‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 73 sur 1042 · V. AlJSSlGNY · texte numérisé non relu

V. AlJSSlGNY

THIBAULT (SAINT-), village de France (Côte-d Or), canton de Vittaux, arrond. do Semur, sur le canal de Bourgogne; 501 hab. L'église, classée parmi les monuments historiques, date de 1282. On remarque surtout ; le portail du ïhi« siècle, enrichi de statuettes et de bas-reliefs d'une parfaite exécution ; une chapelle du xive siècle et le chœur qui rappelle par sa forme, dit M, Joanne, celui de l'église Saint-Urbain de Troyes. Ou. conserve dans cette église plusieurs objets d'art précieux : un beau retable en bois et uue

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châsse ea bois du xiv» siècle, Un reliquaire en cuivre, un tombeau, etc.

THIBAULT (SAINT-), village de Franco (Aisne), canton de Fismes ; 131 hab. Dès le vm» siècle, il y existait un prieuré dont l'église subsiste encore en partie ; les restes ont une certaine valeur architecturale.

THIBAUT, dit le Tricheur, comte de Blois et de Chartres, puis de Troyes, de Beauvnis et de Meaux, mort vers 978. Il s'allia à Hugues le Grand contre Louis d'Outre-mer, prit part à toutes les grandes affaires de son temps et mérita, par ses perfidies, l'énergique surnom que lui infligèrent. ses contemporains.

THIBAUT 1er, comte de Champagne' et de Blois, mort a Epernay en 10S9. A la mort de son père, Eudes II, dont il était le fils cadet, il obtint en partage les comtés de Blois et de Toursj mais, ayant refusé de rendre hommage au roi, il se vit enlever ses possessions, qui passèrent entre les mains du comte d'Anjou, et fut vaincu par ce dernier vers 1042. A la mort de son frère atné (1047), Thibaut s'empara de la Champagne, dont il dépouilla son neveu. Dix ans plus tard, il recommença la guerre avec le comte d'Anjou et soutint avec lui une lutte acharnée. Thibaut eut pour successeur, dans le comté de Champagne, son fils, Hugues 1er, et, dans le comté de Blois, son autre fils, Etienne.

THIBAUT 11, dit le Grnnil,. comte de Champagne et de Bliiis,.ne vers 1090, mort en 1152. 11 était petit-fils du précédent et fils d'Etienne, comte de Blois,à qui il succéda en 1102, sous la tutelle de sa inère, Alix, fille de Guillaume le Conquérant. Thibaut II s'allia d'abord aux Anglais; mais, en 1124, il se joignit à Louis VI pour combattre l'empereur d Allemagne. L'année suivante, il obtint de son oncla Hugues ïacessionde la Champagne. Sonfrère Etienne B'étant emparé du trône d'Angleterre en 1 135, il envahit la Normandie, qu'il abandonna on 1137, moyennant une rente annuelle de 2,000 marcs d'argent. Thibaut refusa, après la défaite et lors de la captivité de son frère en 1141, de prendre la couronne d'Angleterre que luioffraient les barons normands. L'année suivante, la guerre éclata entre lui et le roi de France, au sujet de l'élection de Pierre de La Châtre, archevêque de Bourges. Louis VU pénétra dans la Champagne, prit Vitry et fit périr dans les Humilies 1,300 personnes renfermées dans une église (1142). Après cet acte de cruauté, saint Bernard intervint auprès du roi, qui renonça à continuer la guerre, reconnut comme archevêque Pierre de La Châtre et partit pour la croisade. Thibaut II jouit de la paix à partir (le ce moment. Il fonda de nombreuses églises, acheva le monastère de Clairvaux et créa à Troyes plusieurs établissements industriels. Il avait épousé Muihilde, fille du duc de Carinthie, dont il eut dix enfants.

THIBAUT III, comte de Champagne, petitfils du précèdent, né en 1177, mort en 1201. En 1197, il succéda k sou frère Henri H, lit, l'année suivante, hommage de Melun au roi de France, résolut de prendre part a une croisade, dont il fut élu chef, et mourut au moment où il allait se mettre en route. Peu après, sa femme, Blanche de Navarre, mit au jour an fils posthume, qui fut le célèbre Thibaut IV.

THIBAUT IV, dit le FaUenr de ebonn»,

comte de Champagne, puis roi de Navarre et célèbre poète, iils du précédent, ne en 1201, mort le 10 juillet 1253. 11 était, par sa position, le plus important vassal de la couronne de France. Sa minorité, placée sous la tutelle d'une femme, Blanche de Navarre, sa mère, ne fut pas exempte d'orages. On lui contesta sou droit au trône, parce qu'il tenait sa couronne de comte d'un ire ru aine qui était parti pour la croisade et qui avait accepté le trône de Jérusalem. Les filles de ce frère revendiquèrent leurs titre3, et le mari de l'une d'elles, le seigneur de Brienne, prit les armes pour soutenir la cause de sa femme. Thibaut porta le litige devant Philippe-Auguste, qui s'établit juge du différend et convoqua à Melun une assemblée de barons. L'assemblée condamna Brienne et donna raison à Thibaut. Lors do la guerre contre les albigeois, il accompagna Louis Vlli dans cette expédition, et comme son devoir de vassal ne l'obligeait qu'à quarante jours de service, les quarante jours écoulés il s'en alla, sans vou- ' loir se rendre aux exhortations de son souverain, qui voulait le retenir auprès de lui. On suit que Louis VIII mourut dans le cours de cette campagne. Les malveillants accusèrent le comte d avoir empoisonné sou roi, de Connivence avec Blanche de Castille, qui aurait été sa maîtresse. Il est probable que l'histoire de l'empoisonnement n'est qu'une imputation mensongère. Ce qui est plus positif, c'est l'entrée de Thibaut dans la ligue des seigneurs contre leur souverain encore enfant. Ici, on ne peut nier l'influence de la reine mère. Grâce à elle, Thibaut, qui allait s'unir au comte de Bretagne (1241), abandonna ses projets. 11 ne pouvait, a vrai dire, satisfaire tout le monde. Ses anciens alliés, voyant qu'il les quittait, lui suscitèrent une rivale sur ses propres terres, la reine de Chypre, qui faillit arriver à son but. La Champagne lut ravagée; à la fin, ou s'entendit, et Thibaut paya un dédommagement. Comme ses biens n'étaient pas en très-bon état,

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Louis IX lui avança la somme nécessaire et reçut pour ce service la cession des droits du comte sur Blois, Chartres, Sancerre et Châteatirîun.

Sur ces entrefaites, l'oncle maternel de Thibaut, le roi de Navarre, Sanche le Fort, mourut, laissant un sceptre à son neveu. Ce dernier se hâta de profiter de l'occasion, accourut en Espagne et fixa à Pampelune le siège de son gouvernement. Les domaines qu'il avait cédés lui tenaient fort au cœur. Il revint en France , afin de tâcher de les lavoir. Mais le roi n'était pas dispose à s'en dessaisir. Un nouveau dissentiment surgit. Thibaut fut battu, réduit à l'obéissance et se décida à partir pour la croisade. Il ne reparut dans ses terres que pour y rendre le dernier soupir.

Le surnom de Faiseur de chansons est resté au comte. Son enfance s'était écoulée dans un milieu qui lui avait donné des goûts littéraires; mais, à proprement parler, ces goûts étaient héréditaires dans la famille à laquelle il appartenait. Son éducation avait été extrêmement soignée ; il était très- instruit. Il a laissé un recueil de vers dont les beautés sont à peu près inintelligibles pour nous aujourd'hui. Cependant, il faut bien croire qu'il jouissait d'une grande réputation, puisque les anciennes chroniques disent de lui qu'il rit ■ les plus belles, les plus délitaules et mélodieuses chansons qui furent oneques oyes. » Cette appréciation est un peu exagérée ; mais il faut reconnaître qu'on trouve dans les œuvres de Thibaut un grand nombre de passages qui sont empreints de naïveté et de grâce. Raynouard lui accorde « un esprit chevaleresque, un talent aimable et ingénieux, une sensibilité vive et touchante, l'énergie sévère qui caractérise les ouvrages des troubadours. »

Nous voulons bien qu'il ait eu toutes ces qualités, puisque M. Raynouard se porte garant de la chose; mais, à notre sens, il est difficile, à une si grande distance des événements, de porter un jugement exact. Ce que Thibaut eut comme mérite particulier, ce fut principalement le sentiment de l'harmonie. Il passe, mais seulement près de certains écrivains, pour l'inventeur de la rime féminine.

Tbibnui IV (chansons de), Comte de Champagne et de Brie, roi de Navarre. La meilleure édition que l'on ait de cot ouvrage estime a pour titre : Poésies du roi de Navarre avec des noies et un glossaire français, par l'évêque de La Ravallière (Paris, 1742, 2 vol. petit in-8°J. Le premier volume, fort recherché, contient cinq lettres sur les chansons et un mémoire intitulé : Révolution de la langue française depuis Charlemagne jusgu'à saint Louis, puis un autre mémoire sur l'antiquité de la ehanson.en France. On possède une nouvelle édition des poésies de Thibault (Reims, 1851, 1 vol. in-Su), qui fait parlie de la collection des poëtes champenois de M. Prosper Tarbé.

Les chansons de Thibaut sont au nombre de quatre-viugt-une et furent composées à des époques très-diverses de la vie de l'auteur. Quatorze ont le titre de Jeux partis et sont des discussions amoureuses j dix sont des cantiques religieux adressés à la Vierge ; six sont aes dialogues. Des cinquante et une qui restent, treize sont dédiées à nés amis ou à des confrères ; les autres sont purement et simplement des chants d'amour.

On a voulu faire de Thibaut le chevalier servant de la reine Blanche de Castille, dont il aurait été l'amant et pour laquelle il aurait chanté. Voici comment les Grandes chroniques de France parlent de l'entrevue qui aurait motivé cet amour. Ou est en 1234; la reine reproche à Thibaut son ingratitude : « Le comte, dit le chroniqueur, regarda la reyne qui tant estoit saige et tant belle que de la grant beauté d'éles il fut tout esbahi. Si ly respondit : « Par-ma fov, madame, mon • cueur et mon corps et toute ma terre est en

> vostre commandement; ne n'est rien qui vous » puist plaire que je ne feisse volontiers. Ne

> jamais, se Dieu plaist, contre vous ne con- » ire les vos je n'irai. > D'ilec se parti tout pensiz; et ly venoit souvent eu remembrance du doux regard de la revue et de sa belle contenance. Lors li entroil en son cueur une pensée douce et amoureuse; mais quant ly souvenoit qu'elle estoit si haute dame, de si bonne vie et de si nete qu il n'en porroit ja joïr , si muoit Sa doulce eiipeusée amoureuse eu grant tristesse. Et pour ce que profondes pensées engendrent mélancolie, ly fu il loé d'aulcuns Saiges hommes qu'il s estudiat en beaux sons de vielle et en Uous chants dêlitables et mélodieuses que onques t'eussent oïesen chançon ne en vielle et les listescripre en la sale à Provins et en celle deTroyes. Et sont appellées les chançons au roy de Navarre, car le royaume de Navarre luy eschez de par son frère qui mourut sans hoir de son corps. »

Thibaut avait fondé deux universités, à Provins et à Troyes. On voit le cas que les contemporains faisaient de samuse. Quant à son amour pour Blamhe de Castille, ou n'est guère, autorité à croire qu'il sortit des bornes d'un pur amour chevaleresque, c'est-à-dire platonique. Le caractère et les mœurs de la reine étaient des obstacles assez sérieux, et ceux qui soutiennent que Thibaut tut réellement son amant se fondent sur des médisances dépourvues d'autorité.

