le traité de Soleure, qui assurait k la France l'atliauce de tous les cantons suisses, puis il saisit avec empressement l'occasion de contribuer à l'abaissement do l'Angleterre eu aidant l'insurrection de ses colonies d'Amérique (1778), en favorisant autant qu'il était eu sou pouvoir le départ de La Fayette et de ses amis pour le nouveau monde et les envois d'armes de Beaumarchais. Moins bien inspiré dans sa politique intérieure, de Vergennes, qui avait plus d'habileté et de linesse que de largeur dans les vues et qui manquait des qualités supé rieuresde l'homme d'Etat, se prononça contre lerappeldesparlemeutseine fut pasetraiiger à la chute de Turgot. Au nombre des actes .importants qu'il prépara et signa, nous citerons le traité de 1779, dont le résultat fut de contenir l'ambition de Joseph II ; le traite de Paris de 1783 et le traite de commerce avec l'Angleterre en 1786. Après la paix de 1783, de Vergennes avait été nommé président des finances. Hostile à Necker, il appuya de toutes ses forces ta nomination de M. de Calonoe, et, après avoir essayé d'ajourner les reformes que ce dernier déclarait indispensables, il allait provoq .er la convocation des notables, lorsque U mort le frappa. 11 fut vivement regrette par Louis XVI qui, quelques années puis lard, manifesta la persuasion singulièrement erronée que , s'il eût vécu, hé la Révolution. On a de cet
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dans la Politique de tous les cabinets , rope.
VISRGENISES (Constantin Gravier, comte de), diplomate et général français, fils du précèdent,' né à Coustantinople en 1761, mort en 1832. Il entra au service eu 1777, devint colonel eu 1783, puis passa dans la diplomatie et fut nommé ministre plénipotentiaire k Coblentz en 1787. Eu 1791, il fut rappelé en France, mais presque aussitôt il émigra et engagea avec sa mère pour 300,000 francs de°diamantsdans le but de venir en aide aux princes émigrés. Apres avoir fait la campagne de 1792 contre la France, de Vergennes se retira en Hollande. De retour dans son pays en 1802, il obtint une place d'inspecteur des eaux et forêts. A ia première Restauration, il reprit le commandement des gardes ■ de la porte, qu'il avait eu avant la Révolution, fut nommé maréchal de Camp en 1818 et prit sa retraite en 1829.
VERGENNES (Louis-Charles-Joseph Gravier, vioonue on), général français, frère du précédent, ué kCoustautiuople eu 1765, mort en 1821. H entra dans les gardes-françaises
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en 1779 et fut nommé colonel en second du régiment de Bassigny en 1788. Ayant émigré au commencement de la Révolution, il fit la campagne de 1792, puis passa au service de l'Angleterre. De retour en France en même temps que son frère (1802), il entra comme lui flans l'administration des forêts et reçut, en 1815, le commandement en second des gardes de la porte. Nommé peu après maréchal de camp, il devint commandant militaire du Puy-de-Dôme.
VERGEOISE s, f. (vèr-joi-ze). Comm. Sucre fabriqué avec des déchets de raffinerie.
— Techn. Grande forme dans laquelle on coule le sucre.
VERGER s. m. (vèr-jé — bas lat. viridiarium ; du latin viridis, vert). Terrain planté d'arbres fruitiers : Les auteurs sont muets sur l'état des vergers dans les Gaules avant l'invasion des Hpmains. (Th. de Berneaud.)
— Encycl. Les vergers, qui tiennent à la fois de la grande et de la petite culture, ont dû être établis de très-bonne heure. Les plantations d'arbres fruitiers mentionnées chez les anciens auteurs paraissent avoir été en réalité des vergers plutôt que des jardins fruitiers proprement dits. Ils s'établirent peu à peu dans la Gaule, favorisés par le climat, la richesse et la variété du sol, l'activité des habitants et le soin qu'ils avaient d'introduire
( chez eux, à la suite de leurs excursions lointaines, les meilleures productions des pays étrangers. L'arrivée des Phocéens à Marseille et "surtout la domination romaine portèrent la culture des vergers dans la Gaule à un haut degré de perfection; mais l'invasion des barbares ne tarda pas k détruire l'œuvre du temps.
Au vie siècle, on ne trouvait guère de vergers bien conduits que dans les domaines possédés par quelques couvents. Fortunat se trouvait heureux d'offrir k sa famille des fruits sauvages cueillis par lui-même dans la forêt et vantait comme une merveille le jardin de la reine Ultrogolhe. Au temps de Charlemagne, les choses avaient déjà bien changé, et le verger renfermait un grand nombre d'essences fruitières. La greffe y était bien connue et d'un usage général. Les croisés, de retour dans leurs foyers, enrichirent notre pays d'arbres et d'arbustes intéressants. « Auxvesiècle,ditTh.deBerneaud, les vergers formaient une véritable richesse, et la plus grande peine que l'on pouvait infliger à leurs possesseurs, coupables ou rebelles, c'était de les dévaster. Olivier de Serres a fait beaucoup pour étendre et embellir les vergers; mais personne n'alla plus loin que Du Bellay et Bélon, l'un et l'autre du Mans. L'un s'appliqua à multiplier les pépinières, k distribuer partout des plantes élevées, des greffes et des semences ; le second parcourut la Syrie , l'Egypte et la Perse pour s'y procurer les végétaux ies plus utiles, les types propres k perfectionner les espèces et les variétés en pleine culture dans nos vergers. • Depuis tors, les améliorations et Us progrès ont marché à pas de géant, et bien que les travaux des hommes spéciaux aient été dirigés surtout en vue du jardin fruitier, ils ont exercé une grande influence sur les vergers, qui jouent aujourd'hui un grand rôle dans l'économie rurale.
Le verger diffère du jardin fruitier en ce qu'il est d'une plus grande étendue et planté d'arbres en plein vent. Il convient beaucoup k certains arbres, notamment au pommier; les^ récolles y sont souvent bien plus abondantes, et c'est là surtout qu'on voit les branches plier littéralement sous le poids des fruits dont elles sont surchargées. Mais, par contre, ces arbres occupent un grand espace, ne donnent'qu'assez tard de riches récoltes, ce qui, d'ailleurs, n'a pas lieu- tous les ans; enlin, le fruit est généralement petit et sujet à manquer. De là la favt-ur accordée de nos jours, surtout dans le voisinage des grandes villes et dans les riches domaines agricoles, au jardin fruitier, où, grâce à une culture soignée, les inconvénients cités sont bien muins k craindre.
Mais, à côté' de ces. inconvénients, auxquels, du reste, on peut parer plus ou moins, le verger présente des avantages incontestables. Une fois plante, il subsiste, sans grandes dépendes, pendant plusieurs générations et fournit des fruits k peu de frais k ses propriétaires. Beaucoup d'arbres, tels que les pommiers, les pri.niers, les cerisiers, les noyers, etc., viennent bien mieux en plein veut. Sans doute, on pourrait disséminer ces arbres sur la lisière ou dans l'intérieur des terres cultivées ; mais là ils seraient, ainsi que leurs produits, bien plus. exposés. D'ailleurs, il serait absurde d'établi' ici une règle générale et absolue; les circonstances locales, souvent aussi les usages doivent être consultés avec soin quand on veut déterminer le mode de culture des arbres fruitiers.
« Ordinairement, dit Bosc, on place le verger k côté de la maison et on l'entoure de murs, ou de haies, ou de fossés, pour le mettre k l'abri des bestiaux et des voleurs ; c'est le lieu des ébats des entants, souvent même des animaux domestiques, tels que les génisses, les poulains. Ou calcule rarement son exposition; cependant, elle n'est pus d'une petite importance pour la réussite et la vigueur des arbres, l'abondance et la qualité des fruits qu'ils doivent produire. L'ouest et
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le nord sont les pires, et il faut les éviter le plus possible; un terrain profond et substantiel est celui qui convient le plus, car on doit éviter également et la trop grande aridité et la trop grande humidité. ■
Les arbres qu'on plante dans les vergers doivent être greffés sur franc ou sur sauvageon. Ceux-ci ont une surabondance de vigueur que ne possèdent pas les premiers. Moins difficiles sur la nature du "sol, ils se ramifient davantage et durent plus longtemps ; mais ils se mettent k fruit plus tard et donnent des produits inférieurs en qualité. Nos anciens, moins délicats que nous sur ce dernier point, préféraient les sauvageons. On préfère aujourd'hui les francs. Mais ici encore le bon sens prescrit de ne pas s'arrêter à une règle absolue. Dans le choix du sujet, on doit avoir surtout en vue la nature et les exigences des espèces et des variétés que l'on veut propager; de là dépendent la rélls- Bite de la greffe, la précocité et le nombre des fruits, etc.
On ne peut fixer non plus d'une manière rigoureuse la distance à mettre entre les pieds d'arbre. En général, l'espacement doit être plus grand dans les bons terrains et pour les sujets qui atteignent de plus grandes dimensions; le noyer surtout est très-exigeant sous ce rapport. Dans tous les cas, il vaut mieux espacer trop que trop peu; les arbres deviennent plus grands, durent davantage et produisent plus de fruits. Quanta l'espace perdu ainsi, nous verrons plus loin qu'il n'est pas complètement improductif. On peut planter en lignes ou en carrés; mais la disposition en quinconce est préférablexQuelques auteurs recommandent de placer la même espèce d'arbres dans la même ligne; il vaut beaucoup mieux, k tous égards, alterner les essences.
Le terrain destiné à l'établissement d'un verger doit être d'abord complètement défoncé ; on ne doit pas reculer devant cette dépense-, qui sera largement couverte par l'augmentation des produits. Les trous, et même les tranchées, ne sauraient atteindre le même but.- Le sol des vergers est généralement laissé en pâturage; quelquefois, on y laisse s'ébattre les jeunes animaux, qui ont besoin d'air et d'exercice pendant que les mères sont au travail. D'autres fois, on l'abandonne au parcours .des dindons ou des oies. On peut même y semer des céréales, des plantes sarclées ou des fourrages artificiels. Quelle que soit sa destination, il est bon de l'entretenir en état de production par des labours et des engrais donnés à propos.
VERGER v. a. ou tr. (vèr-jé — rad. verge. Prend un e devant a et o ; Nous vergeons ; je vergeais). Mesurer avec la verge : Vergkr une étoffe, une toile. Verger uh terrain.
V*rg«r (château du), château de France (Maine-et-Loire), situé à 3 kilom. au N. de Seiches, à il kilom. de Tiercé. Le château du Verger, propriété de Du Guesclin au XIVe siècle, fut apporté aux Rohan par le mariage, en 1405, de Catherine Du Guesclin avec Charles de Rohan-Guéméné, père du maréchal de Gié, mort en 1513 et enterré dans la chapelle du prieuré de Sainte-Croix, dont les ruines existent encore près du château. Gabrielle d'Estrées, marquise de Monceaux, accompagna Heuri IV, en 1598, au château du .Verger. C'est au retour d'une chasse que Pierre de Rohan, sénéchal d'Anjou et de La Flèche, fit faire au roi dans son magnifique domaine, que le duc de Mercoeur, lieutenant de la Ligue en Bretagne, vint sa jeter aux pieds de Henri IV et lui offrir sa soumission. Le roi le releva avec bouté, et la pacification du royaume suivit cette entrevue, qui aboutit aussi aux fiançailles delà fille du duc de Mercosur avec le fils naturel de fleuri IV, César de Vendôme. Le château du Verger, encore en très-bon état aujourd'hui et où l'on trouve les traces des diverses époques qu'il a traversées, est entouré d'un parc magnifique, qui continue à en faire une des plus belles résidences du département.
VERGER (Pierre-Victor), humaniste et littérateur français, né a Poni-i'Evèque en 1792, mort en 1849. Entré en 1840 à la Bibliothèque nationale, il travailla assidûment avec M. Naudet à la confection du catalogue. On -possède de lui : De Napoléon et des Bourbons (Paris, 1-815, in-8»); Dictionnaire universel de ia langue française (Paris, 1822, S vol. in-8u) ; Dictioimuira ciasstoue de la langue française (Paris, 1827, in-S*).; Dictionnaire de la Fable (1829, in-32). On lui don encore une édition de la Satire Ménippée (Paris, 1824, in-8°) et des traductions de Cicéron, d'Aulu-Gelle et de Tite-Live.
Verger (affaïkb dk l/abbé). Le samedi 3 janvier 1857, jour de la fête de sainte Geneviève, s'ouvraientàSaiut-Etienne-du-Mont les exercices de la neuvaine qui s'y célèbre annuellement en l'honneur de la patronne de Paris ; l'archevêque, M. Sibour, avait voulu présider aux cérémonies d'usage. A quatre heures, au moment où la procession, après avoir fait une station au tombeau de la sainte, rentrait dans la grande nef, un homme vêtu d'une redingote noire se leva brusquement du sein delà toule agenouillée, et, dégageant sa main droite restée cachée jusque-lk sous sou vêtement, il s'élança sur le prélat et lui
Eorta dans la région du cœur un coup terrile avec un long couteau dont il était armé.
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Puis, sans chercher k fuir, et comme pour se glorifier de son action, il agita en l'air son arme ensanglantée en criant : « A bas les déesses I « Il a expliqué depuis que, par ces paroles, il entendait faire allusion au dogme de l'immaculée conception, contre lequel il avait voulu protester, ainsi que contre la confrérie des génovéfains. Sous la violence du coup qui l'avait frappé, l'archevêque avait fait deux ou trois pas en arrière, sans cesser de tenir sa crosse archiépiscopale ; mais bientôt il s'était affaissé sur lui-même. Les soins qu'on s'empressa de lui prodiguer ne purent le rappeler à la vie.
Immédiatement conduit à la mairie du XIIe arrondissement, le meurtrier subit un premier interrogatoire. C'était un prêtre frappé d'interdiction. Il se nommait Mean- Louis Verger, était né à Neuilly-sur-Seine le 20 août 1826. A l'âge de quatorze ans, il avait été admis au petit séminaire de la rue Saint-Nicolas-du-Chardonnet, d'où on l'avait congédié en 1844. Après avoir passé quelques années encore dans une institution particulière, il était entré au grand séminaire de Meaux. Ordonné prêtre k vingt-trois ans, il avait d'abord été desservant dans plusieurs paroisses rurales du diocèse lie Meaux ; ensuite il était venu k Paris (1852), où il avait été attaché eu qualité de prêtre habitué k l'église de Saint- Germain - l'Auxerrois et comme porte-croix aux Tuileries; mais, au mois d'août 1855, il s'était vu retirer ses pouvoirs par l'autorité diocésaine. Alors ou le vit adresser k l'archevêque et au parquet des plaintes souvent renouvelées contre le curé île Saint-Gennaiu-1 Auxerrois. L'évêque de Meaux, sur le désir exprimé au nom de l'archevêque de Paris, l'avait rappelé dans son diocèse. Desservant de la pauvre petite paroisse de Sertis, composée d'une quinzaine de feux, k partir du 12 mars 1S5S, sou interdiction avait été prononcée au mois de décembre de la même année pour les motifs suivants :
1* La rédaction d'un « libelle injurieux a contre un arrêt de la cour d'assises de Melon, injustement rendu selon lui (il s'agissait d'un individu accusé d'empoisonnement et que Verger ne connaissait pas, mais pour lequel il se passionna).
2» Les prédications faites par Verger contre le dogme de l'immaculée conception,
3° Enlin la découverte d'un écrit intitulé : Testament, « rempli de diatribes violentes contre les dogmes de la religion, contre l'autorité et la discipline ecclésiastiques. •
Verger avait quitté sa paroisse pour se rendre à Paris vers le 25 décembre. Il prétendit y être venu pour demander à l'archevêque métropolitain la levée de l'interdiction prononcée contre lui par l'évêque de Meaux, Il ajouta que la pensée de se venger par un crime s'était emparée de son esprit dès le 26, jour où une personne qui était en relation avec l'archevêque luiuuraitdit que celui-ci ne lèverait pas l'interdiction et ne consentirait même pas à l'entendre.
