‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 74 sur 1042 · BAL.D · texte numérisé non relu

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THIÉBAUT DB BERNEAUD (Arsène), savant et littérateur français, né k Sedan en 1777, mort k Paris en 1850. Enrôlé volontaire en 1792, il se signala en maintes circonstances, particulièrement k la bataille de Itaiserslaulein (1793), y reçut cinq blessures et fut déclaré, par décret de la Convention,

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avoir bien mérité de la patrie. Ses blessures lui rendant désormais impossible le service actif, il quitta l'armée avec le grade de capitaine, obtint une place dans l'administration et remplit par ordre de Ûarnot, en 1796, une mission auprès du général Moreau, en Bavière. De retour en France, le jeune Thiébaut se livra a l'étude des lettres et des sciences, puis se mit k voyager pour accroître son instruction. 11 visita l'Italie, les îles voisines, quelques parties de la Grèce, mais ne put, par suite des événements politiques, visiter tout le bassin de la Méditerranée, comme il en avait le projet. A son retour k Paris, il" entra comme bibliothécaire k la bibliothèque Mazarine (1808). Elevé dans les idées républicaines, il y était resté constamment fidèle, et on le vit refuser, en 1807, la croix de la Légion d'honneur qui venait de lui être décernée. C'était un grand ami de A. Tissot, dont il partageait les opinions, un esprit droit, un savant distingué, dont tous les ouvrages sont le fruit d'observations particulières. Thiébaut de Berneaud a beaucoup écrit, et sur des sujets très-divers. Indépendamment de nombreux articles insérés dans la Bibliothèque des propriétaires ruraux, la Bibliothèque physico-économique, les Annales des voyages, les Annales de la Société linnëenne, dont il était membre et secrétaire; le Cours' pratique d'agriculture, le Dictionnaire d'histoire naturelle, {'Encyclopédie des gens du monde, la Biographie universelle, etc., et divers ouvrages inédits, nous citerons de lui ! Voyage à ttle des Peupliers (1798), réédité en 1819 sous le titre de Voyage à Ermenonville; Traité du père de famille (Paris, 1799) ; Exposition du tableau philologiqtte des connaissances humaines (l-'aris, 1802, in-8°), ouvrage dans lequel il reprit la travail de Bacon et de Condorcet et qui lui valut les suffrages de l'Institut; Voyage à Vile d'Elbe, suivi d'une notice sur les iles de la mer Tyrrhénienue (Paris, 1808, in-S°); Du genêt sous le rapport de ses espèces et de ses propriétés (Paris, 1810, in-8°); Annuaire de l'industrie française au Recueil des inventions, découvertes, etc. (Paris, 1811-1812, 2 vol.); Préjugés particuliers à l'agriculture (Paris, 1812, in -8«) ; Traité de l'éducation des animaux domestiques (Paris, 1820-1823, 2 voi.); Recherches sur les plantes connues des anciens sous le nom d'ulva (Paris, 1822) ; Manuel du vigneron (Paris, 1823); Manuel du cultivateur français (Paris, 1829),* Mémoire sur les dahlias (Paris, 1834); Bibliothèque du propriétaire rural et de ta ménagère (Faris, 1839); Nouveau manuel complet de la laitière (Paris, 1842), etc. On lui doit encore des Eloges historiques de Sonnini, de Palisot de Beanvois, de A.-P. Tissot, de l'abbé Hozier, de Broussonnet, do Thouin.

THIÉBAUTIE s. f. (tié-bô-sl — de Thiébaut de Berneaud, botan. fr.). Bot. Syn. de BLÉTiE, genre d'orchidées.

THIÉBLBMONT, village et commune de France (Marne), ch.-l. de cant., arrond.et k 12 kilom. de Vitry-le-François ; 363 hab.

TUlÉDEVILtB, village de France (Seine- Inférieure), cant. de Bacqueville, arrond. de Dieppe, sur la Saône ; 308 hab. Ses environs offrent de nombreux débris d'antiquités romaines, tels que tuiles k rebords, poteries rouges, monnaies, etc. Dans l'opinion des habitants, ce vilage occupe l'emplacement d'une ancienne' ville qui portait le nom de Tiède.

TH1EFFRIES DE BEÀUVOIS ( le comte Félix-Gaspard), officier français, né vers 1750, mort après 1830. A dix-sept ans, il entra dans l'armée comme sous-lieutenant, visita l'Allemagne pour ueoroKre ses connaissances militaires et se "signala, dès le commencement de la Révolution, par l'ardeur qu'il mit k soutenir la cause royale. Pendant l'invasion de la Belgique, a laquelle il prit part comme capitaine, Thieffries, accusé d'avoir contribué k la déroute par des cris de sauve qui peut, tors de la première rencontre des Français avec l'ennemi, s'enfuit et passa à l'armée des princes. Peu après il rentra en France, se rendit en Vendée, fut chargé par Charette, en 1794, de recruter des officiers pour l'armée royale (1794), tomba entre les mains des autorités républicaines et subit un long emprisonnement, k la suite duquel il se réfugia en Allemagne. De retour en France, il vécut dans la retraite jusqu'au retour des Bourbons, dont il n'avait cessé de soutenir la cause ; mais, malgré les services qu'il leur avait rendus, il n'obtint alors que le grade de chef de bataillon et une pension de 600 livres. On lui doit : M émoires sur l'agriculture et te commerce (Paris, 1822, in-8»); Conduite politique et services militaires du comte Tliieffries (Paris, 1825); Administration générale du royaume (Paris, 1830, in-8°).

T111EL ou THEL, ville de Hollande (Gueldre), sur le Wubai, k 29 kilom. S.-E. d'Utrecht ; 4,100 hab. Toiles, lainages, raffineries de sel, commerce de transit. Elle fut prise par Turenne en 1672. Patrie du général Chassé.

THIÈLE, TOILE ou ZlHL.rivièredeSuisse.

Elle prend sa source dans le canton de Vaud, sur le versant oriental du Jura, entre dans le lac de Neucbâtel, sort de l'extrémité N.-E. de ce lac, forme bientôt celui de Bienne et se jette dans l'Aar, par la rive gauche, après un com3 d'environ 125 kilom. L'Orbe est sou

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affluent principal. Cette rivière est navigable et ses rives offrent de gracieux paysages.

TRIELE (Jules-Matthias), écrivain danois, né à Copenhague en 1795. Son père, imprimeur dans cette ville, était originaire de Westphalie. 11 entra, en 1820, à la bibliothèque royale en qualité de copiste et devint, en peu de temps, l'un des secrétaires du gouverneur. En 183B, il fut appelé à la direction du département des estampes et, peu après, nommé bibliothécaire de l'Académie des beaux-arts et des manuscrits. Depuis, il eBt devenu conseiller de justice (1840) et conseiller d'Etat (1851). Il était déjà chevalier du Danebrog et de l'ordre de Wasa, On a de M. Thiele : la Vallée du mineur (1817); Traditions populaires du Danemark (Copenhague, 1818-1823); Pillegrimen, tragédie (1829) ; Kynasl, drame (1821) ; Thorwaldsen et ses œuvres (1831-1850, 4 vol. in-4°) , avec 363 estampes; Histoire de la collection royale des estampes de Copenhague (Leipzig, 1835); Lettres d Angleterre et à Ecosse (1837) : Histoire de la jeunesse de Thorwaldsen, d après sa correspondance et ses papiers (Copenhague, 1851, in-go) } etc.

TH1ELEN (Jean-Philippe van), peintre flamand, né à Malines eu 1618, mort dans la même ville en 1667. De l'atelier de son beaufrère, Théodore Rombouts,il passa dans celui, de Daniel Seghers, a Anvers, s'adonna uniquement a la peinture de fleurs et acquit beaucoup de réputation. Après avoir longtemps vécu k Anvers, il retourna dans sa ville natale. On trouve de beaux tableaux de ce peintre dans les musées d'Anvers, de Vienne, de Milan et de Lille.

THIÉLÉODOXE s. m. (tîé-lé-o-do-kse — de Thiele, botan. allem., et du gr. doxa, gloire). Bot. Genre d'arbres, de la famille des rubiacées, comprenant deux espèces, qui croissent au Brésil.

. THIELLAS s. m. (tiè-lass). Orhith. Syn. de puffin, genre d'oiseaux palmipèdes.

TH1ELMANN (Jean-Adolphe, baron de), général prussien, né à Dresde en 1765, mort en 1824. Entré au'service en 1782, il fit, en qualité de lieutenant de hussards, la campagne de 1791 contre les Français et, pendant la guerre de 1806-1807, assista au siège de Dantzig et à la bataille de Kriedland, après laquelle ■ il devint major et aide de camp du roi. Promu successivement colonel (1809), major général et lieutenant générai (1810), il commanda, pendant la guerre contre laRussie, la brigade des cuirassiers saxons, se distingua à la bataille de la Moskowa et jusqu'à latin de la guerre se trouva toujours" dans l'entourage de Napoléon. Lorsque, le 26 février 1813, il eut été chargé de fa défense de Torgau,leroide Saxe lui imposa la neutralité comme une loi absolue. Thielmann espérait que les négociations de ce prince avec l'Autriche amèneraient une transformation complète de l'état des choses en Allemagne, et il se rendit avec empressement, sur l'invitation qui lui en fut faite, à Dresde pour avoir un entretien avec les monarques alliés. Mais le roi de Saxe lui ayant donné l'ordre, après la bataille de Lutzen (20 mai), de rendre Torgau aux Français, il ne vit d'autre moyen d'échapper k l'exécution de cet ordre que de remettre le commandement au général immédiatement placé sous ses ordres et de donner Sa démission. Il se rendit ensuite au quartier principal des alliés et entra d'abord au service de la Russie, puis, après la réorganisation de l'armée saxonne, à celui de la Prusse. Il fit encore preuve de son habileté et de sa valeur accoutumées dans la nouvelle guerre contre la France. A Waterloo il arrêta près de Wavre, avec son corp3 d'armée, le corps français de Grouehy, conserva ses positions et contribua ainsi efficacement au succès des alliés. Il était à sa mort commandant général du 8e corps de l'armée prussienne k Coblentz.

