BEAU
V1MKUX (le), en latin Vimacensis Pagus, petit pays de 1 ancienne France, dans la Pi--
VIN
cardie, entre la Bresle et la Somme, près de la Manche; ch.-l., Saint- Valery-sur-Somme. Le "Vimeux est aujourd'hui compris dans le département de la Somme.
VIMINAIRE s. m. (vi-mi-nè-re — du !at.
vintinarius, d'osier ; de vimen, osier). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des légumineuses, tribu des podalyriées, comprenant deux espèces, dont l'une croît en Australie et l'autre dans la Tasmanie.
VIMINAL, ALE adj. (vi-mi-naj, a-le — lat. viminalis; de vimen, osier). Antiq. Se disait à Rome de plusieurs endroits qui avaient été couverts d'osier ou voisins d'une oseraie : Mont viminal. Champ yimskL.' Porte vimi-
NALE.
— Bot. Se dit d'une espèce de saule, nommé vulgairement OSIER blanc.
VIMINAL (le), une des collines de Rome. V. collines (les sept).
VIMIOSO, ville forte de Portugal, province de Tras-os-Montes, à 28 kiloin. N.-O. de Miranda; 1,000 hab. Berceau de la famille de Bragance.
VIMONASTÉRIEN, IENNE S. et adj. (vimo-ua-sté-rmin, iè-ne — de Vimonasterium, nom lat. de Vimoutiers). Géogr. Habitanl de Vimoutiers; qui appartient à cette ville ou à sqj habitants : Les vimonastériens. La population VIMONASTÉRIËNNE.
VIMONT, médecin phrénologiste français, né à Caen en 1795, mort à Paris. Il fit ses études médicales dans cette dernière ville, fut reçu docteur en 1818 et commença, aussitôt sa thèse subie, à attaquer la phrénologie. Mais les faits qu'il invoquait à l'appui de son opinion tournèrent contre lui, si oien que, d'antagoniste qu'il était primitivement, il devint, au bout de quelques années, un des plus chauds partisans de Gall. Il a publié en 1S35, sur ses propres dessins, un grand ouvrage intitulé : Traité de la phrénologie hu- ,maine et comparée (2 vol. in-4, avec atlas de 133 planches in-fol.). Tout le mérite de ce traité, avouons-le, consiste dans les dessins. En somme, c'est un ouvrage de patience, de goût incm<;, si l'on veut, mais non une œuvre de science.
VIMORY, village et commune do France (Loiret), cant., arrond. et à 8 kilom. S- de Montargis,- près de la rive gauche du Casseau ; 960 hab. Henri de Guise y remporta, en 1587, une victoire sur les Allemands alliés des calvinistes.
VIMOUTIERS, ville de France (Orne), ch.-l. de cant., arrond. et à 30 kilom. N.-E: d'Argentan, dans une situation agréable sur un petit affluent de l'Orne; pop. aggl., 2,626 hab. — pop. tôt., 3,800 hab. Bibliothèque publique. Blanchisseries de fil et de toiles, filature de lin ; fabrication de toiles, tissus de laine, cretonnes. Commerce de bestiaux, chevaux, chanvre, lin, bois et fromages. On y voit quelques maisons de bois, ornées de magnifiques sculptures du temps de Henri III.
V1MY, bourg de France (Pas-de-Calais), ch.-l. de cant., arrond. et à 11 kilom. N. d'Arras; pop. aggl., 1,254 hab. — pop. toc, 1,444 hab. Brasserie. Commerce de céréales et de graines oléagineuses.
VIN s. m. (vain — lat. vinum, gr. oinos, pour (oinos. On considère généralement le mot vinum comme allié à vitis, vigne; mais. Kubn trouve la transition de vitis k vinum difficilement explicable. Le problème serait bien moins abordable encore pour le grec oinos. Kuhn cherche donc une nouvelle voie et compare le sanscrit vêna, aimé, agréable, de la racine vén, aimer, désirer, qui, dans les Védas, désigne comme substantif la liqueur spiritueuse et sacrée du sôma. Il pense que le gothique vein, ancien allemand, win, etc., n'est pas emprunté au latin, et il s'appuie sur ce que la racine vén se retrouve d'ailleurs dans l'ancien allemand teint, ancien saxon vine, Scandinave vinur, avec le sens d'ami. Cette conjecture reçoit un nouvel appui du parallélisme parfait des transitions phoniques qui se présentent pour les noms de la maison). Boisson laite avec du suc de raisin fermenté : Vin rouge. Vin blanc. Vin vieux. Vin nouveau. Vin muscat. Wit^nousseux. Vis de Champagne, de Bourgogne, du flhin, de Madère, de Chypre. Un tonneau, une bouteille, un verre de vin. Un doigt de vin. Il passe autant de vin dans le-corps de nos Bretons que d'eau sous les ponts. (Mme de Sév.) Un peu de vin pris modérément est un remède pour l'âme et pour te corps. (Volt.) Après le troisième verre , le meilleur vin n'éveille plus qu'une sensation obtuse. (Brill.-Sav.) Platon défendait te vin à la jeunesse et ne le permettait qu'aux vieillards. (Chateaub.) Les vins sont toniques et stimulants, et d'autant plus que l'alcool y abonde davantage; les vins qui contiennent beaucoup de tartre et de matière colorante sont astringents; les vins acidulés sont diurétiques. (Robin). Le vin est la meilleure des boissons fermentées. (Maquel.) La France ne craint aucune concurrence pour les vins : le monde entier les appelle. (Froudh.)
De tous les dons du ciel, le vin est le plus cher.
Gilbert.
11 suffit d'un doigt de vin Pour réconforter l'espérance.
EÉ1UDGER.
VIN
— Force, corps du vin résultant de la quantité d'alcool qu'il contient : Ce bourgogne a du vin. Ce bordeaux manque de vin.
— Etat d'ivresse : Etre pris de vin. Dans le vin, on n'a pas conscience de ses actions. Quiconque fait dans le vin de mauvuises actions couve à jeun de mauvais projets. (J.-J. Rouss.)
