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celer leurs feux; Neptune vient saluer Thétis dans toute la pompe de sa cour, et Jupiter lui-même s'éprend de la belle déesse abusée par un stratagème de Doris, qui aime Pelée et veut s'assurer qu'elle est payée de retour. Croyant a la perfidie de son amant, Thétis lui fait une querelle qui finit, eomuw toujours, par une réconciliation. Au milieu de l'entretien, Jupiter arrive, fait sa déclaration et, fort étonné de l'accueil froid qu'on lui fait, essaye d'éblouir la déesse par le spectacle do sa -puissance. Neptune, attiré par le chant des peuples qu'a évoqués Jupiter, brave et menace ce nouveau rival; sur quoi le rideau tombe. L'acte suivant nous transporte nu temple du Destin, où Pelée vient consulter l'oracle. On lui répond que le livre des Destins ne s'ouvre pas pour un simple mortel. Neptune, qui survient, réussit, en sa qualité de grand dieu , a faire parler l'oracle. Une voix mugissante répond du fond du temple que l'époux de la belle Thétis doit être un jour moins grand, moins puissant que son fils. Neptune, personnage pratique, n'hésite pas à sacrifier son amour à sa puissance ; il se désiste, abandonne la poursuite de Thétis et fait politiquement annoncer à Jupiter sa résolution sans en dévoiler le motif. Débarrassé de ce rival, Jupiter est vivement irrité lorsqu'il apprend de Doris qu'il y en a un autre, et que ce rival n'est qu'un simple mortel; dans sa colère, il appelle les Eumènides et les Vents et leur ordonne d'emporter et de clouer Pelée sur le rocher de Promèthée. A la fin, il apprend de Mercure la cause du désistement de Neptune, et la crainte de se voir quelque jour détrôner par le fils qui naîtrait de son union avec Thétis le décide également à abandonner la poursuite de la déesse. Il ordonne aux Vents de ramener Pelée, et la pièce finit par une apothéose représentant les noces de Thétis et de Pelée. Cet opéra fut repris huit fois jusqu'en 1750. Mlle Marthe Le Rochois, actrice d'esprit, se distingua dans le rôle de Thétis; Thévenard et Chassé, dans celui de Neptune. A l'occasion de cet opéra, Colasse, élève de Lulli, fut accusé de copier trop servilement son maître. Fontenelle assista à la reprise de son œuvre en 1750, à l'amphithéâtre où il s'était trouvé soixante et un ans auparavant, lors de la première représentation.
Thètt*. Iconogr. Le Louvre possède une statue antique en marbre de Paios, que Wiuckelinunn avait d'abord prise pour une figure de Vénus Euplxa (favorable aux navigateurs), et dans laquelle il reconnut ensuite Thétis. La déesse est debout sur l'avant d'un navire, le front ceint d'un diadème, la main droite abaissée comme pour retenir son manteau qui est descendu au-dessous de ses flancs, la main gauche appuyée sur un«.rame autour de laquelle s'enroule la queue d'un hippocampe. Sur le bordage du navire sont sculptés trois glaives, ceux des Argonautes pour lesquels Junon obtint la protection de Thétis pendant une tempête. » Grand admirateur de cette statue, Winckelmanu la place parmi les chefs-d'œuvre- de l'antiquité ; cependant, -ait un critique, elle présente quelques imperfections qui ne permettent pas de la mettre au premier rang. La pose, quoique gracieuse, est trop indécise et semble être plus que naïve; mais les contours de toute la partie nue sont d'une délicatesse extrême et pleins de charme. La draperie est d'une légèreté exquise et faite avec tant de soin, que l'adresse de la main ne peut aller plus loin. La tête est d'un joli caractère; on peut cependant la croire l'ouvrage de quelque aitiste moderne. Le bras droit, une partie de ia jambe droite, la main gauche et une portion ûu vaisseau sont aussi des restaurations modernes, i Cette statue a été trouvée dans les jardins d'Antouin, près de Lanuvium, et a appartenu à la villa Albani. Elle a été gravée au trait par Réveil {Galerie de l'fiisloire et des arts, I, pi. 22).
