‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 723 sur 1042 · VILLAGE · texte numérisé non relu

VILLAGE

— Habitants d'un village : Le village est en fête. Tout le village était sur la place du marché.

— Loc. farn. Coq du village, Personne la plus influente, celle dont la parole est la mieux écoutée dans le pays qu'elle habite, il Jeune homme qui attire les regards de toutes les jeunes filles de l'endroit, il Etre de son village, Etre fort neuf, fort naïf, très-mal instruit de ce qui se passe dans le monde. [| Etre parée comme une épousée- de village, Etre vêtue d'une façon ridiculement prétentieuse, u Ce n'est qu'un sot, il sera marié au village, Se disait autrefois d'un homme qui ne savait pas faire ses affaires.

— Prov. A gens de village trompette de bois, Aux gens grossiers ou ignorants il faut des choses proportionnées à la bassesse de leur esprit. Il 11 ne faut pas se moquer des chiens qu'on ne soit hors du village, Avant de se moquer du danger, il faut s'en être tiré.

— Hist. Villages royaux, Titre que l'on donnait, dans le moyen âge, aux lieux qui possédaient une.résidence royale.

— Jeux. Au romestecq, Réunion dans une main de quatre cartes de même couleur, dont deux de même valenr,'et les deux autres de la valeur immédiatement inférieure, comme

deux dames et deux valets, deux dix et deux neuf, etc.

— Syn. Village, hameau. V. HAMEAU.

Village abandonné (l'E), potime de Gold-

smith (1769). C'est, sans contredit, le meilleur des ouvrages en vers de l'auteur et l'une des plus belles productions de la poésie anglaise. On rapporte que Goldsmith, ayant reçu d'un libraire un billet de 100 guinées pour son poËme du Village abandonnent trouvant le prix' trop fort en comparaison du peu d'étendue de ce poëme, dit à un de ses amis : • Depuis que j'ai reçu ce billet, je n'ai pas eu un moment de tranquillité; je suis résolu do ne pas le garder. » Il le rendit, en effet, ne consentant à être payé qu'à raison du débit de l'ouvrage, qui heureusement fut considérable.

Sachant trouver dans l'existence anglaise, toute prosaïque par elle-même, quelques points de vue intéressants, Goldsmith, dans son Village abandonné, a peint une colonie de pauvres laboureurs anglais, chassée de ses anciens pénates gar une civilisation très-, avancée et une population surabondante. Ce petit pogme admirable est à la fois une élé-

fie politique, philosophique, morale et un taleau champêtre. L'intérêt en est vif et simple; le poète atteint le^grandiose par la naïveté. Si Goldsmith avait écrit pendant sa vie beaucoup de morceaux de cette force et de cette profondeur, nul poëte anglais ne marcherait avant lui ; mais c'est une perle isolée. Le prédicateur de village, dans le Village abandonné, était, assure-t-on, le portrait exactement tracé du père de Goldsmith.

L'ouvrage a été imité par Delille dans l'Homme des champs. Il a souvent été mis en fiançais, tant en prose qu'en vers. Parmi les dernières traductions, il en existe une paraphrasée par le chevalier de Rudlidge, en deux chants et intitulée : le Retour du philosophe ou le Village abandonné (1772, iii-8°). Goldsmith a adressé des remerclinents à Rudlidge. Citons une imitation par Léonard, eu forme d'idylle, ayant pour titre le Village détruit, une imitation de Monvel fils et une traduction médiocre en français qui a été donnée en 1805. . .

Village (le), comédie en un acte, en prose, de M. Octave Feuillet (Théâtre-Français, juin 1856). Dans le petit village de Saint-Suuveur- le- Vicomte tombe tout à coup, chez l'ancien notaire .Georges Dupuis, un ancien camarade de collège, perdu de vue depuis trente ans,TomRouvière. Autant l'existence du notaire a été calme, autant celle de Rouvière a été agitée; intrépide voyageur, il a fait plusieurs fois le tour du monde, il a trempé ses pieds dans le Gange, doublé le cap Horn et le cap Nord, mangé des côtelettes de chameau et des jambons de renne fumé. Passant près de Saint-Sauveur, il s'est rappelé son ancien ami et il est venu lui serrer la main. Dupuis écoute avec étonnement et admiration le récit coloré de ses nombreuses aventures ; sa femme s'empresse et voudrait imaginer pour le dîner des mets dignes d'un homme qui a mangé tant de choses extraordinaires ; la cuisinière en perd la tête. Tom, qui n'a pas gagné beaucoup de tact ni beaucoup de patience dans ses voyages, s'emporte contre la chatte favorite, rudoie la bonne et trouve tout détestable.