Si le vin trouble un peu nia vue, Amis, pardonnez mes écarts.
DÉSAUGIEKS.
H Manière d'être d'une personne ivre : Avoir le vin gai, le vin triste. On demande vulgairement comment un homme a le VIN; l'un, diton, a le vin tendre, l'autre a le vin méchant, celui-ci a le vin triste, celui-là le vin gai. (De Ségur.)
— Pourboire, gratification à.un domestique ou à un ouvrier; argent donné en sus d un marché : Les sergents préposés aux" encans stipulaient toujours le vin en sus du prix de t'offre, et criaient : A quinze livres et te vin.
Il On dit Pot-de-vin aujourd'hui, mais seulement pour des sommes un peu considérables; on dit Pourboire pour les petites sommes. On disait, autrefois, tiin du valet et vin du marché :
Qui aura trouvé un sac.
Depuis vendredi en deçà.
Le raporte au Chastelet,
Aura le vin du valet.
(Cris de Paris, 1714.)
— Cause d'ivresse ou d'énergie morale : Le vin des forts est le poison des faibles. (V. Hugo).
... C'est un plaisir perfide Que d'enivrer son ame avec le vin des sens.
A. de Musset.
... J'ai trop longtemps jeûné De cette liberté dont le vint pur enivre.
Rolland et du Bots.
— Nom donné à plusieurs boissons fermentées : Vin de prunelles.
— Grands vins, Vins des crus les plus renommés.
— Vin bâtard ou de buffet, Nom que l'on donnait autrefois au vin mêlé d'eau.
— Vin bleu, Nom que l'on donne à Paris à un gros vin de mauvaise qualité, que l'on boit dans les cabarets :
... Le peuple, c'est la 311e de taverne, La fille buvant du vin bleit, Qui veut dans son amant un bras qui la gouverne.
A. BARblEK.
— Vin bourru, Vin tout nouveau, qui n'a guère cuvé et qui est encore fort doux.
— Vin bouté, Vin détérioré dans le tonneau, dans la boute, comme on appelait autrefois le tonneau.
— Vin brûlé, Celui que l'on fait chauffer avec du sucre.
— Vin coupé, Mélange de plusieurs vins.
— Vin de Brétigny, Vin à faire danser tes' chèvres, Vin extrêmement aigre.
— Vin de cerneaux, Vin de l'année, de couleur rosée, que l'on boit dans la saison des cerneaux.
— ' Vin de copeau, Celui dans lequel ou fait tremper des copeaux pour le rendre plus tôt clair et bon à boire.
— Vin de demi-marque, Nom donné anciennement aux vins de certains cantons de la Guyenne.
— Vin de deux, de trois, de quatre feuilles, Vin de deux, de trois, de quatre ans.
— Vin de fisme , Liqueur fermentée, de couleur très-foncée, fabriquée avec diverses baies, et servant à donner de la couleur aux vins.
— Vin de goutte ou Mère goutte, Vin qui coule des grappes bien mûres, avant qu'on les ait mises au pressoir.
— Vin de liqueur, Vin fin qui se boit au dessert, généralement en petite quantité, comme les liqueurs.
— Vin de navets, Boisson que les Romains tiraient du navet, et qui passait chez eux pour être un remède contre la lassitude engendrée par l'exercice des armes ou l'équitation, «
— Vin de paille, Vin que l'on fait avec des raisins très-mûrs et à demi séchés sur la paiile.
— Vin de palme, Liqueur fermentée faite avec la sève du palmier.
— Vin de singe, Celui qui porte à la tête.
— Vin de teinte, Gros vin dont on se sert pour donner la couleur aux vins fabriqués.
— ' Vin doux, Vin qui n'a pas encore cuvé. il Vin qui a peu de force ; Les vins doux d'Espagne et de Grèce.
— Vin du cru, Vin que l'on récolte dans le pays même :
Au vin du cru. je me résigne.
BÉFUNOER.
— Vin du haut pays, Vins divers du Bordelais, que l'on récolte au-dessus de Saint- Macaire.
— Vin d'une oreille, Bon vin, parce que, pour exprimer la haute estime qu on a pour lni,--on penche la tête ou l'oreille vers l'épaule. Il Vin de deux oreilles. Mauvais vin, parce que, pour exprimer qu'il ne vaut rien, on peiiL-he alternativement l'une et l'autre
VIN
oreille vers les épaules. Ces locutions ont vieilli.
— Vin en cercles ou en fût, Celui qui est dans les tonneaux, par opposition à celui qui est eu bouteilles.
— Vin frais, Vin peu alcoolique.
— Vin marin, Vin que l'on fait en jetant de l'eau de mer dans la cuve sur les grappes.
— Vin poireau, Ancien nom du poiré, boisson fabriquée avec des poires.
— Vin rosat, Vin dans lequel on laisse macérer des roses.
— Vin qui se laisse boire. Vin assez bon.
— Tromperie de Belac, vin à teindre les nappes, Vin qui n'a que de la couleur sans vertu, il Vieille loc.
— Vin à laver les pieds des chevaux, Vin absolument mauvais.
— Vin qui n'a que la cape et l'épée, Vin très-faible, sans vertu.
— Demi-vin ou Petit vin, Boisson aigrelette, que l'on obtient en passant de l'eau sur le marc du raisin dont on a déjà exprimé le suc.
— Tache de vin, Celle que l'on a faite avec du vin répandu : Avoir des taches de vin sur sa chemise, il Tache rouge que certaines personnes ont naturellement au visage ou sur quelque autre partie du corps.
— Esprit-de-vin, Syn. vulgaire d'ALCOOL.
— Pointe de vin, Léger commencement
d'ivresse.
— Sac à vin, Ivrogne, grand buveur,
— Etre entre deux vins, Etre quelque peu ivre, tout en conservant sa raisou : Adieu, ma fille; en voilà assen pour des gens enxrB DEUX VINS. (M<ns de Sév.)