Transféré k la Cqnciergerie, Verger, dans ses divers interrogatoires, rappela les détails de sou crime avec un calme réfléchi, prenant soin de déclarer qu'il était bien maître de lui et qu'il savait bien ce qu'il faisait; il en donnait la preuve en racontant que, le jour de Noël, étant allé entendre, à l'église Saint- Séverin, un sermon du curé de cette paroisse, il y était retourné le soir à l'heure des vêpres et avait fait remettre au curé un résumé de ses paroles du matin, avec les observations critiques que ces paroles lui avaient inspirées. II ne manifesta aucun repentir, mais prétendit avoir voulu atteindre, en la personne de l'archevêque, non pas l'archevêque lui-même, mais le dogme de l'immaculée conception. • Je n'ai pas frappé une seconde fois, dit-il, car j'avais la certitude que mon premier coup avait porté. »
Une perquisition opérée dans le logement qu'il occupait en dernier lieu chez sou frère, miroitier, rue de Seine, amena la découverte et la saisie de nombreux papiers, tous écrits de sa main et dénotant une grande facilité de style. La plupart traitaient de différents points de doctrine ecclésiastique, notamment du mariage des prêtres, dont l'auteur établissait la légitimité et ia nécessité. Un volumineux cahier avait pjiir litre : Notes sur l'abbé Verger. Le jour même de Son crime et en vue des conséquences qu'il savait y être attachées, Verger avait reuigé un testament par lequel il constituait son frère son légataire universel, et une procuration contenant, pour ce méiiie frère, plein pouvoir de loucher des mandats qui lui seraient adressés daus le courant de janvier 1857. A côte de ce témoignage d'une si complète tranquillité d'esprit au moment de commettre une telle action, il faut placer une dernière preuve de la persistance avec laquelle le meurtrier avait mûri son projet, l'abandonnaut et le reprenant tour k tour, selon les circonstances. Le 31 janvier 1858, Verger traçait de sa main et signait un écrit retrouvé dans ses papiers et qui se terminait ainsi: «Seul, j'ai prémédité, j'ai nourri, j'ai porte le coup qui vient d'atteiudre l'archevêque de Pans. ■ Interroge à ce sujet par le magistral instructeur , Verger répondit : « Celle pièce a bien èlé écrite par moi ; il est bien vrai que, l'année derniéie, alors que je me trouvais sans ressource par suite du retrait de mes pouvoirs, j'ai pris la résolu-
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tion de tuer Monseigneur ; j'ai renoncé à cette pensée lorsque j'ai eu 1 espérance d'être replacé dans le diocèse de Meaux; elle m'est revenue et je l'ai exécutée par suite de l'interdiction prononcée contre moi par Monseigneur de Meaux ; je me suis trouvé dans le même dénûment, et il m'a été dit que Monseigneur de Paris ne voudrait ni me ju- -ger ni même m'enîendre! »
Renvoyé devant la cour d'assises de la Seine, Verger y comparut le 17 janvier, quatorze jours seulement après le crime. Dès six heures du matin, la foule se pressait devant le Palais de justice; k sept heures et demie, lorsque les portes s'ouvrirent, la grande salle des pas perdus fut littéralement prise d'assaut et envahie ainsi que les couloirs. A dix heures et demie, la cour entra en séance. Un défenseur avait été nommé d'office; c'était Me Nogent Saint-Laurent.
L'accusé est introduit; c'est un homme de taille moyenne, un peu maigre, au front proéminent et découvert. Il est très-pâle. En entrant, il s'incline et parait saluer. Sou altitude est calme. Après les premières questions d'usage, il est donné lecture de 1 acte d'accusation, puis le président se dispose à procéder à l'interrogatoire de l'accusé, lorsque celui-ci déclare qu'il a une observation à adresser à la cour et qu'il la supplie de l'entendre.
• M. le greffier, dit-il, vous a donné les détails les plus circonstanciés sur l'événement dont je suis responsable vis-k-vis de Dieu, vis-k-vis de moi-même, vis-à-vis de ma conscience. Les membres du parquet ont eu toutes les facilités pour se procurer tous les renseignements, afin de me montrer comme un criminel devant la société et de nie flétrir dans l'opinion publique. Ma positioii est toute différente. Depuis que je suis dans ma prison, il m'a été impossible de me procurer l'ensemble des preuves nécessaires pour corroborer ma défense. Les armes que j'ai préparées dans ma prison sont formidables ; celles que j'avais préparées avant le délit qu'on appelle crime le sont plus encore. Il y a des pièces qui vous feront voir quels sont mes ennemis. Mes ennemis, messieurs, c'est l'inquisition papale ; c'est elle qui m'a amené ici. Il y a un autre point sur lequel je veux appeler l'attention générale ; ce point, c'est celui de ma foi, car un prêtre sans foi, ce n'est plus un prêtre 1 Aussi vous comprendrez que j ai besoin de ces papiers, de tous ces papiers. Je demanderai qu'ils me soient remis. D'autre part, je ferai observer qu'on a exercé hier à mon égard une violence morale sous le rapport des témoins dont j'avais donné la liste. Ces témoins étaient au nombre de soixante. Ils me sont nécessaires; ils auraient déposé des persécutions dont j'étais l'objet ; car ce n'est pas tout d'établir un fait ; celui k qui on le reproche doit avoir le droit de faire connaître les circonstances qui ont amené ce fait. La parquet m'a refusé. M. l'avocat général n'en a admis qu'un seul, un seul sur soixante. Dès lors, je me suis cru le droit de faire k M. le ministre de la justice un rapport de ce qui s'était passé, en le priant de le transmeure k l'empereur. » L'accusé donne lecture d'une partie de ce rapport, dans lequel il dit : • L'avocat général refuse de faire entendre mes témoins ; je refuse avec autant de droit et de ténacité d'être entendu, et si l'on emploie la violence à mon égard, j'ai l'honneur de déclarer que je ne répoudrai rien, uu si je parle, ce sera pour transmettre au public la violence que l'on me fait.» — • Que mes ennemis vieuneut tous ici, ajoute Verger; qu'ils vieuneut tous, excepté celui dont le caractère est sacré et inviolable, je parlerai et l'ou jugera; mais que mes témoins soient aussi tous entendus; s'il en manque un seul, je ne parlerai pas et j'irai noblement à la guillotine... Ah I justice humaine! la justice divine doit l'atteindre 1... J'ai besoin de deux sortes de preuves ; mes preuves écrites, ce sont mes pièces; mes preuves orales, ce sont mes témoins ; je n'ai ni les unes ni les autres. Je demande donc à messieurs les jurés de vouloir bien demander avec moi de remettre l'affaire k huitaine pour que les pièces soient remises et mes témoins entendus, a
Le président crut devoir donner à propos de cet incident quelques explications aux jurés : « L'accuse, dit-il, veut former comme une accusation contre les divers membres du clergé. Est-ce là son droit? Est-ce la liberté ou la licence de la déieiise? Le ministère public pouvait-il se prêter k un pareil caprice? Voilà ce que M. le procureur général n'a pas cru pouvoir accorder k 1 accusé. »
Verger répliqua aussitôt que la veille à deux heures il uvait reçu du ministre de Ja justice, contrairement à l'avis du procureur général, i'autorisatiou de faire venir ses témoins, mais k ses frais ; le temps matériel avait manqué pour les assigner. Il concluait en demandant une remise a huitaine.
Le procureur général Vuïsse intervint :
o La liste des soixante noms dont parle L'accusé, s'écria- 1.- il, ce n'est pas uue liste de témoins... C est le plus abominable libelle.
Verger, avec colère et frappant sur ia barre de son bune. Lisons 1 lisons, monsieur, lisons 1 (Se tournant vers l'auditoire.) Messieurs, demandez qu'on lise L..
Lis président. Nous ne pouvons tolérer celte violence et nous vous engageons, dans votre intérêt même, à la modération.
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Le procureur général. Nous le répétons, messieurs, c'est un infâme libelle; ce n'est pas une liste «le témoins.
Verger (debout, l'œil en feu, frappant sur la barre). Lisons ! Lisons ! (S'adressaut encore au public) La lecture I messieurs, la lecture !
Le procureur général. C'est un horrible ramassis...
L'accusé (avec emportement). Lisons!... Lisons !...
Le président. Vous venez de faire appel a la justice...
L'accusé. J'en ai appelé au Christ, à sa. justice, à sa bonté... Oui, j'en appelle à ce Dieu de bonté, de justice et de vérité ; il voit
?u'ici on refuse de m'entendre, que ma déen.se n'est pas libre. Oui, ma défense n'est pas libre ! avec des liens, pas de liberté ! Il y a des liens physiques et des liens moraux. Les liens physiques sont vos verrous, vos chaînes, vos gendarmes; les liens moraux se rattachent aux actions-humaines. Ma vie s'est écoulée à travers toutes les personnes dont j'invoque le témoignage, et on me refuse. J'appelle ces témoins.
Lb procureur général (aux jurés). Voilà l'homme, vous le connaissez maintenant. Il est jugé. C'eût été vous prêter à la plus abominable manœuvre que de consentir à faire entendre les soixante témoins qu'il veut citer. D'ailleurs, la plupart ne seraient pas venus, et il aurait fallu retirer la parole aux autres dès le premier mot. Pouvions-nous
fiermettre à l'assassin, après avoir enfoncé e poignard dans le sein du vénérable prêtre, de s'armer d'un autre poignard, celui de la calomnie, et de le diriger contre les membres du clergé de France? Voilà, cependant, ce qu'il voulait et ce que nous lui avons refusé... Parmi les soixante témoins qu'il voulait faire entendre, nous en avons choisi trois; aller plus loin, c'eût été se prêter à un abus. L'instruction est donc complète.
Et comme l'accusé protestait contre» ces paroles, déclarant que la défense n'était pas libre, le président lui demanda s'il persistait à réclamer l'audition des soixante témoins ; il répondit : ■ Leur présence ici est indispensable. Ma vie a été atteinte par toutes ces personnes; il faut que ma vie soit expliquée pur elles. » Les observations qui lui furent adressées no purent le faire céder sur ce point : • Je maintiens ma demande, s'écria-t-il. — Refusez-vous le débat? — Je ne refuse pas le débat, mais je demande mes témoins. — Alors, répondez aux questions que je vais vous adresser. — Je ne réponds rien autre chose : mes témoins. »
La cour se retira pour délibérer. Une grande agitation se produisit dans l'auditoire. L'accusé, lui, au contraire, parut se calmer un peu. On lui apporta un verre d'eau, qu'il but d'un trait. Au bout d'un quart d'heure, la cour rentra en séance. L'accusé était débouté de sa demande, et il allait être passé outre aux débats. « C'est une violence morale 1 s'écria Verger d'une voix vibrante. Je proteste contre cette violence morale. Je ne répondrai plus rien! plus rien 1 — Faites entrer le premier témoin, » dit le président.
Celui-ci était le sergent de ville qui avait arrêté l'assassin; vint ensuite le bedeau de l'église, puis la loueuse de chaises. Le témoignage de cette femme flt dire à l'accusé .- • Je ferai observer en passant qu'il n'est pas permis, d'après Jésus-Christ, de faire payer quoi que ce soit dans l'intérieur de l'église. J'ai donné à madame 10 centimes pour m'asseoir en dedans de la barrière. Je pense que madame s'en souviendra, et je désire que cela lui serve pour le salut de sou âme. » A propos de la déposition du curé de Sain't- Sôyertn, dont il avait, on se le rappelle, analysé le sermon, il s'écria : » Je suis l'ennemi juré du saceffioee actuel, comme Jesus-Christ était l'ennemi des pharisiens et du clergé de son temps... Je suis l'ennemi de tout ce qui est pharisaïque, de tout ce qui est hypocrite. »
Il esc ensuite question de cet écrit dirigé contre la magistrature, et qui avait été une des causes de son interdiction. Verger s'était trouvé un jour a la cour d'assises de Melon. Un homme était accusé d'avoir empoisonné sa femme : a La science est intervenue. L'autopsie du cadavre a eu lieu. Il en est résulté qu'on ne trouvait nulle part la trace du poison. Or, je vous le demande, est-il possible qu'une personne ait été empoisonnée sans, poison?... Vous m'accusez d'avoir attaqué une cour d'assises, un procureur général qui est ici présent. On m'a fait venir deux fois devant un juge d'instruction; deux fois je l'ai battu a plaie couture. M. le juge d'instruction, ne se croyant pas assez fort, a fait venir M. le procureur général. Ce magistrat ne m'a pas fait peur : je l'ui bouleversa. 11 m'a dit alors : « Je n'aurais qu'un coup de sonnette à donner pour vous faire enlever... » Je n'ai pas insisté, prévoyant bien que cela pourrait m'arriver...
Le président. Ainsi, voilà les dispositions de votre esprit. Vous assistez à une séance de cour d'assises, un homme est condamné, Ja justice a prononcé, et vous attaquez la décision de la justice.
L'accusé. Pour empoisonner, il faut du poison, et il n'y en avait nulle part.
Le président. La justice du pays condamne, et vous vous insurgez contre elle...
L'accusé. Je m'insurge contre elle 1 J'aime mieux la guillotine. Je m'insurge contre elle, quand elle insulte à Dieu,
VERG
Le président. Vous écrivez au condamné et vous l'appelez votre ami, cet homme que vous ne connaissez que par sa condamnation.
L'accusé. Oui.
Le procureur général. L'accusé a parlé tout à l'heure du Colin- Maillard (litre de son écrit). Il ne faut pas qu'il croie faire illusion par de pareils mots...
L'accusé (avec force et ironiquement). Oui, oui, Colin- Maillard ; vous avez les yeux bandés... Le Colin-Maillard est un livre... Public, demandez-le à 'mou frère, et il vous le procurerai
t'abbé Bautain déposa que, lorsqu'il fut question d'attacher Verger au diocèse de Paris, il fit quelque résistance. Enfin, il céda à la prière du curé de Saint-Germain-l'Auxerrois ; cela alla bien, dit-il, pendant quelque temps.
L accusé. Quatre ans I
Le témoin. Mais on s'aperçut enfin que Verger ne pouvait être maintenu dans sa position.
L'accusé. C'est à. vous que je dois cela; vous êtes un scélérat... Je vous le dis au nom de la société 1
Le président. Taisez-vous ou je vous fais mettre à la porte.
Le témoin. Verger se trouvant sans ressources à Paris, on dut prévenir M. le préfet de police.
L'accusé. Pour me faire enlever comme fou. L'inquisition fait comme cela... Je dois déclarer à la' cour, à cet auditoire, à M. le promoteur ici présent, que c'est lui qui, de concert avec M. le curé de Saint-Germainl'Auxerrois, sans qu'il y ait eu te moindre soupçon soit sur mes mœurs, soit sur ma foi... oui, c'est M. le- curé de Saint-Germainl'Auxerrois qui, embarrassé par sa position vis-à-vis de moi, par les propositions outrageantes qu'il m'avait faites, c'est lui et le témoin ici présent qui se sont dit : Il faut prendre un moyen décisif. Et M. le curé m'a interdit le confessionnal, et l'on m'a permis cependant de dire la messe. Or un prêtre qui dit la messe peut confesser.
Le témoin. L ordination et la juridiction ne sont pas la même chose.
L'accusé. La juridiction, qui l'a inventée? C'est l'inquisition 1
Le président. Accusé, je ne souffrirai pa3 plus longtemps... .
L'accusé. Ah! la vérité, il faut l'entendre, et il faut de la patience pour l'entendre ! 11 faut l'entendre jusqu'au bout... Ahl vous ne voyez qu'un homme qui est mort, un poignard levé et un homme frappé... Vous ne voyez que l'échafaud debout et un homme qui va y monter... J'ai travaillé quinze ans pour ce résultat, et vous ne voulez pas m'entendre une journée! (Agitution.)
Lu président. Consentez-vous à ce que le témoin se retire?
L'accusé. Non, monsieur. On m'a fait bien des refus, je peux bien leur faire celui-là.
Une lettre, dont il est question au dossier, et adressée le 31 janvier 1856 à M. Parent- Duchâtelet, qui avait donné l'hospitalité à Verger, établit qu'à cette époque le malheureux, las de frapper à toutes les portes, préméditait déjà son crime. Il l'explique ainsi : ■ L'année dernière, au moment où, poussé à bout par l'inquisition parisienne, depuis huit mois sur le pavé, au moment où M. Parent- Duchàtelet avait le droit de se fatiguer de ma présence... alors je me suis dit : 11 n'y a plus qu'une seule ressource pour moi, c'est de ma brûler la cervelle ou de me jeter dans la Seine ; alors mes ennemis seront joyeux. D'un autre côté, j'ai dû avoir cette pensée, cette énergie que Dieu insinue à tout homme venu en ce monde. Dieu arme tout homme d'un droit absolu quand on ne veut pas l'entendre, quand tous les tribunaux refusent d'écouter celui qui a quelque chose à dire. M. le procureur général a été averti de mes réclamations. M. le préfet de police en a été averti. Et remarquez que quand j'ai écrit eette terrible parole, je lui ai dit à lui-même, en brandissant les deux mains sur son bureau : Ce n'est pas un homme de trente ans qui peut rester muet et inactif quand tout tribunal refuse de l'entendre. S'il faut en linir avec M. l'archevêque de Paris, j'en finirai avec lui ; s'il faut m'urmer, je m'armerai ; s'il faut attaquer sa tête, la descendre, je la ferai descendre. Alors ce monsieur m'a répondu ce que vous dites : ■ C'est grave, très-grave. • Oui, c'est très-grave. On ne m'a pas cru. »
Le président ayant déclaré que ces paroles conteuiiient une abominable doctrine, Verger, dont l'exaltation croissait, cria au mensonge. Les gendarmes lui imposèrent silence. L'audilioudu curé dûSaint-Gcrmuiii-l'Auxerrois donna lieu à un autre inaiilent encore, t J'ai eu souvent à me plaindre des propositions outrageantes que vous m'avez faites,» lui cria l'accusé en bondissant sur son banc.
Le président. Accuse, taisez-vous, ou ie vous fais mettre à la porte.
L'accusé. Je n'ai pas peur de mourir... J'affronterai la mort comme j'affronte le tribunal.
Le président. Encore une fois, taisez-vous.
L'accusé (éclatant de nouveau). Allez donc voir la chambre où il m'avait mis... Elle y est dans son presbytère; elle y est avec une porte secrète. Ailez-y, vous la verrez.
Le président, se couvrant. L'audience est suspendue. Gendarmes, emmenez l'accusé.
