‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 690 sur 1042 · V. Huoo · texte numérisé non relu

V. Huoo

Il Celui qui possédait une terre érigée en fief héréditaire : Avant la Révolution, il n'y avait plus que cinq ou six vidâmes en France. (Acad.) Il S'est dit quelquefois pour vicomte.

— Encycl. L'institution des vidamies est commune à la France et à l'Allemagne. Le mot dérive du titre de vice-dominus (viceseigneur), donné sous les empereurs, comme celui de vicarius (vicaire), à tout personnage chargé d'une gérance de biens ou d'une lieutenance du maître. Les vice-domini ecclesiastici ont seuls perpétué ce titre sous celui de vidâmes.

A l'origine, les fonctions du vice-dominus ecclesiasticus ou vidame se confondaient avec celles de l'économe, les biens des évêques, comme tous les biens ecclésiastiques, étant de simples concessions territoriales, qui n'apportaient au titulaire ni dignités nouvelles ni droit de juridiction. Il est question de ces fonctionnaires dans les capitulaires de Charleinagne, tantôt sous le nom de vice-domini, tantôt sous ceux d'économes ou de préposés. | Ces mêmes capitulaires attribuent des vidantes non-seulement aux évêchés, mais aux abbayes et même aux abbayes de tilles. Plus

VIDA

l tard, lorsque les évêques se créèrent, comme tous les grands feudataires, de véritables souverainetés temporelles, avec droit de haute et basse justice, les vidâmes eurent la délégation de tous les pouvoirs temporels. Comme magistrats, ils rendaient la justice en leur nom aux tenanciers et représentaient aussi l'évêque cité devant une autre juridiction, ce qui fait qu'on leur donne quelquefois aussi le titre d'avocats ou d'avoyers; comme gentilshommes, ils se mettaient à la tète des vassaux de l'évêque toutes les fois que celuici, comme seigneur temporel, était requis de fournir au roi son contingent d'hommes d'armes, ou lorsqu'il fallait défendre à main armée les territoires mêmes de l'évèché. On trouve encore, dans les attributions des aidâmes, le devoir d'empêcher que le palais de l'évêque ne soit pillé à sa mort. C'était, en effet, une singulière coutume, datant des premiers temps de l'Eglise, dégénérée en droit pour le peuple, et dont l'évêque de Rome lui-même, le pape, n'était pas exonéré. On peut lire, dans. le Diarium de Burchard, les scènes curieuses qui se renouvelaient à la mort de chaque pape. U en était de même en France, et ni ordonnances ni mandements épiscopaux ne vinrent à bout, de longtemps, de cette licence invétérée.

Peu à peu les vidâmes, de simples officiers à la nomination des évêques, devinrent propriétaires de leurs charges, les rendirent héréditaires et se constituèrent ainsi des iiefs relevant des évêques. L'achat de ces charges à prix d'argent était contraire à une bulle de Grégoire IX, qui range expressément parmi les actes de simonie l'achat ou la vente des vidamies, mais cette prohibition fut sans doute considérée de peu de valeur. Les vidâmes surent se créer dans leurs fiefs une telle indépendance que, primitivement chargés de la défense des biens ecclésiastiques, on les vit piller ces biens à l'aide de leurs propres hommes d'armes, ainsi qu'il appeit d'une charte de Louis Vil, citée par Du Cange, et d'un canon du quatrième concile de Latran. A la même époque, on rencontre dans les chartes le titre d'avoyer, régisseur des biens de l'évêque, distinct de celui de vidame, ce qui s'explique aisément.

A la différence du comte, qui pouvait créer un nombre indéterminé de vicomtes, l'évêque n'avait qu'un seul vidame. (Jelui-ci portait le nom de la ville épiscopale et s'appelait vidame de Chartres, vidame d'Amiens, vidame de Cambrai, etc. Comme singularité, les anciens historiens de la noblesse française remarquent qu'un évèque était à la fois évèque et vidame; l'évêque de Beauvais était en même temps vidame de Gerberoi, la vidamie de Gerberoi étant annexée à l'évèché. Par contre, il y avait deux vidâmes sans évêques, le vidame de Normandie, qui relevait directement du roi (cette vidamie resta longtemps dans la famille d'Esceval), et le vidame du Mans, qui ne relevait aussi que du roi (cette vidamie a passé de la famille des Usages dans celle d'Augennes et dans celle de Vassé, dont l'aîné portait le titre de vidame). A partir du xv« siècle, ce ne fut plus, du reste, qu'un titre honorifique; d'après La Martinière, les vidâmes « portaient leurs timbres tout d'argent, tarrés de deux tiers .montrant sept barreaux, • et ils jouissaient des prérogatives des vicomtes.

Les vidâmes ont disparu avec la Révolution de 1789. Cependant Balzac, avec raison, a encore donné ce litre à quelques-uns de ces grimaçants personnages dont ii peupla les salons du faubourg Saint-Germain, au retour de l'émigration. Sans la figure du vidame, le tableau oe cette société un peu moisie n'eût pas été complet.

VIDAMIE s. f. (vi-da-mî — rad. vidame).'" Dignité, titre, fonctions de vidame : La Vidamie d'Amiens. La vidamie de Chartres. Il On a dit aussi vidameté et vidame s. m.

VIDANGE s. f. (vi-dan-je —, rad. vider). Action de vider : La vidange d'une fosse d'aisances. Une entreprise de vidanges. Il Immondices; matières fécales retirées des latrines : Les vidanges d'un fossé, d'une fosse d'aisances. Le milan, la buse, te corbeau ne cherchent que les vidanges et les chairs corrompues. (Buff.)

— Etat d'un vase, d'un vaisseau qui est entamé, dont on a commencé à retirer le contenu; état du liquide lui-même: Tonneau, bouteille en vidange. Ce vin est en vidange. Il y a dans cette bouteille un reste de vin qui s'éuenttru; j'ai en horreur les bouteilles en vidange. (Dider.)

• — Argot. Accouchement. Il Largue en vidange, Femme en couches.

— Sj Ivic. Action de vider les coupes, d'en retirer le bois abattu.

— P. et en. Petit fossé creusé le long d'une route pour servir à l'écoulement des eaux.

— Techn. Menus débris retirés d'une ardoisière. Il Transport de matériaux de déblai ; matériaux eux-mêmes.

— Encycl. Vidange des fosses d'aisances.

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