— Avoir un vin d'agneau, Avoir l'ivresse très-douce, très-paisible. il Avoir un vin d'âne, Etre tout à fait hébété par l'ivresse, li Avoir un vin de cerf, Etre abattu par l'ivresse ; devenir triste, mélancolique. Il Avoir un vin de lion, Montrer une ardeur courageuse après avoir bu. 11 Avoir unvin de pie, Babiller beaucoup après boire. Il Avoir un vin de pourceau, Se salir, se rouler par terre quand on est ivre, il Toutes ces locutions ont vieilli.
— Avoir son vin, Etre pris, joué, attrapé; être réduit à se taire; être démasqué, déjoué.
— Boire le vin du marché, Boire ensemble après avoir conclu un marché.
— Mettre un verre de vin en prison, Le boire entre deux autres coups ou entre deux bouchées.
— Faire jambes de vin, Bien boire afin de se donner de la force pour marcher. *
— S'enivrer de «on vin, S'entêter de ses propres idées.
— Cuver son vin, Dormir dans ljvresse, ce qui concourt à la dissiper. Il Fig. Donner à sa colère, k sa passion le temps de s'apaiser.
— Porter son vin, Se comporter d'une certaine façon pendant l'ivresse ; être plus ou moins abattu, dompté par la boisson : Portée bien ou mal son vin.
— Mettre de l'eau dans son vin, Se modérer, se radoucir, montrer moins de vivacité on d'empressement.
— Le vin lui sort par les yeux, Se dit d'une personne complètement ivre.
— Le vin est tiré, il faut le boire, L'affaire est engagée, il n'est plus temps de songer à reculer.
— Prov. Vin versé n'est pas avalé, Ce qui semble tout à fait probable ne se réalise pas toujours, il Un verre de vin avise bien un homme, Il est bon de boire un coup avant d'agir ou de chercher quelque solution. Il Le vin est le lait des vieillards, Le vin soutient les vieillards comme le lait nourrit les enfants : Le vin est le lait des vieillards,^ le lait est le vin des enfants. (B. de St-P.) Il Vin sur lait santé, lait sur vin venin, Le vin fait du bien ou du mal selon qu'on le boit après ou avant le lait. Il A bon vin point d'enseigne, Ce qui est bon prévaut de soi, sans qu il soit nécessaire de le prôner. Il Après bon vin, bon cheval, On est plus hardi cavalier quand on a bien bu. il Chaque vin a sa lie, Toute chose a ses inconvénients.
— Mœurs et coût. Vin de bourgeoisie, Vin que l'on payait, dans le moyen âge, lorsqu'on se faisait recevoir bourgeois d'une ville, au maire et aux échevins. H Vin de couchier, Celui que les mariés offraient aux gens de la noce, pour obtenir qu'on les laissât en repos.
Il Vin de l'élrier, Celui qu'on Uoit avant de monter à cheval, et eu général avant de partir. Il Vin des noces. Présent qu'on offrait au prêtre qui avait célébré un mariage. On appelait de même le vin que le prêtre bénissait, soit en même temps que le lit nuptial, soit avec des rôties qu'il consommait avec les époux et les invités.
— Hist. Vin de larose, Vin de Johannisberg et de Hochheira que le sénat de Brème acheta en 1624, et que l'on conserve depuis, rempfïiçant seulement chaque année la partie que l'on a extraite des tonneaux, pour l'offrir à certaines personnes à qui l'on veut faire honneur, il Vin de veille, Celui que l'on mettait dans la chambre des rois et des princes, pour qu'ils s'en servissent au besoin pendant la nuit. Il Vin d'honneur. Celui que les municipalités offraient aux grands personnages qui
VIN
passaient dans leurs villes. 0 Vin d'ost, Impôt qu'on levait pour frais de gueri'e. ij Vin du clerc, Présent que le plaideur offrait au secrétaire du tribunal où il avait été jugé, durant le moyen âge. il Vin du curé, Présent en nature ou en argent que l'on faisait au curé pourlebaptêmed'unenfant. il Crieur de corps et de vins, Crieur public qui annonçait les enterrements et l'arrivée des vins. Il Coureur de vin, Employé qui transportait le vin à la suite du roi.
— Péod. Droit de vin, Droit dû au seigneur, outre les droits ordinaires, en cas de vente d'héritage, et qui ne pouvait s'élever à moins de 16 pintes de vin : Le couvent de Farmoutier percevait le droit de vin sur les habitants de Jouy. il Droit de vins et ventes, Droit que payait au seigneur censuel celui qui achetait un héritage censuel.
— Jurispr, Vin de messager, Somme que l'on allouait a la partie qui obtenait gain de cause, pour la dédommager de ses propres frais de voyage et de ceux des messagers qu'elle avait du expédier, dans le cas où elle demeurait hors de la juridiction où l'affaire avait été jugée.
— Pharm. Infusion pharmaceutique dans laquelle le vin joue le rôle d'excipient ; Vins médicinaux. Vin de quinquina.
— Alchim. Vin des sages. Mercure.
— Arboric. Poire de vin, Variété de poire.
— Encycl. -Hist. 11 serait impossible de rien dire, même d'approximatif, sur les premières origines du vin. Il parait hors de doute que fa vigne, comme la plupart des arbres à fruit, est originaire de l'Orient j mais si l'on connaît à peu près l'époque de son introduction en Gaule, on ignore absolument la date de son importation en Grèce et même en Italie. Quanta la vinification, les plus anciens documents nous la montrent connue dans tous les pays qui possèdent la vigne. Nous ne pouvons citer que pour mémoire les traditions qui font de Saturne, de Bacchus ou de Noé les inventeurs de la fabrication du vin, et nous devons renoncer k hasarder aucune conjecture sur ce point obscur de l'histoire de l'industrie vinicole.
Le vin, cependant, est fréquemment cité dans les livres juifs, et le peuple hébreu semble avoir cultivé la vigne avec un certain succès. La vigne prospérait admirablement en Palestine, et lorsque l'auteur de VExode nous -raconte que deux, hommes étaient nécessaires pour porter une grappe cueillie dans ce pays, il ne s'écarte peut-être pas autant de la vraisemblance qu'on pourrait le croire au premier abord. Strabon affirme que, dans ces pays, les grappes atteignaient 2 pieds de longueur.