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Parmi les chansons du roi de Navarre, quelques-unes seulement peuvent être datées.. La plupart de celles qui restent sont postérieures à son avènement au trône de Navarre. Celles de sa jeunesse sont perdues sans doute, ou il n'a pas cru qu'elles valussent la peine d'être écrites. D'ordinaire, il nous apprend lui-même la circonstance qui le détermine à prendre sa lyre. Il vécut d'ailleurs dans la compagnie des meilleurs poëtes ou trouvères de son temps, comme Guillaume et son frë/e Gilles le Vignier, Baudoin des Autels, Raoul de Soissons, Raoul de Coucy, Philippe de Nanteuil, Thibaut de Blazon, Renault de Sabeuil, Bernard de La Ferté, Jean d'Argies, Gace Brûlé, Gérard d'Amiens, Robert de Blois, etc., tous poates fort peu connus de nos jours, mais qui étaient alors des célébrités, du moins dans les châteaux de la noblesse féodale.

La dame des pensées de Thibaut ne ressemble pas beaucoup d'ailleurs à Blanche de Castille. Ses portraits conviennent ù toutes les femmes qui ont une figure jolie et une belle tailie. Ce sont deux détails sur lesquels il appuie toujours. Dans plusieurs chansons, le poète dit que sa dame est blonde : Celé, por qui sopir, La blonde colorés Peut bien dire et gehir Que par li sans mentir S'est amours moult haslée.

Varillas conclut de là que Blanche de Castille avait un teint de lis et de rose. Malheureusement, il arrive à Thibaut d'appeler sa dame Brunette, d'où l'on peut conclure qu'il aimait alternativement la blonde et la brune, au gré de son cœur volage. lien nomme une comtesse; c'était, à ce qu'on suppose, la femme de Raoul de Soissons, seigneur de Cœuvres, poète et chevalier du comte de Champagne et en outre son ami :

Ne je n'os à li parler De ma chanson fais message; Car tant est corloise et sage Que ne puis aillors penser.

Se je puis oblier Sa biauté et ses bons dis Et son trei douz esgarder Bien puisse estre gariz. Mais n'en puis mun cueur oster Tant i pens de haut corage.

Espoir s'est fait grant folage ; Mais moi convient endurer.

Chascuns dist qu'il muert d'amors, Mais je n'en quiers ja morir.

Miex aim sofrir ma dolûrs, Vivre et atendre et languir; Qu'ele me puet bien mérir Mes maus et ma cousirée.

N'aime pas à droit, qui bée Qu'il en porroït avenir.

On voit que la galanterie en vers et les délicatesses outrées de la poésie prodiguées aux dames ne dateut point de Dorât et du chevalier de Boufflers.

On sait aussi que Thibaut faisait des chansons pour ses amis; dans celles-là, la politesse remplaçait l'amour comme inspiration. Quelques-unes ont peut-être été faites pour Blanche de Castille ; la suivante, fuite à son retour de terre sainte, le montre encore amoureux :

Se j'ai longtemps esté en Romanie Et outre mer fait mon pèlerinage Soffert i ai moult douloureux domage Et enduré mainte grant maladie.

Mais or ai pie qu'onques n'oi en Surie; Que bon amour m'a donné tel malage Dont nulle fois la douleur n'assouage.

Ains crois! a dès, et double et multiplie Si que la face en ai toute pâlie, Car jeune dame et couite et envoisie Douce et plaisant, belle, cortoise et sage M'a mis au cueur une si douce rage Que j'en oubli le voir et la ouye.

Si comme cil qui dort en létargie Dont nus ne puet esveiller son corage ; Car quant je pens a son trei doux visage De mon penser aim miex la compagnie Qu'onques Tristan ne Ûst Yseult, s'amie. liicn m'a amour fera en droite vaine Par un regard plein de doulce espérance Dont navré m'a la plus sage de France Et de biauté lûTOSe souveraine, Et m'esmerveil que laplaye ne saigne; Car navré m'a de si douce semblance Qu'onques ne vis si trenchant fer de lance; Mais il ressemble au chant de la siraine Dont la douceur attent douler et paine. Puisse je sentir sa très-douce haleine Et retenir sa simple contenance Que je désire s'amour et s'acointance Plus que Paris ne fiât onques lleleine. Et s'amour n'est envers moi trop vilaine, Ja sans merci n'en ferai pénitence, Car sa biauté et sa três-grant vaillance M'ont cent sospirs le jour doué d'estraine Et li biaus vis où la vie primeraine Et sa face qui tant est douce et belle Ne m'a laissé qu'une seule pensée.

Et c'elle m'est au cueur si embrasée, Que je la sens plus chaude et plus isuelle Qu'onques ne fut ni braise n'estincelle. Si ne puis pas avoir longue durée Se de pitié n'ai ma dame navrée, Quant ma chançon lui dira la nouvelle Delà douleur qui pour lui me ftaelle, Chançon va-l'en a Porchier, qui vielle Et à Kaoul de Soissons, qui m'agréa :

PI Içur qu'amours est trop trenchant espée.

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Le style des chansons de Thibaut n'est pas uniforme. Il y en a qui paraissent d'un siècle ou deux plus vieilles que les autres. Peutêtre celles qui paraissent plus modernes sontelles restées longtemps en circulation, c'està-dire ont-elles été chantées dans les manoirs féodaux, ce qui a permis de les rajeunir. Il est plus probable que Lévêque, dont l'édition fuit autorité, les a remaniées systématiquement, afin de permettre aux contemporains de les lire avec plus de facilité. Elles ont donc besoin d'un éditeur nouveau qui les confronte avec les manuscrits qu'on en a et s'applique à leur restituer leur physionomie primitive. Les linguistes modernes leur accordent une grande importance au point de vue du langage. Les amateurs de notre vieille poésie en font le même cas. C'est un des monuments littéraires du moyen âge où l'on distingue le mieux cette clarté de la pensée et cette légèreté du ton qui, jointes à une précision remarquable, en font un modèle de notre esprit gaulois, facile, concis, sans prétention, d'une lucidité transparente pour ainsi dire. Thibaut de Champagne, par ses qualités poétiques, fut le Béranger du xm« siècle. Le ini- \i»n et le siècle dans lesquels les deux poètes ont vécu diffèrent beaucoup , mais il y a une foule de rapports qui les rapprochent et en font presque les deux côtés d'une même médaille.

THIBAUT V, comte de Champagne et roi de Navarre, fils du précédent, né en 1240, mort en Sicile en 1270. Il succéda h son père a l'âge de treize ans sous la tutelle de sa mère Marguerite de Bourbon, épousa la fille aînée de Louis IX et montra un grand attachement à ce roi, qu'il accompagna dans sa dernière croisade.

THIBAUT (Jean), médecin empirique français, né dans la seconde moitié du xv® siècle. On ignore le lieu et la date de sa naissance, ainsi que celle de sa mort. Après avoir exercé la médecine en France, où il prit le titre de médecin ordinaire de Louis XII, et pratiqué l'astrologie , Thibaut passa dans les Pays- Bas et fut attaché pendant quelque temps à la maison de Marguerite d'Autriche, tante de Charles-Quint. Il se rendit ensuite à Malines (1530), où régnait une maladie épidémique, fut empêché par les médecins de cette ville de pratiquer son art et retourna à Paris. Là encore, il eut maille à partir avec ses confrères, qui le firent mettre en prison et obtinrent qu'on lui interdit l'exercice de la médecine (1536). Thibaut avait la manie de prophétiser et prétendait guérir les maladies par la' connaissance des astres. On lui doit les ouvrages suivants : la Physionomie des songes et visions fantastiques des personnes (Lyon, in-4°, sans date); le Triomphe de la paix célébrée en Cambroy (Anvers, 1529, in-4°); les Tables du soleil et de la lune; Prognoslication nouvelle de frère Thibaut (Lyon, in-8°); Trésor du remède préservatif et guérison bien expérimentée de la peste (faris, 1544); Grande et merveilleuse prophétie (1545).

THIBAUT (Jean-Thomas), peintre et architecte français, membre de l'Académie des beaux - arts, né à Montier-en-Der ( Haute- Marne) en 1757, mort à Paris en 1826. Il s'adonna d'abord à la peinture, particulièrement au paysaga, et fut chargé par le prince de Couti d'exécuter divers tableaux à l'Ile - Adam. Bientôt il se livra aussi à l'étude do l'architecture, reçut les leçons et les conseils de Boule et de Paris et remporta le grand prix de Rome. Pendant sou séjour en Italie, il se perfectionna en exécutant des études aussi nombreuses que variées d'après les chefs-d'œuvre anciens et modernes. De retour en France, Thibaut fut chargé d'exécuter des travaux à Neuilly, à la Malmaison, à l'Elysée, puis passa en Hollande, où il construisit et acheva divers monuments, restaura l'hôtel de ville d'Amsterdam, embellit le palais de La Haye, etc. Nommé membre de l'Institut (1818), il fut appelé quelque temps après à professer la perspective à l'Ecole des beuux-arts et devint membre du conseil des bâtiments civils. On lui doit un ouvrage intitulé ; Application de la perspective linéaire aux arts du dessin (1827, in-4°),avec 55 planches.

