‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 700 sur 1042 · V. Boisjolin · texte numérisé non relu

V. Boisjolin

VIEHOFF (Henri), historien et littérateur allemami, né à Buttgen, près de Neuss, en 1804. Il étudia à 1 université de Bonn la philologie, les mathématiques et les sciences naturelles, devint eu 1828 professeur au progyiniuisium d'Uederdingen-sur-le-Rhin, puis, la même année, précepteur d'un jeune noble, avec lequel il voyagea jusqu'en 1833 ; il alla occuper à celte époque une chaire au gymnase U'Einmerich, puis, en 1838, a l'école de3 arts et métiers de Dusseldorf, et fut appelé, en 1850, a la direction de l'école des arts et métiers et de l'école provinciale industrielle de Trêves. Il figura, la même année, comme membre du parlement de l'Union, à Erfurt, H est surtout connu par ses travaux sur l'histoire de la littérature allemande et par ses études"biographiques et littéraires sur les principaux écrivains de son pays. On a de lui : Vie de Gœthe (Suiugard, 1847-1849, 4 vol.) ; des notes explicatives pour les Poésies de Uoothe (Dusseldorf, 18461854, 3 vol.) ut pour les Poésies de Schiller (Siuttgard, 1858, 3 vol.; 3« édit.); une édition, avec additions, de l'ouvrage d'iioffmeisler, intitulé : Vie de Schiller destinée à la grande masse

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des lecteurs (Stuttgard, 1848-1653, 3 vol.); Manuel de la littérature nationale allemande (Brunswick, 1865, 3 vol., 5e édit.) ; Y Ecole élémentaire de la poésie (Brunswick, 1860). Il a, en outre, traduit en allemaud les Œuvres de Racine (Emmerich, 1840-1846, 4 vol.) ; jdusieurs pièces de Molière pour la traduction des Œuvres de ce dernier publiée par Lax; huit pièces de Shakspeare pour la traduction complète de ses Œuvres entreprise par Diugelstedt (Hildburghausen, 1867 etann. suiv.); enfin tous les drames de Sophocle (Hildburghausen, 1868 et ann. suiv.). M. Viehoff avait, en outre, fondé avec Herrig, à Bruns'wick, en 1844, les Archives pour l'étude des langues modernes; mais, au bout de quelque temps, il en laissa la direction à son collaborateur.

VIEIL adj. m. (vieil ; Il rail.). V. vlEDX.

VIEILLARD s. m. (viè-llard; Il mil. — rad. vieil). Homme très-vieux : Il y a dans.laga-' lanterie des vieillards je ne sais quoi de chevaleresque et de désintéressé qui donne un grand charme à leur commerce. (L. Enauit.) Un vieillard sans dignité est comme une femme sans pudeur. (Lalena.)

Me faites point parler voa acteurs au hasard, Un vieillard en jeune homme, un jeune homme en *■' \vieitlard.

La bonté d'un vieillard, c'est sa coquetterie, C'est le dernier rayon de sa face flétrie.

B. A.UOIER.

Tu murmures, vieillard! vois ces jeunes mourir;

Vois-les marcher, vois-les courir A des morts, il est vrai, glorieuses et belles, Mais sûres, cependant, et quelquefois cruelles. ~~ La Fontaine.

— Quand le mot vieillard ne s'applique pas à des personnes déterminées, il peut, surtout au pluriel, désigner des femmes aussi bien que des hommes : Les vieillards vivent dans le passé; les jeunes gens, dans l'avenir; l'homme mûr et saije, dans le présent. (Aline de Maint.) Une trop grande négligence, comme une excessive parure, dans les vieillards, multiplie leurs rides et fait mieux voir leur caducité. (LaBruy.) Les vieillards qui ont étudié dans leur jeunesse n'ont besoin que de se ressouvenir, et non d'apprendre. (Alontesq.) Les Caspiens, au dire de Strabon, mettaient à mort les vieillards âgés de soixante-dix ans. (A. Maury.)

Un vieillard amoureux mérite qu'on en rie.

Corneille.

Il Quelques écrivains modernes ont hasardé le féminin vieillarde : Grandcassis entre gravement en donnant le bras à Artémise ; il est suivi de sa noce, composée de vieillards et de vieillardbs. (Labiche.)

— Alchim. Vieillard des sqges, Mercure.

— Mamm. Nom donné à'quelques singes qui portent une barbe grise ou une chevelure plus ou moins blanche, et particulièrement a l'ouanderou.

— Ornith. Nom du tucco et du coucou des pluies. Il Petit vieillard, Vieillard à ailes rousses, Noms donnés à deux coulicous.