On voit dans la cathédrale d'Amalfl un bas-relief antique représentant les Noces de Ihb'tis et de Pétée ou, selon quelques archéologues, les Noces de Mars et de Rkéa. Au musée des Studj est une peiDCure antique trouvée à Pompéi, et qui a pour sujet Thétis suppliant Jupiter en faveur de son /î/s Achille. Ce dernier sujet a été retracé par Ingres dans un grand tableau, exécuté a Rome en 1S11 et qui appartient au inusée d'Aix, en Provence. La tête dans une éclaircie du ciel, le torse en partie nu et en partie couvert, le bras gauche appuyé sur un nuage et la main droite tenant un sceptre, Jupiter est assis sur sou trône. Thétis, blanche comme l'écume de la mer, suuple et svelte comme une néréide, se glisse timidement entre les bras du maître des "dieux et lui touche iu barbe. Dans un coin du ciel apparaît le visage de la jalouse Junon.
Le musée de Naples possède un camée antique en cornaline, où l'on voit Thétis sur un triton, portant les armes d'Achille. Dans la même collection est un beau camée moderne eu agate, qui la représente debout sur un dauphin, accompagnée d'un triton et de Zéphire. Un tableau de Luca Giordano nous la t'ait voir montée sur un char en forme de coquille, que traînent des dauphins (musée de Florence). Noël Coypel a attelé des cygnes à son chur et a placé l'Amour a ses côtés (dans un tableau du grand Tiianou). Le Triomphe de Neptune et de Thétis (quel-
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ques auteurs disent A'Amphitrite) a été peint par Le Brun dans une des voussures de la galerie d'Apollon, au Louvre ; le char des deux divinités est traîné par des chevaux marins et escorté par une foulo de tritons et de néréides. Une composition du ïtosso, Neptune caressant Thétis, a été gravée par R. Boyvin. D'autres sujets relatifs a Thétis et Neptune ont été gravés pur Giorgio Ghisi, de Mantoue, d'après Pierino del Vaga, et par Jucopo da Leonardis, d'après Séb. Conca. Un groupe de marbre sculpté, par Gabriel de Grupello, pour la décoration d'une fontaine et représentant Neptune et Thétis avec un cheval ailé portant un génie, appartient au musée de Bruxelles.
W.yngaerde a gravé les Noces de Thétis et de Pelée, d'après Rubens. Une peinture de ce dernier maître, Thétis suppliant Jupiter, a été payée 25 guinées à la vente de la collection de J. Reynolds en 1795. Edme Jenurat a gravé, d'après Nicolas Vleughels, Thétis plongeant Achille dans les eaux dit Siyx (1719). Nous consacrons ci-après des articles spéciaux au tableau de Gérard , Tliétis portant l'armure d'Achille, et à la composition de Henri Regnault retraçant le même sujet, etqui a obtenu ie grand prix de Rome en 1863. Un pensionnaire de la villa Médicis, M. Lafrance, a envoyé de Rome, en 1873, un basrelief ayant pour sujet Thétis recevant les armes d Achille : Vulcuin présente à la déesse le casque étincelant qu'il a fabriqué; trois nymphes chargent les autres pièces de l'arînure sur le char attelé de deux chevaux ailés qui a amené Thétis; les Cyclopes ont suspendu un instant leur rude labeur pour contempler les divines visiteuses. M. J. Klagman a exécuté en 1859, pour la décoration d'une cheminée monumentale de l'ancien ministère des colonies et de l'Algérie, un basrelief représentant Thétis, sœur de l'Océan, nymphe de la Méditerranée. Des statues de Thétis ont été sculptées par Etienne Le Hongre et par Desjardins, pour le château do Versailles. Girardon, Regnaudin, Guérin et de Marsy ont exécuté, pour la décoration d'une des grottes du parc, une vaste composition, Apollon chez Thétis, comprenant sept figures et deux groupes de chevaux et de tritons. Au musée de Caen est un tableau de Jouvenet, qui représente Apollon sortant des bras de Thétis; une néréide et un triton poussent le char du dieu ; la Nuit fait disparaître ses voiles ; une des Heures arrange la chevelure de Thétis. Jouvenet a peint aussi, pour Trianon, une allégorie. relative au coucher du soleil : Apollon descend de son chur et s'apprête à se retirer dans les bras de Thétis ; celle-ci parait dans un coin du tableau et semble pénétrée de l'honneur qu'elle va recevoir. Le grand Trianon a conservé un tableau de Ch. de La Fosse, relatif à Apollon et Thétis.
