‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 688 sur 1042 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

Il Personne qui succombe; personne qui subit les conséquences d'un acte , d'un fait, d'un accident : Etre victime de son dévouement, de son imprudence. Le choléra a fait de nombreuses victimes. Les peuples sont ordinairement victimes de l'ambition des grands. (Mass.) Chez les femmes, la vanité fait plus de victimes que l'amour. (L'abbé Bautain.)

De son propre artifice on est souvent victime. C. d'Harleville.

— Antiq. rom. Victime artificielle, Figure de pâte cuite, représentant un animal, que l'on offrait aux dieux à défaut d'autres victimes-

— Relig. cath. Nom donné à Jésus-Christ, & cause du sacrifice de Ja croix : La victime sainte. La victime salutaire. La victime offerte pour le salut des hommes. || Se dit aussi de Jésus-Christ offert, sous les espèces du pain et du vin, dans le sacrifice de la messe : Offrir la victime jio;i sanglante.

— Hist. Bal des victimes, Bal royaliste où l'on n'admettait que ceux qui avaient eu dans leur famille au moins une victime pendant la Terreur :

... La charité dansante, avare de centimes, Aurait prodigué l'or à ce bal des victimes.

HÉOÉSIPPE MûREAU.

— Hist. relig. Société des victimes. Congrégation de femmes, fondée au siècle dernier.

— Modes, Cheveux à la victime, Costume à la victime, Coiffure, vêtements qui rappelaient la toilette des condamnés et qui furent adoptés dans quelques saions après le 9 thermidor.

— Art culin. Côtelette à la victime, Côtelette cuite entre deux autres côtelettes, que l'on sacrifie en les exposant seules au feu, tandis que celle du milieu reçoit leur jus.

— Encycl. Hist. relig. Toutes les religions antiques ont répandu le sang sur les autels de leurs dieux. Les Egyptiens, les Phéniciens, les Carthaginois , les Pélasges, les Grecs, les Romains, les Germains, les Gaulois, etc., ont pendant longtemps sacrifié des victimes humaines. Quelques passages de la Bible donnent même lieu de penser que cette coutume barbare n'était pas inconnue des Hébreux. Plus tard, quand les sacrifices ordinaires se firent avec des animaux, elle ne disparut pas absolument chez tous ces peuples et elle reparaissait dans des moments de péril ou de calamités. On en pourrait citer de nombreux exemples, notamment en Grèce et en Italie. On ne sacrifiait pas indistinctement les mêmes animaux à tous les dieux. Chez les Grecs et chez les Romains, les animaux le plus ordinairement consacrés étaient le taureau, la vache, la génisse, la brebis, le cochonnet, la chèvre, la poule, l'oie, le coq, ete. A Lacédemone et à Athènes, on immolait un grand nombre de cochons. Les dieux du ciel et de l'air ne recevaient que des victimes blanches, et on prenait soin de blanchir avec de la craie celles qui ne l'étaient pas entièrement. Les victimes destinées aux dieux de la tetfre et de la mer étaient tantôt blanches et tantôt noires, ou même bigarrées de blanc et de noir. Celles qu'on offrait aux divinités infernales étaient noires; on ne dressait point d'autel pour les y déposer après leur immolation; on creusait dans la terre un trou qu'on arrosait de leur sang et dans lequel on les jetait en les couvrant de terre. Les victimes mâles étaient offertes aux dieux ; les femelles étaient réservées pour les déesses. Les pauvres qui ne pouvaient sacrifier d'animaux véritables en faisaient de cire, de pâte ou de toute autre matière analogue.

Chez les Hébreux, les victimes des sacrifices sanglants ne pouvaient être choisies que dans quatre espèces d'animaux domestiques, savoir : le mouton, l'espèce bovine, la chèvre et la colombe. Quelle était la pensée qui avait guidé Moïse dans ce choix? Voulait-il choisir les animaux qu'il était le plus facile de se procurer ou bien avait-il eu l'intention de désigner ainsi pour l'autel de Jèhovah les animaux auxquels les Egyptiens rendaient un culte ? Il serait difficile delà dire.

A mesure que la mort de Jésus fut considérée dans l'Eglise comme un sacrifice, on prit l'habitude de le regarder lui-même comme la suprême victime. Il serait intéressant de rechercher combien ce mot, primitivement entendu dans un sens allégorique, eut d'influence sur la théologie chrétienne. On n'aurait pas de peine à établir que le dogme de la satisfaction de saint Anselme n'est pas autre chose que la reproduction de la théorie des sacrifices sanglants. Seulcmcnt,conime la victime est cette fois d'un prix infini, le sacrifice est consommé une fois pour toutes, d'après l'orthodoxie protestante ; d'après l'Eglise catholique, au contraire, il doit être reuuuvelé to:.:s les jours.

VICT

— Société des victimes. Cette sorte de société secrète fut fondée par une religieuse hystérique nommée Catherine de Bar , ou plutôt Amélie Brohon, qui était née en Lorraine vers 1740. Ces religieuses, qui se disaient victimes en réparation des outrages faits à Jésus-Christ dans l'eacharistie, se soumettaient chaque jour à des pénitences qui méritent plutôt le nom de grimaces. Chaque jour, l'une des religieuses entrait en retraite et avait pour office, depuis le matin jusqu'à vêpres, d'être la victime réparatrice. Quand les sœurs se rendaient au réfectoire, la réparatrice les suivait la dernière, ayant une corde au cou et une torche à la main, et, dès que toutes les autres étaient assises, elle leur rappelait qu'elle était la victime. Cela dit, elle s'inclinait et retournait gravement au chœur, où elle demeurait pendant tout le dîner ; elle y restait jusqu'après vêpres, comme une brebis destinée au sacrifice. Toutes les soeurs remplissaient ce rôle chacune à son tour.

La fondatrice de cette société, Amélie Brohon, était une espèce de folle que ses exaltations livraient à des crises horribles. Elle avait commencé, avant d'être religieuse, par travailler à des romans. Elle mourut en 1778, âgée à peine de quarante ans. Cette illuminée eut beaucoup d'admirateurs de sa

fiersonne et de ses ouvrages. Citons parmi es romans dus à sa plume les Réflexions édifiantes et le Manuel des victimes de Jésus- Christ ou Extrait des instructions que le Seigneur a données à sa première victime. Tous ses écrits décèlent une sorte de talent, le style en est assez pur; mais ce sont des romans, où l'auteur donne pour des réalités les chimères de son imagination délirante.

Dans une lettre à Louis XV, alors malade, Amélie Brohon fait intervenir le Tout-Puissant, qui demande au roi Madame Victoire, sa fille, pour être une des victimes.

En 1792 fut imprimée une consultation de

Plusieurs docteurs et professeurs de Soronne sur les deux ouvrages mentionnés plus haut, Instructions édifiantes et Réflexions édifiantes, etc. Cette consultation reproche à l'auteur des idées charnelles, des peintures libres capables de souiller l'imagination, des visions extatiques, enfin des extravagances à côté de choses qui ne manquent pas de sens. Le clergé n'est pas épargné dans les écrits d'Amélie Brohon.

— Bal des victimes. V. bal (t. II, p. 77-78). Victime» d'amour (les) , roman en trois

parties, par M. Hector Malot (1864, 3 vol. in-18). L'auteur a parfaitement compris son époque, les conteurs ont fait leur temps; en vain la littérature malsaine, qui va demander ses inspirations à l'argot des bagnes, a essayé de réussir ; les analystes sont arrivés et n'ont eu qu'à se montrer pour la supplanter. « Le romancier analyste, dit M. Emile Zola, passe le tablier blanc de l'anatomiste et dissèque fibre par fibre la bête humaine vivante. Ce'ne sont pas les organes morts qu'interroge le savant, c'est la vie elle-même, c'est l'âme et la chair dans leur activité. Debout et attentif, le romancier analyse et note les plus minces détails. 11 se produit sous ses yeux une suite de faits qu'il enregistre successivement aveesoin ; peuàpeu, l'observateur réunit un ensemble considérable de petites remarques indépendantes les unes des autres. Cet ensemble est le procès-verbal même de la vie ; il contient tout un traité de psychologie et de physiologie expérimentales. ' Telle a été la méthode adoptée par M. Hector Malot ; il a placé un être faible et passionné, lâche et aimant au beau milieu de la société contemporaine, et a dressé en toute conscience le procès-verbal des phénomènes qu'il a observés dans cet être, en le considérant successivement comme amant, comme mari et comme père. Il a donné au début de la vie une maîtresse blasée à cet homme. Au sortir des bras de cette femme, il l'a jeté dans ceux d'une jeune fille simple et douce. Lorsque, n'ayant plus ni sang ni cœur, il a pesé sur les êtres qui l'entourent du poids de son égoïsme et de sa lâcheté, il apparaît avili et infâme en face de ses enfants. Tels sont les trois actes de ce sombre drame : l'Amant, les Epoux, les Enfants.

Maurice Berthauld est un de ces artistes que notre civilisation a gâtés et qui sont poussés fatalement à mettre dans leur vie les pussions violentes, les caprices et le désordre luxueux qu'ils devraient garder pour leurs œuvres. A vingt ans, c'est une âme exquise, pleine de tendresse et de générosité. Musicien, il vient à Paris pour échanger contre l'or et la renommée les mélodies qu'il entend chanter en lui-même. Mais le malheur le jette sur les pas de Marguerite, et l'amour de cette femme, déjà vieillie dans la volupté, s'empare de tout son être et détermine en lui une terrible crise nerveuse et sensuelle. Marguerite le laisse anéanti, brisé avant de l'avoir rassasié. C'est alors qu'il se repose dans la tendresse calme d'Armande, qu'il se rafraîchit au contact de cette pure enfant. Il l'épouse calme, confiant, ne sentant pas que sa blessure est incurable. Il est frappé d'éternelle impuissance et d'éternelle misère ; telle est la triste conclusion de sou rôle d'amant 1

Comme époux, nous voyons le misérable Berthauld se laissant de nouveau envahir par la passion. La lune de miel est d'ui.o

VICT

douceur indicible, mais c'est de la, tendresse simple et naturelle ; ce n'est pas cette volupté cuisante que demandent les nerfs de Maurice. Il délaisse' sa femme. La lâcheté et l'infamie s'en mêlent. Ses instincts brutaux se sont réveillés et dominent tout son être; entraîné par eux, il tombe, il roule, il écrase Armande dans sa chute. Ce n'est plus l'artiste inspiré du début; c'est un malheureux pilier de café qui boit pour oublier son abaissement. Il découvre le secret de s'avilir encore; un jour, il vole l'argent que sa femme a gagné en passant les nuits au travail et court le prodiguer en Italie à des filles perdues. L'époux finit d'une manière encore plus déplorable que l'amant.

Bourreau de sa femme, il va devenir le bourreau de ses enfants. A la suite d'une aventure erotique, il a fait courir à Naples le bruit de son suicide. Armande épouse avec les seules cérémonies de l'Eglise, faute de constatation légale du décès de Berthauld, Martel, un des anciens amis de son mari, un peintre aussi, mais dont l'âme loyale, tendre et forte contraste avec la bassesse, l'égoïsme et la faiblesse de Maurice. Déjà mère d'une petite fille, Armande donne encore le jour à un garçon. Au milieu de son bonheur se dresse un spectre, Maurice reparaît. Il a roulé dans toutes les fanges, bu toute honte et toute infamie; il est mûr pour le scandale et les calculs crapuleux. La passion, l'exaltation maladive des facultés aimantes ont insensiblement conduit cette nature jadis délicate à spéculer sur la femme qu'il a déjà brisée. Il attaque Armande en adultère, ne pouvant l'attaquer en bigamie ; il fait du chantage. Pour voler un héritage placé sur la tête de sa fille, il ne se contente pas de réclamer son enfant; il vole judiciairement l'enfant de Martel. Ce dernier provoque Berthauld, qui le tue en duel. Maurice achève son œuvre de désolation, et, consumé par l'ivresse, brisé par les émotions de sa vie, il meurt au milieu d'une crise nerveuse.

Telle est la sombre tragédie déroulée sous nos yeux par M. Hector Malot, un fils indépendant de Balzac, et dont on peut dire, comme le disait M. H. Taine des romans de son chef d'école : < C'est un grand magasin de documents sur la nature humaine. » C'est une œuvre d'une vérité saisissante, un côté de la nature artistement photographié avec des couleurs nettes et sobres, comme le comportait le sujet, sans que l'élégance y perde un seul de ses droits. Ce n'est pas un roman banal; il y a au fond une idée bien conçue, bien suivie, bien développée, bien conclue. Rien de trop, rien de trop peu ; c'est la juste mesure du talent maître rie lui-même.

VICTIMER v. a. ou tr. (vi-kti-mé — rad. victime). Néol. Rendre victime : La superstition et le philosophisme sont dangereux, et pour ceux qu'ils victiment, et pour ceux qu'ils égarent. (Boiste.)

— Par ext. Railler, persifler : On l'k victime pendant toute la soirée.

V1CT1S HONOS I (Honneur aux vaincus!), Mot dont se sert familièrement le joueur qui vient de gagner une partie, pour inviter son adversaire à jouer le premier coup de la revanche : A vous de commencer; victis honos I Il ne s'emploie pas toujours familièrement. Napoléon 1er, rencontrant un détachement de prisonniers autrichiens, s'arrêta, se découvrit et prononça ces paroles : * Honneur au courage malheureux 1 »

« Si, pour assurer le triomphe d'une politique, il suffisait de la défendre avec l'éclat d'un grand talent, M. de La Guéronnière aurait raison de ne pas désespérer de ce qu'il soutient avec une persévérance qui mérite qu'on tire son chapeau devant elle et qu'on la salue en disant : Victis honos! Mais, et c'est fâcheux pour le journal la France, il n'en est pas ainsi. »

E. DE GlRARDIN.

VICTOIRE s. f. (vi-ktoi-re — lat. Victoria; de ui'cfor, vainqueur, formé du verbe vincere, vaincre). Avantage, succès de celui qui bat ses ennemis dans un combat ou une bataille : Victoire éclatante. Victoire complète. Victoire sanglante. Remporter la victoire. Les victoires traînent toujours après elles autant de calamités pour un Etat que les plus sanglantes défaites. (La Bruy.) La victoire est toujours aux gros bataillons. (E. About.) Ah I que sont les grandeurs que la victoire enfante Près des fleurons divins du savoir et de l'art? A. Babbisr.

— Avantage obtenu après une luite avec quelqu'un : La victoire d'un joueur d'ëcliecs. Chaque progrès du crédit est une victoire

| remportée sur le despotisme. (Proudh.) Les | victoires sur l'opinion se gagnent comme la j victoires sur le champ de bataille, par l'éclair j de l'inspiration. (E. de Gir.) n Succès, résuî- I tat obtenu au prix de certains efforts : Il n'Q I a pas de vertu proprement dite sans victoire sur nous-mêmes. (J. de Maistre.) En amour, notre vanité dédaigne une victoire trop facile. (H. Beyle.)

— En poésie et dans 'e style soutenu, on personnifie la victoire : Enchainer la victoire. Héros conduit par la victoire.

— Chanter victoire, Se glorifier bruyamment d'un succès : Ne vous hâtez jamais de

CIIANTEK VICTOIRE.

VICT

— Argot. Chemise. En ce sens, ce mot est un nom propre et s'emploie sans article.

~y Hist. Messe de la Victoire, Messe fondée à perpétuité par les chanoines d'Auxerre, en mémoire de la bataille de Gravant, où les Anglais et les Bourguignons battirent les Français et les Ecossais. H Victoire des victoires, Grand succès remporté par les Arabes sur les Perses, près de Kadésiah, en 643.

— Hortic. Victoire de Maastricht, Variété d 'œillet.

— Encycl. Art milit. Une victoire est un avantage remporté à la guerre sur les ennemis, dans un combat général. Une escarmouche d'avant-postes ne donnerait pas le titre de victorieux au corps qui aurait repoussé, battu ou même anéanti son adversaire.

Il ne s'agit pas d'ailleurs de battre l'ennemi, de rechercher une vaine gloire que l'on vous contestera peut-être, carnousne^ommes plus au temps des Grecs, chez lesquels l'année qui redemandait ses morts s'avouait vaincue, tandis que l'autre avait le droit d'élever un trophée commémoratif pour perpétuer le souvenir d'une victoire reconnue incontestable. Ce n'est pas tout de vaincre, nous allions presque dire ce n'est rien ; il faut savoir profiter de la victoire. Les paroles de Maherbal à son chef, l'un de3 plus grands capitaines de l'antiquité et des temps modernes, à Annibal, qui ne marchait pas sur Rome après la bataille de Cannes : Vincere scis, Annibal, scd Victoria uti nescisl ces paroles renferment une maxime toujours bonne à appliquer. Gustave-Adolphe encourut ie même reproche qu'Annibal, après la bataille de Leipzig, pour n'avoir pas couru sur Vienne lorsque cette victoire avait jeté ses ennemis dans l'étonnement.

« Au reste, ce qui fait le prix et la gloire d'une victoire, ce sont les obstacles qu'il a fallu surmonter pour l'obtenir. « Ce ne sont » pas toujours, dit M. Defolard, les victoires » du plus grand éclat qui produisent les » grandes gloires et qui illustrent le plus la » réputation des grands capitaines, mais la » manière de vaincre, » c'est-k-dire l'art avec lequel on a fait combattre les troupes, le nombre et la valeur de celles de l'ennemi et les talents du général que l'on a vaincu. Lorsque la victoire n'est due qu'à la supériorité du nombre des troupes, à leur bravoure et au peu d'art et d'intelligence du général opposé, elle ne peut produire qu'une gloire médiocre :

A vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

Il faut donc que la. victoire, pour illustrer véritablement le général, soit attribuée à ses bonnes dispositions , à la science de ses manœuvres, à la manière dont il a su employer ses troupes, et que d'ailleurs il ait eu en tête un général habile, a peu près égal en force. » (Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers.) - -

L'amiral Coligny, le prince d'Orange, le roi d'Angleterre Guillaume III passent à juste titre pour d'habiles généraux, quoiqu'ils aient été toujours battus. Ainsi, c'est la manière de vaincre qui fait la victoire, et c'est aussi la façon dont on profite de cet avantage.