— Adjectiv. Qui est propre, qui convient aux personnes très-âgées : Allons donc, c'est tout à fait viEiLLABD ce que vous faites là. (F. Soulié.)

— Encycl. Théâtre. Les vieillards au théâtre, chez les anciens. Si les vieillards ont eu dans la tragédie antique le privilège de la sagesse, de la noblesse, du respect, des grandes pensées et des majestueuses figures, la comédie, en revanche, leur a fait payer cher cet honneur. Là, le masque imposant et vénérable devenait risible et grimaçait bouffonnement; la gravité faisait place à la sottise, et les rides plissaient d'une façon grotesque un front qui portait l'empreinte de tous les vices. Le poète réservait aux jeunes gens les travers que ue suit point le ridicule, ceux dont on se pare volontiers, la prodigalité, la témérité folle, la passion irréfléchie ; aux vieillards, tout ce qui provoque et pitié et mépris et bruyante gaieté, l'avarice, la sotte et badaude niaiserie, le bavardage stérile, l'amour impuissant, le libertinage qui soulève le cœur, la rigueur farouche, l'indulgence dupée et l'intempestive bonté. Et ce n'était point sans raison. Il y a, en effet, dans la force et la beauté de la jeunesse et de l'âge viril quelque choso qui répugne au ridicule et repousse le comique. La vieillesse,au contraire, sitôt qu'elle perd la sagesse et la vertu, qui sont ses seuls ornements, sa seule beauté, devient par excellence l'objet du ridicule et la source du comique vrai. Les auteurs de tous les temps l'ont compris , mais ceux de l'antiquité ont plus que les autres abusé de ce -moyen; ils avaient moins que nous ce respect ue la famille qui retient et tempère les hardiesses des tableaux modernes. Aussi voyons-nous Aristophane faire passer devant nos yeux une galerie complète des sottises et des vices de la vieillesse, types achevés, aussi amusants qu'impitoyables , étonnantes caricatures, charges de génie où se mêlent sans cesse la réalité et l'imagination, la plus cynique des peintures et la plus étincelante des poésies. C'est, dans les Guêpes, la maniaque Philocléon, l'amusant original du Perrin Dandiu des Plaideurs. Sa folie est de vouloir juger toujours. « S'il n'occupe pas le premier rang au tribunal, il est désespéré.

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Son coq l'ayant éveillé tard : « C'est, dit-il, > que des accusés l'auront gagné à prix d'ar- » gent. » A peine a-t-il soupe qu'il demande à grand cris sa chaussure ; il court au tribunal avant le jour et s'endort collé comme une huître au pied de la colonne. Juge impitoyable, il ne manque jamais de tracer sur ses tablettes la ligne de condamnation et rentre les ongles pleins de cire, comme une abeille ou un bourdon. Dans la crainte de manquer de cailloux à suffrage, il entretient dans la cour de sa maison une grève qu'il renouvelle sans cesse... • Pour satisfaire le bonhomme,'onlui donne enfin à juger le chien Labès, qui a dévoré un fromage de Sicile. Philocléon juge le coupable, en vrai Brid'oison, suivant toutes les tonnes. Ce Philocléon, c'est le peuple athénien, juge sot, ignorant, avide d'aller gagner l'obole qu'un législateur imprudent a accordée à ceux qui siègent au tribunal. La bouffonnerie .d'Aristophane est bien plus hardie encore dans les Chevaliers, Là, le vieillard sot et ridicule, mis en scène avec une singulière audace , n'est autre que le peuple lui-même, tle bonhomme Démos, de Pnyx, mangeur de fèves, vieillard morose et un peu sourd. » Autour de lui s'empressent des esclaves flagorneurs, et le plus effronté de tous, le corroyeur paphlagonien Cléon, toujours occupé à le gorger, à l'endormir, k lui dire : « O peuple 1 c'est assez d'avoir jugé une affaire ; va-t en au bain, prends un morceau, bois, mange, reçois tes 3 oboles. Veux-tu que je te serve à souper?» Il l'entoure, lui conte les vieux oracles dont il est très-friand, écarte ses vrais amis, l'entortille et l'ensorcelle. Ce ne sont autour du vieillard imbécile que luttes de platitude. « Tiens, lui dit l'un, voici une boîte d'onguent pour les plaies de tes jambes. — Permets, dit l'autre, que j'ôte tes cheveux blancs pour te rajeunir. — Prends cette queue de lièvre pour essuyer tes yeux.

