SOURCE DU PARC
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11 nous reste à. faire connaître quelles sont les affections qui sont, avec plus ou moins d'avantages, traitées à Vichy : 10 les maladies de I appareil digestif tiennent le premier rang, et parmi celles-ci nous citerons : la dyspepsie acide et la dyspepsie flatulente, pour lesquelles on emploie l'eau de l'Hôpital et celle de la source de Mesdames, plus ferrugineuse; le cancer de l'estomac, la gastralgie, les vomissements, la pneumatose, l'entérite et la dyssenterie d'Afrique; 2° viennent ensuite les maladies du foie : engorgements et coliques hépatiques; 3° les maladies de l'utérus : engorgements du col avec érosion et catarrhe utérin, engorgements et tumeurs fibreuses de l'ovaire; 4° la goutte et ses dépendances, la diathèse urique entre autres; 5U le diabète sucré, passager ou durable; 6° la chlorose et les maladies du cœur; 7" les engorgements de la rate, du mésentère, de 1 intestin, de l'épiploon ; 8° le catarrhe de la vessie, la gravelle et les calculs urinaires.
Suivant les indications diverses, le tempérament, la constitution et les dispositions particulières aux malades, on emploie successivement ou simultanément l'eau de Vichy en boissons, en bains, en douches à percussion, en douches ascendantes, en lavements, eu injections, etc., et k des doses qui. varient nécessairement selon l'intensité du mal, la susceptibilité des malades et d'autres conditions dont le médecin doit rester seul appréciateur.
Les eaux de Vichy s'exportent au dehors et se boivent loin des sources, surtout celles des Célcstins, de l'Hôpital, de la- Grande- Grille et d'Hauterive. On exporte aussi les sels naturels provenant de l'evaporation des eaux et qui servent à faire l'eau de Vichy artificielle pour bains et pour boissons ; on fabrique enfin dans l'établissement des pastilles au sel de Vichy véritable, qui sont l'objet d'un commerce ires-important. Tous les produits de l'établissement thermal sont soumis au contrôle de l'Etat. Un commissaire spécial est nommé par le gouvernement jrour surveiller toutes les opérations, qui sont faites dans de vastes magasins, tant pour la fabrication des sels et des pastilles que pour la mise en bouteilles des eaux, qu'on expédie par caisses.
— Histoire. Vichy était connu du temps des Romains sous les noms d'A}»* ealidaiei de Vicus calidus (bourg chaud), d'ouest venu son nom moderne. Jjès cette époqte, les propriétés curatives de ses eaux thermales étaient très-appréciées. Elles furent en grande faveur sous les empereurs, qui eurent a Vichy un établissement thermal important; puiselles tombèrent dans l'oubli au vie siècle, pendant les guerres civiles et les invasions des barbares. Au xue siècle, Vichy étaitgouverné par des seigneurs particuliers. Confisqué par les ducs de Berry et u' Auvergne, il passa en '1372 au Bourbonnais, dont le troisième duc, Louis II, l'entoura de inurailies. Ces foriiticaiiotis donnèrent k la ville une grande importance lors des guerres qui déchirèrent l'Auvergne aux temps de la Pruguerie, puis de ta Reforme. Charles VU eu lit le siège en 1440; le prince do Condé vint y passer l'Allier ea 1508 et en 1570. Eu 1590, le comte d'Auvergne, grand prieur de France, canonna la ville, défendue par le capitaine
L'eauregard. Enfin, en 1050, après l'arrestation de Condé, les protestants, marchant k sa défense, s'emparèrent de Vichy et en chassèrent les troupes du duc d'Orléans. En 1676, Mme de Sévigné vint passer une saison à. Vichy et y rétablit sa santé. Grâce à la célèbre marquise et à ses lettres écrites de Vichy, cette station thermale devint tout à coup à lu mode, et, à partir de ce moment, sa vogue n'a fait que s'accroîlre. Les sœurs de Louis XVI, Mesdames Victoire et Adélaïde, adoptèrent Vichy comme un de leurs séjours favoris. On y fonda alors l'hôpital et le grand établissement ; l'avenue du Roi , l'allée de Mesdames furent tracées et plantées. Napoléon 1er fit, acheter et planter le vieux parc, au fond duquel se trouve le casino actuel. La duchesse d'Aiigoulême, qui se trouvait à Vichy lorsque éclata la révolution de 1830, en fit aménager les eaux. Sous Louis-Philippe, le ministre Cunin-Gridaine favorisa l'essor de la cité thermale en consacrant des sommes importantes a des travaux d'amélioration. Enfin, sous le second Empire, la ville prit un accroissement extraordinaire. En 1853, l'Etat afferma l'exploitation des eaux à une compagnie qui contribua puissamment à la transformation do Vichy. Le chef de l'Etat, de son côté, en venant très-fréquemment dans cette ville, la mit à. la "mode. Gens de cour et étrangers y affluèrent pendant la saison. Les nouveaux bâtiments des bains et le* Casino s'élevèrent. On édifia un hôtel de ville, une église, un hôtel pour la poste et la télégraphie. D'immenses réservoirs d'eau potable furent créés pour l'approvisionnement de la ville. On construisit une digue insubmersible au bord de l'Allier; on planta un nouveau parc splendide. Des chalets furent créés dans ce parc pour la résidence impériale^ de grands boulevards entourèrent et traversèrent la ville; de3 squares furent aménagés» de grumies places ouvertes, de nouvelles rues percées, les anciens quartiers aérés et élargis. Quand le vieux Vichy aura complètement disparu, la ville actuelle n'aura rien à envier k la rectitude et à l'agrément de la rue de Rivoli. Il reste encore beaucoup à faire. A côté de cet étalage du luxe et du bien-être souvent factice qui font, pendant quatre mois, de Vichy un Paris au petit pied, un boulevard des Italiens en raccourci, on rencontre bien des cahutes délabrées et de nombreuses misères. La vie est chère k Vichy, la saison ne dure que quelques mois, et pendant le reste de l'année la ville est à peu jtrèd morte,
VICHYNOIS ou VICH1NOIS s. et adj.
Géo-r. Habitant de Vichy; qui appartient k celte ville ou a ses habitants : Les Vichynois. La population vichynoise.