Mais la cloche sonne VAugelu», Mm» Dupuis va faire sa prière à l'église; c'est une habitude de trente années. Les deux amis restent seuls. Il faut voir alors comme Rouvière s'échauffe dans ses récits et comme Dupuis l'admire, ce diable de Tom! Après le café, il le trouve si jeune, si vert, si alerte ; il se trouve lui-même si rouillé, si raccorni, quoiqu'ils soient du même âge I Après le verre de rhum, il se reconnaît encroûté, abruti, crétinisé ; après le punch, il veut quitter Saint-Sauveur, il veut partir aussi, il veut faire au moins le tour de l'Europe ; il se plaint de sa femme qui l'a retenu ainsi loin du monde, loin du mouvement et delà vie; il se plaint de cette maison où il a enfoui ses facultés, où il les a perdues peu U peu, une à une, pour n'être plus qu'une sorte de meuble, un portrait de famille ; sa tête s'échauffe de plus en plus; Rouvière l'excite; il veut essayer d'un cigare, il commande sa malle de voyage, il va lui-même veiller aux apprêts. Sa femme rentre; quel coup de foudre I Elle apprend la résolution de son mari; elle croit d'abord à une plaisanterie; bientôt elle ne peut plus douter, ses forces l'abandonnent, elle tombe à moitié évanouie. Elle avait bien lutté autrefois contre le souvenir des amitiés de Georges, elle avait fini par être victorieuse; eile lutte encore cependant et se défend jusqu'à la fin; mais, lorsqu'elle voit sa défaite inévitable, elle se fait un courage nouveau. Elle veut visiter la malle de voyage et y ajouter ce qui'manque. Sou vieux châle de cachemire, elle le coupe en deux, une part pour Georges, une autre pour Rouvière ; ils pourront tous deux se garantir du froid. Cependant, celui qui a fait tout ce désordre, qui a causé toute cette douleur commence à apercevoir sa faute; il va laisser le deuil dans la maison pour emmener un vieillard qui depuis plus de trente ans n'a pas quitté son foyer. Il veut réparer le mal; Georges ne l'entend plus. Il lui représente tout ce qu'il y a de pénible et de dangereux dans les voyages, le froid, les privations, la maladie, l'abandon.

Rouvière raconte dans quelle terrible situation il se trouva lui-même dans une auberge d'Italie, lorsque malade, près de mourir, il se vit délaissé de tous, sans un ami pour lui dire le dernier adieu, sans une famille pour le pleurdr. A ce souvenir, que Rouvière a toujours cherché à écarter et qui l'oppresse en ce moment, une révolution subite s'opère en lui; ses paroles et les larmes que la pensée de cette scène lui arrachent touchent Georges et ébranlent sa résolution. Sa femme en profite et les a bientôt déterminés a demeurer tous deux à Samt-Suuveur-le-Vicomte.

La paix revient au foyer.

Le Village était imprimé depuis plusieurs années avant qu'on le représentât; on craignait que. l'intérêt ne fut pas assez vif et quo Te public ne trouvât trop uniforme cette conversation entre trois personnages. Ces craintes étaient mal fondées; l'œuvre, en quittant le livre pour la rampe, a trouvé un succès complet.

Vuinge «upo (le), tableau de Decamps; collection particulière. Ce tab*leau est aussi connu sous le titre : les Anes d'Orient; ces gentils animaux, si différents de l'âne des pays septentrionaux, se reposent dans un carrefour, sous la garde insouciante d'un petit garçon, que M. E. About trouve moins réussi que les ânes. • Quel joli fond de masures crépies à la chaux qui, parmi les vulgaires moellons, contiennent des fragments de marbre, des fûts de colonnes, des torses de statues antiques, débris des temples païens émiettés par le temps et les hommes 1 dit Th. Gautier. Il y a peut-être excès de rendu dans cette petite toile, si charmante d'ailleurs; les pierres tournent à l'agate et au porphyre; à force de solidité, le ciel luimême semble trouvé dans les veines d'une plaque de Uipls-Uizuli. • Ce joli tableau, exposé eu 1855, est un de ceux qui valurent à son auteur la grande médaille d'honneur.