THIBAUT (Antoine-Frédéric-Just), jurisconsulte allemand, né à Hameln en 1774, mort en 1840. Il lit ses études à Gœttingue, à Kœnigsberg, puis à liiel, où il prit ses grades en 1796 et y devint, trois ans plus tard, professeur de droit. En 1802, il passa à lèna, en la même qualité, mais fut bientôt après appelé à l'université d'Heidelberg, où il professa, jusqu'à sa mort, avec le plus grand succès. Son principal ouvrage est le Système du droit des Pandectes (Iena , 1803 - 1846, 9e édition donnée par Buchholtz), qui se distingue surtout par l'exactitude et la méthode avec laquelle l'auteur a su y grouper toutes les décisions du droit romain et en exposer les modifications successives jusqu'à l'époque moderne. On a encore de lui : De genuina juris personarum et rerum indole veroque kujus divisionis pretio (Kiel, 1796, in-S°), dissertation inaugurale qui valut au jeune auteur I l'honneur d'une polémique avec le savant Hugo; Encyclopédie et méthodologie juridiques (Altona, 1797); li'ssaisur différentes parties de la théorie du droit (léua, 1798, 2 vol.); Théorie d'une interprétation logique du droit romain (Alloua, 1799-1806, 2= edit.); Sur la

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I possession et sur ta prescription (Iéna, 1802); i Documents pour la critique de la révision faite [ par Feuerhach des idées fondamentales du droit pénal (Iéna, 1802); Dissertation* de droit civil (lleidelberg, 1814). Lorsque la chut« de ' la domination de Napoléon eut fait naître tn Allemagne des idées et des désirs nouveaux, Thibaut fut l'un des premiers à reconnaître l'importance qu'aurait, pour la bonne organisation d'une confédération des Etats germaniques, la mise en vigueur d'un droit uni- ; forme pour toute l'Allemagne. Ce fut dans ce : but qu'il écrivit, sous ce titre : De la néces-- , site aun droit civil universel pour l'A llema- , gne (Heidelberg, 1814), un ouvrage que Savigny chercha cependant à combattre dans sa brochure intitulée : De la vocation de notre époque pour la législation et la jurisprudence (Berlin, 1815). Thibaut avait fondé avec Lœhr et Mittennaier les Archives pour la pratique du droit civil (Heidelberg, 1818 et années suiv.). Grand amateur de la musique, il rendit hommage à Palestrina dans sa brochure intitulée : De la pureté de l'harmonie (Heidelberg, 1825-1861, 4e édit.), où prévenu contre les novateurs il attaquait avec acharnement les innovations musicales et qui lui attira une polémique", des plus vives avec Nœgeli de Zurich. Après sa mort, sas précieuses collections musicales passèrent a la bibliothèque de la cour et à la bibliothèque publique de Munich. Ses Œuvres posthumes de jurisprudence fuient publiées par Guyet (Berlin, 1841-1842, 2 vol.). — Son frète, Bernard-Frédéric Thibaut, né en 1775, mort en 1832: fut professeur de mathématiques à Gœttingue. 11 s'est fait connaître avantageusement par des éléments de mathématiques pures (Gœttingue, 1801-1823, 4e édit.) et par des Principes d'arithmétique générale (Gœttingue, 1809-18*), 2<> édit.).

THIBERT (Félix), médecin français contemporain. Il se rit recevoir docteur à Paris en 1834, puis s'occupa exclusivement de la fabrication et de l'exploitation de pièces anatomiques en carton-pâte, moulées en relief sur la nature elle-même et coloriées après coup. Ces pièces imitant parfaitement les objets qu'elles représentent, sont solides, portatives, et par conséquent se prêtent admirablement à l'étude. Le musée Dupuytren possède un grand nombre de ces pièces. Le docteur Thibert a publié : Musée d'analomie pathologique; Bibliothèque de médecine et de chirurgie pratiques, représentant en relief les altérations morbides du corps humain (1844, in-8°).

THIBERVILLB', village et commune de France (Eure), ch.-l. de cant., arrond. de Bemay; pop. aggl,,' 838 hab. — pop. tôt., 1,426 hab. Fabriques de toiles.

THIBÉRY(SAINT-),village de Franco (Hérault), ''ant., et à 9 kilom. d'Agde ; 1,814 hab. L'Hérault est traversé par un pôn$ romain classé parmi les monuments historiques. L'ancienne abbaye de Saint-Thiuéry, nui figure aussi parmi Jes monuments historiques, offre un curieux escalier à vis et quelques restes de bâtiments remarquables par leur architecture.

THIBET pu TIBET, en chinois Si-Dzang, contrée de l'extrême Asie, dans la partie occidentale de l'empire chinois, entre 270 et 3îo de latit. N. et entre 71° et 102° de longit. O. Ses limites sont : à l'E. l'empire de Chine, au S. l'Inde Transgangétique, l'indoustan et l'Afghanistan, à l'O, la Petite Boukhatie, au N.-U. ce même pays et au N.-E. le pays de Khoukhou-noor. Superticie , 21,700 myriamètres carrés ; 7,000,000 d'hab. environ. Capitale, Lhassa ou Lassa. C'est la partie la plus élevée de l'Asie septentrionale. Elle est séparée 'de l'indoustan par la gigantesque chaîne de l'Himalaya, et traversée par diverses ramifications élevées, ou masses isolées de montagnes. Des vallées profondément encaissées la parcourent dans tous les sens, ce qui lui donne la physionomie générale d'une contrée alpestre. La chaîne de montagnes qui borne le Thibet au nord forme une continuation de l'Hindoukouh, ayant 235 myriamètres de développement, s'étend en droite ligne à l'est, et se confond avec la région alpestre de la Chine. Une seconde chaîne se détache de sa partie occidentale ; elle s'étend parallèlement à l'Himalaya, d'abord au sud-est, puis à l'est. Ainsi tout eu plateau se trouve partagé en une grande moitié septentrionale et une moindre moitié méridionale. La partie nord est encore iiujourd'hui peu connue ; toutefois, depuis quelques années, le missionnaire Hue et, en 1872-1873, le voyageur russe Prjevalsky ont donné sur une partie de cette région des détails pleins d'intérêt. La confusion qu'on a faite autrefois entre les divers plateaux et les pics les plus élevés de l'Asie centrale a fait exagérer l'élévation du Thïbet. Suivuut M. de Huinboldt, sa hauteur moyenne dans le Thibet oriental est k peine de 3,600 mètres. Elle atteint son point extrême d'altitude aux bords des lacs, appelés saints par une ancienne tradition. Des montagnes formeDt le rebord méridional et oriental du Thibet et longent les fleuves les plus considérables. C'est là que l'Indus ou Siiid, le Iraouaddy et les principaux fleuves de la Chine ont leur source. Le Thibet possède de nombreux lacs, dont les principaux sont le Namiro ou Tengri-Noor, le Buka-Noor, l'Iké-Nantour, le Bakkau-Ainour, le Manassarovar, etc. L'hives

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y est long et rigoureux, L'été court et trèschaud. La neige, qui séjourne éternellement sur les montagnes, tombe en abondunce pendant les six ou sept mois d'hiver. Pendant l'été, la sécheresse est excessive. Les saisons intermédiaires sont marquées par de violentes tempêtes ; l'air est salubre : on ne trouve pas au Thibet de maladies épidémiques comme dans le sud de l'Asie.

Le sol n'est guère fertile que dans les vallées ; sur les plateaux dénudés, il est généralement d'une extrême stérilité. L'agriculture, quoique bien pratiquée, ne produit pas assez pour les besoins des populations thibétaines; la vigne 3- prospère beaucoup et les fruits abondent dans les vallées. Le riz et la rhubarbe sont récoltés dans les montagnes. L'éducation du bétail est la principale ressource des habitants, qui se nourrissent surtout de viande, de lait, de fromage et de beurre ; les gens aisés consomment beaucoup de thé et vivent du reste a la manière chinoise. Parmi les animaux du Thibet on remarque la chèvre, dont les poils soyeux servent à la fabrication des châles précieux dits de cachemire, les moutons à queue grasse, la chameau, le daim musqué, l'antilope, la gazelle, Toronto, )e mouflon, le cheval [sauvage, le buffle thibétain ou yak, dont la queue Iresrecherchée sert dans l'Inde de chasse-mouche, etc. Le sol recèle de grandes richesses minérales, de l'or, de l'argent, du plomb, du cuivre, du marbre, du sel gemme, le tinkal, autre espèce de sel, qui se dépose sur le bord des lacs et dont on tire le borax, enlin des pierres précieuses, surtout des turquoises et des lapis-liizuti. D'après le docteur Campbell, il n'y a pas de mines de fer dans le Thibet oriental ; mais en revanche on y trouve d'importantes mines d'or, principalement dans la vallée de la rivière Garou. De beaucoup, les mines les plus utiles sont les carrières de sel qui occupent les hauts plateaux de Lâche entre Ladak et Digarchi, a l'altitude moyenne de 8,600 mètres. Les hommes et les brebis peuvent seuls atteindre ces hauteurs. Les mineurs emploient les brebis comme animaux de somme, et leur font porter des charges qui varient de 3 à 10 kilogrammes, suivant la roideurdes pentes. Plus bas, ce sont les yaks qui portent les charges de sel.

— Population, mœurs. La population du Thibet est évaluée à près de 7 millions d'habitants, appartenant à 1a race de la haute Asie, dans laquelle ils constituent une famille particulière. Les Thibétains sont tous bouddhistes, vivent dans des habitations fixes, où ils s'occupent d'agriculture et surtout de l'élève du bétail ; ils exercent différents métiers et s'adonnent surtout à la fabrication des tissus de laine et des objets métalliques; quelques-uns vivent à 1 état nomade. Le commerce qui s'y fait avec la haute Asie, ainsi que dans l'Inde et la Chine, n'est pas sans être important. La culture scientifique est très-avancée dans le haut plateau du Thibet; elle est l'objet de soins tout particuliers d'un des couvents bouddhistes, qui sont très-nombreux dans le Thibet.

Les Thibétains appartiennent à la grande famille tartare. • Ils ont le front déprimé, la tête de forme carrée, les os des joues trèsproéminents, l'arcade sourcilière peu prononcée, le nez mince et droit, le menton légèrement proéminent, la taille moyenne, les épaules larges et carrées, les extrémités courtes, le cou de même, les cheveux noirs, lu barbe noire et les yeux noirs ou bruns. Dans le petit Thibet, appelé Ladabk, les maisons sont construites en pierres cimentées de terre, avec toits »n forme de terrasse et sans chemiriées. Dans les autres parties du pays, elles sont formées avec des pierres superposées sacs ciment et n'ayant que des branches d'arbre pour les fixer les unes aux autres. Des nattes étendues à terre servent à la fois de ' lit et de siège. Les deux sexes s'habillent principalement avee du drap de couleur rouge ou jaune, et portent par dessus des peaux de mouton, de chèvre ou de chacal. Les affaires se traitent pendant le jour; la soirée est toujours consacrée à la musique et à la danse. Toute la nation est divisée en deux classes bien distinctes : ceux qui s'occupent des affaires terrestres et ceux qui n'ont des relations qu'avec le ciel. Jamais le profane vulgaire ne s'occupe des choses du clergé, pas f)lus que celui-ci ne se mêle des affaires civies, à moins que ce ne soit sous le caractère sacré du magistrat. Les prêtres du Thibet sont appelés lamas, et le grand lama ou dalai-lama est regarda par les sectaires comme une incarnation de la divinité sous la forme humaine. Dès que la vieillesse du dalaï-lama est un peu avancée, il assemble son conseil et lui déclare qu'il passera dans le corps de tel enfant nouveau-né qu'il désigne. On élève avec soin cet enfant jusqu'à l'âge de six ou sept ans et on remplit alors une foule de formalités prescrites par les rites bouddhiques. Les autres lamas son t aussi considérés comme des divinités incarnées. On a remarqué que les couvents d'hommes et de femmes dans le Thibetavaientbeaucoupd'analogieavec ceux de l'Eglise romaine. Les lois écrites du Thibet remontent & la plus haute antiquité; on les a modifiées, il y a peu de temps, pour les faire concorder avec celles de la Chine. Ces lois sont très-sévères pour le vol ; le meurtre est puni de mort, t Les Thibétains, dit Eunery, considèrent beaucoup les fauimes. Eu

