V. HONNÊTETÉ
— Vertu, cboMelé, continence, etc. V. CHASTETÉ.
— Encycl. Philos. Le mot vertu, par sa racine même, qui est celle de vir, homme, signifie quelque chose de viril, d'un caractère mâle ; c'est la force appliquée au bien. Les Grecs avaient encore accentué davantage cette signification en appelant la vertu optxii, de 'Açtjî, Mars, dieu de la guerre et par conséquent de la force. Pour eux la vertu, c'était le courage, le mérite qui suit l'effort. D'après l'idée qu'ils se faisaient d'un homme vertueux, un combat se livre entre ce qu'ils appelaient la volonté libre de l'homme, ou plutôt ce qui leur paraissait être l'homme luimême, et la passion, qui leur semblait appartenir à l'animal plutôt qu'à l'homme. C'est la passion qui l'emporte, ou c'est l'homme. Si c'est l'homme, il croit en force, et le premier prix de sa victoire consiste dans cette force même qui désormais lui permet de rester le maître et le rend victorieux sans combat ; cette force est la vertu. Si c'est la passion, l'homme perd en force? et la conséquence de sa défaite est cette faiblesse même qui le condamne à une défaite habituelle, inévitable, qui, désormais le fait succomber sans combat; cette faiblesse est le vice. La passion qui a été la première occasion de sa chute peut s'être amortie ; la tentation, qui eut d'abord tant de puissance, peut ne se faire presque plus sentir; il peut être blasé sur le plaisir qui, à l'origine, fut trop vif, sans que sa conduite change, sans que la pratique du mal, qui semble n'avoir plus de cause, cesse ; tant il est vrai que le vice est une faiblesse tournée en habitude 1 II n'y a donc vice ou vertu que chez des êtres capables de bien, mais au prix d'une lutte ; chez les êtres qui n'ont point la notion du bien, ou la liberté de l'accomplir, il n'y a point de vertu, cela va de soi ; quant à ceux qui font le bien naturellement, spontanément, sans lutte, sans effort, ils sont bons sans être vertueux ; ils sont en quelque sorte au-dessus de la vertu, ce sont des dieux ou des saints.
Y a-t-il plusieurs vertus, ou n'y en a-t-il qu'une ? Les anciens disaient que la vertu est une, comme le bien, comme le devoir. Mais, comme il y a lieu de distinguer dans le devoir, dans le bien plusieurs formes, ou peut distinguer aussi, et pour la même raison, plusieurs formes de la vertu. Une ancienne et célèbre division est celle de la vertu en quatre grandes formes, dites les quatre vertus cardinales ; prudenlia, la sagesse ou la science, la connaissance du vrai, surtout celle du bien, celle qu'il faut avoir pour être en état d'accomplir le bien \justitia, la justice, qui embrasse avec la bienfaisance, beneficentia, tous les devoirs de l'homme en société ; fortitudo, la force, le courage, la fermeté, tant de l'Aine que du corps ; et enfin, temperantia, la tempérance, la modération, la mesure en toute chose, le respect du convenable et du décent, le décorum.
Si les spéculations des anciens sur la. vertu abondent en vues élevées, elles ne nous ap- j
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prennent rien de positif sur son origine, sur la manière dont la vertu se forme et se développe dans les âmes, et c'est là précisément ce qu'il importerait le plus de connaître. C'est surtout à ce point de vue que nous allons maintenant considérer la vertu.
Tout le monde reconnaît qu'il est nécessaire d'enseigner aux enfants des principes clairs et précis, qui puissent leur servir à distinguer le bien du mal, le juste de l'injuste. Il faut aussi leur faire connaître les raisons qui doivent leur faire préférer, dans leur conduite, le bien au mal, le juste à l'injuste, et ces raisons ne peuvent évidemment s'appuyer que sur leur véritable intérêt. Quand les enfants ont reçu ces enseignements et surtout quand on y a joint de bons exemples, ils commencent à faire de bonnes actions par docilité, pour contenter leurs parents ou leurs maîtres, peut-être aussi en vue de certains avantages qu'on leur a signalés comme devant nécessairernent résulter de ces actes. Puis, ils en viennent bientôt a faire de nouveau les mêmes actes pour s'imiter eux-mêmes, pour ne pas se contredire, par la simple impulsion d'une habitude naissante, et cette habitude prend chaque jour une force nouvelle d'autant plus grande, que les passions sont plus tardives ou moins violentes. Mais, en supposant que les passions vinssent quelquefois se jeter à la traverse, comme elles restent nécessairement étrangères aux actions les plus fréquentes et les plus simples, l'habitude du bien se développerait encore assez, chez la plupart des enfants, pour y constituer ce qu'on peut appeler l'instinct moral ou la moralité; et cet instinct, en se développant, se transforme peu ù peu, engendre des sentiments d'un nouveau genre, des passions qu'on pourrait appeler morales, telles que le besoin d'estime, la crainte du mépris, l'amour du bien général, le désir de contribuer autant qu'on le peut au bonheur de tous. Lorsque tous ces sentiments ont acquis, toujours par l'habitude, assez de force pour dominer dans presque tous les cas les autres passions, celles qui ont leur souree dans la nature première, c'est de la vertu; et l'habitude de la vertu produit enfin une dernière passion, qu'on pourrait appeler orgueil moral, et qu'on pourrait définir: l'état d'une âme qui, se connaissant vertueuse et se jugeant digne d'estime par sa vertu même, met son amourpropre à ne jamais déchoir à ses propres yeux. L'âme, arrivée à ce point, possède ce qu'il y a de plus -sublime dans la vertu. Un tel résultat ne peut être très-commun, puisque les héros de vertu sont toujours des hommes exceptionnels ; mais on peut remarquer qu'il est quelquefois facilité par certaines tendances naturelles, par des sentiments de sympathie qui constituent le fond primitif du caractère ou qu'on peut même regarder comme héréditairement transmis des pères aux enfants. Quoi qu'il en soit, tous les actes vertueux ont pour mobile l'habitude ou quelqu'une de ces passions que nous avons appelées morales ; mais comme cette habitude et ces passions sont dans l'homme, constituent sa personne, telle que la somme des actes antérieurs et des circonstances l'ont faite, on peut dire que les uctes vertueux viennent du fond de l'homme, de sa personne, puisqu'il les produit par ce qui est lui-même. Il se peut que beaucoup d'hommes, dont l'intelligence est bornée, soient condamnés a ne s'élever presque jamais audessus d'une vertu purement habituelle, c'està-dire d'une vertu qu'on pourrait presque appeler aveugle ; mais, dans les esprits mieux cultivés, les choses ne s'arrêtent pas là; l'habitude, comme nous l'avons déjà dit, engendre des besoins nouveaux, qui deviennent aussi impérieux que les besoins physiques, qui le deviennent même davantage, puisqu'ils finissent par les dominer, et la reflexion peut être mise en jeu pour découvrir les meilleurs moyens de satisfaire ces nouveaux besoins, ces passions qui n'ont rien de commun avec celles de la nature première. D'est alors que l'homme s'élève jusqu'à une uerfu.qui peut être mûrement réfléchie et qui ne cesse pas pour cela d'être désintéressée, quoique l'action vertueuse ait réellement pour but de procurer la satisfaction d'un besoin devenu tout à fait propre à la personne ; il est facile de montrer qu il n'y a là qu'une contradiction apparente. Le desintéressement n'est pas, comme le mot semble le dire, un renoncement absolu à tout intérêt personnel, une indifférence complète pour soi-même, allant jusqu'au sacrifice de tout ce qu'on est disposé à aimer ; un tel état de l'âme n'est possible qu'autant qu'il serait complètement irréfléchi et aveugle. Pour se montrer sciemment désintéressé à ce point, il faudrait commencer par abdiquer sa propre personnalité ; il faudrait ne plus tirer de soi-même les motifs de ses actes, mais laisser pénétrer dans son âme les mobiles qui ont leur siège réel dans l'âme des autres hommes ; or, il est évident que cette compénétration des âmes détruirait nécessairement leur individualité. Mais, s'il y a des intérêts qui restent exclusivement attachés à la personne, il en est d'autres qui. tout en se rapportant a la personne, se lient étroitement à d'autres intérêts qui ne sont plus du tout personnels; par exemple, le besoin d'estime est un sentiment personnel par le bonheur même que nous éprouvons à nous sentir estimés, mais il est étroitement lié à
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l'intérêt do nos semblables, qui n'accordent leur estime qu'à ceux qui savent se rendre utiles. Or, do tels sentiments doivent être appelés désintéressés, par cela même que les intérêts auxquels ils correspondent, loin d'être exclusivement personnels, s'étendent en dehors de la personne au point de devenir quelquefois universels. C'est ta le seul désintéressement réfléchi qui soit compatible avec la vraie nature de l'homme.
Quelques personnes trouveront peut-être qu'on rabaisse la vertu quand on lui donne pour origine première l'habitude, et pour fondement, en quelque sorte secondaire , des passions morales prenant leurs racines dans cette habitude même; mais il est aisé de comprendre que, s'il en était autrement, si la vertu était une qualité propre de l'âme, il n'existerait aucun moyen possible de propager la vertu, de rendre vertueux ceux qui ne le sont pas. Un autre avantage que présente la théorie qui fonde la vertu sur l'habitude, c'est que cette théorie convient à. toutes les conditions, à tous les temps, à toutes les circonstances, et qu'il n'y a pas dans le monde entier, ancien ou moderne, un seul fait moral dont elle ne puisse facilement rendre compta ; elle explique également bien la vertu, du chrétien, celle du déiste, du panthéiste, de l'athée, du musulman, du païen, et partout la vertu est toujours la même, La différence des croyances n'apporte de changements que dans la préparation sociale, c'est-à-dire dans les instructions données k Ceux chez qui l'on veut faire naître et développer des habitudes morales : le chrétien fait apparaître aux yeux de son fils l'image terrible de son enfer ou ia peinture délicieuse de son paradis; les autres évoquent d'autres images plus ou moins sombres, plus ou moins riantes, plus ou moins réelles ; par là tous amènent l'enfant à sacrifier quelquefois son intérêt immédiat en vue d'un intérêt supérieur, mais éloigné; bientôt l'habitude de ce sacrifice naît, elle grandit, elle fait naître des sentiments, des besoins nouveaux, et la vertu, qui a commencé avec l'habitude, finie par dominer tous les instincts primitifs.
Supposons deux chrétiens, qui pratiquent également tous les devoirs religieux ou sociaux que leur croyance leur impose. Supposons, en outre, que l'un de ces hommes, chaque fois qu'il remplit un devoir, ne manque jamais de penser aux récompenses réservées à sa fidélité, et que cette pensée soit le seul mobile de ses actions : n'est-il pas évident que c'est là du calcul et non de la vertu? Mais si l'autre chrétien est un homme vieilli dans la pratique du devoir et tellement accoutumé k faire le bien, qu'il le fait par entraînement, par goût, sans avoir besoin de s'y exciter lui-même par la vue anticipée des récompenses éternelles : tout la monde reconnaîtra en lui l'homme vertueux par excellence. Rappelons -nou3 Bavard blessé à mort et disant au traître Bourbon : « Il n'y a point de pitié en moi, qui meurs homme de bien ; il faut avoir pitié de vous, qui portez les armes contre votre patrie et votre serment; » nous trouvons ces paroles sublimes, et nous avons raison, mais pourquoi? C'est qu'elles nous paraissent sortir tout entières du cœur même de Bayard, c'est-à-dire de son moi intérieur, tel qu'il s'était constitué par les actes de sa vie tout entière ; si, au contraire, nous n'y voyions que l'expression incomplète de sa pensée, s'il ne repoussait la puié qu'eu pensant au bonheur sans lin qui l'attend au paradis, son langage perdrait aussitôt le caractère qui nous le l'ait trouver admirable. Maintenant, il est facile de comprendre que la double supposition faite pour des chrétiens peut s'appliquer k toutes les croyances; d'où il résulte évidemment que la vertu est toujours, et partout, la même plante née sur le terrain de l'habitude, quelle que soit d'ailleurs la diversité du fonds sur lequel ce terrain repose. -
Lorsque, pour préparer les enfants à la vertu? on leur a souvent répété qu'en général 1 intérêt bien entendu nous commande de régler notre conduite sur l'honnêteté, on ne lésa pas trompés, on ne leur a dit que l'exacte vérité. 11 est donc hors de doute que, lorsque s'agira de choisir entre l'honnête et le déshonuète, les circonstances seront presque toujours telles, que l'enfant devenu homme fera le même choix, soit qu'il se laisse purement et simplement guider par l'habitude vertueuse, soit qu'il s'arrête k réfléchir, selon les habitudes de réflexion qu'on lui aura fait prendre, sur les suites de l'action qu'il s'agit de faire, surtout si l'on supposa que l'habitude vertueuse a déjà fait naître quelques-unes de ces passions nouvelles que nous ayons appelées morales ; ce qui revient à dire qu'un acte de vertu est presque toujours celui que commanderait la plus haute raison, qu'il en est toujours ainsi pour les choses ordinaires. Cependant, il n'est pas impossible d'imaginer un concours exceptionnel de circonstances qui, d'une parc, assurant à peu près le secret d'une mauvaise action et , d'autre part, rendant très-probables des conséquences d'une grande importance pour l'intérêt personnel, au point de vue des passions de première nature, donneraient h cette mauvaise action le caractère d'une chose utile à celui qui doit la commettre. Dans ce cas, on peut toujours supposer que certains hommes, sans prendre la temps de réfléchir, se laisseront encore guider par l'habitude vertueuse,
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ou que leur réflexion les conduira à préférer l'impulsion des passions morales, si celles-ci ont acquis une grande force ; mais il faut bien reconnaître que beaucoup d'autres se laisseront entraîner par l'intérêt personnel.
Dans les cas mêmes où il s'agit d'un acte qui doit être commis au grand jour, s'il faut choisir entre le déshonneur et les maux les plus terribles, la vertu triomphera-t-elle toujours? Quand la ruine, la mort seront là menaçantes et qu'on pourra les éviter en s'exposant à déchoir dans l'estime publique, estil croyable que l'habitude vertueuse ou les passions morales développées par celte habitude puissent avoir assez de force pour lutter contre l'amour de la vie, ou même contre la certitude de perdre en un instant le fruit de toute une vie de travail? Si l'on examine les choses de sang- froid, sans préjugés d'aucune espèce , ne semble-t-il pas manifeste que ce serait une sottise de mourir ou de consentir k sa ruine quand on peut tout sauver en s'écartant, une fois seulement, des principes auxquels on avait résolu de rester toujours fidèle? Sans doute, c'est une douce chose de se sentir estimé et digne d'estime; mais encore, pour jouir de cette douceur, faut -il vivre et rester dans les rangs de ceux à l'estime desquels on s'est accoutumé à mettre un prix si haut. Si l'on meurt, comment sentira-t-on l'estime des vivants? Si la misère nous oblige à sortir du milieu où s'est écoulée toute notre existence passée, pour aller vivre parmi des hommes qui ne nous connaissent pas, avec qui nous n'avons jamais eu de rapports intimes, quelle attention feront-ils k nous et comment serons-nous récompensés de notre sacrifice?
Eh bien , pourquoi ne l'avouerions-nous pas? L'expérience montre que, dans ces cas extrêmes, la vertu faiblit souvent, et l'intérêt matériel, que les circonstances rendent pressant, presque irrésistible, peut l'emporter sur l'habitude vertueuse. Mais en quoi cela peutil infirmer l'idée que nous nous faisons de la vertu, et depuis quand est-ce une preuve de la fausseté d'une théorie que de la trouver conforme à l'expérience ? Au fond, d'ailleurs, n'est-il pas naturel qu'une vertu parfaite, absolument indéfectible, ne soit pas à la portée de l'homme, puisqu'il n'est pas un être parfait? Heureusement, il est perfectible, et il peut toujours chercher les moyens d'arriver à une vertu de plus en plus solide.
— Mythol. Les anciens avaient fait de la vertu une divinité allégorique, .fille de la Vérité. Les Romains lui érigèrent un temple k côté de celui de l'Honneur, qu'il fallait traverser pour pénétrer dans celui de la Vertu, idée ingénieuse pour exprimer que l'honneur ne réside que dans les actions vertueuses. On la représente avec une robe de lin, blanche et sans tache, assise sur un cube, parce qu'elle est inébranlable aux séductions. Tantôt elle tient à la main une palme comme les martyrs , symbole des persécutions qu'elle endure ; tantôt elle tient, comme les triomphateurs, une branche de laurier, ou une «pique comme Minerve, quelquefois un sceptre, comme le dominateur de la terre, et des ailes comme les anges. Une divine allégorie de ce sentiment, c'est une flamme pyramidale escaladant le ciel. Lucien l'a peinte le front affligé, indigné, poursuivie par la Pauvreté , l'air mélancolique et misanthrope à cause des injustices qu'on lui a fait subir et n'osant plus, dans son piètre costume, se présenter devant Jupiter. Sur une médaille de Lucius Verus, la vertu est personnifiée par Bellérophon, monté sur Pégase et armé d'une lance dont il porte des coups mortels à. la Chimère qui le menace,
Raphaël, dans le bas-relief de la statue de Minerve, placé dans le tableau allégorique de la Vérité, a représenté la Vertu élevée sur des nuées, une main sur la poitrine, le siège de la valeur, et de l'autre indiquant aux mortels par un sceptre le pouvoir de son empire. Considérée comme synonyme de la Valeur, la Vertu est peinte en Amazone armée, ou sous les traits d'Hercule avec sa massue. La Vertu héroïque est encore désignée par une femme couronnée de laurier , armée d'une pique et d'un buuelier, et ayant auprès d'elle un laurier où sont attachées plusieurs couronnes destinées à rappeler les victoires qu'elle remporte.
Dans le tableau de Poussin, dont le sujet est le choix d'Hercule, la Vertu est représentée par une femme modestement vêtue d'une longue robe à la grecque fort simple. Un bandeau seul retient ses cheveux flottant sur ses épaules. Son air est modeste; elle indique au héros un rocher nu et stérile comme le symbole du travail, du danger et des difficultés de la route de la gloire.
Le sculpteur Adam l'aîné, en 1743, a représenté la Vertu couronnée de lauriers, un pied appuyé sur le globe de la terre, combattant un serpent, symbole du vice, lui perçant la tête d'une épée et montrant une branche de chêne de l'autre main, sans doute pour caractériser sa fermeté et sa constance.
Nous nous étonnons qu'aucun peintre ou statuaire n'ait jamais eu l'idée de représenter la Vertu avec les attributs du travail modeste , qui lui conviendraient cent fois mieux que ces épées et ces boucliers, attributs de la valeur, mais non de la vertu. Aussi, dans le même ordre d'idées, le portrait de la
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Vertu qui nous semble le mieux conçu et le mieux exécuté est celui du poëte latin, qui a dit:
Vi'rtus amatur et alget.
On l'admire, on l'adore : elle meurt de misère. . — Bot. Vertus des ■plantes. Les propriétés économiques et médicales, ou, comme on disait autrefois, les vertus des plantes, sont étroitement liées à leur organisation et varient d'un genre ou d'une espèce k l'autre ; souvent même elles diffèrent d'intensité, sinon de nature, dans les variétés d'une même espèce, et il" n'est pas rare de voir deux individuSj provenant de graines cueillies sur une même plante , présenter sous ce rapport des écsirts notables, presque des anomalies, suivant le climat, l'exposition, la nature du sol, le mode de culture ou de végétation spontanée, l'âge et la saison, en un mot suivant les conditions très - diverses dans lesquelles ils se sont développés. L'étude des vertus des plantes, notamment en ce qui concerne la distinction entre leurs propriétés réelles et celles qui leur ont été attribuées par l'ignorance ou par des préjugés séculaires, est donc avant tout une étude analytique, et nous ne pouvons songer à reproduire ici les détails qu'a donnés le Grand Dictionnaire dans les articles consacrés aux familles, aux genres ou aux espèces.
Toutefois, il nous parait utile de revenir, d'une manière sommaire, mais synthétique, sur cet important sujet; de présenter quelques vues d'ensemble pour rattacher les innombrables détails disséminés çà et là. Sans doute, ce n'est pas toujours facile; c'est surtout ici qu'il y a lieu d'appliquer l'adage : « Pas de règle sans exception. » Voyons néanmoins s'il ne serait pas possible de rapprocher les espèces végétales, de manière k les réunir eu un certain nombre de groupes naturels. Les végétaux répartis dans chacun de ces groupes devraient présenter entre eux, k défaut d'une identité complète, une analogie plus ou moins grande dans leurs propriétés, et les exceptions seraient plutôt apparentes que réelles. Eh bien, dans l'état actuel de la science, il est possible de trouvera ce problème au moins un commencement de solution satisfaisante, solution dont les progrès des sciences botaniques, physiologiques et médicales nous permettront sans doute d'approcher de plus en plus.