Les Grecs ont excellé, de toute antiquité, dans l'art de fabriquer le vin, Virgile, au i livre II des Géorgiques (vers 89 à 102), énumérnnt les différents vins ou raisins de la Grèce et de l'Italie, nomme les vignobles de Méthymne ou de Lesbos; ceux de Psythie, canton de la Grèce dont la situation n'est pas bien connue, produisant trois sortes de raisin, le îouge, le précoce et le gris, qu'il appelle lageos, parce que, dit-on, les lièvres [lagôoi en grec) en étaient très-friands, ou bien parce que sa couleur ressemblait à la nuance de leur poil. « Son jus, dit le poêle, fait plus d'une fois bégayer et chanceler le buveur. • Il célèbre les vins d'Amminée, en Thessalie, dont il vante le corps, les appelant firmissima vina, mais qu'il déclare inférieurs a celui du Tinole, montagne de la Grande Phrygie,et à celui de Phanée, qu'il considère comme le roi des vins. Il cite l'ArgUis, ou petit Aigos, vignoble qui ne le cédait à aucun autre pour l'abondance des fruits et la bonne conservalion du vin. Le délicieux raisin de Rhodes se servait au dessert, et son vin était préféré pour les libations aux dieux, tl nomme un gros raisin rouge, qu'il appelle bumasle, probablement le même qu'on fait figurer, encore aujourd'hui, au dessert à Florence. Virgile, dans son énumération, comprend, en. outre, deux vins blancs, celui de Thasos, lie' de la nier Egée, et celui des environs du lac Maréutis, en Egypte. Aux vigues de l'un convenait un teri-am léger ; aux vignes de l'autre, un terrain gras. Le poète conclut en affirmant qu'il ne serait pas "plus possible de dire combien il existe d'espèces de raisin et d'en rapporter les noms, que de connaître combien de grains de sablo sont soulevés dans les plages de la Libye ou combien de flots se brisent sur les cotes de la mer Ionienne , quand le souflle impétueux do l'Eurus se précipite sur Jes navires. ■■
Pline affirme que Déraocrite seul avait cru jadis qu'il était possible de compter les différentes espèces de uin. Néanmoins , sous l'empereur Commode, le grammairien Pollux dressa une assez longue liste de raisins, en 'assignant à chacun un nom ou une qualité : l'elseosamaxis, le méline, ou jaune comme un coing ; l'ècarlate, le silvestre, l'alopécien, ou ressemblant à la queue du renard; le gracieux, le réjouissant, le vineux, l'enivrant; les raisins de Crète, de Rhodes, de Coronée (Coron, dans la Messénie), de Syrie , d'Egypte, de Libye, de Nicostrate, de Byblia, ûe Ir'irgé (en Pamphylie); le brun-noir ou de Pella (Macédoine), celui de Samos, qui croissait dans un terrain pierreux, et celui de Lemnos, rouge comme l'argile de l'Ile des C3'clopes{0iionias/icoii, 1. VI, en. xi). A cette
VIN'
nomenclature ajoutons les eugenix, grappes de raisin avec lesquelles on obtenait, suivant Columelle, un vin très-fort; le raisin d'Héria, en Arcàdie, et celui de Cérannia, ou plutôt de Cérynia, canton limitrophe à cette contrée. Elien dit que, du raisin d'Héria, on faisait un vin qui otait aux hommes la raison et rendait les femmes fécondes ; de celui de Cérynia, un vin que les femmes avaient coutume de boire lorsqu'elles désiraient avorter (Histoires diverses, 1. III, c. vi). Dressons, à notre tour, par ordre alphabétique et au moyen des documents épars dans les auteurs, un relevé sommaire de tous les vins les plus fameux de l'antiquité.
Les principaux vins grecs, soit d'Europe, soit d'Asie, étaient : celui d'Amminée ; ceux d'Argos et d'Argitis, le premier moins estimé que le second, qu'on appelait aussi petit argos ; le- vin de Chio, doux, moelleux, non moins prisé que le falerne par les Romains, qui l'employaient comme condiment dans certains plats, et dont il y avait deux qualités supérieures, l'arvisium et le phanée, ainsi nommées de deux promontoires de l'île où étaient situés ces deux vignobles ; le vin de Cos, dont la lie était un stimulant qui ouvrait l'appétit des convives; celui de Crète, d'où s'exhalait l'arôme des fleurs; ceux d'Halicarnasse et de Myndus, en Carie, très-renommés; de LesboSjinoffensif, quoique chaud, mais suave et délicat, préféré presque partout aux meilleurs crus de la Grèce et proclamé par Aristote plus agréable que le vin de Rhodes ; do Lydie ou Mœonie, dont Cyrène offrit une large coupe à son fils Aristée, pour en faire des libations à l'Océan ; de Magnésie, ville de Thessalie, léger, mais liquoreux ; de Peparethus, île de la mer Egée, âpre, assez amer, et qu'Aristophane proscrit, dans les Thermophories , comme un aphrodisiaque, ainsi que le vin de Thasos, la pramne et le chio; de Pramue, sec et dur, mais généreux, consacré à Cérès, dit Elien, et qu'on trouve dans Athénée qualifié de vin de Lesbos, quoiqu'il tirât son nom d'une colline de l'île d'Icare, dans la mer Egée; de Psythie, qui n'était pas seulement un wi gris et fumeux, mais aussi une espèce de malvoisie, exprimée des grappes qu'on avait laissé cuire au soleil sur la vigne; de Rhodes, vin de dessert, comme celui de Lesbos ; de Syracuse, ainsi nommé d'un roi de cette ville, originaire de l'Argolide, qui en transporta le plant en Italie; de Thasos, dont Epylicus, dans Athénée, dit : «Versez-moi, comme antidote, du vin de Thasos ; quelque chagrin qui me ronge le cœur, dès que j'en bois, je renais à la vie. » Ce vin était si fort, cependant, qu'il n'était potable, disait-on, qu'après avoir été coupé de 2i parties d'eau. Citons, enfin, le Bi'ji du Tmole, que Virgile met presque sur ^a même ligne que le phanée.