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général, ils n'en épousent qu'une ; mais il arrive souvent dans les classes pauvres que plusieurs frères prennent ensemble une seule femme, et les enfants qui proviennent de ce mariage restent a la charge del'alné; si elle parvient à conserver la bonne intelligence entre ses marjs, elle est honorée, et on lui donne le titre d'accomplie. L'adultère n'est pas regardé comme honteux, et l'on voit fréquemment la femme, l'amant, lé mari et la maltresse vivre en parfaite harmonie sous le même toit. Les enterrements des Thibétains sont vraiment singuliers : quelques jours n près la mort, on porte le défunt chez un officier public, qui le fait couper en petits morceaux qu'on donne a manger aux chiens ; ceci s'ap-

fielle la sépulture terrestre. Quant aux os, on es pile dans un mortier de pierre, on les mêle avec de la farine, on en fait des boulettes qu'on jette encore aux chiens, et l'on en nourrit les vautours; c'est la sépulture céleste. Les cadavres de ceux qui ne laissent pas assez d'argent pour se faire découper sont jetés dans l'eau ; cette espèce de sépulture est appelée Vaquatique et regardée comme ignominieuse. Les corps des prêtres sont brûlés et leurs ossements renfermés dans des obélisques. Les Thibétains sont généralement très-doux et exempts de toute intolérance religieuse ; ils marient souvent leurs tilles à des mahométans et ne s'opposent pas à ce qu'elles embrassent la croyance de leurs maris. Les hommes se rasent la barbe et conservent les moustaches ; .les femmes ornent leurs cheveux de turquoises, d'émeraudes et de perles. Le climat de cette contrée exige des habillements chauds ; les basses classes portent en été des vêtements d'un drap de laine grossier, et en hiver des pelisses de mouton et de renard. Dans-le voisinage de l'Indoustan, les gens riches ont adopté l'usage des draps anglais *, ils portent aussi des soieries chinoises et des cotonnades de l'Inde ; en hiver, leurs habits sont garnis de peaux de martre zibeline et de loutre. Les arts et les sciences sont cultivés par le clergé, et tout le peuple sait lire et écrire ; c'est un précepte de la religion bouddhique. Dans chacun des nombreux couvents de ce pays se trouve une bibliothèque. Les Thibétains ont des ouvrages encyclopédiques et des livres de doctrines morales et de prières religieuses; ils connaissent depuis longtemps l'imprimerie et la lithographie, qui leur sont venues de la Chine. Les années se comptent à la manière des Turcs et comprennent un cycle de douze années, dont chacune porte le nom d'un animal, comme tchetchhan-ul (l'année du chat), daoud-ul (l'année de la vache), etc. ; les mois ne sont pas désignés par des noms particuliers. On les distingue par premier, deuxième et troisième mois, et<-. Les tailleurs de pierre et les menuisiers thibétains travaillent trèsbien, de même que les ouvriers qui font les ornements et les métaux, surtout les parures de tête des femmes; la sculpture est aussi très-soignée. •

D'après une intéressante communication faite à la Société de géographie de Paris par l'abbé Desgodins en mai 1875, le peuple thibétuin a peu d'estime pour l'art militaire; il n'a ni conscription ni armée permanente. La guerre étrangère n'est pas toujours imminente, et, quant a la police intérieure, chacun la fait de son mieux avec l'aide de ses voisins. On trouve cependant, au point de vue militaire, quelques principes d'organisation, sinon d'une armée, au moins d'un corps d'officiers. Le dalaï-lama et le roi de Lassa ont chacun une compagnie de gardes du corps de 150 hommes. Ceux du dalaï-lama sont lamas et portent le titre de tse-djronys (protecteurs de la vie). Ceux du roi sont laïques; ce sont .les tehrong - kor (entourages de la poitrine). En temps ordinaire, ils font le service du palais comme conseillers, hommes d'affaires, chambellans, cortège de cérémonie, etc. Tout cela est fort peu militaire. On choisit souvent parmi eux les mandarins civils ou autres, que l'on envoie dans les provinces; ce sont eux qui sont désignés pour remplir des missions extraordinaires, et ce service les réjouit fort, car c'est pour eux une excellente occasion de s'enrichir. Il y a de plus, à Lassa, quatre grands généraux thibétains nommés da-peups (officiers de la flèche). Us sont nommés par l'empereur de la Chine sur la présentation des ambassadeurs chinois résidant à Lassa. Leur diplôme est le baretone de corail, et leur traitement est payé par l'empereur. Par contra, ils sont révocables par l'empereur et même par les ambassadeurs. En temps de paix, les da-peuns sont membres du conseil supérieur du roi pour le règlement des affaires intérieures du royaume, sous la direction et la surveillance des ambassadeurs. S'il survient une guerre de quelque importance, l'un d'eux va prendre le commandement de l'armée et surveiller les opérations. Comme tous les grands mandarins, ils doivent avoir leur kou--tsop (représentant de ta personne). Ces kou-tsop composent au Thibet la classe noble et privilégiée ; c'est une noblesse héréditaire; elle forme le conseil officiel des chefs indigènes; ceux-ci les accompagnent comme escorte d'honneur, soit dans les expéditions, soit dans les cérémonies publiques. Moyennant fin an ce, ils occupent presque tous les emplois civils ou militaires. S'ils sont exemptés des impôts, ce sont eux qui sont chargés de les l'aire percevoir ; c'est cette noblesse qui rem-

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place au Thibet nos Ecoles polytechnique, de Saint-Cyr, de droit, etc. ; elle n'est assujettie, pour cela, à aucune étude spéciale, a aueun examen. Les gouverneurs généraux des provinces, tiguie. et les préfets, dibas, ont seul droit à un certain nombre de kou-tsop pour leur service. Dans les lieux où se trouvent deux dibas, le premier est censé chef civil, et le second chef militaire du pays; mais, au fond, leurs fonctions sont à peu près les mêmes; seulement c'est le premier qui choisit parmi les kou~lsop les chel-ngo (bouche et figure ou sous- préfets); il choisit aussi les autres mandarins civils inférieurs, tandis que le deuxième nomme parmi les kou-tsop les mapeuns, officiers du guerre, dont le nombre ne dépasse jamais quatre ou cinq par préfecture. Ces ma-peuns ont sous leurs ordres quelques guiapeuns (centurions), et ceux-ci quelques kio-peuns (décurions). Ces deux dernières dignités sont ordinairement Héréditaires dans certaines familles aisées ou alliées à celles des kou-tsop. Dans les lieux où ils exercent leur juridiction, les ma-peuns ont le droit de lever sur le peuple un certain impôt nommé ma-ln (salaire pour la guerre), destiné à payer leurs soldats imaginaires. Ces soldats, en effet, sont' certains hommes du peuple qu'ils convoquent quand ils en ont besoin, soit pour donner la'chasse à des bandes de brigands, soit pour s'en faire une escorte quand ils vont faire des promenades a cheval. Ajoutons que cette troupe ne reçoit qu'une très-faible partie de la ma-la qui se lève, et que le seul bon plaisir du mandarin

fsréside à celte distribution. Telle est toute la liéiarchie des mandarins militaires au Thibet; rien ne les prépare à ces hautes fonctions, soit comme études, soit comme exercices particuliers; l'argentetlanaissance tiennent lieu de vocation et de mérite. Ils n'ont d'ailleurs ni uniformes, ni marques de dignité, ni armes spéciales; chacun d'eux s'habille et s'arme suivant son goût et ses moyens. Ce qui fait désirer l'emploi de mandarin militaire, comme d'ailleurs tout autre emploi, c'est le désir d'y trou'ver une situation lucrative. Quant aux sentiments de patrie, d'honneur du drapeau, l'officier thibétain y est absolument étranger; le sacrifice et le dévouement lui sont inconnus ; la bravoure est pour lui un mot vide de sens.

L'armée ne se voit nulle part en temps de paix. Quand l'autorité civile a décidé de faire une guerre véritable, une grande guerre, l'armée se recrute par mode de corvée. Suivant la gravité des événements, il est décidé qu'un homme sur dix, cinq, trois, deux devra se tenir prêt avec telle quantité de munitions et de vivres suffisante pour un temps déterminé. De plus, chaque district doit payer un impôt pour frais généraux de la guerre. Des kou-tsop portent les décrets dans les chefslieux des districts qui doivent payer le contingent et s'arrangent de façon, en en pressant l'exécution, à se faire donner des présents qu'ils considèrent comme des appointements. Leurs chefs, qui reçoivent leur part de ces largesses forcées, ne trouvent rien à y redire. Les ordres reçus par les chel-ngo (souspréfets) sont transmis aux diiig-peuns (chefs votants), qui sont des sortes de juges de paix cantonaux. Les diny-peuns les communiquent aux bessets ou maires de villages. C'est à ceux-ci à s entendre avec leurs administrés pour trouver les hommes qui consentent à subir la corvée du service militaire et à leur fournir le salaire, les vivres, les munitions. 11 convient d'ajouter à cela la distribution des impôts exceptionnels réclamés par le koutsop. Au début de la guerre, les chefs supérieurs cherchent à amener l'ennemi à composition; mais si les menaces restent inutiles, on commence la campagne par la ruse. Après avoir demandé la paix, après avoir proposé de se retirer, après avoir même simulé le renvoi des soldats, les deux armées, qui ont consciencieusement usé des mêmes subterfuges, se lancent non contre l'ennemi, mais contre le peuple désarmé. Les villages sont pillés et brûlés; c'est une razzia générale de tout ce qui n'a pas été mis en lieu sûr. Les soldats se livrent entre eux une guerre d'embuscades et de surprises; la chasse remplace la guerre, presque jamais tes armées ne se trouvent face à face. La guerre a surtout pour objectif les populations. Femmes, enfants, vieillards, prisonniers, propriétés particulières, tout est sacrifié. Et pourtant la destruction des hommes est moins considérable qu'on ne pourrait le supposer; les habitants, qui connaissent ces usages barbares, ont soin de mettre leur vie en sûreté, mais la contrée ne tarde pas à être pleine de ruines et de désolation. Le chef le plus faible abandonne la partie et s'exile; s'il est fait prisonnier, les supplices les plus horribles et la mort la plus misérable l'attendent. Le peuple vaincu fait sa soumission au nouveau maître. La guerre finie, chacun retourne chez soi, et il n'ya plus d'armée.