Nous n'entreprendrons pas ici de dire comment on gagne une victoire; la gagne qui peut, et souvent qui s'y attend le moins. Que celui qui veut en gagner lise les récits dus victoires des grands maîtres en cet art, mais qu'il tienne compte de la différence des temps et des armes. La victoire, comme l'occasion, sert ceux qui la prennent aux cheveux. Loin de nous pourtant l'idée de prétendre que les 1 meilleures combinaisons ne peuvent échouer et qu'une bataille déjà, perdue ne puisse quelquefois encore être gagnée. Nous ne rappellerons que deux combats, Murengo et Waterloo. Tout le monde connaît la folle confiance du vieux général Mêlas et la conduite héroïque de Desaix, qui trouva la mort dans le premier de ces combats, t Dans son empressement à annoncer une victoire qu'il regarde comme décidée, Méias retourne à Alexandrie bur les deux heures, laissant à ses lieutenants et à son chef d'état-major, le général Zach , le soin d'en recueillir les , Iruits A la vue des troupes pleines d'enthousiasme de Desuix, le consul change tout à coup de résolution et, comme le grand Condé à Nordlingue, entreprend de ressaisir la victoire; en un instant, les généraux Victor, Lannes et Monnier ont reçu l'ordre d'arrêter leur mouvement rétrograde et de tenir ferme dans leurs positions. Bonaparte, entouré de son état-major, parcourt rapidement le front des divisions et les excite au combat en leur disant : « C'est assez reculer, » leur dit-il; vous savez que je couche tou- » jours sur le champ de bataille. » Des cris d'approbation partent de tous les rangs et chacun se prépare à une nouvelle bataille. ■ (Roequancourt, Cours élémentaire d'art et d'histoire militaires.)

A Waterloo, Napoléon était sûr de la victoire. On sait le sort de cette journée, que l'auteur du 18 brumaire apprécie en ces termes : « Journée incompréhensible! concours do fatalités inouïes 1 Y a-t-il eu .trahison? N'y a-t-il eu que du malheur? Et pourtant tout co qui tenait à l'habileté a été accompli I Singulière campagne, où j'ai vu trois fois s'échapper de mes mains le triomphe

VICT

assuré de la France ! Sans la désertion d'un traître, j'anéantissais mes ennemis en ouvrant la campagne ; je les écrasais à Ligny si la gauche eut fait sou devoir, je les écrasais à Waterloo si ma droite ne m'eût manqué. Singulière défaite, où, malgré la plus horrible catastrophe, la gloire du vaincu n'a point souffert ni celle du vainqueur augmenté ! La mémoire de l'un survivra à sa destruction ; la mémoire de l'autre s'ensevelira peut-être dans son triomphe 1 »

Et cependant Bonaparte fut vaincu; ce qui semble établir que les plans les mieux conçus unisaun courage indomptable ne donnent pas toujours la victoire.

— Mythol. Les Grecs, et après eux les Romains, ont fait de la Victoire une divinité allégorique, fille de la Force et de la Valeur suivant les uns, de Pallas et de Styx suivant d'autres, au nombre desquels nous trouvons Hésiode en première ligne. Dans la guerre des Titans, elle se rangea du côté de Jupiter, qui, en récompense, lui donna une place dans l'Olympe. Elle eut un grand nombre d'autels en Grèce et en Italie ; à Athènes, elle était adorée dans l'Acropole; lorsque Sylla, victorieux de tous ses ennemis, rentra triomphant dans Rome, il lui éleva un temple et établit des jeux publics en son honneur. Elle avait également sa statue dans la curie où s'assemblait, le sénat, au Capitole. Enlevée plusieurs fois pendant les luttes entre le christianisme et le paganisme expirant, cette statue disparut définitivement par ordre de Gratien, en 382, malgré les éloquentes protestations de Symmaque.

Les artistes et les poètes de l'antiquité représentaient ordinairement la Victoire avec des ailes, couronnée de laurier et tenant à la main une branche de palmier. Quelquefois elle se tient debout sur un globe , comme pour signifier que la Victoire domine sur toute la terre :

Le front brillant d'une noble gatté,

Le bout du pied posé sur un globe mobile, La dresse, d'une aile agile, Vole vers l'immortalité.

D'une main elle inscrit au temple de Mémoire

Le nom de fies amants!; l'autre offre le laurier

Et la palme enlacés au paisible olivier, Pour nous prouver que la solide gloire

Est le fruit de la Paix comme de la Victoire. Dehoustif.r.

On trouve rarement des représentations de la Victoire sans ailes; Pausanias cite cependant l'exemple des Athéniens, qui eurent une statue de cette déesse dans ce genre, sans doute afin que, ne pouvant plus s'envoler, elle fixât chez eux son séjour perpétuel. La foudre ayant brisé les ailes de la statue qu'on lui avait élevée à Rome, Pompée, pour rassurer le peuple sur cet événement, s'écria : « Romains, les dieux ont coupé les ailes à la Victoire; elle ne peut plus nouséchapperl » C'est sans doute a cet événement que l'Anthologie grecque fait allusion dans deux vers qui furent inscrits sur le piédestal de la statue et qui signifient : « Rome, reine du monde, ta gloire ne saurait périr, puisque la Victoire,, n'ayant plus d'ailes, ne saurait s'enfuir. ■

La Victoire est souvent aussi représentée à la suite d'autres divinités, et surtout avec Jupiter et Minerve, ou bien conduisant le char des triomphateurs. Ses traits rappellent ceux de Minerve, moins le calme et la réserve; toutefois, son idéal semble à peu près conforme à celui de la fille de Jupiter. On n'offrait point de sacrifices sanglants à ta Victoire, mais seulement des fruits de la terre.

— Allus. hist. Encore une victoire comme celle-Ia, et nous lominn perdu», Mot célèbre de Pyrrhus, qui indique, dans l'application, qu'un succès a été trop chèrement acheté. Pyrrhus, en guerre avec les Romains, gagna d'abord, grâce à ses éléphants, la bataille d'Héraclée, ou les Romains perdirent 15,000 hommes et lui 13,000. 11 vainquit encore à Asculura, où le succès ne fut pas moins chèrement acheté. C'est après cette sanglante bataille qu'il fit cette spirituelle réponse à ceux qui le félicitaient : Encore une pareille victoire, et nous sommes perdus.

Dans sa Correspondance littéraire, Grimm rapporte une application extrêmement plaisante de la phrase célèbre de Pyrrhus :

« Dorât, attribuant à la cabale la froideur avec laquelle on avait accueilli son Régulas et sa Feinte par amour, joués le même jour, conçut l'idée de se faire soutenir par des admirateurs d'office. Il remplissait la salle aux dépens de sa propre bourse, et il se ruina complètement à ce manège. Ce fait était bien connu, et tout le monde l'en plaisantait. A chaque nouveau demi-triomphe obtenu ainsi, on lui appliquait le mot de Pyrrhus : Encore une victoire pareille, et je suis ruinél »

i Les efforts continuels qu'elle était obligée de faire , la contrainte qu'elle devait s'imposer pour mieux établir son empire sur Léon, la torturaient au delà de toute expression. Henri l'avait surprise dans un de ces moments de fièvre, un soir, a minuit après le départ de Léon. « Ahl lui dit-elle en levant • les mains au ciel, ou m'a parlé d'un géné- » rai grec qui s'écriait, après une bataille » gagnée : Encore une victoire pareille , et » je suis perdut Moi, je m'écrierais volon-

VICT

• tiers : Encore une pareille conquête, et je » meurs d'ennui t... Allons souper. »

Ambdéb Achard.

« Reconnaissons que l'honneur de la victoire de l'ordre, a Lyon et partout, appartient à notre civilisation. Mais la grandeur de la brèche atteste la grandeur de nos périls. Les victoires remportées en ces occasions sont de celles dont il faut s'applaudir, en sachant qu'elles ressemblent aux victoires de Pyrrhus. Si elles devaient se renouveler, très-probablement l'Etat et la société y périraient. ■

Salvandv.

• Maintenant, messieurs, si la proposition qui vous est soumise , défectueuse en la forme, est au fond trop peu motivée, serat-elle mieux défendue par les convenances politiques ? Ici, l'intérêt varie selon les temps et les circonstances. Or, dans quel moment vient-on vous proposer d'ajouter à la pairie la surcharge de deux étrangers? Dans une année où la pairie a déjà été si démesurément accrue, qu'on peut répéter à cette occasion le mot de Pyrrhus sur sa victoire. » Dupin aîné.

Victoire» cl conquêtes des Fronçais (1817- 1821, 24 vol., et 1828-1829, 34 vol.). Cette compilation se divise en deux parties : 1° Histoire militaire depuis les Gaulois jusqu'en 1792 (6 vol.) ; 2" Victoires, conguêtes, désastres, revers et guerres civiles depuis ta Révolution jusqu'à la bataille de Navarin (28 vol.). Ces deux séries sont deux publications distinctes ; la partie rétrospective, renfermant l'histoire de l'ancienne monarchie, en manière de préface, et la conclusion de la partie contemporaine, comprenant la guerre d'Espagne et l'expédition navale de Grèce, ont été introduites après coup dans la deuxième édition, pour faire agréer l'ouvrage proprement dit à l'opinion royaliste. Les Victoires et conquêtes s'adressaient aux soldats, aux officiers licenciés de la République et de l'Empire. Au lendemain des désastres de 1814 et de 1815, qui avaient laissé tant d'amers souvenirs, ce livre venait flatter la gloriole française, caresser les illusions du chauvinisme militaire. 11 répondait aux mêmes sentiments et aux mêmes préjugés nationaux que les Messéniennes de Delavigne, que les chansons de Béranger; il commençait la^légende napoléonienne que devaient achever le Mémorial de Sainte-Hélène, les almanachs de Marco Saint-Hilaire et les mélodrames du Cirque. La France vaincue à Waterloo reprenait une revanche éclatante, grâce aux presses du libraire-éditeur Panckoucke 1 Elle pouvait opposer vingt- trois ans de triomphes à un jour de revers! Le publie attendit avec impatience et lut avec avidité les volumes qui s'accumulèrent en proportion du succès. L'ouvrage n'était pourtant qu'une compilation indigeste des bulletins et des rapports insérés au Moniteur, On y vante outre mesure les événements; on considère et on apprécie les faits à travers le prisme de l'amourpropre national. Les principaux rédacteurs de ce grand Ana historique sont : le général Beauvais, directeur de la publication; le lieutenant général Thiébault, qui a revu les opérations stratégiques; Parisot, qui a traité toute la partie des manœuvres navales ; Voïart, ancien commissaire général des vivres aux armées de Sambre-et-Meuse, qui s'est occupé, avec Parisot et Ch, Dupin, des monuments. L'éditeur Panckoucke ht frapper une médaille en bronze, grand module, exécutée par Barre père ; cette médaille, qui représente la Victoire sur un quadrige, semant des couronnes, constituait une espèce d'ordre civique pour les 2,727 souscripteurs de la publication. En homme habile, Panckoucke offrit un exemplaire, imprimé sur vélin, à Charles X, qui le paya 50,000 francs. Tous les ministères achetèrent un grand nombre d'exemplaires, et il en fut distribué de toutes parts. En 1856, la maison Didot a donné une nouvelle édition des Victoires et conquêtes, plus concise et moins prétentieuse; mais on ne pourra jamais remettre en crédit une compilation sans valeur. -

Victoire allée (la), statue antique, en bronze; au musée de Brescia. Cette statue est sans contredit la plus remarquable de celles que possède le musée de Brescia. La composition, l'exécution, les détails, tout en est excellent. La chevelure est disposée avec infiniment de grâce et d'élégance; elle est retenue par un bandeau sur lequel est dessiné un rameau d'olivier, allusion à la paix' qui est le résultat ordinaire de la victoire. Il est vraisemblable que la déesse tenait originairement de la main gauche un bouclier sur lequel elle inscrivait de la droite les noms des vainqueurs. La figure s'appuie sur la jambe droite, attitude que les anciens aimaient à donner aux divinités et aux héros. Elle est vêtue d'une tunique dorienne, qui est retenue sur l'épaule droite par une simple fibule et laisse retomber la draperie de façon à découvrir le sein gauche, i L'excellence du style de cette statue , dit M. . de Clarac, dénote l'œuvre d'un grand maître. » Une copie de la Victoire ailée, en bronze et restaurée, vient d'être placée au Louvre.

VIGT

Victoire «tau allai (TEMPLE DE LA), à

Athènes. V. Athènes.

Victoire» (ÉGLISE DE Notre-Dume-de»-). V.

Notre-Dame.

Victoire» (place des), une des plus belles places de Paris, dans le quartier de la Banque (Ile arrondissement) ; les rues Croix-des- Petits-Champs, Neuve-des-Petits-Champs, d'Aboukir, Pagevin et Vide-Gousset y aboutissent. La création en est due, non a l'édilité parisienne, mais aux propres deniers d'un courtisan, le duc de La Feuillade. François, vicomte d'Aubusson, duc de La Feuillade, pair et maréchal de France , colonel des gardes-françaises, comblé de bienfaits par Louis XIV, conçut le projet d'éterniser sa mémoire par un monument public, et durable élevé à la gloire du roi. Sa première idée avait été de faire faire une statue de Louis XIV et de la placer à l'endroit de Paris le plus apparent; mais la statue une fois taillée en marbre, il se résolut à une entreprise plus vaste; ce fut de créer un emplacement sur lequel on pût construire une place publique monumentale et d'élever au milieu de cette place, créée tout exprès, une statue encore plus belle. Il acheta l'hôtel de La Fertô-Senectère, vaste demeure alors isolée entre les rues Neuve-des-Petits-Champs, du Petit- Repo.soir et des Fossés-Montmartre, et le fit démolir entièrement. L'emplacement obtenu n'ayant pas encore paru suffisant pour le projet, le corps de ville voulut s'associer a l'œuvre du courtisan-et acheta l'hôtel d'Emery et quelques constructions voisines, dont la démolition commença aussitôt (arrêt du conseil du 19 décembre 1685). Le duc de La Feuillade put mettre alors son projet à exécution et la place des Victoires fut entreprise. Mansard en donna les plans et le dessin général ; l'architecte Predot fut chargé de la construction. La place des Victoires, circulaire dans la plus grande partie de son pourtour, est terminée du côté nord par uueîigne droite de bâtiments du même style que ceux du pourtour. Un ordre de pilastres ioniques embrassant deux rangs de croisées s'élève sur un soubassement décoré d'arcades à refends ; les croisées du premier étage sont séparées par un pilastre, et une architrave à saillie soutenue de consoles domine celles du second. Le comble est nécessairement mansardé, du nom de l'inventeur. L'apparence de la place est assez majestueuse.

Les bâtiments n'étaient pas encore terminés quand, le 18 mars 1C86, le duc de La Feuillade fit célébrer l'inauguration de la statue érigée par lui à Louis XIV.

Le roi, debout, en manteau royal, ses ordres au cou, son sceptre en main, foulait aux f lieds un cerbère, symbole de la triple alianee. Derrière la statue, légèrement posée sur un globe, une Victoire ailée plaçait une couronne de laurier sur la tête de Louis XIV. Tout ce groupe, en plomb entièrement doré, était l'œuvre du célèbre sculpteur Martin van den Bogaert, plus connu sous le nom de Desjardins. Au bas de la statue, on lisait en lettres d'or cette inscription emphatique: Vmo immortali (A l'homme immortel). Les quatre bas-reliefs du piédestal avaient pour sujets : le premier, ia Préséance de la France sur l'Espagne en 16G2; le second, la Conquête de la Franche-Comté (1668); le troisième, le Passage du Rhin en 1672; le quatrième, la Paix de Nimègue (1678). On y lisait aussi diverses inscriptions fastueuses; nous ne citerons que ta principale, rédigea à la fois en français et en latin : A Louis le Grand, le père et le conducteur des armées, toujours heureux. Après avoir vaincu ses ennemis, protégé ses alliés, ajouté de três-puissants peuples à son empire, assuré les frontières par des places imprenables, joint l'Océan à la Méditerranée, chassé les pirates de toutes les mers, réformé les lois, détruit l'hérésie, porté, par le bruit de son nom, les nations tes plus barbares à le venir révérer des extrémités de la terre, et réglé parfaitement toutes choses au dedans et au dehors par la grandeur de son courage et de son génie. François, vicomte d'Aubusson, duc' de La Feuillade, pair et maréchal de France, gouverneur du Dauphiné et colonel des gardes- françaises. Aux quatre angles du piédestal étaient placées quatre figures colossales en bronze, représentant des esclaves enchaînés, d'une bonne expression. Le pourtour du monument était pavé de marbre et entouré d'une grille de fer. La placo fut éclairée de quatre fanaux projetant leur lumière sur le groupe; ces fanaux, élevés chacun sur trois colonnes doriques de marbre veiné, étaient reliés entre eux par une chaînette à laquelle pendaient par intervalles des médaillons à la gloire du roi.

L'inauguration eut lieu avec pompe. Le duc de La Feuillade, a cheval, suivi de son régiment des gardes, lit trois fois le tour du monument, descendant chaque fois de sa monture pour se prosterner avec force génuflexions devant l'image de son maître. Le corps de ville assista à la cérémonie et le soir un feu d'artifice fut tiré place de Grève. La Feuillade mourut, en 1691, sans avoir pu obtenir l'autorisation, qu'il sollicitait ardemment, d'être inhumé aux pieds de la statue du roi; en 1699, un arrêt du conseil d'Eiat ordonna l'extinction des fanaux ; un distique malicieux qVon trouva affiché sur le piédestal de la statue ne fut peut-être pas étranger à cet arrêt :

VICT

La Feuiltade, sandis! je crois que tu mé bernes Dé mettre lu Soleil entré quatre lanternes!

En 1717, le fils du duc fit abattre les colonnes qui supportaient ces malheureuses lanternes et le monument subsista ainsi mutilé Jusqu'en 1790. A cette époque, la munieipaité parisienne commença par faire enlever les quatre esclaves de bronze, qui ornèrent plus tard la façade de l'hôtel des Invalides. La Révolution vint. Un arrêt du conseil général de la Commune du 12 août 1792 ordonne que « la place des Victoires se nommera désormais place de la Victoire-Nationale, et qu'il y sera élevé une pyramide sur laquelle seront gravés les noms des généreux citoyens morts pour la liberté dans la journée du 10 août. > La statue fut abattue le mois suivant. Quant a la pyramide en bois qu'on. y substitua économiquement, Napoléon, qui avait -en horreur tout ce qui rappelait la Révolution et la liberté, la fit brûler. Par un décret du 9 vendémiaire an XI, une statue de Desaix devait remplacer celle de Louis XIV sur la place des Victoires, qui avait repris son ancien nom. « Une statue colossale, disait ce décret, sera érigée 3iir la

Ëlace des Victoires à la mémoire du général esaix, mort à la bataille de Marengo. Sur le piédestal seront placés des bas-reliefs relatifs à la conquête de la haute Egypte et à la bataille" d'Héliopolis, gagnée par ce général. • Le sculpteur Dejoux exécuta la statue j mais, trop imbu des idées académiques à la mode a cette époque, il représenta Desaix absolument nu et sans la moindre feuille de vigne. Des pétitions réclamèrent la suppression ou l'habillement du général républicain, si bien que l'autorité masqua le monument d'une charpente. La Restauration survint, qui renversa lu charpente et la statue; celle-ci fut déportée dans les caves du Louvre, et une ordonnance du 14 février 1818 prescrivit le rétablissement, place des Victoires, d'une statue de Louis XIV. G'est celle qui y est encore actuellement. Cette statue est due au ciseau de M. Bosio. Le piédestal en marbre blanc est de M. Alavoine, architecte. Louis XIV, en costume antique, est à cheval sur un coursier qui se catjre et la queue scellée au socle sert de point d'ap-

£ui à la masse, ce qui est assez grotesque, es côtés du piédestal sont ornés de basreliefs de bronze, encastrés dans le marbre. Le tout, entouré d'une grille de fer, a coûté 535,000 francs.