VICI (Andréa), architecte italien, né à Arcevia, Marche d'Ancône, en 1744, mort en 1817. 11 travailla successivement dans les ateliers du peintre Stepliauo Pozzi et de l'architecte Carlo Murena, adopta ensuite la profession d'architecte et fut employé en cette qualité par le grand-duc de Toscane et par les plus riches familles de Rome, fuirai les édifices dont il a dirigé l'exécution, on cite l'église du monastère d'Offagna, la cathédrale de Canmrino, l'église de Saint-François de Foligno, la villa de Monte*Gallo, dan3 les Marches, etc. Il avait, en outre, pris part a divers travaux hydrauliques importants et,
en 1810, il avait fuit construire à Tivoli les fortifications destinées k défendre la rive gauche de l'Arno. Quelque temps avant sa mort, il fut nommé directeur des travaux hydrauliques de la vallée de l'Ombrie.
VICIA s. f. (vi-si-a — mot lat.). Bot. Nom scientifique du genre vesce.
VICIABLE adj. (vi-si-a-ble — rad. vicier). Qui peut être vicié, gâté, corrompu.
VIC1ANA (Martin), historien espagnol, qui vivait" au xvio siècle. 11 n'est connu que comme l'auteur .d'une Cronica de la inclita ciudad de Vuleucia y de su reino, en quatre parties. On ignore pour quelle cause cet ouvrage fut supprimé, et avec une telle rigueur qu'à peine quelques exemplaires de la troisième et de la quatrième partie ont pu échapper à la destruction. On ne connaît que ces deux parties, qui forment 2 volumes in-folio (Valence et Barcelone, 1564-1566). Cet ouvrage avait coûté quarante-six années de travail k son auteur, auquel Antonio attribue encore des Alabansas de las lenguas hebrea, grieya, tatina, castellana y valenciana (Valence, 1574, in-4o).
V1CIATEUR, TRICE adj. (vi-si-a-teur, trise — rad. vicier). Qui vicie.
VICIATION s. f. (vi-si-a-si-on — rad. vicier). Action de vicier; résultat de celle action : La fièvre tyfhuïde éclate souvent dans les casernes, dans les hôpitaux, par suite de ta viciATiON de l'air. (L. Figuier.)
VICIÉ, ÉE (vi-si-é) part, passé du v. Vicier. Gâté, corrompu : Air vicié. Sang vicié. L'air des grajides villes est toujours vicié. (A. Rion.) Ce qui mine à la lonyue la santé des travailleurs, c'est moins la fatigue que l'air vicié des ateliers. (J. Simon.)
VICIÉ, ÉE adj. (vi-si-é — du lat. eicia, vesce). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporta k la vesce. (| On dit aussi vicioïde.
— s. f. pi. Tribu de la famille des légumineuses, ayant pour type le genre vesce.
VICIER v. a. ou tr. (vi-si-é — lat. vitiare; de vitium, vice. Prend deux i de suite aux deux preui. pers. du pi. de l'imp. de l'ind. et du prés, du subj. : Nous uiciïoiis ; que vous viciiez). Gâter, corrompre : Vicier l'air, le sang. Vicier le goût, les meeurs. La maladie oui vicie tes humeurs devient maladie originelle et peut gâter toute une race. (J. de Maistre.) On peut blesser, on peut tuer; mais on ne peut Vicier un être humain sans son consentement. (Passavant.)
— Jurispr. Rendre nul, défectueux : La moindre omission peut vicier i«i acte. C'est une règle de droit que ce qui abonde ne vicie pas. (Àcad.)
Se vicier v. pr. Devenir vicié, se gâter, se corrompre : i'cnV SE vicie rapidement dans les lieux clos et habités. Le goût SB vicie aisément. L'odorat se vicie ou s'émousse plus facilement que le goût. (Kaspail.)
— Devenir vicieux; contracter des vices, des habitudes vicieuses : L'homme se vicie très-promptement en fréquentant des vicieux. (Boiste.)
VICIEUSEMENT adv. (vi-si-eu-ze-man — rad. vt'cieua:, euse). D'une manière vicieuse, contraire à la règle : Phrase vicieusement construite.
— D'une façon contraire k la morale, en
état de vice, dans le vice : Vivre vicieusement.
VICIEUX, EUSE adj. (vi-si-eti, ea-ze — lat. vitiosus; de oitium, vice). Qui a quelque vice, quelque défectuosité : Conformation vicieuse. Méthode vicieuse. Acte, contrat vtcieux. Clause vicieuse. Locution vicieuse. Les bons écrivains sont attentifs à combattre les expressions vicieuses que l'ignorance du peuple met en vague. (Volt.) Le mensonge décèle une âme faible, un esprit sans ressource, an caractère vicieux. (Griinm.) Tout système qui ne procure pas l'ordre dans le présent et le mouvement vers l'avenir est vicieux et bientôt condamné. (Guizot.) En vain vous me frappez d'un son mélodieux, Si le terme est impropre ou le tour vicieux.
Hoilij.su.
— Qui a quelque mauvaise habitude, on parlant des bêtes de somme : Cheval vicieux. L'ignorance et la mauvaise humeur de certains cavaliers font plus de chevaux; vicieux 911e la nature. (Lafosse.)
— Qui a l'habitude du mal moral, et particulièrement du libertinage: Homme vicieux. Un coeur vicieux petit revenir à la vertu; un esprit pervers ne se corrige jamais. (Cbatcanb.) Pour être vicieux, il suffit d'avoir un esprit étroit, un cœur pusillanime. (Descuret.)
Il Qui tient du vice, qui a rapport au vice : Penchants vicieux. Coûts vicieux. Inclinations vicieuses. Les passions vicieuses supposent toujours quelque faux jugement. (C011dill.) C'est Machiavel qui a dit qu'il y a toujours dans les hommes une disposition vicieuse cachée qui n'attend que l'occusiun pour sortir. (Sio-Beuve.)
— Cercle vicieux, Faux raisonnement où l'on donne pour preuve ce qu'il faut prouver.
— s. m. Homme adonné au vice : H est plus difficile de convaincre les vicieux que la vertu existe que de persuader aux bons qu'elle est rare. (C5sc ue Blessington.)
— Syn. Vicieux, corrouiuu, dépravé, etc. V. CORROMPU.
VICINAL, ALE adj. (vi-si-nal, a-le — lat. vicinalis; de vicinus, voisin). Se dit des chemins qui servent de moyens de communication entre deux ou plusieurs communes voisines : L'entretien des chemins vicinaux est à la charge de la commune.
VICINALITÉ s. f. (vi-si-na-li-té — radvicinal}. Qualité de chemin vicinal.