Le mode de groupement qui donne les meilleurs résultats est celui que nous fournit la méthode naturelle. La plupart, la presque totalité des familles, sinon toutes, renferment des plantes plus ou moins diverses d'aspect , mais présentant la plus grande analogie possible au double point de vue de leurs caractères essentiels et de leurs propriétés. Citons-en quelques exemples , et , pour cela, passons rapidement en' revue au moins les familles les plus importantes.
Les renonculacées sont généralement trèsactives, acres, caustiques, très-souvent vénéneuses. Les magnoliacées sont aromatiques, toniques ou stimulantes. Les anonacèes possèdent surtout la première de ces propriétés. Les berbéridées sont plus ou moins acides; les ménispermées, amères et stimulantes, ainsi que les ochnacées. Lés rutacées, surtout leurs feuilles, sont acres, aromatiques, un peu amères, toniques ou fortement excitantes ; cette dernière action se retrouve dans les gèraniacées. Les malvacées, au contraire, sont mucilagiueuses, adoucissantes, émollientes et inolfensives. Les tiliacées s'en rapprochent beaucoup; mais, de plus, elles sont souvent un peu amères, astringentes et légèrement stimulantes. Les théacées les surpassent sous ce dernier rapport. Les clusiacées ou guttifères sont plus ou moins acres et purgatives, k l'exception toutefois de leurs fruits; il en est de même des hypéricinées, qui sont en général aromatiques et résineuses. Les aurantiacées, aromatiques et stimulantes dans leurs feuilles, sont, au contraire, calmantes dans leurs fleurs, plus ou inoins acides et rafraîchissantes dans leurs fruits. Les propriétés des ampélidées se résument dans celles de la vigne et de ses produits, que tout le monde connaît. Les méliacées, sont amères, astringentes et toniques, souvent drastiques et quelquefois vénéneuses. Les sapindacées s'en rapprochent beaucoup à tous égards. Les polygalées sont, amères, toniques, quelquefois un peu acres ou fortement astringentes. Il en est de même des fumariacées. Les papavéracées ont une odeur vireuse désagréable et sécrètent un suc laiteux, blanc ou coloré, acre et caustique, tantôt narcotique, tantôt rubéfiant, tantôt enfin purgatif, émétique et drastique ; ces qualités délétères n'existent pas dansle3 graines. Les crucifères ont, en général, une saveur acre et piquante, une odeur forte et aromatique; mais ces propriétés sont puissamment modifiées par la culture, qui développe en échange les principes aqueux, sucrés et mucilagineux ; en général, les crucifères sont stimulantes et réputées surtout comme antiscorbutiques. Les capparidées partagenttoutesles propriétés des crucifères.Lea viulariées ont pour la plupart, du moins dans leurs racines ou leurs rhizomes, une saveur acre et nauséeuse et exercent une action émétique plus ou moins intense. Les|caryophyllées sont presque toutes insipides et inertes.
Les portulacées sont généralement rafraîchissantes et souvent alimentaires, ainsi que
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les ficoïdées et les cactées. Les cucurbitacèes présentent quelques anomalies; ainsi, leurs racines contiennent un principe résineux, acre et amer, oui les rend purgatives et même drastiques; les fruits ont mie chair plus ou moins fondante, douce et sucrée; les graines sont douces, huileuses et mucilagiueuses. Ces dernières observations s'appliquent aussi aux passiflorées. Les ombelliferes ont une odeur aromatique, souvent vireuse ; elles renferment un suc résineux, uni tantôt à des matières sucrées et mucilagineuses, tantôt à un principe extraetif et un peu amer; dans le premier cas, elles sont alimentaires; dans le second, drastiques ou même vénéneuses narcotiques. Les araliacées ont avec elles les plus grandes analogies. Les rhizopliorées sont riches en principes astringents. Ces derniers se retrouvent dans les onagrariées, mais en faible proportion et associés à un mucilage abondant et à. une huile essentielle. Les combrétacées ont des écorces astringentes et des graines oléagineuses. Les mélastomacées sont rafraîchissantes ou stimulantes. Les myrtacées sont essentiellement aromatiques, astringentes, toniques et excitantes. Les rosacées sont astringentes et toniques; mais leurs fruits sont plus ou moins sucrés, acidulés et rafraîchissants. Le vaste groupe des légumineuses, si intéressant au point de vue de l'alimentation de l'homme et des animaux, n'a pas de propriétés médicales bien tranchées ni bien uniformes, quoiqu'il fournisse à la thérapeutique des agents assez nombreux et très-variables dans leur action. Les térébinthacées, l'un des groupes les plus intéressants au point de vue médical, sont stimulantes, souvent astringentes; plusieurs renferment un sue laiteux, de nature gommo-résineuse, et quelquefois vénéneux ; les fruits et les graines ont en général une saveur douce et agréable. Les rhamnées sont amères, plus ou moins astringentes et toniques; les célastrinées et les uicinées participent à ces propriétés. Les campanulacées et les lobéliacées ont presque toutes un suc laiteux, amer ou acre, purgatif, drastique ou même vénéneux, mais souvent tempéré par un mucilage assez abondant pour rendre quelques espèces alimentaires. Les caprifoliacées sont plus ou moins astringentes et purgatives, sauf leurs fleurs, qui sont mucilagineuses. Les rubiacées sont amères, astringentes, souvent émétiques ou fébrifuges. Les valérianées sont assez excitantes. Les dipsacées sont amères, astringentes et toniniques, mais à un faible degré. Ces propriétés sont bien plus marquées dans les composées], qui sont essentiellement toniques ou stimulantes.
Les éricinées se font remarquer surtout par leur saveur, tantôt acre ou acerbe, tantôt âpre et astringente. Cette dernière propriété se retrouve dans les ébénacées, les jasminées, les oiéinées, les sapotacées, les plombaginées, les plantaginées, etc. Les globulariées sont plus ou moins purgatives ; les personnées, plus ou moins acres, quelquefois suspectes et délétères. Les acanthacées sout, pour la plupart, mucilagineuses, expectorantes et émollientes; quelques-unes, acres ou amères et excitantes. Les labiées ont une odeur forte, pénétrante, quieu fait les plantes aromatiques par excellence ; elles sont toniques rou stimulantes, souvent employées comme parfums ou condiments ; elles renferment une huile volatile abondante. Les verbénacées s'en rapprochent beaucoup, mais sont plus excitantes. Les borraginées sont adoucissantes et peu énergiques. Les convolvulacées renferment un suc de nature résineuse, qui les rend plus ou moins purgatives..Les gentianées occupent un des premiers rangs parmi les amers ; aussi sontelles toniques, stomachiques et fébrifuges. Lessolanêes ont une odeur nauséeuse et une saveur vireuse qui suffiraient pour les rendre suspectes; la plupart sont des poisons uarcotico-âcres plus ou moins violents; toutefois, quelques-unes sont alimentaires. Les apocynées, les asclépiadées et les loganiacées renferment presque toutes un suc laiteux, acre, et possèdent des propriétés émôtiques'et purgatives fort énergiques; quelques-unes sont même des poisons actifs.
Les nyctag'mées sont faiblement purgatives ; les amarantacées, mucilagineuses ; les atriplicées, rafraîchissantes, quelquefois salées; les polygonéos, plus ou moins acides, quelquefois purgatives dans leurs rauines. Les laurinées sont aromatiques, riches en camphre et en huiles volatiles. Les aristolochiées sont acres ou amères, le plus souvent stimulantes, quelquefois émétiques. Les euphorbiacées sont pour la plupart caractérisées par la présence d'un suc laiteux, gommorésineux, de saveur acre et brûlante, qui leur communique des propriétés très-aetives,mais souvent drastiques et même vénéneuses. Les pipéracées ont des propriétés aromatiques dues à une résine acre et à une huile volatile. Les urticées sont généralement rafraîchissantes ; les amentacées, astringentes; les conifères, résineuses, quelquefois toniques ou excitantes.
Les orchidées ne se font guère remarquer que par leurs tubercules, riches en fécule et servant à la préparation du satep. Les scitamiiiêes ont des rhizomes aromatiques et féculents, riches en huiles essentielles, employés en médecine connue stimulants et stomachiques , et en économie domestiqué
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comme parfums ou condiments. Les musacées ont des fruits souvent alimentaires. Les iridéesontdes rhizomes composés en grande partie de fécule, à laquelle est associé un principe acre et irritant, qui leur donne des propriétés émétiques ou purgatives trèsénergiques. Les liliacées et les narcissées ont des bulbes composés de fécule et de mucilage, accompagnés souvent d'un principe gommo-résineux, acre ou amer, stimulant, quelquefois émétique. Les dioscorées ont des rhizomes charnus, féculents, mucilagineux, sucrés, souvent alimentaires. Les mélanthacées ont des organes souterrains féculents, acres; purgatifs, vermifuges, mais plus ou moins drastiques et souvent vénéneux. Les palmiers fournissent des produits très-variés, mais peu usités en médecine, et qui intéressent surtout l'économie domestique et les arts industriels. Les graminées renferment une
Îiroportion plus ou moins grande de sucre, et eurs grains farineux forment, dans les pays civilisés, la base de la nourriture de l'homme. Les cypéracées, au contraire, sont en général insipides, inodores et uniquement propres à des usages mécaniques. Les aroïdées ont des rhizomes féculents, renfermant, en outre, un principe acre, souvent vénéneux et vésicant, mais dont on peut les débarrasser par la cuisson, la torréfaction ou d'autres procédés. Il en est à peu près de même des alismacées, mais à un moindre degré. Les jiaïadées sont des plantes généralement inertes.
Les fougères ont des tiges souterraines féculentes et nutritives ; il s'y joint un principe amer, quelquefois stimulant, purgatif ou vermifuge; ces propriétés s'affaiblissent dans les feuilles, qui sont mucilagineuses, légèrement aromatiques et astringentes et empbyées comme bèchiques. Les mousses et les hépatiques, autrefois fort vantées, sont presque entièrement dépourvues de propriétés. Les lichens sont mucilagineux, amers, bèchiques. Les champignons ont des qualités très-diverses; on trouve parmi eux des aliments délicieux et des poisons violents.
Enfin les algues donnent des matières mucilagineuses, de la mannite, de l'iode, de la soude, etc.
Outre les analogies botaniques, les qualités physiques des plantes peuvent nous donner quelques indications sur leurs propriétés. Ainsi, la saveur peut nous guider dans cette appréciation ; mais il faut se rappeler qu'elle varie souvent beaucoup, suivant que le végétal est vert ou sec. Les plantes insipides sont le plus souvent sans action. La fadeur dans le goût indique des propriétés très-fuibles, délayantes, humectantes ou débilitantes. Les saveurs mucilagineuse ou huileuse caractérisent les plantes émollientes. La saveur acide, suivant qu'elle est faible ou de plus en plus prononcée, est l'indice d'une action humectante, désaltéranto, astringente ou styptique. L'amertume appartient aux plantes toniques ; la saveur aro-. manque y ajoute une propriété stimulante; l'âcreté correspond à une grande activité dans l'excitation des fonctions vitales. En général, plus la saveur est prononcée dans les plantes, plus leur mode d'action est énergique. Quand cette saveur devient amère, nauséeuse, la plante est plus ou moins narcotique ou même vénéneuse.
L'odeur des végétaux offre moins de ressource que leur saveur pour la connaissance de leurs propriétés. Comme celle-ci, d'ailleurs, elle diminue en général ou même se perd complètement par la dessiccation; elle augmente, il est vrai, dans certains cas. Au reste, ces deux qualités se lient assez étroitement l'une à 1 autre. Les plantes mucilagineuses, huileuses, amères, astringentes ou acides sont, en général, peu ou point odorantes. L'odeur piquante, qui caractérise la plupart des crucifères, indique des propriétés actives, untiscorbutiques. L'odeur alliacée dénote une action fortement excitante à l'intérieur, vésicante à l'extérieur. L'odeur aromatique appartient à des stimulants plus ou moins énergiques. L'odeur narcotique ou vireuse trahit les plantes vénéneuses. Il y a encore quelques odeurs plus difliciles à classer.
La couleur des plantes est un indice beaucoup moins sûr que les précédents; elle peut néanmoins, dans certains cas, fournir des données. En général, comme le fait remarquer A. Gautier, les couleurs fixes et qui passent peu a la dessiccation indiquent des propriétés assez énergiques; les couleurs peu solides, au contraire, appartiennent ordinairement à des plantes dont les propriétés sont faibles.
La couleur blanche semble caractériser les plantes peu actives; elle coïncide très-fréquemment avec des odeurs ou des saveurs faibles ou nulles. Le vert est tellement répandu qu'il ne peut guère caractériser une propriété spéciale; on peut néanmoins le regarder comme indiquant l'acerbité, la verdeur dans le goût. Le rouge est un indice plus sûr de la présence d'un acide ; quand il est foncé, il dénote l'astringence; s il passe au rouge brun, on a des propriétés astringentes et toniques réunies. Le jaune est la couleur de presque tous les amers, qui sont aussi toniques; quelquefois l'amertume dégénère en une âcreté caustique, caractéristique des poisons. Le bleu ou le bleuâtre fixe accus» des -propriétés vénéneuses; toutefois,
VERT
les fleurs bleues dont la couleur change ou passe aisément sont en général inoffensives. Le vert bleuâtre ou glauque a quelque chose de suspect. Le brun noirâtre et surtout le noir sont les meilleurs signes d'une action délétère ; dans les fleurs surtout, ils indiquent de vrais poisons ; il suffit qu'une planté présente quelques taches noires pour qu'on doive s'en délier; tous les fruits noirs, s'ils ne sont pas toujours dangereux, renferment au moins quelque principe malfaisant.
Disons encore, en terminant, tv •" les propositions énoncées dans cet ari.o, „ ne constituent pas, pour la plupart, des lois absolues, mais des données générales comportant des exceptions plus ou moins nombreuses.
— Allas, bist. Vertu, (a n'o» ça 'un nom !
Cri désespéré de Brutus vaincu, avant de se précipiter sur son épée. Après la deuxième bataille de Philippes, Brutus, vaincu et désespérant du salut de la république, gagna avec quelques amis une hauteur voilée par un rideau d'arbres, où il s'arrêta pour accomplir ce qu'il appelait sa délivrance. Voici, d'après Plutarque, le récit de cette mort héroïque : » ... La nuit était fort avancée; dans une heure le jour allait reparaître. Brutus se pencha vers Clytus, un de ses serviteurs, et lui dit quelques mots tout bas. Clytus ne répondit point; mais on vit des larmes jaillir de ses yeux. Alors Brutus, se tournant vers son écuyer Dardanus, lui dit aussi quelques mots tout bas. Enfin, s'adressant en grec à Volumnius : « Ami, lui dit-il, souviens-toi que » nous sommes des compagnons d'enfance ; » souviens-toi que nous avons étudié ensem- » ble; souviens-toi que nous avons été réu- » nis par la même cause; eh bien, le moment » est venu de me prouver ton amitié. Volum-
• nius 1 Aide-moi à mourir. — Comment cela? » demanda Volumnius. — En assumant le coup » dont je veux me tuer. — 0 Brutus! • s'écria Volumnius épouvanté. Et, se levant, il s'éloigna rapidement. Brutus insista; mais Volumnius, sans répondre, se contenta de secouer la tête en signe de dénégation. On entendit alors de l'autre côté de la rivière ce même bruit que l'on avait déjà entendu. •« Il » faut fuir, dit un des amis de Brutus. — » Oui, certes, il faut fuir, répondit celui-ci;
• mais, pour cette fuite, il faut se servir des » mains et non des pieds. » Puis, serrant la main à tous ceux qui se trouvaient là, il leur dit avec un air de gaieté : a Allons, je vois » avec bonheur que je n'ai été abandonné » par aucun de mes amis, et que si j'ai à me
■ plaindre du sort, ce n'est que pour ce qui
■ concerne la patrie. Je m'estime donc bien » plus heureux que mes vainqueurs non-seu- » lement quant au passé, man pour le pré-
■ sent même; car je laisse après moi une ré- » putation de vertu que jamais ni leurs armes » ni leurs richesses ne pourront leur acquérir » ni faire transmettre à leurs descendants;
• et, quelque chose qu'ils fassent, on dira
■ toujours d'eux qu'injustes et méchants ils » ont vaincu des gens de bien pour usurper
> une domination à laquelle ils n'avaient au-
• cun droit. Et, maintenant, ajouta Brutus,
■ pourvoyez à votre sûreté, amis, et ne vous
> occupez plus de moi... >
■ Alors Brutus se retira à l'écart avec deux ou trois amis, au nombre desquels était Straton, et, à force de prières, ayant obtenu de celui-ci ce que lui avait refusé Volumnius, il lui remit son épée, dont il fixa des deux mains la poignée contre terre. Brutus s'élança sur la pointe avec une telle roideur, qu'il se perça d'outre en outre et mourut sur le coup... » On rapporte qu'au moment suprême, il laissa échapper cette parole d'araère déception : Vertu, tu n'es qu'un nom! Ce mot a paru peu digne d'un si grand courage et d'un philosophe stoïcien ; mais nous pensons qu'il a été mal compris. Selon l'opinion des stoïciens, Brutus ne séparait pas la vertu de la liberté. Il ne se donna la mort qu'après avoir été vaincu, c'est-ù-diro après avoir acquis la triste certitude qu'avec la corruption des mœurs et l'asservissement de l'empire, la liberté ne pouvait être rétablie ; que ce beau titre de citoyen romain ne devenait qu'une qualification illusoire, qui ne permettait plus l'exercice de la vertu; de la vertu, qui par là devenait un vain nom, et à laquelle le philosophe, qui en avait fait jusque-là son idole, devait se sacrifier. Cette manière de voir n'est pas celle de M. de Lamartine dans son Cours de littérature : i Vertu, tu n'es qu'un nom I Ce mot, indigné, de Brutus contre la partialité de la Providence en faveur des méchants, prouve que Brutus n'était pas encore assez philosophe. S'il avait étudié plus profondément la nature des choses, il aurait compris pourquoi le succès est presque toujours ici-bas du côté des mauvaises causes : c'est que le nombre fait le succès, et que, le plus grand nomure des hommes étant ignorant ou pervers , il est toujours facile aux méchants de trouver des complices et d'écraser sous le nombre la justice, la vérité ou la vertu. ■
Mais voici une autre version qui tend à modifier l'idée qu'on doit se faire de la suprême exclamation de Brutus. Nous l'empruntons au dernier ouvrage de M. Bonvalot, savant professeur du lycée Charlemagne. > ... Alors, levant les yeux au ciel, Brutus prononça les deux vers de la Afe'dée d'Euripide :
VERr
0 Jupiter ! ne perd3 pas de vue l'auteur de pareils maux!
Vertu, vain nom, vaine ombre, esclave du hasard I hélas ! j'ai cru en toi 1 •
Ainsî, cette maxime que l'on a tant reprochée ii Brutus comme étant de lui : « Vertu, tu n'es qu'un noml » ne serait point une maxime, ne serait point un mot de Brutus, mais simplement une citation d'Euripide.
Le cri désespéré de Brutus a souvent inspiré la poésie :
Quand Brutus s'écria sur les débris de Rome : Vertu, lu n'es qu'un nom! il ne blasphéma pas. 11 avait tout perdu, sa gloire et sa patrie, Son beau rêve adoré, sa liberté chérie. Sa Poreia, son Cassius, son sang et ses soldats; Il ne voulait plus croire aux choses de la terre. Mais quand il se vit seul assis sur une pierre, En songeant à la mort, il regarda les cieux. Il n'avait rien perdu dans cet espace immense; Son cœur y respirait un air plein d'espérance; Il lui restait encor son épée et ses dieux.
A. de Musset.
Déjà ton œil ruse" lorgne un septième emploi. Poursuis, rhéteur doré ; dans nos jours de souffrance, Il faudrait seulement, pour affamer la France, Dix philosophes comme toi!
Et nos grands citoyens, qu'un peuple déifie, Sont mangés au festin de la philosophie, Eux qui montrent des bras noircis par le canon! Oh! devant ces tableaux qui brûlent la paupière, Crions, en aiguisant le poignard sur la pierre : O vertu ! tu n'es yliii qu'un nom !