— Quand tu. te moucheras, ô peuple, essuie tes doigts à mes cheveux. — Aux miens!

— Aux miens I... » Eloquente et éternelle satire! Lo livre d'Aristophane, cet aristocrate hautain , est le vrai bréviaire d'un

.peuple républicain; il a connu et signalé avec une verve intarissable tous les dangers qu'une république doit éviter. Citons encore, parmi les grotesques vieillards de la comédie athénienne, le vieux fou Strépsiade, un bon paysan qui a eu le malheur d'épouser une femme riche et vaniteuse et d'en avoir un fils prodigue, toujours prêt à faire rouler les écus paternels. Tourmenté par les huissiers, le vieillard va apprendre à l'école des sophistes et de Socrate les bons raisonnements par lesquels on évite de payer ses dettes. Il faut voir dans les Nuées avec quelle niaiserie béate il contemple Socrate suspendu dans sa corbeille, il hume ses arguties comiques, gobe ses duperies, se laisse voler par les uns et rosser par les autres. C'est plaisir aussi de voir comment sa science de fraîche date lui profite et comment il explique le tonnerre : « Oui, par Apollon, quand je me suis gorgé de viande, je souffre, j'ai la colique, puis la ratatouille gronde et enfin éclate avec un terrible fracas. C'est peu de chose d'abord, pappax, pappax; puis ça augmente, papappapax, et quand je me soulage, c'est vraiment le tonnerre, pappupappapapax.

Voilà ce que c'est que la foudre. » N oublions pas non plus, dans la comédie grecque, le rôle que joue souventle chœur des vieillards: peureux, bavard et criard. Partout il va et geint, comme dans ce passage des Guêpes, réaliste comme une scène de Henri Monnier. Les juges vont la nuit au tribunal, avec leurs enfants qui portent des flambeaux : • Hàtons-nous, camarades, avant que le jour paraisse; éclairons bien le chemin avec nos lampes, de peur d'être surpris par quelque casse-cou... Ramasse un bouchon de paille, petit, et mouche ta lampe... Pourquoi donc allonges-tu la mèche, petit sot. L'huile est chère; ce n'est pas toi qui as le mal de la payer... Bon, je crois que je marche dans un bourbier. Je serais bien étonné si, d'ici à quatre jours, il ne tombe pas de l'eau à foison. Voyez donc quels champignons k nos lampes 1 C'est toujours signe de grande pluie. Du reste, les biens de la terre , qui sont un peu en retard, demandent de l'eau et du veut. » Et ils continuent à jacasser en pataugeant.

Il ne faut pas nous attendre à trouver dans la comédie latiue quelques nobles types du vieillard romain, grave, calme, sage et doux conseiller de la jeunesse. Plaute, qui ne voulait que faire rire, n'a vu partout que le ridicule; la vieillesse en a eu sa large part, et ce ridicule , le grand comique latin, l'a poussé quelquefois, sans paraître s'en douter, jusqu'aux derniers degrés de l'odieux. Il empruntait le fond et la forme de son théâtre à la Comédie nouvelle d'Athènes ; or, Philéinon , Méuandre et les autres comiques grecs de cette époque avaient peint la société de leur temps, c'est-à-dire l'une des plus corrompues qui aient jamais existé. Esclaves voleurs, iils prodigues, courtisanes et prostituteurs , vieillards débauchés , tels étaient les uniques personnages qui, diversement combines, firent la joie des Grecs et des Komaius. Le vieillard, dupé par son fils et joue par ses esclaves , fut dès lors et est resté longtemps chez nous le héros principal de toutes les intrigues comiques. Le vieillard de VEpidicus est devenu le vieillard des Fourberies de Scapin; l'argent extorqué

