POISSONS
Viande
de canard.
Viande
de grenouille.
Viande
de cyprin.
L'examen des chiffres contenus dans le tableau précédent nous montre en quoi diffèrent les viandes acceptées sur nos tables et formant l'appoint principal de nutre alimentation ; il nous fait voir que les qualités nutritives dépendent surtout de la prédominance plus ou moins accusée des éléments albuminoïdes ou azotés, c'est-à-dire de la fibrine, de l'albumine, etc. M. Liebig, qui "attache une importance de premier ordre a l'une de ces substances, la créatine, a fait connaître, à ce point de vue, la composition de quelques-unes de nos viandes, et le tableau suivant est un résumé de ses analyses,
La créatine varie, dans les différentes viandes, dans les proportions suivantes:
Dans la chair musculaire de poule, on
en trouve 3,210
Dans la chair de bœuf 1,370
Dans la chair de morue 0,935
Dans la chair de pigeon 0,825
Dans la chair de raie 0,607
M. Liebig a trouvé :
Dans la chair de cheval. ........ 0,720
Dans celle de boeuf 0,697
Les conclusions se tirent tout naturellement de l'inspection de ces tableaux et peuvent se formuler en termes généraux de la manière suivante : une viande est d'autant plus nutritive, c'est-à-dire qu'elle est douée à poids égal d'un pouvoir nutritif d'autant plus considérable, qu'elle contient plus de substance azotée ou, tout au moins, plus de créatine.
Quelle que soit son origine, cependant, la viande se comporte de la même façon dans nos organes digestifs. Apres qu'une cuisson préalable a plus ou moins désagrégé ses libres, ou les a disposées à une dissociation plus facile, la viande est broyée et humectée dans la cavité buccale, puis, ingérée, parvient à l'estomac. Là, sous la triple action d'un mucus inerte qui pénètre ses particules, d'une malaxation mécanique opérée par les parois du viscère et de l'imprégnation d'un liquide actif appelé suc gastrique, la viande achève de se décomposer; les éléments directement absorbab.es sont immédiatement enlevés par les bouches absorbantes des veines de l'estomac, et les éléments albuminoï-
des transformés en peptone ou albuminose, substance consécutivement destinée à passer par les mêmes voies d'absorption dans le torrent de la circulation veineuse. Ainsi, dans les conditions les plus favorables, toute viande est dissoute dans l'estomac en presque totalité; toute viande se résout, sous l'action des sucs digestifs, en une sorte de liquide absorbable par les veines de l'intestin. Mais on conçoit que, pour une aussi complète dissolution , il faut à la fois un temps assez long pour l'opération et un certain degré d'activité des sucs digestifs. On comprend (et l'expérience l'indique d'une manière plus formelle encore) que te temps qui sera employé à dissoudre un poids donné de substance musculaire variera considérablement suivant les conditions diverses dans lesquelles se produira l'action digestive. En un mot, chez des sujets dont l'activité digestive est inégale , les viandes sont inégalement digestibles. L'étude de la digestibilité variable des Viandes de diverses provenapces, selon les conditions particulières dans lesquelles elles se présentent à l'action digestive, intéresse l'hygiéniste non moins que l'étude de leurs propriétés nutritives, et nous ne pouvons abandonner ce sujet sans dire quelques mots des variations de la propriété digestive.
Diverses circonstances modifient la digestibilité; nous citerons les principales :
l" L'âge des animaux. La chair des jeunes animaux est toujours moins nutritive, en raison de la quantité plus grande de tissu réductible en gélatine par la coution; mais elle est plus digestible. A ce litre, elle est .plus appropriée à la nourriture des malades, des enfants et des personnes dont l'estomac est délicat; l'usage des bouillons de pouiet et de veau est consacré par une longue habitude et légitimé par une pratique conforme aux données de la science expérimentale.
20 Les soins dont l'animât a été l'objet. Rien ne modifie mieux les qualités de la viande que les soins dont a été l'objet l'animal qui l'a fournie. La domestication et l'élevage bien ordonné d'un grand nombre d'animaux, les soins intelligents dans ue nonnes étables ou des parcs appropriés perfectionnent à un très - haut point la viande des
El
' VIAN
animaux destinés à l'alimentation. C'est ainsi que se crée la viande de boucherie chez les éleveurs, la volaille dans .les basses-cours ; c'est par ce même procédé d'un élevage bien entendu qu'on parvient à donner a la chair de l'huître elle-même la saveur qu'elle ne posséderait jamnis à l'état sauvage. D'une manière générale, les viandes provenant d'animaux, élevés en vue de l'alimentation de l'homme sont plus digestives; leur saveur, moins relevée peut-être, est aussi plus franche et plus exempte de ces fumets trop savoureux qui amènent promptement la satiété. ' 3» L'espèce de l'animal. Ici se rencontrant les plus grandes variétés, et chaque espèce de viande a, pour ainsi dire, sa digestibilité pro.pre. Le bœuf possède une viande succulente , savoureuse, imprégnée d'une notable quantité de matières grasses ; elle est plus nutritive que toute autre et d'une bonne digestibilité. Le veau est moins nourrissant, plus albumineux. Le mouton a plus de saveur et des qualités nutritives qui le rapprochent du bœuf. Le porc a une chair agréable au goût, mais il est d'une digestion très-difficile en raison de la graisse intimement mélangée aux libres musculaires. La volaille est généralement moins nourrissante, toutefois très-digestible, à l'exception de l'oie, qui occupe le dernier rang dans l'échelle de la digestibilité. Le gibier est plus particulièrement savoureux et de haut ;oût; mais toute venaison exige, pour être ien digérée, d'être avancée^ un certain degré. Les gibiers apprivoisés ou élevés en domesticité,- tels que lapins et pigeons, sont inoins digestibles que les gibiers sauvages ; sauf les oiseaux à long bec ou gibier d'eau, qui occupent le dernier rang. La chair du poisson se fait remarquer par une glus grande proportion de graisse et de gélatine, par une moindre quantité de fibrine et de créatine. Cependant, si elle est peu nutritive, sa digestibilité est très-variable. Tantôt le poisson est très-digestible : tels sont la sole, le merlan, la limande; tantôt, au contraire (c'est le cas des gros poissons de mer), elle est bien plus indigeste. Les reptiles employés dans l'alimentation sont peu nombreux : ce sont la tortue et la grenouille, qui se distinguent en ce que la viande de tortue est plus indigeste que celle de la grenouille ; ces viandes sont d'ailleurs peu nourrissantes. Les crustacés, tels que homard, langouste, crabe, écrevisse, sont réputés très-indigestes; on peut en dire autant des mollusques, tels que moules, escargots, etc.; toutefois , l'huître passe pour un mets à la fois savoureux et digestible,
i° La partie de l'animal. Chacune des parties d'un animal a son mode de structure, d'organisation et de composition chimique ; on comprend que la digestibilité de ces diverses parties doive être assez variable. La plus nutritive est la plus fibrineuse ; elle est aussi la moins digestible ; tel est le filet et la chair musculaire proprement dite. Les glandes, comme le ris de veau, les foies, les rognons, la cervelle ,• viennent ensuite; les parties tendineuses et apouévrotiques, les cartilages et les membranes sont plus indigestes et moins nutritifs.
5° Le temps gui s'est écoulé depuis la mort de l'animal. Toute viande de boucherie, de volaille et surtout de gibier doit avoir supporté un certain degré d'avancement; ello est ainsi plus digestible; mais un commencement de putréfaction est un obstacle a une prompte élaboration digestive. L'avancement, pour les viandes, a la même vertu qu'une cuisson bien dirigée ; il amène un commencement de dissociation des fibres qui favorise l'action des sucs digestifs. Mais la promptitude avec laquelle se corrompent certaines substances alimentaires s'oppose à ce qu'on puisse généraliser cette méthode de préparation ; le poisson, par exemple , ne peut être consommé qu'a l'état frais.
6° Le genre de mort de l'animal. L'usage a consaere les divers modes adoptés pour tuer les animaux destinés à l'alimentation. On sait qu'il parait préférable d'abattre les grands herbivores, tandis qu'on regarde comme utile de saigner quelques autres animaux. Il est certain que le genre de mort n'est pas indifférent à la qualité de la viande; mais rien ne prouve que les usages qui prédominent aujourd'hui soient à l'abri de tout reproche. Ils ont beaucoup varié dans la série des temps et ils varient encore d'une nation à l'autre.
70 Le mode de préparation. Le mode de préparation culinaire influe sur la digestibilité des viandes d'une manière très-évidente, et l'ordre qu'on a dû établir sous ce rapport est le suivant : le grillage, le rôtissage, la cuisson à i'étuve, la cuisson à l'eau (bouilli), la cuisson au four sont, par ordre de digestibilité, les procédés les plus employés. Les fricassées t.ont plus indigestes, en raison de la graisse qui imprègne les fibres ainsi cuites; la salaison, qui resserre les fibres musculaires , est encore plus préjudiciable à l'exercice d'une bonne digestion. De ce que certaines substances, telles que le poisson, la viande des crustacés et celle des mollusques, demandent à être relevées par des condiments de haut goût, il n'en faut pas conclure que le poisson salé est plus digestible que le poisson frais.
— III. Des viandes peu usitées dans l'a-
VIAN
LtMENTATION, ET PARTICULIEREMENT DE LA
viande de cheval. Les habitudes culinaires des différents peuples ont étrangement varié. Qui ne sait que les Romains, possédaient quantité d'aliments dont ils faisaient le plus grand cas, et qui répugnent aujourd'hui? Des coutumes non moins bizarres régnent encore en ce moment chez divers peuples; il suffira de citer les Chinois, qui professent que toute substance qui contient des éléments nutritifs est utilisable pour l'alimentation, et qui, non contents de nous avoir fait connaître le potage aux nids d'hirondelle, mangent très-volontiers toute espèce de carnassiers et de rongeurs, des insectes et jusqu'à des araignées. D'une manière générale, on peut dire que rien ne justifie les préventions qui régnent au sujet de l'alimentation. Le goût seul, les habitudes contractées, l'exemple, ont servi de règle au choix de nos aliments; mais on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que nous n'utilisons qu'une faible partie des substances alimentaires que nous offre la nature. Cependant, en présence des nécesités actuelles, de l'incontestable supériorité du régime animal et du prix croissant des viandes de boucherie sur nos marchés, on doit songer' qu'il serait temps d'introduire parmi les classes pauvres l'usage de viandes moins recherchées et tout aussi nourrissantes, peut-être même tout aussi savoureuses, si l'on connaissait le mode de préparation qui leur convient. C'est ainsi que l'expérience de tous les temps a établi péremptoirement que la viande des animaux carnivores n'était pas aussi malsaine, ni même aussi désagréable au goût qu'on le pense généralement. L'homme des premiers temps n'avait pas d'autre animal domestique que le chien; il s'en nourrissait, ainsi que le témoignent les débris de cuisine qu'il nous a laissés, De nos jours, il est avéré que, dans divers pays, on mange l'ours, le renard et bien d'autres carnassiers. Toutefois nos goûts et nos usages répugnent à admettre ces viandes au nombre de celles qui se débitent pour servir à l'alimentation, et ce n'est qu'accidentellement, et comme par surprise, que le chat se change en gibelotte de lapin. La viande des animaux carnassiers n'est ni indigeste ni malsaine; elle exige seulement des soins particuliers. L'animal doit être vidé de bonne heure et mariné convenablement ; ces précautions prises, il perd complètement ce goût fort et désagréable' qui le caractérise, et il
peut servir à l'alimentation.
Il est un autre genre de nourriture dont on a beaucoup parlé clans ces derniers temps; nous voulons dire la viande de cheval. On a fait remarquer avec raison que le cheval était un herbivore, très-proprement et très-délicatement nourri, entouré de soins incessants, de telle sorte que sa chair présente les meilleures conditions sous le rapport de la salubrité. Mais un préjugé trèsfortement répandu dans toutes les classes de la société a longtemps empêché l'usage de cette viande de se propager; ce préjugé, déjà fortement ébranlé quand on a vu des boucheries de cheval s'établir et prospérer, est aujourd'hui presque entièrement détruit depuis que les rigueurs d'un siège de cinq mois ont forcé les habitants de Paris, qui manquaient absolument de viande de bœuf, à se nourrir de cheval, et quand cette ressource a menacé de manquer elle-même, les Parisiens n'ont plus songé à se plaindre de ce qu'on leur faisait manger du cheval, ils se plaignaient de ce qu'on ne pouvait plus leur en donner que 30 grammes par personne et par jour. Nous nous bornerons ici à ce peu de mots, parce que nous avons traité la question plus longuement au mot hippophagie,
— IV. Des viandes au point de vue de la salubrité. La santé publique, l'existence même des populations, sont attachées irrémédiablement à la bonne qualité des denrées alimentaires de première nécessité, au nombre desquelles la viande tient au moins le second rang. En présence de l'obligation impérieuse d'assurer un approvisionnement régulier dans les grands centres de population en même temps qu'une irréprochable qualité, on conçoit que le commerce de la viande ait été, depuis un temps déjà fort ancien, l'objet d'une réglementation très-complète. Ainsi s'explique 1 organisation toute spéciale qui avait été imposée par les législateurs du moyen âge à la corporation des bouchers de Paris et des grandes villes; ainsi s'explique la série des réglementations, des privilèges et des obligations incombant à cette classe de négociants, et dont nous avons exposé les points les plus saillants.