L'accusé essaya de se débattre; mais les
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gendarmes l'entraînèrent. L'audience resta suspendue pendant un quart d'heure, au milieu de la plus vive agitation. A la reprise, on ramène Verger, qui paraît plus calme. On entend l'abbé Surat; puis le président demande à l'accusé de raconter comment il a commis son crime. Verger le fait froidement et en quelques mots laconiques. A cette demande : « Enfin, vous n'êtes allé à Saint- Etienne-du-Mont que pour frapper? • il répond : ■ Oui. » Et a cette autre : « Quel était votre motif? » il dit : « Depuis fort longtemps, Monseigneur l'archevêque de Pans, Monseigneur lévêque de Meaux et quelques personnes du. clergé et des laies, hommes influents, avaient conçu le projet d'en finir avec moi par le retrait de mes pouvoirs. Vous le savez, un prêtre ne peut vivre que de l'autel. On m'a retiré cinq fois mes pouvoirs. » II rappelle qu'il s'est placé à la porte de la Madeleine avec un écriteau sur lequel était écrit : « Je ne suis pas interdit, et cependant je meurs de faim. « Il rappelle, en outre, qu'il est allé en Belgique, où i! a fait imprimer un livre sur la vente duquel il comptait pour vivre. Le président fait observer que cet ouvrage sur les mœurs du clergé était rempli d'attaques et de calomnies contre les propres bienfaiteurs de l'accusé. ■ L'accusé nie ce second point. Et comme l'abbé Surat demande à se retirer, il s'écrie : » Je m'y oppose, pour votre humiliation et pour votre salut. •
Nous passons sur les autres dépositions et nous arrivons à la partie la plus orageuse de ces orageux débats. Le procureur général Vaïsse a la parole : « Nous n'avons pas de réquisitoire à prendre maintenant, dit-il; l'homme n'est pas maître de ses impressions...
L'accusé (ironiquement). Oui, pleurez 1
Le procureur général. Nous avouons qu'au moment de prendre la parole...
L'accusé. Vous tremblez, n'est-ce pas?
Lb procureur général. Nous éprouvons un véritable dégoût de nous trouver en présence d'.un pareil adversaire.
L'accusé. Oui, adversaire, c'est le mot.
Le président. Voyons, Verger, vous tairez-vous?
L'accusé (avec exaltation). Je ne souffrirai pas qu'il parle... je ne le souffrirai pas.
Lk président. Voulez-vous écouter le réquisitoire?
L'accusé. Je refuse absolument. Je lui refuse la parole comme vous me l'avez refusée à moi.
Le président. Il faut que le devoir de l'accusation s'accomplisse comme celui dé la défense.
L'accusé. Je m'y oppose! Emmenez-moi t.. . La guillotine 1... je n'ai pas peur de la guillotine, je n'ai peur que de Dieu 1... Emmenezmoi, je ne veux pas qu'il parle.
Le procureur général requiert l'expulsion de l'accusé. La cour se retire pour en délibérer. Au bout de dix minutes, elle rentre et lecture est donnée d'un arrêt par lequel, considérant que Verger met obstacle aux débats par ses clameurs...
L'accusé. Vous y mettez obstacle vousmême. Vous commencez, je finis.
Le président. La cour ordonne que l'accusé sera reconduit en prison et qu'il sera passé outre aux débats.
Verger se laissa emmener sans proférer une parole, et le procureur général prononça son réquisitoire.
Le défenseur nommé d'office plaida la folie, qu'il trouvait, disait-il, à chaque pas dans la vie de l'accusé. Le jury en jug-ea autrement, et son verdict fut ai'firmatit sur toutes les questions. En conséquence, Verger fut condamné à la peine de mort.
Lorsque le greffier vint lire l'arrêt » Verger dans sa prison, celui-ci était debout, les bras croisés. Il écouta avec attention cette lecture et murmura : « Quelle justice I... quelle justice ! » A ces mots : « La cour condamne Verger à la peine de mort, i un frisson parcourut ses membres; il s'agita violemment et s'écria avec colère : ■ Je vous chasse 1 je vous chasse I... Je vous méprise I oui, je vou3 méprise!... » Brisé par sa lutte de ia cour d'assises, il demanda à se mettre au lit. On le revêtit auparavant de la camisole de force. Le lendemain, il signa deux lettres écrites sous sa dictée, l'une à son défenseur pour le remercier, l'autre à l'empereur. Cette dernière était un recours en grâce. 11 y déclarait que le christianisme avait besoin d'être régénéré, que le bas clergé devait être affranchi du joug* de ses Supérieurs. Verger s'était constitué le Pierre l'Ermite de cette nouvelle croisade ; il avait voulu annoncer sa mission par un coup d'éclat ; il avait dû frapper haut et choisir pour victime le plus grand dignitaire de l'Eglise. Sa condamnation ne l'étonnait pas. Il fallait à une illustre victime une grande manifestation judiciaire; cette satisfaction donnée & l'ordre social suffisait; aller au delà lui semblait injuste et impolitique. Il terminait en déclarant que la solution à sa demande devait être un noble exil. Au moment de son transfèremeut à la Roquette, il se fit mettre, entre ses bras attachés, les quatre mains de papier qu'il avait couvertes d'écritures pendant sa détention : • Je léguerai cela à mon frère Frédéric, dit-il. Un jour, cela vaudra plus d'un million. •
Le recours eu gràee fut rejeté, ainsi qu'un recours en cassation que le condamné avait formé. Quoiqu'il eût dit, au moment où les
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exécuteurs venaient le chercher : « S'il faut mourir, je veux mourir sans prêtre ni reliques, • il finit par écouter les exhortations de l'aumônier, qui le^confessa et lui <ionua l'absoluiion. Sur l'échafaud, il demanda à se recueillir quelques instants ; ■ J'offre ma vie en expiation de mes fautes, • dit-il en se livrant à l'exécuteur.
Le crime de Verger n'est pa3 le premier de cette nature qu'on trouve dans l'histoire de l'Eglise de France. En 1784, un évêque de Boulogne, M. de Précy, fut assassiné par un jeune aspirant & la prêtrise, auquel il avait refusé les ordres. Cet assassinat fut commis dans une église. Le prélat était revêtu de ses habits pontificaux. L'assassin, qui se nommait Parenti, fut exécuté.
VERGER (Napoléon), chanteur italien, né en 1843. Son père, ténor d'une certaine ré-
Eutationnu delà des Alpes, l'envoya de bonne eure à Paris, où il termina en 1863 ses éludes musicales sous la direction de Al. Porto. Guidé par cet excellent professeur, il se fit entendre l'année suivante dans un concert à la salle Herz. Il chanta avec beaucoup de goût et de sentiment l'air du Ballo, un duo du Trovatore avec M'Io Fortuna et la romance de Don Pasquale. Celte audition suffit pour le faire engager au Théâtre-Italien, où il débuta le 4 janvier 1865 par le rôle de don Carlos à'Ernani. « S'il n'a pas, dit Théophile Gautier, le timbre puissant de Graziani, l'habileté et 1 instinct scénique^de Délie Sedie, il possède une voix pure, souple et qu'il conduit avec méthode. Son succès a été des plus brillants et il peut désormais se considérercomme adopté par ce public difficile, mais fidèle dans ses "goûts. Ou a fuit répéter au jeune baryton la cabalette Vienimeco, intercalée dans le finale du second acte, dont le caractère élégant et gracieux va bien à sa voix plus suave que forte, et l'air de don Carlos : O Sommo Carlo, devant le tombeau de Ciiarlemagne. » Les mêmes applaudissements l'accueillirent ensuite dans Asthon de Lucia di Lammernwor. Il chanta tour à tour en 1866 la Sonnanbula . Otello, Don Pasquale, la Traviata, Il Trovatore; en 1867, Figaro Ail ùarbiere di Siviglia; en 1868, Mazetlo de Don Giovanni, Un Ballo in maschera, Matilde di S/iabranr la Contessina, opéra semi-seria en trois actes du prince Poniatowski, et, en 1869, il buffoue de Bigoletto. Engagé au mois d'août a Hombourg avec laPatti etNicolini, il reprit deux rôles de son répertoire et revint vers la fin de l'année à la salleVentadour, où il joua jusqu'à la clôture du théâtre (janvier 1870). Il partit bientôt pour'Londreset chanta a Drury-Lane, avec M'1» Nilssoti, le Nozze di Figaro, Otello et Reyina di Golconda, puis se maria avec la Fioretti, qui ne dansa plus à partir de cette époque sur la scène de notre grand Opéra. De retour à Pans, il accepta les propositions de l'imprésario Max Strakosch, qui emmenait avec lui une troupe de premier ordre en Amérique. Devenu, en 1872, le pensionnaire de M. Verger, son homonyme, il fie sa rentrée aux Italiens par le rôle de Giorgio Gerniunto de la Traoiata, et se préparait à une reprise de Rigoletto, quand un vote de l'Asse.i.blée nationale, suspendant la subvention, vint interrompre brusquement les représentations do ce théâtre (janvier 1873). Engage immédiatement a Seville, M. Verger chunta avec Marie tiass la Traviata et avec la Volpini la Linda diCliamouitix, indépendamment des autres rôles de son répertoire. 11 s'est fait entendre au Caire pendant la saison de 1874-1875 et en dernier lieu à Rome, au théâtre Apoilo.
VERGERETTEs. f, (ver-je-rè-te — dimiii.
de verge). Bot. Nom vulgaire du genre érigéron : La vkrgkrette du Canada est aujourd'hui naturalisée en Europe. (A. Dupuis.) Il On dit aussi vkroerOLLe.
VERGER10 (Pierre-Paul), un des grands littérateurs de son siècle, né à Capo-d'Istria vers 1349, mort en 1428 ou, suivant d'autres, eu 1419. Il professa l'éloquence à Pudoue, accompagna le cardinal Zaba relia au concile de Constance et s'attacha ensuite à l'empereur Sigismond, qu'il suivit en Hongrie, où il rèsiua jusqu'à sa mort. Ce ne fut qu'en 1404 , alors qu'il était déjà âge de cinquante-cinq ans, qu il prit à Padoue le diplôme de docteur en droit civil, en droit canon, dans les arts et en médecine. On a de lui : De ingenuis tnoribus (Milan, 1474, in-4°); Petrarc/t& vita dans le Petrarcha redivious de Tomasini (1650); Vit&principum carrariensium, insérées dans le tome XVI des Berum Halicarum scriptures de Muralori; Orationes et epistolm varias historiés, dans le méine recueil, à la suite de l'ouvrage précédent.
VERGERIO (Pierre-Paul), dit le Jeune, ce- -lèbre theoiogien italien, de la famille du précédent, ne en Istne au Commencement du xvio siècle, mort à Coire en 1565. Reçu docteur endroit à Padoue, il devint notaire (1522) et vicaire du podestat de cette ville. Devenu veuf, ii se rendit à Rome et gagna la confiance de Clément VII, qui l'envoya comme nonce en 1530 auprès de Ferdinand, roi des Romains. Paul 111 chargea Vergerio d'une mission semblable en 1535. Insinuant et habile, demi-laïque, deini-prétre, il négocia fort adroitement, sinon avec un plein succès. Il vil Luther £' Witteuiberg, conféra avec Ferdinand à Prague, avec le margrave de Brandebourg, avec les princes protestants dont il alla recevoir la réponse à Suialkade. En récompense do
VERO
ses services, le pape le nomma évêque de Capo-d'Istria en 1536; mais il y résida peu, se faisant souvent charger de missions diplomatiques. En 1540, il a.compagiia v n France le cardinal Hippolyte d'Esie ; en 1541. il l'ut délégué au congrès de Woims par François 1er, Tout à coup, il perdit ia conliance de lu cour de Rome, au moment où il espérait devenir cardinal. Sans doute pour se remettre en faveur, il annonça l'intention de publier un livre Intitulé : Réfutation des apostats ci' Allemagne; mais, en examinant les arguments qu'il s'était engMgé à réfuter, il fut amené à s'y rendre et commença une propagande en faveur de la Réforme. Sommé de se rendre k Rome, il refusa, se rendit au concile de Trente, où on refusa de l'admettre, sous le prétexte qu'il avait nié une légende locale relative à saint Georges et saint Christophe'. Il passa dans la Valteline, dans les Grisons, fit publiquement alors profession de protestantisme, devint ministre a Pontresina, puis à Vicosoprano, d'où il vOya- ■ gea continuellement dans les Grisons, la Valteline et le val Bryaglia, aspirant à être inspecteur général des Eglises grisonnes. Vergerio fut bientôt abandonné de ses nouveaux coreligionnaires, d'abord à cause de l'orgueil qu'ils lui reprochaient, ensuite et surtout à cause de ses relations avec Lelio Socin, Camillo Renato et leurs disciples. Appelé en 1553 par le duc de Wurtemberg pour remplir les fonctions ecclésiastiques kTubingue, Vergerio s'empressa d'accepier. Fort bien accueilli d'abord par le duc, il joua un rôle doiibla et assez peu clair dans les débats relatifs aux sacrements. Sa conduite dans l'affaire de Servet fut à peu prés aussi équivoque. En 1561, il lit une nouvelle visite dans les Grisons, puis il demanda l'autorisation de fonder une imprimerie à Pise ; mais craignant de tomber entre les mains de l'inquisition, il retourna à Tubingue. Une dernière fois, en 1564, il revint dans les Grisons et il mourut à Coire. Parmi les opuscules de Vergerio, la plupart très-courts et destinés à des polémiques de circonstance, nous citerons les suivants : De republica veneta liber (Rome, 1526); De unitate et pnce Ecctesim (Venise. 1542); XII Tratatelti (Bàle, 1549-1550); Le VUliiifesioni del Vergerio (Bâle, 1550); Itelrattazioni del Vergerio (1556;; De Greyorw papa ejus itominis primo (Kœnigsberg, 1556); AiOriu Ut pnpa Giovanni VJU cke fifemuui ( 1556); Postremus calalogus hserelicorum cou fia tus Bonis (Pl'onzheiin, 1560). Vergerio a annulé plusieurs ouvrages de controverse, qu'il a publiés et édités.
VERGERON s. m. (vèr-je-ron — rad. verger). urniili. Espèce de fauvette.
VERGERS ( Marie -Joseph -Adolphe. Noël des), orientulisie français, né vers 1810, mort à Nice en 1867. Il se livra à l'étude des langues, surtout de l'arabe, épousa la tille de Didot, éditeur, qui a publié la plupart de ses travaux, se lit recevoir membre de la Société asiatique et fut nommé membre correspondant de l'Académie des inscriptions et belleslettres. Outre des articles insérés dans la Biographie générale, il a donné : Vie de Mohammed d'Aboulféda, avec le texte arabe et une traduction française (1837, iu-8o); Histoire de V Afrique sous ta dominution musulmane d'Ebn- Kaaluuun , avec texte et traduction (1841, iii-8°) ; Etude biographique sur Horace, en tête de l'édition de ce poète par Didot (1855, in-12); VEtrurie et les Etrusques ou Dix ans de fouilles (1864, 2 vol. in-8u). On lui doit, en outre, YAbyasinie et l'Arabie, dans l'Univers pittoresque.
VERGETÉ, ÉE (vèr-je-té) part, passé du v. Veigeter. Nettoyé avec une vergette : Chapeau, habit vergeté. Robe vergetée.
— Qui est couvert de petites raies de différentes couleurs: Teint vergeté. Peau vergetée.
— Blas. Se dit de l'écu quand il est partagé en dix ou douze parties verticales ou vergettes, de deux émaux alternés : De Bertatis ; Vbrgetb de gueules et d'or.
VerGeter v. a. ou tr. (vèr-je-té — rad. veryette. Liouble le t devant un e muet : Je veryette, je veryetterai). Nettoyer avec une vergette : Vergeter un habit, un chapeau.
— Fig. Tancer fortement : On a besoin de temps en temps de vergeter cette espèce de mande. (iMuriv.) il Sens vieilli.
VERG^tier s. m. (vèr-je-tié — rad. vergetiej. Celui qui fait et vend des vergetteset diverses espèces de brosses. Il On dit plus ordinairement HKOSSIER.
VERGETTE s. f. ( vër-jè-te — du lat. virgn). Brosse a nettoyer les habits, les étoffes ; s emploie au singulier ou au pluriel : Donner un coup de vkrgettes à son chupeau. Acheter une vergette neuve.
— Par plaisant. Il n'a pas besoin devergettes, Se dit d'une personne mouillée par ta pluie.
— Techn. Petite verge de fer, il Nom donné aux lames droites que l'on place entre les taillants d'une fenderie, pour empêcher les verges de s'enrouler autour des trousses. Il Cercle servantk souteuir et k tendre les poaux des tambours.
— Blas. pal diminué, qui n'a que le tiers de la largeur uu pal quand il se trouve. seul, et a moins de largeur que le pal quand il y en a plusieurs dans l'ecu. Il Vergette' abaissée, Celle, qui mouvant du bas de l'écu, ne s'é-
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tend point jusqu'en haut. H Vergette retraite, Celle qui, mouvant du haut, ne s'étend pas jusqu'en bas.
VERGETTURES s. f. pi. (vèr-jè-tu-re — rad. veryette). Aléd. Raies longitudinales rougeâtres, dont est souvent marquée la peau du ventre, chez les femmes qui ont eu ues enfants, n Marques, impressions quelconques sur la peau.
VERGEOR s. m. (vèr-jeur — rad. verge).
Celui qui mesurait avec la verge, jaugeur, mesureur public.
VERGEHRE s. f. (vèr-ju-re — rad. verge). Techn. Nom des fils de laiton très-serrés et parallèles, qui, dans la fabrication du papier à la main, couvrent toute l'étendue de la forme, et dont l'ensemble constitue une sorte de toile métallique destinée à retenir la pâte.