L'Italie n'était pas moins riche en vignobles que la Grèce et l'Asie Mineure. Le vin d'Albe était fourni par un raisin à peau tendre, qu'on durcissait à la fumée. Nasidienus, dans une satire d'Horacef cite ce vin h cô.té du falerne, et Horace invite Phyllis à venir boire en sa compagnie du «»?'« d'Albe, âgé de plus de neuf ans. » On comprenait sous le nom de vins des Alpes tous les crus de cette vaste région qui embrasse à la fois le pays des Grisons, la Valteline , le Trentin et le Tyrol. Celui de Rhétie (Grisons) passait pour le meilleur; l'empereur Auguste le préférait à tous les autres vins. Le calés, ou vin de Calenum, ville de la Campanie, proche de C'apoue, était également en grande estimé chez les gourmets. » Si tu veux boire avec nous, dit Horace à Virgile, de ce vin de Calés que Sulpitius conserve maintenant dansées celliers et qui est si propre à chasser les soucis, à rendre l'espérance, tu payeras ta part en apportant un petit onyx plein de nard. » Le céçube avait plus de réputation encore ; il valait mieux que le vin même dont buvaient les pontifes et méritait qu'on le gardât sous cent clefs :
Absumcl lissres Cxcubu dignior
Servala ceutum clavibus, et mero
Tingct pavimentum superbo,
Pontificum piAiore cœnis.
Les vignobles de ce nom croissaient dans un terrain marécageux aux environs de Gaëte. Ceux de Falerne, au contraire, étaient situés sur une montagne de la Campanie; on en foulait le raisin an mois d'octobre. Le falerne avait la couleur de l'ambre. On y délayait le miel du mont Hymette (mixture inexplicable pour nous), et il ne perdait rien de sa force en vieillissant. Sene xtatem fert! « Il porte bien son âge, » dit Cicéron à Damasippe, qui lui eu avait fait boire d'un tonneau de cent ans. Ju vénal qualifie en termes énergiques le bouquet du falerne :
Quum ptrfusa mero spumant unguenta falerno. Horace recommande d'en éteindre l'ardeur dans une eau courante, et il affirme ailleurs que, mêlé avec du chio, c'est une boisson exquise. Une anecdote courait à Rome, à propos du falerne. On racontait que Mécène avait pour maîtresse la femme de Sulpitius Galba et que celui-ci, en mari complaisant, feignait de s'endormir après souper. Un jeune esclave, tenté par l'occasion, voulut goûter au vin de son maître; mais Galba s'écria aussitôt : Heul puer, non omnibus dormio ; « Halte-là I esclave, je ne dors pas pour tout le monde. »
Le faustianum provenait des vignobles de
VIN
la côte même du montFalefne.Le/'ormiViHu»!, ou vin de Formie, était récolté, comme le cécube, dans le voisinage de GaBte, mais sur une hauteur. C'était un vin excellent, avec lequel Horace eût bien voulu corriger les vins de son cru. Ces mélanges, abhorrés des gourmets modernes, étaient très-appréciés de ceux d'autrefois. Le mamertinum était un tin de Messine assez recherché, bien moins cependant que le massique, vin de la Campanie. Le nomentanum avait tontes les qualités stomachiques des vins de Bordeaux. Les vignes de la Sabine ne donnaient qu'un vin très-médiocre. Les vins de Salerne et de Vélie étaient aqueux, et l'on n'en faisait aucun cas. Celui de Sétine, dans la Romagne, flattait agréablement le palais. Il y avait entre Sinnesse et Minturne, dans la Campanie, des vignobles qui produisaient un assez bon vin. Celui de Sorrente valait mieux. Spolette avait donné son nom à un vin brillant et doré. Martial dit de celui de Véies qu'il aime mieux le. flairer que le boire. Le vin de Vénafre était non moins renommé que son huile. Peut - être aussi faut-il placer au nombre des vins de l'Italie le vin chalybonien, ou d'Alep, que buvait le roi de Perse, et dont le plant, suivant Posidonius, était originaire de Damas. Il paraît qu'on récoltait a Issa ou Lissa, île do l'Adriatique, un vin qu'on aurait pu lui comparer. Les Romains, enfin, prisaient beaucoup les muscats de la Narbonnaise, ainsi que le vin de Narbonne, dont la supériorité était encore parfaitement établie au moyeu âge, puisque- Henry d'Andély, trouvère anglo-normand, le cite dans son poème de la Bataille des vùts. Quant au maréotique, ou vin blanc d'Egypte, doux, léger, mais fort capiteux, l'éloignement, les frais de transport ne le rendaient accessible qu'aux familles opulentes. Cléopâtre en buvait avec excès dans les banquets magnifiques où elle tenait tête au triumvir Marc-Antoine. Horace y fait allusion.
Nous n'avons eu jusqu'ici qu'à citer et à qualifier les vins consommés par les anciens ; nous devons maintenant donner quelques détails sur leurs procédés de vinification et aussi sur les lois et usages relatifs à. la consommation du vin.
Chez les Hébreux, la vendange était l'occasion de grandes réjouissances. Lorsque le raisin avait été pressé, on recueillait le jus dans de grandes cruches en terre et on l'y laissait fermenter; quelquefois, on le faisait cuire, de manière a le réduire à l'état sirupeux. Les Hébreux, comme les Arabes actuels, avaient l'habitude de transvaser le vin, qu'ils trouvaient meilleur lorsqu'il avait subi plusieurs fois cette opération. Les droits de propriété, les méthodes de culture de la vigne, etc., étaient soigneusement réglés par la loi, qui exemptait du service militaire tout propriétaire iqui n'avait pas encore fait sa vendange.
En dehors de ses usages domestiques, la vin servait encore chez les Hébreux aux libations. On n'a pas pu déterminer d'une façon sûre si les Hébreux connaissaient le mélange de l'eau et du vin, l'eau rougie, le vinum temperaium des Grecs et des Romains, comme boisson ordinaire. Mais il est avéré qu'ils' aromatisaient le vin avec de la myrrhe, de l'encens, même de l'opium.