Au point de vue spécial qui nous occupe, c'est-à-dire au point de vue des précautions prises pour assurer la bonne qualité des viandes livrées au consommateur sur les marchés urbains, les prescriptions 'qui régissaient rigoureusement la boucherie privilégiée persistent encore et s'étendent a la boucherie libre. Citons : i° les ordonnances de police du 15 nivôse an XI, du 25 brumaire an XII et du 25 juillet 1808, concernant la vente de la viande à la Halle de Paris ; 2» l'ordonnance de police du 25 mars 1830, concernant le régiment la discipline intérieure ' de la boucherie de Paris, encore en vigueur en partie aujourd'hui; 3° la décision de M. le préfet de police en date du 4 août 1831 sur le dallage des étaux ; 4° enfin,
VIAN
la loi du 27 mai 1851, qui proscrit la vente des viandes corrompues et renvoie le coupable des délits concernant cette prescription à la pénalité édictée par l'article 423 du code pénal. Citons aussi un très -ancien usage reconnu par arrêt du parlement en date du 13 juillet 1690 et par lettres patentes du 1er juin 17S2, usage que la cour de cassation, dans un arrêt du 19 janvier 1841, a jugé encore applicable après la loi du 26 mai 1838. D'après cet usage, le vendeur est garant, envers le boucher acheteur, de la mort naturelle des bestiaux destinés à la boucherie , pendant les neuf jours qui suivent la vente, pourvu que la mort ne soit pas imputable au boucher. De longs débats se- sont engagés sur les difficultés d'application de cette mesure rigoureuse, a certains égards, pour le vendeur; les éleveurs affirmaient que la mort du bétail était le résultat ordinaire des mauvais traitements et des mauvais soins ; les acheteurs soutenaient à leur tour que la mort survient ordinairement parce que le bétaiV a été surmené avant son arrivée sur le marché, et, en général, par l'effet de causes ayant agi à une époque antérieure à la vente. Le rapport de la préfecture de police du 28 mai 1840 a, néanmoins, maintenu la prescription en raison de la nécessité d'assurer la salubrité des viandes livrées sur les marchés, et les conclusions de la commission, composée de professeurs de l'école d'Alfort, ont été rédigées dans le même sens, sauf quelques restrictions, par exemple, de réduire le délai de responsabilité à trois jours, non compris celui de la vente.
Les prescriptions dont nous avons parlé sont en pleine exécution aujourd'hui, et les viandes sur les marchés sont l'objet d'un examen attentif de la part des inspecteurs désignés à cet effet. Les bouehenes de cheval sont entourées d'une surveillance plus sévère encore, et daux inspecteurs vétérinaires sont chargés d'y vérifier la qualité des viandes" apportées. On écarte du commerce de la boucherie tout cheval mort de maladie et même ceux qu'on abat à la suite de fractures; on écarte encore les chevaux étiques ou poussifs, puis , après l'abatage, la viande est a. nouveau examinée et on rejette encore celle qui provient de chevaux ayant les poumons malades ou les principaux organes attaqués.
En raison de cette surveillance, la saisie des viandes corrompues sur les étaux est fort rare, grâce, d'ailleurs, aux soins que prennent habituellement les bouchers d'assurer une bonne qualité et une belle apparence à la viande qu'ils exhibent. Ils se défont à vil prix des viandes avariées et assurent ainsi le bon état de leur approvisionnement. A la vente à la criée, le délit est plus commun, et, pendant l'année 1850, on a saisi 3,2S4 kilogr. de viande trop avancée ou provenant d'animaux étiques ou surmenés.
La salubrité de la viande est donc assurée par les règlements administratifs qui régissent les grandes villes; mais on conçoit combien les campagnes seraient décimées par la mortalité s'il existait souvent dans la viande de boucherie des conditions d'insalubrité telles que la santé publique pût en souffrir. En réalité, après la cuisson, il est bien peu de viandes qui puissent rester insalubres. La viande des animaux surmenés est seulement de mauvais goût, indigeste, surtout les pieds et la cervelle qui sont, congestionnés; mais la plupart des maladies dont ils sont atteints ne paraissent pas pouvoir occasionner d'accidents chez 1 homme. On a cru longtemps que la viande des animaux charbonneux pouvait occasionner le charbon ; mais il paraît démontré aujourd'hui qu'après la cuisson, la viande des animaux morts du charbon ne pouvait en aucun cas produire de maladies. M. Flourens a établi qu'en 1789 un grand nombre d'ouvriers se sont nourris de chevaux morveux et farcineux; que, dans les années 1814, 1815 et 1816, on a mangé par toute la France la viande des animaux morts du typhus contagieux, et que, tous les jours, à Paris, on mange sans inconvénient la viande de vaches phthisiques en très-grand nombre. Il n'en est pas absolument de même do la viande de porc. Les anciens législateurs des Hébreux et des musulmans la regardaient comme indigeste et malsaine, et en proscrivaient l'usage. Presque toujours, cependant, ou peut attribuer l'insalubrité de lauiawctede porc à ce qu'elle est consommée crue, fumée ou insuffisamment cuite. Lu trichine, les cysticerques et probablement la plupart des helminthes parasites de l'intestin, des muscles et des glandes n'ont d'autre origine que la viande 3e porc farcie de parasites ayant le pouvoir de vivre chez l'homme, avec ou sans transformation.
On a signalé l'existence de beaucoup d'autres animaux à viande insalubre, soit par une disposition spéciale de leur organisation, soit par une cause ••■ -cidentelie ; tels sont : les moules, les huîtrp^, les anchois, l'anguille, la sardine, la dorade, le caret, la carpe, le congre, le homard, le maquereau, le saumon, le thon et le perroquet. Il est très-présumable que ce sont des circonstances tout accidentelles ou des prédispositions individuelles de l'homme qui ont été la cause des accidents qu'on a signalés, quoiqu'il soit avéré que la moule est assez souvent l'origine d'une sorte d'affection de la nature des empoisonnements, quelquefois fort légère, quelquefois
VIAN
assez grave pour aller jusqu'à la mort. V. moule.
— Méd. De la viande crus considérée COMME MÉDICAMENT ET DE SON EMPLOI
en thérapeutique. La viande est journellement employée à l'état cru en thérapeutique. Est-ce à titre d'aliment? est-ce à titre de médicament? Pour résoudre cette question, il faudrait préalablement indiquer quels caractères tranchés séparent l'aliment du médicament. Il est un certain nombre de substances, l'huile de foie de morue entre autres, dont l'efficacité thérapeutique est incontestable, et qui peuvent cependant, à certains égards, figurer aussi bien parmi les aliments que parmi les médicaments. Du moins, lorsqu'au rang des aliments on place certaines substances non assimilables, telles que les condiments acres et aromatiques, paraît-il juste d'y admettre des substances en partie assimilables. La viande crue paraît avoir été employée comme moyen thérapeutique et d'une manière régulière, pour la première fois, à l'hôpital des enfants trouvés de Moscou; aussi ce moyen thérapeutique est-il connu sous le nom de méthode russe. Elle fut préconisée en France par le professeur Trousseau, et promptement adoptée par la majorité des praticiens. Les applications de la viande crue sont très-nombreuses, et ce qui doit surprendre le plus, c'est que son administration est parfaitement supportée par des enfants en bas âge. L'efficacité de ce moyen thérapeutique est incontestable. On a vu maintes fois de pauvres enfants, réduits à l'état de squelettes, ressusciter en quelque sorte par l'administration de la viande crue. On la donne aux enfants atteints de lienterie, do diarrhée de dentition, d'inflammations chroniques de l'intestin ; elle réussit dans les difficultés du sevrage, dans les accidents inflammatoires de la nuture la plus grave et dans le carreau. On l'administre souvent dans ces cas, associée au racahout, à la craie ou au phosphate de chaux. On la donne aux adultes, dans les cas de fièvres lentes, intermittentes et chroniques, dans l'anémie, la chlorose, les vomissements nerveux, les dyspepsies, le rachitisme et le scrofulisme; enfin, associée aux alcooliques à doses élevées, elle est la base du traitement préconisé par le docteur Fuster de Montpellier contre la phthisie pulmonaire, et paraît agir en remontant l'économie et en réveillant l'activité vitale allanguie. '
La seule difficulté que présente cette méthode est la nécessité de vaincre la répugnance souvent très-grande des malades pour ce traitement si simple. On est étonné do voir à quel point les parents résistent lorsqu'il s'agit d'administrer à leurs enfants quelques boulettes de viande, ou combien ils renoncent facilement à faire les efforts nécessaires pour vaincre la répugnance naturelle des petits malades. La dose varie de 5 à 400 grammes par jour de viande hachée menu, roulée en boulettes et administrée par la bouche, roulée dans du sucre ou incorporée à de la confiture. On doit augmenter la dose et persévérer tant que cet aliment est supporté par l'estomac; ensuite on diminue peu à peu. Dans les premiers jours, on ne doit point s'étonner de voir que les malades expulsent par les selles des matières rougeâtres et d'odeur infecte.
On a cherché par divers moyens à rendre plus acceptable l'administration de la viande crue; mais le plus simple et le plus efficace consiste à employer la chair toute crue, empruntée au filet de bœuf, hachée et roulée en boulettes salées ou sucrées. On peut aussi en faire des quenelles légèrement dorées au feu, et s'avalant dans du potage ; M. Mialhe a fabriqué, sous le nom de conserve des dames, un mélange de viande crue et de conserve de roses, qui peut s'administrer dans les mêmes cas. L'extrait de viande de Bellat, l'extrait de bœuf de Liebig, l'extrait de bœuf d'Australie, l'extrait de Martin de Lignac et la gelée de viande de bouillon américain sont des préparations plus ou moins analogues et présentées comme, succédanés de la viande crue. Aucune de ces préparations ne lui est préférable, si ce n'est la museuline Guichon, fabriquée par les trappistes de la Dombe, et qui n'est réellement que de la viande crue de filet de bœuf (2 grammes par tablette), enroulée dans une gelée de fruits au sucre candi.
— Extrait de viande. L'extrait de viande de Liebig est préparé en grand dans l'Uruguay, contrée de l'Amérique du Sud peuplée d'innombrables troupeaux de bœufs, de vaches et de moutons. Liebig a grand soin de ptévenir les consommateurs que, dans sa préparation, il n'entre pas du tout de gélatine. En effet, la gélatine agirait tout à fait contre le but que l'on s'est proposé d'atteindre, et qui est celui-ci : « Obtenir une substance qui nourrisse beaucoup sous un petit volume et qui puisse se conserver longtemps. ■ Or, non-seulement la gélatine tiendrait là une place inutile, mais encore, s'altérant promptement, elle nuirait bientôt à la conservation du produit. Les propriétés nutritives do l'extrait de viande de Liebig sont limitées, et ce n'est pas tant comme aliment qu'il est destiné à agir que comme un stimulant trèsbienfaisant. H peut aussi être utilisé comme assaisonnement pour relever le goût de certains aliments et eu favoriser la digestion.
VIAN
VIAN
VIAR
VIAR
Ce que nous disons de l'extrait de viande, comme valeur nutritive, on peut le dire à juste titre du bouillon de pot-au-feu; c'est un préjugé de croire que le bouillon soit trèsnourrissant. Il possède surtout des propriétés stimulantes. Stimulant et nourrissant ne sont pas synonymes. Un litre du meilleur bouillon possible ne contient pas plus de 8 à 10 grammes d'osmazome; il est aisé de voir qu'il faudrait absorber des quantités considérables de bouillon pour obtenir un résultat véritublement nutritif.
Vinmie {TRAITÉ DE L'ABSTINENCE DE LA), par
Porphyre. L'œuvre du célèbre Alexandrin a eu, depuis l'origine de l'imprimerie, un grand nombre d'éditions. La meilleure traduction française qu'on en possède est celle de Lévesque de Burigny (Paris, 1747, 1 vol. in-12).
Elle est divisée en quatre livres et dédiée à Castricius Firmus, un des disciples de Plotin et ami intime de Porphyre, qui était aussi un disciple de Plotin.