Dans plusieurs compositions allégoriques, la mer a été figurée sous les traits de Thétis. C'est ainsi que, dans une des peintures de la voûte de la grande galerie de Versailles , Ch. Le Brun, pour exprimer la puissance maritime de la Hollande, a représenté cet Etat sous les traits d'une femme armée d'un trident et tenant une chaîne à laquelle Thétis est attachée.
TuélU parlant l'armure d'Achille , tableau de Gérard, collection particulière. Patrocle ayant revêtu l'armure d'Achille pour aller au combat dans lequel il périt victime de sa vaillance, le fils de Pelée se trouvait sans armes. Thétis, sa mère, obtint de Vulcain qu'il lui en forgerait de nouvelles, et c'est alors que le dieu du feu exécuta ce célèbre bouclier si admirablement décrit par Homère dans VIliade. t a peine l'ouvrier illustre a-t-il fini cette armure, dit le poète, qu'il se hâte de la présenter à la mère d'Achille. Soudain la déesse, semblable au vautour, s'élance des sommets de l'Olympe et emporte ces armes, présent superbe de Vulcain. d Gérard composa ce sujet pour servir de pendant au Triomphe de Galatée, peint par Raphaël, et le tableau parut au Salon de 1822. On y remarqua surtout l'élégance du dessin et la grâce de la composition, qualités ordinaires du peintre. Cette composition, déchue de sa première place lorsque le tableau de Raphaël fut rendu en 1815, est maintenant en la possession du prince Pozzo di Boigo. Réveil l'a gravée au trait.
Tbêlli appariant A. Achille le» armas forgée! par Vulcuin, tableau de Henri Regnault ; à l'Ecole nationale des beaux-arts, à Paris. La déesse, soulevant d'une main la. lourde draperie qui ferme l'entrée de la lente d'Achille, tient de l'autre un casque richement ciselé ; elle est grave, impassible, solennelle, comme la Destinée ; une épaisse chevelure blonde couvre ses épaules. Achille, qui était couché sur le corps de Patrocle, se relève à demi, le piing serré, les yeux fixés sur les armes divines qui lui apportent la vengeance, les narines dilatées, la bouch» frémissante.
Cette composition dramatique a remporté le grand prix de Rome en t866; elle est loin d'ètro sans défaut, mais on y découvre déjà quelçues-unes des grandes qualités que Regnault manifesta depuis et qu'il eut sans doute poussées si loin, s'il n'eût été enlevé prématurément à l'école française. M. Arthur Duparc, qui a recueilli la Correspondance da Henri Regnault {Paris, 1873), a rapporté une piquante anecdote au sujet de la Thétis. « Au
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début du concours, dit-il, Regnault travailla avec ardeur; mais bientôt l'entrain lui manque, sa composition lui déplaît, il est mécontent de lui et, prévoyant un échec, il abandonne son œuvre inachevée et semble renoncer a la lutte... Le concours touchait a sa fin; encore quelques jours, et les concurrents allaient sortir de loge, lorsque Henri, étant venu avec moi passer la soirée chez un ami, y rencontra une jeune fille dont les traits expressifs et la physionomie étrange lui causèrent une impression profonde. Il en fit aussitôt deux croquis, et nous le vîmes devenir pensif. Dès le lendemain, il se remit à l'œuvre; d'une esquisse en hauteur il fit un tableau en largeur, sans modifier pourtant sa composition et l'arrangement des personnages, et donna à sa Thétis le profil fin et distingué de la jeune fille qu'il avait rencontrée la veille. Son ardeur au travail était fiévreuse; on le sentait comme oppressé par une vision intérieure qu'il s'efforçait de reproduire. En douze jours, son tableau fut refait et obtint le prix. Si quelques passages se ressentent de la rapidité de l'exécution, combien de qualités les rachètent l Quelle vie, quelle énergie dans cette figure d'Achille! Quelle noblesse, quelle élégance, quelle exquise pureté de lignes dans la Thétis 1 quelle fierté, quelle allure de déesse 1 »
THEO s. m. (teu), Syn. de tbugue.