Outre le vin de la vigne, les Hébreux connaissaient et désignaient.sous le nom générique de sicher plusieurs boissons fermentées et enivrantes, telles que le vin d'orge des Egyptiens, le vin de dattes, usité dans tout l'Orient; l'hydromel, un mélange de vin et de miel, etc.
Les Grecs, très-friands de leurs savoureux raisins, conservaient longtemps les grappes sur les ceps en les tenant renfermés dans de petits vases de terre cuite, percés par le bas et bien clos par le haut, i méthode inutile pour les autres fruits, » dit Palladius, puisqu'on les conserve aussi longtemps en les couvrant de plâtre. Les Romains n'avaient pas un goût moins prononcé pour le raisin. Ils buvaient aussi le moût tel qu'il, sortait de la cuve, c'est-à-dire avant qu'il eût fermenté, goût singulier et bien capable de nous surprendre. Ce muslum, quand on l'avait cuit, prenait le nom de defrutum, et, quand on l'avait réduit de moitié ou des deux tiers, celui de sapa; ce n'était plus alors qu'uneièspèce de raisiné. Les légionnaires, au commencement de la république, ne connaissaient pas d'autre régalque ce raisiné, dont ils se faisaient des tartines.
Les vins des anciens, en général, ne ressemblaient aucunement aux nôtres. La Grèce fabriquait quatre sortes de vins. Le bon vin ou vin de bonne chère était obtenu par le procédé suivant : les raisins, détaches des ceps, étaient exposés au soleil pendant sept jours sur des claies suspendues à 7 pieds de hauteur, pour que l'air pût les sécher convenablement; la nuit, on les rentrait ou on les couvrait de nattes de paille; le huitième jour, on les portait au pressoir, et l'on obtenait un vin de choix possédant un arôme particulier qui rappelait la framboise," comme certains crus de notre temps. Sur les marcs résultant de la première opération, on versait une quantité d'eau équivalente au dixième du vin déjà obtenu ; ou laissait macérer quelques heures, on pressurait ensuite. Sur les marcs provenant du premier pressurage, on versait, au lieu d'un dixième d'eau, trois ou quatre dixièmes du résultat en vin de la première
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serre; on laissait macérer tm peu plus longtemps que pour obtenir du vin do deuxième cuvée, et l'on portait au pressoir. Enfin, une dernière boisson se fabriquait avec les marcs de la première cuvée ou ne la deuxième qualité, que l'on faisait bouillir avec une quantité à eau variable et que l'on soutirait après refroidissement.
A Rome, la plupart des vins lès plus chers, les plus recherchés, étaient liquoreux, sucrés, épais et offraient presque la consistance d*j sirop; il fallait les couper, les délayer, pour les boire; de là cet usage ou cet abus de l'eau qui étonne les buveurs modernes. Les Romains poussaient jusqu'au préjugé la passion du vin vieux ; ils le gardaient jusqu'à un âge, où les nôtres, beaucoup trop dépouillés, ne présenteraient plus ni force ni saveur. Pétrone parle d'un vin de Falerne i de cent ans, et Pline d'un autre vin qui en avait près de deux cents et qui était réduit presque à l'état de miel coagulé ; « car c'est 1 la forme, reînarque-t-il, que prend le vin en ! vieillissant, » C'était donc une nécessité de ! le délayer avec .de l'eau chaude; on le pas- ' sait ensuite par la chausse. Rien d'étonnant, j du reste, que le vin très-vieux {vêtus) acquît la consistance du miel, car les Romains mêlaient toujours du miel au vin fort, afin d'en | adoucir l'âpreté. Ce mélange portait le nom ! de vinum melle condilum ou simplement de ! mulsum; il se composait d'un tiers de miel et ' de deux tiers du meilleur' vin; l'opération | avait lieu au moment même où le moût sorj tait du pressoir. Le miel que Virgile con- | saillait d affecter à cet usage, parce qu'il est I le plus doux à la fois et le plus pur, devait 1 être fourni par ces abeilles d'élite dont le cor* j selet, poli et régulièrement marqué de gouttes d'or, jette un éclat éblouissant; on Te tirait surtout de l'Attique et de la Calabre.
Mais ce n'est pas seulement du miel que les anciens mêlaient à leur vin; ils y ajoutaient encore divers parfums, de l'aloès, du goudron, des feuilles de pin, des amandes amères, des figues sèches, du thym, des baies de myrrhe. Le vin où ils avaient fait macérer ces figues, ce thym, cette myrrhe prenait le nom de sycites, thymites, tnyrsinites. Les Grecs aimaient beaucoup ce dernier vin. Mais ce qu'on aurait peine à croire, si le fait n'était attesté par Athénée et par Caton, c'est que les anciens fissent entrer comme ingrédients dans leurs vins, pour les bonifier, du vinaigre et de l'eau de mer. ■ Mettez dans une futaille, dit Caton, 10 quadrantals de «in doux (48 setiers) et 2 quadrantals de fort vinaigre; ver^ez-y pareillement S quadrantals de vin euit'et 50 d'eau douce; brassez le mélange avec un bâton pendant cinq jours consécutifs et trois fois par jour; ajoutez-y C4 setiers d'eau de mer puisée depuis quelque temps ; posez ie couvercle sur le tonneau et tenez-le fermé durant dix jours. Ce vin durera jusqu'au solstice; s'il en reste après le solstice, ce sera un très-beau et très-bon vinaigre. » Ailleurs (ch. cxn), il enseigne , pour faire du «j» de Cos, une recette dans laquelle il entre aussi de l'eau de mer.