Barthélémy.
« C'est là ce qui m'a donné cet air de philosophie, qu'on dit que je conserve encore, car je devins stoïcien de la meilleure foi dti monde, mais stoïcien à lier; j'aurais voulu qu'il m'arrivât quelque infortune remarquable, pour déchirer mes entrailles, comme ce fou de Caton, qui fut si fidèle à sa secte. Je fus deux ans comme cela, et puis, je dis à mon tour, comme- Brutus : O vertu! tu n'es qu'un fantôme I... »
Vauvenargubs.
■ N'attendons point la trahison prochaine de la bataille de Philippes pour reconnaître cette vérité accablante, et nous écrier avec Brutus, en périssant : ■ Vertu, pairie, li- » berté, Égalité, vous n'êtes que des fantômes, » et te ciel fit le peuple pour les tyrans , • comme les insectes pour être la pâture » des oiseaux I »
Camille Desmoulins.
— Où la vertu va-t-elle se nicher? Mot de
Molière. V. nicher.
VERTUBLEU interj. (vèr-tu-b!eu — euphémisme pour vertu Dieu). Sorte de juron usité dans l'ancienne comédie : Vertcbleu ! petit compère-, que vous êtes habile à donner des assiettes nettes! (Mol.)
Vertubleu ! mon neveu , comme vous êtes brave!
Destouciies.
" VERTUCHOU ou VERTU - CHOU interj. ( vèr-tu-chou). Sorte de juron burlesque : VertuchouI si je me marie, ce superflu-là sera mon nécessaire. (Mariv.)
VERTCE (Georges), graveur et antiquaire anglais, né à Londres en 1684, mort en 1750. A Vàge de treize ans, il fut mis en apprentissage chez un graveur français établi it Londres. De 1702 à 1709, il travailla sous la direction de Michel Vandergucht et s'établit ensuite pour son propre compte. Grâce à l'amitié de sir Godfrey Kneller, qui facilita beaucoup ses débuts, et à son propre talent, il reçut de nombreuses commandes et se trouva bientôt sans rival dans son art en Angleterre. Pendant le règne de la reine Anne, Vertue grava une foule de portraits d'après Kueller, Dabi, Richardson, Jervase, ■Gibson, etc., et, à l'avènement de George 1er j il exécuta," d'après le portrait de ce prince par Kneller, une grande médaille dont on vendit plusieurs centaines de reproductions. Vers la même époque, il commença les recherches pour son Histoire des arts en Angleterre; il fit dans ce but un grand nombre de voyages dans la Grande-Bretagne et devint, en 1717, graveur de la Société des antiquaires, dont il était déjà membre. Vertue fut l'ami intime des personnages les plus éminents. de l'époque, et notamment du comte d'Oxford] du prince de Galles, de lord Colcraine et d'Horace Walpole, dont les Anecdotes sur la peinture en Angleterre ont été écrites d'après les nombreux matériaux recueillis par Vertue, et qui ne formaient pas moins de 40 volumes, <l épaisseur et de format différents. L'œuvre de ce dernier renferme une foule de pièces; Walpole, qui en donne la liste dans son Catalogue des graveurs anglais, les partage en dix-huit catégories. Les plus connues sont : les portraits de l'archevêque Tillotson, des po&tes Gourer, Chaucer* Spencer, Shakspeare, Ben Johnson, Beaumont, Fletcher, Milton, Butler. Cowley, Waller et Dryden; du roi Charles /« et de neuf des fidèles martyrs de sa cause ; des rois d'Angleterre, pour la traduction anglaise de l'Histoire d'Angleterre de Rapin, etc. Vertue était aussi un peintre assez habile; il faisait partie depuis 1713 de l'Académie de peinture, fondée à Londres la même année.
VERT
VERTUEUSEMENT adv. ( vèr-tu-eu-zemun — rad. vertueux). D'une manière vertueuse, avec vertu : Vivre vertueusement. Se conduire vertueusement. Le pouvoir ett lourd à porter et l'humanité rude à servir quand on lutte vertueusement contre tes passions et ses erreurs. (Guizot.)
VERTUEUX, EUSE adj. (vèr-tu-eu, eu-ze— rad. vertu). Qui a de la vertu : Homme vurtueux. Femme vertueuse. Cœur vertueux.
Ame vertueuse. L'homme qui demeure vertueux au sein des grandeurs était digne d'elles. (La Rochef.) Je ne vois rien de grand et de beau que d'être libre et vertueux. ( J.-J. Rouss.) Celui qui n'aurait pas à combattre contre ses penchants serait innocent plutôt que vertueux. (De Bonald.) Les avares sont vertueux par économie : les vices sont trop chers pour eux. (A. d'Houdetot.) Le gibei est une flatterie pour le genre humain ; on fait mourir trois ou quatre personnes pour persuader aux autres qu'elles sont vertueuses. (Dubucq.)
On n'est pas vertueux pour n'avoir aucun vice.
Aubert.
— Chaste , pudique , en parlant d'une femme : Une coquette peut bien être vertueuse, mais elle n'est jamais innocente. (Mme Cottin.) Une femme vertueuse a dans le cœur une fibre de moins où de plus que les autres femmes. (Balz.)
— Inspiré par la vertu : Action vertueuse. Résolution vertueuse.
— Substantiv. Personne vertueuse : Nonseulement les grands hommes se laissent entraîner au vice, mais les vertueux mêmes se démentent et sont inconstants dans le bien. (Vauven.)
— Hist. Titre donné aux partisans de Ro- " bespierre, qui donnaient à leurs adversaires les épithètes de pourris et de corrompus.
VERTUGADE s. f. Syn. de vertuqabin.
VERTUGADIN s. m. (vèr-tu-ga-dain — dimin. du vieux mot vertugade, que l'on explique par vertu en garde. Les Espagnols donnent au même objet le nom de guarda-infante, garde-enfant). Modes, Bourrelet que les femmes portaient autrefois au-dessus da leur corps de jupe, pour le faire bouffer; robe rendue bouffante par un de ces bourrelets :
Les dames en vertugadin
Promenaient la robe ballante.
Dsmoustier.
Il On a dit aussi vertugade et vertuqale.
— Hortic. Glacis de gazon en amphithéâtre, qui fait souvent partie des jardins français.
— Encycï. Modes. C'est d'Espagne que nous vinrent,lesvertugalesouoeWuja2(iis. En trèspeu de temps, le goût des vertugadins devint, comme tout ce qu'adoptent les femmes, une fièvre, une folie; il résista aux. édits de Charles IX et de Henri III, et, ce qui semblera plus incroyable, aux chansons, satires et quolibets auxquels il fut en butte. Henri III avait fait des ordonnances très-sévères, d'abord pour arrêter la mode des vertugadins et ensuite pour en limiter l'usage dans les classes élevées; elles eurent peu d'effet, et elles étaient déjà tombées en désuétude lorsque Henri IV devint roi de France. Henri IV aurait dû protéger cette mode , car il lui avait dû la vie lors du massacre de la Saint- Barthélémy. Les égoigeurs de son doux beau-frère Charles IX et de sa belle-mère Catherine le cherchaient dans ses appartements du Louvre. Us allaient l'atteindre, lorsqu'avec sa présence d'esprit ordinaire il poussa Marguerite de Valois, sajeuue femme, sur un fauteuil et se jeta... sous ses vertugadins; si bien que, lorsque les massacreurs se présentèrent, Marguerite leur dit de l'air le plus naturel : « L'oiseau que vous cherchez vient de s'envoler par la fenêtre. » Pendant qu'ils s'éloignaient passablement déconfits, notre Béarnais riait sous... cape. Cela ne le réconcilia pas avec les vertugadins. Il lança, lui aussi, son édit, qui d'ailleurs n'eut^pas un effet plus durable que les précédents. Sous son fils Louis XIII, les bourgeoises ne se faisaient même plus faute d'imiter les grandes daines, et celles-ci ne trouvèrent pas d'autre moyen de se distinguer de leurs imitatrices que d'exagérer encore les dimensions de leurs jupes. On en a la preuve par le Discours sur la mode, publié en 1613 :
Le grand vertugadin est commun aux Françoises, Dont usent maintenant librement les bourgeoises, Tout de mestne que font les dames , si ce n'est Qu'avec un plus petit la bourgeoise paroist; Car les dames ne sont pas bien accommodées Si leur vertmjadin, n'est large dix coudées.
Les parlements, celui de Paris entre autres, dont les membres vivaient en grande familiarité avec les femmes de qualité , n'avaient jamais sérieusement songé à faire exécuter les édits contre les vertugadins ; cependant, ceux de Dombes et d'Aix prétendirent faire respecter la loi. Le parlement d'Aix n'entendait pas que de tels correctifs déshonorassent la taille des belles Arlésiennes, taillées, on le sait, sur le modèle de la Vénus Callipyge, En 1619, ii rendit obligatoires, par un arrêt, les ordonnances antérieures, et tout le beau sexe de la généralité s'empressa d'obéir. Un seul cotillon sembla se mettre er rébellion ouverte contre cet
VERT
arrêt. La rumeur publique le désigna à la cour, qui le cita à comparoir en la personne de demoiselle de Lacépède, veuve du sieur de La Coste. Cette dame s'avança jusqu'à la barre avec le corps même du délit, c'est-àdire vêtue d'une robe séditieusement vaste dans sa circonférence. Le tribunal fulminait déjà contre un pareille audace, lorsque, d'un mot, l'accusée lit tomber la colère des graves magistrats : elle déclara sur l'honneur que cette exagération de hanches, objet de l'inculpation, était nn don de nature ; elle avait reçu du ciel un vertugadm contre lequel ne pouvaient rien édits et ordonnances. Le cas était délicat. On parla de vérification ; mais la cour s'en tint à la parole de la dame mise en cause.
Le vertugadin avait fini par se généraliser à ce point que les grandes dames en éprouvèrent du dépit. Une fois convaincues que rien ne pourrait empêcher les bourgeoises de rivaliser d'ampleur avec elles dans les promenades et dans tous les lieux publics, elles renoncèrent d'elles-mêmes à leurs vertugadins , et cette superfiuité disparut de leur toilette.
Mis de côté pendant près d'un siècle, le vertugadin reparut vers 1718 ou 1719 et prit presque aussitôt le nom de panier ( v. ce mot). Plus tard vinrent les crinolines (v. aussi ce mot) , les tournures et autres inventions du même genre, différentes seulement par le nom.
VERTUMNALES s. f. pi. (vèr-tumm-na-le ou vèr-tomm-na-le — lat. vertumnalia ; de Vertumnus, Vertumne). Antiq. roni. Fêtes qu'on célébrait en l'honneur de Vertumne.
VERTUMNE s. m. (vèr-tumm-ne ou vèrtomm-ne). Helminth. Kyn. de phénicure ou PHŒNtcURB, genre de vers marins.
— Entom. Nom vulgaire d'un papillon du genre coliade,
VERTUMNE, divinité romaine, d'origine étrusque, qui présidait aux saisons, et dont le nom vient de verlere, tourner, qui se rattache à la racine sanscrite vart, même sens, d'où artu-vartti, année, révolution des saisons, et varlli, circonférence. Vertumne présidait surtout à l'automne et, en cette qualité, était le dieu des vergers, des fruits et du vin. Les transformations de la nature, la succession des saisons étant dans ses attributions, les postes lui attribuèrent ia faculté de changer de forme à son gré. 11 en profita pour séduire la nymphe Pomone,qui avait résisté jusqu'alors aux secrets désirs de l'Amour, et devint ainsi son époux; mais ce ne fut qu'après avoir mis en œuvre un grand nombre de ruses.' Il prit successivement la figure d'un laboureur, d'un vigneron, d'un moissonneur et, en désespoir de cause, celle d'une vieille femme, et ce fut précisément sous Cette dernière forme qu'il parvint à se faire écouter par l'ingénue sans défiance. Ovide, au livre XIV de ses Métamorphoses, a poétiquement raconté les amours de Vertumne et de Pomoue.
Vertumne, à cause des transformations auxquelles il présidait dans l'imagination poétique des anciens , était adoré sous une infinité de formes ; de là le pluriel employé par Horace, dii Vertumni; de là encore le proverbe d'après lequel les gens inconstants et capricieux étaient nés iratis Vertumnis. Ce dieu avait a Rome un temple près de la place où s'assemblaient les murchands et une statue célèbre au coin du grand Vélabre et du Vi'cuf Tuseus. On le représentait sous les traits d'un jeune homme ayant une couronne d'herbes de différentes espèces, tenant des fruits de la main gauche, et de la droite une corne d'abondance.
Dans les écrits des poètes, le nom de Vertumne revient souvent pour désigner le dieu qui préside à l'automne, la puissance secrète qui fait éclore et mûrir les fruits :
Du printemps qui s'enfuit conservant les couleurs, Partout les fruits naissants out pris l'éclaldes ileurs. Et Vertumne est paré des doux attraits de Flore.
Miciiaud.
Cette douce chaleur, qui mûrit, qui colore Les trésors de Vertumne et les présents de Flore.
De Réunis.
J.-B. Rousseau, pour exprimer que le déclin de l'automne a jauni les feuilles, a dit d'une manière aussi poétique qu'ingénieuse : Vertumne a changé ses livrées.
VERTUS, bourg de France (Marne), ch.-lde eunt., arrond. et à 28 kilùiti. S.-O. de Chà~ lons-sur-Marne, à la source de la petite rivière de la Berie; pop. aggl., 2,362 hab. — pop. toi., 2,520 hub. Récolte et commerce de vins rouges et blancs. L'église paroissiale, classée au nombre des monuments historiques, est une construction gothique sous laquelle s'étend une crypte renfermant des statues et des pierres mmulaires. Ce bourg était autrefois fortifié ; on voit encore une porte, seul reste de l'ancien mur d'enceinte. C'était autrefois le chef-lieu d'un comté appartenant à la maison d'Orléans. Aux environs, sur une colline qui domine Vertus, se trouvent les ruines du château féodal de Mont-Aymé.
Le vignoble de Vertus, d'une contenance de 3*3 hectares, ne produisait autrefois que du vin rouge d'excellente qualité. Aujourd'hui, pour peu que l'année soit bonne, tout est converti en vin blanc. Le sol y est trèsfort. Sur plusieurs points, la couche arable
VERT
a plus de 1 mètre d'épaisseur; les meilleures vignes sont : Montferré, Foucherat, Chantereine; leurs vins sont fermes, vineux et se rapprochent de ceux de la montagne de Reiras. La vendange est plus souvent achetée en raisins que convertie sur place eh vin. Le vin rouge de Vertus, dans les meilleures années, se vend de 100 fr. à 150 fr. la pièce; il avait autrefois son principal débouché en Belgique; il reste aujourd'hui dans le département qui l'a produit.
Dans une délicieuse ballade sur le sac dé la ville de Vertus et sur la ruine de son domaine; pillé et brûlé par les Anglais, le poëte Eustuche Deschamps, né à Vertus, parle des bons vins de son pays.
Vertus (NOTRE-DAMK-DBS-). V. AUBEKVIL- L1ERS.
VERT- VERT s. m. Marbre à fond vert d'eau foncé, mêlé de blanc verdutre.
Vert-Vert, poëme badin, par Gresset (1733, in-12). Le fond de ce spirituel ouvrage est si léger qu'il échappe presque à l'analyse, et il a fallu toutes les ressources d'un esprit enjoué et délicat pour piquer la curiosité et entretenir l'attention du lecteur. C'est l'histoire d'un perroquet qui fit longtemps les délices des visitandines de Nevers. Gresset peint avec complaisance les rares qualités de ce savant et saint oiseau :
Né tendre et vif, mais encore innocent, Bref, digne oiseau d'une si sainte cage, Par son caquet digne d'être au couvent... 11 badinait même avec modestie, Avec cet air timide et tout prudent Qu'une novice a, même en badinant...
Il savait même un peu de soliloque Et des traits fins de Marie Atacoque.
En peignant le digne élève des novices, le
f>o6te sait envelopper dans son aimable railerie celles qui l'ont si bien instruit : A son réveil, de la fraîche nonnette.
Libre témoin il voyait la toilette; Je dis toilette et je le dis tout bas...
Toutes ces petites- scènes sont dessinées d'un crayon léger et spirituel. Mais quel bonheur est durable? Les visitandines de Nantes, qui ont entendu parler du merveilleux oiseau, prient leurs sœurs de Nevers de le leur abandonner pour quelques jours. A Nevers, on pleure et on se résigne; Vert- Vert part; mais en voyage, il apprend de trois dragons, de deux nymphes et d'un gros moine un nouveau vocabulaire beaucoup moins édifiant que l'ancien. A Nantes , il épouvante le monastère et fait trembler les grilles de ses jurons épouvantables. On renvoie à Nevers ce suppôt de Satan. Là, il est jugé par le conseil de l'ordre, qui, d'une voix, le condamne au jeûne , à la solitude, nu silence. On lui donne pour gardienne une vieille douairière,
Singe voilé, squelette octogénaire, Spectacle fait pour l'œil d'un pénitent.
Le pécheur revient enlin à de meilleurs sentiments; mais il en est si généreusement récompensé , qu'il meurt d'une indigestion : Bourré de sucre et brûlé de liqueura, Vert-Vert, tombant sur un tas de dragées, En noirs cyprès vit ses roses changées. Tel est le sujet de cette œuvre légère, où l'art de raconter de petits riens et de peindre d'innocents ridicules suffit à soutenir l'intérêt. « L'autorité absolue des douairières, dit Campenon, les petites rivalités des sœurs, ce bourdonnement de voix qui ressemble au bruit d'une ruche d'abeilles, tout cela est dépeint avec une fidélité de couleur qui fait tout sentir, avec une mesure qui satisfait à toutes les convenances. •
Ve«-Ven, opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Henri Meilhac et Charles Nuitter, musique de M. Jacques Offenbach ; représenté à l'Opéra-Comique le 10 mars 1809. Le livret a été imité d'une ancienne pièce de MM. de Leuven et Desforges, dans laquelle Mlle Déjazet a obtenu un grand succès il y a près de quarante ans. La scène se passe dans un pensionnat. La sous-directrice a épousé secrètement le maître à danser Baladon.
Deux pensionnaires sont aussi plus ou moins mariées à deux officiers de dragons. On voit déjà que les librettistes ont pris la salle Favart pour le passage Choiseul ; mais ce n'est rien encore. Le perroquet, héros du joli poSme de Gresset, vient de mourir; le jardinier Binet l'enterre dans une platebande du jardin , aux accents du chœur funèbre. Il y a là un neveu de ia directrice qui est élevé dans ce gynécée et qui fait la cour à une demoiselle Mimi ; il reçoit le nom du défunt et hérite de ses prérogatives. La directrice l'envoie toutefois voyager sous la conduite du jardinier Binet. Mimi se desespère; elle trouve l'uniforme d'un de ces messieurs les dragons, s'en revêt et court après son amant, qu'elle retrouve dans une auberge donnant la réplique à une chanteuse de théâtre , la prima donna Corilla. Elle gagne à sa cause les deux dragons, qui grisent Vert-Vert et le ramènent au pensionnat; arrivés là, les dragons profitent du trouble de la sous-directrice, qui s'est laissé surprendre avec le Vestris Baladon, pour emmener leurs femmes, et Mimi s'empare de l'inconstant Vert-Vert. Laissons au lecteur le soin de juger de la valeur de ce livret. M. Offenbach n'a pas été plus heureux que lors-
VERV
qu'il a fait jouer Barkouf au même théâtre; et cependant c'est, à notre avis, son meilleur ouvrage comme compositeur. On l'eût accueilli avec faveur s'il eût été donné aux Bouffes-Parisiens. La romance de Vert- Vert: Oui, l'oiseau reviendra dans sa caga Retrouver le bonheur qui l'attend,
est agréable. Il faut en dire autant de l'air du coche, dont l'accompagnement est ingénieux. 11 y a aussi à la tin du troisième acte un quatuor d'un assez joli effet. Chanté par Capoul, Sainte-Foy, Gailhard, Couderc, Potel, Mlles Girard, Cico, Moisset, Tuai.
VEHUCCHIO, bourg du royaume d'Italie, province de Forli, mandement et district de Rimini; 3,15ù hab.
VÉRUCULÉ, ÉE adj. (vé-ru-ku-lé — du lat. veruculum, dimin. de veru, broche). Ilist. nat. Qui a la forme d'une petite broche.