Il Lignes claires que présente le papier fabriqué a la main, dans les endroits qui correspondent aux vergeures : En 1831, M. J.-J. Jequier inventa le moyen de donner au papier mécanique l'apparence du papier à vergeures fabriqué par la main de l'ouvrier. (Didot.)
Il Inégalité des fils d'une étoffe. On écrit à tort verjure, et plus mal encore vergurk.
VERGEZ (Jean-Marie), général français, né à Suint-Péen 1757, mort en 1831. Entré au service en 1778, il n'était encore que simple soldat lorsque la Révolution éclata. Après avoir fait la campagne de 1792, il fut promu, l'année suivante, capitaine de chasseurs, passa, en 1794, à l'armée des Pyrénées, se signala par sa bravoure et son sang- froid à Marsa etàTolosa; nommé commandant de carabiniers à l'armée de l'Ouest, il fit prisonnier le chef vendéen Charette. Promu chef de bataillon à la suite de ce fait d'armes (1796), il servit successivement aux armées d'Italie, de Rome et de Naples et, en s'emparautde l'artillerie ennemie, contribua efficacement au succès de la bataille de Novi , après laquelle il obtint le grade de colonel. Pendant la campagne de Saxe en 1806, il se signala à léna, fut promu, en 1807, général de brigade et fut mis à la retraite en 1810. Louis XVIII lui conféra, en 1825, le grade purement honorifique de lieutenant général.
VERGHERETO, bourg du royaume d'Italie, province de Florence, district de Rocca-San- Casciano, mandement deBagno-in-Romagna ; 2,218 hab.
VERG1ER (Jacques), poète français, né à Lyon en 1655, mort à Paris en 1720. Il vint terminer ses études classiques à Paris, se fit recevoir bachelier' en Sorbonne, prit ensuite le petit collet, puis renonça à la carrière ecclésiastique et entra dans l'administration de la marine (1688). Nommé commis principal au Havre et, deux ans après, commissaire pour la même administration à Dunkerque, Vergier prit sa retraite au bout de vingt-six ans d'exercice et revint à Paris, où il ï'ut assassiné au coin de la rue du Bout-du-Monde et de la rue Montmartre dans la uuit du 17 au 18 août 1720. On ne découvrit que longtemps après les causes et les auteurs de ce meurtre. Les uns ont prétendu que Vergier fut victime d'une méprise funeste ou d'un accès de jalousie ; d'autres avancèrent que le meurtre fut commis par ordre du régent, irrité d'une parodie de la dernière scène de Mithridate, parodie que l'on attribuait à Vergier. On sut plus tard que l'assassin était un compagnon de Cartouche, et qu'il avait tué Vergier pour le voler.
Vergier a laissé la réputation d'un faible imitateur de La Fontaine pour le conte en vers. « Il est, a dit Voltaire, à l'égard de celui-ci ce que Campistron est à Racine. «L'art du comique ne lui manquait point, mais il ne savait pas assez éviter le prosaïsme, la prolixité fatigante et- l'uniformité. Sénecé le Bourguignon, moins connu, a un talent beaucoup plus vif et plus original. Vergier réussissait mieux dans le vaudeville, la parodie et la chanson bachique, et J.-B. Rousseau estimait fort ses productions en ce genre. l,es classiques purs reprochent à Vergier ses vers de neuf et de onze syllabes et même ses vers de dix syllabes ayant la césure à la cinquième.
' On a de cet écrivain : Œuvres diverses de Vergier (Amsterdam [Genève ou Rouen], 1726, 2 vol. in-12; autre édition, Paris [Amsterdam], 1727,2 vol. in-80; autre, La Haye, 1731, 3 vol. in-12; autre, Amsterdam, 2 vol. in-12, avec un supplément de 200 | âges pour chaque volume) ; on y a joint une petite nouvelle intitulée : Don Juan et Isabelle, nouvelle portugaise, par Vergier (1731, in-12), édition de 1731, reproduite en 1742, avec de nouveaux frontispices; en 1750, on publia, sous la rubrique de Lausanne, l'édition eu 2 vol. in-12 ; la plus jolie édition est celle de Londres (Paris, 3 vol. in-18).
VEHGILIA, ville de l'Espagne ancienne, dans la Betique, chez les Bastitans. C'est aujourd'hui la ville de Morcie.
VERGILIES s. f. pi. (vèr-ji-ll — lat. Vergilis, même sens). Astron. Nom que l'on a donné quelquefois aux Pléiades.
VEUGILIUS (Polydore), nommé souvent k tort Virjiiliu» ou Virgile, savant théologien et érudil italien, ne à Uibin vers 1470, mort eu I5i5. 11 fit ses eiuilcs a Bologne, entra dans les ordres, devint camerier du pape Alexandre VI et fut envoyé par ce pontife
VERO
en Angleterre (1503), pour y recueillir la dtme du denier de Saint-Pierre. Il résida la plus grande partie de sa vie dans cette contrée, où il avait obtenu, peu après son arrivée, la cure de Langton et où il était devenu, en 1507, archidiacre de Wells. 11 conserva cette dignité ecclésiastique sous Henri VIII et sous Edouard VI, et quitta l'Angleterre en 1550 pour revenir dans sa ville natale. Il faut citer en premier lieu, parmi ses ouvrages, celui qui a pour titre :-De rerum invenloribus libri VIII (Rome , 1499) et dans lequel l'auteur passe en revue toutes les inventions faites jusqu'à son époque. Cet ouvrage fut réédité un grand nombre de fois, notamment à Leyde en 1644, avecun supplément de trois livres Deprodigiis, qui semble avoir été terminé à Londres en 1626, quoique Gesner en mentionne comme la première édition celle de Bâle (1531). Bayle possédait une autre édition du De inventoribus, imprimée à Bàle en 1545 et renfermant en outre trois traités, Depatientia, De viia perfecta et De mendaciis. Erasme, dans une de ses lettres, parle d'une traduction du Moine de saint Jean Chrysostome, que Vergilius lui avait dédiée et qui avait été imprimée à Paris en 1528. On doit encore à Vergilius la première édition du fragment de Gildas, intitulé : De calamitate, excidio et conquestu Brilanm& (Londres, 1525, in-8°), réédité dans le cinquième volume de la Bibtiotheca patrum de Paris (1610, in-fol.), et une Historia anglica ou Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés jusqu à la fin du règne de Henri VII (Bâle, 1534, Leyde, 1657). Ecrite dans un latin des plus purs, cette histoire est gâtée par la partialité de l'auteur et par la facilité avec laquelle il y a inséré des faits douteux et même de pure invention.
VERG1MUSRUFUS (Lucins), général romain, ne l'an 14 de notre ère, mort en 97. Consul en l'an 63, il vainquit, six ans plus tard, le Gaulois Vindex, qui s'était révolté, fut proclamé empereur, à trois reprises différentes, par les légions qu'il avait sous ses ordres, mais ne voulut jamais accepter la dignité impériale et vécut dans la retraite jusqu'à l'avènement de Nerva, dont il était l'ami. Nommé consul par ce prince, il mourut la même année. Il avait été le tuteur de Pline le Jeune, qui a fait de lui le plus grand éloge.
VERGIS s. m. (vèr-ji). Comm. Toile fabriquée à Abbeville.
VERG1SSMEINNICHT s. m. (vèr-ghi-smainnichtt — mot allem. formé de vergiss, oublie ; mein, moi; nicht, point). Bot. Nom allemand du myosotis des marais, qu'on traduit quelquefois en français par ne m'oubliez pas.
VERGLACÉ, ÉE adj. (vèr-gla-sé — rad.
verglas). Couvert de verglas : Pavé verglacé. Comme il avait gelé pendant la nuit, ta route se trouvait par -ci par-là verglacée. (Buchon.)
VERGLACER v. unipers. (vèr-gla-sé — rad. verglas. Prend une cédille sous le e devant l'a : Il verglaçait, -il verglaça). Faire du verglas.
VERGLAS s. m. (vér-gla, — Ce mot est composé de verre et de glace. On trouve aussi en vieux français vergiel, de verre et de giel, vieille forme qui représentait le latin gelu, et qui est restée dans geler). Couche de glace mince et transparente, qui couvre quelquefois le sol et les objets solides : Il fait du verglas. Les rues sont pleines devEBGLAS. Il a glissé sur te VERGLAS.
— Etre froid comme verglas, Manquer de cœur, de sentiment, de feu.
— Encycl. Il y a deux espèces de verglas, le vérifias de neige et le verglas de pluie. Ils sont formés, comme leurs noms l'indiquent, l'un par la congélation de la neige préalablement fondue sur le sol , l'autre parla congélation de la pluie tqmbée.
Quand la neige qui couvre le sol fond en partie, et que, pendant cette fusion, la température de la terre baisse à zéro ou au-dessous de zéro, la couche' d'eau, saisie parle froid, se congèle et donne à la neige tombée un aspect glacé : c'est le verglas de neige.
Quand c'est la pluie qui se gèle au contact de ia terre glacée, le sol se couvre u'une couche de glace qui forme le verglas de pluie. Ce verglas est le plus dangereux.
VERGNE s. m. (vèr-gne; gn mil.). Bot.
Sytl. (le VliRNE OU AUNE.
VERGNE s. m. (vèr-gne; gn mil. — du lat. verna, personne née dans la maison). Argot. Pays.
VERGSB (Marie-Madeleine Pioche de La), comtesse de La Fayette. V. La Fayette,
VERGNE (Louis-Elisabeth de La), comte deTressan, littérateur français. V. Tressan.
VERGNER v. a. ou tr. (vèr-gné ; gn mil. — rad. vergne). Constr. Soutenir, en parlant de l'encaissement d'une rivière, d'un canal, avec des pieux ou des branches d'arbres.
VERGlNES (Jean-Paul), général français, né à Tomieins en 1755, mort après 1S09. Il entra en 1773 dans le génie militaire et fut promu capitaine en 1786 ; attaché, en 1792, k l'armée de Roohambeau, il proposa d'établir sur les hauteurs de Juvi^ny un camp retranché pour garantir Paris contre une surprise de la part des Prussiens, qui occupaient la Champagne. Nommé, la même année, ad-
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I judant général, il organisa h, Chàlons une» | grande partie de l'armée de l'intérieur, ainsi que l'armée du Nord, et fut ensuite adjoint au ministre de la guerre pour la formation de neuf armées destinées à repousser l'ennemi de nos frontières. En 1793, il fut nommé chef d'état-major de l'armée des côtes, fit preuve, en cette qualité, d'une activité qui lui valut le grade de général de brigade, prit une part glorieuse aux guerres de la Vendée et au siège de Nantes, mais, devenu bientôt suspect, fut suspendu peu après. Ce n'est qu'en 1809 qu'on le voit reparaître à la tête des
fardes nationales chargées de repousser une escente des Anglais sur les côtes de Flandre; puis on te perd complètement de vue à dater de cette époque.
VERGNETTEs. f. (vèr-gnè-te; gn mil. — rad. vergne). Ornith. Nom vulgaire de la draine.
VERGNIAUD (Pie'rre-Victorin), conventionnel girondin, l'un des plus grands orateurs' que la Révolution ait produits, né à Limoges en 1753, décapité le 31 octobre 1793. Il commença ses études au collège de sa ville natale et y fut remarqué par Turgot, alors intendant de la province, qui lui procura une bourse au collège Duplessis, à Paris. Vergniaud fit son droit k Bordeaux, sous les auspices d'un autre protecteur, l'avocat général Dupaty, et devint avocat au parlement en 1781. Ses plaidoiries te placèrent bientôt au premier rang du barreau bordelais; k une éloquence entraînante, il joignait une admiration enthousiaste pour les principes proclamés par Montesquieu, Mably, Voltaire et Rousseau. Nommé par la ville de Bordeaux d'abord administrateur du département de la Gironde, puis député à la Législative (sept. 1791), il tut, dans cette assemblée, comme l'écho de ce talent énergique dont Mirabeau venait d'emporter le secret dans la tombe. Le tribun de la Constituante écrivait le plus souvent ses discours ; trop indolent pour travailler avec la plume, Vergniaud improvisait presque toujours. Il nous l'apprend lui-même dans une réponse qu'il fit, en 1793, à une dénonciation de Robespierre qui, on te sait, ne se présentait à la tribune qu'un manuscrit à la main : • J'oserai, dit-il, lui répondre sans méditation; je n'ai pas, comme lui, besoin d'art : il suffit de mon âme. > Des les débuts de l'Assemblée législative, il enleva les applaudissements de ses collègues par un discours où il demandait la suppression des mots Sire et Majesté (6 oct.) La question des émigrés, chaudement débattue, lui fournit de beaux mouvements oratoires. Selon lui, les simples particuliers qui avaient passé la frontière pour se joindre à nos ennemis devaient être punis par la perte de leurs biens, et les ofriciers suivant les rigueurs du code pénal. Quant aux frères de Louis XVI, il s,'écria : > La loi est claire, vous avez juré de la maintenir; je craindrais de vous outrager en vous disant que votre négligence même serait un
fiarjure. On parle de la douleur profonde dont e roi sera pénétré : Brutus immola des enfants criminels à sa patrie (25 oct.). » Elevé peu après k la présidence, il proposa, le 27 décembre, un projet d'adresse k la nation pour lui dévoiler les projets des émigrés. En parlant des anciens nobles, il les appelle d'audacieux satellites du despotisme, «portant quinze siècles d'orgueil et de barbarie dans leurs âmes féodales,» et demandant à toute la terre, k tous les trônes de l'or et des soldats pour faire la contre -révolution ; ia contre-révolution I ajouta-t-il avec véhémence, c'està-dire la dîme, la féodalité, la gabelle, des bastilles, des fers, des bourreaux pour punir les sublimes élans de la liberté I • Cette adresse, jugée trop hostile a la prérogative royale, n eut pas l'assentiment de la majorité. Dans la journée du 20 juin 1792, Dumolard ayant proposé implicitement la proclamation de la loi martiale, Vergniaud s'élança k la tribune, rappela les souvenirs sanglants du Champ-de-Mars et conjura l'Assemblée de ne pas imiter la Constituante eu imprimant à son histoire une tache ineffaçable. Plus d'une fois il foudroya les ministres de sa parole puissante ; Narbonne et La Fayette lui-même en sentirent les atteintes. Il n'épargnait pas non plus le monarque. Chargé de rédiger l'adresse pour la proclamation de la patrie en danger (3juillet),ily apostrophe LoutsXVI en ces termes :«G roi 1 qui avez sans doute cru, avec le tyran Lysandre, que lu vérité ne valait pas mieux que le mensonge et qu'il fallait amuser les hommes par des serments comme ou amuse les enfants avec des osselets; qui n'avez feint d'aimer les lois que pour conserver la puissance qui vous servait k les braver, ia constitutiou que pour qu'elle ne vous précipitât pas du trône, où vous avies besoin de rester pour la détruire, pensezvous nous donner le change sur la cause de nos malheurs par l'artifice de vos excuses et l'audace de vos sophismes ? ■ Vers la fin de ce même mois de juillet, alors que la monarchie menaçait de sombrer, deux hommes tentèrent de la sauver, de Boze et Thierry, l'un peintre, l'autre valet de chambre du roi. Us s'adressent à Vergniaud, Guadet et Geu sonné, les députés les plus influents du côté gauche. Uu mémoire est rédigé et remis par Gensoutié. On y propose à Louis XVI, cumme conditions, d éloigner des frontières les armées ennemies, de sanctionner tes décrets qu'il avait frappés de son veto, do
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rappeler les ministres patriotes , Roland , Servan et autres. Le roi refuse. Le 10 août, le peuple frappe a la porte des Tuileries; le monarque se réfugie dans l'Assemblée et entend sa déchéance prononcée par Vergniaud, qui présidait alors. Le lendemain, le député de la Gironde adressa k la Commune de Paris une leUre touchante par laquelle il mettait les Suisses vaincus et menacés sous la sauvegarde du peuple de la capitale. Cette lettre a été retrouvée ; c'est la seule que l'on connaisse de Vergniaud, qui n'écrivuit, comme nous l'avons dit, que fort rarement; et il avait cela de commun avec Danton, son adversaire politique et son rival de tribune. Le 2 septembre, lorsqu'on apprit la prise de Longwy et de Verdun, Vergniaud demanda que le peuple en masse travaillât aux retranchements sous la capitale. « C'est aujourd'hui, s'écria-t-il, que Paris doit vraiment se montrer dans toute sa grandeur!... Où sont les bêches, les pioches et tous les instruments qui ont élevé l'autel de la Fédération et nivelé le Champ-de-Mars?... Il n'est plus temps de discourir : il faut piocher la fosse de nos ennemis, ou chaque pas qu'ils font en avant pioche la nôtre l • Ce jour là, hélas! on vola.au camp sous Paris, on vola à la frontière, mais aussi on égorgea dans les prisons 1 Vergniaud en fut atterré. Elu député à la Convention, il attaqua sans relâche la Commune et quelques députés de Paris, entre autres Marat et Danton, auxquels on attribuait généralement ces massacres. La force des événements déplaçait alors l'influence avec une étonnante rapidité. Vergniaud et ses amis, dans leur lutte passionnée contre la Montagne et les révolutionnaires parisiens, semèrent l'irritation et ne récoltèrent que le discrédit, si l'on peut s'exprimer de la sorte. Ils finirent par s'user à ce jeu de sensibilité, qui parut aux yeux de tous comme une tactique misérable en présence des grands intérêts que l'on voulait sauvegarder à tout prix. Dans le procès du roi, Vergniaud se prononça pour l'appel au peuple; mais, ayant vu son opinion rejetée, il vota la mort sans sursis. Ce vote, toutefois, ne le réconcilia point avec les montagnards, qu'il avait trop profondément blessés en plusieurs occasions. Il continua donc à les attaquer avec sa véhémence habituelle et souvent avec une injustice criante. Contre toute vraisemblance, il les accusait d'être des contre-révolutionnaires cachés sous le masque du républicanisme, des spéculateurs avides déclamant contre les richesses. A propos de la conspiration du 10 mars 1793, contre lui et ses amis, il représenta ses adversaires comme des hypocrites d'égalité et dit, en s'adressant directement au peuple : i Un tyran de l'antiquité avait un lit de fer sîir lequel il faisait étendre ses victimes, mutilant celles qui étaient plus grandes que ce lit, disloquant douloureusement celles qui l'étaient moins, pour leur faire atteindre le nivetiu. Ce tyran aimait l'égalité, et voilà celle des scélérats qui te déchirent par leurs fureurs 1 » La Montagne se défendit avec vigueur; elle devint agressive à son tour. Vergniaud était toujours l'athlète redoutable qu'elle rencontrait. Le 31 mai, jour suprême, il fit d'héroïques effurts, efforts inutiles, brillante impuissance; le peuple l'abandonna, et il fut proscrit le 2 juin, avec 21 de ses collègues. Dédaignant de se soustraire au sort qui l'attendait, il se laissa arrêter. C'est devant le tribunal révolutionnaire, où il comparut, qu'il prononça ces fameuses paroles : • La Révolution est comme Saturne : elle dévore ses enfants. » Condamné k mon le 33 octobre.il monta à l'échafaud avec courage. Au point de vue dos idées, il y avait, chez Vergniaud, plus d'ampleur que dans la plupart des hoinmus de son parti. Dans un discours qu il prononça k la Convention le 8 mai 1793, sur l'acte constitutionnel, il demandait que les lois fur-sent basées sur les principes de la nature humaine, qu'elles concourussent à faite converger les efforts individuels vers un but commun, le bonheur social. Le projet de Saint-Just, le plus avancé qui lut présenté en cette circonstance, lui paraissait seul offrir l'ensemble d'institutions qu'il rêvait. Les Mémoires de jtf m© Jiotand contiennent de curieux renseignements sur les opinions de l'illustre orateur de la Gironde.