VICINOYIA, nom latin de la Vilaine, VICISSITUDES, f. (vi-si-si-tu-de. — V.vice s. f.). Révolution, alternative, changement de choses qui so succèdent les unes aux autres : La vicissitude des saisons. Les vicissitudes de l'air sont les principales causes de la destruction des êtres vivants. (Buff.) L'humeur a ses vicissitudes qui influent sur nos sentiments tes plus intimes. (V. Cousin.) Il Instabilité; changements qui en résultent : La vicissitude dès choses humaines. (I avait éprouvé, il avait subi d'étranges vicissitudes. Chez toutes les nations du monde, la langue suit les vicissitudes des mœurs et se conserve ou s'altère comme elles. (J.-J. Rouss.) Le monde est une vicissitude sans fi», (Lamart.)
— Syn. Viciasilude, changeaient, iiinovation, etc. V. CHANGEMENT.
VICKSflURG, ville des Etats-Unis d'Ame-
VICO
rique, dans l'Etat du Mississipi, à 508 kilom. N .-0.de la Nouvelle-Orléans, 110 kilom. N.-O. de Jackson, sur la rive gauche du Mississipi, où elle a un port de commerce ; 7,000 hab. Important commerce de coton.
VICLÉFISME , VIObÉFISTE. V. WICLE- FISME, -WÏCLBF1STE.
VICO s. ni. (vi-ko). Ornith. Nom de la bécasse, en Normandie.
VICO, bourg de France (Corse), ch.-l. de cant., arrond. et à 52 kilom. N. d'Ajaecio ; pop. aggl., 1,359 hab. — pop. tôt., 1,971 hob. Industrie agricole; récoke et commerce de blé; vin, huile d'olive et fruits.
VfCO-DEL-GARGANO, ville du royaume d'Italie, province de la Capitanate, district de San-Severo, à 50 kilom. N.-E. de Foggia, ch.-l. de mandement; 8,290 hab.
VICO-BQUENSE ou VICO-D1-SORREKTE; ville du royaume d'Italie, province de Naples, district et à 6 kilom. S.-O. de Castellainare, à 24 kilom. S.-E. de Naples, ch.-l. de mandement, sur un rocher qui s'avance dans le golfe de Naples; 12,000 hab. Pêche abondante. Evêehé. Dans la cathédrale, on remarque le tombeau de Filangieri.
VICO-FORTE ou V1CO-DI-MONDOVI, anciennement Augusta Vagiennorum, bourg du royaume d'Italie, province de Coni, district et à 3 kilom. S.-E. de Mondovi; 3,000 hab.
VICO (Jean de), prince de Viterbe et d'Orvieto. 11 vivait au xive siècle, était un des chefs du parti gibelin et portait le titre de préfet de Rome, Pendant le séjour des papes a Avignon, il parvint à ranger sous sa souveraineté Orvieto, Viterbe, Trani, C'anino et autres- villes des Etats de l'Eglise, choisit Viterbe pour capitale et fit peser un joug trèsdur sur les populations. En 1352, le pape Clément VI l'excommunia comme ayant usurpé les biens de l'Eglise. Assiégé, deux ans plus tard, dans Viterbe par Albornoz, légat d'Innocent VI, Jean de Vico fut contraint de Se rendre. De ses possessions, il ne conserva que le gouvernement de Corneto, de Civita- Veechia et de Respampagno ; mais, en 1375, profitant de la guerre que les Florentins faisaient au pape, il leva des troupes et se rendit de nouveau maître de Viterbe, On ignore l'époque de sa mort.
VICO (Enea), graveur et antiquaire romain, né à Parme vers 1520, mort vers 1570. Les documents qu'on possède sur la vie de cet artiste manquent de précision. On le croit élève de Borlacchi; puis il aurait étudié le faire de Marc-Antoine ou de son école, et on suppose qu'il se rendit, vers 1545, à Ferrure, où il débuta par la reproduction de la Conversion de saint Paul, de Floris. Après cet heureux es>ni, Vico se mita graver les chefsd'œuvre de Michel-Ange et de Raphaël et les portraits des personnages illustres de son époque : Charles-Quint, Michel-Ange, Bembo, Cosme de Médicis, Arioste, 11 se reposait de ses nombreux travaux en étudiant la numismatique. Ses principaux ouvrages sont : Le Jmagini e le vile degli imperalori tratle dalle medaglie (Panne, 1548, in-4°); Discorsi sopre le medaglie degli antichi (Venise, 1555, in-4°); Le Jmagini délie donne auguste (1557, iu-4°).
VICO (Francesco de), historien espagnol, qui vivait au xvne siècle. Il parvint aux plus hautes diguités sous le règne de Philippe IV, qui le nomma, en dernier lieu, conseiller d'Etat et chef delà chancellerie du royaume d'Aragon et de Sardaigne. On a de lui une Histoire générale de Vile et du royaume de Sar~ daigne (Barcelone, 1639), depuis les guerres que les Carthaginois et les Romains se livrèrent pour sa possession jusqu'à l'époque de l'auteur. C'est un ouvrage d un style pur et élégant, mais où l'esprit de critique fait presque entièrement défaut.
