SON ESPRIT EST PARTOUT, ET SON CŒUR M'EST QU'ICI
Le château et toute la colonie de Ferney étaient devenus sa propriété, par suite d'arrangements avec Mm<> Denis. Des le commencement de la Révolution, il s'en montra partisan enthousiaste. Chargé de la rédaction des cahiers du bailliage de Senlis, il y demanda avec beaucoup de hardiesse la réforme des abus. Il publia dans la Chronique de Paris, depuis le mois d'avril 17S9 jusqu'au 3 août 1792, une série de lettres fort remarquables sur toutes les questions k l'ordre du jour. Parmi ces lettres, celle du 17 février 1790, dans laquelle il donna à son homme d'affaires l'ordre de renoncer pour lui à toute espèce de servitude et de redevance, sans attendre le règlement de l'Assemblée nationale sur l'extinction des droits féodaux, contribua particulièrement à rendre son uom populaire. Nommé, par le département de l'Oise, député à la Convention
et lié avec le parti de la Gironde, il était malade lors du procès de Louis XVI; il se fît porter k l'Assemblée, vota contre la mort et ensuite pour le sursis k l'exécution. Il dut k la maladie k laquelle il succomba, et qui le retint presque toujours dans son lit, de ne pas être compris dans la proscription qui atteignit ses amis au 31 mai. Charles de Villetta avait une manière de vivre assez originale : il habitait l'appartement la plus élevé de sa maison et s'y faisait hisser au moyen d'un fauteuil h bascule ; s» chambre, dont les murs n'étaient formés que de vitrages, renfermait •un jet d'eau et un grand nombre d'arbustes où voltigeaient une multitude d'oiseaux de ■ toutes les espèces ; le parquet était tapissé ; de mousse et émaillé de fleurs; son alcôve j figurait une grotte revêtue de coquillages. < Ses poésies sont dans le genre léger de cel- : les de Boufflers, auxquelles on les a souvent réunies. Comme prosateur, il est froid, mais ; correct jusqu'à la recherche et toujours in- j téressant. On a de lui : Œuvre* poétiques (1788, in-8°); Lettres sur les principaux événements de la Révolution (1792, in-8°), pleines d'anecdotes peu connues.
VlI.LETTE(Reiné-Philiberte Rouphdk Vakicourt, marquise dis), surnommée par Voltaire Bello et Bonne, épouse du précédent, née k Pougny en 1757, morte à Paris en 1822. Elle était tille d'un gentilhomme sans fortune, i du pays de Gex, père de dix enfants, et dont la famille avait abjuré, sous Louis XIV, la religion réformée. Douée d'une physionomie expressive, d'un caractère d'une extrême douceur et d'une intelligence pénétrante, elle plut à M»6 Denis, qui l'accueillit dans le château de Ferney et en fit sa nièce adoptive. Voltaire la prit en vive affection. Il se plaisait à lui lire ses ouvrages, pour avoir son avis. Un jour elle demanda pourquoi Zaïre attendait le lendemain pour révéler ses secrets. ■ L'enfant a raison, répondit Voltaire ; voilà la meilleure critique qu'on ait faite de ma pièce. «Il la maria au marquis de Villetta le 12 novembre 1777, lui donna une dot et une riche parure en diamants. La cérémonie fut célébrée dans la chapelle du château. Pendant lu Terreur, Mme de Villetta subit un emprisonnement de quinze mois. Le reste de sa vie fut consacré k des œuvres do bienfaisance.