THËUDEL1NDE, reine des Lombards vers la fin du vio siècle et au commencement du vue. Veuve d'Antharide en 590, elle s'uniten secondes noces à Agilulphe, duc de Turin, et plaça sur la tête de son nouvel époux la couronne qu'elle avait su conserver; mais, afin de satisfaire les populations qu'elle gouvernait et les prêtres par qui elle était gouvernée, elle ne fit cela qu'après que le duc de Turin eut embrassé, lui et ceux qui lui étaient soumis, la foi catholique. Cette foi n'était pourtant pas bien vive chez la reine des Lombards. On la vit, peu de temps après cet acte d'excessif prosélytisme, engagée par les évoques d'Istrie dans le schisme provoqué par l'affaire des trois chapitres-, mais saint Grégoire le Grand sut, par la persuasion, un peu aussi par les menaces, ramener la reine à l'Eglise romaine. Agilulphe étant mort vers la fin de l'année 615, Theudelinde gouverna, comme régente de son ftls Adoloalde, jusqu'en 626.
THEUDIS, roi des Wisigoths, le premier qui ait résidé en Espagne, mort à Barcelone en 548. Envoyé en Espagne paf Théodorio le Grand , pour défendre ce pays contre les Francs pendant la minorité d'Amalaric, il devint vice-roi, se rendit tout-puissant, surtout après son mariage avec une riche indigène, tant par ses qualités personnelles qua par la sagesse de son gouvernement, et se fit facilement nommer roi en 531 à la mort d'Amalaric. Theudis fixa sa résidence à Barcelone, 3e laissa enlever par les Francs une partie de ses possessions du midi de la Gaule, mais recouvra le bas Languedoc jusqu'au Rhône, après le départ de Childebert (531). Vers cette époque, il refusa de secourir Gélimer, dernier roi des Vandales, puis envoya des troupes à Gondemar, roi des Bourguignons, en guerre avec les Francs. Ceux-ci s'en vengèrent en marchant, en 542, contre les Wisigoths et en allant assiéger Saragosse. Theudis se défendit avec une telle vigueur que Childebert et. Clotaire durent lever le siège et eurent leur arrière-garde taillée en pièces dans les gorges des Pyrénées. Quelques années après, Justinien envoya des troupes reprendre en Afrique la ville de Ceuta, prise par le roi des Wisigoths. Ce dernier se mit lui-même a la tête de son armée, mais fut complètement défait par les Grecs, et ce ne fut pas sans peine qu il parvint à repasser le détroit. Theudis fut assassiné dans son palais par un de ses ennemis qui contrefaisait le fou. Quoique attaché , comme son peuple, a la secte des ariens, ce prince se montra fort tolérant envers les catholiques. Il eut pour successeur Theudisèle.
THEUD1SÈLE ou THÉODISÈLE, roi des
Wisigoths d'Espagne, mort à Séville en 549. Il était, croit-on, neveu de Theudis, qui le mit à la tête de ses armées. Ce fut lui qui, après la levée du siège de Saragosse par les Francs, en 542, tailla en pièces leur arrièregarde dans les gorges des Pyrénées. Après la mort de Theudis, les Wisigoths l'appelèrent à monter sur le trône. C'était un prince dissolu, cruel, qui s'attira, par ses débordements, la haine de ses sujet3 et fut assassiné dans un festin a Séville. Grégoire de Tours raconte qu'il fut mis à mort la veille d'un jour où il devait démontrer la fausseté d'un prétendu miracle. Il eut pour successeur Agila.