VERGNIAUD (Henri), homme politique français, parent ou précédent, né à Limoges en 17G0, mort en 1844. 11 était avocat au barreau de sa ville natale, lorsqu'il fut envoyé comme député, en 1794, par Saint-Domingue au conseil des Cinq-Uents. Il ne prit' qu'une part peu importante aux débats de cette assemblée et, à partir du Consulat, rentra dans lu vie privée.
VERGOBRET s. m. (vèr-go-brètt — mot gaulois qui signifie proprement, selon Zeuss, celui qui rend la justice. Zeuss retrouve dans le nom de ce magistrat l'ancien kymrique guerg, efficace, et un autre correspondant k 1 ancien irlandais brithem , moderne breith, breitheumk, juge). Sorte de dictateur annuel des Eduens et de quelques autres peuples de la Gaule, élu parles druides, et qui seul pouvait prononcer une condamnation capitale : Dans les fêles publiques, le vurgo- BRii'f paraissait ta Oarbe poudrée d'or, jouissait en général de larges prérogatives, sous ta protection et sans doute aussi sous la surveillance de l'ordre sacerdotal, maïs ne pou-
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voit s'absenter de la cité pendant la durée de ses fonctions, n Quelques auteurs écrivent
VliROOBRKTIl.
VERGOGNE s. f. (vèr-go-gne; gn mil. — du lat. verecundia, substantif de l'adjectif verecundus, venu lui-même du verbe vereor, lequel exprime un respect mêlé de crainte). Honffi, retenue mêlée de quelque crainte : Etre sans vefkognk. Le propriétaire, animal essentiellement libidineux, sans vertu ni vv.Rgognk, ne s'accommode point d'une vie d'ordre et de discipline. (Proudfi.) Gardons-nous des bavards qui, parlant sans vergo- Font plus de bruit que de besogne. [gne, Viehhet.
VERGOGNEDX, EUSE adj. (vèr-go-gneu, eu-ze; gn mil. — rad. vergogne). Qui a de ia vergogne, de la retenue, de la pudeur : Il y a une honnête et vergogneusk manière de parler des plaisirs de l'amour. (Montaigne.)
VERGT, bourg de France (Dordogne), ch.-l. de cant,, arrond. et k 21 kilom. S. de Périgueux, au pied d'un coteau; pop. agg!., 797 hab. — pop. tôt., 1,842 hab. Traces d'anciennes forges gauloises. Sur une hauteur voisine du bourg s'élève le château de Breuil, construit au xvue siècle.
VERGUE s, f. (vèr-ghe — du lat. verga, verge, bâton). Mar.. Pièce de bois attachée au travers d'un mai, pour soutenir une voife : Grande verguk. Vergch d'artimon. Amener les verGuus. Il Vergue d'assemblage. Vergue formée de plusieurs pièces. Il Etre vergue à ver'gue, Se dit des bâtiments placés l'un près de l'autre, et dont les vergues se touchent ou sont près de se toucher par leurs extrémités, il Etre vent sous vergue, Etre vent arrière.
— Blas. Espèce de flèche qui se trouve sur quelques écus.
— Mêtrol. Mesure de capacité,.qu'on appelait aussi VEL.TB.
— Encycl. Mar. Les vergues sont placées tantôt horizontalement, tantôt verticalement, sur leurs mâts respectifs, plus ou moins audessus du niveau de la mer; elles portent la plus grande partie des voiles et reçoivent les noms rie vergues carrées, k corne, anriques, au tiers, à bourcet. Les antennes ou vergues latines sont destinées à recevoir les voiles latines; les arcs-boutants portent les voiles à livarde; les bornes ou guis bordent les brigantines. Les bouts-dehors reçoivent des bonnettes ; les tangons servent à fixer les amures des bonnettes basses et les fortunes.
Les voiles carrées s'enverguentsur les vergues horizontales; mais toutes les autres voiles ne peuvent s'adapter que sur des vergues obliques. Le but des vergues est de porter les voiles, d'en étendra le côté supérieur, et c'est sur elles qu'on serre la voile lorsqu'elle ne doit plus rester tendue.
Les vergues ont plus de grosseur et quelquefois un renfort au milieu ; leur section transversale est quelquefois un octogone; on voit vers leurs extrémités les taquets de bout de vergues. V. taquet.
Les vergues ont des bouts-dehors, des rabans, des étriers, des marchepieds, des clans, des poulies, des palans, des cordages. V. chacun de ces noms.
Des drisses servent k les hisser par leur partie centrale. Les balancines, qui agissent sur leurs extrémiEés, les maintiennent, par en haut, dans leur position horizontale.
Des bras, agissant aussi sur leurs extrémités, servent k les faire tourner d'une certaine quantité autour du mât. Les écoutes et les cargues servent k déployer les voiles ou à les soustraire k l'action du vent. Il y a aussi des drosses et des racages qui maintiennent les vergues contre leurs mats.
Les vergues se désignent généralement par le nom des voiles qui y sont enverguées. Ainsi, on distingue : 1» la grande vergue; 2o la vergue de misaine ;- 3° la vergue d'artimon ; 4° la vergue de civadière ; 5" la vergue du grand hunier ; 6° la vergue du petit hunier; 7° la vergue sèche; go la vergue du grand perroquet; 9° la vergue du petit perroquet ; 10° la vergue du perroquet de fougue.
On dit par abréviation grand'vergue pour vergue de grand'voile , vergue d'hune pour vergue des huniers (grand, petit hunier et perroquet de fougue). Les vergues sèches sont celles qui ne portent pas de voiles enverguées.
On dit que la vergue de misaine est en bataille lorsqu'elle est disposée pour le mâtage ou le démâlage du mât de beaupré. Les basses vergues, qui portent les grand'voiles, sont hissées k l'aide de leurs poulies de drisse jusqu'à la hauteur du trélingage. On les fixe parce qu'on ne les amène jamais pour la manœuvre, tandis que les autres vergues doivent pouvoir être amenées à volonté, selon le besoin.
Les vergues sont, en général, d'une seule pièce de bois de sapin; cependant les basses vergues des grands bâtiments sont trop fortes pour qu'une seule pièce puisse les former; on y supplée par des assemblages.
Les vergues de rechange, les vergues de for* tune sont destinées à remplacer les autres vergues hors de service ou brisées dans une tempête ou un combat.
Quand les voiles sont fixées k leurs vergues, en dit indifféremment qu'elles sont en vergue ou enverguées.
Deux navires sont dits vergue à vergue lorsque, étant placés l'un k côté de l'autre, leurs
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basses vergues, qui dépassent en longueur la largeur du bâtiment, se prolongent réciproquement au-dessus de leurs ponts.
Les dimensions des vergues des bâtiments de guerre sont déterminées par des règlements; mais ces règlements varient trop souvent pour que nous puissions les reproduire ici.
VERGUER v. n. ou intr. (vèr-ghé — rad. vergue). Mar. Monter sur les vergues.
VERGUET s. m. (vèr-ghè). Bot. Nom du gui, dans le département de l'Ain.
VERGUETTE s. f. (vèr-ghè-te — du lat.
virga, baguette). Techn. Partie supérieure delà masse du battant du métier à tisser ; tablette rapportée sur laquelle roule la navette : La vkrgoette n'est indispensable que pour les battants destinés au service des navettes à roulettes. (Falcot.)
— Ornith. Nom vulgaire de la draine.
VERGUILLON s. m. (vèr-ghi-llon ; Il mil. — du lat. virga, baguette). Techn. Petite tringle ou baguette servant k effectuer l'entaquage. Il On dit aussi verdillon.
YERGUNI, peuple de la Gaule romaine, dans la province des Alpes maritimes. 11 occupait une partie du territoire qui forme aujourd'hui le département des Basses-Alpes et avait pour chef-lieu une ville du même nom, sur l'emplacement de laquelle s'élève actuellement le village de Vergon.
VERGY (Gabrielle de), héroïne légendaire et victime d'un des plus sombres drames du moyen âge( v. Coucy [Raoul db] et l'article qui suit cette biographie). La douloureuse histoire de Gabrielle de Vergy a fourni k de Belloy le sujet d'une tragédie dont nous rendons compte ci-dessous.
Vergy (Gabrielle de), tragédie en cinq actes et en vers, par de Belloy. Cette tragédie, imprimée dès l'année 1770, ne fut représentée sur la scène de la Comédie-Française que le 12 juillet 1777, sept ans après son impression et deux ans après la mort de l'auteur. Inspirée par la romance du duc de La Vrillière et par le roman de M"e de Lussan, intitulé : Anecdotes de la cour de Philippe- Auguste, cette trugedie était assez difficile à mettre k la scène, en raison de l'horrible catastrophe qui lui sert de dénouaient ;, c'est pour ce motif que l'auteur l'avait fait imprimer sans la faire jouer. La même année (1770), tin autre auteur dramatique, d'Arnaud, qui avait en quelque sorte, avec Fontaine-Malherbe, le monopole des drames sombres et terribles, faisait paraître, sous le litre de Fayel, -une tragédie en cinq actes et en vers sur le mênie sujet. Les deux ouvrages furent l'objet de violentes discussions, et les critiques des journaux du temps formèrent bientôt deux camps opposés, qui cherchaient k établir d'une manière victorieuse la supériorité de celui qu'ils patronnaient.
Ces deux pièces renferment de grandes beautés comme de grands défauts; la tragédie de de Belloy est conduite avec beaucoup d'art, et cependant la plupart des situations dramatiques ne sont amenées qu'au prix d'invraisemblances choquantes; les caractères des personnages sont généralement bien tracés; quelques-uns toutefois ont une forme indécise qui nuit k l'ensemble ; le style, quoique plus soignéque celui des autres tragédies de l'auteur, présente cependant tous les défauts qui lui sont habituels et fourmille de métaphores outrées, d'expressions barbares et de locutions vicieuses. Le plan de la tragédie de d'Arnaud estpeut-êire plus habilement tracé; l'introduction d'un personnage, le père de Gabrielle, lui a permis d'expliquer certains incidents qui, obscurs dans la tragédie de de Belloy, laissent supposer aux spectateurs que l'héroïne de la pièce est coupable. Les caractères des personnages sont plus nets, plus tranchés, plus énergiquement définis, et tes effets dramatiques sont amenés avec plus d'art, plus d adresse et sans que l'auteur soit obligé d'avoir recours k des moyens qui choquent la vraisemblance; la catiastophe finale est aussi plus adoucie et plus habilement présentée que dans la tragédie de de Belloy... Quant au style, si celui de ce dernier est dur, rocailleux, emphatique, déclamatoire, en revanche celui de d'Arnaud estlàche, monotone et diffus; ils n'ont à ce sujet rien k se reprocher, et ce n'est pas le côté brillant de ces deux auteurs-dramatiques, quoiqu'un enthousiaste de de Belloy ait osé le comparer ù Racine.
Terminons par ces quelques lignes d'appréciation de Ch. Nodier :
■ Gabrielle de Vergy est une de ces pièces qui attristent beaucoup plus qu'elles n'intéressent. Le sujet n'est pas heureux, et la situation de Gabrielle est nécessairement monotone, parce que son malheur est irrémédiable et qu'il n'y a rien k espérer ni pour elle ni pour Coucy. Le cinquième acte est d'ailleurs révoltant. La tragédie peut aller sans doute jusqu'à l'horreur, lorsque des forfaits horribles tiennent à un grand objet, k un grand caractère ; mais quand uu mari jaloux a tué sou rival, il a fait tout ce qu'il pouvait l'aire. Si ce n'est pas assez, qu'il tue encore sa femme; mais s'il apporte k cette femme; avec un mystérieux appareil, le cœur de son amant, le nôtre se soulève de dégoût, et l'on ne voit 1k qu'une férocité bru-
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taie et basse, qu'il ne faut pas montrer aux hommes. La conduite de cette pièce n'est pas toutefois sans art dans quelques parties, ni l'exécution sans beautés. Il y a de l'énergie et de la passion dans plusieurs endroits du rôle de Fayel, et des mouvements de sensibilité dans celui de Gabrielle; mais, le plus souvent, le style et le dialogue sont le contraire de'la vérité.»
Vergy (Gabrielle de), opérette bouffe, paroles de MM. Blondeau et Monréal, musique de M. Demarquette; représentée au théâtre des Folies-Marigny le 11 novembre 1871.
C'est encore là une parodie d'une légende poétique, dramatique et touchante. Le public qui fréquente ce théâtre et se guudit de ce genre de pièces a applaudi le duo entre la dame de Fayel et le troubadour, ainsi que la marche des chevaliers.
VERGY (Jean tll, sire db), dit le Grand, mort en 1418. Sénéchal de Bourgogne dès 1352, il devint peu après maréchal des états du duché et gouverneur du comté de ce nom, fut l'un des trois seigneurs envoyés, en 1396, k Bajazet pour traiter de la rançon desguerriers chrétiens faits prisonniers par ce prince k la bataille de Nicopolis;il assista, en 1408, au combat de Montenay, contre les Liégeois, où, malgré son grand âge, il combattit avoo toute l'ardeur d'un jeune homme.
VERGY (Antoine de), comte db Dammartin, tils*du précédent, mort en 1439. Fidèle compagnon de Jean Sans Peur, duc de Bourgogne, il fut blessé en 1419, lors de l'assassinat du prince k l'entrevue du. pont da Moiitereau. Vergy s'attacha ensuite au parti des Anglais contre le dauphin et fut élevé k la dignité de maréchal de Frauce par le roi d'Angleterre, qui, durant la maladie de. Charles VI, s'intitulait régent du royaume. Plus tard, le comte devint capitaine général de Bourgogne et du Charolais et tut fait chevalier delaToison d'or. Vergy taillaen pièces les troupes de Charles VII a. Crevant, près d'Auxerre (1423), et, huit ans après, prit part à la bataille de Bulgnêville. A sa mort, il ne laissa pas d'enfants, bien qu'il eût été marié deux fois.
VERGY (Guillaume de), cousin du précédent, mort en 1520. Sénéchal et maréchal de Bourgogne sous Charles le Téméraire, il assista, aux côtés de ce prince, aux batailles de Morat et de Nancy, et passa plus tard au service de Louis XI, qui lui donna des terres et le nomma membre de son conseil. Il demeura en France sous Charles VIII ; mais, à l'avènement de Louis XII, il rentra dans le comté de Bourgogne, en fut nommé maréchal en 1498 et devint, six ans plus tard, lieutenant du roi d'Espagne pour le duché de Gueldre. Ce fut sous lui que la maison de Vergy atteignit au plus haut point de aa splendeur.
VERGY (Antoine de), archevêque de Besançon, ri!s du précédent, né en 1488, mort eu 1541. Amené dès son enfance en Espagne, il fut placé auprès de l'archiduc Charles (depuis Charles-Quint), qui le prit en affection, A l'âge de quatorze ans, il fut réclamé par le chapitre de Besançon (1502), et on nomma un administrateur du diocèse en attendant que Vergy eût atteint l'âge voulu pour occuper le siège archiépiscopal. 11 défendit les privilèges de son église contre les gouverneurs de Besançon, mit la ville eu interdit et se retira dans son château de Gy (Haute-Saône). Il se donna pour coadjuteur (1520) Pierre de La Baume, évèque de Genève, qui avait dû abandonner son siège et céder à l'invasion du protestantisme, et, avec l'aide de ce prélat, il arrêta l'invasion de la Réforme dans son diocèse. 11 eut ensuite avec le parlement de Dôle, au sujet des excommunications, des démêlés que l'intervention de Charles-Quint lui-même ne put trancher.