« Le projet, dit Burigny.de retrancher aux hommes par religion un de leurs plus grands plaisirs et cette espèce de nourriture sans laquelle ils ne croient pas que le genre humain puisse subsister suppose du moins un grand amour de la perfection. Cette pratique paraît venir de l'Inde et dériver de la métempsycose. En effet, quand on considère les animaux comme ayant une âme qui est une âme humaine envoyée dans une enveloppe inférieure à cause de ses fautes antérieures, l'interdiction de la viande est une prescription facile à comprendre. Le christianisme, dans un but ascétique, indépendant des idées pythagoriciennes, a adopté partiellement le système de l'interdiction de la viande. •
Porphyre, qui a écrit son livre sous forme de lettre à Castricius Firmus, lui dit: « Vous ignorez peut-être que ceux qui ont attaqué le sentiment de l'abstinence des viandes ne sont pas en petit nombre. Les péripatéticiens, les stoïciens et les épicuriens se sont déclarés contre cette doctrine de Pythagore et d'Bmpédocle, dont vous 'étiez partisan. Divers autres philosophes ont écrit aussi contre ce sentiment, entre autres Claude de Nap!es... Ceux qui ne sont pas de notre sentiment soutiennent que c est confondre les idées de justice que de nous obliger de l'observer, non-seulement avec les êtres raisonnables, mais aussi avec ceux qui sont dépourvus de raison; que le§, hommes et les dieux méritent seuls notre attention; que les animaux ne sont point dignes de notre compassion, n'ayant point de rapport avec nous, et que, n'étant point membres de notre société, ils ne doivent point être ménagés lorsqu'il s'agit ou de les faire travailler ou de les manger; que ce serait nous faire tort à nousmêmes que de n'en point tirer tout l'usage que l'on peut, sous prétexte de j ustice, et que nous nous réduirions par là à mener presque une vie sauvage. »
Puis Porphyre cite en faveur de ses contradicteurs des maximes qui faisaient partie de la civilisation antique et déjà mentionnées par Hésiode : • Jupiter, dit ce poète, ayant distingué les natures et séparé les espèces, permit aux poissons, aux bêtes sauvages, aux oiseaux de se manger les uns les autres, parce qu'il n'y a point de lois entre eux; mais il ordonna aux hommes d'observer la justice à l'égard de leurs semblables. »
Le principal argument de ceux qui veulent manger de la viande, dit Porphyre, est que, si on s'en abstenait, les animaux se multiplieraient bientôt au point d'envahir l'univers et de prendre la terre à l'homme. Porphyre répond à tout cela que les sens sont les ennemis de l'homme et que l'usage de la viande les développe au détriment de l'âme, qu'ils tuent. « La raison, dit-il, réduit à peu de chose le nécessaire ; elle ne cherche point à avoir un grand nombre de domestiques brillants, ni k se procurer beaucoup de plaisirs par le manger, parce qu'elle sait que, lorsque l'estomac est trop plein, l'homme est incapable d'agir et ne désire que le sommeil. Elle sait que, lorsque le corps est trop gras, ses chaînes en deviennent plus fortes et qu'il en est moins capable de remplir ses vrais devoirs. Que celui donc qui n'a- d'autre intention que de mener une vie spirituelle et de s'affranchir des passions nous fasse voir qu'il est plus aisé de se nourrir de viande que de fruits ou de légumes; que l'apprêt en est plus simple; que la digestion en est plus facile et qu'elle excite moins les passions.» Sans l'usage de la viande, la richesse nous serait inutile; nous n'aurions besoin ni de domestiques nombreux", ni de meubles, ni d'ustensiles; le sommeil ne nous appesantirait pas; nous ne serions pas malades et il ne nous faudrait pas de médecins. Les plaisirs de l'amour ne seraient pas chez nous une sorte de mal physique. Enfin tout le monde aurait aisément le nécessaire, et une nourriture simple tient l'âme en paix, la garantit contre les passions. Ceux qui mangent du pain d'orge, disait Diogéne, n'ont envie ni de nous voler ni de nous faire la guerre. Les tyrans et les fourbes mangent de la viande.
Toutes ces raisons sont excellentes, mais ne peuvent s'appliquer que d'une manière privée. Une immense civilisation comme la civilisation moderne ne saurait se faire des idées de Porphyre une règle de vie. Un philosophe ou une secte peut s'accommoder d'un régime frugal ; la chose est peu prati-
que pour une nation de SO ou 30 millions d'âmes.
VIANDEN OU VIANNE, ville du royaume de Hollande, dans la province neutralisée du Luxembourg, sur l'Our, arrond. et à 7 kilom. N. de Diekirch , ch. - 1. de cant. ; 1,600 hab. Nombreuses tanneries; fabrication de draps, chapeaux, eau-de-vie. Restes de l'ancien château des comtes de Vianden.
VIANDER v. n. ou intr. (vian-dé — rad. viande). Véner. Pâturer, en parlant des bêtes fauves : En hiver, les cerfs ne trouvent pas à viander dans les forêts. (Buff.)
VIANDIS s. m. (vian-di — rad. viander). Véner. Pâture des bètes fauves; manière dont elles broutent la superficie des jeunes taillis : On reconnaît les cerfs à leur viandis. (Acad.)
VI ANE, bourg et commune de France (Tarn), cant. de Lacaune, arrond. et à 42 kiloiti, N.-E. de Castres, sur leGuyon; pop. aggl., 415 hab. — pop. tôt., 2,177 hab. Moulins k farine, à huile; scieries; fabrication de toiles; élève et commerce de bestiaux.
VIANE (François van), théologien belge, né à Bruxelles en 1615, mort en 1693. Il professa la théologie à Malines et la philosophie à Louvain, où il devint président du collège d'Adrien VI, et fut député à Rome, en 1677, par l'université de Louvain, au nom de laquelle il poursuivit la condamnation de plusieurs propositions de morale relâchée. Il a laissé un Tractatus triplex de ordine amoris et un traité De gratia Christi. Ce dernier ouvrage , qui ne fut point imprimé , mais dont use répandit un grand nombre de copies, mérita les éloges du savant Arnauld.
V1ANELLI (Jérôme), historien ecclésiastique, né à Chioggia en 1718, mort en 1792. Après avoir rempli divers emplois dans l'Bglise, il devint, en 1762, doyen du Capitole et, quatorze ans plus tard, vicaire général capitulaire. Il a laissé, sous ce titre : Nouvelle série des énêques de Malamocco et de Chioggia (1790), un ouvrage qui renferme des documents importants pour l'histoire générale de l'Eglise italienne.
V1ANELL1 (Joseph-Valentin), physicien et poëte italien, né à Chioggia en 1720, mort en 1803. Il exerça pendant la plus grande partie de sa vie la profession médicale et y acquit beaucoup de réputation. Pendant ses loisirs, il s'adonna à des recherches scientifiques et découvrit que la phosphorescence nocturne des eaux de la mer est due à la ptésence d'insectes auxquels il donna le nom de lucioles nocturnes. La priorité de cette découverte, qu'il fit connaître, en 1749, par un Mémoire adressé a l'institut de Bologne, lui fut contestée par plusieurs savants ; mais Linné, dans ses Amasnitates academim Upsaliae, a établi que c'est à lui seul qu'en revient tout l'honneur, Vianelli a écrit plusieurs pièces de vers, qui furent publiées après sa mort dans un recueil intitulé : Marine* ou les Poésies du pêcheur (Venise, 1806, in-8°).
Y1ANEN, ville de Belgique, province delà Flandre orientale, arrond. età27kilom. S.-E. d'Oudenarde; 2,000 hab. Tissage de lin. On y voit un beau château et les restes d'un château fort qu'habitait le comte d'Egmont.
VIANEN, ville du royaume de Hollande (Hollande méridionale), sur le Leck et sur un canal qui fait communiquer le Leck avec le Rhin et la Vecht, & 1 1 kilom. S. d'Utrecht ; 2,000 hab. Fondée en 1290. Les comtes de la Lippe, qui la possédaient, la vendirent aux états de Hollande vers la fin du xviie siècle. Les Français la prirent en 16"2.
VIANI (Antoine-Marie), peintre italien, surnommé H Vinnlno, né à Crémone vers 1540, mort dans les premières années du xvhu siècle. Elève et imitateur de Jules Campi, il fut en grande faveur auprès de Vincent de Gonzague, duc de Mantoue, qui le nomma son peintre particulier, titre qu'il conserva sous les trois successeurs de ce prince. On cite, parmi ses œuvres les plus admirées : la frise qui orne la grande galerie du palais des ducs de Mantoue et qui représente des Groupes d'enfants, peints en clair-obscur sur un fond d'or et séparés entre eux par des festons de fleurs et de fruits; un Saint Michel, dans l'église Sainte-Agnès, à Mantoue, et le Paradis, à l'église des Ursulmes, dans la même ville.
VIANI (Jean), peintre italien, né à Bologne en 1636, mort en 1700. Elève de Fiaminio Torre, il fut redevable de son talent moins aux leçons de ce maître qu'aux sérieuses études auxquelles il se livra en sortant de son atelier. Pendant toute sa vie, il ne cessa de s'occuper d'anatomie. On regarde comme ses compositions les plus remarquables : Saint Philippe Benizzi porté au ciel par des anges et Saint Jean de Dieu, toiles qui se trouvent à Bologne. Viani avait dirigé dans cette ville une école où se sont formés plusieurs artistes renommés.
VIANI (Dominique), peintre italien, fils du précédent, né à Bologne en 1668, mort en 1711. Elève de son père, il lui est resté inférieur pour l'exactitude et la noblesse du dessin ; mais il l'u surpassé au point de vue de la vigueur de la touche et de la science des ornements. On cite, parmi ses œuvres : Saint
Antoine convertissant un hétérodoxe au moyen d'un miracle, toile qui est conservée à l'église du Saint-Esprit, à Bergame, et un Jupiter, peint sur cuivre, dans la galerie Ratta, à Bologne.
VIANI (Georges), numismate italien, né en 1762, mort en 1816. Il débuta par un recueil de poésies, puis il écrivit en collaboration la Mort de Socrate (1788), drame qui fut bien accueilli et qui était une ingénieuse critique de l'âpre style d'Alfieri. Malgré ce premier Succès, Viani renonça bientôt à la littérature pour se consacrer exclusivement à l'étude de la numismatique du moyen âge. Il consacra les modiques ressources dont il disposait à acquérir toutes les vieilles monnaies italiennes qu'on venait lui offrir et qu'il faisait demander dans toutes les parties de l'Italie. Un des travaux les plus importants qu'il entreprit, mais qu'il n'eut pas le temps de terminer, fut de corriger et de compléter le grand ouvrage de Zanetti sur les monnaies d'Italie. Nous citerons, parmi ses écrits: Essai poétique (1784); Glycère (1785) ; Mémoires sur la famille Cibo et sur les monnaies de Massa-de-Lunegiano (Pise, 1808); Lettre sur les monnaies et tes sequins de Pistoja (Pise, 1813); diverses pièces de poésie et des opuscules en prose, etc.
VIANO, bourg du royaume d'Italie, province et district de Reggio-neU'Emilia, mandement de Scandiano; 2,300 hab.
VIARD (Pierre-Joseph, comte db), général allemand, né à Bitche et) 1655, mort en 1718. Il fit ses premières armes dans les guerres contre les Hongrois et contre les Turcs, parvint par sa valeur au grade de feld -maréchal lieutenant, fut créé baron, puis comte de l'empire, et se signala plus tard aux batailles de Peterwaradin et de Belgrade, où, de l'aveu du prince Eugène, il décida de la victoire en chargeant la cavalerie turque. Dans le cours de sa carrière militaire, il n'assista pas à moins de cinquante batailles ou combats.