TH1ELT, ville de Belgique (Flandre occidentale), à 20 kilom. S.-E. de Bruges; 12,000 hab. Toiles, dentelles, chapeaux, savon; marché de toiles très-fréquenté. Patrie d'Olivier Le Daim, d'abord barbier, puis premier ministre de LouisXI.etdu littérateur Pierre Situons, second évoque d'Ypres. C'est une ville très-ancienne; elle fut fortifiée en 1172.

THIEMB (Charles TrauGott), écrivain allemand, uéàCunitz, près d'Oschatz, en 1745, mort en 1802. Il fut, de 1777 jusqu'à sa mort, recteur des écoles latines k Lubuen, à Merseburg et à Lobau. On a de lui des ouvrages estimés : Première nourriture pour le bon sens (Leipzig, 1776, in-8°) ; Gulmann ou ['Ami des enfants en Saxe (Leipzig, 1794, 4 vol. in-8a); Sur tes obstacles du libre développement de l'esprit en Allemagne (Leipzig, 1788, in-8") ; Sur le rang dû o ia morale dans les écoles publiques (Leipzig, 1789, in-8») ; Erdmann, histoire psyckologique (Leipzig, 1801, 3 vol. in-8»).

TH1ÉMON ou DIETHMAR, prélat et artiste allemand, né vers le milieu du XIe siècle, mort en 1101. Il appartenait à Une illustre famille et fut élevé au monastère de Nieder- Altaich, où il s'appliqua surtout k l'étude des beaux-arts. Il acquit dans la peinture, dans la sculpture et dans la mécanique des connaissances très-étendues pour son époque, et orna de ses œuvres un grand nombre d'émises. Nommé successivement abbé de Saint-

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Pierre, dans le diocèse de Salzbourg (1079), puis archevêque de cette ville (1090), il par- ' tit en 1099 pour la terre sainte, où il mourut deux ans plus tard. La légende rapporte qu'il fut massacré par ordre d'un chef musulman, entre les mains duquel il était tombé et qui lui avait inutilement ordonné de réparer une idole à laquelle il manquait un bras. L'Eglise a adopté cette tradition, qui n'est rien moins qu'authentique, et a placé Thiémon au rang des martyrs.

THIENEMANN (Fréiléric-Auguste-Louis), ornithologiste allemand, né k Gleina, prèsde Fribourgsur-l'Unstrutt,en 1793, mort en 1858. Il étudia la médecine et les sciences naturelles à l'université de Leipzig, y fut reçu docteur en 1819, employa deux années à visiter le nord de l'Europe et fit en Islande un séjour de treize mois. En 1822 il ouvrit à Leipzig des cours sur la zoologie, fut nommé trois ans plus tard sous-inspecteur du cabinet d'histoire naturelle de Dresde et y travailla, en collaboration avec son frère Guillaume Thienemann et avec Brehm, à une Exposition systématique de l'histoire de, la propagation des oiseaux de l'Europe (Leipzig, 1825-1833, 5 parties). En 1839 il fut nommé conservateur de la bibliothèque royale, mais l'état de sa santé le força en 1842 de renoncer à cet emploi. Son principal ouvrage est ['Histoire de la propagation de tous tes niseaux (Leipzig, 1846-1856, 10 livraisons avec 100 planches coloriées), dont la matière principale eut pour base sa collection de nids et d'œufs, qui comprenait plus de 200 échantillons des premiers et plus de 15,000 des seconds. On a encore de lui : Voyages dans te nord de l'Europe (Leipzig, 1824-1827, 2 vol.); Manuel de zoologie (Berlin, 1825); une traduction latine àe& Tableaux explicatifs d'anatomie comparée de Carus (Leipzig, 1840-1850, livr. I à VIII) et Rhéa, journal d'ornithologie universelle (Leipzig, 1846-1848, «cahiers).

THIENNES, village de Fiance (Nord), cant. et arrond. d'Hazebrouck.k 5 kilom. d'Aire, à 62 kilom. d'Arras, station du chemin de fer de Paris à Calais; 1,029 hab. La seigneurie de Thiennes fut érigée eu comté en 1745. L'église est surmontée d'une haute tour carrée. L'ancien château fort est en ruine.

THIER (Jean du), seigneur du Beauregard, contrôleur général des finances, né à Sens (Yonne) au commencement du xvte siècle, mort en 1559. Secrétaire du connétable Anne de Montmorency, il fut initié par lui à la connaissance des affaires de i'Etat, le suivit dans son exil en 1541, mais n'en reçut pas moins, en 1542, une charge de secrétaire du roi et devint en même temps receveur des domaines k Sens. Après l'avènement de Henri II (1547), le connétable, redevenu toutpuissant, fit nommer du Thier conseiller et secrétaire des commandements et finances. En 1559, du Thier reçut le titre de secrétaire d'Etat, eut dans son département les affaires relatives à Rome, au Piémont, à Venise, à tout le Levant, a Lyon, au Dauphiné et devint contrôleur général des finances en 1553. Il cultivait la poésie et les lettres. On a de lui : \es Louanges de la folie, traictéforl plaisant en forme de paradoxe, traduicl d'italien (Paris, 1566), opuscule facétieux en prose, devenu très-rare et recherché des amateurs.

THIER (Léon de), littérateur et publiciste belge, né à Huy en 1826. Il a débuté dans la carrière des lettres en publiant, de 1850 à 1856, des articles dans 1 Organe de Huy. En 1856, M, de Thier a fondé k Liège le journal la Meuse, dont il est depuis cette époque le directeur et qu'il rédige avec son frère, M. Charles de Thier. Il collabore à l'Office de Publicité de Bruxelles depuis plusieurs années sous le pseudonyme de Nil, auteur des Lettres liégeoises. Léon de Thier a publié en 1860 un livre qui eut du succès et qui a pour titre : la Chasse au coq de bruyère, récit de chasse dans les Ardennes. On lui doit, en outre, plusieurs opuscules intitulés : les Vieux châteaux de la province de Liège. La Chassé illustrée, éditée par Firmin Didot, k Paris, en 1867, le comptait parmi ses collaborateurs ainsi que la Chasse et la Pêche, journal fondé à Paris en 1868 par M. BênéJict Revoil.

TU1ÉKACUE, anciennement Theoracia ou Theoracensis Pagus, ancien petit pays de France, dans la Picardie. Il est aujourd'hui compris dans le département de l'Aisne; Guise en était le chuf-ueu. Thiérache signifiait en patois mauvais terrain. Placé entre les Ppys-Bas et la Picardie, ce pays eut tellement à souffrir que ses habitants ne purent faire valoir les richesses de son sol. Couvert de forêts et d'étangs, d'une altitude de 200 à 250 mètres au-dessus du niveau do la mer, on lui avait appliqué dans le siècle dernier le surnom de Sibérie de la France. Aucun pays n'a plus ressenti les avantages de la grande transformation delà fin du siècle dernier; débarrassée des dîmes et des terrages, son agriculture a pu se transformer. Ses terres, jadis stériles, sont devenues de riches pâturages; ses forêts comptent parmi les plus belles du nord de la France ; son industrie, qui n'avait qu'une seule branche, la verrerie, comprend en outre maintenant la filature et le tissage des laines fines, la vannerie, la métallurgie. La Tliiérache est aujourd hui un des plus riches pays de France. Elle est traversée par plusieurs routes et cinq voies ferrées; son sol, coin-

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posé de terrains des premières formations, contenant de nombreux fossiles, est souvent un sujet d'étude pour les géologues. On peut consulter sur cette contrée : Recueil de documents sur la Thiérache, par Papillon, et le Nord de la Thiérache avant l'an 1200, par Desmasures.

THIÉrachien s. m. (ti-é-ra-chi-ain). Nom donné k des nomades de la Brie, originaires de la Thiérache, en Picardie.

— Encycl. Les thiérachiens vivent à la manière des bohémiens , mais leur origine est toute différente; leur nom suffit pour apprendre qu'ils proviennent delà Thiérache, ancien pays de France qui faisait partie de la Picardie. Ils travaillent quelquefois à gage chez les fermiers ; mais, la nuit venue, ils reviennent coucher à leur lieu de campement, à l'abri de leurs charrettes. Leurs chevaux sont lâchés dans les prairies sous la garde de l'un d'eux. A la moindre alerte, un coup de sifflet se fait entendre, tous les chevaux se rassemblent, et les thiérachiens décampent en un clin d'oeil.

TH1ERIOT, ami de Voltaire. V. Thiriot.

THIERNE s. f. (ti-èr-ne). Min. Galerie faite diagonalement à la direction d'un gîte, d'une couche, d'un filon.

TH1ERMBS, dieu lapon, le Thor des peuples Scandinaves et le Jupiter des Romains, le ianteur de la foudre, le maître de la vie et delà mort. L'origine qu'on prête k Thiermes est fort étrange. Une jeune tille était assise sous un arbre, quand tout à coup un homme se présenta devant elle et lui dit de remplir sa fourrure de bois goudronné. Elle obéit, maisaussitôt le bois pritfeuetla jeune fille voulut fuir épouvantée. Elle ne le put, et bientôt elle mit au monde un garçon qui ne cessa un instant de crier. Cet enfant fut ensuite enlevé dans le ciel ; mais comme il était fils de Perkel, le diable, il arrive parfois que son origine mauvaise se fait jour quand, au lieu de lancer la foudre sur les roches dans lesquelles se cachent les démons, il détruit les temples et les bois sacrés. Chaque famille laponne érigeait à Thiennes un autel sous forme de table, en arrière de la chaumière qu'elle habitait. On le parait de branches de pin ou de bouleau, et on en répandait sur tout le chemin qui y menait. Thiennes était le dieu suprême dans la trinité laponne. A la fin de l'automne on offrait différents sacrifices à lui d'abord, puis, s'il refusait, k Storjunknr, et enfin à Baiwe. Si aucune de ces divinités ne voulait accepter l'offrande, les dieux étaient irrités et l'hiver s'annonçait rigoureux.

TH1ERNOIS, OISB s. etadj. (thièr-noi, oize). Géogr. Habitants de Thiers, qui appartient à cette ville ou à ses habitants : Les Thibrnois. La population thiernoisk.