V1LLETTE (Henri-Léon), officier français, né à Basiia (Corse) en 1822. Admis en 1841 à l'Ecole de Saint-Cyr, il entra ensuite dans l'état-major, devint capitaine en 1852 et fut attaché, en 1858, comme aide de camp, au général Bazaitie, qu'il ne quitta plus jusqu'en 1874. Pendant la campagne- d'Italie en 1859, il se fit remarquer au combat de Melegnano, suivit son chef au Mexique en 1863, fut promu officier de la Légion d'honneur à la suite du combat de San-Lorenzo et reçut à Mexico, en 1864, le 'grade de chef d'escadron. De retour en France avec le maréchal Busaiue, il le suivit successivement à Nancy, à la garde impériale et à MoU, devint lieutenant-colonel en 1870, et, lorsque Bazaine eut livré à l'ennemi Metz et son armée, le suprême espoir de lu France, il l'accompagna en Allemagne. Quand Bazaine dut se constituer prisonnier à Versailles pour y être traduit devant un conseil de guerre, le lieutenant-colonel Villette demanda et obtint de partager sa captivité. Il continua k lui rester fidèle après les solennels débats qui montrèrent la culpabilité du maréchal et se terminèrent par sa condamnation k mort (10 décembre 1873). Cette peine ayaut été commuée en celle de vingt ans de détention à l'île Sainte-Marguerite, M. Viliette obtint encore de partager sa captivité et favorisa son évasion dans la nuit du 9 au 10 août 1874. Traduit pour ce fait devant le tribunal civil de Grasse» avec l'ex-capitaine Doineau , Marcbi, etc., il fut condamné le 17 septembre suivant k six mois de prison et mis, k l'expiration de sa peine, eu non-activité de setvice.
Viliette (hOtbi, be), vieille demeure historique, propriété de la famille dé Viliette et célèbre par le séjour qu'y lit Voltaire de 1777 au 30 mai 1778, jour de sa mort. C'esJ dans l'hôtel de Viliette que le grand écrivain passa les quatre derniers mois de sa vie; c'est là qu'il mourut, comme etoutfé sous la joie du triomphe que les Parisiens, ravis de sa rentrée eu France, lui décernèrent à là fameuse représentation d'Irène. L'hôtel de Viliette existe encore ; il forme l'angle de la rue de Beauno et du quai Voltaire (jadis quai des Théatins) ; son hôte illustre habitait l'appartement du premier étage, dont les fenêtres ont vue sur le quai. L'hôtel de Viliette, dont l'entrée est rue de Beaune, n'offre dans sa construction rien de particulièrement digne de remarque. C'est même un bâtiment assez vulgaire ; mais, indépendamment du séjour de Voltaire qui suflit k l'illustrer, une circonstance fort curieuse y arrête encore le souvenir. Lorsque Voltaire l'habitait, l'hôtel était la propriété viagère de Charles de Viliette, marié l'année précédente avec Mue de Vancour*, surnommée par le poète Belle et Bonne et que M01" Denis avait adoptée; mais, après la fiiort du marquis, cet hôtel devait naturellement revenir a, la personne ou aux héritiers de la personne qui lui en avait cédé la jouissance. On suit que le marquis, après avoir embrassé avec ardeur les principes de la Révolution, aurès avoir brûlé
avec ostentation ses titres de noblesse et avoir siégé k la Convention, où il vota pour la réclusion de Louis XVI, tomba malade et mourut. La maison qu'il occupait fut alors mise.en vente et achetée par une dame appartenant à la grande famille de Montmorency-Laval. Cette dame y établit aussitôt un concierge en qui elle avait toute confiance pour l'accomplissement des projets que nous allons faire connaître. Qu'on n'oublie pas qu'on se trouvait alors en pleine Terreur révolutionnaire. Tous les appartements de l'hôtel de Viliette restèrent inhabités; les fenêtres et les volets en furent fermés, surtout ceux de la chambre où avait vécu et où était mort Voltaire, et le bruit se répandit rapidement que la chambre renfermait des papiers importants laissés par Voltaire, qui avait recommandé de les conserver intacts pendant trente ans. Qui avait semé ce bruit? On le devine : le concierge tout dévoué k Mm» de Laval. Le nom du philosophe et celui du conventionnel Viliette étaient trop populaires pour que la maison où ils étaient morts tous deux parût suspecte j le tribunal n'ordonna donc aucune