Sous le rapport architectural, la place des Victoires n'a pas changé depuis l'époque de la construction ; cependant elle présente un aspect tout autre qu'aux siècles précédents. Livrée au commerce en gros, notamment à l'industrie des soieries et des châles qui y a son quartier général, elle est aujourd'hui morcelée en une foule de boutiques et magasins; ses façades grandioses sont couvertes du haut en bas d'enseignes gigantesques ou d'écussons commerciaux.

Victoire (rue db la), autrefois rue Chantereine, située dans le quartier de la Chuussée-d'Antin. Dans les premières années du xvnie siècle, tout le terrain compris entre le faubourg Montmartre et la rue de l'Arcade n'était qu'un champ marécageux, semé çà et là de maisons dépendant du village des torcherons et de Clichy. Des lettres patentes du 4 décembre 1720 autorisèrent la construction d'un quartier nouveau sur cet immense espace; les trois aristocraties de la galanterie, de la noblesse et de la finance l'inaugurèrent. LaruedelaChausbée-d'Antin.ou Chaussée-Gaillon, fut tracée la première ; la rue Chaniereine fut créée en 1735. Dès 1770, après avoir servi spécialement de pied-àterre aux grands seigneurs et aux impures, elle devint historique par le séjour qu'y firent deux hommes qui jouèrent un grand rôle dans la chronique du temps, Cagliostro et Mesmer. Ce fut, en effet, rue Chautereine que Cagliostro tint ses séances prestigieuses (expression d'un écrivain contemporain, le futur comte Beugnot) ; la aussi Mesmer installa son baquet magnétique. En 1796, un petit théâtre s'y installa sous le nom de théâtre Olympique et devint le rendez-vous des incroyables et des merveilleuses. La future impératrice Joséphine habitait un petit hôtel qui avait appartenu à Julie Carreau, première femme de Talma; le célèbre acteur et Bonaparte se marièrent tous les deux dans cette demeure, l'un en 1791, l'autre en 1796. Ce fut là que Bonaparte reçut, quelques jours après son retour d'Italie (1797), la visite du Directoire entouré d'un brillant cortège et venant l'inviter à la fête que la République voulait lui offrir. Le 28 décembre, nouvelle députation à l'hôtel Chautereine ; l'Institut en corps venait annoncer au général sa nomination en remplacement de Cainot, alors en exil pour avoir sauvé son pays en organisant la victoire. Dès ce jour, un décret changea le nom de la rue Chautereine, qui devint la rue de la Victoire. Bonaparte eu repartit le 4 mai 1798 pour se rendre à Toulon et de là en Egypte. Il y revenait le 16 octobre 1799, projetant le 18 brumaire. Le matin du 17, Fouché, Siéyès^ Talleyraod et Moreau vinrent prendre à l'hôtel Chantereine les dernières instructions du général Bonaparte, ■ A uix heures, dit un historien, des cavaliers armés qui se nommaient Sébastiani, Lanues, Berthier, Murât, Lefebvre, tous maréchaux futurs, se promenaient dans la rue de la Vie-

VICT

toire en répétant à haute voix : « Il faut jei ter les avocats à la rivière. » Bientôt une porte .s'ouvre avec violence; Napoléon, revêtu de son costume de général et monté sur un magnifique cheval arabe, salua de la main les promeneurs, les cavaliers qui étaient ses amis et ses complices ; il se plaça bravement à leur tête ; il regarda tour à tour deux pistolets qu'il portait à sa ceinture et un sabre turc qu'il avait suspendu à sa taille par un petit cordon de soie rouge ; enfin Bonaparte donna le signal du départ, et cette petite armée d'ambitieux se mit en marche pour aller faire la difficile campagne de Saint-Cloud. • Devenu premier consul , Bonaparte quitta l'hôtel, Chantereine pour le Luxembourg.

Après la chute de Napoléon, la famille tlu maréchal Ney habita la rue de la Victoire, redevenue rue Chantereine. Le général Foy mourut dans l'hôtel qui fait le coin de cette rue et de la rue de la Chaussée-d'Antin, revenue, elle aussi, à son ancien nom, après s'être appelée sous l'Empire rue du Mont-Blanc. Quant a l'ancien hôtel de Talma et de Bonaparte, il fut habité par le général Bertrand après son retour de •Sainte-Hélène. Sous Louis-Philippe, il devint la propriété de M. Jacques Coste et dans les jardins on bâtit l'établissement des Néo-Thermes; il fut occupé ensuite par un pensionnat. La rue de la Victoire (elle a repris ce nom sons Louis-Philippe) possède encore la salle Herz, où le célèbre facteur de pianos donne des concerts fort suivis par le monde élégant ; l'ancien théâtre Olympique est devenu un établissement de bains. Enfin, une grande partie de la rue a été démolie pour faire place au carrefour Drouot et à la rue Lafayette.

Vlcioirea-Nntlonnle* (THÉÂTRE DES), fondé à Paris en 1798, rue du Bac; il est occupé aujourd'hui par une salle de bal connue sous le nom de salle du Pré-aux-Ctercs. Ce théâtre, construit dans un quartier alors presque désert, n'eut aucun succès. -Son emplacement était celui d'un ancien couvant de dames récollettes, qui, lors de la Révolution, avait été transformé en magasin à fourrages. Son premier directeur fut un nommé Sain-Amans; l'ouverture du théâtre s'effectua lo 30 fructidor an VI (17 septembre 1798) par la représentation d'une grande pantomime à spectacle, jouée primitivement au théâtre du Marais, et par celle d'une petite comédie de Sedaine, la Gageure imprévue. A peine l'inauguration avait-elle eu lieu que le théâtre changea de maître et que la direction en fut prise par deux comédiens associés, Faurs et Pompée, sortant tous deux du théâtre de la Cité. Ceux-ci adoptèrent surtout le répertoire classique et jouèrent successivement le Dépit amoureux, de Molière ; le Dissipateur, de Destouches ; Mélanie, de Laharpe ; les Fausses infidélités, de Barlhe; Crispin rival de son maitre, de Le Sage, etc. Deux seules pièces nouvelles vinrent se mêler à ces ouvrages connus : Encore un diable, vaudeville de Dumersan et Rousseau, et Elise et Merual, comédie en trois actes, d'Hennequin.

La nouvelle direction ne fut pas plus heureuse que son atnée ; Faure et Pompée durent fermer les portes du théâtre des Victoires-Nationales, qui furent rouvertes en-" suite par deux autres associés, Gamas et Leroux. Ceux-ci firent jouer d'abord une pièce de Gosse, qui fit quelque bruit et fut .interdite par l'autorité, les Femmes politiques. Puis vint Désaugiers, qui y donna plusieurs vaudevilles : l'Esprit ou le Mariage par sortilège, les Nouvellistes de Pantin ou le Retour inattendu, la Journée de Saint- Cloud ou les Projets à vau-l'eau, le Couplet d'annonce, etc. On donna aussi les Dangers de l'ambition, drame de Gamas; le Bienfaiteur rival, comédie de Letournel; Adèle et Léonore, drame en vers de Rigaud. Le théâtre ferma une troisième fois dans le courant de l'an VIII, rouvrit un instant sous la direction d'un nommé Garnier, puis ferma encore. Une administration nouvelle voulut lui rendre la vie avec une troupe qui prendrait le nom d'élèves du Vaudeville; mais ce projet fut abandonné, la salle devint la proie d'une foule d'amateurs de toute sorte, jusqu'à ce qu'enfin Foignet, directeur du théâtre des Jeunes-Artistes, s'en emparât pour en faire une sorte de succursale de ce dernier. En dédoublant sa troupe, il desservait les deux établissements à la fois et donnait régulièrement rue du Bac trois ou quatre représentations par semaine. Cela dura ainsi jusqu'au moment où Foignet, fatigué, abandonna le théâtre des Jeunes-Artistes, vers 1805. Prévost, directeur du Thèâtre-sans-prétention, délaissant alors sa salie du boulevard du Temple, vint s'établir au théâtre des Victoires-Nationales, et il y resta jusqu'à l'époque où le décret de 1807 fit fermer brusquement une quinzaine de théâtres.

VICTOIRE (chaîne de SAINTE), petite chaîne de montagnes de France. Elle s'étend dans les départements des Bouches-du-Rhône et du Var, depuis l'embouchure de laTouloubre dans l'étang de Berre jusqu'à la partie N.-O. du département du Var, où elle envoie au N. et au S. ses principales ramifications. Sa longueur de l'o. à l'E. dans le département des Bouehes-du-Rhône est de 60 kilom. Son point culminant, auN.-E. d'Aix, est le mont de la Sainte-Victoire (967 mètres), qui domine la plaine où Marius délit les Teu-

VICT

tons en 102 av. J.-C. Sur le sommet de cette montagne s'élève une chapelle et un petit couvent.

VICTOIRE (sainte), martyre, née à Rome, morte en 250. Elevée dans le christianisme, elle refusa d'épouser un païen nommé Eugène qui, ne pouvant la faire changer de résolution, l'accusa devant le juge. Comme elle refusait de sacrifier aux dieux du paganisme, le juge ordonna de la mettre à mort, et elle fut tuée d'un coup d'épée. L'Eglise l'honore le 23 décembre. — Une autre suinte du même nom subit le martyre à Carthage avec saint Saturnin en 304. On célèbre sa fête le il février.

VICTOIRE DE FRANCE (Louise - Marie- Thérèse), tille de Louis XV et de Marie- Lesczynska, née à Versailles le 11 mai 1733, morte à Trieste le 7 juin 1799. Victoire de France était peu semblable par le caractère à ses autres sœurs; sans être timide comme Mmo Elisabeth, elle était loin d'être décidée et hardie comme M™0 Adélaïde ; elle se montra cependant très-courageuse en présence de l'adversité. Elle était belle, s'accordent à dire les chroniqueurs; elle avait un teinj, de brune, de grands yeux et ressemblait à la fois au roi, au dauphin et à Mme infante. Le roi l'aimait mieux que ses autres sœurs. Quelquesuns ajoutent même qu'il l'aima plus qu'un père ne doit aimer sa fille, et de cet inceste on fait naître M. de Narbonne. Si le fait était vrai, tout l'odieux en retomberait sur cet ubject monarque et non sur la pauvre enfant trop faible pour résister à la double autorité du père et du roi. Ce qui est certain, c'est l'immense dévouement dont elle fit preuve à l'égard même du misérable qui aurait été son séducteur vingt ou vingt-cinq ans auparavant.

Louis XV était atteint de la petite vérole. Une enfant de treize ans, la fille d'un menuisier, qu'on avait jetée dans son lit, la lui avait communiquée. Le virus variolique, compliqué d'un autre mal d'origine galante trop superficiellement traité, avait fait des progrès effrayants; l'infection de la chambre royale était insupportable ; les valets prirent la fuite ; les courtisans eux-mêmes quittèrent Versailles; le roi resta abandonné de tous, excepté de M"" Victoire et de sa sœur, Mme Louise. • Elles n'ont pas quitté un instant son lit de mort, dit la Chronique de l'CEil-de-bœuf, ordinairement peu indulgente, lui rendant les services les plus dégoûtants, les olus pénibles, au risque d'être atteintes de 1 invasion. Rang, délicatesse, danger, tout a été oublia par ces pieuses princesses; elles ont tout sacrifié à la sollicitude filiale. Leurs Altesses Royales virent tomber en lambeaux le corps de leur père, dévoré par de hideuses pustules. » Mme Victoire fut atteinte à son tour de la petite vérole; mais elle jmt vaincre la maladie.

Arrivée au trône, Marie-Antoinette ne put s'entendre avec les filles de Louis XV. • La discorde entre les corps de l'Etat répand aussi son fiel sur la famille royale elle-même, dit Toucbard-Lafosse. Mesdames tantes, sous le règne précèdent, faisaient les honneurs de la cour; elles ne voient pas sans un vif dépit que Marie-Antoinette les ait privées de ces prérogatives et les relègue à Bellevue ou à Meudon comme de vieilles dames réformées. •

C'est tour à tour dans ces deux résidences que Mme Victoire et sa sœur Adélaïde vécurent ignorées jusqu'à la Révolution. A cette époque, elles quittèrent la France et leur vie devint une vraie odyssée dont le comte de Chastellux, chevalier d'honneur de Mme Victoire, s'est fait l'Homère. Elles résolurent d'aller à Rome et entreprirent ce vovage au mois de février 1791. Dans la nuit qui devait précéder leur départ, plusieurs avis leur annoncèrent la marche sur Bellevue, qu'elles habitaient alors, de nombreux rassemblements d'hommes armés; forcées de monter précipitamment dans leur voiture à deux heures du matin, elles prirent le chemin de Moret et sans encombre arrivèrent jusqu'à Arnay-le-Duc. Mais là, elles furent arrêtées et durant onze jours restèrent séquestrées dans la maison du curé. Des rassemblements s'étant formés, elles descendirent au milieu de la foule. « Leur présence, dit l'historiographe, fit taire les propos légers, insolents qu'elle tenait. Un seul homme, près de Mme Victoire, gardait son chapeau sur la tête et sa physionomie portait l'empreinte d'une insolente audace. Elle se tourna vers lui avec une noblesse mêlée de bonté : t Monsieur, lui dit- • elle, donnez-moi la inain, je vous prie, pçur » monter l'escalier uni est obscur. » Cet homme, surpris et même ému, s'approcha d'elle avec les plus grands témoignages de respect. » Le comte de Narbonne, chevalier d'honneur de M"" Adélaïde, fut obligé de retourner à Paris, afin d'obtenir de l'Assemblée nationale de nouveaux passe-ports. Sorties d'Arnay-le-Duc par de nouveaux ordres de l'Assemblée, les fugitives ne rencontrèrent plus de véritables obstacles jusqu'au pont de Beauvoisin, d'où elles ne tardèrent pas à gagner Rome et y séjournèrent, jusqu'à l'arrivée en celte ville ues troupes républicaines. Alors elles se retirèrent à Albauo et de là près du roi de Naples, dans l'ancien palais de Caserte, mis à leur disposition. Lorsque l'armée française menaça Naples, elles s'embarquèrent pour Trieste (23 décembre 1798).

Peu de 'ours après son arrivée dans cette

VICT

ville, Mme Victoire sentit que ses forces l'abandonnaient; elle tomba malade pour ne plus se relever. Elle fut enterrée à la cathédrale de Trieste, et sa sœur la suivit dans"-le tombeau six mois après. Sous la Restauration, les restes des deux sœurs furent apportés en France et déposés dans les caveaux de Saint-Denis (13 janvier 1817).

VICTOIRE (duc de La). V. Espartero.

VICTOOR (Jean), peintre hollandais qui vivait au xvue siècle. Il n'est connu que par ses œuvres, qui, par la manière, se rapprochent de celles de Rembrandt; mais on ne peut, comme l'ont fait certains biographes, le dire élève de ce maître, car on a de lui des toiles qui portent la date de 1610, et Rembrandt était né en 1608. On cite parmi les compositions de ce maître : une Adoration des bergers; un portrait de femme, connu sous le nom de VEcaillère, et conservé au musée de Caen; Une jeune fille à la fenêtre; Isaac bénissant Jacob. Ces deux dernières toiles se trouvent au musée du Louvre. — Un autre peintre du même nom, mais non moins inconnu que le précédent, ne peignait que des oiseaux et des poulaillers. Un de ses tableaux se voit au musée de Dresde.

VICTOR (saint), martyr chrétien, décapité en 303. Issu d'une famille de Marseille, il servait dans les armées romaines lorsqu'il fut, en sa qualité de chrétien, enveloppé dans les persécutions suscitées par Dioctétien et Maximien. Il fut condamné à mort et eut la tête tranchée. L'Eglise l'honore le 21 juillet.

VICTOR 1er (saint), pape, né en Afrique, mort en 197. Il succéda eu 185 à saint Eleuthère. Il anatliématisa Théodore de Byzance, qui niait la divinité de Jésus-Christ, fixa pour la célébration de la fête de Pâques le jour qui a été constamment observé depuis et mourut martyr sous Septime-Sévere. L'Eglise l'honore le 28 juillet.

VICTOR II (Gebehard), cape, mort à Florence en 1057. Il était evêque d'Eichstœdt et parent de l'empereur Henri III. Elu à la mort de Léon IX, en 1055, il envoya Hildebrand comme légat en France pnur réprimer la simonie, fit un voyage en Allemagne en 1056 et réconcilia l'impératrice Agnes avec le . roi Baudouin et le duc de Lorraine. Il mourut à son retour. Etienne IX lui succéda.

VICTOR III (Didier), pape, né à Bénévent vers 1027, mort au Mont-Cassin en 1087. Issu de la maison ducale de Bénévent, il fut nommé abbé du Mont-Cassin en 1057, légat à Coustantiuople l'anuée suivante, enfin cardinal en 1059. Elu pape en 1086, après avoir longtemps refusé la tiare, il rentra avec l'aide de la comtesse Mathilde à Rome, dont l'antipape Guibert conserva une partie, retourna ensuite dans son monastère, prêcha une croisade contre les Arabes d'Afrique et mourut après quatre mois de pontificat. On possède de lui : Dialogorum libri IV (Rome, 1651, in-4o).

VICTOR tV, antipape, mort en 1164. Il était issu des comtes de Tusculum. Elu par le parti impérial (1159), peudantquele parti normand faisait nommer Alexandre III, il chassa de Rome sou concurrent et le somma de comparaître devant le concile de Pavie (1162).

VICTOR (Flavius), empereur romain, fils de l'usurpateur Maxime, mort en 388. En 383, il fut associé au trône avec le titre d'auguste. Apres la défaite de Maxime par Valeiitiiiieii II, Arbogaste, général de Théodose, attaqua Victor, le battit et le lit mettre à mort.