TH1ERHET (Marguerite- Félicité), veuve Georoin, actrice française, née à Paris vers 1812, morte dans la même ville le 1er mai 1873. Elève du Conservatoire, elle débuta au Théâtre-Français en 1832, dans Théodore des ■Deux pages, et s'attira tout d'abord la critique de Charles Maurice, qui n'aimait point Saint-Aulaire, son professeur. Quoi qu'il en soit, elle continua de jouer avec succès et parcourut ensuite la province. Elle fut engagée à l'Odéon en 1849 et entra au Palais- Royal, où elle eut, en 1855, une réputation justement méritée à côté de Henri Monnier dans le Bonheur de vivre aux champs. Elle interpréta avec une verve bouffonne Philaminte des Précieux, de Labiche "et Lefranc. Au mois d'octobre 1857, ellerevintà l'Odéon, où elle remplit le rôle de Dorine. Elle lui a. donné un costume très-simple : des coiffes de toile , dés jupes de serge lisérées de noir, un corsage échancré carrément et une guimpe qui montait trop haut pour motiver l'exclamation hypocrite de Tartufe. Son débit était large, ferme et bien accentué, sans trop de finesses et d'intentions soulignées. Elle ne cherchait pas, comme on dit, la petite bête dans ce style si ample, si mâle et si franc. Jouant principalement dans le répertoire classique, elle se distingua encore en 1858 à une reprise du Chevalier à la mode. Elle retourna au Palais-Royal en 1860 et justifia pleinement ce turnom de • duègne exhilarante, » qui lui est resté, en créant la Mariée du mardi gras (2 février lSSl), Bébé actrice, Célimare le bien-aimé , Madame Karadec du Brésilien (9 mai 1863) et bien d'autres rôles inoins importants. Engagée aux Bouffes- Parisiens eu 1867, elle eut le même succès dans la Main leste, dans les Lutteurs et d;uis la Diva d'Offenbach; mais elle tomba malade et s'éloigna momentanément de la scène.

Elle créa la même année Fisapour du Rajah de Mysoor, 3e Lecoq ; en 1870, Stéphaneska de Boute de Neige; en l871,Paola de \a. Princesse de Trébizonde. Elle joua en* dernier lieu au théâtre des Menus-Plaisiers luCocotie aux œufs d'or (février 1873). Ce fut la dernière création de l'Arnal des femmes. La pauvre Mme Thierret s'alita pour ne plus se relever.

TM1ERR1 (saint),. disciple de saint Rémi, mort vers 533. Il fut abbé du mont d'Hor, près de Reims. L'Eglise l'honore le 1er juillet.

TH1EHR1 I« ou THEODORIC, roi d'Austrasie, né vers 486, mort en 534. Il était fils aîné de Clovis, roi des Francs, et d'une de ses concubines. A la mort de ce dernier (511)ses quatre fils, suivant l'usage des Barbares, se partagèrent le commandement. Thierri

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eut les campements de Metz; ses guerriers furent établis dans l'Austrasie et dans l'Auvergne. L'événement le plus important de son règne est la conquête de la Thuringe (528), à la suite de laquelle Hermenfried, roi de ce pays, fut précipité du haut des murs de Tolbiac.(530), contre la foi jurée. Ayant conduit ses soldats dans l'Auvergne, qui s'était révoltée contre lui et rangée sous l'autorité de Childebert, Thierri mil tout à feu et à sang dans cette contrée, dont il confia le gouvernement à son parent Sigewald, Il venait de s'allier avec son frère Clotaire pour combattre les Wisigoths lorsqu'il mourut, laissant le pouvoir à son fils Théodebert, On lui attribue la rédaction du code des Francs Ripuaires.

THIERRI II, roi d'Austrasie et de Bourgogne, né en 587, mort à Metz en 613. Il était le deuxième fils de Childebert IL A la mort de son père, en 596, il obtint Orléans et la Bourgogne, pendant que son frère Theudebert héritait de i'Austrasie. Il accueillit en 598 son aïeule, la fameuse Brunehaut, chassée par Theudebert, et bientôt cette artificieuse princesse gouverna la Bourgogne, de concert avec son favori Protadius. Après avoir poussé Thierri à envahir les Etats de Clotaire II (604), elle persuada a ce prince que son frère Theudebert était un enfant supposé, que par conséquent il avait usurpé le royaume d'Austrasie, et l'amena à lui déclarer la guerre (612). Vainqueur a Tout et k Tolbiac, Thierri s'empara de Cologne et des trésors de Theudebert, qui tomba bientôt après dans ses mains, et devint maître de toute I'Austrasie. Il mourut l'année suivante, à l'âge de vingt-six ans, d'une dyssenterie, selon les uns, empoisonné par Brunehaut, selon d'autres.

THIERRI m', roi des Francs, le dernier fils de Clovis II, né vers 654, mort en 692. A la mort de Clotaire III, il fut élevé au trône de Neustrie et de Bourgogne par le maire Ebroïn (670), renversé par son frère Childério II, roi d'Austrasie, et enfermé à Saint-Denis, d'où il sortit en 678. Rétabli alors sur le trône, il resta spectateur oisif des événements de son règne et subit, après la bataille de Testry (687), gagnée sur les Neustriens par Pépin d'Héristal et les grands d'Austrasie, la domination du vainqueur.

THIERRI IV, dit de «belle», parce qu'il avait été élevé dans le monastère de ce nom, roi des Francs, né en 713, mort en 737. Il succéda k Chilpéric II, en 720, à l'âge de sept ans, et régna de nom jusqu'à l'époque de sa mort. Son maire du palais, Charles Martel, véritable maître du gouvernement, ne lui donna pas de successeur, sans cependant prendre ce titre de roi, réservé aux descendants énervés de Clovis. L'interrègne dura jusqu'en 742,

THIERRI (Jean), érudit français, né à Pin, près Vesotil, vers la fin du xvie siècle, mort vers 1660. Il était tout enfant lorsque, atteint de la petite vérole, il perdit la vue; mais, doué d'une vive intelligence et d'une mémoire étonnante, il parvint à s'instruire, se fit recevoir docteur en théologie et en droit k Dôle, et obtint l'autorisation d'entrer dans les ordre;. Après s'être adonné avec succès k la prédication, il fonda k Besançon une maison d'éducation, dans laquelle il forma d'excellents élèves. Cet aveugle possédait des connaissances très-étendues. H tit paraître un ouvrage intitulé Ûefinitiones philosophiez (1634, in-24), qui a été plusieurs fois réédité.

THIERRI DE NIEM, prélat et écrivain allemand. V. DlKTHlCH DB NlEM.

TH1ERR1AT (Augustin- Alexandre), peintre français, né k Lyon en 17S9, mort dans la même ville en 1870. Elève de Revoil , il, débuta, en 1817, par ['Intérieur du vieux ctoitre de Saint- André-le- Bas, peinture un peu dure, mais consciencieuse et savante, qui fut achetée pour la galerie d'Orléans, où elle est. Vers 1820, il exposa la Gerbe de fleurs, dont il fut fait, en 1828, tant de lithographies, et qui fut assez remarquée k l'Exposition. .Ce tableau est bien arrangé, d'une finesse de ton peu commune et de ce charme d'exécution qui distingue les peintres de l'école de Lyon. Thierriat, fort répandu dans le monde le' plus brillant , s'était fait une certaine notoriété parles deux tableaux que nous venons de citer, aussi les œuvres qui suivirent furent-elles accueillies avec bienveillance. Citons, parmi celles qui eurent le plus de succès, la Récréation, le Voltigeur ballant en retraite, Fête religieuse, Enterrement d'un chartreux, etc., qui parurent successivement jusqu'en 1837. Ses Recueils de fleurs (lithographies), ses Fruits et ses Ornements étaient déjà connus. Certes, l'auteur n'avait pas à. se plaindre. Aussi a-t-on peine à compren- ' dre qu'il ait, à cette date (1827), presque renoncé £. la peinture pour accepter la place de proleiseur k l'Ecole de Lyon, et surtout les fonctions actives de directeur et conservateur du musée de peinture et d'antiquités de cette ville. En effet, ses oeuvres, depuis ce moment, sont devenues de plus en plus rares.

THIERRY (SAINT-), village et commune de France (flarne), canton de Bourgogne, arrond. et k 8 kilom. de Reims ; 460 hub. Tuileries, fours k chaux ; éducation d'abeilhs ; vins de Champagne, dits vins de Montagne,

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très-estimés. Restes d'un uncien château des archevêques do Reims.

THIERRY D'ALSACE, comte de Flandre, mort à Gravelines en 1188. A la mort do son parent, Charles 1er du Flandre (U27), il se présenta pour lui succéder; mais 's'étant vu préférer Guillaume Cliton, dit le Normand, il fit la guerre à ce dernier, qui mourut pendant la lutte. Thierry fut alors proclamé comte de Flandre (1128). Ce prince fit plusieurs voyages en Palestine, s'occupa du bien-être de ses peuples,- promulgua des ordonnances relatives k Une meilleure administration de Injustice et fit plusieurs fondations pieuses.

THIERRY, nom d'une famille d'imprimeurs français, dont les principaux membres sont les suivants : Henri Thierry, né à Paris dans la première moitié du xvio siècle, était flls d'un libraire natif de Champagne, et fonda une imprimerie dans sa ville natale. Il imprima des volumes remarquables pour la beauté des caractères et la correction du texte, notamment : Origine des Bourguignons (1581, in-fol.); Ordinarium carthusieuse (1582, In-4°j; S. J/ieronymi opéra (158S, i vol. iul'ol.). — Son neveu, Rolliri Thierry, mort en 1623, lui succéda. Il devint imprimeur de la Ligue, dont il était un chaud partisan. Rolliu publia, entre autres écrits : le Dialogue entre le maheustre et le manant (1594, iu-8«) ; Pnrthénie ou Histoire de l'église de Chartres (1609, in-8<>); Disputaliones de controversiis christianx fidei (1613, -4 vol. in-fol.); les An- «aies ecclésiastiques deBaronius (1616, 12 vol, in-fo!.). — Son fils, Denis Thierry, né en 1609, mort en 1657, fut reçu a vingt ans imprimeur et libraire, et imprima un grand nombre d'ouvrages. — Son second fils, également appelé Denis Thierry, morte» 1712, devint syndic de sa corporation en 1671 et fut le libraire de Boileau, dont les œuvres contribuèrent à l'enrichir. Parmi les ouvrages sortis de ses presses, on cite l'ffistoire de Mèzeray (1685, 3 vol. in-fol.); Corpus juris ewionia (1687,2 vol. in-fol.); Œuvres de Molière (1682, 8 vol. in-12) ; (Eûmes diverses de Boileau (1701, imoj] Failles choisies'de La Fontaine ( 1668, in-4<> ), édition princeps,- etc.