VÉRUE s. f. Agric. Ver qui attaque les grains de raisin.
VERCLA, ville de l'Italie ancienne. V.Veroli.
VERULAM, ville de la Bretagne romaine, dans la province delà Flavie Césarienne. On en voit les ruines au nord de Saint-Albun, dans le comté d'Hertford (Angleterre). Au moven âge, elle existait encore et possédait le titre de baronnie. François Bacon fut baron ûeVerulam.
VÉRULAME s. f. (vé-ru-la-me). Bot. Genre de plantes, de la famille des rubiacées.
VÉRUMONTANUM s. m. (ve-ru-mon-tanomm — mot lat. formé de veru, broche, dard ;montunus, de montagne, élevé). Anat. Crète saillante, allongée, placée dans la prostate au devant du col de la vessie.
— Encycl. Arrondie à son extrémité postérieure, cette crête s'amincit en avant et se termine en pointe. Plusieurs ouvertures existent sur sa surface et sur les parties les plus voisines; deux d'entre elles, constamment placées sur les côtés d'e son extrémité antérieure;'sont le$ embouchures obliques et à peine visibles des conduits éjaculateurs; les autres, en nombre indéterminé, sont les orifices des canaux excréteurs de la prostate. Au devant du vérumontanum, sur la partie de la surface interne de l'urètre qui répond au bulbe , on trouve encore les orifices des conduits des glandes de Cooper. Le vérumontanum peut acquérir un volume considérable qui gêne l'excrétion de l'urine et du sperme. Des autopsies ont permis de constater que, dans certains cas, il a atteint la grosseur d'une petite noix. Le vérumontanum peut être déchiré par le bec de la sonde dans l'opération du cathétérisme; ce déchirement produit souvent l'oblitération des conduits éjaculateurs et, par suite, la stérilité.
VEUUS (Lucius Ceionius Commodus /Elius), césar romain, mort en l'an 137 de notre ère. H appartenait à une famille patricienne dont plusieurs membres avaient été revêtus des honneurs du consulat; mais on ne sait pour quel motif l'empereur Adrien l'adopta en 135 et le choisit pour son successeur ; car, s'il était éloquent et instruit, il avait, en revanche, des mœurs tout à fait efféminées et aimait trop les plaisirs de la table. Verus mourut deux ans uprès Son adoption, usé par l'ubu3 des plaisirs. Il laissait un fils, qui fut adopté par Antonin. V. l'article suivant.
VERUS (Lucius Aurelius Ceionius Commodus), empereur romain, né à Rome l'an 130, mort en 169. Adopte par Antonin eu même temps que Marc-Aurèle (138), il fut associé à 1 empire quand ce dernier prince monta sur le trône. Marc-Aurèle le choisit même pour son gendre et le chargea du commandement des armées d'Orient pendant la guerre contre les Parthes. Laissant à ses généraux le soin, de la guerre, Verus établit sa résidence à Autioche et donna libre carrière à son goût effréné pour les débauches. Il n'en triompha pas moins à son retour à Rome et reçuties surnoms de Parthique,d'Arménique et de Médique (165). 11 mourut pendant une expédition qu'il lit avec Marc-Aurèle contre les Marcomuns, laissant la réputation d'un des princes les plus débauchés qui aient possédé l'empire.
— Icouogr. Il existe plusieurs beaux portraits antiques du frère adoptif de Marc-Aurèle. Le musée du Vatican a de ce prince trois statues, dont l'une, plus grande que nature, a été trouvée dans les fouilles faites au forum de l'antique Préneste. Il y en a au musée de Naples une quatrième, qui provient de la collection Farnese. Les bustes sont nombreux : le Vatican en a un trèsbeau, qui a été trouvé dans les fouilles faites hors la porta San-Giovanni, à Rome. Le musée de Florence eu a trois et possède, en outre, une image en buste de Lucius Verus, gravée sur uae cornaline. Le buste que le Louvre a de ce personnage est des plus remarquables; la physionomie quelque peu efféminée, les traits fins et délicats sont rendus avec beaucoup de vérité et de soin. - VÉRUTINE s. f. (vé-ru-ti-ne). Bot. Section des ceutauréos, genre de carduacéos.
VERVE s. f. (vèr-ve. — L'origine de ce mot est controversée. Ménage voyait dans verve l'inspiration du verbe divin ; le Père Labbé pensait au latin vertere, tourner. On a aussi
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rattaché le français verve à l'anglais virtue, u consonnifié en V. On sait, en effet, que le latin virtus, d'où l'anglais virtue, signifie proprement force ; seulement cette explication ne s'applique pas très-bien au sens de fantaisie, caprice, qui parait avoir précédé celui d'enthousiasme, d'entrain. On a pensé que verve pouvait représenter le latin verva, tête de bélier,ornement de sculpture.d'où l'acception de fantaisie d'artiste, caprice.) Chaleur d'imagination qui anime le poëte, l'orateur, l'artiste, le causeur, quand ils composent ou qu'ils parlent : VsRVEpoe'iigae. Etre en verve. Parler, écrire de vurve. Ce poète vieillit, il n'a plus de verve. C'est un peintre, un musicien oui mangue tout à fait de verve. Le Tasse, après avoir médité avec science, avec goût, imaginait de verve. (Villfin.) La verve nous est donnée et le bon goût s'acquiert. (E. Joubert.)
— Bizarrerie, caprice : Il est dans sa verve. Sa verve le prend, lui prend. Il Vieux en ce sens.
— Encycl. Litt. On considérait autrefois la verve poétique comme une sorte d'ivresse, une extase, quelque chose comme une vision céleste ; on lui donnait pour source une influence divine. Ces fictions sont parties nvec les Muses. Il est resté l'homme avec ses facultés intellectuelles. Quand la poëte, l'artiste, se représente fortement 1 objet qu'il veut peindre, le sentiment qu'il veut exprimer, et que son esprit s'échauffe, que son cœur s'émeut, il se trouve bientôt dans cet état particulier d'enthousiasme qui constitue la verve. Cet état non-seulement existe à certains moments chez celui dont l'imagination enfante des œuvres, il subsiste imprimé dans ces œuvres elles-mêmes. On dira, sans hésiter, qu'un morceau est fait aveo tierce, qu'il y a de la verve dans telle tirade poétique, dans tel tableau, dans tel passage musical ; que la verve d'un auteur est facile, entraînante, hardie; que la verve de tel autre est refroidie ou éteinte. Boileau a écrit sur Chapeluin :
Maudit soit l'auteur dur, dont l'âpre et rude verve, Son cerveau tenaillant, rima malgré Minerve ; Et, de son lourd marteau martelant le bon sens, A fait de méchants vers douze fois douze cents. Il n'est pas inutile de remarquer, à ce propos, que Boileau est un des poètes qui montrèrent le moins de verve, et que Chapelain, malgré toute sa rudesse, en eut probablement plus que lui. En général, les morceaux faits de verve se reconnaissent à l'entraînement qu'ils impriment à l'esprit du lecteur, de l'auditeur, du spectateur ; ils sont accompagnés d'une grande facilité, à laquelle se joignent souvent des négligences.
Le mot verve désigne chez le poète et l'artiste un état de l'esprit moins profond, moins prolongé que l'état désigné par le mot inspiration. On dira d'un homme qui conversa avec chaleur : il parle de verve. Si l'on dit : « il parle avec inspiration, » c'est d'un orateur qu'il s'agira.
VERVEER (Samuel-Léonard), peintre hollandais, né à La Haye en 1813. Elève de Jean Van Hove, il peignit d'abord des marines ; puis il aborda les scènes de mœurs. Ses œuvres, n'ayant été reproduites ni par la gravure ni par la lithographie, sont restées à peu près inconnues en France. Il faut en excepter, cependant, le Départ pour le marché et plusieurs Vues d'Amsterdam, qui furent exposées en 1848, 1S49 et 1850, et les Scènes de déménagement , la Pêche du saumon et la Vue de Rotterdam, qui obtinrent une mention en 1855. Cet artiste a encore exposé au Salon de 1857 le Marché de Bois-ie-Duc,^ à celui de 1864, une Vue de Dordrecht assez intéressante. Décoré de l'ordre de Léopold, membre de l'Académie des beaux-arts de Bruxelles.de Gand et de La Haye, M. Verveer jouit d'une certaine notoriété en Belgique et dans son pays.
VERVEINE s. f. (vèr-vè-ne — lat. vervena, motqueCorssen rattache à 1» racine sanscrite vardti, croître. Quelques-uns ont fuit venir verveine de Vénus et de venu, veine. Cette plante aurait été ainsi désignée parce qu'on la croyait aphrodisiaque. D autres l'ont fait venir du verbe verrere, balayer, parce qu'on se servait de cette plaute pour nettoyer les autels). Bot. Geure de plantes, type de la famille des verbénacées et de la tribu des verbènées, comprenant de nombreuses espèces, qui croissent en Amérique : La verveine était en grande vénération cites les anciens. (St-Amaxit.) Quelques espèces de verveines jouent aujourd'hui un des premiers râles parmi nos plantes d'ornement. (P. liuchartre.) La verveine commune fut regardée par les Gaulois comme une plante sacrée. (T. de Beineaud.)
— Art vétér. Maladie des brebis qu'on appelle aussi bouquet et noir-museau.
— Encycl. Le genre verveine se compose de plantes herbacées et de sous-arbrisseaux, à tige et rameaux ordinairement tétragones, portant des feuilles opposées ou verticillées ; les fleurs, disposées eu épis ou en grappes, présentent un calice à quutre ou cinq dents ; une corolle en coupe, irrégulière, plus ou moins bilabiée, à cinq divisions; quatre étamines incluses, didyuuraes, les deux petites souvent stériles; un ovaire à deux ou quatre loges uniovulées, surmonté d'un style simple terminé par un sugn/ute latéral ; le fruit
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est un drupe sec à deux loges ou une capsule qui se sépare en quatre coques à la maturité. Les espèces très-nombreuses de ce genre sont répandues surtout dans les régions chaudes et tempérées de3 deux continents, une seule croît spontanément en France; mais plusieurs autres sont cultivées dans nos jardins et nos serres.
La verveine officinale ou commune est une
Elante vivace, à racine fusiforme ; la tige, au te deOm,50 en moyenne, tétragone, roide, dressée ou ascendante, rameuse, porte des fouilles opposées, presque sessiles, ovales ou oblongues, profondément découpées, pubescentes et scabres ; les fleurs petites, d'un violet pâle, sont groupées en épi terminal lâche et eflilé ; le fruit se compose de quatre akènes ou coques, qui se séparent à la maturité. Cette plante est très-commune en France et dans presque toute l'Europe ; elle croît dans les lieux stériles, les friches, les jachères, au bord des chemins, sur les décombres, etc. Elle fleurit pendant tout l'été. On emploie en médecine ses feuilles et ses sommités fleuries; on a soin de les cueillir avant l'épanouissement complet, de choisir des rameaux bien garnis de feuilles et de les faire sécher rapidement. Comme la plante est très-abondante et ne se recommande par aucun mérite ornemental, on ne la cultive que diins les jardins botaniques, où il sufrtt de semer en place ou de repiquer les jeunes plants récoltés à la campagne.
Cette plante, complètement inodore, a une saveur un peu amère ; elle renferme un principe astringent d'une nature spéciale ; appliquée sur la peau, elle la colore en rouge vif, ce qui lui avait fait autrefois attribuer la propriété d'attirer le sang en dehors. Elle a joui d'une grande réputation, qui est bien déchue aujourd'hui ; on la regardait comme antispasmodique, astringente, diaphorétique, fébrifuge, résolutive, vulnéraire, etc, Ou la vantait contre lestièvres intermittentes, l'ictère, les ophtbalmies, les ulcères, la pleurésie, les épanehements cellulaires, etc. On lui prêtait bien gratuitement la vertu d'augmenter la sécrétion du lait chez les nourrices, et même de prévenir l'avortement, pourvu qu'on l'eût fait bouillir avec des écrevisses. A l'extérieur, on l'employait sous forme dé cataplasmes, contre les céphalalgies, les névralgies, la pleurodynie, les rhumatismes, etc. Aujourd'hui, la verveine officinale a presque complètement disparu de la matière médicale; néanmoins, les homœopathes l'emploient encore quelquefois, et elle est restée un remède populaire chez les habitants des campagnes.
La verveine est encore usitée en médecine vétérinaire ; on administre aux animaux son infusion ou son suc, comme vulnéraires, astringents et fébrifuges. Les moutons broutent quelquefois cette plante, sans la rechercher ; les autres animaux la dédaignent ; aussi occupe-t-elle une place inutile dans les pâturages. Dans les localités assez nombreuses où elle est très-abondante, le meilleur parti qu'on puisse en tirer, c'est de la couper ou mieux de l'arracher vers la fin de l'été, soit pour chauffer les fours, soit pour obtenir de la potasse, soit enfin pour faire de la litière et du fumier,
A un autre point de vue, la verveine, ou du moins la plante à laquelle on a cru devoir appliquer ce nom, a été très-célèbre dès la plus haute antiquité. Les druides avaient pour elle la même vénération que pour le gui sacré. Sa récolte était entourée de cérémonies superstitieuses ; il fallait d'abord offrir à la terre un sacrifice expiatoire, composé de fruits et de miel ; puis, au commencement de la canicule, à l'aube du jour, quand le soleil ni la lune n'étaient sur l'horizon, il fallait décrire un cercle autour de la plante, qu'on arrachait, ensuite de la main gauche. Ainsi obtenue, la verveine jouissait tle propriétés merveilleuses ; elle guérissait la fiè- .vre et toutes les autres maladies, était un antidote coutre la morsure des serpents venimeux, détruisait les maléfices, constituait une sorte de charme pour concilier l'amitié et faire disparaître les haines ; répandue sur. les convives, dans les repas, elle leur inspirait une douce gaieté.
La verveine n'avait pas moins de crédit chez les Grecs et les Latins, qui l'appelaient hierobolane ou herba sacra (herbe sacrée). On s'en servait pour purifier les autels de Jupiter, pour les orner pendant les sacrifices ; quand on entrait dans les temples des dieux, on se couronnait de verveine, et on tenait à la main des rameaux de cette plante, surtout quaDd il s'agissait d'apaiser la divinité ; c'était encore avec des touffes de verveine plongées dans l'eau lustrale qu'on aspergeait les maisons, pour chasser les mauvais esprits. Les hérauts d'armes s'en couronnaient, quand ils allaient annoncer la paix ou la guerre. Au moyen âge, cette plante figurait dans les enchantements, dans les sortilèges, dans les mystères de la cabale ; elle passait pour ranimer les feux de l'amour. Mais, encore une fois, on ne saurait dire si la verveine des anciens était bien la plante qui porte aujourd'hui ce nom.
La verveine odorante, vulgairement nommée citronnelle, et que des auteurs modernes ont classée dans les genres aloysie ou lippie, est un arbrisseau haut d'un à deux mètres, à xaineaux tétragones, scabres, portant des feuilles verticiOées par trois, briè-
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vement pétiolées, lancéolées, aiguôs, entières, scabres, d un beau vert ; les fleurs, petites, blanches en dehors, bleu purpurin au dedans, sont groupées en épis verticillés dont l'ensemble constitue une panicule terminale ; le fruit est un drupe sec , à deux loges monospermes. Cette plante, originaire du Pérou et du Chili, est fréquemment cultivée dans nos jardins. Dans le midi et l'ouest de la France, elle peut croître en plein air et servir à faire des touffes, des massifs ou des palissades ; sous le climat de Paris, elle est presque toujours affectée par les froids de l'hiver; il faut donc la tenir en orangerie ou en serre froide ; on peut aussi ia planter en pots, pour orner les appartements, où, avec quelques soins, elle se conserve très-bien.
La culture de la verveine odorante est facile. « Il lui faut, dit Bosc, une terre un peu
consistante On la multiplie par marcottes
et par boutures. Les premières se font en tout temps et s'enracinent ordinairement dans l'année lorsque leur bois n!est pas trop vieux. On met les secondes, au commencement du printemps, lorsque la végétation commence k se développer, dans des pots remplis de bonne terre et placés. sur couches et sous châssis. Bien conduites, elles réussissent presque toujours. On les relève l'année suivante à la fin de l'hiver pour les repiquer isolément dans des pots où elles restent deux ans, et ensuite on les change tous les deux ans de terre en augmentant la grandeur du pot en raison de leur croissance. «Cette plante exige des arrosements fréquents pendant l'été ; il faut aussi recéper ses touffes tous les cinq ou six ans, car, en vieillissant, elle perd beaucoup de sa beauté.
La verveine odorante a une saveur piquante, un peu amère, très-aromatique ; son odeur suave, que tout le monde connaît, rappelle exactement celle du citron, d'où le nom vulgaire de citronnelle ; elle est due k une huile essentielle, qu'on peut extraire par ia distillation. Cette plante possède quelques propriétés médicales. Elle est stomachique et antispasmodique, et stimule les fonctions de la peau et celles de l'estomac. Elle peut remplacer la mélisse, la menthe ou les feuilles d'oranger, dans le traitement de la dyspepsie, des flatuosités, des gastralgies, des mauvaises digestions, etc. Les feuilles servent aussi à faire une infusion théiforme trèsagréable. Enfin le parfum de cette plante suffirait pour justifier la vogue dont elle jouit et qui en fait l'objet d'un commerce horticole assez important.
La verveine des jardins est une plante vivace dans son pays natal et dans nos.serres, annuelle dans les cultures de pleine terre. Ses tiges vêtues, couchées ou ascendantes, radicaïues, très-rameuses, portent des feuilles opposées, presque sessiles, ineisées-dentées, les feuilles inférieures ovales, les feuilles supérieures lancéolées ; ses fleurs sont disposées en grappes d'abord ramassées et corymbiformes, puis allongées. Ce type présente d'innombrables variétés, et probablement aussi beaucoup d'hybrides, provenant de plusieurs espèces, qui sont : les verveines germandrée, incisée, veineuse, etc., toutes originaires du Brésil. Il pourrait se faire toutefois que ces dernières ne fussent elles-mêmes que de simples variétés d'un seul type spécifique. Quoi qu'il en soit, la verveine des jardins n'en constitue pas moins une forme, un type, un groupe, comme on voudra l'appeler, éminemment polymorphe, sujet à varier, à jouer, suivant l'expression technique. Par cela même, cette plante doit être et est fort recherchée des amateurs, qui désignent ses variétés sous les noms de verveines hybrides, panachées, etc.
Ces plantes demandent une terre franche, meuble, riche en humus et un peu fraîche. On peut les multiplier de semis, et c'est le moyen qu'on emploie pour obtenir des variétés nouvelles; on choisit les graines sur les plus belles variétés; on sème en automne, et mieux vers la fin de l'hiver, en pots ou en terrines, sur couches et sous châssis; on repique une fois ou deux dans des pots, qu'on maintient sur couche jusqu'au moment de la plantation à demeure. Si, au contraire, on veut se contenter de conserver les anciennes variétés, on a recours au bouturage, qui est très-facile. On peut le pratiquer en toute saison, mais surtout au printemps et à l'automne. Dans le premier cas, on a soin d'empoter, avant les gelées, les pieds qui doivent fournir les boutures ; on y prend des rameaux, que l'on plante en serre tempérée ou en oran- * gerie ; dès que les boutures sont enracinées, on les repique séparément en pots, qui doivent encore rester quelque temps en serre. Les boutures faites en automne sont rempotées séparément; on les fait hiverner sous châssis, ou mieux en orangerie ou en serre. La plantation à demeure se fait pour les verveines, au commencement de mai ; il est bon, aussitôt après, de couvrir le sol d'un paillis, et de maintenir les rameaux dans une direction horizontale, soit en les enterrant, soit en les fixant avec de petits crochets ; on renouvelle cette opération aussi souventqu'il est nécessaire. La terre doit être maintenue constamment fraîche durant l'été. On fait, avec ces plantes, des bordures, des massifs, des corbeilles, des tapis, qui produisent un excellent effet, si l'on a soin de mélanger et de grouper les couleurs, pour éviter la ma-
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notonie. Ce résultat est très-facile à obtenir, vu la variété, pour ainsi dire infinie, des nuances que présentent les fleurs de verveines. A l'exception du jaune pur et du noir, on y trouve toutes les teintes possibles, depuis le blanc pur jusqu'au bleu indigo et ou rouge le plus vif, en passant par tous les tons intermédiaires, ardoisé, bleuâtre, liliacé, pourpre, brun, amarante, rose, cramoisi, etc. Parfois ces nuances se combinent diversement ; la plupart des variétés sont unicolores ; mais beaucoup sont panachées, marbrées, ondées, étoilées ou bordées de deux ou. plusieurs couleurs ; d'autres ont des reflets ou des teintes veloutées.
h Les variétés les plus recherchées, disent MM. "Vilmorin, sont celles qui réunissent les caractères suivants : une inflorescence (grappe ou bouquet) large, ayant la forme d'une ombrelle bombée et un peu conique, plutôt qu'aplatie ou déprimée; une fleur étoffée, grande, k limbe ouvert, plan, régulier, arrondi et non chiffonné. Quant k la couleur, toute nuance vive, nouvelle ou remarquable est digne d'être conservée; cependant on préfère les fleurs chez lesquelles le limbe de la corolle est d'une coloration distincte de celle de la gorge (osil), autour de laquelle la couleur du limbe doit former un cercle parfait et très-tranché. » On désigne sous le nom de verveines italiennes un certain nombre de variétés à fleurs panachées, striées ou bariolées ; elles sont assez inconstantes et doivent être reproduites surtout parle bouturage ; elles conviennentparticulièrement pour la culture en pots. En général, les verveines des jardins ne se produisent pas franches par le semis ; toutefois, grâce à des choix intelligents de porte-graines, on est parvenu à fixer un certain nombre de variétés.