VERHAEGEN (Pierre-Théodore), homme politique belge, né à Bruxelles vers ISOo, mort en 1862. Lorsque éclata la révolution de 1830, qui amena la séparation de la Belgique et de la Hollande, Verhaegen exerçait avec succès la profession d'avocat dans sa ville natale; ses opinions libérales lui valurent d'être nommé débuté suppléant au congrès national. 11 contribua par son influence a l'établissement uu régime constitutionnel dans son pays, fut élu a Bruxelles membre de la Chambre des représentants en 1837, et depuis cette époque jusqu'à la fin de sa vie il ne cessa de combattre avec ardeur les prétentions du parti clérical en Belgique. Cet homme politique, prit fréquemment jiart aux discussions législatives. Il combattit le dé» cret qui assignait à l'archevêque tte Malines un traitement supérieur k celui des ministres (1S38), demanda que le traitement du clergé subalterne fût augmenté, se prononça, en 1839, pour l'abandon du duché de Luxembourg, abandon exigé par la diplomatie européenne, proposa qu'on rayât de la liste du jury tout citoyen ue sachaui ni lire ui écrire, et que dans les procès de presse, ainsi que dans les procès politiques, le vote ne fût pas secret, réclama une augmentation de traitement pour les magistrats, etc. C'est principalement à Verhaegen qu'on doit la fondation de l'université libre de Bruxelles, dont il devint l'administrateur. Après avoir combattu le ministère catholique de Theux, il appuya le cabinet libéral formé par MM. Lebeau et Rogicr (1840) et rentra dans l'oppo*
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sition lorsque M. Nothomb prit la présidence d'un nouveau cabinet (1841-1846), qui représentait l'union catholico-libérale. Lorsqu'en 1847 les libéraux revinrent au pouvoir, Verhaegen fut élu vice-président de la Chambre. Partisan déclaré de !a liberté, mais très-attaché au gouvernement constitutionnel et persuadé que la Belgique avait tout» intérêt à maintenir au pouvoir le roi Léopold, il se prononça avec énergie, en 1848, contre le mouvement qui avait pour but de substituer la république à la monarchie. En même temps, on le vit combattre les théories socialistes qui de France étaient passées en Belgique, et se constituer le défenseur de la propriété tant au point de vue de sa légitimité qu'à celui de l'intérêt social. Le ministère libéral de MM. Rogier et Frère ayant dû céder la place à un ministère clérical en 1852, le député de Bruxelles prit de nouveau place dans l'opposition et se mit avec une ardeur nouvelle à combattre la réaction cléricale et à défendre les droits de l'autorité civile. 11 eut la joie, en 1857, de voir de nouveau triompher son parti et mourut comme il avait vécu, en libre penseur. Par une clause de son testament, Verhaegen prescrivit d'empêcher l'intervention du clergé dans ses funérailles.
VERHEYDEN (François-Pierre), peintre et sculpteur belge, né à La Haye en 1657, mort en 1711. 11 étudia la sculpture dans l'atelier de Jacques Nomuns, sculpteur dustathouder Guillaume d'Orange, et s'acquit une brillante réputation dans cet art. Parmi ses œuvres, ou cite plusieurs des figures et des ornements destinés aux arcs de triomphe érigés à Leyde lors de l'entrée dans cette ville du stathouder, devenu roi d'Angleterre sous le nom de Guillaume III, ainsi qu'une partie des sculptures de la maison royale de Bréda. Ayant été, k l'occasion de ces derniers travaux, mis en relation avec des peintres, il s'essaya dans la peinture et, bien qu'il eût atteint sa quarantième année, y réussit assez dès le début pour être encouragé k continuer l'élude de cet art. Il s'appliqua surtout à copier les toiles les plus estimées de Sneyders et de Hondekœter et exécuta enfin luimême des toiles originales, qui représentaient des chasses au cerf et au sanglier, et qui obtinrent les suffrages des connaisseurs. 11 a également réussi dans les tableaux d'oiseaux du genre de ceux de Hondekœter.
VERHEVEN (Philippe), médecin anatomiste belge, né à Verbrock en 1648, mort à Londres en 1710. Fils d'un laboureur, il cultiva lui-même la terre jusqu'à vingt et un ans, et, k cet âge, grâce à la protection du curé de son village, il entra au collège de Louvain, où il regagna par un travail opiniâtre le temps perdu. En 1677, à la suite d'une gangrène, il dut subir l'amputation de la jambe. Aussitôt rétabli, il commença l'étude de la médecine, fut reçu licencié k l'âge de trente-trois ans, alla ensuite passer quelque temps à l'université de Leyde et revint à Louvain, où il fut reçu docteur en 1683. Six ans plus tard, il fut comme professeur d'anatomie et de pathologie chirurgicale. Son principal ouvrage, Anatomia corporis humant (Louvain, 1603, in-4»), fut longtemps un ouvrage classique, et les critiques quelquefois justes de Murgugni ne doivent pas empêcher d'y reconnaître un véritable mérite. On doit encore à Verheyen quelques autres ouvrages, tous écrits en latin.
VEHHOEK (Pierre), peintre et poBte hollandais, né à Bodegrave en 1G33, mort en 1702. Il ne semble s'être élevé au-dessus de la médiocrité dans aucun des deux arts qu'il cultivait. Plusieurs années après sa mort parut le recueil de ses Poésies (Amsterdam, 1726, in-4°), dont la seule pièce digne d'être mentionnée est une tragédie, intitulée Chartes le Téméraire.
YERHOEYKN (Marius) , protonotaire apostolique, professeur de théologie àd'université catholique de Louvain, né k Uden, dans le Brabant septentrional, en 1808, mort en 1850 à La Haye. Il venait de terminer ses études secondaires quand le roi Guillaume de Hollande ferma les petits séminaires de Belgique. "Verhoeven alla étudier la théologie à Mayence et à l'université de Bonn, sous la direction du célèbre professeur Klee. Il se fit prêtre à Cologne en 1831 et se rendit» Borne, où il suivit durant trois ans les cours du collège de la Sapience et obtint le bonnet de docteur en droit canon. Nommé en 1835 protouotaire apostolique, proposé par le pape pour une nonciature en Allemagne, il préféra entrer dans l'enseignement et revint eu Hollande en 1835. On lui ferma la porte des universités; mais la Belgique était aifrtmchie, et on lui offrit bientôt une chaire de droit canon à Louvain. Il était recommandé par le légal du suint-siége, le cardinal Capaccini, qui écrivait de lui à M. de Ram, directeur de l'université de Louvain ; «Je suis heureux de rendre à ce digne ecclésiastique toute la justice qui lui est due. Je puis vous assurer en toute vérité qu'il s'est toujours conduit d'une manière au-dessus de' tout éloge, et que ses professeurs m'ont unanimement déclaré qu'ils n hésiteraient pas k le proposer comme un sujet très-propre k l'enseignement du droit canon dans une université... Je vous le recommande donc de la manière la jtius formelle, et je suis convaincu
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qu'il s'acquittera dignement des fonctions qui lui seront confiées. •
Verhoeven eut en effet des succès de plusieurs sortes. En 1846 , son livre sur les devoirs du clergé séculier et régulier: Deregularium et s&cularium clericorum juribus et officiis liber singularis (Louvain, in-8°), lui ht une réputation de théologien. Verhoeven mourut prématurément d'une maladie du larynx , au moment où il mettait la dernière main k son livre ayant pour titre : Sur la pratique à observer par les curés dans la célébration de la messe pour le peuple, appendice k son livre cité plus haut. Il a publié en outre quelques dissertations et des articles de revue. Son nom n'est pas encore oublié en Belgique.
VERHEEL (Charles-Henri), comte db SbvenaaR, amiral et homme d'Etat hollandais, né à Doelichem en 1764, mort k Paris en 1845. Après avoir servi dans un régiment d'infanterie (1775), il entra, en 1779, dans la marine, se distingua au combat naval de Dogger-bank et tut nommé lieutenant de v.iisseau (1781). Chargé de réprimer la révolte d'un équipage, il montra un sangfroid et une intrépidité rares en se rendant maître du vaisseau qui était aux mains des rebelles. Pendant la guerre d'Amérique, Verhuel lit des croisières près des côtes hollandaises du nouveau continent. Capitaine de vaisseau en 1795, il quitta le service lors de la conquête de la Hollande par les Français, prit parti pour le prince d'Orange lors 3e l'expédition anglo-russe (1799); mais, s'étant rallié k la France, il reçut le grade de contre-amiral et fut chargé, en 1803, d'amener k Ambleteuse la flottille hollandaise qui devait coopérer k la descente en Angleterre. Il remplit cette mission délicate avec autant de courage que d'habileté, et livra au commodore Smith trois combats heureux (1804). Le beau combat qu'il livra, au cap Gris-Nez, k l'amiral Keith, exeita l'enthousiasme de l'armée française, accourue sur la côte pour jouir de ce spectacle (1805), Il fut successivement nommé vice-amiral (1804), puis ministre de la guerre en Hollande, et prit le commandement de l'armée appelée k opérer contre lescôtesd'Angleterre. En 1806, Verhuel fut le chef de la députation qui se rendit k Paris pour demander que Louis Bonaparte fût nommé roi de Hollande. Celui-ci le nomma maréchal (décembre 1806), lui accorda toute sa confiance et l'admit dans son intimité. En même temps il gagnait au plus haut point les bonnes grâces de la reine Hortense, dont les mœurs plus que légères n'étaient un secret pour personne. Envoyé à Paris comme ambassadeur en 1807, il signa dans cette ville, où venait d'accoucher la reine Hortense, l'acte ofiiciel qui constatait la naissance de Louis-Napoléon Bonaparte (depuis Napoléon III). Lors de ia descente que firentlesAnglaisdansl'ilede Waleheren, Verhuel fut chargé de protéger les côtes, et s'acquitta de sa mission avec un succès qui lui valut d'être nomme comte de Sevenaar (29avril isio). Las des exigences de son terrible frère, le roi Louis ayant renoncé au trône de Hollande, Verhuel reçut la présidence de la junte du gouvernement lors de la réunion de son pays k l'Empire (1810), puis fut investi du commandement général des forces navales de la mer du Nord et de la Baltique (181 1). Cette même année, Napoléon 1er luj donna, avec le titre de comte de l'Empire, une dotation de 15,000 francs et une pension de 10,000 francs, et il fut élu, dans l'Yssel supérieur, député au Corps législatif. Lors du soulèvement delà Hollande en 1813, Verhuel resta fidèle k Napoléon, résista k toutes les séductions des alliés, et cène fut qu'après son abdication qu'il consentit k rendre les forts La Salle et Morland, où il s'était enfermé avec les marins et les soldats français. Au début de la première Restauration, il se lit naturaliser Français. Après Waterloo, Bonaparte demanda au gouvernement provisoire l'autorisation de passer aux Etats-Unis avec deux frégates, dont il voulait qu'on donnât le commandement k Verhuel, convaincu qu'il traverserait les croisières ennemies ; mais la demande fut rejetée. En 1819, Verhuel entra k la Chambre des pairs, où il défendit à diverses reprises les intérêts des protestants ses coreligionnaires. Il devint membre du consistoire de Paris, où il s'était fixe, et vice-prêsiuent de la société biblique. Lorsqu'en 1840, après l'èchauffourèe de Boulogne, la Chambre des pairs se constitua en tribunal charge de juger Louis Bonaparte, le président Pasquier reçut de Verhuel une lettre dans laquelle celui-ci lui disait textuellement : « Ne le condamnez pas k mort. Sauvez sa tête; c'est un père qui vous en conjure.»
VERHDLST (Philippe-Louis), controversiste belge, né k Gand, mort en 1753. Ayant embrassé la carrière ecclésiastique, il fut mis à la tête d'un collège fondé k Disth en Brabant, puis'perdit sa place a la suite de ses attaques contre la bulle Unigenilus. Il se retira en Hollande et occupa au séminaire d'Anieisfort la chaire de théologie. De ses écrits, tous dirigés contre les jesu.tes, les principaux sont : Impostura et errores jesuitarum (1711, in-4o) ) ; ia Chaire déshonorée (1714); Lettres à un avocat (1725, in-4u) ; les Fondements tolides de la foi catholique (1739, 6 vol. in-12); Lettres de M. Ulamiuy contre Pierman (1739, 3 vol. iu-12).
VERI
VERIHJLST (Pierre- François), mathématicien belge, né k Bruxelles en 1804, mort en 1849. Reçu docteur es sciences en 1825, il se fit connaître peu de temps après par quelques articles insérés dans la Correspondance mathématique et physique de M. Quételet; mais la faiblesse de sa santé l'empêcha toujours de poursuivre les projets un peu étendus qui germaient dans son esprit. On lui doit cependant un Traité élémentaire des fonctions elliptiques (1841), où il coordonnait les travaux de Le^endre, d'Abel et de Jacobi sur la matière et qui lui ouvrit ies portes de l'Académie de Bruxelles. Ses autres ouvrages se rapportent h la population et aux tables de mortalité. Il fut, dans les derniers temps de sa vie, nommé membre de la commission pour l'amélioration de la condition des pauvres dans les Flandres et de la commissiou des assurances générales par l'Etat. C'était un esprit droit et assez élevé pour comprendre que les savants ont, en dehors de leurs recherches abstraites, un rôle social important k remplir.
VERIA ou KARAVER1A, la Bersa des anciens, ville de la Turquie d'Europe, dans la Rotimélie, pachalik et k 60 kilom. S.-O. de Salonique, au confluent de deux petites rivières; 8,270 hab. Fabrication de tissus de coton ; teintureries au rouge d'Andrinople.
VÉRICLE s. f. (vé-ri-kle). Comm. Pierre fausse, faite avec du verre ou du cristal.
VÉRIDICITÉ s. f. (vé-ri-di-si-té — rad.
véridique). Caractère de ce qui est véridique. Il Peu usité.
VÉRIDIQUE adj. (vé-ri-di-ke — lat. veridicus, propi emeht qui dit vrai ; de verus, vrai, et de dicere, dire). Qui a l'habitude de dire la vérité : Homme véridique. Narrateur , historien véridique. Il Qui est conforme k la vérité, qui contient la vérité : Témoignage véridique. Les livres sont des conseillers vÉridiques. (Chamfort.) Le seul avantage du journal sur les mémoires est d'être plus sûr et plus véridique. (Ste-Beuve.)
— Syn. Véridique, -rpni. On est véridique quand on dit la vérité, quand on ne se permet pas une parole mensongère. Pour être urai, il faut plus que cela, il fiiut que tout ce qui tient k la personne ne respire que la vérité. Qu'un historien soit véridique, c'est tout ce qu'on peut exiger de lui, quant k la vérité, puisque nous l'envisageons comme simple narrateur; mais l'homme vertueux doit être vrai, c'est-k-dire que tout chez lui doit être sincère, ses vertus comme son langage.
VÉRIDIQUEMENT adv. (vé-ri-di-ke-man ■ — rad. véridique). D'une manière véridique : Fait raconté véridiquement.
VÉRIFICATEUR s. m. (vé-ri-fi-ka-teur — rad. vérifier). Celui qui est chargé de vérifier : Vérificateur de l'enregistrement. Vérificateur des douanes. Vérificateur des poids et mesures. Vérificateurs de comptes, de devis.
— Fig. Ce qui sert k vérifier, k apprécier, à juger : En économie politique, les faits deviennent vérificateurs de la science, après en avoir été tes matériaux. (Talleyrand.)
— Adjectiv. : Expert vérificateur. Toi-
Seur VÉKIFICATICUR.
VÉRIFICATIF, IVE adl (vé-ri-fi-ka-tiff, i-ve — rad. vérifier). Qui sert de vérification.
VÉRIFICATION s. f. (vé-ri-fi-ka-si-on — rad. vérifier). Action de vérifier : Vérification d'un fait. Vérification d'un passage. Vérification d'un compte. Vérification des poids et mesures.
— Ane. législ. Vérification d'un édit. Enregistrement d'un édit par le parlement : Les enregistrements des traités faits avec ia
■couronne et les vérifications des édits pour les levées d'argent sont des images presque effacées de ce sage milieu que nos pères avaient trouvé entre la licence des rois et te iiberti~ nage des peuples. (De Relz.)
— Jurispr. Vérification d'écriture, Examen juridique qui a pour but de rechercher si un écrit ou une signature privée est de la main de la personne k laquelle on l'attribue,
— Politiq. Vérification des pouvoirs, Examen des pièces et des faits qui peuvent confirmer ou invalider une élection.
— Typogr. Syn. de révision.
— Encycl. Jurispr. Vérification d'écritures. Sous notre ancienne législation, la procédure de la vérification des écritures fut, dès 1 origine, abandonnée k l'arbitraire ; l'ordonnance d'avril 1667 vint réglementer cette importante opération. Un édit de 1684 modifia et compléta cette ordonnance, qui avait paru insuffisante.
Aujourd'hui, l'instruction k laquelle donne lieu la vérification des écritures est régie par le code de procédure civile.