THIERRY (Jean), sculpteur français, né a Lyon en 1609, mort à Paris en 1739. S'étant rendu a Paris, il y reçut les leçons de Coysevox et de Coustou, fut chargé Je divers travaux pour les résidences royales et devint, un 1717, membre de l'Académie des beauxarts. Appelé en Espagne par Philippe V, en 1721, il exécuta pour ce souverain d'importants ouvrages, qui ornent pour la plupart le palais et les jardins de Saint-Udefonse, En 1728, il revint en France avec une pension de 2,000 livres, et fut alors nommé'professeur adjoint à l'Académie. Parmi ses œuvres on cite Léda, son morceau do réception, charmante statuette qu'on voit au musée du Louvre; la Vigilance et l'Eternité, bas-relief' k la chapelle du palais de Versailles ; les statues de Pomone, do Vertumne, de Cérès, de Zéphire, A'Amphitrite, des Groupes d'enfants, le Tage, le JJouro, la Pisuerga, le Printemps, ['Europe, une Dryade, des iVuiades, etc.

THIERRY (François), médecin français, né k Nancy vers 1718, mort à Paris en 1792. Il fut reçu docteur à Paris on 1140. Quelques thèses remarquables qu'il lit soutenir k la Faculté commencèrent sa réputation. L'ainour de la science lui fit entreprendre des voyages dans le but d'étudier l'influence des climats sur la santé et les maladies. 11 séjourna près de trois ans en Espagne. De retour à Paris, il eut une très-vaste clientèle. Il entretenait une correspondance suivie avec 1 1 aller. Parmi ses ouvrages, qui ne sont pas sans mérite, nous citerons : Médecine expérimentale ou Résultai de nouvelles observations pratiques et aiialomiques (Paris, 1755, in-12); Sur les funestes effets de la poudre purgative du sieur Aithaud (Paris, 1758, iit-8°); Lettre contenant la relation d'un voyage à Baréyes, Cuuterels et Bagnères (Paris, 1760, in-4<>); Vœux d'un patriote sur la médecine en France (Paris, 1789, in-8»); Observations de physique et de médecine faites en différents lieux de l'Espagne; on y a joint des considérations sur la lèpre, la petite vérole et la maladie vénérienne (Paris, 1791, 2 vol in-8").

THIERRY (Jacques-Nicolas-Augustin), célèbre historien fiançais, né à Blois en 1705, mort en 1856. Il sortit de l'Ecole normale en 1813, après y avoir passé deux ans, professa dans un collège de province et revint k Paris l'année suivante, pour remplir auprès de Saint-Simon les fonctions de secrétaire. Augustin Thierry devint bientôt le disciple et le collaborateur du philosophe, dont il se disait le (ils adoptif. Us publièrent en commun : De la réorganisation de la société européenne (1814,in-8u); Opinion sur les mesures à prendre contre ta coalition (1815, in-8°) ; ['Industrie littéraire et scientifique liguée avec l'industrie commerciale et manufacturière (1817, in-8°). Il se sépara de son maître dans le courant de cette dernière année, par suite de dissentiments sur des théories qu'il ne partageait pas dans tout ce qu'elles avaient d'absolu. C'est à l'école de Saint-Simon qu'Augustin Thierry apprit à envisager l'histoire à un point de vue élevé et vraiment philosophique. Dès 1817, U donna dans le Conteur

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européen une série d'articles intitulés : Vue des révolutions d'Angleterre. Ce n'était que l'ébauche de VHistoire de ta conquête de l'Angleterre par les Normands, qu'il lit paraître en 1825 (4 vol. in-8). Cet ouvrage eut un beau et légitime succès. U créait un nouveau genre historique ; les chroniques y étaient rectifiées par les manuscrits et les vieilles chartes, éclairées par l'archéologie, par les données modernes sur les races, sur leurs migrations, et de tous ces éléments sortait un tableau vrai, concis, animé par un style poétique, une histoire enfin, et tout à ia fois une épopée. Augustin Thierry réunit, en 1827, en un volume, les Lettres sur l'histoire de France, qu'il avait déjà publiées dans te Courrier français et la Revue des Deux-Mondes; puis il donna successivement : Dix ans d'études historiques (1834, in-8"): Bécits des temps mérovingiens (1810, 2 vol. in-8»); Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers-état (1853, in-8°). Tous ces ouvrages sont des travaux de bénédictin, animés du souffle de vie du xix« siècle. Us lui obtinrent plusieurs fois le prix Gobert, que l'Académie lui conserva jusqu'à la fin de Sa vie. Us lui avaient aussi ouvert les portes de l'Institut, le 7 mai 1830; mais tes recherches prodigieuses auxquelles ils l'avaient obligé avaient rapidement altéré ses organes et, dés 1826, il était devenu aveugle et paralytique. Il ne pouvait plus travailler qu à l'aide de secrétaires intelligents, au nombre desquels nous trouvons Armand Carrel. En 1827. Charles X lui accorda, sur la demande dé l'Académie des inscriptions, une pension de 1 ,500 francs. Peu après, il quitta Paris et alla s'établir k Carqueiranne, près d'Hyères (1828). Ce fut la qu'il apprit avec joie la révolution de 1830 et l'avènement de Louis- Philippe. Comme il nous l'a appris lui-même, il joignait à la haine du despotisme militaire l'aversion des tyrannies révolutionnaires; il était sans parti pris sur la forme du gouvernement ; il aspirait, dit-il, vers une liberté dont la formule devrait être celle-ci : • Gouvernement quelconque, avec la plus grande somme possible de garanties individuelles et le moins possible d'action administrative.» U crut que le gouvernement du roi bourgeois, comme il appelait Louis- Philippe, se rapprocherait de son idéal, et il y adhéra avec chaleur. Peu après, il alla habiter près de son frère, Amédée Thierry, devenu préfet de la Haute -Saône, et ce fut l'année suivante (1831) que, se trouvant aux eaux de Luxeuil, il connut et épousa MU» de Queraugal, qui devint sa compagne dévouée. En 1835, le duc d'Orléans, k qui il venait de dédier les Bécits mérovingiens, publiés dans la Bévue des Deux-Mondes, le nomma bibliothécaire du Palais-Royal. Augustin Thierry retourna alors à Paris et alla habiter le passage Sainte-Marie. Dans cette retraite, il continua ses travaux historiques avec une nouvelle ardeur. M. Guizot, ministre de l'instruction publique, l'avait chargé depuis Quelque temps de publier dans, la collection des documents inédits de l'histoire de France les monuments de l'histoire du tiers' état. Aidé de MM. Guessard, Ch. Louandre, Bourqjuelot, Graniar de Cassagnao, Lalanne, Bordier, il se mit il l'œuvre avec ardeur, et commença la publication, restée inachevée, de ce vaste recueil, dont l'introduction, due à sa plume, a paru sous le titre à'Essai sur l'histoire de la formation du tiers état (1853). En 1844, ayant eu la douleur de perdre sa femme, il alla habiter, rue Montparnasse, chez la princesse Belgiojoso, et ce fut là qu'il passa les dernières années de sa vie, entouré des soins d'une nièce de son frère Amédée, au milieu d'un cercle d'amis dévoués, au nombre desquels se trouvait Ary Scheffer, qui nous a laissé son portrait. Le caractère d'Augustin Thierry était digne de son talent. U a résumé sa vie dans ces Utiles paroles qu'on trouve dans la préface de Dix ans d'études historiques : « Aveugle et souffrant .sans espoir et presque sans relâche, je puis rendre ce témoignage qui, de ma part, ue sera pas suspect : il y a au monde quelque chose qui vaut mieux que les puissances matérielles, mieux que la fortune, mieux que la santé inème, c'est le dévouement à la science. >

U est peu d'écrivains dont le mérite ait été plus universellement apprécié et la popularité plus grande. < Augustin Thierry, dit M. Guigniaut, fut le plus original, le plus hardi, sinon le plus profond et le plus complet de cette pléiade d'esprits éminents qui ont renouvelé de nos jours le champ vaste autant que divers de l'histoire; celui qui ouvrit les perspectives les plus neuves et les plus étendues. Reprenant des mains de Fauriel la grande question des races dont la lutte et le mélange ont enfanté les études modernes, il eu poussa trop loin peut-être les conséquences politiques; mais le premier il revendiqua avec une éloquence persuasive les droits des nationalités opprimées, et en cela il a été, dans sa mesure, le clairvoyant précurseur des événements qui s'accomplissent sous nos yeux et dont rien n'arrêtera le cours. Il ne démêla pas avec moins de sagacité, ne peignit pas avec moius d'énergie l'origine et la marche de ces révolutions intérieures qui, des Communes affranchies, tirent sortir lo tiers étal et du tiers état la nation. Ses ouvrages, populaires par son style, par ce feu intérieur qui circule avec sa pensée, sous la

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forme pure eteorrecte de ses récits ou de ses considérations, ont exercé une action singulière sur le développement des études historiques dans notre pays,» Le buste d'Augustin Thierry, exécuté par M. Iselin, a~été placé, par ordre du gouvernement, au musée de Versailles.

Sa femme, née Julie de Querangal, était douée d'un esprit supérieur et d'une grande bonté de cœur. Non-seulement elle l'entoura des soins les plus affectueux, mais encore elle s'associa a ses travaux. On lui doit quelques ouvrages, dans lesquels on trouve de l'imagination, des observations pleines de finesse et un style net et exact. Nous citerons d'elle : Scènes de meeurs et de caractère au xix° siècle et au xvnie siècle (Paris, 1835, în-8°); Adélaïde, Mémoires d'une jeune fille (Pans, 1839, in-S«). Mme Augustin Thierry mourut k Paris en 1844, et cette perte causa la pius vive douleur à son mari, déjà si cruellement éprouvé.