THÉURGIE 8, f. (té-ur-jî — gr. theourgia; de tkeos , dieu, et ergon, ouvrage). Sorte de magie par laquelle on prétendait se mettre en rapport avec les divinités bienfaisantes ; La THÉBROlE était opposée à la goétie, comme la muyie blanche, dans te langage ordinaire, est opposée à la magie noire. (Acad.) Le monde romain se relevait encore pour chercher la oie qui lui échappait dans les visions de ta magie et de la thkurgik. (H. Martin.)
— Science du merveilleux; art de faire des miracles.
— Dans le système des néoplatoniciens,
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Art de faire descendre Dieu dans l'âme et de créer pour elle un état extatique.
— Encycl. La théurgie est née en Orient comme tous Jes mysticismes. Le prêtre théurgique devait être irréprochable Jans ses mœurs, et tous ceux qui avaient part aux rites devaient être également purs. Ceux qui aspiraient a devenir prêtres de cette secte devaient passer par toutes sortes d'épreuves d'initiation : jeûner, prier, vivre dans la continence, se purifier par diverses expiations. Puis venaient les grands mystères, où il n'était plus question que de méditer et de contempler toute la nature, qui ne devait plus avoir rien decaché pour ceux qui avaient passé par ces épreuves. On croyait que c'était par le pouvoir de la théurgie qu'Hercule, Jason, Thésée, Castor et Pollux et tous les autres héros opéraient ces prodiges de valeur qu'on admirait en eux.
Aristophane et Pausanias attribuent l'invention de la théurgie à Orphée ; il enseigna comment il fallait servir les dieux, apaiser leur colère, expier les crimes et guérir les maladies ; on a encore les hymnes composés sous son nom vers le temps de Pisistrate. Ce sont de véritables conjurations théurgiqnes.
Il y avait une grande conformité entre la magie théurgique et la théologie païenne. Apollonius de Tyane, Apulée, Porphyre, Jamblique, Julien, comptent parmi les thèurges les plus célèbres de l'antiquité. On y pourrait mettre aussi Jésus.
Les formules théurgiqnes, d'après Jamblique, avaient d'abord été composées en langue égyptienne ou en langue chaldéenne. Les Grecs et Jes Romains qui s'en servirent conservèrent beaucoup de mots de langues orientales qui, mêlés avec des mots grecs et latins, formaient un langage barbare et inintelligible aux hommes, mais clair, disait-on, pour les dieux. Au reste, il fallait prononcer tous ces termes sans en omeitre un seul, sans hésiter ni bégayer, le plus léger défaut d'articulation étant capable de faire manquer toute l'opération. V. les mots magie et mysticisme MÉDICAL.
Dans l'antiquité, c'est au nom de la religion et dans les temples que les prêtres ont accompli leurs guérisons miraculeuses. Dans l'ancienne Egypte et eu Chaldèe les astrologues attribuaient aux astres une influence sur les diverses parties du corps. Le soleil ou le dieu Ra agissait sur la tête, Cinubis sur le nez et les lèvres, Hathor sur les yeux, Seik sur les dents, Moon sur la chevelure, Rieth sur les genoux, etc. Jîn Grèce, dès l'époque de la guerre de Troie, nous voyons qu'on invoque les dieux pour mettre fin aux épidémies. Des temples médicaux furent élevés en divers lieux, notamment à Epidaure. Ceux de Pergame, en Asie Mineure, de Cos et de Cyrée, en Libye, furent très-célèbres. Ces temples étaient situés dans des lieux agréables, près de sources thermales ou de cours d'eau et entourés de jardins. Les prêtres conseillaient les remèdes appropriés à chacune des maladies, mais seulement après que les malades s'étaient préparés durant plusieurs jours et plusieurs nuits par l'abstinence, le jeûne, les prières, les offrandes, les sacrifices , etc. ; puis le dieu se faisait entendre mystérieusement; une voix cachée expliquait leurs songes aux roulades et rendait, sous forme d'oracle, les arrêts de sa thérapeutique sacrée.. Ainsi excitée par la terreur et la foi, l'imagination des malades venait en aide à la nature, réagissait sur l'économie, et quelques-uns Se trouvaient immédiatement guéris, tandis que d'autres attendaient plus longtemps et même toujours l'efficacité des remèdes. En somme, il y avait bien plus de malades exploités que de malades guéris. Voici un exemple des supercheries des prêtres médecins. Pour faire voltiger Hécate sous la forme d'un feu aérien, uii compère , caché dans une chambre obscure, attendait la fin d'une évocation magique et lâchait un milan ou un hibou auquel était attachée de l'étoupe enflammée. Aussitôt le malade, prévenu d'avoir à se prosterner lors de l'apparition du feu, se cachait la face contre terre jusqu'à ce que le magicien lui ordonnât de Be lever, ce qu'il ne taisait qu'après avoir repris l'oiseau et lorsque le feu était éteint. Le mysticisme médical et la théurgie furent en grand honneur en Grèce jusqu'à l'époque d'Aristote, grâce à qui l'enseignement de la médecine commença à devenir plus séculier.