La verveine de Miquelon ou à bouquets est une plante annuelle, à fleurs rose amarante ou lilas violacé, légèrement odorantes à certaines heures ; originaire de l'Amérique du Nord, elle est très-répandue dans nos jardins, à cause de l'abondance et de la durée de sa floraison ; on en fait des corbeilles, des massifs et des bordures ; elle se propage de graines, semées sur couche, au printemps, ou en pépinière, à l'automne. La verveine élégante. à fleurs d'un rouge violacé, est aussi annuelle et vient du Brésil; elle se cultive comme la précédente. La verveine délicate, originaire du même pays, est vivace, mais ne se cultive guère chez nous que comme annuelle ; ses fleurs, d'un rose plus ou moins vif, suivant les variétés, sont marquées de raies blanches disposées en étoile; elle a produit une variété (verbena Makoneti), que l'on préfère généralement, comme étant bien plus rustique.
Nous citerons encore la verveine pseudo* gervâb, du Brésil, qui possède les propriétés de la verveine odorante, mnis à un moindre degré, et qui n'est pas aussi agréable ; la nerueine chanr/eante, arbrisseau touffu, à fleurs écarlate's d'abord, puis roses, originaire de l'Amérique équinoxiale, et cultivé chez nous en serre chaude ou tempérée ; la verveine rampante, plante vivace, à fleurs lilas, qui croît au Pérou, et supporte assez bien le climat de Paris, avec un léger abri de feuilles durant l'hiver ; la verveine du Mexique, etc.
VERVELLE s. f. (vèr-vè-le — du lat. vertebellum, qui est un diminutif de vertebra et tire sa signification du verbe vertere, tourner). Fauconn. Sorte d'anneau qu'on attache au pied d'un oiseau de proie, et sur lequel on grave le nom ou les armes de son maître.
VEEVER v. n. ou intr. (vèr-vé). Argot.
Pleurer.
VERVEUX s. m. (vèr-veu — de l'nnc. français verveu, pour vertveu. Ce dernier mot est, d'après Pott et Diez, la représentation française de l'italien vertovello ou bertovello, nasse, qui vient du latin vertebolum, que l'on trouve dans la loi salique, ou plutôt de vertebetlum, qui est aussi le type du français vervelle. Or, vertebolum et vertebellum sont des diminutifs de vertebra et tirent leur signification du verbe vertere, tourner, qui répond lui-même à la racine sanscrite vart, tourner. La nasse est ainsi nommée parce que le col est tourné en dedans; aussi l'orifice de la nasse s'appelle-t-il de même en italien ritrorso, du latin retrorsus, proprement retourné. La forme limousine vertuel se rapproche plus sensiblement du type vertebellum). Pèche. Sorte de filet en entonnoir, soutenu par des cerceaux dont la dimension va en diminuant de l'entrée au fond.
— Pop. Crinoline, sorte de jupon soutenu par des cerceaux d'acier.
— Encycl. Pêche. Le verveux est un engin de pêche composé d'un sac en filet se rétrécissant à distances égales, où les mailles se passent autour d'un cercle d'osier. Toutefois, l'entrée du verveux n'est accrochée qu'à un demi-cercle, afin de ne point rouler et de mieux tenir k fond; les pointes de ce demicercle s'enfoncent dans le sable ou dans la boue. A la queue du sac est attachée une grosse pierre, et on tend en avant les mailles du verveux, en sens inverse du courant. L'intérieur est garni d'entonnoirs en filet semblables à ceux des nasses, faciles à ouvrir pour entrer et refusant toute issue.
On pose les verveux en tout temps, mais principalement la veille des éclusées, vers les neuf heures du soir. Le poisson, excité
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par le premier flux de l'éciusée, qui a lieu vers onze heures ou minuit, quitte sa retraite habituelle.se lance en pleine rivière k la recherche d une nourriture nouvelle et se jette imprudemment dans le verveux. Il est d'usage de placer cet engin près des joncières, soit a la tête, soit sur le côté, soit derrière, afin de faire avec ces joncs quelque marque qui aide à reconnaître l'emplacement du verveux. De plus, en le tendant près des joncs ou des herbes, on a plus de chance que le poisson se lançant de son' premier bond tombe dans l'engin.
On va lever les verveux vers les trois ou quatre heures du matin, à la pointe du jour, aussitôt qu'on peut distinguer leur place ; car il n'est point rare que les trains de bois et les bateaux qui partent par le premier flux de l'éciusée accrochent et enlèvent ce filet sur leur passage.
VEBVIEU (Jean-Baptiste), médecin belge, né à Gand en 1750, mort en 1817. Il suivit d'abord la carrière militaire, qu'il abandonna bientôt pour étudier la médecine, fut reçu docteur en 1777 et devint, deux ans plus tard, médecin en chef des armées de Marie- Thérèse en Belgique. Après avoir voyagé en Afrique, aux Antilles, etc., il revint s'établir à Gand, où il fut médecin en chef des hôpitaux militaires, médecin des hospices civils et président de la Société de médecine. On a de lui une Dissertation sur Vart des accouchements et une traduction des Apkorismes d'Hippocrate.
VERVIERS, ville de Belgique, province et à 35 kiloin. E. de Liège, ch.-l. de l'arrondissement de son nom, sur la Vesdre, près de la frontière de la Prusse rhénane, k 139 ki- Iom. S.-E. de Bruxelles; 38,000 hab. Tribunaux de lre instance et de commerce. Collège; écoles d'adultes et écoles élémentaires d'enfants. L'industrie de cette ville, s'est transformée depuis une vingtaine d'années : ce qui dominait jadis, c'était la fabrication des draps; la première place appartient aujourd'hui aux étoffes de nouveautés diverses en fil de couleur et dessins variés. La fabrication des draps y a cependant conservé une grande importance, et ses produits rivalisent avec les draps de France et d'Angleterre. D'après les dernières statistiques, cette ville produit annuellement 300,000 pièces de draps et 1,200,000 kilogrammes de fils de laine; le total de cette production est estimé 84 millions de francs. On trouve aussi à Verviers des teintureries, savonneries, corroieries, fonderies de fer et de plomb, ateliers de construction, etc. Le mouvement commercial de cette ville est très-important ; il a surtout pour objet l'importation des laines de l'Allemagne, de la Pologne, de l'Amérique du Sud.de la colonie anglaise du Cap et d'Espagne. L'exportation consiste dans les produits de ses nombreuses fabriques de tissus de lin, fil et laine, qui ont pour débouchés les Etats-Unis, l'Italie, la Suisse et la Turquie.
Verviers est bâti sur les bords d'un canal qfti prend les eaux de la Vesdre en amont de la ville et qui ensuite la traverse dans toute sa longueur; on y trouve quelques rues larges, garnies de belles maisons j les autres sont étroites, tortueuses et bordées de vieilles maisons. Ville commerçante par excellence, Verviers, k part ses nombreuses fabriques, dont les cheminées annoncent k une grande distance un des principaux centres industriels de la Belgique, n'offre guère d'intérêt au point de vue architectural. Son principal en même temps que son plus ancien édifice est l'hôtel de ville, construit en 177*. L'église de Saint-Remacle a été inaugurée en 1S38, le théâtre en 1854, le cirque, de style mauresque, en 1860. Le jardin public offre d'agréables points de vue.
— Histoire. Verviers, ancienne Vervemm dos Romains, n'a guère d'histoire autheniigue qu'à partir du xive siècle, et encore peut-on dire que la ville est toute moderne. Ce n'était guère, k cette époque, qu'un hameau compris tout d'abord dans le marquisat de Franchimont, puis dans le domaine de l'évêque de Liège. Quelques fabriques de draps, en s'y installant dès les premières années du xviio siècle, inaugurèrent pour Verviers une ère nouvelle, et le hameau, jusqu'alors presque inconnu, reçut rang de cité par ordonnance du 4 décembre 1651. La ville jouit dès lors de tous les droits et prérogatives attachés à cette qualité, mais n'en continua pas moins à dépendre des évêques de Liège et à leur payer pendant longtemps un tribut annuel. Le payement de ce tribut donnait même lieu k une fête ou cérémonie dont l'origine est assez indécise et qui était connue sous le nom de Croix de Verviers. « Cett* procession singulière, dit M. Henri des Vaux de Fouron dans son Dictionnaire géographique de la province de Liège, consistait k venir danser dans l'église cathédrale, à Liège, et à y offrir trois pièces de monnaie, une de métal, une d'argent et une d'or, en jurant de revenir l'année suivante faire la même cérémonie ; à briser au milieu du pont des Arches un setier de bois et à le jeter dans la Meuse, etc. • La fabrication des draps de Verviers prit rapidement une extension considérable, et la ville y gagna des agrandissements et des embellissements successifs. A l'époque de la réunion de la Belgique il la Fiance, cette ville fut comprise dtins le dé-
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partement de l'Ûnrte et devint chef-lieu d'arrondissement. MM. Hodson et Cockerill introduisirent à Verviers, vers 1803, les premières filatures ii la mécanique. En 1818, un nouveau progrès fut réalisé par l'établissement du premier métier dit mull-jmny, destiné à faire disparaître les fileurs au métier fin. En 1841, un nouvel appareil remplaça l'ancien métier à filer en gros. Enfin, de 1841 à 1845, on adopta définitivement à Verviers le métier mécanique pour le tissage. Ces réformes successives ne s'accomplirent pas Bans troubles; une véritable émeute des ouvriers signala, en 1819, l'apparition à Verviers de la première tondeuse mécanique.
VERVIÉTOIS, OISE s. et adj. (vèr-vié-toi, oi-ze). Géogr. Habitant de Verviers; qui appartient à cette ville ou à ses habitants : Les Verviétois, La population verviétoise.
VERV1LLB (François BÉroalde db), littérateur français. V. BÉROALDE.
. VBRVINOJS, OISE s. et adj. (vèr-vi-noi, oi-ze), Géogr, Habitant de Vervins; qui appartient à cette ville ou à ses habitants : Les Vervinois. La population vbrvinoisb.
VERVINS, anciennement Verbinum, ville de France (Aisne), ch.-l. d'arrond. et de canton, à 39 kilom. de Laon, bâti en amphithéâtre sur le penchant d'une colline, non loin du ruisseau le Cher-Temps, qui traverse son territoire; pop. aggl., 2,454 hab. — pop. tôt., 2,936 hab. L arrondissement comprend 8 cantons, 132 communes et 117,295 hab. Tribunal de ire instance; justice de paix; tribunal de commerce. Chambre consultative d'agriculture. Vannerie, bonneterie, farines, grains, etc. Hospice civil.
— Monuments. L'église de Vervins, dédiée a la Vierge, est un édifice gothique, disposé en forme de croix latine et construit en grès. On remarque surtout la hardiesse de ses voûtes. Cette église possède plusieurs bons tableaux, entre autres le Repas chez Simon, par Jean Jouvenet. Il faut mentionner également la chaire, d'un admirable travail. I/hôtel de ville porte à son fronton une inscription commémorative rappelant te traité de 1598. Au nord de Vervins se trouve le vieux château, où les anciens seigneurs faisaient leur résidence et dont les bâtiments sont aujourd'hui occupés par les tribunaux et le collège. L'hôtel de la sous-préfecture n'est antre que le châteiiu Neuf, dont on attribue la construc- ' tion à Jacques II, seigneur de Coucy (1560).
— Célébrités. Vervins a vu naître Jacques I«r et Jacques II de Coucy, dont le premier fut condamné à mort et périt sur l'èchufaùd Je 2 juin 1539 , pour avoir rendu Boulogne aux Anglais. Le second avait rassemblé dans le château Neuf la plus riche collection d'armes, de tableaux et de manuscrits du temps.
— Histoire. Vervins, ancienne capitale de la petite province du Thiérarche, fut fondée, Selon les uns, à l'époque de la conquête romaine ; suivant les autres, la ville n'aurait commencé a être connue que sous Ciovis II, et c'est seulement vers le xn® siècle qu'un de ses seigneurs l'aurait fait entourer d'une muraille flanquée de vingt-deux tours. On peut voir encore aujourd'hui les ruines curieuses de ces antiques remparts, qui enclavaient la ville dans une sorte de triangle percé de trois portes à ses trois extrémités. L'étymologie de Vervins parait venir simplement, suivant quelques auteurs, du latin verbena, verveine, plante qui croît en abondance dans le pays. Vervins disparaît dans l'histoire jusqu'au xi« siècle. En 1096, Enguerrand de Coucy, son seigneur, suivit Godefroy de Bouillon à la croisade. Au xme siècle, la seigneurie passa dans la maison de Marie, et Thomas de Marie forma la souche des seigneurs de Vervins. La ville eut fréquemment a souffrir des guerres intestines du xv«,duxvieetmèmedu xvue siècle. En 1412, les armagnacs s'en emparèrent par surprise et la livrèrent au pillage. Renaud de Coucy, bailli de Vermandois, accourut en toute hâte et mit le siège devant la place. Les armagnacs, désespérant, après vingt-trois jours de lutte, de soutenir l'assaut, profitèrent d'une nuit sombre pour s'enfuir dans les forêts voisines. En 1521, le comte de Rœux, à la tête de l'année impériale, s'empara de Vervins et le brûla. La ville était parvenue à se relever de ce désastre, lorsque, en 1653, elle fut assaillie par l'armée espagnole, qui comptait dans ses rangs le prince de Condé, et dut se rendre au bout de quatre jours de siège ; mais Turenne la reprit presque aussitôt.
Plusieurs traités célèbres furent négociés à Vervins. Le premier, plus connu sous le *nom de Trêves marchandes, parce qu'on y régla les intérêts commerciaux des deux Etats, fut conclu entre Louis XI et Charles le Téméraire. Le plus connu, dit paix de Vervins, fut signé le 2 mai 1598, sur les bases du traite de Caieau-C'ambrésis. V. ciaprès Vkrviks (traité de).
La loi de Vervins jouit au moyen âge d'une grande réputation ; on désignait sous ce nom une charte de commune octroyée vers 1123 aux' habitants pat Thomas de Marie et réglant les droits et franchises des bourgeois,en même temps qu'elle déterminait les peines réservées aux crimes et délits. ■ Ses dispositions, dit M. Dusevel, avaient un tel renom de sagesse, que souvent les habitants
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des lieux voisins, et même ceux de la Flandre et du Hainaut, envoyaient consulter les échevîns de Vervins lorsqu'ils ne'pouvaient terminer leurs différends d'après leurs propres coutumes... La plupart des articles de la loi de Vervins furent reproduits dans une charte de 1163, octroyée aux habitants delà ville par Raoul, seigneur de Coucy. »
Vervins (traité de), signé le 2 mai 1598> entre la France et l'Espagne, Henri IV et Philippe II. L'orgueilleux monarque espagnol, atteint d'une maladie inetirable, sentait que la vie allait lui échapper et qu'il léguerait en mourant, à un successeur incapable, la lourde tâche sous laquelle il ployait écrasé lui-même. Il voyait déjà ce fils en lutte avec un ennemi aussi actif qu'entreprenant, qui venait d'arracher Amiens à la domination espagnole, et il redoutait bien d'autres désastres pour l'avenir. Il imposa donc silence à^sa fierté et s'adressa au pape Clément VIII pour qu'il interposât sa médiation. Le pape envoya aussitôt son légat et le général des cordeliers, qui furent très-bien reçus de Henri IV. Ce prince leur déclara même que l'heureuse campagne d'Amiens n'avait en rien modifié ses prétentions; mais, tout en se montrant bien disposé eu faveur de la paix, il laissa clairement entendre qu'il ne céderait pas un pouce de terrain, Des conférences s'ouvrirent à Saint-Quentin et furent ensuite transférées a Vervins. Le roi invita ses alliés, la reine Elisabeth d'Angleterre et les Provinces-Unies des Pays-Bas, à y prendre part. Elisabeth, qui n'avait aucun danger sérieux à redouter et qui ne demandait pas mieux que de voir la France et l'Esjingne s'acharner indéfiniment l'une contre l'autre, ne se sentait nullement disposée à conclure la paix; de leur côté, les Hollandais; et surtout leur belliqueux stathouder, Maurice de Nassau, animés par leurs récents succès, ne songeaient nullement à déposer les armes. Henri IV, qui n'était pas dupe de ces calculs intéressés, signifia à tous que la France, après de si longs troubles, avait un besoin impérieux de la paix, et il donna en conséquence ses instructions aux plénipotentiaires qui le représentaient à Vervins, ie vieux Pomponne de Bellièvre et Nicolas Bruslart de Sillery, président au parlement de Paris. Toutefois, il leur défendit d'abandonner les intérêts des Provinces-Unies; dans le cas où l'Angleterre et la Hollande ne trai. teraient pas en même temps que la France, ils devaient s'efforcer d'obtenir au moins uns trêve de six mois pour ces deux Etats, avec la faculté d'accéder ultérieurement au traité de paix. Cependant, les ambassadeurs anglais et hollandais se rendirent en France pour chercher a détourner le roi de conclure la paix, bien moins que pour la signer euxmêmes. N'ayant pu ébranler sa résolution, ils retournèrent chez eux assez mécontents, bien que le roi eût promis de rester leur ami, et le traité fut signé entre la France et l'Espagne à la date rapportée plus haut.
On se rendit réciproquement tout ce qu'on avait conquis depuis la paix de Cateau-Cambrésis de 1559. L'Espagne rendit Calais, Ardres, La Capelle, Dourlens et Le Catelet, eri Vermandois, ainsi que Blavet en Bretagne (Port-Louis). Cambrai ne fut pas mentionné dans le traité, et, comme cette ville n'était point une ancienne possession française, elle resta à l'Espagne, qui conserva également le Charolais sous la suzeraineté de la France. Les deux rois réservèrent réciproquement leurs droits sur la Navarre et sur la Bourgogne.
Quant au duc de Savoie, allié de Philippe II, Henri IV consentit à le comprendre dans le traité, mais à la condition qu'il restituerait le marquisat de Saluées ; le ducèt les négociateurs espagnols ayant refusé d'admettre cette clause, il fut convenu que le différend serait soumis à l'arbitrage de Clément VIII; mais le duc dut s'engager à évacuer dans un délai de deux mois la ville de Berre, seule place qu'il eût conservée en Provence.
Toutefois, la conclusion de la paix avec l'Espagne n'empêcha pas Henri IV de se liguer avec l'Angleterre, par un traité signé a Hampton-Court le 30 juillet 1603, pour la défense des Provinces-Unies contre l'Espagne. Ce traité a été la base des relaiions-qui ont existé sous le règne de Louis XIII entre l'Angleterre et la France.
VE11VOORT ( Charles - Henry - Amédée ), avocat à Paris, membre du conseil de l'Ordre, mort en 1848. Il est connu par les deux ouvrages suivants : les Tarifs en matière civile, commerciale et criminelle, expliqués et commentés (Paris, 1829, in-8°); la Liberté religieuse selon la charte (Paris, 1830, in-8°).
VERVUE s. f. (vèr-vû). Arborie. Nom donné, dans quelques localités, aux gouttières des arbres.