VICTOR- AMÉDEE 1er, duc de Savoie, né à Turin en 15&7, mort à Verceil eu 1637. Il succéda en 1630 à son père, Charles-Emmanuel. I«r. Victor-Amédée fit la guerre à Louis XIII, dont ilavaitépousélasœmChristine, obtint Turin en vertu de la paix de Ratisbonne et dut, en échange, renoncer à ses droits sur le Montferrac. En 1631, il rentra en possession de Suse et de Veillaue, les dernières places que les Français occupassent en Piémont. Il favorisa les Français lors des négociations de Chérasque et laissa par subterfuge les troupes de Louis XIII maîtresses ua Pignerol, qu'elles devaient évacuer. En 1631 , Victor- Ainedee conclut, par l'entremise de l'Espagne, un traité do paix avec Gènes à Madrid. L'aimée suivante, il prit le titre de roi, fondant ses prétentions à la couronne royale sur celles qu'il avait au trône de Chypre. La guerre ayant recommencé entre la France et l'Espagne en 1635, Victor-Amédée, malgré les sympathies de toute sa famille pour la dernière de ces puissances, prit parti pour la France et fut nomme, grâce à Richelieu, généralissime des armées françaises eu Italie, remporta avec de Créqui la victoire de Tornavento en 1636 et battit en 1637 les Espagnols à Monbaldone. Il mourut subitement presque aussitôt après cette dernière victoire, a la suite d'un reças chez le marquis de Créqui, repas qui coûta la vie, non-seulement au duc , mais aussi au comte de La Verrue, premier ministre de Savoie, et faillit être funeste également au général Guido Villa, qui, plus heureux que ses deux commensaux, parvint à se rétablir.

VICTOR-AMÉDÉE I), duc de Savoie, puis toi de Sardaigue, né eu 1665, mort en 1732.

VICT

Il succéda en 1675, comme duc de Savoie, a son père, Charles-Emmanuel II. Sa mère, J .-Marie de Nemours, conserva la régence pendant cinq ans et Sut maintenir une neutralité indépendante entre les intrigues des coins de France et d'Espagne. Victor - Ainédée commença son règne par des persécutions contre îes vaudois, épousa (1684) Anne d'Orléans, nièce de Louis XIV, entra néanmoins dans la ligue d'Augsbourg, humilié des exigences du roi de France, se lit battre à Staftarde (I390) par Catinat, qui s'empara de Saluces, Fossano, Savigliano, Suse, puis de Nice, Carmagnole et Rivoli. Malgré ses revers, il n'en continua pas moins la guerre, soutenu d'ailleurs par l'Autriche, fit, en 1692, une vaine tentative sur le Dauphins, fut encore vaincu à La Marsaille, se laissa gagner par les propositions secrètes de la France et lit sa paix particulière en 1696. Au commencement de la guerre de la Succession d'Espagne (1700), il crut de son intérêt de s'allier avec la France, combattit le prince Eugène k Chiari, mais entra bientôt en négociation avec l'Autriche-, la Hollande et l'Angleterre, et s'allia définitivement à. ces puissances (1703). Leduc de Vendôme lui enleva successivement Verceil, Suse, Ivrée, Aoste ; il perdit encore Verrue, vit le duc de La Feuillade assiéger Turin et fut ainsi mis à deux doigts de sa perte. Mais il fut sauvé par le prince Eugène, qui vintà son secours avec l'année impériale et remporta une victoire éclatante sur les Français devant Turin (1706). V ictor-Amédée recouvra alors ses Efkts, envahit à son tour la France et vint mettre le siège devant Toulon (1707); mais il fut repoussé par le maréchal de Tessé, inquiéta encore les frontières de France pendant plusieurs campagnes et finit par garder la neutralité jusqu'au congrès d'Utrecht (1710). Le traité qui fut signé dans cette ville lui assura la restitution de la Savoie, de quelques possessions dans les Alpes, du comté de Nice, et de plus le royaume de Sicile, qui lui fut cédé par Philippe V. Ces conventions furent confirmées pur les traités de Madrid et d'Utrecht (1713). Il prit alors le titre de roi de Sicile, alla séjourner k Païenne, lutta contre les prétentions despotiques de la cour de Home, dut abandonner son royaume à l'Autriche en 1720 et reçut la Sardaigne en échange. En 1730, il abdiqua en faveur de sou lils, Charles-Emmanuel, nï[a vivre dans un château en Savoie, mais tenta jeu après de ressaisir le pouvoir, fut arrêté par ordre de son tils et gardé étroitement au château de Moncaglieri, où il mourut en 1732. Ce prince possédait de grandes qualités gouvernementales, une brillante valeur, mais peu de talents militaires. Turin lui doit la fondation de Sun université et quelques beaux édifices.

V1CTOR-A.V1ÉUÉE 111 (Marie), roi de Piémont, tils de Charles-Emmanuel 111, né à Turin en 1726, mort le 16 octobre 1796. 11 succéda k son père le 20 février 1773. iians la campagne de 1745, il avait assisté aux batailles de Coni et de Bassignano. A peine monté sur le trône, il réorganisa ses troupes sur le type de l'armée prussienne, fit achever les forteresses de Tortone et d'Alexandrie, s'occupa avec ardeur de la réforme administrative du pays, créa à Turiu une Académie des sciences et se lit bénir de la Savoie par les améliorations importantes qu'il accomplit dans ce berceau lie sa maison, lieux de ses filles épousèrent les frères de LouisXVI, et son frère contracta mariage avec la sœur de ce pnuce. Dès l'origine de la Révolution française, il s'en déclara hautement l'adversaire. C'est dans ses Etats que les premiers émigrés, le comte d'Artois à leur téie, trouvèrent un asile. Le refus qu'il fit, en 1792, de recevoir Seinonville, notre ambassadeur, augmenta les griefs qu'avait contre lui la France révolutionnaire. Après le 10 août, nos armées enlevèrent, presque sans coup ferir, la Savoie et le comté de Nice. Victor-Amédée fit appel k l'or de l'Angleterre et aux armes de l'Autriche; mais, malgré ces puissants secours, et après une lutte de cinq ans (v. îScHiiRKR et Bonaparte), il fut contraint par Bonaparte de signer la paix avec la République, en lui abandonnant les places de Coni et de Tortone (15 mai 1796). Il mourut cinq mois après, d'une attaque d apoplexie. L'aîné de ses neuf enfants, Charles-Emmanuel, lui succéda.

VICTOR-EMMANUEL 1er, roi de Piémont, fils puîné du précédent, né en 1759, mort en 1824. Connu d'abord sous le nom de duc d'Ao.ie, il commanda les troupes piémontaises opposées aux Français, de 1792 à 1796. Ennemi irréconciliable de la Révolution, homme entreprenant, il excitait 'contre nos soldats le fanatisme des habitants des campagnes. Lorsque le Directoire déposséda du trône la maison de Savoie (1799), il donna l'ordre d'arrêter le duc d' Aoste ; mais celui-ci

?' échappa en signant une déclaration par aquelle il s'engageait à ne rien entreprendre contre la France. Il se retira dans l'île de Sardaigne, avec son père, Charles-Emmanuel, qui abdiqua en sa faveur en 1802. Victor-Emmanuel administra l'Ile avec beaucoup de sagesse jusqu'aux événements de 1814, qui lui rendirent ses Etals. Oubliant les leçons ue l'adversité, il gouverna eu souverain absolu, se jeta dans les bras de l'Autriche et excita ainsi dans le peuple une irrita-

VICT

tion qui se traduisit bientôt par des troubles. Des sociétés secrètes s'organisèrent dans tout le royaume. En 1821, les patriotes demandèrent hautement une constitution libérale basée sur les mêmes principes que celles que Madrid, Naples et L^bonne venaient d'adopter. Ils s'emparèrent de la citadelle d'Alexandrie, puis de celle de Turin, et adressèrent au gouvernement leur ultimatum.

Plutôt que de céder, le roi abdiqua le 13 mars en faveur de son frère Charles-Félix.

VICTOR -EMMANUEL II (Marie-Albert- Eugène-Ferdinand-Thomas), roi d'Italie, né le 14 mars 1820. Son père, le roi Charles- Albert, lui lit donner une brillante éducation, qui fut surtout poussée très-loin du côté des sciences militaires. En 1342, étant alors duc de Savoie, il épousa l'archiduchesse d'Autriche, Adélaïde. Lors des événements de 1848, il accompagna, en qualité de commandant de la brigade de Savoie, son père dans la guerre Contre l'Autriche. Doué d'un courage fougueux, il reçut une blessure à la cuisse k la bataille de Guïto et fit des prodiges de \ aleur à celle de Novare, le 23 mais 1849. Charles- Albert, après avoir inutilement cherché dans la mêlée une mort glorieuse, abdiqua le même soir en faveur de son fils pour obtenir du vainqueur des conditions moins rigoureuses. Le jeune roi parvenait au trône au milieu de circonstances douloureuses et difficiles. Le peuple ne voyait même pas d'un t,rès-bon œil un jeune souverain, époux d'une Autrichienne et élève des jésuites. Néanmoins il résolut de Se montrer fidèle au statut fondamental juré par son pète et par lui-même. Il commença par s'entourer dans ses conseils des hommes les plus intelligents et s'occupa de réorganiser toutes les parties de son royaume. Son premier chef du cabinet fut Massimo d'Azeglio,sous lequel furent adoptées les lois abolissant le for ecclésiastique, le droit d'asile et restreignant celui de mainmorte. Le comte de Cavourvmt bientôt apporter au ministère l'appui do sa vaste intelligence (septembre 18501; il prit le portefeuille du commerce et sut conclure avec la Belgique et l'Angleterre des traités avantageux pour le Piémont. Au mois de novembre 1852, le comte de Cavour prit la présidence des ministres; ce fut le signal d'une direction plus hardie donnée aux affaires. Investi de la confiance du roi et de celle du peuple, cet habile homme d'Etat prépara le mouvement en faveur de l'indépendance italienne et se fortifia dans le pouvoir par son union avec M. Rattazzi, qui prit le portefeuille de l'intérieur. Comprenant la nécessité de créer des ressources pernonnedes au Piémont, Victor-Emmanuel, de concert • avec ses ministres, donna une grande impulsion à l'industrie de ce pays et accueillit avec faveur tous les réfugies des différents Etals de l'Italie. Le roi, malgré la résistance qu'il trouvait dans sa propre famille, poursuivit son but avec une fermeté rare; il eut même de fréquents entretiens avec les chefs de la démocratie, eiiLre autres Depretis, Valerio et Broiferio, que leur haine contre l'Autriche rapprochait momentanément de sa politique. Vie tor-Finiminiiel rit même un acte de vigueur contre cette puissance en rappelant son envoyé il propos de la mise sous séquestre des biens des Lombards réfugiés en Sardaigne. Le Piémont croissait en force et en richesse lorsque fut conclu, le 26 janvier 1855, le traité par lequel 15^000 Piémontais devaient prendre part, de concert avec las Anglo-Français, à la guerre contre la Russie. Le roi Vicior- Eramanuel, après la guerre, assista en mars 1856 au congrès de Paris, où il réclama des réformes dans les provinces italiennes soumises k l'Autriche et uue administration plus régulière dans les Etats du pape." Ces réclamations furent appuyées par l'Angleterre et même par la Russie. Ce fut la première fois que les droits du Piémont furent consignés dans une œuvre diplomatique.

En même temps, le comte de Cavour fortifiait Alexaudrie*et laSpezziaet prenait toutes les mesures nécessaires pour s'assurer, le cas 'échéant, le concours de la France contre l'Autriche. Ce fut probablement pour se concilier les bonnes grâces du souverain français qu'après l'attentat du 14 janvier 1858 il proposa une loi destinée à réprimer les tentatives contre la vie des souverains étrangers. Victor-Emmanuel, qui partageait entièrement les vues de sou ministre, lui laissait toute liberté d'action, et bientôt, à la suite de l'entrevue de Plombières entre Napoléon III et le comte de Cavour, l'alliance française fut un fait accompli et la guerre contre l'Autriche décidée. Sauf le paru dont .Muzziui était le chef, toute l'Italie se tournait vers Viotor- Emirmnuel, libérateur et unificateur de l'Italie; Mtiniu, La Farina, Pallavicino, Garibaldi même se ralliaient au prince piémontais.

La guerre, qu'avaient faitpressentir les paroles prononcées le l" janvier entre Napoléon 111 et l'ambassadeur d'Autriche, éclata le 23 avril 1859 par une invasion de troupes autrichiennes eu Piémont. Lu nation tout entière répondit a l'appel du roi avec un enthousiasme sans pareil. Bientôt d'autres parties de l'Italie se soulevèrent spontanément. La Toscane reconnut Victor-Emmanuel pour dictateur, ainsi que Parme, Modeue, Bolugne et la Romugne. Le roi prit en personne le commandement de son année et, le l<*r mai, il entra en campagne, accompagné de son fils aîné, le prince Humbert. Il se distingua par

VICT

sa bravoure au combat de Palestro, dont ie résultat fut le passage de la Sezia. et durant lequel les zouaves du 3e régiment, émerveillés do sa valeur, lui décernèrent le titre honorifique de caporal. Victor-Emmanuel entra k Milan avec Napoléon III, après la bataille de Magenta. Le traité de Villafranca, qui suivit la bataille de Solferino, vint entraver quelque temps les espérances d'unité qu'avait conçues l'Italie. Par ce traité, on stipulait l'organisation de l'Italie en une confédération présidée par le pape, ainsi que le rappel des princes dépossédés. Mais ce temps d'arrêt fut de peu de durée; la Toscane, les duchés de Parme et de Modène votèrent leur annexion à la Sardaigne, et le gouvernement français, en acceptant Nice et la Savoie, adhéra complètement à cette augmentation do territoire. Bientôt l'expédition de Garibaldi dans les Deux-Siciles, timidement désavouée d'abord, puis encouragée et à la fin aidée les armes à la main, puis la défaite de Lamoiicière il Casteliidardo (septembre 1860), vinrent donner à Victor-Emmanuel l'Italie tout entière, à l'exception de Home et des Etats pontificaux et de la Vénétie. Le 5 mai, un décret du Sénat salua Victor-Emmanuel du titre de roi d'Italie. Sur ces entrefaites mourut le comte de Cavour (6 juin 1861), un des hommes d'Etat les plus habiles qu'ait eus l'Italie. Son successeur fut le baron Ricasoli,dont les actes principaux furent l'organisation d'une garde nationale mobile, l'unification de la dette des Etats annexés, un emprunt de 500 millions et la concession de nouveaux chemins de fer, l'exécution de grands travaux de défense. Malheureusement pour ce ministre, l'agitation des provinces napolitaines livrées au brigandage, son opposition trop marquée contre la cour de Rome causèrent sa chute, et il fut remplacé le 3 mars 1862 par M. Rattazzi.

Sur ces eutrefaites, un événement d'une grande importance, vint k s'accomplir. Garibaldi avait choisi la Sicile, dit M. Collas, pour sortir d'une inaction qui lui pesait. Il tenta de renouveler au cri de « Rome ou la inortl » l'expédition qui lui avait réussi en 1860. Il espérait sans doute entraîner Victor-Emmanuel dans son entreprise, et il ne manquait pas de gens pour croire à la complicité secrète de ce prince. 11 y avait là un danger sérieux, d'autant plus que Garibaldi allait forcément se heurter contre une armée française. Le roi crut devoir intervenir personuellementet publia, le 3 août 1862, une proclamation destinée k faire cesser les équivoques; il y disait : «Fidèle au statut juré par moi,j'ai tenu haut le drapeau de l'Italie. Celui-là ne suit pus ce drapeau, qui viole les lois et porte atteinte à la liberté, k la sécurité de la patrie, en se constituant juge de ses destinées. ■ Garibaldi refusa de s'arrêter, trompa la surveillance des généraux chargés de l'arrêter et, avec la moitié des siens, il débarqua le 25 août k Melito. Le général Cialdini plaça des troupes dans l'isthme de i'riolo. C'est là, sur les hauteurs d'Aspromou te, qu'eut lieu, le 28 août, la rencontre entre la colonne de Pallavicini et les volontaires de Garibaldi, qui fut blessé et fait prisonnier. Le ministère ne vit dans cette victoire qu'une occasion d'abattre le parti de l'action en préparant le jugement de son plus illustre chef. Heureusement, Victor-Emmanuel intervint contre la décision des généraux, de la majorité des ministres et prévint par une amnisiie(7 octobre 1862) le fâcheux effet qu'aurait eu, soit uue condainnation,soii un acquittement. Ces événements furent suivis, le îor décembre, de la démission de M. Rattazzi ; dans le cabinet qui remplaça le sien figurèrent MM. Farini, Muighetti et Feruzzi. Le rôle de ce cabinet fut d'arranger les affaires de l'intérieur, en très-mauvais état par suite de toutes ces secousses, et surtout de s'occuper des finances. Ce fut principalement durant le cours de l'année 1864 que l'on vit l'Iialie faire les plus grands efforts pour l'amélioration des intérêts matériels. Nous citerons, parmi les principales mesures prises à cette époque : construction des roules, refonte de la monnaie de billon, suppression des dîmes, les établissements ecclésiastiques placés sous le contrôle de l'Etat, la conversion des biens de mainmorte, les expéditions contre le brigandage, le voyage de Garibaldi en Angleterre et eYitin la convention du 15 septembre 1864, aux termes de laquelle la capitale de l'Italie fut transférée k Florence. Cette convention, très-impopulaire en Italie, causa à Turiu le 21 septembre un soulèvement qui amena la chute du ministère. M. La Marinera prit la présidence du nouveau cabinet le 30 du même mois.

La convention de septembre fut sanctionnée par une loi du 12 décembre 1864, et Victor-Emmanuel usa encore une fois de sa prérogative royale |-our amnistier ■ ceux qui s'étaient compromis dans l'émeute de Turin. A la lin de l'année, le gouvernement français, comme il s'y était engagé, commença à rappeler ses troupes de Rome, où le pape réorganisa une armée avec de jeunes croisés de tous les pays. Lorsque, en 1866, s'éleva un conflit entre l'Autriche et la Prusse, Victor-Emmanuel et son gouvernement s'empressèrent de s'allier à cette dernière puissance et de mettre les forces italiennes en campagne. Grâce à la victoire des Prussiens à Sauowa, malgré le double échec des Italiens kCustozza (juin) et à Lissa (juillet), Victor-Emmanuel obtint la cession de la Vénetie, et, le 7 novembre, aux frénétiques acclamations du peuple, il en-

VICT

tra dans Venise délivrée du joug étranger et redevenue italienne. Pour que l'Italie eût complété son unité, il ne lui manquait plus que Rome et ce qui restait des Etats pontificaux. Mais l'achèvement de cette œuvre si grande et si patriotique semblait devoir rencontrer d'insurmontables obstacles, le gouvernement français ayant manifesté son inébranlable résolution de forcer les Romains à subir le gouvernement papal, aussi odieux qu'impopulaire.