THIERRY ( Amédée-Sirron-Dominique >,

historien et homme politique français, frère du précédent, né à Blois en 1797, mort à Paris en 1373. H entra à vingt-trois ans, comme rédacteur, au ministère de la marine, se mit bientôt k la culture des lettres et de l'histoire, collabora à la Bévue encyclopédique, k la Bévue française, au Globe et fit paraître un Résumé de l'histoire de Guyenne (Paris, 1826, in- 18). D'après les conseils do son illustre frère, Amédée Thierry entreprit de faire connaître les origines de notre histoire nationale , les populations primitives', les races qui s'y sont juxtaposées, la conquête de la Gaule par les Romains, etc., et fit paraître un important travail sous ce titre : Uisloiredes Gaulois (Paris, 1828, 3 vol, in-80). Cet ouvrage, le plus remarquable qu'il ait publié, lui valut d'être nommé, cette même année, professeur d'histoire à la Faculté de Besançon ; mais ses idées, alors très-libérales, déplurent au successeur de M. de Vatimesnil, et, par ordre du nouveau ministre de l'instruction publique, son cours fut suspendu. Ce fut avec joie qu'Amédée Thierry accueillit la révolution de 1830 et l'avènement de Louis-Philippe. Nommé peu après préfet ds Vesoul, il se montra administrateur aussi habile qu'éclairé et opéra de nombreuses et utiles réformes. Pendant son séjour dans cette ville, il appela auprès de lui Augustin Thierry, k qui il donna, durant quatre ans, les soins d une touchante hospitalité. En 1838, il retourna k Paris pour remplir les fonctions de maître des requêtes près le conseil d'Etat. Pendant ses loisirs, il continua ses travaux historiques et fut élu, en 1841, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, en remplacement de Bignon. Amédée Thierry continua â faire partie du conseil d'Etat sous la République et sous l'Empire. En 1853, il devint conseiller en service ordinaire, et comme il avait complètement oublié qu'il avait été libéral, il fut appelé, en 1860, àoeeuperun siège au Sénat et reçut, en 1868, la croix de grand officier de la Légion d'honneur. Pendant un voyage en Angleterre, en 1862, l'université d'Oxford lui conféra le diplôme de docteur.

Amédée Thierry appartient à l'école historique de son frère. Comme lui, mais avec moins d'art et d'éclat , il s'est attaché k présenter les faits historiques, étudiés uvec soin dans les sources, sous une forme naïve et imagée qui instruit et charme k la fois. Outre les ouvrages précités, on lui doit ; D'Ausone et de la littérature latine en Gaule au ive siècle (Besançon, 1829, in-4») ; Histoire de ta Gaule sous t'udmiinstration romaine (Paris, 1840-1847, 3 vol. in-8»), faisant suite k son Histoire des Gaulois; Lettres à M. Genoux, député (1845-1846, in-4°) ; Histoire d'Attila, de ses fils et de ses successeurs jusqu'à l'établissement des Hongrois en Europe (1856, 2 vol. in-8°); Tableau de l'empire romain (1862, in-8»); Bécits de l'histoire romaine au ve siècle (1860, in-8"); Nouveaux récits de l'histoire romaine (l864,in-8<>); Saint Jérôme, la société chrétienne à Borne et l'émigration romaine en terre sainte (1867, 2 vol. in-8°),ete. — Son fils, M. Gilbert-Augustin Thierry, a fait ses études de droit, puis s'est adonné aux études historiques. 11 s'est fait connaître par des études sur la révolution d'Angleterre, publiées en 1864, dans ia Bévue française, et par un roman historique, l'A oentwe d'une âme en peine (1875 ), ouvrage remarquable, dans lequel il fait revivre, dans un style coloré, la société de la fin du xvio siècle et du commencement du xvtw siècle.

THIERRY (Alexandre), chirurgien français, né k Paris en 1803, mort dans la même ville en 1858. U étudia la médecine, devint aide d'anatomie k la Faculté et passa sou doctorat en 1828. Tout en se livrant avec succès à la pratique de son art, il collabora au National aveu Armand Carrel, dont il était l'ami, et devint, en 1832, un des officiers supérieurs de l'artillerie de la garde nationale. Bien qu'il fût républicain, Louis-Philippe le nomma un de ses chirurgiens. En 1846, il fut élu membre du conseil municipal de Paris. Après la révolution de 1848, le gouvernement provisoire le nomma directeur des hôpitaux et des services civils , fonctions dans lesquelles il déploya un grand zèle. Réélu au conseil municipal, il en devint le vice-président. Après le 2 décembre 1851, il ne s'occupa plus que de la pratique de la chirurgie. On a de

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lui : Sur la torsion des artères ( 1829) et Opinion sur la clinique chirurgicale (1S37).

THIERRY (Joseph-François-Désiré), paysagiste et décorateur, né k Paris en 1812, mort en 1866. Elève de Gros, il débuta par quelques tableaux de genre, où la pureté de la forme, la science de l'arrangement étaient fort contestables, mais qui révélaient en revanche un instinct véritable de la décoration. Quelques observations lui ayant été adressées sans doute à ce sujet par (les amis éclairés, Thierry abandonna ce domaine après sa deuxième exposition, pourentrer dans l'atelier de M. Philastre. Ses progrès y furent aussi brillants que rapides et lui valurent, au bout de quelques années, de pouvoir s'associer avec M. Cambon. Il a peint, en collaboration avec ce maître célèbre, les décors principaux de l'Ame en peine, Bobert Bruce, le Prophète, Jérusalem, le Juif errant, la Nonne sanglatUe, Joseph, Quentin Durioard, ['Etoile du Nord, le Songe d'une nuit d'été, Manon Lescaut, etc., qui lui ont conquis une notoriété sérieuse. Cependant Thierry n'avait point tout à fait renoncé aux sujets plus intimes qu'il avait aimés à son début. Il exposa , au Salon de 1853, une Bonde du guet des métiers, ramassant un homme ivre; en 1855, une Lisière de forêt et la Boute des caravanes; le Juif errant en 1857 ; le Béeit, en 1869; ['Arrivée de la noce et le Boyaume des fées en 1863 ; Restes d'un temple (1865); Faust (1866). En 1863, il avait été décoré de la Légion d'honneur.

THIERRY (Edouard), littérateur et critique, frère du précédent, né à Paris en 1813. Son père, pharmaeien distingué, lui fit fuira ses études au collège Charlemagne, où il obtint de brillants succès scolaires. Le jeune homme s'essaya d'abord dans la poésie, puis se tourna, en 1836, vers la critique dramatique, k laquelle il s'est, pendant de longues années, consacré à peu près exclusivement dans de nombreux journaux. Son talent élégant et littéraire, son style discret, fin et parfois un peu précieux en sa délicatesse, sa mesure, sa modération, l'impartialité ordinaire de sa critique et de ses jugements lo firent bientôt remarquer et lui valurent d'être chargé du feuilleton dramatique dans le Mo~ niieur universel. Fn 1856, Théophile Gautier, étant entré au Moniteur comme directeur du feuilleton littéraire, prit pour lui la critique des théâtres. M. Ed. Thierry n'en continua pas nvoins k rester attaché au journal officiel, dans lequel il écrivit une revue littéraire. En 1855 et en 1856, il fit partie de la commission chargée de décerner des prix ucx meilleurs ouvrages dramatiques. Lorsqu'en 1859, à la suite de différends entre le ministre d'Etat et M. Empis, ce dernier quitta l'administration du Théâtre-Français, ce fut M. Ed. Thierry qui fut appelé k lui Succéder. Pendant son administration, qui fut des plus prospères, il fit représenter une partie du théâtre d'Alfred de Musset, des essais da débutants dans des genres plus ou moins étrangers jusqu'alors aux traditions du Théâtre-Français, remit sur la scène YHernani de Victor Hugo, dont la reprise eut un succès retentissant, etc. En 1868, M. Ed. Thierry et le comité de lecture du Théâtre- Français furent l'objet des plus vives attaques de la part de M. Latour-Saint-Ybars, q\ii s'était vu refuser une pièce en vers, intitulée Alexandre, et peu après de la part de M. Ed. Fournie!', k qui pareille mésaventure était arrivée pour son drame de Gutenberg. Ces attaques rirent beaucoup de bruit dans la presse et dans le -monde des lettres, et une commission, instituée par le ministre Vaillant, fut chargée d'examiner les modifications à apporter dans le comité de lecture du Théâtre-Français. Le 8 juillet 1871, M. Thierry fut remplace comme administrateur de ce théâtre par M. Perriu. M. Thierry est, depuis une vingtaine d'années, bibliothécaire k l'Arsenal et, depuis 1862, officier de la Légion d'honneur. Indépendamment d'un grand nombre d'articles uo critique dans la Bévue du théâtre, la Charte dt 1830, le Messager des Chambres, le Moniteur du soir, la France littéraire, la Chronique, le Monde musical, le Conseroaleur,\a. Vérité, Y Assemblée nationale, le Moniteur officiel, on lui doit : les Enfants des anges (Pans, 1833, in-16), recueil de poésies; Sous les rideaux, contes (Paris, 1834), avec M. H. Triai.on; Notice sur M. Le G'Auhteur, commissaire principal de ta marine (Cherbourg, 1849, in-16); Histoire de ûjouder le pêcheur \ Paris, 1853, in-lg), conte traduit du l'arabe aveu M. Cherbonnoau: De l'influence du théâtre sur les classes ouvrières (1862, in- 18), conférences faites à l'Association polytechnique; une remarquable notice sur le comédien Charles Varlet de Lagrange, en tête du Begistre de Lagrange, publication dont tl eut le premier l'idée et qui a paru avec un grand luxe typographique en 187G.