VICO (Jean-Baptiste), philosophe, historien, juriste et l'un des plus profonds penseurs de son siècle, né à Naples en 100S, mort en 1744. Les circonstances de sa vie offrent peu d'intérêt. Fils d'un pauvre libraire, il dut songer, dès l'âge de quinze ans, à gagner le pain de chaque jour, fut pendant neuf ans précepteur des enfants du marquis ^e La Rocca, se livra pendant ce temps aux plus profondes études de philosophie, d'histoire et de littérature, pbtint une chaire de rhétorique à l'université de Naples (à 600 fr. d'appointements) et vécut pendant quarante ans de cette place modique. Il venait d'être nommé historiographe du roi de Naples, à l'âge de plus de soixante-dix ans, lorsqu'il mourut, dans le plus profond dénûinent. Méconnu pendant sa vie, il ne le fut pas moins après sa mort, et son nom était même presque ignoré en Italie au commencement de ce siècle. Tel est le sort de tous les précurseurs. Vico avait été un des créateurs de la philosophie de l'histoire. Pendant sa longue et laborieuse carrière, au milieu des difficultés et des misères de sa condition, il avait poursuivi le développement de son génie par des études immenses. Sa théorie, sa pensée, sa scienza nuova, n'avait pas été improvisée comme le sont trop souvent les conceptions à priori des philosophes : elle était le résultat de trente années de méditations et de recherches. Bien plus, c'est pour ainsi dire involontairement qu'il avait acquis les idées qui cet fait sa gloire. Ainsi, sa grande préoccu-
VICO
pation avait d'abord été la poésie et l'art oratoire; c'est presque à son insu que son génie prit une autre direction et fut entraîné dans la science. En lisant Platon pour y chercher des images poétiques, il se trouvait subjugué par les théories du philosopne; en lisant Tacite pour en imiter le style, il finissait pur en étudier la politique; en commentant la rhétorique de Cicéron, il apprenait la méthode philosophique de l'académie; en ouvrant Bacon, fl comprenait les besoins d'une réforme scientifique. Ainsi le savant et le philosophe triomphaient toujours en lui du poète. La profondeur et la variété de ses études, les rapports innombrables qu'il saisissait entre elles éveillèrent dans son esprit l'idée d'un vaste système qui réunirait et fondrait ensemble toutes les connaissances ayant l'homme pour objet, qui rapprocherait l'une de l'autre l'histoire des faits et celle des langues, en tes éclairant toutes deux par une critique nouvelle; d'un système, en un mot, qui ferait la synthèse de la philosophie et de l'histoire. Il commença sa carrière scientifique en attaquant le cartésianisme, non-seulement dans sa partie dogmatique, déjà discréditée, mais encore dans son esprit, dans sa méthode, et sans se ranger cependant parmi les détracteurs aveugles de cette réforme philosophique, dont il reconnaît lui-même le bienfait, mais qu'il trouve incomplète. Il développa ensuite et successivement, dans une série d'écrits, les opinions diverses qu'il devait plus tard réunir dans son grand système. Ce ne fut qu'en 1725 qu'il les fondit en un corps de doctrine sous le titre de Principes d'une science nouvelle relative à la nature commune des nations (refondu en 1730 et 1744). La première observation générale à faire avant de donner le résumé de ce système, c'est l'esprit profondément italien dont il est pénétré. Essai grandiose d'une philosophie universelle, il n'en porte pas moins l'empreinte des idées exclusives de la Renaissance, surtout par l'accouplement des idées de l'antiquité aux idées modernes, parce parallélisme constant entre les anciens et les modernes qui rappelle les formes et la méthode de Machiavel. Ce qui est remarquable, c'est que, tout en donnant la préférence à l'antiquité, l'auteur prélude à la révolution des études historiques qui s'accomplit dans notre siècle, émet les vues les plus profondes sur toutes les grandes questions de races, de langues et de migrations agitées après lui, et pose les bases des théories de notre temps sur Homère, sur les légendes épiques de la Rome primitive, sur les traditions mythiques, sur la marche providentielle de l'histoire, ' etc. La science nouvelle a pour critérium de certitude le sens individuel et le consentement universel, c'est-à-dire l'examen, la tradition, l'autorité. Elle a pour objet de déterminer les lois générales qui régissent le monde, de tracer l'histoire universelle, étemelle,' qui se produit dans le temps sous la forme des histoires particulières, et de décrire le cercle fatal dans lequel tourne le monde réel. Elle est à la fois la philosophie et l'histoire de l'humanité. Elle est même une sorte de théologie sociale, en ce qu'elle tente de démontrer historiquement la Providence, dont les arrêts, il Tinsu des hommes et souvent malgré eux, président, suivant l'auteur, à toutes les évolutions des sociétés. Ainsi, tandis que les hommes ne songent qu'à suivre la satisfaction de leurs appétits matériels, le cours providentiel des événements les force en quelque sorte à réaliser progressivement le type éternel de la justice, dont le germe a été déposé pur Dieu au fond du cœur humain. Le cycle de la civilisation comprend trois âges : l'âge divin, l'âge héroïque et l'âge humain. Lo premier est l'époque des dieux et des mythes ; le deuxième, le règne des héros et de la force matérielle; le dernier, la-période de la civilisation. Tous les peuples passent fatalement par ces trois états, sans qu'il soit besoin qu'ils aient entre eux aucune communication. La loi providentielle qui régit la inarche des sociétés a tracé à l'avance le plan d'une histoire idéale , qui est éternellement commune à toutes les nations. Sparte, Athènes, Rome ne sont que des manifestations partielles d'une même loi. Quand les nations, arrivées au plus haut période de civilisation, vieillissent, tombent en décadence et se dissolvent, les mêmes faits se reproduisent et dans le même ordre ; l'histoire moderne n'est qu'une répétition de l'ancienne (c'était aussi l'opinion de Machiavel). Il reste trois ressources aux civilisations corrompues : la conquête étrangère, qui les rallie à une nation plus jeune et plus vivace; la réforme par un despote, comme Auguste, et si cette réforme est impuissante, l'anarchie et la guerre qui renouvellent la nation en la ramenant à l'état de nature pour lui faire recommencer les mêmes évolutions. Voilà le cercle dans lequel l'humanité tourne éternellement. On reconnaît ici l'origine de cette théorie spécieuse don! l'originalité a séduit tant d'intelligences, qui annule toute idée de progrès et soumet 1 homme à un fatalisme subversif de toute activité intellectuelle. Cette erreur capitale diminue peu, au reste, la gloire de Vico ; la tuasse énorme d'idées nouvelles qu'il émet, les milliers de problèmes qu'il soulève et qu'il résout parfois d'un mot, la profondeur de ses aperçus, la hardiesse de ses innovations, ses investigations lumineuses dans toutes les brandies
VICO
des connaissances humaines lui assurent àjamais l'une des premières places parmi les philosophes modernes. Il a devancé d'un siècle le scepticisme historique de. l'Allemagne, les doutes de Wolf sur l'existence d'Homère et ceux de Niebuhr sur les premiers siècles de l'histoire romaine. Homère est un mythe ; ce n'est pas un poëte, c'est la poésie de la Grèce, c'est la Grèce elle-même racontant sa propre histoire dans des chants nationaux ; c'est pour cela qu'il appartient à toutes les villes et qu'il parle tous les dialectes. Il en est de même d'une foule d'autres personnages de l'âge divin et de l'âge héroïque. La poésie des peuples a symbolisé en eux toute une époque et tout un ordre d'idées. Pour l'histoire romaine, Tite-Live a été le rédacteur de légendes dont il ne comprenait pas le sens. Les sept rois sont des caractères poétiques : Numa est le mythe de l'aristocratie religieuse; Servius Tullius celui d'une émancipation des plébéiens, qui n'étaient autre chose que des serfs, etc. Les Œuvres complètes de Vico ont été publiées à Milan (1836-1837). M. Michelet est le premier qui ait fait connaître ce philosophe à la France. Il a traduit, en 1827, la Science nouvelle, sous le titre de Principes de la philosophie de l'histoire. En l836.il a donné les Œuvres choisiesde Vico, avec une introduction sur sa vie et ses ouvrages. On peut consulter aussi avec fruit l'excellent ouvrage de M. J. Ferrari, Vico et l'Italie Paris, 1840).