VIABD (Jules), journaliste français, né à Rouen, mort à Paris en 1865." Venu à Paris au sortir du collège, il tenta les hasards de la littérature, malgré l'opposition de sa mère, qui l'abandonnait à ses propres ressources. Dès lors, sa vie ne fut plus qu'une lutte incessante contre le besoin. Un des plus infatigables soldats de la petite presse et aussi un des plus indisciplinés', il mit avec ardeur un talent réel, un esprit prompt et agressif au service d'opinions qui, sous le régime du second Empire, ne pouvaient, hélasl qu'entraver sa carrière. Ah! s'il eût voulu rimer des cantates en faveur du prince et devenir, comme beaucoup de se3 amis, un des journalistes de l'antichambre impériale 1... Mais il était républicain, et le 2 décembre, en brisant sa carrière, ne put altérer sa foi politique. Ancien collaborateur de Proudhon au Représentant du peuple, il partageait les doctrines de l'illustre penseur. Il ,y resta fidèle jusqu'à la tin. Marié, père de plusieurs enfants, la misère ne le quitta plus, et quand il mourut, épuisé, ayant semé à tous les vents ses idées, dont les autres récoltaient les fruits, on dut ouvrir une souscription eu faveur de ceux qu'il laissait après lui. Quant à sa mère, il fallut un jugement pour la contraindre à faire une pension alimentaire de 600 francs aux orphelins de son fils. Les œuvres de Jules Viard sont éparses dans la foule des journaux auxquels il a collaboré, le Messager, l'ancien et le nouveau Figaro, les Coulisses, le Commerce, le Corsaire-Satan, le Mercure des théâtres, Rabelais, \'0pinion nationale, etc. Il avait rédigé le Travail, puis le Peuple, à Dijon, et fondé ii Paris, en 1856, Polichinelle à Paris, feuille quotidienne dont il portait à lui seul tout le fardeau. Il y publia Jonathas Miser, sorte d'autobiographie pleine d'une tristesse résignée, mais poignante. On le rencontrait alors avec un beau petit garçon, mort depuis, son fils, et il disait en souriant : «C'est le petit Miser I »
Outre ses nombreux articles et un volume, les Petites joies de la vie humaine, plein d'amertume et do désillusion, on a de Jules Viard : Pierrot marié, pantomime en dix-huit tableaux ; Madame Mascarilte, opérette en un acte (Folies-Nouvelles, 1856); Frontin malade, comédie en un acte et en vers, en société avec M. Henri de La Madeleine (Ûtléon, 1858). Il avait en portefeuille un assez grand nombre de pièces de théâtre, qu'il ne put jamais parvenir à faire représenter, entre autres la Vieillesse de don Juan destinée à la Comédie-Française; la Confrérie de la mort et un vaudeville en cinq actes, qui devait être joué au théâtre du Palais-Royal et qui ne le fut point. On lui doit aussi un Alnuinach des cocus, qui n'est pas, il faut bien le dire, son plus beau titre littéraire.
V1AKDEL (C'osme), médecin-accoucheur français qui vivait dans la seconde moitié du xvue siècle. Quoiqu'il n'ait pas su se soustraire à l'empire des préjugés de son temps et qu'il soit tombé dans une foule d'erreurs, il se montra cependant^ observateur assez judicieux. Le seul ouvrage qu'il ait laissé a pour titre : Observations sur la pratique des accouchements (Paris, 1671, in-8°).
VIARDOT (Louis), littérateur français, né à Dijon en 1800. Fils d'un procureur général près la cour d'appel de cette ville, il per-
dit son père de bonne heure et vint achever ses études de droit k Paris, où il se fit inscrire au tableau des avocats. Un voyage qu'il fit en Espagne, vers l'année 1823, eut une influence décisive sur sa vocation.
Laissant de côté le barreau, il se tourna vers les lettres et collabora à quelques journaux d'une opinion avancée, le Globe,\n National et le Siècle (1836). En même temps, il écrivait ses premiers ouvrages et donnait un grand nombre de traductions de l'espagnol et plus tard du russe. La Revue des Deux- Mondes, la Revue de Paris, la Liberté de penser, l'Artiste, le Musée des familles et divers autres recueils périodiques l'ont compté ou le comptent encore au nombre de leurs collaborateurs. En 1841, il avait fondé avec Pierre Leroux et George Sand la Revue indépendante. Après l'incendie du Theàtre-Italun (salle Favart), dans la nuit du 13 au 14 janvier 1S3S, M. Louis Viardot avait été placé à la tète de cette scène importante avec M. Robert. Ils ouvrirent tous deux, dès le 30 du même mois, à la salle Ventadour; mais, le 2 octobre suivant, lors du passage de la troupe italienne au théâtre de i'Odéon, Si. Louis Viardot resta seul directeur. Au bout d un an, il se relira. Mlle Pauline Garcia, qu'il avait engagée et dont les débuts avaient eu lieu le 8 octobre 1838, devint sa femme. 11 raccompagna, depuis lors, dans ses tournées artistiques. Ce fut ainsi qu'il visita les diverses contrées de l'Europe et put étudier les musées d'Itulie, d Espagne, d'Angleterre, de Belgique, d'Allemagne et de Russie, sur lesquels il a publié des travaux curieux et intéressants. Il a été mis à nièuie également de nous faire connaître les littératures de ces contrées et d'en traduire certaines productions.
On a de M. Louis Viardot, qui est membre de l'Académie espagnole -et commandeur de l'ordre de Charles III : Lettres d'un Espagnol (1831, % vol. in-S°); Essai sur l'histoire des Arabes et des Maures d'Espagne (1832, 2 vol. in-8°); Scènes de mœurs arabes (1833, in-8°) ; Etudes sur l'histoire des institutions et de la littérature en Espagne (1835, in-S°), traduit en espagnol et en allemand ; Notices sur les principaux peintres d'Espagne (1839, in-8°), ouvrage servant de texte aux gravures ue la galerie Aguado ; Des origines traditionnelles de ta peinture moderne en Italie (1840, in-8°); une série de volumes qui a pour titre général : les Musées d'Europe, guide et mémento de l'artiste et du voyageur, et qui comprend : les Musées d'Italie ^1842, in-12); les Musées d' Espagne, d' Angleterre et de Belgique (1843, in-12); les Musées d'Allemagne et de Russie (1844, in-12), ouvrages de critique artistique, revus et considérablement augmentés dans des éditions nouvelles (1860, in-18), présentées sous des divisions différentes : Italie (1 vol.), -Espagne (1 vol.), Allemagne (1 vol.), Angleterre, Belgique, Hollande et Russie (l vol.). Cette série, k laquelle l'auteur a ajoute les Musées de France (Paris, 1855, in-12; 2e édit., 1360, in-18), résume l'histoire de toutes les écoles artistiques; toutes les œuvres de quelque valeur y sont décrites, jugées, classées avec indépendance. Nous citerons encore : Souvenirs de chasse (1849, in-12; 6« édit-, 1854, in-18) ; Histoire des Arabes et des Maures d Espagne, travail plus complet, plus achevé que 1 Lssai déjà cité (1851, 2 vol. in-8°) ; les Jésuites jugés par' les rois, les évêgues et les papes (1857, in-18); Apologie d'un incrédule (18S9, in-s°, broch.) ; les Merveilles de la peinture (1870, 2 vol. in-18, dans la Bibliothèque des merveilles), etc. M. Louis Viardot o. donné, en outre, diverses traductions fort appréciées : l'Ingénieux hidalgo don Quichotte de ta Manche, de Cervantes, avec notes et notice sur la vie et les ouvrages de l'auteur (1836 ; nouv. édit., 1864, 2 vol. m-18) ; Nouuetles ce Cervantes (183S; 2e édit., 1857, i il- 1 2 ; 1864, in-18); Histoire du soulèvement d'Espagne, par le comte de Toienu (1838, 5 vol. iu-8<>) ; Nouvelles choisies de Nicolas Gogol (1853, in-18); Tarass £oulbu,ûu même auteur (in-18); la Fille du capitaine, par Alexandre Pouchkine (in-18) ; Poèmes dramatiques, par Ivan Tourguénetf (in-18); Scènes de la vie russe, par le même (in-18), avec la collaboration de M. Xavier Marinier; Œuvres dramatiques de Pouchkine (m-18),avec la collaboration d'IvanTourguèueff, etc.
VIARDOT (Léon), peintre français, frère du précédent, né à Dijon en 1805. Elevé de Picot et d'Ary Scheffer, il s'est fait une réputation de portraitiste distingué et a traité divers sujets de genre et de chasse ; il a aussi abordé le genre religieux. Ses débuts au Salon de 1831 fuient peu remarqués ; mais, à celui de 1835, il obtint une médaille da 2e classe. Nous rappellerons de mi les portraits de jW«ae de Souza, de MM. Charles Ledru, Désiré Nisard, Leroy d'Etiolles, Donizetti, M. et M"^ Louis Viardot (1831- 1848); le Lieutenant-colonel Vaissier, peint de souvenir; M. Alphonse Karr (1857), et comme sujets de genre et de chasse : une Dame corse, le Roi Cléphis, le Chien Sultan, l'Epée de Damoclès, Chevreuil défendant ses faons contre l'attaque d'un renard, Chiens d'arrêt se désaltérant au retour de la chasse, Tête de petit chien épagneul (1836-1865). Comme sujets religieux, nous citerons : Jésus guérissant la parente de Simon Pierre
VIAR
(1849), remarquable par la composition; le Christ et la Samaritaine (1859), appartenant au ministère d'Etat. On a eneoïe de M. L. Viardot : Tête de petite fille, pastel (1865) ; 1b Maraudeur surpris , Tète de chien d'arrêt (186G); Petit garçon montrant un geai mort, Chienne de c/tasse flairant une perdrix rouge (1867) ; Chienne de chasse et ses petits (1868); Tête de chienne d'arrêt (1872) ; Une rencontre (1874) ; Chiens d'arrêt et gibier mort, Chienne braque (1875).
VIARDOT (Michelle-Pauline Garcia, dame), femme de M. Louis Viardot, cantatrice française, née à Paris le 18 juillet 1821. Issue d'une célèbre famille de chanteurs italiens, elle eut pour père le fameux Manuel Garcia, mort, en 1832; pour mère Joaquina Silciiès, qui, sous le nom de Brionès, tint les grands rôles de la scène espagnole ; pour sœur la Malibran ; pour frère le chanteur et professeur Manuel Garcia, deuxième du nom. Nous ne comptons pas d'autres parents moins rapprochés, qui se sont distingués plus ou moins dans l'art musical. On lui donna pour parrain le maestro Paër, l'auteur du Maitre de chapelle. Elle suivit, toute jeune, en Angleterre, aux Etats-Unis, au Mexique, sa famille, qui, sans aucun secours étranger, composait une troupe chantante. Othello, Yago, Desdemona, Emilia, ou bien Almaviva, Figaro, Rosina, Berta étaient représentés par le père et le fils Garcia, secondés par la mère et la sœur aînée. Un oncle était aussi de la
Êartie et remplissait les rôles d'Elmiro et de iartolo dans cet opéra de famille. Pauline Garcia ne pouvait encore aborder que les rôles d'enfants, et ce fut ainsi que, dans ce milieu favorable, sans presque s'en apercevoir, elle apprit la musique, se préparant à devenir elle-même, par la suite, une artiste hors ligne, tout à fait digue du nom des Garcia. .
Elle n'avait encore que sept ans lorsqu'on la ramena en France. Après avoir eu pour maîtres de piano Meysenberg et plijs tard le célèbre Liszt, elle lit l'essai de son talent aux concerts de M™ Malibran, sa sœur.
Après la mort de son père, en 1832, elle vécut quelque temps à Bruxelles avec sa mère. En 1838, un voyage artistique qu'elle fit en Allemagne avec le fumeux violoniste de Bériot, son beau-frère, lui donna la mesure de ses forces. L'année suivante, elle parut à Londres comme cantatrice de salon et obtint un succès tel, qu'on lui adressa les propositions les plus avantageuses pour entrer au théâtre; elle y céda et eut occasion de développer toutes les ressources de son talent dans son rôle de début, Desdemona, A'Otetlo, et dans la Cenerentola. Ce fut un véritable succès d'enthousiasme. Presque aussitôt elle prit le chemin de Paris, seul lieu où se donne la consécration de tout mérite artistique. Ses débuts à notre Théâtre-Italien eurent lieu dans les mêmes opéras au mois d'octobre 1839. Voici en quels termes Th. Gautier en rendait compte : i Une étoile do première grandeur, une étoile à sept rayons, a fait briller sa charmante lueur virginale aux -yeux ravis des dilettanti du Théâtre- Italien ; un nom qui est une auréole luisait autour de cette jeune tête; le nom de Malibran Garcia, si heureusement morte au plus beau jour de sa vie, écrasée sous les fleurs et les couronnes du public. Celte préoccupation planait sur toute la salle, et l'entrée de Pauline Garcia était attendue avec une anxiété frémissante. Une salve d'applaudissements lui a montré, dès son premier pas Sur la scène, que la gloire de sa sœur morte n'était pas oubliée et que la dynastie des Garcia régnait toujours sur les oreilles. « La débutunte, avant même d'avoir ouvert la bouche, avait déjà un avantage énorme. De plus, elle était habillée avec un goût bien rare aux Italiens; elle avait laisse de côté les poses théâtrales, les gestes télégraphiques des actrices ordinaires; sa simplicité d'attitude, la finesse de ses mouvements, la sveltesse de sa taille, une certaine gaucherie juvénile lui constituaient, à défaut d'une beauté de nature, une beauté théâtrale trèssatisfaisante pour l'illusion. La critique ne s'arrêta pas à une bouche trop épanouie peut-être, lorsqu'il en sortit cette voix qui est un des instruments les plus magnifiques qu'il soit possible d'entendre. « Le timbre en est admirable, disait Th. Gautier, ni trop clair ni voilé; ce n'est pas une voix métallique comme celle de Grisi; mais les tons du médium ont je ne sais quoi de doux et de pénétrant qui remue le cœur. L'étendue est prodigieuse... Sa méthode est celle de Garcia, c'est tout dire. Elle a toute cette ampleur qui met l'auditeur à l'aise, en ne lui faisant jamais craindre d'accident dans le trait. Sa voix est merveilleusement posée, l'intonation pure et juste. La note est toujours attaquée avec une grande netteté, sans hésitation ni port de voix; cette dernière qualité est rare et précieuse. Elle est excellente musicienne; son oreille délicate et exercée se préoccupe avec justesse des détails de l'accompagnement... » On vanta aussi sa belle diction, sa parfaite entente do la valeur des mots, sa pantomime expressive. Son succès fut complet, et Lablache embrassa paternellement Desdemona devant le public enthousiaste, sous les yeux duquel il venait de la poignarder et qui la redemandait à grands cris.