Vivement sollicité par l'opinion du pays de faire de Rome la capitale réelle de l'Italie, le gouvernement de Victor-Emmanuel, tout en partageant, le même désir, se trouvait, par suite de l'état des choses, dans la nécessité de résister an mouvement. Ce fut alors que, encore une fois, Garibaldi résolut de marcher de l'avant et d'aller avec une petite armée de volontaires attaquer l'armée pontificale, soutenue par les troupes françaises. Victor- Emmanuel protesta contre ce coup de main, suivi de la défaite des garibaldiens k Mentana (4 novembre), où, selon l'expression du général de Fnilly, les chassepots français firent merveille. L'Italie frémissante dut se résigner. Quant an gouvernement, il s'efforçade rétablir l'équilibre dans les finances en établissant de nouveaux impôts. Victor-Emmanuel, pour alléger le trésor public, fit réduire alors sa liste civile de 4 millions. Ce prince, véritable roi constitutionnel, avait su dans la situation la plus difficile conserver l'affection des Italiens, qui avaient toujours trouvé en lui un chef libéral, patriote, plein de clémence et n'empiétant jaiffais sur l'autorité du pays représenté par les deux Chambres. L'affection qu'il avait su inspirer, même k Garibaldi, se manifesta particulièrement à l'occasion d'une maladie assez grave dont il fut atteint en novembre 1869. Vers la même époque, il refusa pour son neveu et son second tils le trône d'Espagne que lui offraient Prini et Serrano. Lors de la guerre que Napoléon III déclara au roi de Prusse en juillet 1 870, le gouvernement italien conserva la neutralité. La nouvelle des revers de la France et celle de la capitulation de Sedan produisirent la plus grande effervescence. Le corps d'armée français qui occupait Rome avait évacué cette ville. Une circonstance inespérée s'offrait enfin de compléter cette unité regardée si longtemps comme un rêve irréalisable. Le 8 septembre 1870, Victor Emmanuel adressa de Florence au pape une lettre dans laquelle il lui disait: • L'état d'esprit des populations gouvernées par Votre Sainteté et la présence parmi elles du troupes étrangères venues de lieux divers avec des intentions diverses sont un foyer d'agitation et de périls évidents pour tous. Le hasard ou l'effervescence des passions peut conduire à des violences et à une effusion de sang qu'il est de mon devoir et du vôtre d'éviter et d'empêcher. Je vois l'inéluctable nécessité pour la sécurité de l'Italie et du saint-siège que mes troupes déjà préposées à la garde des frontières s'avancent et occupent les positions qui seront indispensables k la sécurité de Votre Sainteté et au maintien de l'ordre.* Il lui annonça en même temps qu'il lui envoyait le comte de San-Martino pour prendre avec lui les arrangements les plus propres à atteindre le but désiré. Pie IX repoussa avec dédain les ouvertures qui lui étaient faites (10 septembre). Cependant une grande agitation régnait dans les Etais du pape, où de toutes parts on envoyait k Victor-Emmanuel des adresses lui demandant de venir k Rome. Un mouvement insurrectionnel s'étuit produit à Viterbe, aux cris de « Vive le roi d'Italie !• Le gouvernement de Victor-Emmanuel ordonna au général Cadarna de franchir la frontière. A la suite d'un combat de quelques heures soutenu par les zouaves pontificaux du général Kanzler, les troupes italiennes entrèrent le 20 septembre dans Rome, et l'on vit se produire alors un des plus grands faits de l'histoire moderne, la chute du pouvoir temporel îles papes, cause do tant de maux pour l'Italie. Le 2 octobre suivant, les cinq provinces romaines se prononçaient k uno immense majorité pour l'annexion à l'Italie. Ce même mois, à la suite de nouvelles négociations avec Prim, Victor-Emmanuel consentait à ce que son rils le duc d'Aoste acceptât le trône d'Espagne, auquel il fut appelé par un voie des certes le 16 novembre suivant. Au mois de décembre 1870, Victor-Emmanuel se rendit pour la première fois à Rome, devenue la capitale de l'Italie, "et y fut accueilli par de frénétiques ovations.

Le 1er juillet 1871, le gouvernement ef. le Parlement s'installèrent solennellement k Rome, et Victor-Emmanuel présida l'ouverture des Chambres. Depuis cette époque, le roi habite une partie de l'année le Quirinal, où d'immenses réparations ont été faites. Laissant toute liberté au pape, qui habite le Vatican, non-seulement il ne s est nullement préoccupé des injures dont Pie IX n'a cessé de le gratifier publiquement, mais encore il s'est constamment prononcé pour qu'on fit au saint-siége toutes les concessions compatibles avec la sûreté et la dignité de l'Etat; et, dans toutes les questions relatives au règlement des affaires ecclésiastiques, il a constamment appuyé les mesures de modération. Au mois de septembre 1873, il fit un voyage k Vienne et à Berlin en compagnie du président du conseil, M. Minghetti, et du ministre des affaires étrangères, M. Visconti-Venosta.

VICT

Ses entrevues avec l'empereur François-Joseph et l'empereur Guillaume eurent pour double résultat d'amener un rapprochement définitif entre l'Autriche et l'Italie et de cimenter l'alliance de cette dernière puissance avec l'Allemagne duNord. Au commencement d'avril 1875, Victor-Emmanuel reçut à Venise la visite de François- Joseph, et au mois d'octobre de la même année, à Milan, celle de l'empereur d'Allemagne. Le 23 mars de l'année précédente, k l'occasion du 25* anniversaire de son règne, le roi d'Italie avait pu acquérir la preuve que sa popularité avait résisté, chose bien rare, k l'épreuve du temps. Garibaldi étant allé siéger au Parlement, à Rome, vers la fin de 1875, alla rendre visite à Victor-Emmanuel, qui l'accueillit delà façon la plus amicale. En mars 1876, le cabinet Minghetti ayant été renversé par un vote de la majorité, le roi, toujours Adèle observateur des théories parlementaires, a appelé les chefs de la gauche, MM. Depretis et Nicotera, à former le nouveau ministère.

En uniforme, le casque sur son crâne immense, le port haut et fier, l'œil brillant d'énergie, Victor-Emmanuel semble, avec sa vaste carrure, ses membres herculéens, sa figure aux traits irréguliers et farouches, un antique chef cimbre à qui le inonde doit appartenir par droit de conquête. En costume bourgeois, sa physionomie originale respire k la fois l'intelligence et la bonhomie. Patient et résolu, il s'est montré un politique habile et fin, très-pénétré des idées de son temps, et il a donné la preuve constante d'une rare sagacité. Ce grand chasseur,de chamois, qu'on a représenté fréquemment comme une sorte d'ofhcier de garnison, un grand coureur d'aventures et une espèce de Roger Bontemps couronné, est en réalité un des plus habiles politiques de l'Europe, De son mariage avec l'archiduchesse d'Autriche, Adélaïde (1842), il a eu trois fils, le prince Humbert, l'héritier présomptif du trône; Amédée, duc d'Aoste, qui a été roi d'Espagne de 1870 à 1873 ; le prince Othon, duc de Montferrat, mort en 1865, et deux filles, la princesse Clotilde, qui a épousé en 1859 le prince Napoléon, et la princesse Marie-Pie, qui est devenue reine de Portugal en 1868. Devenu veuf, Victor-Emmanuel a épousé morgauatiquement Rosine, comtesse de Miraflori, dont il a eu des enfants.

V1CTOB, évê'que de Vite, dans la Byzacène. Il vivait dans le ve siècle. Enveloppé dans la persécution du roi vandale Hunneric contre les chrétiens (483), il dut abandonner son siège et alla mourir en Grèce. Pendant son exil, il composa une histoire de l'Eglise d'Afrique depuis la conquête des Vandales : Historiapersecutionis vandalicse sive africanx sub Genserico et Hunnerico Vandalorum regibus (Cologne, 1537, in-8°). La meilleure édition est celle de Ruinart (Paris, 1694), avec commentaire. Arnauld d'Andilly l'a traduite en français (1664).

VICTOR, évêque de Tunes (Tunis), mort vers 570. Il occupait depuis plusieurs années déjà son siège épiscopai, lorsque, en 555, il fut, ainsi qu'il le dit lui-même dans sa Chronique , emprisonné , torturé ,' banni trois fois pour avoir défendu les trois chapitres et enfin jeté en prison dans le château de Dioclétien. L'année suivante, il fut exilé à Païenne, d'où on le ramena, en 564, à Constantiiiople. Emprisonné de nouveau dans cette ville, il repartit, bientôt après, pour l'exil et y mourut quelque temps après. Il nous reste de lui une Chronique, qui continue celle de Tiro-Prosper et qui s'étend de l'an 444 à 566, première année du règne de Justin IL Cette Chronique, excessivement importante, surtout pour l'histoire de l'invasion des Vandales en Afrique, a été plusieurs fois éditée, et en dernier lieu dans le tome LXVIII de la Pairologie de l'abbé Migne (Paris, 1847). Si l'on en croit saint Isidore, Victor aurait aussi composé une C'Aronique allant de la création du monde jusqu'à l'année 565; mais elle ne nous est pas parvenue.

VICTOR (Claude-Victor Perrin, dit), duc de Bellune, maréchal et pair de France, né à La Marche (Vosges) en 1764, mort à Paris en 1841. Entré au service comme tambour k l'âge de dix-sept ans, il servit dans le 4a régiment d'artillerie et obtint son congé en 17S9. 11 se fixa à Valence, y fit du commerce et se maria-, mais, après la déclaration de la patrie en danger, il vola aux frontières en 1792 avec le 3« bataillon de la Drôme. De simple volontaire, il s'éleva en peu.de mois au grade de chef de bataillon, par la valeur qu'il déploya dans la première campagne d'Italie. Sa conduite au siège de Toulon le lit nommer général de brigade par les représentants du peuple (30 frimaire an II). Il-se distingua ensuite à l'armée des Pyrénées-Orientales (1793-1795), à celle d'Italie, sous Scherer et Bonaparte, k la capitulation de Provera, au combat de La Favorite, reçut le brevet de général de division, seconda les opérations de Lannes sur Rome, occupa Faenza et Forli, et surprit Ancône (1797), Ayant reçu le commandement de Nantes, il demanda d'être employé activement dans l'armée d'Angleterre , qui s'organisait alors. Il écrivait, k ce sujet, au Directoire : « Rester dans l'intérieur pendant que le canon républicain va se faire entendre sur la Tamise

VICT

est une fonction que je ne puis exercer, « Rappelé, en effet, à 1 armée d'Italie, il prit part k la malheureuse campagne de 179S- 1799, sous Joubert et Moreau. L'année suivante, kMarengo, il commanda l'a vant-garde pendant les trois journées de cette mémorable bataille et passa immédiatement après à l'armée gallo-batave. Nommé ambassadeur en Danemark en 1805, il commanda successivement le 10e et le 1« corps dans la campagne de Prusse (1806-1807), détermina, k la tête de ses troupes, le succès de la bataille de Friedland et en fut récompensé par le bâton de maréchal et le gouvernement de Berlin. De nouveaux lauriers l'attendaient en Espagne : il y gagna, avec le 1er corps, les batailles d'Uclès et de Medellin (1809). Les champs de la Russie et de la Saxe, en 1812 et 1813, furent aussi témoins de sa valeur. Dans la campagne de 1814, il disputa aux Russes l'entrée des Vosges, chassa l'ennemi de Saint -Dizier et emporta le village de Brienne k la baïonnette. Napoléon ayant abdiqué, Victor offrit ses services k Louis XVIII, qui lui confia le commandement de la 2e division militaire et l'éleva à la pairie. Fidèle à »n nouveau souverain, il l'accompagna k Gand, rentra avec lui, devint président de la fameuse commission chargée d'examiner la conduite des officiers qui avaient servi pendant les Cent-Jours et se fit, dans ces fonctions, l'organe des rancunes des ultra-royalistes. Nommé au ministère de la guerre en 1821, il montra plus de zèle que de capacité administrative dans l'organisation de l'armée d'Espagne (1823), et il perdit son portefeuille à l'occasion des marchés Ouvrard (v. ce nom). Major général de la garde royale k l'époque de la révolution de 1830, il ne se rallia point au nouveau gouvernement ; il lui fit même une opposition sourde. On le désignait comme l'un des membres d'un gouvernement provisoire légitimiste, et c'est grâce à l'amitié du maréchal Soult qu'il dut de ne pas être compris dans les poursuites dirigées k ce sujet contre Chateaubriand, M. Hyde de Neuville et autres. Ses dernières années s'écoulèrent dans la retraite. Elles furent troublées pourtant par un incident assez curieux. Alexandre Dumas, dans sa Notice sur la jeunesse de Napoléon, avait avancé, sur le témoignage de personnes dignes de foi, que le duc de Bellune avait été à Valence, en 1790, épicier et ménétrier. Les journaux répandirent cette révélation, comme un châtiment infligé k l'ancien roturier, aujourd'hui champion du droit divin. Le maréchal essaya de se défendre, mais ses explications ne servirent qu'k donner de la consistance au bruit répandu. Il menaça Alexandre Dumas d'un procès en diffamation; celui-ci défendit son dire, et le procès ■n'eut point lieu. Victor a laissé des Mémoires, dont la publication, annoncée en neuf volumes in-8°, a été commencée par son fils ; mais il n'en a paru que le premier volume.

Victor (abbaye db Saint-), ancienne et célèbre abbaye, située k Paris, et dont l'emplacement est aujourd'hui occupé en majeure pallie par l'Entrepôt des vins. Il existait k l'origine sur les terrains qui virent depuis s'élever les bâtiments de l'abbaye Saint- Victor une petite chapelle, qui était érigée en prieuré, quand, en 1108, Guillaume de Champeaux se retira dans ce prieuré. Il y établit un chapitre de chanoines réguliers avec titre d'abbaye. Louis VI dota cet établissement (1112). Le premier abbé lut Guilduin, disciple de Guillaume de Champeaux; ce dernier, en se retirant k Saint- Victor, y continua ses leçons, et Abailard fut un de ses disciples. L'abbaye de Saint-Victor devint rapidementune des plus importantes de France, Elle reçut des accroissements considérables en 1448, grâce aux libéralités de Charles VII, et sous François 1er son église fut presqueentièrement reconstruite (1517). On ne conserva de l'ancienne que l'entrée, le clocher et la chapelle souterraine. La façade fut, en 1760, élevée sur de nouveaux dessins. L'intérieur était décoré de quelques tableaux remarquables et de monuments funèbres. On y admirait surtout la grille du chœur, chefd'œuvre de serrurerie, d'une grande finesse de dessin. Le cloître contenait les tombeaux des abbés. La bibliothèque de l'abbaye de Saint-Victor était célèbre. Elle ne se composait k l'origine que de manuscrits d'auteurs ecclésiastiques; mais elle fut considérablement augmentée par l'abbé Lamasse et par Nicolas Delornie, un de ses successeurs, qui, en 1496, fit élever un bâtiment spécial pour la contenir. En 1652, Henri Du Bouchet, conseiller, légua ses livres k l'abbaye de Saint- Victor, k la condition que sa bibliothèque en serait ouverte au public, et joignit à sa donation les fonds nécessaires k son entretien. Celte bibliothèque fut encore augmentée en 1707 par M. Cousin, président de la cour des monnaies. Après avoir .été fermée pendant quelques années, elle fut rouverte au public en 1788.

Quant au régime intérieur de l'abbaye, il résulte du témoignage des historiens du temps que ses religieux ne tinrent pas toujours une conduite régulière. En février 1619, notamment, ils étaient en révolte ouverte contre leur supérieur, et le parlement fut contraint d'intervenir pour rétablir l'ordre et la subordination. Cette cour permit eu même temps au prieur de recourir au bras séculier

VICT

en cas de désobéissance et de rébellion et d'enjoindre au lieutenant général de robe courte de mettre k exécution les ordonnances dudit prieur.

L'abbaye de Saint-Victor fut supprimée en 1790, avec les autres communautés religieuses. Une partie des livres composant sa riche bibliothèque fait aujourd'hui partie de la Bibliothèque nationale. Les bâtiments subsistèrent jusqu'en 1813, époque où ils furent abattus et remplacés, comme nous l'avons dit, par l'Entrepôt des vins. Une rue en rappelle seule aujourd'hui le souvenir.

L'abbaye de Saint-Victor a donné k l'Eglise plusieurs hommes d'un grand mérite : Hugues et Richard de Saint-Victor, Pierre Lombard, le poëte Santeuil, etc., étaient de cette maison. Il y a dans la bibliothèque de Sainte - Geneviève une histoire des grands hommes de ce monastère, composée par le Père Gourdan, l'un des chanoines de Saint- Victor.

Victor OU l'Enfant de la forât, roman de

Ducray-Duminil (1796). Le héros de cette histoire, enfant abandonné, a été recueilli et élevé par le baron de Fi itzierne, qui le traite comme s'il était son fils. Grandissant avec Clémence, la fille du baron, le jeune homme s'aperçoit qu'il l'aime en amant bien plus qu'en frère et qu'il est payé de retour. Cette découverte le réduit au désespoir ; car il comprend que, dans sa position, il ne peut aspirer k la main de la fille de son bienfaiteur. S'armant de courage, il prend la résolution de fuir et se dispose à la mettre à exécution, lorsqu'il entend des cris poussés par une femme que des brigands allaient assassiner; il vole à son secours, suivi de son fidèle serviteur Valentin, et arrive à temps pour lui sauver la vie. Mme "Wolf, qu'il vient d'arracher k la mort, est poursuivie par la vengeance de Roger, un brigand célèbre, la terreur du pays, qui vient attaquer le château. Son criminel projet échoue, grâce à la valeur de Victor qui le désarme et va le tuer, lorsque Mme Wolf arrête son bras et lui découvre qu'il allait commettre un parricide. Le jeune homme se rend auprès de son père, dont il se fait reconnaître, et le conjure d'abandonner son métier honteux; Roger refuse, et Victor part en voyage afin de s'éloigner de Clémence. La fille du baron, désespérée k son tour, s'enfuit de la maison paternelle et veut ensevelir son amour dans la solitude. Elle se réfugie dans un ermitage désert , où le hasard amène le malheureux Victor. Les deux amants se retrouvent et se croient sur . le point d'atteindre le but de' leurs vœux, puisque le baron de Fritzierne aime mieux consentir à leur union que de perdre sa fille, lorsqu'un nouveau coup du sort vient les frapper. Roger a été capturé et condamné k mort; un de ses complices reconnaît Victor et le désigne k la vengeance populaire comme le fils du brigand. On le charge de chaînes et on le jette dans un cachot, malgré les pleurs de Clémence. La fille du baron court au palais du souverain, lui raconte ses malheurs et l'attendrit assez pour que ce prince daigne venir briser lui-même les chaînes de Victor. Tant d'émotions successives ont brisé le jeune homme. Ou craint pour ses jours, et le baron de Fritzierne succombe lui-même, épuisé par les épreuves qui l'ont assailli. La jeunesse de Victor triomphe du mal, et, après avoir pleuré son bienfaiteur, il épouse Clémence, qu'il n'a cessé d'adorer.