THIERRY ( Eugène-Edouard ), chanteur français, né à Amiens le 12 novembre 1834. Il fil ses éludes pour être prêtre et se sentit une tout autre vocation en jouant, nu petit séminaire de sa ville natale, les Fourberies de Scapin. lise distingua comme soprano solo dans toutes les messes en musique chantées k la cathédrale. Après avoir servi dans l'artillerie pendant trois ans, il entra au chemin de fer d'Orléans et fut tour k tour conducteur, chef de station et receveur-caissier à la gare de Paris. Cest «lors que, ayant perdu aon

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père, qui s'était toujours opposé à ce qu'il prît la carrière des arts, il s y livra tout entier. Il profita si bien, au Conservatoire, des leçons de Révial et de Mocker qu'il trouva, au bout d'un an, un engagement pour le Grand-Théâtre de Nantes, où il obtint le plus beau succès dans l'opéra de Charles VI. Il chanta ensuite sur les théâtres de Lille, de Montpellier, de Toulouse, de Bordeaux et d'Alger. 11 vint a Paris et parut sur la scène des Fantaisies, qu'il quitta bientôt pour débuter à la salle Feydeau. li chanta alternativement à ce théâtre: Biju, du Postillon de Long jumeau ; Gil Pérès, du Domino nnir ; dirai, du Préaux Clercs; Belaniy, des Dragons de Villars; Antonio, des Noces de Figaro; Gaveston, de la Dame blanche; Chariot, de Bonsoir voisin; Lothario, de Mignon. Il a créé, en 1869, la Fontaine de Bernu; en 1873, ieJioila dit; en 1874, Cille et Gillotin, le Cerisier; en 1875, Don Mucarade, qu'il joua et chanta en maître.

THIErs s. m. (tièr— nom de ville). Comm. Article de coutellerie fabriqué dans la ville de Thiers.

THIERS, ville de France (Puy-de-Dôme), ch.-l. d'arrond., à 32 kilom. de Clermont- Ferrand ; pop. aggl., 1 1,464 hab. — pop. tôt., 16,635 hab. Cette ville est une des plus curieuses et des plus pittoresques de France. Les rues sont, pour la plupart, de véritables escaliers. Les maisons, noires et malpropres, n'ayant en général au rez-de-chaussée que de grandes ouvertures sans portes ni fenêtres, s'étagent les unes au-dessus des autres dans un pittoresque pêle-mêie. On se croirait dans une ville du moyen âge, ressuscitée tout k coup par la baguette d'une fée, pour la - plus grande joie des artistes.

Les monuments de Thiers, notamment ses églises, méritent que nous leur consacrions quelques lignes. L'église Saint-Genès, à laquelle on a fait l'honneur mérité de la classer parmi les monuments historiques, date des premières années du xi« siècle, mais elle a subi depuis de nombreux remaniements.

Au-dessus des arcades ouvertes de la nef régnent des arcades fermées renfermant une galerie à triple ouverture cintrée. Les chapiteaux des colonnes attirent surtout l'attention. Les travaux de restauration dont cet édifice a été l'objet ont mis à jour une curieuse mosaïque en marbres variés, qui occupait toute l'étendue de la première travée de la nef; elle se compose d'une vingtaine de médaillons figurant les animaux naturels ou imaginaires dont la représentation était familière aux artistes du xn« siècle.

L'église du Moutier, ainsi nommée d'un monastère de bénédictins dont elle faisait autrefois partie, remonte à une époque trèsreculée. L'abside date du vue 0u du vme siècle. Une grande partie de l'édilice a été reconstruite au xje siècle; la tour est relativement moderne. Les chapiteaux du narthex attirent surtout l'attention. A côté de l'église se voit une porte fortifiée de l'ancien monastère.

L'église Saint -Jean appartient au style ogival du xvo siècle. Ses minces piliers font l'effet de troncs d'arbres, d'où partent comme de faibles branches les nervures frêles et les arêtes qui, dessinant les voûtes des bas-côtés et de la nef, se dissimulent au point de rencontre sous les fleurons et les culs-delampe.

L ancien château de Thiers a presque complètement disparu; il n'en subsiste que quelques tourelles et une tour du xiue siècle. La ville possède plusieurs maisons du xive.du xve et du xvio siècle, en brique, en pisé, décorées de curieuses sculptures et ofl'rant de jolis détails d'architecture.- La plus intéressante de toutes , celle qu'on pourrait appeler le joyau d'art de la ville et qui fait l'admiration des visiteurs, est située sur la place de Piroux. L'édilice tout entier repose sur deux piliers de charpente faisant saillie et formant, en haut de l'escalier, une sorte de vestibule voûté. Au premier, au second et au troisième étage, les poutrelles se mêlent k la pierre, en croix, en X, en losange, ou s'avancent en balcons k jour. Le toit, pointu, à angle aigu, est traversé par deux pièces courbées dessinant une ogive, et une seconde toiture semble sortir de la première en bec de corbeau. La vue dont on jouit de la terrasse du rempart est une des plus belles de l'Auvergne; on découvre, en effet, presque toute ia Limagne et la chitine des monts Dômes. De la place aux Arbres, on jouit d'un joli coup d œil sur la gorge de ia Durolle et le rocher de la Margeride. Le cimetière, d'où l'on découvre aussi de beaux points de vue, renferme une pierre consacrée a la mémoire du peintre MarilhaC.

« Depuis trois siècles environ, dit M. Adolphe Joanne, l'industrie et le commerce de Thiers ont pris un accroissement considérable, par suite de l'importation de la fabrique de grosse coutellerie, qui avait fait jusque-là la richesse de Châteldon. Bien que le fer soit apporté des départements voisins, on est étonné de la modicité du prix des articles fabriqués à Thiers : les couteaux de table s'y vendent 7 francs la grosse; les meilleurs rasoirs, garantis, 12 francs la douzaine pour l'exportation ; il y a des rasoirs à 0 fr. 10 la pièce. La galnene, la tannerie et la papeterie à la cuve forment les autres branches de l'industrie de Thiers. Ses papeteries l'abri-

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quent spécialement du papier destiné nu timbre. Le nombre total des ouvriers de tout' âge et de tout sexe employés p;ir ces différentes industries, tant à Thiers que dans les villages voisins, dar.s un rayon de 10 a 12 kilomètres, est d'environ 40,000 ouvriers, dont 18,000 pour la coutellerie, qui compte 416 ateliers; leur salaire varie de l fr. 50 k 10 francs par jour. Le chiffre des affaires s'élève à 30 millions par an. >

Dans les premiers'temps de la monarchie, Thiers n'était qu'un château très-fort que Thierry, roi de Metz, prit et détruisit en 532, mais qui fut bientôt rétabli et devint un des plus grands nefs de l'Auvergne. Vers la fin du vie siècle, saint Avit,évêque de Clermont, y construisit une église sur le tombeau de saint Genès, qui avait été martyrisé en ce lieu. Au commencement du X(0 siècle, la seigneurie de Thiers appartenait à des vicomtes particuliers; elle passa plus tard aux dauphins d'Auvergne, puis k la maison de Bourbon, fut donnée par François Ier au chancelier Duprat, enfin restituée en 1569 au duc de Montpensi'er et élevée au rang de baronnie. La fille de Gaston d'Orléans, Mlle de Montpensier, la donna à Lauzun, qui la vendit à Crozat, receveur général du clergé.

On peut faire aux environs de Thiers des promenades très-intéressantes.

THIERS, village de Fiance (Oise), arrond. et cant. de Senlis, près de la forêt de Chantilly; 274 hab. Un grand pignon, avec consoles et mâchicoulis, domine k l'O. les ruines d'un château fort que défendaient neuf tours. ■ Le diamètre des tours, dit M. Woillez, est de 11 mètres, et les murailles, appareillées en grès, ont encore près de 9 mètres de hauteur et 3 mètres d épaisseur. Les fenêtres sont ogivales, trilobées, accompagnées de colonnettes dont les chapiteaux présentent tous les caractères du xme siècle. »

THIERS (Jean-Baptiste), théologien etérudit français, né k Chartres en 1636, mort à Vibraye (Maine) en 1703. Son père, qui était cabaretier, le destina à l'Eglise, Jean-Baptiste alla terminer ses études à Paris, puis y professa les humanités et devint bachelier en théologie. De retour dans son pays natal, il fut nommé curé de Champrond (1666); mais des démêlés fort vifs qu'il eut avec le chapitre de Chartres sur une question de discipline ecclésiastique l'engagèrent à quitter ce diocèse, où il rut décrété de prise de corps, et il obtint, en 1692, la cure de Vibraye, qu'il occupa jusqu'à sa mort. C'était un savant très-remarquable, un critique éclairé, un esprit plein de sagacité, qui a traité une fouie de sujets, s'attachant volontiers k éclaircir,.avec un grand renfort de preuves historiques, certaines questions quelquefois bizarres, sur lesquelles peu d'érudits avaient songé k écrire avant lui. Il a eu depuis un émule en Allemagne dans le savant Bœttinger, non moins curieux investigateur de ces sortes de sujets. On doit à J.-B. Thiers divers ouvrages ingénieux et pleins d'érudition sur les anciennes coutumes de l'Eglise et sur des particularités d'un tout autre genre. Presque tous sont encore de quelque intérêt, moins sans doute par le sujet que, par la manière dont l'auteur sait l'envisager et en présenter les côtés par lesquels il se rattache à l'histoire générale des mœurs, des idées et des coutumes. Voici les plus curieux : Traité de l'exposition du saint sacrement (1673, 2 vol. in-12); Dissertation sur les porches des églises (1679, in-12); Traité de la clàture des religieuses (1681, in-12); Traité > de la dépouille des curés (16S3, in-12); Traité j des jeux et dioerlissements qui peuvent être ' permis ou défendus aux chrétiens (1686, in-12)* < Traité des superstitions gui regardent les sa- | crements (1697-1704, 4 vol. in-8°); Traité de ! l'absolution de l'hérésie (1695); Dissertation sur '■ la sainte larme de Vendôme (1699, in-12), etc. Jean-Baptiste Thiers est siirtout célèbre par son Histoire des perruques, ouvrage assurément très-singulier, sortant de la plume d'un théologien. La première édition est de 1690 (I vol. in-12) et la dernière de 1779 (également in-12). En voici le titre complet : Histoire des perruques, où l'on fait voir leur origine, leur usage, leur forme, l'abus et l'irrégularité de celles des ecclésiastiques , par M. Thiers, docteur en théologie, curé de Champrond (Paris, 1690). L'édition de 1779 a été donnée k Avignon par le libraire L. Chambeau. Cet ouvrage, fruit des recherches les plus étendues et les plus variées, était principalement dirigé contre les prêtres et les ecclésiastiques, fort adonnés, pendant le xvne siècle, au luxe des perruques, qui était grand k cette époque chez la noblesse et le clergé. Thiers, sur ce sujet singulier, a déployé toute son érudition et fait preuve d'immenses lectures. Ses ouvrages sont encore aujourd'hui recherchés des curieux et des savants.