VIAR
Après le blanc suaire dé Desdemona, la robe grise de Cendrillon ; après la création tragique, la musique où tout rit, où tout chante! Quelle audace ne fallait-il pas pour franchir cette distance pleine de dangers! Pauline Garcia se montra une Cendrillon accomplie, espiègle, petite fllle et jeune chatte. Sortie triomphante de deux personnages si différents , la sentimentale héroïne de Shakspeare et la pétulante caillette de Ch; Perrault, elle était désormais toujours sûçe de vaincre. Aux côtés de Lablache, de Rubini, de Tamburini, de la Grisi et de la Persiani, sur cette scène illustrée par tous les siens, devant ce parterre habitué à saluer de ses ' bravos aristocratiques les plus grands artistes, à ne vouloir dans son Olympe que des dieux et des déesses, ce fut avec un égal, succès qu'elle aborda tour à tour la Donna del Lago, la Gazza ladra, Tancredi, le Bar* hier de Séville, où elle remplit le rôle de Rosine (1841-1812).
La jeune cantatrice brûlait de paraître dans le personnage d'Arsace deSemiramide, tout plein encore des souvenirs de sa sœur Malibran, dont il avait été un des grands succès. Elle l'aborda le il octobre 1842 et fut couverte d'applaudissements dans le duo d'Arsace et de Sémiramis, chanté par elle et par la Grisi. Mariée en 1840 à M. Louis Viardot, qui venait de quitter la direction du Théâtre-Italien, elle crut utile à sa renommée de quitter Paris. Cette union avait trompé bien des espérances et suscité des envieux aux nouveaux époux. Ils partirent pour l'Italie. Mme Viardot ne devait nous revenir qu'après avoir pris possession de toutes les scènes italiennes de l'Europe, excepté de l'Italie pourtant, où elle ne se montra que comme simple spectatrice. Elle fut successivement applaudie à Madrid, à Vienne, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Edimbourg, à Dublin et à Londres. Dans cette dernière ville, les Huguenots furent un de ses plus beaux triomphes. A Paris, ce furent de nouveaux transports quand elle reparut dans le rôle de Fidès du Prophète, qu'elle créa avec tant d'art et de sentiment, tant d'énergie et de passion, le 16 avril 1849. Elle a été spécialement appelée à jouer ce rôle aux théâtres de Berlin, de Saint-Pétersbourg et, en 1S51, à Londres, au moment de l'Exposition universelle. A l'Opéra, MmeViardot a encore créé (16 avril 1851) le rôle de Sapho dans la Sapho de *Gounod, qu'elle a composé d'une façon sculpturale et tout antique. En -1860, elle a chanté l'Orphée de Gluck, au Théâtre- Lyrique, et s'y est montrée l'une des meilleures tragédiennes de notre temps. Cette tentative, qui mit le sceau à sa célébrité, avait toutes chances pour échouer. Chanter la musique de Gluck en 18G0! à un public parisien, si bien préparé à entendre les excentricités des Offonbach et des Hervé 1... La grande artiste est sortie cent fois victorieuse des cent représentations d'Orphée. Devant un pareil résultat, l'éloge deviendrait une banalité. Miehelet a écrit quelque part : « On sait combien ces premiers sujets sont obligés, par leur art même, à une vie laborieuse et sérieuse. Ce dnn divin leur est vendu au prix d'une grande abstinence de la plupart des plaisirs. Le jour où le monde plus sage rendra le sacerdoce aux femmes, comme elles l'eurent dans l'antiquité, qui s'étonnerait da voir marcher à la tête des pompes nationales la bonne, la charitable, la sainte Garcia-Viardotî u'
Outre les opéras que nous avons cités dans le cours do cet article, Mme Pauline Viardot a joué encore 1 Jphiyéitie de Gluck, le Don Giovanni de Mozart (donna Anna et Zerliue), la Norma, la Somnambule et le Roméo des Capuleti de Bellini, la Favorite et Maria di Hohan de Donizetti, Isabelle et Alice de Robert le Diable, Valentin des Huguenots de Meyerbeer. il Tr.ovatore, Lady Macbeth, en un mot tout le répertoire classique et courant. Sans être engagée, dans ces dernières années, à aucun théâtre, elle a donné, sur diverses scènes, d'assez fréquentes représentations. C'est surtout sur les programmes des concerts de charité que son nom a souvent paru. Elle a même, par complaisance, remplacé au Théâtre-Italien une artiste malade. Mais le Théâtre-Italien n'en a pas moins, aussi bien que nos autres grandes scènes lyriques, tenu éloignée, on ne sait pourquoi, une cantatrice de ce mérite, alors qu'elle était dans toute la vigueur d'un talent admirable. Comment et par quel concours de circonstances a-t-iiété possible de laisser à peu près exclusivement aux Anglais, aux Allemands, aux Russes et aux Irlandais la jouissance de l'entendre, et quand l'Europe entière, mieux avisée que nous, l'applaudit, pourquoi en sommes-nous réduits à l'entrevoir seulement de loin en loin?
Pianiste hors ligue, musicienne instruite, Mme Viardot parle avec facilité le français, l'italien, l'espagnol, l'allemand et l'anglais; elle dessine avec beaucoup de talent et enseigne son art avec une méthode parfaite. Sa voix est une des plus belles voix de mezzo - soprano que l'on connaisse. Nous avons déjà parlé de son étendue etde sa souplesse. On lui a reproché du mauvais goût, un chant forcé et plein d'exagération ; mais cette critique nous paraît peu sérieuse. On a parlé aussi de la mauvaise qualité de sa voix, contre laquelle elle aurait toujours eu
VIAT
à lutter. Il faut croire qu'elle a bien lutté en effet et qu'elle a vaincu, puisque ses admirateurs sont si nombreux aujourd'hui. Fétis, il est vrai, ne semble pas être du nombre de ces derniers; car, fait incroyable, il n'a pas daigné parler de cette inimitable artiste dans sa Biographie universelle des musiciens. Il y a des grincheux partout, mais principalement dans le domaine de la musique, qui ■ adoucit les mœurs. »
On doit à Mme Pauline Viardot quelquescompositions musicales, parmi lesquelles on cite l'Ocre, opérette dont le livret est du romancier russe Tourguéneff et qui fut représentée chez elle, à Bade, en 1868; le Dernier magicien, opéra en deux actes, exécuté chez la grande-duchesse de Saxe-Weimar, en 1869.
V1AREGGIO, ville du royaume d'Italie, province, district et à 26 kilom. E. de Lucques, ch.-l. de mandement, sur la mer Tyrrhénienne, où elle a un petit port de commerce ; 18,000 hab. Place forte. Fabrication de toiles à voiles. Commerce assez actif; cabotage; bains de mer. Cette ville était jadis l'entrepôt de tout le commerce de Lucques.
VIAR1GI, bourg du royaume d'Italie, province d'Alexandrie, district de Casale, mandement do Montemagno; 2,400 hab.
V1AS (Balthasar de), pofâte latin moderne, né à Marseille en 1587, mort en 1667. Dès sa première jeunesse, il montra les plus étonnantes dispositions pour la poésie latine. A dix-neuf ans, il publia, sous le titre do Henrica,»a, un recueil dont Henri IV avait accepté la dédicace. Devenu assesseur de Marseille, il assista en cette qualité aux états généraux de 1614, fut nommé l'année suivante gentilhomme de la chambre et plus tard conseiller d'Etat. On a encore de lui : AstrssB apologia (1609); Genialis Erato (1620); Bupella obsessa et expedilio in Italiam (1628) ; In Nicol. Cl. Fabricium de Peiresc epicediàn (1642); Charitum libri très (1660), re-
distinfaci-
VIAT
sueil d'Idylles. Toutes ces poésies se d gueut généralement par 1 esprit et la litè.
V1ASMA ou V1AZMA, ville de la Russie d'Europe, dans le gouvernement et à 163 kilom. N.-li, de Smolensk, sur la petite rivière de son nom; 12,000 hab. Fabrication importante de pain d'épice estimé. Commerce de lin, chanvre et graines. Viasma était autrefois l'apanage des princes de Smolensk ; il y futsigné, en 1634, un traité par lequel Michel Romanov renonça à toute prétention sur la Pologne, l'Esthonie, la Livonie et la Courlande.
V1ASSA, fameux pénitent indou, auteur des commentaires des Vicias, commentaires qui ont pour objet de rendre intelligibles ces livres plus que mystérieux, et les seuls que les brahmes modernes les plus savants soient en état d'expliquer. Non-seulement on n'a aucun renseignement biographique, mais on ne sait même pas à quelle époque il a existé, ni jusqu'où l'on doit faire remonter l'appurition de ses commentaires.
V1ASSOLO (J.-B. Frédéric), poBte dramatique italien. V. Fudbrici.
VIATEUR s. m. (vi-a-teur — lat. viator; de via, chemin). Voyageur, u Vieux mot.
— Antiq. rom. Officier subalterne chargé d'aller convoquer à domicile les sénateurs ut les magistrats, quand il devait y avoir une séance du sénat. Il Nom donné aux appariteurs des tribuns du peuple et des édiles plébéiens, chargés d'appeler les citoyens aux comices ou devant les magistrats.
— Mythol, roui. Surnom de Mercure.
— Encycl. Antiq. rom. Le viateur était attaché à la personne d'uu magistrat et devait exécuter ses ordres; il exerçait donc un office analogue à celui du licteur (v. ce mot). Le mot viator venait de m'a (route) , et il était appliqué à ces officiera ou fonctionnaires parce qu'ils étaient surtout employés à porter des messages. Ainsi, dans tes' premiers siècles de Rome, des viateurs attachés au sénat avaient mission d'aller convoquera domicile les membres de cette assemblée, quand il devait y avoir séance, et d'appeler le peuple aux comices. Vers la même époque, les principaux magistrats de la république avaient tout à la fois des viateurs et des licteurs. Nous voyons plusieurs fois mentionnés chez Tite-Liva les viateurs d'un dictateur ou. ceux des consuls. Mais plus tard les viateurs ne Se trouvent attribués qu'à certains magistrats, à ceux qui avaient la potestas et non X'imperium, tels que les tribuns du peuple, les censeurs, les édiles. Ils étaient, en un mot, les officiers, les appariteurs de tout magistrat qui, sans avoir le pouvoir suprême, possédait cependant le droit d'arrêter , le jus prendendi. Suivant quelques érudits, chaque tribun du peuple, chaque censeur, chaque édile n'avait qu'un viateur. Suivant d'autres, il n'est pas possible de fixer le nombre des viateurs attachés à la personne de chacun de ces magistrats ; mais chacun d'eux en avait un seul qui exerçât le droit d'arrêter, de lier les personnes dont l'arrestation était ordonnée. De là vint que ce viateur spécial fut quelquefois appelé licteur. Du reste, il parait assez probable que les écrivains de l'antiquité oui assez souvent confondu les licteurs et les viateurs; cette confusion aura été la cause de
l'obscurité qui règne sur certains points des fonctions que les viateurs furent appelés à remplir.
VIATIQUE s. m. (vi-a-ti-ke — lat. viaticum; de via, chemin). Argent, provisions que l'on donne à quelqu'un pour faire un voyage : On lui a donné 200 francs pour son viatique. Il est venu à Paris avec une somme de il francs pour tout viatique.
— Autiq. rom. Argent, meubles, vêtements et esclaves que l'on donnait aux magistrats envoyés dans les provinces. Il Pièce de monnaie qu'on mettait dans la bouche des morts, pour payer leur passage au nautonier des enfers.
— Ane. eout. Impôt qu'on percevait suc les voyageurs, les véhicules et les bêtes de somme qui suivaient certaines routes.
— Liturg. Sacrement de l'eucharistie administré k un malade en danger de mort : Demander le viatiqcb. Recevoir le viatique. Porter le viatique àunmaiade. Il Communier en viatique, Recevoir le viatique.