Chose curieuse, ces aberrations mentales ne s'introduisirent que bien plus tard à Rome, et n'y eurent qu'un crédit passager. Les prêtres, les aruspices, les devins, les fabricants de charmes et de philtres , etc., n'eurent pas un long succès dans la masse du peuple, soucieuse d'autres idées et déjà d'une virilité robuste.
Dans la Gaule, la théurgie eut pour représentants les druides qui, eux aussi, s'attribuaient le pouvoir de commander aux esprits et d'opérer des cures merveilleuses. Quand le christianisme vint, les évèques combattirent la magie, la divination et la sorcellerie anciennes, mais ils les remplacèrent par de nouvelles erreurs. Les dieux de l'Olympe furent remplacés par un Dieu unique el par un démon, également tout-puissants dans la production et dans la cure des maladies. Malheureusement, on ne laissait point à Dieu le soin de guérir les maladies produites par le démon, et quand un infortuné semblait
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atteint de quelqu'une de ces dernières, si l'exorcisme ne l'en guérissait pas, on l'envoyait à la torture et de là au bûcher. Ainsi périrent dans les flammes des milliers d'individus prétendus possédés du démon et qui n'étaient que de pauvres malades. La croyance au démon et aux influences miraculeuses dans la production ou laguérison des maladies a duré jusqu'à la fin du xvme siècle. Elle existe encore dans bien des campagnes où le prêtre a conservé une grande influence, preuve bien frappante de la misérable faiblesse de la plus grande partie de l'humanité.
Jacques II, mort en exil à Saint-Germain, avait, dit-on, reçu du ciel le don d'opérer des miracles. Comme ses prédécesseurs, et comme les rois de France, il croyait guérir les scrofuleux en les touchant du bout du doigt. C'était sa distraction à Saint-Germain. D'après Salgues, il faisait marcher les boiteux, dégourdissait la jambe des goutteux, faisait parler les muets, absolument comme Jésus-Christ. Pour répondre à ces guérisons extraordinaires, on répandit le bruit qu'un janséniste, nommé Vialart, avait rendu pendant sa vie la vue à des aveugles. Comme il était enterré a Châlons-sur-Marne, on vit aussitôt une foule de malades accourir dans cette ville, pour recouvrer la santé, sur le tombeau de Vialart. L'idée vint alors à certaines gens d'organiser à Paris le même système de cures miraculeuses. Un diacre janséniste, nommé Paris, connu par sa grande piété, vint à mourir et fut inhumé au cimetière de Saint-Médard. On répandit le bruit que sa dépouille avait la puissance de guérir les maladies. Des malades furent envoyés la nuit dans le cimetière, et là on les fit coucher sur sa sépulture. Leur effroi se traduisit par des convulsions et quelques-uns s'en revinrent guéris. Ce fut alors une véritable procession d'aveugles, de muet3 et de paralytiques, tous pleins de foi et saisis de terreur, qui vinrent demander la santé aux restes mortels du diacre Paris. A la même époque, on observa dans le même lieu l'épidémie des flagellants. Ici des femmes nerveuses et hystériques, qui venaient chercher sur ce tombeau la guérison de leurs maux, tombaient dans un état d'insensibilité parfaite et se roulaient par terre dans mille contorsions. On les frappait à coups redoublés, on leur marchait sur le corps sans qu'elles éprouvassent la moindre douleur. Bien plus, elles, criaient : "Continuez, frères, continuez. ■ Ces scènes, où le scandale et l'érotisme ne tardèrent point à se mêler, prirent bientôt un caractère tel que la police fut obligée d'y mettre ordre.