THIERS (Louis-Adolphe), homme d'Etat et historien français, né à Marseille le 15 avril 1797. Fils d'un ouvrier du port, il fut élevé dans la famille de sa mère, d'origine levantine et un peu parente des deux Chénier. Cette famille, adonnée au commerce et d'ailleurs peu aisée, obtint pour le jeune Thiers une bourse au lycée de Marseille. Il y fit 3e bonnes éludes, comme il arrive assez ordinairement aux boursiers , stimulés par leur situation précaire. En outre, il paraît qu'il était déjk ce qu'il s'est toujours montré,

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actif, ardent au travail, quoique indiscipliné, avide de savoir autant par amour-propre que par ambition, en même temps que rempli de cette inaltérable confiance en soi qui n'a jamais nui au succès. A sa sortie du collège, il suivit les cours de droit à la Faculté d'Aix et fut reçu avocat vers 1819. Ce fut k cette époque qu^il se lia avec un jeune étudiant, Mignet, d'une amitié qui ne s'est jamais attiédie k travers les événements et les années et qui les honore tous deux.

Ici se place un trait qui peint déjà d'une manière originale et sa facilité de travail, et sa nature envahissante, et sa précoce habileté. L'Académie d'Aix avait mis au concours l'éloge de Vauvenargues. Thiers l'écrivit deux fois, k des points de vue différents, et gagna du même coup le premier prix et l'accessit. Ce tour d'écolier, cette sorte de mystification destinée ':> produire un certain éclat, n'a-t-elle pas la valeur d'un présage?

. Mais il fallait un théâtre plus vaste au jeune ambitieux, qui n'était pas d'humeur à s'ensevelir dans la poussière d'un petit tribunal de province. Il partit, léger d'argent, en J821, pour tenter la grande aventure de Paris. Mignet l'avait précédé de quelques mois. Tous deux se logèrent ensemble dans un triste grenier, non loin du Palais-Royal. Ils ne firent qu'y passer. On était à cette époque de la Restauration où les polémiques de la presse ouvraient une large carrière aux combattants de la plume. Les deux amis se firent journalistes. Mignet entra au Courrier français, où il ne tarda pas k conquérir une position distinguée.

Thiers, remuant, actif et hardi, sûr de lui, d'une force de volonté allant parfois jusqu'k l'entêtement, n'était pas homme à se morfondre longtemps dans le silence et la pauvreté. Il arriva d'un bond, ou plutôt comme de plain-pied, avec une facilité surprenante. Il était recommandé k Manuel, l'orateur populaire, qui le présenta à Laffitte. Sa vivacité, sa loquacité spirituelle, son mérite réel et son imperturbable assurance le firent distinguer tout de suite, et le voilà enrôlé parmi les recrues de l'opposition. Son stage ne fut pas long; il enfonça d'un coup d'épaule la porte du Constitutionnel, le journal le plus important d'alors. Pour un débutant inconnu, cette prise de possession pouvait passer pour un coup de maître. Ses articles eurent du succès, et bientôt de larges honoraires, puis une fiart dans le revenu d'une action du journal ui assurèrent une complète indépendance.

Dès ses premiers pas dans la vie, la fortune lui avait souri, et peu d'hommes dans sa position ont eu des commencements aussi faciles ; mais il le méritait, en définitive, nonseulement par son talent et sa remarquable facilité, mais encore par sa persévérance, ses habitudes laborieuses, son opiniâtreté au travail. Levé chaque jour dès cinq heures du malin, il préparait les matériaux de son labeur quotidien, il augmentait la somme de ses connaissances ,-.plus étendues , plus variées que profondes peut-être, mais qui n'en témoignent cas moiii.'} d'efforts soutenus et Virils et de l'existence la plus laborieuse.

On a accusé M. Thiers de n'avoir jamais en, en histoire comme en politique, (L'autre culte que le succès. Il faut reconnaître que ce reproche est quelque peu fondé; mais il avait été de si bonne heure lui-même l'enfant gâté du succès, qu'il put s'accoutumera le considérer comme le critérium du mérite d'un homme ou de la moralité d'un événement.

Ces bonnes fortunes, que tant d'hommes d'un talent plus haut et d'un caractère mieux équilibré n'ont pas toujours rencontrées, donnèrent de bonne heure à M. Thiers une sorte d'infatuation, qui d'ailleurs était un peu dans sa nature et qui le portait à traiter avec la même assurance toutes les espèces de sujets. Sa facilité, souvent un peu vulgaire, entretenait ses illusions sur sa compétence uni- Vferselle. A cet âge déjà, il abordait tout sans aucune hésitation : politique, littérature, diplomatie, histoire, finances, sciences militaires, critique d'art, etc.

Les salons de l'opposition lui étaient ouverts, et, malgré les défauts qu'on était bien obligé de lui reconnaître, il y brillait par son esprit, sa vive imagination et les séductions de son intarissable causerie. Deux ans à peine après son arrivée à Paris, il était classé, il comptait, et le vieux Talleyrand a pu dire de lui plus tard : « Il n'est pas parvenu, il est arrivé. »

Bientôt le journalisme ne fournit plus un aliment suffisant à sou activité intellectuelle. 11 entreprit son Histoire de ta Révolution, d'abord en collaboration avec Félix Bodin, auteur de résumés historiques, qui signa avec lui les deux premiers volumes,, sans y avoir d'ailleurs beaucoup collaboré. Il parait toutefois que ce fut celui-ci qui eut l'idée de ce travail ; mais dès le troisième volume son nom disparut, Thiers n'ayant plus dès lors besoin de caution pour les libraires. Ii sentit l'insuffisance de ses étude3 pour un si grand sujet et il se remit au travail, consultant les hommes du temps qui vivaient encore et qui peuplaient les salons de l'opposition, apprenant au vol, avec sa manière hâtive et un peu superficielle , les détails militaires avec Joinini, le général Foy et autres officiers; les finances, avec le baron Louis; la diplomatie, avec Talleyrand, etc. Ainsi lesté comme une abeille gonflée de butin, armé de connaissances plus ou moins

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sûres et plus ou moins bien digérées, il poussait en avant avec l'ardeur et Ta précipitation de la jeunesse, et il continuait son histoire, qui était achevée en 1827 (10 vol, in-go).

Ce livre célèbre eut un grand succès, favorisé d'ailleurs par les circonstances et l'état de ia société, et qui s'accentua plus encore h partir de 1830, car on sait que les éditions se multiplièrent depuis en quelque sorte indéfiniment. Nous avons donné une notice sur cet ouvrage à la suite de l'article Révolution française. Nous ajouterons cependant ici quelques mots pour compléter ce que nous en avons dit.

A l'époque où ce livre fut publié, la Révolution était devenue comme" une sorte de légende sinistre et on ne s'en souvenait plus que pour la maudire. Les hommes et les événements de ce temps héroïque avaient été l'objet de tant de calomnies, qu'on osait à peine les rappeler. Il y avait donc un certain courage juvénile à braver des préventions si fortement enracinées, et cette histoire, quelque imparfaite qu'elle soit sous beaucoup de rapports, était un événement et comme une sorte de résurrection. C'était, en somme, une réhabilitation de la grande épopée révolutionnaire, chose nouvelle et d une hardiesse remarquable pour le temps. Il n'est pas inutile de rappeler que l'ouvrage parut sous Charles X et que le rôle du comte d'Artois y est présenté sous les plus tristes couleurs, tandis que celui du duc de Chartres s'y dessme de la façon la plus avantageuse, moyen sûr de déplaire au parti régnant en se ménageant l'appui du pouvoir probable du lendemain. C'était encore un acte d'opposition en même temps que de prévoyance. Quoi qu'il en soit, le réveil fut éclatant et cet ouvrage ne fut pas une des armes les moins puissantes contre la Restauration.

Sans doute, il a beaucoup vieilli; il n'est plus k la hauteur des recherches nouvelles, il est écrit avec trop de facilité, et, au point de vue de la critique et de la doctrine, il nous parait aujourd'hui un peu suranné; il est empreint, notamment, de cet esprit en quelque sorte fataliste qui est la pure doctrine de M. Thiers, et qui n'est que la froide acceptation du fait accompli et pour ainsi dire la glorification du succès, tout au moins la justification des hommes et des partis tour à tour triomphants.

C'est probablement en vertu de ce système que M. Thiers a successivement remanié, altéré les éditions de son histoire au cours de son existence, pour la mettre à l'unisson de ses fluctuations politiques et de ses changements d'opinion.

A cette époque, il ne dissimulait point son antipathie pour les Bourbons restaurés, et, sous ce»rapport,il avait gardé fidèlement les traditions nationales de la France nouvelle. Il désirait l'expulsion de cette famille, mais il était trop prudent, trop avisé pour se mêler aux conspirations du libéralisme militant. Il pensait, du moins il disait tout haut, que la charte suffirait pour vaincre. De là son mot : ■ Enfermons-les dans la charte comme dans la tour d'Ugolin. ■

Toutefois, l'opposition bénigne et sans péril du Constitutionnel finit par ne plus lui paraître suffisante pour faire face aux nécessités de la lutte. Le renversement du ministère Martignac et la formation menaçante du cabinet Polignac ne laissèrent plus aucun doute sur les intentions du gouvernement. Il ne restait plus qu'à le combattre, toujours sur le terrain de la charte, mais résolument et sans préoccupations dynastiques. Ce fut dans ce ' but que M. Thiers fonda, avec Armand Carrel et Mignet, le journal le National, dont le spécimen parut le 1" janvier 1830. La nouvelle feuille, incisive, hardie, d'une opposition plus tranchée, ne tarda pas k exercer une influence décisive sur l'opinion publique, et M. Thiers ne contribua pas peu à ce résultat. Ses articles produisaient presque toujours une véritable sensation, notamment le morceau célèbre où il déterminait les prérogatives royales et où il établissait le système du gouvernement représentatif en le résumant dans sa maxime si connue ; • Le roi règne et ne gouverne pas. ■ •

Dès cette époque, il était ouvertement rallié au duc d'Orléans, dont l'élévation prochaine ne faisait plus doute pour les hommes clairvoyants. C'était déjà le soleil levant, c'était le succès prévu du lendemain, etM. Thiers ' ne pouvait manquer de se tourner de ce côté, autant d'ailleurs en haine des ultras, des ennemis de la liberté constitutionnelle, que par les tendances naturelles de son esprit.