VEIIWEY (Jean), dit Pboriiious, humaniste hollamlais, né Deift en 1648, mort en 1692. Elève de Grsevius, qui le prit en amitié, ami de N. Heinsius, il fut successivement recteur du gymnase de Gouda et recteur de celui de La Haye (1687), où il professa la langue grecque. C'était un homme fort instruit, à qui 1 on doit : Medulla Aristarchi Vossiuni (Gouda, 1670, in-8°), excellent abrégé de grammaire; Nova via docendi grxca (1684,
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in-8°), grammaire qui eut une grande vogue en Hollande.
Véry (café), ancien et célèbre café-restaurant de Paris, situé au Palais-Royal, près du théâtre do ce nom. Le café Véry, fondé en 1805, devait son nom a son fondateur, simple paysan, né vers 1760 dans un village de la Meuse, venu à Paris à trente ans sans aucune ressource, d'abord garçon de cuisine, puis chef, et finalement devenu une célébrité gastronomique. Mais le café Véry n'était pas celui que notre génération a connu; il était situé au jardin des Tuileries, terrasse des Feuillants, et avait alors pour voisin et pour rival sur cette terrasse une autre illustration du même ordre, le restaurant Legacque. Le restaurant Véry ne tarda pas à sortir vainqueur de la lutte et à s'emparer de la vogue ; bientôt, indépendamment d'une clientèle nombreuse et choisie, il obtint la fourniture de tous les grands dîners qui se donnaient à l'Ecole militaire dans les premières années de l'Empire. Parmi les. habitués de Véry, nous citerons le maréchal Duroe, grand maître du palais, qui, par son crédit, fit obtenir au fondateur l'autorisation d'ouvrir ce que l'on appelait la tente des Tuileries. Les journaux et recueils du temps vantent la cuisine et la bonne tenue de ce premier Véry.
En 1808, le café Véry émigra au Palais- Royal, ou plutôt s'y dédoubla ; car, jusqu'en 1817, Véry exploita concurremment la nouvelle maison et l'ancienne. En 1817, les bicoques Véry et Legacque de la terrasse des Feuillants furent démolies. Peu de temps après, Véry se retira des affaires plus que millionnaire. Il céda son établissement du Palais-Royal à ses trois neveux, les frères Meunier. De ces trois frères (qui n'ont aucun rapport avec les fameux frères Provençaux), l'un mourut peu de temps après cette cession; l'autre vendit sa part au troisième, qui demeura ainsi seul propriétaire et se retira en 1843. Depuis lors jusqu'à sa fermeture définitive, le restaurant Véry fut dirigé par un sieur Neuhaus.
Un petit acte désopilant, joué vers 1850 au théâtre du Palais-Royal, Un garçon de chez Véry, s. consacré dans les fastes anecdotiques de la vie parisienne cette gloire évanouie.
VERZASCHA (Bernard), médecin suisse, né à Bâle en 1627, mort en 1680. Il fit ses études médicales à Bâle sous la direction de son père, qui était médecin, voyagea ensuite en Allemagne, en Hollande, en Angleterre et en Fiance, se fit recevoir docteur à Montpellier et revint se fixer dans sa ville natale, où il devint sénateur et inspecteur général des écoles. On a de lui trois ouvrages : Lasari Lîitierii medicina practica in succinclum compendium redacta (Bâle, 1663, in-so) ; Centuria prima observatiouum medicarum (Bâle, 1677, in-so) ; Neu volkommenes Kraeuterbuch von allerkand Gewaechsen (Bâle, 1678, in-fol.).
VERZOSA ou BERZOSA (Jean), littérateur et poëte espagnol, né à Saragosse en 1523, mort en 1574. Venu fort jeune à Paris, il y professa la langue grecque avec beaucoup île succès, fut forcé de quitter la France lorsque la guerre éclata entre cette contrée et l'Espagne (1544) et se relira a Louvain, d'où sa réputation le fit appeler à Ratisbonne par l'empereur Charles-Quint, qui le chargea de diverses missions importantes. Il devint, peu. après, secrétaire de Diego Hurtado de Mendoza, qu'il suivit au concile de Trente, puis en Toscane. En 1554, il assista, à Londres, à la conclusion du mariage de Philippe II et de Marie; à son retour en Espagne, il y obtint un emploi du ministre Gonzales Perez et fut ensuite envoyé à Rome pour y rechercher dans les archives du Vatican les titres qui établissaient les droits de souveraineté de Philippe II sur les différents Etats de son empire. La mort l'empêcha de terminer ce travail. On a de Verzosa ; De lavdibus beati Pétri Arbuesi, magistri Epils, carmen heroicum (Paris, 1544); Liber de prosodiis linyus gr&cx (Louvain, 1544); Carmen in navalem victoriam Joannis Austriaci dévida ad Jïchinadas Turcarum classe (Salainanque, 1572); Epistalarum libri IV, versibus scripti (Païenne, 1575), épltras que certains critiques espagnols placent à côté de celles d'Horace.
VERZUOLO, ville du royaume d'Italie, province de Coni, district et à 5 kilom. S. de Saluées, ch.-l. de mandement, près de la Vraita , sur le penchant d'une colline : 4,000 hab.
VEEZY, bourg de France (Marne), ch.-l.
de canton, arrond. et à 16 kilom. S.-E. de Reims; pop. aggl., 1,080 hal). — pop. tôt., 1,095 hab. Récolte et commerce de bons vins de Champagne, dits de Sillery.
VÉSALE (André), le plus grand nnatomiste du xvie siècle, ou plutôt le créateur de l'unatomie, né à Bruxelles en 1514, mort dans l'Ile de Zante en 1564. La France peut revendiquer en partie ce grand homme; car c'est aux écoles de Montpellier et de Paris qu'il se forma. Il descendait d'une famille originaire de "Wesel, dans le duché de Clèves, et qui en tira son nom (Vésale, en latin V<s- ■tiliu») ; l'exercice de la médecine était héréditaire dans cette famille. Le trisaïeul d'André Vésale, Pierre Vésale, publia au xve siècle des Commentaires sur Avicewie; Jean Vésale, fils de Pierre, fut médecin do
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Marie de Bourgogne, femme de l'empereur Maximilien, et professeur à l'université do Louvain; Evrard Vésale, grand-père du célèbre anatomiste, était médecin et publia des Commentaires sur Us aphorismes d'Mippoerate ; son père fut un simple apothicaire de Bruxelles. André Vésale commença de bonno heure ses études elassiqifes à l'université de Louvain, y suivit, tout jeune encore, les cours de l'université et acquit dans les sciences physiques des connaissances supérieures à celles même des hommes les plus instruits de son époque dans ces matières. De Louvain, il alla étudier la médecine k Montpellier, puis à Paris, où il eut pour professeurs Guntherd'Andèînach, Sylviuset Fernel.Dès cette époque, on put prévoir ce qu'il devait être un jour. Passionné pour l'anatomie et avide de recherches nouvelles, il se livra avec une telle passion aux dissections anatomiques, qu'on le vit, a Paris et à Louvain, passer ses journées dans les cimetières, au milieu des cadavres, ou près des gibets de Montfaucon, pour dérober les ossements des suppliciés, surmontant avec un admirable courage les dégoûts et les périls attachés à un métier où il avait les vautours pour collaborateurs et pour rivaux. La légende rapporte qu'il ne disséquait pas un cadavre sans demander préalablement pardon à Dieu de la profanation qu'il allait commettre dans l'intérêt de la science et pour chercher dans la mort les secrets de la vie. Cette ardeur, cette persévérance infatigable dans ces recherches, entourées alors de tant de mystérieuses terreurs et que la loi poursuivait comme d'odieuses profanations, valurent au jeune étudiant l'amitié de Gonthier, qui lo prit pour son premier aide dans ses travaux de dissection. Ce fut pendant son séjour à Paris que Vésale découvrit l'origine des vaisseaux sanguins spermatiques. Après être resté quelque temps dans cette ville, il revint li Louvain, où il fut aussitôt nommé professeur d'anatomie. Il avait à peine dix-nuit ans. Mais, toujours plein du désir de s'instruire, dès 1535 il rejoignit l'armée de l'empereur d'Allemagne, qui était alors en guerre avec la France. En 1538, il était a Bologne, l'année d'après à Pavie, où il obtint, en 1540, une chaire d'anatomie. Il avait publié, l'année précédente, sa célèbre Bpistola docens venam axiltarem Uextri cubiti m dolore laterali secundam (Bâle, 1539, in-4°), dans laquelle il donnait une anatomie améliorée, quoique encore imparfaite", de la veine azvgos et établissait que, dans l'opération de la saignée, le sang devait toujours être tiré du bras droit, à cause de l'étroite communication qui existe entre les vaisseaux de ce bras et la veine azygos. Vésale demeura trois ans environ professeur à Pavio; en 1543, il obtint une chaire à Bologne, d'où il passa bientôt après k Pise. Les connaissances qu'il possédait déjà étaient tellement extraordinaires pour son époque, que les meilleurs anatomistes d'alors u'osaient attaquer ses démonstrations. Il avait publié, eu 1539, quelques planches d'anatomie; il consacra les quatre années suivantes à la composition d'un ouvrage complet sur cette seiencr. ouvrage pour les dessins duquel il se fit aider par les meilleurs artistes du temps. Moehsen dit que le Titien fut au nombre de ceux qu'il employa; mais il lègue à cet égard beaucoup d'incertitude, car le nom de ce grand peintre n'est pas mentionné dans les œuvres de Vésale, et il n'est pas vraisemblable que ce dernier l'y oit volontairement effacé. En 1542, il fit paraître une partie de son livre sous ce titre : Suorum librorum de corporis humant fabrica epitome (Bâle, in-fol.), et, l'année suivante, l'ouvrage complet fut publié sous le titre de : De corporis humant fabrica libri septem (Bâle, 1543, in-fol,). Ce truite produisit toute une révolution dans la science anatoinique; Huiler l'appelle • une œuvre immortelle, qui a surpassé tout ce qui avait été écrit avant sa publication; » Senne dit à son tour que Vésale avait découvert un nouveau monde. Et, en fait, on n'avait jusqu'alors écrit aucun ouvrage qui ait eu une aussi grande influence sur les progrès de l'anatomie. La hardiesse avec laquelle Vésale attaquait les opinions de Galieu et des autres auteurs anciens, depuis longtemps admises et respectées ; les preuves indiscutables dont il étayait ses descriptions et ses arguments; la foule de découvertes nouvelles qu'il annonçait dans la structure du corps humain, le tableau exact qu'il traçait de tout ce qu'on avait connu jusqu'à ce jour; enfin, l'étendue de l'ouvrage, le nombre et la perfection des planches qu'il renfermait, tout annonçait l'aurore d'une nouvelle ère dans la science médicale. ■ Après les dévastations des Goths, dit-il dans sa préface, lorsque toutes les sciences, jusque-là si florissantes, furent tombées en décadence, il parut d'abord en Italie quelques médecins petits-maîtres qui, à l'imitation des anciens Romains, méprisant tout travail manuel, firent pratiquer par des esclaves les opérations elles pansements que réclamait l'état des mtilades, comme les architectes font exécuter les travaux grossiers par des maçons. Il arriva alors quo, comme ceux qui exerçaient encore l'art de guérir dans toutes ses attributions, c'est-à-dire l'hygiène, les médicaments et les opérations manuelles, en retiraient peu d'honneur et àe> profit, ils abandonnèrent bientôt.les bonnes traditions de l'autiqiMtA- o* laissèrent à des
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infirmiers, des apothicaires et des barbiers le soin d'opérer les malades. L'art tomba bientôt si bas, qu'on ne vit plus que des charlatans se donnant le nom de médecins et ne sachant opposer que des amulettes aux maladies, dont ils ignoraient les causes. La chirurgie, cet art divin que les Asclépiades nous ont légué, qu'aujourd'hui encore les rois de l'Inde etde la Perse ne dédaignent pas d'exercer de leurs propres mains et qu'ils transmettent à leurs enfants comme un noble héritage, la chirurgie tomba aux mains d'obscurs praticiens ayant à peine rang parmi les valets. Qu'on ne croie pas que je veuille donner la préférence à Ja chirurgie sur les autres parties de l'art de guérir; dans mon opinion, il faut les faire concourir toutes également et simultanément à sa perfection, et celui-là sera le plus heureux et le plus habile dans sa pratique qui saura se servir de la triple ressource que la science lui présente. Rarement, en effet, il arrive qu'une maladie ne réclame pas à la fois les secours de la chirurgie, de l'hygiène et de la matière médicale, de manière qu'on ne saurait trop recommander aux élèves de mépriser les clameurs des' soi-disant médecins et d'être eux-mêmes chirurgiens comme l'étaient les Grecs et comme l'art et la raison l'ordonnent, afin de ne pas faire détourner au détriment de l'humanité une médecine mutilée et incapable de soula-
fer les maux qui l'affligent. ■ Que pourrait-on ire aujourd'hui de plus fort et de plus sensé î Ne croit-on pas entendre la voix de ces hommes de génie, de Desault, de Chaussier, de Bichat, qui, eux aussi, marchant sur la trace de Vésale, firent de suprêmes efforts pour ramener l'unité dans l'art de guérir et fonder une chirurgie médicale? Et cependant, au lieu de jouir de son vivant de la gloire qui depuis s'est attachée a son nom et qui y demeurera attachée tant que l'étude de l'anatomie sera en honneur, Vésale se vit en butte aux attaques les plus violentes de la part de ses contemporains. Il avait attaqué Galien, dont le nom faisait alors autorité dans toutes les écoles, et mettre en doute l'infaillibilité de Galien, c'était ruiner la réputation de savoir à laquelle prétendaient les plus grands professeurs de l'époque. Aussi leur colère ne connut-elle pas de bornes. Sylvius dit que le grand anacomiste devrait être désormais appelé non pas Vesalius, mais Vesanus, et il lui voua une haine qui ne se démentit jamais. Piccolomini, plus adroit, ne visa qu'a le rabaisser en soutenant que tout ce qu'il avait écrit de vrai était emprunté à Galien et à Hippocrate. Dryander, Putœus, Eustacliius et Faliope le combattirent à leur tour. Leurs attaques n'en irritèrent pas moins au plus haut point Vésale, qui semble avoir été disposé à secouer l'autorité des anciens autant par caractère que parl'intime conviction qu'il avait de leurs erreurs. En 1546, il écrivit sa lettre De radias chinai usu (Bâle, in-fol.), dans laquelle il établit les propriétés de l'écorce du quina, qu'il avait été l'un des premiers a administrer et dont il faisait faire usage à Charles-Quint. Cette lettre n'était pour lui qu'un prétexte d'en revenir à Galien, qu'il accusa d'avoir écrit ses dissertations anatomiques d'après des dissections de singes et d'autres animaux, sans avoir songé à étudier le corps humain.
En dépit de l'opposition de ses contemporains, la réputation de Vésale comme opérateur et comme professeur ne faisait que s'accroître. Vers 1544, il fut nommé médecin de Charles-Quint, et, obligé de se trouver sans cesse à la cour de ce prince et plus tard à celle de son fils, Philippe II, il dut forcément négliger l'anatomie , sauf lorsqu'il pouvait trouver par hasard l'occasion d'examiner les cadavres de ceux qui étaient morts de maladies inconnues, car c'étaient les seuls sur lesquels, les superstitions du temps et du pays lui permissent de porter le scalpel. Lorsque, en 1561, il écrivit son Anatomicarum Gabrieiis Fallopii observationum examen, qui fut publie plus tard (Venise, 1564), il se trouvait à Madrid, où, dit-il lui-même, il lui fut impossible de se procurer un crâne pouréclaircir quelques points dont il n'était pas trèssûr. Du reste, cet ouvrage et l'Examen apologue Fr. Putœi pro Galeno, qu'il publia vers la même époque sous un pseudonyme, prouvent, si nous en croyons Haller, qua, depuis Son départ de Pise en 1544, il n'avait presque rien ajouté à ses connaissances en anatomte. En revanche, celles qu'il possédait en médecine pratique et en chirurgie semblent avoir beaucoup augmeuté, et l'on raconte une foule d'histoires merveilleuses sur l'habileté avec laquelle il soignait les gens de la cour.
11 jouissait en paix de sa gloire et des richesses qu'il avait acquises a cette cour de Madrid qui brillait alors d'un si vif éclat, lorsqu'une étrange accusation vint briser l'edihee de son bonheur. On prétendit que, pendant qu'il disséquait le cadavre d'un gentilhomme afin de découvrir les causes de sa mort, on avait vu le cœur tressaillir sous le tranchant du scalpel; malheuv invraisemblable; car il n'y a pas de léthargie capable de résister aux opérations nécessaires pour mettre le cœur à découvert, l'ouverture de la poitrine, des cartilages, des côtes, du sternum, etc. Quoi qu'il en soit, Vésale, poursuivi par des envieux puissants, fut déféré à l'inquisition, qui le condamna stupidement à mort comme coupable d'avoir opéré la dissection d'un homme vivant. Philippe H n'ob-
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tint que difficilement que la peine fût commuée en un pèlerinage à Jérusalem. S'il faut en croire Albinus et Boerhaave, la condamnation aurait été surtout déterminée par ses railleries journalières sur l'ignorance et les mœurs débauchées des moines. Pendant qu'il était à Jérusalem, en 1564, Faliope mourut, et le sénat de Venise offrit à Vésale la chaire d'anatomie que cette mort laissait vacante. Il s'embarqua aussitôt pour l'Italie; mais, en route, son bâtiment fut jeté par la tempête sur l'Ile de Zante, et ce fut là que l'illustre et malheureux savant mourut, de faim selon les uns , mais plus vraisemblablement par suite de,s fatigues qu'il avait endurées pendant ce voyage.
A part les ouvrages que nous avons mentionnés, les seuls que l'on puisse avec certitude attribuer à Vésale sont des Concilia, qui se trouvent dans les collections de Montanus, de Garet, d'Ingrassias et de Scholz, ainsi qu'une traduction avec paraphrase de quelques-uns des ouvrages de Rhazès. La Chirurgia magna in septem libros digesta, que Prosper Borgaruccio publia à Venise en 1 568, en la donnant pour une œuvre de Vésale, n'a probablement pas été écrite par ce dernier, mais extraite par l'éditeur des ouvrages de Faliope et autres.
Vésale laissait un frère utérin, beaucoup plus jeune que lui, qui avait refusé d'étudier le droit, auquel ses parents le destinaient, et avait commencé l'étude de l'anatomie pour défendre la mémoire de son frère contre les attaques dont elle était l'objet et qui n'étaient pas moins violentes que celles qui l'avaient poursuivi de son vivant; mais une mort prématurée l'empêcha d'exécuter ce généreux dessein.
Les Œuvres complètes de Vésale furent publiées par Boerhaave et Albinus (Leyde, 1725, 2 vol. in-fol.). h' Histoire de l'anatomie de Portai et la Bibliotheca anatomica de Haller renferment, avec sa biographie, l'analyse de ses principaux ouvrages. On doit, en outre, consulter les -Eludes sur A. Vésale (Gand, 1841) et la Chirurgie théorique et pratique de A. Burggraeve, ainsi que les biographies du grand savant écrites par Mersman (Bruges, 1845) et Weynants (Louvain, 1846).
VÈSANIE s. f. (vé-sa-nî — lat. vesania, de vesanus, insensé, lequel est formé de ve, préfixe marquant séparation, et de sanus, sain. Comparez le composé latin insanus , qui a exactement la même signification que vesanus). Pathol. Nom générique des différentes lésions des facultés intellectuelles.
— Encycl. Pinel faisait de ce mot un sy- ' nonyme d'aliénation mentale, et Sauvage, en effet, renfermait dans sa classe des vésanies à peu près toutes les affections qui constituent un dérangement des facultés intellectuelles et morales. Il y faisait figurer : le vertige , la berlue , la diplopie, le tintouin, l'hypocondrie, le somnambulisme, le pica, la boulimie, la polydipsie, l'antipathie, la nostalgie, la panophobie, le satyriasis, la nymphomanie, le tarentulisme, la rage, le délire, la démence, la mélancolie, la manie, la démonomanie, l'amnésie, l'agrypnie. Aujourd'hui, on s'accorde plus généralement à réserver le nom àevésanie aux lésions des fonctions de l'entendement ou des facultés affectives qui ne sont pas accompagnées de fièvre. Le cauchemar est une simple vésanie ainsi que la plupart des monomanies; mais le délire et la manie aiguës sont des genres de folie ou d'aliénation mentale.