enquête; d'ailleurs le citoyen concierge n'avait pas négligé de s'affi- ■ lier à plusieurs clubs et autres sociétés démocratiques, parmi .lesquels il affectait une furie révolutionnaire de nature à écarter tout soupçon ; aussi le comité de Salut public n'en eut-il pas un seul. Le but de cette conduite était de protéger quelques nobles plus ou moins suspects et qui n'eussent point échappé sans cela à la vigilance du peuple. Apres le 9 thermidor, la maison n'en demeura pas moins inhabitée et hermétiquement close; les fenêtres de la chambre de Voltaire ne furent pas même ouvertes après le décès de la propriétaire, dont les héritiers partagèrent la fortune de plusieurs millions. L'hôtel da Viliette fut alors acquis par Al. Barbier, qui l'exhaussa de deux étages; il n'tin avait eu que deux jusqu'à l'époque de ce changement, qui eut lieu Vers la fin du régne de Louis XVIII,
Viliette, roman anglais de Currer Bell (miss Bronte). Ce roman, qui parut après celui de Shirley du même auteur, fut imprimé en 1853. La scène se passe dans une petite ville d'Angleterre. L'héroïne, Lucy Snowe, est venue passer quelques mois chez sa marraine ûjino Bretton. Lucy est d'un caractère silencieux et se plait dans la calme maison de Mm« Bretton, Celle-ci est une veuve aisée, toujours bonne et encore fraîche et belle. Son fils unique, Graham Bretton, grand .et jovial garçon, termine ses études. Ce tranquille séjour reçoit une nouvelle hôtesse, la petite Polly, dite d'un M. Home qui a récemment perdu sa femme. Cette jolie enfant a un sérieux d'intelligence et une précocité do sentiment qui amusent et qui touchent. Elle s'éprend de Graham, et lorsque son père vient la rechercher, sa douleur est immense de quitter celui qu'elle aime, bien qu'enfant, d'une passion véritable. Cet amour enfantin est rendu pur l'auteur avec une grande chasteté de pensée. jUuit années s'écoulent après ce prologue. Lucy Suowe se trouve, par un accident, réduite à se suffire à ellemême. Pour échapper à la misère, elle se voit obligée d'accepter une place de demoiselle de compagnie auprès d'une richo vieille lille. Celle-ci, après avoir promis à Lucy d'assurer son avenir, meurt subitement et la laisse sans pain. Lucy se résout k aller chercher fortune à Bruxelles, que, par un genre d'esprit d'un goût contestable, elle surnomme Viliette. Dans la traversée, elle se lie sur le paquebot avec une jeune tille, Ginevra Fanshawe. Cette dernière appartient à une famille peu aisée, qui cependant mène un assez grand train à Londres et cherche à marier ses filles sans les doter. Un oncle, M. de Bassompierre, s'est chargé de pourvoir à l'éducation de Ginevra. Elle dit à Lucy qu'une dame de Viliette, Mme Beck, cherchait dernièrement une gouvernante anglaise pour ses filles. Lucy retient ce nom ; k son arrivée k Viliette, elle va frapper k la porte de Mme Beck, qui l'admet uiiez elle. C'est ici que commence véritablement le roman. La maison de Mme Beck, qui tient un des premiers pensionnats de la ville, en est le théâtre. Le premier personnage de la maison est Mmo Beck, veuve d'un certain âge et qui a conservé des prétentions. A côté d'elle est un de ces personnages k moitié disgracieux, attrayants k demi, comme les aime l'auteur. C'est Paul-Carlos-Emmanuel, Monsieur, comme on l'appelle avec respect dans la maison. Monsieur est le cousin de Madame; il est le ministre de l'instruction publique dans le gouvernement de Mme Beck, un véritable despote," Napoléon maître d'étude. «Pendant les premiers mois de son séjour à Viliette, Lucy observe avec surprise le gouvernement de cette communauté enfantine et féminine. Bientôt elle retrouve l'ami de son enfance, Uruhaiu Bretton, qui vient habiter Viliette avec sa famille. Elle retourne chez eux pendant les vacances et sent son amitié pour le jeune hommj se changer en une passion plus sérieuse. Elle s'enivre de cet amour contenu, lorsque survient k Viliette la petite Polly du prologue, devenue une ravissante fée de dix-huit ans. Grahatn et Polly se sont vite amourachés l'un de l'autre, et Lucy ressent de nouveau la poignante morsure ue la solitude morale,