Vico, par Michelet (1827, in- 8"). Avant d'entreprendre la traduction des œuvres du père de la philosophie de l'histoire, notre célèbre historien publia une étude sur Vico et son système, auquel une justice complète n'était pas encore rendue. En effet, sous le titre ambitieux, quoique légitime, de Science nouoelle,Vico a visé la philosophie de l'histoire. L'Italie, l'Europe entière le méconnurent pendant près d'un siècle. C'est à la Révolution française que revient en quelque sorte l'honneur de l'avoir mise en évidence en la faisant passer dans l'ordre des faits; c'est depuis lors seulement qu'elle a pu devenir populaire parmi les philosophes et les historiens. Telles sont les idées que développe Ali • chelet au sujet de Vico, d'accord, en ce point, avec M. Baudrillart, qui a dit : « L'Allemagne et la France donnèrent droit de cité à cet exilé du xviie siècle et se partagèrent les dépouilles de son génie. Vico, esprit cosmopolite, trouva des disciples dans plusieurs nations au moment où elles se rapprochaient après de longs combats, et où l'esprit humain, par un naturel échange d'idées, s'élevait à une plus pleine conscience de son unité.»
Ballanche, qui prêta aux idées de Vico le charme d'une poétique allégorie; Cousin, qui consacra une de ses savantes leçons à leur exposition, reconnurent avec Michelet, traducteur de la Science nouvelle, que Vico, assignant à la vérité le double critérium du sens individuel et du sens commun, se trouvait dès lors dans une route à part. Mais ce que Michelet a beaucoup mieux fait ressortir que tous ceux qui ont étudié la doctrine de Vico, c'est ce double caractère qui la distingue : la croyance en la perfectibilité humaine, au progrès, et une torce particulière qui tire, pour ainsi dire, tout d'elle-même. En cela réside l'originalité de Vico, et celle de Michelet consiste à l'avoir découverte et démontrée.
Vico et l'Italie, étude par Joseph Ferrari (1839). Tout le monde sait avec quelle habileté Sainte-Beuve usait du procédé qui consiste à expliquer les œuvres d'un homme par sa vie et réciproquement sa vie par ses œuvres. C'est une bonne méthode pour bien connaître un écrivain; c'est celle qu'a employée M. Ferrari dans son étude sur Vico. En parcourant la Science nouvelle on éprouve un double sentiment d'admiration et de peine. On est fasciné par la nouveauté et la hardiesse des principes et l'on est affligé par d'étranges aberrations. Ce sont ces contradictions dont M. Ferrari a entrepris l'histoire.
En général, il est difficile de pénétrer l'histoire des idées dès grands hommes, car le génie se confond si bien avec l'histoire de l'humanité qu'on finit par oublier son individualité. Mais la marche de Vico a été lente et pénible; il a réorganisé à plusieurs reprises ses idées pour les asseoir sur de nouvelles bases ; il s'est élevé tout seul par ses propres forces et, en arrivant à une hautaur exceptionnelle , il s'est trouvé absolument isolé parmi ses contemporains. Ses ouvrages présentent les divers états par lesquels a passé successivement son intelligence. La Science nouvelle n'est qu'un dernier résultat; isolement considérée, elle semble parfois incompréhensible; si on la sépare de ses antécédents, elle fait l'effet d'une anomalie obscure dans l'histoire de l'esprit humain.
Le but de l'ouvrage de M. Ferrari est de rendre claire à tous la Science nouvelle en nous la montrant naissante en son temps et dans son milieu. Pour le faire, il a divise son étude en trois parties historiques. Voici le plan qu'il a suivi :
îo Tout génie représente son époque; cependant il y a des anachronismes quand toutes les nations ne sont pas au même niveau et quand il se rencontre des masses arriérées qui ne peuvent pas oublier la grandeur d'une époque précédente. C'est ce qui
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a lieu pour Vico. Si on veut bien le comprendre, il faut interroger les traditions de son pays et remonter jusqu'au XVie siècle, puisque la Science nouvelle puise sa sève et sa vie parmi les contemporains de Machiavel. L'Italie, depuis le xvr* siècle, est, uû pays d'exception; elle s'est modernisée en même temps qu'elle tombait en décadence et réunissait un reste de traditions nationales à l'influence étrangère, à la force des municipes. Pour se rendre compte d'une individualité comme celle de Vico, il faut pénétrer dans le travail et la complication des idées nationales, municipales et étrangères; c'est de là que sortent la grandeur exceptionnelle de quelques Italiens après le siècle de Léon Xet ces aberrations étonnantes imposées par la fausse logique d'une nationalité vieillie.
2u L'histoire de Vico, une fois placée au milieu des traditions italiennes, se réduit à l'examen de la série de problèmes qu'il s'est posés. • Mais, se demande M. Ferrari, les a-t-il indiqués? Presque jamais. Où faut-il les prendre? Dans ses ouvrages. ■ II les rapproche effectivement les uns des autres, en fait remarquer les différences, démêle les problèmes et les transitions qu'elles impliquent et déroule toute cette succession d'idées interverties, intercalées ou effacées par les inversions synthétiques et par l'ordre démonstratif des livres de Vico. C'est un rude travail, car aussitôt que Vico a trouvé la so-. lution d'un problème il se hâte d'effacer les traces de sa recherche et incorpore immédiatement la solution à l'ensemble de ses doctrines. Il a fallu que M. Ferrari recherchât dans une note , dans quelques mots échappés à la plume de Vico, les doutes, les difficultés qui l'ont inquiété pendant trente ans. Néanmoins les données de l'illustre philosophe sont si bornées, sa situation si exceptionnelle, ses progrès si variés, sa logique si fine que M. Ferruii a pu entrevoir, malgré ses synthèses, la route qu'il a suivie pour arriver à la Science nouvelle.