VESCB s. f. (vè-se — lat. vicia, mot qui appartient probablement à la même famille que le grec bikos, bikion, et le lithuanien vike, bohémien vitca, vikeo, dont on ignore l'origine). Bot. Genre de plantes, de la famille des légumineuses, type de la tribu des viciées, comprenant environ cent cinquante espèces, répandues dans toutes les contrées tempérées : La vescb a été employée avec succès comme engrais vert. (P. Duchartre.) La vescb cultivée dans les campagnes est annuelle. (V. de Bomare.) Toutes les vEScks ont les tiges grimpantes. (Bosc.) il Semence de la vesce cultivée : Donner de ta vesce à des pigeons. Il ne faut pas distribuer la vksce aux troupeaux pendant les jours pluvieux de l'hiver. (Th. de Berneaud.) il Vesce de JYissote. Nom vulgaire de la gesse de Nissole. Il Vesce sauvage, Nom vulgaire de la gesse tubéreuse.
— Encycl. Le genre vesce, envisagé dans son acception la plus large, comprend des plantes herbacées, annuelles ou vivaces, généralement grimpantes, à feuilles paripennées, munies de stipules et terminées en vrille simple ou rameuse. Les fleurs, axillaires, solitaires, géminées ou en grappes multiflores, présentent un calice tubuleux, campanule ou presque urcéolé, à cinq divisions ordinairement inégales et obliques; une corolle papilionacée, dépassant le calice; dix étamines diadelphes, quelquefois presque monadelphes, à tube tronqué obliquement au sommet; un ovaire libre, simple, surmonté d'un style comprimé ou subtile terminé par un stigmate en tête ou en massue. Le fruit est une gousse bivalve, ordinairement tronquée obliquement au sommet, à une seule loge, renfermant des graines le plus souvent globuleuses, rarement lenticulaires. Ce genre se divise en plusieurs sections ou sous-gen-
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res, que plusieurs botanistes ont élevés au rang dégroupes génériques distincts, savoir : les ers, les erviliers, les fèves, les lentilles et les vesces proprement dites. C'est de ces dernières seules que nous avons à nous occuper ici, renvoyant pour les autres à leurs articles spéciaux.
Le genre vesce, ainsi circonscrit, renferme de nombreuses espèces, répandues surtout dans les contrées tempérées de l'hémisphère nord et dont quelques-unes sont cultivées comme plantes fourragères. La plus connue sous ce rapport est la vesce commune ou cultivée ; c'est une plante annuelle, quelquefois bisannuelle, pouvant atteindre la hauteur de 1 mètre, à feuilles paripennées, munies de stipules aiguës et marquées ordinairement d'une tache brune ; les fleurs sont purpurines , géminées ou solitaires. Cette plante, qui croît spontanément dans presque toute l'Europe, est cultivée dès la plus haute antiquité ; aussi a-t-elle produit un certain nombre de variétés, parmi lesquelles on remarque les suivantes : la vesce d'hiver , appelée quelquefois jarosse, très-rustique sur les sols bien assainis ou drainés ; la vesce de printemps, répandue surtout dans le Nord ; la vesce blanche, appelée aussi vesce d'Amérique ou lentille du Canada, plus rustique et plus productive que la précédente.
La vesce peut croître à peu près partout. Elle végète mieux néanmoins sous les climats qu'on pourrait appeler moyens, au double point de vu-e de la température et de l'humidité, La vesce d'hiver est un peu difficile sur la nature du sol ; comme elle craint l'humidité, il faut la réserver pour les terres légères, plutôt siliceuses qu'argileuses et à sous-sol perméable. La vesce de printemps exige un peu plus d'humidité. Le sol destiné à ces plantes ne demande pas une préparation complète, surtout quand elles succèdent à une céréale; l'essentiel est qu'il soit parfaitement débarrassé des mauvaises herbes, notamment des espèces à racines vivaces. Les vesces sont assez exigeantes et, à moins que le sol ne soit riche, doivent recevoir une bonne fumure qui, du reste, ne sera jamais entièrement absorbée par elles et profitera en grande partie aux récoltes qui les suivront. Les vesces, suivant les variétés, se sèment à l'automne ou au printemps; la quantité de graine à employer varie, suivant le climat et la nature du sol, de 180 a 300 litres par hectare. Les semis doivent être parfaitement enterrés avec la charrue, la herse à dents de fer suivie ou non du rouleau ou le scarificateur, suivant que le sol est meuble ou compacte, humide ou sujet à souffrir de la sécheresse. Ces légumineuses ne demandent aucun soin d'entretien pendant leur végétation ; ce sont, en effet, des plantes étouffantes, qui arrêtent toujours le développement des mauvaises herbes. Toutefois, dans certains pays, on répand un peu de plâtre sur elles avant la floraison.
Les vesces, étant généralement des plantes débiles et traînantes, sont souvent exposées à se coucher sur le sol, où elles pourrissent; aussi est-on généralement dans l'usage de les semer concurremment avec d'autres plantes à tiges fermes et dressées, notamment des graminées, avoine d'hiver ou escourgeon, autour desquelles elles s'enroulent; on augmente ainsi la quantité et la qualité du produit. A ce sujet, nous reproduirons littéralement, dans leur naïve concision, quelques passages d'Olivier de Serres : • La vesce, dit-il, fournit de bonne pasture si, estant semée en terre fertile, elle est fauchée en herbe et sans en espérer le grain ; mais en plus grande abondance donne-t-elle de la mangeaille au bestail si on la mesle par esgale portion avec de l'avoine , pour ensemble semer ces deux grains
• Deux saisons y a-t-il, l'automne et le printemps ; toutefois, les primeraines de ces semences-ci sont toujours les plus fructueuses, comme aussi abondent plus en herbage les grasses que les maigres terres. Si estes en pays où l'avoine résiste à l'hyver (car quant à la vesce n'en faut faire double, sous quelque aer que ce Soit) , ne délayés ce mesnage plus avant que la fin d'octobre ; mais votre climat estant par trop froid, attendes la fin de l'hyver. Quant à la terre, il est. bien fasoheux d'employer le meilleur fonds, veu que le moyen satisfaict raisonnablement à ces choses... Et bien que cest herbage couste plus à moissonner qu'à faucher, pour cela ne faut laisser de s'en pourvoir... De l'arroser ne vous mettes en peine ; toutefois, ayant l'eau à commandement, donnésleur-en en la sécheresse, car cela fera plus abonder l'herbage que si le laissés avoir soif.
> Grande commodité cause ces herbages-ci aux pays diseteux de foins et pastis... Et ce qui augmente le mesnage est que la vesce engraisse plutôt qu'eminaigrit le terroir, après laquelle et l'avoine ensemble meslée, peut-on utilement semer du froment, du seigle et autres blés hyvernaux, pourveu que le fonds en ait été bien et diligemment labouré. Par ainsi, selon la disposition de vostre labourage, ferés de ceste pasture par-ci par-là, es lieus où mieux se rencontrera, la quantité requise pour vostre nourriture. Au recueillir de ceste pasture faut soigneusement observer, commun ceci à tous autres foins, que 'de la serre estant sèche, pour le
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danger de tout perdre, estant humide, portée au grenier. »
La récolte de ces plantes varie suivant le climat, la variété cultivée ou la nature du produit qu'on veut obtenir. Les vesces d'hiver sont fauchées au commencement de mai dans le Midi, et de juin dans le Nord, ordinairement entre la première et la seconde pousse du trèfle ou de la luzerne. Les vesces de printemps se fauchent dans le courant da l'été ; l'époque précise varie en raison do celle du semis. Toutes les variétés doivent être fauchées en pleine floraison, surtout si elles sont destinées aux bêtes à cornes ; elles sont alors plus nutritives et favorisent la production du lait chez les vaches. Si l'on attend que toutes les fleurs soient passées et que les graines commencent à mûrir, les bêtes bovines consomment ces plantes plus lentement et souvent même ne mangent que les sommités des tiges. Si les gousses sont trèsdéveloppées, les chevaux et les montons seuls mangent avidement les vesces. Dans tous les cas, il faut opérer de très-bonne' heure, si l'on veut obtenir une seconde pousse; mais ceci n'est guère avantageux que lorsque In vesce est fortement mélangée d'avoine d hiver; le plus souvent même, cette seconde production n'est pas susceptible d'être fauchée et doit être pâturée sur place.
Quand tout le produit d'une coupe de vesce ne peut être consommé en vert, soit qu'il dépasse les besoins du moment, soit que les plantes aient déjà séché sur pied, il est bon de convertir le reste en foin. Pour que celui-ci possède la meilleure qualitépossible, il faut choisir le moment où les tiges passent à une teinte jaunâtre et où la majeure partie des gousses commence à grossir, ces dernières étant surtout recherchées par les animaux. Le fanage exige du temps et n'est pas sans présenter quelque difficulté ; il doit s'opérer lentement et par un beau temps, surtout quand les plantes sont couchées sur le sol. Si la température est humide, malgré toutes les précautions, les tiges et les feuilles prennent une teinte brune et perdent de leur qualité nutritive. Avant de procéder au fanage, il est bon que les vesces restent sur la terre pendant un jour ou deux ; on a soin de les retourner de temps de temps, sans quoi elles blanchissent ou jaunissent, ce qui diminue la valeur du foin. Ou réunit la récolte en gros andains, que l'on soulève et retourne à plusieurs reprises; quand la dessiccation est assez avancée, on eu fait de petites meules. Enfin, quand elle est complète, on lie le foin en bottes, que l'on rentre dans un endroit sain.
f Dans un grand nombre de fermes de la région du nord de la France, dit M. Heuzê, les vesces, à l'époque de leur floraison, sont consommées sur place par les troupeaux. Ce pâturage ne doit avoir lieu ni trop tôt ni trop tard ; dans le premier cas, on perd en quantité et on fait consommer un fourrage qui peut nuire aux animaux; dans le second, les liges, à cause de leur dureté, sont délaissées par les bêtes à laine et il en résulte une perte souvent considérable. La consommation sur place des vesces en fleur a beaucoup contribué, dans la Beauce et dans la Brie, à la propagation de la race mérinos et à l'amélioration des troupeaux. • Pour récolter la semence, il faut laisser plus longtemps la plante sur pied, sans attendre néanmoins que toutes les gousses soient parfaitement mûres ; la maturité s'achève pendant le javelage. Quand elles sont parfaitement sèches, on les bat légèrement au fléau; puis on recueille la graine comme à l'ordinaire.
La vesce, à l'état frais ou sec, est un excellent fourrage, surtout pour les moutons. Mais il y a quelque inconvénient à la donner aux animaux en trop grande abondance ou quand elle est trop numide; elle produit alors les mêmes résultats fâcheux que le trèfle ou la luzerne. Souvent elle fait d'abord maigrir les vaches et les chevaux. Il semble qu'elle convienne mieux aux vieux sujets qu'aux jeunes. > Dans tous les cas, dit Bosc, il faut ne leur en donner qu'en •petite quantité, mêlée avec d'autre fourrage, non couverte de rosée quand elle est verte, et même, dans ce cas, la saupoudrer d'un peu de sel. > On emploie les semences pour nourrir les oiseaux de basse-cour, notamment les pigeons; on les donne aussi aux moutons et aux cochons, qui en sont trèsfriands. Toutefois, ces derniers ne doivent les consommer que de loin en loin ou mélangées avec d'autres graines; l'usage abusif de cet aliment leur devient nuisible. Les graines de certaines variétés, réduites en purée, servent à la nourriture des paysans dans plusieurs pays. On a même essayé, dans les années de disette, de mélanger leur farine à celle du froment; mais on n'a obtenu ainsi qu'un pain de mauvais goût et difficile à digérer. Enfin, cette plante constitue un excellent engrais vert; mais il est bou de la faucher ou de la rouler un jour ou deux avant l'enfouissement, afin de ne pas gêner l'action de la charrue.
La vesce lathyroïde est une plante annuelle, à tige» couchées, à feuilles ailées, a fleurs bleuâtres ou rougeâtres, solitaires ou géminées. Elle croît dans les lieux secs et 'sablonneux et fleurit de très-bonne heure au printemps. C'est souvent une ressource dans les pâturages, où il y aurait avantage à la propager. Sa petite taille fait que dès le mois d'à-
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vril elle est cochée dans les herbes de telle' sorte que ses graines échappent à la voracité des oiseaux domestiques ou sauvages, C'est à elle que les cultivateurs de la Sologne, souvent exposés à manquer de fourrage à. la fin de l'hiver, doivent en grande partie la conservation de leurs moutons. La teste à feuilles de lin, assez semblable à la précédente, mais beaucoup plus grande, croit dans les cantons granitiques de la Bourgogne et donne un excellent fourrage ; malheureusement, elle abonde quelquefois dans les champs de seigle, au point de nuire à la récolte de cette céréale.
La vesce jaune est annuelle ; ses tiges, hautes de 0™,50 en moyenne, très-rameuses, portent des rieurs jaunes, solitaires h l'aisselle des feuilles supéiieures. Elle croît dans les champs et les buissons et parait affectionner surtout les sols pierreux. 11 y aurait quelque avantagea la cultiver, car elle pourrait donner dans le courant de l'été deux, ou trois coupes aussi abondantes que celle de la. vesce ordinaire et fournir encore aux troupeaux un bon pâturage pendant la mauvaise saison. La vesce bisannuelle se distingue des précédentes, surtout par le caractère que rappelle son nom spécilique ; ses tiges dépassent quelquefois la hauteur de 1 mètre; originaire de la Sibérie, elle a été proposée comme plante fourragère.
Passons maintenant aux espèces vivaces.
La vesce à épis a des tiges grêles, qui atteignent près de 1 mètre de longueur, et portent de longs épis de fleurs bleues. Elle croît très-abondamment en France , dans les champs, le long des haies, sur la lisière des bois, et fleurit pendant une partie de l'été. Dans quelques pays, on la désigne sous les noms vulgaires de vesceron ou de jardeau. En se mélangeant naturellement, avec la paille des céréales, elle rend celle-ci meilleure pour les bestiaux ; mais, si elle devient trop abondante, elle épuise le sot et diminue la réc»l|e du grain. Il n'est pas toujours facile d'en débarrasser les champs ; le meilleur moyen d'obtenir ce résultat, c'est de cultiver des plantes étouffâmes , telles que le trèfle ou la luzerne , ou bien d'autres plantes
?ui exigent des binages d'été, comme les èves, le maïs, les pommes de terre, etc. Malgré les conseils de Thouin , on n'a pas fait jusqu'à ce jour entrer cette plante dans les cultures, ce qui tient sans doute a la disposition traînante de ses tiges ; on pourrait obvier à cet inconvénient en semuntt comme nous l'avons dit pour la vesce commune, cette plante en mélange avec du seigle, de l'avoine ou de l'escourgeon.
La vesce des buissons atteint la taille de la précédente, dont elle se distingue surtout par ses fleurs rouges disposées en épis pendants; elle croît dans les bois et les haies des pays montagneux, mais elle est en général peu abondante. La vesce des haies se caractérise par ses fleurs bleues, groupées par quatre à l aisselle des feuilles supérieures ; c'est une des premières qui poussent au printemps ; malheureusement, les bruches en détruisent la graine avant- qu'elle soit parvenue à maturité ; il faudrait donc, si on la cultivait, la faucher pendant sa première floraison et ne récolter la graine que sur la seconde pousse, alors que les femelles. des bruches sont mortes. La vesce pisiforme, vulgairement nommée vesce blanche ou lentille du Canada, a des fleurs jaunâtres, groupées en épis courts; c'est une des meilleures espèces à cultiver comme fourrage; elle est rustique et s'accommode des sols les plus légers ; ses graines peuvent se manger comme les lentilles ou entrer dans la panification.
Parmi les autres espèces moins importantes, nous citerons :1a vesce à feuilles velues, espèce vivace, qui croit dans les bois; la vesce uniflore, vulgairement jarosse d'Auvergne, croissant dans les lieux cultivés ; la vesce de Narbonne , propre au midi de la France, etc.
VESCERON s. m. (vè-se-ron — dimin. de vesce). Bot. Nom vulgaire de la petite vesce des moissons.
VESCOVATO, bourg de Franco (Corse), chef-lieu de cant., arrond. et a 2C kilom. S. de Bastia; 1,339 hab. Industrie agricole; récolte et commerce de citrons, oranges, olives et fruits divers.
VESCOVATO, bourg du royaume d'Italie, province, district et mandement de Crémone ; 8,200 hab.
VESDRE, rivière de Belgique. Elle prend sa source dans la Prusse rhénane, à 12 kilom. N.-E. d'Eupen, baigne Limbourg et Verviers et se jette dans l'Ourthe, après un cours de 50 kilom.
VÉSELIZE, bourg de France. V. Vézkusb.
VÉSERONCE, village et commune de France (Isère), cant. de Morestel, arrond. et à 12 kilom. de La Tour-du-Pin, au milieu d'une plaine coupée de nombreux travaux de dessèchement; 1,Î70 hab. Victoire da Gondemar, roi des Burgondes, sur Clodomir, roi d'Orléans, qui y fut tué, en 524.
VÉSI CAIRE s. f. (vé-zi-kè-re — du lat. ve- *ica, vessie). Bot. Genre de plantes, de la famille des crucifères, tribu des alyssinées, comprenant environ vingt-cinq espèces, qui croissent dans la région méditerranéenne et
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dans l'Amérique du Nord : La vésicaire se multiplie de graines. (Vilmorin.)
VÉSICAL, ALE adj. (vé-zi-kal, a-le— du lat. vesica, vessie). Anat. Qui appartient, qui a rapport à la vessie : Artères vésicales. Veines vésicalrs. Ligaments vésicaux. Il Luette vésicule , Crête urétrale. Il Syn. de
CYSTIQUB.
— Pathol. Catarrhe vésical, Inflammation de la membrane muqueuse de la vessie.
— Encycl. Annt. Artères vésicales. Le nom: bre et l'origine de ces artères sont très-variables. C'est ainsi qu'on les voit naître à diverses hauteurs des artères ombilicale, hémorroïdale moyenne, honteuse interne, obturatrice et hypogastrique. M. Cruveilhier les distingue eu postérieure, antérieure et inférieure. L'artère vésicale postérieure naît souvent chez la femme par un tronc commun avec l'artère utérine, et, après avoir gagné le bas-fond de la vessie, elle remonte le long de la face postérieure de cet orgiine jusqu'il son sommet et jusqu'à l'ouraque. La vésicale antérieure, qui se porte de bas en haut sur la face antérieure du réservoir de l'urine, naît de l'obturation de l'ombilicale et quelquefois de la honieuse interne. La vésicule ' inférieure, un peu plus volumineuse que les précédentes, naît de l'hypogastrique et fournit au bas-fond de la vessie et au commencement du canal urétral des vaisseaux importants. Chez l'homme, elle envoie, en outre, des rameaux aux vésicules séminales, au canal déférent et à la portion prostatique de l'urètre. Aussi Chaussier lui a-t-il donné le nom de vésico-prostutique.
VÉSICANT, ANTEadj. (vé-zi-kan, an-ledit lat. vesica, vessie). Méd. Qui produit, fait naître des ampoules sur la peau. Il On dit
aussi ÉPISPASTIQUE.
— s. m. Substance vésicante : Employer
les VÉSICANTS.
— s. m. pi. Entom. Syn. de caktharidies.
VÉSICATION S. f. (vé-si-ka-si-on — du lat. vesica, vessie). Méd. Action, effet des vésicatoires. Il Production de vessies, do phlyetènes par une cause quelconque.