Les grandes guerres de la nature de celles dont nous venons de parler sont rares. Les plus fréquentes, pour être moins importantes, ne sont pas moins pernicieuses. Deux chefs voisins sont en désaccord sur les limites du territoire, sur un droit de pâturage, sur une dette ou sur toute autre question d'un ordre secondaire ; l'un d'eux, pour en finir, rassemble les -kou-tsop, ses domestiques et une partie de son peuple; il'fund à! improviste sur les villages frontières de son adVei'saire,

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les pille et se paye largement de ce qu'il croit lui être dû, puis il se retire, au risque de subir des représailles. Quelquefois des villages se plaignent d'être pressurés outre mesure 'par leurs chefs ou par leurs kou-tsop. Les habitants se fâchent, désertent en masse, refusent les corvées et l'impôt. Le chef ejivoie une bande de kou-tsop; le village est rançonné, les plus mutins sont emmenés au chef-lieu, où ils sont puni3 jusqu'à résipiscence et payement de rançon. Souvent deux lamaseries voisines se jalousent; des transfuges mécontents sont passés de l'une à l'autre ; malgré la médiation des grands lamas voisins, la paix ne peut s'établir. Tout à coup, la lamaserie la plus puissante se transforme en camp; tous les lamas valides déposent la robe religieuse et endossent l'habit laïque, la fusil et le sabre. Suivis de leurs fermiers armés, ils vont surprendre la lamaserie la plus faible, qui dort peut-être d'un profond sommeil. Elle est pillée, brûlée, ses habitants sont dispersés , les principaux religieux emmenés prisonniers. Si la faute qu'on leur reproche est grave, leurs confrères vainqueurs les écorehent vivants et suspendent les peaux remplies de paille dans la pagode. Si la faute est moins grave, on se contentera peut-être de leur crever tes yeux ou de leur couper les mains, puis on les lâchera. C'est ainsi que Se terminent de vieilles querelles. Les lamas n'ont souvent'pas d'autre procédé pour réclamer au peuple de vieilles redevances dont l'origine se perd dans la nuit des ternes, mais qui se sont arrondies par les intérêts des intérêts. Quelquefois aussi c'est le peuple qui, poussé a bout par la rapacité lamaï- 3ue, marche contre la lamaserie. Dans les eux cas, il est bien rare que le peuple ne paye pas largement les frais de la guerre.

Les brigands de grande route, nommés kiapas, infestent le pays. Au Thibet, tout habitant est plus ou moins kia-pa quand il peut le faire incognito et impunément. Que cinq ou six individus voyagent pour leureomnierce dans un pays où ils sont a peu près inconnus, s'ils rencontrent dans un endroit désert un pauvre diable isolé, poussant devant lui son bœuf ou son âne chargé de marchandises, ils ne se gêneront point pour le dévaliser. Le coup fait, ils l'attachent à un arbre dans la furet etgagnent du terrain. Le malheureux restera là jusqu'à ce que, par ses cris, il ait pu attirer l'attention des passants qui viendront le délier. Il y a surtout les kia-pas de profession; on connaît môme plusieurs petites tribus qui en sont peuplées; si le mandarin des environs est faible ou indulgent, ou de connivence avec les kia-pas, ceux-ci se multiplient et infestent toutes les routes. Ne pouvant compter sur la protection de l'autorité, voyageurs et marchand» se réunissent en caravanes nombreuses, capables de résjster en cas d'attaque. Dans certains cas; si les brigands deviennent trop insolents, le mandarin, craignant d'être mis en cause, ordonnera une battue. La plupart du temps, cette expédition se résume en une promenade dans une direction opposée à C(.lle où les brigands exercent leur industrie; si par hasard on les rencontre, dès le premier coup de fusil tiré de derrière les rochers ou les broussail'es, c'est une débandade des faux défenseurs de l'ordre.

Le Thibet est divisé en Wei et Thsang ou haut et bas Thibet. La Wei se subdivise luimême on 8 cantons et 30 cités féodales, nommées boozses. Le Thsang comprend 7 cantons. Ces deux provinces sont administrées par deux ministres envoyés par la cour de Pékin et par deux grands prêtres, le dabollama pour le Thibet inférieur et le baulhehinerdum pour le haut Thibet. Tous les titres do noblesse et tous les emplois sont approuvés par les officiers chinois. Le gouvernement a le monopole du commerce. Celui qui se fait avec la Chine a lieu par Silling ou Sinning, ville frontière, à l'est. Les Thibétains ont des usages singuliers dans leur culte et dans leurs fêtes nationales. Tout le peuple chante en chœur, et les choeurs sont accompagnés d'instruments bruyants comme en Chine et dans I l'Inde. Ce sont surtout des trompettes, des tambours, des cymbales, des chalumeaux et des conques. La civilisation, comme ou le voit, est encore dans l'enfance au Thibet.

— Langue. La langue thibétaine fait partie du groupe des idiomes de la région transgangétique. On la classe généralement parmi les langues monosyllabiques , mais M. Max Mûllerla fait entrer dans une des branches méridionales de la famille touranienne. Le thibétain propre est parlé par les Thibétains, nommés par les Chinois Thou-fan, qui a remplacé le nom de Thou-po ou Thou-bo, que portaient leurs ancêtres. Ils habitent la plus grande partie des Etats régis par les trois pontifes connus sous les noms de dalaï-lama, bogdo-lama et darma-laina, indépendants les uns des autres, mais sous la protection de l'empereur de la Chine. Le th>bétain est aussi la langue liturgique des lamas ou prêtres mongols et kalinouks.

De même que tous les idiomes du sud-est de l'Asie, l'alphabet thibétain compte beaucoup de consonnes aspirées, et il a, comme le chinois et le birman, de nombreuses dentales sifflantes, telles que ts, tch, ds, th. Ces lettres, jointes au gn, au h initial, par leur -placement devant d'autres consonnes, rappro»

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chent le thlbétain, surtout le thibétain archaïque, du système vocal primitif du birman. Il se distingue de celui-ci par des combinaisons particulières de consonnes, dont l'effet vocal est plus doux et plus amolli ; les accents ou tons du chinois, qui ne sont déjà plus qu'au nombre de deux dans le birman , ont complètement disparu dans cette langue.

Le thibétain a beaucoup de racines communes avec les idiomes de l'Indo-Chine, ainsi qu'avec le chinois et les langues indiennes. M. Wulner a cru lui reconnaître un nombre considérable de racines communes, d'une part, avec les idiomes indo-européens et, d'autre part, avec les idiomes sémitiques. Mais son système grammatical a conservé toute la simplicité des langues chinoises. Une foule de noms et d'adjectifs'sont des monosyllabes composés souvent d'une simple consonne, que l'on prononce avec le son a qui y est inhérent comme en sanscrit. Le thibétain n'a de genres que pour les noms des objets animés. La déclinaison a huit cas et s'opère par l'adjonction de suffixes. Dans la conjugaison, les personnes sont distinguées, non par des désinences, mais par la présence des pronoms personnels. Les principaux auxiliaires , tant pour l'actif que pour le passif, sont les verbes faire et devenir.. La syntaxe du thibétain présente le même caractère que celle du birman. Des particules placées après le mot en modifient le sens; mais ces particules, quoique nombreuses et souvent composées, n'ont, quant à leur valeur indicative de temps et de direction, qu'un sens incomplet. L'ordre des mots dans la phrase est inverse de l'ordre logique, et parfois, dans leur succession, les mots principaux sont liés entre eux par ime particule commune ou mot ligatif, rejeté après le dernier des mots ainsi joints. Cette particularité , propre au thibétain et au birman, permet de composer des phrases de mois disjoints, liés seulement entre eux par la vertu rétroactive d'un mot anal ; et c'est de lu sorte que ces langues parviennent à rendre les idées de temps les plus compliquées. L'analogie qui rattache le thibétain au birman se retrouve dans la manière d'exprimer les idées, laquelle se présente, au contraire, tout différemment dans les langues du sud-est de l'Asie. Quoique les différences qui séparent le birman du thibétain , tant pour la grammaire que pour le vocabulaire et la prononciation , soient trop marquées pour qu'on finisse croire que ces langues dérivent l'une de l'autre, elles peuvent être regardées, ainsi que le faitobserver M. Logan, comme les restes d'une langue antérieure ou, plutôt, d'une formation linguistique qui s'étendait sur uns légion très-vaste et avait la même base que le chinois, le birman se rapprochant plus de cette dernière langue, tandis que thibétain, soumis à plus d'altérations, se serait éloigné davantage de la forme primitive.

Le thibétain s'écrit avec un alphabet particulier formé sur le modèle du dévanâgari, avec lequel il présente aujourd'hui beaucoup moins de rapport par la forme des lettres que par l'ordre dans lequel elles sont classées. Il parait qu'il fut inventé soixante ans avant Jésus-Christ; mais quelques savants n'admettent l'introduction de l'écriture au Thibet qu'au vne siècle de notre ère. Quoi qu'il en soit, l'alphabet thibétain se trace de gauche à droite, comme le nôtre et comme ceux de l'Inde, et se compose de trente caractères auxquels il faut ajouter quatre signes pour les voyelles et deux signes de permutation. On distingue quatre sortes de caractères différents, inventés à diverses époques : le doudjan, dont la forme est carrée,' s'emploie dans l'impression des livres et' pour les usages théologiques; le dou-min ou dvu-med est l'écriture cursive et sert dans les usages ordinaires; le troisième, nommé bamyik, a une forme plus carrée encore; enfin le brutsha se compose de traits moitié arrondis, moitié anguleux.

Il y a des consonnes qu'on désigne sous le nom de quiescentes, parce que l'usage permet de les élider dans la prononciation; on les place avant, dessus ou après la consonne principale. L'orthographe thibétaine est trèsirrégulière, et la prononciation diffère beaucoup de l'écriture. Les Thibétains ont été de bonne heure initiés par les Chinois à l'imprimerie, dont l'usage a répandu à ce point l'instruction dans leur pays que tous les habitants savent lire.

On connaît très-peu les dialectes du thibétain. Selon le missionnaire russe Hyacinthe, il n'y en a aucun. Toutefois, on est fondé a admettre ceux de Kombo, de Ladak ou petit Thibet, du Boutan et du Si-fan ou Thibet oriental, qui diffèrent le plus de celui de Lassa, le plus poli et le plus doux de ces dialectes. Dans tous, le style se modifie quand on s'adresse à uu supérieur; beaucoup d'expressions usitées envers un égal &ont alors remplacées par des circonlocutions révérencieuses.

Le Thibet étant comme la terre sacrée du bouddhisme , les monuments littéraires sont presque entièrement consacrés au récit des faits relatifs à l'histoire de Bouddha, à l'exposition de sa morale et de ses rites. La littérature primitive du pays, qui remonte au vins siècle, consiste en traductions du sanscrit. Le Kah-Gyur forme cent volumes et renferme mille quatre-vingt-trois ouvrages.

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Le Stan-Gyur forme deux cent vingt-cinq volumes et renferme quatre mille traités.

On rattache au thibétain l'idiome des Uniyas, qui habitent le pays d'Urna-Desa, une des contrées les plus élevées du Thibet, et celui des Bhutias, peuple qui vit dans les plus hautes vallées de l'Himalaya, dont une partie est comprise dans le Boutan dépendant du darma-Iama, une autre dans le Népaul et le Kumaon, districts de l'Inde anglaise, et une autre partie dans la principauté de Sikkim, tributaire des Anglais.