La morale de ce roman n'est pas trèsneuve ; la voici : tôt ou tard, le vice reçoit sa punition, et la vertu sa récompense. Sans doute, les moyens employés pour amener cette conclusion ne sont pas toujours conformes k la vraisemblance; mais ce défaut plaît aux enfants, amis du merveilleux, et il ne faut pas oublier que Ducray-Duminil, comme Berquin, est avant tout l'ami des enfants. Cet ouvrage est le produit d'une imagination vive, habile k combiner des aventures de mélodrame, pleine de sentiment et de naïveté ; les caractères y sont bien tracés et sùi-. vis; le style est clair, assez correct, vif; le seul reproche sérieux qu'on puisse adresser k l'auteur, c'est de n'avoir pas su éviter l'emphase. Victor ou \' Enfant de la forêt passe pour le chef-d'oeuvre de Ducray-Duminil, qui sut jadis si bien intéresser la jeunesse.

VICTORIA s. ï. (vi-kto-ri-a). Voiture découverte, k quatre roues.

— Astron. Nom d'une planète télescopique.

— Bot, Genre de plantes, de la famille des nymphéacées, tribu des euryalées, comprenant deux espèces, qui croissent dans les eaux douces des régions chaudes de l'Aîné-' rique du Sud : La Victoria peut être regardée comme une des merveilles du règne végétal. (P. Duchartre.)

— Encycl. Astron. Victoria est la douzième petite planète découverte, le 13 septembre 1850, par M. Hind, de Londres. Quelques astronomes appellent cette petite planète Clio. Mais l'astronome anglais lui donna le nom de sa gracieuse souveraine, et ce nom a prévalu. Ses principaux éléments sont :

Moyen mouvement diurne. . .,. 995",83

Durée de ia révolution sidérale. 130lj,42

Distance moyenne au soleil . . 2,333

Excentricité 0,219

Longitude du périhélie 301° 39' 85"

VICT

Longitude moyenne de l'époque 7«42' 36"

Longitude du nœud ascendant 2350 34'4?."

Inclinaison 8» 23' 19"

Epoque en temps moyen de

Paris 0,0 janvier 1851.

Cette planète a l'apparence d'une étoile de , neuvième grandeur, d'un bleu pâle.

— Bot. Le genre Victoria est très-voisin des euryales et présente le port, l'aspect extérieur et les caractères généraux de la famille des nymphéacées. 11 est connu surtout par l'espèce type, appelée, en l'honneur de la reine d'Angleterre, Victoria regia. C'est sans contredit une des plantes les plus remarquables, une des merveilles du règne végétal. Qu'on se figure le nymphéa blanc de nos ruisseaux, avec des proportions gigantesques, car les feuilles ont quelquefois 6 mètres de tour. Ces feuilles sont rondes, échancrées à la base et d'un beau vert glauque ; la face inférieure est d'un pourpre vineux et présente un réseau élégant, formé par des nervures fortement saillantes , armées d'aiguillons crochus. A leur naissance, elles ont l'aspect d'un hérisson roulé en boule; peu à peu elles s'étalent, mais leurs bords restent relevés de quelques centimètres. A cette époque, elles s accroissent en diamètre de plus de om,10 par jour. A mesure qu'elles vieillissent, leurs bords s'affaissent, le limbe prend une teinte plus foncée, se boursoufle et se couvre de taches jaunâtres. C'est un commencement de décomposition, qui indique le moment où l'on doit les supprimer sur les sujets cultivés. Quand elle est arrivée k son plus bel état de développement, la feuille, portée sur un long pétiole, forme une élégante nacelle, qui flotte à la surface des eaux-; une jeune fille, âgée de plus de cinq ans, a été placée sur une de ces feuilles, qui a soutenu, sans fléchir, ce gracieux fardeau.

Les fleurs ne sont pas moins admirables. Elles dépassent souvent 1 mètre de tour et renferment un nombre considérable de pétales, qui, en allant de la circonférence au centre, passent successivement du blanc le plus pur, par des teintes roses de plus en plus foncées, au rouge cramoisi. Leur épanouissement présente des particularités remarquables, jj'après des observations faites k Chaisworth, chaque fleur s'ouvre k cinq heures du soir et continue k s'épanouir jusqu'au lendemain matin, k dix heures. Elle se referme alors, puis se rouvre k deux heures de l'après-midi le même jour et enfin se referme le surlendemain ( troisième jour en tout), entre sept et huit heures du matin. C'est donc au milieu de la nuit qu'elle est dans tout son éclat.

A son premier âge, la fleur de la Victoria regia est blanche; les pétales sont légèrement teintés de rose, et, en se fermant, ils s'inclinent mollement vers la surface de l'eau. Au moment de la fécondation, les fleurs dégagent une chaleur considérable. Ce fait, déjà remarqué, sur de moindres proportions, dans les fleurs de. notre nymphéa blanc, par le professeur Lehmann , a été signalé, pour celles de la. Victoria, par AI. Planehon, dans les belles serres de M. Van Houtte, k Gand. M. Otto, directeur du jardin botanique de Hambourg, a repris l'expérience. La température de l'air ambiantétautk 220, celle de l'eau k 21°, un thermomètre, placé au milieu des étamines, s'éleva en un quart d'heure k 41°. Après la fécondation, le pédoncule se replie, et le fruit mûrit dans l'eau, ce qui arrive, du reste, habituellement dans les plantes aquatiques inondées.

Découverte en Amérique parM. Bonpland, et plus tard par M. d'Orbigny, la Victoria ne fut bien connue et dénommée qu'à l'époque où M. Schonburgk la retrouva a la Guyane. Laissons le savant voyageur exprimer luimême le ravissement qu'il éprouva k la vue de cette plante : « Ce fut le 1er janvier 1837, tandis que nous luttions contre les difficultés que nous opposait la nature, sous différentes formes, pour arrêter notre navigation sur la Berbiee, que nous atteignîmes un endroit où la rivière forme un large et tranquille bassin. Un objet, placé k l'extrémité méridionale de cette espèce de lac, attira mon attention, sans que je pusse me faire une idée de ce que ce pouvait être ; mais, animant mes rameurs par l'espoir d'une récompense, nous fûmes bientôt près de l'objet qui excitait ma curiosité, et je pus contempler une véritable merveille. Toutes mes infortunes furent oubliées; j'étais botaniste, et je me trouvais récompensé. Il y avait là des feuilles gigantesques étalées, flottantes, de 5 k 6 pieus de diamètre, k larges bords, d'un vert brillant en dessus et d'un cramoisi vif eu dessous. En remontant la rivière, nous rencontrâmes souvent cette plante , et plus nous avancions, plus les individus devenaient gigantesques. • La France a possédé assez tard cette belle nymphéacée ; c'est le 5 août 1854 qu'elle y a fleuri pour la première fois, dans les serres du Prado, k Marseille. Quelques mois plus tard, on a pu l'admirer dans l'aquarium du Jardin des plantes de Paris, dont elle fait le plus bel ornement. Elle a figuré aussi k nos grandes expositions florales de 1855 et 1867. Sa culture n'est pas difficile ; on la propage de graines, qu'on jette dans l'eau, ou de tronçons de rhizome ; elle est vivace , mais se

VICT

cultive aussi comme annuelle. Le choix de l'eau et du sol doit être pria en grande considération. Pour ce dernier, après plusieurs essais; on s'est arrêté à la bonne terre franche, comme étant la meilleure. Un lit de charbon de bois placé au-dessous, comme désinfectant, reçoit et absorbe les matières organiques en décomposition.

Quant au liquide, on a dû, au Jardin des plantes, renoncer k faire usage des eaux de puits et de fontaine, trop chargées de carbonate calcaire. L'eau de la Seine était préférable ; mais il eût été trop difficile de l'y prendre. M. Decaisne a eu l'heureuse idée d'utiliser les eaux pluviales,qui sont riches en oxygène et pures de toute matière minérale. Pour arriver k ce but, on recueille dans une citerne l'eau qui tombe sur toute l'étendue des serres, puis on la distribue k l'aquarium, suivant les besoins. Cette disposition permet en outre de renouveler l'eau lentement, mais sans cesse, et de lui imprimer un mouvement léger, mais continu, au moyen d'un petit filet d'eau qui tombe obliquement sur la surface du 'liquidé.

A Marseille, bien que l'eau du bassin n'ait guère reçu d'autre chaleur que celle du soleil, la plante a pu fleurir et fructifier. M. A. Pascal pense, d'après cela, que la culture de la Victoria à l'air libre pourrait être tentée avec succès dans les parties les plus chaudes et les plus abritées du Midi, la rapidité de sa végétation pouvant lui permettre de trouver, dans les trois mois d'été, une chaleur suffisante pour assurer son complet développement. Il est probable aussi, d'après les observations de M. Naudin,que, si la vie toria ne peut pas braver en plein air les hivers du climat d'Alger, il lui suffira au moins d'un abri léger et temporaire.

Le fruit de cette plante est globuleux , charnu, hérissé de piquants et surmonté d'une sorte de godet, au centre duquel s'élève une éniinence conique. 11 renferme des graines féculentes, bonnes à manger rôties comme celles du maïs; de là le nom de maïs d'eau donné à cette plante par les Guaranis. Quant au rhizome, il est riche en fécule, comme celui de toutes les nymphéacées.

Une seconde espèce, appelée Victoria crutiana, a été découverte par M. A. d'Orbi-

fny, dans les eaux stagnantes de la province e Corrientes.

VICTORIA, la plus petite, mais la plus importante des cinq colonies de l'Australie. Elle est située dans la partie S.-E. du continent australien. Son extrémité méridionale est formée par le promontoire Wilson , qui s'élève par 30» 17' de latit. S., tandis qu au N. elle est bornée par le grand fleuve Murray, à partir de sa source principale près du mont Koseiuszko, jusqu'à 34° de latit. S. et 138» 40' de longit. E. Elle est baignée à l'E. et k l'O.

fiar le grand Océan et a pour limite au S. e détroit de Bass. Sa superficie est de 224,718 kilom. carrés et sa population de 760,000 hab. Chef-lieji, Melbourne. La côte de Victoria présente vers sa partie centrale des ports et des havres excellents, entre autres Port-Philipp , Western-Port , Corner- Inlet et Corner-Basin. La colonie est traversée dans toute sa longueur, de l'E. à l'O., par un plateau montagneux, qui se termine au fleuve Glenelg et dont la partie méridionale est fertile et bien peuplée, tandis que la partie septentrionale, k peu près inexplorée jusqu'à ce jour, n'est qu'un désert aride couvert de steppes. Ce plateau est formé de plaines élevées, dominées à l'O. par les Grampians, dont un sommet, le mont William, a une altitude de 1,300 mètres ; au centre, par les Pyrénées australiennes et leurs ramifications, ou se trouvent les riches placers de Bendigo et de Ballorat; à l'E., enfin, par les Alpes australiennes, qui renferment les plus hautes (montagnes de l'Australie , entre autres le mont Hotham, d'une altitude de 2,200 mètres. Les cours d'eau sont très-nombreux, mais sans aucune importance, si l'on en excepte le Murray, dont ils sont presque tous les affluents.

Les habitants s'adonnent à l'élève des troupeaux, au travail des mines, à l'agriculture, au commerce et à l'industrie. La laine est un des principaux articles d'exportation de la colonie. Les éleveurs de troupeaux ou squatters sont en général des Ecossais, tandis que les Anglais sont presque tous agriculteurs. C'est à ces deux nationalités qu^ippartient la majorité de la population; les émigrants de la principauté de Galles et du Comouailles abondent surtout dans les mines. Depuis 1849, un grand nombre d'Allemands ont aussi émigré à Victoria ; mais ils se livrent indifféremment k toute sorte de travail. N'oublions pas les Chinois, qui ont envahi ce nouveau continent, comme ils envahissent l'Amérique et l'Océauie. Outre les céréales, on cultive les plantes les plus variées : le lin, le sarrasin, le tabac, la vigne, le mûrier pour l'élève des vers à soie, qui réussit parfaitement, les oranges, les légumes, les fruits d'Europe, etc. Presque toutes les branches d'industrie qui répondent aux besoins des habitants ont pris un rapide développement. Moulins, brasseries, savonneries, fabriques de chandelles, tanneries, peausseries, tuileries, poteries, forges, fabriques de machines et d instruments aratoires, etc., y sont exploités eu grand nombre et donnent tou> Jet, revenus importants. N'oublions pas

VICT

de mentionner que le travail des femmes y est bien mieux rétribué que dans n'importe lequel des Etats de l'Europe, et qu'à Melbourne seul il y a 3,000 femmes employées dans les fabriques et dont le salaire varie entre 40 et 50 francs par semaine.

C'est la colonie de Victoria qui possède les plus riches mines d'or non - seulement de l'Australie, mais du monde entier, et c'est là qu'ont été trouvés les lingots les plus considérables. On se rappelle celui qui fut trouvé enl85Setqui,pesantplus de 83 kilogrammes, fut vendu 262,000 francs. Aussi l'or forme-t-il un des produits les plus importants de l'exportation. La colonie possède deux voies ferrées, qui conduisent des deux ports de Melbourne et de Geelong dans l'intérieur. Des lils télégraphiques relient entre elles les principales villes.

La colonie de Victoria fit d'abord partie du gouvernement delà Nouvelle-Galles du Sud, sous le nom de district de Port-Philipp. En 1851, elle a été érigée en colonie indépendante et a pris le nom qu'elle porte aujourd'hui. Ce fut peu de temps après que l'or y fut découvert par un nommé Hargreaves, près de Bathurst, à 275 kilom. de Sidney. Les habitants s'y transportèrent en foule. Peu après on découvrit un grand nombre de placers dans les rivières Lobdon et Avoca, k Ballorat, à Bendigo, etc. Depuis lors l'exploitation ne s'est pas ralentie etr donne toujours des résultats merveilleux, d'autant plus qu'elle est en majeure partie aux mains de compagnies particulières, qui font cette exploitation en grand, en se servant de machines d'une grande perfection, dont le travail quotidien équivaut à celui que fournirait un mineur pendant un mois. Dans la colonie de Victoria, comme dans les autres colonies de l'Australie, ce sont les colons qui s'administrent eux-mêmes. D'après la constitution acceptée en 1856 par le gouvernement anglais et mise en vigueur le 25 décembre de la même année, le pouvoir administratif est aux mains d'un gouverneur, qui est le représentant de la couronne et de deux Chambres législatives : le conseil législatif (législative council) ou Chambre haute et l'Assemblée législative (législative Assembly) ou Chambre basse. Le conseil législatif se compose de trente membres, qui sont habituellement choisis au sein des classes riches et instruites, et qui sont élus par six circonscriptions. Chaque membre doit avoir au moins trente ans et posséder une certaine fortune. Le conseil ne peut pas être dissous, mais il est renouvelable par fractions de six membres tous les deux ans. L'Assemblée législative se compose de soixante-dix-huit membres, élus par trentesept circonscriptions. Aucune condition de fortune n'est exigée d'eux, et tout citoyen qui a atteint sa vingt et unième année a le droit d'être élu. Le conseil exécutif se compose des ministres, qui sont les véritables administrateurs, tant qu'ils ont pour eux la majorité des Chambres. Le gouverneur règne, mais ne gouverne pas. Il reste d'ordinaire six années en fonctions, et reçoit un traitement annuel de 250,000 francs, payé tout entier par la colonie, dont les revenus s'élèvent k environ 83 millions. C'est k cette constitution libérale que Victoria doit d'être devenue en quelques années l'une des colonies les plus florissantes de l'Angleterre,

VICTORIA, ville et porte franc de l'Amérique anglaise du Nord, chef-lieu de l'établissement formé par la compagnie de la baie d'Hudson, dans l'île de Quadra-et-Vancouver, sur la côte S.-E. de cette lie, vis-à-vis de l'embouchure du Fraser, k 753 milles marins de San- Francisco; 6,000 hab. Collèges, écolo commerciale. L'importance de ce port franc s'est beaucoup accrue en 1858, par suite de la découverte des mines d'or du Fraser, dans la Colombie anglaise; 23,000 émigrants, dont 5,000 Français, y furent débarqués en 1859; mais les déceptions qu'éprouvèrent ces travailleurs dans les placers des rives du Fraser ont arrêté depuis lors l'élan qui portait les chercheurs d'or vers ces régions septentrionales.

VICTORIA, ville et capitale de la colonie anglaise de Hong-kong, non loin de la côte de la province chinoise de Kouang-tong, sur la côte septentrionale de Hong-kong, k 300 kilom. S.-E. de Canton, par 22° 16' de latit. N. et lU» 50' de longit. E. ; 70,000 hab., dont environ 60,000 Chinois. L'établissement de cette ville présente un exemple frappant de ce que peut une grande nation. Le lieu où la ville s'élève était occupé , avant 1842, par de misérables cahutes et il ne venait dans les passes de l'Ile que de rares barques de pêcheurs. Depuis la cession de ce territoire par le traité de Pékin, les Anglais ont creusé le granit, nivelé un espace considérable, rendu d'un accès facile uuo côte encombrée de blocs éboulés et ont assis enfin une grande ville sur des rochers abrupts, Victoria a des rues magnifiques, un port vaste et sûr, un arsenal, des magasins pour les approvisionnements, des chantiers et des ateliers pour la réparation des navires. Le mouvement de ce port franc est destiné k de grands développements par suite du progrès du commerce au Japon, et de l'ouverture de plusieurs ports au nord de la Chine. Victoria est en communication fréquente et régulière par des bateaux à vapeur avec Canton, Ma-

VICT

cao, Sang-haf, E-mbuî, Manille, «Singapour, Bombay, Calcutta, Aden, Suez, etc.

VICTORIA (la) , ville de l'Amérique du Sud, dans la république de Venezuela, cheflieu de la province d'Aragua, à 60 kilom. S.-O. de Caracas, par 10° 13' de latit. N. et 69051' de longit. O. ; 30,000 hab. C'est une •colonie agricole fondée parle gouvernement de la république ; elle est en pleine voie de prospérité.