— Encycl. La vésication est une irritation locale de la peau, par laquelle on fait naître sous l'épiderme des ampoules plus ou moins volumineuses, remplies de sérosité; les agents employés pour produire cette irritation sont nonimésvésicants. Ceux-ci sont extrêmement nombreux; on en trouve dans les trois règnes, minéral, végétal et animal. Presque tous les acides minéraux concentrés produisent la vésication, il en est de même de certains oxydes, de quelques sels et de l'ammoniaque en particulier. L eau bouillante et le calorique concentré sur uu corps quelconque sont des vésicants que tout le monde connaît. Parmi les végétaux, il y a des familles entières qui jouissent de la propriété de produire la vésication ; telles sont les daphnées et les euphorbiacées. Parmi les premières, on trouve surtout le daphné gnidium (garou), dont les feuilles et l'écorce, macérées dans le vinaigre, produisent la vésication aussi promptement que les eantharides. On cite encore les corymbifères aromatiques, et en particulier l'armoise, la matricaire, l'anthémis, la tanaisie, etc. Ou en trouve un grand nombre parmi les renonculacées, telles que la renoncule acre, la renoncule scélérate, la clématite, l'ellébore. Parmi les crucifères, on trouve les graines des sinapis, les feuilles des lépidiums, dos cochléarias, etc. Dans la règne animal, on trouve un grand nombre d'espèces qui produisent lu. vésication par un principe qu'elles possèdent toutes, la cantharidine. Les plus importants de ces animaux sont les genres céiocoma, mylabris, dieatoma, lydus, asnns, inéloé, létraonyx, cantharis. • De tous les coléoptères, la tribu des cantharidées seule renferme dos insectes épispastiquesjtous les insectes de cette tribu ne sont point épispastiques; toutes les espèces du même genre ne sont point vésicantes; tous les coléoptères vésicants agissent par un principe qui est le même, la cantharidine, qui ne se détruit ni par l'action de l'air ni par celle du temps. » (J. Leclerc.) Tous les vésicants ne produisent point les mêmes effets; les uns donnent lieu à une large ampoule remplie de sérosité transparente, comme les emplâtres avec eantharides, l'eau bouillante, l'ammoniaque, etc.; les autres se bornent à développer de petites vésicules grosses comme des lentilles ou des grains de millet; tels sont la renoncule, la clématite, le garou. Dans ces' derniers cas, la sérosité contenue dans les vésicules est épaisse, trouble et purulente. Mais la vésication ne varie pas seulement par la forme des vésicules et la nature des liquides qu'elles contiennent; elle diffère encore par ta marche et l'étendue de
' l'inflammation; dans certains cas, la surface seule du corps muqtieux participe à l'inflammation, qui est circonscrite, comme on l'observe dans les vésicatoires; dans d'autres cas, elle s'étend au loin et détermine une espèce d'érythrême. L'eau bouillante et les acides concentrés, pour peu que l'application en soit prolongée, brûlent le derme lui-même au-dessous de la vésicule, et il en résulte uue escarre plus ou moins profonde. Dans la pratique, on ne se sert guère aujourd'hui comme vésicants que de l'ammoniaque, de l'eau bouillante et des eantharides.
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— Ammoniaque. L'ammoniaque pure est un vésicant des plus énergiques. Pour s'on servir, il suffit d imbiber de ce liquide concentré une compresse pliée en plusieurs doubles et de l'appliquer sur la peau; l'effet est presque instantané ; mais on n'emploie ce moyen que dans les cas urgents où l'on n'en trouve pas de meilleur. Darcq, de Stenay, a imaginé un procédé 'fort ingénieux pour se servir de l'ammoniaque. Il prend un verre de montre plat, dans lequel il verse huit OU dix. gouttes d'ammoniaque concentrée, qu'il recouvre d'un disque d'étoffe, dont le diamètre est un peu moindre que celui du verre. Puis il renverse promptement ce petit appareil sur la peau. Trente secondes suffisent quelquefois pour produire la vésication, et, dès que celle-ci est opérée, on remarque autour du verre une zone rosée d'environ 0m,02 de largeur. Aussitôt on enlève l'appareil, on lave la plaie et on arrache l'épiderme a l'aide d'une pince à dissection, Il ne reste plus ensuite qu'à panser le vésicatoire. La pommade de Gondret n'est qu'un mélange d'axonge et d'ammoniaque; elle est d'un usage irès-fréquent en médecine. Lorsqu'on veut s'en servir, on coupe un disque de litigo de grandeur voulue et on étale sur l'une de ses faces une couche de cette pommade d'environ 0m,002 d'épaisseur, puis on l'applique sur la peau. 11 est bon de circonscrira par une bandelette de diachylon la surface sur laquelle on veut produire la vésication; sans cette précaution, la pommade pourrait fondre et déterminer une irritation au delà des limites où l'on veut la produire. Quand le malade commence à sentir de vives dou- , leurs, on enlève l'emplâtre, on absterge la plaie et on fait ensuite le pansement. La pommade de Gondret doit être employée peu de temps après qu'elle a été faite, car l'ammoniaque s'évapore promptement, et, si la pommade était vieille, elle ne produirait pas les effets qu'on en attend. Elle ne peut pas rester en place plus de quinze minutes; au delà de ce temps, elle produirait une brûlure trop profonde. L'ammoniaque sert encore à fabriquer un liquide vésicant très-énergique. On prend une partie d'ammoniaque et deux parties d'huile camphrée, on verse le mélange sur un morceau d'ouate et on l'applique sur les téguments pendant douze à quinze minutes. On lève l'appareil et on obtient une vésication suffisante.
— Eau bouillante. L'eau bouillante est un des vésicants les plus rapides et qu'on peut se procurer avec. le plus de facilité. Son emploi est de la plus grande simplicité; mais il est très-difricile d'en mesurer les effets, et il peut arriver souvent qu'on produise des escarres. Pour obtenir la vésication par ce moyen, il sufflt de plonger un linge dans l'eau bouillante et de l'appliquer sur la peau pendant quelques secondes; maison préfère généralement se servir d un marteau ou d'un fer quelconque, qu'on laisse quelque temps dans l'eau à 100° et qu'on applique ensuite .sur la partie où l'on veut produire la vésication.
— Cantharides. De tous les corps employés comme vésicants en thérapeutique, les préparations de eantharides sont ceux qui présentent le moins d'inconvénients et auxquels on donne toujours la préférence, à moins d'indications particulières.
VÉSICATOIRE s. m. (vé-zi-ka-toi-re — d'un type barbare vesicatorius , formé du verbe latin vesicare, se gonfler, venu de vesica, ampoule, cloche, qui est aussi le type du français vessie). Méd. Médicament externe qui produit un épanchement de sérosité sous la peau : Mettre, appliquer un vksicatoirk. Le vésicatoirk a bien pris, n'a pas pris, il Plaie obtenue par l'application do ce médicament : Panser un vésicatoire.
Supprimer un vésicatoire. il Vésicatoire volant , Vésicatoire qui n'est pas entretenu, qu'on laisse cicatriser après la première éruption de sérosité.
— Adjectiv. Qui produit la vésication médicale : Onguent vésicatoire. Taffetas vésicatoiris. Emplâtre vésicatoike.
— Encycl. On donne le nom de vésicatoire tantôt à certains topiques irritants, dans lesquels entrent le plus ordinairement les cantharides, et tautôtàlaphlegmasie elle-même déterminée par ces topiques (Guersant). Les emplâtres vésicatoires employés en médecine sont extrêmement nombreux ; mais presque tous reconnaissent un même principe actif, la cantharidine ou extrait de eantharides (v. ce mot). Ce principe seul, appliqué sur la peau au moyen d'un papier ou d'un liage huilé, produit la vésication d'une manière très-rapide et très-sûre. On sesert encore d'un papier vésicant, dont il sufflt de tailler un morceau de la grandeur et de la forme qu'on veut donner au vésicatoire. Mais le moyen le plus communément employé est le suivant : on taille un morceau de peau fine, de diachylon, da toile cirée ou même de linge, un peu- plus grand que le vésicatoire qu%n veut appliquer ; on étale à sa surface un emplâtre épispastique , une couche de simple levain ou toute autre substance qui puisse s'incorporer par la pression une certaine quantité de poudre de cantharides; on a soin de laisser tout autour un rebord libre de 0^,004 ou 0m,005; après avoir saupoudré l'emplâtre de cantharides finement pulvérisées, on exerce à sa surface une assez forte
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pression pour faire adhérer cette poudre, et on applique ensuite le tout sur la peau, préalablement rasée si elle étnit couverte de. poils. Il est bon même de frictionner fortement la peau avec du vinaigre lorsqu'on veut obtenir une prompte vésication. Pour maintenir le vésicatoire en place, on l'entoure de bandelettes de diachylon ou on le fixe à l'aide d'un bandage approprié à la forme des parties. Depuis quelques années, on a remplacé les anciens emplâtres vésicants par une toile plus active que le papier vésicant ordinairement employé. C'est' une simple toile cirée, couverte d'une légère couche de matière emplastique, composée do :
Poix noire 100 grammos-
Poix de Bourgogne .... 100 —
Axonge . 50 — *
Cire jaune 50 —
Poudre de cantharides. . . 200 — Les cantharides produisent, outre la vésication, une action directe sur la vessie. Celle-ci devient le siège d'une irritation particulière qui entraîne la formation do fausses membranes et qui oblige souvent a renoncer h l'emploi des cantharides. Cetto complication, qui survient heureusement dans des circonstances rares, peut être atténuée par l'usage du vésicatoire anglais, dans lequel la cantharide est incorporée k l'emplâtre. On a propose, dans le même but, de saupoudrer le vésicatoire d'une légère couche de camphre ou d'un corps gras quelconque. Ce dernier moyen paraît être le plus efficace. Bretonneau conseille d'humecter les vésicatoires avec de l'huile ordinaire ou de l'huile camphrée. Ce procédé offre de grands avantages. D'abord l'épiderme, n'étant pas directement en contact avec les cantharides ni avec la matière emplastique, n'adhère pas à celle-ci lorsqu'on l'enlève, et par cela même on évite des douleurs aux malades. D'un antre côté, on évite encore la déchirure de l'épiderme, qui quelquefois peut être conservé, comme dans les vésicatoires volants. En troisième lieu, on n'a pasàeraindre de laisser sur la peau des parcelles de cantharide, qu'il est souvent difficile d'enlever et qui continuent toujours leur action irritante. Hisch, pharmacien à Saint-Pétersbourg, remplace les emplâtres h vésicatoire pur le collodion combiné avec la cantharidine, qu'on applique sur la peau, préalablement enduite de céiat, a l'aide d'un pinceau imbibé de cette liqueur.
Les vésicatoires sont volants ou permanents. Les premiers ont pour but de produire soit une irritation de la peau, soit une évacuation plus ou moins grande de sérosité. Dans tous les cas, le vésicatoire volant ne doit point suppurer.et l'on doit favoriser la cicatrisation de la plaie immédiatement après avoir enlevé l'emplâtre. Les vésicatoires permanents, au contraire, sont destinés à déterminer une action continue et à suppurer plus ou moins longtemps.
— Vésicatoires volants. Quand on se propose d'obtenir un vésicatoire volant, on laisse en général l'emplâtre vésicant moins longtemps appliqué sur la peau que quand on veut produire un vésicatoire permanent. Cependant, il n'y a pas grand inconvénient à le laisser autant de temps dans le premier cas que dans le second, il sufflt de se rappeler que la vésication est beaucoup plus rapide chez l'enfant que chez l'adulte et que, s'il faut, chez le dernier, de quinze à vingtquatre heures pour que l'action soit complète, on peut l'obtenir chez les enfants en six heures et quelquefois même en deux heures. On ne saurait donc recommander trop de surveillance pour les jeunes enfants, tjuoi qu'il en soit, dès que commence l'action des cantharides, le malade éprouve ordinaili-ment, dans la partie couverte par le vésicatoire, de la chaleur, de la cuisson et un sentiment de tension plus ou moins pénible. Si alors on enlève l'emplâtre, on aperçoit à la place qu'il occupait une rougeur uniforme très-prononcée; la température y est sensiblement augmentée, et il existe une tuméfaction légère qu'il est facile de reconnaîtra aux limites de la partie çhlogosée. Que l'application, au contraire, soit continuée, et bientôt l'épiderme se trouve soulevé, dans toute l'étendue de la peau enflammée, par de la sérosité sécrétée au-dessous de lui a la surface réticulaire du derme. Ce liquide, presque incolore ou de couleur ambrée, un peu visqueux, inodore et de saveur salée, offre quelquefois l'apparence d'une gelée transparente, qui s'écoule rapidement lorsqu on vient à percer la bulle. Il n'est pas, d'après les recherches d'Andral, aussi riche en albumine que le sérum du sang; mais, comme les liquides séreux dus à un travail phlegmasique, il s'en rapproche beaucoup plus que les autres sérosités morbides. La surface du derme dénudé est d'un rose plu3 ou moins vif tirant un peu sur le gris, douloureuse au plus léger contact; on y distingue une multitude de petites stries rouges très-rapprochées et des gouttelettes tout à fait, limpides (Guersant, Dict. de méd.). Chez certains individus, ces phénomènes locaux sont accompagnés d'un trouble général plus ou moins marqué; il survient un léger mouvement fébrile avec de la gêne dans la respiration, de la soif, de l'agitation et quelquerois de la dysurio et même de. l'hématurie. | Ces derniers symptômes s'observent lorsqu il
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y a eu absorption de la cantharidine. Il faut aussitôt enlever le vésicatoire et administrer à l'intérieur le camphre, à la dose de 0Br,15 à oe',20, ou bien encore des pilules opiacées camphrées et des boissons mucilagineuses. Lorsqu'il ne se manifeste aucun accident et que la vésication est complète, on évacue le liquide et on enlève l'épiderme tout d'une pièce, après en avoir découpé la circonférence avec des ciseaux, ou bien on l'arrache tout d'un coup par une traction brusque et rapide. Cette opération est très-douloureuse et certains malades ne peuvent point la supporter. 11 faut alors user de grandes précautions, et même, pour éviter les douleurs, il est préférable de recouvrir la plaie d'un cataplasme émollient et d'attendre au lendemain a faire l'ablation de l'épiderme. L'opération se fait alors sans souffrance. Il ne reste plus qu'à faire un pansement simple avec un linge ou du papier brouillard, enduit de cérat. Celui-ci peut être quelquefois remplacé par le beurre frais ; mais ce corps gras rancit du jour au lendemain et produit alors sur la plaie une légère irritation qui en retarde la guérison. Il est un mode de pansement qui épargne des douleurs au malade et qui amène une prompte guérison. Après avoir enlevé l'emplâtre vésicant, on couvre la phlyctène avec un cataplasme de mie de pain et de lait, qu'on laisse en place pendant deux heures. Au bout de ce temps, on l'enlève, on évacue le liquide en déchirant légèrement un point de l'épiderme, et, aussitôt la sérosité épanchée, on recouvre la plaie d'une forte couche de coton. Celui-ci, au bout de quelque temps, se trouve imbibé de liquide; on l'enlève autant que possible sans déchirer l'épiderme, et on le remplace par une nouvelle couche. Deux ou trois jours suffisent pour la formation d'un nouvel épiderme; alors on enlève, sans produire aucune espèce de douleur, et le coton et l'ancien épiderme, au-dessous desquels on trouve une surface lisse et polie. Si l'on n'adopte pas cette méthode de traiter le vésicatoire volant, le premier pansement n'est jamais suffisant; il faut le renouveler pendant quatre ou cinq jours, une fois par jour, en n'employant jamais autre chose qu'un linge ou un morceau de papier brouillard, enduit de cérat. Il est rare qu'au bout de cinq jours la cicatrisation iie soit pas complète. Il arrive quelquefois qu'au lieu d'une seule et large phlyctène ou en trouve plusieurs, soit que les adhérences de l'épiderme avec le derme n'aient pas été complètement détruites, soit que l'agent irritateur n'ait pas agi d'une manière uni'forme sur toute la surface en contact avec lui. En pareil cas, il faut ouvrir toutes les vésicules l'une, après l'autre pour évacuer la sérosité et faire ensuite le pansement comme à l'ordinaire. Les vésicaloires volants ne laissent jamais de cicatrice.
— Vésicaloires permanents. Les vésicaloires permanents sont destinés à suppurer plus ou moins longtemps. Leur application et le premier pansement ne digèrent en rien de ceux du vésicatoire volant; seulement, il faut avoir soin d'enlever toujours l'épiderme, soit le jour même où l'on découvre le ve'sicatoire, soit le lendemain. Les pansements consécutifs, gui doivent être répétés tous les matins pour oter la mauvaise odeur que répandent toujours ces exutoires, doivent être faits avec une pommade irritante, aux cantharides, au garou ou à là Sabine. Depuis quelques années, on a remplacé ces pommades par des taffetas ou du papier préparés à l'avance et qui, tout en offrant plus de commodité, produisent moins souvent des accidents du côté de la vessie. Si, au bout d'un certain temps, la surface suppurante était trop douloureuse, on pourrait ajouter au pansement un peu d'extrait d'opium ou de belladone pour calmer l'irritation, il arrive parfois qu'au bout de trois ou quatre jours a suppuration tarit, et quelques personnes, bien peu versées dans la science, il est vrai, prétendent que c'est parce que l'individu n'a pas d'humeurs. Ce phénomène tient à ce que la pommade employée dans les pansements est trop ou trop peu irritante. Dans le premier cas, on peut la rendre moins forte en y ajoutant un peu d'axonge ou de cérat; dans le second, on peut augmenter son énergie par l'addition d'une nouvelle quantité du principe actif. Il arrive parfois, lorsque le vésicatoire est trop irrité, qu'il se développe à sa surface une pseudo-membrane mince et blanche qu'on enlevé facilement par l'application d'un cataplasme de fécule de pommes de terre. Si elle était très-épaisse, il serait préférable de l'ôtera l'aide d'une lame mince qu'on passerait entre elle et le derme sousjacent. En pareil cas, il s'écoule toujours un peu de sang qui produit un dégagement avantageux.. Sur les vésicaloires qui suppurent depuis longtemps, il n'est pas rare de voir se tonner des fongosités molles, décolorées et plus ou moifls saillantes. On les cautérise d'abord avec le nitrate d'argent, et, si ce moyen ne suflit pas, on ne doit pas craindre de les exciser avec des ciseaux courbes sur le plat. Sans cette précaution, il se forme une cicatrice très-irrégulière, parsemée de tumeurs pédiculées. Quand un vésicatoire est trop douloureux, on le panse avec une pommade à laquelle on a mélangé un peu d'opium-, si sa surface était pâle, blafarde; il faudrait l'excitor en la saupou-
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drant plusieurs fois avec de la poudre de quinquina; s'il se formait des escarres gangreneuses, on les traiterait comme une plaie fangrenée; si la surface est saignante et ouloureuse, on y applique des cataplasmes émollients; si la suppuration est trop abondante ou trop fétide, on renouvelle fréquemment les pansements, en ayant soin chaque fois de bien laver la pluie à l'aide d'une éponge imbibée d'eau de mauve à une douce température. Lorsqu'il survient des accidents du côté des voies urinaires, par suite de l'absorption des canthaiides, celles-ci doivent être immédiatement supprimées et remplacées par une pommade au garou ou à' la sabine. La partie sur laquellese trouve un vésicatoire doit, autant que possible, être mise à l'abri des mouvements violents, et, si l'on vient a la plonger dans un bain, il ■ faut la couvrir d'un bandage que l'on a soin de renouveler en sortant du bain. Les vésicatoires permanents qui ont suppuré longtemps laissent une cicatrice indélébile, par suite de l'altération plus ou moins profonde du derme.
Il serait trop long d'entrer ici dans le détail de toutes les affections qui réclament l'emploi du vésicatoire. La chirurgie en fait usage aussi souvent que la médecine, et il est peu de maladies où ce moyen thérapeutique ne puisse pas être de quelque utilité. On est allé jusqu'à se servir du vésicatoire pour faire absorber par les téguments certaines substances médicamenteuses, comme la morphine, l'émétique, la strychnine, etc. Il suffit, pour faire absorber ces corps, de dénuder la peau à l'aide d'un emplâtre vésicant et de les étaler à la surface de la plaie, lue l'on protège par un pansement approprié. C'est ce qu'on a appelé méthode endermique.
VÉSICO - PROSTATIQUE adj. (vé-zi-kopro-sta-ti-ke). Anat. Qui a rapport à la vessie et à la prostate.
VÉSICO-UTÉRIN, INE adj. (vé-zi-ko-u-térain, i-ne — devésical, et de utérin). Anat. Qui appartient à la vessie et à l'utérus.
VÉSICO-VAGINAL, ALE adj. (vé-zi-kova-ji-nal, a-le — de vésicat, et de vaginal). Qui est commun à la vessie et au vagin : Fistule VÉSICO-VAQINALE.
VÉSICULAIRÉ adj. (vé-zi-ku-lè-re — rad.
vésicule). Hist. nat. Qui est en forme de vésicule.
— Physiq. Etat vësiculaire, Etat de la vapeur d'eau qui, sous l'influence d'un abaissement de température, se condense sous la forme particulière aux nuages, et qui se compose, à ce que l'on croit, de petites gouttelettes d'eau remplies d'air, formées par la liquéfaction rapide de la vapeur : La vapeur qui s'échappe d'une locomotive passe d'abord à /'état vësiculaire, pour se redissoudre bientôt après dans l'atmosphère, tl On dit aussi