On peut consulter sur la langue thibétaine les ouvrages suivants : Georgii alphabetum tibetanum (Rome, 1762, % vol. in-4o); Alphabetum tangutanum , seu tibetanum (Rome , 1773, in-8»); A grammar of the tibetan language in english, by Alex. Csoma de KOrfls (Calcutta, 1834, in-4«); Grammaire de la langue thibétaine', par Phil.-Ed. Foucaux (Paris, 1858, in-8o) ; Essay towards a dictionary tibetan and english, by Alex. Csoma de KôYfls (Calcutta, 1834, in-4»); A dictionary of the bhotanta or boutan langnage, by Sehrœter (Serampore, 1826, in-4<>); fibetisch-deutsches Wôrterbuch, jon J.-J. Schmid (Saint-Pétersbourg, 1841, in-40); le Thibet, le bouddhisme et la langue thibétaine, parFeer (Paris, 1864, in-8«).

Les Chinois ont appris aux Thibétains l'usage d'une sorte de presse stéréotypique, sur laquelle on imprime les livres de prières et les actes publics. La lithographie fleurit de temps immémorial dans la capitule du Thibet; les archives des couvents possèdent une quantité de documents imprimés, importants pour l'histoire et la géographie. Un linguiste hongrois, Csoma, quia vécu longtemps avec les moines de Lazza, a découvert une encyclopédie des sciences et des arts en 44 volumes et d'autres documents précieux pour l'histoire et la philosophie. Hyacinthe, archimandrite russe, a publié dans sa langue une description très-exacte de ce pays, traduite du chinois,. que l'on peut consulter.

— Histoire. ■ Cette contrée , suivant les traditions, était, dit le Dictionnaire géographique universel, anciennement habitée par différentes tribus barbares qui vivaient de la chusse et du produit de leurs bestiaux ; ce ne fut que v>-rs la fin du ve siècle avant notre ère que ces tribus reçurent la première lueur de civilisation par un prince indou , nommé Oupadhi, qui, après une grande batailla que son père avait perdue, s'étant sauvé avec les siens dans les montagnes du Thibet, y devint le prince des habitants nomades de ce pays; le fils d'un autre roi de l'Inde y arriva aussi bientôt après, et fut le chef de la famille des rois du Thibet : cet événement eut lieu l'an 313 av. J.-C. Ce ne fut qu'environ 700 ans après, vers l'an 407 de l'ère chrétienne, sous le règne de H'al-totori-nian-ehal, que la religion bouddhique fut introduite au Thibet : cette croyance contribua principalement à répandre la civilisation dans le pays et à dompter les penchants encore barbares de ses habitants; mais les arts et les sciences ne commencèrent à y prospérer que sous le roi Strondzan-Gambo, qui, en 632, envoya un de ses ministres et seize autres personnes dans l'Inde, pour y étudier la doctrine de Bouddha et former un alphabet propre à écrire la langue thibétaine. A cette époque commencèrent aussi les relations des souverains de Thibet avec les empereurs chinois, qui leur donnèrent de temps eu temps des princesses de leur cour en mariage; c'est par ce moyen que la littérature chinoise se répandit dans le Thibet. Strondzan-Gambo et ses successeurs soumirent toute l'Asie centrale jusqu'aux monts Thian-chan et jusqu'aux sources du Djihoun et du Sir-Daria; ils soutinrent des guerres sanglantes contre les Chinois et les Arabes, qui avaient conquis la Perse et la Transoxiane, et devinrent redoutables à tous leurs voisins. Cependant leur puissance commença à décliner sous le règne de Dharma, dans le ix» siècle, et dans la première moitié du xu« siècle ils étaient déjà renfermés dans leurs anciennes limites, et si faibles qu'ils furent obligés de reconnaître la souveraineté de la Chine ; Tchinghiz-Khun fit la conquête du Thibet en 1206. Sous ses premiers successeurs, la partie occidentale de ce pays fut totalement dévastée parles Mongols. Depuis ce temps, le Thibet a été plus ou moins soumis aux empereurs de la Chine, qui flattaient le haut clergé bouddhique en lui conférant des titres honorifiques, des sceaux 'en or et des pierres précieuses ; les rois de ce pays portaient le titre de dheba. Le dhebaSandzé, s'étant révolté, fut tué par Ladzgang, kang de Lassa, qui envoya une ambassade à Pékin pour annoncer cette nouvelle; cette démarche lui valut de la part de l'empereur Khung-hi le titre de dheba. Sur ces entrefaites, un autre rebelle, Trévan Arabtan , envoya "des troupes au Thibet sous le commandement du Mongol Tzérez-Donjoub , qui tua Ladzang et fit prisonnier son fils Sourdzou, sous le prétexte de rétablir la religion menacée, disaitil, mais réellement pour s'emparer du pays; les Thibétains envoyèrent alors des députés en Chine pour demander des secours. Les troupes chinoises exterminèrent les révoltés, la paix fut rétablie et le dalaï-lama, qui, depuis l'établissement de cette dignité au milieu du XV siècle, n'était que le chef de la religion dominante, fut mis en possession du Thibet par une ordonnance impériale de 1720.

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En 1727, la tranquillité fut de nouveau troublée et rétablie encore par l'intervention des Chinois. En 1739, Polonaï fut élevé, par une ordonnance, a la dignité de prince de la 2e classe et confirmé dans sa charge par le gouverneur général du Thibet, titre qui venait le premier après celui de dalaî-lama, et, après sa mort, son second fils, Djourmot Nangha, fut investi de ses pouvoirs ; mais, s'étant révolté contre les Chinois, il fut mis à mort en 1750. La dignité de gouverneur général fut alors abolie, et, du consentement du dalaî-lama, le gouvernement fut confié il des généraux chinois qui commandent à Lassa et qui sont soldés tant par l'empereur de la Chine que par le souverain spirituel du Thibet. »

THIBET (petit). V. LADAK.

THIBÉTAIN, AINE s. et adj. (ti-bé-tain, è-ne). Géogr. Habitant du Thibet; qui appartient à ce pays ou à ses habitants : Les Thibétains. Les coutumes thibétainks.

— s. m. Langue parlée dans le Thibet : Etudier le thibétain.

THIBOtJRET (François), écrivain français, né à Gorze, ancienne province des Trois-Evêchés, vers la fin du xvic siècle. Il fut professeur de mathématiques et devint un habile chirurgien. Thibouret a publié en 1620 un vol. in-4" sur les machines de guerre et sur l'art de l'artificier. Cet ouvrage contient une élégie contre Berthold Schwartz, inventeur d'une poudre à canon une dissertation sur la polygraphie de l'abbé Trithème, et une autre sur les moyens d'écrire la nuit a, son ami et d'en recevoir une réponse.

THIBOUST (Claude-Louis), imprimeur et poète latin, né à Paris en 1667, mort en 1737. 11 appartenait à une famille de typographes. Thibôust donna de nombreuses éditions d'ouvrages classiques longtemps estimées pour la correction et la pureté du texte. C'était un homme très-versé dans les langues anciennes. On lui doit un poème latin: lie typographix exeellentia (171 8)^ d'un style élégant et précis. Son tils, Claude-Charles Thibôust, né en 1701, mort à Bercy, en 1757, lui succéda comme imprimeur. On lui doit une traduction française du poème de son père, Sur [excellence de l'imprimerie (1755), et Claustrum CarthusiS Parisiorum, a celeberrimn Lesueur coloribus expressunt, carmen historicum gallice redditum (1755, in-4<>), traduction française des vers latins sur la vie de saint Bruno qu'on lisait dans le cloître des Chartreux à Paris.

THIBOCST (Lambert), auteur dramatique français, né en 1827, mort à Paris en 1867. Il voulut d'abord être comédien, remporta au Conservatoire, en 1848, un prix de tragédie, et joua quelque temps à l'Odèon, puis au théâtre Beaumarchais. 11 courut ensuite la province, et alla notamment jouer, en 1850, h Caen, le rôle de Barbaroux dans la Charlotte Corday de Ponsard, particularité qui a donné lieu à un singulier rapprochement. En effet, a dix-sept ans de la, Thibôust, emporté par une maladie subite,' suivait dans la tombe le fils du conventionnel Barbaroux, mort le 8, et l'auteur de Charlotte Corday, mort le 7 juillet. Dans cette première profession, qu'il abandonna vite, Lambert Thibôust n a laissé que de bons et joyeux souvenirs. Mais il a marqué plus vailiament sa place comme auteur dramatique et, dans cette carrière où l'envie pousse comme une plante folle, il sut se faire pardonner ses nombreux succès par ses ' rivaux, restés tous ses amis. C'était d'ailleurs un charmant esprit, sans fiel, sans amertume, et possédant la gaieté, ce don si précieux. Et cette gaieté était communieative. Il savait voir autour de lui le côté comique des choses et il le dessinait d'un trait franc, vif, spirituel ; à. travers les collaborations, on reconnaissait sa touche, et quand, on riait, on disait volontiers : il a passé par là. Son œuvre est légère, mais c est quelque chose d'amuser et de charmer, de mettre la comédie dans le vaudeville, d'inventer des bouffonneries comme la Fiancée du mardi gras , et de petits actes pleins de cœur comme Je dîne chez ma mère. Aristophane eût amicalement tiré l'oreille à ce garçon joyeux qui a écrit sa part des Filles de marbre, a dit M. Théophile Gautier. Ajoutons, pour achever de peindre l'homme, que, sous cet enjouement, se cachaient les qualités les plus sérieuses.

Lambert Thibôust, mort subitement k l'âge de quarante ans, après avoir donné & tous les théâtres de genre, qui le regretteront longtemps, des preuves nombreuses de sa verve inaltérable, a signé seul, ou en collaboration, cent six pièces, qui sont la plupart des vaudevilles et qui toutes ont été représentées. Son premier ouvrage, YHôlel Lambert, en un acte, avait été joué à l'Odèon le 5 mars 1848, et, en mai de la même iinnée, il avait donné Une heure en Bretagnetcomêdie. îMaisdu. second Théâtre-Français tombant aux Délassements Comiques, il fit jouer, en 1849, les vaudevilles suivants : Aux innocents les mains pleines, un acte ; Fanfare le trompette, un acte (avec Raymond Deslandes); Quand on écoute aux portes, un acte. En 1850, sa pièce en trois actes, YHomme au petit manteau bleu, obtint un certain succès. S'associant, vers la même époque, avec M: Delticour, il porta au Vaudeville les Trois dondons et signa aux Folies-Dramatiques, avec M. Marc