Il convient de rattacher au mysticisme médical les étranges doctrines que Gassner, Mesmer et Cagliostro tentèrent à la même époque de faire prévaloir comme systèmes de traitement des maladies. Ces trois hommes sont les promoteurs de la doctrine du magnétisme animal. Ils professaient que les maladies peuvent être guéries par un fluide spécial que le magnétiseur communique au malade au moyeu de manœuvres particulières, généralement connues sous le nom de passes magnétiques. Ces passes se pratiquaient au son d'une musique langoureuse, dans un appartement richement meublé et à la faible et discrète lumière d'une lampe entourée de gaze. Les malades et surtout les femmes ne résistaient point aux attouchements du médecin, vêtu d'ailleurs avec une élégance irréprochable. Elles éprouvaient des attaques de nerfs et des crises, s'évanouissaient, perdaient connaissance, quelquefois même s endormaient, et se réveillaient plus ou moins guéries. Au moment même où l'on commençait a se désabuser des supercheries de Cagliostro et de Mesmer, parut, en 1790, une nouvelle transformation du mysticisme médical. Un médecin allemand, Hahnemann, enseigna que l'action des remèdes est en raison inverse de la quantité administrée. Il donna pour guérir les maladies des novem décillionièmes de gramme de substances médicamenteuses, prétendant que plus le médicament est dilué ou atténué, plus il se dynamise et acquiert de vertu. C est, comme on le voit, la magnétisation du remède, semblable à la magnétisation des arbres par Mesmer, et à la magnétisation des tables par les spirites.
Nous venons de prononcer le mot de spirites. Le spiritisme est encore une des aberrations mystiques les plus curieuses de l'histoire humaine, si pleine, sur ce chapitre, de folies incroyables. Nous renvoyons pour la connaissance des faits qui s'y rapportent et de tous ceux qui ont trait aux autres folies congénères, aux articles spéciaux.
De nos jours, le mysticisme médical règne chez certaines peuplades sauvages, et y présente des caractères assez intéressants.
Ainsi, chez les Indiens de l'Amérique (Peaux- Rouges), on croit que la médecine et la religion, filles dfc ciel émanées du sein du Grand Esprit, ont été données aux hommes par Mouabodzo. Elles s'exercent toute» deux dans les temples, par les soins de prêtresmédecins, espèces de sorciers, dont la pathologie se résume dans cet aphorisme : « La cause des maladies est due à l'esprit d'un animal malfaisant qui s'introduit dans le corps de l'homme. ■ Pour visiter les malades, ils ont un costume particulier fait avec une peau d'ours jaune, qui les couvre presque
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entièrement. Ils s'attachent autour du cou, de la ceinture et des bras une foule d'nnimaux empaillés et de serpents , crapauds, chauves-souris, chouettes, etc. Dans leurs mains se trouvent le tambour à médecine et la lance magique. Ce tambour est une boite contenant des parfums et des herbes, et cette lance, un bâton auquel sont suspendues des dépouilles de rats, de lézards et de couleuvres. Ils se livrent alors sur le malade à des espèces de passes, à des exorcismes, à des frictions, etc., et lui administrent quelques remèdes végétaux, le tout pour chasser l'esprit malfaisant, le démon.