VICTORIA (NOSSA-SENHORA-DA-), ville de l'Amérique du Sud, dans l'empire du Brésil, chef-lieu de la province d'Espiritu-Santo, avec un petit port de commerce à l'embouchure du Spiritu-Santo, par 20° 18' de latit. S. et 42» 20' de longit. E.; 8,000 hab. Collège. Résidence du gouverneur et de l'autorité supérieure de la province. Dans les environs, on récolte en abondance du café, du coton, de la canne à sucre, du manioc et des céréales.

VICTORIA (terre de), nom donné à une contrée encore peu connue et découverte en 1841 par le capitaine anglais James Ross dans le grand Océan austral. Elle s'étend de 70° à 75° de latit S.; sa côte est par 165° de longit. E. La terre de Victoria, ainsi nommée en l'honneur delà reine d'Angleterre, présente des côtes glacées et difficilement abordables. Le sol paraît être montagneux et volcanique. On y remarque l'Erebus (3,781 mètres d'altitude), volcan le plus méridional du globe.

• VICTORIA (chutes), formées par le fleuve Zambèze, Afrique méridionale, entre le 23<s et le 24û degré de longit. orientale et le 18° de latit. méridionale. Elles sont désignées par les indigènes (les Cololos) sous le nom de Mosi-oa-T ounya, ce qui signifie ta fumée tonnante. Elles s'appelaient autrefois Séongo ou Chongoué, qui veut dire endroit de l'arc-enciel. Ce fut Livingstone qui, le premier des Européens, vit cette admirable cataracte et lui donna le nom de la reine d'Angleterre.

En amont de la cataracte se trouve une petite île, désignée sous le nom d'île du Jardin, s'éteudant jusqu'au bord du gouffre. L'abhne est d'une profondeur vertigineuse. «Les chutes de Victoria, dit Livingstone, ont été formées par une déchirure transversale du basalte qui constitue le lit du Zambèze. Les bords de la faille sont toujours k vive arête, si ce n'est du côté où l'eau se précipite et où la rampe est rongée sur l'espace de 1 mètre. La falaise est perpendiculaire et descend jusqu'au fond de l'abîme sans présenter de saillie, sans offrir de stratification, sans paraître disloquée. Le puissant effort qui, en produisant cette fissure, a déchiré le lit du fleuve n'en a pas dérangé le niveau. Il en résulte qu'arrivé k l'extrémité de l'Ile du Jardin, le Zambèze disparaît tout à coup, laissant voir de l'autre côté de la crevasse les arbres qui s'élèvent à l'endroit où il coulait jadis et qui croissent sur le même plan que celui où nous avons navigué. ■ La largeur du fleuve en cet endroit est d environ 1,860 yards; la crevasse est de quelques mètres plus large que le fleuve. Elle est dirigée à peu près de 1 est à l'ouest, tandis que le Zambèze, en amont, l'est du nord au sud. Sa profondeur atteint environ 130 mètres, c'est-à-dire deux l'ois la hauteur de la chute du Niagara ; son ouverture, dans l'endroit le plus resserré, est de 73 mètres ; ailleurs, on compte quelques mètres en plus. Qu'on se représente maintenant un fleuve de plus de 1,500 mètres de largeur se précipitant dans cette faille avec un fracas épouvantable et l'on aura une idée de ce que sont les chutes Victoria. On conçoit qu une telle masse d'eau tombant d'une telle hauteur produise une quantité énorme de nuages de vapeur, s'élevant en forme de colonnes qu'on aperçoit k plus de 8 lieues des chutes. Le voyageur Baines a constaté que la vapeur s'élève, suivant les places, de 135 mètres à 225 au-dessus des arbres, dont la hauteur peut être évaluée à 27 mètres.

« Le Zambèze, dit Livingstone, se rue vers le sud en suivant ce canal étroit sur un espace de 130 yards. Arrivé là, il se trouve en présence d'une seconde crevasse plus profonds et presque parallèle à la première. Abandonnant alors la partie orientale de ce nouveau gouffre à de grands arbres qui en tapissent le fond, il se détourne brusquement pour courir à l'ouest et découpe ainsi un promontoire de 1,170 yards de longueur sur une base qui en a 416. Après avoir entièrement descendu le second côté de ce triangle, les eaux doublent tout à coup la pointe d un autre cap et vont se jeter a l'est dans ua troisième abîme. Elles glissent autour d'un nouveau promontoire, beaucoup plus étroit que les autres, reviennent au couchant, où elles se versent dans un quatrième gouffre, et nous les voyons au loin décrire encore un angle, puis se diriger à l'est dans un nouvel abîme. > Au sud des chutes, de l'autre côté du gouffre, le niveau du sol est le même que jadis. Il est fort dangereux de se rendre à l'île du Jardin et l'on ne peut y arriver que lorsque l'eau est basse. Cette Ile s'appelait autrefois Kazerouka ; mais les indigènes la débaptisèrent et lui donnèrent le nom d'île du Jardin, en souvenir de Livingstone qui a, le premier, en 1855, visité les chutes et établi un verger dans l'île Kazerouka.

VICTORIA, lac de l'Afrique orientale, également connu sous le nom de Nyanza ou de Vict ni.-Nj ui.za. Y. Nïan^.v.

VICT

VICTORIA ira (Alexandrins-), reine d'An-

fleterre, née à Londres le 24 mai 1819. Fille 'Edouard, duc de Kent, et de Louise-Victoria, princesse de Saxe-Cobourg, elle devint à la mort de son père, dont elle était la fille unique, l'héritière du trône d'Angleterre qu'occupait son oncle Guillaume IV. La duchesse de Northumberland fut chargée de diriger l'éducation de la jeune princesse, qui, outre les sciences naturelles et l'histoire, apprit divers arts d'agrément. Lorsqu'elle fut devenue jeune fille, Guillaume IV désigna lord Melbourne pour l'initier au mécanisme de la constitution'anglaise, et ce ministre libéral acquit un assez grand ascendant sur son esprit. Le 20 juin 1837, Victoria succéda à son oncle qui venait de mourir, et le 28 juin elle fut solennellement couronnée à Westminster. En ouvrant le Parlement, le 20 novembre suivant, la jeune reine maintint au pouvoir le ministère whig, présidé par Melbourne, et manifesta son intention de gouverner d'après les idées libérales.

A peine montée sur le trône, la jeune reine reçut de tous les points de l'Europe des prétendants qui venaient solliciter la main de la Ross d'Angleterre, comme l'avait surnommée la galanterie britannique. On douta quelque temps si le choix de la souveraine se porterait sur un prince de la famille d'Orléans, le duc de Nemours, ou sur le prince Albert de Saxe-Cobourg, son parent. Elle se décida pourtant en faveur de ce dernier, pour lequel elle ressentait, dit-on, la plus vive affection, et elle l'épousa le 10 février 1840. Victoria, outre qu elle satisfaisait à son inclination, avait fait un choix très-sage au point de vue politique. Le prince Albert était un jeune homme de belle et robuste physionomie. Il avait le même âge que la reine. Frère du duc Ernest II, prince de Saxe-Cobourg- Gotha, il était plaeé h un degré trop inférieur dans la hiérarchie des trônes pour que la reine d'Angleterre pût subir par son époux aucune influence extérieure. La reine d Angleterre fut donc prévoyante et positive comme le génie anglais. Elle fit un mariage plus solide qu'éclatant. Elle prit un époux fait k sa propre image. Elle se maria pour être reine, pour être heureuse, pour avoir des enfants et donna constamment à l'Angleterre l'exemple des vertus domestiques. Quelques mois plus tard, le 3 septembre 1840, devant un vote de non-confiance du Parlement, elle dut remplacer le ministère whig qu'elle n'avait cessé de soutenir, et dont elle avait refusé la démission en mai 1839, par un ministère tory, qui resta au pouvoir de 1841 k 1846. A partir de ce moment, elle se contenta de régner, laissant le Parlement gouverner le pays. et se bornant à appeler au pouvoir les hommes qui représentaient la majorité. Nous ne referons donc point, à propos de cette reine, l'histoire de l'Angleterre sous son règne. Nous nous bornerons à rappeler les faits les plus saillants de son existence.

Louis-Philippe, n'ayant pu marier son fils à la reine Victoria, poursuivait son rêve d'alliance anglaise. Ce rêve était d'amener la reine d'Angleterre k lui faire une visite à Paris et de répondre ainsi aux insolences du czar. Il avait donné au prince de Cobourg la princesse Clémentine, sa fille, pensant créer ainsi entre elle et la reine Victoria une sorte d'affinité dont il attendait les meilleurs effets. La princesse Clémentine fut envoyée à la cour d'Angleterre. Toute la diplomatie féminine de la princesse échoua contre cette volonté ferme de ne pas faire k Paris un voyage regardé alors comme compromettant. Mais la reine d'Angleterre promit d'aller voir le roi au château d'Eu, près du Tréport, où de grands préparatifs furent faits pour la recevoir, et le roi, malgré son grand âge, se rendit au Tréport pour la recevoir à la descente de son yacht (septembre 1843). Le veyage de la reine d'Angleterre à Eu forme ce que l'on nommait alors l'entente cordiale et fut le point de départ d'une correspondance suivie et intime avec Victoria, à qui Louis-Philippe rendit sa visite en Angleterre au mois d'octobre 1844. L'année suivante, la jeune roino fit u'n voyage en Allemagne avec son mari, à qui elle avait fait donner en 1S42 le titre de prince-époux (consort).

Cependant, poursuivant son but avec une patience digne d'un meilleur sort, Louis-Philippe cherchait toujours les moyens de décider la reine d'Angleterre k faire un voyage à Paris. La princesse Clémentine repartit p'ôur Windsor en 1845, mais on était en décembre ; l'exécution de ce projet de voyage fut forcément remise à l'année suivante. Puis survinrent un changement de ministère en Angleterre (1846), 1 attentat de Lecotnte et l'un des accouchements de la reine Victoria. Toutes ces causes retardaient le tant désiré voyage. Sur ces entrefaites, l'entente cordiale prit fin tout à coup, par suite de l'affaire du mariage du duc de Montpensier avec la sœur de la reine d'Espagne-. Louis-Philippe, en cette occasion, essaya vainement de se disculper d'avoir voulu jouer lu jeune reine, qui lui en voulut toujours. -Le charme était rompu. Les affaires de Suisse, dans lesquelles la France reprenait un peu d'initiative, augmentèrent ce désaccord. Une révolution mit liu à ces dissidences. Le vieux roi Louis-Philippe alla expirer en exil sur ce sol anglais, témoin en tant de circonstances des vicissitudes de sa longue carrière. La reine Victoria n'insulta pas à sa chute ; mais, ayant cessé de l'osti-

VICT

iner, elle resta vis-à-vis de lui dans la plus froide attitude. En 1849, la reine alla visiter « Bruxelles le roi des Belires, jon oncle. Le 1er mai J851, elle inaugura solennellement à Londres la première Exposition universelle des produits de l'industrie, k l'organisation de laquelle le prince Albert uvuit pris uno part importante. Le voyage de Paris, que la reine "Victoria éludait depuis tant d'années, dos raisons politiques le lui tirent spontanément entreprendre, k la suite de la visite que lui firent k Windsor Napoléon HI et sa femme, le 17 avril 1855. En ce moment, les armées fie la France et de l'Angleterre combattaient anseinble contre la Russie devant Sébaslopol. La reine Victoria arriva à Parisle 18 août 1855, au moment de l'Expo>ition universelle, et elle y passa huit jours dans les fêtes. La reine d Angleterre revint en France en 1858, pour visiter le nouveau port de Cherbourg, et fit, deux ans plus fard, une nouvelle visite au roi des Belges. Elle venait de perdre sa mère le 1G mais 1861, lorsque, le M décembre suivant, elle eut la douleur de perdre le prince Albert, « celui qui, selon l'expression de M. Guizot, avait été son premier sujet et son premier conseiller, son intime et seul secrétaire, associé sans bruit à toutes ses délibérations, habile k l'éclairer et à la seconder dans les rapports avec son ministère sans

fêner ni offusquer le ministère lui-même. ■ a douleur fut telle que, pendant plusieurs années, elle se montra inconsolable et s'abstint de paraître en public. Ce ne fut que cinq ans plus tard qu'elle rouvrit en personne le Parlement sur les vives instances de ses ministres (£8 janvier 1866). Depuis lors, elle a continué k vivre presque constamment retirée k Osborne ou k Baltnoral, ne venant que très-rarement k Londres et ne donnant pas de réceptions. Après avoir longtemps respecté sa douleur, la classe ouvrière et commerçante a fini par se plaindre de la disparition du travail que crée le luxe de la cour et des dotations nombreuses qu'elle demandait pour ses enfants tout en gardant sa liste civile, dont elle ne faisait aucun emploi utile

Îiour le peuple. En 1868, un membre du Parement fit une motion par laquelle il demandait que la reine abdiquât ou qu'on établit une régence. En juillet 1871, M. Dixon proposa au Parlement de faire une révision de la liste civile et de voir s'il n'y aurait pas moyen, sans toucher k la dignité de la reine, de retirer toutes les économies qu'elle doit faire à la suite du genre d'existence qu'elle a adopté définitivement.

En janvier 1872, le prince de Gales, son fils aîné et l'héritier présomptif du trône, fut atteint d'une grave maladie qui lit craindre un instant pour ses jours. La reine quitta sa retraite pour se rendre près de lui à Londres. Après sa guérison, elle annonça dans son discours d'ouverture du Parlement que de solennelles actions de grâces seraient rend ies, le 27 février, dans la cathédrale métropolitaine et qu'elle assisterait à la cérémonie. Le Î8 février, après avoir reçu le corps diplomatique et avoir fait un tour de promenade, elle rentrait au palais de Buckin^ham, lorsqu'un individu nommé O'Connor tira sur elle un coup de pistolet sans l'atteindre. Précédemment, la reine avait été l'objet de plu- Sieurs attentats. Eu 183S, deux individus avaient essayé de s'introduire la nuit, pour la tuer,' le premier dans le palais de Buckingham, le second dans le château de Windsor. Le 11 juin 1840, dans Constitution- Hill, au moment où elle rentrait de sa promenade habiiuelle^accompugnée du prince Albert, elle avait essuyé deux coups de pistolet. En décembre 1840, un jeune homme de dix-sept ans, qui voulait attenter a ses jours, fut trouvé blotti sous un sofa dans le cabinet de toilette de la reine; enfin, le 27 juin 1850, accompagnée de trois de ses enfants, elle avait été frappée à la tête avec un bâton. Tous ces individus furent condamnés, non comme régicides, mais comme fous, et enfermés à Bedlam. Au mois de mars 1876, la reine Victoria eut la singulière idée de faire demander au Parlement par le ministère Disraeli-Derby de lui voter un nouveau titre, celui d'impératrice. Cette demande excita un vif mécontentement dans la partie éclairée de la nation, et de nombreux meetings se réunirent pour protester contre un titre symbole de despotisme. Néanmoins, la majorité de la Chambre des communes consentit k voter le bill le 20 mars, et la Chambre des lords eu lit autant le 7 avril. Pendant ce temps, la reine Victoria faisait un voyage en Allemagne, se rendait k Baden- Baden, k Cobouig, y recevait la visite de l'impératrice d'Allemagne et de la princesse Victoria, puis retournait a Londres pour y recevoir le prince de Galles, revenant le 6 mai de son voyage de l'Inde,

De son mariage avec le prince Albert, la reine Victoria a eu neuf enfants : Victoria- Adélaîde-Mary-Louisa, née en 1840 et qui a épousé le prince royal de Prusse, Frédéric- Guillaume (1858); Albert-Edward, prince de Galles, l'héritier présomptif de la couronne, né en 1841 et qui a épousé la princesse Alexandrade Danemark; Alicc-Maud-Mary, née en 1843 ; Alfred-Ernest-Albert, né en 1844 ; Helena-Augusta-Victoria, née en 1846; Louisa- Carolina-Alberta, née en 1848; Arthur-William-Patrick-Albert, né en 1850; Léopuid- Georges-Duncau-Albert, né en 1853; Béatrics-M.ary-Victoria-Feodore, née en 1857. La

Vicrf

reine a publié, sous le titre de : Méditations sur la mort et l'éternité (1863), des fragments trouvés dans les papiers du prince Albert et qu'on lui a attribués, mais qui ne sont en réalité que des passages copiés dans les Heures de dévotion du pasteur suisse Zscliokke. Elle a fait paraître, en outre : Feuillets du journal de noire vie dans les montagnes d'Ecosse (1869).

VICTOUIA (Vincent1), peintre espagnol, né k Valence en 1658, mort en 1712. Il commença dans sa ville natale ses études artistiques, qu'il alla continuer k Rome sous la direction de Charles Maratte. Sa réputation ne tarda pas k rivaliser avec celle de ce dernier, auquel on a souvent attribué les toiles de son élève. Nommé peintre de la cour du grand-duc de Toscane, Côme III, il résida quelques années k Florence, puis revint dans son pays, où, grâce au revenu d'un riche canonicat, qu'il avait obtenu k Xativa, près de Valence, il put, tout en continuant k cultiver la peinture, satisfaire ses goûts de collectionneur et d'archéologue. Il retourna plus tard k Rome et y reçut, k cette occasion, le titre d'antiquaire du pape. C'est dans les églises de cette ville que ses toile* se voient en plus grand nombre; on en trouve aussi en Espagne, k Valence, k Motella et k Forial; enfin, le portrait de l'artiste, peint par lui-même k la demande de Côme III, fait

fiartie du cabinet des peintres célèbres dans a grande galerie de Florence. Cet artiste possédait aussi un talent remarquable comme graveur, et, parmi les planches qu'on lui doit, on cite la Vierge de Foligno, d'après Raphaël, et la Cène et la Résurrection, d'après Cirro Ferri. Il s'était occupé avec succes de travaux littéraires et avait recueilli les matériaux d'une histoire de la peinture, qu'il n'eut pas le temps de publier ; mais on a de lui sous ce titre : Osseroaziani sopra il libro délia Felsiua pittrice (1679), une défense de Raphaël et de l'école vénitienne, dont Malvasia, dans sa Felsina pittrice, avait trop souvent rabaissé le mérite au profit des Carrache et de l'étiolé bolonaise.

VICTORIA (Victoria Valous, dite), actrice française, femme de l'acteur Lafoutaine. V. Lafontaine.

VICTORIALE s. f. (vi-ltto-rl-a-le). Bot.

Nom vulgaire du glaïeul commun. On dit aussi victoriale ronde. !l Victoriale longue, Nom vulgaire d'une aspèce d'ail.

VICTORIAT s. m. (vi-k'to-ri-a — lat. victoriatus, sous-entendu nummus, monnaie portant l'image de la Victoire). Numism. Nom donné par les Romains à ceux de leurs deniers dont la revers portait pour type un char conduit par une Victoire : Les victoriats ne sont que des bigats ou des quadrigats dont le char est conduit par une Victoire; cette monnaie fut d'abord fabriquée en lllyrie;elle n'avait pas cours à Home, où elle n'était reçue que comme marchandise. (Dézobry.)