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Leprévost, le Voyage des escargots, revue de 1850. Dès lors, nous le voyons collaborer, soit avec les auteurs déjà cités, soit avec MM. Clairville, De Courcelle, Théodore Barrière, Siraudin, Paul de Kock, Grange, Choler, etc., aux ouvrages dont voici la liste : le Diable, à la Porte-Saint-Martin ; la Corde sensible, églogue des mansardes de Paris, au Vaudeville; Truc, trac, troc, aux Folies-Dramatiques, 18*1 ; Paris gui dort, les Souvenirs de jeunesse. Un monsieur gui ne veut pas s'en aller, les Variétés de 1852, aux Variétés; les Néréides et les Cyclopes, au Vaudeville ; la Perdrix rouge, au Palais- Royal, 1852; Une femme gui se grise; L'amour gué gu'c'est vue ça?, les Mystères de l'été, les Enfers de Paris, Diane de lis et de camélias, aux Variétés ; Une femme dans une fontaine, au Palais-Royal, 1853 ; et la même année (17 mai), au Vaudeville, avec M. Théodore Barrière, les Filles de marbre, drame en cinq actes, un des plus grands succès de l'époque; les Oiseaux de la rue, pièce populaire en trois actes etquatre tableaux, aux Variétés; les Bues de Paris, mélodrame en six actes, à l' Ambigu-Comique ; le Cabaret du Pot cassé, vaudeville en trois actes, au Vaudeville ; Histoire d'un sou, en un acte, nu Palais- Royal, 1854 ; le Quart de monde, parodie du Demi-monde de M. Alexandre Dumas fils, aux Variétés; Un bat d'Auvergnats, Ninette, Avait pris femme..., au Palais- Royal ; Je dine chez ma mère, jolie comédie en un acte, au Gymnase, 1855; Madame Lovelace, au Vaudeville ; Madame Roger- Bontemps, Madelon Lescaut, les Enfants terribles, les Nèfles, Un tyran domestique, la Lanterne magique, aux Variétés ; le Tueur de lions, au Palais-Royal ; l'Escamoteur dramatique, à l'Odèon, 1856 ; la Veuve au camélia, les Vaches landaises, au Palais-Royal; les Princesses de la rampe, \ea Chansons de Béranger, Une maîtresse bien agréable, aux Variétés, 1857; la Descente aux enfers, au Luxembourg; les Femmes qui pleurent, au Gymna-e ; la Chasse aux biches, le Fils de la belle au bois dormant, le Punch Grassot, En avant les Chinois! 1858; le Capitaine Chérubin, les Chevaliers du pinet-nes, aux Variétés!; R/isalinde ou Ne jouet pas avec l'amour, comédie en un acte, au Gymnase; ' Tant va l'autruche à l'eau, la Fête des loups, YOmelette du Niagara, au Palais-Royal, 1859 ; la Pénélope normande, drame en cinq actes, découpé dans le roman de M.Alphonse Karr, dont le nom seul a paru sur l'affiche, au Vaudeville; la Petite Pologne, mélodrame en cinq actes, à la Galté; les Mémoires de Mimi Bamboche, roman en cinq chapitres, parodie des honteux Mémoires d une tille de mauvais lieux, qui fit un instant parler de sa trop légère personne ; Réduction et Rédemption , le Passage Radziwit, le Passé de Nichette, au Palais-Royal; la Fille du diable, le Guide de l'étranger dans Paris, revue, aux Variétés, 1860 ; la Beauté du diable, vaudeville en trois actes et huit tableaux ; la Mariée du mardi gras, vaudeville en trois actes, l'un des plus grands succès de gaieté de la saison, au Palais-Royal ; Yameneir, parodie en trois actes ; Brouillés depuis Wagram, en un acte; les Danses nationales de France, en trois actes et cinq tableaux, aux Variétés ; le Crétin de la montagne, drame en cinq actes et huit tableaux, à la Galté, 1861 ; les Ivresses ou la Chanson de l'amour, comédie en quatre actes, qui n'eut qu'une vogue passagère, et à laquelle on a reproché un style outré, au Vaudeville ; Un jeune homme qui a tant souffert!. Une demoiselle de Nanterre, Une corneille gui abat des noix, le Chalet de la Méduse, au Palais-Royal ; les Poseurs, parodie en trois actes, dont quelques types ont été fort bien accueillis par le public; Un mari dans du coton, Deux chiens de faïence, 1862 ; le Secret de miss Aurore, drame en cinq actes et huit tableaux, destiné à exploiter sur notre théâtre du Châtelet, avec la table du roman, les procédés de majjie décorative suggérés par le livre de miss E. Araddon, A urora Floyd ; les Mousquetaires du carnaval, Y Infortunée Caroline, aux Variétés ; Jean Torgnole, YOiseau qui fait son nid, les Diables roses, comédie-vaudeville en cinq actes, qui a joui de la plus grande vogue, 1863 ; Aux crochets d'un gendre, comédie en quatre actes jouée uu Vaudeville, pièce qui va sans cesse de la comédie de mœurs & la charge, et qui pousse à leurs limites les qualités et les défauts propres à ces deux genres différents; L'homme n'est pas par fait, aux Variétés, 1864 ; Un clou dans la serrure, les Jocrisses de l'amour, comédie en trois actes ; le Supplice d'un homme, parodie du Supplice d'une femme, au Palais-Royal ; la Voleuse d'enfants, mélodrame en cinq actes et huit tableaux, à l'Ambigu-Comique; la Marieuse, comédie en deux actes, au Gymnase, 1S65 ; La consigne est de ronfler, bluette en un acte ; le Chic, la Dent de sagesse, le Pays des chansonnettes, en deux actes, au Palais- Royal ; les Amours de Paris, mélodrame en cinq actes et sept tableaux ; la Bergère d'Ivry, drame en cinq actes, à l'Ambigu-Comique, 1866.

Toutes ces pièces, pour la plupart faites un peu vite, ont été imprimées dans les collections théâtrales. On peut regretter que leur auteur ait éparpillé un heureux talent dans de trop nombreuses collaborations et dans des productions où le gros sel tient plus de place que le style. Lambert Thibôust, doué d'excellentes qualités, eut pu certainement marquer sa, place, et une place émineute,

THIC

parmi les écrivains dramatiques les plus estimés des théâtres du premier ordre ; en s'a- ■ bandonnant à sa verve facile, en se hâtant de produire, en cédant sans beaucoup de mesure k la mode, au caprice du jour, à la circonstance, il a rencontré la réussite passagère, mais il n'a pas trouvé le succès durable ni la gloire. Nous n'osons dire que rien ne lui survivra; mais si deux ou trois pièces restent au répertoire quelques années encore, son nom, effacé par celui de quelque collaborateur plus heureux ou simplement vivant, s'oubliera peu à peu. Quoi qu'il en soit, il restera longtemps encore de ce bon garçon, au sourire épanoui et cordial, un heureux souvenir. Ce souvenir, ses amis ont vouiu le rendre plus durable- en lui construisant, par voie de souscription volontaire, un tombeau sur lequel le catholique M. Louis Veuillot a trouvé bon de jeter quelques railleries de sacristain en goguette, avant la Îiose même de la première pierre, et dès le endemain de la mort de ce jeune écrivain, trop tôt frappé. Outre les ouvrages déjà cités, Lambert Thiboust laissait plusieurs pièces inachevées, entre autres, une féerie attendue par le Châtelet, le Petit chaperon rouge, en collaboration avec M. Grange. Le Palais-Royal répétait son dernier vaudeville, la Puce à toreille, pendant qu'un accès de rhumatisme au cœur le tuait à l'iuiproviste.

THIBOOV1LLE (Charles, baron d'Erdigny, sieur de), né k Rouen en 1655, mort k Thibouville (Eure), en 1730. «Il vécut longtemps, dit Th. Lebreton, dans une grande intimité avec Fontenelle, son compatriote et son ami d'enfance. II eut comme iui beaucoup de cet esprit d'agrément qui faisait alors réussir dans la société ; il fit des madrigaux, des épigrammes et quelques chansons qui au mérite de l'à-propos joignaient encore celui de la pensée exprimée avec autant de facilité que d'éiégance. Ce pofite avait aussi composé, dans sa jeunesse, un poème intitulé : l'Ar< d'aimer, publié a tort dans une édition des œuvres de l'abbé de Grécourt. Les poésies de Tiiibouville sont, pour la plupart, restées à l'état de munuscrit, entre les mains de sa famille. >

THIBOUVILLE (Henri-Lambert d'Eïibigny, marquis dk), littérateur, parent du précédent, né à Paris en 1710, mort à Rouen en H84. Il suivit d'abord la carrière des armes et il était colonel des dragons de la reine lorsque, ayant reçu l'ordre de rejoindre l'armée d'Italie, vers 1745, il fut saisi d'une telle peur à la pensée d'aller affronter pour la première fois le feu de l'ennemi, qu'il renonça k se mettre k la tête de son régiment et dut se démettre de son grade. Le marquis de Thibouville, à défaut de courage, avait une grande fortune et beaucoup d'esprit. Ses mœurs étaient extrêmement relâchées et Collé va jusqu'à l'accuser d'un vice honteux, auquel Voltaire a fait allusion dans son po6me de la Pucelte. Ce dernier entra en relations intimes avec Thibouville, qui devint son constant intermédiaire auprès des acteurs qui jouaient ses pièces, et il lui écrivit un grand nombre de lettres. Thibouville était un littérateur médiocre. On lui doit les ouvrages suivants, qui ont paru sous" le voile de l'anonyme : Thëlamire, tragédie en cinq actes (Paris, 1739, in-8»), pièce qui otfre de l'intérêt, mais dont la versification est faible ; l'Ecole de l'amitié, roman (Amsterdam, 1767, i vol, in-12) ; le .Danger des passions on Anecdotes syriennes et égyptiennes (Paris, 175g, 2 vol. in-12); Béponse d'Abailard à Hétoïse, héroïde (Paris, ]75S, in-12); Qui ne risque rien n'a rien (Paris, 1772) ; Plus heureux que sage (1772, in-8°). Ces deux derniers ouvrages sont des proverbes en trois actes et en vers.

THICKNESSE (Philippe), littérateur anglais, né dans le comté de Northampton en 1719, mort en 1792. A l'âge de seize ans, il fut attaché k la mission du général Ogtethorpe en Géorgie, servit ensuite, comme lieutenant, k la Jamaïque, passa, en 1741, dans un régiment de la marine, et devint, en 1749, gouverneur du fort Landguard. Il était veuf pour la seconde fois, lorsqu'il se (remaria, en 1763, avec l'héritière d'un procureur; mais ses goûts de dépense et son amour des voyages eurent bientôt diminué considérablement sa fortune, et ce fut alors qu'il songea à se créer de nouvelles ressources par des travaux littéraires. Il visita la France, voulut aller s'établir en Espagne, mais en fut empêché par les événements politiques, et vint alors habiter Bat h, où il avait fait bâtir une magnifique maison, que l'état précaire de sa fortune le força plus tard à vendre. Enfin, en 1791, il vint passer quelque temps k Paris, revint en Angleterre, et se décida, l'année suivante, à retourner en France pour s'y fixer définitivement. Ce fut au cours de ce voyage qu'il mourut subitement à quelque distance de Boulogne. On a de lui, entre autres écrits : Analyse de l'art de l'accoucheur (1765); Observations sur tes coutumes et les mœurs de la nation française, dans lesquelles cette nation est justifiée des calomnies de quelques écrivains (1707) ; Conseils utiles à ceux qui font le voyage de France (1767, in-8°) ; Esquisses et caractères des personnages les plus éminents et les plus singuliers actuellement vivants (1770); Traité de l'art de déchiffrer (1772) ; voyage d'une année en France et en Espagne (1777, 2 vol. in-8") ; Nouveau guide à Bath (1778); Guide

TÏ-IIE

du valétudinaire à Balh ou Moyens d'obtenir la santé et une longue vie (1780); Voyage d'une année dans les Pays-Bas autrichiens (1784) ; Mémoires sur la oie et les tableaux de Gainsborough (1788) ; Mémoires de Philippe Thicknesse, ex-gouverneur du fort Landguard, et malheureusement père de Georges Touchet, baron Audley (1788, 2 vol. in-8°), ouvrage qui obtint un grand succès de curiosité et de scandale, et auquel l'auteur ajouta un troisième volume en 1791. La Correspondance de Thicknesse, précédée de sa biographie, a été insérée par J. Nichols dans le tome IX de ses Anecdotes littéraires du xvme siècle.