— Encycl. Antiq. rom. Chez les anciens Romains, lorsqu'un magistrat, préteur, proconsul ou questeur, était envoyé dans une province, le trésor public faisait les frais do son voyage. C'est ce qu'on exprimait en disant que PEtàt fournissait le viatique, et l'on entendait par là tout ce qui est nécessaire à une personne en voyage, les provisions do bouche, les mules, les tentes, la vaisselle, etc. Pour n'avoir pas à s'embarrasser de ces détails divers, l'Etat faisait marché avec des entrepreneurs qui, moyennant une soinmo convenue d'avance et payée par le Trésor, pourvoyaient au viatique des magistrats en voyage. U semble résulter de ce que disent les anciens que ta partie la plus coûteuse du viatique était la fourniture des mules et des tentes. Jules César introduisit quelques modifications dans le système employé jusqu'à lui pour le viatique, et Auguste décréta qu'une somme fixe serait donnée aux magistrats partant dans les provinces, pour les frais de leur voyage ; dès lors, les entrepreneurs du viatique cessèrent d'exister.
— Liturg. On nomme viatique la communion des mourants, parce qu'elle est destinée à leur donner la force nécessaire pour faire le grand voyage et passera la céleste patrie. Jésus-Christ u dit : « Ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang un breuvage; c'est le pain qui descend du ciel... Quiconque en mangera vivra éternellement. » Pour les catholiques qui croient fermement qu'en cet endroit le Sauveur parlait do l'eucharistie, c'est une croyance établie qu'il n'est jamais plus nécessaire de recevoir co sacrement qu'au moment de la mort, puisqu'il est pour eux le principe et le gage do la vie éternelle. Mais les protestants, qui soutiennent que les paroles de Jésus-Christ doivent être prises dans un sens figuré, quo son corps et sou sang ne sont point réellement dans l'eucharistie, qu'on no les reçoit que par une communion Spirituelle, les protestants, disons-nous, persuadés que la réception de l'hostie consacrée, faite par une seule personne n'est pas une communion, ont supprimé l'usage do porter les sacrements aux malades. Cependant cet usage était fort ancien dans l'Ègitse. Saint Julien nous apprend qu'au n<s siècle, lorsqu'on avait consacré l'eucharistie, dans les assemblées chrétiennes, et que les assistants y avaient participé, les diacres la portaient aux absents, c'esUà-dire aux malades. Nous savons encore par Tertullien et par saint Cypiien qu'au nie siècle les fidèles, toujours exposés au martyre, emportaient avec eux l'eucharistie et la conservaient, afin de la prendre en viatique et de puiser dans cet aliment les forces dont ils avaient besoin pour confesser Jésus-Christ dans les tourments. Les chrétiens étaient donc alors bien persuadés que le corps et le sang de Jésus- Christ sont toujours présents dans l'eucharistie, et qu'une réception faite en particulier n'est pas moins une communion que quand on la fait en commun.
On sait que les malades, pour recevoir le viatique, sont dispenses de l'obligation d'être à jeun, c'est-à-dire de n'avoir rien bu ni mangé dans la journée. Il y a des Pères de l'Eglise et des conciles qui ont nommé viatique trois sacrements que l'on administrait aux mourants pour assurer leur salut : 1» le baptême, quand on le donnait à des catéchumènes qui ne l'avaient pas encore reçu; 2<> la pénitence ou l'absolution, à l'égard de ceux qu'on réconciliait avec l'Eglise, à l'article de la mort; 3° l'eucharistie administrée aux malades.
V1ATKA, rivière de la Russie d'Europe, Elle prend sa source dans la partie septentrionale du gouvernement de son nom, à 31 kilom. N.-E. de Glazov, coule d'abord au N., puis au S.-O., tourne enfin au S.-E., sert de limite entre les gouvernements de Viatku et de Kazan, et se jette dans la Kama, à 14 kilom. S. de Mamadiche, après un cours de 970 kilom.
VIATKA, ville de la Russie d'Europe (Russie orie.i taie), au confluent de lu Viatka et de la Kliuoritza, à i,4G0 kilom. E.-S.-E. do Saint-Pétersbourg, par 58» 24' de huit. N. et 47" 19' de longit. E.; chef-lieu du gouvernement de son nom ; 12,000 hab. Archevêché
VIAU
cour d'appel, séminaire, gymnase; fabriques de savon, tanneries, etc.; commerce de grains, lin, huile, suif, miel, cire, etc., avec Arkhangel, Saint-Pétersbourg et Astrakhan. Cette ville, entourée de murailles et flanquée de tours, est assez bien bâtie. Son principal édifice est la cathédrale, au riche sanctuaire. Les Tartares l'appelaient Naougrad, probablement parce qu'elle était habitée depuis 1181 par une colonie venue de Novgorod. Avant l'arrivée de cep colons, Viatka était déjà puissante et habitée par un peuple de race tchoude, que les Novgorodiens vainquirent. En 1391, un prince tartare, nommé Bektouch, fut envoyé par Takhtamych, kan de la Grande-Horde, avec une armée puissante; il massacra ou soumit les habitants de cette ville, dont quelques-uns se rachetèrent. En 1454, le grand-duc Vasili Dmitriévitch lit d'inutiles tentatives pour les soumettre; mais son successeur réunit toute cette contrée à sa principauté de Moscou.
VIATKA (gouvernement de), division administrative de la Russie , entre les gouvernements de Vologda au N., de Kosiroma à l'O., de Nijni-Novgorod au S.-O., de Kazan au S. , d Orenbourg et de Perin à l'E. ; 143,014 kilora. carr. , 250 kilom. sur 450; 2,150,000 hab., tant Russes que Tartares, Tchâremisses, Tchouraches, Votiaks, etc. Il est divisé en dix districts. Su surface, en général mon tueuse et boisée , renferme un grand nombre de marais, dont quelques-uns sont d'une étendue considérable. 11 est airosé par la "Viatka et ses affluents, la Kholounitza, la Tcheptza, la Kilnœs, la Moloma, la Letka, la Kobra et la Velikaïa; la Kama et ses affluents, la Rima, la Fariche et l'Ij ; la Chouranka, la Kedachè, l'Assen , l'Iche, la Saï, etc. Le climat est très-froid au nord et assez doux au sud, mais partout salubre. On y recueille toutes les espèces de céréales, du lin , du chanvre, des légumes, etc. Le bois abonde partout; mais la principale richesse du pays consiste dans l'élève du bétail. La chasse aux animaux sauvages , à cause de leurs fourrureSj y est aussi assez importante; il en est de même de la pêche. Ou y trouve des mines de fer, de cuivre et de houille , des carr. ères de pierre et de talc, de la terre à potier, etc. L'industrie consiste en un petit nombre de fabriques de toiles, draps, cuirs, savon, parchemin et armes à feu; des fonderies de fer et de cuivre, des verreries, des distilleries d'eau-de-vie de grain. Les habitants des parties méridionales s'occupent particulièrement d'agriculture et de l'exploitation des mines, et ceux du Nord de la construction des bateaux , de la fabrication de nattes , d'ustensiles de bois, et de la chasse. Les habitants sont vigoureux et robustes et le bienêtre est à peu près général.
VIÂTHE (SAINT), village et commune de France (Loir-et-Cher), caut. de Salbris, arrondit à 24 kilom. de Romorantin; 1,250 hab. L'église paroissiale est remarquable par son ancienneté, par sa crypte du vi» siècle et par un tremble qui sort extérieurement d'un pilier de l'église et qui passe pour avoir été planté par saint Viâtre ; un des piliers de l'église, renfermant le cercueil de ce saint, paraît avoir été construit au vue siècle.
VIAU (Théophile de), poëte français, né à Boussères-Sainte-Radegonde.dansl'Agénais, en 1590, mort à Paris en 1C26. Le Père Garasse, son ennemi intime, dit qu'il s'appelait Viaud et que son père était cabaretier à Clairac. 11 est constant, au contraire, que la famille.de Théophile avait de nobles antécédents; son aïeul avait rempli la charge de secrétaire auprès de la reine de Navarre; son oncle avait été gouverneur de Touruon sous Henri IV; son père, après s'être distingué à Bordeaux comme avocat, se réfugia à Boussères, de peur d'être inquiété à cause de sa religion: il était huguenot; les ennemis du poêle ne l'oublièrent jamais, et ce fut une des causes de ses malheurs. Dans son Apologie, Théophile, s'adressantau Père Garasse, lui dit : » (Jette demeure que toi tu appelles une taverne , plusieurs courtisans, et de la meilleure noblesse, ont daigné la visiter, et traités frugalement, selon notre modeste revenu, pendant quelques jours, ils s'en sont allés au moins sans rien payer. > Le père de Théophile était un lettré; il cultivait les langues grecque et latine. Probablement, il en donna le goût à son fils ; car celui-ci, dès la plus tendre enfance, montra des dispositions littéraires. Il lit sa philosophie à Sauniur et vint ensuite chercher fortune à Paris en 1510; il avait vingt ans et fut immédiatement attaché à la maison du duc de Montmorency.
Son esprit lui valut beaucoup de succès. De fait, cet esprit était tt ès-subtil et très-prompt , vif aux reparties et amoureux de la dispute. On rechercha le jeune homme dans les meilleures sociétés, mais principalement dans celles qui se piquaient de quelque connaissance en l'art des vers. Théophile de Viau, dès les premiers temps de son séjour à Paris, se lia avec Balzac; leur aminé dura peu. Au retour d'un voyage dans les Pays-bas, que les deux conifères avaient fait bras dessus bras dessous, la rupture eut lieu, on ne sait trop pourquoi. Théophile accusa Balzac de s'être montré envieux, colère et vindicatif : « Votre visage et votre mauvais naturel retiennent quelque chose de leur première pauvreté.... Je suis bon et obligeant; vous
VIAU
êtes lâche et malin, et je crois que vous suivrez toujours vos inclinations et non les miennes. Je ne me repens pas d'avoir pris autrefois l'épée pour vous venger du bâton ; il ne tint pas à moi que votre affront ne fût effacé ; c'est peut-être alors que vous ne me crûtes pas bon poëte , parce que vous me vîtes trop bon soldat. Je n'allègue point ceci par aucune gloire militaire ni pour aucun reproche de votre poltronnerie, mais pour vous montrer que vous devriez vous taire de mes défauts, puisque j'avais toujours caché les vôtres.» Le dernier trait est cruel. «Après une très-exacte recherche de ma vie, il se trouvera que mon aventure la plus ignominieuse est la fréquentation de Balzac. »
Balzac n'ayant répondu que par des généralités, on ne sait trop quel fut le sujet de leur querelle; cette histoire même de coups de bâton et de coups d'épée dont parle Théophile n'a jamais été bien éclaircie.
Lorsqu il reparut à Paris après son excursion en Hollande, il fit pour la cour plusieurs ballets, devises et mascarades, où il y a de beaux passages et des inventions tout à fait dans le sentiment de l'époque. Les deux seuls ouvrages que Théophile ait écrits pour la scène sont : Pasiphaé, tragédie qui n'a pas été jouée, et Pyrame et i'hisbé dont deux vers sont restés célèbres :
Le voilà ce poignard qui du sang de son mattre
S'est souillé lâchement; il en rougit, le traître! C'est d'un mauvais goût absurde, mais il y a ça et là dans cette pièce des vers d'une belle couleur, des morceaux entiers écrits avec verve, et i! faut se souvenir qu'à cette épo-
?ue le théâtre était tout à fait dans l'enance. Théophile, avec son humeur fantasque, son imagination déréglée, n'éiait nullement créé pour le genre dramatique, qui demande moins de la fantaisie qu'une certaine mesure ut un goût sévère. Le goûtl voilà ce par quoi Théophile péchait. Il péchait aussi par un manque de retenue trop commun à cette époque dans la jeune noblesse. Du côté de la morale, il ne valait ni plus ni moins, à coup sûr, que les courtisans qu'il fréquentait; mais ceux-ci, pour la plupart, avaient l'excuse de leur richesse et de leur grande situation ; le clergé ne se serait pas hasardé à regarder de trop près dans la vie de ces fils des premières familles de France. Ce fut ce pauvre Théophile, compagnon habituel de leurs débauches, qui paya pour eux. Il aimait la bonne chère , c'est lui-même qui l'avoue, et celte prédilection est très-excusable. Au sortir de l'école, il s'était laissé aller à une passion déréglée pour les femmes; ses mœurs, toujours de l'aveu qu'il en a fait, avaient besoin de discipline.
Dans cette disposition d'esprit et au milieu de l'existence dissipée qu'il menait, il réussissait beaucoup mieux l'épigramme, la satire, l'ode erotique et la poésie légère que la tragédie. Quelques morceaux licencieux, que l'on disait de lui, et qu'il ne désavouait pas, couraient sous le manteau. A plusieurs reprise il avait été admonesté; on lui conseillait de ne plus écrire dans ce genre, sans qu'il eu tint nul compte.