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au père a été longtemps une des sources de la gaieté française aussi bien que de la gaieté latine. Mais ce que l'esprit et les mœurs françaises ne permirent jamais qu'avec quelque tempérament, c'est le spectacle du vieillard, du père avili en pleine scène par des passions qui ne sont plus de son âge. Molière a bien montré son Harpagon et Arnolphe amoureux et profondément ridicules ; mais l'idée de débauche a été soigneusement écartée par lui. Plaute, au contraire, s'y complaît, s'y arrête avec délices; il na craint pas d'en mettre sous les yeux du public le plus brutal spectacle. L'Asinaria, par exemple, nous montre un père, Déménète, se faisant le complice de son fils pour partager avec lui ses plaisirs. La pièce se développe sur cette donnée, avec force tableaux... légers, et se termine par la vengeance de la morale, vengeance bien immorale cependant : la femme, vieille et acariâtre, du crapuleux vieillard vient l'arracher aux bras de la courtisane. Et Plaute, qui prend gaiement la chose, dit, en matière de conclusion : < Si ce vieillard s'est passé quelques caprices en cachette de sa femme, il n'y a rien là d'extraordinaire ni d'étrange; il a fait comme les autres. Quel est l'homme assez dur à luimême, assez insensible pour ne pas se donner quelques jouissances, dans l'occasion? Maintenant, si vous voulez intercéder en faveur du vieillard et empêcher qu'il ne soit battu, vous obtiendrez sa grâce en faisant éclater vos applaudissements. ■ Les Baechis vont plus loin encore. Un vieillard morose et parcimonieux, irrité des débauches coûteuses de son fils, finit par se prendre luimême, avec un de ses amis, aux pièges des deux courtisanes qui ont perdu le jeune homme. La dernière scène nous le montra saisi, enlacé et cédant h la tentation dans un grotesque délire. Il n'est que temps que la toile tombe. Il, est vrai quici Plaute parait pris de quelques remords, car il fait trois lignes de morale : « Si ces vieillards n'avaient pas passé leur jeunesse dans les mauvais lieux , ils n'y souilleraient pas maintenant leurs cheveux blancs. Et moi-même je n'aurais pas mis ce spectacle sous vos yeux , si l'on n'avait pas vu des pères se déshonorer là même où vont se perdre leurs fils. » Mais le sens moral de Plaute n'est pas si exigeant qu'il lui interdise de nous conter, dans" la Casina, la mésaventure d'un vieillard libertin que l'on finit par duper de la façon la plus plaisante. On a glissé dans le lit où il attendait une courtisane un vieil esclave. Le récit du malheureux est si difficile à écouter, même en latin, que les moines du moyen âge,- peu pudibonds pourtant, ont chastement remplacé des lignes entières par ' des points de suspension et d'indignation. Nous goûtons Plaute avec moins de réserves et moins de restrictions quand il nous montre des vieillards moins repoussants et tout aussi comiques, par exemple Hésion des Captifs, si plaisant dans ses transports de colère contre le prisonnier qui l'a joué, et le bon vieillard de Rudens, qui recueille chez lui deux jolies petites fugitives et s'amuse finement de la jalousie de sa femme, jalousie peu justifiée du reste; ou bien encore ce type admirable de l'avare, Euclion , dans i,' Aulularia, le modèle où Molière a si largement puisé, vieux- fou toujours pâle, toujours aux aguets et à qui les écus .donnent plus de tourment qu'ils ne donnent à d'autres de joie et de plaisir.

Térence, pour les bienséances, les délicatesses, les sentiments doux et aimables, est de plusieurs siècles plus moderne que Plaute, qu'il suit de quelques années. Dans sou théâtre, rien de repoussant, rien de grossièrement gai ni d'odieusement ridicule; un comique tempéré et délicat, à égale distance du rire et des larmes. Le vieux Simon, de VAndrienne, un père un peu bonasse, un peu trompé, un peu grognon, est 'touchant cependant quand il nous raconte les passions de son fils et ses propres émotions. Le : « Il rougit; tout n'est pas perdu encore, » est un trait exquis et célèbre. Les deux pères, des Adelphes, qui pèchent l'un par trop de rigueur, l'autre par excès d'indulgence, ont chacun une nuance de ridicule, pas davantage. Déméas, le sévère et le maussade, n'est pas plus le héros de Térence que Micion, le faible, l'ami et le complice de son fils. Tous deux ont leurs travers, tous deux trouveront leur condamnation, l'un dans la ruine de toutes ses espérances et le mauvais succès de sa méthode d'éducation, l'autre dans les situations grotesques où le place son extrême complaisance. Mais la main de l'auteur colique est douce en les châtiant; elle les ménage comme on ménage un enfant; elle a pour eux le respect, que Plaute n'avait jamais connu.

Notre théâtre classique n'a guère présenté, en fait de types de vieillards, que des copies plus ou moins vigoureuses des types latins. « Un de ceux qiraffeetionnent nos anciens comiques, dit M. V. Pournel, c'est celui du vieillard amoureux. Ils aiment à montrer tout ce qu'il y a de ridicule et de repoussant dans ces barbons qui n'ont pas l'esprit de leur âge et cherchent à coqueter avec de jeunes minois, dans ces physionomies caduques, grimaçant des sourires et dos fleurettes qut jurent avec leurs rides et leur voix cassée. Ils sont même sans pitié pour lu passion véritable. Voyez le Josso des Ebahis,

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