VILLAGEOIS, EOISE s. (vi-la-joi, oi-ze — rad, village). Habitant d'un village ; Toute l'existence des villageois se groupe autour du clocher. (Cormen.)

— Adjectiv. Qui appartient au village ou aux villageois : Une population villageoise. Des mœurs VILLAGEOISES.

— Par ext. Grossier, mal appris, mal élevé : Un air villageois. Des manières villageoises. Des sentiments villageois.

V1LLAGOS, bourg de Hongrie. V. Vilagos.

VILLAtiUT (Alphonse), canoniste italien, né a Naples en 1566, mort en 1623. Nommé, après l'achèvement de ses études, docteur en droit canon, il entra chez les bénédictins de sa ville natale et devint abbé de Saint-Sévorin, fonctions dont il Se démît pour se consacrer exclusivement à l'étude. Ses principaux ouvrages sont : Praciica canonica criminulis (Bergaine, 1585, in-4°); De usuris (Venise, 1589. in-fol.); Consullaliones (Trévise, 1601, in-fol.); Spéculum visitatorum (Venise, 1601, in-4°); De extensione tegum(l6Q2, in-4°); Allegationes iu jure (Naples, 1603, in-4°).

VILLA-HERMOSA-DE-TABASCO, ville du Mexique. V. Tabasco.

VILLAIN DE SAINT-HILAIRE (Amable), auteur dramatique, né en 1795. 11 débuta en 1820 par un vaudeville intitulé la Pièce d'emprunt ou le Compilateur, et publia, sous le pseudonyme de (juiiiuuuio le Fiùueur, une Petite biographie dramatique, silhouette des acteurs, etc., devenue assez rare (Paris, I82l,in-12); puis il fit représenter: à laPorte- Saint-Martin, en J82I, le Solitaire ou l'Exilé du -mont Sauvage, mélodrame en trois actes, avec Crosnier, pièce qui eut alors beaucoup de succès ; en 1822, la Fille à marier ou la Double éducation, vaudeville, avec Menissier; en 1831, Encore un préjugé ou les Deux éligibles, vaudeville, avec Brunswick, etc. ; k 1 Ambigu-Comique, en 1823, Louise ou le Père juge, mélodrame en trois actes, avec do Combeiousse ; au Vaudeville, en 1823, la Chasse au renard; en 1824, Léonide ou la Vieille de Suresnes, avec Dupeuty; le Château perdu ou le Propriétaire supposé, avec de Comberousse; V Insouciant ou la Rencontre au port, avec Paulin; en 1825, les Deux cousins, avec Ferdinand Laloue; en 1826, Midi ou l'Abdication d'une femme , avec Edouard Monnais; en 1827, le Hussard de Felsheim, vaudeville en trois actes, avec Dupeuty ; en 1S35, l'Habit ne fait pas le moine, avec Duport; diverses pièces aux Variétés, aux Nouveautés, au Cirque-Olympique, à la Renaissance ; aux Folies-Dramatiques, en 1844, Nelly, drame- vaudeville; en 1850, Blanche et Btanchette, drame-vaudeville en cinq actes; en 1852, la Vieille de Béranger, etc. Villain de Satat-Hiluire fut directeur du Cirque-Olympique en 1827 et régisseur général de ce même théâtre jusqu'en 1848. Il y avait déjà quelques années qu il était mort quand, en 1873, M. Busnach remit à la scène Blanche et Blancliette, avec des changements et un nouveau dénoûment (Renaissance, 12 mai). Cette pièce, qui eut jadis un si grand succès, ne retrouva plus un public aussi bien disposé. — Sa fille, Mlle Villain db Saint-Hilaire, née à Paris vers 1823, fut pensionnaire, en 1846, de la Comédie-Française, où elle débuta daus l'emploi de soubrette par les rôles de Donne, du Tartufe; et de Mathurine, du Festin de Pierre. Elle passa ensuite à l'Odéon ety créa, au mois de septembre 1854,

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