Vico; dira-t-on, avait écrit une autobiographie dans l'intention d'expliquer l'histoire de ses conceptions. C'est vrai, mais elle a manqué son but, car elle s'arrête précisément où elle aurait dû commencer, c'est-àdire où commencent ses innovations; d'ailleurs elle se borne au récit de ses lectures, récit tout à fait inutile parce qu'on n'avait pas besoin de l'aveu de Vico pour savoir qu'il avait lu Grotius et qu'il venait après Bacon. En outre, il juge toujours ses lectures d'après le système qu'il n'avait pas conçu encore lorsqu'il les fit, et il ne cite même pas Leibniz , qui lui a donné le véritable point de départ de la Science nouvelle.
30 M. Ferrari ne s'est pas lancé dans une critique directe et minutieuse des idées de Vico, il a préféré faire ressortir ses qualités et ses défauts de sou histoire même. Quand on verra qu'il a nié le sens littéral de VIliade et de l'Odyssée pour y trouver les origines de Rome, on saura à quoi s'en tenir sur la plus grande partie de ses recherchesconeernant Homère; quand on saura que^ l'histoire idéale n'est que la généralisation d'une foule de faux rapprochements pour réduire la Grèce au type de l'histoire romaine, on lui assignera sa véritable place parmi les théories des écoles modernes.
VICO (François de), astronome italien, né à Macerata en 1805, mort en 1848. Issu d'une ancienne famille comtale, il lit ses études au collège des nobles à Urbin, puis à la congrégation des Scotopi à Sienne, et entra, en 1823, dans l'ordre des jésuites. Après avoir été professeur au collège de cet ordre à Rome, il fut, en 1835, adjoint au directeur de l'observatoire de cette ville et charge do calculer l'époque de l'apparition de la comète de Halley. Le jeune astronome eut la satisfaction u'observer le'premier la comète le 5 août 1835. Nommé peu après directeur de l'observatoire, il entreprit une longue série d'observations dans le but de rectifier i'erreur que l'on supposait exister dans la latitude de Rome. Ces observations, dont le nomuro s'éleva à 8,000, furent couronnées de succès et amenèrent la correction d'une erreur de deux secondes dans la latitude adoptée. De Vico entreprit ensuite, de concert avec les astronomes de Puris et de Naples, des observations analogues concernant la longitude de la même ville, puis, à peu de temps de là, à la requête de Schumacher d'Altona, de nouvelles observations sur la planète de Vénus. Le succès qu'il obtint en cette circonstance contribua encore plus que ses précédents travaux à établir sa réputation parmi les astronomes de l'-Europe, réputation que vinrent encore augmenter ses travaux sur les satellites de Saturne, sur l'anneau intérieur de cette planète, et ses mémoires détaillés sur les nébuleuses, dont on s'occupait beaucoup alors. Mais de Vico est peut-être encore plus connu par ses nombreuses et heureuses découvertes dans le système planétaire, dont il s'occupa presque exclusivement dans les dernières années de sa carrière. De 1844 à" 1847, il ne découvrit pas moins de huit de ces corps mystérieux, et pour sept d'entre eux l'honneur de lu priorité lui appartient incontestablement; le huitième avait été observé, deux jours seulement avant lui, par un autre astronome. Il venait d'entreprendre la construction de car-
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tes astronomiques sur un plan nouveau et corsidérablementugrandi, lorsqu'il fut chassé de Rome avec les autres membres de son ordre, pur lu révolution île 1848, Après avoir vécu quelque temps en France et en Angleterre, il su disposait à partir pour l'Amérique lorsque la mort le .surprit. L'Académie des sciences de Paris lui avait dérernë, en 1S44, le prix d'astronomie. Outre un grand nombre de mémoires insérés dans la Raccolta scientificUyiiont il avait été le principal fondateur et qui se publie encore aujourd'hui sous un autre titre, ainsi que dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, on a de lui : Nouvelle comète à courte période ou Mémoire sur les perturbations occasionnées pur l'action de Jupiter sur une comète parue en 1819 et crue identique à celle observée en 1741 (Rome, 1830, in-4°) : Observalions faites à l'observatoire de l'université grégorienne, en cahiers publiés de 1838 à
V1COA s. f. (vi-ko-a — de Vico , historien italien). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des astérées, comprenant quatre espèces , qui croissent dans l'Inde.
VIGOGNE s. f. (vi-ko-gne ; pu mil.). Mamm. Syn. de vigogne.
V1COMABINO, bourg du royaume d'Italie, province et district de Plaisance, mandement de borgouovo ; 4,800 hab.
V1COMTAGE s. m. '(vi-kon-ta-je^-rad.
vicomte). Féod. Droit spécial qu on payait aux. \icomles.
VICOMTAL, ALE adj. ( vi-kon-tal , a-le — rad. vicomte). Qui a rapport, qui appartient à un vicomte ou à une vicomte : Dignité VICOMTALE. Droits V1C0MTAUX..
VICOMTE s. m. (vi-kon-te — abrév. de vice et de comte). Féod. Seigneur d'une terre ayant titre de vicomte.
— Titre de noblesse immédiatement inférieur à celui de comte : Le vicomtb de Cliaieaubriand.
— Hist. Nom donné dans quelques provinces, et surtout en Normandie, au prévôt royal, sorte d'officier justicier.
— Encycl. Le titre de vicomte désignait primitivement le lieutenant ou remplaçant du comte.
Le tenue vicomte ne commença à être en usage que sous le règne de Louis le Débonnaire. Ou n'est pas bien d'accord sur les attributs du noble qui en était revêtu. On sait seulement que les premiers comtes de la féodalité avaient sous leurs ordres des comtes inférieurs auxquels on donna dans la suite le nom de vicomtes. Dans quelques provinces, les vicomtes n'étaient que des viguiers, des châtelains ou de simples lieutenaiits.ltieu n'était plus arbitraire que la manière dont était concédé ce titre. On donnait en général le nom vice-comte à celui qui tenait dans les villes la place du comte ; alors Ces sortes de représentants étaient beaucoup plus considérés que les autres viguiers ou prévôts. En 813, ce titre commence à être porte dans la personne de Cixbane, vicomte de Narbonjie, qui, jusque-lk ne prenait que le litre de viiiaine, vice dominus. En 888, il est question de Fuloheiiua, vicomte de Limoges. Depuis cette époque, le nom de vidarae fut abandonné peu a peu et ne fut plus guère conservé par quelques seigneurs que par ostentation, pour se distinguer et montrer que leur nobfesse était des plus anciennes.