Le 4 juin 1019, des lettres de cachet portant commandement au poëte de sortir du royaume lui fuient signifiées par le chevalier du guet. Quelle était la cause de cet exil ? Matthieu Mole, dans son projet d'interrogatoire, parle de débauches continuelles, d'impiétés, d'accusations de corrompre la jeunesse et la cour, de publications licencieuses ; mais la vraie raison de la sentence n'était pas là. De tous côtés, en ce temps singulier, les recueils obscènes circulaient et s'imprimaient secrètement. Legouvernement ne s'en inquiétait pas outre mesure. Ce qu'il craignait par-dessus tout, c'étaient les libelles diffamatoires où le roi et ses favoris étaient tournés en ridicule. Ces sortes de pamphlets n'étaient pas rares non plus; il en parut quelques-uns de très-vifs contre le duc de Luynes, et comme Théodore de Viau avait la réputation d'un moqueur très-spirituel, il est. probable qu'on les lui imputa. Vainement il protesta dans une ode adressée à M. de Lozièies :
J'ayme bien mieux ne dire mot
Du plus infâme et du plus sot
Et nie sauver dans le silence,
Que d'exposer mal à propos
A l'effort d'une violence
Ma renommée et mon repos.
Ma. gré sa protestation , il fut contraint de se soumettre ; mais il ne voulut pas quitter la France et se cacha d'abord à Boussères, d'où, ne se trouvant pas en sûreté, il gagna Montpellier, comptant se réfugier chez un disciple de Vanini, le baron de Panât. Ce baron, coreligionnaire du poëte en épicurisme, ne Voulut point être dérangé dans son repos. 11 somma, les armes au poing, son hôte de déguerpir. Serré de> près, Théophile se réfugia dans les recoins les plus abrupts des Pyrénées, où il vécut parmi les montagnards et les ours, entouré de précipices et non loin des nuages. A la fin, la persécution se calma.' Grâce à l'intercession du duc de Montmorency, le poôte put passer l'hiver sous le toit paternel ; mais il n'était pas corrigé, et, passant par Agen pour y voir exorciser une tille, il eut l'imprudence d'attirer l'attention sur lui en se moquant des exorcistes et en disant que s'il était incertain qu'il y eût un Dieu, au moins était-il bien sur qu'il n'y avait pas de
VIAU
diable ; il faillit se faire tuer sur place par les fanatiques ameutés. Une autre fois, dans une excursion qu'il fit en Touraine, il faillit encore se faire lapider, en refusant de se découvrir devant une procession. Amené devant un magistrat de robe longue, il eut la satisfaction de voir l'affaire s'arranger; mais on le voyait avec déplaisir se rapprocher de Paris et il reçut l'ordre de s'expatrier. Passé en Angleterre, il essaya vainement d'y prendre du service; Buckingham, à qui il était recommandé, ne voulut rien faire pour lui. Heureusement, une ode qu'il adressa à Louis XIII le fit rentrer en grâce; son exil n'avait guère duré que deux années. Dès son retour, voyant que c'était surtout le protestant après lequel on s'acharnait en lui, il résolut de se convertir; il assista aux conférences du Père Athanase, du Père Arnoux, confesseur du roi, du Père Seguirand et abjura la foi de ses pères, sans en devenir pour cela plus religieux. Il vivait tranquille depuis quelque temps, lorsque parut le fameux Parnasse satirique (1622). Ce recueil, destiné à faire tant de bruit, s'était, à l'origine, débité sous le manteau, comme tous les livres de ce genre. Ce n'était d'ailleurs pas une nouveauté; on avait précédemment publié, avec le concours de Malherbe et de Bertaut, un
firemier Parnasse tout à. fait inoffensif. Ceui-ci était un choix de pièces licencieuses des meilleurs auteurs, et la cupidité des libraires mit en vedette le nom de Théophile. Celui-ci d'abord se défendit énergiquement; mais il est certain que beaucoup de pièces, et des meilleures, étaient de lui (v. Par- Nasse). Parmi les autres, il y en avait dont le style était reconnaissante et trahissait leurs auteurs. Tous furent poursuivis. On condamna Théophile à être brûlé vif, Beithelot à être pendu et étranglé, Colletet au bannissement pour neuf ans. L'arrêt, pour ce qui regarde Théophile de Viau, ne fut exécuté qu'en effigie. Le malheureux poëte, cache par ses amis, se vit traqué par tous ceux qui l'avaient haï. Il fut obligé de recommencer ses courses éternelles par monts et par vaux. Le 18 août parut un gros volume lancé contre lui par le Père Garasse. Cette inimitié venait d'une discussion que Théophile avait soutenue autrefois contre l'auteur du pamphlet et contre le f ère Cotton; ses adversaires ne le lui avaient jamais pardonné.
Le roi et le parlement lui eussent peutêtre montré moins de rigueur et il aurait pu s'échapper; mais le Père Voisin et le lieutenant Le Blanc ne lui permirent pas l'évasion. Les espions furent bientôt sur la trace de l'accusé et eurent le secret de sa retraite. Il fut surpris au Catelet et conduit de Saint- Quentin à Paris. 11 lit son entrée en ville le 28 septembre, entouré d'archers, et passa le seuil de la Conciergerie au milieu d'une fuule stupide accourue pour le contempler. Il l'ut installé dans le cachot qui avait reçu l!availlac. Mais alors la grâce le saisit; on sait combien le malheur trempa certaines âmes. Théophile éprouva cette impression bienfaisante et de son séjour dans la prison date pour lui une nouvelle vie. A tout prendre, il n'était pas heureux; son corps était rongé par les maladies qu'il avait contractées; sa bourse était vide, sa renommée chancelante et peu enviable, puisque c'était celle d'un corrupteur d'esprits. Il se mita lire Platon, et cette initiation au christianisme fut complétée par l'étude qu'il fit des œuvres de saint, Augustin. Sou talent s'accrut dans la méditation solitaire; sa prose devint plus ferme, ses conceptions poétiques plus élevées. Pendant qu'il était retenu sous les verrous, la calomnie allait bon train. Six mois se passèrent sans qu'il pût réussir a se faire entendre. Malgré les recommandations du procureur général , on continua k lui faire subir toutes sortes de mauvais traitements. Le Père Garasse ne cessait de l'accabler sous des écrits injurieux; Balzac aussi se mit do la partie. Enfin, le 1er septembre 1623, le procès du poëte, qui fut un des gros procès du temps, eut un dénoûinent. La sentence bannissait Théophile à perpétuité, ordonnait la confiscation de ses biens et lui accordait quinze jouis pour sortir du royaume. Théophile réclama de l'argent, un équipage, et pendant qu'on rejetait sa demande, profitait de ce sursis pour se cacher chez le duc da Montmorency, qui lui offrit un asile et parvint a obtenir qu'il restât près de lui sans être inquiété. La belle saison s'écoula pour lui à Chantilly et dans le château de Selles, en Berry. 11 se mit là à revoir ses anciennes œuvres, à en composer de nouvelles ; mais il lie jouit pas longtemps de ce repos. Il mourut, à son retour à Paris, dans l'hôtel du duc, après une courte maladie.
Les oeuvres de Théophile de Viau se composent d'un certain nombre d'odes , parmi lesquelles la- plus connue est l'Ode à ta solitude, où se trouvent de fort belles inspirations; d'epigrammes, d'impromptus, de madrigaux, le tout recueilli sous le litre à!Œuvres de M, Théophile (1B21, iu-8°); à ce recueil étaient joints un Traité de l'immortalité de l'àme et un conte , Larissa. Une seconde partie, comprenant des poésies diverses, des odes, des sonnets, des élégies, la tragédie de Pyrame et Thisbé et des fragments d'une Histoire comique, parut en 1623 (in-8°); une troisième partie (1824, in-8°) ne contient qu'un petit poème et diverses piè-
VIBE
ces relatives à son procès, entre autres son Apologie, adressée au Père Garasse. Les trois parties ont été réunies en 1626 (Paris, in-8») et il en parut une seconde édition (Lyon, 1630) plus complète; celle-ci contient une intéressante lettre du poëte à Balzac. Scudery en donna une autre précédée d'une préface et d'une pièce de vers intitulée le Tombeau de Théophile, où il défend vigoureusement la mémoire de son ami ; il ordonne même au lecteur d'éprouver une vive admiration, soua peine d'avoir affaire à lui. Mairet a édité les Nouvelles œuvres de M. Théophile (Paris, 1641, in-8°), composées surtout de la correspondance française et latine du poète, quatre-vingt-seize lettres, la plupart fort remarquables. La dernière édition, qui résume toutes les autres, a été donnée par M. Alleaume dans la Bibliothèque elzéoirienne de Jannet (Paris, 1856, 2 vol. in-12). Théophile, à l'époque où il vécut, eut beau^ coup d'admirateurs et fonda même une petite école. Mairet, Scudery, Pradon, se firent une gloire de l'imiter, i Dans ma jeunesse, dit Saint-Evremont, on l'admirait, malgré ses irrégularités et ses négligences, qui échappaient au peu de délicatesse des courtisans de ce temps-là. Je l'ai vu décrié depuis par tous les versificateurs, sans aucun égard à sa belle imagination et aux grâces heureuses de son génie, » Selon M. Alleaume, dans sa Notice : a Dans les sujets amoureux, le poëte est fade ou déclamateur ; la passion ne se fait pas sentir dans ses vers, si ce n'est lorsque la volupté vient les animer, et, par un contraste qui est dans la nature de l'homme, ce voluptueux a quelque chose de sombre dans l'imagination. 11 a des traits gracieux, et sou imagination vive plaît comme une physionomie irrégulière, mais expressive. » Parmi les critiques qui se sont occupés de Théophile de Viau, on doit citer Th. Gautier, qui lui a consacré dans les Grotesques quelques pages du sens le plus droit et de la plus brillante couleur.
VlAURj rivière de France. Elle prend sa source dan3 le département de l'Aveyron, entre Rodez et Millau, au pied du signal du Pal, coule à l'O., sépare le département de l'Aveyron de celui du Tarn et se jette dans l'Aveyron, après un cours sinueux de 162 kilom. La vallée du Viaur offre un grand nombre de sites pittoresques.
VIAZIGA s. m. (vi-a-zi-ga). Art culin. Mets russe, composé de tendons d'esturgeon desséchés.
VlAZMA, ville de la Russie d'Europe. V.
VlASMA.
V1BERT (Joseph-Victor), graveur français, né a Paris en 1799, mort en 1SG0. Il travailla successivement dans les ateliers do Defresne, Puuquet, Hersent et Richoinme, obtint en 182S le grand prix de Rome et, après avoir passé cinq ans eu Italie, devine professeur de gravure à l'Ecole des beauxarts de Lyon. Ami intime du peintre Orsel, il consacra vingt ans de sa vie à graver le tableau de ce dernier, qui avait pour sujet le Bien et'le mal. C'est là l'œuvre capitale de Vilert, eu même temps que l'une des productions les plus colossales et les mieux réussies de lu gravure contemporaine. Vibert, du reste, n'a que très-peu produit, et l'on no peut guère citer de lui qu'un petit nombre de planches, entre autrus : la Dispute sur le saint sacrement, d'après le tableau de Raphaël qui se trouve au Vatican ; le Parti ait de Jacquard, d'après Bonnefond (1834); le Jugement de Sulomon. d'après Raphaël; la Vierge à l'œillet, d'après le même; uua Etude, d'après Léonidas, etc.
VIBEHT (Claude-Théodore), littérateur et poëte, né à Paris eu 1825. Il étudia le droit, fut reçu licencié en 1849, et, après avoir fait son stage, il se fit inscrire comme avocat au barreau de Paris (1852). Toutefois, poussé par ses goûts littéraires, M. Vibert n'exerça que peu de temps sa profession. Il collabora à diverses feuilles et revues littéraires, le Journal des arts, la Fraternité, la Muse gauloise, la Tribune lyrique, le Glaneur littéraire, VEcho du Var, le Tournoi poétique, etc., et écrivit des ouvrages en prose et en vers. Nommé juge de paix en 1867, il a exerce ces fonctions u abord à Moutfort-sur-Risie (Eure), puis, à partir de 1874, à Sézanne (Marne). Dans les préfaces do ses ouvrages, M. Vibert déclare qu'il n'appartient à aucun parti politique ni à aucune école littéraire, > qu'il est poëte et philosophe, démocrate et catholique, et qu'il ne veut rien autre chose. » A diverses reprises, mais sans succès, il s'est porté candidat à l'Académie française. Nous citerons de lui : Edmond Beitie (1856, 2 vol. in-12), roman sous forme épislolaire; les Girondins (1860, in-12), poëme en douze chants, assez habilement composé et dont le style ne manque pas d'un certain charma pittoresque, mais où l'on trouve de fréquentes irrégularités de prosodie; les Quatre morts (1865, in-12), poëme en quatre chants; la Mort du Christ, la Mort de Louis XVI, la Mort de Napoléon et [a. Mort de Voltaire ; Mimes d'un vrai libre penseur (1876, in-12), etc. — • Son fils, M. Edmond- Cé.estin-Paul Vibkrt, né à Paris en 1851, a collaboré au Concours poétique de Bordeaux, au Biographe, à ÏAlmanach du sonnet, au Sonneliste, etc. Grand admirateur du système de gouvernement qui a commencé par le coup d Etat du 2 décembre
VIBI
1851 et s est terminé par l'invasion de la France et la capitulation de Sedan, il a successivement collaboré, pour le défendre, au Pays (1872) et a l'Espérance nationale. Il a publié : la Démocratie impériale, brochure, et Dizain de sonnets (1875, in-16).