« On mêlait , nous apprend de son côté Athénée, do l'eau de mer en assez grande quantité au vin de Cos et en quantité moins grande an vin de Rhodes. Les vihs tels que ceux de Myndus et d'Halicarnasse, auxquels cette eau est mêlée avec le plus de soin, no sont point capiteux; ils lâchent le venue et aident à la digestion ; c'est pourquoi le cynique Ménippus appelle les habitants de Myndus buveurs d'eau de mer. Aux vins de Uos, de Myndus et d'Halicarnasse, comme à tout tin convenablement mélangé d'eau de mer, sont propres les eaux dures, telles que l'eau de fontaine et l'eau de pluie, si elles ont reposé assez de temps pour achever le dépôt des corps étrangers; aussi ces vins ont-ils cours à Athènes et à Sicyone, parce qu'il y a dans ces deux villes des eaux de eettis qualité. Quant aux vins qu'on a mêlés plus modérément avec de 1 eau de mer, à ceux qui sont plus astringents, de même qu'aux vins do Chio et de Lesbos, la seule eau qui leur soit propre est une eau dépourvue complètement d'odeur et de saveur. » On est tenté, eu lisant la description de pareilles recettes, de se demander si les anciens avaient l'estomac autrement conformé que nous. Peut-être ces mixtures étranges suffisent-elles à expliquer certaines gastralgies restées historiques. Jules César, bien que irès-sobre, était toujours malade après souper. Auguste, plus faible encore d'estomac, ne buvait à ce repas que trois coups d'un sextans chacun, rarement six ; sinon, il vomissait. Tous ces vins, d'ailleurs, épais de miel et mêlés de parfums, étaient si lourds, que la prudence ordonnait aux vieillards ou aux débauchés de les boire chauds. Musa, le médecin d'Auguste, l'avait expressément prescrit à cet empereur, ne lui permettant que la vin cuit, bouilli d abord, puis refroidi dans la neige; mais son successeur, Tibère, buvait sec et chaud, d'où le triple sobriquet de « Biberius Caldius Mero, Ivrogne de vin pur et chaud, » dont l'avaient affublé les Romains en estropiant ses nom et surnoms : Ciaudius Tiberius Nero. L'empereur Néron, lui, buvait tout d'un trait et à la glace.
Nous mettons notre vin à la cave; les Romains mettaient leur vin au grenier. Les celliers étaient toujours exposés au midi. Après que le ui'n avait fermenté pendant une année ou deux dans les tonneaux, on procédait au
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soutirage, opération qui consistait à le transvaser avec précaution dans do grandes craches en terre, badigeonnées à l'intérieur avec de la poix fondue. De ces cruches, l'une, Vamphora, avait la contenance de 2 urnes (80 pintes environ). L'amphore était quelquefois de verre; on la bouchait avec de la poix ou du plâtre, pour empêcher ia liqueur de s'éventer. L'autre cruche, le cadus, en forme de pomme de pin, contenait le double de l'amphore ou 160 pintes. Une nota, ou pittacium (étiquette), collée sur le cadus ou l'amphore, indiquait la provenance du vin et le consulat sous lequel il avait été récolté. On déposait les vasa vinaria dans le cellier. Il y avait des entrepôts pour le vin dans tous les quartiers de Rome, car, depuis le consulat de L. Opimius, les Romains avaient commencé il estimer outre mesure le vin vieux. Le falerne, le formie, le cécube, le mussique n'étaient à la portée que du petit nombre ; les gens d'une fortune médiocre y suppléaient par diverses recettes pour améliorer le vin. Martial (1. XIII, ép. 8) en cite une, que voici :
Imbue pkbeias Clusinis pultibus allas.
Ut tatur in vacuis dulcia musla bibas.
« Enduis tes cruches plébéiennes de gruau bouilli de Ciusium, vide-les ensuite et remplis-les de vin nouveau; tu le boiras délicieux. •
Parmi les vases à mettre le vin, Poilus nomme le stamnius, le cudiscus, le biens, inconnu d'Homère, d'après Eustathe, et la pylina, qu'il ne connut pas davantage: On trouve le biens mentionné dans l'Anabasis de Xénophon et dans Hérodote, qui nous apprend qu'on apportait le vin à Babylone dans des bicus en bois de palmier; Dioscoride écrit bycius et dit qu'il était de verre.
Le iihi, chez les Grecs et les Romains, n'était soumis à aucun droit d'octroi ; le plus sonmiun ne revenait, approximativement, qu'à une trentaine de francs de notre monnaie les 80 pintes ou l'amphore, et le plus rare, le chio, par exemple, à 4 mines attiques tout au plus (200 francs); aussi ne se ménageait - on guère sur te vin en Grèce, non plus qu'en Italie. Les femmes grecques avaient la réputation d'être fort adonnées au vin ; de là une giêie d'épigrammes que leur avaient décochées les poêles ; • La femme a de toute chose assez, si elle a suffisamment de vin ii boire. » (Alexis, dans la Danseuse.) « Croyez k la femme qui nie boire de l'eau.» (Axionicus, dans Philiune.) Certaine Cleo passait surtout pour une intrépide buveuse; elle a été immortalisée dans une ancienne épigramuie : « La tunique toute brillante d'or et de safran qu'elle avait portée, cette même tunique, Cleo l'a donnée à Bacchus, car elle surpassait tous les convives dans un banquet. Jamais homme n'a existé jusqu'ici qui pût lutter avec elle à coupes égales. •
Ces joutes bachiques avaient dégénéré en. un tel abus, que Platon, dans ses Lois, crut devoir interdite aux adolescents l'usage du vin jusqu'à leur dix-huitième année, leur permettant alors d'en boire, mais avec modération, jusqu'à l'âge de trente ans, et ne les autorisant à assister à un banquet que lorsqu'ils en auraient quarante; ils pouvaient alors invoquer dans les festins Bacchus et 'es autres dieux, participer aux fêtes des vieillards et contribuer à les réjouir en buvant avec eux. Le vin est pour les vieillards, au dire de Phiton, un remède qui les rajeunit et les invite à l'oubli do tous les maux.
A Sparte, contrée célèbre par l'austérité île ses mœurs, le vin et l'ivresse inspiraient une sorte d'horreur. Pour détourner leurs enfants de cette dangereuse boisson , les Spartiates enivraient leurs esclaves et les inoutraient en cet état à la jeunesse de la ville.
Les Carthaginois, les Celtibères, les ïhrares, hommes et femmes, ne buvaient que le vin pur; ils en arrosaient leurs habits.