Lors de la publication des fameuses ordonnances qui 'tirent le signal de la révolution de Juillet, il conseilla la résistance. • H faut un acte, dit-il, et il faut que les journaux insèrent cet acte. • Ce fut lui qui fut chargé de rédiger la célèbre protestation des journalistes, véritable manifeste révolutionnaire, qui parut signé de quarante-trois noms. H prit ensuite part aux préparatifs de la lutte ; mais des ordres ayant été donnés pour son arrestation, il se réfugia, le 28 au soir, aux environs de Saint -Denis, accompagné de Mignet et d'Armand Carrel.

Les chances de la résistance armée paraissaient alors fort douteuses et les premières escarmouches n'avaient pas été favorables au peuple; mais le lendemain, le combat prenant une tournure sérieuse, les fugitifs rentrèrent dans Paris. Le National devint, dans

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ces heures émouvantes, l'un des centres du mouvement, ainsi que l'hôtel de Lnffitte.

Contrairement h l'opinion d'un certain nombre de députés, M. Thiers s'opposa à ce qu'on écoutât le8 propositions décevantes de ta cour ; la révolution lut paraissait dés lors comme une partie gagnée ; ce n'était plus seulement un changement de ministère que le peuple et l'opposition pouvaient exiger, mais le renversement de la dynastie.

Quand la victoire fut assurée, deux camps étaient déjà formés, l'un à l'Hôtel de ville, qui tendait à entraîner La Fayette vers la République, l'autre à l'hôtel Laftitte tout en faveur du duc d'Orléans et de la monarchie constitutionnelle. M. Thiers était acquis déjà à cette dernière solution. Ce fut lui qui rédigea la proclamation orléaniste lancée, à titre d'essai, par le National dans la soirée du 29 ; ce fut lui également qui fut envoyé le lendemain k Neuilly auprès du duc d'Orléans, 'pour le déterminer & entrer dans le mouvement et a en accepter la direction. On sait comment se termina cette scène de haute comédie. Louis-Philippe, après un semblant de résistance, consentit k se charger du fardeau du pouvoir, dont il avait poursuivi la possession avec tant de persévérance et d'habileté. Il fut nommé lieutenant général du royaume, puis roi des Français. M. Thiers avait, dans une mesure assez large, contribué à ce résultat, et il fut en réalité un des fondateurs de la monarchie de Juillet. Il avait même essayé d'agir sur les chefs de la jeunesse républicaine, les Godefroy Cavaignuc, les Bastide et autres hommes aussi distingués par le cœur que par le caractère et l'esprit, mais sans parvenir à les rallier au nouveau gouvernement. Il n'avait eu d'autres vues que d'utiliser leur influence et leur énergie au profit de l'établissement orléaniste. Mais chacun suivit sa voie; tandis qu'il allait monter au pouvoir, les autres se rejetaient dans la lutte au nom des grands principes de la Révolution française, et bientôt il aura le malheurd'avoir pour prisonniers ceux qui avaient été ses compagnons dans le combat contre la Restauration.

M. Thiers fut presque aussitôt récompensé de ses services et nommé conseiller d Etat, et en même temps attaché au département des finances. Par son sens pratique, sa facilité, ainsi que par les conseils du ministre, le baron Louis, il fut rapidement à la hauteur de ses fonctions, qu il continua & remplir sous Laftitte. Dès le £3 novembre, il était churgé, comme commissaire du gouvernement, de traiter devant la Chambre l'importante question de la spécialité financière en matière de crédit. Il le fit aveu autant de netteté que de précision, et, sans que nous ayons k discuter ici ses théories, souvent attaquées, il faut reconnaître qu'il sut prendre dès ses débuts une certaine autorité dans les matières de finances, qu'il fut appelé souvent a débattre à la tribune.

Nommé député par le collège d'Aix, soussecrétaire d'Etat aux finances, écouté dans le conseil et a la Cham'ire, il se retira avec Laftitte, mais refusa de le suivre duns l'opposition et soutint le cabinet du 13 mars 1831 et la politique de Casimir Périer. Précédemment, il s'était montré partisan d'une politique belliqueuse; dès lors, il soutint le système de la paix, se résigna aux traités de 1815 et s'opposa k la réunion de la Belgique à la France, dans la crainte d'un conflit européen. Nous ne disons pas qu'il eut absolument tort-, mais nous notons le fait comme une preuve de plus de sa flexibilité de caractère et d'opinion.

C'est ainsi, pour donner un autre exemple, qu'il se fit le défenseur de l'hérédité de la pairie, ce qui ne semblait nullement duns les principes qu'il avait affichés jusqu'alors. Il déploya pour le triomphe de cette idée le genre d'éloquence qui lui a souvent réussi et qui était un peu nouveau à la tribune française, espèce de conversation à la manière britannique, prolixe, interminable comme ses ouvrages, un peu terre à terre, trop facile, mais attrayante, après tout, et semée de traits spirituels ou piquants.

Nous n'avons pas à le suivre dans les innombrables discussions auxquelles il fut appelé à prendre part, soit sur les questions financières, soit sur les autres sujets de l'administration et de la politique ; mais nous rappellerons un fait caractéristique qui donne une idée de sa prodigieuse facilité de travail. En janvier 1832, un changement inattendu d'ordre du jour ne lui laissa que vingt-quatre heures pour rédiger un volumineux rapport sur le budget. Cela était matériellement impossible. Il se contenta alors de quelques notes et chiffres, s'excusa sur l'impossibilité où il se trouvait de présenter un rapport écrit, parla pendant quatre heures, abordant tous les détails du budget, en faisant l'historique, épuisant toutes les questions financières, politiques, administratives, accumulant les ehirTres, les calculs, les développements; étonnant, enfin, et confondant ses auditeurs par sa fécondité et les ressources de son esprit.

11 s'était montré l'un des défenseurs les plus ardents du cabinet de Casimir Périer. Après la mort de ce ministre, il conseilla la mise eu état de siège de Paris, lors de l'insurrection des & et 6 juin 1832, et fut appelé au ministère de l'intérieur dans le cabinet du il octobre, présidé parle maréchal Soult. La

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situation était fort tendue; l'Ouest était troublé par l'insurrection légitimiste. M. Thiers mit tous ses soins k découvrir la duchesse de Berry et à la faire arrêter, pensant avec raisonque cela mettrait fin k la guerre civile. Il s'égarait dans ses recherches, quand une aventure romanesque vint le mettre sur la trace. Une lettre anonyme l'invita k venir, le soir, aux Champs-Elysées, allée des Veuves, pour entendre des révélations sur la duchesse. II s'y rendit en personne, rencontra le juif Deutz, agent légitimiste, dont il paya la trahison etqui lui vendit le secret delà retraite de la princesse; celle-ci fut arrêtée (7 novembre). Nous ne jugeons pas, nous racontons. Quel que soit le jugement que l'on porte sur cet acte de haute police, la Vendée fut pacifiée. Quelque temps après, la prise d'Anvers par l'armée française et l'affranchissement de la Belgique donnèrent une nouvelle consistance au ministère dont faisait partie M. Thiers, mais, il eut à soutenir néanmoins des luttes assez vives à la Chambre, et au dehors contre le parti républicain. L'année 1833 fut féconde en grands travaux d'utilité publique, routes.canaux, ports, monuments de Parts, musées, bibliothèques,encourageiiients à 1 industrie, aux arts et au commerce, etc. Le ministre du 11 octobre avait été le principal promoteur de ce grand mouvement, en demandant pour cet objet et en obtenant de la Chambre un crédit de 100 millions.

Mais, d'un autre côté, il eut sa part de responsabilité dans les procès de presse, dans la loi contre les associations, qu'il soutint avec énergie, et dans les répressions contre les républicains. Ce plébéien, ce < petit bourgeois, » comme il s'est lui-même qualifié plus tard, avait, dans une mesure assez large, le vice des parvenus du juste milieu, l'oubli de ses origines, le dédain de la démocratie et de ses légitimes revendications. C'est lui qui prononcera, au milieu de nos discordes civiles, ce mot que n'eussent osé articuler alors les représentants de la plus haute noblesse, • la vile multitude. »

Après avoir occupé le ministère du commerce et des travaux publics, non sans éclat, il avait repris le département de l'intérieur lors de l'insurrection lyonnaise et des journées d'avril 1834 k Paris. Il se montra alors ce que son langage annonçait, l'homme de la politique de résistance à outrance. Les drames de la guerre civile, les sanglantes répressions de Lyon et les terribles exécutions de la rue Transnonain, à Paris (v. avril 1834), ont laissé sur son nom une tache qui n'a jamais été effacée.

Par suite de dissidences avec les maréchaux Soult et Gérard, M. Thiers donna sa démission (il novembre); mais, après une crise ministérielle et un cabinet improvisé qui dura trois jours, il reprit sa place dans le ministère Mortier (18 novembre). Il était alors d'accord avec M. Guizot; mais ces deux hommes d'Etat ne devaient pas tardera entrer en rivalité d'influence et à se combattre tour à tour, soit au pouvoir, soit dans l'opposition ; lutte parlementaire et politique qui ne tint que trop de place dans le règne de Louis- Philippe.

Il serait oiseux de passer en revue toutes les crises de cabinet et tant de petits incidents parlementaires qui fatiguaient le public et que l'histoire aura peine k suivre. Dans l'intervalle de ces épisodes secondaires de sa vie publique, M. Thiers avait été nommé membre de l'Académie française, distinction qui lui causa, dit-on, une émotion plus douce que ses triomphes de tribune et l'éclat de sa haute position.

A la suite de l'attentat de Fieschi, il présenta et défendit, de concert avec MM. de Broglie, Persil, etc. , les fameuses lois do septembre contre la liberté de la presse.

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