La vérification d'écritures n'est applicable qu'aux actes sous seing privé et on ne pourrait l'étendre aux actes authentiques, car ceux-ci font foi jusqu'à inscription de taux. Les caractères de la procédure de vérification d'écritures et de celle de faux incident différent essentiellement entre eux; ainsi, l'inscription de faux peut s'attaquer également aux actes authentiques et aux actes privés, tandis que les actes authentiques ne peuvent être vérifiés qu'en justice. En outre,
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la vérification d'écritures se poursuit ordinairement k la requête de la partie c,ui produit l'acte, tandis que le faux incident est toujours introduit pur la partie à laquelle est opposé l'acte argué de faux. Et. fin, la loi défend toute transaction en matière de faux incident, tandis qu'il est permis de transiger sur une procédure de vérification d'éeri- I tures.
| La vérification d'écritures peut porter, soit
I sur l'ensemble de l'acte sous seing privé,
soit seulement sur une partie de cet acte.
La loi a attribué exclusivement aux tribunaux civils la compétence pour statuer sur une demande en reconnaissance ou vérification d'écritures, k raison des formalités diverses que nécessite cette procédure et qui ne pourraient être accomplies devant des juridictions exceptionnelles. Ainsi, lorsque, devant un tribunal de commerce, une pièce produite a été méconnue ou déniée, ce tribunal , si la partie persiste k s'en servir, renverra devant les juges qui doivent en connaître; il est alors sursis au jugement de la cause principale (code de proc, art. 427). Le tribunal civil , quand il est saisi par une autre juridiction d'une vérification d'écritures, ne peut se dispenser de statuer sur la demande ni juger le fond du procès
La demande de vérification d'écritures peut être formée en tout état'de cause; la loi n'a fixé aucun délai en cette matière.
Quand la demande est introduite incidemment, elle doit l'être par acte d'avoué; elle ne peut être faite sous forme d'exploit que devant les juridictions exceptionnelles. L'article 193 du code rie procédure indique comment elle est présentée par voie d'action principale : t Le demandeur, dit-il, pourra, sans permission du juge, faire assigner à trois jours pour avoir acte de la reconnaissance ou pour faire tenir 1 écrit pour reconnu. » I.a demande en reconnaissance ou en vérification d'écritures est , par conséquent, dispensée du préliminaire de conciliation. Quand le défendeur ne comparaît point, il est donné défaut et l'écrit est tenu pour reconnu (art. 194 du code.de proeéd.). U'est Va une dérogation k la règle qui ne permet d'adjuger ses conclusions au demandeur que lorsqu'elles sont bien vérifiées. Lorsque le défendeur comparait pour reconnaître le titre, il ne peut s'élever aucune difficulté sérieuse relativement k la procédure, et le tribunal se borne k donner acte au demandeur de cette reconnaissance. D'après l'article 193 du code do procédure, tous ies frais, même ceux de l'enregistrement de l'acte, sont k la charge du demandeur, lorsque le défendeur reconnaît sa signature, « Mais cette disposition, dit Dalloz, a été modifiée par l'article 2 de la loi du 3 septembre 1807, pour le cas où ia procédure est introduite avant l'échéance de la dette. Cet article porte que, lorsqu'il a été rendu un jugement sur une demande en reconnaissance d'obligation sous seing privé formée avant l'échéance ou l'exigibilité de ladite obligation, les frais de ce jugement ne peuvent être répétés contre le débiteur que dans le cas oùll a dénié sa signature; mais les frais d'enregistrement du titre sont k la charge du débiteur tant dans ce dernier cas que lorsqu'il a refusé de se libérer nprès l'échéance ou l'exigibilité de la det'e. Les prescriptions de la loi de 1807 sont parfaitement équitables. En effet, quand la demande a été introduite avant l'échéance de la dette, et qu'il y a eu reconnaissance de l'écriture, il est juste que le demandeur supporte tous les frais du jugement qui en donne acte; car, d'une part, il doit payer la sécurité qu'il a voulu se procurer, et, de l'autre, on ne peut mettre par anticipation k la charge du débiteur des frais que son exactitude à se libérer tendront peut-être inutiles. » (Répertoire de législation.)
— Des divers modes de vérification des écritures. D'après l'article 195 du code de procédure, un acte sous seing privé peut être vérifié : 1» par titres; 2° par experts; 3" par témoins.
La plus simple et la plus décisive des preuves est la vérification par titres. Elle a lieu lorsque la parce chargée de prouver qu'un acte émane réellement d'une personne produit un titre authentique dans lequel cette personne a figure et qui contient la relation du premier acte. La vérité de l'écriture est alors démontrée.
La vérification par expertsest celle qui est faite par des hommes de l'art que désignent les parties, ou, k leur défaut, la justice. Comme l'examen de la pièce seule ne pourrait fournir aucune indication aux experts, ceux-ci procèdent k l'aide de pièces de comparaison convenues entre les parties ou désignées par le tribunal. Quand il n'existe point de pièces de comparaison, la vérification se fait au moyen de l'écriture que trace le défendeur sur l'injonction du juge et qui est dictée par les experts. Ce mode de preuve est loin d'être satisfaisant. M. Bonceune dit k ce sujet avec beaucoup de raison . « Les bons esprits sont armés de défiance contre les hasardeuses difficultés de cette espèce de preuve qui, partant de la supposition que chaque individu donne k sou écriture un caractère original, aspire k conclure, par l'examen comparatif de plusieurs écritures , qu'elles sont ou qu'elles ne sont pas de lu même muin. Cet argument o simili et verisi-
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mili doit être souvent trompeur, car il y a loin de la vraisemblance à la vérité et de la ressemblance a l'identité. »
La vérification par témoins offre, en général, plus de garanties que l'expertise. Les témoins doivent se borner à déclarer le3 faits tendant k établir que l'acte litigieux émane de celui auquel il est attribué, et ils ne peuvent point être admis à déposer sur le point de savoir si l'obligation contenue dans 1 écrit est réelle et sérieuse.
Lorsque la vérification a lieu par -experts ou par témoins, la preuve peut s'étendre à tous les faits de nature il éclairer le tribunal. Ainsi, un doit recevoir la preuve non-seulement des faits inhérents à la confection même de l'acte, mais encore de ceux qui se rapportent à l'état physique et moral de celui à qui il est attribué et à l'intention qui a déterminé la confection de cet acte. Mais, de ce que l'écriture d'un acte sous seing privé est contestée, il ne s'ensuit pas que le tribunal soit obligé d'ordonner la vérification de l'écriture ; son pouvoir est, à cet égaid, discrétionnaire. En admettant ce principe, la jurisprudence a décidé : 1° qu'une cour d'appel peut, sans être tenue d'ordonner la vérification demandée, déclarer nulle la pièce qu'elle reconnaît être fausse, par appréciation des actes produits et des circonstances de la cause; 2° que le tribunal civil, saisi par renvoi du tribunal de commerce, sur la demande des héritiers, de la vérification des obligations souscrites par le défunt, peut, sans excès de pouvoir, au lieu de procédera la vérification, statuer sur la nullité de ces obligations pour dol ou pour fraude, quand la nullité lui a été demandée par action principale et qu'il y a été répondu.
Il existe toutefois des exceptions à ce principe. Ainsi, la cour de cassation a décidé : 1" que, lorsque les héritiers méconnaissent une signature apposée au bas d'une lettre attribuée à leur auteur, le tribunal doit, avant de rejeter la pièce, en ordonner la vérification même d'office ; 2° que les juges doivent nécessairement, et même d'office, ordonner la vérification dune obligation sous seing privé, lorsque les héritiers du souscripteur, contre lesquels l'exécution en est demandée, déclarent ne pas reconnaître cet acte ; et cela, quand bien même ils n'auraient pas pris des conclusions expresses.
D'après l'article 195 du code de procédure, la vérification peut être ordonnée simultanément par titres, par experts et par témoins. Mais, de ce que ces trois moyens de preuve peuvent être employés à la fois, doit-on conclure que leur concours soit obligatoire ? Non, et la loi laisse sur ce point la plus grande latitude au tribunal. Ainsi, les juges peuvent autoriser la vérification d'une écriture seulement par experts et par témoins, ou uniquement par témoins, etc.; ils peuvent aussi 11'adnietire d'abord qu'un seul mode de vérification et ordonner ensuite qu'il sera
f recédé à la preuve par utie autre voie, si a première n a pas produit les résultats qu'on en attendait.
. Le jugement qui autorise plusieurs modes différents de vérification peut indiquer l'ordre dans lequel il y sera procédé; les parties sont alors obi gées de se soumettre à la décision du tribunal ; mais, si cet ordre n'a point été déterminé, la partie peut commencer par tel nwyen de preuve qui lui conviendra.
Le tribunal peut fixer un délai pour la vérification d'écritures; toutefois, comme il serait contraire à la loi que cette fixation présentât le caractère et les effets d'une clause pénale, le délai est purement comminatoire. En conséquence : 1° les juges ne peuvent
firononcer à l'avance une déchéance contre a partie qui n'a pas produit les pièces de comparaison dans le temps déterminé; 2" si un arrêt qui admet une vérification d'écritures dans un délai fixé n'a pas été exécuté dans ré délai, il n'y a point déchéance si la procédure de vérification a été commencée avant tonte mise en demeure. « Mais, dit Dalloz, lorsque, aptes un premier délai accorde à une partie pour luire procéder à une vérification u'éoritures, il lui en est accordé un nouveau sur sa demande, par jugement contradictoire, ce nouveau délai n'est pas simplement comminatoire, c'est un délai de grâce, lequel court à partir du jour du jugement, sans qu'il soit besoin de signification ; de telle sorte que la partie doit être déclaiée déchue de la faculté de faire la vérification, si elle a laissé passer le délai sans y faire procéder : il en doit être surtout ainsi s'il apparaît que les délais n'ont été obtenus que pour gagner du temps et retarder une expropriation forcée. "> (Heq., 13 août 1828.)
Lorsque le jugement n'a point fixé le délai dans lequel la vérification doit être faite, le demandeur qui n'en poursuit pas l'exécution n'encourt aucune déchéance , alors même qu'il est mis en demeure; en effet, quel délai la mise en demeure pourrait-elle faire courir, puisqu'il n'y en a aucun de fixé?
— Oe l'expertise en matière de vérification d'écritures. Bien que l'expertise, ainsi que nous l'avons dit plus liant, n'offre point toutes les garanties désirables, elle est le mode' de vérification le plus fréquent. Aux termes de l'article 19G du code de procédure, « le jugement qui autorisera la vérification ordonnera qu'elle sera faite par trois experts et
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les nommera d'office, il moins que les parties ne se soient accordées pour les nommer. Le même jugement commettra le juge devant qui la vérification se fera; il portera aussi que la pièce à vérifier sera déposée au greffe, après que son état aura été constaté , et qu'elle aura été signée et parafée par le demandeur ou son avoué et par le greffier, lequel dressera du tout un procès-verbal. » Remarquons que les règles de cette expertise sont toutes spéciales et qu'on ne peut lui appliquer les dispositions relatives aux expertises en matière ordinaire qu'autant qu'elles ne seraient pas contraires à cette procédure. Ainsi, en cette matière, les parties ne pourraient point convenir que la vérification sera faite par un expert au lieu de trois. Ce nombre est exigé ici à peine de nullité, k raison de la gravité des intérêts engagés et de l'incertitude que présente la science des vérificateurs.
Dans les trois jours du dépôt de la pièce . au greffe du tribunal, le défendeur peut en prendre communication, sans déplacement.
11 est évident que ce délai ne peut commencer à courir qu'à partir du jour où il a eu Connaissance du dépôt par la signification de l'acte qui le constate.
— Des pièces de comparaison. Après le dépôt de la pièce litigieuse au greffe et la communication de cet acte au défendeur, le juge commissaire rend, à la requête de la partie la pins diligente, une ordonnance indiquant le jour où les parties devront se présenter devant lui pour convenir des pièces de comparaison. La requête et l'ordonnance sont signifiées par acte d'avoué, s'il en a été constitué un, sinon à domicile, par ministère d'huissier.
Si le demandeur ne comparait point, la pièce est rejetée (code de proc, art. 199); si c'est le défendeur, le tribunal peut tenir la pièce pour reconnue.
Lorsque les parties comparaissent devant le juge commissaire, le demandeur indique les pièces de comparaison qu'il se propose de soumettre aux experts; le défendeur peut accepter ou rejeter ces pièces, ou même en proposer d'autres. Lorsque les parties sont d'accord sur le choix des pièces, le juge mentionne ce fait dans son procès-verbal, et il y'indique les pièces convenues. En cas de dissentiment, le juge les désigne lui-même.
« Si les parties ne s'accordent pas sur les pièces de comparaison, dit l'article 200 du code de procédure, le juge ne pourra recevoir comme telles que : 1° les signatures apposées aux actes par-devant notaire, ou celles apposées aux actes judiciaires en pré-' sence du juge et du greffier, ou enfin les pièces écrites et signées par celui dont il s'agit de comparer l'écriture, en qualité de juge, greffier, notaire, avoué, huissier ou comme faisant, à tout autre titre, fonction de personne publique ; 2° les écritures et signatures privées, reconnues par celui k qui est attribuée la pièce à vérifier, mais non celles déniées ou non reconnues par lui, encore qu'elles eussent été précédemment véririées et reconnues être de lui. Si la dénégation ou méconnaissance ne porte que sur la partie de la pièce à vérifier, le juge pourra ordonner que le surplus de ladite pièce servira de pièce de comparaison. »
Les pièces de comparaison doivent avoir un caractère commun; il faut qu'il n'y ait aucun doute qu'elles ont été écrites et signées par celui dont l'écriture est déniée. Ne doivent être considérées comme écritures et signatures privées reconnues dans le sens de l'article 200 du code de procédure que celles qui ont été l'objet d'une reconnaissance expresse et directe de la part de celui dont elles sont émanées,
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Lorsque plusieurs pièces sont présentées pur servir de comparaison, le juge commissaire doit admettre de préférence celles qui sont les plus voisines de la date de la pièce à vérifier, parce que, après un certain nombre d'années, l'écriture de la même personne présente souvent des différences notables. De simples signatures isolées peuvent quelquefois servir à la vérification de corps entiers d'écriture; le juge apprécie dans ce cas le plus ou moins de probabilité qui doit résulter de la quantité plus ou moins grande des lettres pouvant servir d'éléments de comparaison.
Il peut arriver que le demandeur en vérification d'écritures n'ait aucune pièce à présenter pour servir de type de comparaison et que la vérification par témoins soit impossible. Le demandeur n'a alors d'autre ressource que de déférer le serment à son adversaire.
Qu'arriverait-il si le juge commissaire avait admis comme pièces de comparaison des écritures autres que celles qui sont désignées par la loi? Les auteurs diffèrent sur ce point. Suivant M. Demiau,dcux voiessont ouvertes pour attaquer l'ordonnance du juge : celle de l'incident et celle de l'appel; mais le premier moyen lui parait préférable. « Les opérations db juge commissaire, dit-il, ne doivent être envisagées que connue un travail préparatoire qu'il appartient au tribunal de maintenir ou d'annuler. » M. Kavaid de Lang:ade partage cette opinion, qu'il exprime en ces termes : « Dans la rédaction de son procèsverbal, le iuge commissaire indique les piè-
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ces do comparaison ou renvoie a l'audience pour être statué sur les difficultés qui se sont élevées entre les parties. En tout cas, la partie qui croit avoir à se plaindre de l'opération du commissaire peut se pourvoir à l'audience où il est rendu jugement. ■ De son côté, M. Carré pense que le juge commissaire a caractère pour statuer lui-même sur les difficultés de cette espèce, et que son ordonnance ayant, dans ce cas, l'effet d'un jugement, n'est susceptible d'être attaquée que par la voie de l'appel. Cette question ne saurait avoir aucune portée, si l'on admettait, avec Dalloz, que c'est au tribunal et non au juge commissaire qu'il appartient de statuer sur le choix des pièces de comparaison.
Si, porte l'article 201 du code de procédure, les pièces de comparaison sont entre les mains de dépositaires publics on autres, le juge commissaire ordonne qu'aux jour et heure par lui indiqués les détenteurs de ces pièces les apportent au lieu où doit se faire la vérification, à peine, eontre les dépositaires publics, d'être contraints par corps, et les autres par les voies ordinaires, sauf même à prononcer contre ces derniers la contrainte par corps, s'il y échet.