De ces vicomtes; les uns étaient nommés par le roi même, les autres par les ducs ou les comtes. Lorsque ces derniers les établissaient les vicomtes prenaient plus particulièrement le nom de missi comitum et quelquefois de minislri comitum, quelques écrivains ont cru trouver leur origine dans les vicarii comitum mentionnés par Churlemagne.
Les fonctions du vicomte, aussi bien que celles du comte, étaient à la fois civiles et militaires. Ils jugeaient les affaires les moins ■ importantes, veillaient aux travaux publics et faisaient la recette du domaine.
Vers la lin de la deuxième race et au commencement de la troisième , les vicomtes, imitant l'exemple de leurs supérieurs féodaux, rendirent leur titre héréditaire etleurs ofiiees furent inféodés.
Sous la troisième race, les comtes do Paris avaient à leurs ordres des vicomtes auxquels ils abandonnaient le ressort de ia justice dévolu auparavant à la prévôté.
Dans quelques lieux, les vicomtes devinrent'si puissants qu'ils se rendaient redoutables aux comtes mêmes et se révoltaient contre leur autorité. C'est ainsi que la famille des Galeazzi, a qui leur qualité de »tcomtes de Milan fit donner le surnom de Visconti, s'empara de la souveraineté de cette ville.
Quelques vicomtes français se rendirent indépendants; tels furent les vicomtes de Turenne, qui conservèrent presque tous les droits règuliens jusqu'au milieu du siècle dernier, et les vicomtes de Cologne en Berry, qui n'ont été réduits a, l'obéissance qu'en
11 y avait des vicomtes très-importantes; nous citerons celles du Mans ou de Beaumont, de Poitiers ou de Thouars (plus tard duché), d'Uzès, de Poliguac, de Combor, de
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Rohan, de Léon (Bretagne), de Narbonne, de Béziers, de Châteaudun, etc.
Au xive siècle, on appelait vicomte des aides un officier qui faisait la recette des aides, et vicomte du domaine, celui qui faisait la recette du domaine.
Le vicomte de l'eau était un juge établi à Rouen, qui avait juridiction sur la Seine et sur les marchandises apportées par ce fleuve. Les coutumes de la vicomte de l'eau de la ville de Rouen sont un des plus anciens règlements pour la navigation fluviale.
Le vicomte extraordinaire était commis extraordinaireinent pour la recette du domaine ou des aides.
Le vicomte fermier tenait à ferme la recette de quelque vicomte.
Le vicomte du domaine recevait le surnom de vicomte ordinaire et percevait les recettes ordinaires.
Tous les vicomtes dont nous venons d'énumérer les titres et les fonctions étaient appelés les vicomtes n-ceveurs, pour les distinguer des vicomtes féodaux et militaires.
L'établissement des sénéchaux et des baillis royaux réduisit à rien ou à fort peu de chose les fonctions attribuées aux offices des vicomtes inféodées. Les vicomtes ne conservèrent guère que leur titre, quelques préséances, peu de prérogatives.
Au siècle dernier, les vicomtes n'étaient plus que des seigneurs dont les terres avaient le titre de vicomte. Leur dignité venait après celle de comte et avant celle de baron.
En Normandie , les vicomtes étaient des juges subordonnés aux baillis. Dansquelques villes de ce pays, l'office de maire était réuni à celuh de vicomte, comme à Falaise et à Bayeux.
En Artois, en Flandre, en Ponthieu et dans quelques autres pays voisins, on appelait vicomtes ou seigneurs vicomtiers ceux qui avaient moyenne justice. La coutume d'Artois a traité de tout ce qui est relatif a leur compétence.
L'extinction du système féodal fit du titre de vicomte, comme de tous les autres, un simple titre nobiliaire.
Vicomte de Dealer» (le), roman de Frédéric Soulié (1834, 2 vol. in-8<>). Cet ouvrage offre un excellent tableau du Midi à l'époque de la guerre des albigeois. On sait que les deux héros de cette guerre sanglante furent Roger, vicomte de Béziers, et Simon de Montfort, tous deux vaillants guerriers; l'un plein d'un mépris hautain pour ses ennemis et d'ardeur pour la cause qu'il défendait, l'autre instrument aveugle de l'Eglise, fanatique jusqu'à la cruauté et, par-dessus tout, ambitieux d'honneurs et de biens. Eu retraçant la vie du vicomte de Béziers, Frédéric Soulié a suivi la marche historique des événements. Tout d'abord , il nous montre ce seigneur jeune, vaillant, insouciant de ses intérêts, irrité des envahissements de l'autorité du saint-siége et résolu à dévoiler les intentions perfides de l'Eglise. 11 se rend, à'eet effet, à Montpellier, où il convoque tous les seigneurs du Languedoc, leur expose ses griefs et les engage à secouer le joug. Déjà ses paroles mâles et aères ont fait éclater des murmures approbateurs dans l'assemb'ee, lorsque tout à coup un moine se lève, formule une accusation de sacrilège contre le fougueux vicomte et prononce contre lui une sentence d'excommunication. Roger, d'abord victorieux, se voit abandonné immédiatement de la plupart des seigneurs ses voisins. Livré ainsi tout d'abord à ses propres forces et à celle du routier Buat, il accepte la guerre qui doit causer sa perte. L'auteur nous fait assister au sac de Béziers, à la prise de Carcassonne, qui devint le tombeau du courageux vicomte. La trahison qui livra Roger à sou ennemi était machinée de longue main. La sollicitude de FoË, jeune esclave africaine, une des maltresses de Roger, ia découvre. Pour sauver le vicomte, elle court révéler le complot à Agnès, la femme de Roger, et à Catherine Rebuffe, une jeune et jolie bourgeoise de Montpellier qu'il a séduite. Rien n'est plus touchant que le dévouement de ces trois femmes, oubliant tout à coup leur rivulité pour ne songer qu'au salut du vicomte, renfermé dans Béziers, cerné de toutes parts. Rien n'est plus dramatique et plus saisissant que la marche de la vicomtesse et de la jeune bourgeoise vers la ville assiégée, leur entrée la nuit dans Béziers saccagé et désert, leur visite à l'église remplie de cadavres. On connaît la tradition historique de la mort de Roger. Simon de Montfort fut soupçonné de l'avoir empoisonné pour être envoyé en possession de ses biens. Dans le roman de Frédéric Soulié, le vicomte est retenu captif sous la surveillance du juif Raymond, buat est sur le point de sauver sou frère et Agnès, qui a voulu partager la prison de son mari. De son côté, Foe est parvenue a. endormir la vigilance du gardien, qui l'obsède, en feignant de céder à ses infâmes désirs; mais Kaeb, jeune esclave noir au service de Roger, épris d'amour pour Foé, juge le moment favorable à l'exécution d'uue vengeance depuis longtemps méditée : Foë et Raymond tombent sous ses coups, et le vicomte, qui allait être libre, meurt empoisonné par son esclave.