— Encycl. La plupart des vicloriats furent des deniers d'argent. Il résulte des renseignements laissés par Pline l'Ancien que les premiers victoriats frappés- k Rome le furent par suite de la loi Clodia et qu'avant cette époque il en existait déjà, mais venant d'Illyrie par voie d'échange. On a cherché quel pouvait être le Ckxlius a qui se rapportait cette loi dont parle Pline. Suivant la supposition la plus probable, c'est celui qui eut les honneurs du triomphe pour ses victoires en Istrie et qui rapporta de ce pays k Rome une somme d'argent. Si cette hypothèse est juste, ta première fabrication des victoriats romains remonte à l'année 177 avant notre ère ; elle est, par conséquent, postérieure de quatre-vingt-douze ans k la première fabrication des monnaies d'argent, qui date da l'année 269 avant notre ère.

Outre le denier victoriat, il y eut k Rome une autre monnaie d'argent portant sur le revers une Victoire et qui a reçu aussi le nom de victoriat. Elle était marquée, sur la face, d'un Jupiter barbu. Sa valeur était moindre que celle du denier; elle valait environ 8 as.

VICTORIEUSEMENT adv. (vi-kto-ri-euze-man — rud. victorieux). D'une manière victorieuse, décisive, sans réplique : On l'a réfuté victorieusement. Il est sorti victorieusement de celle méc/iante affaire. (Acad.)

VICTORIEUX, EUSE adj, (vi-kto-ri-eu, eu-ze — rad. victoire). Qui a remporté la victoire : Empereur, général victorieux.

Troupes victorieuses. S'oWi>viCTORii-:ux d'un combat. Un conquérant ruine presque autant les nations victorieuses que les nations vaincues. (Feu.) Un général victorieux n'a point fait de fautes aux yeux du public. (Volt.)

— Qui a le dessus, qui l'emporte, qui domine : Dans les grandes balances qui s'appellent les destinées du monde, un principe vaincu pèse moins qu'un fait victorieux. (E. de Gir.)

Il Détiaif, sans réplique : Argument victorieux. Preuve victorieuse, u Triomphant, qui exprime l'orgueil du succès obtenu : Avoir un air VICTORIEUX.

— Mythol. rom. Surnom de Jupiter, d'Hercule et de Vénus.

— Substantiv. Personne qui a remporté une victoire : Les victorieux ne sont pas toujours invincibles. (M"10 de Motteville.)

VlCT

Les 6ucoès les plus beaux et les plus glorieux Ne sont pas sans chagrins pour les victorieux.

BOURSAKiT.

— > s. m. Hortic. Variété d'œillet.

— s. f. Hortic. Variété d'anémone.

VICTORIN s. m. (vi-kto-rnin). ilist. relig.

Chanoine régulier ou religieux bénédictin d'un ordre dont la principale maison fut l'abbaye de Saint-Victor de Paris.

— Métrol. Monnaie frappée en Italie par Frédéric II, pendant le siège de Perrare.

— Encycl. Hist. relig. V. Victor (abbaye de Saint-),

VICTORIA (Marcus Aurelius Piauvonius Victorinus), l'un des trente tyrans qui prirent la pourpre sous Gallien, tué k Cologne en 268. Fils de la célèbre Victorine, il fut associé vers 264 k l'empire par Posthume, après la mort duquel il resta maître des Gaules. Il étendit même son autorité en Espagne et dans la Grande-Bretagne et repoussa toutes les attaques de Gallien. Trebellius Pollion (JTist. des trente tyrans) donne de lui une haute idée; il dit qu'il ressemblait à Trajan pour le courage, a M. Antonin pour la clémence, k Nerva pour la gravité, hVespasien pour l'économie, etc.; mais son amour excessif pour les femmes causa sa perte. Un époux outragé excita contre lui k Cologne une sédition, où il perdit la vie. Les légions de Cologne proclamèrent alors empereur son fils Lucius Aurelius Piauvonius Victorinus, qui avait été déclaré auguste du vivant de son père; mais il ne survécut guère k ce dernier, car il fut massacré quelques jours plus tard dans une nouvelle sédition.

VICTORIN ou V1CTOR1US D'AQUITAINE,

astronome qui vivait »uv« siècle. Vers 465, le pape Hilaire recourut k lui pour rétablir l'ordre dans le calendrier et fixer l'époque de la Pâque. Victorin, combinant le cycle lunaire de Méton, qui est de 19 ans, et le cycle solaire de 28, forma la période de 532 ans (19 X 28) au bout de laquelle, suivant ses calculs, la lune pascale devait revenir au même mois et au même jour de la semaine. IX'iiys le Petit, abbé romain, fit quelques changements k la proposition de Vitjtorln et donna son nom k la nouvelle période, qui fut appelée période dionysienne.

VICTORIN DE FELTRE, célèbre pédagogue italien. V. Vittorino da Feltre.

VICTORINE s. f. (vi-kto-ri-ne — nom de femme). Entom. Genre d'insectes lépidoptères diurnes, de la tribu des nymphalites, dont l'espèce type habite la Guyane.

VICTORINE (Aurélia Victorina Pia Félix Augusta), sœur de Posthume, tyran des Gaules, morte en 268. Douée d'un courage que la nature accorde rarement k son sexe, elle se mit k la tète d'une armée pour combattre Gallien et mérita par son intrépidité le surnom de Mè.e des «oldao. Elle se lit proclamer auguste et engagea Posthume a s'associer Victorin, son fils. Après la mort de ce dernier, elle fit donner la pourpre k son petitfils, qui fut presque immédiatement massacré. Victorine disposa alors de l'emp.re des Gaules en faveur de Marins, pui-, de Tetricus, et mourut quelques mois après, laissant une renommée égale k celle de Zénobie, k laquelle l'histoire l'a comparée.

VICTORINUS, dit l'cnvioucui» ou Picmvien*u, martyr et écrivain ecclésiastique latin, mort vers 303. Il était évêque de Petabium, en Styrie, et c'est de lk que lui. vint son surnom, qui a fait croire longtemps qu'il avait appartenu k l'église de Poitiers. Ce fut pendant la persécution de Dioctétien qu'il souffrit le martyre. Il avait écrit un grand nombre d'ouvrages, mais aucun d'eux ne nous est parvenu, et les fragments de commentaires sur l'Apocalypse et l'Ancien Testament insérés sous le nom de Victorinus dans la Bibliotheca Patrum maxima et dans V Hisloria titteraria de Cave sont apocryphes, selon toute vraisemblance. On a souvent confondu ce Victorinus avec son homonyme, dont l'article suit.

VICTORINUS (Fabius Marins), dit Afor, orateur et grammairien du ive siècle, né en Afrique, mort vers 370. II professa longtemps k Rome avec un grand éclat et se convertit au christianisme vers la tin de sa vie. Lorsque Julien interdit aux chrétiens l'enseignement public des lettres, Victorinus ferma sou école plutôt que de renier la religion qu'il avait udoptée. On possède de lui, entre autres écrits ;. Ars grammatica de orthographia et ratione metrorum (Tubingue, 1537, in-s°); Expositio in Ciceronis rhetoricam sioe de inventione tibri duo (Milan, 1474, in-fol., souvent réédité), commentaire bien autrement difficile k comprendre que le texte de l'ouvrage de Cicéron ; De Trinilate contra Arium libri I V, imprime dans ÏAittidotum contra hsereses (Bàle, 1528, in-fol.); Ad Justinum Manich&um contra duo priucipia maniehxoruin, etc., inséré dans les Opéra doginntica vetera de S'nnont (1630, in-Su); De générations verbi diuini, contre l'arien Candide, imprimo avec les Conceptiones de J. Ziegler (Baie, 1528, in-fol.); des Hymnes; un Puè'me sur les Macchabées, etc.

V1CTOR1IJS, nom de plusieurs médecins italiens. V. Vbttoki.

V1CTRIC1US (saint), évêque de Rouen et patron des marins, ai un Ganle vera 330,

VIDA

mort en 410. Engagé comme soldat dans les armées romaines, il embrassa le christianisme et fut condamné k la décapitation; mais la légende rapporte une le bourreau fut soudainement frappé de cécité au moment où il levait le glaive. Rendu k la liberté, Vietricius alla prêcher chez les Nerviens et fut nommé évêque de Rouen. Vers 394, il passa en Angleterre pour combattre les hérétiques, et, k partir de ce moment, les documents font absolument défaut sur l'existence de ce prélat.

V1CTBIX CAUSA DUS PLACUIT , SED V1CTA CATON I (Les dieux furent pour le vainqueur, mais Caton pour le vaincu). Lucain, dans le cinquième chant de son poëme de la Pharsale, où il raconte la lutte entre César et Pompée, poçe une question k laquelle il ne fait qu'une réponse voilée : < Lequel a eu raison de prendre les armes? Les dieux ont été pour César, mais Caton fut pour Pompée. »

Caton, après la bataille de Pharsale, réunit les débris de l'armée républicaine, et, quand il apprit la déroute de Thapsus, où succombèrent les derniers adversaires de César, il se perça de son épée dans Utique, pour ne pas survivre k la liberté. Ce vers de Lucain sert k caractériser noblement celui qui presque seul continue k servir une cause juste, même lorsqu'elle a succombé. On en fait aussi des applications plaisantes dans un ordre d'idées mnins élevé. .C'est ainsi que , dans ses Plaideurs, Racine fait dire k Petit- Jean :

Devant le grand Dandin l'innocence est hardie ; Oui, devant ce Caton de basse Normandie, Ce soleil d'équité, qui n'est jamais terni, Vicirix causa Dits plaçait, aed victa Caloni.

«Louis XIV, qui avait triomphé de l'Europe, ne triompha pas de Barbiuier. Lucain aurait peut-être dit de lui ce qu'il a dit da Caton : Victrix causa Dits..., mais je ne suis pas si fier. »

(Revue de Paris.)

■ Phellion escorta courageusement son chef jusqu'à la rue Duphot et revint après avoir rendu les honneurs funèbres au talent administratif méconnu de M. Rabourdin.

■ Bixiou (le voyant rentrer). Victrix causa Diis piucuit, sed victa Catoni.

» Phellion. Oui, monsieur.

» Tisrrbt. Qu'est-ce que cela veut dire?

» Fleury. Cela veut dire : Le parti piètre se réjouit, et M. Rabourdjn a l'estime des gens d'honneur. ■

Balzac.

VICTUAILLE s. f. (vi-ktu-a-lle ; Il mil. — lat. victualia; de victus, vivres). Provisions de bouche ; s'emploie surtout au pluriel : Mon Dieu, que de vins, que de victuailles 1 (E. Sue.) Je vais faire une terrible brèche aux victuailles de monseigneur. (G. Saud.)

D'ausbi loin que le rat voit cette huître qui baille, Qu'ûperçois-jeî dit-il, c'est quelque victnmtle.

La Fontaine.

— Ane. mar. Bref de victuailles, Congé qu'on délivrait à certains marins, et qui leur donnait le droit exclusif de se pourvoir de vivres en Bretagne. : Pour retourner aux congés, les seconds s'appelaient brefs de victuailles ; ceux qui en étaient porteurs avaient seuls le droit d'acheter des vivres en Bretagne. (Do Valincourt.)

VICTUAILLEUR s; m. (vi-ktu-a-lleur ; U mil. — rad. victuaille). Pourvoyeur de vivres, il Vieux mot.

VICUENS s. m. (vi-ku-ainss). Forme ancienne du mot vicomte.

VICUS, nom latin de Vie.

VICUS AQUENS1S, nom latin de Bagné-

RES-DE-BlGOltRU.

VICUS AUGUSTI, ville de l'Afrique ancienne, dans la Byzacène. C'est aujourd'hui Kairouan.

VICUS AUSONIfNSIS, un des noms latins de Vic-o'Osona.

VICUS JUL1I, ville de la Gaule romaine, dans la Lyonnaise 111°. actuellement Airesuk-l'Adour.

VICUS JULIUS, nom ancien de la ville do

GERJIIiKSHLlM.

VICUS SPACORUM, ville de l'Espagne ancienne, dans la Turraconaise. C'est aujourd'hui VlGO.

VICUS VERAGUOHUJH, nom latin de Mar-

TIGNY.

VIÇWA1I1TRA, roi et poète indou. V. Vis-

WAMITRA.

VIDA (Marco-Girolamo), célèbre poète latin moderne, né k Crémone en 1490, mort en 1566. Il fit de brillantes études k Padoue, Bologne et Mantoue, prit les ordres chez les chanoines réguliers de Cette dernière ville, puis devint chanoine de Saint-Jean-de-Latran. Pour le récompenser du plaisir qu'il avait ressenti k la lecture de son poëine sur les échecs, Léon X le promut au prieuré de Saint-Sylvestre, k Frascati, et Clément VI lui conféra l'évéchè d'Albe, dans le Montferrat. On a de lui divers ouvrages en prose et des poébies ou l'on admire, non-seulement de» b-.utc< dj premier ordt'j, mais ei.cuio

VIDA

l'habileté extraordinaire avec laquelle il a su traiter les sujets les plus arides et les plus rebelles aux formes de la poésie. Ses principaux ouvrages sont : Scncchia Indus, poème sur le jeu d'échecs {Rome, 1527), traduit eu franchis par Desmasures (1556), puis par Levée (1809); Bombycum libri II (Lyon et Bàle, 1537), traduit en français par Levée (1809); ce poëme sur les vers à soie est un des plus corrects et des plus châtiés da l'auteur; Poeticorum libri III (Rome, 1527), traduit en français par Le Batteux. qui place cet Art poétique à côté de ceux d'Horace et de Boilean ; la Christiade (v. ce mot), poëme' en six chants (Crémone, 1535); Hymni de rébus divinis, au nombre de trente-sept; Curminum liber, recueil d'épigrammes. Parmi ses ouvrages en prose, nous citerons : Constitutiones synodales (Crémone, 1550); Discorsi contra yli abilanti di Pavia (Crémone, 1550); Dialogus de reipublicss dignitate (Crémone, 1556). Les poésies de Vida, souvent rééditées et traduites en plusieurs langues, ont été réunies d'abord en deux tomes in -S® à Crémone (1550). L'édition la plus correcte est intitulée Poemata ornai a cum dialogis (Padoue, 1731, 2 vol. in-4<>).

VIDAGE s. m. (vi-da-je — rad. vider). Action de vider,

— ïechn. Exhaussement formé de chaque côté d'uii canal par la terre qu'on a rejetée en le creusant.

VIDAL (Pierre), troubadour languedocien du xtio siècle, mort au commencement du xme siècle. 1! fut un des poètes les plus célèbres de son temps. Après une jeunesse livrée tout entière à l'amour, à la poésie et aux aventures romanesques, il mourut fou. Il était fils d'un pelletier de Toulouse ei manifesta dès l'enfance les qualités brillâmes qui devaient l'élever au-dessus de sa condition. A une imagination vive il joignait la don de la poésie et une belle voix. Doué de ces qualités, il se jeta aussitôt dans une carrière où les esprits distingués et aventureux de cette époque trouvaient k ia fois la fortune, la gloire, la bonne chère et les plaisirs de toutes sortes ; il se Ûl troubadour ; de plus, il était fort galant. Hardiment, il offrit ses vœux aux plus hautes et aux plus nobles dames, et, s il faut l'en croire, peu restèrent insensibles. Heureux du moins s'il eût su se taire. « Qui ne sait être discret ne sait aimer, ■ . dit lecoded'amour.Vidalnetintnulcomptede cet excellent précepte; il sa vantait partout de ses bonnes fortunes, si bien qu'une fois il reçut une bonne leçon. Un chevalier de Saini-Gilles, dont la femme, assurait-il, ne lui avait rien refusé, se vengea en lui faisant percer la langue. Un autre chevalier, Hugues de Baux, eut pitié de l'indiscret amant, le recueillit près de lui, le fit guérir et l'attacha à sa personne. Son humeur enjouée lui revint bientôt, mais en même temps aussi ses ardeurs passionnées pdur toutes les femmes qu'il rencontrait sur son chemin. Il tomba amoureux de la.vicomtesse de Roque- Martine, femme de Barrai, vicomte de Marseille. Celui-ci, loin d'être jaloux, protégea et aima lu poète. La vicomtesse lui permit de la chanter sous le nom de Vierna et voulut bien être, comme on disait alors, la dame de ses pensées, l'inspiratrice de ses vers. Vidal crut qu'il pouvait se permettre davantage. Un jour que la noble dame dormait seule dans sa chambre, il s'y glisse doucement, se penche vers elle et Fui donne un baiser sur les lèvres. Elle se réveille en riant, persuadée que c'est son mari; mais, à la vue du téméraire, elle jette les hauts cris et fait appeler Barrai. Celui-ci tout d'abord ne nt que rire de l'aventure et gronda sa femme d'avoir fait tant de bruit pour rien; mais la dame offensée resta inflexible et Vidal dut quitter le château. Il s'embarqua, resta quelque temps k Gênes, où il composa des chansons qui peignaient ses regrets, puis, pour se distraire, s'embarqua et suivit en Palestine le roi Richard, suivant Sainte-Pàlayc, le comte de Moutferrat, suivant quelques biographes. Dans ce voyage, les folies des croisades, les fantômes de la chevalerie, le souvenir de ses amours perdues, et pardessus tout, sans doute, le soleil de l'Orient lui enlevèrent le peu do tête qu'il avait. Il ne respira plus que la guerre; il se crut un héros invincible. Dans ses chansons de cette époque, il parle comme un matamore de comédie. • Mes ennemis tremblent k mon nom comme la caille devant l'épervier, tant ils me savent valeureux et redoutable. J'ai tout ce qui fait la chevalerie; je sais toutes les pratiques de l'amour... Quand j'ai endossé mon blanc haubert et que j'ai ceint mon épée, la terre tremble sous mes pas. Quand je suis en armes, monté sur mou cheval, je briso et mets en pièces tout, ce qui se rencontre. J'ai moi seul fait prisonniers cent chevaliers, j'en ai désarmé cent autres. •

Le dernier coup pour sa pauvre tète fut le maiiaye que de mauvais plaisants trouvèrent le temps de lui faire contracter à Chypre. Il épousa une Grecque, dans la persuasion qu'elle était nièce de l'empereur d'Orient et qu'elle lui transférerait des droits k l'empire. On le vit, dès lors, prendre le titre d'empereur et donner celui d'impératrice à sa femme. Revêtu des ornements impériaux, il faisait porter un trône devant lui. Il était sans doute riche, car on la voit équiper k ses frais un vaisseau sur lequel il voulait marcher à la

Page 1