V1BE11T (Jehan- Georges), peintre et auteur dramatique, né ù Paris en 1810. Petitfils, par son père, de l'horticulteur qui a donné son nom à trois espèces de roses, et, par sa mère, du graveur Jazet, connu par ses belles reproductions à l'aqua-tinta des tableaux. d'Horace Vernet, il aima la peinture dés son enfance. M. Georges Vibert reçut les leçons de Picos et de Barrias, entra à l'Ecole des beaux -arts à peine âgé de dixsept ans. Aprè3 avoir concouru pour le grand prix, de Rome, il débuta au Salon, en 1833, par deux toiles, le Repentir et la Sieste, qui -furent remarquées eiqui lui valurent une mention honorable. Il obtint l'année suivante une médaille pour un tableau représentant la Mort de Narcisse, puis il exposa successivement : les Martyrs chrétiens dans la fosse dvx lions, le Mouton mort (1865) ; Daphnie et Chloé (1866); l'Entrée des toreros, peint en collaboration avec M. Zamacois; V Appel après le pillage, la Tentation (1867); le Barbier ambulant, Un couvent sous les armes (1868); le Retour de la dlme, le Matin de ta noce (15G9); Gulliver fortement lié et cerné par l'armée lilliputienne , Un importun (1870). II reçut à cette époque la croix de la Lésion d'honneur. Engagé volontaire dans les tirailleurs de la Seine pendant toute la durée du siège, il fut blessé au combat de la Malmaison, le 21 octobre 1870, d'une balle dans la région lombaire. Depuis lors, il a exposé au Salon, en 1873, le Départ des mariés (Espagne) et le Premier-né; en 1874, la Réprimande, le Portrait de Coquelin aine, dans le rôle de Mascarille des Précieuses ridicules, et Un moine cueillant des radis; en 1875, la Cigale et la Fourmi, le Repos du peintre ; en 1876, l'Antichambre de monseigneur, œuvre remarquable, et le Portrait de 4/ffle Dreyfus. En dehors des expositions, il a peint des tableaux de chevalet, dont le nombre dépasse cent, et a exécuté à l'église Saint-Bernard, dans la chapelle Suint-Denis, une Assomption de la Vierge, de 5 mètres de hauteur. M. Vibertest un de nos peintres de genre les plus spirituels et les plus fins. Comme auteur dramatique, M. Vibert a donné ; au Palais- Royal, la Tribune mécanique, vaudeville en un acte (mai 1872); aux Variétés : les Chapeaux et les Portraits, scènes comiques, interprétées par Berthelier (1875); au Vaudedillo, le Verglas, comédie en un acte, en prose (avril 1862).
V1BEX s. m. (vi-bèks). Moll. Syn. de Plrbnb, genre de mollusques.
V1B1CE s. f. (vi-bi-se — du lat. vibex, ecchymose, marque, meurtrissure, dont nous ignorons l'origine, a moins qu'on ne puisse le rattacher ù la même famille que le latin vis, violence, force). Palhol. Nom donné à des taches violacées qui se produisent à la peau dans certaines maladies. 11 On dit aussi
VERGETURtS.
VIB1I FOttUM, ville de l'ancienne Gaule Cisalpine. C'est aujourd'hui Revbllo.
VIBILIE s. f, (vi-bi-lî — nom my thol.). Crust. Genre d'amphipodes, de la famille des hypérines, dont l'espèce type habite les mers d'Asie.
V1B1L1B, déesse des voyageurs, qui l'invoquaient surtout quand ils étaient égarés dans leur chemin.
V1BINUM, nom ancien de Bovino.
VIB1SCUM ou VIVIACUM, nom ancien de Vbvay.
V1BIOS (Crispus), orateur romain, né à Verceil. Il vivait dans le icc siècle après? J.-C. Sous le règne de Néron, il acquit une grande influence. C'était, dit Tacite, un nomme plus célèbre par ses talents, son crédit et sa honteuse (ortune que par sa probité. 11 avait fait le métier infâme de délateur et s'y était considérablement enrichi. Courtisan tort adroit, il traversa heureusement les règnes des empereurs les plus sanguinaires, partagea toutes les débauches de Vitellius et conserva son crédit jusque 'sous Domitien. Vibius atteignit paisiblement l'âge de quatre-vingts aDS. Juvénal a tracé un curieux portrait de ce personnage dans sa quatrième satire.
VIBIOS SlïltlïNlJS, délateur romain, qui vivait au iet siècle de notre ère. Il se signala par ses dénonciations sous le règne de Tibère , mais, par un juste châtiment, fut dénoncé lui-même par son propre fils, comme coupable d'avoir conspiré contre l'empereur. Ce dernier l'exila dans l'Ile d'Amorgus, où il mourut.
VIBIUS SUQUESTER, géographe latin, sur lequel on n'a que des renseignements incomplets. On croit qu'il était Romain et qu'il vécut entre le iv« et le vu» siècle. On a sous son nom un opuscule intitulé : De fluminibus, fontibus , lucubus , nemoribus, paludibus, montibus, genlibus, quorum apud poetas fit menti o. C! est une sorte de dictionnaire géographique des noms de fleuves, fontaines, lacs, forêts, etc., qu'on trouve dans les postes. L'édition la plus récente est celle d'Oberlin (Strasbourg, 1778).
VIBO
VIBO s. m.(vi-bo). Bot. Syn. d'ÉMEX, genre de polygonées.
VIBORD ou VIBOR s. m. (vi-bor — angl.
waislbonrd ; de w.iist, milieu, et de board, planche). Mar. Grosse planche qui borde le pont supérieur d'un navire et lui sert de parapet.
V1BORG ou WIBOBG, ville de la Russie d'Europe, ch.-l. du gouvernement de son nom, a HO kilom. N.-O. de Saint-Pétersbourg, à l'extrémité septentrionale d'une baie formée par le golfe île Finlande, par 600 42' de latit. N. et 260-25' de longit. E.; 4,400 hab., presque tous Allemands, Suédois ou Finlandais; C,000 hab., en y groupant la garnison ordinaire. Place forte, défendue par une citadelle et une muraille de rochers; résidence du gouvernement et des autorités civiles et militaires-, arbenal et magasin militaire. Le port de Viborg est à lï kilom. de la ville, au faubourg de Trong-Sund. La commerce total de cette place est évalué à 5 millions de francs. La ville ne présente rien de remarquable ; là, comme dans la plupart des agglomérations russes, les maisons sont construites en bois et présentent aux Européens du Sud une apparence misérable qui n'a rien de blessant pour le regard des habitants. On y trouve trois églises luthériennes et une église russe. Fondée en 1203 par Torkel Knutaon, régent de Suède, Viborg fut la capitale de la Carélie. Les Russes l'assiégèrent inutilement en 1495. En 1556, ils battirent les Suédois dans les environs, et, en 1609, il y fut conclu un traité entre les deux nations. Pierre le Grand la prit en 1710, et elle fut réunie à la Russie, en vertu de la paix de Nystadt, en 1721.
VIBOKG (gouvernement de), division administrative de la Russie d'Europe, située dans la partie S.-E. du grand-duché de Finlande, entre ceux de Kuopio au N., de Saint- Michel à l'O., le golfe de Finlande au S., le lac Ladoga et les gouvernements de Saint- Pôiersbourg et d'Olmutz à l'E., mesurant 382 kilom. du N.-E. au S.-O, et 225 kilom. du N.-O au S.-E.: superficie, 44,000 kilom. carrés; 263,460 hab. Le golfe de Finlande, qui baigne ce gouvernement au S., y présente de nombreuses échancrures et plusieurs petites lies qui dépendent de l'administration de Viborg. C'est en général un pays couvert de rochers nus et incultes, de forêts, de marais et de grands lacs. 11 est fort peu susceptible de culture; le peu de terres labourables qu'il possède se trouve dans quelques petites vallées pittoresques, et encore les grains n'y parviennent pas toujours à maturité. Pays riche en gibier et en poisson, le gouvernement de Viborg renferme plusieurs mines importantes de cuivre et de plomb.
VIBORG, ville du Danemark, dans le Jutland, cb.-l. du stift ou diocèse de son nom, à 400 kilom. N.-O. de Copenhague, sur le bord occidental du petit lac de son nom, par 5G» 57' de latit. N. et 70 6' de longit. E. ; 0,500 hab. Evêché luthérien ; siège des états provinciaux et de la cour d'appel du Jutland. Industrie agricole , distillerie , manufacture de tabac. On y remarque une cathédrale du xie siècle, deux autres églises et une école latine. Celte ville, la plus ancienne du Danemark , passe pour avoir été la Cimbrisberga, ancienne capitale des Cimbres.
VIBORG (stikt de), division administrative du Danemark, dans le Jutland. Il est borné au N. par le stift d'Aalborg, à l'E. et au S.-E. par celui d'Aarhuus, à l'O. et au S.-O. par celui de Ribe; buperficie, 2,040 kilom. carrés; 55,000 hab. Le sol, plat, est assez fertile, quoiqu'on y rencontre quelques grandes bruyères. Il n'y a pas de montagnes, mais seulement quelques collines, dont le point culminant ne dépasse pas 325 mètres d altitude. On y récolte suffisamment de céréales pour la consommation des habitants; mais la principale branuhe de l'industrie agricole est l'élève du bétail, des chevaux surtout et des bœufs. L'industrie manufacturière est à peu près nulle ; le commerce a surtout pour objet l'exportation des chevaux, des bœufs et de la laine.
VIBOKG (Erich-Nissen) , vétérinaire danois, uô dans le duché de Slesvig en 1759, mort en 1822. Il fit ses études à l'université de Copenhague, puis, après avoir suivi pendant quelque temps les cours de théologie et de langues orientales, il s'adonna aux mathématiques, à l'histoire naturelle et surtout à la science vétérinaire, fort négligée en Danemark jusqu'à cette époque. Un travail sur les sables mouvants qui désolaient les côtes du Jutland attira sur lui l'attention du gouvernement danois, qui adopta son projet . et, en outre, le fit voyager pendant trois ans en Europe, notamment en France. Viborg visita avec soin les écoles d'Alfort et de Lyon et, à son retour dans sa patrie, fut nommé professeur à l'école vétérinaire da Copenhague et inspecteur général du Flug sand (bibles, mouvants). Après un nouveau voyage en Pologne, en Ukraine et en Moldavie pour examiuer les riches haras de ces contrées, Viborg fut élu directeur de l'école vétérinaire, puis conseiller d'IStat. De ses nombreux écrits, nous citerons : Influence da sable mouvant (Copenhague, 1787, in-8°) ; Recueil de dissertations pour les médecins vétérinaires et pour les économes (1795, 2 vol.
VIBR
in-80); Livre élémentaire de l'histoire naturelle (1802, in-80); Collection de traités sur l'art vétérinaire (1S20, in-8°) I; Guide pour soigner les étalons, les poulinières et les poulains (1824, in-8<>).
VIBORGIE s. f.'(vi-bor-jl — de Viborg, n. pr.). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des légumineuses, tribu des lotées, comprenant une quinzaine d'espèces, qui croissent au Cap de Bonne-Espérance. Il Syn. de cytise, autre genre de légumineuses.
VIBORQUIE s. f. (vi-bor-kî). Bot. Syn. de varbnnéb, genre de légumineuses.
VIBRANT, ANTE adj. (vi-bran, an-te — rad. vibrer). Qui vibre, qui est mis en vibration : Corde vibrante. Lame vibrante.
— Retentissant, pénétrant, en parlant d'un son :
Le coq aux aile» d'or a chanté le réveil De !a fraternité ; sa voix vibrante et claire Annonce au monde entier l'amour universel.
BAB.R.1LLOT.
— Méd. Pouls vibrant, Pouls dur, tendu et fréquent.
— Entom. Mouches vibrantes, Nom vulgaire des ichneuinons, insectes dont les antennes sont continuellement en mouvement.
VIBRATILE adj. (vi-bra-ti-le — du lat.
vibrare, vibrer). Hist. nat. Qui e.st susceptible de vibrer.
— Physiol. Mouvement vibratile, Mouvement de vibration qu'on observe dans les cils de i'épilhélium.
— Pathol. Se dit d'une douleur dans laquelle il semble au malade que ses nerfs sont en vibration.
— Infus. Cils vibratiles, Sorte de cils, constituant, chez certains infusoires, des organes de locomotion ou de préhension.
— Encycl. Physiol. Mouvement vibratile,