Il est singulier de voir combien est enracinée dans toutes les civilisations et à toutes les époques cette croyance à un mauvais génie, cause des maladies et surtout des ma- 'ladies nerveuses. Les hommes les plus éininents ont eu, sur ce chapitre, la crédulité des plus barbares. Pythagore pensait que les maladies sont dues à des démons répandus dans l'air, et pour lui comme pour las autres philosophes grecs, les purifications et les ablutions n'avaient qu'un but : de chasser ces démons. La même doctrine fut admise par les grands docteurs chrétiens, et il se trouve qu'elle règne aussi chez les peuples barbares. Plusieurs philosophes ont essayé de systématiser ces croyances et d'en trouver une raison ;. d'autres ont été jusqu'à fournir la démonstration de leur légitimité.
Le mysticisme médical a eu pour suppôt le mysticisme philosophique de l'école d Alexandrie, bien que plusieurs des disciples de cette école aient protesté contre la magie. L'inconséquence des disciples n'empêche pas les conséquences de lu doctrine.
Les faits que nous avons rapportés démontrent que le mysticisme médical, compagnon des croyances théologiques, est comme elles le résultat de cette disposition à croire au merveilleux, qui se retrouve chez tous les peuples non encore parvenus à leur maturité. La magie des Chaldéens et des Egyptiens, la théurgie de la Grèce et de Rome, la théurgie chrétienne, la démonomanie et la sorcellerie du moyen âge, les puissances occultes du magnétisme, le somnambulisme, l'homœopathie, etc., toutes ces aberrations étranges représentent, qu'on les considère ou non dans leurs rapports avec la médecine, le fruit des spéculations d'une intelligence sans mesure , sans lumière et sans frein , avide de croire et d'espérer, amoureuse des choses qui l'étonnent et la déconcertent, facile à convaincre quand on fait luire devant elle l'idée d'un plaisir ou d'une satisfaction, rebelle quand on lui propose la tempérance et l'austérité, soit dans les choses de l'esprit, soit dans les choses du corps. Telle est du moins l'intelligence humaine quand lu science ne l'a point disciplinée. La science est le seul remède aux funestes erreurs du mysticisme.
THÉURGIQUE adj. (té-ur-ji-ke — rad.
théurgie). Qui appartient, qui a rapport à la théurgie : Pratiques théurgiques.
THÉURG1STE s. m. (té-ur-ji-ste — rad.
théurgie). Celui qui pratique la théurgie. H On dit aussi théurgitë : Un savant gui avait composé treize volumes su?' tes propriétés du griffon, et gui, de plus, était grand théurgitë, se hâta d'aller accuser Zadig auprès d'un archimage. (Volt.)
THEURIET (André), littérateur français, né à Marly-le-Roi (Seine-et-Oise) en 1833. Après avoir achevé ses études au collège de Bar-le-Duc, où s'écoula son enfance, il vint à Paris en 1S56 et publia l'année suivante ses premiers vers, dnns la Revue de Paris et dans la lievue des Deux-Mondes. Ces petits poSmes , pleins de fraîcheur et de sentiment, eurent la plus heureux succès. Il les recueillit dans son Chemin des bois {1S61, 1 vol. in-18), œuvre qui suffirait à la réputation d'un poëte, et que l'Académie française a couronnée en 1868. Ses Nouvelles intimes : Claude Blouet, L'abbé Daniel et Lucite Désenclos, le firent connaître ensuite avantageusement comme romancier. Il voulut tenter le théâtre et donna à l'Odéon, le 11 octobre 1871, Jean-Marie, drame en un acte, en vers, qui est resté au répertoire. On a encore de lui : le Bleu et le Noir, poèmes de la vie réelle, couronnés également par l'Académie (1873, in-18); Mademoiselle Guignon, roman (1874, in-18); le Mariage de Gérard (1875, in-18); la Fortune d'Aiigèle (1876, in-18). Il a collaboré, en outre, au Correspondant et au Musée universel. Poëte élégantet naturel, M. André Theuriet s'est assure par ses ouvrages une place fort distinguée parmi les écrivains de l'époque actuelle.
THEUTYES s. m. pi. (teû-ti). Ichthyol.