V. CHICHE
— Encycl. Hist. La dénomination de vilain n'a pas toujours été injurieuse. Elle désigna d'abord le roturier, et le mépris affecté par 'a noblesse pour tout ce qui n appartenait pas à sa caste fut la cause du sens péjoratif qui s'attacha à ce mot et qu'il n'a jamais perdu. Quant aux vilains eux-mêmes, ils devaient, sous le nom de tiers état, prendre une éclatante revanche des mépris de la classe noble.
Parmi les vilains ou roturiers, il y avait deux classes, celle des ingénus (hommes libres) et celle des serfs. Un appelait loi vilaine (lex viltana) celle qui régissait les roturiers. Dans l'art militaire, le vilain était le fantassin. Du moins Join ville employait cette expression'.
Peu a peu le mot vilain devint tout à fuit injurieux; on ne l'employa plus même pour désigner des serfs fermiers (proprii homines), mais seulement de véritables esclaves assujettis à des corvées, des hommes qui dépendaient d'une culture, d'un territoire, d'une glèbe (glebs adscripti). Ohildebert évaluait à bas prix leur existence, car, par la règle qu'on appelait estimatio vitx, le rachat d'un meurtre commis sur un homme libre était de 100 sous, et pour 36 sous on pouvait tuer un vilain.
Le vilain ne pouvait appeler d'un jugement rendu contre lui par son seigneur, conformément à- cet adage : i 11 n'y a. entre seigneur et vilain autre juge fors Dieu. »
Le moyen âge nous a laissé sur les vilains trois écrits fort curieux : Des vingt-trois manières de vilains, xme siècle (Paris, Silvestre, 1833, in-8°) ; De l'oustillement du vilain, xil" siècle (Paris, Silvestre, 1833, in-8°); la Riote du monde, le roi d'Angleterre et le jongleur d'Ely , xm° siècle (t'aris , Silvestre, 1833, in-8<>).
(Jes trois opuscules ont eu pour éditeurs MM. de Monmerqué et Francisque Michel.
Les Vingt-trois manières sont uu traité ex professa qui enseigne : Quantes maniérés i sont de vilains, de quoi ils servent , et une prière pour eux. UOuslillement est un inventaire des objets de ménage et outils, d'ordinaire nécessaires au vilain, c'est-à-dire au prolétaire, à l'ouvrier, qui ne peut vivre sans travail, et qui, par conséquent, a besoin d'un outillement spécial. La Riote est une conversation en proverbes, en coq-à-1'âne, entre un vilain et le roi d'Angleterre. .
VILAIN Xllll, nom d'une famille belge,