■Si, ajoute l'article 202, les pièces de comparaison ne peuvent être déplacées, ou si les détenteurs sont trop éloignés, il est laissé à la prudence du tribunal d'ordonner, sur le rapport du juge commissaire et après avoir entendu le procureur, que la vérification se fera dans le lieu de la demeure des dépositaires ou dans le lieu le plus proche, ou que, dans un délai déterminé, les pièces seront envoyées au greffe par les voies que le tribunal indiquera parson jugement. Quand la vérification se fait à la demeure des dépositaires ou dans le lieu le plus proche, le tribunal peut commettre un juge de paix ou charger le tribunal du lieu de nommer un de ses membres ou un juge de paix pour y assister. «Lorsqu'un acte authentique, dit Dalloz, est envoyé au greffe du tribunal devant lequel se fait la vérification, il peut se faire que cet acte se perde ou soit détruit pendant le transport. Pour prévenir les conséquences fâcheuses qu'entraînerait un pareil accident, l'article 203 du code de procédure veut que, dans le cas où le tribunal aura ordonné que les pfèces seront envoyées au greffe, si le dépositaire est personne publique, il fasse préalablement expédition ou copie collationnée des pièces, laquelle sera vérifiée sur la minute ou original par le président de son arrondissement, qui en dressera procès-verbal ; ladite expédition ou copie est mise, par le dépositaire, au rang de ses minutes, pour en tenir lieu jusqu'au renvoi des pièces. »
Lorsqu'une pièce désignée pour servir de type de comparaison se trouve entre les mains d'un dépositaire privé, ce dernier ne peut être contraint à la fournir qu'en cas d'absolue nécessité. ■ Il ne serait pas juste, dit M. Boncenne, que ce dépositaire fût tenu de venir, à raison d'un procès qui lui est étranger, s'exposer, par l'exhibition d'une pièce, aux poursuites du fisc ou à d'autres préjudices ; son excuse, dans ce cas, devrait être agréée. »
— Des opérations de vérification faites par les experts. Aux termes de l'article 204 du code de procédure, « la partie la plus diligente fera sommer par exploit les experts et les dépositaires de se trouver aux lieu, jour et heure indiqués par l'ordonnance du juge commissaire : les experts, à l'effet de prêter serment et de procéder à la vérification, et les dépositaires à l'effet de représenter les pièces de comparaison; il sera fait sommation à la partie d'être présente par acte d'avoué k avoué. Il sera dressé du tout procèsverbal; il en sera donné aux dépositaires copie par extrait, en ce qui les concerne, ainsi que du jugement. » Lorsque l'une ou l'autre des parties ne comparaît point, le juge commissaire en donne défaut, et l'on continue les opérations. Lorsqu'un des experts ne se présente pas, les parties doivent tout de suite s'entendre pour le remplacer s'il a été choisi par elles ; s'il a été nommé d'office ou bien si les parties rie s'accordent point, le juge commissaire doit en faire rapport au tribunal qui pourvoit lui-même k son remplacement.
Quand les pièces de comparaison lui paraissent insuffisantes, le juge commissaire peut ordonner que le défendeur fasse un corps d'écriture dicté par les experts, le demandeur présent ou appelé.
En cas d'absence des pièces de comparaison et de décès de l'auteur de l'écriture méconnue, le tribunal déclarerait l'action du demandeur non recevable , car celui-ci ne pourrait plus invoquer la pièce produite à l'appui de ses prétentions.
Lorsque les experts ont prêté serment et que les pièces leur ont été communiquées, les parties doivent se retirer, car leur présence pourrait troubler ou influencer les vérificateurs. Les experts procèdent conjointement a la vérification au greffe, devant le greffier ou devant le juge, s'il la ainsi ordonné. Ils sont tenus de dresser un rapport commun et motivé et de ne former qu'un seul avis à la pluralité des voix. En cas d'avis différents, il doit en être fait mention dans le rapport, suns qu'il soit permis d'indiquer l'avis particulier de chaque expert. Le rapport terminé, il est signé par les experts et
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annexé à la minute du procès- verbal du juge commissaire.
— De la vérification par témoins. Aux termes des articles 211 et 212 du code de procédure, « pourront être entendus comme témoins ceux qui auront vu écrire ou signer l'avis en question ou qui auront connaissance des fait3 pouvant servir à découvrir la vérité. En procédant à l'audition des témoins, les pièces déniées ou méconnues leur seront représentées et seront par eux parafées; il en sera fait mention, ainsi que de leur refus; seront , au surplus , observées les règles» prescrites pour les enquêtes. »
L'enquête pouvant être demandée par le défendeur aussi bien que par le demandeur, il a été décidé que le défendeur en vérification d'écritures peut être admis à prouver par témoins la fausseté de l'acte qu'il désire. Les jurisconsultes ne s'accordent point sur l'objet des questions à faire aux témoins. D'après M. Pigeau, les tenons ne peuvent être consultés sur le plus ou moins de rappo'rt de l'écriture contestée avec celle des pièces de comparaison, car ils ne pourraient, a cet égard, exprimer qu'une opinion; or, en matière d'enquête , la loi ne demande point l'opinion du témoin; ce sont des faits qu'elle attend de lui. D'ailleurs, ne peut-on pas prendre des experts pour la comparaison des pièces? MM. Chauveau, Demiau et Dalloz formulent une opinion contraire. Suivant ces auteurs, on doit avoir le plus grand égard k la déposition de personnes ayant l'habitude de voir l'écriture et la signature de l'auteur présumé de l'acte dénié. D'un autre côté, lorsque plusieurs témoins dignes de foi attestent qu'ils reconnaissent l'écriture ou la signature de la pièce comme ayant été tracée par celui auquel on l'attribue , cette déclaration ne doit-elle pas avoir plus de poids auprès du tribunal que l'opinion des ■experts, dont la décision ne s'appuie, en somme, que sur des conjectures?
— Des jugements en matière de vérification d'écritures. Dès que l'instruction, dont nous venons d'exposer toutes les phases est terminée, le tribunal statue sur la sincérité de la pièce déniée.
Lorsqu'il est prouvé que la pièce a été écrite ou signée par celui qui l'a déniée, il est condamné à 150 francs d'amende envers le domaine, outre les dépens, dommages et intérêts de la partie. L'amende est ici la peine d'une dénégation faite de mauvaise foi, et elle est applicable, quelle que soit la nature de l'acte dont cette dénégation a rendu la vérification nécessaire. Si la demande au fond est inférieure au taux du dernier ressort, le jugement qui statue sur la vérification d'écritures n'est point susceptible d'appel.
— Polit. Vérification des pouvoirs. Toute assemblée, avant de se constituer et d'aborder les débats qui font l'objet de ses travaux, doit procéder à la vérification des pouvoirs de ses membres. Cette mesure a pour but de constater que tous les représentants, quelle que soit d'ailleurs la nature de l'assemblée délibérante, ont été nommés dans les conditions déterminées par les lois et sont capables de siéger, c'est-à-dire n'ont point encouru de peine qui s'oppose k leur admission dans une assemblée nationale, départementale ou communale.
Les assemblées souveraines peuvent seules procéder à la vérification des pouvoirs de • leurs membres. En vain objecterait-on que les membres qui se prononcent sur le premier cas ne sont point validés et n'ont aucun pouvoir pour statuer; comme on ne peut mettre le pouvoir souverain à la merci d'un conseil quelconque, fût-ce un conseil d'Etat, il faut accepter cette situation, quia moins d'inconvénients d'ailleurs qu'elle n'en semble présenter. En effet, si l'on admet pour toute élection non contestée une présomption de validité, dès lors les dossiers électoraux se divisent en deux parts inégales. D'un côté se trouvent les dossiers qui renferment contre l'élu des présomptions de corruption, par exemple, la preuve d'illégalités graves, ou les pièces établissant l'intervention du pouvoir exécutif ou de ses agents en sa faveur. De l'autre, on classe les dossiers qui ne donnent point lieu k contestation.
La validation des représentants contre l'élection desquels il ne s'élève aucune protestation est rapidement exécutée et, lorsque cette opération est faite pour la moitié plus un de ses membres, la Chambre existe à l'état de pouvoir légal et peut aborder les questions importantes. Le nombre des élections contestées étant relativement petit, les élections sont examinées par une assemblée jouissant de tous ses droits et les inconvénients qui résulteraient de l'intervention d'un pouvoir étranger, inconvénients dont le moindre serait la subordination de la représentation nationale à un pouvoir dépendant de l'exécutif, sont écartés.
Si tous les hommes politiques sont unanimes à reconnaître que les assemblées souveraines peuvent seules procéder k la vérification des pouvoirs de leurs membres, on en rencontre beaucoup qui ne pensent pas devoir reconnaître le même droit aux assemblées départementales ou communales.
Les membres des conseils généraux doivent, suivant eux, relover, pour la vérification
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de leurs pouvoirs, d'un conseil supérieur, du conseil d'Etat pur exemple.
Les conseils muni, ipaux doivent relever du conseil de préfecture, autrement dit du préfet du département.
Les partisans de ces idées ont gain de cause sous la législation actuelle, car les conseils généraux, qui d'après la loi de 1871 vérifiaient eux-mêmes les pouvoirs de leurs membres, ont été privés de ce droit par une loi que fit voter le 31 juillet 1874 le ministère de Broglie, qui remit au conseil d*Etat le droit de statuer sur les réclamations présentées par les électeurs, et permit au préfet d'attaquer les élections contre lesquelles il pourrait avoir des motifs de protester ; le conseil d'Etat restant juge en ce dernier cas de la protestation du préfet.
De plus, lés conseils municipaux sont aujourd'hui en France (1876) sous la dépendance des conseils de préfecture qui, comme nous le disons rVis haut, dépendent plus ou moins du préfet, c'est-à-dire du pouvoir exécutif.
La législation, surtout en ce qui concerne les conseils généraux, semble sur le point de changer, et un projet de loi, fort bien accueilli par lu Chambre des députés, propose de rendre aux conseils généraux le droit absolu de prononcer l'admission ou le rejet de leurs membres.
Pour les conseils municipaux, on semble ne devoir rien faire, et cependant il conviendrait, à notre sens, d'enlever aux conseils de préfecture, c'est-à-dire aux préfets, le droit de vérilier les pouvoirs de conseillers qui peuvent, surtout dans les grandes villes, être en hostilité flagrante avec les préfets et par suite devenir victimes du ressentiment de ces fonctionnaires.
La vérification par les membres des conseils, sauf recours au conseil d'Etat, ou mieux aux conseils généraux, serait, à notre sens, très-préférable.
En cette question importante, en effet, il faut surtout que le pouvoir exécutif, qui doit être contrôlé par les assemblées nationale, départementales ou communales, ne puisse procéder à la vérification des membres de ■ces assemblées et par suite être tenté d'écarter les hommes qu'il saurait hostiles à sa politique ou à ses projets.
Ce principe est la sauvegarde de la liberté et la barrière qu'on doit poser aux empiétements de l'executif, trop souvent disposé à ne tenir qu'un compte médiocre de la volonté de la nation.
VÉRIFIÉ, ÉE (yé-ri-fi-é) part, passé du v. Ventier. Dont on a constaté la vérité : Mémoire vérifié. L'histoire, même de nos jours , fourmille de faits mal vérifies. (Boiste.)
— Hist. Duc non vérifié, Duc qui devait sou titre non à la possession d'un duché, mais a un brevet du roi : Il fallut avoir recours à un duc non véhifie, ou, comme on parle, à brevet. (St-Simon.)
VÉRIFIER v. a. ou tr. (vé-ri-fi-é — bas lat. veiificare; de verus, vrai, et ficare pour facere, taire.) Examiner, discuter, constater la vérité, l'exactitude do : Vérifikr un fait. Vérifier un compte. Vérifier des travaux. Vkrifikr une assertion. Vérifier une signature. Si tes principes expliquent tes faits, les faits vérifient les principes. (Lamenn.) il Justifier, confirmer : L'événement a vérifié nos précisions.
'— Ane. legisl. Vérifier un édit en parlement, L'enregistrer.
Se vérifier v. pr. Etre, vérifié, confirmé : Votre prédiction s'est vérifiée.
— Syn. Vérifier, «éreu, constater. V.
AVÉRIÎR.
VÉRIN s. m. (vé-rain — Ce nom n'est pas, comme on l'a avancé, un dérivé de ver, par allusion à la forme de la vis ou de l'ëcrou, mais il appartient à la famiile du latin veru, broche). Mécan. Machine composée d'une vis et de deux écrous, d.ui sert à élever de grands fardeaux.
— Encycl. Cet agrès, que l'on peut classer parmi les crics, diffère cependant de ceuxci en ce que le poids à soulever, au lieu d'être appliqué au sommet d'une crémaillère mue par un pignon et une manivelle, est placé à la partie supérieure d'une vis k filets carrés que l'on fait tourner, monter ou descendre au moyeu d'un levier à cliquet. Cette vis traverse un éciou faisant partie d'un pied à quatre branches, qui sert de support a l'appareil. Les vérins sont fixes ou à mouvement de translation ; ces derniers, dont on fait usage dans les chemins de fer, servent à faire avancer ou reculer l'objet soulevé ; à cet effet, leur pied est fixé sur un patin en fer au. travers duquel passe une vis de rappel a petits filets carrés, que l'on manœuvre à l'aide d'une manivelle. Les vérins fixes, que l'on utilise comme crics dans bien des circonstances, ont été employés pour opérer le décintrement des Ponts-de-Cé et de Croix- Daurade, près Toulouse; la vis qui les compose permet d'obtenir une descente du centre parfaitement réglée et qu'on peut maîtriser complètement depuis le commencement jusqu'à la fin de l'opération, ce que l'on ne peut obtenir avec le meilleur système de décintrement. Les vérins, auxquels on peut donner une très-grande puissance, l'etfort
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I qu'ils produisent étant en raison directe du diamètre et du pas de la vis, ont été employés avec avantage à la descente des caissons en tôle qui servent de fondation au pont du Rhin, construit entre Strasbourg et Kehl, pour le passage du chemin de fer de l'Est sur le territoire barfois. Ces vérins, qui agissaient par suspension, soutenaient chacun 15,000 kilogrammes, et, chaque caisson pesant 600,000 kilogrammes, il a fallu 40 vérins pour opérer cette descente.
VÉR1NE s. f. (vé-ri-ne — d'un village de la province de Venezuela, où l'on cultive ce tabac). Corara. Tabac d'Amérique très-estimé.
— Mar. Lampe qui servait autrefois à éclairer le timonier pendant la nuit.
VÉRINE, impératrice grecque, morte en 485. Epouse de Léon 1er, après la mort duquel elle troubla l'Etat de ses intrigues et de ses complots, elle parvint en 475 k détrôner son gendre Zenon l'Isaurien en faveur de son frère Basiiisque, auquel elle voulut ensuite substituer son amant Patrice. Déçue dans son espoir, elle contribua au rétablissement de Zenon (477), qu'elle tenta de nouveau de renverser deux ans plus tard. Ce prince finit par l'enfermer dans un château de la Cilicie, où elle mourut, occupée jusqu'au dernier moment de complots et secondée dans ses folies par sa fille Ariadne, épouse de l'empereur Zenon.
VERINO (Ugolin), poète latin, né à Florence en 1442, mort en 1505. Il n'est guère connu que par ses ouvrages, qui ne s'élèvent pas au-dessus d'une honnête médiocrité. Les plus estimés sont : les Expéditions de C/iarlemagne; la Prise de Grenade et Deillustratione Florentin (1483, in-4°), poSme en trois livres, où il célèbre la grandeur de sa patrie. — Son fils, Michel Verino, mourut en 1487 à dix-neuf ans, parce qu'il n'avait pas voulu par piété suivre les conseils des médecins, qui lui ordonnaient de se marier, s'il voulait recouvrer la santé. Il a laissé 327 distiques moraux, qui ont été traduits en prose et en vers français. On les trouve dans le recueil d'Ant. - Aug. Renouard , intitulé Carmina ethica ex diversis auctoribus (Paris, 1795, in-18).
VÉRITABLE adj. (vé-ri-ta-ble — du lat.
veritas, vérité). Qui est conforme à la vérité, qui est vrai : Discours véritable. Relation véritable. Histoire véritable.
Ce langage est trop doux pour être véritable.
Boubsaui.t.
Il Qui est réellement ce qu'exprime le mot auquel on applique cette qualification : La véritable raison et la véritable sagesse, c'est de savoir se modérer. (Boss.) L'envie est détruite par la véritable amitié; la coquetterie par le véritable amour. (La Rochef.) Le repos de la conscience est te seul bonheur véritable. (La Rochef-Doud.)
Qu'un ami véritable est une douce chose!
— Véridique ; qui dit, qui a l'habitude de dire la vérité : J essaye d'être toujours véritable, sincère et fidèle à tous les hommes. (Pasc.)
— Syn. Véritable, avéré, vrai. V. AVÉRÉ.
VÉRITABLEMENT adv.,(vé-ri-ta-ble-man rad. vériluble). Conformément à la vérité': , Parlez-moi véritablement. (Acad.) il Peu usité.
Réellement, de fait : J'en suis véritablement affligé. Ceux que nous appelons anciens étaient véritablement nouveaux en toutes choses. (Pasc.) Jamais les personnes véritablement gaies ne sont fausses ou vindicatives. (Mme de Genlis.) La petite vérole est la bataille de Waterloo des femmes; le lendemain elles connaissent ceux qui les aiment véritablement. (Balz.) Il A la vérité, ii est vrai : Véritablement, il m'a dit cela, mais je n'ai garde d'y croire.
VERITAS s, m. (vé-ri-tas — mot lat. qui signif. vérité). Office international de renseignements maritimes. |i Ou dit aussi Bureau- Veritas.
— Encycl.' Cette administration, toute privée, ne remplit qu'une partie des attributions du Lloyd britannique, mais elle a réussi, en dix ans, à le supplanter presque dans une branche importante : la statistique des constructions navales, des naufrages et des avaries. Elle publie, de temps à autre, le répertoire de ses tableaux. Son rôle est d'établir un règlement international pour la construction et, la classification des navires, l'armateur, l'affréteur, le courtier maritime, l'assureur, le capitaine au long cours, les consuls, les tribunaux de commerce du littoral étant directement intéressés à connaître l'âge, la jauge, les qualités et les défauts d'un navire en fer ou eu bois, à voiles ou k vapeur. Fondé en 1851, conformément aux,^statuts rédigés par la chambre de commerce de Bordeaux, mais établi à Paris sous la direction de M. Ch. Bal, le Bureau -Veritas fait concurrence au Lloyd anglaisjnsque duns les ports et sur les chantiers du Royaume-Uni ; il fait loi aux Etats-Unis, en Russie, en Allemagne, en Suède, en Espagne et au Canada.