THIE s. f. (tl). Petit instrument de métal, qu'on ajoute quelquefois à la partie supérieure du fuseau k filer, pour faciliter 1 enroulement du fil.

— Zool. Syn. de thia.

TH1ÉBAUDIE s. f. (tié-bô-dl). Bot. Syn.

de THIBBAUT1K OU BLÉTIB.

THIÉBAULT (Timothée-François), jurisconsulte français, né a Nancy (Lorraine) en 1700, mort k Bains en 1771. Le roi Stanislas le nomma conseiller d'Etat et lieutenant général au bailliage de Nancy. Il acquit la réputation d'un savant jurisconsulte et devint membre de l'Académie de cette ville. On lui doit les ouvrages suivants : Tableau des avocats (1739, in-12) ; Histoire des lois et usages de la Lorraine dans les matières bénéficiâtes (1763, in-fol.) ; la Femme jalouse, comédie en cinq actes et en vers.

THIÉBAULT, écrivain ecclésiastique français, mort k Lesenfeld-sur-le-Mein en 1795. Il fut successivement professeur de théologie, curé k Metz, supérieur du collège de Saint- Simon dans la même ville, puis alla siéger aux états généraux de 1789. Thiébaultse prononça contre toutes lès idées et les réformes nouvelles, émigra après la session et passa en Allemagne, où il termina sa vie. On lui doit divers ouvrages ascétiques, entre autres : Homélies sur les évangiles de tous les dimanches et principales fêtes (Metz,

1761, 4 vol. in-12); Homélies sur les épitres des dimanches et fêtes (Metz, 1761, 4 vol. in-12) ; Doctrine chrétienne en forme de prône (Metz, 1772, 6 vol. in-12); Explication littérale, doqmatique et morale des Evangiles (Metz, 1776, 4 vol. in-12).

TH1ÉBAULT (Dieudonné), littérateur français , né à La Roche (Vosges) en 1733, mort à Versailles en 1807. Il fut élevé. par les jésuites qui, frappés de sa vive intelligence, le pressèrent d'entrer dans leur ordre, ce qu'il fit, sans recevoir toutefois la prêtrise. Thiébault professa d'abord les humanités dans divers collèges de sa compagnie, se livra en même temps k des travaux littéraires et écrivit des poésies françaises et lutines. En

1762, il quitta l'habit de jésuite et se mit à étudier le droit. Mais, s'étant rendu quelque temps après k Paris, il résolut de suivre la carrière des lettres. Il entra en relation avec les hommes les plus distingués du parti phi-' losophique, co'mmença à se faire connaître par quelques ouvrages écrits avec une extrême facilité et obtint, en 1765, sur la recommandation de d'Alembert et de d'Olivet, la chaire de grammaire générale à l'Ecole militaire de Berlin. Parfaitement accueilli par Frédéric II, il gagna bientôt entièrement la confiance du roi, devint le lecteur de tout ce que ce prince envoyait à l'Académie, le correcteur d'un grand nombre de ses ouvrages et l'éditeur de presque tout ce qu'il faisait imprimer. Pendant vingt ans, Thïébault vécut dans l'intimité de ce souverain, qui lui avait donné une pension et une placé k l'Académie. Toutefois, en 1784, il retourna en Fiance et s'y fixa. C'est alors qu'il rédigea deux projets, l'un sur la formation d'une compagnie d'assurance contre l'incendie, l'autre sur la réorganisation de la librairie. Le premier de ces projets, qui devait être réalisé plus tard, fut repoubsé alors comme inexécutable; le second, au contraire, plut tellement k M. Vidaud de La Tour, directeur de la librairie, que celui-ci le nomma chef de ses bureaux (1785), place à laquelle il joignit ensuite celle de garde des archives et inventaires du garde-meuble de la Couronne, Lors de la convocation des assemblées nationales et provinciales, il reçut le privilège de créer l'unique journal qui serait autorisé k parler des travaux de ces assemblées, et fut chargé, au commencement de la Révolution, de la direction de la librairie. Peu après, il perdit les diverses fonctions qu'il occupait; mais, comme il était très-favorable aux idées nouvelles, il devint successivement inspecteur des rôles à Epinal, commissaire pour la réunion du Tournaisis à la France, directeur d'une poste aux chevaux, chef du secrétariat du Directoire (1795). et président de l'Ecole centrale de la rue Saint- Antoine, où il enseigna la grammaire générale (1799). Enfin, en 1803, il fut nommé proviseur du lycée de Versailles, Indépendamment des mémoires insérés dans le Recueil 'de l'Académie de Berlin, d'articles publiés dans le Journal littéraire de cette ville (1772-1776) et dans le Journal de l'instruction publique (1793-1794), on lui doit de nombreux écrits, parmi lesquels nous citerons : Apologie des- jeunes ex-jésuites qui ont signé le serment prescrit pur arrêt du 6 février 1764 (1764, in-12); Discours sur la pro-

THIE

nonciation (Berlin, 1785); Les adieux du due de Bourgogne et de l'abbé de Fénelon ou Dialogues sur les différentes formes de gouvernement (1772, in-12) ; Essai synthétique sur l'origine et la formation des langues (1774, in-8°); De l'enseignement dans les écoles centrales (1796, in -8<>); Traité de l'esprit public (1798, in-8°) ; Traité du style, un des meilleurs ouvrages de l'auteur, publié en 1774 bous le titre d'Essai sur le style; Grammaire philosophique (1802, 2 vol, in-8°) ; Principes de lecture et de prononciation (1802, in-8°); Mes souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin (Paris, 1804, 5 vol. in-8°), recueil plein de faits curieux.

TH1ÉBADLT ( Paul - Charles - François - Adrien-Henri-Dieudonné, baron), général et écrivain français, fils du précédent, né k Berlin en 1769, mort k Paris en 1846. Il venait de faire ses études de droit, lorsque éclata la Révolution, dont il adopta chaleureusement les principes. Thiébault s'enrôla dans l'armée du Nord après le 10 août, se distingua à Blatow, k Bernisart, k Nerwinde, fut emprisonné après la défection de Dumouriez et fut sauvé par Grunvelle, qui le prit pour secrétaire dans son ambassade de Danemark. Etant rentré ensuite dans l'armée, il prit part aux campagnes du Rhin, de Hollande et de Belgique, sous les ordres de Pichegru, d'Italie en 1796, et y remplit d'une façon brillante les fonctions de chef d'étatnrnjor. Sa vaillante conduite k la prise de Naples, en 1799, lui valut le grade d'adjudant général. Thiébault concourut ensuite k la défense de Gênes sous Masséna et fut promu général de brigade (1800). Après avoir rempli divers commandements k l'intérieur, il passa, en 1805, à la grande armée, contribua au succès de la bataille d'Austerlitz (1805), en se maintenant au village de Pratzen, malgré la grande infériorité de ses troupes, y reçut une grave blessure et devint gouverneur de Fulda (1806). Envoyé en Portugal en 1807, il combattit sous les ordres de Junot, fut promu, en 1808, général de division, passa ensuite en Espagne, devint gouverneur de la Biscaye, de la Vieille-Castille, puis de Sulamanque, de Toro, de Zaïnora, de Ciudad-Rodrigo-d'Almeida, reçut la titre de baron en 1811, et quelques mois plus tard celui de comie. Il battit, cette même année, l'arrière-garde de Wellington k Aldea-de- Ponte. Rappelé en 1813, il se rendit à l'armée d'Allemagne et prit le gouvernement de Hambourg, puis de Lubeck. Après la chute de Napoléon, Louis XVIII donna à Thiébault le commandement de la 18e division militaire. Après une courte disgrâce, il passa dans le corps d'état- major et fut mis k la retraite en 1824. C'était un homme instruit qui aimait et cultivait les lettres. L'université de Salamanquelui conféra le titre honorifique de docteur. On lui doit les ouvrages suivants : les Soupers du jeudi (Paris, 1789, in-8<>) ; Vues sur la réorganisation des quartiers généraux et des états-majort (Paris, 1800, in-8°) ; Manuel des adjudants généraux et des adjoints employés daus-les états-majors (Paris, 1800, in-8°) ; Journal des opérations militaires du siège et du blocus de Gênes (Paris, 1801, in-8<>); Becueil de pensées (Paris, 1811, in-8»); Du chant et particulièrement de laromance (1813, in-80); Manuel général du service des états-majors (Paris, 1813, in-8°); Délation de l'expédition de Portugal faite en 1807 et 1808 (Paris, 1817, in-8o) ; Réflexions sur le corps d'état-major (Paris, 1820, in-80); Influence d'une noblesse héréditaire et du droit de primogéniture sur la civilisation et la liberté (Paris, 1825, in-8") ; la Défense de Paris (Paris, 1841, in-8°), etc. On lui doit, en outre, des Mémoires eu 8 vol. restés manuscrits, ainsi que divers autres ouvrages, et des articles insérés dans l'Encyclopédie, les Annales militaires et le Spectateur.

THIÉBAULT (Jean- Gabriel), général français, né k Montmédy (Meuse) en 1783, mort en 1874. Elève de l'Ecole polytechnique, puis de l'Ecole de Metz, il servit dans le génie, passa en Espagne en 1809 et fit partie du corps d'armée dont Dupont signa la capitulation k Baylen. Rendu peu après à la liberté, il reçut le grade de capitaine, fut attaché comme aide de camp au général Rogniat et assista à plusieurs sièges. Envoyé k la grande armée en 1813, il Se distingua k Bautzen, fut alors promu lieutenant-colonel, reçut la mission de diriger les travaux de défense de l'Elbe et fut, après la prise de Dresde, emmené prisonnier en Hongrie. A son retour en France, il fut attaché au 3e corps comme chef d'état-major et assista k ce titre k la bataille de Waterloo. Thiébault était colonel depuis 1825, lorsqu'en 1837 il fut envoyé en Afrique, où il dirigea le génie et contribua k la prise de Constantine. L'année suivante, il reçut la mission de construire les fortifications de Lyon et obtint en 1843 le grade de général de brigade. Peu après, il fut placé dans le cadre de réserve.

THIÉBAULT, prince bohémien. V. Théo-

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