Les Phocéens de Marseille avaient interdit par une loi l'usage du vin aux fouîmes; elles lie buvaient que de l'eau. La même loi était en vigueur chez les habitants de Milet, dans l'Asie Mineure, dont les femmes cependant étaient Ioniennes et partant extrêmement voluptueuses.
Pareille loi était en vigueur chez les Romains, sous la république : « Les femmes, dit Polybe, ne pouvaienj boire que du passum, vin fabrique avec du raisin à demi desséche sur la vigne, et dont le goût est semblable à celui du vin doux d'Argus et do Crète; elles en usaient donc quand la soif les pressait. Une femme, en efl'et, lorsqu'elle avait bu du vin, ne pouvait le cacher; d'abord, elle n'avait pas les clefs du cellier ; ensuite, il lui fallait embrasser tous ceux de sa famille et les parents de sou mari, jusqu'aux fils de ses cousins maternels, et cela chaque jour, quand ils se présentaient devant elle; c'est pourquoi, ne sachant au-devant de qui elle pouvait aller, et la moindre goutte de vin qu'elle aurait pris pouvant la trahir, elle devait se tenir sur ses gardes. > Les Romains veillaient avec une rigide exactitude à l'observation de cette loi. Valère -Maxime en rapporte un exemple frappant. Un mari, s'étaut aperçu que sa femme avait bu du vin, l'assomma à coups de bâton ; traduit en justice, il fut acquitté, lu femme ayant, dit le juge, mérité ce traitement pour avoir enfreint les lois de la société.
La vigne n'a été introduite eu Gaulo que
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très-tardivement et seulement après l'invasion romaine; en revanche, elle y prospéra très-rapidement et y prit des qualités absolument inconnues aux vignobles de l'Orient et- du Midi. La réputation des vins de France, que les progrès de la culture et de la vinification n'ont fait qu'accroître, était déjà grande au moyen âge. Le vin joue de trèsbonne heure dans les mœurs de notre pays un rôle extrêmement important; ce qu'il s'en consomme dans les cours, les châteaux et les abbayes, ce qu'il s'en voiture aux grandes foires du Landit et autres, ce que le fisc perçoit de droits sur les charrettes et les bateaux qui voiturent la précieuse liqueur par terre et par eau, il ne serait- pas aisé de le dire. C'est, après le bip, le vin que la dtme des églises et des couvents, que les droits seigneuriaux frappent le plus impitoyablement. Le vin figure presque sans exception dans tous les contrats, dans toutes les assemblées, dans toutes les cérémonies civiles ou ecclésiastiques. Les circonstances les plus lugubres ne font pas exception à cette règle : si l'on conduit un pauvre diable k Montfaucon, les filles-Dieu de la rue Saint-Denis ont le privilège de lui offrir deux verres de vin; si messieurs du parlement assisient à une exécution, le bourreau est tenu de leur fournir du vin. Les avoués et patrons des églises reçoivent sous forme de vin une partie de leurs honoraires. Les princes et les rois imposent à leurs vassaux des redevances de vin, etc.
Mais s'il est facile de recueillir dans les chroniqueurs ces détails, qui prouvent en France, au moyen âge, un grand développement de l'industrie vinicole, il le serait bien moins de se procurer des renseignements un peu précis sur les procédés de culture et de vinification, sur les chiffres de production, de consommation intérieure et d'exportation. L'exportation ne dut jamais être bien grande, vu le manque presque absolu de voies de communication. Il serait plus difficile encore ou, pour mieux dire, il serait absolument impossible de classer les vins du moyen âge, car, en réalité, ces vins ne furent jamais classés. Les cépages, cultivés au hasard et sans choix, fournissaient des liquides absolument indéterminés et qui- n'avaient d'autres caractères distinctifs que ceux qu'ils empruntaient au terroir et au mode de fabrication, fort élémentaire partout, mais néanmoins très-varié. La culture et la fabrication rationnelles, qui ont fait de nos jours de si grands progrès, ont bien changé l'état de la question.
L'un des produits les plus raffinés de l'industrie vinicole, le vin mousseux, n'est pas absolument moderne, mais ne remonte pas bien loin. Le vin blanc lui-même est une invention relativement récente.
Dom Grossard, dernier procureur de l'abbaye d'Hautvilliers, qui s'était retiré à Montier-en-Der lors de la Révolution, donne de curieux renseignements sur l'origine du vin mousseux : « C'est, dit-il, dom Pérignon qui a trouvé le secret de faire du vin blanc mousseux, car avant lui on ne savait faire que du vin paillé ou gris. C'est encore à dom Pérignon qu'on doit ie bouchage actuel. Pour mettre le vin en bouteilles, on no se servait que de chanvre et on imbibait dans l'huile cette espèce de bouchon. > On pense que la fabrication des premiers vins mousseux remonte à l'année 1695, et cette opinion est fondée sur un passage tiré d'un mémoire de 1718 : « Depuis plus de viugt ans, le goût des Français s'est déterminé au oin mousseux ; on l'a aimé, pour ainsi dire, jusqu'à la fureur; on a commencé d'en revenir un peu dans les trois dernières années, t
C'est dans le même ouvrage qu'on trouve la description des procédés usités à cette époque pour faire mousser les vins blancs : ■ Les sentiments ont été fort partagés sur les principes de cette espèce de vin; les uns ont cru que c'était la force des drogues qu'on y mettait qui le faisait mousser si fortement; d'autres ont attribué la mousse à la verdeur des vins, parce que la plupart de ceux qui moussent sont extrêmement verts; d'autres ont attribua cet effet à la lune, suivant le temps où l'on met les vins en flacons. Il est vrai qu'il y a eu des marchands de vin qui, voyatft la fureur qu'on avait pour les vins mousseux, y ont mis' de l'alun, de l'esprit-devin, de la fiente de pigeon, et bien souvent d'autres drogues, pour le faire mousser extruordinairement; mais on a une expérience certaine que le vin mousse lorsqu'il est mis en flacons depuis la récolte jusqu'au mois de mai... » On voit combien on était loin alors de soupçonner l'existence de l'acide carbonique et la nature de la fermentation. V.