Le Vicomte de Béziers est un des romans historiques les plus intéressants de la littérature française. Semé çk et là de larges aper-
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çus, de riches peintures soutenues par un style plein d'éclat, il offre, de plus, le rare mérite de s'éloigner très-peu, et seulement dans les détails, de lu vérité et de la tradition.
Vicomte de Briigi-lonno (le), roman d'Alexandre Dumas (lsso, ?6 vol. in-8°). C'est la suite des Trois mousquetaires et de Vingt ans après, le dénomment de l'épopée des mousquetaires. Nous n'analyserons pas en détail cette dernière partie d un drame émouvant; un aperçu rapide suffira pour en faire deviner tout l'intérêt. Raoul de Bragelonne, le fils d'Athos, est, ou plutôt devrait être, si l'on s'en rapportait au titre, le héros de ce roman ; mais le pauvre jeune homme se trouve un peu perdu au milieu d'une multitude d'acteurs plus importants. Son histoire est bien simple. Elevé avec MU" de La Vallière, il lui a voué un de ces amours .qui ne s'arrachent du cœur qu'avec la vie. Tandis qu'il suit les princes aux armées pour faire ses preuves, Mlle de La Vullière devient la maîtresse du roi. Raoul ne veut pas sui vivre à la perte de Son bonheur et au déshonneur de sa fiancée; mais, trop noble pour mettre lui-même fin à ses jours, il va se faire tuer héroïquement, les armes à la main, par les Arabes. Quelle place pouvait tenir cette histoire d'amour dans ce drame militaire dont les incidents sont la restauration des Stuarts, la chute de Fouquet et la substitution momentanée sur le trône de France de l'Homme au masque de fer , le fière jumeau de Louis XIV, au roi-soleil? Entraîné par l'importance des événements, l'auteur a fait des épisodes le sujet lui-même, et du sujet, la passion de Raoul pour MllB de La Vallière, un simple épisode. Le héros du Vicomte de Bragelonne est toujours , comme dans les deux premières parties de cette trilogie historique, d'Artognan, aussi terrible sur le terrain de la diplomatie que sur le champ de bataille. Il a conservé son franc parle* avec les têtes couronnées, et le roman est rempli de ses scènes avec le roi, dans lesquelles Louis XIV tantôt l'insulte presque, tantôt le caresse. On croirait assister aux brouilles et aux raccommodements d'une coquette avec son amant. La répétition de ces scènes finit par les rendre monotones, en dépit de l'incomparable talent de l'auteur pour le dialogue, sans compter que jamais le roi-soleil n'eût supporté les mercuriales périodiques et peu mesurées da son capitaine des mousquetaires; puis, il est difficile de concilier avec la sévérité de principes de notre Gascon en présence du roi la complaisance avec laquelle il le sert dans sa passion pour Mlle de La Vallière, passion qui, d'Artagnan ne l'ignore pas, fait le désespoir du fils de l'homme qu'il estime et qu'il aime le plus au inonde. Un mérite incontestable, d'ailleurs, c'est le tact avec lequel Alexandre Dumas a su nous intéresser à M"e de La Vallière, malgré sa trahison envers Raoul. L'amour ne se commande pas, et c'est l'amour, et non l'ambition, qui la jette dans les bras du roi.
On sait presque gré à l'histoire des nombreux faux pas qu'elle fait en compagnie du romancier, car sa démarche n'en est que plus gracieuse; comme M1^ de La Vallière, elle anon air en boitant quelque peu. Si Monck n'a pas fait le voyage de France dans une cage a poules, il n'en est pas moins vrai que, malgré tous nos traités d'alliance, il n'est pas un lecteur français qui n'ait éprouvé une vive satisfaction au récit de Ce nouveau mode d'importation anglaise. L'épisode un peu risqué de la substitution du Masque de fer à Louis XIV, tout invraisemblable qu'il paraît, est un des plus intéressants de l'ouvrage, et l'auteur l'a raconté avec tant de naturel et de verve, qu'on est presque tenté de consulter Henri Martin pour s'assurer qu'on n'a pas oublié son histoire.
Alexandre Dumas s'est tiré avec honneur de la difficulté principale de son ouvrage, celle de donner à ses héros une mort digne d'eux et qui fût à la hauteur des exploits merveilleux qu'on les n vus accomplir. Athos, ce type du gentilhomme parfait, qui vivait surtout pur le cœur, meurt aussi par le cœur; c'est son amour pour sou fils qui le couche dans la tombe à ses côtés. D'Artagnan périt de la plus belle mort pour un soldat, sur le champ de bataille, dans l'enivrement de la victoire. Porthos succombe à la suite d'exploits fabuleux, dont le récit semble un chaut d'Homère et rappelle les prodiges de force du paladin Roland pendant su démence. Aramis est le plus malheureux, et c'est justice. C'est le seul qui, cmns ce quatuor d'amis, apportait plus de calcul que de dévouement; il a la douleur de survivre aux compagnons de sa jeunesse. Cet égoïste ambilieux, qui jadis avait voulu croiser le fer contre d'Artagnan, se déclarant insulté par l'épitliète de jésuite, a brigué et obtenu le titre de général de cet ordre si malheureusement célèbre. Comme dernière expiation de sa vie astucieuse, c'est au service de l'Espagne, et non de la France, qu'il terminera sa carrière. 4
Nous n'insisterons pas sur le côté historique de ce roman; les faits du commencement du règne de Louis XIV et le caractère de ce monarque sont assez connus pour nous dis-
fienser de commentaires. Quant au mérite ittéraire de l'ouvrage, il est incontestable. Le récit est toujours vif, animé, dramatique, le dialogue saisissant de naturel et pétillant d'esprit ; mais la composition est vicieuse. Les